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Full text of "L'oeuvre complet de Eugène Delacroix : peintures, dessins, gravures, lithographies"

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littp://www.archive.org/details/loeuvrecompletdeOOdela 



UOEUVRE COMPLET 



DE 



EUGÈNE 



DE^ 



L 



;IX 



PEINTURES DESSINS GRAVURES LITHOGRAPHIES 



iSi3- i863 



''!'•, 



AUX DONATEURS GENEREUX 

QUI ONT OEFERr A L'ADMIRATION PUBLIQUE 

EN LES F'LAÇANT DANS LES MUSÉES DE LEUR PATRIE 

LES ŒUVRES DE 

EUGÈNE DELACROIX, 

NOUS DÉDIONS RESPECTUEUSEMENT 

CE LIVRE. 

AUX DONATEURS DU MUSÉE DU I.OUVRF. : 

ADOLPHE MOREAU PAUL DE LAAGE 

MAURICE COTTIER HIS DE LA SALLE 

JENNY LE GUILLOU. 

AUX DONATEURS DES MUSÉES DE PROVINCE : 

ALFRED BRUYAS CHARLES DIÉTERL! 

HORACE DE CHOISEUL AUGUSTE BERLIN 

LE GÉNÉRAL DELACROIX PHILIPPE ROUSSEAU. 

AUX DONATEURS DES MUSÉES DE l'ÉTRANCER : 

J. P.. PESCATORE 

LA DUCHESSE COLONNA d'iSTRLV. 



L'OEUVRE COMPLET DE 



A^ 



EUGÈNE DELACROIX 

PEINTURES DESSINS GRAVURES LITHOGRAPHIES 
CATALOGUÉ ET REPRODUIT PAR 

ALFRED ROBAUT 

COMMENTÉ PAR 

ERNEST CHESNEAU 

OUVRAGE PUBLIÉ AVEC LA COLLABORATION DE 

FERNAND CALMETTES 




PARIS. CHARAVAY FRERES ÉDITEURS 
4 rue de Furstenberg 

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NÙ 

' D33 /?6 



AVERTISSEMENT 

DES ÉDITEURS 




ECONSTiTL'ER Timposant ensemble de pensées, le monde superbe de formes 
et de couleurs conçu par la haute et féconde intelligence, réalisé par le 
pinceau magnifique de Eugène Delacroix : tel est Tobjei de ce livre. Les 
auteurs ont voulu évoquer ce grand souvenir dans l'âme de tous les admi- 
rateurs du maître; ils ont voulu fixer dans le présent comme en vue de l'avenir 
cette vision si glorieuse pour notre école française au dix-neuvième siècle. Dans 
cette intention on a dressé un Inventaire complet de ses peintures et de ses des- 
sins, des gravures et des lithographies sorties de sa main et des reproductions gravées 
et lithographiées d'après ses ouvrages. On a, pour cet inventaire, adopté l'ordre 
chronologique, qui a paru le plus simple, le plus clair, le plus instructif. Une 
table analytique et un index alphabétique faciliteront d'ailleurs toutes les recher- 
ches. En effet, la constante préoccupation qui a présidé à ce long travail a été d'en 
faire, non un livre d'apparat, mais un véritable manuel de l'œuvre de Delacroix, 
une sorte de Dictionnaire que tout conservateur de bibliothèque ou de musée, le 
collectionneur, le travailleur, Thistorien de l'art, le vendeur et l'acquéreur, pussent 
interroger constamment, manier sans difficulté et ouvrir à tout instant avec la certi- 
tude d'y trouver aussitôt le renseignement désiré. 

Cet inventaire, si exact et si complet qu'il fût, manquerait d'un élenient d'infor- 
mation essentiel, s'il ne donnait que des documents écrits, des mesures, des dates, 
des noms de personnes et de lieux. Le moindre trait de plume ou de crayon, en 
matière d'art plastique, parlera toiijours plus clairement aux yeux et à l'esprit que 
les descriptions les plus précises et les plus éloquentes. Il fallait donc au texte du 
catalogue ajouter le document par excellence, l'image. Il eût été facile de faire 
exécuter une vingtaine de belles planches d'après les compositions principales, mais 
cela n'eût pas rempli le but d'utilité pratique qu'on se proposait. Ce livre ne pouvait 
être un Livre de vérité qu'à la condition de mettre sous les veux des amateurs la 
meilleure partie de l'œuvre immense de Delacroix. 



VI AVERTISSEMENT DES EDITEUR; 



Mais comment réunir de nouveau tant J'ceuvres dispersées? Cette noble tâche, 
toute de conscience et d'obstination généreuse, a été accomplie au prix de mille 
ililTicultés dont on ne saurait se rendre compte, par un admirateur p;issionné du 
maître, M. Alfred Robaut, qui a consacré plus de vingt ans de sa vie à rechercher ses 
aaivrcs partout où il pouvait les rencontrer, en France et à FÉtranger, dans les mo- 
numents publics et dans les musées, dans les collections privées, dans les ventes, etc. 
Il en a relevé avec une exactitude scrupuleuse les dimensions, les provenances, 
la signature, les détails de composition, de couleur et d'harmonie. Non content d'en 
dresser ainsi le catalogue, il les a dessinées; et ses dessins, exécutés à la chambre 
claire par une main expérimentée, qui possède à fond le caractère du talent de 
Delacroix, sont d'une justesse absolue dans leurs petites dimensions. C'est dans ces 
dimensions restreintes qu'il était précieux de les avoir pour soumettre au public, en 
un seul volume et dans un format maniable, un ensemble si considérable de pro- 
ductions. Sulilsant pour rappeler nettement la composition de chaque ouvrage, et 
pour mettre en évidence les variantes entre les sujets plusieurs fois répétés, le procédé 
en croquis de .M. Alfred Robaut ne prétend point aux mérites spéciaux de l'inter- 
prétation par le burin ou l'cau-forte; sa seule prétention, pleinement justifiée, est 
d'être exact et clair. 

Mais un catalogue, même illustré — c'est-à-dire une suite de documents dressés sur 
mi type uniforme — pouvait difHcilcmcni être présenté au public sans être accompagné 
d'un commentaire qui éclairât le sens, l'intention, la portée de Pœuvre cataloguée 
et répandit plus de lumière sur la vie com.me sur le talent de Eugène Delacroix. 
Le soin de ce commentaire a été confié à l'un des maîtres de la critique moderne, 
M. Ernest Chesneau. 

Si heureuse que fût cette colla'boration, cùt-clle suffi à mettre en pleine, valeur 
un tel ouvrage, dont l'exécution matérielle offrait des difficultés exceptionnelles? 
L'introduction des vignettes dans le texte et l'extrême division de la matière typo- 
graphique conipliquaient singulièrement la mise en pages et exigeaient une surveil- I 
lance incessante autant que savante. Un homme de troùt, à la fois érudit et peintre, i 
M. Fernand Calmcttes, qui s'est déjà distingué par la direction de grandes publi- i 
cations de librairie, nous a prêté un concours assidu et dévoué. 

Nous avons également trouve un collaborateur très actif en notre imprimeur } 

M. Claude Motteroz, qui a su former un personnel d'élite et s'assurer, par sa science ( 

technique et son amour du beau, une des premières places parmi les typographes j 

modernes. | 

M. Charles Gillot, qui, par ses recherches constantes, a su rendre plus délicat et 1 

pki5 pariait le procédé ^ic g;;;\;,re i'ivonié p-j.': >on p''i'e, a d'jur'é lOLis ses >oins à la ; 



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icjiroJiiCîio'') des dessins de M. Alfred l^oh;uii. Nous lui adressons nos sincères 
remerciements. 

Nous devons encore exprimer notre reconnaissance à MM. les collectionneurs, 
amateurs, artistes, conservateurs de musées, éditeurs et marchands, qui nous ont 
ouvert leurs galeries ou prêté leitr concours, et nous ont aidés à connaître et à 
reproduire des œuvres du maitrc ignorées. M. Maurice Tourneux, qui a bien voulu 
relire nos épreuves, nous a fourni quelques renseignements très utiles. 

Rendons entin l'hommage qui lui est dû à Tamateur si regretté, à Thistorien 
consciencieux qui a ouvert la voie dans Tétude descriptive des œuvres de Delacroix. 
M. Adolphe Moreau, qui avait appris de son père à connaître et à aimer les maîtres 
modernes, a profité de sa haute situation de fortune et de son grand goût pour 
réunir dans ses collections quelques-uns des plus beaux tableaux de Delacroix et 
pour dresser Tinventaire des p^roduciions du même maître. Cet inventaire qui parut 
en 1873, est sans conteste le point de départ de notre livre; mais, venant après 
M. Moreau, aidés de son travail, les auteurs ont voulu éviter les critiques qui lui 
avaient été adressées, adopter un plan plus simple, faciliter les reclierches par des 
tables méthodiques, corriger des erreurs de détail et surtout combler des lacunes 
sérieuses en décuplant le nombre des ouvrages décrits. 

CHARAVAY FRÈRES. 




NTRODUCTION 



JSL. 



iSTORiENS de l'art, comment nous défendrions-nous d'une e'motion 
profonde au moment d'entrer en contact avec les hommes de 
génie, d'en retracer la vie et d'étudier leurs œuvres? Cette 
émotion, à tous ceux qui les approchèrent, la majesté de leurs 
créations aussitôt l'imposa. A travers les siècles , elle s'est 
transmise jusqu'à nous, toujours grandissante, augmentée du respect des 
générations, dont chacune ajoutait une auréole élargie au précédent rayon- 
nement de leur gloire. 

Cependant, il 3' a des nuances intéressantes à noter dans le sentiment que 
les grands maîtres nous inspirent. Les uns, génies parfaits, calmes, lumineux, 
n'éveillent en nous, à l'appel de leur nom, que des idées sereines et limpides; 
nous avons pour leur mémoire un culte mêlé de tendresse. Les noms de 
]\lichel-Ange et de Rembrandt, de Léonard et d'Albert Diirer, celui de Beetho- 
ven évoquent dans notre esprit l'image de génies plus inquiets, peut-être plus 
troublés, à coup sûr plus troublants, tantôt s'éloignant d'un grand vol à de 
bien plus hautes distances de l'homme et tantôt pénétrant au plus intime de 
l'âme humaine. Il s'ajoute, en dépit de nous-mêmes, à notre admiration pour 
eux, cette sorte d'attirante terreur qu'entraîne après soi le sublime et constant 
attrait de l'inconnu. 

Eugène Delacroix fait partie de cette illustre famille d'artistes mj'stérieux 
sur lesquels i'enquêle reste à jamais ouverte. 11 appartient à ce groupe d'esprits 
supérieurs que l'admirable philosophe R. W. Emerson nommait : les Re- 
présentants de l'Humanité, Represcntatii'c Mcn. Mais en outre, il propose à 
nos sympathies un titre plus impératif encore. Delacroix est la manifestation 
suprême, dernière, et la plus haute en ce siècle du génie français dans l'art. 11 



INTRODUCTION A 



continue, en lui donnant un fo rmidable coup d'a ile, le mouvement de no s 
c hers maîtres français du dix-huitième siècle. Ils ont repris, ceux-ci, très large 
enfin après cinquante ans d'oubli, de dédain, leur place au premier rang dans 
l'histoire de notre art. C'est que leurs œuvres sont formées du plus pur rayon 
de l'esprit national, c'est que nos petits maîtres (on dit aussi « les petits 
maîtres du Nord » d'hommes dont quelques-uns furent grands), c'est que ces 
hommes sont plus et mieux que des peintres, mieux que de simples V03^ants ; 
ils ont les dons si précieux de leur race : l'intelligence, la clarté, la variété, 
l'enjouement. En outre, ils ont su être sincères, sinon toujours vrais, et, sans 
pédantisme, faire une prodigieuse dépense de talent. 

Avant eux, quels sont les maîtres vraiment français? — Au seizième siècle 
la tradition flamande essa3-e bien de se franciser avec les Clouef, mais 
avec les frères Le Nain seulement apparaît la première lueur d'un art natio- 
nal qui ne dut rien à la triple tradition de l'Antiquité, du Moyen Age ou 
de la Renaissance. 

Sauf ces exceptions, restées si obscures, l'Ecole se fait toute italienne, toute 
florentine. Au di.\-septième siècle. Le Sueur seul est Français, et dans une 
expression restreinte de son art, dans sa Vie de Saint Bruno ; tout le reste de 
son ceuvre est romain, romain comme l'œuvre entier de Poussin, dont le trop' 
prudent génie s'épuise à effacer en lui toute trace de sa nationalité. Si l'em- 
preinte française résiste aux efforts du philosophe des Andelys, c'est à son 
insu et com.me malgré lui. Les grandes renommées du dix-septième siècle 
après Poussin : Le Brun, .Mignard, Jouvenet, se perdent dans l'imitation 
emphatique, dans la convention lourde et pompeuse, dans le ballonnement, 
dans le boursouflé où l'académisme infectieux des Bolonais avait conduit le 
mouvement si original et si honnête, si noble et si humain de l'Italie renais- 
sant à l'art. 

De ces mains pomt maladroites, mais solennellement ennuyeuses, l'art tout à 
coup monte aux mains de "VV'atteau, de Boucher, de Fragonard, de Chardin, 
de Prud'hon, disons même de Greuze. Ils se succèdent l'un à l'autre, se par- 
tagent le dernier siècle, et, en dépit des Lagrenée, qui se cramponnent à la tra- 
dition immobilisée, glacée, ce sont eux, ces petits maîtres, qui fondent l'Ecole 
française et qui sont les seules gloires de leur époque. 

Us ont eu double méi-itc. Peintres, c'est-à-dire, au point de vue de la 



L'ŒUVRE DE DELACROIK XI 



technique, hommes de métier, ils sont revenus à l'étude directe des beautés 
naturelles, saisies dans la pleine lumière du soleil; artistes, c'est-à-dire, au 
point de vue de la conception, poètes, ils ont renoncé à la mythomanie du 
grand siècle, ils ont relégué au magasin d'accessoires toute la friperie m3-tho- 
logique, tous les mannequins héroïques, qui trompèrent tant de gens et firent, 
pour un temps, considérer comme créateurs des metteurs en scène qui n'étaient 
que d'habiles gens, des artisans de quelque adresse en marqueterie pitto- 
resque. 

Tant de fantaisie, d'éclat, d'imprévu, tant de songes ailés sous la brosse 
de Watteau, tant de grâce chez Boucher, d'esprit chez Fragonard , tant 
de finesse chez les Saint-Aubin, chez les vignettistes, tant de volupté chez 
Clodion, tant de vérité, de pénétrante observation chez La Tour, tant de science 
enfin et tant d'honnêteté, de force, de grandeur sous une apparente simplicité, 
de tels miracles de couleur dans le talent de Chardin ne purent sauver l'École 
française. 

De la liberté conquise elle abusa jusqu'à la licence, et l'homme au 
cothurne, le plus brutal et le plus froid des maîtres — car c'était un maître — 
éteignit le soleil dans les arts, étouffa toute vie, tout ra3'on, toute vérité, toute 
passion en peinture, et, par suite, dans toutes les manifestations plastiques. Rien 
de ce qui exige du go'ùt n'échappa aux atteintes de la férule. Jusqu'au mobi- 
lier, jusqu'à la mode, tout se fit pétrifiant d'ennui sous l'influence de David. Et 
cependant une page, digne d'un plus grand que lui, dans l'œuvre de David, 
son Marat assassiné^ ce .Marat, sinistre héros d'une belle peinture, aurait dû 
suffire pour éclairer cette dure intelligence et l'amener à la seule théorie vraie 
en fait d'art : la passion. 

Car voilà ce qu'ils avaient et ce qu'ils étaient, ce qui les grandissait, les 
exaltait, les faisait artistes, les artistes du dix-huitième siècle : ils cro3'aient à 
quelque chose, ils croyaient au plaisir^ l'aimaient, voulaient le rendre et, sous 
toutes les faces, le représenter, le communiquer; ils avaient une passion, celle 
de la grâce élégante, de tout ce qui est aimable, charmant, fait pour plaire, la 
passion de la femme, de tout ce qui la touche, l'accompagne, lui est séant, en- 
cadre et fait ressortir les séductions de sa beauté. — Sans doute, un peuple 
artiste peut avoir une passion plus noble, mais telle quelle cependant, il n'en 
fallait pas davantage pour créer tout un art. 




Et le plaisir lui-même, à bien y regarder, n'a-t-il donc pas sa noblesse, lui 
aussi, et même sa moralité! L'art du plaisir est-il un art frivole? On l'a dit. 
Mais, qui dit cela: Le très suspect puritanisme des races m^'stiques et icono- 
clastes qui condamnent Part, même le plus élevé, comme un plaisir. Tous les 
grands civilisateurs pourtant ont affirmé la grandiose importance des arts et 
des enchantements qu'ils suscitent; ils ont préconisé l'utilité sociale et la né- 
cessité humaine des jeux, des fêtes, du plaisir. 

Dans les angoisses du combat pour l'existence, dans l'incertitude de l'équi- 
libre social, diins l'amertume, dans l'étonnante et constante tristesse des 
temps, ces délicatesses, ces gaietés, ces voluptés mettent un rayon de lumière 
qui illumine les sévérités, les soucis et les ombres de l'heure présente. A mer- 
veille, elles s'associent aux mouvements graves et puissants de la philosophie 
des empires, comme aux profondes ironies de la politique. 

Il V a chez l'homme une réelle noblesse k vouloir et à savoir orner de cette 
façon l'aridité de son séjour terrestre, à en dissimuler les douleurs et les ter- 
reurs sous un voile de magniticence qui les pare sans les faire oublier. 

Des esprits étroits, d'assez pauvres moralistes, chagrins plutôt qu'austères, 
dépourvus d'histoire et de philosophie, ont confondu cette faculté privilégiée, 
ce pouvoir de haute origine, avec le très vulgaire besoin de s'étourdir. Ils l'ont 
comparé à la soif de quelques malheureux pour les boissons enivrantes. Ils 
n'ont pas compris que le plaisir est une des lois éternelles de la nature 
humaine, pratiquée par tous les peuples et dans tous les âges, loi nécessaire, 
loi d'équilibre moral, loi d'harmonie vraiment providentielle. 

Le comte Joseph de .Maistre a osé réhabiliter le bourreau : quel penseur 
osera donc écrire la réhabilitation du plaisir et dire enfin tout ce qu'il y a dans 
le plaisir de sto'icisme et de grandeur? Ce n'est point ma tâche. 

Ma tâche ici est plus modeste et j'y reviens. 



I 



« Il ne nous reste sur la vie des grands maîtres que peu de renseignements 
auxquels l'histoire puisse se fier. Il est fâcheux que nous soyons si mal 
servis dans le désir naturel de nous instruire de ce qu'ils ont été, de la vie 



(KlXRE de DELACROIX Xlll 



qu'ils ont menée, car !c plaisir de jouir de leurs ouvrages ne nous suffit pas : 
nous voudrions faire connaissance avec leurs personnes, bien plus, avec leurs 
bizarreries et leurs passions; nous aimerions au moins à les trouver des 
hommes comme nous, dans la partie la plus vulgaire de la vie. Peut-être 
est-ce un secret sentiment de jalousie qui nous fait désirer de les rapprocher 
de nous, en les abaissant à notre niveau. Peut-être est-ce un sentiment de ce 
genre qui a contribué à défigurer leur histoire, les montrant quelquefois sous 
un jour trop défavorable; comme aussi une admiration excessive s'est plu 
souvent à les exalter outre mesure. 

a Presque toujours, les événements de leur vie ont été arrangés selon le 
caractère qu'on leur supposait d'après leurs ouvrages. Tantôt ce sont des 
apologies écrites par leurs élèves et leurs amis, tantôt ce ne sont qu'anecdotes 
et traditions incertaines, recueillies par des hommes d'une époque postérieure 
à celle où ils ont vécu. 

'( On a peine à se figurer qu'ils étaient souvent des hommes simples, 
s'ignorant presque eux-mêmes, échauffés à la vérité par une passion douce 
pour leur art, dont ils faisaient l'occupation la plus chère de leur vie; 
poussés plutôt par un désir d'exprimer les idées qui les remplissaient que de 
jouer un rôle et de poursuivre un fantôme de réputation. En général, on ne 
s'est occupé d'eux qu'après leur mort, ou après que leurs ouvrages, ayant jeté 
beaucoup d'éclat, il était difficile de remonter aux événements qui avaient 
entouré le berceau de leur renommée. On peut donc dire qu'ils ont reçu la 
noblesse de leurs ouvrages, au rebours des gentilshommes, enfants souvent 
dégénérés d'illustres pères. Cet éclat de leurs travaux, en rejaillissant sur leurs j 

personnes, est venu trop tard pour adoucir l'amertume d'une vie si souvent j 

pleine de traverses, et n'a presque jamais servi qu'à éclairer leurs derniers pas 
dans une carrière pénible. » j 

Ces regrets, qui sont en même temps des vœux quant à la façon dont il ' 

faudrait écrire la biographie des inaîtres, c'est un maître qui les a exprimés, 
c'est Delacroix lui-même dans son Essai sur les artistes cclchres (ancienne 
Revue de Paris, tome XI, page i38). Nous devons donc en tenir compte. 
C'est pourquoi, et nous ne nous lasserons jamais de le faire, appelé à parler 
une fois de plus de l'œuvre considérable d'un génie si complet, il nous a paru 
intéressant de u remonter aux événements qui ont entouré le berceau de sa 



XIV INTRODUCTION A 



renommée », de rechercher la genèse de son talent, de retracer, poi:r em- 
ployer le mot si juste de Gœthe, ses « années d'apprentissage. « 

Les historiens de Eugène Delacroix ne le prennent habituellement qu'en 
1^22, à ce premier Salon ot^i il exposa. Dante et Vifffile. Arrêtons-nous d'abord 
aux neuf années qui précèdent : i8i3-i822. 

\Delacroix (Ferdinand -Victor-Eugène) est né le 7 floréal un Yl (2(5 avril 
1708), à Charenton-Saint-Maurice, aux portes de Paris. Son père, alors mi- 
nistre de la République Française auprès de la République Batave, ancien 
avocat au parlement, avait été secrétaire de Turgot, puis député de la Marne 
h la Convention; plus tard, il fit partie du Conseil des Anciens, fut ambassa- 
deur en Hollande, préfet des Bouches-du-Rhùne, après le iS brumaire, et enfin 
de la Gironde. Il mourut à Bordeaux en i8o5. — Sa mère, une demoiselle 
Œben, était d'une famille d'artisans-artistes, fille de l'ébéniste Œben, lui- 
même élève de BouUe, et qui réparait les œuvres de son maître. Il sculpta 
des bordures d'estampes pour la grande marquise. Madame de Pompadour; 
cela seul est un brevet de maîtrise. 

Le plus lointain souvenir que l'on ait sur Eugène Delacroix a été conservé 
par Alexandre Dumas père dans un de ces récits où son invention de roman- 
cier n'était point chiche d'ornements imaginaires ajoutés à un fond de vérité. 
« La jeunesse de Delacroix, dit-il, fut un accident éternel. A trois ans, il avait 
été pendu, brûlé, noj'é, empoisonné, étranglé.» Le docteur ^'éron, dans ses 
Méi7ioires d'un Bourg-eois de Paris, répète l'anecdote pour lui avoir été 
confirmée par le maître, à qui il aurait dit à ce sujet : " La Providence 
voulait que vous fissiez le Massacre de Sci'o et vous réservait un siège à 
l'Institut. )^ On retrouve la trace des mêmes faits dans les Notes de Léon 
Riesener publiées par M. Philippe Burty. 

Il nous reste sur l'enfance de Delacroix d'autres témoignages où apparaît sa 
personnalité. M. Edouard Rodriguos, un beau et excellent vieillard, bien 
connu du monde musical, et mort récemment, racontait à i\I. Alfred Robaut, 
qui nous l'a rapporté, comment il Pavait connu. « J'étais bien jeune, quand 
je vis Eugène Delacroix pour la première fois, disait M. Rodrigues. J'avais 
dix ans, et lui, sept. C'était chez un de ses oncles, ami de mon père. «Vo3'ons, 
Eugène, travailles-tu bien?» lui dit son oncle. < Oh! oui, tiens, je vais te 
réciter la dernière fable que j'ai -Dorise. » 



L'ŒUVRE DE DELACROIX XX' 



Fi il se mit à débiter avec (eu ces quelques vers : 

Un bloc de marbre e'tait si beau 
Qu'un statuaire en fit l'emplette. 
Qu'en fera, dit-il, mon ciseau? 
Sera-t-il dieu, table ou cuvette? 
Il sera dieu; même je veux 
Qu'il ait en sa main un tonnerre. 
Tremblez, humains 



Il paraît que ces derniers mots surtout furent prononcés d'une façon si 
énergique, déclamés avec un accent si terrible, qu'on ne pouvait croire qu'ils 
sortissent de la bouche d'un enfant. Son jeune ami en fut frappé au point de 
ne jamais l'oublier. Déjà il avait le feu, la passion, la faculté de s'assimiler et 
d'exprimer, qui fait les grands artistes dramatiques. Ne faut-il pas voir là 
l'origine du penchant que Delacroix eut toujours pour le théâtre comme pour 
le roman d'action et qui lui inspira tant d'oeuvres admirables, notamment les 
scènes de Faust ^ de Gœ/- de Berlichingen. d'Hamlei, du Co7'saire, de Lai'a, 
du Giaour, d'h'anhoè'? Evidemment il n'arrivait à cette justesse si expressive 
du geste, à une mimique si caractéristique du mouvement, que par la spon- 
tanéité avec laquelle il évoquait le personnage du poète, entrait dans son rôle, 
se le jouait à lui-même, comme il le comprenait et comme il eût voulu qu'on 
l'eût représenté. Formuler ainsi un type original et lui donner !a vie, est 
le don le plus précieux du comédien. Delacroix l'avait. 

On sait aussi, par Riesener, par ^l. Moreau, qu'il eut très jeune un goût 
déclaré pour la musique, il le conserva toute sa vie. Ses lettres en font foi. Ce 
goût eut même chez lui, pendant quelque temps, l'ardeur d'une vocation qui ne 
céda qu'à l'entraînement d'une vocation plus forte. En 1824. à l'époque du 
Massacre de Scio, il n'avait pas encore abandonné son instrument favori, le 
violon, sur lequel il se plaisait à retrouver les mélodies des No:{:^e, de Tancrède, 
de Don Juan, entendues la veille. Auditeur assidu des concerts du Conservatoire, 
plus tard il ne manque pas une soirée d'Halévy, de Berlioz; il est l'anii de 
Franchomme, d'AUard, de Prudent, de Batta, de Delsarte, de Valentin Alcan, 
ce grand maître ignoré, de Chopin surtout dont, à diverses reprises, il fit le 



XVI !NTR0DUC'I"10N A 



portrait. L'émotion musicale inspire le peintre. "Il nous souvient à ce propos,» 
dit M. Moreau. u qu'un jour du mois d'août i856, visitant avec Delacroix ses 
fresques de Saint-Sulpice. encore enveloppées de leur chemise de planches, il 
nous montrait avec complaisance cet ange magnifique qui, dans le tableau de 
VHéliodore, frappe le profanateur de sa verge vengeresse. Le morceau venait à 
peine d'être achevé et le maître attribuait sa réussite exceptionnelle à cet état 
indéfinissable de la pensée dans lequel l'avaient plongé les sons de l'orgue jouant 
le Dies ira'. Et à l'appui de cette observation, il se plaisait à nous citer un se- 
cond exemple de la sensation éprouvée et du résultat obtenu, à propos de sa 
Dcsci-'iite de Croix de l'église Saint-Denis du Saint-Sacrement ; là c'étaient les 
chants religieux du mois de iNLarie qui. au dire du maître, avaient favorablement 
influé sur l'exécution de son œuvre et lui avaient inspiré notamment cette pose 
si douloureusement abandonnée de la Madeleine évanouie. » 

C'est au Lycée Impérial Louis le Grand'; que Delacroix iit ses études universi- 
taires. Il y eut pour condisciples le docteur Yéron et aussi Philarète Chasles, 
cet esprit éminent, si large et si varié, que ses contemporains n'ont pas classé à 
son véritable rang, très au-dessus des doctrinaires et des pédants pseudo-spiri- 
tualistes. Philarète Chasles a, dans ses Mémoires, tracé du Delacroix d'alors 
un portrait étrangement vivant et à coup sûr ressemblant. 

« ...J'étais au lycée avec ce garçon olivâtre de front, à l'œil qui fulgurait, à la 
face mobile, aux joues creusées de bonne heure, à la bouche délicatement mo- 
queuse. Il était mince, élégant de taille, et ses cheveux noirs, abondants et cré- 
pus, trahissaient une éclosion méridionale... Eugène Delacroix couvrait ses 
cahiers de dessins et de bonshommes. Le vrai talent est chose tellement innée et 
spontanée que, dès sa huitième ou neuvième année, cet artiste merveilleux repro- 
duisait les attitudes, inventait des raccourcis, dessinait et variait tous les 
contours, poursuivant et torturant, multipliant la forme sous tous les aspects 
avec une obstination semblable à de la fureur... Tout était véhément chez 
Delacroix, même son amitié, qu'il m'a conservée jusqu'à la mort... " 

C'est Delacroix en i8i5. Il était encore au lycée. Déjà, connaissant le peintre 
Guérin, il allait voir chez ce'ui-ci ses tableaux du Salon et se proposait de passer 
quelque temps dans son atelier, quand <' il ne serait plus à ce lycée, pour avoir 
au moins un petittalent d'amateur. » ^Lettre du zb août i8i5.) Les premières 
impressior.s pittoresques lui vinrent, d'après Riesener.des .Viîr(rr5 du Corrège, 



l.'O.UVRK DE DELACROIX XVII 



qui nous turent enlevés précisément en cette année iSi3. Beaucoup plus jeune, 
il assistait fort ému à l'exécution du médaillon de son père par un sculpteur 
italien, et ce n'est pas une hypothèse gratuite que d'attribuer une égale influence 
à la vue d'une peinture de Goya qu'il eut constamment sous les yeux pendant 
toute sa jeunesse, et même beaucoup plus tard. Je parle du portrait de M. Guil- 
lemardet, ami et collègue de son père à la Convention, et qui avait signé 
comme témoin à son acte de naissance. Les fils de ce Guillemardet restèrent 
les plus intimes amis de Delacroi.x. Le portrait est aujourd'hui au Louvre. 

« Dès sa huitième année, il couvrait ses cahiers de dessins et de bonshommes.» 
dit encore Philarète Chasles. On en connaît même d'une date antérieure. Sur 
un petit almanach de 1804, décrit par M. Burty, on rencontre des dessins enfan- 
tins à la mine de plomb, une marguerite, un profil de jeune homme, deux 
urnes, deux bonshommes debout. 

En 181 3, il dessine pour son camarade de collège, Blondel, le frontispice d'un 
petit album qu'il accompagne d'une soixantaine de vers (i) où l'imagination res- 
sort déjà dans toute sa tendre souplesse. Si les vers sont malhabiles, les idées 
sont charmantes et pleines de cœur. Deux amis embrassent des carrières 
opposées. Lui, Delacroix, étudie les poètes anciens et se dirige vers les lettres 
et les arts. Ce qu'il veut surtout, c'est « rester simple » et « ne pas s'éloigner 
de la nature ». Son ami, au contraire, suivra la carrière des sciences : 

Le sentier que lu suis est plus âpre et plus rude. 

Et il exprime la crainte que la diversité d'études ne refroidisse leur amitié : 

Don du ciel, aimable amitié," 

Je crois pouvoir compter encore 

Sur celui que choisit mon cœur. 
Combien je bénirais ton heureuse puissance. 
Si tes efforts pouvaient combler mon espérance 
Et d'un feu presque éteint ranimer la tiédeur! 

Dès 1S14, il fait un premier essai de gravure sur un fond de casserole: un 
bossu, un profil de « Bonaparte », un officier bien campé sur un cheval au galop. 
Cela est encore un peu puéril, mais un burin de la même année est déjà très 

(1) Voir au supplément (n° 1458) la composition qui accompagne ces vers. 



X\"!Ii !NT?;;jnUCT10N A 



supérieur. Dans les bLincs. sur ki pianchc, retrouvcecn quelque tiroir, d'un en- 
tête de lettre ofricielle de la préfecture des Bouches-du-Rhône, il grave divers 
motifs : un moine assistant un coudamné, une tète d'homme à cheveux longs, 
que ie prendrais volontiers cour un portrait de Murât, et surtout un buste d'of- 
tîcier portant cuirasse, écharpe et bâton de commandement, dans le goût des 
cavaliers de Rubens et de '\'an Dyck A la sûreté du trait, ce dessin me paraît 
exécuté d'après une ancienne gravure. De là date sans doute l'habitude qu'il 
prit et conserva -< de faire c'naque iour des croquis en quelques traits d'après des 
gravures dont il s'attachait à rendre le caractère le plus saillant. Rubens lui en 
avait donné l'idée. Il avait lu quelque part que ce fut à ce: exercice journalier, 
pendant le tem.ps qu'il passa en Italie, qu'il acquit une grande facilite, ainsi 
qu'à des études profondes d'anatcmie. Celles que Delacroix a faites lui-même 
et qu'il m'a données dans ce but sont extrêmement remarquables. » Ce détail 
nous est fourni par M. Lassalle-Bordes dans certaines Notes comtnuniquées à 
M. Philippe Burty, où l'ancien praticien de Delacroix a parlé de son maître 
en des termes difficiles à qualifier, et qui n'ont fait de tort qu'à lui-même. 

En iSi6, Delacroix entre chez Guerin, le peintre de Marcus Se.xtiis, qui 
travaillait alors à son tableau de Euce et Didoii. Il s'y lia avec Géricault, déjà 
célèbre pour avoir exposé Y Officier de chasseurs à cheval l.i'"^!2) et le Cuirassier 
blesse 1814), mais qui venait encore à l'atelier pour y peindre le modèle vivant, 
li entre alors dans la féconde période des études sévères, fortement discipli- 
nées, dessinant sans cesse, d'un libre crayon, par le relief et le modelé, d'après 
l'antique, d'après les maîtres italiens, au musée du Louvre; participant, sans 
succès d'ailleurs, aux concours d'esquisse de l'École des Beaux- Arts, de 1818 
à iS^e; préoccupé de Raphaël; copiant en maître l'Enfant-Jésus de la Belle 
Jar\ii!!ière[cene copie atteignit en vente publique, en 188 1, le prix de 3,700 fr.); 
peignant d'après nature et la figure et le cheval-, multipliant les portraits de ses 
maîtresses, de ses amis, de ses parents; composant et achevant sur la demande 
d'un ami. pour Fcgiise d'Orcemor.r. une Vierge des moissons toute imprégnée 
de rapliaélisme; et entre tencs, comme un repos d'esprit, collaborant par la 
caricature aux journaux satiriques de la Restauration : au Xain jaune et surtout 
au 3//7-o/r; acceptant iSai d'exccuter au lieu et place de son ami Géricault, 
déjà malade, une Vic^-se du SacrJ-Cccur pour un couvent de Nantes, prépa- 
rant enfin le Dan-e e! l'irir:'c qui "e mit aussitôt hors de pair. 



l.(KUVKF. 1)1-: DF,I.ACRO!\ Xl\ 



II — 



Le Dante et ]''irgile, exposé au Salon de 1822, fait époque dans l'histoire de 
recelé. Gérard, Gros, les deux maîtres écoutés de tous en ce temps-là, cxpiimè- 
rent franchement leur sympathie pour le jeune talent qui se révélait tout à coup 
et dans une direction si opposée à la leur. Gros dit : « c'est du Rubens châtié. » 
Gérard dira bientôt : « il court sur les toits », mais inspire M. Thiers, le criti- 
que du CoiisiitatiouJiel, qui le premier affirme l'avenir du jeune artiste. 

Assurément ce début est éclatant, et Delacroix est déjà bien affranchi des 
timidités et des disciplines excessives de l'époque : mais, visiblement, il estsous le 
joug de son admiration pour Géricault, qu'il avait vu heure par heure exécutant 
le Radeau de la Méduse dont certaines colorations se retrouvent dans le Dante. 
— C'est deux ans après, en 1S24, par le Massacre de Sciu, que se révèle dans 
tuute son originalité le génie de Delacroix. En face de cette scène de terreur et 
de désolation, si émouvante et si vraie, il est important néanmoins de constater 
que le peintre s'inspirait de lui-même, de sa propre émotion, de son imagina- 
tion ardente. Il n'avait pas vu la Grèce, il n'avait pas assisté à ces com^bats dont 
il retraçait la poignante image avec une vraisemblance que le spectacle de la 
réalité peut-être lui eût enlevée. Nulle de ses œuvres ne le passionne autant. Il 
y travaille deux grandes années « et cependant, « nous dit M. Moreau, « dans les 
derniers mois qui précédèrent l'ouverture de TExposiiion, Delacroix dut redou- 
bler de travail et d'efforts pour arriver à temps : tantôt il fait avec Emilie Robert, 
son modèle favori, des séances de cinq heures pour achever le beau torse de la 
femme traînée par le Giaour à la queue de son cheval; tantôt, mécontent tout à 
la fois de la couleur et du dessin de ce cheval, d'abord peint en entier d'inspi- 
ration, il va tout exprès à la poste aux chevaux avec Champmartin, puis au 
manège avec Scheffer. demander à la nature cet accent suprême de vérité inu- 
tilement cherché jusque-là. >. Et puis, toujours pressé par le temps, il confie à 
ses amis Fielding et Soulier le soin d'ébaucher diverses parties du ciel, certains 
coins de l'horizon, que néanmoins il lui faudra reprendre lui-même à la der- 
nière minute. 

Au sujet de ce tableau, M. F. 'N'illot, qui a bien connu Delacroix, a signalé 
dans une revue obscure un fait capital qu'il faut rappeler. En cette année 1824, 
un Français avait acheté des tableaux du grand paysagiste anglais John Cons- 



table, dans l'inteniion de les ripporrer i Par:> a: d"en faire l'objet d'une spécu- 
lation. Ils figurèrent au Salon. De".;croix. -ui avait été à même de voir ces 
paysages avant l'exposition, frappé ie leur éclat e: de leur texture, rentre dans 
son atelier, reprend son Massacre se Scio presque terminé, empâte ses lumiè- 
res, introduit de riches demi-teintes, donne par des glacis de la transparence 
aux ombres, fait circuler le sang e: palpiter îa chair. D'un seul coup d'ceil, il 
avait surpris un des plus grands secrets de la puissance de Constable, secretqui 
ue s'enseigne pas dans les écoles et çae :rop de professeurs ignorent eux-mêmes : 
c'est que, dans la nature, une teinte qui semble uniforme est formée de la 
réunion d'une foule de teintes diverses, perceptibles seulement pour l'œil qui 
sait voir. — Cette leçon, Delacroix s'en était trouvé trop bien pour l'oublier 
jamais. C'est d'elle qu'il conclut, soy?ns-en sûrs, à son procédé de modelé par 
hachures. 

En 1827, bravant les critiques passionnées qu'avait soulevées le Mass:icre de 
Scio, Delacroix expose douze toiles. notamn::e.nt le Marina Faliero, celui de 
tous ses tableaux de chevalet qu'il préférait et qui est, avec VÉvéque de Liège, 
dont nous parlerons tout à l'heure, l'expression la plus exacte de l'art romanti- 
que, la Mort de Sardar.apale. qu'il appelait son ^"\''aterloo, œuvre incomplète 
d'ailleurs, avec des parties admirables, et le Chris' au jardin des Oliviers, qui 
esta l'église Saint- Pau!-Saint-Lou:s. au Marais. 

Au Salon de i83i, Delacroix reparait avec trois ouvrages: \t Richelieu disant 
sa misse, qui a été brûlé dans l'incenile du Palais-Royal en 1848, la Liberté 
guidant le peuple, et un chef-d'œu\Te. le ^Lissacre de l'évêque de Liège. 

Je m'arrêterai longuement à ce dernier tableau qui résume tout le génie du 
romantisme, sa passion pour ie moyen âge. l'intelligence qu'il en avait, et qui 
montre la magnifique virtuosité de la 'crosse du maître à cette heure. 

On sait que le motif est emprunté au r:man de Walter Scott, Quentin 
Dunvard : « Guillaume de La IMark. surnommé le Sanglier des Ardennes, 
aidé des Liégeois révoltés, s'empare du c'nàteau de l'évêque de Liège. Au milieu 
d'une orgie, dans la grande salie et placé sur le trcne pontifical, il se fait amener 
l'évêque, revêtu par dérision de ses ha'r-its sacres, et le laisse égorger en sa pré- 
sence. " Exécuté en 18-27, ^^ tableau n'a été rxp:;é que cinq fois : au Salon de 
1 83 1, aux Expositions universelles de Paris .;>rr et de Londres (i 862), à l'E.x- 
position d'Alsace-Lorraine ■1S74 . e: chez M. Georges Petit (1884I. Jamais le 



LŒUXRP: de DELACROIX XXI 



grand artiste n'a poussé plus loin que dans cette œuvre la magie de la brosse, 
il n'a jamais appliqué plus sûrement son merveilleux instinct de composition. 

Dans la salle immense en hauteur et en profondeur, sous les gigantesques 
trouées qui s'enfoncent dans une ombre sans limites, l'orgie se déroule en 
ligne serpentine autour delà nappe chargée de mets, de lumières, de cristaux 
et d'orfèvreries. L'évêque, paré de sa chasuble d'or, est amené par une foule 
hurlante, en face du Sanglier des Ardennes. Ademi-dressé de l'autre côté de 
la table, pesant de tout le poids de l'ivresse et de sa lourde armure sur ses 
deux pomgs armés d'énormes gantelets, Guillaume de La .'\ïark donne l'ordre 
d'assassiner le prélat. Déjà un boucher, les bras nus, tire son coutelas, le 
meurtre sera consommé tout à l'heure; et la victime, pourtant, indifférente à 
son propre sort, ne voit, ne fixe avec épouvante que les vases sacrés, profanés 
par l'attouchement sacrilège des soudards et des filles; ses vieilles mains, 
tremblantes d'horreur, se dressent vers le ciel. Les convives indifférents ou 
railleurs se retournent, s'accoudent, se hissent sur les escabeaux, l'un d'eux 
met un pied sur la nappe pour mieux voir; ils rompent ainsi, par la variété de 
leurs attitudes, la monotonie de la ligne régulière. Du milieu des ténèbres 
jaillissent quelques feux lointains, mystérieux, flammes vacillantes accrochées 
aux fûts des hauts piliers, et çà et là quelques éclairs lumineux : la croix in- 
cendiée parle feu d'une torche, le luisant pailleté de la crosse, la mître dorée, 
couverte de pierres précieuses, que deux bras rouges de vin, en attendant 
qu'ils se rougissent de sang, tiennent suspendue au-dessus de la tête du prélat. 

-Mais le torrent de lumière part de la nappe éblouissante. Sur elle se détache 
la silhouette élégante des hommes d'armes; c'est elle qui renvoie au visage de 
Guillaume et des échevins de la ville, assis à ses côtés, l'éclat des fiam.beaux, 
des plats d'or et des cristaux scintillants. 

Delacroix, nous apprend yi. '^'illot, éprouva de grandes difficultés à réaliser 
l'effet de la scène tel qu'il l'avait conçu. Aussi abandonna-t-il, à plusieurs 
reprises, une œuvre qui ne le satisfaisait pas. Enfin, il s'}' remit définitive- 
ment; l'homme debout vu de dos, à gauche, le préoccupait beaucoup, et il le 
recommença sept ou huit fois. Quanta la nappe blanche, c'était suivant lui 
le point capital du tableau. Un soir, en dessinant chez son ami, il lui dit : 
« Demain, j'attaque cette maudite nappe qui sera pour moi Austerlitz ou 
Waterloo. Venez à mon atelier à la fin de la journée. " M. A'illot fut exact au 



XXII IXTIÎODUCTIOX A 



rendez-vous. Delacroix , vécu d'une courte blouse de flanelle rouge, la palette 
à la main, lui ouvrit, et, dès la porte, lui dit avec un sourire d'une fmesse inex- 
primable, en pinçant les lèvres et en hochant la tête : « Eh bien! mon cher, 
c'est Austerlitz ; vous allez voir cela. » En effet, la nappe blanche flamboyait 
et illuminait la sanglante orgie. « Je suis sauvé, ajouta Delacroix; le reste ne 
m'inquiète plus; je vais me mettre à l'architecture, je changerai ma disposition 
première et m'inspirerai, pour la charpente de la voûte, des croquis que j'ai 
faits au Palais de Justice de Rouen. » 

Dans la pense'e de Delacroix, VErêqne de Liège devait surtout être vu à la 
lumière de la lampe, éclairé par un réflecteur. C'est un artifice sans doute et 
Ton peut trouver qu'en somme la plus belle lumière, celle des galeries publi- 
ques, est la lumière du jour. Cependant nous avons vu le tableau dans les 
conditions où Delacroix lui-même avait disposé cet éclairage factice. L'eftet 
ainsi est vraiment saisissant, il tient du prestige dioramatique, rehaussé par 
la hautaine énergie d'une création magistrale: c'est l'illusion d'une réalité 
supérieure. 

Eugène Delacroix, il est coutumier du fait, a introduit dans cette œuvre 
admirable une expression tragique, il y a imprimé un aspect de grandeur 
solennelle qui élève le tableau de chevalet aux proportions du tableau 
d'histoire. Qu'importent les dimensions ! Le poète, en l'artiste, a compris, le 
peintre communique le sentiment de la sanglante dureté du moyen âge. C'est, 
dans cette page merveilleuse, la part de l'esprit. La part des yeux n'est pas 
moins étonnante. L'exécution rappelle les plus beaux morceaux que l'on 
pourrait citer des maîtres les plus divers. Non qu'il y ait in-iitation, mais 
pour déiinir une telle virtuosité, il nous faut évoquer les noms des plus 
opposés : Rembrandt, pour la puissance mystérieuse de la haute architec- 
ture; Rubens, pour le prodigieux emportement de la facture dans le groupe 
de l'évêque ; les Flamands, pour la finesse spirituelle des indications de 
lumière sur les armes, les objets luisants, brillants, accrochant au passage un 
éclair ou un reflet; Chardin lui-même, non comme procédé technique, 
mais pour l'analogie du rendu de certains objets: telle coupe, telle pièce d'or- 
fèvrerie, sans couleur propre, sans ton local, n'ayant de couleur que celle des 
teintes environnantes, réfléchies dans une extraordinaire et savante mêlée de 
reflets et de contre-reflets à l'infini entre-croisés et multipliés; Delacroix 



L(1-;U\'HK LU:. L)1-:L.\CR()!.\ XXll 



lout seul ennn, pour l'a! t e-xquis a\ec lequel il jeuc des notes échnamcs et 
voilées tour à tour, et les rappels harmonieux de ses rouges pe'netrants et 
hardis. Quelle belle application de cette théorie de Delacroix disantque : " S'il 
faut ébaucher avec un balai, on doit terminer avec une aiguille, o 

Décoré en 1(S3j, sans doute pour son tableau de la Libcrlé^Ccxr son talent 
e'tait toujours furieusement contesté, Delacroix désormais ne manque pour 
ainsi dire plus une Exposition. En ]832, il fait le voyage du Maroc et en rap- 
porte les éléments de cet admirable joyau : les Femmes d\AIge)\ pour le Salon 
de 1834. où i! expose aussi la Bataille de Nancj- ci l'Amende Hoiio}\7bh%dor)t 
il avait emprunté le cadre, comme celui de VÉi'iqne de Liège, à l'admirable 
salle des Pas-Perdus du Palais de Justice de Rouen, pendant une de ses excur- 
sions (i8?i) à son cher pays de Valmont, près de Fécamp, " séjour de paix et 
d'oubli du monde entier » (i). A ce même Salon, les bons juges d'alors refu- 
sèrent la superbe i^cv/co ;?/;•(? de cavaliers maures, que Delacroix estimait assez 
pourtant pour en faire lui-même une reproduction à l'eau-forte. 

Rappeler le; principales œuvres exposées successivement, c'est dénombrer 
les victoires du maître : iSSb^lc Prisonnier de Cliillon, pour ]e duc d'Orléans 
(on refuse Hamlefy^ — i836, son premier Saint Sébastien; — iSSy, la Ba- 
taille deTaillebourg^ pour A'ersailles;— iS3S, la Mcde'e, de Lille: les Coni'ul- 
sionnaires; — 1839, Cléopalre ; Hamlet, la scène du cimetière avec Horatio 
et les fossoj'eurs:, — 1840, le Trajan. de Rouen; — 1841, ]& Prise de Cons- 
tantinuple par les Croisés^ pour le Musée de Versailles; la Barque de Don 
A'a;/, léguée au Louvre par 'SI. Ad. Moreau.et la Noce Juive. Quel éblouisse- 
ment! — 1845, le Marc-Aiir'ele,àt Lyon; la Sortie du Sultan Abd-el-Rhaman^ 
du Musée de Toulouse, et la Sibylle dont Rachel posa le mouvement; — 
184(5, VEnVerement de Rébecca; Roméo et Juliette., cette aurore exquise: Mar- 
guerite à l'Eglise; — 1847,1e Christ eu croix; Musiciens juifs; — i8q8,C7/7-?.^/ 
au tombeau; Mort de Valentiri; Mort de Lara; Comédiens arabes., du Musée 
de Tours ; — 1 84Q, des Fleurs et des Fruits; une variante des Femmes d'Alger; 

(i) Dans la plus ancienne lettre que l'on connaisse de Delacroix, adressée le 10 janvier 
1814 à sonami Félix Louvet, le fils de l'auteur de Faublas, il donne des détails sur l'habi- 
tation d'un de ses cousins, propriétaire, à Valmont, d'une ancienne abbaye de bénédictins, 
qui lui a inspiré une foule d'idées romantiques. Ce mot, à cette date, sous la plume du futur 
chef du mouvement romantique, n'est-il pas curieux à noter? 



^^I^' INTRODUCTION A 



Othello et Desdémone; V Arabe Syrien et son cheval, uneparle incomparable; — 
iS5o-5i, La-are; le Giaoïir; Macbeth; le Bon Samaritain, si doux, si tendre; 
— 1853-57, Saint Etienne; les Disciples d'Enunaus; Pirates enlevant une 
femme; — 1859, son dernier Salon, où il semble réunir comme dans un 
dernier et magnifique effort huit chefs-d'œuvre : la Montée au Calvaire; le 
Christ au tombeau; Saint Sébastien; Ovide che:; les Scjthes; Herminie et 
les Bergers; ïEnlèvement de Rébecca; Hamlet tuant Polonius; les Bords 
du fleuve Sebou. 

Je n'ai pas mentionné ici l'Exposition universelle de i853, où nous retrou- 
vons un choix de trente-cinq tableaux empruntés aux musées, aux églises, aux 
collections particulières. Ce fut un triomphe sans précédent, le triomphe de l'art 
vivant sur Fart embaumé de l'école académique. Je ne me suis pas encore 
arrête, mais j'y arrive, à ses admirables peintures décoratives : au Salon du Roi 
et à la Bibliothèque de la Chambres des députés, à la Bibliothèque du Palais 
du Luxembourg, à la Galerie d'Apollon du Louvre, à la chapelle des Saints- 
Anges de l'église Saint-Sulpice, au Salon d'Hercule ou de la A7/'.vde l'ancien 
Hôtel-de-Ville, brûlé en 1871. Dans cet œuvre décoratif immense, Delacroix 
tour à tour fait passer sous nos yeux tous les drames qui s'agitent dans l'àme 
hilînaine et dans la nature, et les revêt d'un somptueux vêtement de formes 
et de couleurs, varié à l'infini, avec une fécondité que rien n'épuise ni ne lasse, 
la fécondité sereine du génie. 

On ne peut imaginer la somme énorme d'études, de préparations, de projets 
de compositions qu'il prodigua dans ces travaux gigantesques. On connaît un 
dessin du char d'Apollon pour le plafond du Louvre (voir page xxv). Ne restàt- 
il du maître que ce croquis où il a fixé en quelques coups de crayon le vertige 
du mouvement, cela suffirait pour révéler le génie absolum.ent original du 
maître français. Jamais l'art d'aucune époque n'a exprimé avec une égale 
puissance l'emportement d'allure des coursiers héroïques que la Fable attelait 
au char d'Apollon. Avec quelle facilité d'invention pittoresque le grand artiste 
a varié l'attitude des nobles animaux: deux d'entre eux sont lancés à l'allure du 
trot tellement allongé, que les deux autres, pour les suivre, s'enlèvent au 
galop. La différence du mouvement engendrcles plus curieuses combinaisons 
de lignes décoratives. Malgré le prestige de la couleur dans l'œuvre achevée, 
nous considérons l'étude de ce dessin, dont les moindres hachures ont un 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



XXV 




XXVI INTRODUCTION A 



sens si nettement intelligible, comme plus instructif encore que la peinture 
elle-même. 

A régal de tous les grands maîtres des écoles d'Italie, Eugène Delacroix a 
eu, au degré le plus élevé, le génie de la décoration. Je ne parle pas ici de l'art 
de remplir par des compositions ingénieuses certaines surfaces données par 
l'architecture et d'un périmètre souvent bizarre. Cet art, Delacroix a montré 
dans les pendentifs en forme d'hexagone irrégulier, à la Bibliothèque de la 
Chambre des députés, à quel point il en était maître. Je parle des combinai- 
sons purement décoratives où les accessoires et l'ornement jouent le rôle prin- 
cipal. On peut voir dans le Salon du Roi ou des Fleuves^ de cette même 
Chambre des députés, quelles prodigieuses ressources d'invention Delacroix 
a mises en œuvre dans ce travail admirable, trop peu connu, et quelle rare 
conscience il apportait à l'exécution des grandes pages décoratives qui lui 
furent confiées! Chargé de peindre le motif central du plafond de la Galerie 
d'Apollon au Louvre: Apollon vainqueur du serpeni Python, tx. voulant main- 
tenir la plus parfaite unité entre son œuvre propre et le milieu destiné à la 
recevoir, il commença par dessiner l'ordonnance architecturale de la compo- 
sition de Le Brun, où son plafond allait s^encadrer, composition magnifique 
d'ailleurs, dont l'éclat et les complications fastueuses ont déterminé les formes 
mouvementées et les colorations puissantes auxquelles s'est arrêtée la volonté 
réfléchie du maître. 

Vingt fois, dans la décoration de la Bibliothèque de la Chambre des députés, 
Eugène Delacroix a su remplir, avec la plus rare abondance d'invention, le 
cadre exceptionnel que présentait chacun des pendentifs des cinq petites cou- 
poles. La base étroite de l'hexagone irrégulier offrait de singulières difficultés 
au développement de la composition qui, cependant, devaitêtre assise dans le 
sens de la largeur. Delacroix, le plus grand génie décoratif du di.x-neuvième 
siècle, en a triomphé, sans jamais se répéter, avec un bonheur d'imagination 
toujours renouvelé. Les vingt pendentifs exécutés peuvent être vus et étudiés 
sur place; niais que de projets qui, non réalisés, ont été retrouvés dans les 
cartons du maître après sa mort! Il en est un : Jeunes Jîlles de Sparte s'excr- 
çant à la Utile. Rien ne saurait exprimer la noblesse et la grâce touchante de 
ces exercices charmants, l'élégance des mouvements, l'aisance des attitudes, 
la souplesse et la force de ces jeunes corps, la science de la construction, la 



LŒLVRi: DE DELACROIX XXV II 



beauté des emmanchements. Cela rappelle, dans une forme d'art plus haute, 
Tadmirahle sentiment du tableau qui appartenait cà feu M. Maurice Cottier : 
Jeune tigre jouant avec sa mcre. 

Mais ce qui nous arrête tout spe'cialement au point de vue de la composi- 
tion, c'est la grandeur des groupes considérés isolémenî. et l'aspect décoratif 
de l'ensemble comprise la façon d'un bas-relief. Il n'y a pas un détail dans 
cet ensemble immense qui ne fournirait matière à de précieuses études. J'en 
cite un exemple. Chacune des cinq coupoles de la Bibliothèque de la Chambre 
des députés est divisée en quatre parties reliées à leur intersection par une 
bande d'ornements. Le centre de chaque bande est occupé par un mascaron 
différent. M. Fabius Brest a recueilli le dessin de l'un d'eux dans les débris 
de l'atelier du maître qui furent vendus surplace après la Vente posthume. — 
Elle était pourtant bien digne de figurer aux solennelles enchères de l'hôtel 
Drouot, cette superbe tête de jeune femme au regard profond, aux traits 
calmes, purs et si nobles! Quel beau modèlecelaferaitpour nos écoles de dessin! 
Et si simple! Le ton chaud du papier goudron fournit une dem.i-teinte vi- 
goureuse auprès des ombres obtenues par un lavis de sépia rehaussé d'huile, 
tandis que les hachures, largement tracées, accentuent le caractère de la forme 
et lui donnent un relief saisissant. Delacroix est ici sculpteur autant que 
peintre. A raison de la place que la lumière réelle occupe dans la distribution 
architecturale de la Bibliothèque de la Chambre des députés, il a fait venir en 
ce motif la lumière fictive par-dessous-, — c'est ainsi que sont éclairés au 
théâtre les visages des comédiens. Ce renversement de la lumière, qui con- 
tredit aux habitudes du regard, ajoute un attrait de curiosité à l'effet puissant 
du modelé en cette simple tête décorative. De tels exemples de perfection se 
rencontrent rarement. Quelle réponse écrasante au préjugé qui, contrairement 
à l'évidence, a si longtemps affirmé que cet admirable coloriste ne savait pas 
dessiner ! 



— III — 

Malgré les chiffres très élevés et de nature à faire illusion que, depuis quel- 
ques années, les peintures de Eugène Delacroix atteignent dans les grandes 



XXVIII INTRODUCTION A 



ventes de Thôtel Drouoî, il ne peut échappera Tobscrvateur attentif que le 
public, j'entends le public des amateurs, reste rebelle au génie du maître. 
Ses œuvres de chevalet ne se fixent point dans les collections. Nous les voyons, 
à des intervalles peu éloignés, de nouveau présentées à l'enchère, provoquer 
sous le coup de marteau du commissaire-priseur de longs retentissem.ents de 
pièces d'or, d'épais froissements de papier de soie à vignette bleue, puis rentrer 
pour un temps dans l'onibre de quelque galerie privée, mais pour un temps 
fort court. Il est inutile, je pense, de citer des œuvres et des nom.s; chacun les a 
dans l'esprit. Il y a là un fait brutal, inique, déplorable, contre lequel nous 
protesterions en vain et qu'il vaut m.ieux tenter d'expliquer. 

Eugène Delacroix, que l'admiration passionnée de quelques-uns a fait si 
légitimement illustre, n'a point et, à vrai dire, n'a jamais eu de public autre 
que celui des artistes. Entre le public et lui, la mésintelligence, je dirais 
volontiers l'inintelligence, date de 1822, de son début, du Dante et Virgile, 
et dure encore. Si M. Thiers, à cette date, écrit dans le Constitutionnel quel- 
ques paroles sympathiques et prophétiques, c'est qu'elles lui ont été soufflées 
par un peintre, par le baron Gérard, esprit ouvert, indépendant, dont le salon 
était alors aussi recherché que le talent et dont les moindres mots faisaient 
autorité, surtout pour M. Thiers, très jeune encore et fort assidu à faire sa 
cour au « premier peintre du roi ». Gérarddemeura toujours fidèle à Delacroix. 
Deux ans plus tard, en 1S24, il parlait avec éloges de l'auteur du Massacre 
de Scia, sauf cette seule réserve: >< Il court sur les toits. » Et qui le croirait, le 
peintre de VAinoitr et Psj-ché avait un goût tout particulier pour les lithogra- 
phies de Faust, notamment pour la scène de la taverne. Par quels courants 
mystérieux se forme le jugement des hommes, même celui des meilleurs ? 
Dans la bienveillance de Gérard pour le jeune artiste, n'entrait-il pas une part, 
fût-elle minime, de l'influence exercée par Gœthe, qui avait très hautement 
loué cette interprétation de son Faust (i)': N'oublions pas, en effet, qu'il 
existait un lien commun entre Gœthe et Gérard, je veux dire le baron de 
Humboldt, uni d'amitié avec l'un et avec l'autre également. On sait, d'autre 

;i) n S'il me faut avouer que M. Delacroix a surpassé les tableaux que je m'étais faits des 
scènes écrites par moi-même, à plus forte raison les lecteurs trouveront-ils toutes ces com- 
positions pleines de vie et allant bien au delà des images qu'ils se sont crie'es. » [Entretiens 
de Gœthe et A' Eckennann.) 



rPA'X'RE DE HE LACROIX XXIX 



p.iri. que Girodet. lui aussi, fcliciui Delacroix t.L.i les figures de ia mère déjà 
morte et de l'enfant renversé du Massaa-e. Il n'y trouvait à reprendre qu'un 
œil un peu dc'paysé dans le visage de la mère. Sur l'invitation de Delacroix, 
Girodet ayant à plusieurs reprises essayé de rapatrier cet œil égaré et n'y 
réussissant qu'au détriment de l'expression si émouvante de la figure : « Laissez 
donc cette incorrection, finit-il par dire, elle est nécessaire « (i). 

En présence de Delacroix, l'opinion se partage aujourd'hui en trois groupes : 
1° Les admirateurs convaincus, fervents, qui jouissent par affinité d'âme de 
toutes les créations de son génie et raisonnent en même temps, motivent, 
expliquent leur admiration pour son talent de dessinateur et de peintre. — 
2° Ceux qui l'admirent de confiance, par contenance. — 3" Le grand nombre 
enfin qui, ne comprenant pas, respectueusement se tait. — Nous avons gagné 
cela. Autrefois, je parle de vingt-cinq ans, au Salon de iS5q, où Delacroix 
fut si grand, ce dernier groupe formait des attroupements ironiques, scan- 
dalisés, scandaleux plutôt, devrions-nous dire, devant VOj'îde chc:[ les 
Scythes et VEnlèremciit de Rébecca ^ ces chefs-d'œuvre.— Quelques-uns 
encore lui refusent non seulement le génie, mais simplement le talent, le 
vulgaire talent, et par condescendance lui reconnaissent certains dons de 
coloriste (2). Ceux-là, l'urbanité m'interdit de les qualifier. Mais il est inté- 
ressant d'analvser les causes de ce persistant malentendu entre le public 
français et un tel artiste. 

Une des raisons pour lesquelles Delacroix n'a pas été compris en France, 
c'est qu'il est venu aussitôt après David et qu'il avait retrouvé l'art du grand 
dessin qui ne s'elTraie d'aucune difficulté de mouvement, d'aucune hardiesse 
de geste et d'expression. Le dessin des ensembles et des grandes lignes, 
importé par l'école des Carrache, s'était m.aintenu en France, malgré les 
erreurs du goût et les défaillances de la main, jusqu'à la fin du dix-huitième 
siècle. Dans ses réformes, David, pour modifier l'esprit, modifia aussi la 

(i) C'est là une variante au récit du même épisode donné par Théophile Silvestre dans son 
Histoire des artisies vivants. Je tiens ma version de M. Frédéric Villot, dès cette époque 
ami de Delacroix, et qui a raconté, dans un article fort ignoré sur Constable, de précieux 
détails que nous lui avons empruntés, précisément sur l'exécution du J\/a55i7cre ie Scîo. 

(2) On sait avec quelle amertume Delacroix parlait de sa réputation de coloriste, exclusive 
de tout autre mérite. Voir mes Peintres et Statuaires romantiques : Eugène Delacroix. 



XXX INTRODUCTION A ' 



lettre, remplaça le style lâché par la rhétorique, l'élégance tourmentée par la 
raideur, l'extravagance du mouvement par l'inertie, la vie turbulente par 
l'immobilité du marbre voisine de la mort. Il fut pédant par horreur de ta 
corruption, se fit Boileau en haine de l'Astrée. Les moyens de l'art sont la 
fiction et non l'illusion. Entre l'artiste et le spectateur, il doit exister un accord 
préalable, une entente commune, inconsciente, établie par l'habitude, par le 
milieu, par l'éducation, et parfaitem.ent nommée convention, qui permet au 
premier de montrer, au second de reconnaître sur une surface plane le relief 
des corps ou la perspective profonde de terrains fuyant jusqu'à l'horizon. 
Chez les peuples spontanément artistes, comme ceux de l'Italie au seizième 
siècle, cette convention est universellement connue. L'art peut y varier ses 
procédés, ses formules, ses méthodes; toujours on le comprend, chaque trans- 
formation, chaque extension appliquée aux signes représentatifs rencontre 
aussitôt un regard intelligent. En France, non. 

La lente éducation de l'œil par l'image, qui de toutes parts vient au devant 
de chacun, — dans la rue, par l'estampe à la vitrine du marchand, au 
foyer, par le journal ou le livre illustrés, et surtout par les visites de 
désœuvrement ou d'usage mondain aux E.xpositions (car des musées il n'y a 
pas à parler, qui y va, sauf les artistes et les touristes :} — cette éducation col- 
lective impose à tous une certaine fiction esthétique, la convention régnante, 
celle de l'école à la mode. La somme d'attention dont le public est capable 
dès lors est épuisée. Se présente-t-il une fiction nouvelle, jusqu'à ce qu'à son 
tour elle s'impose par la durée, elle est déclarée fausse, ridicule, poursuivie 
d'inintelligents quolibets, on lui refuse le droit d'exister. Dès lors on s'explique 
combien la routine fut déconcertée, lorsque Delacroix vint bouleverser les 
idées reçues, montrer un dessin et un coloris en contradiction déclarée avec 



le coloris et le dessin que depuis un tiers de siècle, depuis le Serment des | 

Iloraces. on avait adopté comme la formule belle par excellence. Développer 
toutes les richesses, les somptueuses complications d'une science que l'école 
de David avait oubliée, méprisée ; remplacer par un vaste déploiement des 
ressources ainsi perdues, désormais renouvelées, rajeunies, accrues par des 
dons de génie, les procédés indigents qui constituaient la fiction adoptée, 
n'était-ce pas troubler en véritable fâcheux notre paresse d'esprit ? 
I Pour humiliante qu'elle soit, ne reculons pas devant h confession de nos 

i i 



L'ŒU\'RE DE DELACROIX XXXI 



l 

lacunes. La France n'aime point l'art pour l'art lui-même, elle n'aime dans 1 

l'art que le sujet, le motif, l'anecdote, c'est-à-dire le prétexte de l'art. Elle est • 

à peu près dénuée du sens plastique et pittoresque, comme en poésie du sens | 

lyrique, et ne veut pas l'avouer. De là tant d'admirations qui portent à faux, j 

tant d'engouements éphémères, parce qu'il manque aux talents qui en sont j 

l'objet, les qualités de fond, les qualités éternelles sur lesquelles repose la i 

durée de l'œuvre d'art. Les mieux doués, parmi ceux qui forment le public i 

des Expositions, ne paraissent pas soupçonner qu'il estnécessaire d'exercer, de 
cultiver ses sens, pour atteindre à la pleine jouissance des plaisirs intellectuelb | 

dont les sens ne sont que les organes sans doute, mais les organes essentiels. 
On ne se doute pas assez qu'il faut avoir le regard juste pour comprendre et | 

juger, je veux dire goûter la peinture, la statuaire ou l'architecture, autant que 
l'oreille juste pour goûter la musique. Suivant jusqu'au bout la comparaison \ 

qui est rigoureuse, ajoutons que le regard comme l'oreille, même natu- 
rellement justes, ont besoin d'une éducation progressive pour pénétrer dans 
toutes leurs délicatesses l'art des sons et l'art des couleurs. Tel percera de 
prime-saut l'esprit de surface d'Auber ou d'Horace Vernet qui, sans études, 
tout au moins sans de longues fréquentations, n'arrivera jamais à pénétrer les 
profondeurs de Beethoven et de Rembrandt. 

En 1824, l'art officiel en était encore, en France, à l'austérité factice et à la 
froide correction de l'école de David. (L'enseignement, de nos jours, s'en dégage 
à peine, et point par la bonne porte.) On refusa de commencer la nouvelle 
éducation devenue indispensable pour entrer dans l'intelligence des procédés 
employés par Eugène Delacroix. Tout en ce pays, dans les habitudes esthé- 
tiques et dans le sang de la race, protestait contre l'originalité du peintre. Son 
génie était en contradiction formelle avec le génie national. — Le génie fran- 
çais a placé son idéal dans les clartés sereines de la raison. Par ses côtés moins 
élevés, il est négatif, pratique, utilitaire ; il n'est nullement poète, artiste fort 
peu. C'est que sans doute l'art et la poésie appartiennent trop au sentiment, à 
la passion, à un ordre de sensations raffinées, pour s'allier aisément à l'analyse 
et au raisonnement. Aussi, en art, notre goût est-il raisonneur et abstrait. Ce 
qui l'arrête, l'occupe et le charme, c'est l'intérêt du sujet, et encore, dans 
certaines conditions auxquelles je reviendrai tout à l'heure. La couleur, le 
plus puissant, le plus énergique des moyens pittoresques, n'exerce sur lui 



XXXII INTRODUCTION A 



aucune action. Il en a laissé les joies et les grandeurs aux peuples encoi'e 
enfants, étrangers aux phénomènes de la spéculation, aux peuples de l'Orient 
et du Midi. L'art de la France, c'est la parole, peut-être entre tous les arts le 
plus grand. Mais notre esprit logicien reste fermé aux jouissances purement 
esthétiques. Aussi ne faut-il pas s'étonner que la patrie de Nicolas Poussin, de 
Descartes et de Bossuet, qui pour tout poème épique a la Henrtade^ soit 
privée du sens qui lui permettrait d'entrer en communication parfaite avec 
l'art de Delacroix. 

Succéder à David, posséder le don de la couleur et du mouvement, déjà les 
conditions étaient mauvaises pour réussir. Cela seul eût suffi à compromettre 
le succès de Eugène Delacroix. Mais, en outre, il se dégage de son œuvre une 
influence particulière, qui devait achever de dresser entre le peintre et le 
public un dernier obstacle que celui-ci jamais ne franchirait. Bien qu'il eût 
l'esprit remarquablement clair et froid, Delacroix avait l'âme passionnée et de 
plus troublée autant que pas une en ce siècle. Or comme l'âme de l'artiste est 
au moins de moitié dans ses créations, il en est résulté qu'en tous les ouvrages 
de Delacroix il règne une sorte de souffrance cruelle qui agit péniblement sur 
le spectateur. Le maitre heurte donc ainsi le fond du caractère national, rail- 
leur, léger, sceptique et qui veut qu'on l'amuse. Car voilà qui est fort misérable 
et triste à dire, non seulement le public français fait passer le sujet dans l'art 
avant l'art même, ainsi que nous l'avons constaté; mais de plus, en matière 
de sujets, il n'aime que le sujet gai. Yo\'ez, auprès des contemporains de 
Delacroix, la fortune de Gavarni, et comparez à l'infortune de Daumier, ce 
colosse qui fait encore peur au « bourgeois ». Et que d'exemples encore on 
pourrait citer ! Quel est le poète national ? Béranger. Quel est l'historien 
national? 'SI. Thiers. N'est-ce pas écrasant? Qui ne connaît l'estampe, 
d'après Landseer, je crois, représentant une scène d'inondation.' Une 
chienne avec ses petits a été emportée par les eaux. Sur la niche, qui flotte à la 
dérive, la lice hurle au perdu. L'éditeur, la gravure achevée, n'en vendit pas 
dix épreuves pendant des années. On admirait, mais c'était trop triste. Subi- 
tement éclairé, un jour, le marchand fait ajouter sur la planche, à l'horizon, 
une toute petite barque, montée par deux hommes, nageant à force de rames 
vers l'épave encore vivante. Les chiens seront sauvés! A partir de ce moment, 
p:;r le seul fait de ccttcaddition en apparence inoignifiantc, l'estampe fit fureur, 



«F.rVHK Di; Dl.LACiîOIX 



N X X I I I 






i-m^ 



■A\HÈ\\ 




XXXIV INTRODUCTION A 



j il \- a de ceLiprès d'un demi-siècIc, et se vend toujours. Dans une vente récente, 

{ en i!^82. on a revu les Conviilsionnaires de Tanger^ un des chefs-d'œuvre 

j parmi les tableaux de chevalet de Delacroix: le jour de l'exposition, devant ce 

j spectacle de la férocité où se peut porter le mysticisme oriental, l'impression 

du public était à peu près unanime : « Cela est fort beau, c'est possible, mais 
ce n'est pas gai, et je n'aimerais pas de vivre avec ce spectacle sous les yeux.» 
Et en réalité, cela est beau, cela est grand, mais celaest tragique (i). 

On peut en dire autant de l'œuvre entier du maître. Je l'ai écrit ailleurs, 
" Lutte et passion, en ces termes se résume, étudié dans son esprit, l'ceuvre de 
Delacroix. Le titre de chacun de ses ouvrages pourrait commencer par le mot 
lutte ou le contenir. Le drame occupait l'âme de l'artiste. Toute concep- 
tion chez lui était violente. Il n'y a que peu d'images de repos, peu de 
sérénité dans son œuvre; à peine citerait-on parmi ses tableaux: Ovide che:^ 
les Scytiics^ et là, quelle tristesse amère ! ou Roméo et Juliette s'étreignant 
dans un dernier baiser sous les lueurs vermeilles de l'aurore; et ici, quelle 
ardeur de passion ! « Donc, nulle sérénité ! Delacroix mit dans son art le drame 
constant qui s'agitait en son âme. Il ne connut pas la paix intérieure des 
tempéraments adipeux, lymphatiques et sanguins; par contre, nul ne connut, 
ne pratiqua et ne traduisit comme lui ce qu'un poète lyrique, JM. Théodore 
de Banville, a nommé « l'attirante séduction de la douleur ». Il était né sombre, 
hautain, ironique. Aussi que retrouve-t-on de préférence dans ses compo- 
sitions ? La haine ou plutôt le principe toujours actif de l'incessante destruction, 
la force terrassant la faiblesse, avant Darwin, le combat pour l'existence, ou le 
combat pour la volupté du combat, mais le combat toujours. Rappelez-vous : 
le <( Quatrième chant de V Enfer », le Massacre de Scio, Attila. Poitiers, Nancy, 
Tailleboitrg^ l'Entrée des Croisés à Constantinople, la Liberté, Macbeth^ 
Hùinlet, dont nous reproduisons une scène page xxxm, Médée, Ugolin, Le 
Tasse, V Enlèvement de Rébecca, Gœt- de Berlichingen , le Naufrage de 

(i) Ajoutons au dénombrement des causes qui entravèrent la popularité de Delacroix que 
de son vivant, c'est-à-dire aux beaux jours de la gravure de cor-imerce, pas une de ses com- 
positions ne fut gravée comm.ercialement. Les éditeurs d'estampes réservaient leur publicité 
pour Horace Vernet et Paul Delaroche. Les artistes graveurs, d'autre part, sortis de l'Ecole 
des Beaux-.\rts, partageaient l'horreur de leurs professeurs pour le maître et n'étaient pas 
de taille, en outre, à graver ses œuvres, dont l'interprétation par le burin exige un effort 
d'inteilizence au-dessus de !a courante banalité. 



L-Œi:VRE Dl£ DELACROIX XXXV 



^on Ju.jn_ Cl UHU son Or/.;;/ - a part la Aoce J.ive el les Musiciens arah's 
-ses Tigres dévorant une proie, ses Lions combattant, les Serpents stir 
la défensive. Voilé par la vivante magie de la couleur, par Temportement 
du dessin, par la suprême distinction du goût avec lequel le mélodrame est 
évite sous 1 enchanteresse parure de l'art, au fond de cet ceuvrc in.mense 
.1 coule un Heuvc de sang. Le bourgeois n'aime pas cela (,^ 



— n- 



Si naturellement la pente de son humeur portait Delacroi.x aux conceptions 
tragiques, qu ,1 n'a pu y échapper, même dans les sujets religieux, quels sont 
ses motiis de prédilection } Les angoisses du Christ au Jardin des Oliviers les 
angoisses des apôtres pendant la tempête, les angoisses des saintes femmes 
pansant le corps percé de flèches de saint Sébastien, les angoisses des chré- 
t.cns relevant^ le corps lapidé de saint Etienne, celles du bon Samaritain, 
cel esde la mère tenant sur ses genoux sacrés le corps exsangue du crucifié 
celles aussi de la crucifixion et de la descente de croix. Chargé de décorer une 
chapelle a leghse Saint-Sulpice, celle des Saints-Anges, reprendra-t-ii un 
sujet de douceur, qui l'avait déjà occupé, Taôu- et l'Auge? Non, il choisira 
rois motifs de lutte: La lui te de Jacob avec l'Ange; Héliodore chassé dri 
ten,ple, sur les parois latérales de la chapelle; et, au plafond, 5^;-;;/ A//c/../ 
terrassant h démon. Cette trilogie des vengeances angéliques est la dernière 
œuvre de kugene Delacroix, la dernière grande pensée du peintre 

;< On l'atiendait avec quelque impatience à cette épreuve, disons-nous plus 
cm, volontiers croyait-on que l'intensité de la vie, la furie du mouven.ent dans 
la)t ne s obtenaient que par une sorte de fièvi-e d'imagination conduisant les 
hasards de la main : fougue, désordre, improvisation passaient pour svno- 
nymes. Orici Delacroix, pour la première fois, allait avoir à triompher d'un 
procède qui interdit tout hasard, ne permet point d'improviser, car il n'autorise 
aucun repentir. C'était bien peu connaître cet admirable talent, tout de réflexion 
que de douter de lui. On peut dire, en effet, d'une façon absolue, que Delacroix 
n a jamais r,en abandonné à la fortune de la brosse. Ses œuvres sont toujours 



(0 Et c'est aussi pourquoi l'Angleterre ne l'acceptera n 



jamais. 



le résultat de conceptions longtemps mûries dans sa pensée et de longues pré- 
parations. Recherches de composition sans cesse renouvelées, corrigées, amé- 
liorées, études de gestes, de mouvement, d'expressions variées à l'infini : tout 
dans la technique de Eugène Delacroix est sage, savant et prudent. Jamais il n'a 
tracé une ligne sans d'avance en avoir calculé, mesuré Teftet. Que lui impor- 
tait donc le procédé lent de la peinture à la cire ? Jusque-là ses grandes décora- 
tions monumentales avaient été exécutées sur toile et marouflées. Il avait pu en 
voir la fragilité, sans la soupçonner pourtant aussi grande qu'elle nous a été 
révélée depuis par la restauration, devenue nécessaire en 1869, du plafond 
d'Apollon, au Louvre, et par celle, qui date d'hier, des coupoles du Palais légis. 
latif et du Luxembourg. Je suppose donc, sans aucun scrupule, que Delacroix, 
très jaloux de la postérité, accueillit avec une secrète joie l'occasion de fixer sa 
pensée dans un procédé qui assurait à celle-ci la durée. Et en effet la patiente 
volonté du maître bien aisément assouplit le moyen qui devait s'opposer à la 
fougue de sa main et lui communiquer la flamme de son génie résolu. » 

Dans notre analyse de la trilogie, nous constatons que la moins parfaite des 
trois parties est le plafond. « La surface n'est pas suffisamment remplie, le 
rocher qui porte le groupe de saint Michel et du démon semble d'une dimen- 
sion démesurée, sans proportion avec l'exiguïté des figures. Quant au démon 
lui-même, il rappelle vraiment par trop le diable légendaire, cornu, griffu, velu, 
le nez en bec d'aigle, le sourcil en accent circonflexe sous sa couronne d'or. A 
la composition définitivement adoptée, je préfère de beaucoup, dans sa donnée 
générale, celle dont il existe un fort beau dessin où les figures, bien plus impor- 
tantes, remplissent davantage la surface à décorer. Apparemment Delacroix 
aura craint de trop surcharger le plafond en augmentant le nombre des per- 
sonnages ou en les grandissant. » Si peu d'illusion du réel que l'on veuille 
demander aux arts du dessin, l'esprit admet difficilement, il est vrai, les entas- 
sements de corps ou de matières inertes se superposant à l'endroit où les yeux 
sont accoutumés à rencontrer l'espace infini. C'est pourquoi l'art du décora- 
teur exige une science très étendue. La représentation de sujets réels, histori- 
qLies ou religieux, disposée horizontalement à dix mètres du sol, est tout à 
fait en contradiction avec les règles élémentaires du bon sens. C'est la, et là 
! seulement, que l'allégorie païenne ou catholique peut trouver sa raison d'être 

dans l'art décoratif. Les dieux ei lc.> démises de l'Olympe, les anges du ciel 



I.ŒUVRF. i)K DLll.ACKOlX N .\ \ \ ! I 



chrétien agissent dans l'espace-, que nous les rencontrions du regard, au-dessus 
de nos têtes, c'est une rencontre à laquelle la loi ou la convention religieuse 
apporte la suffisante justification d'une vraisemblance mystique. Les théâtres 
antiques et même certains temples dans l'ancienne Grèce n'étaient point 
couverts. Dans les conditions atmosphériques où nous sommes placés, l'archi- 
tecture doit aviser à nous défendre contre le froid et les pluies par des combles 
à pans droits, des plafonds, des voûtes ou des coupoles. Le plafond corres- 
pond à des besoins de préservation sous nos cieux moins cléments, il est une 
nécessité. Il n'est pas moins vrai cependant que ce mode de clôture interpo- 
sant une muraille, si nécessaire qu'elle soit, entre l'homme et les nuées, ne 
satisfait nullement et même contrarie l'appétit de nos sens et de notre imagi- 
nation pour les vastes espaces. Le plafond est un système de défense; il n'est 
pas une jouissance. Il est une nécessité, avons-nous dit, il n'est pas une 
beauté. L'architecte a donc dû se préoccuper des moyens de satisfaire tout à 
la fois au vœu de l'imagination et au.x exigences du climat. Il y est arrivé. 
Comment? En employant les magiques ressources de la peinture. A l'aide de 
ces procédés merveilleux qui trouent artificiellement les surfaces solides et 
leur substituent l'illusion des perspectives infinies, il a crevé le plafond qu'il 
venait de poser au-dessus de nos têtes. Par ce moyen, il réussit à observer et 
à concilier les deux lois que je rappelais tout à l'heure : loi de conservation et 
loi esthétique. Il nous garantit contre les intempéries des saisons et trouve en 
même temps un élément de beauté décorative qu'il ne s'agit plus que d'appli- 
quer avec intelligence. Les temples antiques , avons-nous dit, s'ouvraient 
.' sous le ciel «^snb Jovc, selon l'expression latine. C'est le ciel en effet et ce 
qui se passe dans le ciel que le peintre, devenu le collaborateur de l'architecte, 
devra nous montrer. 

Si, par une fiction consentie, on enlève ça et là quelques morceaux des voû- 
tes et de la toiture d'une église catholique, il faut que nos regards rencontrent 
en se levant vers les hauteurs du monument le développement de quelqu'une 
des grandes scènes que la Foi place dans le paradis. Le caractère de l'édifice 
que le peintre est chargé de décorer lui imposera nécessairement le caractère 
et les motifs de la décoration. Cela va sans dire. Mais ce qui est moins unani- 
mement reconnu, ce que nous voyons même le plus souvent méconnu, c'est ce 
principe, à mes yeux fondamental, en vertu duquel l'artiste ne saurait peindre 



X \ X V I i i I N T R O D U CT I O N A 



dans un plafoiid autre chose que l'espace céleste. Malgré l'autorité des artistes 
illustres qui se son: prêtes à un tel contre-sens, il est absolument illogique et 
partant ridicule de poser au plafond des peintures faites d'une part pour être 
vues verticalement, et. d'autre part, représentant des terrains, des fleuves, 
des arbres, des monuments. Raphaël a commis cette faute à la Faniésine : ce 
n'est pas une excuse. Je sais bien que toute l'Ecole française en ce siècle s'en 
est autorisée. Cette considération ne me trouble pas le moins du monde, et je 
ne vois jamais au Louvre les plafonds d'Ingres, d'Alau.x, de Léon Cogniet, de 
Devéria. sans ce sentiment de malaise et d'irritation que cause un spectacle 
absurde. Eugène Delacroix lui-même, si grand décorateur, n'a pas complè- 
tement évite le péril dans son admirable plafond de la galerie d'Apollon. 
Toute la partie centrale de l'œuvre occupée par l'Apollon exterminateur des 
monstres est un chef-d'œuvre de lumière, de mouvement, de couleur et de 
logique. Mais j'ai toujours peur que la nymphe couchée au premier plan ne 
glisse sur la pente des roches et ne tombe au milieu de la galerie, ce qui serait 
bien fàc'neux. non seulement parce qu'elle endommagerait son beau corps, 
mais parce que aussi dans sa chute elle briserait les vitrines où sont renfermées 
ces merveilles incomparables : les gemmes et les joyaux de la couronne de 
France. 

La peinture des plaionds ne permet que l'ornement proprement dit (des 
caissons, des rosaces, etc.) ou la représentation de l'espace et des scènes que 
peut y rêver notre imagination mise en éveil par le milieu, par la destination 
de réditice. Dans ce dernier cas.^ il faut que le plafond rappelle les cons- 
tructions hypèîhres de l'antiquité et que la peinture y pratique d'immenses 
ouvertures sur le ciel. A de rares exceptions près, les scènes, les groupes que 
le peintre suspendra dans le vide sans limites seront toujours des motifs allégo- 
riques. Toujours ils de\ront être composés, se multiplier, s'enchaîner confor- 
mément aux lois de la perspective verticale. 

Ce ne sont pas là des lois nouvelles. Le Corrège, à Parme, les trouva et les 
1 appliqua avec le bon sens et l'audace na'ive du génie. De ce qu'à Florence 

i quelques successeurs du maître, \'asari, F. Zuccaro, pédants et impuissants, 

I ont ouvert la porte à toutes les extravagances de la « perspective curieuse », 

i conime on i'appe'ait, le principe n'en est pas moins juste et, en France même, 

Mignird au ^'.-.'.-J-.-Gràce. à Saint-Cloud et à Versailles, a prouvé sans 



I.(ZUVRE Di: DELACROIX XXXJX 



t,cn;e rr:;,s avec u-lc,;: ou^ ,a ncrs]- active xuuca'c pLUi iViiiicr avtc le bon 
goût. La D/^.'u' de Prud'hon au Louvre est un motif de plafond très accepta- 
ble; le plafond du Salon de la Paix, à l'Hôtcl-de- Ville, malgré les ruines des 
premiers plans, était dans les mêmes conditions. Dans ses autres peintures 
décoratives, au Luxembourg, au Palais-Bourbon, Delacroix a observe la loi de 
légèreté aérienne avec une aisance d'autant plus grande que la disposition circu- 
laire à base cylindrique des hémicycles et de la coupole lui permit de donner 
aux figures une assise horizontale solide, et de ménager au zénith les clartés 
et les transparences de la voûte céleste. Les terrains trop apparents, et les 
eaux qui s'écoulent, rendent déjà, dans les peintures de la galerie d'Apollon, 
la vraisemblance inadmissible; il en faut dire autant du saint Michel de Saint- 
Sulpice. 

Eugène Delacroix, quand il lui appartenait de s'en affranchir, asuivi les erre- 
ments de ses prédécesseurs. Ne voyons-nous pas Le Brun accrocher la tente de 
Darius à des arbres plantés dans les plafonds de "\'ersailles! Au Louvre, que de 
contre-sens de ce genre? Des foules, des batailles, les pyramides d'Egypte sus- 
pendues comme une menace imminente pour le visiteur! Evidemment, l'orne- 
mentation des plafonds exige une réforme radicale ou plutôt un retour aux lois 
décoratives que des peintres inférieurs, un Le Mo3'ne, un !Mignard et Boucher 
lui-même n'ont jamais enfreintes. La chute des vices de Paul Véronèse est un 
exemple illustre du nombre de figures que, dans cet ordre d'idées, le peintre 
peut mettre en niouvement, tout en restant dans la mesure de la logique et du 
bon sens. 

Il faut conclure. Je demande la permission de reproduire ici quelques lignes 
d'une étude que je publiais au lendemain de la mort du maître (14 août i8h3). 
Je n'ai rien à changer de ce que je disais alors : 

« L'œuvre de Eugène Delacroix contient la sensation, l'émotion constante, 
l'émotion aiguë qui conduit en un instant le spectateur par toutes les phases 
de l'activité intellectuelle surexcitée. L'idée fixe du maître, si je ne me trompe 
pas, a été de rendre pour ainsi dire palpables, visibles au moyen des couleurs 
et des formes, les combats qui s'agitent au secret des âmes. Que lui importe le 
sujet! C'est affaire au coloriste, chez lui, que de le traiter en grand artiste. 
Qu'il emprunte le décor du drame aux livres saints ou à l'antiquité grecque, 
à la Rome des empereurs ou à l'Italie du moyen âge, aux conceptions des 



XL INTRODUCTION 



poètes anglais ou au génie germanique, le décor n'est que l'accessoire, il vient 
au dernier rang de ses préoccupations. Ce qui l'inquiète, c'est que l'on saisisse 
clairement la note passionnée qu'il a voulu rendre, c'est qu'on ne se méprenne 
point à son sentiment, c'est que, maintenant comme dans deux siècles ceux 
qui contempleront de ses tableaux frissonnent du même frisson que lui-même 
à l'heure où il accomplit son œuvre. Fût-on disposé à lui demander compte de 
n'avoir pas représenté le di.\.-neuvième siècle, qu'il pourrait répondre : « Je 
« suis par le droit de postérité, par le droit de l'esprit, contemporain des 
« âges les plus reculés. J'ai peint mes contemporains de tous les siècles; 
u j'ai peint l'homme, son cœur, son âme, sa vie secrète, pourquoi vous 
« arrêter à l'épiderme, à la guenille du costume? » Et il ne ferait que reven- 
diquer les libertés légitimes des peintres de l'idée. La nécessité du réel imposée 
à la représentation des mœurs modernes pouvait gêner son expression : il a 
préféré parcourir le monde antique et l'ère chrétienne dans toute leur 
étendue; il les a parcourus avec la hautaine supériorité d'un maître, d'un 
Beethoven faisant sortir du clavier, des notes les plus graves aux plus hautes 
notes, des trésors d'harmonie, de sensations et d'expression. Voilà pourquoi 
Delacroix aura raison de l'avenir, il a traduit absolument l'homme en vivifiant 
son texte de toutes les richesses acquises par l'esprit moderne. » 

Au début de cette introduction, je disais que Delacroix a continué le mou- 
vement français de nos chers maîtres du dix-huitième siècle. Oui,.sans doute, 
mais, d'un dernier mot, il faut établir une distinction entre leur art et le sien. 
L'art du dix-huitième siècle montra la grâce amoureuse et le vol élégant du 
moineau de Lesbie, celui de Delacroix déploie la grandeur d'envergure et l'im- 
posante majesté du vol de l'aigle. 

ERNEST CHESNEAU. 



FIN DE L'INTRODUCTION 



SIGNATURES DE 

EUGÈNE DELACROIX 



CERTE>, il s'en faut de teaucoup que Delacroix ait adopté une signature uniforme pour 
ses ouvrages peints, dessinés, gravés ou litliograpliiés. 11 y a même apporté assez de variété 
pour qu'on trouve quelque intérêt à en voir reproduits les principaux spécimens. Sur 
beaucoup de ses grandes toiles, il a tracé son nom en lettres capitales, mais la Liberté, le 
Massacre de Scio, la Barque de Dante et d'autres œuvres encore, sont signées en caractères italiques. 
Il a même em.ployé parfois certaines formes de lettres contournées et capricieuses, qui portent évi- 
demment la marque de la fantaisie romantique. 

Année lisiû — N' 2b .Xnnce iS3i — N° 355 

EUG-DE LA CROIX £UG DELACROSK 
ANN-lSlC) p^ {531 

.\nnée iS55-.ï:n - N° 4^^ ■^■'"" "^^^ " ^'° ''"^ 

EU&.DELftCROtX \ f\ , 
F. !834 [;^Y^(J^^^ 

Année .S3î> - N" 668 Année .S39 - N° 6SS 

EXiCDELACR^OIX £.j, /) eA^^o.-J6 . 
1858 



XLl! 



SIGNATURES DE DELACROIX 



Ces: surtout dans les premières années que Delacroix a signé presque régulièrement ses tableaux 
en capitales; plus tarJ il donna moins d'importance à une formalité qui n'avait plus désormais de 
raison d'être, alors que son génie, maître de lui, imprimait à chacune de ses œuvres la marque 
d'une personnalité bien distincte. 



Anni; iS-jS — N' 1040 



Année 1849 — N" 10-4 






Année iSSi — N° nQi 



Année iS5- — N' i3i5 



Année iiô3 — N' 1450 



% ^ 



357 — N" i3i5 Année iiô3 

Les aquareiles, les dessins, les gravures et les lithographies sont généralement signés en écriture 
courante, bâtarde ou italique. Une simple autographie, cependant, a reçu les honneurs de la 
capitale. Delacroix ne suit que Tinspiration du moment et signe même soit en rébus, avec un 
chiffre, une note et une croi.-:, soit en manière de fantaisie italienne : Eue. D£lle ou Della sous- 
entendu CROCE. Pour quelques lithographies il se contente de ses initiales, et pour un grand nombre 
il ne signe pas du tout, comme pour la suite du Faust n"' l'iz à 25 1), le Chev-tl sauvage terrassé 
par un tigre (n» 2S8), Le lion [n' 3oq! et Le tigre (n- ?io) qui comptent cependant parmi ses plus 
belles compositions. Pour les études"sur nature qu'il ne signait que rarement, il h.-cait volontiers 
son souvenir par une date et le nom du pays^oà il avait copié le motif; nous en produisons quelques 
exemples. On verra aussi qu'il aimait les dédicaces. 



Anni5e 1824 — N'" 96 






^'JziSzi 



.\nnés 1S2S — N» 2S9 



Année 1 333 — N' 490 
Année 1S43 — N» Sij? 



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/S 4 3 



SIGNATURES DE DELACROIX 



X L I II i 



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l-t^it^ 



o^l.d U.^td'^r'tA^ 



£iji^xAj^uA^^ 



Année 1S41 — N» So5 



Année iSJi — N" iiSo 







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Année ib':^ — N» 1200 






■L^ a. 



Année iS55 — N« 12S0 



Année iS5S — N" i.î66 



^^^V.-</^ /r OCX 



Année iSr- — X» 



Cti^f-^L^t^vUl^ i^cep, O.-^ 




Année iS5S — N" 1370 



Mr^^§ 



'OC^'^^L^^^y^ 



Année iSJo — N" iSg 



X L 1 \' 



SIGNATURES DE DELACROIX 



A 1.1 suite des signatur;.-», nous donnons comme document autographique la reproduction d'une 
des innombrables pages que le maître a couvertes à la fois de notes et de croquis. C'est un sou- 
venir rapporté du voyage que Delacroix lit au Maroc, en i832, avec son ami le comte de Mornay. 

J^^ f ayt-UJi-z f ^' y ■'■- — - 

t 








Peu d'artistes plus que Delacroix se sont imposé la tâche souvent pénible de fixer au passage, soit par 
la pensée soit par le dessin, leurs impressions journalières. Nous aurons l'occasion au cours de ce 
l'vrc de citer beaucoup de ces notes fugitives qui contiennent souvent en quelques mots le résum.e 
.. -ran.ls principe, d'esthétique. 



PORTRAITS DE 

EUGÈNE DELACROIX 



N' ous plaçons ici. ii titre de préface, deux portraits écrits, l'un par Th. Gautier, qui 
peint hdélement le Dtlacroi.x. de i83o, l'autre par Al. Dumas, qui retrace avec 
verve la physionomie du maître, arrivé presque au terme de sa longue carrière 
artistique. Le premier de ces portraits fut écrit, de souvenir, en iS6f : le voici : 
«Delacroix, que nous rencontrâmes pour la première fois quelque temps après iS3o, 
était alors un jeune homme élégant et frêle, qu'on ne pouvait oublier quand on l'avait vu. Son 
teint d'une pâleur olivâtre, ses abondants cheveux noirs qu'il a gardés tels jusqu'à la fin de sa 
vie, ses yeux fauves à l'expression féline, couverts d'épais sourcils dont la pointe intérieure 
remontait, ses lèvres fines et minces, un peu bridées sur des dents magnifiques et ombrées de 
légères moustaches, son menton volontaire et puissant, accusé par un méplat robuste, lui 
composaient une physionomie d'une beauté farouche, étrange, exotique, presque inquiétante. 
On eût dit un maha-rajah de l'Inde, ayant reçu à Calcutta une parfaite éducation de gentle- 
man et venant se promener en habit européen à travers la civilisation parisienne. Cette tète 
nerveuse, expressive, mobile, pétillait d'esprit, de génie et de passion. On trouvait que 
Delacroix ressemblait ii lord Byron, et pour faire mieux sentir cette ressemblance, Devéria. 
dans une même médaille, dessinait leurs profils accolés. Les succès refusés au peintre, 
r.homme du monde -Delacroix le fut toujours) les obtenait sans conteste. Personne n'était 
plus séduisant que lui lorsqu'il voulait s'en donner la peine. Il savait adoucir le caractère 
féroce de son masque par un sourire plein d'urbanité. Il était moelleux, velouté, câlin 
comme un de ces tigres dont il excelle à rendre la grâce souple et formidable, et, dans les 
salons, tout.le monde disait : « Quel dommage qu'un homme si charmant fasse de semblable 
peinture! » — Le second portrait ne dilTére" du premier que par la forme qui distingue les 
deux écrivains. Au lieu d'images savantes, de psychologie profonde, le lecteur trouvera 
une improvisation brillante, mais il y reconnaîtra cependant le Delacroix des anciens 
jours, le même homme, n'ayant point perdu, malgré vingt années de luttes et de souflrances, 
son originalité native ; o Delacroix est de la tai'lle de Vcrnet. presque aussi mince que lui, 
très propre, très élégant, très coquet. 11 a cinquante-cinq ans, les cheveux, les favoris et les 
moustaches noirs comme à trente: les cheveux ondulent naturellement, les poils de la barbe 
sont rares, la moustache est un peu hérissée et ressemble ;i deux pincées de tabac à fum.er ; 
le front est large, bombé, terminé à sa base par deux sourcils épais, recouvrant des yeux 
petits, qui etincellent pleins de flamme entre deux longues paupières noires ; la peau est 
brune, bistrée, mobile, se plissant comm.e celle du lion i" les lèvres sont épaisses, sensuelles, 
promptes au sourire, et en souriant découvrent des dents blanches comme des perles. Tous 
ses mouvements sont vifs, rapides, accentués; sa parole peint, ses gestes parlent ; son esprit 
est subtil, discuteur, prompt à la répartie; il aime la lutte et s'y déploie ctincelant d'aperçus 
nouveaux, justes, brillants: à côté d'un talent hasardeux, plein de caprices, rempli d'écarts, 
il est sage, sobre de paradoxes, classique même; on dirait que la nature, qui tend a tout 
équilibrer, le place comme un habile cocher, bride en main, pour retenir ces deux chevaux 
fougueux, l'un l'Im-aeination, l'autre la Fantaisie. » — D'autres portraits écrits se trouvent 
soit par fraements, sbit plus complets, dans les diverses études que ses contemporains ont 



XL\'I 



PORTRAITS DE DELACROIX 



,8-24 



consacrées à Dilacroix et à son œuvre. Nous avons choisi ceux qui nous ont paru re'sumer 
le mieux le vrai caractère de sa physionomie. — De bonnes photographies ont été exécutées .^d 
vivum par .M.M.Victor Laisné, Carjat, Léger et Bergeron, Pierre Petit. Quelques-unes nous 
rappellent fidèlement les traits de ce noble visage, sur lequel le labeur de la pensée et la fièvre 
des passions supérieures avaient impri.mé leurs glorieux stigmates. Nous avons fait reproduire 
en héliogravure, par l'excellent procédé de .M. Fillon. outre un portrait du maître par lui- 
même, un profil superbe d'mtelligence, de finesse et d'énergie; nous n'omettrons pas, en cette 
circonstance, de remercier .M. Pierre Petit qui, avec son obligeance coutumière, a misa notre 
disposition le cliché original. — Mais avant de commencer la nomenclature des portraits 
peints, dessinés ou gravés, nous avons encore à rappeler ceux que Delacroix a exécutés 
d'après lui-même et que nous avons décrits, chacun à leur date, dans la suite de l'œuvre. 

1° — i8i3. — Dessin. — H. o'"o6o, L. o'^oSj. (Voir le n° 14.58.) 

2" — iSiQ. — Dessin à l'estompe. — H. o^tôj, L. o™io8. (Voir le n° 20.) 

3° — 1821. — Toile. — H. o'"40, L. o'^Si. CVoir le n° 40.) 

4° — 1823. — Toile. — H. o-^SS, L. o"'27. (Voir le n" 69.) 

5° — 1829. — Toile. — H. o™5i, L. o="64. (Voir le n° 295.) 

6° — i832. — Croquis. — H. o™i i, L. C"! r. (Voir le n° 372.) 

7° — 18.12. — Croquis. — H. C"! i, L. o"^! i. (Voir le n° 397.) 

8" — i8ôo. — Toile. — H. 0^66, -L. o"^54. (Voir le n° 141 1.) 

N° 9 : Portrait attribué à Géricault, vers 1820 

Dessin à la mine de plomb. — Dimensions inconnues. — Vente de ieu Achille Devéria 
(9 avril i858). n° 142 du catalogue. — Non catalogué par M. Moreau. 

C'est un portrait en pied dont nous n'avons pu, malheureusement, retrouver la trace. Le 
procès-verbal de la vente Devéria désigne comme acquéreur .M. Binder, qui possède des 
œuvres importantes de Géricault; mais la collection de cet amateur a été soigneusement 
explorée par M. Charles Clément, qui a consacré un travail important à la noble figure de 
Geri;ault et a très savamment décrit son œuvre. Il a affirmé n'avoir jamais eu connaissance 
du portrait en pied qui fait l'objet du présent numéro. — On sait que Delacroix a posé 
pour un des naufragés de la Méduse, celui qui figure nu et vu de dos, le bras gauche 
étendu, abattu en avant, dans l'admirable tableau du Louvre. 

N" 10 : Buste peint par Steuben, avant 1824 




on ne se tro 



; Toile. • — H. o'"68, L. o'"54. — Non catalogué par ^L Moreau. 
C'est M. Dauvin, marchand d'estampes, qui nous a fait connaître cette 
toile, en octobre 1875, et nous en a fourni l'attribution. Il tenait ces détails 
de madame Steuben, à qui l'œuvre appartenait encore. A n'en pas douter, 

' c'est bien le portrait du peintre jeune, à la moustache naissante, njais 
déjà sérieux, esprit résolu, partagé entre la méditation et l'action et qui 

- écrira quelques années plus tard : V J'ai vu que la solitude, pas plus que" la 
distraction, ne pouvait être l'état constant d'un homme qui veut jouir 

;■ de tout l'açrément possible. 11 faut entremêler l'une et l'autre de manière 
à ce qu'elles se succèdent et qu'il s'ensuive le désir de l'état dans lequel 
uve pas. Il faut donc toujours désirer quelque chose ou respérer._ Quand on peut 
on. aésire, on a toute la somme de bonheur accordée à notre machine piiisante. « 



iS3i 



PORTRAITS DE DELACROIX 



X L\' 1 1 



N" II : Médailion sculpté par David d'Angers en 1824 

>g|g;-.. Bronze. — Diamètre, o'"io5. — Gravé par le procédé Achille Collas 
'j^^A F^"'^ ""^ ^^"^ '^^ '''^"' vingt-cinq portraits contemporains. — Non catalo- 
'^S'^j ^1 8"^*^ P''-'' ^^- Moreau. 
^^^^^vy Celte œuvre fait partie d'une suite que modela David d"Aneers.Eile est datée « 1 824.» 

^-^"^--^ (On trouve des^ épreuves au prix de cinq francs chez^M. Thiéhauh, fondeur.) 
— La gravure, exécutée à la mê.rae dimension par le procédé Collas, porte les mêmes 
légendes : à gauche : <■ Eugène Delacroix; » h droite : <. pictor », en bas: « David, 1824. » 

N° 12 : Delacroix à vingt-six ans, par A. Colin (1824) 



Dessin. — H. o"i 22, L. 0^^090. — Gravé à l'eau-forie par Paul Colin, dans 
les mêmes dimensions, pour le catalogue de la vente des œuvres de son 
père (1876). — Non catalogué par M. Moreau. 

Delacroix, coiffé d'un bonnet à rebords, est vu de profil et éclairé de dos. La 
tête se trouve enveloppée d'ombre. Le maître, en veste de travail, lient d'un 
geste à peine indiqué, une palette et un appuie-main. Le dessin n'a pas passé 
à la vente d'Alexandre Colin {i février 1S76). Nous ne le connaissons que par l'eau-lorte. 






N° 13 : Profil dessiné par Tony Johannot en 1850 



Dessin sur bois d"après le médaillon de David d'Angers.' — Gravé sur 
bois dans les dimensions de : H. o'"22 pour VHistolre d'un roi de 
Bohême et de ses sept châteaux. — Non catalogué par M. Moreau. 

L'Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, qu'ont rendue pré- 
cieuse aux bibliophiles romantiques les fantaisies dont Tony Johannot a 
parsemé le texte, est l'œuvre de Charles Nodier qui cite, page 44, les noms 
de Delacroix et de Byron. C'est cette citation qu'accompagne la médaille reproduite ici. 




N° 14 : Buste peint par le baron de Schwiter en 183 1 




Toile. — H.o'='54, L. o"65. — Appartient à M. le baron de Schwiter. 
— Signé et daté au bas à droite : « i83i ». — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Joli portrait aux lèvres carminées, peint par un ami dévoué et tout disposé 
à voir en beau son modèle; notre vignette, d'ailleurs, ne rend pas très 
bien la ressemblance. Le baron de Schwiter se souvient que ce portrait 
fut terminé la veille du départ de Delacroix pour le Maroc. L'amitié qui 
unit Delacroix au baron Schwiter dura jusqu'à la mort du maître, qui ne 
se livrait pas facilement, mais qui ne se reprenait plus quand il s'était 



donné une fois. Il fut fidèle aux amis comme aux souvenirs de sa jeunesse. 



X LV H I 



PORTRAITS DE DELACROIX 



i834 



N° I ) : Portrait peint par Dedreux-Dorcy, vers 183 1 

Toile. — H. o'"54, L. o"'65 environ. — Adjugé à la Vente posthume de Dedreux- 
Dorcy, le 20 mars 1S75 : i 17 tV. à M. Benoit, rue du Jour. 

Ce portrait, que nous n'avons pas vu, a, paraît-il, une certaine analogie avec celui que 
peignit le baron de Schwiter en la même année. (Voir le numéro précédent.) 



N° 16 : Mi-corps dessiné par Jean Gigoiix en 1832 



Lithographie. — H. o"'iSo, L. o'"i5o. — Publié dans le journal 
V Artiste, en i832. — Signé au bas à droite: J. Gigoux. — Catalogue 
A. Moreau, p. 3. 

(i M. Jehan Gigoux maniait le crayon lithographique avec la dernière habi- 
> leté. Dans ce portrait, annoncé par iM. Gigoux comme lithographie 
^, tid'après nature », Delacroix est un jeune homme brun, au visage grave, au 
-'" regard mélancolique, à la bouche large, ombrée par une fine moustache 
noire. Il est assis sur une chaise, la main d.'-oite dans la poche du pan- 
talon; la redingote dessine la taille. Des mèches noires et drues retombent 
sur le front. >> (Philippe Burty.) 




igemment 



N° 17 : Tête dessinée par madame Villot en 183} 

Croquis au crayon. — In-octavo. — Appartenait à M. Riesener. — 
Signé : « Pauline. » — Non catalogué par M. Moreau. 
C'est sans doute à une époque de bal costumé, et alors que Delaerois prenait 
conseil de son ami Frédéric Villot. que madame Villot aura fait ce croquis. Nous 
. savons qu'à cette même époque, Delacroix se proposait d'assister, en costume 
A d'officier arabe, h un bal que donnait le duc d'Orléans, quand, le jour venu, 
■' il fut pris d'une violente migraine. Avec le secours de sa bonne Jenny et d'un 
ami, il s'habilla et se mit en voiture, mais en arrivant, ressentit un tel malaise, qu'il peine 
il put paraître; il n'aimait pas il faire mauvaise figure. 




N^' 18 : Tête dessinée par F. Villot vers 1834 

Dessin. — In-octavo. — Appartenait à M. Riesener. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

En cette attitude penchée et mélancolique, avec cet air de Christ au Jardin 

des Oliviers, Delacroix ressemble, non point à sa nature_ physique, mais à sa 

' ::^. nature morale, ii la fois inspirée et anxieuse, toute de génie et de sensibilité 

• ' maladive. Il a peint la douleur aussi fortement qu'il l'a ressentie, et s'il a 

donné tant dintérct trafique h ses plus belles œuvres, à son Cr.risl au Golgotka, 'à son 

M.xrf.-re de s^:nt Etienne, ccsî qu'il v réiiandait toute la tristesiîde ses plus mau-.ais jours. 



m^ 



IS43 



PORTRAITS DE DELACROIX 



X 1. 1 X 



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i(y ; oL';.ie perûL p.u' Com:ar:is vers 183 



]0 



Toile. — H. o">45, L. o"'3ô. — Appartient à M. de Courval-Pirnn. 
qui le tient do M. Piron. — Non catalogué par M. Moreau. 
« Le peintre Philippe Comairas était un dilettante en fait d'art plutôt qu'un 
producteur. I! aimait les aspects pittoresques des phénomènes extérieurs, 
il goûtait vivement les beautés des maîtres, mais il redoutait les fatigues de 
rexécuiion et la lutte , très dure en effet, qui suit les douceurs de Li con- 
ception, le moment où il unit l'action au rêve. Son éloignement pour le 
travail était devenu proverbial pour ses amis. Pendant toute sa jeunesse, il 
flâna de galerie en galerie, d'atelier en atelier. » Il devint ainsi l'ami de 
toute la phalange artistique de iSSo, et fut lié d'amitié sérieuse avec Delacroix. 




[^M 




N° 20 : Portrait charge publié en 1839 



Lithographie. — H. o'='3oo, L. o'^-23o. — Paru dans le Charivari 
du 29 mars i83g. — Catalogue A.. Moreau, pp. 3 et 4. 
On lit au bas de ce portrait : c. Eugène Delacroix, pinceau riche et sau- 
, vage — Sait donner de la vie à ses moindres tableaux; — .Mais il faut 
l'empêcher de peindre à son image, — Car ses succès alors seraient beau- 
coup moins beaux.» Delacroix est en train de peindre sa Médée, qu'il 
produ:s;itau Salon de iS3S et qui fut publiée à la même époque dans le 
C/;ari'v<7rz' (voir le n" 66S). On ne peut refuser à cette caricature un 
certain cachet de vérité, et dans l'exagération même du corps si fluet et 
si mince, apparaît la distinction qui caractérisait le maitre en toute sa 
personne. La tête est celle d'un rapin vulgaire, mais le geste de la main 
nt la touche est assurément bien saisi. 



N^ 



Portrait peint par Champmartin en 1840 



Toile. — Dimensions inconnues. — Salon de 1840-. — Non catalogué par ^L .Vioreau. 

Ce portrait fut exposé, sous le même n" 236, avec ceux de Henriquel Dupont, Saint-Clair, 
Botta. Léon Cogniet, Emile Deschamps, Ricourt, Fedel, Jules Janin et Fouquet. 

N" 22 : Portrait gravé en 1843 



Eau-forte. — H. o"'o65, L. o^ooo. — Signée Forbe. — Publié dans 
la Galerie des contemporains illustres [i 8:^3). — Cat. A. Moreau, p. 4. 

Ce visage vulsaire ne nous rappelle, par aucun de ses traits essentiels, le cau- 

^Sj^^l^^V seur subtil, l'e'crivain distingue, le peintre supérieur qui, pendant cinquante 

f/7^^^s^ i f \ans. anima son siècle du souïfle de son génie. Est-ce bien là celui qui disait : 

'-'-!: />/\ « Et cependant, il n'vapas a reculer. Dlmicandum, c'est une belle devise que 

' ' j'arbore par force et un peu par tempérament. J'y joins celle-ci : Renovare 

ammos..., mourons, mais après avoir vécu. » 



PORTRAITS DE DELACROIX 



[848 



N°' 23. 24 : Deux portraits (1843 -1844) 



1° Lithographie. — H.o"ii3, L. o^ioj. — Publié dans la Galerie de la 
Presse, de la Littérature et des Beaux-Arts , chez Aubert, galerie 
\'éro-Dodat. — Car. A. Moreau, p. 4.5. 

2^ Gravure sur bois. — H. o'^'opo, L. o"'ojo. — Publié par l'Illustra- 
tion, numéro du 2 mars 1S44, accompagnant an article intitulé: Salon 
de 1S44. Visite dans les ateliers. — Catalogue A. Moreau, pp. 4 et 5. 
Par la incture simple et facile en même temps que souple et délicate, la litho- 
graphie nous semble révéler la main de Menut Alophe. C'est d'après cette lithographie que 
notre viqnette a été exécutée, mais elle convient également à la gravure sur bois qui oft're le 
même type. Les traits du visage ont une grande fermeté; ils laissent cependant apparaître un 
peu trop cette rudesse de conformaricn, que le maître mettait tan: de soin à dissimuler et que 
l'on retrouve identique dans le masque de Talleyrand. 




N° 2^- : Caricature dessinée par Bertall en 1844 



Gravure sur bois d'après le dessin de Bertall. — In-octavo. — • Publié, 
en 1S-L4, dans le Panthéon du Diable à Paris. — Non catalogué par 
^L Moreau. 

On voit, représentés ici. la plupart des peintres modernes dans diverses 

attitudes. Au milieu de la page sont les deux grands champions du jour, 

Eugène Delacroix et Jean-.\uguste-Dominique Ingres. Le premier tient 

gauche une vessie de couleurs; près de lui on lit sur un écriteau attache à un 

pinceau debout : i. La ligne est un mythe La nuit, tous les chats sont gris. «Le second tient 

dans la main gauche son porte-cravon, auquel est fiché un cartouche portant ces mots : a 11 
n'y a de gris que le gris et M. Ing.-es est son prophète. '> 



dans la main 



N" 26 : Tète dessinée en 1848 




l'exam: 
conjec; 
robusti 
La !ég 
l'amiiTl 
catoire 
lepein 
Oeorgi 
incons 



Dessin ovale. — H. o™i^5. L. o'"! lo. — On lit au bas ; «Amicus amico. 

G5. » — Offert par Delacroix avec dédicace autographe à Jenny Le 

GuiUou, et légué par elle à AL Riesener, à qui il appartenait encore 

en 1878. — Exposition universelle de 1878, numéro 822 du catalogue 

des portraits nationaux Henry Jouin. — Gravé sur zinc, pour l'Art., 

numéro du 16 juin 1878. — Non catalogué par M. Moreau. 

Nous avions d'abord cru que ce portrait était l'œuvre de Gavarni, mais 

m de l'excellent fac-simiié qu'en a donné l'Art, nous a fait rejeter cette première 

ure. Les mots : <. .Amicus amico » sont écrits d'une plume vigoureuse, en lettres 

a très éloignées des caracte.-ês menus et réguliers qui distinguent l'écriture de Gavarni. 

inde noas"^ rappelle bien rias la main de^George Sand, qui crayonnait volontiers, et 

; qui unit l'illustre rom.;r.cière à Delacroix justiiîcrait bien mieux, la formule dédi- 

Cette formule s'expliquerriii mal de la part de Gavarni, qui n'aim lit pas en Delacroix 

tre et qui ne devait pas irrspirer beaucoup de sympathie à l'homme. D'autre part, 

SanJ. qui a pris quelq-jrrjis au sérieux le sexe 'de son pseudonyme, aurait pu sans 

quence Signer au masc..;.:.. 



1 83- 



PORTRAITS DE DELACROIX 



LI 



N' 



27 : Cancatiire par Bertall parue en 1849 

-.- _ Gravure_ î-ur bois d'après le dessin de Beit;)!!. — H. o"'2io, 
_ _:_/"• 1 '-^"^ ' L. o'"2i5. — Publié par le Journal pour rire, en 1849, sous ce 
^7rr;j7i;]7G"»'-\ ^'''''■' • " f^'-TU^l'^]"e des Ans. Duel à outrance entre .\1. Inqrcs, 
llJt^-^-'.ïî, '„■>:; le Thiers de la ligne et M. Delacroix, le Proudhon de la couleur.)) 
— Non catalogué par M. Moreau. 

On lit au bas : «Il n'y a point de quartier à espérer. Si M . Ingres triomphe, 
% la couleur sera proscrite sur toute la ligne, et l'insurgé qu'on trouverait 
;":' muni de la moindre vessie sera livré aux derniers supplices. Si Delacroix 
'^"-a est vainqueur, on interdira la ligne avec tant de rigueur que les gens 
surpris h pêcher à la ligne sous" le Pont-Neuf seront immédiatement 
passés par les armes. Quelques personnes ont bien osé parler de fusion entre la ligne et la 
couleur, mais ce projet de fusion a paru si ridicule et «-i extravagant, que nous n'eri parlons 
ici que pour mémoire.» Sur le pot à couleur que tient Delacroix" à l'arçon de la selle, on lit : 
« La ligne est une couleur.» Sur le caparaçon du cheval : « Rafaël est un rafale et un réac...» 
« .... La nuit, seulement, tous les chats sont gris» ; sur lebouclierque porte Ingres : cRubens 
est un rouge '..... 11 n'y a de gris que le gris et M. Ingres est son prophète.» 




N'' 28 : Eau-forte par Bracquemond (18^2) 



Eau-forte. — H. o'"o8o, L. o'"o6o. — Gravé d'après la photographie de 
Carjat. — Signé d'un B. — Inédit. — Cat. A. Moreau, p. 9. 

Vers i852, Théophile Silvestre pria M. Bracquemond de lui graver ce portrait, 
et il ne lui laissait que quelques heures pour l'exécution d'un travail aussi délicat. 
Peu après, l'artiste apprit de l'écrivain que son œuvre ne paraîtrait pas dans 

l'Histoire des Artistes vivaKls, parce qu'elle éiait traitée « dans un sentiment trop linéaire.» 

Elle est cependant empreinte d'une noble énergie. 




NO 



29 



L'atelier de Eugène Delacroix en 18^2 



Gravure sur bois. — H. o"200, L. o"'235, à pans 
coupés. — Publié par l'Illustration du 2 5 septembre 
iS.^2. — Cat. A. Moreau, p. 134. 

Ce dessin nous montre l'intérieur de l'atelier occupé par 
le maître, rue Notre-Dame de Lorette. n° 24. Delacroix 
est représenté debout, la palette à la main, causant avec 
un visiteur, près de sa boite à couleurs entr'ouverte. Au 
second plan, un jeune collégien qui examine les œuvres 
pendues aux murailles, et plus loin à gauche un quatrième 
personnage. Les murs sont couverts de plâtres moulés sur 
*-^^* i.*^^^^^^^^^-"^--- l'antique.'et d'œuvres plus ou moins anciennes du maître, 
'g'. <*i^.»^21i£®s^^Kg>rS j- parmi lesquelles on distingue l'esquisse du plafond de la 
paierie d'Apoiion ivoir le n» iiio, ta Mort de Marc-Aurèle (voir les n^^ 924 et 926), et 
bien d'autres encore que l'exiguïté de la gravure ne permet pas de distinguer. 11 y avait 
entre autres; La rue de Tomber. Desdémone maudite, le Maréchal ferrant, etc. 




LH 



PORTRAITS DE DELACROIX 



i854 



N" jo : Composition par Eugène Lami. vers i8^' 



Aquarelle. - 
M. Moreau. 



Appartenait , en i8; 



M. Hartmann. — Non catalogué par 



Cette charmante aquarelle, qui a figuré à l'une des Expositions du Cercle de l'Union artis- 
tique, en 1S75, représente un salon de Paris où M. Eugène Lami a groupé, un peu arbi- 
trairement, Delacroix, Musset. Mérimée, Auber, Gounod, etc. Les aeux premiers étaient 
debout près d'une cheminée. 

N°* 31, 7^ : Portrait gravé sur bois en 1854 

gîpv 1° Gravure sur bois. — H. o'"i55, L. o"'i3o. — Gravé par Dujardin 

,^^'%-_ «^t publié par Vlllustration, en 1854. — Réimprimé en 1864 dans la 

.;^^^^ brochure intitulée : « Eugène Delacroix à l'Exposition du boulevard 

'\^-<\lJ-?^\ des Italiens, par H. de la iMadelène. » — Cat. A. Moreau, pp. 5 et 6. 

_ ; :■>' ^■'■y'^ 2" Ce même portrait (retourné) a été utilisé en i85d pour un autre 

'^^'y^\,^i.- numéro de Vlllustration. — Non catalogué par M. Moreau. 

'^^^''^\p}0^^ Nommé membre du jury des récompenses au Salon, Delacroix décline 
^ '^"^ ' ^'"' cet honneur. Il n'est pas mauvais de remettre sous les yeux du lecteur, en 
ce temps de compétitions effrénées , les motifs du refus : « Monsieur le Directeur, je vous 
prie de vouloir bien faire agréer à M. le Ministre de l'Intérieur le motif qui m'oblige à me 
récuser en qualité de juré, dans la commission des récompenses. .le me trouve moi-même au 
nombre des exposants : j'ai pensé que cette raison me 'permettrait de décliner la charge aussi 
délicate qu'honorable que M. le Ministre voulait bien me confier, et pour laquelle j'ose le 
prier de recevoir mes respectueux remerciements. » [Lettres, édition Burty.) 

N" 1 3 : Mi-corps gravé par Alphonse Masson en i8^'4 



Eau-forte et roulette. — H.o"'i55, L. o^'iiS. — Gravé d'après 
une photographie et publié avec le fac-similé de sa signature, 
dans V Histoire des peintres vivants, de Théophile Silvestre. — 
Cat. A. Moreau, p. 5. 

En face de cette tète dont le regard songeur plonge avec mélancolie 
dans le néant des choses, nous nous souvenons de ces quelques lignes, 
que le maître écrivait à son ami Soulier, en iS."-!) : 

<i Dans l'insomnie, dans la maladie, dans certains moments de solitude, 
quand le but de tout cela s'offre nettement dans si nudité, il faut à 
l'homme doué d'imagination un certain courage pour ne pas aller au 
devant du fantôme et embrasser le squelette. Quelle ditTérence dans nos 
idées exercent quelques années seulement ! Je trouve que tous les livres ne sont que jieux 
communs. Ce qu'ils disent sur l'amour, sur l'amitié, roule sur une demi-douzaine d'idées 
banales qu'on a eues il y a mille ans. Il n'y en pas un qui ait jamais peint, à mon avis, le 
désenchantement ou plutôt le désespoir de 'l'âge mûr et de la vieillesse. .le parie que tu n'as 
jamais vu dans les livres ce que tu sens là-dessus comme tu le sens.. L'homrne passe sa vie 
dans les convulsions de l'inquiétude et dans la léthargie de l'er.aa;.» '/.^.'.'rcj, édition Burty.) 




PORTRAITS iJK 1) K L AC i< O 1 X 



N" j4 : Mi-corps grave p:ir Alphonse Masson en 18^4 




E3u-forte et roulette. — H. o'"i95. L. o'^'if,-. — Gravé d";iprcs 
une photographie pour VHistoire des peintres vivants, de Théo- 
phile Silvestre. — Cat. A. Moreau, p. ii. 

Ce portrait n'a pas paru dans le livre de Théophile Silvestre; il n'a été 
tiré qu'à un petit nombre d'épreuves volantes et il peut être ainsi consi- 
déré comme inédit. D'ailleurs, sous ce visage afiadi, diminué par la 
suppression des principaux reliefs qui en marquent le grand caractère, 
on a peine à reconnaître le grand penseur et le laborieux ouvrier qui, 
précisément h cette époque, venait d'achever les plus belles épopées 
décoratives dont puisse s'honorer notre siècle. "Théophile Silvestre, 
l'ami des bons et des mauvais jours, le lidéle admirateur, l'infatigable 
génie méconnu, ne voulut point laisser paraître cette image alïaiblie de l'artiste 
ification duquel il avait dépensé son cœur et son mtelligence. 



N'' 3 5 : Portrait charge dessiné par Eugène Giraud en 1856 



^5 



."V 



r 



qu ilsva 
certains 



Dessin rehaussé à l'aquarelle. — Di.mensions approximatives : H. o"'6o, 
L. o'"70. (La tête e.st à peu près grandeurnature, elle mesure en H. o'"i4). — 
Non catalogué par M. Moreau. 

.M. Eug. Lami en a fait deux copies, il en conserve une dans son atelier, il a offert 
l'autre à .\1. Haro. — Eugène Giraud a fait ainsi, pendant vingt ans, aux soirées du 
Louvre, tous les vendredis de carême, le portrait charge de l'un des invités du comte 
de Nieuwerkerke. Le collier de commandeur, confe'ré à Delacroix en i855, est 
indiqué, et c'est même à propos de celte distinction que le portrait fut exécuté. De- 
lacroix, peut-être par tradition de famille, avait toujours eu certaine propension 
vers les fonctions officielles. En 1849, ■' avait fait des démarches pour obtenir la 
direction des Gobelins : en i855, il rêva la direction des Beaux-Arts, mais renonça 
bientôt à cette prétention. Il était chevalier de la Légion d'honneur depuis i83i et 
officier depuis 1846. Il aimait les honneurs, en homirie qui les mérite et qui sait ce 
lent aux yeux du vulgaire; if les rechercha sincèrement et ne fit point, comme 
artistes, profession de les mépriser après les avoir obtenus. 



N° 36 : Portrait anonyme publié en i8)6 



Gravure sur acier. — H. o"'o85, L. o'"o72. — Publié en tèie de la 
biographie de Delacroix, par Eugène de Mirecourt, deuxième série 
des Contemporains. — Non catalogué par M. Moreau. 
Le maître est vu de flice, assis devant une table et portant un porte-crayon. 
tri VV-J': j-- Au-dessous du trait carré, on lit à gauche ; <i Publié par G. Havard »; au 
M ^^^S.^'^y^-- niilieu : « Eugène Delacroix »; à droite : « Impr. de Mangeon, 67, rue Salnt- 
0^éi=?-=^»»^#-=^ Jacques, Paris. » Ce portrait ne peut avoir plus de prétention que la biogra- 
phie qu'il accompagne. C'est une vignette sans valeur réelle servant de 
frontispice à un livre de crédit fort médiocre. N'insistons point sur de pareils ouvrages que 
nous signalons au public par simple acquit de notre conscience d'iconographe. 




t-l\' PORTRAITS DE DELACROIX P. i8û3 



N-^ 37 : Panthéon Nadar (1856) 

Lithographie. — Format in-douze. — Non catalogué par M. Morcau. 
Ce portrait, exécuté d'après d'anciennes lithographies, fait partie du cortège des célébrite's 
publiées sous le titre ; Panthéon N.tdar, vers i8?6. Il occupe, dans la planche format 
grand monde, la droite du deuxième rang à partir du bas et porte le n" 78. 

N" 38 : Miniature peinte par madame Herbelin en 18^7 

Ivoire. — Dimensions inconnues. — Salon de iSSj. — Non catalogué par l\\. Moreau. 

Ce portrait fut exposé sous le même no iSSg, avec ceux de Rosa Bonheur, Alexandre 
Dumas fils. Dauzats, etc. Nous ignorons ce qu'il est devenu. 

N° )9 : Mi-corps dessiné par Heim en 1858 

^Ç^ Dessin au crayon rehaussé de blanc. — In-folio. — Signé au bas sous 

%^ Is jambe droite et daté : « Heim, i85S. » Delacroix en costume de 

.."■•\"V'-"\ membre de l'Institut. — Appartient au musée du Louvre. — Non 

Tv V'v'TÏv catalogué par M. Morsau. 

Ij^ilj'^T^i- Exécuté alors que Heim était dans un âge très avancé, le portrait n'est 

■^^?^*^^~^^ P'"*^ parmi les meilleurs de la belle suite que ce peintre nous a laissée. Il 

l'^-T^- .^ri'".— -4 ' manque de fermeté. On sait que dans 1-js premiers jours de janvier iSSy, 

- 'iJ.ï=i*^! i Delacroix se présenta une fois de plus à l'Institut et fut élu. De nombreux 

passages de sa correspondance à cette époque montrent à quels sentiments 

il obéissait en persévérant avec une telle persistance a poser sa candidature 

si souvent, si longtemps déçue. Il était mù non pas par une étroite ambition, mais par le 

noble désir de marquer sa place parmi les meilleurs de son temps, d'aîTirmer son mérite 

devant tous ceux qui jugent la \aleur de l'homme aux broderies de son habit, de donner, en 

un mot, la sanction sociale à son génie. 

N" 40 : Gravure sur bois, posthume (1863) 

ali5(s Gravure sur bois. — H. o"M6o. L. o^iiS. — Publié par le Monde 

t'^% -i illustré, n° du 23 août iSôlî. On lit au bas : « Eugène Delacroi.K, 

.%iif^-\ membre de l'Institut, commandeur delà Légion d'honneur, mort à 

'v^S > Paris le i4aoiit i8ô3. » — Cat. A. Moreau, p. 7. 

.• ■ ?, " Ce portrait accompagnait, dans \e Monde illustré, un article nécrologique 

;' ..^-'i de M. Charles Yriarteet l'extrait des mémoires consacrépar Alexandre Dumas 

■:■]■) V'"xl\) j à DeLicroix. Il a été utilisé pour le journal Éckos de Paris du ?.9 août i863, 

■ '{'"tv^-^ ■-'' pour VAlinanach des scènes illustrées de l'année i8ô3 et pour VAlmanach de 

-•• '^' la Litiérature. Il présente une asse;; vague ressemblance avec le type du 

iîi-and artiste; mais c'est là tout son mérite. On m peut d'ailleurs demander à des poriraits 

CiS journaux le même caractère, le même s'ylu qu'aux œuvres peintes eu gravées. 



PORTRAITS DE DELACROIX 



LV 



K° 4î : Composition pobihume (1803) 







Non catalogué par 



Toile. — Grandeur nature. 
M. Moreau. 

-M. Fantin-Latour peignit cette composition peu de 
temps après !a mort de Delacroix. C'est un groupe 
d'admirateurs: les trois peintres Louis Cordier, 
\^ ^J^M Alphonse Legros et Whistler, 1 humoriste Chanip- 
,^ ^S^^ tieury. le peintre Edouard Manet, l'aqualbrtiste Brac- 
■-< -,''^- ?-/'=-?( quemond, l'animalier de Balleroy, le poète Charles 
'" --^S-^â Baudelaire, le critique Edmond Duranty, tous réunis 
- "^^^ , devant le portrait du maître, peint en ton de camaïeu, 
assez semblable à celui de la photographie qui a servi 
de modèle. N'omettons pas de citer enfin l'auteur de la toile, le portraitiste délicat, Fantin- 
Latour, qui apparaît h gauche en manches de chemise. 

N" 42 : Gravure sur bois, posthume (1863) 

Gravure sur bois. — H. ©"'iS?, L. û"'iio. — Gravé sur bois par 
Gusman, d'après un dessin de H. Rousseau. — Cat. A. Moreau, p. 7. 

Peut-être est-ce dans la philosophie quelque peu spleenétique du maître 
qu'il faut chercher l'explication du nombre immense de ses travaux . Nous 
VV'^U:'ÀÎ^-:. - '■ lisons, en eflet, dans une lettre à M. Soulier : « Le vide de la vie, l'inu- 
>5i'É. 'i'.'»''' ' tilité lie nos souhaits et de nos regrets ne t'est pas, hélas! plus pesant qu'à 
moi. Tu parles de la solitude, il n'en est guère de plus pesante que la 
mienne. Je n'ai plus même pour m'éiourdir les distractions vulgaires du 
monde. Com.me je suis habituellement souffrant, j'y ai entièrement renoncé, 
et je passe bien souvent ma soirée au coin de mon feu. Les illusions s'en 
vont une à une, une seule me reste, ou plutôt ce n'est pas une illusion, 
c'est un plaisir réel, c'est le seul où l'amertume du regret ne se mêle pas: c'est le travail. 
Mais enlîn c'est ma seule passion; puisse-t-elle survivre longtemps à toutes les autres! Malgré 
l'inconstance de ma santé, je travaille, et peut-être à cause d'elle; car, comme elle m'est un 
prétexte suffisant pour me dispenser des sottes obligations du monde, je donne à la peinture 
tout le temps e;ue je dépensais si follement et si inutilement. » iLcItres, édition Burty.) 

N° 43 : Gravure sur bois, posthume (1863) 

/^ Gravure sur bois. — H. ù-^iSo, L. o">i70. — Publié par VUnivers 
x".^ illustré, n° du 27 août i863.— Non catalogué par M. Moreau. 
xHi^^îv Ce portrait, qui a été reproduit dans le Musée français-aiif^lais, accovn'^-A- 
'-'■ ' ^nait, dans YUr.ivers illustré, un fragment extrait de l'œuvre de George Sand. 

paru dans Vllluslration en 
geste, tout au moins à 
et tous trois procèdent 
certainement d'un mê.me original, une photographie sans le moindre doute. 
Ce sont également des photographies qui ont servi de modèle, directement ou indirectement, 
à la plupart des portraits qui furent publiés après la mort du grand artiste. 




*,_„"T4^!/rv\\ C'est le même, en sens inverse, que celui qui a paru 
\^W^^^î-- ^'^'-\ ('*'°''" ^^ n" Ji). Il ressemble également, comme 
V/ y^^T^'' celui qu'a publié Théophile Silvestre Jvcir le n" 33), 



LV[ 



PORTRAITS DE DELACROIX 



1 864 



N° 44 : Gravure sur bois, posthume (186 



^^\, Gravure sur bois. — H. o™i40. L. o"ii5. — Publié dans l'Illustra- 
^'*'^*^ ?/oH anglaise^ numéro du 29 août i863. — On lit au bas: « The late 
S; "'-^^ Eusénc Delacroix. « — Cat. A. Moreau, p. 8. 

i^T^M:^^ '' Après ma mort, il ne itra. fait aucune reproduction de mes traies, soit par le 
'/^{ W^j.-"^ moulage, soit par dessin ou photographie: je le détends expressément, u 
^f('hif>AfA<< Cette clause formelle, consignée par Delacroix dans son testament, n'était 
'''"•■ ' qu'une coquetterie d'homme de génie, que la loi devait être impuissante à faire 
respecter. Certes, bien des reproductions imparfaites, telles que celle dont nous donnons ici 
le croquis, ont altéré l'intelligente physionomie du maître, mais la publicité des traits est 
une des fatalités qui s'attachent aux grands hommes. N'est-ce pas ainsi qu'on paie sa gloire? 

N" 45 : Gravure sur bois, posthume (i86^) 



Gravure sur bois. — H. 0^104, L. o'"090. — Gravé par Gérard d'après 
un dessin de Parent. — Publié dans le Musée des Familles et dans 
VAlmanach du Musée des Familles. — On lit au bas : « Eugène Dela- 
croix. (Le i3 août i8ô3, s'est éteint, à l'âge de 65 ans, l'un des plus 
grands peintres de cette époque. 1» Ce portrait a paru dans les Beaux- 
Arts illustrés, numéro du 28 août 1876. 

Delacroix était né le 23 avril 179S. Il avait donc connu la vie et ses souf- 
frances pendant soixante-cinq ans, trois mois et quinze jours. 




N° 46 : Eau- forte posthume (1864) 




Eau-forte. — H. o"'f lo, L. ©'"loo. — Gravé par Jean Gigoux d'après 
son dessin. — Publié dans la Ga-ette des Beaux-Arts, numéro du 
i"^' janvier 1864, accompagnant un article de Charles Blanc. — Cat. 
A. Moreau, p. S. 

M. Jean Gigoux, qui fut un ami et un admirateur de Eugène Delacroix, possède 
dans sa belle collection de dessins une suite assez nombreuse d'études toutes 



relatives aux belles peintures du Palais-Bourbon. 



N" 47 : Buste posthume (1864) 

Bronze. — Grandeur natui'e. — Commandé à M. Carrier-BcUcase, le 12 avril 1864. 
— Salon de i865. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ce buste a été payé, pour le coulage, sept cents francs par la Société nationale J.s Beaux- 
Arts, à M. Thiébaut. fondeur. M. CarVier-Belleuse n'a point accepté d'honoraires. Sur le 
socle est écrit ; ^ A la mémoire d'ii!ugène Delacroix. 1 1 Soci.iré des Beau.'':-Artj. l'î aoûi: io5')+.» 
Il était placé au milieu des salles "de l'Exposition posthume, bouievard des Italiens, 21",. 



IS64 



PORTRAITS DE DELACROIX 



LVII 



N" ^8 ; Médûilion posthume (1064) 



..^.^^«i ^ Bronze. — Diamètre, o"'?o. — Modelé par Auguste Preault et tiré à deux 
■/-■"•^w^îQv^"^ A exemplaires seulement, dont l'un appartient "à .M. Paul Dutilleux. — 
\- è^0U' Auîographié par A. Rohaut, dans les dimensions de: Diamètre, o"Moo, 
\^^^'^ pour la seconde livraison des Fac-similés de dessins et croquis oris^iiiaux 
^^^-"^ de Delacroix (iS55). — Gravé à l'eau-forte par Gaucherel, dans les 
dimensions de : Diamètre : ©'"qS. — Non catalogué par M. Moreau. 



N" 49 : Dessin du médaillon précédent (1864) 

Dessin à la plume. — Diamètre : C^io. — Exécuté d"après son médaillon, par 
Préault, qui a écrit au bas : « Je ne suis pas pour le fini, je suis pour Tinfini. » Publié 
dans l'Autogfaphe. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 50 : Gravure sur bois, posthume (1864) 



^M 



■s^^Q, 



^S^^^^i Gravure sur bois. — Intérieur ovale, encadré de 
3?ir^?-^''^^< ' feuilles de chêne et de laurier, avec banderolles et car- 
:.- ^"^^^louches : H. o"'o65, L. o'^ôo. — La planche entière : 
H.o"'5oo, L. 0^280. — Publié dansle Journal illustré, 
":.: numéro du 25 décembre 1864. — Cat. A. Moreau, p. 8. 

^-'* ' . ^' '- '. Ce portrait, qui occupe le milieu d'une grande page, est le 

v.^^-^^^^'' -_:;_■" ,,^V.-^,.,; \-J_-^„ centre d'une composition décorative où se trouvent réunies 
-ir" ~"^ ■>='=^^^^-=- — *-"-^*'—^-- (jj, certaines œuvres de Delacroix: Dante et Virgile aux 
enfers., la i\'oce juive. Il fut publié à l'occasion de l'Exposition posthume. Cette image très 
médiocre ressemble plus à une caricature qu'à une œuvre sérieuse. Elle est bien faite pour 
justifier la crainte du maître à la pensée que ses traits seraient déshonorés après sa mort. 



N° 5 1 : Lithographie posthume (vers 1864) 



j<^^^,. Lithographie ovale. — H. o"'i38, L. o'^M i5. — Reproduction d'une 

-"5te2C^-è\ photographie de Pierre Petit, par Gomez; planche inédite. — 
■rz^.' . -|^^.^ Qqx. a. Moreau, p. g. 

'I;?"-^ La physionomie de Delacroix exprimait plus de finesse que de bonhomie, 

..;flrj^57' pl^s de mobilité que de strén'ité. Sous une courtoisie apprise, toute 

if.^,_-;2"; d'éducation et de nécessité sociale, il cachait mal une brusquerie d'impres- 

""fe-ijj sion, une ardeur des sens, une véhémence de passions, qui vivifiaient la 

^v flamme de son regard. Ici, tout au contraire, la face est lourde, l'œil atone, 

'■o^i'ij~>- le nez épais, c'est une tête vulgaire. Il faut bien le dire, le visage du maître 

tait peu à la traduction plastique et la tâche des interprètes était assez malaisée. Delacroix, 

se jugeait lui-même en artiste, savait cela et n'y restait pas indifférent. 





LVIII PORTRAITS DE DELACROIX P. iS65 



N° 52 : Gravure sur bois, posthume (1864) 

Gravure sur bois. — H. o'"oSo, L. o'^ooo. — Publie par le journal 
l'Autographe, numéro du i^'' mars 1864. — Cat. A. Morcau, p. g. 

Cette gravure accompagnait un article biographique qu'illustrait en même 
temps le fac-similé' d'un dessin provenant de la Vente posthume (Hercule et 
Cacus, n" I 1 14'. Le mythe était bien choisi pour symboliser l'œuvre morale 
du maître. Lui ausfi â lutté cont.-e la force aveugle et brutaie; mais il n'a 
pu, comme l'antique héros dont il a glorifié les travaux bieniaisanis, vaincre 
l'ennemi sans cesse renaissant. Il n'a pu non plus trouver, après la lutte, 
peint si noblement dans son Hercule au pied des colonnes. 

N° )'} : E:m-forte posthume (1864) 

Eau-forte. — H. o'"i20, L. o"oSo. — Gravé par Schutzenberger pour 

le frontispice d'une brochure in-douze d'Amédée Cantaloube, intitulée : 

« Eugène Delacroix, rhonime et Fartiste. Dentu, 18G4. » — Cat. 

"ï J'iiv^,', A. Moreau, p. 9. 

-,- , :3-;_.;-=i^^ La brochure de M. Amédée Cantaloube fut publiée à l'occasion de l'Exposition 

•^/>'X\J'^^^-'' posthume formée par les soins de M. Martinet, directeur administrateur de la 

^-"^f-'Sir.-rS^ Société nationale des Beaux-.'\rt5. Ouverte le i3 août 1SÔ4, pour l'anniversaire 

de la mort du maître, cette Exposition fut, nous l'avons du. un triomphe décisif. 

N° ^4 : Gravure sur bois, posthume (vers 1865) 

Gravure sur bois. — H. o'^ogS, L. ù'"075. — Gravé par Maria Chenu, 
d'après un dessin de G. Perrichon. — Cat. A. Moreau, p. lo. 



/T. 



^^ 




gularite de ses traits et enviait le beau pr 
il n'eût pas consenti h changer sa laideur intelligente pour une beauté sans expression. 

N° 55 : Gnivure sur bois, posthume (î86)) 

Gravure sur bois. — In-douze. — Publié dans ÏAhnanach des gloires 
nationales de iS65 ; d'après un Dessin de Jouffroy. — Non catalogué 
par NL Moreau. 

Après le Panthéon des Illustrations françaises, voici VAlnianacIi des gloires 
nationales. Le succès incontesté de l'exposition de ses œuvres vengeait Eugène 
Delacroix de toutes les injustices dont avait souffert son génie, et. mieux que 
L io.-.r où l'Institut lui .ivalî ouvert .^es portes, i! cntrr.it dans rim:T>or:ahté. 
Mais ii était mort meurtri, et ie triomphe arrivait trop tard. 




i865 



PORTRAITS DE DELACROIX 



LIX 



N" )6 : Gravure sur bois, poslhume (iB6^') 






bm 



M 



porains; deux 



Gravure sur bois.— H. o'"i86. L. o'^' 147. — Gravé par L. SL-rif.kolT, 
d'aprésun dessin de Henri Rousseau, sur phoiograpiiie de Carjat. 
— Publié dans le Magasin pittoresque, numéro de décembre iS55. 
— Cat. A. Morcau, p. 10. 

Le portrait, de forme ovale, est entouré d'un cadre carré; les écoinçons 
renferment, en haut, des couronnes de chêne et de laurier, et en bas, 
tine palette et des attributs de peinture. Un article biographique l'ac- 
compagne. La couronne et les palmes, c'est le signe de la "gloire, la seule 
récompense que le noble artiste avait demandée en vain "à ses contem- 
; plus tôt, elle aurait consolé son cœur brisé et ravivé ses forces épuisées. 



N" 57 : Lithogniphie posthume (1865) 



- . Lithographie. — H. o"2?o, L. o'"iqo. — Dessiné sur pierre par 

G. Fuhr, d'après une photographie de Pierre Petit, et signé au bas à 

', gauche. — Imprimé par Lemercier en 1865-07, pour être inséré dans 

^- la livraison du Panthéon des Illustrations françaises au dix-neuvième 

l siècle, consacrée à Delacroix (Victor Frond, directeur). 

; La photographie qui a servi à cette lithographie est aussi celle que nous 
avons utilisée pour ia gravure de l'un de nos portraits publiés hors texte. 
C'est l'une de celles qui reflètent le mieux le visage du maître. Eugène Dc- 
'■ V lacroix qui, par une clause de son testament, interdit la reproduction de ses 
traits après sa mort, fut de son vivant très soucieux de laisser sa fidèle image h la postérité. 
11 donnait volontiers son avis aux artistes qui gravaient son portrait; ainsi, dans une lettre 
à Théophile Siivestre, qui faisait exécuter, pour VHisioire des Ariisles vivauti, les portraits 
décrits plus haut, sous les n"^ 33 et 34, se plaint-il vivement que son visage soit alourdi. 



?^. 



N° )8 : Buste posthume (1865) 



Marbre. — H. o^Soo. — Exécuté par Antoine Etex. — Salon de 
i865. — Exposé de nouveau en 1876, en plâtre teinté du ton de 
terre cuite. — Non catalogué par M. Moreau. 
La tête est de grandeur nature; l'habit est celui de membre de l'Institut. 
Sur le bandeau uni, form.é par la saillie de la poitrine, on lit : « Eugène 
Delacroix n. Delacroix était très frileux et s'enveloppait le cou d'un cache- 
nez, même à l'atelier: le sculpteur a conserve, malgré l'habit d'apparat, 
ce trait des haoitudes du grand artiste. — Le grand nombre des portraits 
du maître que nous avons vu publier, en 1S64, témoigne de l'immense 
K-i popularité qui accueillit son nom, dés que la mort eut rappelé ses con- 
tem.porains au sentiment de la justice. Cette vogue ne fut point passagère, 
et les hommes de notre âge applaudissent encore au retour d'opinion qui se produisit, il y a 
vingt ans, en faveur du peintre superbe dont l'oeuvre non seulement domine tout son siècle, 
mais encore occupe une place d'honneur parmi les oeuvres de tous les temps. 




N° 59 : Eau-forte posthume (187^) 




LMPELACfïOl 

Eugène Delacroi 



Eau-tbrte. — Cadre intérieur ovale : H. o'"io5, L. o"'o8 i . — Cadre 
grisé extérieur carré: H. o'"i4!, L. C^oog. — Gravé par Emile Boilvin 
d'après une photographie et publié ea tète de l'ouvrage de M. A. Mo- 
reau : « E. Delacroix et son œuvre, etc. » (1873.) 

On lit sur le fond, à gauche : E. Boilvin; au bas ds la marge grisée: 
<i Eugène IDelacroix " et sur la marge extérieure, à gauche: j Jouaust éd. »; 
à droite : « Imp. A. Salmon. « — Le visage est vu presque de face. 
La photographie qui a servi d'original a cette eau-forte est devenue rare. 
Elle est d'ailleurs parmi les meilleures de celles qui furent e.'cécutées d'après 
dont elle rend bien la finesse et la vivacité. 



N° 60 : Gravure sur bois, posthume (1873) 



ik Gravure sur bois. — Diamètre : 0^04 1. — Dessiné d'après la photogra- 
ÎA phie de Pierre Petit. — Publié dans l'ouvrage de M. A. Moreau : 
^JE. Delacroix et son œuvre {i8y3]. 

'.;V^\-^^ Nous connaissons plusieurs états de cette gravure, dont M. A. Moreau a sur- 
■CbCiîi*' veillé tout spécialement l'exécution ; il voulait une image digne du maître dont 
il admirait si passionnément le génie et dont il allait vulgariser l'œuvre. Le résultat, cette 
fois, ne répondit malheureusement pas à ses soins. 



N" 61 : Eau-forte posthume (vers 1876) 



Eau-forte, 
d 



o'"o37, L. o'"o36. — Tiré seulement à quinze exemplaires, au bas 



'une planche (troisième état) représentant la Noce juive, gravée par Henri Le 
t signée Chaplin (voir le n^ 6S7). — Non catalogué par M. Moreau. 



N° 61 ; Fantaisie posthume (1878) 



Dessin à la plume, ovale. — Gravé sur zinc à la dimension de : 
H. o"M33, L. o'"077, pour le journal La Question, numéro du 
24 mars 1878. — Non catalogué par M. Moreau. 
On lit en tête de cette page fantaisiste: « Journal de la torture. — La 
question artistique. « Le médaillon de Eugène Delacroix, signé : .A.. T. 
(Adrien Tournachon), est accolé à celui de Ingres. Ils sont relies par une 
branche de laurier et adossés à une colonne brisée sur laquelle sont gravés 
les noms de Michel-Ange, Raph.iél, Titien, Léonard, Rubens. Le soleil 
qui luit à gauche, derrière un peuplier verdoyant , projette encore ses 
ravons sur les deux maîtres, tandis' que sur la droite des arbres dénudés, 
symbole de la mort, abrii^.-.t d'3u;ros médaillons de a Chose et Ma- 
chin artistes à tous crins ». — Allusion non équivoque a la triste situation de l'arc moderne. 




1 883 



PORTRAITS DE DELACROIX 



LXI 



N" 6j : Lithographie posthume (1881) 

Lithographie. — H. o"';40, L. o"'ii<j; la tète seule mesure o"Vi65. — Interprétée 
d'après itne photographie de Pierre Petit, par Lessore. —Tiré seulement à cinquante 
exemplaires. — Non catalogué par M. .Morcau. 
Le type est analogue à celui du n" iSji. 

N° 64 : Lithographie posthume (1881) 

Lithographie ovale. — H. o"'258, L. o"'2i-; la tète seule mesure o"'ioS. — Inter- 
prétée d'après une photographie par Achille Sirouy. — Salon de i8Si. 
Ce portrait ressemble à la belle eau-forte grave'e par Bracquemond (voir le n° 28). Il est d'une 
facture très puissante, mais les modelés des demi-tons sont peut-être trop accentués, et le 
visage porte les traces d'une fatigue qu'il n'avait qu'aux jours de fièvre morale et de malaise 
physique. L'œuvre n'en est pas moins celle d'un artiste très consciencieux, très habile et 
très amoureux de son sujet. M. Sirouy est l'un des interprètes les plus ardents et les plus 
autorisés de l'œuvre de Delacroix (voir les n"' 198,353,462.1118, 1214). 



N" 6^ : Statue posthume (1883) 



Pierre. — Grandeur nature. — Exécutée par Ernest Guilbert, en i8S3. 
f ',^-^ Bien qu'il fût né à Cliarenion-Saint-Maurice, Eugène Delacroix a été accueilli 
'k'-cL '^^•^^ ^"^ chœur des Parisiens illustres qui dressent leurs profils sous les niches du 
v'"'^ '--Xv nouvel Hôtel-de-Vil!e. Sa statue est placée au premier étage du pavillon sud-est, 
\^' ^<^c"est-a-dire en façade sur le quai. Il tient de la main droite un pinceau et de 
I ( ■*'■ la cauche sa palette, ses brosses et un linge d'essuie. A ses pieds sont divers 

m " 



[■r., ",..(< urtiis ic (,iiu;:ui ucb l'diiiiciib luubiici qui dressent leurs prot 

■'■)- ■■•X^, nouvel Hôtel-de-Vil!e. Sa statue est placée au premier étage du pavillon sud-est, 
" ' " ' " "■ " " i. Il tien 

palette, ses brosses et un hnge dessuie. A ses pieds sont divers 
attributs du peintre, tels qu'un pot à couleurs, des portefeuilles de dessins , etc. 
Comme toutes celles qui font partie de la mèm.e décoration, cette statue a été payée 
quatre mille francs. Ce n'est pas la seule que Paris doit élever au grand artiste. 
Bientôt, par les soins d'un comité, ardent h poursuivre la réalisation de ses vœux, nous 
verrons s'élever l'image du maître sur l'une des places de la grande cité qu'il a contribué à 
rendre plus glorieuse par la puissance de son génie. Souhaitons que le nouveau monument 
soit, par son ampleur décorative, digne de l'artiste dont il devra perpétuer la mémoire. 



m 



N" 66 : Masque posthume (1883) 



.■1''^'% Plâtre et bronze. — H. o"'022, L. o'"i6. — Exécuté par Zacharie Astruc. 
l^r^ ~ Salons de 1882 et de i883. — Non catalogué par M. Moreau. 

ij^ ,2^; f C'est sur le socle d'une statue de jeune homme, appelé par son auteur : « Le 
'^1^^ marchand de masques » que se trouve cette effigie de Delacroix, à côté de celles de 
^■^ Barbey d'Aurevillv, Balzac, de Banville, Berlioz, Carpcaux, Corot, Dumas, Faure, 
Gambetta, Gouncd, Hugo. 'M. Zacharie Astruc, qui a connu Delacroix, a très heureusement 
utilisé, dans la remarquable exécution de ce masque, les photographies qui nous restent. 



LXII 



PORTRAITS DE DELACROIX 



iS65 




N" 6-j : Tombeau de Eugène Delacroix au cimetière de l'Est 

Pierre de Volvic et granit. — 
H. 2">ôo, L. 3"'3o.— M. Dar- 
cy, architecte. — Gravé sur 
zinc (perspective et détails) 
par P. Lorain, pour la Galette 
des architectes et du bâtiment, 
iS65, t. III, p. 3o7, dans les 
dimensions de : H. o^'ig, L. 
o'"25. — Gravé sur cuivre (élé- 
vation et coupe) par Soudain, 
pour V Architecture funéraire 
de César Daly, première section 
B, pi. III, dans les dimensions 
de : H. o"'325, L. o^siS. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Delacroix avait dit en son testa- 
ment : Mon tombeau sera au cimetière du Pére-Lachaise, sur la hauteur, dans un endroit 
un peu écarté. II n'y sera placé ni emblème, ni buste, ni statue; mon tombeau sera copié tris 
exactement sur l'antique, ou Vignole, ou Palladio, avuc des saillies très prononcées, contrai- 
rement à tout ce qui se fait aujourd'hui en architecture. » Pour se conformer h cette volonté 
précise, l'exécuteur testamentaire, M. Piron, de concert avec quelques amis du maître, 
choisit pour type le sarcophage de L. Cornélius Scipio Barbatus, découvert en 17S0 sur la 
voie Appia. Est-il utile de rappeler que ce sarcophage se compose d'une chambre cubique sur 
laquelle vient s'asseoir, comme un couvercle, une table ou chevet d'ordre dorique, munie 
d'accotoirs aux volutes saillantes. L'ornementation, très sévère, ne comporte qu'une rangée 
de denticules et des métopes décorées de rosaces entre les triglyphes. M. Darcy, architecte 
distingué, membre de la Commission des monuments historiques, fut chargé d'exécuter la 
copie du modèle antique, en la conformant toutefois aux exigences des lois modernes en 
même temps qu'à certaines conditions pratiques, capables d'en assurer la conservation. La 
partie supérieure, assise sur un soubassement de granit, est taillée dans deux blocs délave de 
■Volvic; elle porte cette simple inscription : Eugène Del.acroix; mais elle n'est point, à 
l'exemple du sarcophage antique, creusée en forme de chambre mortuaire. L'hygiène miO- 
derne veut qu'on enfouisse les morts, et c'est à plus de trois pieds sous terre que fut 
pratiqué le caveau. Une plate-forme d'isolement fut établie sur la face antérieure au bord 
du chemin et garnie d'une balustrade de bronze d'un style très pur, que M. Darcy a su très 
heureusement harmoniser avec le caractère du sarcophage latin. — M. Piron mourut avant 
l'achèvement de cette tombe, et ce fut M. le baron Rivet qui eut l'honneur d'en présider la 
consécration. La cérémonie eut lieu le 22 mai iS65, à neuf heures et demie du matin. — 
Pour arriver jusqu'au monument, qu'on trouvera dans la quarante-neuvième section, pre- 
mière division, on doit d'abord gravir la grande avenue qui conduit à la chapelle, puis 
remonter l'avenue Feuillant jusqu'au chemm de la Cave, à l'extrémité duquel est l'allée qui 
a pris le nom du maître. C'est là que ses admirateurs et ses amis viennent, à chaque anni- 
versaire, saluer, en son Immortalité naissante, le glorieux artiste dont nous vénérons la mé- 
moire. — A quelques pas du tombeau, et presque sous son ombre, une simple dalle recouvre 
Ic-s restes de Jenny Le GuiUou. Deux lettres, J. G., indiquent seules la place où dort la 
fidèle servante, qui, pendant vingt-huit ans, veilla sur la santé débile et garda la demeure 
du maître. 



";N des P0.flTRA!T3 



L'OEUVRE DE 



EUGÈNE DELACROIX 



M DCCC XIII — M DCCC LXIII 



EUGENE DELACROIX 

A LAISSÉ 

NEUF MILLE CENT QUARANTE ŒUVRES ENVIRON 

AU NOMBRE DESQUELLES 

SONT 

HUIT CENT CINQUANTE TROIS PEINTURES 

QUINZE CENT VINGT CINQ PASTELS 

AQUARELLES OU LA\'IS 

SIX MILLE SIX CENT VINGT NEUF DESSINS 

VINGT QUATRE GRAVURES 

CENT NEUF LITHOGRAPHIES 

ET PLUS DE 

SOIXANTE ALBUMS 



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L'OEUVRE DE 



EUGÈNE DELACROIX 



Année 



N° I : Croquis 




Eau-forte. — Hauteur o'^oS, Largeur o'"85. — Appartient 
à madame veuve Pierret. — Héliogravé pour le Catalogue 
A. Moreau. — Catalogue A. Moreau, page i5. 

Au centre, le portrait en buste du premier Consul; h droite, un 
cavalier, surmonté du mot Buonaparle, et un buste d'officier; à 
gauche, une tête d'homme chauve; un singe en costume d'in- 
croyable avec cette légende : le Bossu. — Eugène Delacroix 

exe'cuta, sur un fond de casserole, cette planche qui est son premier essai de gravure à 

l'eau-forte et dont il n'existe qu'une épreuve. 



N° 2 : Croquis 



ï^ 






Burin. — H. o"i35, L. o'"i46. — Appar- 
tient à madame veuve Pierret. — Héliogravé 
pour le Catalogue A. Moreau. — Cat. A. Mo- 
reau, p. i6. 

Sur cette planche, qui est un en-tête de lettre 
officielle. Delacroix a gravé le portrait d'un offi- 
cier, portant la cuirasse, l'écharpe et le bâton de 
commandement, un moine assistant un condamné 
à ses derniers moments, une tête d'homme aux 
cheveux bouclés, peut-éire un portrait de Murât. 
Auprès de la tigure formant le centre de la plan- 
che sont écrits les mots Eug. Delacroix et Au- 
rore. Epreuve unique. 

Nous attachons h ces croquis du début le simple intérêt de curiosité que présentent les 
premiers griffonnages d'un homme appelé à devenir un si grand artiste. 







L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l8l6 



Année i8ï6 



N " j : Chasse à courre 



r3^^ Aquatinte. — H. o-^oo;, L. o'"225. — Catalogue A. Mo- 
"v;- j reau, p. i6. 

Au milieu d'une allée, à la lisière J'un bois, diux veneurs 
sautent une barrière. Monté sur un cheval noir qui vient de 
passer l'obstacle, le cavalier de droite, vèta d'un habit clair, 
se détache sur la masse sombre du feuillage. Son compagnon, 
pressé de rejoindre la meute qui galope au fond, dans la 
3 plaine, frappe à coups de cravache son cheval blanc. M. Au- 
guste, prix de Rome pour la sculpture, en iSio, grand ami 
de Géricault, de Horace Vernet et de Eugène Delacroix, avait fait un desssin d'après lequel 
cette planche fut exécutée. Les quatre marges de l'unique épreuve de cette chasse portent 
des essais d'aquatinte. Delacroix, en eti'et, fut longtemps préoccupé des procédés de gravure. 



N" 4 : Troupes anglaises 




^nciturts publier. 



Eau-forte. — H. o"-204, L. o"-i 65. — A la Bibliothèque 
nationale, une épreuve coloriée. — Héliogravé pour le Cata- 
logue A. Moreau. — ■ Cat. A. Moreau, p. 20. 

Un fantassin de l'armée anglaise s'avance au milieu d'une plaine. 
Des mouchoirs et des bas achèvent de séc'ner, accrochés à côté de 
souliers et d'un jupon, au canon du fusil qu'il porte sur l'épaule 
gauc'ne; un pain est piqué à la baïonnette. Sur le dos, au-dessous du 
sac, et sur la poitrine, le soldat a suspendu de petits tonneaux. De la 
main droite, il_tient une petite fille, auprès de laquelle marche une 
femme chargée d'un jeune enfant et d'un chaudron. Dans le lointain, 
on aperçoit un camp et un fourgon caché par un pli de terrain. 
Souvenir et curieuse satire de l'invasion, innocente réplique aux 
même époque en Angleterre contre la France. 




N° 



Les trois Nains littéraires 



. L. 

io5. 



■142. — Eau-forte par Pierre Adam. 



Dessin. — H. o"'2o5 
Cat. A. Moreau, p. 

Un .■^inçre, debout, tjn pied sur le bord d'une tombe ouverte derrière 
lui, l'autre sur le couvercle de pierre, où se lit l'inscription : Ci-gît le 
Naiu jaune, serre entre ses brus une lonsue plume, une marotte et de 

^ -^ ■ 1 _• ">-i:r j. 1...- .1, 



y^rB^ nombreux papiers, que deux autres singes s'effurcent de lui arracher pour 



faite à l'occasion do l'un des nom- 
i'cpoque de lu Restauration. 



jeter dans le sépulcre. 
!:]iL^ Cette caricature aura sans doute été 
;;ux procès du A^ri'i! Jaune, journal satirique célèbre à 



iSi' 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" 6 : Artistes dr:im;iLiques en voyage 




aux mœurs au jour. ci;t;e pièce a été exécutée pou 



Lithographie. — H. o'''266, L.O'"404. 
— Cat. A. Moreau, p. 6-. 

Quatre hommes et deux femmes sont 
montés dans une voiture que traînent 
deux haridelles conduites par un postil- 
lon casqué et cuirassé. Ils sont assis au 
milieu des décors et des accessoires de 
théâtre dont le chariot est chargé. L'un 
d'eux apprend un rôle; il est irrévé- 
rencieusement assis sur les œuvres de 
Voltaire, de Crébillon et de Racine. 
Trois ^personnages chargés de palettes, 
de boîtes à couleurs, d'appuie-main. de 
pinceaux et d'une échelle suivent la voi- 
ture h pied. Souvenir de quelque lecture 
du Roiuaii comique de Scarron adapté 
r le journal le Miroir. 



Année iSi'y 

N"" j : Vésuvienne 

Lithographie (?j — Attiche {:j — Cat. A. Moreau, p. j'5. 

Nous conservons l'attribution du Catalogue Moreau, malgré les doutes qu'elle nous inspire, 

les Vésuvieiings étant un groupe de femmes socialistes de Ta révolution de 1848. 

N° 8 : Les Voltigeurs de Coblentz 

Lithographie. — Cat. A. Moreau, p. j3. 

Le titre fourni par M. Piron, adopté par M. Moreau. est VoIi!£;eursdeLouisXIV,qiie 
nous modifions pour éviter toute méprise (Voir n° o). 

N° 9 : Les Voltigeurs de Coblentz 

Lithographie. — Cat. A. Moreau, p. j3. 

Dans son livre : Eugène Delacroix; sa vie et ses œuvres. .M. Piron dit : i- Je me rappelic 
qu'il avait fait, étant très jeune, deux caricatures pour le journal le Nain jaune, qui 
traitaient de ce qu'on appelait, en 1S14, les voltigeurs de Louis XIV. » Nous avons vai- 
nement cherché ces deux pièces dans la coilection du .\aiii jaune. Mécontent de ces 
planches, l'artiste aura fait etfacer la pierre après un tirage de quelques épreuves. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1S17 



N° 10 : UAmbassadeur de Perse 




Lithographie. — H. 
Cataloî'ue A. Moreau 



80, L. o'"i90. — Héliogravure pour le 
Cat. A. Moreau, p. 27. 

Nirza-Aboul-Hassan-Khan est debout, tenant de la main droite son 
sabre un peu au-dessous de la garde, tandis que la main gauche, charge'e 
de bagues, est appuyée sur la hanche; il regarde vers la droite. L'am- 
bassadeur est coiffe d'un turban et vêtu d'une double robe_ somptueu- 
sement brodée, qu'un manteau recouvre en partie. Des poignards sont 
passés à sa ceinture. Deux Persans causent au fond. 
On remarquera, à cette date, l'attrait que les personnages et les 
costumes de l'Orient exercent déjà sur Eugène Delacroix. Il ne laissse 
jamais échapper une occasion de dessiner une figure exotique. J'ai ra- 
conté ailleurs (voir /'.4;-/ et les Artistes modernes] le singulier concours 
de dessin auquel, bien plus tard, en présence de Sainte-Beuve et de A. Peteiin, se prêta 
Delacroix dans un salon où l'on avait fait venir un jeune Chinois qui servit de modèle. 



K' Il : L'Esclave favorite de l'ambassadeur de Perse 




période s 



Lithographie. — H. o'^25o, L. o^iSS.— Héliogravure pour le 
catalogue A. Moreau. — Cat. A. Moreau, pp. 27 et 85. 
La favorite est représentée debout, les pieds nus à côté de ses 
I babouches, sur un riche tapis d'Orient. Elle est vue de profil, tournée 
' vers la gauche, les bras chargés de bracelets et croises sur la poitrine; 
une sorte de couronne garnie'de perles est posée sur la tète, les cheveux 
tombent sur les épaules. Elle porte d'énormes boucles d'oreilles et un 
long collier. Une grande écharpe l'enveloppe et couvre presque tous 
ses autres vêtements. 

Dans cette lithographie, comme dans la précédente, il est intéressant 
de constater la simplicité de la composition, l'absence de mouvement 
qui témoignent ici de la naïveté du jeune artiste. Il est alors visiblement 
ivère et laborieuse de son éducation. 



N° 12 : Némésis 




de la Vente posthume 



êsis de 
soir? 



Toile. — H. C'-^S, L. o'^Zo. — N" 

200 fr. au comte Grymala. 

N'est-ce pas cette composition qui, plus tard, inspira la Ne'n: 

thélemy : Cri de guerre, datée du 4 août iS'3i, 5 heures du 
Némésis, laisse là ces ministres pyg.-nées. 
Prends ton sublime vol, plane sur nos armées. 



Mêle ta voix de fer à l'ouragan qui tonne, 

Et puis, comme autrefois . , 

Crie avec les Gaulois : <■ .\natheme aux Germains: .. 



Cet:e belle 
deur du îJcs 



iposition porte déjà Tei-nrireinte apparente du génie de Delacroix 
ipétuosité du raouve.aient. 



iSiS L'ŒLn'RE DE DELACROIX 



■) 



Elisabeth 



Toile. — H. o''5o, L. o"'40. — Non signé ni daté. — Appanc-nait à madame 
veuve Leblond. — Cat. A. Moreau, p. 227. 

De face, elle soutient sa tète avec la main droite. Les cheveux avancent sur le front en 
grosses coques. La tête et la poitrine sont achevées, la main et les vêtements sont légèrement 
indiquc's. — Buste grandeur nature. 

N" 14 : Rose 

Toile. — H. o'"58, L. o'"43. — Non signé ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 228. 
Le modèle semble dormir, la tête appuyée sur un oreiller. Buste, grandc-ur nature. 
Est-ce d'Elisabeth ou de Rose que Delacroix faisait, en cette même année iSjj, le portrait h 
la plume que voici : n Les jolis yeux! Limpides comme de belles perles, et fins et doux 
comme un velours. Pardon de l'image, qui n'est qu'une bêiise. Le nez est assez original, la 
narine est retroussée fièrement et s'enfle de temps en temps à Tunisson des prunelles 
qui se dilatent et se remuent. La bouche est d'une élégance charmante. Mais le triomphe de 
cette tête, c'est dans son contour. La joue, le petit double menton, la manière dont tout cela 
se porte sur le col vaut des autels. Oh! la singulière petite femme! » A M. Pierrci. du 11 
décembre 1817 [Lettres de Eug. Delacroix publiées par M. Ph. Burty). 



N° 1 5 : Académie 



Toile. — H. o'''43, L. o"'32. — Vente post'nume, n> 200. — Acheté 235 fr. par feu 
Eelly et 200 fr. par M. Brame à la vente Belly. 

M. René-Paul Huet conserve également une autre académie fort belle achetée à la Vente 
posthume par son père, Tillustre paysagiste romantique, qui fut un des amis du maître. 



Année 1818 

N" 16 : Jésus amené devant Caïplie 

[ -: \ ^ - 1 Toile. — H. o"'20, L- o'"34. — Concours d'esquisse à TEcoIe des 

iviyi^iJrfîîè. Beaux-Arts. 
y^^M^2:^ E" prcseiice du premier sujet religieux traite par Eugène^ Delacroix, 
.<!rt~r5gsg?-a qyg l'Ancien et le Nouveau Testament devaient si souvent inspirer et d'une 
façon si puissante, nous n'hésitons pas k reconnaître que cette peinture est 
d'une grande faiblesse. C'est tout à fait une œuvre d'élève. La composition, en largeur, met 
en scène quinze figures. On y retrouve pourtant la trace des procédés de Eugène Dela- 
croix, qui y sont reconnaissables dans toutes les parties. 



LŒUVRE DE DELACROIX 



l8l8 



■N° 17 : Le Cri public après le souftlet 



Lithographie. — H. o'"2i7, L. o"'29. — Non signée. 

Nous avons vauiement fouillé la collection des journaux 
satiriques de la Restauration pour y trouver trace de l'épisode 
auquel se rapporte la caricature de Eugène Delacroix. Nous sup- 
posons que le jeune artiste aura, dans le goût du temps, fait allu- 
sion à quelque aventure dont M. de Saint-Cricq fut le héros 
malheureux. Ce n'est pas le moindre tort de l'allégorie en général 
et de l'allégorie politique en particulier que d'être absolument in- 
déchiffrable aussitôt que les menus faits qui l'inspirent sont ou- 
bliés, et l'on sait combien l'oubli de cette sorte d'événements est 
rapide. Ici, l'on reconnaît le comte d'Artois agenouillé et s'effor- 
çant, il l'aide d'un cric, d'empêcher un personnage de la cour 
d'être écrasé par un énorme soufHetsur lequel le Tempset une fi'- 
gure symbolique dont le sens m'échappe pèsent de tout leur effort. 
La scène se passe à la porte d'une prison d'où sort un personnage 
difficile il dctinir, bourgeois du temps ou laquais, portant une lettre ou un journal à la main. 
— Cette pièce douteuse n'est pas mentionnée dans le Catalogue A. Moreau et nous n'en 
avons jamais vu qu'une épreuve achetée, en 1S76, au marchand Dauvin, par M. JNIoignon. 




N" 18 ; Petite fille nue 



___^,^,_^^___--._.,-^ Toile. — H. o'"64, L.o'"8o. — 'Vente Constant Dmilieux, 1874, 
^Çîrr^Tr"^?..^^ ;>:**:; n" 2 du catalogue : 2,000 fr. — Lithographie par Alfred Robaut 
È^J _ -~: ", ~ '".:-.t dans les dimensions de o'"o88 sur o'"i I S. 

Sv"./ . ■ -- ^<>ï$ Quand Delacroix peignit cette figure d'étude, il était encore dans 
'^' ' _i^ ~_^,'.-r^'1^:^ l'atelier de Guérin, le peintre du Marcits Se.vtiis. C'est dans cet alelier 
^.~ ^Z^-^l^_:-^^^ qu'il rencontra Géricault et se Ha d'amitié avec lui; quoique celui-ci 
^~' :-- ^nç T^^ ^c-;^^^ eût déjà exposé VOfficier de Chasseurs et le Cuirassier blessé 
quatre ans auparavant, il revenait encore chez Guérin de temps en 

temps pour peindre d'après le modèle vivant. On y remarque déjà le procédé du modelé 

par hachures, qui est devenu comme la signature du maître. 



N° 



Dames romaines 






Tûile. — H. o^-^'iz , L. o"'40. — Concours d'esquisse à 
FÉcoIe des Beaux-Arts. — - Appartient à U. Chenavard. 
« Dames romaines se dépouillant de leurs bijoux en faveur de la 
patrie. 



nation complète du motif traité par les 




comoense en ces con- 



cours de l'Ecole des Bcau\-.-\rts, auxquels, pourtant, il ne renonça qu'en 1S21 



i8i9 



UŒUVRE DE DELACROIX 




IN 20 



Ponrait de Eugène Delacroix 



Dessin. — H. 0^167, L. o"'io8. 
de roriginal, par M. Frédéric Villot. 



Gravé dans les dinicnsions 
Cat. A. Moreau, p. 5. 
Ce portrait, où le jeune artiste s'est représenté en buste et de face, 
vivenient cdniré à gauche et le côté droit du visage perdu dans rombre.' 
a été exécuté à l'estompe, sous la lumière d'une lampe. 
La planche de .M. Villot, achetée à la vente de cet amateur par l'édi- 
teur A. Quantin, a été tirée en bistre et les épreuves placées en tête de 
la première édition in-8'' des Lettres de Eugène Delacroi.w réunies par 
M. Philippe Barty. Il a été fait pour cette édition un tirage de cinquante 
épreuves avant la lettre. Les épreuves r.ncienncs sont presque toutes frap- 
sec du monocramme de M. Frédéric \'illot. 



N"" 2 1 : Portrait d'un officier turc 

Dessin à la sépia. — Gravé à la manière noire, vers 1846, par 
M. Frédéric Villot, dans les dimensions de o^'ogo sur o"'o75. — 
Cat. A. Moreau, p. 99. 

Le personnage en buste, presque de face, est vêtu d'une robe à larges 
plis et coiffé d'un vaste turban. — Sur la planche gravée par M. Villot, 
Louis Marvy a gravé un paysage. Vendu après la mort de M. Villot, le 
cuivre dont il n'avait tiré que six épreuves, a été acheté par le marchand 
'.^'/;-î*^ d'estampes Mriheu, qui en a fait tirer de nouvelles épreuves. 
• ■> / -i'f .'■I' ^^' Frédéric Villot. dont le nom commence h figurer dans ce livre et v 
^'^ — '^ T'""-'^'' reparaîtra souvent, fut un ami de l'intimité de Eugène Delacroix. Amateur 
éminent, M. Villot s'essavait, non sans talent, à tous les procédés de peinture et de gravure. 
Il a de la sorte reproduit soit h l'aquarelle, soit à l'cau-forte et à la manière noire, certaines 
œuvres de son ami. Il a même ciselé dans l'or une bague dont Eu^. Delacroix avait composé 
le dessin pour madame \'iilot et précieusement conservée par son iils. 




Année 1819 

N° 22 : Jésus devant Pilate 



^^^s' =irif I Toile. — H. o'"240 , L. o"'355 

W^^ii f' ^^,~ .-^^ — \ M. Alfred Robaut. — Sisné au bas et 

tts^î^ii^^^ J^-^.: Jl ,, , - , ■■.■"■..■ 




— Appartient 
lauche. 



Malgré la symétrie très intentionnelle de la composition, on 
trouve encore dans cette esquisse la grande curiosité du mou- 
vement déjà si remarquable dans la i\enicsis. Quarante ans plus 
tard, Delacroix recommandait avec instance la recherche du 
mouvement à un jeune peintre, M. Alphonse de Neuville. iMais 
ce qui est surtout remarquable dans cette superbe esquisse, c'est 
la grandeur et la noblesse de l'expression dans une extrême variété dattitudes écrites avec 
une rare finesse jusque dans les parties d'ombre, dans le goût de l'école auquel le jeune 
artiste se croyait encore tenu de sacrifier. 



«i?«S« 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



KS19 



N° 



3 



Scène d'intérieur 



Aquatinte. — H. 0^189 , L. o"i3i. — Cat. A. Moreau, p. 17. 

Nous ne trouvons de trace de cette pièce que dans le livre de M. Moreau, qui la décrit 
ainsi ; n Une femme, les épaules couvertes d'une mante, se tient debout devant une autre 
femme; celle-ci, assise, a sur ses genoux un petit enfant demi-nu qui se détourne en riant. ■> 

N° 24 : L'Enfant Jésus, d'après Raphaël 

Toile. — ■ H. o'"-'6o, L. o'^So. — N" i5- de la Vente posthume. —Cat. A. Moreau, 
p. 319. 

Adjugé au prix de 5, 000 francs à M. Sourigues. — N" 23 de la vente de cet amateur 
en 18S1, où cette adniira'ole copie fut achetée 5,700 francs par M. Haro. 



N° 25 



La Vierge des Moissons 




et les fonds, cepenJa 



Toile. — H. i™25 , L. o"'74. — Appartient à Téglise 
d'Orcemont, arrondissement de Rambouillet (Seine-et-Oise ). 
— Cat. A. Moreau, p. 219. 

Ce tableau, exécuté dans le courant de l'été iSig, sur la demande 
d'un ami, a été donné par l'artiste à l'humble église de cette com- 
mune. Il y est placé dans la nef, à gauche, au-dessus du petit autel 
de la Vierge et dissimulé par une statue en bois peint, flanquée de 
deux grands cierges. Si l'on n'était pas prévenu qu'on va voir une 
peinture de Delacroix, qui a signé cette toile en bas, à droite sur 
trois lignes : 

EUG. — DE L.V CROIX ' 

A>JN. — 1S19 

.•ET. — 2 1 — 

on passerait volontiers devant sans s'arrêter.En effet le jeune artiste, 
:j1 alors âgé de vingt et un ans, n'a pas osé s'affranchir de la tradition. 

Il apréîéré Interpréterune composition de Raphaël. — Les accessoires 
int, accusent bien la manière de Eugène Delacroix. 



N° 26 ; Même sujet 



Toile. — H. o"'4i, L. o"'37. — Esquisse du tableau précédent. 

Cette esquisse n'a pas été raoJiliée dans l'exécution déiinitive de la grande composition. 



N° 27 : Même sujet 



Papier. -- H. o"'3:j , L. o'-' iz. — Variante légcrc — .Appartient ù NL Choquet. 
Il existe aussi une aquarelle de o'-'i^ ^\xv C'iS et possédée par le ménic amateur. 



iSi9 LŒUVRE DE DELACROIX 






N'^ 28 : Même sujet 

Papier. — H. o--'oS6 , L. o"'o58. — Vente posthuine. — Ap- 
panient à M. Robaut. 

Toutes ces compositions ont e'té visiblement exécutées sous la préoc- 
cupation des Vierges de Raphaël. Et c'est à cette intention qu'il fît la 
copie [x. n" 241 de l'Enfant Jésus de la Belle Jardinière. On raconte 
,- ^. j^Zl ' ^ '^^ propos une anecdote qui mente d'erre rapportée. Cette copie resta 

S-rî7.i^-^''' ' : pendant quelques semaines dans l'atelier de M. Haro, chargé de la 
restaurer. M. Ingres, familier de la maison, Vy vit et fut frappé de sa 
beauté. 11 se montrait intrigué d'en connaître l'auteur. Comme on savait 
__^ _ _ -, ^ ^ quelle était sou horreur pour le talent de Delacroix, on le laissa chercher 
i^^^^^^^^^c" d'abord, et, sur son insistance, enfin on le lui nomma: « Le misérable! 
^ ' ~^ s'écrie-t-il. Et il fait sa peinture! » Les anecdotes de ce genre sont nom- 

breuses da.-;s la vie des deux peintres dont l'anîagouisme est resté célèbre. 
La mort de ^L .Alfred Bruyas, le généreux amateur qui légua sa magnifique collection au 
musée de Montpellier, a privé le public du très important catalogue de cette galerie, qtj'il 
avait rédigé avec la collaboration de Théophile Silvestre, mort, lui aussi. — Le premier 
volume si intéressant de ce catalogue a été imprimé, mais n'est pas dans le commerce. Nous 
en détachons un extrait des agendas de Eugène Delacroix sur Raphaël : « Rapkaél — Admi- 
rable balancement de lignes. Sans doute c''est à cela qu'il doit sa plus grande beauté. Har- 
diesses, incorrections que lui fuit faire le besoin d'obéir h. son style et à l'habitude de sa 
main... Le Jugement de Paris de Raphaël, dans une épreuve affreuse.ment usée, m'apparaît 
sous un jour nouveau depuis que j'ai admiré son admirable entente des lignes... » 

N" 29 : Étude d'enfant 

Dessin aux deux crayons. — H. o'^'43, L. o"'2j. — Provient de 
la vente posthume et appartient à ^L Alfred Robaut. 
Tout en reconnaissant, comme nous l'avons fait plus haut (v. n° 28), 
que Eugène Delacroix a composé la Vierge des moissons sous l'empire de 
Raphaël, nous devons dire aussi cependant qu'il fit, en vue de ce tableau, 
des études nombreuses et très sévères d'après le niodcle vixant. — Le 
dessin aux deux crayons que nous reproduisons ici, est une étude de 
l'Enfcnt Jésus qui figure dans la composition. Le jeune artiste avait fait 
poser une petite fille" n'avant pas, sans doute, de jeune garçon à sa dispo- 
sition. Très beau dessin, d'ailleurs, d'une exquise élégance d'attitude et de 
geste, et très achevé, malgré la grande simplicité du moyen. 

N" 30 : Cheval au pâturage 

' Toile. — H. C"! 5, L. o'"2i. 

La première étude de cheval peinte par Delacroix d'après nature. 
Déjà le tvpe élégant et fin de l'animal appartient à la race de prédi- 
lection de l'artiste. Il a fait aussi sans doute quelques études de chevaux 
de travail; M. René-Paul Huet en possède une fort belle. Mais il n'y 
apportait point la même curiosité constante que Géricault, dont l'in- 





fluence pourtant est très sensible en cette sorte d'œuvres. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1S20 



Année 1820 



N°3i-: La Consultation 



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Lithographie. — H. o^'rgo. L. o"'247. — Ventes 
Parguez, 22 avril i36i : 35 fr.; — Demolombe, 2 février 
i863: i5 fr. — Vente posthume Delacroix, février 1864: 
7 fr. (cinq épreuves'; Langlois, juin 1868: i fr. jS; Villot, 
décembre 1875 : i5 fr. — Cat. A. Moreau, p. 68. 

.Auprès d'un agonisant couché dans un grand lit à rideaux, 
quatre médecins, réunis en consultation, sont assis en cercle 
et dans les attitudes les plus grotesques, au milieu de la 
chambre. Ils discutent avec énergie. L'un d'eux surtout, placé 
de profil, a droite, et dont les cheveux se hérissent, fait de grands gestes pour convaincre un 
de ses confrères, assis en face de lui, le chapeau sur la tête et la canne entre les jambes. 
Derrière ce dernier, la Mort accroupie, symbolisée par un squelette, aiguise sa faux sous les 
yeux du malade. — Cette satire, ni signée ni datée, lithographiée chez Motte, parut en 
mars 1S20, dans le journal le Miroir. Il existe de cette pièce des épreuves en couleur dont 
le coloris a certainement été indiqué par le maître lui-même. 



Année 1021 



N° 32 : Portrait de L.-P. Louvel 

Lithographie. — H. 0^170, L. o''i4o. — Ala Bibliothèque 
nationale. 

Louis-Pierre Louvel, e.mployé à la sellerie du roi, né à Paris 
en 17S3, assassina le i3 février 1820, à la sortie de l'Opéra, le 
duc de Berry, hls du comte d'Artois depuis Charles X. Condamné 
I à mort par la Cour des pairs, Louvel fut exécuté le 7 juin. 
' En quelles circonstances Delacroix, un an après l'attentat, fut-il 
conduit à faire ce portrait? Sans doute il c^da à quelque obsession 
de sa pensée. Ce regard de fanatique tenta la prodigieuse activité 
d'esprit de l'artiste qui fut l'un des plus grands travailleurs de ce 
siècle. Le travail était chez lui autre chose que cette pénible corvée 
don: Gros, par exemple, un grand artiste pourtant, calculait la du- 
rée montre en main. Delacroix travaillait avec passion et sans trêve autre que celle de la 
maladie, de la fièvre. Le travail était la vie même de cette organisation ardente à toute 
jouissance, parce qu'il était pour elle l'occasion de jouissances perpétuelles. 
Peut-être aussi ce portrait lui fut-il demandé par quelque éditeur. Quoi qu'en dise Delacroix 
dans une lettre à M. Pierret ;du 3o août iS2-i\ il n'était rien moins qu'entendu en affaires, et 
les ed'.teurs le savaient bien, qui oubliaient'de le rémunérer et parfois même signaient ses 
planches d'un autre nom que le sien. 



lS2I 



UŒUYRE DE DELACROIX 



l3 



N- 



T) 



Pierres gravées et médailles antiques 



^ .\ VI -1, Feuille de croquis à la plume. ■ — H. o"'25o, L. o'"3i5. — Reproduit 
^.'^ %ji "^'r mais iuédit eu _/iic-5/);z;7e de même dimension par A. Robaut dans 
" "."^L sa publication de Dessins et C7-oqins originaux, i865. — Provient de 
^Vf^N^-- -''^" des albums du maître et appartient à M. Philippe Buriy. 
(^y-^^'C^^^. Jusqu'aux miettes même tombées de la table de Eugène Delacroix, tout ce 
•<^' J =S'-4ii que sn main a touché est digne d'être recueilli et mérite d'être étudié. Nulle 
, ^ï» Q>. * part le procédé de synthèse particulier à ce puissant dessinateur n'est aussi 
r ei- saisissant que dans ces feuilles de croquis d"après l'antique. Non seule- 
ment il détermine d'un accent rapide et ferme tout le caractère d'une tête; mais on ne 
saurait trop admirer l'admirable décision de cette plume qui, d'un seul trait, fixe toute l'ana- 
'tomie d'un mouvement, comm.e dans la première tête à gaucho de la troisième rangée. 




N" 34 : Moine en prière 



Dessin à la mine de plomb. — H. o"Mo6, L. o''"igo. — 
"Vente Villot, 1 1 février i865: 55 fr. — Gravé à Teau-forte par 
F. Villot en 1843. — Cat. A. Moreau, pp. 96, 297. 

Etendu à l'intérieur d'une grotte, les mains jointes dans un 
mouvement d'extase, l'anachorète baise un crucifix posé sur le sol, à 
quelque distance d'une tête de mort. Pour s'isoler dans la prière, il 



a tourné le dos à la lumière et rabattu son capuchon sur ses yeux. 



N° -^y. Vierge du Sacré-Cœur 




Toile. — • H. i™3o, L. i^jo — Au couvent des Dames du Sacre- 
Cœur à Nantes (?) — Cat. A. Moreau, p. 220. 

L'œuvre ne porte pas de signature. Elle avait été commandée par le 
comte de Forbin à Géricault qui, malade, en abandonna l'exécution à son 
ami. L'Etat paya cette toile i,3oo francs. 



J^ ■■^'■»!_?,; VS<^ Nous avons eu quelque peine à obtenir des renseignements précis sur le 
^fi^ ~i! 4?^ lieu où se trouve actuellement ce tableau. Aucune des Dam.es du Sacré- 
'îyT^'-. : ' 'iirj Cœur ne le connaissait, n'avait souvenir de l'avoir vu. Il n'était non plus 



''/<SS'; '-Sir-i Cœur ne le connaissait, n'avait souvenir de l'avoir vu. Il n'était non pk 

/iÏT'" ^■^i;^»J dans aucune autre église de Nantes. D'une nouvelle enquête, il résulterait que 
'['^^»V ;j^p \j5^ l'œuvre est restée dans une ancienne chapelle dépendantj ii est vrai, du cou- 
.>-fT?-.' -.- i^i^^ vent du Sacré-Cœur, mais depuis longtemps abandonnée. N'y aurait-il pas 
lieu de la dei)lacer et de lui donner asile dans la chapelle cctueile du couvent f Pour ne rien 
déguiser de la vérité sur ce point, jedois dire que les recherches faites à notre sollicitation par 
divers habitants de Nantes n'ont abouti qu'à des o«- i;/. et que personne n'a pu voir le tableau. 



N'' 36 



Vierge du Sacré-Cœur 



Toile. — H. o'"4i, L. o"27. — N" 1 33 de la 'Vente posthume : 420 francs à 

M. Isamberi. — Racheté depuis par M. Haro. — Cat. A. Moreau, p. 3 18. 

C'est d'après cette tcile que nous reproduisons le tableau de Nantes. ('V. la gravure du n° 35.) 



N° }7' : Deux Anges 




Toile. — H. 
Verdier. 



L. o™24. — Appartient à M. le Docteur 



Etude pour le groupe d'angci placé à la gauche de !a tîgure prin- 
cipale dans la Vierge du Sacré-Cœur de Nantes (v. n^ 35). 
Le 21 fe'vrier, Delacroix écrit à son ami, M. Soulier : « Je travaille 
à mon tableau depuis le commencement du mois de janvier. Il com- 
mence à se débrouiller, mais rinspiration me manque. Point de flam- 
beau qui, du premier coup, ait jeté une vive lumière sur la route que 
j'ai à suivre. Je fais, je détais, je recommence et tout cela n'est point ce que je cherche 
encore. Il faut dire que la fièvre, qui m'avait quitté, m'a repris et m"a laisse beaucoup 
moins de temps pour le travail. » 



N° ^,8 



Vierge Consolatrice des Affligés 



_ ■ _ , , Croquis lavis d'une première composition avec variantes du 

'f/t^.:^'^^^ ^ tableau de Nantes (voir n'^ 35 et 3ô\ — Appartient à M. Choquct. 
c i'7^'.-:'>., :~~l Cette composition n'est point l'esquisse du tableau de Nantes, mais la 
7 , . '>'~;-><" première pensée, très modifiée depuis, de ce tableau. Les variantes, en 
; \' ;, '--5' effet, sont considérables. La Vierge, ici, n'est plus assise sur des nuages,_ 
-i-'j elley apparaît à mi-corps, le buste penché en avant. L'artiste a modifié 
, "'*' dans un sens tout opposé le groupe des figures du premier plan qui, 
.'•\i". . dans le premier pro|et, sont entières, et réduites au buste dans la çom- 
- '">y^., position définitive. Celle-ci a gagné ii cette double inversion un équilibre 
.__ c'.xi^M' J'^fis les rapports de proportion qui faisait évidemment défaut à l'en- 
,,>-■--'"" -^-iTy^J^ semble que nous reproduisons. Nous rétablissons aussi le titre exact du 
■"^' -- ' -^■^■-^-- - sujet, qui n'est pointc.Notre-Dame-des-Sept-Douleurs », dont les attributs 
devraient être un cceur percé de sept glaives. Tout ici, dans l'attitude de la \'ierge comme 
dans celle des figures suppliantes ou désolées, indique clairement la trente-cinquième invo- 
cation des Litanies de la Vie-ge : Consol.iiri.va/fHctorum. 



N" J9 : Croquis d'après des maîtres italiens 

Croquis à la plume. — H.o'"365, L. o™23o. — Autographié en fac- 
similé de même dimension. 

Delacroix travaillait sans relâche, avec une égale et constante _passion. 
Depuis ks créations de l'art antique, depuis les œuvres des maîtres des 
grandes écoles jusqu'aux moindres accidents de la vie et du mouvement 
dans l'homme et dans la nature, toute forme vue était aussitôt pour lui ^ une 

trfig^c^ forme dessinée. Croquis ou pensées, au crayon ou à la plume, sans relâche, 
f/'^fj m il traçait sur des albums, sur des feuilles volantes ou sur des papiers h dessin, 
^f (^ des notes de toute sorte. Un rapprochement, une remarque,_ une réflexion, 
' ^' une forme, un mouvement traversait son esprit, et aussitôt il griffonnait à 

la hâte, sur le premier papier venu sous sa main quelques mots ou quelques traits rapides et 
vifs que souvent il n'aura plus revus. 
On remarquera que la feuille reproduite ici e;t chai-gée de croquis en sens inverse. 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



ib 



N"' 40 : Porrr;nt de Eufrcne Dei;icroix 



fll'ii':'' •i---'-^A:'.", '■' '! Toile. — H. o"'_[o, L. o'"3i. — Non signé ni daté. — Vente 
il . ,-■ i Carrier, 5 mai 1875 : 5o fr. — Appartient à M. A. Robaut. 

En ce porirnit. qui est le plus ancien des portraits peints de Eugène 
Delacroix, l'artiste s'est représenté en pied, vêtu d'un élégant costume 
dans le goùi de Vclazquez. Derrière la toiie. sur le chàfsis, E. Dela- 
croix avait écrit au crayon (.Raveswood.), sans doute pour Ra\ens\vood, 
le nom de l'amant de Lucie de Lammermoor. Delacroix avait donné 
ce portrait h Carrier au moment où il venait de l'achever. — Non 
catalogué lors de la vente posthume de ce dernier, qui d'ailleurs passa 
inaperçue, ce portrait fut adjugé à un marchand au prix de 5o francs 
et racheté, le lendemain même, à un prix beaucoup plus élevé par 
M. Robaut. — Nous ne laisserons pas échapper l'occasion qui nous 
c-st offertt: ici de rendre hommage à la mémoire d'Hippolyte Carrier, miniaturiste distingué, 
homme d'un goût fin, sûr, qui "fut Tami des romantiques et parlait d'eux avec une chaleur 
commuuicative. Nouslui devons dvs renseignements sur ses contemporains. 




N" AI : La Favorite 




:^5:nr7 Aquarelle. — H. o'''i8, L. o"'i4. 
■"' iSûfr. 



Siané. 



Vente Sakakine, 



Tous les regards étaient, à cette date, tournés vers l'Orient. La lutte 
de la Grèce contre la Turquie passionnait la jeunesse. Tous les arts s'en 
inspiraient. Cette charmante aquarelle ainsi que le numéro 46, sont les 
premières traces que nous rencontrons dans l'œuvre de Delacroix de ce 
mouvement des esprits, qui devait lui inspirer un peu plus tard la glo- 
rification de la Grèce sur les ruines de Missolonghi. 

En présence d'une telle variété de sujets et d'études de toute sorte, on 
demeure confonda. On se rend compte decette supériorité acquise au prix 
de l'incessante réalisation de tout ce qui présentait à ses yeux ou à sa 

pensée un caractère esthétique. On sait maintenant que nul n'a plus dessiné que Delacroix; 

)e pourrais dire dès maintenant que nul n"a mieux dessiné. 



N° 42 : Un bonhomme de lettres en méditation 



Lithographie. — H. o-^'i/S, L. o'''22i. — Ni signé ni daté. 
— Cat. A. Moreau, p. 70. 

Caricrjure contre les écrivains de la presse monarchique et 
catholique. On jouait alors une pièce intitulée : le F.iu.v Bon- 
homme. De là l'entrée du mot (.bonhomme » dans la polémique 
contre l'ancien régime. Z,e Aliroi:- du 27 juin 1S21 termine ainsi 
l'explication de la lithographie : « Ne nous fatiguons pas, 
lecteur, a chercher une ressemblance particulière dans les traits 
généraux. Le personnage que vous avez sous les yeux est un 
être idéal. Composé de détails empruntés aux uns et aux 
autresj ce bonhomme est le type de la sottise, comme la \^énus de Zeuxis est celui de la 
beauté. » Les accessoires caractéristiques sont l'éteignoir, la robe de chambre, la perruque 




i6 



L'ŒUVr<E DE DELACROIX 



1821 



à la hrigadière, l'épee en crois avec un paranluie, uns bouteille d'eau miraculeuse, des livres 
bien pensants, et, au mur, le portrait de Marlborough. Dans l'article, il est fait allusion à 
Chateaub'riand et à des personnages désignés sous les nom.3 de marcjuis de Crochepatte, 
M. de Clopineau (Talleyrand \ Frère La Crescelle (probablement I.acretelle jeune, rallié à 
la Restauration), etc., etc. — Voir la lettre du 24 janvier 1SÔ2, adressée à M. Ph. Burtv, qui 
l'avait interrogé au sujet d'un certain Portrait de M. Jérôme iV. année i825). Nous repro- 
duisons le passage de cette lettre relatif au Bonhomme de lettres. <• La caricature du Bon- 
homme de lettres n'est pas non plus de ma main. Je ne sçais >ic) quel accident a empêché 
de tirer mon dessin : il a été reproduit, mais maladroitement, par un de mes amis qui dessi- 
nait à peine. J'ai fait antérieurem.ent un ou deux dessins pour ètVe gravés dans le Xaiu Jjune. 
mais ils ont été arrangés au gré du directeur du journal. Tout cela est bien obscur et ne 
mérite pas de tixer l'attention. Il existe, je me le rappelle, un certain combat du Constitu- 
tionnel contre la Quotidienne qui est une affreuse lithographie de n:-.a façon et je ne scais si 
cela a paru. » (V. n" 45.) 

N" 4} : Le Grand -Opéra 




Sans date ni signature. 



Lithographie. — H. o''''20o, L. o''-i4 
— Catalogue A. Moreau, p. 67. 

Cette caricature a paru dans le journal le Miroir, numéro du 26 
juillet 1821. C'est donc bien à tort qu'on y veut voir une charge du grand 
Vestris, qui s'appelait lui-même le diou de la danse. Le célèbre danseur 
avait quitté le théâtre en 1781 et était mort en 180S- Si le personnage 
vieux, laid, couronné de roses, forcé de s'aider de balais en guise de bé- 
quilles pour prendre du parcours, qui figure ici est Vestris, ce serait 
donc Marie-Auguste, fils naturel du précédent et qui dansait encore k 
l'Opéra en iSr8, âgé de cinquante-huit ans. Comme, à cette date, il jouait 
le rôle de l'Amour dans le ballet de Psyché, les contemporains l'avaient 
surnommé le Père l'Amonr. t. Nous ne savons pas, disait' .'<? Sliroir, si le Grand-Opéra se 
vouera un peu plus au culte de Polymnie dès qu'il sera installé dans son local; mais, comrne 
jusqu'à ce jour, il n'a guère voulu sacrifier qu'à Terpsichore. nous le présentons au public 
appuyé sur ses b-iUets. » 



N° 44 : Le Théâtre-Italien 












Lithographie. — H. o"'2oo , L. o""i40. — Sans date ni signature. 
— Cat. A. Moreau, p. ôj. 

Comme la précédente, cette caricature a para dans le journal le Mi- 
roir, celle-ci à la date du i3 août 1821. Elles sortent l'une et l'autre des 
presses lithographiques de C. Motte. On sait que Delacroix était pas- 
sionné ce musique, il ne s'est pas abandonné ici à son humeur satii|i- 
que. Pour svmboliser le Théâtre-Italien, il choisit Rossini jeune, déjà 
glorieux, emplissant la scène de son génie, co.-nme il l'occupe en cette 
image par l'attitude plaisante du grand écart. De? poches du maestro 
sortent de nombreuses partitions, et ce chacune de ses mains il soutient 
un de ses opéras; à gauche, le Barbier de Sévills; à droite, Othello; 
sa plus récente création s'échappe de son cerveau. A cette date, 182 r, 
c'est Mathilde de Sabran. Le Miroir reproche à son collaborateur (> M. Lacroix », de 
n'avoir pa; signé c cette nouvelle atircssion des détracteurs do l'ancien régime musical », et 




l831 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



17 



N" 45 : Duel polémique entre dame Qiiotidieniie 
et messire Journal de Paris 









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leur universel, en bonnet de coton et assis sous un dais 



Lithographie. — H. o"'-20o , L. o"'296. — Sans dote ni 
signature. — Cat. A. Moreau, p. 68. 

Cette caricature a paru dans le journal le Miroir du 20 sep- 
tembre 1821. Le champion de la Quotidienne, monté sur Ros- 
sinante, coiffé de l'armet de don Quichotte, vêtu d'un costume 
troubadour de <. Jeanne d'Arc », est armé d'une lance et d'une 
plume de paon. Son adversaire a enfourché l'âne de Sancho 
Pança. Il est coiffé d'un pot surmonté d'une girouLlte et est 
armé d'une plume d'oie et d'une fourchette. Les journaux du 
temps sont témoins du duel qui a pour juge du camp le Aloni- 



N" 46 : Cavalier turc au coup de feu 

Toile. — H. o'"28, L. o^ai. — N"^ 79 de la Vente posthume, 
35o fr. — Appartient à M. le Docteur Horteloup. 
Les « cavaliers turcs » sont nombreux dans l'œuvre du maître ; celui-ci 
est le premier. On pourrait, pour le distinguer des autres, l'appeler le 
Cavalier turc au coup de feu. Il est d'une allure superbe d'ailleurs et il 
semble que les plus beaux cavaliers turcs de Decamps soient inspirés de 
celui-ci. Delacroix professait, d'ailleurs, une grande et sincère estime pour 
le talent de cet artiste. Sollicité par M. Moreau père d'écrire pour la 
Revue des Deux -Mondes un article sur Decamps, il s'excusa de ne point 
le faire et ajouta : « Je crois que sa perte est trop récente (iSûo) non seu- 
lement pour qu'il puisse être )ugé complètement, mais aussi pour qu'un jugement ait tout 
l'intérêt qu'il pourrait avoir plus tard. — Permettez-moi d'ajouter que ce grand artiste a eu 
de son vivant la bonne fortune d'être goûté sans conteste du public et des artistes; pas une 
voix ne s'est élevée contre tous les genres de succès qu'il méritait et qu'il a obtenus. » 




N° 47 : Une Mulâtresse 



Toile. — H. G"' 80, L. o'"64. — Alusée de Montpellier. 

Cette figure peinte, de grandeur nature jusqu'aux genoux, fait partie de la collection 
léguée à la ville de Montpellier par M. Alfred Bruyas. Cet amateur eminent avait entrepris, 
avec le concours de Théophile Silvestre, la rédaction et même l'impression d'un catalogue 
infiniment précieux de sa galerie. La mort successive des deux collaborateurs est venue inter- 
rompre leur œuvre commune. Le premier volume de ce catalogue seul a été imprimé, mais 
n'a pas été mis dans le comm.erce de librairie. Les bonnes feuilles appartiennent à la muni- 
cipalité de Montpellier. — Pour la première fois que nous rencontrons une peinture de la 
collection Bruyas, nous ne pouvons nous abstenir de rendre hommage à cet amateur d'un 
goût si sîir et d'un caractère si généreux. Nous avons déjà emprunté à son catalogue une 
pensée de Delacroix sur Raphaël. Ajoutons-y celle-ci sur Michel-Ange : <i Pense au grand 
Michel-Ange; nourris-toi de ses grandes et sévères beautés! » 



i8 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1822 



Année 1822 



N° 48 : Waverley 



rdvèque d 
Durward, 



s^-^O Dessin au crayon noir estompé. — H. o'''285 , L. o"'2ro. — Non 
.-. catalogué par M. Moreau. — Vente du 14 décembre 1S74 à l'hôtel 
;, Drouot: 40 francs. 

_ - Nous sommes tout près de conside'rer nous-r.ième comme excessif le scru- 
_ -S; pule de conscience qui nous fait cataloguer ici ce très médiocre dessin dont 
"_'.■' l'attribution nous paraît fort contestable. En tout cas faudrait-il le reporter 
-a une date antérieure, et Walter Scott a-t-il mieu.N. inspiré Eugène 
Delacroix qu'en ce premier essai. Nous retrouverons plus loin : l'Ermite de 
^^ — ;-_ Copman'nurst,Front-de-bœufet le Juif,Front-de-bœufet laSorcière,laniortde 
2 Liège, la Fiancée de Lammermoor, Ivanhoë, l'Enlèvement de Rebecca, Quentin 
Redgauntlet, Richard Cœur-de-Lion. 



N^ 



49 



Dante et Virgile 



-X^ 5^1 



s-^^i~-V-^ Toile. — H. i™So, L. 2'"40. — Au musée du 
Louvre. — Gravé à l'eau-forte, par Bouruet : 
o'"i85 sur o"*225; par d'Henrict : o'''2i5 sur 
0^279; lithographie par Célcstin Nanteuil 
0^^482 sur o™65o. Nombreuses gravures sur 
, bois pour publications illustrées, notamment 
^ r Illustration et YHistoire des peintres de toutes 
les écoles. — Cat. A. Moreau, pp. 89, 116, i32, 
1 39, 167, 1S8 et 206. 

Le titre complet de cette admirable composition qui 
fut l'œuvre de début de Eugène Delacroix au Salon de 
1S22 est celui-ci: « Dante et Virgile conduits par 
Phlégias, traversant le lac qui entoure les murailles de la ville infernale de Dite. Des 
coupables s'attachent à la barque et s'efforcent d'y entrer. Dante reconnaît parmi eu.x des 
Florentins. » On sait quel fut le succès. Immense. Delacroix avait exécuté ce tableau en 
quelques semaines. Il écrit, en effet, le i3 avril 1S21, à son ami Ch. Soulier; «... Je sors 
d'un travail de chien qui me prend tous mes instants depuis deux mois et demi. J'ai fait 
dans cet espace de temps un tableau assez considérable qui va figurer au Salon. Je tenais 
beaucoup à m'y voir cette année, et c'est un coup de fortune que je tente. » — Le Salon 
n'eut lieu qu'en 1S22. Le tableau fut acheté par l'Etat <io!(fe cents frênes. 




N"' 50 : Dante et Virgile 



Toile. — H. o"'25 , L. o''34. — Réduction du précédent avec une légère suppression. 
Appartient à -NL Charles Narrey, à qui il a été légué par M. Alphonse Royer. qui l'avait lui- 
même reçu de Eugène Delacroix. 



-C- 






1822 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



19 



.. ,i 



N° ^ I : Portrait du général Charles Delacroix 



^ --^ V. 'S -^ - - ^^»f 



Toile. — H. o™3q , L. o'"20. — Appartient à la famille 
de NL Léon Riesener à qui Eugène Delacroix Tavait 
légué par testament. — Cat. A. Moreau, p. 228. 

Le général, tête nue, en veste de coutil blanc, le col de che- 
mise largement rabattu, est nonchalamment couché sur le 
gazon de son jardin, dans ce bien de famille, nous dit 
i\l. Moreau, qu'on appelait le Louroux et dont on aperçoit la 
maison basse dans le fond du tableau. Delacroix y séjourna 
en 1822 (voir lettre du iS août à M. Pierret, édition Burty) 
et y fit alors ce portrait. A ce propos, nous donnons ici la 
généalogie du peintre : 

Claude Delacroix, régisseur du comte de Belval, et sa femme 
Marguente-Louise Flizc, décédés à Givry. en Argonne, eurent 
huit enfants dont l'aîné, Charles Delacroix, avocat au Par- 
lement, ancien premier commis du contrôle des finances, 
préfet a Bordeaux et à Marseille, puis ministre des Affaires 
étrangères, eut lui-même quatre enfants : 1" Henriette, de- 
venue madame Je Vcrnmae: 2'^ Charles, général, aide de camp du prmce Eugène, dont nous 
reproduisons le portrait ; 'i^ Henri, mort engagé volontaire à Friedland;4» Eugène Delacroix. 



~%(^:-=< 



N° 52 : Académie 




tous les élèves 



Dessin au crayon noir rehaussé de blanc. — H. o™6o , L. o™45. 
— Appartient à M. Alfred Robaut depuis la Vente posthume. 

Cette académie est datée au verso : « 1822, 3" trimestre, 23 septembre. — 
M. Meynier, professeur. — E. Delacroix, élève de M. Guérin. — Place 
72. » bans les Notes sur Delacroix que Léon Riesener a fournies à 
M. Ph. Burtv, nous trouvons le passage suivant : « Ce fut mon père qui 
lui conseilla l'atelier de M. Guérin. Delacroix venait de perdre sa mère. 
11 avait perdu son père beaucoup avant... Arrivant à l'atelier, bien élevé, 
il se lia avec Scheffer, Champmartin, les principaux élèves de Guérin. Le 
talent ne se développe pas inopinément; Delacroix m'a parlé de l'intluence 
qu'un certain Champion avait eue sur le talent de Géricault lui-même et 
de l'atelier Guérin. » 



N° 



53 



Grec en embuscade 



Aquarelle. — H. o"'20, L. o™26. — Signé au bas, à droite. 
— Vente hôtel Drouot, avril 1881. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Cette aquarelle, comme la précédente, comme tant d'autres com- 
positions de l'année 1823, met en lumière ce que j'appellerai les 
procédés d'entraînement de Eugène Delacroix; on y voit claire- 
ment par quelle succession d'efforts il préparait ses grandes com- 
positions, comment il créait peu à peu le milieu ambiant dans 
lequel devait se développer en une floraison magnifique sa pensée pittoresque. 




A 



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•V.^»^'^ 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1822 



J 



N° 54 : Épisode des guerres entre les Turcs et les Grecs 



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Aquarelle, 
vrier 1 880 



— H. o"'20 , L. o'"24. — Vente Boulanger, fé- 
195 francs. — Non catalogué par M. Moreau. 

Delacroix préludait alors au Massacre de Scio, qui devait être la 
grande œuvre du Salon de 1824. Le i5 septembre il écrit à son ami 
Charles Soulier qui était alors à Naples : « ... J'ai moi-même 
quelques petites choses à te demander. Je me propose défaire pour 
le Salon prochain un tableau dont je prendrai le suiet dans les 
guerres récentes des Turcs et des Grecs. Je crois que dans les 
circonstances, si d'ailleurs il y a quelque mérite dans l'exécution, 
ce sera un moyen de me faire distinguer. Je voudrais' donc que tu m'adressasses quelques 
sites de ton pays de Naples, quelques esquisses pochées de sites marins ou de montagnes 
bien pittoresques. Je ne doute pas que ■cela ne m'inspire pour le lieu de la scène. » 



N° ^ 5 : Lisette 




Vente à l'hôtel Drouot en mai 



Toile. — H. o"'25, L. o"'33. 
1879. 

Delacroix nerveux, fiévreux, bilieux, a toujours aimé le spectacle de 
la santé chez la femme. Une lettre du iS aoiit à M. Pierret en témoigne 
sous une forme amusante. Elle est datée du Louroux, propriété de 
son frère le général: « Je t'écris à une toise et demie de distance de la 
plus charmante Lisette que tu puisses imaginer. Que les beautés de la 
ville sont loin de cela! Ces bras fermes et colorés par le grand air 
sont purs comme du bronze... Dis à notre ami Félix iGuillemardetI que malgré son anti- 
pathie pour les bas bleus, je crois qu'il rendrait les armes à Lisette. Et, du reste, ce n'est 
pas la seule ; toutes ces paysannes me paraissent superbes. Elles ont des tètes et des formes 
de Raphaël et sont bien loin de cette fadeur blafarde de nos Parisiennes. Mais, hélas! malgré 
quelques larcins, nos affaires ont bien de la peine à avancer auprès de ma Zerline. — Sœr 
Amor! » (Edition Burty). Zerline, bas bleus, Lisette, il s'agit ici d'une servante. 



N° 56 



Le déménagement de dame Censure 




Lithographie. — H. o'"i95 , L. o'"355. 
ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 70. 



— N 



1 signe. 



Caricature politique pour le journal Le Miroir, publiée le 1 1 
février 1S22. D'un édifice dont la porte grillée est surmontée 
de l'écriteau Maison à louer s'éloigne une charrette traînée 
par un âne et dans laquelle s'opère le déménagement du per- 
sonnel et du mobilier de la censure. Un diable cornu, ailé, 
griffu, conduit l'attelage qui n'en peut mais. Sur le chariot 
sont entassés, dans l'ordre suivant, un pain de sucre, une chaise, une masure, d'Outre-Zèle, 
Cadet-Roussel, un vieillard, une lourde oie, un anonyme. L'anonyme, c'est le diable. Les 
autres figurations ont la prétention de rappeler les noms des censeurs. Il est clair, par 
exemple, que la lourde oie qui pèse sur l'arrière-train de l'ànon est une allusion àM.de Lour- 
doueix. Àmsi des autres. — Des ciseaux ailés s'échappent des fenêtres de la maison à louer. 



l822 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 




N° 57 : La Leçon de Voltige 



Lithographie. — H. o"'2o3 , L. o"'3oo. 
ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 69. 



Ni 



f'.^^'vio Dans un cirque forain, un marquis, un chevalier et d'autres 
^.^ personnages ridicules galopent en cercle et portent des ban- 
k nières sur lesquelles on lit : Vasselage, XIV» siècle, Coutume 
4 de Gascogne, Droits du Seigneur, Capitaineries, etc. La plu- 
^^ part des cavaliers sont désarçonnés. Au centre se tient un 
général à cheval assisté d'un écuyer debout auprès de lui. Le 
général porte un étendard avec ces mots : Gloire, Honneur, 
Patrie. — Cette caricature politique, dont les légendes seules 
rendent l'ironie saisissable, a paru dans le journal Le Miroir, du 8 mars 1822. 



N" 58 : Les Écrevisses à Longchamp 



Lithographie. — H. o"'20o , L. o"'3o7. — Ni signé, 
ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 69. 

Cette caricature politique, parue le 4 avril 1822 dans le 
journal Le Miroir, représente la promenade de Longchamp 
qui avait lieu le Vendredi saint dans l'avenue des Champs- 
Elysées. Le groupe principal se compose d'anciens émigrés 
en perruque et l'épéeen verrouil ou en costume troubadour, et 
d'une marquise à paniers et poudrée, portant un chapeau 
chinois en guise d'ombrelle. Ils sont tous montés sur une 
écrevisse qui nécessairement marche à reculons. Une autre 
écrevisse porte une chaise en façon de trône où siège un pain de sucre. Dans l'esprit de 
la caricature du temps, le pain de sucre désignait suffisamment le roi Charles X. A gauche, deux 
personnages au pied d'un arbre sifflent le cortège. 




N° 59 : Gare derrière ! ! ! 



Lithographie. — H. o"'24o , L. o'"3io. — Ni signé 
ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 69. 

Caricature politique publiée par le journal Le Miroir, du 3o 
mai 1822. Une sorte de Croquemitaine ridicule en costume 
de général, coiffé sens devant derrière d'un chapeau à plumet 
flétri et tenant un bâton de commandement au poing gauche, 
s'escrime d'un cimeterre tout ébréché contre des quartiers de 
roc dispersés à ses pieds sur le sol. La malice fort pauvre de 
cette caricature consiste dans ce fait qu'en développant le 
bras, le matamore va frapper la montagne en forme de pain 
de sucre qu'il est chargé de défendre et derrière laquelle se 
dissimulent des personnages effarés. — Nous avons déjà 
vu que Delacroix n'avait, à juste titre, qu'une fort médiocre estime pour ces péchés de jeu- 
nesse. Mais en matière de catalogue et d'inventaire, on n'a le droit de rien omettre. Par ces 
faiblesses mêmes qui les rapprochent de nous, les grands artistes sont plus humains. 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1823 



Année 1828 



N°6o : Portrait de Thaïes Fielding 



Toile. — H. o'"32, L. o"'24. — N» 75 de la Vente posthume : 390 fr. 
à M. Piron. — ■ Vente Piron après décès, 21 avril i865 : io5 francs 
à M. le baron Rivet. — Cat. A. Moreau, pp. 229 et 3i3. 

Thaïes Fielding, aquarelliste anglais, se lia d'intime amitié avec Delacroix 
pendant un séjour assez long qu'il fit h Paris à cette époque." Delacroix vécut 
quelque temps avec Fi'.-lding, raconte L. Riesener dans ses Notes publiées par 
M. Burtv. (I Pour faire du calélematin,on ajoutait de l'eau et un peu de café 
sur le marc de la veille dans l'unique bouilloire, jusqu'à ce qu'on fût forcé 
de la vider, De temps en temps, on avait un gigot en provision dans l'ar- 
moire, auquel on coupait des tranches pour les rôtir dans la cheminée. Mais un jour les 
deux amis partageant ce déjeuner se fâchèrent. Fielding disait très sérieusement qu'il des- 
cendait du roi Bruce. Delacroix l'appelait sire ». Mais Fielding ne pouvait sur ce sujet 
admettre la plaisanterie et se fâcha pour toujours. » Pour toujours est de trop, car Delacroix 
s'afflige en 1823 du départ du bon Thaïes » et quand notre maître à son tour ira à Londres 
en 1825, c'est avec les Fielding qu'il passera le meilleur de son temps. 




N° 61 : Portrait d'enfant 




Toil 



H. 



20, L. 



Appartient à M. Soulier fils. 



Ebauche intéressante où la tète seule et les cheveux sont à peu près terminés. 
Ce portrait passe à tort pour celui d'un enfant de Thaïes Fielding. — Fils 
d'un père et d'une mère artistes (le père était peintre de portraits, la mère 
peignait à l'aquarelle des fleurs, des animaux), les Anglais Fielding étaient 
quatre frères : Théodore, Copley, Thaïes et Nathan, tous artistes, aqua- 
rellistes de talent, quoique d'un mérite inégal; le plus célèbre est Copley 
■ 787-1 85 5). Thaïes seul vint en France. Il n'était pas marié. Thaïes mourut 
de quarante-quatre ans. 



N° 62 : Portrait de M. Soulier 




dan 



Aquarelle.— H. o"'ii5, L. o'"85o. 

M. Soulier fut comme MM. Pierret, Piron, Guillemardet, un ami de la 
première heure. A propos d'une lettre du 10 décembre 181 8, qui fut 
adressée à M. Soulier par Delacroix, M. Ph. Burty ajoute : « M. Soulier 
le connaissait depuis 1816. 11 lui avait enseigné l'aquarelle, procédé de 
peinture alors presque inconnu en France et que lui-même avait appris, en 
Angleterre, de son ami Copley Fielding. » 11 était alors surnuméraire et 
secrétaire de l'intendant du Domaine extraordinaire. Horace Raisson, homme 
de lettres, journaliste, et qui fut l'un des collaborateurs de Balzac, était 
au de M. Soulier; c'est Raisson qui lui amena Eugène Delacroix. 



i823 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



23 



N° 6j : Portrait en pied de M. Soulier 




Sépia. 
fils. 



H. o"26o, L. o-oiSS. — Appartient à M. Paul Soulier 



dit qu'il était dans le 



En manches de chemise et gilet blanc, les jambes croisées, le modèle, 
assis sur un tabouret de paille devant une table de bois blanc sur la- 
quelle est posé un pupitre à musique, chante en s'accompagnant d'une 
guitare. Dans le fond, une autre guitare suspendue au mur et un cha- 
peau de haute forme sur une seconde table. — Cet intérieur est sans 
doute celui que M. Soulier occupait alors. « l'humble chambrette, la 
plus haute de la place Vendôme, à l'hôtel du Domaine extraordinaire,» 
où Delacroix, Raisson et Soulier enluminaient " en s'amusant » le 
bois et le fer de dessins de machines destines à être joints à des brevets 
d'invention. C'était Horace Raisson qui avait eu l'idée de cet enlumi- 
nage poum faire gagner quelques sols» h ses camarades. Nous avons 
mèriie bureau que AL Soulier et lui avait amené Eugène Delacroix. 



N°64 : Portrait en buste de M. Pierret 



Toile. — H. o™26, L. o"'20. — Non signé ni daté. — Appar- 
partient à madame veuve Pierret. — Cat. A. Moreau, p. 228. 

Portrait admirable de simplicité savante et de caractère. Le visage, 
de face, entièrement rasé, a fourni au peintre une belle étude de mo- 
delé délicat et fin. Les cheveux sont ramenés en mèche épaisse sur 
le front. Le regard est doux sous les lunettes, le nez ferme, la bouche 
d'un beau dessin. Largement ouvert, l'habit laisse voir une haute 
cravate noire et un gilet de nankin à collet droit. 
M. Pierret était un ami d'enfance de Eugène Delacroix. La première 
des cinquante lettres publiées par M. Philippe Burty, et que le maître 
lui adressa, est datée du i i décembre 1817. Il mourut en 1854. Ma- 
dame veuve Pierret a toujours mis la plus grande obligeance h com- 
muniquer les documents restés entre ses mains à tous ceux qui se 
sont occupés de Delacroix. Nous lui en adressons ici nos plus vifs remercîments. 




N°65 : Portrait en buste de M. Leblond 

Dessin à la mine de plomb. — H. o""!?, L. o"'ii. — Non signé ni 
daté. — Appartenait à madame veuve Leblond. — Cal. A. Moreau, 
p. 228. 

Ce profil, un peu tourné vers la droite, avec l'œil largement ouvert, est 
intéressant surtout parce qu'il consacre le souvenir d'un homme qui fut, 
avec MM. Pierret, Henri Hugues, Félix Guillemardet, Champmartin, 
Piron, Soulier, Riesener, Comairas, Leliévre et, plus tard, M. Villot, des 
'^>siC'''"X plus anciens et constants amis de Eugène Delacroix. Son nom revient fré- 
" quemment dans la correspondance du maître avec les termes de la plus 
sincère affection. Il a dû lui-même recevoir bien des lettres de son illustre ami; il n'y en a pas 
une seule dans l'édition de M. Burty, qui n'aura pu en avoir communication. 




24 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



[823 



N° 66 : Orpheline au cimetière 



Toile. — H. o'"65,L. o"'54. — Salon de 1824. — Non signé ni date. 
— Appartient au docteur Gebaûer, héritier de madame veuve 
Leblond. 

Assis de face, la tête penchée en arrière et tournée à droite, le modèle 
a les yeux levés vers le ciel, le cou et le haut de la poitrine découverts, 
la main droite posée sur les genoux. 

Cette puissante étude a été faite au moment où Delacroix préparait 
"a grande composition du Massacre de Scio; elle rappelle le mouve- 
ment de la vieille femme grecqueagenouillée auprès du corps de sa fdle 
morte, dans ce tableau. Le maître y attachait une certaine importance, 
car il l'exposa au Salon de 1824. C'est à cette intention, assurément, 
paysage, un cimetière de campagne, pour motiver l'expression de la figure. 



Jeune fille debout dans un cimetière 



Toile. ^ H. on^4i, L. o^Sj. — Vente X'-% i'"'' mai 1874: 
1,100 fr. — Non catalogué par M. A. Moreau. 

L'orpheline est debout, le bras droit plié, la main il la ceinture; de la 
main gauche pendante, elle tient un léger bouquet de fleurs. Elle 
avance parmi les tombes éparses du petit cimetière d'un village dont 
on aper..oit dans le fond le modeste clocher parmi de molles verdures. 
Le paysage monte par de douces collines jusqu'à l'horizon. 
Nous pensons que Delacroix aura voulu traiter en soi le sujet qu'il 
avait, une première fois, adapté par occasion à une étude taite 
d'abord à toute autre intention. -- Voir le numéro précédent. — 
Combien n'est-il pas intéressant, grâce aux rapprochements amenés 
par l'ordre chronologique que nous avons adopté, de pénétrer, comme 
nous le faisons ici, dans l'intimité des conceptions d'un maitre, de 



voir l'idée première accidentellement enfantée se développer et revêtir une forme définitive. 




N" 68 : Portrait de M. X. 



Dessin mine de plomb. — H. o"'i6o, L. o"'i25. — N" 32i de la 
Vente posthume. — Appartient à M. A. Robaut. 

Dans son très précieux livre sur l'œuvre de Eugène Delacroix, M. Ad. 
Moreau a consacré toute une partie aux « Portraits peints et dessinés» 
par le maître, o En dressant la liste chronologique de tous ceux dont 
nous avons pu retrouver la trace et constater l'authenticité, dit-il, nous 
pensons avoir accompli un travail curieux à plus d'un titre. « Rien de 
plus juste. C'est là, en effet, un côté du génie de Delacroix fort 
peu connu. Quoiqu'il ait peint et dessiné un grand nombre de portraits, 
surtout dans sa jeunesse, comme ils étaient destinés à des amis très 
intimes, ils sont, pour la plupart, restés ignorés du public. Nul plus 
que lui, pourtant, n'aurait pu dire avec notre admirable La Tour parlant de ses modèles : 
Ils croient que je ne saisis que les traits de leur visage, mais je descends au fond d'eux- 
mêmes à leur insu et je les remporte tout entiers. » 




[823 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



2S 



N°69 



Portrait de Eugène Delacroix 




de Scio 



Toile. — H. om35, L. o"'27. — Lithographie par Alfred Robaut : omio5 
sur o'"o82. — Vente Constant Dutilleux, 1874 : 2,7 5o tr — Appartient à 
M. le baron de Beurnonville. — Non catalogué par M. A. Moreau. 
Ce portrait est l'un des premiers que le maître ait peints d'après lui-même. 
Celui qui est entré au Louvre en 1872, après la mort de Jenny Le Guillou, an- 
cienne servante de Delacroix, est de 1829. On reconnaît l'époque du Massacre 
i puissance dans les lumières, la transparence dans les ombres sont les mêmes. 



N" 70 : Portrait de Juliette Pierret enfant 




Toile. — H. o"'22, L. 
madame veuve Pierret. 



20. — Non signé ni daté. — Appartient à 



Souvenir d'intime amitié donné par Eugène Delacroix à son camarade d'en- 
fance le plus cher et qui l'avait puissamment soutenu de son admiration. Il 
lui écrivait en octobre 1820 : Pourquoi es-tu le seul qui, en dépassant 
énormément ce que mes plus forts accès de vanité m'aient pu inspirer, m'as 
pourtant un peu remis h mon rang?... Ton sufiVage tout seul dans une ba- 
lance emportera tous les autres réunis dans l'autre. Puisque, le premier, tu 
m'as dit que tu sentais quelque chose dans ce que je fais, il est juste que tu 
aies ta récompense du bien que tu m'as fait et du courage que tu m'as donné. » 



N-71,72 



Deux études de chevaux 




10 Cheval rouan. — Toile. — H. o">3o, L. o'"40. 
— Vente posthume : 620 fr. 

2- Cheval dans une écurie. — Toile. — H. o™3i, 
L. o">40.- — Vente posthume : 400 francs à M. Bornot. 
La robe du cheval, en notre étude n» 2, est bai-cerise: 
d'une traînée de pinceau, le maître a posé sur le sol un 
ton de paille, pour indiquer la litière de l'écurie. 



N° 7} : Relais de quatre chevaux 

Toile. — H. 0-24, L. 0"'3i. — N» 2o5 de la Vente posthume : 
435 francs à M. Delille. 

Cette magnifique étude ne sortit jamais de l'atelier de Delacroix. Si 
elle avait été connue, elle lui eût concilié sans doute le bon vouloir 
d'un autre peintre également passionné pour le cheval, qui Jev^i't 
être un peu plus tard l'artiste non le plus illustre, mais le plus célèbre 
de l'Ecole française, Horace Vernet, dont l'antipathie a 1 égard de 
Delacroix était déclarée et se manifesta, notamment en 1849, dans 
les élections à l'Académie. Voir la lettre du 29 août à L. Riesener (édition Burty). 




26 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1823 




N° 74 : Cheval de charrue 



Chevalier et Pi^fre 



Toile. — H. o"44, L. C^Sô. — N" 204 de la Vente posthume : 
450 fr. — Appartient à madame la baronne Rivet. 

n Le baron Charles Rivet, dit M. Burty, qui, de nos jours, a attaché son 
nom à la fondation de la troisième République, demeura un des fidèles 
amis de cœur de Delacroix. Celui-ci, dans un premier testament que lui 
fit déchirer sa gouvernante, Jenny LeGuillou, l'avait désigné comme son 
légataire universel. C'était un homme de grand sens et de mœurs aimables.» 
Il avait été aussi l'ami et le camarade d'atelier de Bonington. Delacroix 
lui légua en mourant un tableau inachevé de Bonington, précisément, 
et une petite toile du même portant deux sujets en grisaille. 



N- 



7 ^ , 76 : Etudes de chevaux à 1 écurie 



1° Cheval blanc. — Toile. — H. o™45, 
L. o'"54. — Vente posthume: i,o8o fr. 
2" Deux chevaux. — Toiie. H. o"3i, 
L. o'"40. — Vente posthume : 480 francs 
à M. Bornot, cousin de Delacroix. — 
Appartenait à feu M. Gavet, gendre de 
M. Bornot. 



Delacroix tenait beaucoup à la première de 
ces deux études, et il l'avait accrochée dans sa salle à manger. 





N°'77, 78 : Deux costumes d'Orient 



Toiles. — Mêmes dimensions : H. o^SS, L. o'"24. — Non 
signé ni daté. — N" 188 de la Vente posthume. — Appartient 
à M. Mercier. 

Les deux figures sont debout'; l'une est vue de dos, l'autre de face. 
Nous retrouverons quelque chose du grand mouvement ondulé de 
la draperie de l'homme vu de dos dans le costume du Giaour pour le 



" I I ■ I la arapene ue 1 iioiuiiic vuuc uus uana it ^woLuiin- wu vji^^iv^ui ^-v.*. x.- 

magnifique Combat du Giaour et du Pacha, appartenant à madame Mahler, et si peu connu. 




N''' 79, 80 : Deux études d'officiers grecs 

Toiles. —1° H. o'"25, L. 0"'i8. — Appartient à M. le baron de Schwiter. — 
2° Même sujet : H. o"'4o, L. o"'3o. — Vente Richard Wallace, 1877 : 280 fr. 
— Cat. A. Moreau, p. 269. 

La première de ces deux toiles est une charmante esquisse précieusement conservée 
par M. le baron de Schwiter, qui fut l'un des amis auxquels le maître confia par 
testament le soin de classer tous ses dessins après sa mort. C'est elle que nous reproduisons. 




i823 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N°8i : Grec blessé 




Atjuarelle. — H. o™022, L. o'"oi6. — Lithographie par M.Jean 
Gigoux dans les mêmes dimensions. — Cat. A. Moreau, p. i25. 

Groupe de deux figures en costume grec, compose' d'un soldat assis, 
blessé, le bras droit en écharpe et tenant de la main gauche un verre 
que la femme debout auprès de lui vient de remplir. Dans le fond, un 
autre blessé avance en s'appuvant également sur une femme. — Il n'y 
a d'autre trace de cette aquarelle que la lithographie de Gigoux repro- 
duite ici. — C'est là encore une de ces études par lesquelles le maître 
se préparait au Massacre de Scio. On reconnaît déjà dans l'attitude des 
femmes toute l'exquise tendresse que Delacroix impose aux Saintes 
Femmes près du Crucifié ou de saint Sébastien. Personne n'a su comme 

lui exprimer la profonde passion de la charité chez la femme. Il n'est point de sentiment 

humain qu'il n'ait connu et fait passer dans son œuvre. 



N° 82 : Costume de Calcutta 



Toile. — H. o'"45, L. C^S/. — N" 184 de la Vente posthume : 
65o fr. — Appartient à M. Ph. Burty. — Cat. A. Moreau, p. 32i. 
Le personnage, aux longues moustaches noires finement effilées et relevées 
en croc, le cou nu, vêtu d'un costume de couleur bleu foncé à parements 
jaunes et plastron rouge, coiffé d'un chapeau à larges bords, est assis de 
trois quarts, tourné à gauche, les bras retombants et les jambes croisées 
l'une sur l'autre. Sur le fond neutre s'enlève en clair une draperie posée 

sur le dossier d'une chaise. 

1;=3 Aujourd'hui que le romantisme a rompu toutes les entraves qui retenaient 
' l'école française enchaînée aux colorations pâles des plâtres académiques, 
cela paraît tout simple qu'uri artiste se plaise à étudier les détails pittoresques d'un costume 
exotique. Mais n'oublions point que nous sommes ici en 1823, au temps des Ajax insultant 
les dieux, et qu'alors, Rien que la mort ne pouvait expier son forfait, a 




N°8} : Académie de femme 

Toile. — H. o™8i, L. o"65. — N° 200 de la Vente posthume. — 
Appartient à M. Jehan Duseigneur fils, après avoir appartenu 
successivement à Téminent critique d'art Théophile Thoré et à 
M. Paul Lacroi.x. 

Delacroix, qui a fait un certain nombre d'académies de femme, fut le 

plus chaste des peintres. Il faut que le nu s'impose par le caractère du 

sujet pour qu'il l'introduise dans ses compositions. Quand il le rencontre, 

iHaawH jB^aB.-v' i '^ '^ traite en maître, comme dans les peintures décoratives du Salon du 

.^^^'^^^ — ' roi. dans V Orphée du Corps législatif et dans la Mort de Sardanapale; 

'^^s^J^=^-_r=A mais il ne le cherche point. Nul n'est plus éloigné que lui des motifs 

^'-"1 de pure volupté. Quand l'amour passe dans son œuvre — et il y passe 

bien rarement — il le conçoit dans les ironies de Faust ou dans les 

rayonnements de Juliette et Roméo ; songénie plarîe toujours au-dessus des ardeurs lascives. 




28 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1824 



N°' 84, 8^ : Deux costumes souliotes 

Toiles. — 1° H. o"'4o, L. o"26; 2" H. o™4o, L. o™3i — N"^ 177 et 
178 de la Vente posthume. — Le 11° 177 Vente posthume : 58o fr., à 
M. Petit. — Cat. A. Morcau, p. 320. 

Ces études de costumes souliotes furent faites en vue du Massacre de Scio. 
Mais Delacroix ne pouvait se défendre de mettre en mouvement même les 
objets inanimés qui posaient devant lui. Il a donné à celui que nous repro- 
duisons l'attitude de la danse; c'est le n" 178 de la Vente posthume. Dans le 
n'' 177, le personnage, vu de face comme ici, a le pied posé sur une pierre. 
' J Les costumes et les armes sont d'une grande somptuosité et d'une coloration 

éclatante qui contrastent heureusement avec les tons blancs de la fustanelle. 




N" 86 : Nègre à cheval 



Lithographie. — H. o™i64, L. o"'2ro. — Vente posthume, 
trois épreuves : 32 francs. 

Les jambes et les bras nus, coiffé en arrière d'une petite calotte 
de forme conique, vêtu d'une veste sans manches et d'un jupon 
blanc, le nègre monte un cheval de race anglaise vu de profil et 
marchant au pas relevé vers la droite, au milieu d'une vaste 
-«"^ plaine. L'animal, en simple tapis de selle sans surfaix apparent, 
, çi_r-T^ est bridé; les branches du mors sont visibles et l'on aperçoit 
,i^ sj-^gj un gland de soie floche attaché à la sous-gorge. La tète du cava- 
lier paraît petite, mais on ne considérera que la justesse et l'ai- 
sance du mouvement. 
La lithographie n'est pas signée en toutes lettres, elle l'est seulement des initiales E. D. 




Année 1824 




Delacroix et 



N° 87 : Milton soigné par ses filles 

Toile. — H. o™oo, L. o"'oo(?) — Salon de 1827. — Au duc de 
Fitz-James.- — Cat. A. Moreau, p. 170. 

Ce tableau, peint en 1824, exposé à la Société des Amis des Arts, 
puis au Salon de 1S27, fut acheté par M. le duc de Fitz-James et 
passa en Angleterre. Nous en donnons une idée, pensons-nous, en 
reproduisant un croquis à la plume de o"M75 suro"'iqo de la collec- 
tion Riesener. — Si M. Moreau ne lui assignait expressément la date 
1S24, nous aurions reporté l'exécution de ce tableau après le voyage 
de Londres, qui est de l'année i825. C'est à partir de ce moment, 
en effet, que le grand courant passionné des poètes anglais, Shakes- 
peare, Byron et aussi Walter Scott, pénétre dans l'âme de Eugène 
y dépose le germe des plus hautes concuptions romantiques. 



iS24 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



29 



N° 88 : Le Tasse dans la Maison des Fous 



Toile. — H. o"'4g, L. o™6o. — Signé, non daté. — 
Salon de 1839. — Exposition universelle de i855. — 
Vente A. Dumas fils, i865 : 14,000 francs. — Vente 
Khalil bey, 1868 : lô.Soo francs. — Vente Carlin, 
1872 : 40,000 francs. — Gravé à Peau-forte par L. Fla- 
meng. • — Lithographie en sens inverse par Mouilleron, 
pour la publication Le Mont Carmel et les chrétiens 
d'Orient (1844). — Gravé sur bois dans le vrai sens pour 
le Monde illustré (num. du 11 janvier 1868). — Cat. A. 
Moreau, pp. 92,118,119,144,160, 191,257,287,323. 
Les fous regardent curieusement le poète assis et qui détourne 
sa tête pensive appuyée sur la main gauche. Dans le fond, un gardien fait claquer son fouet. 

— Cet admirable tableau fut, d'après M. Moreau, exposé au Salon de iSSg. Il ne figure pas 
au livret, mais ce n'est pas une raison négative pour cette époque. Il existe plusieurs varian- 
tes du même motif. — L'œuvre, à peu près achevée à cette date [1824), fut, comme les Natche^, 
mterrompue par le Massacre de Scio et revue et signée seulement en 1825 pour M. Formé. 

— Voirie numéro suivant et aux années 1825 et 1S27. 




N° 89 : Le Tasse en prison 



Dessin. — Gravé à Teau-forte par A. Devéria. — H. o"'i79, 
L o"i i5. — Fragment du précédent. — Cat. A. Moreau, p. 92. 

C est la figure isolée du poète dans le tableau précédent, avec de sensibles 
différences dans le costume et dans l'ajustement du manteau qui recouvre 
ICI lavant-bras droit. — Dès 1S19, Delacroix se montre bien vivement 
préoccupé de ce noble sujet. « N'est-ce pas que cette vie du Tasse est bien 
mteressante? écrit-il à M. Pierret. Que cet homme a été malheureux! 
Qu on est rempli d'indignation contre ces indignes protecteurs qui l'op- 
primaient sous prétexte de le garantir de ses ennemis et qui le privaient 
de ses chers manuscrits! Que de pleurs de rage et d'indignation il a dû 
\erser en voyant que pour les lui enlever plus sûrement, on l'accusait de 
folie et d'impuissance! Qu'il a dû de fois user sa tète a. ses barreaux en 
pensant à la bassesse des hommes. » (Lettres, publication Burty.) 




N° 90 : Etude d'intérieur 



Aquarelle. — H. o'"i55, L. o™2io. — Vente posthume : 5o francs. 
— Vente Constant Dutilleux : 3 10 francs à M. Burguières. — Litho- 
graphie à la plume et cliché pour le catalogue delà vente parAlf. Ro- 
baut : o'"78 sur o'" i o5 . 

Ce n'est pas là un sujet bien intéressant, diront ceux qui demandent il la 
peinture des anecdotes et des histoires. Non, assurément; mais, outre les 

qualités pittoresques de cette charmante aquarelle, est-il possible de rencontrer une plus 

lidèle expression de l'intimité d'un ménage de garçon? 




3o 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1824 



N°9i : Massacre de Scio 



Toile. —H. 4"'22, L. 3"'57. — Salon de 1 824. ■ 
Acheté par l'Etat : 6,000 francs. — Exposition 
universelle de i855. — Gravé à Teau-forte par 
Masson. — Lithographie par Blanchard. — Gravé 
sur bois pour Ylllustratinn et pour l'Histoire 
des Peintres. — Appartient au musée du Louvre. 
— Cat. A. Moreau, pp. gS, 117, 142, 160, 167. 
Le titre exact du tableau est : Scènes des massacres 
de Scio. La peinture était achevée, déposée au Lou- 
vre où se faisaient alors les expositions annuelles, 
quand Delacroix vit les tableaux de Constable qu'un 
spéculateur français avait envoyés au Salon. 11 fut 
tellement frappé de l'admirable facture de l'illustre 
paysagiste qu'il obtint de faire descendre son tableau 
dans la salle des Cariatides et là le reprit et, en quatre 
lours, le transforma complètement (voir la notice de 
M. Villot sur John Constable). M. Lassalle-Bordes, 
qui fut un des praticiens du maître, prétend que 
celui-ci retoucha de nouveau le tableau en 1847, au 
moment où il terminait la coupole du Luxembourg. 
(1 II trouvait que les tons avaient poussé au jaune. » Après le Massacre de Scio, M. de 
La Rochefoucauld, alors directeur général des beaux-arts, aurait, d'après les Notes de 
L. Riesener, fait appeler Eugène Delà^croix, non pour lui commander des travaux, mais pour 
lui recommander a de dessiner d'après la bosse «. 

Delacroix ne connaissait pas la Grèce, où il n'avait jamais voyagé, lorsqu'il a peint le Mas- 
sacre de Scio; cela ne l'a pas empêché de tirer de son sujet un grand effet de vraisemblance 
poétique qui s'élève jusqu'à la terreur. La santé de la main a rendu fidèlement la fièvre de 
la pensée qui agitait tous les esprits en 1824 au seul nom de la Grèce. La peste, la corrup- 
tion, la mort physique et la mort du cœur se partagent l'attention troublée par cette horrible 
scène de destruction, où la vieillesse s'hébête de folie, où l'enfance affamée s'attache aux 
seins taris d'un cadavre, où la mâle vigueur s'écoule en flots de sang par de béantes bles- 
sures, où la beauté virginale est livrée dans sa pure nudité aux meurtrissures d'un cheval 
furieux. Ces scènes horribles, dont nul ménagement académique ne dissimule la hideur, 
a dit Théophile Gautier, ce dessin fiévreux et convulsif, cette couleur violente, cette furie 
de brosse soulevaient l'indignation des classiques dont la perruque frémissait comme celle de 
Haeadel, et enthousiasmaient les jeunes peintres par leur hardiesse étrange et leur nouveauté 
que rien ne faisait pressentir. Aujourd'hui, le Massacre de Scio est devenu classique à son 
tour; on le copie, on l'étudié, on l'admire. « C'est l'Orient et sa cruauté dans l'homme et 
dans la nature : la peste et le meurtre. 




N°^ 92, 93 : Etudes pour le Massacre de Scio 



Toile. — H. c^qS, L. i"'3o. — Salon de 1824. —Vente du 1 1 mai 1876, à l'hôtel 
Drouot : 3,65o francs à M. Auguste Vacquerie. — Cat. A. Moreau, p. 167. 
La plus importante est une étude du groupe de la mère couchée, morte, et de l'enfant. II en 
existe une autre réduction de o"'4o sur o"'5o qui a successivement appartenu à MM. Jeanron, 
Niel, Martin, Burty, Barbcdienne, Charly. 



1824 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



3i 



N° 94 : Tête de vieille femme pour le Massacre de Scio 



Aquarelle. — H. o"'!/, L. o™i4. — Appartient à M. A. Robaut 
depuis la Vente posthume. 

Cette admirable étude, d'une puissance de relief extraordinaire, d'une 
expression saisissante, avec ses yeux glauques ourlés de rouge et sa bouche 
édentée, tordue par l'âge, cette tête si curieusement encapuchonnée a 
été visiblement faite d'après nature comme une .préparation pour la 
vieille femme du Massacre de Scio, dont il y a aussi une étude peinte. 
La vue de cette admirable aquarelle me remet en mémoire un passage 
de la très remarquable étude de Henri de la Madeleine : « Que de sottises 
n'a-t-on pas dites et " redites sur le dessin de Delacroix? Vicieux, extra- 
vagant, caricatural, informe, c'était une horreur pour les calligraphes. 
effet, comprendre les admirateurs des Favarger ou des Vital dans ce dessin 
prompt comme la parole même, né d'une inspiration impérieuse. » 




N° 95 : Tête de femme pour le Massacre de Scio 



Toile. — H.o"'42,L.o™34. — Au docteur Gebauer. — Cat.A.Moreau,p.i68 

Cette étude, conforme à l'exécution définitive, est celle de la femme grecque 
accroupie au premier plan à droite, la poitrine découverte, auprès de la mère 
couchée morte et dont l'enfant cherche à prendre le sein. Nous renvoyons 
l'amateur curieux de pénétrer le secret des procédés intellectuels d'Eugène 
Delacroix h la toile que nous avons reproduite sous le n" 66. Ce rapproche- 
ment montre avec quelle certitude de conception et d'exécution il trans- 
formait la réalité étroite fournie par le modèle vivant. C'est le mouvement de 
l'Orpheline de 1823 qui est devenu celui de la mère de 1824. 




N° 96 : Cavalier grec blessé 




Aquarelle. — H. 0^19, L. o™23. — Signé, daté. 
Cette aquarelle, vernie et encadrée sans marge, fait l'eflet d'une pein- 
ture à l'huile. On lit au bas, h gauche : « Eug. Delacroix h son ami 
Th. Fielding, novembre 1824. » — Ce morceau précieux appartenait 
à M. Guillaume, de Bruxelles, en 1874, et a passé depuis entre les 
mains de M. Arthur Stevens et de M. F. Petit. — D'après la tradition. 
Thaïes Fielding aurait collaboré h l'exécution du ciel dans IcMassacre 
de Scio, mais j^ai dit comment Delacroix, par des reprises successives 



en 1824 et en 1847, ne laissa rien subsister de ce premier travail. 



N° 97 : Mademoiselle La. 



Toile. — H. o"^6o, L. o™4o. — Non signé ni daté. — Cat. A. Moreau, p. 229. 

Cette demoiselle La..., représentée en buste, vêtue d'une robe de couleur foncée serrée à la 

taille par une large ceinture à haute boucle, est, pensons-nous, un modèle du nom de Laurc. 



N° 9^ • Aline la mulâtresse 




Toile. — H . o'"6o, L. o"'48 — Signé à droite à hauteur de l'épaule: 
Eug. Delacroix. — Appartient au docteur Gebaûer. — Cat. 
A. Moreau, p. 229. 

Le modèle, vu presque de face, est coiffé d'un vaste turban bleu. La 
robe grise, très ouverte, est fixée au corsage de dessous par une large 
broche de forme carrée, dorée et ornée de pierres de couleur. Un châle 
rouge descend des épaules pour envelopper les bras. — Malgré l'indica- 
tion du Catalogue A. Moreau, cette étude est signée en toutes lettres. 
Nous rectifions aussi les dimensions. — M. Moreau catalogue également 
une variante de cette étude, non signée ni datée, dans les dimensions de 
non 22), variante qui, peut-être même, n'est pas de la main de Delacroix. 



N° 99 : Aline la mulâtresse 



^"^ 



Toile. — H. o™320, L. o"'235. — N" igS de la Vente posthume : 
3So francs à M. le baron Rivet. — Cat. A. Moreau, p. 32 1. 
Cette toile n'est pas une variante des précédentes, c'est une étude entiè- 
I rement nouvelle. Le modèle, presque de face, est tourné dans le sens 
I opposé (ici à droite). Il n'y a plus ni broche, ni châle, ni turban, et le 
nu de la poitrine est beaucoup plus accusé. Curieux de tout ce qui pou- 
vait lui offrir un élément nouveau décoloration, Delacroix étudiait alors 
le jeu particulier de la lumière absorbée, et non plus réfléchie, par la 
peau dans les races où la nature a varié, comme un fondeur merveilleux, 
toutes les patines du bronze. 
--'' 11 existe encore d'autres études de femme en buste vêtu, non signées ni 
datées d'ailleurs, et de dimensions variées, généralement de o™73 sur o™6o ou de o™35 sur 
o"'22. L'une des plus intéressantes figure sous le numéro 97. 



.^ 



-'^M 



N° 100 : Scène de « Don Juan 



'i Toile. — H. o'"54, L. o"'44. — Signé. — Salon de i838. — 
Appartient à M. Marmontel. — Cat. A. Moreau, p. 177. 
C'est une scène du dernier acte, celle du souper. Don Juan répond 
par des railleries aux larmes de dona Elvire qui le supplie d'ab- 
jurer son impiété, quand Leporello annonce l'arrivée du Comman- 
deur. En entendant les pas lourds de la statue, don Juan, d'un 
air de défi, se soulève à demi sur son fauteuil. La porte s'ouvre, 
et Leporello recule avec des gestes de terreur effarée. — Ce tableau, 
int dans une gamme de tons un peu sombre, ne fut exposé qu'en 
iS38. A cette époque, Delacroix terminait le salon du Roi à la 
-^ Chambre des députés; il tenait cependant à ce que son nom figurât 
au livret du Salon. C'est alors qu'il se sera décidé à envoyer ce 
tableau peint en 1824 et qui opposait une note sévère aux splen- 
deurs de la Médée et des Couvulsionnaires. Quelle variété de génie chez le peintre qui 
pouvait exposer la même année trois ouvrages d'un caractère si différent! 




i824 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



33 



N° loi : Cheval effrayé par Torage 




Aquarelle. — 
de Schwiter. 



H. o™235, L. oni32o. — Appartient à M. le baron 



M. le baron Je Schwiter futundes meilleurs amis de Eugène Delacroix, 
qui lui légua, en mourant, un tableau de Watteau, un de Chardin et 
un grand paysage inachevé de Thaïes Fielding et le désigna pour 
concourir au classement de ses dessins. Il avait reçu cette précieuse 
aquarelle d'un si beau mouvement, en échange d'une collection d'em- 
preintes de médailles que Delacroix a maintes fois dessinées. Voir années 1824 et 1S25. 



N° 102 : Cheval arabe 



Sépia. — H. o'"i9,L. o'"23. — Appartenaità mad. Leblond. 

L'admirable observateur que Delacroix! Tout homme qui aura 
partagé la vie d'un camp de cavalerie demeurera frappé, comme 
nous le sommes en face de ce dessin, du développement extraor- 
dinaire de cette faculté chez le maître. Bridé, sellé, harnaché, 
l'animal s'est détaché du piquet. Avec quelle gaieté d'enfant mutin, 
quelle innocente malice, il s'échappe d'un trot léger pour le plaisir 
de faire courir son gardien, ici, un Arabe ! Il n'y met pas de 



méchanceté, l'aimable animal; tout à l'heure, il se laissera reprendre, remettre au piquet. 




N° 103 : Scène du Sabbat 



Toile. — H. o"'3i, L. o'^Sg. — N" 142 de la Vente posthume : 
410 francs à M. Haro. 

C'est une simple ébauche, intéressante surtout par la belle disposition de 
la ligne diagonale qui, des masses de rochers placés a gauche, s'élève vers 
les hautes ruines en forme de falaises qui dressent leurs cimes dans le 
vaste ciel et vers lesquelles s'élance, comme à l'assaut, la bande des sor- 
ciers, larves, lémures, afrites, goules, lamies, psylles, brucolaques et 
autres esprits nocturnes. 

N° 104 : La fiancée de Lammermoor 

Aquarelle. — H. o"'i85, L. o'"265. — Vente Villot, iSjS : 
45 francs. —Appartient à M. Marquet de Vasselot, statuaire. 
a On entra dans l'appartement, et la première chose qu'on vit fut le 
corps de Bucklaw étendu derrière la porte et nageant dans son sang. « 
C'est une des dernières scènes du roman de Walter Scott, une indi- 
cation plutôt qu'une œuvre définitive. Delacroix reviendra plus tard, 
en 1827, au même roman et choisira un autre motif. — A la vente 
Villot, du 6 décembre iSyS, cette aquarelle fut réunie à un dessm à 
la mine de plomb d'après Géricault; le prix de 45 francs porte sur ce lot de deux pièces. 




H 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1824 



N" 10) : Portrait en pied de M. Soulier 




Toile. — H. i'"42, L. r 
tient à M. Soulier tils. 



'10. — Ni signé ni daté — Appar- 



Peinture inachevée. La tête et la main droite seules sont termi- 
nées ou à peu près; le reste n"est qu'indiqué, quoique la toile soit 
couverte partout. — L'œuvre a été peinte dans l'atelier de De- 
lacroix dont on reconnaît les propres meubles. Le maître eut 
toujours le désir, qu'il ne réalisa pas, d'achever ce portrait. On le 
rendit au modèle à la mort de Delacroix. — M. Soulier, le teint 
pâle, les cheveux châtain foncé, vêtu de drap bleu sombre, est assis 
de face, les jambes croisées, la main gauche appuyée sur un livre 
posé à plat sur sei genoux. Le fauteuil et le canapé, les mêmes 
que dans le portrait de M. F. Villot, sont en bois d'acajou et re- 
couverts d'étoffe verte. Dans le fond, une draperie rouge et la 
fameuse guitare que nous avons déjà vue dans un précédent por- 
trait de M.. Soulier. — Ajoutons, pour compléter les renseigne- 
à donnes sur cet excellent ami de Delacroix, que M. Soulier avait étudié l'aqua- 
l'atelier de Copley Fielding, à Londres, et que c'est par lui et chez lui, dans la 
de la place Vendôme, que Delacroix connut Thaïes Fielding. (Voir n^^Go à 63.) 



N° 106 : Le modèle Rose 




Toile. — H.o™32, L. o"'48. — Au docteur Gebaûer. 

D'une lettre sans date à M. Pierret (M. Burty dit « vers i 823 », nous 
nous crovons dès lors autorisé à adopter 1824), nous détachons, 
malgré là dernière ligne un peu libre, les lignes suivantes qui se 
rapportent manifestement h notre étude : ... Je suis fâché de ne 
t'avoir pas vu, mon petit ami. Mais, du moins, fais-moi le plaisir de 
m'en dédommager en venant demain travailler avec moi. J'aurai 
modèle depuis sept heures du matin, rue de Sèvres, n° 11... J'avais tâché de déterminer 
Félix (Guillemardet, qui faisait son droit) à venir nous tenir compagnie demain. Mais il m'a 
dit que le régime dotal l'emporterait sur le fessier de mademoiselle Rose pour cette fois. « 



croi 



N° 107 : Scène d'adieux 

tf'*-" Aquarelle. — H. o"M5o, L. o"'io5. — Appartient à M. Haro. 
f^rîjii^ Les amants, au moment de se séparer, se tiennent étroitement embrassés 
'~~'^tJ^' dans l'allée verdoyante d'un parc. — Encore un projet abandonné (Voir 
' n" 1 1 4). <( Si je ne suis pas agité comme le serpent dans la main de la Pytho- 
nisse, je suis froid: il faut le reconnaître et s'y soumettre. Tout ce que j'ai 
fait de bien a été fait ainsi. » (Extrait des agendas de Eugène Delacroix, dans 
le catalogue imprimé et non livré au public de la magnifique collection 
léguée par M. Alfred Bruyas au musée de Montpellier. Ce catalogue avait 
été rédigé par le donateur avec la collaboration infiniment précieuse de 
Théophile Silvestre). — La scène n'est pas à ce point particularisée qu'il y 
ait le moindre intérêt à nommer ces amants. Cela importe peu, car Dela- 
X ne s'y est arrêté que pour indiquer le mouvement d'un groupe de deux figures. 




N° io8 : Les Natchez 



Toile. — H. o"'90, L. i^^ie. — Signé à droite. — Salon de 

i835. — Vente Paturle, 28 février 1872: 19,000 francs à 
M. Febvre. — Gravé à Feau-forte : 0^097 sur o"' 128 par 
Bracquemond pour le catalogue de cette vente. — Cat. A. 
Moreau, pp. 8g, 160, 175, 252. 

Inutile de dire que le sujet est emprunté à Chateaubriand. Fuyant 
le massacre de leur tjibu, les deux jeunes sauvages remontent le 
cours du Meschacebé. Pendant le voyage, la jeune femme a été 
prise des douleurs de l'enfantement. Les Natchez ont quitté leur 
pirogue; le père, agenouillé sur le sable, tient dans ses bras le nouveau-né que la mère, 
assise sur le sol, regarde avec tendresse. — L'exécution du Massacre de Scio interrompit 
celle des Natchez. Ce dernier tableau était déjà fort avancé h cette date. Cependant, il ne 
parut qu'au Salon de i835. Mis en loterie à Lyon, au profit d'une œuvre de bienfai- 
sance, en iSjS, par M. Rivet, préfet du Rhône et ami du maître, il fut gagné par M. Pa- 
turle. Il avait été payé 1,200 francs à l'artiste, qui écrivit à M. Rivet, après le tirage de la 
loterie^ : « Que j'aurais désiré que mon triste tableau, s'il vous a plu le moins du monde, 
vous tût échu! Je crains bien qu'il ne se présente de sitôt sous ma main un sujet aussi 
conciliant, si je puis parler ainsi. Mes inclinations tragiques me dominent toujours et les 
Grâces me sourient rarement... » 




N°^ 109, no, III, 1 12 : Feuilles de croquis d'après l'antique. 





I " Médailles et 
monnaies. — Des- 
sin à la plume. 
— H. o'"i95, L. 
o"3oo. — Appar- 
tient à M. Burty. — Publié en fac-similé dans V Autographe 
au Salon, n^imévo du 10 juin 1864. 
2» Fragments étrusques. — Dessin au crayon. — H. o"^i3o, L. o"'20o. — Mêmes indi- 
cations complémentaires que ci-dessous. 

3" Médailles. — Dessin à la plume. — H. o™ioo, L. 0^170. — Lithographie de 
mêmes dimensions par Alfred Robaut, dans la troisième série de ses « Fac-similés de 
croquis et dessins originaux de Eug. Delacroix, 1 865, chez l'auteur » Planche tirée 
à dix épreuves seulement, non publiée. 

4° Médaille de Syracuse. — Dessin à la mine de plomb. — Diamètre o"'o6o. — • 
Mêmes indications, sauf le chiffre du tirage qui est de i5o et le numéro delà série, qui 
est la première. La médaille orne la couverture de cette série. 

Delacroix avait étudié l'antique avec la passion qu'il apportait à toute chose. Nous l'avons 
vu (n" loi) échanger une aquarelle importante contre une collection d'empreintes de médailles, 
celles-là mêmes assurément d'après lesquelles les croquis que nous donnons ici furent 
exécutés. Médailles, pierres gravées, trépieds, carquois, figures d'ornement, animaux symbo- 
liques, tètes casquées, etc., ce que Delacroix recherche dans ces dessins au trait, c'est le type 
essentiel de l'objet, ce qui caractérise cet objet, en éliminant l'accident et jusqu'au détail 
pittoresque. De là cette grandeur. 



36 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1824 



N° 113 : Mort de Caton 




nous fait 1 
conserve 1' 



Toile. — H. o™6o, L. o"'44. ■ — Lithographie par J. Laurens : 
o'"23 suro"'i7. — Appartient au musée de Montpellier, galerie 
Bruyas. 

C'est une académie que Delacroix a reprise et complétée en lui don- 
nant l'intérêt d'une composition. On se demande si le maître n'eut pas 
alors la pensée de se mesurer avec Louis David, qui exposait précisé- 
ment au Salon de 1824 une figure académique dans une attitude ana- 
logue. Cette académie de David était très célèbre dans les ateliers. Il 
l'avait peinte en 1779, pendant son pensionnat de Rome. Elle servit 
longtemps de modèle à ses élèves avec une autre académie d'homme vu 
de dos. Cette dernière était connue sous le nom d'Hector; la première, 
qui est au Louvre, sous le nom de Patrocle. Le Caton de Delacroix 

|effet d'une réminiscence très intentionnelle du Patrocle. Malgré tout, l'œuvre 

allure tendue des morceaux académiques. 



N° 1 14 : Camp romain 



Aquarelle. — H. 
bas à gauche. — 
\illot. 



D"'i55, L. o-^ 
Appartient 



Î95. — Signé au 
à M. Georges 



C est là un des innombrables projets, moins que 
i.ela, une des innombrables pensées qui traversèrent 
le cerveau de Eugène Delacroix en son incessante 
activité, pensée non réalisée cette fois. Aura-t-il 
manqué d'obstination? Sorti d'un travail, » a-t-il 
écrit quelque part, impossible de s'y remettre. 11 y 
a une croûte à rompre pour s'y remettre de cœur, 
quelque chose comme un terrain rebelle qui repousse le soc et la houe. Mais après un 
peu d'obstination, cette rigueur s'évanouit. Tout à coup, il est prodigue de fleurs et de fruits, 
on ne peut suffire à les cueillir. « 




N° 1 1 5 : Portrait d'Abel Widmer 




Toile ovale. — H. o™6o, L. o"'5o. — Appartient à M. Arosa. 
— Cat. A. Moreau, p. 23o. 

En 1824, puis en 1825, et de 1828 à 1834, avec une lacune en i83i, 
Delacroix fit, au prix de cent francs, pour son ami M. Goubau, chef 
d'institution, le portrait à l'huile, en buste, des élèves lauréats au con- 
cours général. M. Goubau est le fondateur du collège Chaptal. Dans le 
principe, la pension portait le titre de Institution Saint-Victor et était 
située rue Chantereine, devenue rue de la Victoire. C'est en i S3o 
qu'elle fut transférée rue Blanche, où elle devint collège Chaptal, au- 
jourd'hui boulevard des BatignoUes. Le lauréat de 1824 s'appelait Abel 
Widmer. Redingote bleu foncé, gilet montant, col et cravate blanche 
Widmer mourut très jeune, vers i833. 



i825 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



Année 1826 



N° 116 : Desdemona et Emilia 




Appartient à M. Soulier fils. —Non 



Toile. — H. o"'24, L. o"' 
catalogué par M. Moreau. 

C'est la dernière scène du quatrième acte d'Othello, dans l'appartement de 
Desdemona. Othello, Lodovico et les gens de leur suite sont sortis. Emilia 
commence de défaire sa maîtresse, la romance du Saule est chante'e. 
La conversation s'engage sur l'infidélité des femmes. « desdemona. 
Oh! ces hommes! ces hommes! ... Crois-tu en conscience, dis-moi cela, 
Emilia, qu'il y ait des femmes qui offensent leur mari d'un si gros outrage. 
— ÈMiLiA. Il y en a de telles, cela n'est pas douteux... — desdemona. Je 
ne crois pas qu'il existe une telle femme. — emilia. Oui, il en existe par 
douzaines, et autant encore par-dessus le marché qu'il en faudrait pour 
peupler le monde pour lequel elles auraient joué....» Suit le grand monologue d'Emilia qui 
se termine par ces mots : « Ainsi donc, que nos maris nous traitent bien, ou bien qu'ils 
sachent que nos péchés, ce sont leurs péchés qui nous les enseignent, » et auquel l'innocente, 
la triste Desdemona coupe court par ces mots : « Bonne nuit, bonne nuit; que le ciel 
m'accorde des mœurs qui me permettent non de tirer le mal du mal, mais de me corriger 
par le mal! » Elles sortent. Le drame approche, la fin tragique qui arrêtera Delacroix plus tard 
en 1848 et en i85o. 



N° 117 : Macbeth consultant les sorcières 



Lithographie. — H. o'"322, L. o"'25o. — Premier e'tat. "Ventes 
de la Combe, i863 : 72 francs; Dubois, 1866 : 3o francs. — 
Deuxième état. Vente Parguez, 1861 : 25 francs. — Troisième 
état. Vente posthume 1864 (cinq épreuves) : 5i francs; Ventes 
Burty, Paris, décembre 1874: 3o francs; Burtv, Londres, 1876: 
20 francs ;Villot, 1875 (mauvaise épreuve): 16 francs; Sensier, 
décembre 1877 : 10 francs. — Quatrième état. Vente Soleil, 
janvier 1872: 7 fr. — Cinquième état. Vente Langlais, 1868, 
(deux épreuves): 3 fr. 5o. — Cat. A. Moreau, pp. 40, 41. 

Le premier état, dont il n'a été tiré que six épreuves, ne porte ni signa- 
ture ni lettre, les bords ne sont pas rectifiés. — Dans le deuxième 
état, certains clairs ont été ajoutés à la pointe avec la signature à 
gauche. E. Delacroix », sans lettre, bords rectifiés. — Troisième état. Au bas à droite, 
« Lith. de G. Engelmann »; au milieu, Toil and trouble, fire burn, and cauldron bubble» 
(c'est le refrain des sorcières dans la scène de la caverne qui ouvre le quatrième acte de 

« Macbeth : » « Double, double toil and trouble, etc Redoublons de travail et de 

peine; brûle, feu ; bouillonne, chaudron) ». — Quatrième état, non signalé par M. Moreau ; 
Le nom de G. Engelmann effacé; il ne reste que les mots « Lith. de » (épreuve de la Vente 
Soleil). — Cinquième état. En bas à droite : « Imp. Bertauts, R. Rodier, Paris »; au milieu : 
(I Macbeth » et le texte de Shakespeare. 




38 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1825 



N° 118 : Macbeth consultant les sorcières 

Xoile. — H. o"'32, L. o'"25. — Sans changements. — Appartient à M. Albert Hccht. 
Macbeth debout en costume écossais a pénétré dans la caverne ténébreuse où les trois sor- 
cières se tiennent accroupies autour d'un chaudron bouillant, et les interroge : « Je vous en 
conjure, par la science que vous possédez, quelle que soit la manière dont vous l'avez ac- 
quise, répondez-moi. » — Admirable interprétation de cette admirable scène! 
Dans l'exécution de cette toile étrange, Eugène Delacroix, se souvenant du procédé litho- 
graphique qu'il avait adopté pour l'exécution du numéro précédent, a travaillé en rnaints 
endroits la pâte avec une pointe ou le manche d'une brosse, de même qu'il avait traité la 
pierre à coups de grattoir. 



N° 



119 



Portrait de M. Jérôme 



Dessin ou sépia. — H. o™i29, L. o™85o. — Gravé à l'aquatinte, 
par Hocquart. — Cat. A. Moreau, pp. io5, 106. 

Eugène Delacroix interrogé par M. Burty au sujet du dessin, lui répond 
le 24 janvier 1862 : « Je n'ai aucun souvenir de AL Jérôme, ni d'avoir 
rien fait qui ait trait à cela. » M. Burty ajoute cependant : a Quoi qu'en 
dise Delacroix, la gravure qui parut en tête du Manuscrit de feu M. Jé- 
rôme (Paris, 1825, un vol. in-b", fatras politico-économique, publié par 
François de Nantes), dut être gravée d'après une sépia de lui.» C'est par 
suite d'un lapsus que M. Burty a écrit François de Nantes, il s'agit ici 
de François de Neufchâteau, écrivain et homme d'État, né h SafFais 
(Meurthê), en ijSo, mort en 1828, membre de l'Institut, classe des 
Lettres, en 1797; poète et auteur dramatique médiocre qui publia, de 
1810 à 1828, plusieurs ouvrages sur l'agronomie. — Nous reproduisons 
la lettre de l'aquatinte : En haut, au milieu : « Ceci est le véritable portrait de feu Monsieur 
Jérôme »; en bas, à gauche: « Delacroix del. »; à droite : « Hocquart jeune, sculp.»; au milieu : 
« 'Venez avec moi dans le pays des loups, peut-être y trouverez-vous quelque chose à ap- 
prendre. » 




N° 120 : Portrait de Désiré Pellerin 



Toile. — H. o"^6o, L. o"'5o. — Signé au bas à gauche. — A appar- 
tenu à MM. Rigaut et Alfred Rehaut, aujourd'hui dans la collection 
de M. de Beurnonville. — Cat. A. Moreau, p. 23o. 

Désiré Pellerin était un élève de l'Institution Saint-'Victor dirigée par 
M. Goubau, ami de Eugène Delacroix. Nous avons dit (voir noiiS, année 
1824I dans quelles conditions le peintre déjà célèbre fit pendant sept ans 
ks portraits des élèves de cette pension qui remportaient des prix au 
Concours général. Le lauréat de 1S25 pour le second prix de Géographie, 

Liasse de sixième, était Désiré Pellerin. C'est bien un type de jeune 

piocheur tout d ins sa physionomie, ces cheveux incultes que le passage habituel de la main 
a redresses, It Iront puissant, le regard de ces yeux bleu foncé, la bouche ferme révèlent 
l'énergie et la constance de la volonté. Habit noir-bleu, gilet jaune à raies brunes, gants gris- 
ardoise. Comme Abel Widmer, le lauréat du second prix de Mathématiques élémentaires 
en 1824, et qui survécut dix ans à peine h son succès. Désiré Pellerin mourut jeune, en 1837. 




N° 1 2 1 : Portrait de Mademoiselle Claire Pierret 




Toile. — H. o'"39, L. o^S i . 
à madame veuve Pierret. 



Non signé ni daté. — Appartient 



C'est à M. J.-B. Pierret que Delacroix, pendant son séjour h Londres, aux 
mois de mai, juin, juillet et août 1825, écrit le plus souvent et avec le 
plus d'eftusion. Ces lettres sont charmantes et l'on y voit poindre le 
germe de ses grandes et prochaines compositions shakespeuriennes. Telle 
est, par exemple, celle du 27 juin : n J'ai vu Richard III^ joué par Kean 
qui est un très grand acteur, quoi qu'en dise l'ami Duponchel qui l'ap- 
pelle le Philippe de l'Angleterre (Philippe était un célèbre auteur de 
mélodrame). Je ne saurais être de son avis. Young ne me plaît pas 
autant. Je l'ai vu dans plusieurs pièces, entre autres la Tempête qu'on a remise à la scène. 
On a changé le commencement de Richard : au lieu de la mort de Clarence, ils ont mis la 
mort de Henri VI, qui est aussi de Shakespeare; mais dans la deuxième partie de Henri VI, 
Richard, qui n'est encore que Glocester, vient dans sa prison et l'assassine à coups d'épée. Ce 
moment a été terriblement rendu par Kean, ainsi que mille autres dont je ne manquerai pas 
de te rebattre les oreilles. J'ai vu aussi Othello par lui. Les expressions d'admiration 
manquent pour le génie de Shakespeare qui a inventé Othello et lago. Je suis obligé à 
mon grand regret de manquer une représentation demain où Young doit jouer le rôle 
de lago avec Kean dans Othello. Quoique à des théâtres différents, ils se réunissent pour 
un bénéfice. Je pense voir aussi Hamlet. » Et au mois d'août : n Je suis inconsolable d'avoir 
manqué Hamlet, par Young. » Il le vit plus tard et y trouva son propre Hamlet. 



N° 122 : Portrait de Fabbé Martial Marcet 




Litliographie. — H. o'"i3o, 
Vente Sensier : 7 francs. 



L. 125. — ^ Vente Parsuez : 6 francs. — 



Le jeune ecclésiastique est représenté en buste, en soutane et rabat, tête nue et 
de trois quarts. La légende de la lithographie relevée par M. Moreau manque 
de clarté. Nous la reproduisons en signalant le vague que la présence de deux 
noms d'artistes fait planer sur l'authenticité de l'attribution : « En bas, à 
gauche: « Devéria d'après nature »; à droite : « Eug. Delacroix u; au milieu : 
« Lith. de Langlumé et G", — M. Martial IVIarcet ». 



N° I2J : Portrait de M. Pierret 

Toile.— H. o™32, L. o"'24. — N° yj de la Vente postliume : 600 francs 
à M. Bornot. — Cat. A. Moreau, pp. 23o, 3i3. 

Le vieil ami de Eugène Delacroix, dont nous avons déjà vu le portrait plusieurs 
fois, est représenté ici, assis les jambes croisées, le coude gauche appuyé sur 
une table. Il est coiffé d'un large turban et revêtu d'un costume turc composé 
d'une tunique vert foncé, rehaussée de passementeries d'or et d'une ceinture 
d'un ton violet neutre. La table sur laquelle il est accoudé est d'un ton violet 

. rougeàtre. — Cette belle étude de costume pour laquelle posa M. Pierret, 

n'est pas signée. Elle resta dans l'atelier de l'artiste jusqu'à sa mort. Delacroix l'a souvent 
consultée, notamment pour le Turc à la Selle (1828) et pour le Turc assis (184G). 




40 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1825 



N° 124 : Portrait de M. Washington 

Toile. — H. o"'46, L. o'"35. — N° 76 de la Vente posthume. — Appartient à ma- 
dame Pastré de Regny. — Cat. A. Moreau, p. 23o. 

M. Washington était également un ami de Delacroix qui l'a représenté debout, en costume 
grec, et tenant un fusil à la main. 

N - 1 2 5 : Portrait de M. Soulier 

Toile. — H. o™45, L. o"'38. — Non signé. — Cat. A. Moreau, p. 23o. 
Il est représenté debout, une main dans le gilet, l'autre cachée derrière le dos. 

N° 126 : Pâtre romain 




anciens et modernes. 



Toile de 6. — Peinten 1825 pour M. Du Sommerard. — Salon 
de 1827. — Lithographie par Mouilleron: o"^i5~ sur o'"i98. — 
Le premier état de cette lithographie portait en bas à gauche : 
« Cabinet de M. Dugléré. » — Cat. A. Moreau, pp. i33 et 169. 

Le pâtre, couvert d'une peau de mouton, tête nue, agenouillé au bord 
d'une mare, se penche pour y tremper ses lèvres. — La lithographie 
de Mouilleron a paru sous le titre : da Mort du Brigand » dans la 
publication del'imprimeur-lithographc Bertauts, intitulée: <■ Les Artistes 
' L'homme peut bien être un brigand, mais il ne meurt pas, il boit. 



N° 127 : Mendiant anglais 



^^ Aquarelle. — H. o"'2o5, L. o'"i40. — Vente Villot, i865 : 3o5 fr. 
— Gravé de mêmes dimensions à Teau forte, par M. F. Villot. — 
Cat. A. Moreau, p. 108. 

Étude sinistre de la misère londonnienne. * Je me suis cruellement ennuyé 
pendant les premiers jours, » écrit-il de Londres, le 6 janvier 1825 ; « j'ai 
été sur le point de repartir sans cérémonie. Cela vient de ce que je ne 
faisais que voir de côté et d'autre sans autre fruit que me fatiguer. Depuis 
que je me suis mis à travailler, je me plais ici. Je suis très flâneur à la 
vérité, mais pas badaud... Les chevaux, les voitures, les trottoirs, les parcs, 

la Tamise, les bateaux de la "Tamise, les bords de la Tamise, Richmond et Greensvich, tout 

cela demanderait des volumes de lettres. » 




N° 128 : Deux chevaux de ferme anglais 

Panneau. — H. o'"oo, L. o"'oo (?) — Salon de 1827. — Cat. A. Moreau, p. 1Ô9. 



i825 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



41 



N" 129 : Cheval de ferme rouan vineux 

Aquarelle. — Vente Villot, i865 : 45 francs. — Cat. A. Moreau, p. 293. 

Etude faite en Angleterre. Le cheval, dit M. Moreau, est harnaché et représenté fuyant, vu 
de croupe. 

N"' 130, i}i : Combats de chevaux 




1° Toile. — H. o'"27, L. o'"32. — 
Signé, daté. — N° 82 de la Vente 
posthume : i,6o5 francs à M. Van 
Cuyck, 7 février 1867 : 750 francs.— 
Cat. A. Moreau, p. 3i3. 
2° Toile. — H. o"'35, L. o'"45. — 
Signé, daté. — N° 82 de la Vente 
posthume : 2,400 francs à M. Delille. 
— Non catalogué par M. Moreau. 
Superbes études de mouvement que l'artiste retrouvera, consultera dix ans plus tard au 
moment de la Bataille de Tailleboiirg, où il y a une si furieuse mêlée de chevaux et qu'il 
a reprises plusieurs fois, notamment la première pour divers Combats du Giaour et du 
Pacha et surtout pour le Choc de cavaliers, dont la peinture fut refusée au Salon 
de 1834. (Voir aux années iS33etiS45.) 



N°' 1 3 2, I ^ ^ : Tombeaux d'Adrien et de Nicolas d'Estouteville 






;;i,ît 



^B 



I 






Sépias. — 1° H.o"M8, L. 0^26. 
— 2° H. o"^i8, L. o'"23. — 
Partie du n° 597 de la Vente 
posthume, à M. Bornot. 

Ces dessins ont été faits dans les 
ruines de l'abbaye de Valmont, 
près de Fécamp, qui appartiennent 
à M. Bornot, cousin de Delacroix, 
et où il allait souvent dans sa jeunesse. Léon Riésener, dans ses Notes, parle de ce pays 
et des séjours qu'il y fit avec Delacroix. « A Valmont, en Normandie, nous avons passé 
quelques vacances. Tantôt il était tout feu pour le travail et faisait des aquarelles délicieuses 
qui ont été vues à sa vente; tantôt ne pouvant s'y mettre, il se mettait à mouler avec passion 
les figurines qui ornent les tombeaux des moines d'Estouteville, fondateurs de l'abbaye de 
Valmont. Nous travaillions à ces moulages quelquefois après dîner, malgré les observations 
du domestique du propriétaire absent, car l'église servait de bûcher. C'était dans l'arrière- 
saison. L'eau gelait. Le toit de l'église était à jour. Les rayons de la lune y pénétraient et 
étincelaient dans les feuillages couverts de rosée qui poussaient dans la nef Nous nous 
donnions l'un après l'autre le spectacle des ombres immenses que nous projetions avec art 
sous les colonnades des bas-côtés. » [Lettres, édition Burty.) Delacroix écrit aussi en 1S29, 
qu'il moula « certaines petites figures qui ornent les tombeaux et sont d'un très beau style. » 



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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1825 



N° 134 : Le Chevalier 




Aquarelle. — H. o"M 5o, L. o^r 10. — Appartient à madame veuve 
Pierret. — Non catalogué par M. Moreau. 

N'est-ce pas ici encore un souvenir de l'abbaye de Valmont? Non que 
nous supposions que Delacroix ait copié cette figure sur place. Mais 
n'aura-t-il pas été tenté de rendre la vie à quelqu'un de ces seigneurs 
d'Estouteville dont la grande allure en la rigidité de leur tombeau l'avait 
vivement frappé? Il aura disjoint ces mains réunies pour l'éternité dans 

_ __ ^ 1^ prière et rendu, pour la durée d'un mince papier taché de couleur, 

' la vie, le mouvement, la fière tournure des mœurs héroïques au châtelain 
de Valmont. Le trait sculptural, la solennité de la pose font penser à la statue du Comman- 
deur de Don Juan. C'est une statue, mais une statue prête à s'animer. 



N° I ] ^ : Le Tasse dans La maison des fous 




substitué un crucifix à la petite baie du fond. 



Dessin. — H. o'"i8o, L. o™225. — Signé au bas à gauche 
et daté 1825. — Exposition posthume de Tœuvre de Eugène 
Delacroix au boulevard des Italiens. — Lithographie par 
A Devéria : o'"i44sur o"'i70. — Gravé sur bois pour 
L Univers illustré du 10 septembre 1864. • — Appar- 
tient à M. Paul Meurice. — Cat. A. Moreau, p. 144. 

Cette composition présente de nombreuses différences avec 
celle de 1823. Les fous debout qui harcèlent le poète sont de 
plus petites proportions et le maître a ajouté iine figure de 
plus, celle du fou accroupi qui, par une affreuse ironie, simule 
1 action d'écrire. Dans la muraille du même côté, il a ouvert 
une fenêtre grillée où apparaît une figure de folle, enfin, il a 



N° 136: Tarn O'Shanter 



Toile. — H. 0^26, L. o,3o. -- Signé en bas à droite. — Peint 
en 1825 pour madame Dalton. — Salon de i83i. — Vente B..., 
3o mars i855 : 8o5 francs. — Vente marquis de L..., 4 février 
i865 : 2,3oo francs. — Vente Khalil-Bey, 16 février 1868, à 
M. Verdier: 3, 750 francs. — Photolithogra'phié par M. G. Arosa: 
o'"94o sur o'^i 18. — Lithographie dans le sens opposé par Mouil- 
lerbn : 0^245 suro™3o5. — Cat. A. Moreau, p. 172,248. 
Sujet tiré d'une ballade écossaise de Burns. — La lithographie de Mouilleron est intitulée 
oLa Course effrénée» et porte en haut, à gauche : Souvenirs d'artistes u;h droite, le nombre 
559 : en bas à gauche : « Eug. Delacroix pinx^. — La Course effrénée «; au milieu : c< Imp. 
Bertauts Paris»; adroite: «"A. Mouilleron, Paris». Le tirage est fait sur papier bleuté. 
M. Moreau, aux deux pages de son livre où il parle de ce sujet, donne deux dates différentes: 
1825 et 1827. — Le tableau n'étant pas daté, nous adoptons la première, car M. Moreau dit 
expressément que la peinture fut exécutée en 1825 pour madame Dalton. (Voir à 1827.) 





N° 137 : Odette et Charles VI 



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, , Toile. — H. 0^343, L. o'"265. — Signé au bas à 
>^^ droite. • — Lithographie par Maurin, de mêmes di- 
/ mensions. — Appartient à M. Dumas-Descombes. 
— Cat. A. Moreau, p. 116. 

>;'■ } '^ . ^ . 

Ce tableau peint en 1825 porte encore derrière le châssis 
le nom de M. F. Leblond, pour qui il a été peint. Le possesseur 
actuel le tient de son oncle M. Dumas-Descombes. 
La lithographie porte en bas a gauche : c Delacroix pt. », à droite: 
(I Maurin del. »; au milieu: Lith. de Villain », letitre etun timbre 
sec ovale avec les mots Sazerac et Duvalv autour d'une lyre. Mal- 
heureusement cette lithographie, oui a l'avantage de représenter le 
tableau dans son vrai sens, a complètement altéré l'expression du 
page qui enlève l'épée des mains du roi, et surtout le personnage 
d'Odette dont la tète est tournée davantage dans le sens du trois 
quarts, ainsi que nous la rétablissons par un croquis complémentaire. La différence est telle- 
ment marquée qu'on supposerait volontiers que Delacroix a modifié cette partie du tableau 
après l'exécution de la lithographie. Le Charles VI du compositeur Halévy est de 1843; 
l'œuvre de Eugène Delacroix est donc antérieure de dix-huit années. 




N° 138 : Don Quichotte dans sa librairie 



Toile.— H. o'"40, L. o^Si.— Signé, non daté.— Vente Du Som- 
merard, 12 décembre 1843: 100 francs.— Vente Durand- Rud, 
28 janvier 1854: 400 francs. ^ Vente Bouruet-Aubertot, 22 février 
i86q : 6,85o francs. — Vente Frémyn, 6 avril iSjS : 6,200 francs. 
— Cat. A. Moreau, p. 243. 

Ce tableau commencé le 6 avril 1824, puis interrompu, n'a été terminé 
qu'en 1823. Il est très coloré, très étudié dans le rendu des détails de 
nature morte, tels que les reliures des livres de chevalerie sur lesquels 
médite don Quichotte tout de noir vêtu et coiffé d'un bonnet de nuit. 



Toute la lumière du tableau est concentrée autour des deux petits vases posés sur la table. 




N° 139 : Le duc de Bourgogne montre sa maîtresse 
au duc d'Orléans 



Toile. — H. o"'oo, L. o^oo (?)— A appartenu au prince Napoléon. 

— Ventes 6 mars 1843 : 3oo francs; 25 janvier 1864: 1,200 francs. 

— Cat. A. Moreau, p. 264. 

Nous reproduisons une partie de ce tableau d'après une eau-forte de 
M. Frédéric Villot. Dans la composition complète, le duc de Bourgogne 

est agenouillé sur un coussin; on voit dans le fond un dressoir charge d'orfèvrerie. 
M. Villot a fait, en 1829, une copie de ce tableau; elle était chez le pnnce Napoléon a cote 
de l'original et on l'attribuait à tort à Decamps. 




44 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



[825 



N° 140 : Odalisque 




Toile. — H. o'"370, L. o"'445. — Non signé. — N° 69 

de la Vente posthume : 705 francs à M. Baroilhet. — 

\ ente Baroilhet, 16 mars 1872: i,o5o francs. — Vente 

_ _ Dassonville, mars 1879: 5oo francs. — Cat. A. Moreau, 

jîl^r^ P 3i3. 

Ce n'est qu'une esquisse. Le modèle vu de face, couché sur le 

i.oté droit, a la tète renversée sur des coussins; la main droite 

s approche d'un narghilé posé à terre. Dans le fond une tenture 

t-t une échappée de paysage. On reconnaît dans cette étude 

le type physiologique de la temme robuste, forte, aux ampleurs 

massnes que Delai.roi\ a gcncrakment introduite dans ses compositions héroïques. L'attitude 

ICI et le narghilé qui ont tau baptiser cette toile l'Odalisque ne sont en réalité qu'accessoires, 

un simple prétexte pour une superbe étude de nu. 



N° 141 : Archers de la garde écossaise 



Aquarelle. — H. o^iS, L. o'"20. — ■ Appartient à 
M. Soulier fils. — Non catalogué par M. Moreau. 

C'est une ébauche, mais saisissante par la beauté du geste et 
du mouvement, inspirée h coup sûr par le chapitre V du 
Quentin Duryvard de Walter Scott, n Ce corps célèbre qu'on 
' nommait les archers de la garde écossaise avait été formé par 
Charles VI avec plus de raison qu'on ne peut en alléguer 
généralement pour entourer un trône d'une troupe de soldats 
mercenaires. Les dissensions qui avaient arraché à ce mo- 
narque plus de la moitié de son royaume et la fidélité douteuse et chancelante de la noblesse 
qui défendait encore sa cause rendaient imprudent et impolitique de confier h ses sujets 
le soin de sa sûreté personnelle. Les Ecossais étaient les ennemis héréditaires de l'Angleterre, 
les anciens amis, à ce qu'il semblait, les alliés naturels de la France. Ils étaient pauvres, 
courageux et fidèles. La population surabondante de l'Ecosse, le pays de l'Europe qui 
voyait partir le plus grand nombre de hardis aventuriers, fournissait toujours de quoi 
recruter leurs rangs. Leurs prétentions à une antique noblesse leur donnaient en outre le' 
droit d'approcher de la personne d'un monarque de plus près que toute autre troupe. » 




N° 142 : Bonaparte 



Aquarelle. — Diamètre o"^075. — Don de Jenny à M. Alfred Robaut. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Nous avons dit plus haut comment Jenny « dont les soins passionnés et jaloux, dit 
M. Burty, ont prolongé le souffle frêle, toujours menacé » de Delacroix, avait 
possédé bien des œuvres de son maître. Voici l'article du testament qui la 
concerne : n Je lègue ii Jeanne-.Marie Le Guillou une somme de cinquante mille 

francs (So.ooo fr.i, plus ce qui sera h sa convenance dans mon mobilier enunmotce 

qu'il lui plaira de choisir pour se composer le mobilier d'un petit appartement convenable.» 




i825 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



45 



N° 143 : Tête de jeune garçon 



PasteL — H. o^Sg, L. 0^29. — A appartenu à Jenny Le Guilloii 
qui en fit don à Constant Dutilleux. — Non catalogué par M. Moreau. 

M. Philippe Burty nous a dit dans sa précieuse édition des Lettres de Dela- 
croix, comment la gouvernante de Delacroix était entrée en possession d'un 
certain nombre d'ouvrages de son maître : « Jenny ou Jeanne Le Guillou , 
, ^^ dont le rôle auprès de Delacroix pourrait être dénaturé injubîement, n'était 
s^ pas une nature vulgaire. C'était une paysanne des environs de Brest, douée 
d'instincts délicats. Quelquefois dans l'atelier elle disait spontanément en 
face d'un croquis ou d'une peinture : Monsieur, je trouve cela très bien. — 
« Cette Jenny s'y connaît, s'écriait Delacroix ravi! Eh bien, Jeanne, je vous le donne! » Et 
il écrivait son nom au revers. De là à renouveler l'anecdote de Molière, la distance est 
grande. — Malheureusement, vers la fin, malade, soupçonneuse, elle fit le vide autour de 
son maître qui ne pouvait se passer de ses soins. » 




N°' 144, 145, 146, 147, 148: Cinq feuilles de médailles 




i" Lithographie. — Six 

médailles. — H. o'^iqo, 

L. o'"26o. — Signé en bas 

j\ > yj «ffitt-KF \ ''» <yr»-'" «5K«ii^ Bv.:^^ ''^ milieu : « Eug. Dela- 

(-#' A Kr^P ^^^^<,'^rh. ^^rf^^'.^T^^'-Toix, 1825.» — Vente de 

^ ' La Combe (i"^'' état) : 10 fr. 
— Cat. A. Moreau, p. 38. 
^" Lithographie — Quatre médailles. — H. 
o" 182, L o" 00 — Signé à gauche : " Eug. 
Delacroix i8''i — Vente de La Combe (pre- 
mier ettt) 10 francs. — Vente posthume (même 
état) i3 francs — Cat. A. Moreau, p. 39. 
\'^?'J ^° Lithographie — Neuf médailles. — H. 
^^^^ o"'2io L o" 3oo — Signé en bas et au milieu: 
Eug Delacroix, 1825 ». — Vente de La 
Combe (premier état) : 10 francs. — Cat. 
A. Moreau, p. 39. 
4° Lithographie. — Sept médailles. — H. 0^282, L. o'"240. — Signé en bas à gauche : 
«Eug. Delacroix, 1825.» — Cat. A. Moreau, p. 3g. (Il existe de cette planche 
un état antérieur non signalé par M. Moreau et dans lequel la médaille dite de Syra- 
cuse occupe la place prise ici par la médaille au hibou.) 

5° Lithographie. — Douze médailles. — H. 0^240, L. o'"3o5. — Signé en bas et au 
milieu : « Eug. Delacroix, 1825. » — Vente de La Combe (premier état), 43 francs. — 
Vente posthume (deuxième état), 16 francs. — Cat. A. Moreau, pp. 39, 40. 

A l'exception de notre n° 2, le premier état de ces lithographies ne porte pas de nom d'impri- 
meur; le deuxième état porte au bas à droite: <i Lith. de G. Engelmann »; le troisième état 
à droite, tantôt en haut, tantôt en bas : Imp. Bertauts, Paris u, et h gauche : « Publié par 
l'artiste. » — Le troisième état de notre n" 2 porte en bas à droite : « Imp. Bertauts, R. Ro- 
dier, Paris ». (La série des cinq planches atteint généralement le prix de i5 à 25 francs.) 




46 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1825 



N° 149 : Thésée vainqueur du centaure Euryte 



Lithographie. — H. 0^140, L. o™ 170. — Ni signé, ni date. — Vente 
de La Combe, 2 février 1 863 : 2 1 francs. —Vente Villot, décembre 1 876 : 
10 francs. — Cat. A. Moreau, p. 28. 

Cette lithographie fut exécutée par Delacroix en 1825, h son retour de 
Londres, d'après le dessin qu'il avait fait au British Muséum d'une des métopes 
du Parthénon. Thésée saisit aux cheveux, de la main gauche, le centaure Euryte qu'il vient 
de frapper et qui porte la main à sa blessure. C'est par inadvertance que M. Moreau 
intitule cette rarissime lithographie : « Thésée domptant le Minotaure.» 




N° 150 : Dix médailles antiques 




Lithographie. — H, 
Vente Parguez, 186 
épreuve) : 8 francs. 



o'"i8o, L. o™22o. — Ni signé, ni daté. — 
I : 5o francs. — Vente Dubois ( la même 
— Cat. A. Moreau, p. 38. 



La plus importante de ces dix médailles représente une Victoire 
allée, debout et en pied. Dans l'espace demeuré libre, malgré la 
'i |u\taposition des médailles, Delacroix a dessiné ici un large motif 
d ornement, ailleurs une sorte d'oiseau héraldique et auprès de ce 
dernier ces mots; a Third lithographie essay (Troisième essai de 
lithographie) «qui permet de supposer que ce dessin a été fait après 
le voyage à Londres, qui est^de la même année iSaS, sinon à Londres même. — 11 n'y a 
qu'un état de cette lithographie, fort rare d'ailleurs, mais dont nous avons vu cependant une 
épreuve chez M. Moignon et une autre chez M. Engelmann. 



N°' 1(1,152: Deux feuilles de médailles antiques 

1° Gravure en bois. — Dix-sept médailles. 
^ — H. o"M2o, L. o™i75. — Cat. A. Mo- 
^ reau, p. i 34. 

2° Gravure en bois. — Trois médailles. 
— H. o"'6o, L. o"'9o. — Cat. A. Moreau, p. 134. 

La plupart des médailles groupées dans notre n" i figurent 
déjà dansles lithographies originales. (Voir n°* i3q à 143). Cette 
reproduction porte au bas et au milieu l'inscription suivante : 
« Interpré tation de Médailles, pierres gravées en camées antiques, tirées du caljinet du duc de 
Blacas. » — Le n» 2 a été publié dans la Gjjette des Beaux-Arts, tome XVI, 1='' janvier 18G4. 
En bas sur la médaille de gauche représentant un homme couché, on lit : « M. Deschamps, se». 
En définissant le dessin de Prud'hon, Delacroix a donné l'exacte définition de sa propre ma- 
nière de dessiner et de peindre : « Prud'hon, dit-il, est peintre d'abord, c'est-à-dire que sur 
un champ auquel il donne avant tout la profondeur, il dispose des groupes entourés d'air et de 
lumière. 11 s'attaque h la plus grande difficulté de son art, qui est d'obtenir la saillie. Ce qui 
caractérise l'antique, c'est l'ampleur savante des formes combinées avec le sentiment de la vie, 
c'est la largeur des pians et la grâce de l'ensemble.» 




i826 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



47 



Année 1826 



1 54 : L'Empereur Justinien composant ses Institutes 

1° Toile. • — H. 3"'70, L. 2'"75. — Signé, daté, 1826. — Détruit. 
— Exposition universelle de i855. — Cat. A, Moreau, pp. 188 et 209. 
2° Aquarelle. — H. o'"22, L. o"'i6. — Vente A. de la Fizelière, 
8 novembre 1878. — Appartient à M. A. Robaut. 

Le tableau, qui décorait l'un des grands panneaux de la salle des se'anccs de 
la section de l'Intérieur, au Conseil d'État, a été brûlé dans l'incendie de 
ce palais, en 1871. De toutes les compositions que ce motif a inspirées à Dela- 
croix, celle qui se rapproche le plus du tableau est l'aquarelle ayant appartenu à 
M. Albert de la Fizelière et que nous reproduisons ici. 




N°' 15^, 156, 1^7, 1 58 : Études et variantes du Justinien 

1° Croquis plume. — 
H. o'"29, L. o'"27. — 
N''46 des fac-similés 
de M. Alf. Robaut, 
avec une ligne auto- 
i^raphe. 

2° Toile.— H. o">32, 
L. o'"24. — Vente 
Carrier, 1875, à M. Robaut. — Esquisse très co- 
lorée; la draperie du fond est jaune. 

3° Toile. — H. o'"55, L. o"^^6. — N° 53 de la Vente posthume: 56o francs au 

paysagiste Corot. — Appartient à M. Robaut. — Esquisse; la draperie du fond est 

rouge. — Cat. A Moreau, p. 304, 3ii. 

4° Toile. — H. o"'29, L. o'"2o. — Appartient à M. Ph. Burty. — Esquisse. 

« Tout le Bas-Empire,» aditTh. Gautier,(!est résumé dans la figurede Justinien; aux larges dra- 
peries antiques commencent à succéder les brocarts constellés de pierreries, le luxe asiatique de 
Constantinople ; quelque chose de subtil et d'efféminé se glisse dans la majesté impériale, » 




N° 1 59 : Le docteur Faust 

Toile. — H. o'"48, L. o"'40. — Signé. ^ Salon de 1827. — Lithographie par Eug. Dela- 
croix (Voir année 1827). — Ventes Hôtel Drouot, 26 février i853 : 680 francs; 22 mars 
1869: 7,600 francs. — Cat. A. Moreau, pp. 54, 170, 247. 

Il serait superflu de décrire ce tableau dont nous reproduisons plus loin la lithographie ori- 
ginale. Il fut exécuté pour l'imprimeur Motte et vendu par celui-ci à l'un des frères Devéria. 



48 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1826 



N" 1 60 : Le doge Marino Faliero condamné à mort 



Toile. — H. i"'45, L. i^M 5. — Salon de 1827. — Expo- 
sition universelle de i855. — Gravé à Teau-forte par 
L. Flameng dans les dimensions de o'"240 sur o^iSg. 
— A fait partie des collections Isaac Péreire et Sir Richard 
Wallace. — Cat. A. Moreau, pp. 94, 168, 189. 

Le corps du doge Marino Faliero, condamné à mort pour 
avoir conspiré contre la République de Venise, gît décapité 
au bas de l'escalier du palais ducal. — M. Lassalle-Bordes, 
dans les notes qu'il a communiquées à M. Burty. dit : <i Je 
voulus savoir quel était celui de ses tableaux auquel il donnait 
la préférence. 11 me répondit que celui pour lequel il avait 
tou]ours eu un faible était la Décapitation du doge Marino 
Faliero à l'escalier des Géants.» Rien de plus vraisemblable. 
En effet, Delacroix ne manque jamais h le citer dans ses 
lettres de candidature à l'Académie des Beaux-Arts. Delacroix 
l'acheva en avril 1826. (Voir la lettre du 21 avril à M. Soulier, 
édition Burty. I Après lavoir exposé au Salon de 1827, il l'envoya à Londres. « Tu sauras, 
écrit-il encore à son ami Soulier, en mars 1828, que mon tableau de Marino Faliero est à 
British Gallery et que les journaux anglais en ont fait des éloges magnifiques.» Cela le 
consolait un peu de l'échec de son Sardanapale h Paris, la même année. Vendu primitivement 
1 ,Soo francs, le Marino Faliero fut plus tard racheté par lui 3, 000 francs. S'il passait en vente 
publique aujourd'hui, ce dernier prix serait décuplé deux ou trois fois. 




N° 161 : Même sujet 

Papier. — H. o'"35, L. o"'27. — Esquisse du numéro précédent. — Vente F. Villot, 
1 1 février i865 : 420 francs. 

Il a passé également à la vente posthume quelques études de tête, croquis à la plume sur 
papier de sous-main. 



N" 162 : Aspasie la Mauresque 



Toile. — H. o"'27, L. 0^22. — Non signé. — A appartenu à 
M. L. Riesener. — Vente F. Villot, i865: 141 francs. — Ap- 
partient à M. Rouan. — Cat. A. Moreau, p. 2? i . 

Delacroix a repris par trois fois cet intéressant modèle en cette même 
année 1826. L'un des portraits où la Mauresque est représentée de 
grandeur nature jusqu'aux genoux, mesure imoo sur o"70. Le second, 
dont les dimensions sont de o^So sur o'^ab, la montre avec les cheveux 
relevés, enroulés au sommet de la tète et retenus par un peigne de haute 
forme. Le troisième, que nous reproduisons, a appartenu à M. Frédéric 
Villot, puis à M. Léon Riesener. Le modèle ici est vu de face, la poitrine 
largement découverte ; la tète, inclinée à sa droite, couronnée de che- 
veux noirs comme du jais et disposés en bandeaux négligés, se détache sur un fond rouge. . 




1826 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



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N° i6p Portrait du duc de Blacas 




•^ Lithographie. — H. o'"i4o, L. o'"i65. — Vente posthume 
'premier état) : 8 fr. — Vente Villot (même état): 21 francs. — 
/ Gat. A. Moreau, p. 29. 



Blacas (Pierre-Louis-Jean-Casimir) de la famille des Blacas d'Aulps 
duVar, né en 1770, avait émigré k vingt ans et était revenu servir 
^ quelque temps en Vendée sous le drapeau royaliste. Il s'attacha à la 
fortune du comte de Lille, Louis XVIII. A la Restauration de 
1814, il fut nommé ministre de la maison du roi et pendant son 
ministère créa le Musée égyptien du Louvre. Après avoir rempli 
diverses ambassades, il suivit le roi Charles X en exil. Grand 
amateur des arts, collectionneur d'antiquités, associé libre des 
Académies des Inscriptions et des Beaux-Arts; il fut le protecteur 
zélé de Champollionle jeune. On voit que le duc de Blacas n'était pas le premier venu. 



N° 164 : Un roulier à l'auberge 




Lithographie. — H. o^igô, L. o'"i45. — Signé. — Cat. A. Mo- 
reau, p. 322. 

Le trait carré qui délimite notre reproduction n'existe pas dans l'ori- 
ginal. Cet original est signé dans le bas d'un monogramme 
formé d'un L majuscule à gauche et d'une croix h droite. Assis en 
plein air dans une cour d'auberge, auprès d'une table chargée d'un 
pot et d'un verre, le roulier, coitTé d'un bonnet de coton, vêtu d'une 
blouse longue et de hautes guêtres, fait le geste d'appeler quelque 
servante. Sur une feuille de papier à demi roulée et tombée à terre, 
on lit le mot « Passavant. » Derrière lui on voit l'arrière-train d'un 
camion chargé et recouvert d'une bâche. — On a pu croire, à en juger 
seulement d'après ses grandes compositions, que Delacroix reculait 
devant les manifestations de la vie moderne; notre lithographie 
prouve au contraire que son génie n'était réfractaire à aucune des formes du réel et de l'actuel. 
Il est difficile d'imagmer rien de plus vrai, de plus caractéristique, de plus expressif. A coup 
sûr, Charlet, que Delacroix prisait si haut, Charlet n'eût pas fait mieux. 
M. le baron de Schwiter a affirmé à M. Robaut qu'il n'a pas l'épreuve le Roulier, dont parle 
M. Moreau. C'est sansdoute chez M. Leblond que celui-ci aura vu l'épreuve en question; — 
M. Leblond possédait en effet la série complète et presque l'historique de cette planche. 
Il avait de ce sujet ; 

1° Le dessin, crayon et sépia, signé au bas à gauche : o"20O sur o'"oi4 . 
2° Deux épreuves en noir de la lithographie qui en est la copie intégrale avec addition, sur la 
bâche de la charrette, des lettres OP (retournéesjN" i,et sur le sol à droite, une lettre de voiture 
du roulier, avec le mot « Passavant. « Comme signature il y a au bas, à gauche, un L et à droite 
une croix, à droite et au bas seulement un trait carré : o^'igS, o'"i40. 

3" Une épreuve coloriée de cette planche, blouse bleue, culotte de peau jaune et raies rouges 
sur le bonnet de coton. 
Cette épreuve, qui a été rognée fortement, d'un centimètre environ en haut et en bas et d'un 



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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1826 



demi-centimètre à droite, ne mesure plus, par suite de cette mutilation, que o°i8osur o"i36. 

40 Deux épreuves très intéressantes de cette même planche à l'état inachevé et ne donnant que 

la partie supérieure jusqu'à la naissance des jambes. 

A la fraîcheur du crayon, qui diffère ici complètement des épreuves précédentes, il est aisé de 

voir que Delacroix s'est décidé à la terminer, après qu'on a fait subir a la pierre l'opération 

nécessaire, qui consiste à la dépréparer pour aciduler de nouveau après les retouches et ajoutés. 

De même qu'au dessin (n" i) on ne voit ni lettres, ni numéro sur la charrette. 

La vignette mesure en cet état o'" 142 sur o™i44, et le râteau dépression a écrasé le 

^rain du papier sur o^^iSo sur 0™i68. 

Enfin sur l'une de ces deux épreuves, Delacroix a esquissé au crayon lithographique, en bas a 

gauche, la feuille de papier roulée avec le mot Passavant» écrit h l'envers, comme il se proposait 

de le faire sur sa pierre pour l'avoir définitivement h l'endroit sur le tirage. 

C'est cette même épreuve que Delacroix a eue sous les yeux pour reprendre sa pierre. 

L'épreuve inachevée n" 4 a reçu aussi quelques coups de crayon lithographique sur la figure, 

notamment à l'œil gauche et sur la lèvre supérieure. 

On ne connaît pas d'autres épreuves que celles indiquées ci-dessus, qui sont par conséquent 

de la plus grande rareté. 




N° 16^' : Le roulier à la cuisine 

(fe\\ Dessin mine de plomb. — H. o"23, L. 025. 
M. Huet. — Non catalogué par M. Moreau. 



Appartient à 



■< On remarque dans ce dessin la solidité et lasimplicité de la compo- 
'1 sition. Le roulier, son fouet passé dans le bras droit, la pipe à la 
;• bouche et assis à califourchon sur une chaise, écoute le récit que fait 
", un homme coiffé d'un haut bonnet et familièrement assis sur un 
■1 baquet retourné. Dans le fond une vieille femme prête aussi l'oreille 
et sur le devant une jeune fille approche du feu un vase en terre; 
- un chien lévrier nonchalamment couché paraît se chauffer. Les 
attitudes sont indiquées avec tant de naturel qu'on prend à cette scène le plus vif intérêt. 



N°' 166, 167 : Le soir d'une bataille 



I Toile. — H. o'"44, L. o'"55. — Signé 

1 droite. — Gravé à Teau-forte par Mar- 

itial pour le catalogue de la vente La Ro- 

; i.heb.:o"'i24 sur o"" 148. — Vente posthume, 

. 17 février 1864 : 3, 100 francs. — Ventes 

P Demidoff, 1868: 5,800; de La Rocheb., 

fW^^^^^^^l is- ( 00, Hôtel Drouot, 1875 : 2,400. — Cat. A. Moreau, 

^•^ -^ ^=^-^^ pp q5^ 283, 3i2 _ 

2° Sépia. — Etude pour le numéro précédent. 
Dans le numéro i , un cuirassier, tête nue, blessé, se soulève entre deux cadavres de chevaux 
et interroge du regard le champ de bataille abandonné, éclairé par les dernières lueurs du 
soleil couchant. Admirable tableau d'un effet moral saisissant; en outre, merveilleux 
morceau de peinture. Le cheval gris à crinière blanche, couché au premier plan, avec une 
large blessure au flanc, est un chef-d'œuvre d'exécution brillante, libre, souple, d'une saveur 
exquise et d'une adresse incomparable. 




N°' i68, 169 : Mort de Sardanapale — Esquisses 









1° Toile. — H. o"78, L. o'"gj. 
Non signé. — Esquisse du ta- 
bleau de 1827. — Appartient à 
madame la baronne Rivet. — 
^ Gat. A. Moreau, page 170. 
? 2° Croquis plume et crayon. — 
H. o"'28, L. o"'4o. — Non 
signé. — Première pensée du 
tableau de 1827. —Vente Saucède, 14 février 1879 : 
i3ofr. — Non catalogué par M. Moreau. 
En se reportant à l'année 1827, on remarquera les nom- 
breuses variantes que le maître a introduites dans la composition détinitive de ce tableau 
qui devait être pour lui l'occasion de tant de blessures d'amour-propre. 




N° 170 



Le comte Palatiano 




Toile. — H. o"4i, L. o"'33. — Salon de 1827. — Gravé à la 
manière noire par Frédéric Villot, dans les dimensions de o'"2io 
sur o'"i4o. — Cat. A. Moreau, pp. 9g, 168, 23 i. 

Le modèle est représenté debout dans le costume de Palikare, si cher 
à Delacroix. La tête seule au-dessous de la coiffure mesure ©""oSS sur 
o™026. On distingue dans le fond deux figures vaguement indiquées. — 
M. Villot qui a gravé ce tableau en avait fait aussi une copie de petites 
dimensions qui appartient à son fils. Dans la gravure la composition est 
retournée, M. Villot ayant tracé son dessin sur le cuivre dans le sens de 
l'original. Constamment, au cours de l'année 182J, c'est-à-dire aux ap- 
proches du Salon de 1824, où il allait exposer le Massacre de Scio, nous 
voyons Eugène Delacroix multiplier les études de costumes grecs. Il 
fallait que la fièvre de l'hellénisme l'eût bien profondément atteint, puisque deux ans 
après le Massacre, il a conservé la passion pittoresque des vestes brodées et des fustanelles. 



N° 171 



L'Aveugle de Jéricho 



Toile. - — H. o'"87, L. o'"56. — Non signé. — N° 1 1 1 de la vente pos- 
thume : 1,400 francs à M. Dauzats. — Vente du marquis du Lau, 5 
mai 1869 : 2,o85 francs à M. F. Bischoffsheim. — Cat. A. Moreau, p. 3i6. 

Même en ce croquis de très petites dimensions que nous en donnons, l'Aveugle 
de Jéricho, qui n'est pourtant qu'une simple étude d'académie, nous apparaît 
comme une des plus nobles inventions du maître. La grandeur du style ne 
doit rien ici aux conventions d'école; comme toujours chez Delacroix elle 
résulte de l'admirable justesse de l'observation et donne la synthèse d'une 
expression; dans cette toile, cette expression est celle de la cécité qui se 
manifeste dans la douloureuse hésitation de ses pas incertains. 



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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1826 



N° 172 : Jeune Turc caressant un cheval 






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Toile. — H. o"'3 i , L. o'"40. — Non signé ni daté. — Salon 
de 1827. — Appartient au Musée de la ville de Luxem- 
bourg jGrand-duché de Luxembourg^ par legs de M. J.-P. 
Pescatore de Paris. — Photographié par Braun. — Cat. 
A. Moreau, p. 169. 

Malgré l'extrême simplicité du motif, ce tableau est à coup 
sûr un des plus charmants que l'étude du cheval ait inspirés 
a Eugène Delacroix. L'animal, de noble race, très doux, est 
surpris et fixé par l'artiste, non seulement dans l'exquise 
beauté de ses formes, dans la naturelle aisance de son mou- 
vement, mais aussi dans son intelligente et tendre intimité avec son cavalier habituel. 



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N° 17^ : Turc assis 



Toile. — H. o'"45o, L. o"'375. — Non signé. — Appartient à 
M. P. Tesse. — Non catalogué par M. Moreau. 

(I Si vous n'êtes pas assez habile pour faire le croquis d'un homme qui se 
jette par la fenêtre, pendant le temps qu'il met à tomber du quatrième 
étage sur le sol, vous ne pourrez jamais produire de grandes machines.» 
C'est Delacroix qui a écrit cette note sur un de ses carnets et il a bien 
prouvé dans l'œuvre que nous reproduisons, son habileté à saisir les 
mouvements rapides, car le personnage qu'elle représente n'est déjà plus 
assis et n'est pas encore debout. Il s'ajoute à cette pièce un autre intérêt, 
on croit que le maître a fait ici le libre portrait du chanteur Baroilhet qui 
n'était pas seulement un grand artiste lyrique, mais fut toute sa vie un 
amateurpassionné de peinture. Baroilhet, né en i8o5, mourut en 187 1. 




N° 1 74 : Nature morte 



Toile. — H. o^So, L. i'"oo. — Signé, non daté. 
— Salon de 1827. — Exposition d'Alsace-Lorraine 
au Palais- Bourbon, en 1874. ■ — Appartient à 
M. Ad. Moreau. — Cat. A. Moreau, p. 169. 

Ce tableau a été peint à Beffes, en 182Ô, pour le général 
de Coètlosquet, dit M. A. Moreau qui le décrit ainsi : 
(I Des homards, un faisan doré, un lièvre, un fusil et un 
carnier au premier plan ; au fond, un paysage avec des 
cavaliers en habit rouge. » 

Les natures mortes d'animaux ne sont point nombreuses 
dans l'œuvre de Delacroix. Il était cependant singuliè- 
rement sensible à leur beauté pittoresque. Après une 
visite au Jardin des Plantes, il achète un agenda et 
l'étrenne par une description de ce qu'il vient de voir. Ne 
pouvant la reproduire ici, nous renvoyons à notre volume Peintres et statuaires romantiques. 




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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



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N° 17) : Odalisque 




Toile. — H. 0^24, L. o'"34. — Non signé. — N° 72 de la vente 
posthume : 410 fr. à M. Haro. — Non catalogué par M. A. Mo- 
reau. 

On ne confondra pas cette Odalisque avec celle qui figurait à la vente 
posthume sous le n» 69. Cette dernière est l'esquisse du tableau qui a 
été lithographie par Debacq (voir année i825|. La figure ici n'est 
point drapée, les bras sont relevés et la composition est vide d'accessoires. 



N° 176 : Le Christ au Jardin des Oliviers 

Toile. — H. 2'"94, L. 3'"62. — Salon de 1827. — Exposi- 
tion universelle de i855. — Exposition universelle de 1878, 
pavillon de la Ville de Paris. — A l'église Saint- Paul- 
Saint-Louis de Paris (rue Saint-Antoine)." — Lithographie 
par Hip. Poterlet. — Cat. A. Moreau, pp. 124, 168, 220. 

Nous ne saurions sincèrement mettre ce tableau au rang des 
autres sujets religieux de Eugène Delacroix. C'est une peinture 
opaque, lourde, noire, que l'humidité de l'église a sans doute 
rendue plus sombre encore qu'elle ne l'était primitivement. 
Cependant l'artiste a longuement et fréquemment cherché l'attitude du Christ agonisant au 
Jardin des Oliviers, comme on peut le voir par les nombreuses études que nous reproduisons. 
C. Dutilleux avait vingt ans lorsqu'il écrivit en 1827, au sujet de ce tableau: « Je voudrais un 
peu plus de majesté dans le Christ, mais les anges sont composés comme par Raphaël.» 
Le Christ au Jardin des Oliviers a inspiré des compositions que. malgré leur peu de mérite, 
nous mentionnons par excès de scrupule. C'est d'abord une lithographie signée .A.B. (.\uguste 
Bouquet), haute de 0^148, large de o'" 193, parue dans le n" i 91 du journal La Caricature, et 
représentant « l'Agonie de la Liberté ». Ensuite, il a été fait d'après le même tableau une mau- 
vaise lithographie, exécutée dans les dimensions de o"23o sur o"i320,pourun titre de Chemin 
de croix édité sur papier de couleur par Basset, rue Saint-Jacques, 64. 




N°* 177, 178 : Le Christ au Jardin des Oliviers 



1° Aquarelle. — H. o"2o5, L. o"'28o. 
— Collections du docteur Baude et 
de Alphonse Royer. — Appartient à 
M. Charles Narrey. 
2° Pastel. — H. o'"25, L. o"'34. — 
Appartient à M. Haro. 

Un autre pastel du même sujet a été exécuté en 1847 et offert 
par Delacroix a madame Roche « en souvenir de ses bontés». 
Il la prie < de lui donner une place dans son oratoire » (voir 
correspondance, édition Burtyi. Nous le plaçons ici pour 
cpuiser le sujet, mais nous aurons soin de le rappeler à 
l'année 1847. L envoi d ailleurs ne parvint a destination qu'en i85o. 




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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1826 



N°^ 179, 180, 181, 182, 183 : Le Christ au Jardin des Oliviers 



?4'?;VL/^ 





1° Croquis mine de 
plomb. — H. o"25, 
5 L. o™35. — Lith. en 
fac-similé par A. Ro- 
baut. 



\'ente Paravev 

Nourrit, qui lui-même le tenait de Eugène Delacroix 



^^f^4:^^=^^ fSepia.-H. 0-095, 
icaSÊi^ ■ — . - -^ -i^ ^ o'"i90. — Appar- 



tient a M Ch Narrey. 
^° Toile — H o™25,' L. o™35. — Signé 
au bas a droite — Robe rosàtre, draperie 
bleue — Appartient à M. Auguste Vac- 
quene 

4° Aquarelle — H. o'"24o, L. o^iqj. — 
Appartient a M. le comte Doria. — Gravé 
a 1 eau-forte en mêmes dimensions, par 
F. Villot. 

L. o'"34. — Signé au bas à droite. — 
A appartenu d'abord au chanteur 



N° 184 : Tête d'Indienne 



Toile. — Dimensions inconnues. — Cat. A. Moreau, p. 169. 

Nous ne trouvons trace de cette tète d'étude qu'au livret du Salon de 1827 et dans le catalogue 
de M. A. Moreau. 



N"" 18) : Le Tasse en prison 




Sépia. — H. o'"2oo, L.o"'i65.— Non signé. — Appartientà M. Cho- 
quer. — Non catalogué par M. Moreau. 

On voit avec quelle persistance Delacroix revient à ce sujet qui l'avait si 
douloureusement impressionné dans ses lectures de jeunesse. J ai déjà cité 
un fragment d'une lettre à ^L Pierret (septembre 1819) où il exprime son 
émotion avec tant de véhémence. Voici la fin de ce passage sur le Tasse: 
«On pleure sur lui.... On s'agite sur sa chaise en lisant cette vie; les 
4, yeux deviennent menaçants, les dents se serrent de colère. Un de mes 
regrets est de n'avoir p'u lire la belle élégie de lord Byron ; je dis belle 
parce qu'il a l'âme trop brûlante et que le sujet lui convient trop bien pour 
qu'il ne l'ait pas saisie dans le bon sens. Je n'ai pu en apercevoir que quel- 



Dis-moi ce que tu en penses et quel effet elle t'a produit.» Delacroix était à la 
rsqu'il écrivit ce qui précède et il ne s'y amusait guère, car il dit encore à son ami 



ques traits. 

campagne ' . 

Pierret : » Je ne suis vraiment heureux ici que lorsque je lis. 



lorsq 



1826 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



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N° 186 : Tête de jeune fille 




Croquis à la plume. — H. 
Appartient à M. Alf. Robaut. 



'Mo, L. O^OQ. - 

Non catalogué 



- Non signé. — 
par M. Moreau. 



fait 
insu 



C'est là un de ces vifs croquis où Delacroix en quelques traits de plume 
,\, exprimait la synthèse d'un visage, d'un personnage, d'une époque. En le 
I voyant on se rappellera la belle pensée recueillie dans ses agendas par 
'■ M. Piron et publiée par lui : « Qui dit un art dit une poésie. Il n'y a pas 
d'art sans but poétique... Devant la nature elle-même, c'est notre 
imagination qui fait le tableau : nous ne voyons ni les brins d'herbe 
dans un paysage, ni les accidents de la peau dans un joli visage. Notre 
œil dans l'heureuse impuissance d'apercevoir ces infimes détails ne 
percevoir à notre esprit que ce qu'il faut qu'il perçoive ; ce dernier fait encore à notre 
un travail particulier... sa jouissance dépend de sa disposition présente. » 



N° 187 : Cheval en liberté 




Aquarelle. — H. o"'i5, L. o" 
Non catalogué par M. Moreau. 



3. — Siané au bas à droite. — 



L'énergie du mouvement et l'ampleur de la forme font songer à 
Rubens dont Delacroix disait : « J'aime son emphase, j'aime ses formes 
outrées et lâchées. Je les adore de tout mon mépris pour les sucrées et 
les poupées qui se pâment aux peintures à la mode et à la musique de 

M. Verdi J'ai fait quelques croquis d'après les chasses de Rubens; 

,j^-- -^:--^^. il y a autant à apprendre dans ces compositions, dans ces formes 

;^- „-{^.;: :^ boursouflées que dans des imitations exactes Il y a beaucoup d'aca- 

î^^^SjB-aJ démique dans Rubens, surtout dans son ombre systématiquement peu 
empâtée et marquant sur le bord. Titien est plus simple sous ce rapport et surtout 
Murillo.... Rubens à travers ses couleurs crues et ses formes, arrive à un idéal des plus puis- 
sants. La force, la véhémence, l'éclat le dispensent de la grâce et du charme. » 



N""" 188, 189 : Portraits du baron Schwiter 







1° Lithographie. — H. o™22o, L. o'"i95. — Signé 
au bas à gauche. — Dans le fond, à droite : ^ÈT'* 
XXL — Ventes Parguez, 1861 : 10 francs; De 
La Combe, i863 : 8 francs; Dubois, 1866 : 8 fr. 
Vente posthume, 1864, sur chine : 6 francs. — 
Cat. A. Moreau, p. 28. 

2'' Dessin à la plume. — H. o™i8, L. o"M6. — 
Photolithographié par Lefman (cinq épreuves). — 
Appartient à M. Schwiter. 



Delacroix, écrivant en i832 à M. Villot, lui parle de M. Schwiter: « Pierret 
n est pas ici , il est parti ex abrupto pour suivre Schwiter à Nancy et de là à Strasbourg, oîi il 
\a voir du gothique et des oncles qui lui donneront à dîner et à coucher.') (Lettres, édit. Burty.) 



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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1826 



N" 190 : Portrait du baron Schwiter 




Toile. — H. 2">3i, L. i"'5o. — Signé au 
bas, à gauche. — Refusé au Salon de 1827. — 
Cat. A. Moreau, p. 23 1. 

Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons 
de|à dit de la lointaine et longue amitié qui unissait 
Delacroix et M. le baron Schwiter. — M. Moreau 
nous fournit un détail intéressant sur l'exécution 
du grand portrait en pied. Le fond de paysage 
lurait été peint en partie par Paul Huet. — Ce 
tableau ayant été refusé au Salon de 1827, Dela- 
croix le reprit un peu plus tard et le termina définitivement en i83o. 
Ce porti lit qui était connu h l'atelier sous le sobriquet : la boîte à 
violon est eertainement, de tous les portraits de M. Schwiter, le plus 
ressembhnt et c est ce qui nous a induit à donner le détail de la tète 

1 dans des proportions qui permettent d'en apprécier les traits. 

^ Dans une lettre de 1S25 à M. Pierret, je trouve le passage suivant : 
< M Louis Schwiter a qui )e prends la liberté de me rappeler, sera assez bon pour me faire 
savoir par ton moyen et en l'informant de la délicieuse M"» Sophia, dans laquelle des 
Prince's street habite la nymphe pour laquelle j'ai un anneau. Ily a à Londres une dizaine de 
Prince's street, et Londres est fort grand. » 




N° 191 : Proteus et Julia déguisée en page 



Sépia. — H. o'"22, L. o'"i6. — Non signé. — Appartenait à 
M. Leblond. — Non catalogué par M. Moreau. 

C'est la scène iv du quatrième acte des Deux- gentilshommes de Vérone où la 
douce Julia, l'amante abandonnée de Proteus, après avoir offert ses ser- 
vices à celui-ci, accepte de porter un message d'amour à la chaste Sylvia. 
PROTEUS : Dis à ma dame que je lui rappelle la promesse qu'elle m'a 
faite de son divin portrait. Ton message achevé, reviens dans ma chambre 
où tu me trouveras triste et solitaire. (Il sort.) 

JULIA : Combien y a-t-il de femmes qui voudraient faire un pareil mes- 
sage ? Hélas, pauvre Proteus ! tu as pris un renard pour gardien de tes brebis. Hélas ! pauvre 
fou! pourquoi est-ce que je le plains, lui qui me méprise de tout son cœur.'' 




N" 192 : Croquis divers 



Lithographie. — H. o"'2io, L. o"'340. — Vente posthume : 
9 fr. — Ventes Dubois, 20 fr.; Villot : 22 fr. ; Parguez : 5o fr. — 
Cat. A. Moreau, p. 2g. 

C'est une pierre d'essais, car les motifs y sont disposés dans l'ordre le 
plus arbitraire; le Turc et l'homme d'armes dans un sens, les ruines 
romantiques en sens opposé, et dans une autre direction deux por- 
traits, ceux de deux amis du maître, Frédéric Soulier et Horace 
Raisson. Nous ne connaissons pas d'autre portrait de ce dernier. 




1827 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



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N° 193 : Le Message 

Lithographie. — Dimension de la 
pierre: H. o"26o, L. o"^35o. — Vente 
posthume, 17 francs. — Vente Villot, 
18-5 : 3o fr. à la Bibliothèque na- 
tionale. — Cat. A. Moreau, p. 29. 

Cette lithographie a été faite par Dela- 
croix d'après une aquarelle de Boning- 
ton. Nous donnons par surcroît le motif 
principal dans des dimensions plus étendues et propres à le rendre plus lisible. 




N° 194 : La Fuite du contrebandier 

Lithographie. — Trois états : premier et deuxième: H. o'"io2 
L. o^igo; troisième: H. o"'OQO, L.o^iSo. — Signé: E. Lacroix. 
— Vente posthume (premier état) : 10 fr. — Vente De La 
Combe: 27 fr. — Ventes Langlais et Dubois (deuxième état) : 
2 fr. — Cat. A. Moreau, p. 42. 

Cette lithographie accompagnait une Ballade de Bétourné, musique, 
de Th. Labarre, comme l'indique la lettre du troisième état avec la 
mention: Prix : 2 fr., à Paris, chez Troupenas, éditeur du répertoire des opéras français, 
rue Saint-Marc, 23.» Le premier état sans aucune lettre; le second avec l'indication en bas, 
à droite : « Lith.de Engelmann, rue du Faubourg-Montmartre, n" 6. 




Année 1827 

N"® 195, 196: Assassinat de Tévêque de Liège 

Esquisses et variantes du tableau 
de 1829, exposé en i83i. 
i" Toile. — H. o'"27, L. o"'39. 
— Lithographie en sens inverse, 
par Mouilleron, notre vignette le 
reproduit de ce même côté : o'" 1 5 3 
sur o™2i 3. Eau-forte parCh.Cour- 
try: o™oqo sur o'"i3o pour la ga- 
lerie Durand-Ruel. — Cat. 'A. Moreau; p. ii3. 
2° Toile. — H. o"'59, L. o"'72. — N° 55 de la Vente 
posthume : 2,1 25 francs. — A appartenu à M. Rœclerer, du Havre, et à M. Binant. 




58 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1827 



N° 



197 



Tarn O'Shanter 



Toile. — H. o"'26, L. o™3o. — Signé en bas à droite. — Salon de i83i. — Ventes 
B., i855 : 8o5 fr.; marquis de L., i865 : 2,3oo fr.; Khalil-bey, 1868 : 3,-50 fr. — 
Cat. A. Moreau, p. 248. 

Nous avons reproduit l'esquisse de ce tableau à l'année 1S25. Delacroix a dû exécuter au 
moins deux fois ce même sujet, ainsi que le dit M. Moreau; en 1S25, d'abord, pour madame 
Dalton, et ensuite pour un autre ami, en 1S27, ainsi que le constate une lettre inédite qui 
nous est passée sous les yeux : « Mon cher ami, je vous envoie... C'est une ballade écossaise 
très célèbre de Burns, le poète populaire du pays. Tarn O'Shanter est un fermier qui passe la 
nuit près du sabbat des sorciers. Ceux-ci se mettent à ses trousses, et en tête une jeune sor- 
cière qui prend la queue de son cheval jusqu'à ce que ladite queue lui reste à la main. J'ai 
omis cet épisode. Ne le vernissez que dans quelque temps. » 



N° 198 : La Mort de Sardanapale 




Toile. — H. 3™95, L. 4™95. — Salon de 1827. 
— Gravé à Teau-fone par F. Régamey : o^gSo 
sur o"Mog; par Greux : o™ioo sur o'"i26. — Li- 
thographie par Sirouy : o"'427 sur o™537. — 
Bois du Monde illustré : o'"223 sur o™287. — 
Voir Tesquisse à Tannée 1826 et la réduction à 
Tannée 1844. — ^^^- ^- Moreau, p. 169. 
En février et mars 1828, Delacroix écrit à son ami 
Soulier, le 6 février 1828 : <i J'ai effectivement fini 
mon Massacre n" 2 (la Mort de Sardanapale). Mais 
]'ai eu à subir des tribulations assez nombreuses de 
MM. les très ânes membres du Jury. J'en aurai long 
à te dire sur ce chapitre . Je continue ma lettre à deux 
jours d'intervalle. C'est ce matin qu'on a rouvert le 
Salon. Ma croûte est placée le mieux du monde. De sorte que, succès ou non succès, ce sera 
à moi qu'il faudra m'en prendre. J'ai éprouvé, en arrivant là-devant, un effet abominable, et 
je ne souhaite pas que l'excellent public ait mes yeux pour juger mon chef-d'œuvre. C'est 
malheureux que je tombe à t'écrire un jour où je suis aussi vexé. Mais ce sera pour toi la 
peine de m'avoir écrit si peu de chose. Quel exécrable métier que de faire consister son 
bonheur dans des choses de pur amour-propre! Voilà six mois de travail qui aboutissent à 
me faire passer la plus foutue des journées. Du reste, je suis habitué à ces choses-là, et ne 
t'alarme pas trop pour l'amour de moi. C'est peut-être, comme toutes les autres fois où 
le premier aspect de ma sacrée peinture accrochée à côté de celle des autres me jugule com- 
plètement. Cela me fait l'effet d'une première représentation où tout le monde sifflerait. » 
1 1 mars 1 828 : Je ne fais pas encore grand chose, je suis ennuyé de tout ce Salon. Ils fini- 
ront par me persuader que j'ai fait un véritable fiasco. Cependant, je n'en suis pas tout à fait 
convaincu. Les uns disent que c'est une chute complète; que la <c Mort de Sardanapale » est 
celle des romantiques, puisque romantiques il y a; les autres comme ça que je suis inganno, 
mais qu'ils aimeraient mieux se tromper ainsi que d'avoir raison comme mille autres qui ont 
raison si on veut et qui sont damnables au nom de Tàme et de l'imagination. Donc, je dis 
que ce sont tous des imbéciles, que ce tableau a des qualités et des défauts, et que s'il y a 
des choses que je désirerais mieux, il y en a pas mal d'autres que je m'estime heureux d'avoir 
faites et que je leur souhaite... Tout cela fait pitié et ne mérite pas qu'on s'y arrête. » 



1827 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



59 



N° 199 : Le Tasse dans la maison des fous 



Toile. — H. o"'6o, L. o'"5o. — Lithographie par Mouilleron 
dans les dimensions de o™i8o sur o™i53, et par un anonyme 
dans les dimensions de 0"'4o sur o™3o. — Signé au milieu en 
bas. — Refusé au Salon de iSSg. — Appartient à M. Bis- 
choffsheim. — Cat. A. Moreau, p. 118. 

Cette nouvelle variante du Tasse n'est pas la moins émouvante 
de toutes les compositions que ce sujet a inspirées à Delacroix et 
que nous avons déjà rencontrées dans son œuvre (voir année 1824^ 
Ce que Th. Gautier a dit de l'une d'elles s'applique également à 
celle-ci : « Le malheureux poète est assis, triste et songeur, au 
milieu d'une bande de fous; il n'écoute pas leurs cris insensés, il ne 
regarde pas leurs gestes extravagants, mais il s'interroge lui-même 
avec effroi. Serait-il fou, en effet? Question terrible et qu'il n'ose 
résoudre. » — Ici, le poète est seul dans sa chambre, l'aliéné à barbe rousse a disparu, mais 
n d'autres grimacent et gambadent au fond, secouant les grelots de leur démence aux oreilles 
du poète qui bientôt sera fou comme eux. » On ne peut rien imaginer de plus saisissant. 




N° 200 : Épisode de la guerre en Grèce 



Toile. — H. o'"65, L. o'"8o. — Vente Hôtel Drouot, 20 avril 
1874 : 25,3oo fr. — Gravé à Teau-forte par Bouruet : o"'26 sur 
©■"Sa. — Cat. A. Moreau, p. 8 1 . 

Le prix de ce tableau en 1874 en dit assez toute l'importance. Voir 
la variante à l'année i856. La peinture de 1827 est entièrement 
exécutée au vernis copal, nous dit M. Moreau, et le cavalier princi- 
pal porte le costume de Palikare du comte Palatiano, dont Eugène 
Delacroix avait fait le portrait en pied reproduit par nous à l'année 
1826. — La gravure de M. Bouruet est exécutée en sens contraire, 
telle que nous la donnons ici. Comme elle ne porte ni lettre ni signature, elle fut indiquée au 
catalogue de la Vente posthume comme pièce originale, sous le n° 686, avec le titre de : 
« Cavalier turc poursuivant des Grecs sur un champ de bataille. » 




N° 201 : Mort de Hassan 



Toile. — H. o"'32, L. o'"40. — Signé en bas à gauche. — 
Ventes Didier, 3 mai 1849:500 fr.; A. H., 29 mars 1854 : 
55o fr.; X., 8 mai 1861 : gSo fr.; Barthélehiy, 14 décem- 
bre 1871 : 5,600 fr.; Ad. Liebermann, 8 mai 1876 : 7,100 fr.; 
i Beurnonville, avril 1880 : 7,900 fr. — Appartient au baron 
^ de Beurnonville. — Cat. A. Moreau, p. 244. 

Ce motif, emprunté au Giaouràp lord Byron, est aussi connu sous 
le titre de « Grec mort » et de Épisode de la guerre de l'Inde'pen- 
dance 1). L'attitude de la mort violente est saisissante de vérité et 
contraste en même temps que le feu sinistre de l'incendie avec l'éclat joyeux du costume. 




6o 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1827 



N" 202 : Combat du Giaour et du Pacha 



Toile. — H. o'"58, L. o"'72. — Salon de 1827. — Signé en bas 
à gauche. — Gravé par Bouruet-Aubertot. — A appartenu à 
M. Alexandre Dumas père et appartient aujourd'hui à M. Mah- 
1er. — Gat. A. Moreau, pp. 82, i6q. 

Le vrai titre, celui du Salon de 1827, est Scène de la guerre actuelle 
des Turcs et des Grecs ». Mais nous lui laissons le titre romantique 
consacré par Théophile Gautier dans les Beju.x--Arts en Europe : « Il 
existe un autre Combat du Giaour et du Pacha, que nous nous 
souvenons d'avoir vu jadis chez Alexandre Dumas, et que nous au- 
rions bien voulu retrouver h l'Exposition universelle de i855. Nous regrettons que 
M. Delacroix n'ait pu se procurer le chef-d'œuvre d'après lequel Poterlet avait esquissé une 
magnifique pochade, aussi chaude de ton que l'original. » • — Cette copie, retouchée par le 
maître, appartenait à Th. Gautier et fut achetée à la ventede ce dernier par madame Alice Ozy. 




N" 203 : Combat du Giaour et du Pacha 



Lithographie. — H. o^Sô, L. o'"25. — Premier état. Ventes 
Parguez, 1861 : 3y fr.; posthume, 1864 : 3o fr.; Gihaut, iBjS : 
3o fr.;Burty, 1874: 82 fr.; Villot, 1875 : 40 fr. — Deuxièmeétat. 
Ventes De La Gombe, t863 : i5 fr.; Dubois, 1866 : 16 fr.; Lan- 
glais, 186S : I I fr. 5o ; Soleil, 1872 : 3i fr.; Sensier, 1877 : 10 fr. 
— Gat. A. Moreau, p. 3o. 

Nous reproduisons le premier état. Dans le second, les croquis de la 
marge inférieure ont disparu. En outre, les demi-teintes existent à peine 
et les blancs sont durs, autrement dit, le modelé du premier état est 
plus velouté. Les croquis de la marge représentent une tête de lévrier 
et une étude pour la figure du pacha. — Les dimensions du deuxième 
état sont : H. on'So, L. o°'24. 
Cette composition, qui diflère absolument de la précédente, n'a rien 

de commun non plus avec le tableau exposé au Salon de i835, rien que la grandeur tragique 

du combat. 




N" 204 : Porte-Étendard 



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Aquarelle gouachée. — Format in- 12. — Vente Villot, 1 865 : 2iofr. 
— Appartient à M. Villot fils. — Gat. A. Moreau, p. 295. 
Le cheval gris pommelé est lancé à cette grande allure de galop qu'affec- 
tionnait Velazquez en ses portraits de l'infant. Le cavalier e'st coiffé d'un 
casque couronné par un cimier en forme d'aigle. — Peut-être trouvera-t-on 
la tête du cheval un peu petite; mais il est clair que Delacroix n'a cherché là 
que le mouvement, et que l'aquarelle a été faite seulement pour la belle ligne 
de l'élan, prise par le dessous du ventre, ligne qu'il a tant cherchée, dont 
nous trouvons le premier effort dans le Waverley de 1S22, et qu'il a depuis 
si magnifiquement réalisée dans ce Choc de cavaliers maures refusé au Salon de 1834. 



N°' 205, 206 : La Grèce expirant sur les ruines de Missolonghi 



i" Toile. — H. 2"m3, L. i'"42. — Au musée de Bordeaux. — 

Lithographie par Alf. Robaut dans les dimensions de o""! 12 sur 

o™o75. — Cat. A. Moreau, p. 199. 

2° Esquisse peinte. — H. 0^41; L. o"'28. — Appartient à M. Alf. 

Robaut. 

La Grèce, représentée par une jeune femme en costume hellène, est 
debout parmi les ruines. Elle va succomber et montre ses mains 
désarmées. Derrière elle, un soldat turc plante un étendard sur les dé- 
combres de la cité. 

Ce tableau a été acheté par la ville de Bordeaux à Eugène Delacroix en 
i853, à l'exposition de la Société des Amis des Arts; il fut payé 2,5oo fr. 
D'une lettre à Théophile Silvestre du 3i décembre i858, il résulte que le maître l'exposa à 
Londres avec le Marina Faliero, deux ou trois ans après son voyage en Angleterre. 




N° 207 : Jeune femme au grand chapeau 



Toile. — H. o"'26, L. o'"2i. — Appartient au statuaire Christophe- 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Cette petite toile n'est pour ainsi dire qu'une ébauche, mais elle est mar- 
quée au sceau de la plus exquise distinction et comme couleur et comme 
composition. 11 semble qu'on retrouve là le souvenir d'une femme que 
Delacroix a aimée et qu'il se serait plu à costumer dans le goût des por- 
traits de Lawrence qu'il avait vus en Angleterre. Trente ans plus tard (i 858), 
il écrit à Théophile Silvestre : « Peut-être trouverais-je dans Lawrence une 
exagération de moyens d'effet qui sentent un peu trop l'école de Rey- 
nolds; mais sa prodigieuse finesse de dessin, la vie qu'il donne a ses 
emmes, qui ont 1 air de vous parler, lui donnent, comme peintre de portraits, une sorte de 
supériorité sur Van-Dyck lui-même, dont les admirables figures posent tranquillement. 
L'éclat des yeux, les bouches entr'ouvertes sont rendus admirablement par Lawrence. » 




N"" 208 : Cavalier 



Aquarelle gouachée. — H. o"'[47, L. o'"i 16. — Gravé à l'eau-forte 
de mêmes dimensions par M. Villot. — Ventes Villot, i865 : 3o5 fr.; 
Diaz, 1877 : 800 fr. — Cat. A. Moreau, p. 295. 

L'eau-forte de M. Villot a été exécutée en 1S47; c'est d'après elle que nous 
reproduisons ici ce cavalier, qui a la fière tournure du Gattamelata. Cepen- 
dant nous devons dire que le graveur en a agi très librement avec le modèle, 
où le fond est occupé par des montagnes et est tenu dans une gamme de 
tons très clairs ainsi que le terrain. Il ne subsiste ici de l'œuvre originale 
que la grande allure de l'ensemble, comparable à celle des plus belles 
statues équestres de la renaissance italienne, comme le Gattamelata que 
nous rappelions tout à l'heure, ou ce Colleone,dont Bonington a laissé une si brillante aqua- 
relle bien connue des familiers du Louvre. 




62 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1827 



N° 209 : Deux hommes d'armes en costume Louis XII 

Aquarelle. — Vente Villot, i865 : 200 fr. — Cat. A. Moreau, p. 295. 

N° 210 : La Prière 

Aquarelle, — Vente Du Sommerard, 1843 : 36 fr. — Vente Binant, 1844 : 21 fr. 
— Cat. A. Moreau, p. 287. 

N° 21 1 : Jane Shore 

Aquarelle. — H. o"'27, L. o™32. — Signé, daté « 1827». — Lithographie en 1828. — 
Vente Villot, t865 : i55 fr. à M. Lecesne. — Cat. A. Moreau, pp. 42, 286. 

N° 212 : Seigneur vénitien assis 




à Venise une de C' 



Sépia. — H. o^igS, L. o'"i67. — Gravé à Peau-forte par F. Villot 
dans les mêmes dimensions. — Cat. A. Moreau, p. 109. 

L'eau-forte, qui date de 1845, et dont il existe deux états, n'a jamais été 
terminée. La planche a été adjugée à la vente Villot à M. Maheu, qui en 
a fait tirer quelques épreuves. — Le premier état est d'eau-forte pure et 
n'a été tiré qu'à trois épreuves. Le second état porte des retouches au burin 
dans les vêtements du personnage debout. — Ce personnage, que M. Mo- 
reau présente comme un page, nous fait l'effet d'une femme, à en juger par 
l'ampleur des vêtements et par les bras à demi nus. Delacroix a transporté 
es scènes de maison galante qui furent chères aux HoUandais. 



N°' 21 j, 214, 21^ : Portraits de la famille Pierret 

-—-ui 1" Madame Pierret mère. — 
Dessin à la mine de plomb. 
— H. o"'25, L. o'"2i. — 
Non signé, mais daté ainsi : 
a 23 avril, vendredi saint, 
1827. » — Cat. A. Moreau. 
«;.->- 1 V- p. 232. 

-^ir/i 'iWwMm^mi 0° Mademoiselle Victoire 
Pierret. — Dessin à la mine 
de plomb. — H. 0^24, L. o"'22. — Cat. A. Moreau, p. 232. 

3° Mademoiselle Juliette Pierret. — Toile. — H. o'"39, L. o'"3i. - Non signé. — 
Appartient à madame veuve Pierret. — Cat. A. Moreau, p. 232. 




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1827 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



63 



N° 216 : Portrait de Bonington 




Delacroix 



Dessin à l'estompe. — H. o'"25, L. o'"22. — Appartient à M. P. Le- 
grand, gendre de M. Bornot. — Non catalogué par M. Moreau. 
Richard-Parkes Bonington, né au village d'Arnald, près de Nottingham 
(Angleterre), le i5 octobre 1801, mourut à Londres le 23 septembre 1828. 
Venu en France à l'âge de quinze ans, il étudia à l'école des Beaux-Arts et 
dans l'atelier de Gros, oîi il rencontra une partie des peintres romantiques. 
La France avait le droit de revendiquer la gloire de son talent. C'est pour- 
quoi le nom de l'artiste anglais figure avec honneur dans le livret de 
l'Ecole française au Louvre. Ce dessin, exécuté h la lumière de la lampe, 
est d'un effet très heureux. — Dans sa lettre de i85S à Th. Silvestre, 
parle avec sympathie de son camarade Bonington, mort dans sa fleur. 



N"* 217, 218 



Portraits de MM. Leblond et Guillemardet 




1° Dessin a la mine de plomb. — H. ^"ly, L. o"'i2. 
— Appartenait à madame Leblond. — Cat. A. Mo- 
reau, p. 233. 

2" Dessin à la mine de plomb. — H. o'^ig, L. o"M5. 
— Appartient à madame Pierret. — Cat. A. Moreau, 

p. 232. 

C'est par erreur que M. Moreau donne comme exécuté 
<( jusqu'aux genoux » le portrait de M. Leblond, qui 
n'est absolument qu'un buste. Si Delacroix n'admettait 

qu'un très petit nombre damis dans son intimité, il leur était profondément attaché, comme 

le prouvent les portraits si fréquents qu'il en a laissés. 



N° 219 : L'Alchimiste 

Sépia. — Vente Villot, i865 : 100 fr. à M. Lecesne. — Cat. A. Moreau, p. 296. 

N° 220 ; Tête de vieillard 



Croquis à la plume. — H. o"'oq3, L. o"'075. — Gravé à l'eau-forte par 
F. Villot dans les mêmes dimensions. — Cat. A. Moreau, p. 1 10. 
Nous conservons la désignation donnée par M. Moreau, sans trouver que 
cette tête soit absolument celle d'un vieillard. Nous y voyons plutôt une 
sorte de type à la Baudelaire. L'homme est vu de face; la tète inclinée à sa 
droite montre un front dégarni ; le visage s'encadre dans une longue cheve- 
lure flottant sur les épaules. La gravure ne porte pas le trait carré de notre 
vignette. Elle est signée en bas à gauche des initiales E. D.; on lit à droite : 
<i F. V., se. 1847. » Le modèle, en quelques traits, a une allure sculpturale. 




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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1827 



N°^ 22 1, 222 : Frontispice pour « Les Tournois du roi René » 



I Lithographie à la plume. — 
H. o^SoS, L. o'^SgS. — Hauteur des 
hi^ures, o'"i8o. 

2° Aquarelle d'un autre projet sur le 
même motif. — • H. 0^17, L. o'"2i. 
Cnt. A. Moreau, p. 41. 

Seules, les deux figures debout tenant un 
ecu armorié dans le n" i sont de Eugène 
Delacroix. C'est un ornemaniste nommé 
Dubois qui a dessine le rideau décoratif au bas duquel on lit entre les 
deux personnages : « Publié par MM. Champollion, Dubois et 
Ch. Motte — M DCCC XXVU — Chez Ch. Motte, lithographe de 
S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans et de S. A. R. Monseigneur le duc de Chartres, R. des 
Marais, i3, Paris. » — Toutes les planches du volume sont le plus souvent coloriées. 





N°'22), 224: Méphistophélès dans les airs 



1° Toile. ^ — H. o"'48, L. o'"4o. — Salon de 1827. — Cat. A. Moreau, pp. 54, 70,147. 
2° Aquarelle sur papier bleu. — Cat. A. Moreau, p. 286. 

Dans ces deux ouvrages, Delacroix, reprenant le motif de sa lithographie, a introduit d'in- 
signifiantes variantes dans l'aquarelle. (Voir plus loin la suite du Faiisl.) 



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22^ : Première apparition de Méphisto à Faust 




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'i65, L. 



Aquarelle. — Variante du n° 234. 
Vente posthume. 

M. Delacroix, dit Gœthe dans ses conversations avec Ecliermann, 
est un grand talent qui a, dans « Faust », précisément trouvé son vrai 
aliment. Les Français lui reprochent trop de rudesse sauvage, mais 
ici elle est parfaitement à sa place... — De tels dessins, reprend Ec- 
kermann, contribuent énormément à une intelligence plus complète 
du poème. — C'est certain, dit Gœthe, car l'imagination plus par- 
faite d'un tel artiste nous force à nous représenter les situations 
comme il se les est représentées à lui-même. Et s'il me faut avouer que M. Delacroix a 
surpassé les tableaux que je m'étais faits de scènes écrites par moi-même, à plus forte raison 
les lecteurs trouveront-ils toutes ces compositions pleines de vie et allant bien au -delà des 
images qu'ils se sont créées. » {Conversations, traduction E. Delerot.) 



N" 226 : Méphisto apparaissant à Faust 



Toile. — H. o'"48, L. o"'4o. — Salon de 1827. — Cat. A. Moreau, p. 170. 



1827 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



65 



N° 227 : Faust, Méphisto et Marguerite 

Croquis divers. 



Ailleurs, sur le même sujet. Gœthe dit encore, en parlant de la traduc- 
tion in-folio de Faust : «...Si mon « Faust» a eu pourtant un succès dont 
je vois la preuve en ce moment même dans ce luxe de typographie, 
c'est qu'il renferme, fixé là pour toujours, le tableau du développement 
d'un esprit pareil au nôtre, qui a souffert de toutes les peines qui tour- 
mentent l'humanité, qui a éprouvé toutes les agitations qui la troublent, 
qui a partagé toutes ses haini;s, qui a joui de toutes les félicités auxquelles 
il aspire... 11 est bien curieux que l'esprit d'un artiste ait trouvé dans 
cette œuvre obscure tant de plaisir et se soit si bien assimilé tout ce 
qu'elle renfermait de sombre dans sa conception première, qu'il a pu 
tracer les principales scènes avec un crayon aussi tourmenté que la destinée du héros. M. De- 
lacroix est un peintre d'un incontestable talent, mais il est accueilli comme le sont souvent 
les jeunes gens par nous autres vieillards. Les connaisseurs et les amis de l'art ne savent pas 
trop, à Paris, ce qu'il faut dire de lui, car il est impossible de ne pas lui reconnaître des 
qualités, et, cependant, on ne peut louer sa manière désordonnée. » Il sied vraiment h 
Gœthe, dont le cerveau a conçu le tohu-bohu apocalyptique d'une œuvre comme Le second 
Faust, de blâmer ce qu'il appelle « la manière désordonnée » de Delacroix. 




N° 228 : Marguerite en prison 




Jamais 



Aquarelle. — Signée au bas à droite. — H. o'"25, L. o^iS. — 'Vente 
Bourlon de Sarty, i865 : 100 fr. — Appartient à M. Alf. Robaut. — 
Cat. A. Moreau, p. 286. 

C'est là une des nombreuses pensées pittoresques que ce motif inspira à 
Eugène Delacroix, alors tout occupé de ses lithographies du Faust. Le maître, 
avec une parfaite justesse d'observation, ou bien avec une intuition de son 
génie, a rendu ici, d'une façon poignante, le doux égarement d'esprit de 
l'amante abandonnée. — « Je suis pourtant si jeune encore; si jeune! et déjà 
mourir! J'étais belle aussi, et ce fut ma perte. Le bien-aimé était près de 
moi, maintenant il est loin, ma couronne est arrachée, les fleurs dispersées... 
e ne serai plus joyeuse. Ils chantent des chansons sur moi. C'est méchant de leur part.» 



N° 229 : Faust et Méphisto galopant dans la nuit du Sabbat 



Croquis. — Variante du n° 245. 
■^ri^ Ici, les cavaliers se dirigent vers la droite du spectateur. On remarquera 
^liS, le beau mouvement du cheval de Méphistophélès et des quatre jambes 
rassemblées comme pour franchir un obstacle. C'est, à coup sûr, le mou- 
vement le plus hardi que l'on connaisse dans toute l'hippographie artis- 
tique. — Il importe d'ajouter que cette audace a été récemment justifiée 
par les expériences de photographie instantanée faites en Amérique et 
reproduisant les mouvements successifs du cheval à toutes les allures. — Les croquis de 
toutes sortes que Delacroix a faits pour cette composition sont innombrables. Nous repro- 
duisons ici l'un des plus caractéristiques. 




66 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1827 



FAUST. SUITE DE DIX-NEUF COMPOSITIONS 



Lithographies. — Format in-folio. — Ventes Piron, 21 avril i865 (en un volume 
relié) : 255 fr.; Dubois (épreuves du premier état, plusieurs avec croquis sur les 
marges, mais sans le portrait de Gœthe) : 425 fr.; Vente posthume (épreuves sur pa- 
piers de tons différents) : 400 fr. 

Le titre de l'ouvrage porte : « Faust, tragédie de Gœthe, traduite en français par M. Albert 
Stapfer, ornée d'un portrait de l'auteur et de dix-sept dessins composés d'après les principales 
scènes de l'ouvrage et exécutés sur pierre par M. Eugène Delacroix. A Paris, chez Ch. Motte, 
éditeur, rue des Marais, i3, et chez Sautelet, libraire, place de la Bourse, 1828.» Au centre 
est un médaillon de Gœthe, par Porret, grave sur bois. 



N°^ 230, 231 : Couverture de l'ouvrage 




1" Lithographie. — H. o'"5o, L. o"'37. — 
Titre frontispice. 

2° Lithographie. — H. o^ig, L. o"'i6. — 
Phototypographié dans le journal l'Art, numéro 
du 2 janvier 1881, — verso de la couverture. 
'^^^if- '^ " '"" *' M ('i^> "''^ï'i^'^'ivj^'' Ensemble. — Ventes Burty, 1874 : i 35 fr.;Villoi, 
CT iZ-ll_i^^ àg& ""^L^^S^:) 1875 : 5i fr. — Cat. A. Moreau. p. 5 i . 

Ces deux dessins passent pour être de Achille De- 

véria. Nous les reproduisons, convaincu que Delacroix y a collaboré 

au moins de ses conseils. 

Premier état. — Au recto : n A Paris, chez Ch. Motte, rue des 

Marais, i3. — Sautelet, place de la Bourse. » 

Deuxième état. — Au verso à gauche : « Lith. Vayron. « Au milieu : 

(1 A Paris, chez Danlos, quai Malaquais, n° i. » Ce nom de Vayron 

nous est inconnu. 

Nous devons signaler un autre étatsans nom d'imprimeur, non décrit par M. Moreau. 
L'addition de ces deux dessins porte le nombre total h dix-neuf. 




N° 2j2: Portrait de Gœthe 



Lithographie. — H. o'"i40, L. o"M5o. — Ventes Parguez (premier 
état) : 5 fr. — Vente du 10 avril 1862 (premier état) : ig fr. — Vente 
Langlais (premier état) : 24 fr.; (deuxième étatl : 10 fr. 5o. — Cat. 
A. Moreau, p. 52. 

Premier état. — En bas à droite : « Lith. de C. Motte »; h gauche : « Dela- 
croix, lith. n; au milieu le fac-similé de la signature de Gœthe. 
Deuxième état. — Même lettre, sauf les mots : n Lith. Vayron » remplaçant 
à gauche ceux de « Lith. de C. Motte. » 
Autre état sans nom d'imprimeur. 

L'exécution dans son ensemble et en particulier le léger flou de la chevelure sont absolu- 
ment remarquables dans les bonnes épreuves de la lithographie. 




l82- 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



67 



N°*23j, 234: Méphistophélès dans les airs 




vendue en i 



1° Lithographie. — H. o'"270, L. o"'23o. — Ventes De La 
Combe (premier état) : 17 fr.; Parguez (premier état) : 17 fr.; 
posthume (premier état) : 6 fr. — Cat. A. Moreau, p. 53. 
Premier état. — Sans aucune lettre. 

Deuxième état. — En bas à gauche : « Delacroix, inv. et lith. » à 
droite : a Lith. de Ch. Motte, Paris »; au milieu la légende. 
Troisième état. — En bas h gauche : « Delacroix, inv. et lith. »; à 
droite : « Lith. Vayron »; au milieu, ces deux vers : « De temps en 
temps j'aime à voir le vieux Père, — Et je me garde bien de lui rompre 
en visière. » 

2° M. A. Sensier a possédé la sépia originale de ce dessin; elle pro- 
venait de la collection Villot, d'où elle avait passé dans la collection 
873. Elle appartient aujourd'hui au comte Doria. 



N°* i]y 1)6 : Faust dans son cabinet 



pièce 



i" Lithographie. — H. o"25o, L. o'"i7o. — Ventes De la Combe 
deuxième état) : i5 Ir.; Parguez (premier état) : 33 fr.; posthume 
premier état) : 17 fr. — Cat. A. Moreau, p. 53. 

Premier état. — Sans lettre; sur les marges des croquis, à gauche un 
casque et une épée, en bas une tète de cheval et une poignée d'épée. 
Deuxième état. — Sans les croquis, sans aucune lettre. 
Troisième état. — En bas à droite l'adresse de Motte; au milieu la légende. 
Quatrième état. — En bas à gauche : « Delacroix, inv. et lithog. »; à 
droite : n Lith. Vayron »; au milieu : « Pauvre crâne vide, que me veux- 
tu dire avec ton grincement hideux? •> 
Il existe un état sans nom d'imprimeur. 

2° M. Andrieu possède la sépia originale quia servi à l'exécution de cette 
Tous les sujets delà suite du Faust ont dû être ainsi traités avant d'être lithographies. 




N° 237 : Faust et Wagner 



Lithographie. — H. o™i85, L. 260. — Vente Parguez 
(premier état) : 60 fr.; (deuxième état) : 10 fr. — Vente 
Villot (troisième état) : 3 fr. — Cat. A. Moreau, p. 53. 

Premier état. — Avant toute lettre, avec un trait carré et un 

double filet autour du dessin; croquis dans la marge de gauche 

représentant un Grec debout. 

Deuxième état. — Le croquis effacé, mais avec le trait carré et 

le double filet; avant toute lettre. 

Troisième état. — Avec l'adresse de Ch. Motte. 
Quatrième état. — A droite : « Lith. Vayron »; à gauche : « Delacroix »; au milieu ; 
t( FAUST. Heureux qui peut conserver l'espérance de surnager sur cet océan d'erreurs!... 
L'esprit a beau déployer ses ailes, le corps, hélas! n'en a point à lui ajouter. » 
Il y a aussi un très bon état sans nom d'imprimeur. 




68 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1827 



N" 238 : Faust, Méphisto et le barbet 




finir le fameux compte 



Lithographie. — H. o"'23o, L. o"'2io — Vente Parguez (pre- 
mier état) : 12 fr. — Cat. A. Moreau, p. 54. 
Premier état. — Avec la légende au milieu et l'adresse de Ch. 
Motte en bas à droite. 

Deuxième état. — A droite : « Lith. de Villain. " 
Troisième état. — En basa gauche : « Delacroix, invt et lithog. '>; 
à droite: o Lith. Vayron »; au milieu : « Il grogne et n'ose nous 
aborder; il se couche sur le ventre, il remue la queue. » 
D'une lettre de 1862 à M. Philippe Burty, il resuite que le Faust 
rapporta à Delacroix « quelque chose comme cent francs, et, de 
plus, une gravure de Lawrence, \e Porlrait de Pie VJ/.it Ce compte 
môme fut difficile à faire, car voici le brouillon sans date d'un billet 
adressé à Ch. Motte: « M. Motte a bien voulu me promettre de 
cette année. Ces chiennes d'affaires vont à reculons. » 



N° 239 : Méphisto apparaissant à Faust 

Lithographie. — H. o™26o, L. o"'2io. — Ventes Parguez 
(premier état) : 60 fr.; posthume (premier état) : 40 fr. — Cat. 
A. Moreau, p. 54. 

Premier état. — Avant toute lettre. 

Deuxième état. — En bas à droite l'adresse de Ch. Motte; au milieu 
la légende. 

Troisième état. — En bas à gauche : « Delacroix, inv. et lithog. »; 
adroite : « Lith. Vayron »; au milieu : « méph. Pourquoi tout ce 
vacarme? Que demande monsieur? Qu'y a-t-il pour votre service? » 
Il y a un très bon état sans nom d'imprimeur. 

Eugène Delacroix, comme on l'a vu plus haut, peignit ce sujet 
pour M. Motte, l'imprimeur, qui vendit ce tableau à M. Devéria. 
Ce tableau, haut de 0^48 et large de o"40, fut exposé au Salon de 
1827 (voir cat. A. Moreau, p. 170, et plus haut, au cours de l'année 1827, n" 221.) 




N" 240 : Méphisto recevant Fécolier 




fij^m Lithographie. 
0m état) : 5i fr.; : 



tirage, l'cditcur 



H. o"26o, L. o™220. — Ventes Parguez (premier 
Delacroix (deuxième état) deux épreuves : 19 fr. — 

Cat. A. Moreau, p. 55. 

Premier état. — Sans aucune lettre. Tiré sur la pierre originale. 

Deuxième état. — En bas h droite, l'adresse de Ch. Motte; au milieu la 

légende. Tiré sur la pierre originale. 

HÏaut mettre les amateurs en garde contre un troisième état portant en 

bas à gauche : n Delacroix, invt et lithog. »; à droite : « Lith. Vayron »; 

au milieu : « Ce que vous avez de mieux à faire, c'est de jurer sur la 
_ parole du maître... Tenez-vous-en aux mots : Vous êtes sûr d'entrer par 

la grande porte au temple de la Vérité. « La pierre ayant été brisée au 
en fit faire une copie par un artiste resté inconnu. 



1827 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



69 



N° 241 : La Taverne des étudiants 




subi plusieurs 



Lithographie. — H. o"'270, L,o™220. — Ventes Parguez (pre- 
mier état) : 53 fr.; posthume (deuxième état) : 12 fr. — Cat. 
A. Moreau, p. 55. 

Premier état. — Avant toute lettre. 

Deuxième état. — A droite, l'adresse de Ch. Motte; au milieu la légende. 
Troisième état. — En bas à gauche : Delacroix invt et lithog. »; h 
droite : « Lith. Vayron u; au milieu : « Au feu! A l'aide! l'enfer s'allu- 
me!... Sorcellerie!... Jetez-vous sur lui... sonafTaire ne sera pas longue.» 
1 y a aussi un état avec les mots : « Lith. Villain » et un autre sans 
nom d'imprimeur. 

Cette pierre est une de celles qui ont le plus souffert au tirage. Elle a 
retouches et divers accidents. 



N° 242 : Faust et Marguerite dans la rue 




doute cet état sous 



Lithographie. — H. o'"26o, L. o'"2io. — Ventes Parguez (premier 
état) : 5i fr.; posthume (deuxième état): 16 fr. — Cat. Moreau, p. 56. 
Premierétat. — Sans lettre, mais avec un tripletrait carré autourdu dessin. 
Deuxième état. — En bas, à droite, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la 
légende. 

Troisième état. — En bas à gauche : « Delacroix invt et lithog. »; à 
droite : « Lith. Vayron»; au milieu : « faust. Ma belle demoiselle, oserai- 
je vous oflrir mon bras et vous reconduire ». 

La pierre a été cassée après le troisième état depuis le milieu du côté droit 
jusqu'au bas, où le mot « chez » est coupé en deux. M. Moreau avait sans 
les yeux quand il a relevé la légende, car il a omis les mots : « chez vous. « 



N° 243 : Méphisto se présente chez Marthe 




J\ mK^_^ les 



Lithographie. — H. o"^240, L. o"'20o. 
— Ventes De La Combe (premierétat): 
40 fr.; Parguez (premier état) : 40 fr.; 
posthume (premier et deuxième états): 
40 fr. — Cat. A. Moreau, p. 56. 
Premier état. — Avant toute lettre; sur 
'OYi î '\y'i "^ -"^^^ Is^ marges en croquis, des lions et des 
'-~'^'/p^p/ H'rarC' ti:=^" ■ ^^*'""^^' ""'^ ^^^^ d'éléphant, plusieurs fi- 
'''^""-^'^"^ guresde profil, de trois quarts et de face, un 
choc de cavaliers, etc., nous reproduisons un fragment. 
Deuxième état. — Sans lettre, mais les croquis effacés. 
Troisième état. — En bas à droite, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la légende. 
Quatrième état. • — Avec la légende, mais sans nom d'imprimeur. 

Cinquième état. — En bas, à g"auche : « Delacroix, invt et lithog. »; à droite : « Lith. Vayron »; 
au milieu : « méph. Il est bien hardi à moi de m'introduire aussi brusquement chez ces 
dames. Je leur en demande un million de pardons. » 




N° 244 : Marguerite au rouet 



Lithographie. — H. 0^220, L. o™i8o. — Ventes Parguez (premier 
état) : 23 fr.; De La Combe (premier état) : 24 fr.; posthume (pre- 
mier état) : 3i fr. — Cat. A. Moreau, p. 57. 

Premier état. — Avant toute lettre. Dans la marge du bas, un croquis de 
Paysage. 

Deuxième état. — En bas, l'adresse deCh. Motte; au milieu, la légende : 
« Sans toi, l'existence — N'est qu'un lourd fardeau; — Ce monde si beau 
— N'est qu'un tombeau — Dans ton absence. » 

Troisième état. — En bas, à gauche : « Delacroix, invt et lithog. «; à droite : 
(1 Lith. Vayron. » 
Comparez la grâce naïve de notre composition à l'élégance fardée du tableau dA. Scheffer. 




N" 245 : Duel de Faust et de Valentin 



Lithographie. ^ H. o™23i, L. o"'28o. — Ventes Parguez 

^p^emier état) : 38 fr.; posthume (premier état) : 12 fr. — 
Cat. A. Moreau, p. 5-. 

Premier état. — H. o'"265, L. o^SSo. Avant toute lettre. Cro- 
quis dans la marge de gauche et dans celle du bas, représentant 
une épée, le derrière d'un cheval, un page vu de dos et la tête 
d un guerrier casqué. 

Deuxième état. — Sans les croquis; bords non rectifiés. Mêmes 
dimensions qu'au premier état. 

1 roisième état. ^ En bas, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la 
kgende. 

Quatrième état. H. o™225, L o™28o. En bas à gauche : " Dela- 
croix, invt et lithog. »; à droite : « Lith. Vayron »; au milieu : « méph. Pousse. — val. Oh! 
— MÉPH. Voilà mon rustaud apprivoisé... n 




N" 246 : Fuite de Faust et de Méphisto après le duel 




Lithographie. — H. o"26o, L. o'"2io. — Ventes Parguez (pre- 
mier état) : 20 fr.; De La Combe (deuxième état) : 10 fr.; post- 
hume (premier état) : 8 fr. —Cat. A. Moreau, p. 56. 
Premier état. — Avant toute lettre; avec croquis dans la marge de 
droite, représentant un homme en costume allemand, vu de dos. 
Deuxième état. — Avant toute lettre, mais sans les croquis. 
Troisième état. — En bas, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la lé- 
gende. 

Quatrième état. — En bas à gauche : Delacroix, invt et lithog. »; 
h droite : Lith. Vayron »; au milieu : o méph. Il nous faut prompte- 
ment gagner au large. » 

Le geste de Faust repoussant son épée au fourreau, et l'attitude de Méphisto jetant un regard 

en arrière, sont admirables d'expression, ici d'ironie, là de remords. 



1827 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



71 



N° 247 : Marguerite à l'église 




Dieu tond 
Quidquid 



Lithographie. — H. o^^bS, L. o"'220. — Ventes Parguez (pre- 
mier état) : 26 fr.; posthume (premier état) : 35 fr.; X.... 1874 : 
i/fr. 5o. — Cat. A. Moreau, p. 58. 

Premier état. — Avant toute lettre; un triple trait carré entourant le 
dessin.Voir le même sujet traduit plus simplement dans le tableau de 1846. 
Deuxième état. — En bas, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la lé- 
gende. 

Troisième état. — En bas, à gauche : « Delacroix, invt et lithog. «; à 
droite : « Lith. Vayron »; au milieu : « marg. Malheureuse! Ah! si je 
pouvais me soustraire aux pensées qui se succèdent en tumulte dans 
mon âme et s'élèvent contre moi! — le mauvais esprit. La colère de 

sur toi La trompette sonne... Malheur à toi. — chœur. Index ergo cumsedehit — 

latet apparebit — Nil inultum remanebit. » 



N° 248 : Faust et Méphisto dans les montagnes du Hartz 




loin du te 
h gauche 



Lithographie. — H. ©'"240, L. o'"2o5. — Ventes Parguez ( pre- 
mier état) : i5 fr.; De La Combe (premier état) : 3i fr.; posthume 
(premier état) : gfr.; (deuxième état) : 7 fr. — Cat. A. Moreau, 
p. 58. 

Premier état. — Avant toute lettre; croquis dans toutes les marges, re- 
présentant des chevaux, une barque à voile, un lézard, un serpent. 
Deuxième état. — Sans les croquis et sans lettre. 

Troisième état. — En bas, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la légende. 
Quatrième état. — En bas, à gauche ; « Delacroix invt et lithog. »; à 
droite : « Lith. Vayron »; au milieu : méph. Nous sommes encore 

rme de notre course. » Après le quatrième état, la pierre a été cassée dans le haut, 

l'entaille est de o™o55 sur une longueur de o'"o3. 



N° 249 : L'ombre de Marguerite apparaissant à Faust 



Lithographie. - H. o'"26o, L. o"35o. — Ventes Parguez 
(premier état) : 3o fr.; posthume (premier état) : 10 fr.; 
(deuxième et troisième états) : 6 fr. — Cat. A. Moreau, p. 59. 

Premier état. — Avant toute lettre; croquis confus sur la marge de 

gauche. 

Deuxième état. — Croquis effacés; aucune lettre. 
ffgivjf^^'. Troisième état. — En bas, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la 
S.Çt^aîf' légende. 

Quatrième état. — En bas h gauche : Delacroix, invt et lithog. »; 
à droite : « Lith. Vayion »; au milieu : (i méph. Laisse cet objet : on ne se trouve jamais 
bien de le regarder... Tu as bien entendu l'histoire de Méduse. — faust. Assurément, ce sont 
là les yeux d'un mort, qu'une main amie n'a point fermés. C'est là le sein que Marguerite 
m'a livré, c'est là le corps charmant que j'ai possédé. » 




N° 2^0 : Faust et Méphisto dans la nuit du Sabbat 



^^ Lithographie. — H. o'"2o5, L. o'"28o. — Ventes Parguez 
~ (premier état) : 20 fr.; De La Combe (premier étati : 3o fr.; 
posthume (premier état) : 8 fr. — Cat. A. Moreau, p. 59. 
Premier état. — Sans aucune lettre; croquis dans la marge du bas. 
Deuxième état. — En bas, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la lé- 
gende. 

rroisième état. — En bas à gauche : Delacroix, invt et lithog. »; 
à droite : « Lith. Vayron »; au milieu : « faust. Que vois-je remuer 
autour de ce gibet .'' Ils vont et viennent, se baissent et se relèvent. — 

MÉPH. C'est une assemblée de sorciers. — faust. Ils sèment et consacrent.— méph. En avant! 

en avant ! » 

Quatrième état. — Sans lettre ni croquis, sauf un cou de cheval. Le bord droit redressé. 




N° 2 5 1 : Faust dans la prison de Marguerite 




représentée 



Lithographie. — H. o™25o, L. o'"2i 5. — Ventes Parguez (premier 
état) : 3i fr.; posthume (premier état) : 25 fr. — Cat. A. Moreau, 
p. 60. 

Premier état. — Avant toute lettre. 

Deuxième état. — En bas, l'adresse de Ch. Motte; au milieu, la légende. 
Troisième état. — En bas, à gauche : « Delacroix, invt et lithog. »; à 
droite : « I.ith. Vayron »; au milieu : « faust. Reviens à toi! un seul pas 
et tu es libre. — méph. Que de paroles inutiles! que de délais et d'incerti- 
tudes! Mes chevaux frissonnent; l'aube blanchit l'horizon. » 

_ 11 n'est pas sans intérêt de rapprocher cette composition de l'aquarelle 

"^ que nous donnons au cours de cette année 1827, et où Marguerite est 

seule dans la prison, avant l'arrivée de Faust et de Méphisto. 



Année 1828 




en haut à gauche 



N° 2^2 : Intérieur d'alchimiste 

Toile. — H. o"'23, L. o"'3i. — Appartient à M. Warnier, 
d'Arras. — Non catalogué par M. Moreau. 

Cette très ancienne toile, non datée, doit remonter à l'époque des 
compositions du Faust. C'est l'intérieur du cabinet du fameux doc- 
teur : un hibou perché sur une chaise gothique, auprès d'une table 
où sont disposés des bocaux, une lampe, un chapeau h plume posé 
sur des in-folios, des gants, une canne; cela sent pleinement les 
œuvres ténébreuses de l'alchimie. Sur les carreaux de la petite fenêtre 
it les initiales E. D. 



i8-28 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N'''2^3, 2)4, 2 5^, 2^6 : Richelieu disant la messe 

i°ToiIe. — -H. 4"'2o, L. 3"'oo. — Si- 
gné, daté: 1828. — Lithographie par 
Jourdy : o'"348 sur o"'245. — Ta- 
bleau détruit en février 1848. — 
Cat. A. Moreau, p. 210. 
2° Aquarelle. — H. o'"34, L. o"'27. 

— Vente Jacq. Léman, 1874 : 98 t'r. 
3° Toile. — Esquisse sans chan- 
gement, quoique plus sommaire. 

— H. o"'34, L. o"'25. — Apppar- 
tient à M. Mahler. 

4" Ce n'est pas tout ce que Delacroix a fait sur ce sujet : 
le cardinal de Richelieu disant la messe au Palais-Royal. 
Il existe aussi une autre esquisse peinte, appartenant 
à M. Ch. Nuitter, et divers projets et croquis pour le 
même sujet, qui ont fait partie de la vente Leraan, citée 

plus haut et sont entrés depuis dans la collection de M. Philippe Burty, notamment 

des études pour le hallebardier. 





N"' 257, 2^8 : Portraits d'élèves de la pension Goiibau 



blanc, la 
en ovale. 



i" M. Eugène Berny d'Ouville. — Toile ovale. — 
H. o"'6o, L. o"'5o. — Appartient à M. G. Arosa. 

— Non catalogué par M. Moreau. 
2° M. Auguste-Richard de la Hautière. — Toile. 

— H. o^'ôo, L. o"'5o. — Appartient à M. de la 
Hautière. — Non catalogué par M. Moreau. 

M. Eugène Berny d'Ouville était lauréat du second 

prix de thème latin au concours général en 1828, et 

M. de la Hautière, lauréat du second prix de version 

latine. Le portrait de ce dernier est resté dans son format carré d'origine. 

Les cheveux sont châtain clair, le teint blanc et rose, l'habit noir, le gilet 

cravate jaune avec des rayures. — Le portrait de M. Berny d'Ouville a été coupé 

Il est signé en clair et daté au bas à droite : la redingote est brune. 




N°^ 259, 260 : Copies d'après Rubens 



1° Portrait d'une dame de la famille Boonen. — Toile. — H. o"'65, L. o'"54. — Pho- 
tolithographié par Arosa: o^iig sur o"^098. — Vente posthume: 38o fr.; Vente 
G. Aro'sa, février 1878 : 700 fr. à"M. H. Hecht. 

2° L'embarquement de Marie de Médicis. — H. o"'40, L. o"'32. — Photolithographié 
par Arosa :o'"i2o suro"'095. — Vente posthume : io5 fr.; Vente G. Arosa, février 
1878 : 3io fr. à M. Barbedienne. 



74 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1828 



N° 261 : Bataille de Nancy — Esquisse 




siette, de grandeur à l'œuvre 



Toile. — H. o'"4q, L. o"'70. — Vente posthume, n" 56 : 
4 100 fr. à M. de Laage. — Acheté à la vente de ce der- 
nier par M. Choquet. — Photolithographié par Arosa en 
deux dimensions : o'"i5o sur o™2o6, et o"'2i9 sur 
o™io6. — Cat. A. Moreau, p. 3 12. 

C ost l'esquisse du tableau de i83i (voir plus loin). Dans le 
t ibleau, l'église a été supprimée, les accessoires du premier 
pi in ont été simplifiés, les lignes de la composition ramenées 
a une sorte de parallélisme horizontal, qui donne plus d'as- 
un des morceaux les plus précieux du musée de Nancy. 




N" 262 : Mazeppa 



caractère qu'il est intt 



Toile. — H. o'"265, L. o"'35o. — Appartient à M. David 
d'Angers fils. — Non catalogué par M. Moreau. 

Cette toile a été peinte d'après la composition lithographiée par 
Géricault; les changements sont insignifiants. On sait que le héros 
de Bvron a également inspiré Horace 'Vernet et Louis Boulanger. 
Le lila^eppa lie Louis Boulanger fut précisément exposé en cette 
année 1828 et il est placé aujourd'hui au musée de Rouen, dans 
la même salle que le Triomphe de Trajan de Eugène Delacroix. 
Le même artiste, qui avait une belle imagination romantique, a 
consacré au même sujet trois autres lithographies d'un grand 
ressant de comparer à celles de Delacroix. 



N" 26) : Le prisonnier de Chillon 

Sépia. — Vente Viliot, i865 : 80 fr. — Voir le tableau à Tannée 1834. 

La composition diffère de celle du tableau. Dans ce dessin, le prisonnier est assis sur la paille. 

N" 264 : Études de lions 




Toile. — De 12a i5. — N"2i3 de la Vente posthume: 
1,180 fr. à M. Bidermann. — Çat. A. Moreau, p. 322. 

Ces études ont été faites sur nature ou peintes d'après des croquis 
pris sur nature. On sent, en effet, les diverses reprises de l'artiste 
suivant tous les mouvements de l'animal dans l'inconstance de 
ses poses successives et leur extrême mobilité. « Les tigres, les 
panthères, les jaguars, les lions..., écrit Delacroix sur un de ses 
carnets, d'où vient le mouvement que la vue de tout cela produit 
chez moi? Combien il est nécessaire de se secouer de temps en 



temps, de mettre la tète dehors, de chercher à lire dans la création. » 



i828 



L'CEUVRE DE DELACROIX 



75 



N° 265 : Le Turc au harnais 



Toile. — H. o"i40, L. o'"32. — Lithographie par Eug. Le Roux 
dans les dimensions de o'"225 sur o^i/S.— Cat. A. Moreau, p. i25. 
Coiffe d un large turban, dont l'ombre descend sur le visage et se prolonge 
par une longue barbe noire, l'homme revêtu d'un caftan à larges manches 
est assis sur un escabeau. De la main gauche, il tient une de ses jambes 
croisée sur l'autre. De la droite il s'appuie sur un fusil. Près de lui, sur 
un support élevé, repose une selle turque et tout le harnachement du 
cheval. M. Moreau intitule ce tableau « le Turc à la selle. » 
Il y a deux états de la lithographie faite par M. Le Roux. Le premier 
état, sans aucune lettre, porte en bas au milieu : « Imp. Bertauts ». Sur 
le deuxièrne état, on lit en haut à droite le numéro i; en bas à gauche : 
« Eug. Delacroix, pinx. Galerie d'amateurs » ; a droite : « Eugène Le Roux lith., Giîiaut fr., 
édit., boulev. desitaliens, 5 »; au milieu : a Imp. Bertauts, tiré du cabinet de M. Moreau. » 




N° 266 : Arménien 



Sépia. — H. o™i6o, L. o'"ro9. — Gravé à Teau-forte, de mêmes 
dimensions, par F. Villot. — Vente Villot, i865 : 49 fr. — Cat. A. Mo- 
reau, p. 292. 

C'est en 1845 seulement que M. Frédéric 'Villot grava ce dessin dont l'impor- 
tance nous paraît bien minime. Mais nous nous sommes fait une loi de ne rien 
éliminer de notre propre mouvement. Tel geste, telle attitude , dans le 
moindre croquis, en apparence insignifiant, peut, en effet, avoir été comme 
le coup d'essai du maître qui l'aura repris, agrandi, et plus tard complété dans 
quelque autre composition. — N'y a-t-il pas là comme un souvenirde J.-J. Rousseau? 




N°' 267, 268 : Cheval bai brun. — Deux études 

Deux aquarelles gouachées, avec variantes sans importance. — "Vente "Villot, i865. 

N° 269 : Faust au Sabbat 



de cet 
sonore 



Aquarelle. — Toile de 4. — N° 389 de la "Vente posthume : 
ii5 fr. — Appartient à M. G. Arosa. — Non catalogué par 
M. A. Moreau. 

Delacroix a cherché là surtout le cadre de la scène, une disposition de 
montagnes en vue d'une composition définitive. Cette gorge rocheuse 
avec ses monts abrupts a beaucoup de l'aspect sauvage que l'on re- 
trouve si fréquemment dans nos Cévennes et dans la Montagne noire. 
« Accroche-toi aux flancs du roc, autrement il va te précipiter au fond 

abîme. Ecoute le frémissement plaintif des rameaux qui se brisent, l'ébranlement 

des troncs puissamment secoués, le sifflement des racines. 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1828 



N« 



170 



Faust à 1 étude 



pi$sj|?^jg Aquarelle. — Variante de la lithographie n° 23o de 1827. — H. o'"i63, 
-Jrf;-i:."! ,rsTe £_ o™i35. — Vente Paul Blacque,'" 1866 : 490 fr. — Vente Fould, février 
1882 : 3oo fr. — Non catalogué par M. Moreau. 

Faust est assis. Dans la lithographie, il est debout. — Pendant l'exposition de la 
vente Fould, on entendait dire dans le public que le type de ce Faust était 
calqué sur celui de M. Gambetta. La ressemblance est en effet frappante, mais 
elle est purement fortuite. Delacroix n'a point connu M. Gambetta, qui, 
d'ailleurs, n'était point né en 1828. Les fausses légendes ont la propriété des 
mauvaises herbes, celle de croître très rapidement, si on ne les arrache au moment où elles 
sortent de terre. Nul moins que Delacroix n'a besoin qu'on ajoute à son œuvre les curiosités 
de l'intérêt anecdotique. Il se soutient de lui-même par l'intérêt humain. 




N°' 271, 272 : Quentin Dur'ward et la princesse de Croy 



-Lithographie par Léon Noël: 
- Non catalogué par M. Mo- 



1" Aquarelle. — H. o"'25, L. o"M9.- 
o"' 180 sur 0^140, en sens opposé. ■ 
reau. 

Cette aquarelle n'est pas une des meilleures de Eugène Delacroix. Elle 
a des tons qui sentent l'enluminure. Nous pensons qu'elle a dû être 
exposée quelque temps à une trop grande lumière. 

2" 11 existe aussi un dessin mine de plomb de la même composition, vendu 
40 francs en 1846, à la vente de Monville, et mesurant o™20 sur o^iô. 
A ce sujet, disons que les romans de Walter Scott étaient le seul terrain 
où la bourgeoisie d'alors consentît à se rencontrer dans un sentiment 
3 d'admiration commun avec les romantiques. M. Thiers lui-même qui, 
soufflé par le peintre Gérard, a eu la bonne fortune extraordinaire de 
parler en bons termes de Eug. Delacroix, resta dans le fond jusqu'à son dernier jour l'enne- 
mi, sinon déclaré, du moins intime du romantisme. 




N° 275 : Seigneur vénitien 




jours de 18 
M. de Sacy 
connaître 1 
nir : i( Ah! 



Aquarelle. — H. o'"2i, L. o'"i6. — • N° SgS de la Vente posthume : 
160 francs. — Vente hôtel Drouot du 24 mars 1876 : 60 fr. à M. Petit. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Nous conservons le titre du catalogue de la Vente posthume, bien que ce 

jeune seigneur, traité à la façon de Bonington, ne nous paraisse rien avoir 

de spécialement vénitien, tout en étant absolument romantique. — Si l'on 

veut connaître le sentiment de M. Thiers sur le romantisme, on le trouvera 

dans le discours de M. John Lemoinne h la réception de M. Labiche à 

^ l'Académie française : <c Je me rappelle qu'un matin, dans les plus mauvais 

i,M. Thiers que j'étais allé voir à Versailles, m'ayant demandé des nouvelles de 

je lui répondis qu'il continuait à être amoureux de ses vieux livres et à ne pas 

es romantiques. Et M. Thiers me dit avec cette vivacité dont vous avez le souve- 

il a bien raison, Sacy; les romantiques, c'est la Commune. » 



i828 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



77 



N° 274 : Femme couchée caressant un chien 

Aquarelle. — ■ Vente Villot, i865 : 520 fr. à M. Chevalier. — Cat. A. Moreau, p. 296. 

N;' 275, 276 : M. Simon 




plus lo: 



1° Dessin rehaussé d'aquarelle. — H. o"M4o, L. o™og5. — 

Signé au bas à droite. 

2° Dessin rehaussé d'aquarelle. — H. o'"20, L. o™i3. 

M. Simon, maître de ballets à l'Opéra, est représenté en costume 
de théâtre. L'aquarelle le montre dans le rôle du MajorJomu de 
(( La Belle au Bois dormant »; le dessin, dans le rôle du capitaine 
Bracassio, chef de forbans, du « Diable amoureux. » 
^ M. Simon était un vieillard très aimable. Sa démarche fut jusqu'à sa mort ce 
qu'elle avait toujours été : élégante, simple et aisée tout à la fois. Il s'était retiré 
à Crécy-en-Brie, où il est mort il y a environ cinq ou six ans. On trouvera 
n divers portraits de madame Simon, qui était fort belle. 




N° 277 : Chevalier 




Mine de plomb rehaussée d'aquarelle. — H. o"'23, L. o'"i8. — 
Appartient à madame Pierret. — Non catalogué par M. Moreau. 

Il est revêtu d'une armure complète, le heaume en tête, la lance au poing, 
et monté sur un cheval blanc qui s'avance au pas relevé, d'une noble 
allure. Et ce qui accentue davantage cette allure, c'est la proportion très 
restreinte de l'arrière-train du cheval. Delacroix voulait avant tout le 
mouvement. 11 y arrivait souvent par des exagérations ou ce qui paraît 
tel à notre jugement, fondé beaucoup plutôt sur le raisonnement que sur 
l'exacte perception des formes apparentes. Je dis formes « apparentes » et 
non formes « réelles ». Or, Eugène Delacroix n'a jamais manqué à celte 
son art . Il a toujours rendu l'apparence des choses et non leur essence. 



N"^ 278, 279 : Selbitz blessé 



i°Dessinàlamine de plomb. — H.o'"270,L.o"'2o5. 
— A appartenu à M. Riesener. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

2° Aquarelle. — H. 25o, L. 265. — Vente Jacques 
Léman, 1874 : 65 fr. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Le dessin a été très probablement exécuté après l'aqua- 
relle, car il 'est incomparablement plus souple. Nous rappelons que ce motif 
est emprunté au troisième acte de Gœt^ de Berlichingeii, qui a si souvent inspiré Delacroix. 




78 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1828 



N°'28o, 281, 282 : Intérieur d'hôpital militaire 



1° Aquatinte. — H. o™22i, L. o'"26o. — Vente posthume du 

29 février 1864 : 1 1 fr. et 22 fr. — Cat. A. Moreau, p. \- . 

2° Dessin à la plume et sépia. — H. o"'24, L. o"'27. — Vente 

Villot, 1875 à M. de Vasselot. — La composition est, dit-on, de 

Géricault. — Non catalogué par M. Moreau. 

3" Croquis. — H. o"i52, L. 210. — Photolithographié par 

Arosa. — Non catalogué par M. Moreau. 

Un turc coiffé d'un turban et tout habillé se dresse sur sou lit. De vifs 
accrocs de lumiùre éclairent les mains, la tête, le traversin. Du plafond pend une draperie. 
Dans l'ombre du fond on distingue vaguement une rangée de lits et un personnage qui se 
tient debout près d'un de ces lits. — Sans aucune lettre, signature ni date. 
La composition est dans le sens contraire à celui du dessin. 




N° 283 ; Turc montant à cheval 




Aquatinte. — H. o™2i6, L. o'"266. — Héliogravé pour 

l'ouvrage de M. A. Moreau : o'"io5 suro'"i3o. — Vente 

posthume (deuxième état] : 10 fr. — Vente Villot, décembre 

18-5 : II fr. 5o. — Cat. A. Moreau, pp. 18, 199. 

Premier état. Avec des essais de teintes différentes sur les marges; 

sans aucune lettre, signature ni date. 

Deuxième état. Sans aucune teinte sur les marges. 

Cette planche et les deux suivantes, exécutées dans le principe 

pour l'éditeur Osterwald, ne furent pas publiées. Osterwald était 

un marchand d'estampes qui demeurait rue des Augustins, n° 37. 

Dans la partie la plus ombrée du paysage, entre les jambes de devant du chevai, on aperçoit 

deux petits palmiers qu'on ne voit pas dans notre vignette. 



N° 284 : Turc sellant son cheval 



i] Aquatinte. — H. o'"i86, L. o™227. — Vente posthume, 
29 février 1864 (premier étatj^o fr. — Cat. A. Moreau, p. 17. 

Premier état : aquatinte pure avec des essais d'aquatinte sur les 
quatre marges. 

Deuxième état : retouches a la pointe sèche dans le cheval, la 
veste et la culotte du personnage. 

Ce que nous ne pouvons nous lasser d'admirer dans ces œuvres 
rapides, c'est la naïveté du geste, toujours juste parce qu'il est 
fidèlement observé et rendu sans aucune préoccupation d'en- 
noblissement académique. Par cette sincérité absolue qui ne 
recule devant aucune gaucherie apparente, Eugène Delacroix atteint toujours et à coup sûr 
au plus grand style. — On a vendu 80 fr. à l'Hôtel Drouot, en 1874, un mauvais dessin à la 
sépia de cette composition, qui nous parut douteux. 




1828 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



79 



N° 285 : Mameluck retenant son cheval 




Aquatinte. — H. o'"2i2, L. 
— Cat. A. Moreau, p. 18. 



260. — Vente posthume : 12 fr. 



Sur les marges, des salissures provenant d'un tirage peu soigné. — 
Cette aquatinte est extrêmement rare. 

Personne n'a compris et rendu comme Eugène Delacroix les jolies 
gaietés du jeune cheval, ses mouvements élégants et souples au 
sortir du bain, ses façons de piaffer, de s'encapuchonner, de se 
cabrer, la puissante élasticité de ses nerfs et de ses muscles. L'aqua- 
tinte, que nous reproduisonsici, n'est pas le premierexemple de la rare 
intelligence que Delacroix a toujours montrée dans ces représentations du cheval. J'ai eu déjà 
l'occasion d'insister sur ce sujet; voir notamment les n"^ 172, 204, 229, etc. 



N° 286 : Hamlet contemplant le crâne dTorick 

Lithographie. — Premier état, H. o"^270, L. o"36o. — 
Deuxième état, H, 0^260, L. o'"34i. — Ventes Parguez 
(premier état) : 55 fr.; Dubois (la même épreuve) : 26 fr.; 
De La Combe (troisième état) : 20 fr.; du 10 avril 1862 
(troisième état) : 10 fr.; de Saint-Georges (troisième 
état) : 4 fr.; Langlais (troisième état, avec Jane Shore) : 
2 5 fr.; posthume (deuxième état, avec Jane Shore) : i 2 fr. 
— Cat. A. Moreau, p. 42. 

Premier état. — -Avec des croquis sur les marges, représentant à 
droite une tête de mort, à gauche deux figures d'hommes et 

un nez de cheval, sans aucune lettre et sans signature. 

Deuxième état. — Sans les croquis, avant toute lettre. Signé sur la planche, à droite, en bas : 

<i Eug. Delacroix. » 

Troisième état. En bas à gauche : « Eug. Delacroix, inv. et del. »; à droite : « Lith. de 

C. Motte. »; au milieu : n Hamlet, acte V. Scène L — le foss. — Ce crâne, seigneur, est celui 

d'Yorick, le bouffon du roi. — ham. — Là étaient ces lèvres que j'ai baisées cent fois 

Où sont tes farces, à présent? Où sont tes chansons? (Shakespeare.) » Et le texte anglais 

placé en regard. 

il y a peu de variantes entre la lithographie et le tableau de iSSq. 




N° 287 : Cheval sauvage terrassé par un tigre 

Croquis à la mine de plomb. — H. o'"i5, L. o'"24. — Lithogra- 
phie en fac-similé, numéro 17 de la publication de M. A. Robaut. 
— Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau. 

C'est le projet très net, très arrêté du numéro suivant. — Le tigre 
mord à l'épaule droite et déchire de ses griffes un cheval renversé par la 
soudaineté et la violence de l'attaque. La tête étant maintenue par une 
des pattes du tigre, la victime, sous l'action de la douleur, contracte ses quatre jambes. En 
exécutant la lithographie, E. Delacroix rendit ce mouvement plus souple et moins violent. 




8o 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1828 



N° 288 : Cheval sauvage terrassé par un tigre 



Lithographie. — H. o'"2oo, L. o'"276. — Ventes De La 
Combe (deuxième état :i5o fr.; Dubois (la même épreuve) : 
61 fr.; de Saint-Georges: 10 fr.; i865 (deuxième état): i52 fr.; 
Langlais, i86g (premierétat) : i65 fr.; Villot, iSjS (troisième 
état) : 47 fr.; A. Colin (une épreuve sur chine) : 100 fr.; His 
de la Salle, 1881 (une épreuve sur chine) : 282 fr. — Cat. 
A. Moreau, p. 3o. 

Premier état. Avec des salissures sur les quatre marges. 

Deuxième état. Avec des salissures sur la marge de gauche. 
Troisième état. Sans salissure sur aucune des quatre marges. — Les épreuves de ces trois pre- 
miers états sont absolument sans lettre. 

Quatrième état. En bas à gauche : « Eug. Delacroix, fec. 0; à droite : i' Lilh. de Ch. Motte, 
1828»; au milieu : « Cheval sauvage terrassé par un tigre. « 




N° 289 : Jane Shore 



en 1S2 
férents 



Lithographie. — H. o'"26o, L. o'"346. — Ventes Par- 
guez : 4 fr.; Dubois : 6 fr.; Burty, 1874: 5 fr. 5o; 
Villot : 7 fr. — Cat. A. Moreau, p. 42. 

En bas à gauche : « Eug. Delacroix, inv. et del. »; à droite : 
Lith. de C. Motte. «; au milieu : <i Jane Shore, acte V, 
scène IL — sho. — Eloigne ces noires idées de tristesse et de 
faute... Mes bras, mon cœur te sont ouverts; viens, que je te 
ramène dans ta maison abandonnée (Rowe). » Et le texte an- 
glais en regard. 

Cette pièce, exécutée en 1828, est la reproduction d'une aqua- 
relle faite après une représentation des artistes anglais à Paris, 

7. Il a été tiré de cette lithographie des épreuves sur deux papiers de formats dif- 

, avec mêmes chines et timbre sec. 




N° 290 : Cheval effrayé sortant de l'eau 



Lithographie. — H. o"'237, L. o'"225. — Signé à gauche, dans 
l'eau : « Eug. Delacroix, x. 1828. » — Ventes Dubois (premier 
état) : 9 fr.; Burty, Paris, 1874 : 40 fr.; Burty, Londres, 1876 : 
22 fr. 5o. — Cat. A. Moreau, p. 42. 

Premier état. Sans aucune lettre. — Deuxième état. En haut, au milieu : 
Il L'Artiste »; en bas, h gauche : Imp. Bertauts, R. Rodier, 47, Paris »; 
au milieu : ci Cheval sauvage ». 

N'a-t-on pas l'impression d'un éclair qui passe en entrevoyant cette cri- 
nière? — L'étude a servi pour le cheval de Charles-le-Téméraire, duc 

de Bourgogne, dans la Bataille de Nancy. C'est à peu de chose près le même mouvement, 

sauf pour la tête; mais dans le tableau, le mouvement est retourné. 




Année 1829 



N" 291 : Christ descendu de la croix 

Copie au pastel d'après le tableau du Tintoret conservé au musée de Caen.- 
Viliot, 1867. — Vente Bocquct, 1879. 



Vente 



N° 292 : Levêque de Liège 




Toile. — H. o^go, L. i"^i8. — Salon de 
i83i. — Peint pour S. A. R. le duc d'Or- 
léans. — Ventes duchesse d'Orléans: 4,800 fr.; 
Villot, i865 : 35, 000 fr.; Khalil bey : 46,000 
fr. — Appartient à madame de Cassin. — Cat. 
A. Moreau, pp. 171, 246. 

Sur ce chef-d'œuvre, nous laissons la parole à 
notre très cher maître Théophile Gautier : « Le 
roman de Quentin Durward a fourni le sujet du 
Massacre de iévéque de Liège. Qu'on nous per- 
mette de transcrire ces lignes du livret : n Guil- 
laume de la Mark, surnommé le Sanglier des 
Ardennes, s'empare du château de l'evèque de 
Liège, aidé des Liégeois révoltés; au milieu d'une 
orgie dans la grande salle, et placé sur le trône 
pontifical, il se fait amener l'évêque, revêtu par dérision de ses habits sacrés et le laisse égorger 
en sa présence. Ce tableau reste, malgré sa date ancienne, un des plus étonnants chefs- 
d'œuvre de l'artiste. Qui eût jamais pensé que l'on eût pu peindre la rumeur et le tumulte? 
Le mouvement passe encore, mais cette petite toile hurle, vocifère et blasphème. Il semble 
qu'on entende voltiger au-dessus de la table, dans la vapeur sanglante des fanaux échevelés, 
les cent propos divers et les chansons obscènes de cette soldatesque avinée. Quelles figures 
de brigands! Quel accoutrement féroce! quelles tournures truculentes! quelle bestialité 
joviale et sanguinaire ! comme cela fourmille et glapit, comme cela flaaiboie et pue ! quel 
beau rire égueulé et quelle gaieté de tigre voyant entrer un mouton dans son antre à l'aspect 
du pauvre évèque tremblant. «Le Sanglier des Ardennes se soulève h demi, alourdi par son 
ivresse et par son armure et s'appuie h la table sur ses gantelets de fer pour ne rien perdre de 
ce délicatspectacle : les égorgeurs lèvent déjà le couteau, et le sang de la victime va couler sur 
la nappe à peine perceptible parmi les flots de vin des brocs renversés. L'architecture de la 
salle, traitée avec une magie singulière de perspective, ne le cède en rien pour la terreur opaque 
et sinistre aux plus noirs intérieurs de Rembrandt. Elle est si haute et si profonde que les lu- 
mières n'en atteignent pas les recoins où les ombres se tapissent comme des chauve-souris 
effravées ou des spectres surpris ; moins fait qu'un tableau, plus fini qu'une esquisse, le 
Massacre de levêque de Liège a été quitté parle peintre à ce moment suprême où un coup 
de pinceau de plus gâterait tout.u — Voir l'esquisse à l'année 1827. 

Nous disons en notre introduction dans quelles conditions ce tableau a été peint et comment 
le maître souhaitait qu'il fût vu. 



82 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1829 



N° 29^ : Portrait d un élève de la pension Goubau 



Toile. — H. o™6o, L. o"'5o. — Signé au bas à gauche et daté 
« 1829 ». — Appartient au frère du modèle, M. Schmitz, intendant 
militaire à Orléans. 

Achille Schmitz fut lauréat du second prix de version latine au concours 
général en 1829 et du second prix de mathématic^ues spéciales en i833. 
11 entra à l'Ecole polytechnique et fut tué capitaine du génie en i855, 
pendant la campagne de Crmiée. Il a les cheveux bruns, le teint de 
brique; l'habit est bleu très foncé, le gilet blanc, droit, ouvert, laissant 
voir le plastron de la chemise et ses boutons d'or. Le fond est gris uni. — 

Le trère de Achille Schmitz a fait lui-même une copie de ce portrait et a poussé le scrupule 

jusqu'à copier la signature du maître. 




N° 294 : Madame F. Simon 



Toile. — H. o™6o, L. o"'5o. — Signé en haut, à gauche. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Ce portrait important a figuré à l'exposition posthume du boulevard 
des Italiens, et en 1878 à l'exposition des portraits nationaux. Il appar- 
tenait alors à MadameCinot, lafilledeM. Simon, maître des ballets de 
l'Opéra, mort à Crécy-en-Brie, en 1877. Madame Simon, née Damoiseau, 
était la hlle d'un médecin-vétérinaire, inspecteur général du dépar- 
tement de la Seine. On pourrait ranger ce portrait au nombre des plus 
beaux qui aient jamais été peints. Emporté par la beauté du modèle, 
Delacroix s'est efforcé d'être à sa hauteur. Le charme du sourh'e le 
plus honnête est traduit ici d'une manière indéfinissable. 
Il y a des rubans moirés dans les coques et grosses boucles des cheveux. 
Le corsage, qui avait été pris dans les costumes de l'atelier, était de 
velours gros violet. L'écharpe qui le recouvre par endroits, retenue par les mains, est en 
crêpe de chine jaune jonquille. Chaîne et broche en or. (Voir à l'année 1834.) 




N" 29 )' : Portrait de Eugène Delacroix 



Le; 



Toile. — H. o"'5i, L. o"64. — Lithographie par A. Robaut : 
o"'207 sur o'"i65, et par Letoula : o^SôS suro"'3o5. — Gravé sur 
zinc pour le journal l'Art (1882), d'après un dessin de Brun. — 
Appartient au musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, p. 23-. 

Eugène Delacroix avait par testament légué ce portrait h sa gouvernante, 
knny Le GuiUou, sous la condition verbale de le donner au Louvre le 
lourôù la famille d'Orléans aurait repris possession du trône. Cet événe- 
ment ne s'étant pas réalisé, Jenny, à son tour, légua le portrait à Ma- 
dame Durieu qui en fit don au Louvre en 1872. — Placé d'abord dans 
un angle de la salle des sept cheminées (salon carré de l'Ecole française), 
Ce portrait est maintenant dans les salles françaises du second étage, 
dimensions dt notre réduction n'ont pas permis de conserver une ressemblance parfaite. 




N° 296 : Sainte Madeleine au pied de la croix 



Toile. — H. o'"34, L. o'"26. — Daté du 27 mai 1829. — Présenlc 
en vente à l'Hôtel Drouot le 26 janvier 1876; retiré, faute d'en- 
chères, à i,65o francs; on en demandait 3, 000 fr. — Eau-forte par 
Ch. Courtry, dans les dimensions de o"'i70 sur o"'i3o. — Cat. 
A. Moreau, p. 284. 

Lorsque Eugène Delacroix a composé ce tableau, il était visiblement 
préoccupé de Rubens. L'œuvre manque un peu d'originalité et le dessin 
de la ^ladelcine n'est pas très heureux. Celui du crucifié, au contraire, 
est plein de noblesse dans sa grande ligne rigide si sévère et si simple. — 
(I Que peut vous dire le Christ idéalisé des Bvzantins dans sa froide et 
sereine impassibilité? » a écrit Henry de la Madelène. « Mais le Christ en croix de Rubens, 
le Christ mourant de Delacroix, qui les oublie, qui peut les oublier? » 




N° 297 : Pieta 




Toile. — H. o'"27, L. o^SS. — Gravé à l'eau-forte par 
F. Villot : o"23i sur o"'3o6. — Vente Villot, i865 : 
435 fr. — Appartient à M. VanPraet de Bruxelles. — Cat. 
A. Moreau, p. 264. 

Le paysage, l'aspect de la nature, l'état du ciel, l'heure du 
jour, la saison, concourent toujours dans l'œuvre de Delacroix, 
à l'effet moral du sujet. En cette esquisse, le maître a placé la 
scène au déclin de la iournée,au moment oii passent les dernières 
lueurs du soleil couchant. Dans la gravure de M. Frédéric 
Villot, qui ne fut exécutée que dix ans plus tard, en iSSq, la composition est retournée. 



N" 298 : Seigneur du temps de François 1" 

Aquarelle. — Signé, daté. — Vente Villot, i865 : i5o fr. — Voir l'eau-forte à l'année 

i833. — Cat. A. Moreau, p. 296. 

Dans l'aquarelle, ne figure pas le cheval qui se voit dans le second état de la gravure. 



N" 299 : Cheval abattu et cavalier démonté 

Lithographie. — H. o"M8o, L. 0^280. — Introuvable. — 
Non catalogué par M. A. Moreau. 

Notre croquis a été fait d'après une contre-épreuve il peine lisible. 
Le jet du dessin est très beau, et les attitudes de la chute ont une 
justesse de mouvement absolument remarquable. — A comparer avec 
le Soir d'une bataille de l'année 1S26. C'est le même drame 
autrement interprété et transporté dans un autre milieu, la même 
sensation tragique de l'abandon sur le champ de bataille désert. 




84 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1829 



N° joo : Steenie 



admirés. 



Lithographie. — H. o'"i6i, L. o"'2i5. — Vente Dela- 
croix ^ 4 t"r. (sous le titre de « Redgauntlet poursuivi par 
un lutin à cheval >>). — Cat. A. Moreau, p. 32. 

Cette planche, jusqu'ici inédite, n'est pas terminée. Commencée 
par Delacroix en 1829, puis laissée décote, il la reprit en 1841; 
le ciel fut alors complètement gratté et le terrain du premier 
plan couvert de nouveaux travaux, atin d'arriver à mieux 
rendre l'effet d'un clair de lune. Néanmoins, Delacroix n'ayant 
pas encore été satistait de son œuvre, l'abandonna de nouveau. 
Le geste et le mouvement en sont pourtant bien dignes d'être 
h raison de leur concordance avec la grande ordonnance des masses. 




N" 301 : Un pendu qui ressuscite 

Lithographie. — Cat. A. Moreau, p. 74. 

Le pendu court après un homme qui fuit devant lui. Cette planche, destinée à illustrer une 
nouvelle de M. V. Schœlcher qui porte le titre indiqué plus haut, ne fut jamais terminée : 
il n'en a été tiré qu'une ou deux épreuves et la pierre grattée ensuite. 

N" ^02 : Duguesclin 




Lithographie. — H. o'"272, L. o'"204. — Vente posthume îles 
deux pièces, premier état; : 18 fr.; Langlais ( les deux pièces, 
premier état, avec Front-de-Bœuf) : 68 fr.; De La Combe (les deux 
pièces, deuxième état) : 10 fr. -r- Cat. A. Moreau, p. 46. 

Premier état. Sans aucune lettre. 

Deuxième état. En haut, à gauche : « Chroniques de France » ; à droite : 
■• Château de Pontorson » ; en bas, à gauche : c Delacroix del. à Paris, 
chez H. Gaugain et, C'"=, rue Vivienne, 2, et rue de Vaugirard, 34» ; à 
droite : « Impi^lith. dé P. Gaugain. London by Engelmann Graff Coindet 
et C'i' Dean Street Soho » ; au milieu : <i Sous le pied des chevaux, le 
pont-levis résonne. C'est lui, c'est Monseigneur, et dans la vaste cour 
chacun veut, des premiers, saluer son retour. » 

Troisième état. En haut, à gauche : « Chroniques de France » ; à droite : n Scènes de la 
Fronde » ; en bas, à gauche : << C. Roqueplan del. » ; h droite : « Lith. de Ligny et Duplaix, 
rue Quincampoix, 38" » ; au milieu : <i Entrée du duc de Bourgogne ». 
C'est le peu de succès de cette pièce et de la précédente, avec le nom de Delacroix, qui en- 
gagea l'éditeur à y substituer celui de Camille Roqueplan, beaucoup plus populaire à cette 
époque : telle est l'origine du troisième état. 

Cette pièce et celle qui suit ont été publiées dans un recueil de dix planches lithographiées. 
Sur la couverture, un encadrement au milieu duquel se détache sur fond noir un 
écusson entouré d'une guirlande de fleurs. En haut : « Madame Amable Tastu » ; au milieu: 
« Chroniques de France, dessinées et lithographiées : MM. Boulanger, Delacroix, Devéria et 
C. Roqueplan, à Paris » ; en bas : H. Gaugain et C'°, rue Vivienne, n" 2 ». 



iSîQ 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



85 



N° ^0} : La sœur de Duguesclin 



Lithographie. — Premier ctat : H. o'"252, L. o™2o3. — Deuxième 
étal: H. o"2 lo, L. o"'i 5o. — Gravé sur bois: o'"2io sur o™2 5o dans 
le Magasin pittoi'esqiie [Juin 1864). — Cat. A. Moreau, pp. 45, 143. 

Premier état. Sans aucune lettre. 

Deuxième état. En haut, h gauche : « Chroniques de France » ; à 
droite : o Château de Pontorson »; en bas à gauche : « Delacroix, fec; 
à Paris, chez H. Gaugain et C'", rue Vivienne, 2, et rue de Vaugi- 
rard, n" 34 »; à droite : « Imp. lith. de H. Gaugain, London by Engelmann 
Graff Coindet et C'" Dean Street Soho »; au milieu : « Soudain courant 
à lui, la sœur du châtelain le frappe de Tépée en s'écriant : Guesclin. 
Octobre 1829. » 

Troisième état. En haut, à gauche : « Chroniques de France » ; à droite : « Scène de la 
Fronde » ; en bas, à gauche : « C. Roqueplan del. » ; adroite : « Lith. de Ligny et Duplaix, 
rue Quincampoix, 38 » ; au milieu : « La Tour de Nesles. » 
Cette lithographie a été exécutée sur pierre par le procédé dit au lavis. 




N° 304 : Richard et Wamba 



Lithographie. -— H. o^igS, L. o"^255. — Cat. A. Moreau, 
p. 3i.^ 

Cette lithographie est extrêmement rare. M. Riésener possédait, avec 
le croquis original de cette composition, le calque qui servit à Dela- 
croix pour le transporter sur la pierre. C'est le croquis nième que 
nous reproduisons. La lithographie ne porte ni k-ttre, ni date, ni 
signature. On sait que le monf est emprunté à ïlvanhoe de Walter 
Scott. Richard et Wamba se sont arrêtés dans la foret. Ce dernier 
montre du doigt l'endroit où se dissimulent les hommes de Jean-sans-Terre. 




N°' ^o^, }o6 : La Fiancée de Lamermoor 

i" Lithographie. — H. o'"2i7, L. o"'!!^. 

— "Vente De La Combe (premier état): 19 tr. 

— Cat. A. Moreau, p. 47. 
2° Lavis à Feiicre de Chine. — H. 0^14, 
L. o™fi. — "Variante du précédent. 
Premier état. En haut : « Walter Scott, chap. 
XXIX »; en bas à gauche : « Delacroix, fec, 
à Paris, chez E. Ardit, éditeur, rue Vivienne, 
2 » ; à droite : « Imp. lith. de E. Ardit London 
by Engelman Graff Coindet Dean Street Sohon; 
au milieu : n n" 17, January i83o » ; puis ces 

mots :« Et l'oiseau tomba aux pieds de Lucie dont la robe fut tachée 
de quelques gouttes de sang. » Avec le texte anglais en regard. 
Deuxième état. Ln bas adroite : Inlp. lith. de E. Ardit » ; mais sans l'adresse de Ardit à 
gauche, ni celle de Engelmann à droite et sans la date en anglais au-dessous du n° 17. 




86 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1820 



N" J07 : Front-de-Bœuf et la sorcière 




Lithographie. — H. o'"2io, L. 200. — Ventes Langlais : 68 fr. 
(avec les deux pièces des « Chroniques de France)»'; posthume 
(sous le titre de « Boisguilhert sur son lit, maudit par la 
Sorcière») : jS fr.; Sensier, décembre 1877 : 25 fr. — Cat. 
A. Moreau, p. 3 i. 

La force du mouvement en cette scène, tirée de ïlvanhoe deWalter- 
Scott,est admirable et, malgré la richesse du lieu où elle se passe, 
des boiseries sculptées, des hautes courtines relevées et drapées, 
des armes jetées dans l'ombre, elle prend un caractère de violence, 
de désordre absolument fantastique, qui tient précisément à l'habile 
contraste d'un décor somptueux et de personnages a demi nus et dépenaillés. 



N" J08 : Front-de-Bœuf et le Juif 



Lithographie. — H. o"i66, L. o'"2i7. — 
Vente Parguez (deuxième état) : 3 fr. — Lan- 
glais, 1868 (deuxième état): 2 fr. — Vente 
posthume (deux épreuves, premier et deuxième 
états'' : 7 fr. — Cat. A. Moreau, pp. 45 et 74. 

Premier état. Croquis sur les marges: à gauche, une femme 
nue en pied, les bras liés derrière le dos; à droite, une 
femme en buste, les cheveux épars flottant sur ses épaules 
découvertes. Nous donnons une reproduction de ces deux croquis. 

Deuxième état. Sans les croquis. En haut à gauche ; « Ivanhoé »; à droite : n Chap. XXII»; 
au milieu : i< Walter Scott ». En bas à gauche : « Delacroix, fec, à Paris, chez Gaugain et 
C"^, rue Vivienne, n" 2 »; à droite : « Imp. lith. de H. Gaugain, rue de Vaugirard, n° 34; 
London by Engelmann Coindet et C'", St-Martin Lane Leices''" square»; au milieu: 
(1 n" II, septembre 1829 » et ces mots : « Chien maudit issu d'une race maudite, vois-tu ces 
balances? Il faut que tu m'y pèses mille livres d'argent » . Et le texte anglais en regard. 




N" 309 : Lion de F Atlas 




Lithographie. — H. o°'33, L. o'"46. — Ventes Dubois (pre- 
mier état, avec le tigre) : 41 fr.; Langlais (premier état, avec 
le tigre et deuxième état : 33 fr.; Soleil (premier état, seul) : 
2 3 fr. — Cat. A. Moreau, p. 43. 

i'remier état. Sans aucune lettre. 

Deuxième état. En bas, à droite : o Delacroix, fec. ». Certaines 

(.preuves sans nom ni adresse d'imprimeur; au milieu: n Lion de 

1 Atlas » et le timbre sec en triangle de n E. Ardit à Paris u ; 

En bas h gauche : « A Paris, chez H. Gaugain et C'<^, rue de Vaugirard, 

te : « Delacroix, fec, Imp. lith, de H. Gaugain, rue Vivienne, n" 2; » au 

de l'Atlas. » Il existe de cette planche et de la suivante une copie retournée. 



r82Q 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



87 



N° 3 10 : Tigre royal 

Lithographie. — H. o™33, L. o"'^6. — Ventes Delacroix 
(premier état) : 5o fr.; (deuxième état) : 21 fr.; (deuxième 
état sur chine, mais coupée, avec le Lion de l'Atlas) : 20 fr.; 
de C. 1"^'' février 1861 (les deux pièces, deuxième état) : 9 fr. 
— Cat. A. Moreau, p. 44. 
Premier état. Sans aucune lettre; 

Deuxième état. En bas à gauche : « A Paris, chez Gaugain et C'', 
rue de Vaugirard, n" 2, a Paris, »; tandis que dans le troisième 
état on lit : Rue Vivienne » et non pas comme ici deux fois : 

« Rue de Vaugirard ; » au milieu : Tigre royal. » 

Troisième état. En bas à gauche « A Paris, chez H. Gaugain et C'", rue de Vaugirard, n" 84; u 

à droite ; « Delacroix, fec, imp. lith. de H. Gaugain, rue Vivienne, n° 2; » au milieu : 

« Tigre royal. » 

Une lettre de Constant Dutilleux dit bien l'effet que produisirent ces travaux sur la jeunesse 

enthousiaste d'alors : « Il vient de paraître de lui deux belles lithographies, un lion et un tigre; 

c'est beau comme un Delacroix. Je n'en sais pas le prix, je n'en sais que la beauté. » 




N°^ ^11, ji2 : Vercingétorix 




i" Lithographie. — H. o'"25, L. o'"i8. — Ventes De La Combe, 
i863 : 20 fr.; posthume, 1864 (les deux pièces): 7 fr.; Du- 
bois, 1866 : 5 fr.; Soleil, 1872 (dans un lot): 38 fr.; Cat. A. 
Moreau, p. 44. 

En légende, en bas à gauche : « Lacroix, 1829, » et à droite : Lith. 
Engelmann. » 

Cette planche servit de cul-de-lampe pour l'introduction du Voyage 
en Auvergne du baron Taylor, p. 9. 

2" Delacroix avait commencé sur ce même sujet, dit M. Moreau, 
une première pierre restée inachevée. — H. o™23o, L. o™i6o. — La 
tète du guerrier seule est terminée, le reste du personnage et le bou- 
clier sont légèrement indiqués. Le paysage et les accessoires du pre- 
mier plan n'existent pas, même en indication. 

Nous ne connaissons de cette planche incomplète que deux épreuves; l'une de ces épreuves 
est conservée à la Bibliothèque nationale. 



N° ) 1 3 : Esclave turque 



Lithographie. — Cat. A. Moreau, p. 74. 

Nous reproduisons textuellement ce que dit M. Moreau de cette lithographie que lui-même 
n'a jamais rencontrée en dépit de ses recherches : « Vêtue d'un riche costume oriental, l'es- 
clave est assise sur un sopha très bas. « 

Lithographie d'une aquarelle de Richard-Parkes Bonington. — « Delacroix, peu satisfait de 
cette lithographie qui ne rendait pas assez bien selon lui la vigueur de l'original, la fit effacer 
sur la pierre après un tirage de deux épreuves. » 



N° j 14 : Tigre couché 




Eau-forte. — H. o™096, L. o™i48. — Vente posthume (trois 
épreuves du troisième et du quatrième état' : 7 fr. — Cat. A. 
Moreau, p. 18 et 19. 

Premier e'tat. Eau-forte pure. 

Deuxième état. L'animal est à peine visible sous les travaux de 

roulette, le côté droit du premier plan entièrement blanc sans 

aucune hachure. 
Troisième état. Le dos de l'animal se détache en foncé sur le fond et la tête en clair. 11 n'y a 
pas trace de paysage à gauche. 

Quatrième état. Le corps de l'animal, extrêmement vigoureux, s'enlève franchement sur le 
rocher très nourri de détails; le fond du paysage très nettement indiqué. 
Cinquième état. Bords rectitiés. 

Sur certaines épreuves, le terrain et le rocher, incomplètement essuyés, produisent des effets 
tout à fait différents et font croire au premier abord à des états plus nombreux. 



N"^ ^15, ji6 : Études de chevaux 



I" Cheval pur sang à Técurie. — Aquarelle. 
— Vente Villot. — Appartient à M. Pierre 
Legrand. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Cheval vêtu pour la promenade. — Aqua- 
relle. — Vente posthume.— Vente Pils: 1 10 fr. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Nous ne nous lasserons pas de reproduire ni d'admirer les innom- 
brables études de chevaux sorties de la main de Eugène Delacroix. La sincérité de son travail 
d'après la nature nous livre le secret de sa puissante imagination dans les œuvres composées, 
s'il est vrai que le meilleur de l'imagination soit fait de mémoire. 




N" 3 17 : Psara, Episode de la guerre des Turcs et des Grecs 




^ Dessin. — Gravé par Pourvoyeur: H. o'^ojo, L. o™o6o. — Cat. A. 
'"^v Moreau, p. 106. 

:';> . . . ... 

S ") Un janissaire foule aux pieds deux Grecs morts. De la main droite il tient 
un cimeterre, de la gauche l'étendard du prophète. Au fond, apparaissent 
les murailles crénelées d'une ville. 

Comme le suivant, ce dessin fut composé pour l'édition illustrée des C/ia'î- 
sons de Béranger. Il fut fait successivement plusieurs tirages de ces planches. 
Les remarqués faites au numéro suivant sur ces divers tirages des planches 
et les substitutions de nom, s'appliquent également h ce numéro. Il v aurait 
donc trois états de ces planches. Le premier sans titre; le second avec le titre et les noms de 
Jules Boquet et de Perrotin, éditeurs; le troisième, sans le nom de Boquet, et avec celui de 
Mauduit au lieu de Pourvoyeur. — Nous mentionnons les trois états signalés par M. Moreau, 
mais nous croyons ii une erreur. Nous n'avons jamais vu qu'un seul état de cette planche. 



N° 3i8 : Louis XI 




lacroix à 
parut en 
le nom 



Dessin. — Gravé par Pourvoyeur ( premier 
état) : H. o™o66, L. o^oSS (deuxième état), 
H. o™79, L- o"'6i. — Cet. A. Moreau, p. 107. 
Le roi vient de quitter son fauteuil et s'approche d'une 
fenêtre grillée; derrière lui, un page et deux hommes 
d'armes. 

Ce dessin a été fait en vue de la gravure pour la pre- 
mière édition illustrée en quatre volumes des C/îiTn.soH5 
de Béranger, publiée par Perrotin en 1829. Charlet, 
Decamps, Bonington, Grenier, collaborèrent avec De- 
cette édition. La gravure était de Pourvoyeur. Dans une édition ultérieure qui 
1844, et qui se compose de deux volumes in-12, les planches furent agrandies et 
de Mauduit substitué à celui de Pourvoyeur. 



N° ^19: Page conduisant un cheval 

^ ~r^ * <-î^:?fe^ Dessin rehaussé d'aquarelle. - H.o"'ii6, L. o'"i55. — Non 

K^^* 'iî^tfî^i ^ Cette aquarelle non signée a été offerte à M. Paul Lacroix ( Biblio- 
ffl^î * jf/"'iît<A phile Jacob) par Jules Janin, en 1829, peu de jours après que Eugène 
^^^^■^""('iTs ■^ ^ Delacroix l'eut terminée, à l'intention de ce dernier. Jules Janin 
^^S'^'-^.yJ^^^^ publia des « Salons » dans V Artiste. Delacroix lui écrit en iSSg pour 
'^^^-^ . —^^' le remercier au sujet d'un article et ajoute : c Quoique je n'aie pas 
encore obtenu d'être rangé au nombre des bons sujets de la peinture, 
docile aux avis de l'Ecluse et autres, je n'en suis pas moins très flatté d'occuper de moi. 
Tenir de la place, voilà, il faut en convenir, l'ambition de tous nous autres, et en tenir, autant 
dans vos lignes, mon cher Janin, est chose plus flatteuse encore. » Ce l'Ecluse est Etienne 
Delécluze, le critique classique d'alors au Journal des Débats. 



Année i83o 



N° po : Cromwell au château de Windsor 



Toile. — Dimensions inconnues. — Salon de i83i. — Cat. A. Moreau, p. 171. 

On lit dans le livret du Salon de i83i, sous le numéro 314 : (c Cromwell dans le château de 



W 

dan: 



il tombe à cette vue 



'indsor. Ayant retourné par hasard un portrait de Charles 1= 

ins une méditation profonde; il oublie qu'il a un témoin qui l'observe : c'est un espion 
du parti royaliste qui a obtenu accès auprès de lui^Wodstock, de Walter Scott). — Appar- 
tenant h M. le duc de Fitz-James. » Le tableau est sans doute en Angleterre. 



go 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i83o 



N° ^2 1 : Bataille de Poitiers 




Toile. — H. i'"i3,L. i'"45. — Signe et daté. 

— Exposition universelle de i855. — Ap- 
partenait alors à M. le vicomte d'Osembray. 

— Ventes Marmontel, i i mai 1868 : 28,000 
fr.; Edwards, 7 mars 1870: 42,650 fr., à 
M. Aguado. — Cat. A. Moreau, pp. 189 
et 258': 

Le titre complet de ce tableau célèbre est : t. Le 
roi Jean à la bataille de Poitiers. Son jeune fils, 
Philippe-le-Hardi, cherche a le protéger dans 
' 1 mêlée.» Admirable, tragique mêlée, en effet, 
d'hommes et de chevaux combattant sous le ciel 
bas, sinistre, où se mêlent aussi les nuées fu- 
rieuses. Rien ne ressemble moins aux batailles 
de convention, rien ne donne la sensation plus 



intense du combat homme à homme, corps à corps, des étreintes meurtrières 



N" 322 : Bataille de Poitiers — Esquisse 

Toile. — H. o'"45, L. o"'55. — Esquisse. — Numéro 54 
de la Vente posthume : 4,700 fr. à M. de Laage. — Vente 
Diaz, janvier 1877: 12,000 fr.; baron de Beurnonville, 
avril 1880 : 10,000 fr. — Cat. A. Moreau, p. 3i i. 

Il semble, au premier aspect, que les différences entre l'es- 
quisse et l'œuvre définitive (voir ci-dessus] soient insensibles. 
Les personnages sont groupés de même et h peine plus nom- 
breux dans le tableau^ On remarquera cependant que, dans 
celui-ci, le maître a baissé la ligne d'horizon, de manière 
à ce que les étendards se détachent en vigueur sur le ciel, 
ce qui donne plus d'air et de mouvement à la composition. 
Lorsque, en i83i, Delacroix réalisera la Bataille de Nancy, dont il avait tracé l'esquisse en 
1828 (voir n" 261), il apportera dans la composition des modifications analogues. 




N" 323 : Jeune tigre jouant avec sa mère 

Toile. — H. i'"27, L. i"'90. — Signé, daté. — Salon de i83i. 

— Gravé à Teau-forte par Charlotte Julien : H. o"'i46, L. 
o"'225 ; eten bois par Bœtzel, d'après Feyen-Perrin pour 
les Artistes de mon temps de Charles Blanc: H. o^'iig, 
L. o"'i65. — Lithographie par le maître (voir année i83i). 

— Cat. A. Moreau, pp. 47, 104, 171. 
Cette admirable étude, qui faisait la gloire du cabinet de 

M. Maurice Cottier, avait été peinte pour M. Thuret. M. Cottier, en mourant, l'a léguée au 
Louvre, ainsi que son Hamlet\ mais il en a laissé l'usufruit à madame M. Cottier. 




i83q 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



91 



N° 324 : Jésus et le paralytique 

Toile. — H. 0^24, L. o"'28. — Appartient à M. Ciioquet. — Non 
catalogué par M. A. Moreau. 

Cette esquisse est d'un ton vineux très doux et d'un sentiment de com- 
passion délicieux encore apparent dans notre croquis, maigre la petitesse des 
dimensions. Le geste suffit à l'éloquence de l'oeuvre, non seulement ici, 
mais, on peut le dire, dans l'œuvre entier de Eugène Delacroix. 




N° 325 ; Indien armé du gourka-kree 



Toile. — H. o"'40, L. o'"32. — Signé à droite. — Salon de i83 1 . 
— Gravé à Teau-forte par Lerat pour la Galerie Diirand-Ritel : 
H. o"M25, L. o™098. — Cat. A. Moreau, p. 171. 
Ce tableau, peint pour ^L Pierret, fut copié par le maître lui-même, à 
la suite du Salon de i83i, pour M. Alexandre Dumas. Il fut exposé de 
nouveau, en 1878, dans la galerie de M. Durand-RueL La puissance 
du ton, en cette petite toile, est merveilleuse et le geste superbe. De- 
bout à la lisière d'un bois, l'Indien en embuscade écarte des branches 
d'arbre pour examiner les mouvements des troupes anglaises, campées 
à quelque distance dans une plaine. — Delacroix, dans sa jeunesse, 
avait fait une longue et patiente étude des miniatures indiennes, les 
avait copiées et recopiées avec la plus na'ive fidélité [M. Philippe Burty 

possède quelques-unes de ces copies). Mais ici le maître interprète librement, avec une ad- 

rable certitude, un motif qui lui était ainsi devenu familier. 




N'^ J26 : Le 28 juillet 1830 



Toile. — H. 2™62, L. 3'"32. — Salon de i83i. 

— Exposition universelle de i855. — Gravé à 
Teau-forte par Salmon : H. o'"35o, L. o™443 

— Lithographie par Mouilleron : H. o'"235, L. 
o'"264. — Gravé sur bois pour affiches et frontis- 
pice de l'Histoire de dix ans, de Louis Blanc 
lafriches : H. o'^ôg, L. o'"5o; frontispice: H. 
o"'22, L. o'"i5). — Appartient au Musée na- 
tional du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. i23, 
140, 2o5, 171. 

.. Le Vingt-huit Juillet » dit Théophile Gautier, « est 
un morceau unique dans l'œuvre du peintre qui, 
cette fois seulement, aborda le costume moderne. 
Auguste Ba'rbier venait de lancer ses » ïambes » en- 
flammés, et cette rude poésie à la bouche noire de poudre et aux manches retroussées 
pour le combat, dut échauffer la verve du peintre. On retrouve, dans sa composition mi- 
réelle, mi-allégorique, tous les personnages du poète, depuis la forte femme « aux puissantes 




92 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i83o 



mamelles », jusqu'au pâle voyou au corps chétif. au teint jaune comme un vieux sou. Cette 
Liberté dem.i-nue.coifïée du bonnet phrygien, agitant le drapeau tricolore au-dessus d'une 
barricade jonchée de cadavres, étonne et surprend par son aspect fantastique au milieu de 
personnages d'une réalité crue et brutale; mais, cette dissonance acceptée, quelle figure 
neuve que celle de l'enfant embarrassé dans les butfieteries d'un soldat mort qu'il a 
dépouillé et tenant un pistolet d'arçon! Comme c'est bien le gamin de Paris, cette graine 
de héros, si elle tombe en bon terrain! Comme ces cadavres du premier plan sont jetés 
avec une vérité terrible, pêle-mêle parmi les poutres et les pavés ! » 

Delacroix estimait assez ce tableau pour en invoquer le souvenir comme un titre à l'appui 
de sa candidature à l'Académie des Beaux-Arts en février iSSy, par suite de la mort du baron 
Gérard. On trouve le 28 juillet i83o parmi « les noms de quelques-uns des ouvrages sur 
lesquels il prend la liberté d'appeler les souvenirs indulgents de l'Académie. 



N° 327 : Un fait inconnu de juillet 1830 

Dessin. — Gravé sur bois par Porret pour le « Salon de i83i » 
de Gustave Planche: H. D'yoga, L. o"'iqo. — Cat. A. Moreau, 
p. 142. 

Il est de tradition que Delacroix dessina lui-même le bois. Le premier 
état porte, en bas, à gauche:» E. Delacroix »; adroite: « Porret ». Le 
deuxième état porte, en bas, au milieu : « Un fait inconnu de Juillet 
i83o ». C'estune réduction sommaire du célèbre tableau reproduit sous 
le numéro précédent. « Les insurgés de la barricade, dit Théophile Silvestre, s'enivrent 
de poudre et de soleil au fond d'un quartier noir et tortueux de la vieille Cité, entre 
l'Hôtel-de-Ville qui les mitraille, l'Hôtel-Dieu qui les repousse et la Morgue qui les attend.» 




N° 328 : Portrait d'un élève de la pension Goubau 



qu on 



Toile ovale. — H. o"'6o, L. o'"5o. — Signé, daté au bas à droite. 
— Appartient à M. G. Arosa. — Non catalogué par M. Moreau. 
Amédée Berny d'Ouville fut, comme l'avait été son frère Eugène en 
1828, lauréat du concours général en i83o. Il était alors en sixième 
et obtint le second prix de thème latin. Il mourut plus tard, en mer, 
dans une traversée de l'Atlantique. Il est vêtu d'une redingote brun 
verdàtre, d'un gilet jaune citron, d'une cravate rose clair. Ce portrait 
soumis à M. Eugène Berny d'Ouville, est reconnu par lui et il s'écrie : 
a C'est bien mon frère, il avait tout à fait cette petite tête de fouine.» 
Et tel est, en effet, le mérite particulier des portraits peints par Eu- 
gêne Delacroix. Il n'y faut pas chercher la ressemblance photogra- 
phique, proprette, bourgeoise, on ne l'y trouverait point. Mais ce 
est toujours sûr d'y rencontrer, c'est l'exactitude absolue et caractéristique du type. 




N" 329 : Tigre couché 



Pastel. — H. g""! 5, L. o'"22. — Vente baron de G. 1 858 : 1 5o fr. — (Voir l'eau-forte 
originale à l'année 1846). — Cat. A. Moreau, p. 293. 



i83o 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



93 



N° 330 : Gluck au piano 



Pastel relevé d'aquarelle. — H. o'"222, L. o^i/o. — Gravé à 
Peau-forte, de mêmes dimensions, par M. Villot. — Vente Villbt, 
1864 : 96 francs. — Cat . A. Moreau, pp. 85, 25. 
«Le musicien exécute au piano l'opéra d'Armide; il prie son auditeur, 
debout à ses côtés, de lui tourner les feuillets d'une prétendue partition 
dont toutes les pages étaient blanches. » 

11 existe de l'eau-forte de M. Villot plusieurs états. Le premier, à l'eau- 
forte pure, n'a aucune lettre : deux épreuves. Le deuxième état, avec des 
travaux de roulette, montre la lettre. En bas à gauche : « Eug. Delacroix, 
del. »; à droite : « Frédéric Villot, sculp., i835». Dans le troisième, la 
tète de Gluck a été refaite. Quatrième état : Tous les travaux de rou- 
lette et de pointe sèche sur l'habit et la culotte sont adoucis et rendus plus transparents. 




N" 3 3 1 : Jeune fille auprès d'un puits 

Aquarelle. — Salon de i83i. — Cat. A. Moreau, p. 172. 

N"^ 332, 333, 334, 3M • Les Saisons 



i°Le Printemps. — Sépia. 
— H. ,o'"i35, L. o'"27o. 
2° L'Été. — Sépia. — H. 

0"'I05, L. 0'"220. 

3° L'Automne. — Aqua- 
relle. — H. o^iSo, L. 
25o. 

4° L'Hiver. — Sépia. — 
H. o'"095, L. o-^iSS. 
Ces quatre sujets ont été 
exécutés, dit-on, en peinture 
pour la salle à manger de 
Talma. Nous reproduisons 
les dessins qui ont passé à la 
Vente posthume et qui ap- 
partiennent, avec d'autres 
croquis de ces compositions, à M. Alfred Robaut. Ils ne sont pas catalogués par M. Moreau. 




N" 336 : Cheval arabe 



Aquarelle.— Ventes Villot, i865: i5o fr.; Barillot, 1866 : 172 fr.— Cat. Moreau, p.291. 
« Il est tourné vers la gauche. Dans le fond, une tente et plusieurs figures. » 



94 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i83ô 



N" jjj : Lion 

Aquarelle gouachée. — H. 0^20, L. o"'3o. — Vente baron de C, i858 : 100 fr. — 
Cat. A. Moreau, p. 293. 

N° ^38 : Gulnare 

Aquarelle. — Salon de 1 83 i . — Cat. A. Moreau, p. 172. 

Gulnare vient trouver Conrad dans sa prison (Lord Byroa, Le Corsaire). 

N" }}<)'■ Ecce Homo 

Sépia. — H. o'"i5, L. o"'09. — Salon de i83i. — Voir i833.--Cat. A. Moreau, p. 172. 




iriéme montre la tête 



N" )40 : L'église des Jésuites 

Sépia rehaussée d'aquarelle. — H. o'"253, L. o'"20o. — Gravé 
à Teau-forte, de mêmes dimensions, par M. Villot en 1848. — 
Cat. A. Moreau, p. 88. 

Le suiet est tiré du conte d'Hoffmann. Le voyageur aide le peintre qui 

travaille dans la chapelle; le premier est monté sur une échelle au pied 

de laquelle se tient le peintre, sa palette à la main. 

De l'eau-forte de M. Villot, il existe plusieurs états, qui, tous, ont la 

lettre gravée à la pointe. En bas, à gauche : Eug. Delacroix, del. »; 

a droite : « Fréd. Villot, sculps., 1848 »; au milieu : « L'église des 

Jésuites (Hoffmann) ». 

Le premier état est à l'eau-forte pure; le deuxième a reçu des travaux 

de roulette; sur le troisième, les veux du peintre sont effacés. Le qua- 

du peintre retouchée et le terrain du premier plan très teinté. 



N*" 341 : Gœtz de Berlichingen 

Croquis à la plume. — H. o"'20, L. o'"3i. — Signé, daté du 
II juin i83o. — Appartient à M. Feuillet de Conches. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Est-ce réellement Gœtz de Berlichingen ? La tête d'homme, à 
droite, rappelle en effet, le Gœtz des belles gravures du Magasin 
pittoresque (voir année 1843); mais le groupe de gauche nous tait 
l'effet de viser moins haut et de représenter simplement quelque 
étudiant se faisant versera boire par quelque fille de taverne allemande. 




i83o 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



q5 



N°' j42, H^ H4, H^ H^5 H7^ H^ = Études de chats 




Chat assis, vu de face. 



H. 



i" Le Chat de village. — H. o"'02o, L. 

o"'o5o. 

2° Tête de chat, tournée à droite. — H.o^oôo 

L. o'^oSo. 

3° Silhouette de chat maigre. — H. o'"o45, 

L. o'"5o. 

4° Petit chat jouant. — H. o'"075, 

L. o^oqo. 

5° Le Chat maigre. — H. o"'040, 

L. 0™020. 

6° Etude de chat d'après nature. — 
H. o'"o65, L. o"'070. 
L. o'"oi5. 



o"'040, 

Ces dessins font partie des quatre-vingts illustrations du livre de M.Champfleury : Les Chats, 
histoire, moeurs, observations, anecdotes. Rothschild, éditeur, cinquième édition. — La 
mise sur zinc est de M. Kreutzberger, la gravure est faite par le procédé de M. Comte. 



N" }49 : Paul Foucher 



Sépia. — Caricature. — H. o'"i3o, L. o"M 5o. — Reproduit en fac-similé 
de mêmes dimensions dans les Cénacles romantiques de M. Ghampfleury. 
— Non catalogué par M. A. Moreau. 

» J'ai trouvé,» dit M.Champfleury, « dans les cartons de M. Pierret,un dessin à 
la sépia de Eugène Delacroix, représentant l'allure habituelle de ce nouveau 
petit Saintinet ; c'est dire qu'on n'entrevoyait dans le monde ni dans les ateliers 
le bon Paul Foucher sous un jour bien sérieux... La maison hospitalière des 
Picrret s'ouvrait tous les soirs à un groupe d'amis des arts : Delacroix, Schwiter, Frédéric 
Villot, A. Jal, etc. Divers croquis donnent à croire qu'à la suite de quelque mésaventure ré- 
cente attribuée à Paul Foucher, toute une soirée fut consacrée à dessiner ses faits et gestes. » 




N° } ^o : Assassinat du duc de Bourgogne 




vaille d 
l'entrev 
sans Pe 



Croquis à la plume. — H. o^iSS, L. o'"23o. — Appartient 
à M. Philippe Burty. — Non catalogué par M. Moreau. 
Admirable croquis, tracé d'un jet de plume. Les mouvements si 
différents de l'attaque violente et de la défense impuissante sont 
rendus avec la décision et la certitude d'un grand maître. Il est 
peu d'œuvres d'art qui, par des moyens si simples, arrivent à 
communiquer l'émotion aussi vive d'un drame. La combinaison 
des lignes dans le geste des bras levés pour frapper est une trou- 
i génie comme il y en a tant dans l'œuvre de Eugène Delacroix. — C'est à l'issue de 
ue avec le dauphin Charles, au pont de Montereau, en 1419, que fut assassiné Jean 
ur, qui, lui-même, avait fait égorger Louis d'Orléans en 1407. 



96 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i83i 



Année i83i 



N° ^ p : Melmoth ou Intérieur d'un couvent de dominicains 
à Madrid ou l'Amende honorable 



Toile. — H. i'"3î, L. i'"62. — Signé au milieu 
et daté i83i. — Salon de 1834. — Gravé à 
Teau-forte par M. Boilvindans les dimensions 
de : o^ioj sur o"i36, pour la galerie Du- 
rand-Ruel. — Cat. A. Moreau,pp. 174 et 255. 

« J'ai trouvé à Rouen de quoi faire un tableau qui 
m'inspire assez », écrit Eugène Delacroix le 3o 
septembre i83i. Ce a de quoi faire un tableau » 
était la salle du palais de justice. M.Alfred Robaut, 
dans une biographie de Corot, nous a gardé le 
souvenir de l''impression que l'illustre paysagiste 
avait éprouvée en revoyant cette salle: (■■ Il fallut 
l'accompagner au palais de justice, où il eut, à 
l'éloge de Delacroix, une superbe exclamation. 
Nous étions assis sur un des bancs qui font le tour 
de la salle des Pas-Perdus; il était là silencieux depuis un moment, les yeux levés sur les 
hautes voûtes en bois sculpté, quand tout à coup il s'écria: n Quel homme ! quel homme! » 
Il revoyait dans sa pensée le tableau de l'Amende honorable que nous avions admiré ensemble 
quelques jours auparavant dans les galeries Durand-Ruel. Pour lui, la salle n'était rien, 
Delacroix était tout, quoique celui-ci n'eût fait que s'en inspirer comme fond à des per- 
sonnages de Melmoth. » 




N° 3^2 : Ruines de la chapelle de l'abbaye de Valmont 

To lie. — H. o'"47, L. o^SS. — Daté. — Appartient à M. Bornot. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Delacroix écrit le 3o septembre i83i, à son ami Pierret : « Je suis à 
Valmont, séjour de paix et d'oubli du monde entier. Le charme que 
j'y trouve, mon vieil ami, est dans ce dépouillement complet d'émo- 
tions vives et saccadées qui font de ma vie de Paris une épreuve 
continuelle et une danse sur la corde sans balancier. Affaires d'argent 
et d'amour-propre, obligations de politesse, amour même, tout cela 
ne tient pas dans mon cœur et dans mon esprit la place qu'une seule 
de ces choses-là absorbe dans mon être, quand je me trouve au milieu 
de ce foyer d'agitations continuelles où tu respires. Je ne me suis 
jamais rendu compte à un pareil degré de l'inutilité des folies pour 
faire mener heureusement la vie. Ce qui nous occupe surtout à Paris, c'est la fureur de faire 
figure. Je crois à présent que si je trouvais un homme qui voulût me fournir le nécessaire 
comme à un chapon qu'on engraisse, c'est-à-dire d'avoir tout mon travail et une autorité assez 




i83i 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



97 



grande sur ma liberté, je passerais un marche' tout de suite. J'ai trop de liberté pour en 
sentir le prix. Ici j'en ai moins et davantage. Moins, en ce que je vis avec un despote 
complet qui me gouverne physiquement, qui me fait dîner à telle heure, qui me fait aller 
dans tel endroit pour mon plaisir, etc. Davantage, en ce que mon esprit, dégagé du souci 
de s'occuper de mille soins insupportables à ma nature, divague à son gré, jouit de son propre 
calme, crée des palais et des enchantements, sans que la voix de la nécessité triviale le 
rappelle à terre. » Lettres, Édition Ph. Burty. 



N° 5 5 ^ : Boissy d'Anglas 



Toile. — H. o"'7g, L. i'"04. — ■ Signé et daté 
i83i. — Gravé à Teau- forte par Bracque- 
mond dans les dimensions de : 0^415 sur 
o'"545. — Appartient à M. Larrieu. — Cat. 
A. Moreau, pp. 172, 190. 

La planche de M. Bracquemond fut exécutée sur 
une commande du Conseil municipal de Paris; 
elle a sept états, les six premiers avant la lettre ; 
le septième porte, en bas à gauche : « E. Delacroix, 
pinx. i>; à droite : « Bracquemond, aquaf. »; au 
milieu : « Imp. A. Salmon. — Boissy d'Anglas 
présidant la Convention le 1°^ prairial an III. >> 
(I Delacroix. I) a dit Théophile Silvestre, n atteint le 
dernier terme du fantastique et du terrible dans 
le Boissy d'Anglas. Le peuple s'engouffre comme 
un fleuve en colère dans l'enceinte de la Convention nationale. Murailles, escaliers, galeries, 
craquent et chancellent; ouvriers, clubistes, guenillards, montent les uns sur les autres en 
se cassant les membres; les représentants restent immobiles; le président contemple, sans 
frayeur, la tête sanglante de Féraud qui lui est présentée au bout d'une pique, et les trico- 
teuses, penchées du haut des tribunes, éclatent en tonnerres d'applaudissements. Un jour 
rare glisse péniblement dans la salle pardessus les têtes qui foisonnent; la poussière soulevée 
par les trépignements vole en tourbillons dans cette atmosphère orageuse, traversée par l'éclat 
livide des baïonnettes. » — Ce tableau fut peint comme le précédent, pour un concours, 
dans lequel la victoire resta au peintre Court. On reprochait à Delacroix de n'avoir pas, 
selon la tradition, découvert la tête du président de l'assemblée. 




N° 3 54 : Charles-Quint au monastère de Saint-Just 



Toile. — H. o"'75, L. i'"i5. — Signé en haut, à droite et 
daté i83i. — Salon de i833. — A figuré à l'exposition des 
Alsaciens- Lorrains, en mai 1874. — Vente du comte de 
Mornay, 29 mars 1877; 9,600 francs au marquis de la Valette. 
— Voira 1 833, lithographie; à 1837, variante peinture; à 1839, 
réduction exacte. — Cat. A. Moreau, pp. 48 et 173. 
Revêtu du froc, l'empereur assis et à demi renversé dans l'attitude 
d'un dilettante mystique, joue de l'orgue. Un autre moine imberbe, 
debout auprès de lui, l'écoute. — Ce tableau qui a appartenu à made- 
moiselle Mars,fut acheté 2,000 francs à la vente de la célèbre comédienne par M. de Mornay. 




N° j ^ 5 • Bataille de Nancy 



Toile. - H. 2"'37. L. B-^Sô. 

— Salon de 1834. — Exp, 
univ. i855. — Donné par 
TEtat au Musée de Nancy. 

— Gravé par Lançon : H. 
o'"r23, L. o^iqS, pour un 
livrede R. Ménard,/'^/5ace- 
Lorraine. — Photographié 
parBraun. — Cat.A.Moreau, 
pp. 184 et 2o3. — Voir année 
1828, n°26i. 

Il Le 5 janvier 1477, le duc de 
Bourgogne, Charles le Témé- 
raire, livre cette bataille par 
un temps glacé qui fut la perte 
de sa cavalerie. Lui-même, 
embourbé dans un étang, fut 
tué par un chevalier lorrain au 
moment où il s'uttoraiit d'en sortir. » "Notice du catalogue de i835.1 Commencé en i83i, 
ce tableau ne fut terminé que pour le Salon de 1834. Nous modifions les dimensions 
données par M. Moreau ',i"'oo sur 3^65;, pour adopter celles du catalogue du musée de 
Nancy, qui se rapprochent d'ailleurs de celles du catalogue de l'exposition posthume. 




N" 556 : Raphaël jeune méditant dans son atelier 

Toile. —Salon de i83i. — Cat. Moreau, p. 171. 

Tableau peint pour M. de Mornay. Raphaël est assis sur un escabeau, le coude sur une table. 

— 'Voir plus loin, en cette même année i83i, un dessin du même sujet. 

N°}57 : Le Christ au Jardin des Oliviers 

Toile. — H. o^So, L. i™io. — Voir à Tannée 1827, n°* 176 à i83. — Cat. 
A. Moreau, pp. 220, 226. 

Cette réduction du grand tableau de 1827 a été peinte pour le chanteur Nourrit. Les dimen- 
sions nous sont fournies par M. Moreau ; n'ayant pas vu le tableau, nous sommes forcé de 
les reproduire telles quelles, mais nous doutons qu'elles soient exactes. 

N° 558 : Tête de jeune femme 



Toile. — H. o"'42, L. o^BS. — Etude peinte le soir à la lampe.— Vente Villot, 
1864 : 145 fr. — Non catalogué par M. A. Moreau. 



r83i 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" j)C) : Mirabeau et Dreux-Brézé — Esquisse 

Toile de i5 à 20. — N° 14 de La Vente posthume. — Appartient à M. Jadin fils. 
Non catalogué par M. Moreau. 

N° )6o : Mirabeau et Dreux-Brézé 




Peinture sur bois. — H. o"^j8, L. o"'g2. — Signé au 
bas et daté 1 83 i . — N° 1 28 de la Vente posthume. — 
Appartenait à M. Bouruet-Aubertot. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

M. Bouruet-Aubertot, qui est mort en 1882, était le neveu 
de l'ami intime de Eugène Delacroix qui a gravé plusieurs 
compositions du maître. Ce tableau a 'été placé par 
M. Bouruet-Aubertot père à l'exposition posthume de 
Eugène Delacroix, boulevard des Italiens (n» 127 ducata- 
loguej.Il a reparu aussi h l'exposition Durand-Rucl en 1878, 
mais trop tard pour figurer au catalogue. Il y avait égale- 
ment h cette exposition le même sujet peint sur toile de 
même dimension par Tassaert. Ces deux artistes avaient l'un et l'autre produit leur œuvre en 
vue d'un concours d'Etat qui eut lieu à cette époque. 

« Comme les poètes, Delacroix devine, adit Henri de la Madelène. « Onne peut même conce- 
voir que les choses aient pu se passer autrement qu'il ne les a peintes. Le marquis de Dreux- 
Brézé signifiant aux gens du tiers la volonté du roi, n'a pas pu avoir une autre attitude que 
celle que l'artiste lui prête en face de la foudroyante apostrophe de Mirabeau. Quelle com- 
position simple et puissante I Voilà bien les deux adversaires en présence, l'ancien régime et 
la Révolution. Le marquis suivi des massiers du roi, vêtus de dalmatiques fleurdelisées, 
magnifiquement vêtu lui-même, élégant, mince, fin d'attaches, personnifiant de la façon la 
plus noble l'ancienne cour, et incarnant toute une époque, les gens du tiers dans la sévérité 
uniforme de leur costume, affirmant déjà régalité civile, dont la conquête va coilter tant de 
sang! C'est un duel véritable et le plus saisissant qu'on puisse imaginer! » 



N° 361 : Portrait de M. de Verninac 

Toile. — H. o'"40, L. 0^32. — Non signé. — N° 74 de la Vente posthume; r,2 5o fr. 
à M. Lecomte. — Appartient à madame Duriez. — Cat. A. Moreau, p. 233. 
M. de Verninac était neveu de Eugène Delacroix. Ce portrait, fort beau en ses petites dimen- 
sions, n'est sorti de l'atelier du maître qu'à sa mort. Le modèle est représenté à mi-corps; il a 
la tète coiffée d'un béret bleu. (Voir un portrait du même personnage, h l'année i833.) 

N" 362 : Indien armé du gourka-kree 

Répétition du tableau peint en i83o, voira" 325. — Non catalogué par M. Moreau. 






L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i83i 



N""" ^6), 364 : Madame Daltoii 



1° Toile. — H. o™65, L. o"'54. — Appartient 
à M. de CourvaL — Cat. A. Moreau, p. 233. 
2° Dessin à la mine de plomb. — H. i'"5o, 
L. o^ijo. — Vente posthume, à M. Castillon- 
Bouvenne. — Non catalogué par M. Moreau. 

Cette jolie personne, aux traits un peu forts, mais 
réguliers, aux lèvres e'paisses, sensuelles et d'un beau 
sourire, est accoudée à droite et regarde le spectateur en renversant un 
peu la tête qu'elle a posée dans la main. Ses lourds cheveux noirs sont 
divisés en larges bandeaux, comme dans le célèbre portrait de George Sand jeune, avec 
laquelle, d'ailleurs, madame Dalton a quelque ressemblance. Madame Dalton était élève de 
Delacroix; plusieurs de ses paysages ont été légèrement corrigés ou retouchés par le maître 
et peuvent passer pour des Delacroix. Il y en a même eu d'inscrits sous le nom du maître 
à la vente posthume. Nous avons vu qu'elle pratiquait aussi la lithographie. Le dessin doit 
être de quelques années antérieur à l'ébauche peinte, si on s'en rapporte à l'expression du 
modi.-le, qui, à n'en pas douter, y paraît beaucoup plus jeune. 




N" 36^ : Une loge au théâtre 




Aquarelle. — H. o^ijS, L. o"'2io. — Signé en haut à gauche: «Eug. 
Delacroix i83i.» — Vente Durand, décembre 1874, 60 fr. , revendu 
depuis à M. le comte Doria, décembre iSjS : i25 fr. — Non cata- 
Joguépar M. Moreau. 

C'est une scène à deux personnages. Avec un peu d'imagination, à l'attitude 
de l'homme qui se retourne, à l'allure de la femme, debout, on peut voir 
là comme une sorte de vision d'un conte d'Hoffmann. Si l'on n'y cherche 
point d'intentions si subtiles, on n'y verra que le mouvement d'une 
: pour laisser passer un nouvel arrivant qui se retourne pour s'excuser. 



N" j66 : Jeune tigre jouant avec sa mère 



Lithographie. — H. o'"ii2, L. o^'iSg. — Voir à l'année i83o, n° 323. — Vente 
De La Combe, premier état : i3 fr. — Vente Dubois, la même épreuve : 4 fr. — 
Vente Burty, 1874 (premier état) : 16 fr. — Vente Villot, 1875, premier état, deux 
épreuves : 8 fr. 5o. — Vente Burty, à Londres, 1876, premier état: 3 fr. 10. — Publié 
dans L'Artiste, tome I, année i83 r. — Cat. A. Moreau, p. 47. 

Premier état. En bas à droite : « Lith. de Delacroix »; à gauche : Eug. Delacroix » ; au 
milieu : « Jeune tigre jouant avec sa mère » ; en haut : L'Artiste ». 
Deuxième état. Même lettre; seulement en bas a droite : « Lith'" de Castille. » 
Sur les épreuves de ce tirage, les animaux sont plus corsés peut-être, mais il y a moins de 
velouté, de souplesse dans le pelage et le travail du ciel a disparu. Il y a encore un état qui 
porte au bas h droite: « Imp. Bertauts. » On ne voit de trait carré sur aucune épreuve. La 
planche est travaillée jusqu'aux bords, mais il n'y a pas de hlet. Il doit exister un avant 
premier état, c'est-à-dire sans aucu.ie lettre, mais nous n'avons pu en rencontrer d'épreuve. 



i83i 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" '>)(^'] ■ Le roi Rodrigue 




^ï1^ Peinture à la détrempe. — 
' "' M. Alexandre Dumas fils. - 



H. i"92, L. o'"95. — Appartient à 
■ N° 289 de TExposition posthume de 
Eug. Delacroix. — Non catalogué par M. Moreau. 

Cette peinture fut exécutée à l'occasion d'une grande fête costumée donnée 
par Alexandre Dumas, le i5 mars i832. Ziégler, Alfred et Tony Johannot, 
Clément et Louis Boulanger, Jadin, Decamps, Grandville, Baiye et Célestin 
Nanteuil avaient déjà terminé leur œuvre quand Delacroix arriva. 
n Sans ôter sa petite redingote noire collée à son corps, sans relever ses man- 
ches ni ses manchettes, sans passer ni blouse ni vareuse, Delacroix commença 
par prendre son fusain; en trois ou quatre coups, il eut esquissé le cheval; 
g^ en cinq ou six, le cavalier; en sept ou huit, le paysage, morts, mourants et 
8 fuyards compris; puis, faisant assez de ce croquis', iriintelligible pour tout 
autre que lui, il prit brosses et pinceaux, et commença de peindre. 
t( Alors en un instant, et comme si l'on eût déchiré une toile, on vit sous sa main apparaître 
d'abord un cavalier tout sanglant, tout meurtri, tout blessé, traîné à peine par son cheval, 
sanglant, meurtri et blessé comme lui, n'ayant plus assez de l'appui des étriers, et se courbant 
sur sa longue lance; autour de lui, devant lui, derrière lui, des morts par monceaux; au bord 
de la rivière, des blessés essayant d'approcher leurs lèvres de l'eau, et laissant derrière eux 
une trace de sang; h l'horizon, tant que l'œil pouvait s'étendre, un champ de bataille 
acharné, terrible; — sur tout cela, se couchant dans un horizon épaissi par la vapeur du sang, 
un soleil pareil à un bouclier rougi h la forge; — puis, enfin, dans un ciel bleu se fondant, 
h mesure qu'il s'éloigne, dans un vert d'une teinte inappréciable, quelques nuages roses 
comme le duvet d'un ibis. Tout cela était merveilleux à voir : aussi un cercle s'était-il fait 
autour du maître, et chacun, sans jalousie, sans envie, avait quitté sa besogne pour venir 
battre des mains à cet autre Rubens qui improvisait tout à la fois la composition et l'exé- 
cution. En deux ou trois heures tout fut fini. » [Mémoires de Alexandre Dumas. 1 



N" }68 : Cromwell devant le cercueil de Charles F'' 




Aquarelle. — In-folio. — Numéro 30? de la Vente posthume : 
1,010 fr. — Appartient à M. René Paul Huet. — Non cata- 
logué par M. Moreau. 

Cette aquarelle a été faite à la suite d'une conversation du maître 
et de son ami le paysagiste Paul Huet, au sujet du « Cromwell » 
de Paul Delaroche, dont ils regrettaient l'attitude insolente devant 
le corps du roi. Dans la composition de Delacroix, Cromwell, 
traversant une chambre écartée du palais, rencontre par hasard le 
cercueil de Charles I, s'arrête hésitant, troublé, et se découvre 
d'un geste gauche qui trahit son trouble intérieur. — Voilà lu 

— Notre vignette, faite de souvenir au moment de l'exposition de 

■st pas d'une exactitude rigoureuse. 



N" 569 : Raphaël dans son atelier 

Dessin mine de plomb. — Vente Villot. février i865 : 3o fr. — Cat. A. .Moreau, p. 296. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i832 



N° ^70 : Un page tenant un cheval par la hride 



Aquarelle. — H. o'"2i, L. o'"29. — Signé au bas à droite. 
— Legs de Eugène Delacroix au peintre Pérignon. — Non ca- 
talogué par M. Moreau. 

M. Pérignon était au nombre des quelques personnes désignées 
par le maître dans son testament pour s'entendre avec son léga- 
taire universel et classer ses dessins : « Chacun d'eux, ajoutait le 
.testateur, voudra bien accepter et choisir un dessin important.» Les 
-—— -w _ £».(^. autres personnes auxquelles le maître confiait cette mission étaient 
MM. Dauzats, Carrier, le baron Schwiter, Andrieu, Dutilleux et Burty. 




N° jji : Tigre couché 



Dessin. — H. 0^070, L. o^oqi. • — Salon de i83i. — En bas à 
gauche : « Eugène Delacroix. » A droite : « Porret. » — Cat. A. 
'^Jj^ Kioreau, p. y5. 

Ce dessina été gravé sur bois pour le Salon de i83i de Gustave Planche. 
âj Premier état. Epreuves tirées hors texte extrêmement rares. 
Deuxième état. Avec le texte autour du dessin. 

Etendu de profil et tourné vers la gauche du spectateur, l'animal présente 
la tête presque de face. Le fond est composé avec une sorte de décor composé de grandes 
herbes et de palmiers qui se détachent sur une échappée de ciel. 



^ï^i^fe^^ 



N'> ^72 



Portrait de Eugène Delacroix 



Étude 



Croquis. — H. o'"i 1, L. o'"i i. — Appartient à M. Chenavard. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Ce très singulier croquis à la mine de plomb a été exécuté par Delacroix d'après 
lui-même, dans la curieuse attitude d'un homme qui souffle et ouvre les veux tout 
grands. Malgré la déformation voulue par l'efl'ort, on reconnaît encore Delacroix. 



Année 1882 



N° }j} : Bonaparte en Italie (Milan) 



Toile. — H. o"'45, L.o"'6i. — N" i35 de la Vente posthume: 910 fr. — Vente Clc- 
singer, 6 avril 1868 : 800 fr. — Appartient à M. Goldschmitt qui ne permet pas de 
voir ce qu''il possède et qui consent encore moins à en laisser prendre un croquis. 
— Cat. A. Moreau, p. 28?. 



i832 



L'ŒUVRli DE DELACROIX 



N" }74 : Cavalier turc au repos 



Sur soie. — H. o"'io, L. o"'i4. — Non catalogué par M. Moreau. 
Cette fine composition, sortie comme en se jouant et d'un trait si sûr, 
si pur des doigts du maître et qu'il n'a même pas daigné signer, a été 
peinte sur un écran que Eugène Delacroix donna dans sa jeunesse à 
^ son ami, M. Rivet, dont le nom est revenu si souvent dans ces pages. 

Sfea^-^ i C'est une peinture à l'huile ou plutôt une sorte de lavis h l'huile, car la 
facture en est si mince qu'au premier aspect on dirait d'une aquarelle. 
C'est un procédé assez fréquent chez Delacroix et dont nous aurons à reparler. 




N° 57^ : Portrait du docteur L. Desmaisons 



Toile. — H, o"'65, L. o'"54. — Salon de i833 sous le titre : Por- 
trait de M. D. — Cat. A. Moreau, pp. 173 et 234. 

Eedocteur Desmaisons n'était point seulement le médecin de Delacroix : 
dès 1814, il était aussi son ami. Son nom revient quelquefois dans ses 
Lettres, notamment dans l'amusant amphigouri adressé à F. Guille- 
mardet le 6 décembre i83o : « Je reprends en sous-œuvre la présente 
lettre pour te tenir au courant de la brillante santé qui me caractérise 
dans le moment actuel. Je n'en sors pas moins pour le moment du 
conseil de discipline où, sur ma mauvaise mine, on vient de me donner 
un répit de quatre mois pour la brave garde nationale dont on ne me 
juge susceptihie de servir avec que quand je serai un peu engraissé de ma personne. Tu ne 
t'étonneras pas de la présente manière de m'exprinier, un tant soit peu inopportune et inat- 
tendue dans ma manière d'être d'habitude naturelle, attendu une lettre d'un gendarme de 
Fouilletourte en Berry, que nous venons d'en faire lecture en société où nous nous trouvons, 
qui est très drôle et très insolite pour l'expression des pensées dudit gendarme, qui écrit au 
docteur Desmaisons, qui vient de nous faire boire d'excellent saubayor, que nous en avons 
bu un verre à ta santé. » (Édition Burtv.) 




N° ^76 : Portrait de M. Boissard de Boisdenier 




Toile. — H. o'"6o, L. o'"5o. — Signé et daté : « Eug. Delacroix, 
i832. » — Acheté par M. le baron de Beurnonville, 3,5oo fr. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Le tableau n'a jamais été rentoilé; la peinture en est claire dans la 
gamme de tons de Rubens. — Redingote verte, fauteuil rouge cra- 
moisi, fond brun rouge. On croit que ce portrait est celui de M. Bois- 
sard de Boisdenier. En tout cas, ce n'est point, comme on l'a dit à 
tort, celui de Pétrus Borel, l'écrivain romantique que MM. Chena- 
vard, Préault,Riesener, Schwiter, etc., consultés par nous, n'ont point 
reconnu. Boissard était un amateur distingué, peintre de quelque 
talent, poète médiocre, excellent violoniste. Fils d'un pharmacien de 
Tours, il ne prit qu'assez tard son titre de noblesse. Riche, il habita d'abord le petit hôtel 
Lambert, puis l'hôtel Pimodan, où il eut pour familiers Charles Baudelaire et Théophile 
Gautier. ("Voir la Notice de Théophile Gautier placée en tête des œuvres de Baudelaire.) 



104 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i83a 



N° J77 : Madame la marquise de Mornay, née de Caulaincourt 



Toile. — H. o'"3io, L. o"''235. — Signé à gauclie, non daté. — 
Appartenant à M. le comte de Mornay. — Cat^ A. Moreau, p. 234. 

Madame de Mornay avait succombé pendant le choléra de i832, h cin- 
quante-deux ans. Delacroix la peignit de souvenir. A son retour du 
Maroc, il avait fait un court séjour chez son compagnon de vovage, 
M. de Mornay, resté son ami. Ce portrait est un pur chef-d'œiivre. 
La marquise de Mornay est vue presque de face jusqu'à la taille. Elle 
est coiffée d'un de ces hauts bonnets de dentelles et de rubans h la 
mode de l'époque. Les brides roses flottent sur une large collerette 
blanche qui couvre les épaules et rejoint le vaste bouflant des manches 
dites à gigot. Une chaîne d'or jette une note claire dans les colorations 
de la robe sombre. ■ — Nous rectifions les dimensions erronées du cata- 
logue Moreau qui donne à tort : H. o"i25, L. o'"20. 




N" jjQ : Monsieur Frédéric Villot 



Toile. — H. o™65, L. o"'54. — Voir à i833. — A M. Borthon, 
de Dijon. — Cat. A. Moreau, p. 234. 

Comme presque tous les portraits que Delacroix faisait de ses amis, 
celui-ci n'est ni signé ni daté. En 1875-76, M. Georges Villot fils, 
qui possédait une réduction de ce portrait (voir à l'année i833| 
offrit au Musée du Louvre celui-ci, qui est de grandeur nature ; mais 
MM. les conservateurs n'acceptèrent point ce don. Ce refus paraît 
d'autant plus étrange que Frédéric ViUot avait été lui-même conser- 
vateur du département de la peinture au Louvre, et que son passage 
à ce poste important a été marqué par des travaux de classement 
et des cataloguesqui font le plus grand honneur à sa mémoire. — C'est 
une œuvre excessivement soignée, d'une facture minutieuse réalisée 
au moyen de petits pinceaux. Elle n'a pas l'allure libre et indépendante de la plupart des 
toiles du maître ; peut-être aussi Delacroix, peignant le portrait d'un ami et d'un connais- 
seur, a-t-il été contenu par les observations de son modèle. Acheté par M. Robaut, le 
I 3 janvier 1877, il a été cédé par lui à M. Borthon au prix de 700 fr. 




N" ^79 : Chien mort — Étude 



-^-,.-^. Toile. — H. o"'4o, L. o'"84. — Vente Hôtel Drouot, 23 mai 
^ 1873 : 610 fr. à M. Soutzo. — Vente H. D. du 3o avril au 
^^ ,^^_^ ^ =? 2 mai 1877 : 880 fr., à M. Perreau. — Non catalogué par 

^'"J-^è^S^tf^ M. Moreau. 
Le chien est rare dans l'oeuvre de Eugène Delacroix. Trop voisin de l'homme, trop familier, 
trop doux, sa servilité n'était point faite pour tenter l'humeur du maître qui se portait tout 
naturellement au contraire aux animaux de combat et de destruction. Parmi les animaux 
domestiques, il ne s'est arrêté qu'au cheval, que sa fierté ennoblit autant que sa beauté. Pour 
la première fois, peut-être, que l'artiste fait un chien, il fait un chien crevé. 



i832 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



io5 



N"^ 380, 581 : Portraits d'élèves de la pension Goubaux 



1° Toile. — H. o™5o, L. o'"6o. — Signé au bas 
à gauche et non daté. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

2" Toile.— H. o"'5o, L. o"6o. — Signé en haut 
à gauche et non daté. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

M. Louis Judicis obtint le premier prix de version 
grecque en quatrième (i832), le second prix de 
version grecque en seconde (1834), le premier prix 
de dissertation française en rhétorique (i835). — 
M Petit de Beau\erger a\ Ht obtenu en i83'2 le premier prix de version latine en qua- 
tiiemo II eut également en seconde le second prix de thème grec (1834) et en rhétorique le 
second prix de dissertation française (1 835). —Voir sur l'institution Goubaux (qu'il faut 
définitivement écrire Goubaux et non Goubau) les intéressants Souvenirs littéraires de 
M. Maxime du Camp, publiés dans la Revue des Deux-Mondes. 



1 


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f.A^t, 


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N« ^8: 



Seigneur en armure 




et l'intérêt 
tons magni 
le drame et 



Toile. — H. o"'240, L. o"'i85. — Non catalogué par M. Moreau. 

M. Frédéric ViUot en avait fait une aquarelle de même dimension qui 
nous a été communiquée par M. Georges Villot, ce qui nous a permis 
de faire notre vignette. La couleur du vêtement de dessous est rose ; la 
draperie du fond, vermillon ; le tapis de table, vert. L'œuvre est du même 
temps que le « Larmoyeur » d'Ary Scheffer et le motif essentiel iden- 
tique : un homme en armure. La différence du génie des deux peintres 
est sensible en de tels rapprochements. Il faut à la peinture d',\ry 
Scheffer le soutien accessoire de l'intérêt littéraire, de l'épisode atten- 
drissant ou pathétique. Ary Scheffer fera donc de son homme en ar- 
mure un roi, le roi de Thulé, le' « Larmoyeur. » On cherche l'anecdote, 
de l'œuvre d'art en soi s'évanouit. Chez Eugène Delacroix, il suffit de quelques 
fiquement associés, d'une attitude simple, du clair regard de deux yeux bleus, et 
l'émotion d'un temps, d'une date dans l'histoire s'imposent au spectateur. 



N°® 38^, 384 : Exposition du musée Colbert 



En cette même année i832, une exposition fut ouverte dans les salles du musée 
Colbert au profit des victimes du choléra. Le catalogue mentionne cinq tableaux de 
Delacroix. Nous en avons reproduit deux : Odette et Charles^ F/ (voir n° iSj) et un 
Seigneur montrant le corps de sa maîtresse {voir n° i3g). Une Etude de femme couchée 
peut se rapporter indifféremment à nos n"^ 55, 106, 140, 175, etc. Il ne nous reste 
donc à compter dans la suite des œuvres du maître que les deux toiles suivantes : 
1° Une femme caressant un perroquet., dont nous n'avons retrouvé aucune trace; 
2° Léda, peut-être l'esquisse de la fresque que Delacroix peignit plus tard à Valmont. 



io6 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



iS3'. 



N" ^8^ : Portrait de M. J.-L. Brown 

Toile. — Dimensions inconnues. — Salon de i833. — Cat. A. Moreau, p. 17: 

N" 386 : Paganini jouant du violon 





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C'est pour 
en avril et 



nous I 
mai 188 



Esquisse sur carton. — H. o'"4r, L. o'"28. — Vente Ad. Her- 
mann, février 1879 : 1,600 fr. à M. Perreau. — Appartient à 
M. Champfleury. — Non catalogué par M. Moreau. 
De lacroix passe'pour avoir peint ce sujet pour Ricourt, ancien directeur 
du journal {'Artiste. Du reste, dans les croquis de la vente posthume 
du maître, il y avait diverses esquisses crayonnées de ce même per- 
sonnage. — Dans les Notes données à M. Ph. Burty par M. Lassalle- 
Borde's, nous trouvons un autre témoignage de l'impression que Delacroix 
avait conservée de Paganini. « Il faudrait, me disait-il, que ce dont on 
Il a la vision pût être rendu sans peine ; il faut que la main acquière égale- 
» ment une grande prestesse, et l'on n'y arrive que par de semblables 
I études. Paganini n'a dû son étonnante exécution sur le violon qu'en 
» s'exercant chaque jour pendant une heure à ne faire que des gammes. 
; même 'exercice. « — Ce portrait fut exposé à l'Ecole dês Beaux-Arts, 
i, à la très intéressante exposition des ci Portraits du siècle. » 



VOYAGE AU MAROC 
N° ^87 : Un gynécée arabe 

(,,,j,. Aquarelle croquis. — H. o"M25, L. o^'rqS. — Non cata- 

'" logué par M. Moreau. 

Ce léger et fin croquis, rehaussé d'aquarelle, est extrait d'un 
album appartenant au duc d'Aumale. L'album contient de char- 
mants dessins de femmes du Maroc, prélude du tableau du 
Louvre : Les Femmes d'Alger. — C'est dans les premiers jours 
de i832 que Delacroix partit pour le Maroc, en compagnie du 
comte de Mornay, ambassadeur de France près de 1 empereur 
Muley Abd-Ehr-Rhaman. Nous suivrons le maître pour ainsi dire jour par jouren ce voyage. 




N" ^i 






Paniers de fruits et d'œufs 



Dessin rehaussé d'aquarelle. — H. o"'i7, L. o"'26. — On lit au 
bas : " 28 janvier, la monna.» — N" 569 de la Vente posthume : 
ji,_ T_L 5o fr., à M. Bornot. — Appartenait à M. Gavet. gendre de 
'-'■^3^. ^ Bornot. — Non catalogué par M. Moreau. 
Les paniers sont posés sur le sol auprès de volailles ; des poussins sortent de leur coque. 



i83i 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



107 



N°' ^89, ^90 : Croquis du xMaroc 

1° Sépia. — H. o'"i2, L. o'"2o. — A 
appartenu à M. Pierret. — Non cata- 
logué par M. Moreau. 
2° Dessin à la mine de plomb. — 
H. o"'i6, L. o"'26. — Appartient à 
M. Bornot. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Le 8 janvier, Delacroix écrit de Toulon à M. Pierret : « J'espère que nous ne tarderons pas 
trop à partir. C'est probablement pour après-demain... Voilà le Midi enfin ; je me retrouve. 
La belle vue et les belles montagnes ! » En passant par Fontainebleau, il a vu les mons- 
trueuses restaurations des peintures du Primatice par « M. Alaux le Romain. « Il ajoute : 
(1 Je suis convaincu que je ne trouverai rien de si barbare en Barbarie. » 




N°' ^91, jC}2 : Chefs arabes 



1° Croquis aquarelle. — H. o"'38, L. o™3o. 
— Vente posthume. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

2° Crayon noir et sanguine. — H. o"'3o, 
L. o™26. — N° 536 de la Vente postliume : 
100 fr. à M. Bornot. — Appartenait, en 1877, 
à M. Porlier, gendre de M. Bornot. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

^ss^'^.X Le 24 janvier, Delacroix écrit : n Enfin devant 
Tanger ! Après treize jours de marche et d'une 
traversée tantôt amusante, tantôt fatigante, et 
après avoir éprouvé quelques jours de mal de 
mer, ce à quoi je ne m'attendais pas, nous avons éprouvé des calmes désespérants et puis des 
bourrasques assez eff'rayantes, à en juger par la figure du commandant de la Perle». En 
revanche, des côtes charmantes à voir, Minorque, Àlajorque, Malaga, les côtes du royaume 
de Grenade, Gibraltar, Algésiras. Nous avons relâché dans ce dernier endroit. J'espérais 
débarquer à Gibraltar, qui est à deux pas, et à Algésiras par la même occasion ; mais l'in- 
flexible quarantaine s'y est opposée. J'ai pourtant touché le sol andalou avec les gens qu'on 
avait envoyés à la provision. J'ai vu les graves Espagnols en costume à la Figaro, t'a été une 
des sensations de plaisir les plus vives que celle de me trouver, sortant de France, transporté, 
sans avoir touché terre ailleurs, dans ce pays pittoresque; de voir leurs maisons, ces man- 
teaux que portent les plus grands gueux et jusqu'aux enfants des mendiants, etc. Tout Goya 
palpitait autour de moi. C'a été pour peu de temps. » 




N° j()j : Arabe mort 



Aquarelle. — Vente Bourlon de Sarty, 4 mai i865 : 275 fr., à M. deBoigne. — Cat. 

A. Moreau, p. 292. 

Le cavalier est étendu mort sur le sol aux pieds de son cheval immobile. 



io8 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l832 



N° ^94 : Conversation mauresque 



Dessin à la mine de plomb. — H. o'"i4, L. o'"2o. — Fac-si- 
milé auto-litliographié par A If. Robaut, pour la Galette des 
Beaux-Arts, en i865, dans les dimensions de : H. o'"i38, 
L. o"'ig8. — Non catalogué par M. Moreau. 

Le 2 3 janvier, Delacroix écrit : « J'arrive maintenant à Tanger. Je 
viens de parcourir la ville. Je suis tout étourdi de tout ce que j'ai vu... 
Nous avons débarqué au milieu du peuple le plus étrange... Il faudrait avoir vingt bras et 
quarante-huit heures pour donner une idée de tout cela. » — Ce dessin paraît être la com- 
position même d'après laquelle Eugène Delacroix fit l'aquarelle qu'il offrit à son ami M. de 
Mornay. L'aquarelle n'est, en effet, qu'une répétition du sujet, sans variante. (Voir plus 
loin, à l'année i833, l'article consacré à l'album du comte de Mornay.) 




N°^ ^95, jc)6 : Femmes juives arabes 



o'"io, L. o^oj. 
Non catalogué 



1° Croquis rehaussé d'aquarelle. — H . o'"2q, L.o"M g. — 

Vente posthume à M. Doria. — Non catalogué 

par M. Moreau. 

2° Croquis à la mine de plomb. — H 

— Vente posthume, à M. Robaut. — 

par M. Moreau. 

« Les Juives sont admirables. Je crains qu'il soit difficile 
d'en faire autre chose que de les peindre: ce sont des 
perles d'Eden. » (Tanger, 2 5 janvier.) Il est difficile, en effet, de rien 
voir de plus noble et d'un plus grand geste que les figures du premier 
des deux croquis que nous donnons ici. Cela seul justifierait, s'il en était 
besoin, les comparaisons enthousiastes que Delacroix établit si souvent entre cette vivante 
réalité et l'antique. Le mouvement de la femme à l'amphore se retrouve plus loin. 




N° 397 : Portrait de Eugène Delacroix 




. — Gravé sur bois pour la Ga-{ette 
'112, L. o"'i 10. — Cat. A. Moreau, 



Croquis. — H. o"'i i, L. o'" 
des Beaux-Arts, i865 : H. 

p. 10. 

Ce portrait de Eugène Dt;lacroix en costume de voyage, extrait d'un 
de ses albums au Maroc, a été publié dans le tome XI.X, numéro du 
1°'' août i865 de la Galette des Beaux-Arts, accompagnant un article 
de M. Ph. Burty, intitulé : « Eugène Delacroix au Maroc. « « Je suis 
en ce moment comme un homme qui rêve et qui voit des choses qu'il 
craint pouvoir lui échapper (2 5 janvier). — Âla santé est bonne, je 
crains seulement un peu pour mes yeux. Quoique le soleil ne soit pas encore très fort, 
l'éclat et la réverbération des maisons, qui sont toutes peintes en blanc, me fatigue exces- 
sivement... Au milieu de cette nature vigoureuse, j'éprouve des sensations pareilles à 
celles que j'avais dans l'enfance ; peut-être que le souvenir confus du Midi que j'ai vu dans 
ma première jeunesse se réveille en moi. » i8 février.) 



i832 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



log 



N°® 398, 399 : Marocains dans la campagne 



i" Croquis et aquarelle. — H. 
o"'i9, L. o'"27. — Appartient à 
M. A. Robaut. — Non catalogué 
par M. Moreau. 
2" Sépia. — H. o"'i 10, L. o"'i65. 

— Appartenait à madame Leblond. 

— Non catalogué par M. Moreau. 
(I L'empereur s'apfirète à nous faire une réception des plus magnifiques. Il veut nous 
donner une haute idée de sa puissance. Nous commençons à craindre qu'il ne lui prenne 
fantaisie d'aller h Maroc pour nous recevoir, ce qui nous ferait près de quatre cents lieues 
à cheval pour aller et venir. Il est vrai que c'est un voyage des plus curieux et que très 
peu de chrétiens peuvent se vanter d'avoir fait. » (Tanger, 8 février.) 




N° 400 : Chef maure assis 



Dessin. — H. o'"2g, L. o"M8. — Fac-similé pour VArt, 1878 : 
H. o'"293, L. o^iSo. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ce dessin est tiré du cabinet de feu L. Riesener. — Le 8 février, Delacroix 
écrit: «Je suis vraiment dans un pays fort curieux... Je m'insinue petit à 
petit dans les façons du pays, de manière à arriver à dessiner à mon aise 
bien de ces figures de Mores. Leurs préjugés sont très grands contre le 
bel art de la peinture ; mais quelques pièces d'argent par-ci par-là arrangent 
leurs scrupules. Je fais des promenades à cheval aux environs qui me font 
un plaisir infini, et j'ai des moments de paresse délicieuse dans un jardin aux 
portes de la ville, sous des profusions d'orangers en fleurs et couverts de 
fruits... Tout ce que je pourrai faire ne sera que bien peu de chose en comparaison de ce 
qu'il y a à faire ici ; quelquefois les bras me tombent et je suis certain de n'en rapporter 
qu'une ombre. » Une ombre, soit; mais une bien belle ombre. 




N° 401 : La chambre de Eugène Delacroix, à Tanger 

^= S,^ Dessin rehaussé d'aquarelle. — In-folio. — Vente posthume 
^~"|^ n» 564. Vente Sensier, décembre 1877. — Non catalogué par 
''l^i^'- ^' Moreau. 

Un fusil est posé sur le lit. Au fond, des nattes accrochées aux murs, 
a Je ne te demande pas de nouvelles, je n'en suis pas plus avide ici qu'à 
Paris, où j'ai l'habitude de ne vivre qu'au gré des émotions que mon 
cœur me donne... J'emploie avec plaisir une part de mon tenips au 
'travail, une autre considérable à me laisser vivre ; mais jamais l'idée 
de réputation, de ce Salon que je devais manquer, comme on disait, ne se présente à rnoi ; )e 
suis même sûr que la quantité assez notable de renseignements que je rapporterai d ici ne 
me servira que médiocrement. Loin du pays où je les trouve, ce sera comme des arbres 
arrachés de leur sol natal ; mon esprit oubliera ces impressions, et je dédaignerai de rendre 
imparfaitement et froidement le sublime vivant et frappant qui court ici dans les rues et qui 
vous assassine de la réalité. » [Tanger, 29 février.) 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



[832 



N° 402 ; Arabes prenant le café 



Sépia. — H. o""! 14, L. o'^i-o. — Photo-lithographie Arosa. — 
Reproduit dans l'Aj-t, en i883. — Cat. A. Moreau, p. 128. 

' fac-similé, exe'cuté par M. Arosa en 1868, de cette sépia achetée 
par iM. Philippe Burty à la vente posthume de Delacroix, a été 
lire à dix épreuves seulement. — « Nous partons après-demain 

_ _ .^^^^_ pour Mequinez, où est l'empereur ; il nous fera toutes sortes de 

|^;i-4 ^^^ ^^'ir^^Sfeg galanteries mauresques pour notre réception, courses de chevaux, 
lijr^^-^^^^::S=^^^:^S coups de fusil, etc. La saison nous favorise, nous avons craint 
les pluies, mais il paraît que le plus fort est passé. 11 me semble, 
à voir ces objets nouveaux, que j'ai vécu déjà une année au milieu de tout ceci et qu'il y a 
des siècles que je n'ai vu mes amis. /> (Lettre à F. Villot, 29 février.) 




N° 403 : Musiciens marocains 



Dessin. — H. o™2i, L. o'"23. — Gravé en fac-similé pour VArt, 
1878 : H. 0,1 5o, L. o"'i7o. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ce dessin, tiré du cabinet de feu Riesener, est un croquis h la mine de 
plomb très légèrement touché. Imagine, mon ami » écrit Delacroix le 
29 février ce que c'est que de voir couchés au soleil, se promenant dans 
les rues, raccommodant des savates, des personnages consulaires, des 
Catons, des Brutus, auxquels il ne manque même pas l'air dédaigneuxque 
devaient avoir les maîtres du monde; ces gens-là ne possèdent qu'une couverture dans 
laquelle ils marchent, dorment et sont enterrés, et ils ont l'air aussi satisfait que Cicéron 
devait l'être de sa chaise curule... J'apprends que le choléra est à Londres. Diable! » 




N° 404 : Souvenirs du Maroc 



N^ <a ^f^=J^ (?i «> Divers croquis. — H. 0^27, L. o">36. — Cliché 
■ Cj *'4|Sa(^^^p\^^^ fac-similé pour V Autographe : H. o'"27, L. o"'36. 
— Cat. A. Moreau, p. 149. 

Publié dans le journal V Autographe, première année, 
1864, page 68, ce sujet peut être, comme plusieurs autres 
déjà cités, classé parmi les bois originaux. La planche ne 
porte pas le mot « quatorze », comme le dit M. Moreau, 
mais le mot «divers». Le premier état est sur Chine, imprimé 
sur un côté seulement du papier. — n C'est un lieu tout 
pour les peintres. Les économistes et les Saint-Simoniens 
auraient fort à critiquer sous le rapport des droits de l'homme et de l'égalité devant la loi, 
mais le beau y abonde, non pas le beau si vanté des tableaux à la mode. Les héros de 
David et compagnie feraient une triste figure avec leurs membres couleur de rose auprès de 
ces fils du soleil; mais en revanche le costume antique y est mieux porté, je m'en flatte. Si 
vous avez quelques mois à perdre quelque jour, venez en Barbarie, vous y verrez le naturel 
qui est toujours déguisé dans nos contrées, vous y sentirez de plus la précieuse et rare in- 
fluence du soleil qui donne h toute chose une vie pénétrante. Je rapporterai des dessins, mais 
cehi ne donnera pas la meilleure partie de l'impression que tout ceci procure. » (29 février.) 




N'' 405 : Détails de harnachements 




prix. Les 



Croquis et aquarelle. — H. o"'25, L. 020. — Vente posthume. — 
Appartient à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 
« Nous sommes depuis hier dans cette ville (Mequinez), terme de notre 
voyage. Nous avons mis une dizaine de jours pour faire cinquante lieues. 
Cela ne paraît rien. Cela ne laisse pas que d'avoir sa fatigue quand on 
va au pas au soleil sur de mauvaises selles.» (16 mars.) Si 'les selles sont 
mauvaises, comme l'écrit Delacroix, le harnachement par contre est d'un 
ton splendide. Rien ne peut en donner une idée plus somptueuse que ces 
légers croquis rehaussés de quelques touches d'aquarelle dans les gammes 
paille et bleu turquoise. Il n'est pas de musée d'art décoratif où cette 
page si merveilleusement simple ne fût un modèle, un exemple sans 
rvateurs de musées dédaignent trop les dessins et croquis des maîtres. 



N°^4o6, 407 : Cavaliers arabes dans hi campagne 



1° Croquis et aquarelle. — H. o"'2o, 
L. o"26.— Vente Martin, 1880: 335 fr. 
— Vente posthume. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

2° Croquisàla plume. — H. o'"i2, L. 
o"']4. — • Non catalogué par M. Mo- 
reau. 

« Notre petite troupe avait beaucoup de 
peine a se maintenir ensemble et à se retrouver au milieu des mille coups de fusil qu'on 
nous tirait dans la figure. Nous avions la musique en tète et plus de vingt drapeaux portés 
par des hommes a cheval. La musique est également à cheval : elle consiste dans des espèces 
de musettes et des tambours pendus au cou du cavalier, sur lesquels il frappe alternative- 
ment et de chaque côté, avec un bâton et une petite baguette. Cela fait un vacarme vrai- 
ment étourdissant qui se mêle aux décharges de la cavalerie. (Mequinez, 16 mars.) 




Fantasia ou exercices marocains 

Toile. — H. o"'59, L. 0^72. — Daté. — Salon de 1847. — 
Voir variantes en t833 et 1840. — Cat. A. Moreau, pp. 102, 
182, 267. 

C'est le tableau de la galerie Bruyas, de Montpellier. — <i Notre 
entrée ici (h Mequinez) a été d'une beauté extrême, et c'est un 
plaisir qu'on peut fort bien souhaiter de n'éprouver qu'une 
fois dans sa vie. Tout ce qui nous est arrivé ce jour-là n'était 
que le complément de ce à quoi nous avait préparés la route. 
A chaque instant on rencontrait de nouvelles tribus armées qui 
faisaient une dépense de poudre effroyable pour fêter notre 
arrivée. De temps en temps nous entendions quelques balles 
oubliées qui silUaient au milieu de la réjouissance. » (16 mars.) 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l832 



410 : Arabes du Maroc 

1° Sépia. — H. o'"32, L. o"'24. — Vente Pierret, 
1879. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Croquis et aquarelle. — H. o^iô, L. o"'i4. — 
Vente posthume : 5o fr. à M. Charles Desavary. 
— Appartient à M. Rouart. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

« J'éprouve que les sensations s'usent h la longue, 
et le pittoresque vous crève tellement les yeux à 
""~ chaque pas, qu'on finit par v être insensible. On a 

apporte avant-hier un paquet de lettres. C'était un piéton e.xpédié de Tanger, car on n'a 
aucun moyen de communiquer dans ce pays où il n'y a ni routes, ni ponts, ni bateaux sur 
les rivières. Nous avons h rester ici environ une dizaine de jours. » (Mequinez, 20 mars.) 




N°'4ii, 412 : Arabes du Maroc 




mettre en colère, et 1 



1° Ebauche d'aquarelle. — H. o™25, L. o^iS. 
. __. -■ .1- — Appartient à M. Arosa. — Non catalogué 
""^^vB^^-\_ par M. Moreau. 

M-— 2° Aquarelle. — H. o"'28, L. o™2i. — Vente 
^'^'^^^KW-^es. posthume. — Non catalogué par M. Moreau. 
^U.v,';aas-^ V'^S " Js suis escorté, toutes les fois que je sors, d'une 
Wte bande énorme de curieux qui ne m'épargnent pas 
-:d: ^ les injures de chien, d'infidèle, decaracco, etc., qui 
"v'^w'' ^^ poussent pour s'approcher et pour me faire une 
"-t^»"^*^ grimace de mépris sous le nez. Vous ne sauriez vous 
imaginer quelle démangeaison on se sent de se 
laut toute l'envie que )'ai de voir pour m'exposera ces gueuseries. » 



(Mequinez, 2 avril.) Ces hostilités persistèrent assez longtemps. 



N"*' 413, 414 : Arabes du Maroc 



1" Croquis et aquarelle. — H. o"'29, L. o'"36. 

— Vente Riesener, i8-q : 53 fr. — Appartient 

à M. Alexandre Dumas fils. — Non catalogué 

par M. Moreau. 

2°Croquis et aquarelle. — H. o"'22,L.o"'i7. — 
V% Vente Carvalho, 1875 : 47 fr. — Non catalogué 
:W par M. Moreau. 

(( Je ne vous parle pas de toutes les choses 
curieuses que je vois. Cela finit par sembler naturel à un Parisien logé dans un palais mau- 
resque, garni de faïences et de mosaïques. Voici un trait du pays: Hier, le premier ministre, 
qui traite avec Mornay, a envoyé demander une feuille de papier pour nous donner la réponse 
de l'empereur. Avant-hier, on lui avait envoyé une selle en velours et en or qui est inesti- 
mable, u (Mequinez. 2 avril.) — Les deux premiers croquis sont sur la même page. 




i833 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



Il3 



N""" 41^', 416 : Arabes du Maroc 



1° Aquarelle. — H. o'"25, L. o"Uy. — 
Il en existe une copie de même dimen- 
sion vendue à Fhôtel Drouot le 25 mars 
1876 : 23 fr. — Non catalogué par M. Mo- 
reau. 

2° Lavis. — In-folio. — Vente posthume 
^partie du n" 371. — Vente Sensier, dé- 
.-^cembre 1877, dans un lot. — Non catalo- 
i gué par M. Moreau. 

« Même de monter sur la terrasse vous expose à 
des pierres ou à des coups de fusil. La jalousie des Mores est extrême, et c'est sur les terrasses 
que les femmes vont ordinairement prendre le frais ou se voir entre elles.i)(Mequinez, 2 avril.) 




N"^ 417, 418 : Arabes du Maroc 



1° Aquarelle. — H. o"'2o, L. o'"3o. 
— Vente posthume n° 526. — Appar- 
tient à M. Philippe Burty. — Non 
catalogué par M. Moreau. 
2° Croquis et aquarelle. — ■ H. o'"i7, 
L. o™24. — "Vente posthume, à M. le 
comte Doria. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

« Je vous ai mandé dans ma première lettre que nous avions eu l'audience de l'empereur. A 
partir de ce moment, nous étions censés avoir la permission de nous promener par la ville ; 
mais c'est une permission dont moi seul j'ai profité entre mes compagnons de voyage, atten- 
du que l'habit et la figure de chrétien sont en antipathie à ces gens-ci, au point qu'il faut 
toujours être escorté de soldats, ce qui n'a pas empêché deux ou trois querelles qui pouvaient 
être fort désagréables, à cause de notre position d'envoyés. » (Mequinez, 2 avril.) 




.<^*i^5S3£îSïfc^ 



N"" 419, 420 : Jeunes Juives du Maroc 




i" Croquis et aquarelle. — H. c"28, L. o"'i8. — Vente 
y/^ posthume. — Non catalogué par M. Moreau. 
^^ 2° Aquarelle. — H. o"'24, L. o^'ip. — Vente posthume. — 
j?w Ventes Forget et Sensier. — Non catalogué par M. Moreau. 

n J'ai passé la plupart du temps ici dans un ennui extrême, à 
cause qu'il m'était impossible de dessiner ostensiblement d'après 
nature, même une masure. » (Mequinez, 2 avril.) — La difficulté surexcitait 
donc étrangement la passion du dessin chez Eugène Delacroix, car nulle époque de sa vie ne 
fut, je crois, plus féconde pour l'étude que celle de ce voyage. Les impressions qu'il rapporta 
lui fournirent la matière de ses plus belles productions. 



114 



LŒUVRE DE DELACROIX 



i83; 



N''42i ; Jeune lionne marchant 



a pris en 
celle-ci a 



Toile. — H. o"'235, L. o"'325. — Lithographie par A. Robaut 
pour le catalogue delà vente Dutilleux, en 1874, dans les dimen- 
sions de : H. o'"o85, L. o""! i3 : i,53o fr. à M. Jacob. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

( On nous a envoyé l'autre jour des chevaux pour le roi (on vient de 
m en envoyer un), une lionne, un tigre, des autruches, des antilopes, 
une gazelle, etc., et une espèce de cerf qui est une méchante bête qui 

grippe une de ces pauvres autruches et l'a embrochée de ses deux cornes, ce dont 

trépassé ce matin. » (iMequinez, 2 avril i832.) 




N°42 2 : Les murs de Tanger 

___ , Croquis à la plume, à la salive et au doigt. — H. o"'io, L. 
fcsév^iS^^ o'"26. — Fac-similé par A. Robaut, tiré uniquement à deux 
épreuves d'essai. — Vente posthume. — Appartient à M. A. 
?^ Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 

n Le climat de Tanger est délicieux; il n'y fait pas à beaucoup près aussi chaud qu'en Espa- 
gne surtout dans l'intérieur de l'Andalousie. Ma santé va toujours, mais la vôtre ? Ecrivez-moi 
toujours ici, peut-être n'y serai-je plus dans deux jours. •> (Tanger, 5 juin.) 

N° 423 : Rivages de Gibraltar 



Aquarelle. — H. o'"i6, L. o"'24. — On lit : « Côte 
d'Afrique, détroit de Gibraltar, 23 janvier. — Vente pos- 
thume. — Non catalogué par M. Moreau. 

(( Je reviens de l'Espagne, oii j'ai passé quelques semaines; j'ai 
vu Cadix, Séville, etc. Dans ce peu de temps, j'ai vécu vingt fois 
plus qu'à Paris... J'ai retrouvé en Espagne tout ce que j'avais laissé chez les Mores. Rien 
n'y est changé que la religion; le fanatisme du reste y est le même.» (Tanger, 5 juin.) 




N" 424 : Babouches — Étude 



Toile. — H. o'"i3, L. o'^iq. — Vente posthume n" 221 : ih5fr.,à 
M. de Calonne. — Donné par M. de Galonné au peintre Ricard. 
— Vente Ricard , à M. Sensier. — Vente Sensier, 3 décembre 1877 • 
785 fr., à M. Wilson. — Vente Wilson, mars 188 r : r,32ofr. — Non 
catalogué par M. Moreau. 
La couleur des babouches est jaune jonquille garni de rouge vermillon, avec un ornement de 
perles bleues. Même exquise association de tons que dans les études du même genre faites 
par le maître, et notamment le Détail de harnachements . (Voir ci-dessus le n° 405.) 




i832 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



]i5 



N°' 42^, 426 : Croquis du Maroc 



1° Croquis aquarelle.— H. o"i2C), L. o"M8. — Vente pos- 
thume. — Appartient à M. A. Robaut. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

2° Croquis aquarelle. — H. o"'26, L. o"'i7.— Aubas : 
« Marchand de Fez. » — Vente posthume.— Appartient 
à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 
« Je suis revenu ici depuis trois jours et j'y suis en attendant 
l'ordre de revenir. Nous passerons parOran avant de toucherla 
belle patrie. Quand l'idée de retour me vient en tète, je l'écarté; 



qui vais-je trouver mort ou infirme à jamais?Quelles nouvelles révolutions nous préparez-vous? 




N°^427, 428,429,4^0,4^1 : Croquis du Maroc 




goux, mars 1882 



1° Marocain assis. — Sépia. — H. oi^iv, 
L. o"'25. — Appartient à M. Petit. — Non 
catalogué par M. Moreau. 
2" Vieil arabe à cheval. — Croquis à la mine 
de plomb. — H. o'" 18, L. o^a i. — Vente pos- 
thume; vente Forget. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

3" Aquarelle. — H. o"'i5o, L. o"'o6o. — 
Vente posthume. — Appartient à M. le duc 
d'Aumale. — Non catalogué par M. Moreau. 
4° Sépia. — H. o'"2o5, L. o'"4oo. — A M. Ge- 
bauër-Leblond. — Non catalogué par M. Mo- 
reau. 

5° Dessin rehaussé, d'aquarelle. — H. o"'3oo, 
L. o"'2ro. — Vente posthume; vente Jehan Gi- 
— Non catalogué par M. A. Moreau. 



N" 4P : Intérieur de cour à Tanger 



Aquarelle. — H. o"'29o, L. o'"26o. — Choisie par M. Devilly, 
de Metz, dans les études du Maroc, en vertu d'un article du testa- 
ment de Eugène Delacroix. — Non catalogué par M. Moreau. 
Les boiseries de l'architrave sont de couleur vert pomme avec ornements 
alternés de blanc et de brun. A gauche, les nattes appliquées au mur sont 
Çj d'un ton fauve relevé de noir. Le dallage des murs est de couleur brique. 
fe^ Au centre, le sol est carrelé de faïence en blanc relevé de vert et de brun. 
j^^^^^^^^ Tout en haut, on voit une bande de ciel bleu. On lit de la main du 
' "~ ■ maître; Intérieur de cour moresque à Tanger, i832.» — Voici l'article 

du testament de Delacroix : « Je lègue à M. Devilly, de Metz, une répétition ébauchée du 
Christ portant sa croix, plus un dessin à son choix dans mes études du Maroc. » 




i6 



L'ŒL'VRE DE DELACROIX 



N° 43 3 : Costumes de Tanger 



Aquarelle. — H. o™i8, L. o"'26. — Lithographie par An- 
drieu. — Cat. Moreau, p. 128. 

La lithographie inédite, sans aucune lettre ni signature, est de 
M. Andrieu. Elle reproduit une aquarelle de mêmes dimen- 
sions, que M. Andrieu a choisie parmi les dessins du maître, 
après le classement qu'il en opéra, aidé des personnes que nous 
avons déjà citées plus haut. Je te le dis, vous ne pourrez 
jamais croire a ce que je rapporterai, parce que ce sera bien 
loin de la vérité et de la noblesse de ces natures. L'antique n'a 
rien de plus beau. Il passait hier un paysan qui était foutu 
comme tu vois ici (quelques croquis rapides commentent le texte); pliis loin, voici la tour- 
nure qu'avait avant-hier un vil More auquel on donne vingt sous. Tout cela en blanc, 
comme les sénateurs de Rome et les Panathénées. » [Lettre à M. Pierret, 1 832.1 




N''434: Une vérandah au Maroc 

Croquis à la plume. — H. o"'io, L. o"'24. — Reproduit en 
fac-similé inédit dans les mêmes dimensions par M. A. Ro- 
baut et tiré à deux épreuves d'essai seulement. — Vente 
posthume: vente Sensier. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 43 ^ : Conversation arabe 

Dessin à la plume. — H. o"' 1 1 , L. o"'24. — Vente posthume à M. Ro- 

^ fB haut. — Fac-similé n° 52 de la publication de M. A. Robaut. — Cliché 

4%y\ f$$i?f\ phototypographique avec trait carré et addition des détails d"études 

^^^^„Aj^i^ que fournit le dessin original : H. o'"i8o, L. o"'242, pour le jour- 

^*"^ na\ VA i-t, 1882. — Cat. A. Moreau, p. i36. 
C'est un groupe de plus à ajouter aux personnages consulaires. Brutus, Catons, Cicérons 
raccommodeurs de savates qui enthousiasmaient le regard du maître. 



N" 436 : Vue des hauteurs d'Alger 



Dessin gravé sur bois en fac-similé dans l'Illustration, août 

i865. -^ H. o'"045, L. o^iio. — Cat. A. Moreau, p. 149. 

Ce dessin a été publié dans la Ga:;ette des Beaux-Arts, numéro du 

i" août i865, accompagnant un excellent article de M. Philippe 

"^~- Burty n Eugène Delacroix au Maroc. » Voir aussi, du même 

auteur, Maîtres et Petits Maîtres, p. 'il et suiv. — Ce joli dessin est l'un des derniers, sinon 

le dernier dessin que Delacroix ait fait sur la terre d'Afrique avant de rentrer en France. 




i833 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



117 



N°457 • Cimetière à Alger ou à Oran 

1 AyS' .-.M Croquis à la mine de plomb. — H.o'"!-, L. o'"ij. — Don 
■^^È^WP^MM^ ?^ '^^ Jennv Le Guillou à Constant Dutilleux. — Non catalogué 
^^^^^ '^^^^^^- P'ir M. Moreau. 

'S^lf\Ù^M^ <• Je suis ici depuis ce matin seulement. Nous sommes partis de 
^^/""^^^k Tanger, il y a plus d'un mois; mais nous devions voir Oran et en- 
-^ ■ îiî«' i-S^r^^^!^-. suite Alger, dont nous arrivons. Je ne suis pas fâché d'avoir 
_^§^S;~r*^=-'i^3^2r' été à même de comparer ces lieux-là avec mon Maroc, et, en 
-" "t:i^j -■ ■■ bonne conscience, quoique le temps de mon voyage ait de beau- 

coup dépassé ce que j'avais calculé, il aura été curieux de voir 
tant de choses diverses.» (Toulon 5 juillet.) » — Un des derniers croquis de Delacroix sur la 
terre d'Afrique est un cimetière. En arrivant à Toulon, pendant l'insipide quarantaine, c'est 
un spectacle semblable qui s'impose à ses regards. « Il y a la perspective agréable de trois 
cimetières propres à enterrer les gens qui meurent autant d'ennui, je pense, que de peste.» 



N°^ 4^8, 439 : Aquarelles d'Alger 

1° Aquarelle. — Vente Paul Blacque, 8 mars 
1866 : 190 fr.; Vente Diaz, janvier 1877: 255 fr. 
— Non catalogué par M. Moreau. 
2° Aquarelle. — H. o"'24, L. 0^27. — N°428 de 
la Vente posthume : 635 fr. — Vente du 24 mars 
1876 : 400 fr. à M. Guénot. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

La jolie petite juive du n" 488 porte un costume 
ravissant; le jupon est vert foncé et rose dans le bas. 
n A propos, je reviens d'Alger; j'ai vu Oran, l'Andalousie, les dames de Cadix et de 
Séville; franchement elles valent à elles seules le voyage et l'on revient si on^ peut. Me 
voici pourtant, point engraissé, ce qui ne vous surprend pas ; point maigri, c'eût été plus 
difficile. » (A. M. Frédéric Villot. — Toulon, 7 juillet i832, en quarantaine.) 




N°^ 440, 441 



Personnages d'Orient 



I" Aquarelle. — H. o'"i65, L. 
o'"20o. — Signé vers le haut à 
droite: « Eug. Delacroix.» — Vente 
Bocquet, 1879 : 260 fr. 
2° Aquarelle. — H. o"'2o, L. o'"27. 
— Vente Burty, 1874: BqS fr. 
Ces deux aquarelles ne figurent ni 
l'une ni l'autre dans le catalogue de 
M. A. Moreau. Dans la première, il 
cherchait déjà les mouvements de 
figures assises qui devaient jouer un si grand rôle dans le tableau liei Femmes d'Alger. 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l833 



N° 442 : Arabe étendu par terre dans la campagne 

Aquarelle. — H. o"M5o, L. o"'225. — A M. Soulier tils. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

C'est chez M. Soulier père, le vieil ami de Eugène Delacroix, 
que cette aquarelle a été improvisée un soir. Elle n'est ni signée, 
ni datée, mais elle est très soignée. Le personnage, étendu de 
tout son long auprès de maïs et de cactus, regarde devant lui 
avec indifférence. Sa tunique blanche est bordée d'un bleu clair 

et vif. Au second plan un cavalier précédé d'un autre Arabe passe lentement devant un 

fond de montagnes. Un coin de bucolique au Maroc. 







Année i833 





N°* 445, 444, 44^ : L'appartement du comte de Mornay 

1° Toile.— H. o"78, 
L. o"'65. — Signé au 
bas à gauche. — Salon 
de i833. — Appartenait 
a M. de Mornay. — 
Vente du 29 mars 1877, 
retiré à 4,450 fr. — 
Cat.A.Moreau,pp.i73, 
234, 328. 

2° Toile. — H. o"'4o, 
L. o"'32. — Etude du 
précédent. — Gravé à 
Teau-forte par Martial Potémont pour le cata- 
logue de la vente Wilson: H. o"M7i, L. o"i 26. 
— Vente posthume : 1,800 fr.; vente Wilson, 
26 avril 1874 : 5, 200 fr.; mal catalogué sous 
le titre de « Intérieur de la chambre de M. De- 
lacroix dans sa jeunesse. » — Appartient à 
M. Ch. Pillet. — Car. A. Moreau, pp. 173,215. 
3° Aquarelle.— H. o'"3i, L.0^23. — Variante 
légère du précédent. — Partie du n" 571 de 
la vente posthume « Intérieur d'un appartement 
avec deux portes » : 100 fr. à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 

Dans la grande toile, Delacroix a peint les deux portraits réunis de M. le comte de Mornay 
et du prince Anatole Demidoff dans l'appartement que M. de Mornay occupait rue de 
Verneuil. Le premier est assis dans un fauteuil, il est vêtu d'une robe de chambre en étoffe 
de l'Inde de couleur rose, se détachant sur un rideau d'un ton rouge pompéien. Le second, 
en visite, est assis sur un canapé. Des tableaux et.des panoplies orientales ornent les murs. 



i833 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



•î9 



N''446 : M. Frédéric Villot 



Toile. — H. o"'2o5, L. o'"i 5o. — Cat. A. Moreau, p. 235. 

Delacroix fit en i833 cette réduction du portrait de i832. Voirn" SyS. 
Comme on le voit, la copie réduite présente des modifications sensibles. 
D'abord les proportions de toiles ne sont pas les mêmes. En outre ici 
la tète est un peu plus inclinée, le canapé monte un peu moins haut 
et l'expression de la physionomie est moins cherchée que dans le 
grand portrait pour lequel, d'ailleurs, le modèle a posé un bon 
nombre de séances, tandis qu'il n'a point posé du tout pour ce petit 
portrait. Frédéric Villot était un véritable amateur, un grand curieux 
d'art; il avait étudié, pratiqué tous les procédés de peinture et de gra- 
vure, et je crois aussi la musique; un des premiers, sinon le premier, 
il forma une collection d'albums et de bronzes japonais. Comme con- 
servateurdes peintures au Louvre, il montra un grand goût éclectique 
dont la tradition ne lui a point survécu; son principal titre à la reconnaissance de tous ceux 
qui s'occupent de l'histoire de l'art est sa rédaction des « Notices des tableaux du Louvre. » 
Marie-Joseph- Frédéric Villot naquit à Liège, département français de l'Ourthe.le 3i octobre 
1809; il est mort à Paris, le 27 mai iSyS. 




N" 447 : Portrait de M. Heurtaux 



Toile ovale. — H. o^ôo, L. o^So. — Signé et daté sur le fond : 
i833. — Non catalogué par M. Moreau. 

M. Heurtaux, élève de la pension Goubaux, obtint le second prix de 
version latine pour la classe de troisième au concours général. — Pen- 
dant l'impression de ce volume ont paru les Souvenirs littéraires de 
AL Maxime Du Camp auxquels nous empruntons les lignes suivantes 
sur la pension Goubaux : « Cette pension était dirigée par un homme 
qui eut quelque notoriété et remporta plus d'un succès dramatique. 
Le père Goubaux, comme nous l'appelions alors, quoiqu'il n'eût guère 
que trente-cinq ans, semblait avoir multiplié les pseudonymes pour 
dérouter la curiosité : Pierre Aubry dans le Courrier français, Haute- 
feuille à rOpéra-Comique, Dorival dans différents petits recueils oubliés aujourd'hui, Prosper 
Dinaux au théâtre : on s'y perdait. C'était un humaniste distingué; il avait traduit une partie 
des œuvres de Cicéron et les odes d'Horace comme tant d'autres et aussi infructueusement. 
Il était alors célèbre au « boulevard du Crime », car on y jouait souvent Trente ans ou ta Vie 
d'un Joueur, gros drame émouvant et moral qu'il avait machiné avec Victor Ducange. Il ne 
devait pas s'arrêter en chemin : je retrouve son nom dans Richard d'Arlington de Alexandre 
Dumas, dans Louise de Lignerollesde Ernest Legouvé, dans Latre'aumont. dans les Mystères 
de Paris, dans le Juif errant de Eugène Sue ; il donna seul le Morne au diable. » 




N" 448 : Portrait de M. de Verninac 



Toile. — H. o'-'SS, L. o™40. — Cat. A. Moreau, p. 235. 

Ce portrait, qu'il ne faut pas confondre avec celui que nous avons cité plus haut 111° 36 1), 
fut légué par Eugène Delacroix à madame Duriez de Verninac. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



[833 



N° 449 : George Sand en costume d'homme 



Toile camaïeu. — H.o'"25, L. o"'2i. — Gravé au burin par 
Calamatta. — H. o"'io8, L. o'"o84. — Appartient àM. Charles 
Buloz. — Vente après décès de M. Buloz : 7,000 fr. — Cat. 
A. Moreau, pp. 1 10, 235. 

Notre croquis est fait d'après la gravure. La peinture montre plus de 
mouvement dans la coiffure; une mèche vient sur la pommette droite 
et, au lieu d'être bouclés au bas intérieurement, les cheveux sont légè- 
rement retroussés extérieurement; le graveur a arrangé «. — En 
écrivant son testament, Eugène Delacroix se souvint de son ancienne 
et constante amitié pour madame George Sand et lui légua un petit 
couteau turc, un serpent en plomb qui lui avait été donné par 
madame Dorval, et une grande esquisse représentant le Sabbat de Faust jCtTet de nuit.)» 
En 1842, Delacroix passa une partie del'été à Nohant. —Cette peinture a figuré h l'Exposi- 
tion des portraits historiques du xix"^ siècle, ouverte en i883 à l'Ecole des Beaux-Arts. 




N'' 450 : Tète de jeune femme 

Toile. — H. o"'42, L. o^SS. — Signé à gauche, daté i833. — Vente Villot, i i février 
i865 : 145 fr. — Cat. A. Moreau, p. 283. 

N°4^i : Bouquet de fleurs 

Toile. — H. o'"59, L. o'"49. — Daté i833. — Vente Villot i865 : 325 fr. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

N° 4P : Grec à cheval 

Aquarelle. — Signé, non daté. — Vente du 29 avril i856 : i25 fr. à M. Berville; 
vente J. Reiset, 25 février 1860 : 121 fr. à M. Leroy. — Cat. A. Moreau, p. 289. 



N*" 4P : Charles-Quint au monastère de Saint-Just 

Lithographie. — H. o"'i i5, L. o'"i48. — Voir les années i83i, 1837 et 1839. — Vente 
Parguez, 1861 -.4 fr. ; vente Dubois, 1866 : 6 fr.; vente Villot, décembre 1875 : 
4 fr" 5o c. à M. A. Robaut. — Cat. A. Moreau, p. 48. 



En haut, au milieu : « Bagatelle (Journal de France) n» 3i 
à droite ; <■ Lith. de Engelmann », au milieu le titre. 



, en bas, à gauche : Delacroix 1 



i833 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N°4)4 : Portrait de madame Frédéric Villot 



Nous 
Villot 



. Il 



Eau-forte d'après nature. — H. o^oSS, L. o^^oSo. — Très rare.— 
Signé à droite : Eug. Delacroix », daté à gauche i833. — Vente 
De La Combe, 2 février (deuxième état) : 25 fr.; vente posthume 
(deux épreuves du deuxième état) : 10 fr. — Cat. A. Moreau, p. 19. 

Dans le premier état, l'ombre portée de la main sur le menton n'existe 

pas, il n'y en a qu'une seule épreuve. 

Dans le deuxième état, l'ombre de la- main est exécutée au moyen de 

hachures de pointe sèche et de simples points, 
ons parlé du dessin de bague que Delacroix avait composé en i83i pour madame 
fit aussi pour elle en 1846 un modèle de Saint Rémi destiné à une nappe d'autel. 




N°45 5 • Christ au roseau 






î^* 



Eau-forte. — H. o"'i5o,L. o^ogo, — Vente posthume (deuxième état): 
14 fr. ; vente Burty, 1874 (troisième état) : 6 fr.; vente Villot, 
décembre i 875 (deux épreuves du premier étati : 28 fr. à M. Goupil. 
— Cat. A. Moreau, p. 20. 

^X\S "'(jM Premier état. En bas, à gauche : « Eug. Delacroix », pas de date à droite; 

^K' î%."V?i V ' '^'^ qu'une salissure produite par un défaut de brunissage sur le cuivre. 

Sî'V^'^M^?' Epreuves d'essais. 

^^ ' I-Oai» Deuxième état. En bas: « Eug. Delacroix », à droite : « i833 » avec des 

r >^ isj^—^r-.^ contre-tailles dans le fond exécutées par Villot. 
Troisième état. En bas, même lettre et en plus au milieu : « Cabinet de l'Amateur. » 
Cette pièce a paru, en 1844 dans la treizième livraison du Recueil intitulé : Cabinet de 
l'Amateur et de l'Antiquaire, dirigé par M. Piot. Elle est la reproduction d'une sépia expo- 
sée au Salon de iS3i et que nous avons cataloguée, en l'année i83o, sous le n" 334. 



N° 40 : Lion debout 



Lithographie. — Très rare. — H. o"'i 5o, L. o'"i4o. — Héliogravé 
pour l'ouvrage de M. Moreau dans les dimensions de : H. o™\ i3, 
L. o'"i33. ^ Vente Villot, décembre 1875 : 5 fr. à M. A. Robaut. 
— Cat. A. Moreau, p. 32. 

L'animal est vu de face, la tête penchée en avant, la crinière hérissée, 
les pattes tendues comme s'il s'arrêtait, subitement surpris, et au mo- 
ment de se rassembler pour s'élancer sur une proie. A gauche, de simples 
hachures occupent le fond. — Dans le catalogue de la vente après décès 
de Frédéric Villot. en décembre iSyS, cette lithographie est cataloguée 
au n" 446, sous le titre » Lion, la tète baissée. » Nous n'avons pas jugé à 
propos de modifier le titre adopté par M. Moreau. Nous avons pris au contraire, cette licence 
pour quelques-unes des planches qui suivent, les indications venues de M. Villot nous 
ayant paru beaucoup plus conformes au sujet. 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i833 



N° 457 • ^^ë^ agenouillé sur des nuages 






Eau-forte. — H. o^oôg, L. o"'o86. — Vente De La Combe, 
3 février i863 : 8 fr. ; vente posthume, février 1864 (deux épreuves): 
7 fr.; vente Villot, décembre iSjS, n° 386 (deux épreuves du 
premier état chine et blanc) : 6 fr. 5o c. à M. A. Robaut. — Cat. 
Se ^' Moreau, p. 19. 

^^r*^'- Premier état. Sans trait. — Deuxième état. Avec trait carré. 

Cette composition devait servir de frontispice à une suite d'eaux-fortes 

état de projet. Sur la banderole on lit : « Eaux-fortes, par Eugène Delacroix. » 



N° 458 : Seigneur cuirassé tenant une épée 

Eau-forte. — H. o^ioô, L. o^oôô. — Signé à droite. — Vente 
posthume (premier état, deux épreuves) : ijfr.jvente Villot, décembre 
1875 (premier état, deux épreuves extra sur chine) : 11 fr. Soc. à 
S M. A. Robaut. 

Premier état. H. o"'io6, L. o'"o66. — Sans trait carré et sans lettre. 
Deuxième état. H. o"'ioo, L. o'^'oôo. — En haut à droite le monogramme 
E. p. dans un rond et le numéro 2. En bas, au milieu : « Un homme 
d'armes du temps de François i"'' »; à droite : Imp. Delâtre, Paris. Publi- 
cation Cadart. » L'une des épreuves de M. Villot était sur japon jaune d'or. 




N°459: Un forgeron 



rappor 
Villot, 
de i83 



Eau-forte. — H. o«'i63 L. o"'098. — Vente Villot, décembre 
1875, (une épreuve du premier état et une épreuve du deuxième 
état, ensemble) : 25 fr. à M. Goupil. — Cat. A. Moreau, 
p. 24. 

Premier état. H. o'"i63, L. o'"098. — Sans aucune lettre ; bavures 
sur les marges ; dans celle du bas, h droite, un croquis d'oiseau à 
la pointe ; et dans celle du haut, à droite, une académie d'homme. 
Deuxième état. Mêmes dimensions. Sans lettre. Croquis effacés. 
Troisième état. H. o"'iôo, L. o"'096. En haut, à droite :1e mono- 
gramme E. D. dans un médaillon et le numéro 4; en bas, h droite ; 
« Imp. Delàtre, Paris », au milieu : «Forgeron.» Publication Cadart. 
Cette gravure est un essai en manière noire. C'est h M. Villot que 
Delacroix dut de faire la connaissance des procédés techniques de la 

""^ •?-'.;■ '■ '. gravure h l'eau-forte. Les premières planches des deux amis sont le 
résultat d'un travail commun. Ce mélange des deux collaborateurs 

intime qu'il devient difficile de discerner la part afférente à chacun, et qu'il faut s'en 

ter, sans y croire aveuglément, h la signature. » (Préface du catalogue de la vente 
18-5.) Le rédacteur ajoute ; « Je ne parle que des tout premières planches. A partir 

2, le travail de M. Delacroix devient plus personnel et plus reconnaissable. » 




[833 



LŒUVRE DE DELACROIX 



123 



N" 460 : Soldat allemand 



Delàtre. 



Eau-tbrte. — Signé dans le ciel à gauche en haut. — Voir 
l'aquarelle de 1829. — Vente De La Combe 1 premier état) : 
28 fr.; vente posthume (deux épreuves du deuxième étatl : 4? fr.; 
vente Villot, décembre 1875, (premier état, une épreuvei : 49 fr.; 
(deuxième état, une épreuve): i4fr. — Cat. A. Moreau,p. 2d. 

Premier état. H. o"'iS2. L. o"M 34. Sans trait carré. Le personnage 
seul au milieu de la planche. Tirée à quatre épreuves. 
Deuxième état. Mêmes dimensions. Le bras droit qui tient la bride, 
le cheval et les figures, ont été ajoutés à la pointe sèche. 
Troisième état. H. o^iyS, L. o'"i34. En haut à droite, le mono- 
gramme E. D., dans un rond, et le numéro i ; en bas, h droite : « Imp. 
Paris » , au milieu : « Un seigneur du temps de François i^''' 'i. 




N''46i : Une Juive d'Alger 



Eau-forte. — H. o"'2oo, L. o'"i54. — Signé à gauche en haut 
« Eug. Delacroix, i833. » ■ — Vente De La Combe (premier état): 
6j fr.; vente posthume (deuxième étatl : 8 fr.; vente Villot, dé- 
cembre 1875 : i5 fr. 5o à M. Goupil. — Cat. A. Moreau, p. 23. 

Premier état. H. o"'200, L. o'»i54. Sans aucune lettre, malgré le trait 
carré; certains travaux du tapis et des accessoires paraissent nettement 
dans le bas de la marge de droite. 

Deuxième état. H. o"'2o8, L. o'»i52. Tous ces travaux disparus. 
Troisième état. En haut, h droite, le monogramme E. D., dans un 
rond, et le n" 3 ; en bas, h droite : « Imp. Delatre, Paris »; au milieu : 
" Juive d'Alger. Publication Cadart ». Il y a une erreur dans les dimensions fournies par 
M. Moreau et que nous avons données; celles du premier et du deuxième état sont lesmèmes. 




N" 4Ô2 : Arabes d'Oran 



pg:g,^^g- ^__-_^^ -_-_ -^ggi Eau-forte retouchée en 1847. — H. o"'i5o, L. o"'2io. — Signé 
fi":^"-"^ ;~- - i7=.:wî5s^ sur le terrain à droite : «Eug. Delacroix.» — Vente posthume 
(deux épreuves du deuxième étatl : 23 fr.; vente Burty, 
1877 [deuxième étatl: gfr.; vente Villot, décembre 1875 [deux 
épreuves du premier état) : 19 fr. 5o c. à M. A.Robaut. — Cat. 
A. Moreau, p. 25. 

;__^l Premier état. H. o"'i3o, L. o"'2io. — Sans trait carré. Sans 

g^!^ aucune lettre; des travaux de roulette accentués dans le côté gauche 

du ciel et sur le terrain du premier plan, qui ont été très atténues 

dans les épreuves du deuxième état ; en bas, au milieu, à la pointe: » Arabes d'Oran u. 

Deuxième état. Mêmes dimensions. Le vêtement du second personnage s'enlève en vigueur. 

Troisième état. H. o"M45. L. o"'i90. Trait carré. En haut, à droite, le monogramme E. D. 

dans un rond, et le n" 5 ; en bas. à droite : p Inip. Delàtre. Paris », au milieu >• Arabesd'Oran ■'. 




1-4 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i833 




N" 463 : Étude de femme vue de dos 

Eau-fone. — H. o""i i3, L. o"'i63. — Signé «Eug. D."à gauche 
en haut de la planche, au milieu des hachures du fond. — 
Vente posthume (cinq épreuves du deuxième état) : i i fr. 
5o c. ; vente Villot, décembre 1875 (deux épreuves du 
deuxième état) : 14 fr. à M. Goupil; vente His de la Salle, 
janvier 1881 (une épreuve du premier état) : 23 fr. à 
M. Goupil. — Cat. A. Moreau, p. 24. 
Premier état. H. o™i33, L. o™i63. — Sans trait carré. Eau-forte pure. En haut, à gauche, 
h peine quelques hachures dans le fond. Les épreuves blondes de ton laissent voir dans le 
fond et autour de la tête et des cuisses tout le travail des hachures. Les épreuves de cet état 
ont été tirées presque sans marges (o™o3o sur la largeur et o"'020 sur la hauteur). 
Deu.'iième état. Mêmes dimensions. En haut, à droite, dans le fond, des hachures qui 
forment une teinte et équarrissent le sujet de ce côté; h gauche, quelques travaux de roulette. 
Troisième état. H. o'"i 10, L. o'°i6o. En haut, à droite, dans un petit rond, le rnonogramme 
E. D. et le numéro 6 ; en bas, au milieu : « Etude de femme vue de dos. Publication Cadart. » 
Les planches de cuivre de cette gravure et des six autres qui précèdent étaient restées iné- 
dites du vivant de Delacroix. M. Villot père les avait gardées. Elles figurèrent h sa vente en 
i865, et furent adjugées à MM. Cadart et Luquet, au prix de 812 fr. On les a tirées alors 
avec une marque particulière et un titre. 



N'' 464 : Costumes du Maroc 

Aquarelle. — H. o"'i8, L. o'"3o à o'»35. — Salon de i833. — Cat. A. Moreau, p. '174. 
On va retrouver sous la rubrique de l'année i833 un grand nombre de motifs fournis ii 
Delacroix par ses souvenirs du voyage au Maroc. Il peut se faire que plusieurs de ces oeuvres 
aient été exécutées dans le courant de l'année i832 ; mais celle-ci étant déjà très chargée de 
travail, nous sommes autorisés à supposer que le maître ne s'est pas rigoureusement arrêté 
dans cette reprise de souvenirs au 3i décembre. Nous en avons un témoignage éclatant dans 
l'exécution du célèbre tableau des Femmes d'Alger. D'ailleurs, comme on le verra, un cer- 
tain nombre de ces œuvres sont datées, et, par conséquent, il n'y a point de doute sur l'é- 
poque de leur exécution. 

N°^465, 466 : Costumes de Tanger 



1° Autographie à la plume. — H. o'"i90, L. o'"23o. — Signé 
au bas, à droite : « Eug. Delacroix, i833. » — Vente Villot, 
décembre 1875 : 6 fr. à M. A. Robaut. — Cat. A. Moreau, 
p. 33. 

Ce croquis à la plume, imprimé sans trait carré, est rare. 
'"^ 2» C'est la même idée et la même disposition, à peu près, qu'en un 
tableau vendu à l'hôtel Drouot en 1873. Un jeune marchand juif. 
^ debout, déploie une bande d'étoffe qu'il semble offrir à un vieux 
Maure à longue barbe assis devant lui sur une pierre dans la campagne. 




1833 



L'ŒIVRE 1)K DELACROIX 



N" 467 : Famille juive 

Aquarelle. — H.o'"i8, L. o"'3oà o"Ki5. — Salon de i83?. — Cat. A. Moreau.p. ijS. 

N" 468 : Fantasia arabe 



Toile. — H. o"'5q, L. o'"73. — Signé et daté i833. — 
Gravé à Teau-forte par Le Guay pour VArtisie, dans 
les dimensions de : H. o"'i62, L. o'"222. — Variante du 
tableau de i832. — Vente Van-Isacker, i5 mai i852 : 
1,060 fr.; vente M. B.,3o mai i855 : 1,405 fr. à M. Get- 
ting; vente San Donato, 21 février 1870: t3,ooo fr. à 
M. Louis Lefebvre, de Roubaix. — Cat. A. Moreau. 
pp. 102, 268 et note. 

Nous avons reproduit un passage de la lettre du 16 mars, où 
Delacroix note les sensations désagréables que lui causaient les coups de fusil que la fantasia 
lui tirait à la figure. Il ajoute encore : «Tout cela nous donnait une colère mêlée de comique 
que je me rappelle à présent avec moins d'humeur. » 




N" 469 : Rencontre de cavaliers maures 




Toile. — H. o^^Sr, L. i"'oo. — Voir à Tannée 1834 
pour la gravure à Peau-forte par Eugène Delacroix. — 
Tableau refusé au Salon de 1834. — Cat. A. Moreau, 
P- 177- 

Nous invitons les amateurs à se méfier d'une mauvaise 
copie de ce tableau traitée en frottis, et qui circule dans le 
commerce. L'original était en novembre iSSi, chez 
MM. Arnold et Tripp. 

Jamais Delacroix ne s'est plus complètement livré en 
apparence au génie de l'esquisse qu'en cette admirable 
composition. Mais il suffit d'observer le merveilleux équi- 
libre de ce groupe furieux, que l'on pourrait inscrire dans 
le champ géométrique d'une médaille, pour être convaincu une fois de plus que la main du 
maître n'improvisait que sur des thèmes longuement médités. Les chevaux se heurtent et 
l'un d'eux se dresse sous le choc en même temps que sous l'effort de son cavalier pour 
l'arrêter. Dans ce mouvement la puissante silhouette du cheval bai brun s'enlève sur un 
fond de collines qu'éclairent les fumées d'un combat et les clartés opalines d'un ciel gris très 
doux où passent des bleus de turquoise. Sur ce premier groupe se découpe le profil allongé, 
élégant du cheval gris blanc dont le poil soyeux et fin laisse passer, comme des lueurs roses, 
les transparences de la peau. Le geste des cavaliers, celui surtout de l'homme dont on n'a- 
perçoit que la tête et le poing, est d'une audace de vérité extraordinaire dont on ne retrouve 
d'exemple que dans Rubens. Et c'est à Rubens aussi que fait penser l'éclatante variété des 
rouges que Delacroix s'est plu à multiplier dans cette précieuse composition, étincelante 
et joyeuse comme l'œuvre d'un peintre coloriste, vivante comme l'œuvre d'un grand dessi- 
nateur du mouvement, solide et forte comme l'œuvre d'un maître statuaire. 



L'ŒUVRE DE DEl-ACROIX 



iS33 



N" 470 : Arabes causant 



Aquarelle. — H.o'"i4, L. o"'28. 
Cat. A. Moreau, p. 290. 



Vente Baroilhet. 12 avril 1862 : i85 fr. — 



N" 471 : Même sujet 






Autographie à la plume. — H. o'"2io, L. o™25o. — Sans 

aucune lettre, signature ni date. — Vente De La Combe (pre- 

état) : 41 fr.; vente posthume (deuxième état, avec les 

les de Tanger )) ) : 10 fr. ; vente Villot, décembre 1875 

(deuxième état) : 5 fr. 5o à M. C. Paul Perrier. 

Premier état. En bas, au milieu, dans la marge, croquis assez peu 
distincts dont un représentant une petite tète d'enfant. 
Deuxième état. Sans les croquis. 
'— "^ ' n Pour ces choses de souvenir, les premiers croquis ne doivent être 

ni trop cherchés, ni retouchés. » (Eugène Delacroix.) 




N° 472 : Deux Arabes causant 




« Eug. Delacroix de 

et des chines de différents formats. Il n 



Sépia. — H. o"'i3, L. o'"20. — Gravé à Peau-forte par Frédéric 
Villot en 1845, dans les dimensions de o'"o97 sur o'"i42. — 
Vente Villot, 11 février i865: 600 fr.à M.Lecesne. — Cat. A. Moreau, 
pp. loi et 291. 

Les deux figures, l'une de face, l'autre de profil, sont assises sur le 
sable dans l'attitude et avec la mimique de la conversation. Dans le fond, 
une chaîne de collines. — La planche de M. Villot porte en bas à droite : 
Fréd. Villot sculpt. 1845. » Cette planche a été tirée sur des papiers 
a pas eu de retouches. 



N" 47 3 : Un Arabe 



Dessin. — H. o"'3i, L. o"'20. — Photolithographié par Arosa : 
H. o"^3io, L. o™20o. — Non catalogué par M. Moreau. 

Il est vu presque de face, incliné en avant, les bras tombant, les mains 
croisées et enveloppé dans son burnous. L'attitude est étrange, l'expression 
'iv 'U' \ / puissamment caractérisée. Delacroix, parlant de l'Afrique un jour, disait à 
\"^ 1 1 f Théophile Silvestre, qui l'a rapporté dans son livre. Les artistes vivants : 
V \ y\ / ) " L'aspect de cette contrée restera toujours dans mes yeux; les hommes de 
cette forte race s'agiteront toujours, tant que je vivrai, dans ma mémoire ; 
c'est en eux que j'ai vraiment retrouvé la beauté antique. » Il confirmait 
ainsi, bien des années après son vovage au Maroc, l'impression qu'il en avait 
gardée et qu'il exprimait si vivement au moment même dans ses lettres à ses amis. 





N"'474' 47) : Muletiers de Tétium 

.■.''j':kn 1° Dessin à la mine de plomb. — H. o'"io,L. o'"28. — 
Vente Susse, 1844 : 60 fr. — Cat. A. Moreau,p. 289. 
2° Autographie à la plume. — H. o"i20, L. o"'26o. — 
Vente posthume (avec les «Femmes d'Alger») : 12 fr.; 
vente Dubois (seulei : 10 fr.; vente Langlois (seule): 6 fr. 
90 c; vente Villot, décembre 1875 (premier étatl : 5 fr. à 
M. Perrier. — Cat. A. Moreau, p. 48. 

La pierre de notre n» 2 et celle des n Femmes d'Alger » furent 

vendues ensemble i23 fr. à M. le directeur de la Galette des 

Beaux-Arts. Notre cliché est fait d'après l'autographie. Il y a une légère variante dans le 

dessin à la mine de plomb. Les deux états ne différent que par l'addition, au bas. à gauche. 

des mots : « Gazette des Beaux-Arts », et à droite : « Imp. Bertauts, Paris. » 




N" 476 : Femme de Tanger 

Autographie à la plume. — H. o"M90, L. o™2 5o. — Signé à 
gauche : « Eug. Delacroix, i833. » — Vente De La Combe : 
12 fr. ; vente Dubois : 14 fr.; vente posthume, 17 fr. — ■ Cat. 
A. Moreau, p. 32. 

La femme est debout, vue de dos, tournant la tète vers la gauche, 
les bras ouverts et étendant du linge sur une corde supportée par de 
longs piquets. Un jeune garçon est assis par terre; derrière lui 
on voit un grand vase déterre à deux anses. Sur le sol divers acces- 
soires. Le fond est occupé par de rapides hachures diagonales. — Ce dessin sur papier auto- 
graphique, tiré comme le précédent, sans trait carré, est rare. 




N° 477 : Jeune femme du Maroc 

Dessin à la plume. — H. o™i6,L. o"M 5. — Signé en rébus : un 2, un la, 
une croix. — Vente Villot, 1 1 février i865 : qr fr. à M. Choquet. — 
Publié en 1882 dans le journallM;-?, par procédé phototypographique 
avec trait carré, dans les dimensions de : H.o'"i70, L. o"'i55, numéro 
du 23 avril 1882, avec le titre : « Jeune femme du Maroc. » — Cat. 
A. Moreau, p. 292. 
La femme est jolie et de type européen; mais il faut se rendre à l'évidence du costume. 




N" 478 : Femme d'Alger 



Croquis à la plume. — H. o"'i i , L. o"'i4.- 
— Non catalogué par M. Moreau. 



Galerie Bruyasau Musée de Montpellier. 



I2S 



l/ŒUVRF. nr. DELACROIX 



rS3: 



N" 4J9 : Femmes d'Alger 




Deuxiimc état. 



lauche 



Autographie à la plume. — H. o"'i6o, L. o'"22o. — 
Signé à gauche en bas : « Eug. Delacroix, i833. » — 
Vente posthume (deux épreuves du premier état avec 
une épreuve des « Muletiers de Tétuan » ) : 12 fr.; vente 
Villot, décembre 1875 ipremier état) : 10 fr. à M. Goupil. 
— Cat. A. Moreau, p. 49. 

Premier état. En bas. au milieu, le titre seul : « Femmes 

d'Alger « de la main de Delacroix. 

K Gazette des Beaux-Arts ». à droite: « Imp. Bertauts, Paris. » 



N" 480 : Femmes d'Alger 




Croquis aquarelle. — H. o"'2i5, L. o'"28o. — Appartient 
à M. Christophe. — Non catalogué par M. Moreau. 

a Oui, ce sont bien là les intérieurs garnis à hauteur d'homme de 
carreaux de faïence formant des mosaïques comme dans les 
salles de l'Alhambra, les fines nattes de jonc, les tapis de 
Kabviie, les piles de cous.çins et les belles femmes aux sourcil.s 
rejoints par le surmeh, aux paupières bleuies de khôl, aux 
joues blanches avivées d'une couche de fard qui, nonchalamment 
accoudées, fument le nargilhé ou prennent le café que leur offre 
dans une petite tasse à soucoupe de filigrane, une négresse au 
le Gautier, Les Beaux-Arts en Europe.^ 



N°48i 



Femme d'Alger 



^ 




Pastel. — In-folio. — Photographié par Braun. — Appar- 
tient au Musée du Louvre. — Non catalogué par M. Moreau. 
L'Afrique a produit sur M. Eugène Delacroix une impression 
'^ï^"'j^-\ ' ^''^'^ ^^ durable; s'il n'est pas resté, comme Marilhat et 

lg,?^^^^^S^»!x ' Decamps, Arabe ou Turc à tout jamais, occupé sur son divan 

à égrener le chapelet de ses souvenirs d'Egypte ou d'Asie et 
dédaigneux comme un musulman de la civilisation des giaours, 
il le doit a la mobilité ardente de son esprit trop compréhensif 
pour se borner à une seule sphère et qui a des fenêtres 
ouvertes sur tous les horizons ; le haschisch oriental n'a causé chez lui qu'une hallucination 
passagère, et de ce soleil vertigineux, le hàle tombé, il n'a gardé qu'un rayon. Le désert ne 
l'a pas absorbé dans sa grandeur morne et leatement recouvert de son sable, et pourtant de 
ce court voyage au Maroc il a rapporté un monde complet. » (Théophile Gautier, Les 
Beaux-Arts en Europe. » — Au bas de la page, à droite, Eugène Delacroix a noté quelques 
indications pour la couleur de la jupe; elles sont intéressantes h recueillir ; i< Teinte plus 
rougeâtre au frisan ;sici du jour et sur les tournants: au milieu, violet. » 



i83o 



L'CEUVRE DE DELACROIX 



12t) 



N" 482 : Femmes d'Alger dans leur appartement 



tint po 
de Ver, 
cemme 



Toile. — H. i'"77j L- ^'"37. — Autolitho- 
graphié par Sirouy : H. o^iSS, L. o'"235. 
— Gravé à Peau-forte parCélestin Nanteuil : 
H. o""i63, L. o"'262. — Gravé au burin par 
Waltner : H. o'"244, L. o™3i4. — Salon de 
1834. — Au musée du Louvre. — Car. A. Mo- 
reau, pp. 128, i/S, roo, 2o5. 

Delacroix faillit ne pas livrer ce tableau à l'Ad- 
ministration qui avait fait avec lui le prix do 
3,000 fr. pour cette œuvre, quand il apprit qu'un 
peintre fort me'diocre,mais protégé de Lamartine, 
M. Decaisne, recevait 4,000 fr. pour un tableau, 
« l'Ange gardien ». Le ministre insista auprès 
de Delacroix en lui disant que le roi lui-même 
avait fait le prix de son tableau, et le maître se 
ur battu. 11 faut dire cependant qu'on lui commanda immédiatement, pour le musée 
saiUes, l'Entrée des croisés à Constantinople. — C'est Lamartine qui attribuait inno- 
nt à Delacroix de pauvres peintures de M. Vinchon, et l'accablait d'éloges. 




N" 48^ : Femme arabe 



Dessin à la plume. — H. o"'27, L. o"'i7. — Fac-similé par A. Robaui. 
— Reproduit dans le journal L'Exposition de Toulouse, i865, dans 
les dimensions de: H. o'"27, L. o'" 17. Reproduit aussi dans le journal 
L'Art, en 1 883. ^Appartient à M. Ph. Burty. — Cat. A. Moreau, p. i36. 

Evidemment ce dessin a. été fait sous l'empire du rapprochement qui s'établissait 
dans l'esprit de Delacroix entre les nobles attitudes de la statuaire antique et de 
la réalité contemporaine, où le climat impose l'usage des draperies flottantes. 
On comparera ce dessin à celui des femmes à la fontaine, de i832, que nous 
avons catalogué, au n" SgS, sous le titre « Femmes juives arabes. » 




N" 484 : Chasseurs arabes 




beau mensont 



Aquarelle. — H. o'"240, L. o"'2i5. — Lithographiec à la plume 
par A. Robaut : H. o'"o98, L. o'"o90. — Vente posthume n° 426 : 
6i)0 fr. ; vente Constant Dutilleux, mars 1874 : 835 fr.; vente 
Marmontel, janvier i883 : 455 fr. à M. Tabourier. — ■ Non 
catalogué par M. Moreau. 

C'était une des aquarelles les plus importantes et les plus terminées de 
la vente posthume de Eugène Delacroix. L'attitude de la figure principale 
est d'une hardiesse singulière et faite pour effarer les partisans de cet art 
que l'illustre critique anglais John Ruskin appelle n l'art des poses et du 
C'est ce qui faisait dire il H. de la Madelène : c La vie, voilit ce qu'il cherche.» 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i833 



N" 48) : Chasse au tigre 



Aquarelle gouachée. — H. o'"2d, L. o'"31-). — Appartenait a 
M. Riesener. — Voir la « Chasseaux lions» de i858. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Il n"y a pas trace dans la correspondance de Eugène Delacroix 
qu'il ait assisté a aucune chasse de cette sorte ; mais il avait vu, 
observé, note dans son infaillible mémoire tant de violentes che- 
vauchées, qu'il y aura facilement trouvé les éléments nécessaires 
d'une telle composition. Quant aux tigres, n'oublions pas que 
l'empereur du Maroc avait envoyé à M. de Mornay, pendant que Delacroix était avec 
celui-ci à Mequinez, un tigre précisément que le maître ne se sera pas fait faute d'étudier. 
Nous avons cité, en son lieu, la lettre qui a trait h cet envoi. 




N°^ 486, 487 : Chevaux arabes 



i" Lavis. — In-quarto. — Galerie Bruyas au Musée de 
Montpellier. — Non catalogué par M. Moreau. 
2" Aquarelle. — H. o"'i8, L. o'"22. — Signé à gauche, non 
daté. — Vente Susse, 10 janvier i856 : 69 fr. à M. Adolphe 
Moreau. — Cat. A. Moreau, p. 289. 

Quoique nous réunissions les deux études sous la même rubrique. 

nous devons prévenir le lecteur qu'elles n'ont rien de commun. 

Notre croquis est fait d'après le dessin de la galerie Bruyas. — 

Le cheval est bien un cheval arabe, mais transporté, peut-être 
né, dans quelque ferme de France, dont on aperçoit les bâtiments dans un bouquet 
d'arbres. — Je ne sais pas un artiste, même en Angleterre, où il y a d'excellents dessinateurs 
de chevaux, capable de fixer d'une main plus savante un mouvement plus souple, plus 
équilibré, plus naturel dans sa grâce fugitive et comme saisie au vol. 




N"" 488. 489 : Marocain et son entant 



1" Toile. — H. o'"235,L. o"'3io. — 
Signé au bas à droite. — Vente 
Wilson, mars i88t : 900 fr. — Non 
catalogué par M. Moreau. 
2° Aquarelle. — H. o"'22, L. o'"29. 
— Vente A. Carrier, 5 mai 1875 : 
5oo fr. à M. Paschal. — Non cata- 
logué par M. Moreau. 

L'aquarelle avait été choisie par A. Carrier parmi les dessins du maître, au classement des- 
quels il avait concouru, en vue de la vente posthume, avec MM. Dauzats, Pcrignon, Schwiter, 
Andrieu, Dutilleuxet Burty, désignés à cet effet par le testament. — «Quand on n'a d'abord pu 
ressaisir ce que la mémoire représente vaguement, il faut faire d'autres croquis du même sujet 
et les refaire jusqu'à ce que l'on ait retire l'image du fond de sa mémoire. »(E. Delacroix.) 




i833 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N° 490 : Juif drogman du consulat 



Aquarelle. — H. o™34, L. o™26. — Signé et daté en haut à 
droite, i833. — Appartient à M. Petit. — Cat. A. Moreau, 
p. 174. 

Par son importance et par le soin tout particulier que Delacroix y a 
apporté, on doit supposer que cette aquarelle a été exposée et que ce 
serait bien l'oeuvre qui figure sous le n'^ GSy au livret de l'Exposi- 
tion de cette même année. Une sorte de drogman porte la main 
gauche à une gibecière et la famille juive l'écoute attentivement. 
C'est une de ces nombreuses scènes de mœurs locales que le vif 
regard du maître saisissait au passage dans les rues de ces villes du 
Maroc où il ne lui était point permis de s'arrêter, poursuivi 
comme il l'était par la curiosité importune et même hostile des 
indigènes. Nous avons eu déjà l'occasion de faire remarquer que 
les obstacles a\ aient ete un puissant aiguillon pour l'activité du maître. 




N° 491 : Soldat de la garde de l'empereur du Maroc 



Aquarelle. — H. o"'r6, L. o'"25. — Signé. — Gravé à Peau- 
forte par F. 'Villot, 1845 : H. o™i63, L. o"'23o. — Vente 
Villot, i865 : go fr. — Voir à 1848 variante. — Cat. A. 
Moreau, p. loi. 

n Nous avons eu un passage de rivière, bien entendu sans ponts et 
sans bateaux, qui peut être comparé au passage du Rhin pour la 
quantité de coups de fusil qui nous accueillaient. Mais tout cela 
n'était rien au prix de notre réception dans la capitale. On nous 
a d'abord fait prendre le plus long pour nous faire juger de son importance.» (Mequinez, i832.) 




N" 492 : Soldats endormis dans un corps de garde 



Aquarelle. — H. o^iS, L.o™3o ou o"^35. — Salon de i833. 
• — Cat. A. Moreau, p. 174. 

Eugène Delacroix a traité plusieurs fois ce motif. On verra 
plus loin (n" 507) une autre aquarelle faisant partie de l'album 
de M. de Mornay. Voir aussi, a l'année 1841, le tableau appar- 
tenant à M. le duc d'Aumale. 

Dans les extraits des souvenirs manuscrits de M. de Planet, pu- 
bliés par Th. Silvestre, nous relevons les observations suivantes 
de Delacroix sur les Maures : Ils ont les lèvres déformées, la 
bouche grande, le nez avec un méplat incliné au bout du carti- 
lage, les yeux grands et beaux, le nez aquilin et ordinairement bien fait. Les femmes ont de 
l'or partout ; cercles, bagues, bracelets, gros pendants d'oreilles en forme de croissant, etc. » 
(Voir les impressions de Eugène Delacroix au Maroc, dans VHistoire des Artistes vivants, 
rééditée depuis, sous le titre Les Artistes français, par Th. Silvestre, ouvrage auquel nous 
avons fait déjà plusieurs emprunts, en nous proposant de retourner à cette source précieuse. 




l32 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



[833 



N°493 : Kaid Mohammed-ben-Abou 



Eau-forte. — H. o™i lo, L. o"M7o. — Signé en haut, à droite, 
«Eug. Delacroix, i833.» — Vente posthume (premier état) 17 fr.; 
vente Burty, 1874 (premier état): 2 5 fr.; vente Villot, décembre 
1875 (deuxième état) : 3 fr. 5o. — Cat. A. Moreau, p. 2 i. 

Premier état. Sans aucune lettre ni trait carré. 
^JiL Deuxième état. En haut, à droite, « les Artistes contemporains », 
^5^ en bas « Chef Maure à Mekinez, par Eug. Delacroix. » 

Le Kaïd est accroupi sur des tapis, son café est posé à terre, près de 
lui, sur une tablette. Aux murs sont accrochées une petite armoire entr'ouverte et des armes. 
Le modèle avait ordinairement une rare intelligence de mes moindres intentions; mon croquis 
fait, il le prenait, le tournait et le retournait en tous sens avec la curiosité du singe qui 
cherche à lire un papier, et le remettait en place, riant de pitié pour moi. » 




L'ALBUM DU COMTE DE MORNAY 



Il nous paraît intéressant de réunir les dix-huit aquarelles que Delacroix offrit au 
comte de Mornav pour son album, et qui, mises en vente le 2q mars 1877, produi- 
sirent un total de 17,235 francs. Nous emprunterons en grande partie nos renseigne- 
ments aux notes prises par feu M. Adolphe Moreau à la vente de Mornay. Ces notes 
nous ont été gracieusement communiquées par madame veuve Moreau. 

N°494: Campement dans la ville d'Alias-sar-el-Kebir 



Aquarelle. — H. o"M 5o, L. o"'23o. — Signé au bas vers le 
milieu : « Eugène Delacroix ». — Voir à Tannée 1839 le 
tableau variante. — Vente de Mornay, retiré à 420 fr. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

«Cher ami, écrit Delacroix à M. Pierret, je suis encore ici; vous 
voyez que nous ne nous trompions pas, quand nous calculions 
que les trois mois au moins seraient employés au voyage. Heu- 
reusement les affaires sont terminées et nous partons après- 
demain pour Tanger, d'où, je pense, nous ne tarderons pas à nous embarquer. » (Mequinez, 
2 avril i832.) — La grande tente au centre est rayée bleu et blanc. Le pavillon français flotte 
au-dessus. Au second plan une foule ; des montagnes dans le fond. 




N"49^ : Vue de la rade et de la ville de Tanger 



Aquarelle. — H. o'"i7, L. o'"25. — Signé en bas à gauche : « Eugène Delacroix. » 
— Vente de Mornay: 61 5 fr., a M. de La Valette. 

Au premier plan, un personnage debout, en veste jaune, calotte bleu foncé, turban blanc. 
Près de lui, un jeune garçon assis sur un rocher. A droite, la mer; au fond, une falaise. 



'833 L'ŒUVRE DE DELACROIX i33 



N° 496 : Mauresque et sa servante 

Aquarelle. — H. o"'i6, L. o'"i8. — Signé au bas à gauche. — Venie de Mornay : 
1,000 fr.,àM. Goupil. — Vente Paul Daru, juin 1877 : 36o fr. 

La mauresque est assise sur un tertre, les jambes dans l'eau ; elle est coiffée d'un foulard jaune. 
La servante, au second plan, debout, étend du linge. Au fond, une haute montagne. 

W 497 : Conversation mauresque 

Aquarelle. — H. o'"i4, L. o'"i8. — Signé au bas à gauche. — Vente de Mornay : 

63o fr., à M. Ferai. — Cédé par M. Ferai à M. Borthon de Dijon. 

Lafemme s'appuie sur des coussins jaunes; à gauche, près du tapis, un pot de fleurs. (V. n" 394.) 

N° 498 ; Abraham-hen-Chimol, drogman du consulat 

Aquarelle. — H. o"'26, L. o'"i8. — Signé en bas à gauche. — 
Vente de Mornay : 480 fr., à M. Ferai. 

« Dans ce moment, nous sommes prisonniers dans une maison de la ville, 
environ depuis cinq ou six jours, jusqu'au moment où nous aurons notre 
audience. Etant toujours en présence les uns des autres, nous sommes 
moins disposés à la gaieté et les heures paraissent fort longues, quoique 
la maison ou nous logeons soit fort curieuse pour l'architecture moresque 
qui est celle de tous les palais de Grenade dont vous avez vu les gra- 
vures. » (Mequinez, 20 mars 1832). Abraham-ben-Chimol est vêtu d'un 
manteau bleu doublé de rouge, d'une redingote marron à brandebourgs et d'un pantalon blanc. 

N° 499 : Négresse venant chercher de Teau 

Aquarelle. — H. o'"23, L. o'"i7. — Signé au bas à droite. — Vente de Mornay : 
610 fr., au duc de Vicence. 

L'esclave est appuyée au mur d'une maison. Vêtue d'une longue robe jaunâtre et d'une che- 
mise bleu foncé, elle porte sur le bras gauche un burnous blanc. Près d'elle, à gauche, se 
trouve une cruche; au fond, un personnage en blanc est vu de dos. 

N" ^00 : La femme et la fille d' Abraham-hen-Chimol 

Aquarelle. — H. o"'22, L. o'"i6. — Signé au bas à gauche. — Vente de Mornay : 
i,55o fr., à M. Hecht. 

La mère, assise, est vêtue d'une robe vert foncé, à manches blanches; elle a un corsage rose et 
une coiffure verte. _La fille, debout, se penche vers sa mère; elle a une coiffure jaune. 




V^-^-- -^-- 



l34 L'ŒUVRE DE DELACROIX l833 



N" ^'oi : Le ministre Amin-Bias 

Aquarelle. — H. o'"22, L. o'"i6. — Signé au bas à droite. — Vente de Mornay : 
700 fr. à M. le duc de Gramont. 

Amin-Bias était ministre des Finances et des Affaires étrangères; il est représenté assis, la tête 
tournée à droite; sa barbe est grise. Il est enveloppé dans un burnous tout blanc; on voit un 
pied chaussé d'une babouche jaune. A gauche, une table. 

N" 502 ; Les convulsionnaires de Tanger 

Aquarelle. — H. o'"2o, L. o"'23. — Signé à gauche. — Vente de Mornay : 1,440 fr., 

à M. Hartmann. 

La composition se rapproche beaucoup de celle du tableau de i838. 

N° ^03 : Danse de nègres dans une rue de Tanger 

Aquarelle. — H. o'"23, L. o"i8. — Signé au milieu. — Vente de Mornay : 1,110 fr., 
à M. Gauchez. 

Au centre, un personn.ige joue du tambour; deux autres dansent en tenant de petits bâtons 
dans chaque main; à droite, un enfant en gilet rouge sort d'une porte. 

N° ^04 : Halte de cavaliers arabes près de Tanger 

Aquarelle. — H. o"M6, L. o'"26. — Signé au bas à gauche. — Vente de Mornay ; 
1,700 fr., à M. Hartmann. 

Quatre chevaux, dont un blanc, sont au repos au milieu de cactus; deux arabes en manteau 
bleu et blanc sont assis à droite ; au fond, une ville sur une colline et des montagnes bleuâtres. 

N" 505 : Fantasia devant la porte de Mequinez 

Aquarelle. — H. o'"i5, L. o'"27. — Signé au bas à droite. — Vente de Mornay : 
1,200 fr. , à M. Gauchez. 

Au premier plan, un peloton de cavaliers lancés au galop, à demi enveloppés de fumée. Celui 
du milieu, sur un cheval gris, brandit son fusil. Au second plan, à droite, la porte de la ville 
avec d'autres cavaliers. Au fond, des montagnes d'un bleu léger. 

« Autre plaisir que j'avais : l'étude des chevaux arabes. Ils ont, sous le ciel natal, un carac- 
tère tout particulier de fierté, d'énergie, qu'ils perdent en changeant de climat; il leur arrive 
assez souvent de se débarrasser de leurs cavaliers pour se livrer des batailles qui durent des 
heures entières ; tout en eux, attitudes et caractère, sent l'héroïsme de la nature primitiva. » 
(Th. Silvestre, Les Artistes français.) 



N"* ^06 : Muley-Abd-er-Rhaman 

Aquarelle. — H. o'"26, L. o'"i8. — Signé à gauche. — Vente de Mornay : 
1,700 fr., à M. Goupil. — Vente Paul Daru, 5 juin 1877 : 600 fr. 

Dans une lettre que Eugène Delacroix écrivait de Mequinez, en mai i832, à son ami Pierret, 
il parle ainsi de l'empereur Abd-er-Rhaman : « Nous avons eu hier audience de l'empereur. 
Il nous a accordé une faveur qu'd n'accorde jamais à personne, celle de visiter ses apparte- 
ments intérieurs, jardins, etc. Tout cela est on ne peut plus curieux. Il reçoit son monde à 
cheval lui seul, toute sa garde pied à terre. Il sort brusquement d'une porte et vient à vous 
avec un parasol derrière lui. Il est assez bel homme. Il ressemble beaucoup à notre roi; de 
plus, la barbe et plus de jeunesse. Il a de quarante-cinq h cinquante ans. Il était suivi de sa 
voiture de parade; c'est une espèce de brouette traînée par une mule. On sait comment 
Eugène Delacroix a su mettre à profit l'audience, dont il a donné le récit dans le fragment 
de lettre que nous venons de citer. Il en fit le sujet d'un tableau, magnifique par la compo- 
sition et par le choix exquis des colorations. (Voir aux années 1844, 1845 et 1862.) 

N° ^07 : Soldats endormis dans un corps de garde 

Aquarelle. — H. o^iô, L. o"'i9. — Signé au bas à gauche. — Vente de Mornay : 
820 fr., à M. de Sourdeval. 

Deux personnages couchés sont enveloppés de burnous blancs. Une selle occupe le premier 
plan à droite. Au fond, dans l'ombre, on voit un amas de vêtements, d'armes et d'autres 
selles. L'effet de lumière vient du côté droit et se concentre au milieu. Nous avons décrit, 
sous le n''49i, le même motif traité également en aquarelle. 

N" ^'08 : Arabes sur un marché 

Aquarelle. — H. o"'i8, L. o'»i2. — Signé au bas à droite. — Vente de Mornay : 
5oo fr. à M. Féval. 

Suivant M. A. Moreau, qui a fait un examen sévère des dix-huit aquarelles de la vente 
Mornay, et dont nous avons pu étudier les notes manuscrites, le catalogue ne donnerait pas à 
cette aquarelle son vrai titre, qui serait non pas Arabes sur un marché », mais u Costumes 
de Tanger ». La composition aurait en effet une grande ressemblance avec celle qui est 
décrite par A. Moreau lui-même dans son catalogue, page 138, et que nous avons mentionnée 
plus haut sous le n° 433. 

N° 509 : Kaïd Mohammed-ben-Abou 

Aquarelle. — H. o'"i4, L. 0^14. — Signé au bas à gauche. — Vente de Mornay : 
6o5 fr., à M. de Bordesoulle. 

Nous avons reproduit plus haut (n° 493) une eau-forte du maître représentant le même per- 
sonnage; dans l'aquarelle, il n'y a pas d'armes accrochées au mur. 



l36 L'ŒUVRE DE DELACROIX l833 



N" ^ lo : Couloiiglies et Arabes 

Aquarelle. — H. o'"i6, L. o'"i6. • — Signé au bas à gauche. — Vente de Mornay : 
855 fr., à M. de Bordesoulle. 

Assis à la porte de leur maison, ils sont sur des tapis. L'un, vu de dos, la pipe h la main, a 
pour costume une veste rayée rose, une ceinture rouge et une culotte vert foncé; l'autre est 
en manteau noir. A droite, une rue et deux personnages assis. 

N" ^11 : Comédiens ambulants 

Aquarelle. — H. o"'24, L. o'"i8. — Signé au bas à gauche. — Vente de Mornay : 
1,400 fr., à M. Gauchez. — Cat. A. Morcau, pp. 184, 202. 

Eugène Delacroix reproduisit la même composition sur une toile qui fait partie du musée de 
Tours (voir à l'année J848); mais dans l'aquarelle, le fond représente les murailles d'une ville, 
tandis que dans le tableau, c'est une plaine. — Au premier plan se voit un personnage debout, 
tenant un bâton; un autre personnage danse en s'accompagnant de la mandoline. 

LE SALON DU ROI 

Peintures décoratives exécutées au Palais Bourbon, à Paris. — Cat. -A. Moreau, 
pp. 211 et 2 I 2. 

« Le palais Bourbon est l'édifice oii siège actuellement la Chambre des députés. On accède au 
Salon du roi, soit par la porte de la place du palais Bourbon, soit par la grille du quai 
d'Orsay. En suivant ce dernier itinéraire, on traverse la grande salle des Pas-Perdus, dont 
les voussures et le plafond sont peints par Horace Vernet. 

C'est en i8'33 que M. Thiers fit obtenir à l'auteur déjà célèbre de la Barque de Dante, du 
Massacre de Scio, du Marino Faliero, de la Liberté, etc., la commande de l'œuvre qui nous 
occupe. Delacroix l'exécuta en cinq années; elle lui fut payée, y compris la partie ornemen- 
tale (pilastres, bandeaux, inscriptions, guirlandes, etc.), la modeste somme de 3o,ooo francs. 
La distribution de la lumière est très défectueuse au point de vue pictural dans le Salon du 
Roi, grande pièce carrée de onze mètres sur onze mètres, percée de tous côtés de portes et 
de fenêtres réelles ou simulées. Le jour n'y entre que par trois ouvertures donnant sur une 
galerie qui sert de passage et par une percée circulaire placée au milieu du plafond; de plus, 
ce plafond est plat, et les rayons qui pénètrent par cette sorte de lanterne centrale éblouissent 
le regard, au préjudice des peintures qui l'avoisinent. 

Mais Delacroix pouvait mettre au service de son incomparable puissance d'expression une 
technique tellement savante, qu'il est parvenu à vaincre cet obstacle. Lorsqu'ori a embrassé 
d'un long coup d'œil ce merveilleux ensemble, on ne peut qu'admirer la clarté qui préside 
à l'exposition des idées, la netteté des formes, la simplicité et le naturel des attitudes, l'aisance 
et l'ampleur des mouvements propres h chacun des personnages, et surtout l'aspect de la co- 
loration obtenu à l'aide de gradations de teintes que pouvait seul combiner son talent. 
Ces teintes sont grises dans les parties inférieures, où la transition du dallage aux rnurailles 
s'opère à l'aide de figures en camaïeu légèrement rehaussées de couleur dans les draperies et 
accessoires. Elles sont colorées ensuite dans une gamme très douce, à la manière des tapis- 
series, à mesure que se développe, entre les cintres et le bandeau courant sous la corniche, 
l'évolution des motits qu'il s'agissait de symboliser. Elles sont puissantes enfin dans les 
huit caissons du plafond, où la couleur éclate avec l'énergie dont la palette de Delacroix 



l833 L'ŒUVRE DE DELACROIX 187 



possédait si bien le secret. L'harmonie de l'effet réalisé par ces combinaisons savantes donne 
au spectateur attentif une première et complète satisfaction et le conduit ainsi à chercher le 
sens de ces allégories qui arrêtent ses regards charmés. 

Comme on pourra en juger, malgré les proportions très réduites de nos reproductions, 
Delacroix a montré dans l'ensemble de cette œuvre considérable, jusqu'à quel point sa 
conception était souple et pouvait se plier à l'interprétation des motifs les plus variés. C'est que 
dans sa haute intelligence d'artiste, Delacroix se rend compte tout d'abord du caractère 
de l'architecture qui doit encadrer son œuvre, et il soumet son exécution aux exigences 
de ce cadre. Ainsi, dans le cas présent, comme les surfaces verticales des parois ne présentent 
que de trè.s légères saillies, il a trouvé bon d'apporter à leur décoration une grande simplicité 
de motifs et de tons; il a mis une sourdine aux sonorités ordinaires de sa palette. Le plafond, au 
contraire, était divisé par des moulures épaisses, entre lesquelles se creusent les caissons; 
l'artiste, dans ces parties plus mouvementées, a réchauffé ses tons, varié et enrichi son 
coloris, animé et multiplié les figures. 

L'ensemble présente en somme un aspect doux et frais, tout différent de la magnificence 
opulente qui s'étale au Louvre dans le plafond de la galerie d'.Apollon C'est que, dans cette 
dernière œuvre, la richesse inouïe de l'architecture et particulièrement l'abondance des 
figures en ronde bosse, qui contribuent pour une si grande part h la décoration, obligeaient 
Delacroix à déployer les ressources extraordinaires de sa palette et de son dessin. « Ondit,» a 
écrit Théophile Silvestre,» que le dessin et la couleur sont deux principes se développant au 
préjudice l'un de l'autre; que tel tableau est bien peint, partant mal dessiné, tel autre, beau 
de lignes et détestable par les tons; que les coloristes ne parlent qu'à nos sens, tandis que les 
dessinateurs s'adressent surtout à notre intelligence. Cette division exclusive fut de tout temps 
un sujet de stériles querelles, non seulement en peinture, mais dans toutes les branches du 
génie humain : en histoire, en politique, en religion. Elles traînent dans tous les livres sous 
cette invariable rubrique : spiritualistes et matérialistes, penseurs et écrivains, catholiques et 
athées, dessinateurs et coloristes. Chaque maître a développé avec amour sa tendance natu- 
relle la plus forte, sans rester pour cela inférieur dans les autres parties de l'art, il serait vul- 
gaire d'ajouter qu'une qualité dominante exige de certains sacrifices et que ses défauts sont 
souvent un excès de ses qualités. » 

Eugène Delacroix a écrit lui-même sur ces compositions une notice que le journal /'.4r< a 
publiée le 16 juin 1878 avec quatre croquis de projets pour la décoration des archivoltes. 
Nous ne nous ferons point faute de faire de larges emprunts à ce précieux document. CVoir 
aussi le SjIou du Roi au palais législatif, texte et dessins par A. Robaut. Paris, 1882, in-i8, 
et un article publié parle mèmea'uteur dans l'Art, numéro du 2 mai 1880.) 

N°' ^12, 513, p4, 515, 516, ^17, 518, p9 : Plafond 

Dimensions : grands caissons, H. 1^40, L. 3'^8o; petits caissons, H. et L. i'"4o. — 
Cat. A. Moreau, pp. 211, 212. 

Ce plafond se divise en neuf caissons. Celui du centre, presque entièrement occupé par une 
lucarne circulaire, ne comporte comme décoration que des coins ornés de masques. Tout 
autour du caisson central, il s'en développe huit autres, dont quatre présentent des surfaces 
allongées; ils ont une grande importance décorative. Le peintre y a placé des figures qui 
sj'mbolisent, selon sa conception, les forces vives de l'Etat, c'est-à-dire la Justice, l'Agri- 
culture, l'Industrie, la Guerre. Il a trouvé la source d'une inspiration grandiose. 
i°La y;(5/;'ce, attribut principal de la puissance suprême, lien indispensable des sociétés 
humaines, abaisse son sceptre avec un geste de protection sur des vieillards, des enfants et 
des femmes qui l'implorent. 

2° L'yl^n'ci(//î(r<? occupe le grand caisson du côté de la cour; elle nourrit des enfants qui se 
pressent sur son sein bruni ; près d'elle, un laboureur féconde la terre et lui confie la 
semence de la saison prochaine. 



i38 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l833 



3° V Industrie. La figure principale au plafond est ici caractérise'e par ses accessoires : balles 
de marchandises, ancres, etc. Un Génie appuyé sur un trident personnifie la marine ; un 
Génie tenant le caducée svmbolise la rapidité des transports et la sécurité des transactions. 




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4° La Guerre est représentée par une femme à demi-couchée, coiffée d'un casque lauré, cou- 
verte de l'égide, appuyée sur un chapiteau d'ordre ionique et tenant des drapeaux dans le 
pli du bras. Des femmes éplorées s'enfuient et se retournent pour contempler une dernière 
fois les traits du père ou du mari qui vient de succomber en défendant la patrie. 
5", 6°, 7", 8". Les quatre derniers caissons, plus petits et carrés, occupent les angles du pla- 
fond ; Us sont ornes de figures d'enfants, qui portent des emblèmes se rapportant aux figures 
principales : le hibou de Minerve; la corbeille de fleurs et le bâton des pasteurs; le ciseau, 
le compas et le marteau; la massue d'HercuTe. » 



i833 



I-'ŒUVRK DE DELAC:R0IX 



i3q 



N"^ 



po, ^'2K 522, ^2j : Frises et bandeaux 



H. 2"6o, L. I i'"oo. — Cat. A. Moreau, pp. 211, 212. 

«Au-dessus des archivoltes qui surmontent les bases réelles ou simulées pratiquées autour de 
la salle, s'étendent, sur chacun des quatre côtés, de grandes frises non interrompues. Eugène 
Delacroix y a développé une suite de décorations correspondant h celles du plafond, c'est-à- 
dire des scènes relatives à la Justice, à l'Agriculture, aux Arts et h la Guerre. Les personnages 
y ont de moindres dimensions que les figures principales du plafond; ils so.nt peints dans 
une gamme assez mate qui fait songer aux plus belles tentures des Gobelins. Enfin, des 
bandeaux étroits, qui relient les frises à la corniche du plafond, portent, mêlées à des guir- 
landes de fleurs, des inscriptions latines choisies avec ce goût littéraire si pur et si classique qui 
distinguait Delacroix.» — Nous empruntons nos descriptions au livre déjà cité de M. Robaut. 
i'5_« Sur la frise qui accompagne la Justice, se déroulent les sujets suivants : d'un côté, la 
Vérité et la Prudence assistent un vieillard occupé à écrire les lois; la Méditation s'applique 
à interpréter les textes : les peuples se reposent sous l'égide des principes protecteurs. De 
l'autre côté, trois vieillards siègent sur un tribunal; prés d'eux, la Force debout, figurée 
sous les traits d'une jeune femme presque nue, appuyée sur la massue, ayant à ses pieds 
un lion frémissant, semble prête à faire respecter leurs décisions. 




Plus loin, un Génie vengeur exécute leurs ordres et va saisir dans leurs repaires les larrons 
et les sacrilèges, qui dérobent des trésors et cherchent à dissimuler les fruits de leurs rapines. 
Sur le bandeau on lit, au milieu : justitia; à gauche : leges incidere ligno (graver les lois 
sur la table' ; à droite : cui.pam p.ena premit comes (le châtiment suit de près la faute)». 



140 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



[833 



2" « Sur la frise correspondant à V Agriculture sont figure'es : d'un côté, la Vendange, par des 
faunes et des suivants de Bacchus qui célèbrent la fêle de l'Automne; de l'autre, la Moisson, 
sous les traits d'un robuste paysan qui se désaltère au vase écumant que lui présentent des 
femmes et des enfants. Une moissonneuse lassée s'est endormie sur des gerbes ; plus loin, 
h l'ombre, un Sylvain couronné de lierre s'exerce sur la flûte champêtre, un autre, sur le 
chalumeau ; ailleurs, un jeune garçon caresse une chèvre que retient un enfant. Sur le 
bandeau, en légende, au milieu : agricultura; à gauche : plenis spumat vindemia labris 
(la Vendange écume à pleines cuves); à droite : pacis alumna ceres (la Paix nourrit Cérès). « 




Reprenons ici, avec Th. Silvestre, la question du dessin de Delacroix : <• Ilfaudrait remuer au- 
jourd'hui, pour vider la question entre Ingres et Delacroix, les raisons jadis invoquées par 
les derniers imitateurs de Raphaël contre le Caravage et Ribéra, par les élèves du Poussin 
contre Rubens, par les fanatiques de David contre Prudhon et Gericault. Il est bien plus 
simple de s'en rapporter au bon sens et de reconnaître tout de suite que la Nature, ce maître 
à tous, dessine et colore h la fois avec une indivisible puissance. Oui, les meilleurs dessina- 
teurs sont les plus grands coloristes, de même que les plus grands coloristes sont les meilleurs 
dessinateurs. Un professeur de pensionnat est capable de dessiner avec justesse la forme du 
premier objet venu et de copier la plus vaste des compositions; mais, pour cela, lui faut-il 
autre chose que la patience, la justesse de l'oeil, et, à défaut de cette justesse, une loupe, un 
compas, un pantographe? On prend pour un beau dessin une image proprement achevée 
jusqu'au moindre détail avec un crayon finement taillé; ce n'est la qu'une patiente chinoi- 
serie, faite comme ii la pointe d'une épingle. Regardez ces beaux croquis de Rubens, écrits à 
grands traits, spontanément, rapidement, comme des paraphes, sous l'empire d'une forte im- 
pression : quelle vie, quel feu, quelle tournure! » 



i833 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



141 



3° Sur la frise correspondant à Vlndustrie se de'roulent des actions variées ayant trait à l'in- 
dustrie et au commerce : à gauche, des nègres échangent contre des denrées européennes 
les dattes, l'ivoire, la poudre d'or ; des nymphes de l'Océan, des dieux marins chargés de 
perles et de coraux, président à l'embarquement de navigateurs figurés par des enfants qui 
couronnent de fleurs la proue d'un navire. A droite, des métiers à tisser la soie, des fileuses, 
des femmes et des enfants apportent des cocons dans des corbeilles, et d'autres personnages 
sont occupés à les recueillir sur les branches mêmes du mûrier. Sur le bandeau, en légendes, 
au milieu : industria; à gauche : indi dona mauis (dons de la mer des Indes) ; à droite : 
Fuso STAMiNA TORTA LEvi (tils tordus par le fuseau léger). » 




« Ah! Raphaël, Raphaël, quel grand dessinateur!» écrit encore Silvestre, « disent depuis plu- 
sieurs centaines d'années ceux-là surtout qui, ne voyant Raphaël que dans les détails, ne le 
comprennent pas. Faut-il donc s'étonner que maint critique routinier s'écrie : Delacroix ne 
sait pas dessiner! Dites qu'il ne dessine pas comme les autres et qu'il ne veut pas suivre de 
recette; mais nul n'a plus étudié, comparé, réfléchi. Il me faudrait une année pour dresser 
un inventaire raisonné de ses dessins, sans compter les feuilles volantes qu'il a, dans sa jeu- 
nesse, éparpillées par le monde. Je connais de lui des essais d'une obstination presque puérile 
et qu'il faisait uniquement pour réussir ou pour se prouver à lui-même qu'il était capable de 
réussir dans les travaux les plus ingrats. S'il lui arrive de commettre des fautes, et, si l'on veut, 
des énormités, il ne faut les attribuer nia l'ignorance ni au manque de réflexion : tout est en 
lui combinaison, parti pris et logique; il lui est sans doute difficile, avec sa nature fiévreuse, 
de ne pas marquer tous ses ouvrages d'un cachet d'emportement; mais soyez sûr que sa tête 
reste froide, lucide. Il est souvent très savant dans son art et, ce qui vaut mieux encore, doué 
de ce génie divinatoire qui trouve les choses du premier coup. » 



14'2 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i833 



4" «Sur la frise correspondant à la Guerre on voit, d'une part, la fabrication des armes, à proxi- 
mité d'arsenaux qui regorgent de glaives, de catapultes, etc., des forgerons gonflent leurs 
soufflets, attisent le foyer, aiguisent des épées, et martellent sur l'enclume des casques et des 
cuirasses. D'autre part, sont représente's les malheurs de la Guerre : des femmes emmenées 
en esclavage lancent au ciel des regards désespérés, leurs bras s'affaissent sous les liens. 




Surle bandeau, en légendes, au milieu : bei.lum; à gauche : invisa m.\tribus ar.ma (les armes 
odieuses aux mères); à droite : gladios incude parante (l'enclume préparant les glaives).» 

N°^ ^24, ^2^, 526, 527, ^28, ,'29, ^'50, 531 : Pilastres 



H. 3 mètres, L. variant de o'"97 à i"'io. — Cat. A. Moreau, p. 212. 

« Les piliers qui séparent les haies et qui soutiennent les archivoltes sont taillés en forme de 
pilastres. Pour en couvrir la surface haute et droite de peintures décoratives, Eugène Dela- 
croix se trouvait en face du problème que Jean Goujon a si bien résolu dans ses adorables 
bas-reliefs d'angle de la Fontaine des Innocents. Il a pris un parti semblable et rempli 
les espaces étroits, dont il disposait, par des figures dont les mouvements accentués et en 
même temps les formes onduleuses donnent l'idée de vivantes arabesques. D'ailleurs il 
convenait à cet esprit fln et vigoureux, du moment où il avait h représenter sous des aspects 
nécessairement variés et dans des dimensions colossales, huit figures de fleuves et de mers, 
d'établir entre ces personnages allégoriques et les réalités géographiques auxquelles ils ré- 



i833 



LŒUVRE DE DELACROIX 



14: 



pondent, de profondes et délicates analogies. Il devait, par une ingénieuse association de 
formes et d'idées, nous rappeler les sinuosités des rivages, ciirva littora, leurs enfon- 
cements et leurs brusques saillies, la puissance mobile et le parcours capricieux de ces masses 
et de^ ces cours d'eau qui répandent le mouvement dans le paysage comme la vie dans la nature. 
Les figures dites des fleuves sont peintes en grisaille; ce sont, d'ans l'ordre que nous avons adopté 
pour la description iiu plafond et des frises, d'abord les deux mers qui baignent les côtes de 
la France: oceanus irOcéani et mediterraneu.m .mare (la Méditerranéel, caractérisée par le 
type africain. Puis le.s six fleuves qui fertilisent la France : garumna (la Garonne) ; araris 
(la Saône); ligeris (la Loire); rhenus (le Rhin); sequana (la Seine); rhodanus (le Rhône'". 

N°' ^p, ^jj, )j4, )j^ : Premières pensées du plafond 






Dessins à la plume. — In- 
quarto. A M. Etienne Arago. 

Rien n'est plus intéressant que de 
comparer ces premières idées aux 
sujets définitivement choisis et 
réalisés par l'artiste. On peut 
suivre les mouvements de sa 
pensée et, pour ainsi dire, sur- 
prendre les secrets de son génie. 
Sa conception première n'est que 
l'expression matérielle du sujet. 
Ainsi,laji(i//ce venge une victime 
en poignardant l'assassin ; la 
Guerre est symbolisée par un 
appel aux armes. De ce point de départ violent et presque vulgaire, l'intelligence du maître 
s'est élevée jusqu'aux visions les plus nobles et les plus sereines de l'art décoratif. 




N°® ^^6, 5^7, ^^8, 5)9 : Premières pensées de la frise 




A. Robautjdans les dimensions de : H. o"'2o5, L. o"'31io, pour le journal VArt, 187S. 



Malgré l'extrême réduction de nos croquis, on pourra cependant comparer ces premières 
pensées aux compositions définitives reproduites plus haut. Pour la frise comme pour le pla- 
fond, le maître a substitué à des épisodes violents, à des mouvements tourmentés, des scènes 
tranquilles, des attitudes calmes, s'harmonisant mieux avec les lignes de l'architecture. 



144 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



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N" ^40 : Croquis de chevaux 

Dessin à la plume. — In-folio. — Garde-main avec morceau du bandeau sous cor- 
niche du « Salon du Roi ». — Publié en phototypographie par la Vie moderne, du 
26 juin 1880 : H. o™i32, L. o"M40. — Non catalogué par M. Moreau. 

Six tètes ou corps de chevaux reproduits en une feuille de croquis à la plume. En haut de la 
planche, on lit dans un cartouche, sur un commencement de frise du Salon du roi à la 
Chambre des Députés, l'esquisse des mi^ts a Matribus detestata ». 

N"^ ^41, 542 : Deux études pour la frise 

1° Dessin à la mine de plomb. — In-octavo. — Projet 
pour le rectangle de la Justice. 

2° Dessina la plume. — In-octavo. — Allégorie de la 
/ Force dans la frise de la Justice. — Gravé sur bois en 
fac-similé par Sotain, pour la Ga:{ette des Beaiix- 
•'^j Arts, tome XIX, i865. — Appartient à M. Burty. 
^ «Il importe aussi, pour apprécier sainement la décoration 
de la Salle des Fleuves, de ne pas perdre de vue que 
nous sommes en présence de personnages héroïques surhumains. Nous ne 
devons point, par conséquent, leur demander les attitudes précises et les 
mouvements exacts que fournit le modèle à l'atelier. Notre imagination doit suppléer 
également à certaines bizarreries provenant de l'étroitesse du cadre dans lequel est empri- 
sonnée l'immense allégorie. A tous ces titres, Delacroix a complètement et magistralement 
rempli le programme qu'il s'était imposé; aussi, quand on considère les dispositions parti- 
culières de la salle et les difficultés à vaincre, ceux qui connaissent l'œuvre entier de l'artiste 
estiment que, parmi tant de compositions grandioses, il n'en est pas qui donnent mieux que 
celles-ci une idée de l'étonnante souplesse et de l'incomparable puissance de son génie ». 




Année 1884 



N" <,4j ; Eftet de neige à Champrosay 

Toile. — H. o™2i, L. o'"33. — N° 216 de la Vente posthume: 
260 fr. à M. Filhs. — Appartenait, en 1877, à M. Choquet. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

« Champrosay, » écrit Delacroix, vingt ans plus tard, « est un village 
d'opéra comique; on n'y voit que des élégantes ou des paysans qui 
ont l'air d'avoir fait leur toilette dans la coulisse; la nature elle-même 
y semble fardée; je suis offusqué de tous ces jardinets et de ces pentes 

maisons arrangées par des Parisiens. Aussi, quand je m'y trouve, je me sens plus attiré par 

mon atelier que par les distractions du lieu. » 




i834 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



145 



N" ^4 : Vue prise à Champrosay 



Carton. — H. o"Uj, L. o™26. — N° 219 de la Vente posthume. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Effet général vert bleu; à mi-côte, en haut, à droite, un château devant 
le rideau d'arbres. Delacroix n'aimait que de cette sorte ce pays de 
Champrosay où cependant il allait a faire ses vendanges, car, — dît-il à 
madame de Forget, — j'ai du raisin». Mais si le pays ne lui plaisait guère, il 
n'en était pas de même de l'habitation. « Quand j'aurai 5o,ooo francs de trop, disait-il h 
M. Schwiter, j'achèterai un palais; il sera comme ma petite campagne de Champrosay, où 
je ne trouve pas le temps de mettre les pieds, et qui est remplie d'agréments. » 




N"'' 545, 546, ^7 : Peintures décoratives à Valmont 




Léda, Anacréon, Bacchus. — Trois essais de fresques. — 
A M. Bornot. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ces fresques occupent des dessus de porte dans le corridor du 
premier étage de la propriété de Valmont. Elles furent peintes en 
1S34, comme en témoigne le passage suivant de la lettre du 2 3 sep- 
tembre adressée à M. F. Villot : « A propos, je dis que je n'ai rien 
fait, je me trompe. J'ai fait peut-être plus que je ne pense, car 
j'ai essayé de la fresque. Le cousin m'a fait préparer un petit mor- 
ceau de mur avec les couleurs convenables, et j'ai fait en quelques 
heures un petit sujet dans ce genre assez nouveau pour moi, mais dont je crois que je pourrais 
tirer parti si l'occasion s'en présentait. Cela est plus commode que la détrempe. La difficulté 
consiste surtout à terminer et à arrondir convenablement les formes; mais je crois que le 
changement qui s'opère dans les tons n'est pas aussi considérable que dans la détrempe. Au 
reste^ c'est fort long à sécher, et, depuis 4 ou 5 jours que c'est fait, |e ne suis pas encore cer- 
tain que les tons aient recouvré leur éclat. J'avoue que je serais singulièrement ragaillardi par 
un essai dans ce genre si je pouvais le faire sérieusement et en grand. Je crois le procédé 
beaucoup plus simple qu'on ne le fait. » — Nous reproduisons ici la Léda. 



N"'' ^48, ^49, 550 : Croquis pour les fresques de Valmont 



1° Croquis mine de 
plomb. — In-quarto 
,vT, jTr T en hauteur. — Non 
p^/^^Ç0 catalogué par M. Mo- 
reau. 
2° Croquis mine de plomb. — In-quarto en largeur. — Non cata- 
logué par M. Moreau. 
3" Croquis mine de plomb. — In-quarto en largeur. — Non catalogué par M. Moreau. 

Nous n'avons reproduit qu'une des trois fresques qui décorent la vieille demeure de Valmont. 
Les deux premiers croquis que nous donnons ici rappellent suffisamment le sentiment des 
autres compositions. Quant au troisième, c'est la première pensée du premier. 




14(3 



LHEUVRE DE DELACROIX 



l834 



N" 5 5 1 ; Une rue à Mequinez 

Toile. — Sans aucun détail. — Salon de 1834. — Cat. A. Moreau, p. 174. 



N° ^ ) 2 : Portrait de Léon Riesener 




Toile. 



H. o"'52, L. o'"42. — Cat. A. Moreau, p. 235. 



Il est représenté de face en buste, vêtu d'un habit bleu à boutons de 
métal. M. Philippe Burty a donné, en tète du premier volume de 
on édition des lettres de Eugène Delacroix, des Notes de Riesener 
sur le maître. En remerciant les personnes qui ont prêté leur concours 
1 cette publication, M. Burty ajoute : a Pardessus tout, le concours de 
1 éon Riesener, qui quitta brusquement la vie, presque au moment où 
1 achevais ces lignes, m'a été utile. Nous avons souvent agité ensemble 
le projet d'une notice biographique que pour ma part je jugeais inutile, 
étant peu porté par mes habitudes de critique à me substituer à ceux 
qui peuvent prendre eux-mêmes la parole, et la série de ces lettres 
composant une réelle autobiographie, sincère et animée. Aujourd'hui, le bon et spirituel 
Léon Riesener n'est plus là pour m'encourager et me rectifier; j'ai jeté mon manuscrit au 
feu. Je crois ne pouvoir faire mieux que de transcrire ces curieuses notes que, dans sa mo- 
destie, le parent et l'ami d'Eugène Delacroix ne m'avait remises que comme matériaux. » 
Ce portrait fut exposé dans l'hôtel de Riesener, à la vente après décès de cet ami du maître. 



N° 555 : Portrait de M. Bellinger 

Toile. — H. o^âo, L. o'"5o. — Signé en clair .sur le fond. — 
Non daté. — Non catalogué par M. Moreau. 

La redingote est grise. M. Bellinger, élève de la pension Goubaux, 
avait obtenu le deuxième prix de mathématiques spéciales au concours 
général. Nous avons déjà cité, au sujet du « père Goubaux », un 
passage des Souvenirs littéraires de M. Maxime du Camp. Celui-ci dit 
encore : « Il était sans doute absorbé par ses travaux littéraires, car on 
le voyait peu à la pension, du moins dans les classes élémentaires que 
je suivais; en revanclie, nous étions en rapport avec madame Goubaux, 
petite femme sèche, brune, alerte, qui passait souvent dans nos salles 
d'études et nous vitupérait lorsque nos blouses étaient déchirées, nos 
cheveux ébouriffés et nos mains tachées d'encre... Si mes souvenirs 
sont exacts, c'est en i83o que la pension Saint-N'ictor quitta la rue Chanteraine, abandon- 
nant ses terrains à des néothermes qui ont disparu à leur tour pour faire place aux ateliers 
du tapissier décorateur de la ville de Paris. On nous transporta rue Blanche, dans une maison 
nouvelle dont le jardin s'étendait jusqu'à la rue de Clichy. Cette maison existe encore; elle a 
été un lieu de plaisirs publics. Aujourd'hui, elle abrite une sorte de théâtre. Quant h la 
pension Saint-Victor, elle a eu de glorieuses destinées, car de transformation en transfor- 
mation elle est devenue ce grand collège Chaptal qui s'élève au point d'intersection de la rue 
de Rome et du boulevard des BatignoUes; l'œuvre de mon ancien maître, du a père 
Goubaux », a prospéré : ce qui tendrait h prouver que l'on peut être à la fois auteur dra- 
matique et bon pédagogue. » (Maxime du Camp, Souve>:irs littéraires. Tome I.) 




i834 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



147 



N" ^ ^ : Mademoiselle de la Boutraye 



Toile ovale. — H. o"'y3, L. o"'59. — Appartient à ma- 
dame Millaud du Tillet, fille de M. le comte du Tillet. — 
Cat. A. Moreau, p. 233. 

Elle est coiffée en cheveux avec le haut chignon formant coques sur 
le sommet de la tête et les boucles de côté encadrant l'ovale du 
visage. Elle est vêtue d'une robe blanche sur le corsage de laquelle 
descend une chaîne en fer de Berlin se rattachant à la haute ceinture 
de soie. M. Moreau, qui cite ce portrait, commet quelques erreurs. 
Mademoiselle de la Boutraye et non Boutrai, devenue comtesse 
Raymond du Tillet, a été peinte en 1834, et non en 1829. Nous allons 
citer, h propos du portrait en pied de Rabelais, l'opinion très juste de 
M. Lassalle-Bordes sur l'habileté de Delacroix h faire revivre sur la 
toile les traits et le caractère d'un personnage historique d qui ne posait pas devant lui. » 
M. Lassalle-Bordes, qui travailla longtemps auprès du maître, prétend que celui-ci éprouvait 
Il une grande torture à faire des portraits. » — Ce portrait parut, en 1878, à l'exposition des 
portraits historiques. (Catalogue Henry Jouin, n" 855.) 




N°^ 5^5, ^56 : Portraits de madame et de M. Simon 



" Toile. — H. o'"58, L. o'"48. — 
'|fo©^ Appartient à M. Choquet. — Voir un 
-i^l.^M autre portrait à l'année 1829. — Non 

catalogué par M. Moreau. 
2° Sepia — H. o'"i65, L. o'"i3o. — Non 
catalogue par M. Moreau. 

/j^ Uj Le portraiten pied de madame Simon est une mer- 
^^ Aeille de couleur et de lumière. Le coup de soleil 
sur le païquet est une note de peintre éblouissante, 
qui dcmontrt uni. fois de plus la variété infinie du talent de l'ad- 
mirable artiste qui pou\ait s'arrêter à ces phénomènes purement 
pittoresques, au moment où il exécutait les grandes compositions 
décoratives du Salon du Roi. — Dans la sépia, M. Simon, 
omme nous l'avons dit ( voir n" 204), maître de ballet à l'Opéra, est représenté 
en costume de capitaine Bracassio, chef de forbans, dans le n Diable amoureux. « 





N° ^ ^ 7 : Bouquet de fleurs dans un vase de grès 



Toile, — H. o"'72, L. o"'92. • — Non signé ni daté. — Vente George Sand, 
23 avril 1864 : 2,070 fr.; vente E. Carlin, 29 avril 1872 : 13,650 fr. — 
Cat. A. Moreau, p. 282. 

<i Au lieu de simplifier en les généralisant les colorations locales. Delacroix multipliait les 
tons a l'infini et les opposait l'un h l'autre pour donner à chacun d'eux une double inten- 
sité. L'effet pittoresque résulte donc, chez Delacroix, des complications contrastées, u 




N" ^)8 : Portrait en pied de Rabelais 



Toile. — Grandeur nature. — Pour la bibliothèque de Chinon. 
— Gravé à Teau-forte par Célestin Nanteuil, pour la publication : le 
Musée, dans les dimensions de : H. o"M43, L. o"'o94. — Salon de 
1834. — Cat. A. Moreau, pp. 106, 1-5. 

Ce portrait qui est tout à fait remarquable, même en tant que portrait, 
semble avoir e'té bien ignoré au moment où il aurait dû être rappelé, 
en 1882, lors de l'inauguration du monument de Chinon. Les curieux trou- 
veront sur cette peinture un article très intéressant de Alexandre De- 
camps, dans le Musée, revue du Salon de 1834, page bj. Il est 
vraisemblable, dit M. Philippe Burty, que ce portrait ne fut pas jugé 
digne d'orner les galeries de Versailles. C'est pourquoi il fut donné à la 
bibliothèque publique de Chinon. M. Lassalle-Bordes le cite, à juste 
titre, comme un exemple de la supériorité de Delacroix quand il avait h reproduire les traits 
et le caractère d'un personnage historique qui ne posait pas devant lui. 




N"" 



559 



Ensevelissement du Christ 




Toile. — H. o'"325, L. o"'240. — A madame Boulanger-Cavé, à 
\'ersailles. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ce tableau a été préparé à l'aquarelle sur papier et retouché à l'huile. Sans 
le savoir probablement, Delacroix revenait ainsi au procédé usité par les 
peintres du xv siècle, qui n'adoptèrent pas immédiatement la pratique 
franche de la peinture à l'huile et procédèrent pendant longtemps encore 
par des glacis à l'huile sur une préparation de peinture à l'eau. Il n'est pas 
chimérique d'attribuer à cette méthode la parfaite conservation des pein- 
tures anciennes. Les vieux maîtres étaient extrêmement méticuleux en ce 
qui concerne la technique delà peinture; leurs scrupules au sujet des véhicules des matières 
colorantes étaient infinis. Leurs couleurs ne s'étant pas écaillées ni crevassées, cela prouve 
incontestablement qu'ils surchargeaient leur peinture aussi peu que possible. (Th. Silvestre.) 



N° ^60 : Tigre au repos près de son antre 



Toile. — H. o'"26o, L. o"'335. — A madame Boulanger- 
Cavé, à Versailles. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ceci est encore une mise en œuvre de quelque étude faite au Maroc. 
Aux enthousiasmes du maître pour le pays et la race, il est curieux 
d'opposer ce qu'en dit, dans ses Souvenirs littéraires, M. Maxime du 
Camp, parfois grand admirateur de Eugène Delacroix. « Je sortis 
de la provmce d'Oran et j'entrai au Maroc ; laid pays, lourde race, 
sans élégance, sans grandeur, sans goût. Des peintres, curieux de couleur et de contrastes, en 
ont reproduit quelques aspects et croient y avoir trouvé l'Orient; singulier Orient, que les 
véritables Orientaux appellent le moghreb » le couchant. « 




i834 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



149 



N" 01 : Le prisonnier de Chillon 



Toile. — H. o'"j3, L. o'"92. — Daté et signé à 
droite. — Salon de i835 et Exposition universeUe de 

i855. ^ Lithographie par M. Alophe dans les dimen- 
sions de : H.o"M5i, L. o™225, et par Mouilleron dans 
les dimensions de : H. o'^igo, L. o"'245. — Vente de la 
duchesse d'Orléans, 18 janvier i853 : 4,700 fr. à M. A. 
Moreau. — ■ Cat. A. Moreau, pp. 82, i33, 175, 246. 
Ce tableau fut peint pour le duc d'Orléans. Il appartient au- 
jourd'hui à madame veuve Adolphe Moreau. « Le temps a 
doré Je sa plus belle patine le Prisonnier de Chillon. Lié à une colonne par une chaîne 
rivée à une ceinture de fer. le malheureux voit mourir son jeune frère, attaché un peu plus 
loin, sans pouvoir rompre ses entraves ; le mouvement avec lequel il s'élance vers l'agonisant 
est d'une violence superbe; les fonds humides et froids font deviner de vagues arcades sous 
leur glacis bleuâtre et donnent une grande valeur à la figure principale, effleurée par un 
rayon tombant d'un soupirail. » (Théophile Gautier, Les beaii.v-jrts en Europe.) a La chaîne de 
fer est tellementtendue qu'onla dirait elle-même animée, près de se rompre. « (Th.Silvestre.l 




N" 02 : Rencontre de cavaliers maures 



Eau-forte (trait carréi. — H. o"'i84, L. o'"25i. — Voir 
à i833 le tableau refusé au Salon de 1834. — Vente 
posthume, trois épreuves: 79 fr. ; vente Villot, décembre 
1875 : 59 fr. à M. GoupiL — Cat. A. Moreau, p. 21. — 

Cette eau-forte a été publiée en report lithographique dans le 
Musée, revue du Salon de 1834, par Alexandre Decamps, 
Paris 1834, in-4"', avec cette lettre : En haut au milieu: « Le 
Musée »; à gauche: Peint par Eugène Delacroix;» à droite: 
«Transport et lith. Delaunois»; au milieu : « Rencontre de ca- 
valiers maures (tableau refusé au Salon.) » lia été fait aussi un cliché phototypographique 
dans les dimensions de H. o'^igi, L. o'"254, pour l'Art, livraison du 7 mai 1882. ' 




N° )àj : Rencontre de cavaliers maures 



Dessin à la plume. — H. o'"i67, L. o"233. — Appartient à ^L Choquet. — Cliché 
phototypographique dans les dimçnsions de : H. o"'i70, L. o"'240 pour l'Art, li- 
vraison du 7 mai 1882. — Non catalogué par M. Moreau. 

Sans changements importants avec l'eau-forte qui précède et dont l'exécution est plus serrée. 
En faisant ce dessin, son tableau sous les yeux, le maître se façonnait la main à la direction 
des malheureuses hachures, inévitables sur une planche de métal. Il faut dire aussi, à propos 
des eaux-fortes de Delacroix, dont le procédé peut sembler inférieur à côté des publications 
récentes, qu'on n'avait pas alors, ou plutôt on semblait avoir délaissé les « ficelles » pour 
teinter les valeurs graduellement et avec ce velouté qui rend si bien le gras de la peinture. 
— Delacroix a supprimé les cavaliers du fond, qui sont dans le tableau de 1 833 (voir n'' 469^ 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i834 



N" (64 : Soldat m:iure 



Aquarelle. — Signé, non daté. — Vente Villot, 1 i février i865 : 3o5 fr. — Cat. 
A. Moreaii. p. 291. 



N"- 56^, ^'66 : Officiers turcs 



1" Aquarelle. — H. o'"266, L. o"'i85. 

— Signé au bas, à droite. — Appartient 
à M. G. Revenaz. — Non catalogué par 
M. Moreau. 
2" Aquarelle. — H. o'"i63, L. o'"24o. 

— Signé au bas, à droite. — Appartient 
à M. G. Revenaz. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

montre 1 olhi.ier turc aidant son cheval à sortir d'un marais; 
le cht\ il csl bai brun pommelé; au fond, on aperçoit dans le lointain 
de n3mbri.u\ c^\ iliers qui passent un gué. — Dans le n" 1, l'officier 
est monté sur un cheval alezan qui avance au pas relevé. 

« Rien n'est plus impertinent ni plus bête que de parler à un grand artiste, érudit et penseur 
comme Delacroix, des obligations qu'il peut avoir au dieu du hasard. Cela fait tout simple- 
ment hausser les épaules de pitié. Il n'y a pas de hasard dans l'art, non plus qu'en méca- 
nique. Une chose heureusement trouvée est la simple conséquence d'un bon raisonnement, 
dont on a quelquefois sauté les déductions intermédiaires, comme une faute est la consé- 
quence d'un faux principe. Un tableau est une machine dont tous ks systèmes sont intelli- 
gibles pour un œil exercé, où tout a sa raison d'être, si le tableau est bon; où un ton est 
toujours destiné à en faire valoir un autre; où une faute occasionnelle de dessin est quel- 
quefois nécessaire pour ne pas sacrifier quelque chose de plus important. » 




N°^ 07, 08 : L'ermite de Copmanhurst et le chevalier 



1'^ Composition gravée à Taquatinte par 
7 Prévost. — H. o"'420, L. o"'402. — Li- 
tho4raphiée par Menut - Alophe, pour 
1 Artiste (1834) : H. 0^140, L. o"'i73. — 
Cat A. Moreau, pp. 86 et i i i. 

Piemier état de la lithographie. En haut, au 
milieu : « l'Artiste »; en bas, à gauche ; « Eu- 
gi.ne Delacroix »; à droite : <i Lith. de Frey »; 
Ermite de C'ipmanhurst (Ivanhoe) », et sur la 
phneht a la plume « Alophe, d'après Delacroix. » 
Deuxicme état. En haut, au milieu : «Galerie delà Galette des Femmes »; en bas, même 
lettre, sauf h droite : « Imprimerie d'Auhert » au lieu de : « Lith. de Frey. " 
2° L'épreuve gravée que reproduit notre second cliché n'a pas été cataloguée par M. Mo- 
reau. Il est possible qu'elle ait été prise sur la grande planche au moyen de « caches. » 




1804 



LŒUVRE DE DELACROIX 



l5l 



N" ^69 ; Le jeune Clifford trouvant le corps de son père 
sur le champ de bataille de Saint-Alban 




Lithographie. — H. o^iSS, L. o™222. — Composition 
analogue à celle de la Mort de Lara. — Vente Sensier 
.deuxième état) en lots : 3 fr. ; (troisième état) en lots : 
2 fr. — Cat. A. Moreau, p. 49. 

Premier état. Sans aucune lettre. — Nous tenons de M. Villot 
qu'il n'en a été tiré qu'une seule épreuve, la pierre ayant été 
cassée au tirage. Les épreuves des autres états ont été tirées 
sur une seconde pierre recommencée par Delacroix. 
Deuxième état. En haut: «L'Artiste »; en bas, à droite: « Lith. 
de Lemercier. Shakespeare, Henri V!»; à gauche: « Eugène Delacroix»; au milieu le titre. 
Troisième état. Le nom de Lemercier n'est pas visible sur les épreuves de cet état. 
Publié dans l'Artiste, tome VIIL année 1834. 

« Pour Delacroix, la nature est un vaste dictionnaire dont il roule et consulte les feuillets 
avec un œil sûr et profond ; et cette peinture, qui procède surtout du souvenir, parle surtout 
au souvenir. L'effet produit sur l'àme du spectateur est analogue aux moyens de l'artiste. 
Sacrifiant sans cesse le détail à l'ensemble, et craignant d'affaiblir la vitalité de sa pensée par 
la fatigue d'une exécution plus nette et plus calligraphique, il jouit pleinement d'une origi- 
nalité insaisissable, qui est l'intimité du sujet. » (Ch. Baudelaire.) 



N" 570 : Hamlet et Tomhre 




Croquis mine de plomb. • — H. o'"220, L. o"'iq5. — Fac-similé 
A. Robaut (n" 56) dans les dimensions de o"'220 sur o'^igS. — 
Vente posthume : i65 fr. à M. Alfred Sensier. — Voir la litho- 
,., graphie n° 579. — Cat. A. Moreau, p. i36. 

/y^ yfll^ ((L'ombre : Je suis l'esprit detonpère, condamné pour un certain temps à 
ÇifeiW-.^ ^ errer la nuit... Écoute, écoute, on ! écoute! Si tu as jamais aimé ton tendre 
père — Hamlet: O ciel ! — L'ombre: Venge-le d'un meurtre hor- 
rible et monstrueux. — H.\mlet : D'un meurtre '\.. Fais-le-moi vite connaître. » 



N" ^71 : Hamlet et sa mère 




Dessin aquarelle. — H. o™22, L. o'"i8. — Appartient à madame 
Pierret. — Non catalogué par M. Moreau. 

Il ne faut pas confondre cette rencontre d'Hamlet et de sa mère, conim(: on le 
fait généralement, avec celle de la deuxième scène du drame. Delacroix nous 
montre ici la scène XI en présence de l'ombre invisible pour la reine, où 
celle-ci lui dit : « Pourquoi vos yeux sont-ils fixés dans le vide et échangez- 
vous des paroles avec l'air impalpable ? Vos esprits regardent avec effarement 
.. que regardez-vous.' » et Hamlet répond: « Lui!... lui!... voyez comme sa 
. Ne vovez-vous rien ici? — Non, rien, si ce n'est nous-mêmes. » 



l52 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i834 



N° ^72 : Insultes d'Hamlet à Ophelia 



Croquis à la mine de plomb. — H. o'"24, L. o"Mg. — Fac-similé 
A. (Robaut n" 44), dans les dimensions de : H. 0^24, L. o™iq. — 
Vente posthume : i5 fr. à M. Albert de la Fizelière. — Voir la 
lithographie 11° .541 et le tableau à 1840. — Cat. A. Moreau, p. i36. 

Si tu te maries, je te donnerai pour dot cette vérité empoisonnée: Sois 
aussi chaste que la glace, aussi pure que la neige, tu n'échapperas pas à la 
calomnie. Va-t'en dans un couvent. Adieu. Oui. si tu veux absolument te 
marier, épouse un imbécile; car les hommes sensés savent trop bien quels 
monstres vous faites d'eux. Au couvent, allons et vite! Adieu.» Et Ophelia répond: Puis- 
sances célestes, guérissey-le ! Secourez-le, vous, cieux cléments! » 




N° ^yj : Reproches d'Hamlet à sa mère 



Croquis à la mine de plomb. — H. o'"24, L. o™r8. — Fac-similé 
A. Robaut (n'>45), dans les dimensions de : H. o"'24, L. o^iS. — Vente 
posthume: 20 fr. à M. Albert de la Fizelière. — Voir lithographie 
n° 546. — Cat. A. Moreau, p. i36. 



« Cessez de vous tordre les mains ! Silence ! asseyez-vous, — que je vous 
torde le cœur! Oui, j'v parviendrai, — s'il n'est pas d'une étoffe impénétrable; 
— si l'habitude du crime ne l'a pas fait de bronze — et rendu inaccessible au 
sentiment. .) — La Reine : Qu'ai-je fait pour que ta langue me flagelle de 
ce bruit si rude? « — Hamlet : » Regardez cette peinture-ci, et celle-là. » 
Baudelaire a cité quelque part des lignes de fienri Heine qui expliquent bien la méthode de 
Delacroix : « En tait d'art, je suis surnaturaliste. Je crois que l'artiste ne peut trouver dans 
la nature tous ses types, mais que les plus remarquables lui sont révélés dans son âme, comme 
la svmbolique innée d'idées innées, et au même instant. Un professeur d'esthétique a voulu 
remettre en honneur le vieux principe de l'imitation de la nature, et soutenir que l'artiste 
plastique devait trouver dans la nature tous ses types. Il a oublié l'architecture, n 




N" ^'74 : Le crâne d'Yorick 

Croquis crayon. — Cliché pour VArt, livraison du 3o septembre 1877. — H. o"'i65, 
L. o'"i8o avec ce titre : « Alas ! poor Yorick ». — Vente posthume. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

N'' ^75 : Hamlet et Horatio 



Sépia. — H. o"'2o, L. o"'i5. — Vente posthume, n" 104 bis, à M. Petit. — Appar- 
tenait à M. Monnerot. — Non catalogué par M. Moreau. 
C'est la même composition que celle du tableau catalogué sous le numéro suivant. 



£834 



[.'ŒUVRE DE DELACROIX 



i53 



N" ')'/()■. Hamlet et Horatio au cimetière 



Horatio ! 
dos mille 



Toile. — H. i'"oo, L. o'"8i. — Signé à gauche «Eug. Delacroix. " 
Daté i835. — Tableau refusé au Salon de i836. — Lithographie 
pour le journal V Artiste, en i836, dans les dimensions de o"'i87 
sur o'"i4i. — Vente Edwards, 7 mars 1870: 21,000 fr. à 
M. Heine. — Cat. A. Moreau, pp. 1 12, 176 et 252. 

Le jury a refusé ce tableau au Salon de i836. — Le fond est la 
reproduction du cimetière de Toulon, où Delacroix demeura en qua- 
rantaine en revenant d'Alger après son voyage au Maroc. Ce tableau* 
payé vingt et un mille francs à la vente Edwards, était sorti de l'atelier 
de Eugène Delacroix au prix de deux cents francs. — On connaît la 
fameuse scène du cimetière : « Hélas! pauvre Yorick!... Je l'ai connu, 

c'était un garçon d'une verve infinie, d'une fantaisie exquise : il m'a porté sur son 

fois. » (Voir plus loin,, n"* SyS, 592, 5q3, et à l'année iSSg.) 




HAMLET — SUITE DE SEIZE COMPOSITIONS 



Lithographies. — Vente Langlais, treize pièces sur chine ( première publication ) : 
100 fr. — Vente De La Combe, treize pièces sur chine (première publication) : i5i fr. 
— Vente posthume, treize pièces en un cahier complet ( première publication et 
plusieurs cahiers incomplets) : 80 fr. — Vente Piron, treize pièces sur blanc (première 
publication] : 80 fr. — Vente Soleil, seize pièces sur blanc (dont les treize de la pre- 
mière publication) : 70 fr.; treize pièces dépareillées: 60 fr. — Vente Th. Gautier, 
16 janvier 1873 : t25 fr. Tirage moderne, épreuves tachées d'eau. — Vente Villot, 
10 décembre 1875 : 62 fr. 

Les seize pierres, avec quatre épreuves de chaque pierre tirées chez Lemercier, ont 
été achetées par M.Paul Meurice, à la Vente posthume, au prix de 2,o5o fr. — M. Paul 
Meurice en a fait tirer deux cents exemplaires, puis, les pierres ont été sciées et enca- 
drées. — • L'ouvrage eut donc deux éditions. La première parut seulement en 1843. 

Sur la couverture on lit : « Hamlet ; treize sujets dessinés par Eug. Delacroix. A Paris, chez 
Gihaut frères, éditeurs, boulevard des Italiens, 5. Lith. de Villain, rue de Sèvres, 19. » Cette 
publication avait été faite pour le compte personnel de Delacroix. Le tirage ne comportait que 
quatre-vingts exemplaires dont soixante sur blanc et vingt sur chine, lesquels étaient épuisés 
au décès de l'auteur. Il en a été tiré à l'origine quelques épreuves sur chine dont le format 
dépasse le trait carré d'un à deux centimètres. Elles sont très recherchées quoiqu'elles portent 
la lettre. Il y a plusieurs états. Le premier, sans lettre aucune, a été tiré h très peu d'exemplaires 
sur chine et sur blanc. Le deuxième, avec lettre, tiré sur grand format porte : « Imprimerie 
Villain ». Le troisième , avec lettre, est sur papier blanc. Le quatrième a été tiré avec la 
lettre effacée ou cachée au moyen d'un papier mince dont on distingue l'empreinte; il est 
sur chine avec l'adresse de l'imprimerie Bertauts. 

Deuxième édition, 1864. — Cat. A. Moreau, p. 61. Sur la couverture on lit : Hamlet. Seize 
sujets dessinés et lithographies par Eug. Delacroix. Paris, Dusacq et C", Michel Lévy frères, 
Pagnerre. M.D.CCC.LXIV. » Les trois sujets ajoutés avaient été exécutés en même temps 
que les treize premiers; mais Delacroix, en 1843, n'avait pas voulu qu'il fussent publiés et 
s'était contenté d'en faire tirer quelques épreuves d'essai sans nom d'imprimeur et sans lettre. 
Bien que les treize planches de la publication originale continuent à porter dans le second 
tirage les mots : « Lith. de Villain », ce tirage a été exécuté chez M. Bertauts. 



i54 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l834 



N° ^77 : La reine s'eftbrce de consoler Hamlet 




■iQf). — Cat. A. Mo- 



Lithographie. — 1834. — H. o"'253 , 
reau, p. 61 . 

Signé en bas, à droite, sur la planche: « Eug. Delacroix, 1834.» En 
légende : « Cher Hamlet, écarte cette sombre apparence et jette un 
regard ami vers le roi. — Hamlet, acie I, scène IL » — Hamlet est debout 
au milieu d'une salle de réception du château; sa mère, à ses côtés, lui 
jette un regard inquiet ; au fond, Polonius, Laertes, et des seigneurs de 
leur suite. — On connaît la situation dramatique. .■Vu début de la scène, 
le roi l'a exposée. « Quoique la mort de notre cher frère soit encore de 
fraîche date et qu'il pût paraître que nos cœurs fussent accablés sous le 
chagrin, avec une joie en quelque sorte déroutée, le bonheur dans un 
œil et la douleur dans l'autre, mêlant les réjouissances aux funérailles 
et les cantiques funèbres h l'hymne nuptial, nous avons pris pour femme celle qui fut autre- 
fois notre sœur.» Hamlet persiste à porter le deuil de son père; sa mère lui dit : oTu sais que 
c'est la loi commune ; — tous ceux qui vivent doivent mourir, et passer de la nature à l'éternité, d 



N° ^78 : Hamlet veut suivre l'ombre de son père 



Lithographie. — i835. — H. o"'26o , L. o"'2o5. — Cat. A. Mo- 
reau, p. 62. 

Signé en bas, à gauche, sur l'image : «Eug. Delacroix, i835.» En légende : 
K Mon destin me crie de le suivre. Lâchez-moi, messieurs, ou, par le ciel, 
je ferai un fantôme du premier qui m'arrêtera. — Hamlet, acte I, 
scène IV. 1) — Hamlet, sur la plate-forme du château, retenu par Marcellus 
et Horatio, veut s'élancer vers le fantôme qui retourne la tête en s'éloi- 
gnant. — Marcellus et Horatio, en faction sur l'esplanade d'Elseneur. 
ont à plusieurs reprises aperçu l'ombre du feu roi et prévenu Hamlet. A 
minuit, le fantôme se montre en effet, et, par trois fois, fait signe h son 
fils de le suivre. Celui-ci obéit, malgré sa propre terreur et la résistance 
de ses amis. Quelle force, quelle impétuosité dans l'élan du jeune prince! 




N° ^70 : Le fantôme sur une autre partie de la terrasse 




Lithographie. — 1843. — H.o'"258, L.o"'i93. — Cat. A. Moreau, p. 62. 

Signé en bas, à droite, sur l'image : <i Eug. Delacroix, 1843 ». En légende: 
« Je suis l'esprit de ton père. Venge-le d'un meurtre infâme et dénaturé. — 
Hamlet, acte I, scène V. » — Hamlet, l'êpée h la main, est debout sur le 
rempart, son manteau soulevé par le vent ; il jette un regard d'effroi sur 
l'ombre de son père qui s'avance vers lui. — C'est la terrible scène où 
Hamlet apprend comment son père a été empoisonné. L'ombre prélude à 
la révélation par quelques paroles dont Delacroix traduit le sens mot à 
mot : <i ... Je te ferais un récit dont le moindre mot déchirerait ton âme, 
glacerait ton jeune sang, ferait jaillir tes yeux de leurs orbites comme deux 
eurs sphères, détruirait l'harmonie de ta chevelure symétriquement rangée et 
tout droit chacun de tes cheveux comme les dards d'un porc-épic irrité. » 



iS34 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" ,-8o : Polonius et Hamlet 




prunier, et qu i 



Lithographie. — Sans date. — H. o'"248, L. 0"'i82. — Cat. A. Mo- 
reau, p. 62. 

En légende : «Que lisez-vous, monseigneur?... Des mots, des mots, des 
mots. — Hamlet. acte II, scène II. » — Hamlet, les yeux regardant dans 
le vide, tient à la main un livre ouvert; Polonius, debout à ses côtés, lui 
parle. Il vient de déclarer au roi que Hamlet est fou, fou d'amour pour sa 
fille Ophelia, qui lui a remis une lettre du prince. C'est alors qu'il aborde 
Hamlet. Celui-ci feint de ne pas le reconnaître et le berne. — « H.amlet. Le 
coquin de satirique dit ici que les vieillards ont des barbes grises, que leurs 
faces sont ridées, que de leurs yeux découlent l'ambre épais et la gomme du 
!s ont une riche pénurie d'esprit en même temps que de très faibles jarrets. » 



N''^ 581, 582 : Hamlet et Ophelia 



1" Lithographie. — Sans date. — H. o"'243, L. o"'i98. — Cat. A. 
Moreau, pp. 62, i 14. 

Signé à gauche : « Eug. Delacroix. » — Non daté. — En légende : 
(( Nous sommes tous d'insignes vauriens, ne crois aucun de nous, entre 
(.n un monastère. — Hamlet, acte III, scène I. » — Hamlet, debout, fait 
un geste d'adieu à Ophelia, assise dans l'attitude du désespoir. — (Voir le 
tableau à l'année 1840.) 

Le premier état sans lettre est une épreuve d'essai; le deuxième a la 
li-gendc et le nom de l'imprimeur. Cette planche n'a été publiée que 
dans la seconde édition (1864'. 

2 M Paul iMeunce possède un croquis à la mine de plomb de cette même scène ; il n'y a 

qu'une différence, c est que la composition est retournée. 




N° ^8} : Hamlet fait jouer aux comédiens la scène de 
l'empoisonnement de son père 




Lithographie. — i835. — H. o™248, L. o'"323. — Cat. A. 
Moreau, p. 63. 

Signé à droite sur l'image : nEug. Delacroix, i835.» En légende: 
C'est une intrigue scélérate, mais qu'importe ! Votre majesté et 
nous, avons la conscience libre; cela ne nous touche en rien... 
Vous voyez, il l'empoisonne dans le jardin pour s'emparer de son 
royaume; l'histoire est réelle, écrite en bel italien. — Hamlet, acte 
III, scène II. » — Au premier plan, Hamlet tenant un éventail à 
la main est étendu sur des coussins aux pieds d'Ophelia. Le roi 
et la reine sont assis ; derrière eux, debout, Rosencrantz et Polo- 
nius regardent la scène qui se joue sur le théâtre. A droite, se tient Horatio appuyé contre 
une colonne, il semble examiner le visage du roi. — La planche n'a fourni qu'un très petit 
nombre de bonnes épreuves, soutenues dans les demi-teintes. 



i56 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i834 



N° 584 : Hamlet et Giiildenstern 



Lithographie. — Sans date. — H. o"'252, L. o"'2o6. — Cat. A. 
Moreau, p. 63. 

Sans signature ni date. — En légende : u Voudriez-vous jouer de cette 
flûte? — Monseigneur, je ne puis.... — Je vous en conjure. — Hamlet, 
acte III, scène II. » — Hamlet, ayant Rosencrantz à ses côtés, présente à 
Guildenstern une flûte que celui-ci repousse du geste. — Rosencrantz et 
Guildenstern ont été chargés par le roi de sonder Hamlet, de le faire 
parler, de découvrir si sa lolie est réelle ou seulement apparente, si elle 
est causée par son amour pour Ophelia ou si elle n'est qu'une feinte pour 
masquer de pires sentiments. Hamlet se moque d'eux et finit par s'em- 
porter : c( Sang de Dieu! croyez-vous qu'il soit plus aisé de jouer de moi que d'une flûte? » 




N° ^8^ : Hamlet tenté de tuer le roi 




possède une pi 



Lithographie. — 184?. — H. o'"263, L. o'"i8t. — Cat. A. Moreau, 
p. 63. 

Signé à gauche sur l'image : « Eug. Delacroix, 1S43. » En légende: « A 
présent, je puis le tuer facilement... mais quoi! le surprendrai-je au milieu 
de ses prières, au moment où il purifie son âme? Non, non. — O cons- 
cience plus noire que la mort! âme engluée dans le crime! Je ne puis 
prier!... mes paroles s'adressent là-haut, mes pensées demeurent ici-bas. — 
Hamlet, acte III, scène III. » — Le roi est à genoux, les mains jointes, au 
pied d'une colonne, dans un appartement du château. Debout derrière lui, 
Hamlet, qui vient d'entrer, tire son épée du fourreau. — M. Paul Meurice 
inture du même sujet. CVoir à l'année 1843.) 



N""* 586, 587 : Le meurtre de Polonius 



H i" Lithographie. — Sans date. — H. 0^241, L. o"M92. — 'Vente 
Dubois, 1866 ( premier étati : 18 fr.; vente Villot, décembre 1875 
(premier état) : 5 fr. à M. Robaut. — Cat. A. Moreau, p. 64. 

Sans signature ni date. En légende : « Qu'est-donc? un rat? — Hamlet, 
a^te III, scène IV. » — Hamlet, l'épée à la main, se précipite vers le 
rideau derrière lequel est caché Polonius. Sa mère le retient par le bras. 
(Voir le tableau à l'année 1843.) 

Le premier état est avant toute lettre et sans trait carré. Le deuxième état 
a la légende, mais n'a pas de nom d'imprimeur ni trait carré. Le troisième 
état porte la légende et le nom de l'imprimeur. Pour un véritable amateur, 
les nuances s'apprécient, sur la planche même, par des différences très sensibles et non par 
les marges, c est-a-dire que quand bien même on mettrait au carré et on rognerait cette 
planche en premier état, on la distinguerait toujours du deuxième état par les coups de 
grattoir très clairs au-dessus de la reine ; en outre, l'ombre portée sur le rideau n'a pas les 
taches claires qui sont signalées dans le deuxième état. 
2" A la vente posthume, le dessin du même sujet fut adjugé pour 290 fr. à M. Vasselot. 




N" 588 : Hamlet et k reine 



Lithographie. — 181^4. — H. o'"26o, L. o"'i8o. — Vente posthume 
(premier état et deuxième) : 23 fr.; vente Soleil (premier état) : 2g fr. 
— Cat. A. Moreau, pp. 64, i36. 

Signé en haut.h droite: « Eug. Delacroix, 1834. »En légende : « N'ajoute 
rien de plus, cher Hamlet. Ces mots pénètrent jusqu'à mon oreille comme 
autant de poignards ; rien de plus, cher Hamlet. — Hamlet, acte III, 
scène iV. » — Hamlet vient de quitter son siège ;il fixe des yeux hagards 
sur le portrait qu'il tient à la main. Sa mère, assise à ses côtés, fait un geste 
d'effroi et veut le retenir. 

Le premier état présente sur les marges de gauche, en croquis, une femme, 
le sein nu; le deuxième n'a ni croquis ni lettre. Le troisième a la légende et le nom de 
l'imprimeur. — Dans le croquis préparatoire (voir le n» 67 1) la composition est en sens 
inverse, parce que Delacroix n'a pas retourné son dessin pour le lithographier. Il a d'ailleurs agi 
de cette manière pour presque toute la suite. En outre, le sujet n'est pas exactement le même. 




N° 589 : Hamlet et le cadavre de Polonius 



Lithographie. — 1845. — H. o"'255, L. o"'i77. — Partie du n" 407 
de la vente posthume (quatre feuilles) : 102 fr. — Cat. A. Moreau, 
pp. 64, 252. 

Signé au bas, h droite, sur l'image : « Eug. Delacroix, iS35 ». En légende: 
(( Vraiment, ce conseiller est maintenant bien silencieux, bien discret, bien 
grave, lui qui dans sa vie était le drôle le plus bavard du monde. — 
Hamlet, acte III, scène IV. » — Hamlet soulève la draperie derrière la- 
quelle s'était caché Polonius et considère son corps étendu par terre. — 
Voir le tableau à l'année 1845. ^On se rappelle que, pendant son entretien 
avec sa mère, Hamlet,, entendant une voix derrière la tapisserie,ct croyant 

que c'est la voix du roi, frappe de son épée et tue Polonius par méprise : « Je t'ai pris pour 

un plus grand que toi, » dit-il, hautain et méprisant. 




N° ^90 : Le chant d'Ophelia 



Lithographie. — 1834. — H. o'"259, L. o™2o8. — Vente Burty 
( preniier état ) : 25 fr.; vente Villot, 1875 (premier état avec un 
autre) : 55 fr. — Cat. A. Moreau, p. 65. 

Signé à gauche : « Eug. Delacroix, 1834. » En légende : « Son linceul 
blanc comme neige était parsemé de fleurs. — Hamlet, acte IV, scène V.» 
— Ophelia, devenue folle, chante devant la reine dans une salle du 
palais d'Elseneur. Elle est presque à genoux, tenant une écharpe à la 
main ; au fond, debout, derrière elle, la reine et Horatio. C'est le 
meurtre de son père par son amant qui a causé la tolie d'OpheHa. 
Le premier état est sans aucune lettre, c'est une épreuve d'essai.— Le 

deuxième état avec la légende et le nom de l'imprimeur. Cette planche n'a été publiée que 

dans la seconde édition que M. Paul Meurice fit faire en 1S64. 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l834 



N°^ ^91, ^92 : Mort d'Ophelia 



1° Lithographie. — 1843. — H. o"'i86, L. o™255, — Cat. A. 
Moreau, pp. 61, 25i, 252. 

Signe a gauche, en bas : n Eug. Delacroix, 1843.. » En légende ; 
« Ses vêtements appesantis et trempés d'eau ont entraîné la pauvre 
malheureuse. — Hamlet, actelV, scèneVII.n — Ophelia vient de glisser 
dans les eaux du ruisseau. D'une main, elle se soutient encore à la 
branche d'un saule, tandis que de l'autre elle presse sur sa poitrine les 
fleurs qu'elle avait cueillies. C'est la reproduction littérale du récit 

de la mort d'Ophelia tait par la reine. — Voir les tableaux aux années i83S, 1844 et iSSg. 

2» Il faut signaler aussi un dessin de ce même sujet qui lit partie de la vente posthume et 

qui fut adjugé, sous le numéro 402, pour 55 i fr. à M. Boignes. 




N°' 59^, 594 : Hamlet et Horatio devant les fossoyeurs 

1° Lithographie. — 1843. — H. o"'283, L. o'"2i4. — Cat. A. Moreau, 
pp. 66, 1 12, 178, 25i. 

Signé en bas, sur l'image : « Eug. Delacroix, 1843. » En légende : n Ce 
crâne, monseigneur, était celui d''Yorick, le bouffon du roi. — Hélas ! 
pauvre Yorick. — Hamlet, acte V, scène I. » — Hamlet, qu'accompagne 
Horatio, regarde le crâne que lui présente l'un des deux fossoyeurs. — Voir 
le tableau refusé au Salon de i835. 

2" A la vente posthume, on a pu voir plusieurs productions du maître sur 
le même sujet etd'abord sous le nuniéro 403, un dessin adjugé pour 465 fr. 
à M. Lecomte. Ensuite sous le numéro 404 on a vendu une peinture, 
que nous reproduisons plus loin, à l'année 1840, et qui fut adjugée 'pour 
■. Enfin sous le numéro 104 bis fut produite une sépia, qui fut acquise par 
entrée dans la collection de M. Monnerot. (Voir plus haut, n" 575.) 




N"^^ 59)5 59<^ • Hamlet et Laertes dans la fosse d'Ophelia 



i°Lithographie. — 1834. — H. o"'284, L. o'"iq5. — Cat. A. Mo- 
reau, pp. 65, I 36. 

Signé à gauche : a Eug. Delacroix, 1S34. « En légende : « Ne me serre pas 
ainsi h la gorge, l'ami, il y a quelque danger à courir avec moi. — Hamlet, 
acte V, scène I. » — Hamlet et Laertes luttent corps à corps au fond de la 
fosse ouverte pour recevoir Ophelia. Ils ont sauté dans la fosse tour à tour 
en présence du roi, de la reine et de leur suite, accompagnant le cortège 
funèbre, et se prennent à la gorge : « Me voici, moi, Hamlet le Danois ! — 
Le diable prenne ton âme! — Ta prière est mauvaise... » (Voir à l'année 

1842.) Le premier état sans lettre est une épreuve d'essai. Le deuxième a la 

lettre et le nom de l'imprimeur. — Cette planche, comme celles que nous 

avons cataloguées sous les n"* 58 1 et 590, n'a été publiée que dans la seconde édition. 

2" M. A. Robaut possède un dessin du même sujet. Il en a fait un fac-similé (troisième série 

de sa publication). Ce dessin est plus simjile d'effet que la lithographie originale. 




i835 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i59 



N° 597 : Mort d'Hamlet 




dis pa 



Lithographie. — 1843. — H. o"'289, L. o^soS. — Cat. A. Morcau, 
pp. 66, i36. 

Signé à Jroite,_ en bas, sur le dessin : « Eug. Delacroix, 1843 ». En lé- 
gende : « Ah ! je meurs ! Horatio, justifie moi et ma cause auprès de ceux 
qui m'accuseront... Quelle vaste curée a faite la mort! que de princes 
frappés par_ le trépas! — Hamlet. acte V, scène IL» — Hamlet, tenant 
encore son épée à la main, vient de tomber mortellement frappé. Horatio 
essaye de le soutenir. Derrière eux, Osric et deux autres seigneurs 
emportent Lacrtes. Au fond, la reine qui se meurt, après avoir bu la 
coupe empoisonnée. (Voir à l'année 1842.) — Delacroix a fondu ici, je ne 
fondu, tous les mouvements de la dernière scène du drame. 



Année i835 



N° 598 : Joueurs d échecs à Jérusalem 



Toile. — H. o'"455, L. o™55o. — Eau-forte de Ferdinand 
Lefmanpour r^r/wfe,tiansles dimensions de o'"i46 sur o"'i 75. 
— Eau-forte d'Hédouin pour la galerie Durand-Ruel, dans les 
dimensions dé o"'o92 sur o'"io5. — Cat. A. Moreau, p. 100. 

Les deux joueurs sont accroupis devant un échiquier posé par terre, 
au pied d'un grand mur dont le faite est couronné de végétations et 
au delà duquel on aperçoit des terrasses arabes. Une femme qui 
soutient des deux mains un vase sur l'épaule droite s'est arrêtée 
debout pour les regarder. L'un des joueurs est coiffé d'un turban. 
Le titre que nous reproduisons est celui qui a paru dans V Artiste. On sait que Eugène Dela- 
croix n'est jamais allé à Jérusalem, il est donc permis de supposer que ce titre fallacieux est 
une invention capricieuse du directeur de VArtiste. 




N° 599 : Retour de l'Enûint prodigue 




Toile. — H. o"'26, L. o'"34. — Vente Sensier. 
par M. Moreau. 



Non cataloaué 



En ce sujet biblique à peine indiqué, Delacroix avait trouvé les plus 
touchantes attitudes du pardon. H. de la Madelène l'a dit très juste- 
ment : Il La peinture religieuse exige avant tout une grande âme et 
un cœur profond ! L'artiste peut ne pas avoir la foi des maîtres pri- 
mitifs; mais qu'importe qu'il s'apitoie sincèrement devant la Passion du Sauveur ou le déses- 
poir de Marie! Le premier but de l'art est d'émouvoir les âmes, et les tableaux ne sont pas 
faits pour soutenir des thèses de philosophie. » [E. Delacroix au boulevard des Italiens.] 



i6o 



L ŒUVRE DE DELACROIX 



i835 



N°' 600, 601 : Le combat du Giaour et du Pacha 








Toile. — H. o'"73, L. o"'6o. — Daté 
i835. — Exposition universellede i855. 
— N° 76 de l'Exposition du Pavillon de 
Flore, 1 878. — Vente CoUot, #8 janvier 
I 85o : 1 ,600 fr.àM. Davin; vente Davin, 
14 mars i863 : 7,35o fr. à M. Péreire; 
vente Laurent Richard, mai 1 878 : retiré 
à 27,000 fr. — Gravé à Teau-forte par 
~^^, Massard pour le catalogue Laurent- 

Richard dans les dimensions de o"'i3i sur o™! 08; sur bois, 
pour le Monde Illustré, d'après Edmond Morin, dans les 
dimensions de o'" 197 sur o" 137. — Appartient au baron 
Gérard. — Cat. A. Moreau, pp. iSg, 190, 244, 276. 
2° Dessin à la sépia. — H. o"M6, L. o'"i6. — Variante du 
précédent. — Voir aussi le tableau et la lithographie de 1827. 

(I Quel i;oùt passionné n'a-t-il pas pour le cheval, et comme on sent qu'il aime profondé- 
ment celte noble bète! Le cheval de Delacroix est presque une créature humaine : il l'associe 
à toutes les actions de ses héros; il lui prête leurs passions, il lui fait partager leurs rivalités 
ou leurs périls. Dans les mêlées, le cheval est toujours à la place d'honneur et sa vaillance 
s'affirme par l'éclat des prunelles et la fumée des naseaux. Le giaour et le pacha fondent 
l'un sur l'autre avec furie ; mais qui est le plus furieux, des chevaux ou des cavaliers ? » 



N" 602 : Le Christ entre les deux Lirrons 



Toile. — H. i'"85,L. i'"35. — Signé en bas à gauche et 
dite i835. — Salon de iS35. — Exposition posthume. 
— Appartient à la ville de Vannes. — Cat. A. Moreau, 
pp 175, 221. 

M Robaut a vu ce tableau h Vannes en 1S73 et transcrit les 
lignes suivantes peintes sur la toile même, à droite au bas : 
1 Donné à la ville de Vannes par S. AL le roi Louis-Philippe I<"', 
101 des Français, sur la demande de M. Vigier, député du 
premier arrondissement électoral et membre du Conseil 
_ gênerai du département du Morbihan. » Si l'on y tenait, la 
\ phi.e de cette inscription était sur le cadre et non sur la 
loile. i\L Robaut a protesté contre ce vandalisme et cette muti- 
htion inqualifiables, danslenuméro 23i du journair^4r/|i'"' juin 
1 S7 |\ — La scène représente le sommet du calvaire. Le Christ 
L-it en avant. La croix de l'un des larrons n'est pas encore 
diessée. La Madeleine, étendue à, terre, lève les yeux vers le 
Chi ist. — Ce tableau, acheté par l'État au prix de 2,000 francs, 
et donné par lui à la ville de Vannes, est resté dans l'église 
Saint-Paterne jusqu'en i865. A cette époque, comme il avait beaucoup souffert par suite des 
mauvaises conditions dans lesquelles il s'était trouvé placé, il fut envoyé à M. Andrieu, qui 
le restaura. 11 est maintenant à l'Hôtel de Ville de Vannes, dans le cabinet du maire. 




i8?5 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i6l 



N" 603 : Jeune religieuse 




Toile. — Esquisse. — H. o"'42, L. o'"3 i . — Non signé. ■ 
à M. Christophe. — Non catalogué par M. Moreau. 



Appartient 



ue tous les 



«On se rappelle ce que Diderot dit à ce peintre qui lui apporta le portrait de 
son père, et qui, au lieu de le représenter tout simplement dans ses habits de 
travail (il était coutelier), l'avait paré de ses plus beaux habits ; « Tu m'as 
tait mon père des dimanches, et je voulais avoir mon père de tous les jours." 
Le peintre de Diderot avait fait comme presque tous les peintres, qui 
semblent croire que la nature s'est trompée en faisant les hommes comme 
ils sont; ils fardent, ils endimanchent leurs figures : loin d'être des hommes 
ours, ce ne sont pas même des hommes. ( Delacroix, Questions sur le beau.) 



N° 604 : Madame Delaporte 



Toile. — H. on'20, L. o"'i5. — Cat. A. Moreau, p. 236. 

M. Laporte ou Delaporte était encore consul de France à Tanger en 1S46, lors du voyage de 
Dumas en Afrique; il en est maintes fois question dans le Veloce. 



N" 60^ : Félix Guillemardet 



Toile. — Salon de i835. — Cat. A. Moreau. 

M. F. Guiljemardet était un des meilleurs amis du maître, peut-être celui qu'il ',a le plus 
regretté. (Ecrits poslJiumes.) Son nom a passé maintes fois sous les yeux du lecteur. 



N" 606 : Portrait de madame Riesener 



Ni signé, ni daté. — Cat. A. 



Toile. — H. o"'7o, L. o'"5 
Moreau, p. 236. 

Au moment même où Delacroix faisait ce beau portrait de sa tante 
maternelle, madame Riesener, mère du peintre Léon Riesener, il écri- 
vait, en faveur de ce dernier, une lettre dont le destinataire est 
inconnu :i. N'ayant pu presque sortir depuis près d'un mois, h cause 
d'une indisposition assez grave qui m'est survenue, je n'ai pu, comme 
je le désirais, aller rappeler à votre souvenir que vous m'aviez tait 
espérer qu'il pouvait se trouver quelque occasion d'employer le jeune 
Riesener dans les travaux de Versailles. Je prends le parti d'en 
appeler encore à votre obligeance sur ce sujet. Un encouragement 
venu du gouvernement, si peu important qu'il soit^ serait un motif 
d'émulation pour un jeune homme dont le talent n'a pu être encore 

suffisamment apprécié. » Delacroix travaillait lui-même alors pour le musée de Versailles 

au portrait du maréchal de Tourville, que nous allons décrire. 




102 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l835 



N"'' 607, 608 : Le maréchal de Tourville 



!° Toile. — H. 2"^2i. L. r"44. — Gravé au 
burin pour les Galeries historiques de Ver- 
sailles, dans les dimensions de o'"2o6 sur 
o™i33. — Au muse'e de Versailles. — Cat. 
A. Moreau, pp. 91, 2o5. 
2° Toile. — Esquisse. — H. o"'34, L. o"^27. 
— N° i38 de la Vente posthume : 160 fr. à 
M. Arosa. — Vente Arosa, février 1878 : 
410 fr. à M. d'Anthouart. — Photolithogrâ- 
phié par Arosa dans les dimensions de o"' 1 20 
sur 0^091 . — Non catalogué par M. Moreau. 

Faut-il rappeler que Anne-Hilarion de Cotentin. comte de Tourville, 
marm célèbre, ne en 1642, nomme marei-hal en lôqS, mourut en 1701? — Le rapproche- 
ment des deux compositions prou^e quelle réflexion Delacroix apportait h tout ce qu'il faisait. 




N° 609 : Nature morte 



Toile. — H. o'"27, L. o'^ig. — Signé en haut à gauche. — Vente 
posthume : 600 fr. à M. Haro. — Non catalogué par M. Moreau. 
Voilà un sujet que les amants du u style noble » trouveront bien peu 
digne d'occuper un grand artiste. Delacroix pensait à eux, quand, dans 
les quelques belles pages intitulées : Des critiques en matière d'art, il écrit : 
n .A force de voir ajouter ou retrancher h la création et parer les objets de 
tant d'imaginations fantasques, on a cru véritablement que rien n'était 
plus simple que de remettre à sa place et de polir soigneusement ce qui 
ne semblait qu'ébauché dans l'ordre commun. Il s'en est suivi une espèce 
d'aristocratie dans les êtres qui sont du domaine des arts. Telle innocente 
bête a été déclarée commune, peu présentable, triste, hideuse à voir; ou bien il a fallu tant 
de façons pour suppléer en elle au laid ou à l'ignoble, tant de détours pour lui donner 
droit "de bourgeoisie et l'offrir du côté honnête, qu'elle n'est plus entrée en scène que toute 
rebâtie et proprement accommodée au goût du jour. » 




N° 610 : Cheval arabe au piquet 



Toile. — H. 0^345, L. o"'434. — Eau-forte de Bracquemond, 
1857, inédite dans les dimensions de o'"345 suro"'434. • — Cat. 
A. KIoreau, p. 10 1. 

M. Edmond About avait communiqué la gravure de ce tableau à 
Delacroix, qui lui en envoya une appréciation sévère, trop sévère. 
Nous la reproduisons cependant, car elle montre bien ce que le 
maître exigeait de ses graveurs : <i On ne peut méconnaître un sen- 
timent très vif dans cet ouvrage. La tête du cheval surtout a beau- 
coup d'expression et tout annonce d'heureuses dispositions; mais l'inexpérience du lavis et 




i835 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i63 



du modelé des plans se fait trop sentir en général Vous me trouverez peut-être sévère, 

monsieur, et il n'est pourtant personne à qui j'eusse désiré davantage d'être agréable en 
cette occasion. Mais vous comprendrez plus facilement que qui que ce soit que j'ai plus à 
perdre que tout autre dans une interprétation incomplète. Il me faut absolument un homme 
qui sache dessiner tout à fait, non pas à la manière d'un prix de Rome, mais avec une con- 
naissance de la ligure et une habileté de main capables d'interpréter avec sûreté là où il n'y 
aurait que des indications légères, etc., etc. Cette science, je ne me dissimule pas qu'elle ne 
peut être que le fruit de longues études que la plupart des peintres eux-mêmes ne font pas. 
Des graveurs, les uns ne savent que calquer timidement un original, faute d'une connaissance 
suffisante de la gravure; les autres, par la même raison, déguisent comme ils peuvent cette 
insuffisance h l'aide des travaux du métier. » [Lettres, édition Burtv.) — Nous reproduisons 
cette lettre telle que ladonne M. Burty.On nous dit cependant qu'elle est adressée àM.Champ- 
fleurv et non à M. E. About, et qu'au lieu du mot « lavis » (ligne 6) il faut lire « dessin. » 



N°^6ii, 612 : Arabes d'Oran 




parler. Con 



i" Toile. — Salon de i835. — H. o"'4r, L. o"'3i. 
— Vente Jacob de Vos, à Amsterdam, mai i883, 
sous le titre : « Orientaux assis à la porte d'une 
maison » : 9,600 fr. à M. Langenhuiscn, à 
Huisen.- — Cat. A. Moreau, p. 176. 
2° Croquis mine de plomb. — In-quarto. — 
Vente posthume. — Non catalogué par M. Mo- 
reau. 

Le tableau représente, assis à terre, à la porte d'une maison, un Arabe, 
et devant lui, vu de dos, un Turc qui fume une longue pipe. Auprès d'eux 
se tient assis sur une margelle de puits un jeune nègre qui les écoute 
muraille, h droite, est accrochée la tète d'un homme de couleur. 




N^'^éij, 614 : Côtes normandes 



1° Falaises de Fécamp. — Toile. — H. 
o^Sô, L. o'"45. — Ni signé, ni daté. — 
Etude, effet de pluie, commencé par madame 
Dalton. — Appartient à M. Bornot. — Non 
catalogué par M. Moreau. 
2° Ruines du château d'Arqués, près Dieppe. 
— Aquarelle. — H. o'"i8, L. o"'i5. — 
Vente posthume. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Delacroix a toujours aimé les côtes normandes. En 1854, il écrit de Dieppe à madame de 
Forget : « Je me lève de très bonne heure, parce que je ne trouve pas le temps long et que 
je ne suis pas embarrassé de ma journée. J'ai trouvé par hasard une ressource pour certains 
moments, dans la rencontre que j'ai faite, sur la plage, de mon ami Chenavard, le peintre. 
C'est un homme de beaucoup d'esprit et qui a une vraie conversation. Nous n'abusons pas 
l'un de l'autre, et cela renouvelle les sensations. » (Lettres, édition Burty.) 




104 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l835 



N"^ 615, 616 : Falaises d'Étretat 



i" Aquarelle. — H. o'"i5, L. o"'2o. — 
Appartient à M. de Courval-Piron. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

2° Aquarelle. — H. o"o8, L. o'"i4. — 

-=- -*i— Vente posthume. — Appartient àM. Al- 

fred Robaut — Non catalogué par M. Piron. 

\otre numéro i représente les falaises d'Etretat du côté de 
I (.camp le numéro 2, les mêmes falaises du côté du Havre, avec 
leur dei-oupure et leur aiguille romanesque tant de fois repro- 
duites par les peintres. — Dans une vente d'autographes du i'"' juin i883, nous avons 
trouvé la plus ancienne lettre connue de Eugène Delacroix; elle est datée du 10 janvier 
1814. Il y parle de son premier voyage en Normandie, de son premier séjour à Valmont, 
tout près d'Étretat, de ce Valmont, ancienne abbaye de Bénédictins, qui lui a inspiré une 
foule d'idées « romantiques. » Le mot y est, en 1814! 




N"^ 617, 618 : L'église de Therouldeville, près de Valmont 




',^~ à M. Bornot. 



1° La sacristie — Aquarelle. — H. 

o"M25, L. o"'i6o. — Vente posthume à 

M. Lambert-Bornot. — Non catalogué 

par M, Moreau. 
'-■'''^'/' 2° L'Eglise. — Mine de plomb. — 
^ H. o'"i35, L. o"'240. — Vente posthume 
Non catalogué par M. Moreau. 



En septembre 1834, Delacroix écrit à F. Villot : Je suis devenu si 
paresseux ici, que le plaisir de causer un peu avec vous ne m'empêche pas de songer h la 
fatigue extrême de tailler une plume et de chercher du papier pour le faire. Je ne sais, pour 
ainsi dire, que végéter. Quelques excursions rares aux environs et à la mer complètent mon 
existence, qui est adaptée aux mœurs de la province. » {Lettres, édition Burty.) 



N" 619 : Le Roi des Aulnes 




ton visage? u — L'enfant: i 
spectre noir !! » — Le père 



Sépia. — H. o"'2io, L. o^SoS. — Appartient à madame 
Pierret. — Non catalogué par M. Moreau. 

Nous ignorons si Delacroix a jamais repris ce projet et s'il en 
a fait un tableau. Nous ne trouvons pas dans son œuvre d'autre 
trace de composition d'après la célèbre ballade de Gœthe, que 
la musique de Schubert a rendue si ^populaire : a Voyez ce 
cavalier hâtant le pas. — 11 tient son fils, qu'il réchauffe en ses 
bras; ... la nuit est noire, au loin gronde l'orage, ... le vent 
mugit avec fracas. — Le père : « Mon fils, pourquoi me cacher 
Mon père!! là!! Je viens de le voir, ... le roi des Aulnes, le 
Mon fils, c'est un brouillard du soir. » 



i835 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l65 



N" 620 : Parc de Valmont 



Aquiirellc— H.o'"i5o, L. o"235. — Partie du n° 597 delà Vente 
posthume : 120 fr. — Appartient à M. Bornot. — Non cata- 
logué par M. Moreau. 

La vue est prise de l'habitation d'où Delacroix e'crit à Frédéric 

^ ___^ Villot : « Je suis ici fort désappointé par ce temps effroyable qui ne 

ï,^5^'«?«v=r^='=:; .i:==--=--i.v, cesse de^ régner. Les ouragans se succèdent continuellement, et la 

pluie n'a eu de relâche qu'un jour à peu près. Vous concevez 
combien cela est attristant, quand on se trouve au milieu d'un pays charmant, dont la 
verdure est encore comme au mois de mai et qui offrirait de si jolies promenades. La mer est 
bouleversée; j'ai eu le plaisir de la voir dans un fort bel état de fureur, mais il a fallu me 
faire tremper pour y aller et pour en revenir, u 




N" 62 1 : Paysan de Frépillon 




Aquarelle. — In-quarto. — Appartient à madame Théophile 
Silvestre. ^ Riesener en avait fait un grand tableau — Non cata- 
logué par M. Moreau. 

En regard de ce type si curieusement étudié, il est intéressant de placer 
les ironies du maître écrivant : « Les écoles modernes ont proscrit tout ce qui s'écarte de 
l'antique régulier; en embellissant même le Faune et le Silène, en ôtant des rides à la vieil- 
lesse, en supprimant les disgrâces inévitables et souvent caractéristiques qu'entraînent, dans 
la représentation de la forme humaine, les accidents naturels et le travail, elles ont donné 
naïvement la preuve que le beau ne consistait pour elles que dans une suite de recettes. 
Elles ont pu enseigner le beau, comme on enseigne l'algèbre, et non seulement l'enseigner, 
mais en donner de faciles exemples. Quoi de plus simple, en effet, à ce qu'il semble? Rap- 
procher tous les caractères d'un modèle unique, atténuer, effacer les diff'èrences profondes 
qui séparent, dans la nature, les tempéraments et les âges divers de l'homme, éviter les 
expressions compliquées ou les mouvements violents, capables de déranger l'harmonie des 
traits ou des membres, tels sont en abrégé les principes à l'aide desquels on tient le beau 
comme dans sa main ! Il est facile de le faire pratiquer à des élèves et de le faire transmettre 
de génération en génération, comme un dépôt. » (Questions sur le beau.) 



N** 622 : Le connétable de Bourbon 



sociale 



Croquis mine de plomb. — H. o"i24, L. 0'"2o. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

Ce dessin est extrait d'un album donné par Jenny Le Guilleu à M. Cons- 
tant Dutilleux. Le motif, représentant le connétable de Bourbon poursuivi 
par sa conscience, est emprunté au Sac de Rome du mvstique, doux et 
^ laid Ballanche, un des timides soupirants de madame Rècaniier, un des 
> caudataires de Chateaubriand, qui a dit de lui : « Ce génie théosophe 
ne nous laisse rien à envier h l'Allemagne et à l'Italie. » Les grands 
hommes ont de ces mots écrasants. Comparer l'auteur de la Palingénésie 
à Goethe et à Dante! Le pavé était trop lourd. Le pauvre Ballanche en reste'écrasé. 




i6d 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i835 



N^^ôz^, 624 : Croquis à la plume 



1° Courrier espagnol. — H. o"'22, L. o'^ij. — 
Daté « i3 janvier 35 ». — Vente Pierret, mai 187g. 
— Non catalogué par M. Moreau. 
2° Femme assise. — H. o^^o, L. o"'i7. — Daté 
« i_3 janvier i835. » — Appartient à madame Jules 
Michelin. — Non catalogué par M. Moreau. 

<( On a raison de trouver que l'imitation de l'antique est 
excellente, mais c'est parce qu'on y trouve observées les 
lois qui régissent éternellement tous les arts, c'est-à-dire l'expression 
dans la juste mesure, le naturel et l'élévation tout ensemble ; que, de plus, les moyens pra- 
tiques de l'exécution sont les plus sensés, les plus propres à produire l'effet. Ces' moyens 
peuvent être emplovés à autre chose qu'à reproduire sans cesse les dieux de l'Olympe, qui ne 
sont plus les nôtres', et les héros de l'antiquité. Rembrandt, en faisant le portrait d'un men- 
diant en haillons, obéissait aux mêmes lois du goût que Phidias sculptant son Jupiter. » 




N°62 



Lion regardant marcher une tortue 



Dessin à la plume. — H. o"'i7, L. o"'24. — Vente posthume n° 474; 
acheté 400 fr. par M. le baron de Laage. — Reproduction fac- 
similé par A. Robaut dans les dimensions de o'"i7 sur o"'24. 
— Gravé sur zinc pour V Illustration du 29 octobre 1864. — Cat. 
A. Moreau, pp. i36 et 325. 

A chaque tentative audacieuse de ceux qui veulent qu'on donne 
aux choses leur figure véritable, et non une tournure de bonne compagnie ou d'opéra 
comique, les critiques se prévalent d'un certain type, enfant de leur cerveau, courent à la 
défense des principes avoués par les gens de goût, et, tenant fort à l'étroit les téméraires 
et les novateurs, démontrent de même comment la nature tombe aussi dans de grandes 
divagations. Ils ont en cela merveilleusement aidé l'essor de la médiocrité dans tous les 
genres. » [Des critiques en matière d'art.] Article de Delacroix dans la Revue de Paris, 1829. 




N° 626 : Toit de chaumière et groupe d'arbres 



Lithographie, croquis sur une feuille avec 
trois autres croquis, par madame Dalton. 

— H. o'"i33, L. o™i22.| — Vente De La 
Combe : 8 fr.; vente posthume : 7 fr.; vente 
\illot, décembre 1875 : 4 fr. à M. Robaut. 

— Cal. A. Moreau, p. 33. 

Ce dessin se trouve à droite dans le bas d'une 



teuille contenant trois autres croquis de pavsage exécutés par 

■ madame Dahon. élevé de Delacroix, et non pas par Paul Huet. 

comme l'indique le catalogue de la vente De La Combe. — Nous donnons le fac-similé de 
la page et la reproduction en plus grand du croquis de Delacroix. 




i83b 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



167 



Année i836 



N° 627 : Saint Sébastien secouru par les saintes femmes 

Toile. — H. 2"'i5, L. 2"^46. — Gravé à i'eau-forte par 

Salmon, dans les dimensions de : H. o"'ioo, L. o"^i2q. 

Eau-forte de Boilvin, dans les dimensions de : H. o'^gq, 
L. o'"i28. — Salon de i836. — Appartient à l'église de 
Nantua. — Cat. A. Moreau, pp. 96, 176, 222, 264. 
Acheté par l'Etat au prix de 3, 000 fr., ce tableau a été vendu 
par la fabrique de Nantua en 1869, pour lasommede 23,ooofr., 
à M. Brame. L'affaire fit grand bruit. Le conseil municipal, qui 
n'avait pas donné son autorisation, assigna la fabrique et de- 
manda contre M. Brame la nullité de la vente. Le tribunal de 
Nantua maintint le marché. Appel fut interjeté et la cour de Lyon a annulé la vente con- 
sentie a M. Brame. La cour de Lyon a ainsi consacré ce principe que les objets d'art donnés 
aux fabriques font partie du domaine public et ne peuvent, en conséquence, être aliénés. 
L'arrêt est de décembre 1873. — Outre les eaux-fortes ci-dessus mentionnées, il faut, pour 
être complet, citer aussi une lithographie de Menut Alophe. Delacroix, en effet, écrivait le 
25 mars iS36à M. de Cailleux, sous-directeur des musées royaux du Louvre : « Je vous serais 
bien reconnaissant s'il vous était possible défaire mettre momentanément mon tableau de Sa/«« 
Sébastien dans un lieu où il pût être dessiné par M. Alophe, qui vous remettra cette lettre. » 




N" 628 : Saint Sébastien. — Esquisse 

Toile. — H. o"'24, L. o'"32. — Photolithographie Arosa : H. o"'098, L. o'"i24. — 
Vente Arosa, février 1878 : i,3oo fr. à M. Rouart. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 629 : Tête d'homme à barbe. — Étude 

Toile. — H. o"'44, L. o'"36. — Epreuves lithographiques obtenues 
'par cliché sur verre, essai de M. A. Robaut, dans les dimensions de 
H. o'"i42, L. o™i 16. — Vente hôtel Drouot, 28 décembre 1874: 
io5 fr. — Non catalogué par M. Moreau. 

Tête avec emmanchement de buste; la tête seule est terminée. Delacroix 
avait donné cette étude à M. Jules Garipuy, professeur de peinture à Bor- 
deaux, en i838. La singulière indication des épaules, en cette étude, n'est- 
elle pas sortie de la brosse du peintre dans une de ces heures d'ennui et de 
découragement, dont il se plaint dans une fort belle lettre à Villot en 
cette même année i836 ? « Un des caractères du découragement est de vous faire considérer 
votre profession comme inutile à vous et aux autres. La paresse, d'accord en cela avec l'hu- 
meur noire qui teint tout à vos yeux, dépouille de son charme le plus grand la possibilité 
de travailler, lequel charme est cette possibilité même... » (Lettres, édition Burty.) 




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LŒUVRE DE DELACROIX 



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N° 630 : Musiciens arabes 



Aquarelle. — H. o'"4o, L. 0^70. — Signé, et daté i836. 

— Voir à l'année 1848. — Gravé à l'eau-forte par Laguil- 
lermie, pour le catalogue de la vente Faure, dans les 
dimensions de : H. o^oSS, L. o""! 22. — Vente Demidoff, 

i3 janvier i863 : 2,100 fr. à M. Bouruet-Aubertot ; 
vente Duval, i3 Juin 18-3, retiré à 1,000 fr. ; vente 
Faure, juin 18/3: 8,5oo fr.; vente de madame R. F., 

I 7 mars 1876 : 3,5oo fr.; vente Marmontel, i883 : 700 fr. 

— Cat. A. Moreau, pp. 184 (note), 290, 292. 

La composition est la même, à peu de chose près, que celle du tableau du musée de Tours, 
Musiciens et bouffons arabes. L'aquarelle est très soignée, mais dure et manquant d'air. Le 
tableau de 184S, au contraire, est un joyau dans l'œuvre de Eugène Delacroix. 




N°63i : Arabe assis au coin dune rue 




Lavis. — In-quarto. — Vente posthume; vente Sensier, 1877. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

On est stupéfait de l'immense quantité de motifs que Delacroix a 
rapportés de son rapide voyage au Maroc. Il n'exagère donc pas quand 
il dit, dans une lettre publiée '^o.v Y Autographe : u En fait de composi- 
tions tout arrêtées et parfaitement mises au net et prêtes pour l'exécu- 
tion, j'ai de la besogne pour deux existences humaines, et quant aux 
projets de toute espèce, c'est-à-dire à de la matière propre à occuper 
iesprit et la main, j'en ai pour quatre cents ans: jugez si j'ai le temps 
de me promener comme mes honorables confrères qui, je pense, pour 
la plupart, trouveront du temps de reste pour tout ce qu'ils ont à tirer de leur cerveau. » 



N"'" 6p, 633 : Un astronome en observation 







1° Sépia. — H. o'"2o, L. o"'i8. — Appartient à 
M. Chenavard. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Crayons de couleur. — H. o'"20, L. o'"22. — 
Appartient à M. Chenavard. — Non catalogué par 
M. Moreau. 



Nous avons eu occasion de citer une lettre de Delacroix 
où il parle, dans les meilleurs termes, de son ami Chena- 
vard, chomme de beaucoup d'esprit et qui a une vraie conversation.» M. Che- 
navard, philosophe autant que peintre, sinon plus, est l'auteur de compo- 
sitions historiques destinées à la décoration du Panthéon et qui ne reçurent pas leur 
destination, ainsi que d'une vaste peinture philosophique intitulée Divina Tragedia.Ch.AT\&x., 
Delacroix, Chenavard, Comairas, Lelièvre se réunissaient quelquefois le soir pour dessiner 
et causer chez Poterlet, leur ami commun, qui, plus tard, s'empoisonna avec de l'opium. 



i83G 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



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N" 6^4 : George aifublé d une armure 




Plume et lavis encre de Chine. — H. o'"i9, L. o"'25. — Appur- 
fe^ "S tenait à M. G. Arosa. — Non catalogué par M. Moreau. 

/ji^-fi^-'- Scène deGœtz dcBerlichingen. (Acte I, scène IL) Une auberge au milieu 

.&K-à-<7 ^'^^ ''°'^' — Gœtz : a George ! II n'entend pas. George! George!» — 

il'^fli'y 1 ^'7 '-'' ^'^°'"?^ arrive, affublé de l'armure d'un homme fait. — George : 

•'IHl rrtt \wJ-- ". Monseigneur! — Gœtz. Où étais-tu donc.'' As-tu dormi? Que 

/p=^\yi^--_--. Jilji j' >' diable signifie cette mascarade? Mais sais-tu bien que tu as fort bonne 

façon? Approche, mon enfant, ne rougis donc pas; ce n'est pas la 

bravoure qui te manque, c'est plutôt un peu de taille... Cela viendra. C'est la cuirasse de 

Jean? — George. Oui, monseigneur. Il l'a ôtée pour dormir un instant. — Gœtz. 11 est 

plus délicat que son maître. — George. Ne vous fâchez point, je la lui ai prise sans bruit, 

j'ai décroché du mur la vieille épée de mon père, j'ai couru dans la prairie, et là, je l'ai 

tirée hors du fourreau. — Gœtz. Et tu as frappé d'estoc et de taille tout ce qui était autour 

de toi, n'est-ce pas ? Tu as dû bien arranger les buissons ! Jean dort-il ? — George. Vous 

l'avez réveillé en m'appelant, et c'est lui qui m'a crié que vous me demandiez. Je voulais 

d'abord me débarrasser de cette armure, mais vous m'avez appelé deux ou trois fois de suite.» 



N° 6^ ^ : L'Évêque et Adélaïde jouant aux échecs 




Croquis à la mine de plomb. — H. o™!/, L. o"^22. — Appar- 
tient à M. Burty. — Non catalogué par M. Moreau. 

Scène de Gœtz de Berlichingen. (Acte II, scène I.) Château de Bam- 
berg. — Un salon. Adélaïde : « Vous n'êtes pas à votre jeu. Echec au 
roi! — L'ÉVÊQUE. Il y a encore de la ressource... — Liebetr.\ut. On 
appelle cela un jeu royal; on prétend qu'il fut inventé pour un roi et 
que ce roi inonda l'inventeur d'une mer de générosités ! Si ce n'est 
pas un conte, il me semble que je vois ce prince-là. Pauvre d'esprit... ou d'années, sous la 
tutelle de sa mère ou de sa femme, il avait un peu de duvet au menton et quelques poils d'un 
blond fade autour des tempes; frêle comme un jeune saule, il jouait volontiers aux dames 
avec les dames, non par passion, Dieu l'en' garde ! mais par passe-temps. Son gouverneur, 
homme trop actif pour être un savant, trop roide pour être courtisan, inventa « ad usuni 
Delphini » ce jeu où Sa Majesté se trouvait si dignement représentée... et ainsi du reste. » 



N° 636 : Adélaïde congédiant Weislingen 

(\ it) f^ y''\ Croquis à la mine de plomb. — H. o"'i6, L. o"'2 i. 
M- zi! P>- f V à^- Burty- — Non catalogué par M. Moreau. 



Appartient 




yr" Scènede Gœtz de Berlichingen. (Acte II,scèneVI.) La chambre d'Adélaïde. 

— Adélaïde. Avez-vous encore quelque chose h me dire? — Weislin- 
GEN. Je... dois... partir... — Adélaïde. Eh bien! partez, Weislingen. — 
Weislingen. Gracieuse dame... je ne puis. — Adélaïde. Vous le devez. 

— Weislingen. Sera-ce là votre dernier regard ? — Adélaïde. Allez ! 
je suis indisposée fort mal à propos. — Weislingen. Ne me regardez pas ainsi. — Adélaïde. 
Veux-tu être notre ennemi et que nous te souriions? Pars! — Weislingen. Adélaïde! — 



lyo 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



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Adélaïde. Je vous déteste ! » — Entre Franz. — Franz. «Gracieux seigneur, l'évèque vous fait 
demander. — Adélaïde. Allez ! allez! —Franz. Il vous prie de venir au plus tôt. — Adélaïde. 
Allez, vous dis-je! — Weislingen. Je ne vous fais pas mes adieux, je vous reverrai. — Il 
sort. — Adélaïde. Me revoir... nous y mettrons bon ordre. Marguerite, s'il vient, tu le 
renverras. Dis-lui que je suis malade, que j'ai une migraine, que je dors... repousse-le. S'il 
est possible de le gagner, ce n'est que par ce moyen. « 



N° 6^7 : Lerse 



-T?>^., ^y?^. Aquarelle. — H. o"'24, L. o^MS. — Appartient à madame Pierret. 
.-^'^-'-'■.^'f-j — Non catalogué par M. Moreau. 

Scène de Gcetz de Berlichingen. (Acte III, scène VI.) Jaxthausen. — George, o II 
veut vous parler à vous-même. Je ne le connais pas ; c'est un homme de haute 
taille, avec des yeux noirs et flamboyants. — Gœtz. Faites-le entrer.» — Entre 
Lerse. — Gœtz. « Que Dieu vous garde ! Que nous apportez-vous? — Lerse. 
Ma personne! Ce n'est pas grand'chose; mais telle qu'elle est, je vous l'offre. 
• — Gœtz. Vous êtes le bienvenu, doublement le bienvenu. Un brave homme, 
au moment où, au lieu de gagner de nouveaux amis, je craignais de perdre les 
anciens! Dites-moi votre nom? — Lerse. Franz Lerse. — Gœtz. Je vous 

remercie, Franz, de m'avoir fait connaître un brave. — Lerse. Je me suisdéjà fait connaître 

à vous. Mais cette fois-là vous ne m'en avez pas remercié... » 




N° 638 : Gœtz et les paysans 



tête 
ennem 



Croquis à la mine de plomb. — H. o'"270, L. o'^aiS. — Appar- 
tient à M. Burty. — Non catalogué par M. Moreau. 

Scène de Gœtz de Berlichingen. (Acte V, scène V.)— Arrivent les chefs. 
— LiNK. (. En avant, seigneur capitaine! il n'y a pas un instant à perdre; 
'ennemi est en force près d'ici. — Gœtz. Qui a brûlé Miltenberg? — 
Metzler. Si vous voulez faire des façons, on vous montrera que nous 
n'en faisons pas, nous! — Kohl. Sauvez notre vie et la vôtre; allons, 
marchons! — Gœtz, à Metzler. Tu me menaces, je crois, misérable vau- 
rien ! Penses-tu que j'aie peur de toi parce que le sang du comte Hel- 
senstein souille tes habits? — Metzler. Berlichingen ! — Gœtz. Oui, 
tu peux dire mon nom ; mes enfants n'en rougiront pas. — Metzler. 
Toi! tu n'es qu'un lâche! un valet de princes!» — Gœtz lui décharge sur 
un coup qui l'étend h terre. Les autres les séparent. — Kohl. (>'"' '' ' 

li débouche ici de tous côtés, et vous vous querellez ? — Link. En av; 




Kohl. <> Etes-vous fousr 
i-ant ! en avant! 



N° 639 : Adélaïde donne le poison au jeune page 



Croquis mine de plomb rehaussé de lavis. — In-folio. — Appartenant au comte 
Doria. — Non catalogue par M. Moreau. 

Cette composition, qui a servi de modèle à la lithographie (voir plus loin, n" 644), diffère ce- 
pendant par quelques détails. Le gant n'est pas encore à terre. Le dessin est retourné. 



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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



GOETZ DE BERLICHINGEN 

Suite de sept lithographies. — Nous réunissons ici à la même date, comme nous 
l'avons fait pour la suite de ÏHainlet, les sept lithographies exécutées par Eugène 
Delacroix sur des motifs de Gœt:; de BerUchinge>i. On vient de voir de quelle façon 
il s'y était préparé. II y iravailla sans suite de"i836 à 1843 et en fit tirer quelques 
épreiives, en même temps que VHamlet. En décembre 1843, il écrit à l'imprimeur 
Villain qu'il voudrait en avoir cinq ou six épreuves, car » une fois la planche tirée, 
les finesses sont entièrement perdues. » Il désire pouvoir en donner et en conserver. 

N° 640 : Frère Martin serrant la main de fer de Gœtz 



Lithographie. — H. o"'255, L. o^ipS. — Gravé sur bois, sur un 
dessin du maître, pour le Magasin pittoresque, voir aux années 
1842 et 1843. — Vente posthume 1 premier et deuxième étatsi : 
17 fr.; vente Forget, décembre 1873 [deuxième état": 7 fr.; vente 
Villot, décembre 1873 i premier étati : 20 fr., à la Bibliothèque 
nationale. — Cat. A. Moreau, p. 36, jj. 

Premier état: Le fond, à gauche, très soutenu de ton. 
Deuxième état : Le fond, surtout près de la faux, très affaibli. 
Scène de Gœtz de Berlichingen. (.A.cte I, scènelL) — n Martin. Votre 
nom, je vous prie. — Gœtz. Excusez-moi... Adieu, ill lui tend la 
main gauche.) — M.\rtin. Pourquoi me tendez-vous la main gauche .'' 
Ne suis-je pas digne de la droite d'un chevalier? — Gœtz. Et quand vous seriez l'empereur, il 
faudrait bien vous en contenter. Ma main droite, bien qu'à la guerre elle ne me soit pas inutile, 
est insensible aux serrements de l'amitié. Elle et son gant ne font qu'un : elle est de fer. » 




N" 641 : Weislingen attaqué par les gens de Gœtz 




Lithographie. — H. o"'3o5, L. 0^270. — Voira l'année i85o. 
— \'ente posthume deuxième état), deux épreuves, 22 fr.: 
vente Forget, 1873: 12 fr.; vente Villot (deuxième étati ; 
26 fr. à M. Goupil. — Cat. A. Moreau. p. 36. 

Premier état : H. o™370, L. o"'3oo. Sans trait carré. Avec deux 
croquis dans la marge inférieure, représentant des têtes. 
Deuxième état : H. o™3o5, L. o™270. Sans les croquis. 
Scène de Gœtz de Berlichingen. [.Acte I. scène IIH • — « Lecav.\lieb. 
Nous nous enfonçons dans la forêt de Hasiach. Rien de plus curieux 
que ce qui nous est arrivé. Imaginez-vous que pendant que nous 
marchions dans la nuit, un pâtre s'est trouvé là avec ses moutons; et voilà que cinq loups 
sont venus fondre tout à coup sur le troupeau, s'en donnant à cœur joie. Notre maître se 
prit à rire et dit : « Bon succès, chers camarades! bon succès [lOur tout le monde et pour 
nous aussi ! <> Comme nous nous réjouissions d'un si favorable augure, voilà Weislingen qui 
arrive avec quatre cavaliers.... Mon camarade et moi, suivant l'ordre de notre maître, 
nous le prenons par le milieu du corps et nous nous v cramponnons. « 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l836 



N" 642 : Weislingen prisonnier de Gœtz 




Lithographie. — H. o'"28o, L. o"'2io. — Vente Forget, décembre 
1873 (premier état) : lo fr. — Cat. A. Moreau, p. 3-. 

Premier état. Avec deux eroquis, l'un de Marsyas sur Li marge de 
droite, l'autre de lion sur celle du bas; le lion est retourné. 
Deuxième état. Sans les croquis. 

Scène de Gœtz de Berlichingen. (Acte I, scène IV.) — Weislingen. Je 
voudrais que vous me laissiez seul. — Gœtz. Pourquoi cela? Mettez-vous 
à votre aise, je vous en prie. Vous êtes en mon pouvoir et je n'aurai garde 
d'en abuser. — Weislingen. Ce n'est pas là ce qui m'inquiète, c'est votre 
devoir de chevalier. — Gœtz. Et vous savez qu'il m'est sacré. — 
Weislingen. Je suis prisonnier; le reste m'est indifférent... Oh 1 si je 
m'éveillais et que tout cela ne fùtqu''un songe !... Au pouvoir de Berlichingen ! dont je venais 
de secouer le joug, dont je craignais la pensée comme le feu ! lui que j'espérais vaincre !... Et 
cet ancien ami, ce loyal Gœtz IDieu ! Grand Dieu! Quelle tin aura tout cela?... Adelbert, te 
voilà donc de retour dans cette salle, théâtre des jeux de notre enfance... où tu l'aimais... où 
ton âme se confondait avec la sienne !... Qui peut l'approcher et le ha'ir ? Hélas ! maintenant, 
je ne suis plus rien ici ! Vous avez passé, jours de bonheur où le vieux Berlichingen était aussi 
là, près de la cheminée où nous jouions ensemble, où nous nous aimions commedes anges... 
L'évêque va être bien en peine, ainsi que tous mes amis. » 



N" 64^ : Gœtz de Berlichingen écrit ses mémoires 




I ithographie. — H. o"'265, L. o^'igo. — Gravé sur 'bois, sur un 
dessin du maître, pour le Magasin pittoresque. — Voir aux années 
1S42, 1843 et 1845. Vente De La Combe, i863 (premier état), avec 
tiois autres pièces de la même suite : 62 fr.; vente posthume, deux 
Lpieu\es ideuxième étati : 44 fr.; vente Dubois, 1866 (premier 
cttt 26 fr.; vente Forget, décembre 1873 (deuxième état' : 10 fr.; 
\ente Villot, décembre 18-5 (deuxième étati : 17 fr.,à M. Vignères. 
— Cat A. Moreau, pp. 35 et -j. 

Premier état. Croquis d'une tète sur la marge gauche; bords non rectifiés. 

Deu\ii.me état. Sans les croquis, bords rectifiés. 

Troisième état, avec la mention de l'imprimeur Imp. Bertauts. » 
Scénede Gœtz de Berlichingen. (Acte IV,scèneV.) — «Au château de Jaxthausen, Gœtz devant 
une table ; Elisabeth auprès de lui h son ouvrage ; sur la table, une lumière, de l'encre et du 
papier. Gœtz. Jamais je ne pourrai me faire à l'oisiveté. Ma prison de jour en jour se rétrécit. 
Je voudrais pouvoir dormir, ou au moins me figurer que le repos a quelque chose d'agréable. 
— Elisabeth. Eh bien, achève d'écrire l'histoire de ta vie que tu as déjà commencée. Ce sera 
entre les mains de tes amis un témoignage qui pourra leur servir un jour à confondre tes 
ennemis. Lègue à une noble postérité la jouissance de ne pas te méconnaître. — Gœtz. Ecrire, 
ce n'est qu'une oisiveté affairée : ce métier me fatigue et m'ennuie. Pendant que j'écris ce 
que j'ai lait, j'enrage de perdre un temps que je pourrais employer à faire autre chose.» 
— Gœthe, mort en i832, n'a pasconnu cette suite de lithographies. Lui qui avait tant admiré 
celles du Fausl, il eût retrouvé dans le Gœt^ de Berlicliiugeii les grandes qualités de son inter- 
prète singulièrement ennoblies. Je ne sais si dix ans plus tôt, à l'époque du Faust, Delacroix 
eût rencontré cette grandeur simple en même temps que cette force d'expression qui était né- 
cessaire pour rendre l'énergie et la rude vertu du vieux Gœtz. 



i836 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



173 



N'' 644 : Gœtz blessé recueilli par les Bohémiens 



Lithographie. — H. o"'3io, L. o"'2?o. — Gravé sur bois, sur un 
di-ssin du maitrc, pour le Magasin pittoresque. Voir aux années 
1842, 1843 et i85o. — Vente Dubois (premier état) : 25 fr.; 
\ente posthume (premier étal) : 21 fr.; vente Villot (deuxième 
(.tati : 26 fr. à M. Robaut; vente Sensier, 1877 (deuxième état) : 
10 h., à M. A. Robaut. — Cat. A. Moreau, p. 36 t\.-j. 

Premier état. Bords non rectifiés. 
Deuxième état. Avec bords rectifiés. 

SLLne de Gœtz deBerlichingen.(Acte V, scène VL) — La nuit obscure 
dans une foret sauvage. — Camp de Bohémiens. — Gœtz, à cheval. 
Dieu soit loué ! j'aperçois du feu. Ce sont des Bohémiens. Mes bles- 
sures saignent; l'ennemi me poursuit. Grand Dieu ! quelle horrible fin 
< Hii-. Est-ce la paix que tu nous apportes? — Gœtz. Je vous de- 



en grâce de me secourir. Mes blessures m'épuisent. Aidez-moi à descendre de cheval ! 




N" 645 : Adélaïde donne le poison au jeune page 



Lithographie. — H. o"'240, L. o'"i85. — Vente Villot, catalogué: 
u Hamlet et Ophélie »: 55 fr. à M. Meurice. — Cat. A. Moreau, p. 87. 

Scène de Gœtz de Berlichingen. (Acte V, scène VIIL) — «Adélaïde. Il m'arra- 
chera de son château pour m'enfermer dans un cloître. — Fr.\nz. Enfer 
et mort! — Adélaïde. Me sauveras-tu? — Franz. Tout! tout, plutôt que 
cela! — Adélaïde en pleurs, l'embrassant. Franz! ah! Franz! pour nous 
sauver! — Franz. Oui, il tombera... De mon pied je lui briserai les reins! 

— Adélaïde. Point d'emportement. Tiens, remets-lui plutôt un billet plein 
^ _ de respect oii je lui dis que j'obéis, et cette fiole... vide-la dans sa boisson. 

— Franz. Donnez. Vous serez libre! — Adélaïde. Libre... oui, quand tu 
ne seras plus obligé de te glisser jusqu'à moi tremblant, sur la pointe du pied... » 




N" 646 : Weislingen mourant 



Lithographie. — H. o'"28o, L. o"'220. — Vente De La Combe 
deuxième état, avec trois autres pièces de cette suite) : 62 tr.; 
vente Dubois (premier état) : 27 fr. ; vente Langlais (premier 
état , avec la pièce de « Goetz écrivant ses mémoires », 26 tr.; 
vente posthume (premier état, sur chine) : 32 fr.; vente Villot 
(premier état) : 26 fr., à M. Alfred Robaut. — Cat. .'\. Mo- 
reau, p. 37. 

Premier état ; Les bords non rectifiés. 

Deuxième état : .Avec les bords rectifiés. 

Scène de Gœtz de Berlichingen. (Acte V, scène X.) — « Le château de 

Weislingen. — Weislingen. "^Tu vois bien que j'ai respiré l'haleine 

^' ~ i.mpoiso'nnée de la mort. Mes forces penchent vers la tombe. J'allais 

mourir comme un misérable, tu viens ajouter le désespoir à mes misères... Si je pouvais 




'74 



L'ŒU\RE DE DELACROIX 



l837 



parler, ta haine et ton exécration se changeraient en pitié et en gémissements ! Ah ! Marie ! 
Marie ! — Entre Franz dans la plus. grande agitation. — Weislingen. Ne pleure pas ainsi, 
Franz! Bon jeune homme, mon malheur te va au cœur. — Franz se jette à ses pieds et 
embrasse ses genoux. — Marie à part. Il est très malade. Sa vue me. déchire le cœur. Comme 
je l'aimais ! A présent que je suis près de lui, je sens combien vivement je l'aimais. 
Weislingen. — Franz, lève-toi et ne pleure plus. Je puis en revenir. L'espérance ne finit 
qu'avec la vie. — Fr.\nz. Non, vous n'en reviendrez pas. 11 taut que vous mouriez. — Weis- 
lingen. Il le faut ? — Fr.^nz, hors de lui. Du poison... du poison... de votre femme. Moi! 
c'est moi ! (Il s'enfuit.) « 

Année 1887 

N° 647 : Chef arabe dans une tribu 



Toile. — H. r"oo, L. i"M5. — N" 3 du catalogue de 
rExposition posthume : « Chef marocain visitant 
une tribu. » — Signé à droite en bas, et daté 1837. — 
Salon de i838. — Musée de Nantes. — Voir variante 
à 1862. — Cat. A. Moreau, p. 177, 2o3. 

Outre les deux titres que nous venons de donner : n Chef 
arabe dans une tribu » et « Chef marocain visitant une 
tribu 11, ce même tableau est encore connu sous le titre : 
« La Halte, ou le Kaïd marocain acceptant l'hospitalité 
des pasteurs ». C'est pour ce tableau que Delacroix fit, à 
Frépillon, les études de chèvres que nous reproduisons 
un peu plus loin. (Voir le n" 658.) 

Accompagné de cavaliers portant des étendards, le chef 
arabe est arrivé au sommet d'un plateau dans les mon- 
tagnes, dont son escorte achève de gravir les dernières pentes. Les enfants, les femmes, les 
hommes s'approchent; l'un d'eux, à pied, tient aussi un étendard, une des femmes lui 
présente un plat de couscous, auquel le Kaïd porte la main ; une autre s'avance ayant sur 
la tète une cruche qu'elle soutient de ce beau geste du bras levé, que de précédentes études de 
l'artiste nous ont rendu familier. Un jeune enfant d'une charmante naïveté, avec une petite 
branche aux doigts, se mêle aux pasteurs. A droite, la chèvre, curieuse elle aussi, regarde 
la scène du pied d'un monticule, où se tiennent trois personnages dans l'ombre d'un arbre. 




N" 648 ; Portrait d'homme de la famille Demidoff 



Toile. — H. o'"99, L. o"'8o. — Signé au bas à gauche, daté 1837. — N° 784 de la 
vente San-Donato, 1880, — Non catalogué par M. Moreau. 

En reproduisant la désignation du catalogue de la vente San-Donato, nous exprimons le 
regret dene pouvoir reproduire aussi la peinture; mais toutes les démarches de M. Robaut 
pour obtenir d'en faire prendre un croquis à Florence, au moment de la vente, sont restées 
vaines. D'après ce qui nous en a été dit, ce portrait ne serait pas des meilleurs dans l'œuvre 
de Delacroix. Ha été retiré des enchères à 2.000 francs environ. 



183/ 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" 649 : Portrait de M. Déloge 

Sans aucune indication autre que :" Portrait à mi-corps. » — Cat. A. Moreau, p. 236. 



N^ô^o 



Bataille de Taillebourg. 



Esquisse 




Toile. — H. o™53, L. o'"66. — N" Sj de la Vente 
l^ posthume : 7, 5oo fr., à M. Haro. — Voir aux années 
1841 et 1842. — Cat. A. Moreau, p. 3 12. 

Une autre esquisse, décrite sousle n'' suivant, et qui mesure 
o'^-H sur o'"66, est un compromis entre le grand tableau 
de Versailles et la présente esquisse. On raconte que 
Delacroix faisant un croquis dans les allées du parc de 
Berryer, a Angerville, fut un jour abordé par un invité 
qui ne connaissait pas le grand artiste, et, comme on 
parlait peinture, lui dit : « Il faut que je vous avoue que 
je n'aime pas Delacroix. » L'artiste le laisse poursuivre : 
(I Tenez, dit-il, il y a de lui, à Versailles un certain 
Pont de Taillebourg, eh bien, l'on ne voit seulement pas le pont. » Delacroix se retour- 
nant : a Voici ce qui m'est arrivé : le Gouvernement m'avait, en efî'et, commandé le Pont 
de Taillebourg et les dimensions précises m'avaient été remises par l'architecte des musées. 
Or, mon tableau s'est trouvé trop grand, et on a coupé le pont. » 

Sans insister sur la confusion de l'interlocuteur, nous rappellerons que l'auteur de ce coup 
de ciseaux est l'architecte Fontaine. Ce sont là jeux d'architecte. 



N"-'' 6^1,652 : Bataille de Taillebourg. — Esquisse et croquis 




1° Toile. 



H. 



'54, L. o'^bb. — Quelques variantes avec 



S^ir la précédente composition. — Appartient à M. Choquet. — 

"'^ Non catalogué par M. Moreau. 

2° Croquis à la mine de plomb. — H. o"'26, L. o"'26. — 
N° 233 de la Vente posthume. — Appartient à M. A. Robaut. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Notre dessin reproduit le croquis. Celui-ci est un projet pour 
toute la partie qui occupe la gauche du tableau. Ce projet, très dis- 
tinct, n'a pas été exécuté. Je dirai, tout à l'heure, que Taillebourg est 
le chef-d'œuvre de la Galerie des Batailles au musée de Versailles; 
j'incline a croire qu'il est également le chef-d'oiuvre des batailles de 
Delacroix. Il ameutait cependant la foule des sots, des pédants et des cuistres. « Quelle 
lutte!» écrit Henry de la Madeléne indigné. Quelle lutte! Pour ces honnêtes gens, 
l'illustre artiste était une sorte de monstre, un ennemi public, un profanateur, un impie ! 
Contre lui, tout était licite ! 11 fallait lui courir sus comme à une béte fauve, ou le parquer, 
au moins, comme un lépreux ! Si par malheur un pareil homme parvenait a faire école, c'en 
était fait! Goût, délicatesse, pudeur, règle, tradition, tout était perdu! Ce n'était pas un 
pinceau quetenaientses mains magistrales, c'était le « balai ivre » des barbouilleurs. Le Pont 
de Taillebourg était l'œuvre d'un sauvage. « 



176 



LŒUVRE DE DELACROIX 



1837 



N°65} : Bataille de Taillebourg 



Toile. — H. 4'"93, L. 5'"58. — Gravé au burin et 
au trait par Bailly, dans les dimensions de: H. o™2 3o, 
L. o"' 2 80, et: H. o"'i 10, L. o"', 122 pour« les Gale- 
ries historiques de Versailles ». — Salon de tSSj. 
— Au musée de Versailles. — Cat. A. Moreau, 
p. 91, 176, 204, 223. 

Saint Louis franchit sur la Charente le pont de Taille- 
bourg, gardé par l'armée anglaise; emporté par son 
ardeur, c'est à peine s'il a été suivi parquelques hommes 
d'armes ; les Français essayent de rejoindre leur roi en 
traversant la rivière à la nage. Ce tableau est le chef- 
d'œuvre de la Galerie des batailles. On trouvera, aux 
années 1841 et 1842. l'admirable variante en hauteur 
composée pour le vitrail de la chapelle d'Orléans, à 
Dreux. Ici on remarquera la suppression de l'arche du pont, due aux ciseaux de Fontaine. 




N" 654 : Charles- Qiiint au monastère de Saint- Jiist 



Toile. - H. o'"i7, L. o'"25. — Voir variante à 
l'année 1 83 i . — Appartient à madame Boulanger- 
(^avé, veuve de l'ancien directeur des Beaux- Ans. 
— Cat. A. Moreau, p. 173 (note). 

On se rappelle que dans le tableau de i83i, lithogra- 
phie en i833, l'empereur Charles-Quint est représenté, 
comme ici, en habit de religieux et touchant de l'orgue; 
la différence entre les deux compositions est dans la 
figure du novice, que la première montre debout auprès 
de l'empereur. Dans celle-ci, au contraire, le novice, 
passant dans les jardins du monastère que l'on voit par 
une Icnetre ou\ertc, s'est approche, attiré par les sons de l'orgue. Un bras pose sur l'appui 
de la fenêtre , il écoute avec ravissement. On trouvera à l'année 1839 une autre réduction. 




N"6^) : Lion dévorant un lapin 




ses énormes pattes, 



Aquarelle et pastel. — H. o"'20, L. o"'3o. — Voir la lithogra- 
phie à Tannée 1829 et le tableau à l'année i856. — Vente 
du baron de C, 22 janvier i858 : 200 fr. • — Appartient à 
M. Georges Duplessis. — Cat. A. Moreau, p. 293. 
11 v a de sensibles différences .entre la lithographie de 1829 et 
l'aquarelle de 1837. Dans la première le lion ramène à lui sa 
proie, la tient entre ses avant-bras avec un geste de nourrice. Ici, 
au contraire, le grand fauve écrase l'animal du seul poids de 
ins effort, et semble jouer le terrible jeu du chat avec la souris. 



.837 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" 6^6 : Le Christ en croix. — Ebauche 



Toile. — H. o"45o, L. q"'3G5. — Reproduit en pliototypie, par 
G. Arosa, pour le catalogue de sa vente, dans les dimensions de : 
H. o'"i2i, L. o"'096. — Vente Arosa, février 1878:610 fr. à 
M. Dolfus. — Non catalogué par M. Moreau. 

Le génie essentiellement créateur et naturellement original de Eugcne 
Delacroix s'accommodait on ne peut mieux des attitudes et des types 
consacrés par la tradition dans les sujets religieux : il n'éprouvait alors nul 
besoin de se mettre l'esprit h la torture pour faire du nouveau quand 
même. La grande et majestueuse simplicité de la pose du Christ en croix, 
telle qu'elle se perpétue dans l'art depuis des siècles, lui suffisait ample- 
ment. Il n'a jamais songé h modifier les moyens ni l'outillage de la crucifixion, h suspendre 
le corps de la grande victime par des cordes, h lui écarter les jambes et à les clouer de côté, 
entre le tendon d'Achille et le court péronier latéral, à un tronc d'arbre non équarri, trop 
gros pour l'étreinte des membres intérieurs. De telles et si bizarres recherches, dont nous 
avons depuis été les témoins, ne sont que des affectations de l'esprit de décadence. 




N° 6^7 : Prisonniers de Nicopolis devant Bajazet 




Dessin. — H. o™ioo, L. o'"i4o. — Gravé sur bois pour 
V Histoire des ducs de Bourgogne. — Cat. A. Moreau, 
p. 140. 

Nous signalons ici la grande analogie qui existe entre cette 
composition et celles de la jeunesse du maître en ses esquisses 
de concours à l'Ecole des Beaux-Arts. Elle a été publiée dans le 
tome II de V Histoire des ducs de Bourgogne, par M. de Ba- 
rante, Paris, Dufey. éditeur, rue des Marais-S.-G., iSjy. Cette 
planche, dont le titre est gravé sur une ligne en caractères de 
gothique allemande, ne porte pas le nom du graveur, niais seulement en bas, à gauche, celui 
de Eugène Delacroix. C'est peut-être, du reste, la moins bien gravée de toute "la collection 
qui sort des ateliers Thompson, et aussi Andrew, Best Leloir.— On amène à Bajazet, assis sur 
des coussins, des prisonniers enchaînés, nus pour la plupart jusqu'à la ceinture. L'un d'eux 
cependant, vu de tace. les mains liées derrière le dos. porte son vêtement de guerre avec la 
croix sur la poitrine. On compte dix-huit figures. 



N° 658 : Études de chèvres et de chiens 



^- 'î^ -.' ^ V 1 



Croquis à la mine de plomb. — H. o"'i6, L. o™2i. — On 
lit au bas : « Mardi 6 juin 1837, Frépillon. » — Non cata- 
logué par M. Moreau. 

II existe aussi, du même temps, d'autres études de chiens et de rats. 
Dans un des agendas de Eugène Delacroix, on trouve la note sui- 
vante : (I Albert DutiER. J'ai remarqué, en présence de son Saint 
Hubert et de son Adam et Eve. que le vrai peintre est celui qui 
connaît toute la nature. Ainsi les figures humaines n'ont pas, chez lui, plus de perfection 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l838 



que celles des animaux de toutes sortes, que les arbres, etc. Il fait tout au même degré, 
c'est-à-dire, avec l'esprit rendu que comporte l'avancement des ans à son e'poque... Tout, 
chez lui, est à consulter. » C'est ce que M. Alfred Dumesnil, dans son beau livre, La foi 
nouvelle cherchée dans l'art, de Rembrandt à Beethoven, a résumé d'un mot : « Tout ce qui a 
vie a droit. » C'est pourquoi Delacroix, dont le cerveau méditait tant de compositions 
héroïques, ne dédaignait rien dans la nature et laissait tomber de son crayon ces études de 
chèvres, de chiens et de rats, de perroquets et de tous autres genres d'anirnaux. 



Année i838 

N° 6)9 : Colomb au couvent de Sainte -Marie de Robida 

Toile. — H. o"oo, L. i"M6. — Daté iS.^S. — Gravé à 
Peau-forte par Bracquemond pour le catalogue de la vente 
San-Donato et cliché ensuite pour V Illustration, dans les 
dimensions de : H. o"i lo, L. o"i45. — Voir le pendant à 
1839. — Vente San-Donato, 26 février 1870: 38, 000 fr. — 
Appartient à M. Edouard André. — N" 80 de rExposition 
du pavillonde Flore, en 1878. — Cat. A. Moreau,p.94,259. 

Debout dans le parloir du couvent, Christophe Colomb regarde 
une carte géographique suspendue au-dessous d'une rangée de 
tableaux; son fils Diego est assis devant lui, dans un fauteuil 
la muraille. Le prieur, don Juan Pérès'de Marchena. suivi d'un frère, s'avance 
\ci^ jui. A gauche, on voit un groupe de trois moines debout et causant. — Par erreur, 
iM. Adolphe Moreau dit que la gravure parue dans le numéro du 5 février 187 i de l'Illustra- 
tion, porte à droite, en bas, le nom de u Villot »; c'est n Gillot » qu'il faut lire. M. Gillot père 
est l'inventeur du procédé de reproduction photographique sur zinc, qui a fait une révolution 
dans le mode d'illustration des )ournaux et des livres. 




adosse 
vers 



N° 660 : La mort d'Ophelia. — Grisaille 



Toile. — H. o'"37, L. 0^46. — Signé à droite, non daté. 

— Voir des variantes aux années 1828, 1844, i85q. — 
Vente Villol, 11 février i865 : 2,020 fr. à M. Soultzener. 

— Cat. A. Moreau, p. 25 i. 

Ce qu'il y a surtout de très remarquable, dans cette peinture en 
camaïeu, c'est l'expression de douleur et de folie peinte dans la 
physionomie d'Ophelia, et que notre croquis ne pouvait rendre. 
u La Reixe : Près d'un cours d'eau, il y a un saule qui mire ses 
feuilles blanchâtres dans la glace de l'onde ; elle est venue là 

avec des guirlandes fantasques, composées de renoncules, d'orties, de marguerites et de ces 
longues fleurs pourprées que nos bergers au langage indécent nomment d'un nom plus 
grossier, mais que nos chastes vierges appellent doigts de morts : pendant qu'elle grirnpait 
pour accrocher à ses rameaux pendants sa couronne d'herbes fleuries, une branche envieuse 
s'est cassée, et alors, elle et ses trophées de verdure sont tombés dans l'eau gémissante. » 




i838 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



179 



N°66i : Portrait de Yousouf 



Toile ovale. — Dimensions inconnues. — Non catalogué par M. Moreau. 

Le 23 août i838, Delacroix écrit à un M. *'* qu'il lui envoie sur sa demande, uniquement 
pour lui être agréable, ce portrait comme le portrait d'un Arabe quelconque, plutôt que celui 
de Yousouf, qu'il n"a pour ainsi dire point vu. 

N° 662 : Convulsionnaires de Tanger 



Toile. — H. r"oo, L.i'"35. — Signé à droite, non 
daté. — Gravé à Teau-forte par Laguillermie 
pour la galerie Durand-Ruel,dansles dimensions 
de : H. o"095,L. o™i25. — Salon de i838. — Ex- 
position universelle de i855. — Voir variante à 
l'année 1857. — Vente Van Isacker, i5 mai i852: 
2,175 fr. à M. .lourdan; vente 20 janvier i838: 
29,000 fr. à M. Mala; vente du marquis du 
Lau, 5 mai 1869 : 48,500 fr. à M. Edwards; 
vente Edwards, 7 mars 1870, retiré 349,000 fr.; 
vente Edwards, 24 février 1881 : 95,000 fr. 
a M. Balensi. — Cat. A. Moreau, pp. 177, 
igt, 268. 

(( Si nous n'avions nous-même», dit Th. Gautier, « vu les Aïssaouas se livrer à leurs 
étranges exercices, se rouler sur la braise, manger des serpents, broyer du verre, mâcher du 
feu, se taillader le corps, et, renversés par terre, tressaillir dans leurs spasmes intermittents 
comme des grenouilles galvanisées, nous pourrions peut-être taxer d'exagération les 
Convulsionnaires de Tanger.... 11 y a dans cette toile une incroyable turbulence de 
mouvement, une férocité de brosse que personne n'a dépassée, et surtout une couleur chaude, 
transparente et légère, dont le charme tempère ce que le sujet peut avoir d'horrible et de 
répugnant. «(Les Beaux-Arts en Europe.) — Le catalogue de la vente Edwards donne comme 
dimensions : H. o"'96, L. i">29. On aura mesuré en dehors de la feuillure. 




N° 663 : L'Arabe au tombeau 




catalogué 



sous les titres de 



Toile. — H. o'"45, L. o"55. — Signé à droite, non daté. 
— Refusé au Salon de i83g. — Vente duchesse d'Orléans, 
10 janvier i853 : 2,i5o fr.; vente marquis de Lamberty, 
I 7 décembre 1 868 : 1 1 ,000 fr. — Cat. A. Moreau, p. 1 78, 269. 
L'Arabe, descendu de son cheval, est assis sur le sol parmi des 
tombes entremêlées de cactus et indiquées seulement par des 
hgnes de pierres. L'animal, richement harnaché, allonge le cou 
d'un mouvement curieux vers son maître en prière. Au loin, sur 
une éminence entourée de murailles ornées, on distingue un 
autre Arabe à cheval, au repos. — Ce tableau a été également 
la Prière » et de <■ Ben Abou près du tombeau. » 



i8o 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l83& 



N° 664 : Intérieur d'une cour au Maroc 

Toile. — Dimensions inconnues. — Salon de i833. — Cat. A. Moreau, p. 177. 

N°66^ : George Sand et Chopin 




*,lljiii|^l' séparés. — Chopin 
" *^ -i, dans les dimension 



PP- 



282 bis. 



™5o, L. i^oo. — Ces deux portraits sont aujourd'hui 

seul, lithographie à la plume par A. Robaut, 

3ns de : H. o™ioo, L. o'"o84. — Cat. A. Moreau, 



Simple ébauche. La tête de Chopin est bien construite, par larges plans. 

L'œuvre n'a jamais été achevée. Delacroix avait représenté madame 

Sand jusqu'aux genoux et de grandeur nature, debout auprès du grand 

musicien assis. La toile demeura dans l'atelier du peintre jusqu'à sa 

mort, et, à cette époque, passa dans la famille Dutilleux ; elle a, depuis 

en deux parties, et forme aujourd'hui deux portraits distincts. — Celui de 

Sand mesure: H. o™8o, L. o'" Sy ; celui de Chopin, assis au piano: H. o'"43, 

— Vente C. Dutilleux, mars 1874: 820 fr. à M. Brame. — Appartient à M. Marmontel. 



N" 666 : Chopin seul 

Dessin à la mine de plomb. — H. o"'27, L. o'"2i. — Reproduit en cliché pour le 
journal VArt, n" 2 i 3, 26 janvier 1879, dans les dimensions de : H. o™i35, L. o™io5. 
— On lit au bas : « Collection de feu M. Riesener. — Cat. A. Moreau, p. 238. 
Ce dessin est sur papier jaune clair rehaussé de blanc. M. Riesener tenait ce dessin de Jenny 
Le Guillou. Il l'a légué au Louvre. Il a figuré à l'Exposition universelle de 1878, dans la 
très intéressante galerie des portraits anciens. 



N° 667 : Médée furieuse. — Esquisse 




'37. — Musée de Lil 



Cat. A. Moreau, 



^Jif^^-rf^-^ p. 120, 121,202. 

L'intelligente administration du Musée de Lille a acquis à la Vente posthume 
du maître, une vingtaine de dessins et croquis d'études faites pour le tableau 
de « Médée », ainsi que cette esquisse peinte à l'huile où il y a des modifi- 
cations très sensibles, entre autres un grand voile bleu qui flotte à la partie 
supérieure du corps. La robe est jaune, la jupe violette. — Un critique de mé- 
chante humeur s'étonnait fort, d y a quelque vingt ou vingt-cinq ans, que 
Médée tint le poignard de la main gauche. S'il avait pris la peine de se 
reporter à l'argument du tableau, son étonnement eût cessé : « Médée furieuse est poursuivie 
et sur le point de tuer ses enfants. » Tel est le texte de Delacroix : « Sur le point » ne 
veut pas dire « en train u; j'en demande bien pardon à M. Olivier Merson. 



i838 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



i8l 



N° 668 : Médée furieuse 




Toile. — H. 2"'6o, L. i'"65. — Signé au bas à gauche, et daté 
i838. — Lithographie par Challemel pour le Charivari, dans les 
dimensions de : H. o"'i68, L. o™i lo; par Alophe, deux fois, dans les 
dimensions de: H. o"'i48, L. o"Moo; par Lassalle, dans les dimen- 
sions de : H. o"'66, L. o'"55. — Gravé au burin parCh. Geoffroy, 
dins les dimensions de : H. o™40, L. o"'26; à Peau-forte, par 
Milius, pour rArt, dans les dimensions de : H. o'"232, L. o"' i 56. 
— Essais de reproduction à la plume et au crayon, par Edouard 
Boldoduc. — Salon de i838. — Exposition universelle de r855. — 
Appartient au Musée de Lille. — Cat. A. Moreau, p. 177 et 112. 
L administration du Musée de Lille, mal inspirée cette fois, refusa de 
confier ce chef-d'œuvre pour l'Exposition posthume du maître. — « La 
a dit Th. Gautier, « est peinte avec une fougue, un emportement et un 
uleui- que Rubens ne désavouerait pas. Le geste de lionne ramassant ses petits 
1 Médée retient ses enfants qui s'échappent, est d'une invention superbe. » 



N""" 669, 670,671 : Croquis pour la Médée 

] 1° Croquis simple trait, mis au carreau. — H.o"^2i5, L. o"'ii5. — 
Y Cliché pour /'.4rf, inédit. — Venje posthume. — Appartient au Musée 
3J , de Lille. — Non catalogué par M. A. Moreau. 
> , 2° Trente feuilles de croquis provenant de la vente posthume au Musée 

dde Lille. — Cat. A. Moreau, p. 202. 
3° Deux croquis préliminaires de la figure de Médée, mesurant, l'un: 
•H. o"M8, L. o''M4; l'autre : H. o"'i7o, il. o'"i45. — Clichés pour IMrf, 
'l^jl^ t^ ' n° du 7 octobre 1877. — Non catalogués par M. Moreau. 
'i*^^r — ,"!" ' Ces deux derniers croquis présentent la même disposition que l'étude peinte 
portant notre n" 667 et appartiennent comme elle au Musée de Lille. 



N°672 



Un soir d'automne 




étaient le plus 



Aquarelle. — H. o"'26, L. o"'i5. — Appartient à M. A. Robaui. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Vue prise par l'artiste, de la fenêtre de son atelier, rue des Marais-Saint- 
Germain, n° 17. — A ce propos, il est intéressant de relever dans les 
livrets du Salon de 1822 à i863, l'adresse des divers ateliers occupés par 
Eugène Delacroix. — 1822 : rue de la Planche, n» 22 ; — 1824 : rue de 
Grcnclle-Saint-Germain, n" 118; — 1827 : Passage Saulnier ; — i833 : 
quai Voltaire, n» i5:' — i836 ; rue des Marais-Saint-Germain, n" 17; 
— 1845 : rue Notre-Dame-de-Lorette, n" 54 (numéro donné par M. Mo- 
reau ; le catalogue de l'Exposition universelle dit n" 53i; — i85g : rue 
de Furstenberg, n" 6, où se voit une plaque commémorative. Ces ateliers 
souvent insuffisants pour l'exécution de grandes peintures décoratives. 



l83 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l838 



N°' 673, 674, 675, (^-d, 6~j^ 678, 679, 680 : Études d'animaux 






1° Chasses au lion. — Deux croquis 
mesurant Tun : H. o"'2io, L. o"'i9o; 
'autre : H. o"'072, L. o"'i9o. — Vente 
posthume, à M. Ch. Desavary. 
2° Têtes de lions. — H. o'"20o, L. 0^270. 
— Vente posthume : 3oo fr., à M. de 
Laage. 

3° Lion dépouillant un os. — H. o™i 5o, 
L. 0,210. — Vente posthume : 220 fr., à 
M. de Laage. 

4" Lionne attaquant un cavalier renversé. 
— H.o"M6o, L. o'"23o. — Vente posthume: 
3o5 fr., à M. Robaut. 
5° Lion assis. — H. o'^igo, L. o"'3oo. — 
Signé au bas, à droite. — Vente pos- 
thume : 38o fr., à M. de Laage. 
6° Gladiateur terrassé par une lionne. — 
H. o"220, L. o"'340. — Cliché en photo- 
tvpographiepour VArt,zn i883. 
/'"Tigre blessé se désaltérant.- — H. o'"254, 
L. o ""300.— Vente posthume : 440 fr., à 
M. de Laage. 

8" Gladiateur terrassé par un lion. — 
H. o'"220, L. o'"290. — Cliché en photo- 
typographie pour VArt. — Vente pos- 
thume : 5oo fr., à M. de Laage. 
Tous ces croquis sont exécutés à la mine de plomb, sauf le n° 5, qui est un croquis à la 
plume. Tous ont été reproduits dans la première série des fac-similés publiés par M. A. 
Robaut, dans les mêmes dimensions, à l'exception des « chasses au lion » en deux sujets, 
reproduits dans les dimensions de H. o™i6. L. o"'25. Tous ont figuré à k vente posthume. 
Tous sont mentionnés, mais non catalogués par M. A. Moreau, pp. i35 et i36. 




N° 681 : Duo de piano et violon 






Croquis mine de plomb. — In-quarto. ^ Vente posthume. — 
Appartient à M. Choquet. — Non catalogué par M. Moreau. 

On sait que Delacroix était grand amateur de musique. Amédée 
Cantaloube nous a conservé en une petite plaquette le souvenir 
de conversations du maître sur Rossini. En i83o, Chopin était venu 
chez lui, rue des Marais-Saint-Germain, 17. et s'y était fait entendre, 
.ar, à cette date (septembrei, Delacroix fait enlever un piano de 
l'icyel que Chopin y avait fait transporter. Quatre ans plus tard, il 
écrit encore de .Nohant : « J'ai des tête-à-tête à perte de vue avec Chopin, que j'aime beau- 
coup, et qui est un homme d'une distinction rare : c'est le plus vrai artiste que j'aie 
rencontré. » Et en 1849, '^ 28 octobre, il va au service de son « pauvre et cher Chopin. » 




N" 682 : Deux têtes de femme, — Étude 




Croquis au crayon noir. — H. o"'i9, L. o"'3^ 
"^■^ — Appartenant à M. Henri Faure, de Lille. - 
M. Moreau. 



— Vente posthume. 
Non catalogué par 



Il est bien étrange de retrouver, à quinze anne'es de distance, des études de 
l'attitude et l'expression rappellent d'une façon frappante celles de «l'Orpheline 
au cimetière » de 1823, n" 66, et de la «Tête de femme pour \e massacre de Scio de 1824, 
n" 95. L'analogie est telle que nous ne saurions trop que répondre si l'on nous reprochait 
ici quelque erreur de classement. D'autre part, si rarement que Delacroix se soit répété, peut- 
on refuser d'admettre que deux fois, à bien des années d'intervalle, l'artiste ait remarqué 
et reproduit le même mouvement sur nature ? 



tète dont 



N" 68^ : La confession du Giaour 



H. o'"io5, L. o'"i5o. — Lithographie par Mouilleron. 

— Cat. A. Moreau, p. ir3. 

La lithographie, faite par A. Mouilleron pour la France 
littéraire, porte pour titre « La confession du Giaour, par 
E. Delacroix, » mais ne nous dit pas ce qu'était l'œuvre 
originale, toile, aquarelle ou dessin. A en juger d'après 
l'intensité des valeurs, nous inclinons à croire que c'était un 
tableau, ou tout au moins une aquarelle très poussée. 

— « Hugo, Parisina , les Foscari, le Giaour, le Corsaire. 
Toujours, son héros est l'homme aux prises avec la pire 

angoisse en iace du naulrngc, de la torture, de la mort, de sa propre mort douloureuse et 
prolongée, de la mort amère de ses plus chers bien-aimés, avec le remords pour compagnon 
parmi les lugubres perspectives de l'éternité menaçante, sans autre soutien que l'énergie 
native et l'orgueil endurci. Ils ont trop désiré, trop impétueusement, d'un élan insensé 
comme un cheval sans bouche, et désormais leur destin intérieur les pousse dans le gouffre 
qu'ils voient et ne veulent plus éviter. » (H. Taine, Histoire de littérature anglaise. Byron.) 




N*'" 684, 685 : Scènes d'Alger 




^M I" Juive d'Alger. — • Lithographie à la plume. 

^5 — H. o"'! lo'; L. o'"20o. — Cat. A. Moreau, 

!>.' ,i^' p. 5o. 

I".^^^ 2° Une vue à Alger. — Lithographie à la 

-'^^/f plume. — H.o"'i4o, L. o"'i 10. — Cat. A. Mo- 

■"""'"'^ reau, p. 5o. 

Cette dernière pièce et celle qui précède ornent une des pages du Livre d'or », publié par 
Curmer, celle où se trouve l'autographe d'Alphonse Karr. — Paris, iS38. — En bas de la page 
à gauche : « Dx (sans doute pour jûelacroix) inv' » ; à droite, « N. Desmadryl dcl"- »; en bas de 
la page, au milieu : « Lith. de 'Villain. » — Comme M. Moreau, nous laissons l'attribution de 
ces planches à Delacroix, mais on doit plutôt supposer qu'elles sont l'œuvre d'une main 
étrangère, interprétant les dessins du maitre, le lithographe Desmadryl, par exemple. 



.84 



LŒUVRE DE DELACROIX 



i83q 



Année i83 



9 



N° 686 : La barque de don Juan. — Esquisse 



Toile. — H. o'"8i, L. i"'oo. — Signé au bas, à gauche. — 
Esquisse du tableau de 1840. — Gravé à l'eau-forte par Le 
Rat, pour la galerie Durand-Ruel, dans les dimensions de : 
H.o'"io3, L. o'"i2j. — Vente du 24 février 1881 : 7,5oo fr. 
— Cat. A. Moreau, p. 87. 

Superbe esquisse et au moins d'une qualité de peinture égale à 
celle du grand tableau de 1840, qui appartenait h M. Adolphe 
Moreau et que cet amateur a légué au musée du Louvre. Voir, 
au sujet de ce motif et des différents titres qu'on lui a donnés, ce 
propos du tableau « La barque de don Juan », a l'année 1S40. 




que nous en disons i 



N" 68- : Noce juive dans le Maroc 

Toile. — H. i"'o3, L. r"4o. — Daté. — 
Salon de 1841. — Exposition universelle 
de i855. — Gravé à Teau-forte, par Wac- 
quez, pour l'Artiste {i8^\\, dans les dimen- 
sions de : H. o'"i40, L. o"'i9o; par H. Le- 
fort, E. Hédouin et Ch. Chaplin, avec la 
seule signature de Chaplin, pour la chalco- 
graphie du Louvre, dans les dimensions de: 
H. o"'266, L. o'"36o. Sur le troisième état 
de cette planche, M. H. Lefort a gravé 
comme remarque, en bas, au milieu, un 
petit portrait du maître, etfacé après un tirage 
de quinze épreuves. — Lithographie par 
Mouilleron , dans les dimensions de : 
H. o"'i86, L. o'"255. — Gravé sur bois* pour le Alusée français {iSS5\, dans les 
dimensions de : H. o"'i8o, L. o"'26o; pour la Galette des Beaux-Arts, l'Illustration 
et le Journal illustré, dans les dimensions de : H. o"'i27, L. o"'i69. — Appartient 
au Musée du Louvre. —Cat. A. Moreau, pp. 100, i3i, 179, 206. 

Cet admirable tableau avait été commandé à l'artiste par M. le marquis ^L^ison, qui 
n'en fut pas satisfait et trouva trop élevé le prix de 2,000 fr. que Delacroix en demandait. 
Il fut acheté au prix de i ,3oo fr. par le duc d'Orléans, qui le donna au musée du Luxembourg. 
— Voici le texte explicatif fourni par Delacroix au livret du Salon de 1841 : « Les Maures 
et les Juifs sont confondus. La mariée est enfermée dans les appartements intérieurs, tandis 
qu'on se réjouit dans le reste de la maison. Des Maures de distinction donnent de l'argent 
pour des musiciens qui jouent de leurs instruments et chantent sans discontinuer le jour et 
la nuit ; les femmes sont L-s seules qui prennent part à la danse, ce qu'elles font tour à tour 
et aux applaudissements de l'assemblée. » 




i839 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1.85 



N" 688 : Le campement arabe 

Toile. — H. o"35, L. o'"45. — Signé au bas, à droite. — 
Refusé au Salon de iSSg. — Photolithographié par Arosa 
pour le catalogue illustré de sa vente, dans les dimen- 
sions de H. o'"io2, L.o"'i25. — Vente Hôtel Drouot, 
lo février i853 : 400 fr., à M. . Arosa ; vente Arosa, 
février 1878: 4,300 fr. à M. Pinart. — Voir, à Tannée i833, 
l'aquarelle variante qui faisait partie de Talbum des 
dix-huit aquarelles de M. de Mornay, cataloguée sous le 
. titre de « Campement dans la villed'Alias-sar-El-Kebir » 
n° 494- — ^at. A. Moreau, pp. 178 (note) et 269. ' 

Sous une tente ouverte, soutenue par un piquet grossier, deux Arabes sont blottis. Au 
second plan, deux chevaux, l'un gris, l'autre bai, sont attachés et paissent, surveillés par leur 
maître. Un grand ciel orageux roule de larges nuées au-dessus des tentes qui ferment 
l'horizon. — Les variantes avec l'aquarelle sont sensibles, ne fût-ce que par l'absence de la 
grande tente rayée, où flotte le pavillon français. 




N° 689 : Paysage du Maroc 



s'élèvent 
Arabe à 
terrains 



Toile. — H. o™3o, L. o"'39. — Signé au bas, non daté. — 
Photolithographié par Arosa, dans les dimensions de : H. 
o"'o96, L. o"',i22. — Vente D., 10 février i858: 25o fr. à 
M. Arosa; vente Arosa, février 1878 : 3, 100 fr. à M. Leroy; 
vente Leroy, 1882 : 2,i5o fr. — Cat. A. Moreau, p. 270. 
Deux Arabes, au premier plan à gauche; l'un, debout, tient un 
fusil, l'autre est assis. Ils sont placés au pied d'un monticule où 
de grands arbres, au bord d'une longue route par où s'avance vers eux un autre 
cheval, vêtu d'un burnous bleu foncé à capuchon. A droite, des mouvements de 
boisés descendent vers une longue plaine bordée à l'horizon par des montagnes. 




N° 690 : Colomb au retour du Nouveau-Monde 



Toile. — H. o"'90, L. i"'i6. — Daté. — Gravé à l'eau- 
forte par Bracquemond, pour le catalogue San-Donato, et 
cliché ensuite pour l'Illustration, dans les dimensions de : 
H. o"'i 10, L. o"'i45. ■ — Vente San-Donato, 26 février 
1870 : 80,000 fr. à M. HoUender. — Appartient à 
M. E. Secrétan. — Cat. A. Moreau, pp. 94, 259. 

Christophe Colomb monte les marches du trône où le roi d'Es- 
pagne Ferdinand et la reine Isabelle l'attendent debout. Au 
premier plan sont déposés les magnifiques trophées de l'expé- 
dition, des vases, des objets précieux que le conquérant a rapportés du nouveau-monde. Un 
moine assiste, le sourcil froncé, à ce spectacle. Des femmes, des cavaliers occupent le 
second plan h gauche. — Delacroix a mis en ce tableau tous les joyaux de sa palette. 




i86 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



rSSg 



N° 691 : Cléopâtre et le paysan 



Toile. — De 25 environ. — • Salon de i83q. — Exposition 
d'Alsace- Lorraine, n" ii3 du catalogue. —Photographié 
par Braun. — Vente du 18 janvier i85o: i,3o5 fr.; vente 
Cjeorge Sand, 23 avril 1864: i,i65 fr. — Appartient à 
madame Carayon-Talpayrac. — Cat. A. Moreau, pp. 178, 
254, 25-. 

AL Adolphe Moreau signale une première variante de ce 
tableau où la reine, au lieu d'être assise sur un siège antique, 
serait couchée sur un sopha de couleur rouge, et c'est à cette 
variante qu'il attribue les prix de vente que nous venons de citer. Le paysan, au lieu 
d'être placé à gauche de la composition, serait placé à droite. Nous nous demandons s'il ne 
s'est pas fait quelque confusion avec la variante dont nous parlerons tout à l'heure, et qu'il 
décrit avec certaine inexactitude. — Quoi qu'il en soit, l'attitude de Cléopâtre ici, est d'une 
grâce exquise, et le mouvement du paysan d'une justesse de réalité saisissante. Les formes 
inassives de l'homme sont calculées pour faire ressortir la beauté de la reine. 




N° 692 : Cléopâtre et le paysan. — Variante 



comme le d 
d'une robe 



Toile. — H. o"'28, L. o"'36. — Signé à gauche, non daté. 
— Vente C, i 3 avril i865; 9 mai 1874 : 7,25o fr.; vente 
de S., 5 mai 1877: 4.i5o fr! — Cat. A. Moreau, pp. 178, 
254, 257. 

La reine, le sein découvert et les bras chargés de bijoux, vêtue 
d'une robe d'un vert jaune avec un voile violet rattaché au 
diadème de la coiffure, est couchée sur un lit de repos d'un 
ton rose vineux. Elle se retourne à demi vers l'esclave qui 
apporte le panier de figues à grandes feuilles. Cet homme, 
dont les chairs sont très colorées, est recouvert d'une ample 
draperie bleu foncé. Derrière le lit, et non derrière le paysan, 

il M. Moreau, apparaissent deux esclaves attentifs. L'un tient une lyre; il est vêtu 

rougeàtre, l'autre porte une robe jaune et un manteau bleu. 




N° 693 : Justice de Trajan. — Esquisse 



^{." 



Toile. — H. o"'58, L. o"'45. — N° 58 de la Vente posthume : i ,600 fr. 

-j'^ àM.Piron. — Vente Piron, 21 avril i865 : 455 fr.; vente Miolan- 

■,' E^i^"' Carvalho, 14 mars 1876:800 fr., à M. Alexandre Dumas fils; vente 

.^, H-;;!'.''', I Alexandre Dumas fils, février 1882 : 1,620 fr. — Cat. A. Moreau, 



iiiiiiiiii 



iR^èfe^^ Cette esquisse présente peu de différences avec le tableau. Trajan est 

liiiS^ê^l moins avancé dans le milieu de la toile et son cheval est d'un ton foncé. 

'-^ --— ~ — ' On ne voit pas ici le jeune homme du premier plan qui s'écarte vers la 

droite, le bras droit plié; mais toute la grande ordonnance de l'œuvre est trouvée. 



i83i) 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



187 



N° 694 : Hamlet et les deux fossoyeurs 



Toile. — H. o"'8o, L. o'"65. — Signé au milieu en bas et daté 
i83g. — Salon de iSSg. — Exposition universelle de i855. — 
Gravé à Teau-forte par Nanteuil pour l'Artiste, dans les dimen- 
sions de : H. o"'i46, L. o"'[20. — Lithographie par Eugène Le 
Roux, dans les dimensions de : H. 0^279, L. o™223. — Vente 
de la duchesse d'Orléans, 18 janvier i853 : 6,3oo fr., à M. Mau- 
rice Cottier. — Appartient en usufruit à madame veuve Maurice 
Cottier, mais en nue propriété au musée du Louvre. — Cat. A. 
Moreau, pp. 66, 86, 134, 178, 246. 

Le legs généreux de M. "Maurice Cottier assure à notre Louvre la 
possession de ce chef-d'œuvre, ainsi que de notre n" jaS: «Jeune 
tigre jouant avec sa mère. » — La scène du cimetière est rappelée au livret de 1S39 par 
les premières paroles du début: Le fossoyeur. Ce crâne, monsieur, était le crâne d'Yorick, 
le boutTon du roi. — Hami.et. Hélas ! pauvre Yorick ! » — Le catalogue de l'exposition du 
boulevard des Italiens, en 1860, le dit daté_ de i838. 




N° 69^ : Charles-Quint au monastère de Saint-Just 

Toile. — H. o""i2, L. o"M7. — Signé, daté, i83g. — Réduction du tableau de i833. 
— Vente du 18 janvier i85o : 2,5oo fr.; vente San-Donato , 2r février 1870: 
5,200 fr. — Voir à Tannée i83i , la vignette sans changement. — ■ Cat. A. Moreau, 
pp. 48, 1-3, 254. 

N"^ 696, 697 : Portrait de M. Henri Hugues 



i» Toile — H. o"'74, L. o'"6o. — Non 
signé. — Cat. A. Moreau, p. 237. 
2° Aquarelle ovale. — H. o'"i5, L. o'"i2. 
— Cat. A. Moreau, p. 237. 

L'aquarelle, dit M. Moreau, est d'une fraîcheur 
de tons extrêmes. Le modèle qui, dans le por- 
trait à l'huile, porte une redingote marron, 
a ici un habit bleu clair. — Quoique nous 
réunissions les deux œuvres, l'aquarelle doit 
être plus ancienne de plusieurs années. Elle 
appirti-niit i Léon Riesener, à qui Delacroix légua le grand por- 
trait M Henri Hugues était le cousin des deux artistes et Léon 
Riesener a trace de lui, dans les notes qu'il a fournies à M. Philippe 
Burty, le charmant portrait qui suit : « Pendant longtemps, lui (Delacroix), Henri Hugues, 
fils d'une sœur de sa mère et moi, nous nous réunissions une fois par semaine, tantôt 
chez l'un, tantôt chez l'autre, à tour de rôle, ou chez le restaurateur. Il apportait dans ces 
dîners une gaieté aimable, toujours conciliante et une amitié attentive, affectueuse pour 
le cousin Henri, notre aîné, homme charmant, ingénu, chevaleresque, que Delacroix aimait 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



l839 



ele tout son cœur et dont le souvenir lui est resté cher constamment. Il en a fait un beau 
portrait qu'il me donna. Henri, employé dans l'administration des postes, poète par 
délassement, était plus que négligé dans sa toilette. Je me rappelle qu'une fois à grand'peine 
nous sortions d'une représentation extraordinaire de l'Auberge des Adrets, donnée, je ne 
sais pourquoi, le jour, par Frédérick-Lemaitre. Le chapeau et la tenue de Henri, sortant du 
théâtre, étaient réellement plus que comiques. Delacroix, très élégant et recherché dans sa 
toilette, lui donnait impassiblement le bras en plein boulevard, et, gai comme un pinson, 
jouissait de l'esprit de son vieil ami : c'est h l'amitié de ces deux hommes que je dois ce 
que j'ai de bon à mes yeux, o 

N° 698 : Desdemona maudite par son père 



Peinture sur bois. — H. o'"400, L. o'"3i5. — Signé au bas à 
gauche. — Appartient a. M. E. Secrétan. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

<( Desdemona, aux pieds de son père qui veut lui donner sa malédiction 
pour avoir épousé secrètement Otello, qu'on voit dans le fond. » — Cette 
toile, par son aspect éclatant, produit l'effet d'une masse de fleurs disposées 
dans leur plus ardente harmonie. On en jugera par les colorations. Le 
doge porte un manteau rose rouge, doublé d'un violet bleu foncé et 
perlé, une toque et un voile du même noir bleu que les manches du 
vêtement; Desdemona, une robe verte à galons d'or et une écharpe violet 
rouge doubke d hermine. Son riche éventail en plumes de paon garni de diamants est tombé 
sur les dalles. Les murs sont de marbre jaune avec quelques écussons armoriés en mosaïque 




N°' 699, 700 : Desdemona maudite par son père. — Croquis 

i" Croquis à la plume. — H. o"'22, L. o"'28. — 
Reproduit en fac-similé par A.Robaut, de mêmes 
dimensions. — Vente posthume: 359 fr. à M. A. 
Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 
2" Croquis à la plume. — H. 0^280, L. o"\2o5. — 
Reproduit en fac-similé par A. Robaut, de mêmes 
dimensions, et en cliché phototypographique pour 
le journal /'y4?V, livraison du 23 avril 1882, dans 

lesdimensions de : H. o"'28o, L. o™2o5. • — Vente posthume, n" 459, à M. Alfred 

Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 

Le second croquis est d'une exécution plus large et plus colorée que le précédant. Delacroix 
en a définitivement adopté la disposition, sauf pour les fonds. ( Voir le n" G98.) 




N° 701 : Deux tigres et deux lions 



Dessin. — Dimensions inconnues. — Daté. — Vente Villol, i865. — Non catalogué 
par M. Moreau. 



i839 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" 702 



Le poète Arion et le philosophe Anaximandre 




Aquarelle (étude). — H. o'"o85, L. o"i35. — Appartient 
à M. Alfred Robaut. — Notes écrites lisibles sous l'aqua- 
relle. — Non catalogué par M. Moreau. 

A., On peut voir au Louvre, parmi les dessins du Primatice, trois 
1^5 groupes de <; deux hommes à moitié drapés et assis à terre, 
tournés à gauche >>. Ce sont les compositions originales, en 
'é^ tout semblables au fragment que nous reproduisons ici, exé- 
cutées h la sanguine et rehaussées en blanc sur papier légèrement 
teinté, d'après lesquelles Nicolo deU'Abbate a peint la galerie de Henri II à Fontainebleau. La 
copie n'a pas été faite d'après les sanguines du Louvre, qui ne possède pas exactement ce 
motif, mais d'après la peinture. Le dessin pris sur place à Fontainebleau porte encore les 
notes manuscrites au crayon mine de plomb, sur lesquelles Delacroix a peint h l'aquarelle la 
tonalité des figures et des paysages. — En haut, à gauche : « Plus foncé, plus rouge, » c'est 
du vieillard vu de dos qu'il parle. — En haut, à droite sur le ciel : « Bleu clair » — Au bas, à 
droite, pour la draperie de l'homme vu de face : « Brun rouge laqueux. » Au milieu, au 
bas : <i Herbe ». — Les noms d'Arion et d'Anaximandre sont sans doute empruntés a la des- 
cription du P. Dan: Merveilles de Fontainebleau. 



N" 



^o^ 



Études de fauves 



Lionne et lion. — Croquis à la plume. — H. o 
'Signé « Eug. Delacroix » en haut à gauche et 



"20, L. 
daté du 



février 



M '^r i8f3g. — Non catalogué par M. Moreau. 

"'/"S Ce croquis fut offert par M. X**', en 1871,;! la loterie de l'Opéra. On y 
■atd^ retrouve comme le plus souvent, chez Delacroix, ce sens profond de la 
grandeur héroïque qu'il réalisait, en quelque sorte inconsciemment, 
même en dessinant d après le modèle vivant. La lionne a une si grande 
allure qu'on la voit toute prête h entrerdans quelque cortège de Bacchus. 
Le lion vu de dos, grimpant, a quelque chose d'héraldique dans son 
étrange silhouette. Ces croquis, s'ils sont fait de souvenir, ne valent pas 
une de ces fidèles études d'après nature, superbes de tbrce et de simpli- 
cité, et telles qu'on on rencontre, pour ainsi dire, à chaque page dans l'œuvre de Delacroix. 




N'' 704 : Cheval en liberté 



Croquis à la plume. — H. o'"2o, L. o'"28. — Appartient à 
M. Georges Villot fils. — Non catalogué par M. Moreau. 

Les chevaux de Gros sont héroïques, pleins de feu ; le « peintre 
d'Aboukir » leur a rendu la grandeur, cette belle fièvre qui est leur 
santé, mais il n'a guère reproduit que la race arabe et, malheureu- 
sement, il les a tous vêtus de satin. C'est de la soie qui adhère au 
poitrail ruisselant, qui se blanchit d'écume sous le cuir des courroies et l'or des caparaçons. 
Ce n'est pas là cette peau tellement fine et souple que l'attouchement le plus léger la fait 
frémir sous le doigt. Gros a peint le coursier; Géricault et Delacroix ont pemt le cheval. 




igo 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1840 



N°'705, 706: Etudes de tigres 



. -'- 5: 




2° Tigre étendu au repos. — Sépia. 
Non catalogué par M. Moreau. 



=r.:i-_i=- 1° Tigre suivant une piste et grognant. 

^^^g — Croquis à la plume. — H. o""[2, 

^"""'1? L. o'"iQ. — Daté 9 février iSSq. — Ex- 

"i trait d'un dessin offert par M. Brandon 

- à la loterie de TOpéra ( 1871 ). — Non 

catalogué par M. Moreau. 
H. o'"075, L. o'^iqo. — Vente posthume. — 



Année 1840 

N" 707 : Le naufrage de don Juan 




Toile. — H. i'"3o, L. i'"95. — Signé à gauche et daté 
1840. — Salon de 1841. — Exposition universelle de 
i855. — Exposition du boulevard des Italiens, 1860. 
— Lithographie en deux dimensions par Français : 
1° H. o'"i5o, L. o'"233; 2" H. o'"285, L. o'"43o. — 
Gravé sur bois pour rillustration et pour la Galette 
des Beaux-Arts, dans les dimensions de : 1° H. o'"i40, 
L. o™2 26 ; 2° H. o"M 14, L. o'"i8i. — Gravé en aqua- 
tinte pour l'Artiste, par Desmadryl, dans les dimen- 
sions de : H. o"'i45, L. o'"2i5. — Appartenait à M. Moreau, qui Ta légué au 
musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. 11 5, 139, 140, 179. 

En léguant au Louvre ce tableau très important, M. Moreau avait imposé la condition qu'il 
ne serait pas exposé dans les salles actuelles du second étage, très mal défendues contre la 
chaleur et la lumière pernicieuses de l'été. Il a donc été placé dans la grande galerie française, 
dite du xvni° siècle au premier étage. « Si l'on relit, dans le poème de Byron, le passage d'où 
l'artiste a tiré le sujet du Naufrage de don Juan, on sera peut-être surpris qu'il n'ait pas 
placé sa barque entre cette mer unie comme une glace et ce ciel d'un azur impitoyable qui 
ajoutent encore h l'horreur de la scène, par l'ironie du contraste ; mais les moyens de la 
poésie et de la peinture ne sont pas les mêmes ; — un ciel bleu, une mer calme, n'eussent 
peut-être pas aussi bien donné l'idée du danger couru que ces flots lourds et clapotants, sous 
ces nuages d'une lividité sinistre, dont l'écume moutonne autour de cette barque sans voile, 
sans rame, sans boussole, sans gouvernail, perdue au milieu de l'immensité, où des 
malheureux, se jetant des regards de cannibales, agitent des billets au fond d'un chapeau, 
pour savoir qui sera mangé, comme dit la naïve ballade des matelots, — c'est le n radeau de 
la Méduse », dépouillé de son appareil tragique et théâtral et ramené à la plus simple 
expression. — Ne pensez plus à don Juan, qu'il serait difficile de reconnaître parmi ces 
visages hâves, creusés, amaigris, convulsés par d'exécrables convoitises, et dites si jamais 
épisode de naufrage a été rendu d'une façon plus profondément naïve et plus naïvement 
effrayante. — Comme on sent frétiller les requins à triples rangs de dents sous ces vagues 
d'un vert glauque, balançant leur crête de mousse blanche ! comme le vent et le tonnerre 
grondent sourdement derrière ces nuages bas, gros d'orage et de pluie ! » (Th. Gautier.) 



1840 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



191 



N° 708 : Barque de don Juan 




Croquis lavis. — H. o'"23, L. o^So. — Vente posthume. -~ 
Vente Sensier. — Non catalogué par M. Moreau. 

*!^2-- ^^ iS83, à l'occasion du legs fait au Louvre par M. Moreau, un 
peintre, M. Charles Jacque, dans une lettre rendue publique, 
plaisante agréablement l'ignorance routinière des écrivains qui 

ont toujours écrit la Barque ou le Naufrage de don Juan, au lieu 

ÏS^^^^^^H ^'^ '^ Barque ou le Naufrage du Don Juan. M. Charles Jacque 
^^'<^--^^^^^^É^i nous renvoie h l'école, c'est-à-dire au Don Juan de Molière et à celui 
de da Ponte, qui a inspiré le chef-d'œuvre de Mozart, et où il n'y 
a pas, en effet, trace de barque, ni de naufrage. Selon M. Charles Jacque, Delacroix aurait em- 
prunté le motif de son tableau à un fait divers de journal, rapportant un épisode du nau- 
frage d'un vaisseau nommé « le don Juan ». Si M. Charles Jacque, avec moins d'imagination 
et plus de précision, avait consulté le catalogue de l'Exposition universelle de i855, il y 
aurait lu « le Naufrage de » et non pas « du don Juan ». S'il avait ouvert le catalogue de 
l'Exposition du boulevard des Italiens (Tableaux de l'école moderne tirés de collections d'a- 
mateurs, 1860), il aurait pu y lire le passage du « Don Juan » de Byron, que Delacroix, lui, 
avait lu : « Que faire ? On propose de tirer au sort : on prépare les billets qui désigneront 
la victime... Les lots sont faits, marqués, mêlés et distribués dans une silencieuse horreur... 
Et le sort tomba sur le précepteur de don Juan ». Ch. 11, st. lxxiv, lxxv. — Delacroix, dans ses 
lettres, désigne parfois ce tableau sous le titre de: n le Naufrage ». La lettre de M. Charles 
Jacque fut publiée dans le Figaro et dans le Temps du 7 avril i883. Personne n'a encore 
protesté, que je sache, contre cette malheureuse boutade, sauf M. A. de Montaiglon dans 
Y Intermédiaire an 20 avril iS83, colonne 255, sous la signature M. D. A. 



N" 709 : Prise de Constantinople par les Croisés. — Esquisse 



Toile. — H. o'"37, L. o"''48. — Non signé ni daté. — 
Lithographie par Braun. — Exposition d'Alsace-Lorraine. 
— Vente Dauzats, après décès : 7,100 fr. — Appartient au 
duc d'Aumale. — Cat. A. Moreau, p. 121, 258. 
Ce tableau est l'esquisse admirable qui servit à Delacroix 
en 1841, pour l'exécution du grand tableau de Versailles, qui 
est, avec la bataille de Taillebourg, la plus noble gloire de ce 
musée. — Nous donnons ici l'argument du tableau, pour n'avoir, 
un peu plus loin, à nous occuper que de l'œuvre : a Baudouin, 
comte de Flandre, s'avance suivi d'un cortège de cavaliers 
portant des bannières : au premier plan, un groupe de personnages qui tendent vers lui des 
mains suppliantes ; au deuxième plan, sous les arcades d'un portique, un guerrier entraîne 
un vieillard: au fond, les dernières scènes du combat, et la ville en perspective. » 




N" 710 : Hamlet et les deux fossoyeurs 



Dessin marouflé sur toile. — H. o"3o5 , L. o"23o. — N° 404 de la Vente posthume: 
,61 fr. — Appartient à madame Boulanger-Cavé. — Non catalogué par M. Moreau. 



192 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1840 



N° 711 



Hamlet et le fossoyeur 



Toile. — H. o'":îo. L. o"'42. — Réduction du tableau de iSSg. — Voir la lithogra- 
phie originale de Eugène Delacroix, à Tannée 1834. — Vente B., 16 mars 1840: 
40 fr.; vente Didier, 3 mai 1849 : 3oo fr.; vente Cachardy, 12 février i853 : Sgo fr.: 
vente. r8 mars 1854: 23o fr. — Cat. A. Moreau, pp. 42, 243. 



N° 712 



Adieux d'Hamlet et dOphelia 



Toile. — H. o'"28, L. o'"2i. — Lithographie par Loutrel pour la 
collection Moreau, dans les dimensions de : H. o"'28o, L. o'"2io. 
— Vente Schwabacher, 9 mai 1874 : 4,5oo fr. — Voir à l'année 
1834. — Cat. A. Moreau, p. 114, et variante, p. 62. 
Cette scène n'est point, comme l'a cru M. Moreau, et comme nous 
l'avons cru nous-mème un instant. la première du troisième acte, où 
Hamlet donne brutalement des conseils à Ophelia : c'est évidemment 
celle que décrit Ophelia lacté 11, scène 2I racontant â Polonius, son 
père, son entrevue avec Hamlet : « Il m'a prise par le poignet et m'a 
serrée fortement: puis il s'est éloigné de toute la longueur de son bras, 
et. avec son autre main ainsi sur'son front, il s'est mis à étudier mon 
visage avec tant d'attention, qu'on aurait dit qu'il voulait le dessiner. Il est resté longternps 
dans cette attitude; enfin, me secouant un peu le bras, et baissant et relevant trois fois 
sa tête, — comme cela, — il a poussé un soupir si lamentable et si profond, qu'il semblait 
ébranler toute sa charpente et emporter sa vie; cela fait, il m'a lâchée ; puis, la tête 
retournée par-dessus son épaule, on aurait dit qu'il trouvait son chemin sans le secours 
de ses yeux, car il est sorti sans se servir d'eux, et jusqu'à la fin, il n'a cessé de diriger 
sur moi leur lumière. » 




N"7i3 : Portrait de mademoiselle Heindericks 



Toile cintrée du haut. — H. i'"40, L. i"'o6. — Signé, daté aii 
bas adroite sur le terrain: «E. Delacroix, 1840.» — Non catalogué 
par M. Moreau. 

Mademoist;lle Heindericks était religieuse Clarisse. Sa famille descen- 
dit dit-on, de Van Dyck. — Devant cette image si expressive de la 
be\uté moderne, les dernières lignes de l'écrit de Delacroix, intitulé 
Qtiestions sur le beau nous reviennent en mémoire, et nous voulons 
les mettre sous les yeux du lecteur : Quoi ! le beau, ce besoin et 
^ette pure satisfaction de notre nature, ne fleurirait que dans des 
contrées privilégiées, et il nous serait interdit de le chercher autour 
de nous! la beauté grecque serait la seule beauté ! Ceux qui ont 
iLcrédité ce blasphème sont des hommes qui ne doivent sentir la 
beiuté sous aucune latitude, et qui ne portent point en eux cet écho 
mt u ur qui trc iiUe en présence du beau et du grand. Je ne croirai point que Dieu ait 
reserve aux Grecb seuls de produire ce que nous, hommes du Nord, nous devons préférer; 
tant pis pour les yeux et les oreilles qui se ferment et pour ces connaisseurs qui ne veulent 




1840 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



193 



ni connaître, ni par conséquent admirer! Cette impossibilité d'admirer est en proportion de 
l'impossibilité de s'élever. C'est aux intelligences d'élite qu'il est donné de réunir dans leur 
prédilection ces types différents de la perfection, entre lesquels les savants ne voient que des 
abîmes. Devant un sénat qui ne serait composé que de grands hommes, les disputes de ce 
genre ne seraient pas longues. Je suppose réunies ces vives lumières de l'art, ces modèles 
de la grâce ou de la force, ces Raphaël, ces Titien, ces Michel-Ange, ces Rubens... je les 
suppose réunis pour classer les talents et distribuer la gloire, non pas seulement à ceux qui 
ont suivi dignement leurs traces, mais pour se rendre entre eux la justice que l'assentiment 
des siècles ne leur a pas refusée : ils se reconnaîtraient bien vite h une marque commune, à 
cette puissance d'exprimer le beau, mais d'y atteindre chacun par des routes différentes. » 



N° 714 : Justice de Trajan 



Toile. — H. 4"'g5, L. .l'ngô. — Signé à droite au bas 
et daté. — Lithographie par Challemel dans les dimen- 
sions de : H. o"'i88, L. o"'i45. — Salon de 1840. — 
Exposition universelle de i855. — Appartient au musée 
de Rouen. — Cat. A. Moreau, p. 119, 178, 19g. 

Ce tableau fut payé au maître 6,000 fr. Il a subi de grandes 
restaurations ; on a dû remplir d'énormes crevasses qui s'y 
étaient formées. 

<i Quatre vers de M. Antony Deschamps, traduits de Dante, 
ont fourni le sujet de la Justice de Trajan, dit Théophile 
Gautier, dans les Beau.v-Aris en Europe. 

Une veuve était là, de douleur insensée, 
S'efl'orçant d'arrêter la marche commencée : 
Autour de l'empereur s'agitaient les drapeaux, 
Et la terre tremblait sous les pieds des chevaux. 
« Cette action n'est pas de celles que la peinture puisse rendre 
d'une façon bien intelligible, mais elle fournit, par ses acces- 
soires, d'admirables ressources à l'artiste. Que Trajan se soit 
arrêté et n'ait continué sa marche triomphale qu'après avoir fait rendre justice à la pauvre 
veuve, c'est ce qu'il n'est pas aisé de deviner à l'inspection du tableau; mais qu'importe ? — 
Cette riche architecture, ce ciel qui luit à travers les colonnes, cet empereur, étincelant dans 
sa pourpre, sur son cheval cabré, au milieu des généraux, des vexillaires, des soldats, des écuyers 
et du peuple, ces trophées, ces étendards, ces clairons droits, ces buccines recourbées, ces 
armes, ces cuirasses, ces draperies, forment un admirable et splendide ensemble. — La 
Justice de Trajan est peut-être comme couleur la plus belle toile de AL Eugène Delacroix, 
et rarement la peinture a donné aux yeux une fête si brillante : la jambe s'appuyant, dans 
son cothurne de pourpre et d'or au nanc rose de sa monture, est le plus frais bouquet de 
tons qu'on ait jamais cueilli sur une palette, même h 'Venise. » 




N°'' 715, 716 : Portraits de Jenny Le Guillou et de sa fille 



Toiles. — Léguées par Jenny Le Guillou à M. Duriez. — Cat. A. Moreau, p. 238. 

C'est sur des toiles distinctes de 10 à 12, et non sur une seule, comme le donnerait à penser 
la mention qu'en fait M. Moreau, que Delacroix a peint de grandeur nature ces deux portraits, 
qui, dit-on, sont au Louvre, mais non exposés. La mère est en bonnet, la fille en cheveux. 



'94 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1840 



N°'7i7, 718,719,720,721,722: Froissart, Calvin, 
Régnier, Rabelais 

i" Quatre dessins à 
la sépia ou à Taqua- 
relle. — H, o"'i9o. 
L. o'"i6o. — Gravés 
à Peau - forte par 
Wacquez pour le 
Pliitarque français 
(1840). — Cat! A. 
Moreau,p.io7,io8. 

2" et 3»M.G.Villot possédait, en 1876, un croquis qui lui venait de son père; ce dernier avait, 
en effet, posé en costume pour Froissart. On a nu voir un croquis semblalile à la vente 
de M. Edouard Rodrigues, en octobre 1878. 




N*"" 723, 724 : Croquis à la plume 




« et qu'il lui fa 



1° Tigre en marche. — H. o'"o5, L. o'^og. — Dessiné en soirée 
sur du papier à musique. — Appartient à madame veuve 
Jules Michelin. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Lion couché et homme vu de dos (fragments). — H. o"'22, 
L. o"'29. — Reproduction en fac-similé par A. Robaut, dans 
les mêmes dimensions. — Vente posthume à M. Paul Huet. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Sur le fac-similé du n" 2 sont reproduites les cinq lignes suivantes, 
extraites d'une autre feuille : « Faire un choix dans la nature. On 
« en fait très adroitement une loi parce que les trois quarts du 
« temps, la nature se passe des contrastes. C'est donc par impuis- 
n sance qu'on choisit, parce que les moyens de l'art sont bornés, 
ours sacrifier une chose pour en faire valoir une autre. » 



N° 725 : Madame Viardot et George Sand 



Croquis à la mine de plomb. — H. o'"23, L. 0^34. — Datés du 
29 janvier 1840. ■ — Non catalogué par M. Moreau. 

« S'il entend Franchomme ou Chopin, Allard, Prudent, Delsarte ou 
Alcan, dit M. Moreau, ou bien encore quelques-unes de ces indivi- 
dualités du grand monde que le talent à su élever ii la hauteur de 
véritables artistes; si leurs doigts merveilleux rendent comme il la 
comprend la musique de ses maîtres favoris, oh! alors, son bonheur 
n'a pas d'égal.... Que madame Viardot lui tasse connaître un vieil air de Gliick, il en rêvera 
des semaines entières, et le résultat de chacune de ses soirées sera pour le lendemain une 
journée de travail productif où son pinceau puisera de sublimes inspirations. » 




1840 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



195 



N' 



726 



Portrait de madame Bornot 




Dessin à la mine de plomb. — H. o'"2i, L. o'"i6. — Exécuté à Val- 
mont, en septembre 1840. — Appartient à M. Bornot. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

Delacroix, dont l'œuvre de portraitiste est bien à tort compté pour si peu dans 
l'ensemble de ses ouvrages, avait au contraire la passion du portrait, si l'on 
en juge par le nombre considérable d'images de ce genre, qu'il a laissées. 
Il n'a jamais négligé l'occasion de faire un portrait. Pourquoi ? Parce que ce 
grand artiste qui portait dans son cerveau tout un monde de figures héroïques, 
appartenant à tous les âges de l'histoire, s'inspirait surtout de la réalité' moderne, de la 
nature vivante, et non des canons de l'esthétique académique. Il demandait au portrait de 
le familiariser avec la vie même, avec l'expression de la pensée et du sentiment intérieur, 
alors que l'antique ne lui eût fourni que la symétrie et la belle proportion des traits. 
Aussi dit-il quelque part : « Le Silène est beau, le Faune est beau, le Socrate même est 
beau; cette tête est pleine d'une certaine beauté, malgré son petit nez épaté, sa bouche 
lippue et ses petits yeux. Elle ne brille pas, il est vrai, par la symétrie et la belle proportion 
des traits, mais elle est animée par le reflet de la pensée et d'une élévation intérieure. 
Encore, le Silène, le Faune et tant d'autres figures de caractère sont-elles de la pierre dans 
l'antique. On concevra facilement que la pierre, le bronze et le marbre demandent, 
dans l'expression des traits, une certaine sobriété qui est de la raideur et de la sécheresse, 
quand on l'imite en peinture. Ce dernier art, qui a la couleur, l'effet qui se rapproche 
davantage de l'imitation immédiate, admet des détails pluspalpitants, moins conventionnels.» 



N' 



1^1 ^1 



728 : L'Envie 




vfT-^ .-a .-3.-j^ --^î^A-^^ '° Croquis à la mine de plomb. 
#^4'^'l^'^-- H. o-iq, L. 0-2.S. - Non cataloi; 
trm^^r'^ par M.- 



par M. Moreau. 

2° Croquis à la plume et à la mine de 
plomb. — H. 0^28, L. 0^37. — Re- 
produit en fac-similé à deux tons 
par A. Robaut, dans les mêmes di- 
mensions. — Vente posthume à 
M. Sensier. — Non catalogué par M. Moreau. 
Delacroix a beaucoup travaillé ce motif allégorique de l'Envie, où il montre, sous l'image de 
Dante, dans le second croquis « le mérite arrivant à la renommée, malgré les mauvais 
génies. » Assurément, pendant que sa main traçait les lignes de cette allégorie, il avait au cœur 
l'amertume des injustices dont il devait re'ster l'objet jusqu'à sa mort, et qui lui firent 
écrire les quelques pages intitulées : « Des critiques en matière d'arts, » où nous lisons ceci : 
<( Les arts sont un vaste domaine dont ils ont tous la clef dans leur poche, et où ils 
n'admettent personne ; seulement ils disposent des lunettes au travers desquelles on se fait, 
si l'on peut, une idée sommaire de ce qui s'y passe. Ces dragons vigilants sont là pour vous 
avertir, vous, public, comment vous devez jouir ; vous, musiciens, peintres et poètes, pour 
vous diriger sur la scène au moyen de fils dont ils tiennent le bout, et pour encourager vos 
efforts, s'il y a lieu. Ne perdez pas trop courage si, au milieu du plus doux accès de vanité 
et quand vous vous croyez assuré du triomphe, vous vous sentez tiré rudement par votre 
chaîne. C'est pour vous avertir que vous allez trop loin, que vous perdez le respect, ou que 
vous manquez de grâce. Baisez la main de ces vizirs du public, gardiens de l'honneur del art.» 



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L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1840 



N°® 729, 7JO : Études de nu 




1° Torse d'homme vu de protiL — Croquis aux deux 
crayons. — H. 0^27, L. o"22. — Daté : « 3o décembre 
1840. » — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Torse de jeune homme vu de face. — Croquis aux 
deux crayons. ■ — H. o"'3o, L. o"'26. — Daté du 22 
aoiàt 1840. — Non catalogué par M. Moreau. 

« Le beau ne se transmet ni ne se concède comme l'héritage 
est le fruit d'une inspiration persévérante, qui n'est qu'une suite de 
labeurs opiniâtres; il sort des entrailles avec des douleurs et des déchirements, comme tout 
ce qui est destiné h vivre ; il fait le charme et la consohition des hommes, et ne peut être 
le fruit d'une appHcation passagère ou d'une banale tradition. Des palmes vulgaires peuvent 
couronner de vulgaires efforts; un assentiment passager peut accompagner, pendant la 
durée de leur succès, des ouvrages enfantés par le caprice du moment; mais la poursuite 
de la gloire commande d'autres tentatives; il faut une lutte obstinée pour arracher un de 
ses sourires. » (Eugène Delacroix, Questions sur te beau.) 



d'une ferme ; 



N°73i : Études d'hommes nus 

Croquis à la plume. — H. o'"20, L. o™3i. — Daté au bas: 
«25 décembre 1840. » — Publié en fac-similé par A. Robaut, 
n" 5j, dans les dimensions de: H. o'"2o, L. o^Bi. — Vente 
posthume. — Cat. A. Moreau, p. i36. 

Ce sont là de ces notes prises sur le vif, que Delacroix multipliait 
dans ses cartons, et qu'il consultait ensuite, pour la mise en oeuvre 
de ses compositions. Je ne sais, en effet, si j'ai dit que jamais il ne faisait poser le modèle 
quand il exécutait un tableau. « Le modèle, avait-il coutume de dire, n'entre jamais dans 
le mouvement que vous avez vu avec l'œil de votre imagination; loin de se passionner, 
d'accuser le geste avec énergie, il se fatigue et devient de plus en plus glacial. D'un autre 
côté, la nature a une telle puissance, un tel attrait, que si elle pose devant vous quand vous 
tenez le pinceau, vous ne pouvez résister au charme de la copier. Vous faites peut-être une 
série de belles études, mais vous rtnissez, à coup sûr, par produire un détestable tableau. » 




N°''7p,7}} : Études de lions 




H. o^iS, L. o"2; 



1° Lion tenant un lièvre dans ses pattes. — 
Croquis à la plume. — H. o'"2 10, L. 0^340. 
— Publié en fac-similé par A. Robaut, 
dans les mêmes dimensions. — Vente pos- 
thume n° 475 : 280 fr., à M. le baron de 
Laage. — Non catalogué par M. Moreau. 
2" Lion emportant une femme. — Croquis à la plume. — 
— Publié en fac-similé par A. Robaut, dans les mêmes di- 



mensions. — Vente posthume à M. Dutilieux. — Non catalogué par M. Moreau. 



I84I 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



f97 



Année 184 



N° 734 : Prise de Constantinople par les Croisés 

Toile. — H. 4"'i3, L. 5'"oo. — Daté au bas. — 
Lithographie par Jorel et par Lassalle, dans les 
dimensions de : H. o"'i76, L. o'"2i5, et de : 
H. o"'i63, L. o'"2oi. — Gravé au burin par Frilley, 
en deux dimensions, pour les « galeries de Ver- 
sailles « : i" H. 0^234, L. o'"28o; 2" H. o'-'ogg, 
L. o™i2i. — Reproduit à l'aquatinte, par Desniâ- 
dryl, dans les dimensions de : H. o'"i64, L- o"'2oo. 
— Gravé sur bois pour le Magasin pittoresque 
dans les dimensions de : H. o'"i3o, L. o"'i5o, 
et, pour le Monde illustré, dansles dimensions de: 
H. 0^224, L. o'"32o. — ■ Salon de 1S41. — ■ Voira 
Tannée i852. — Appartient au Musée de \'er- 
sailles. — Cat. A. Moreau, p. 75, 90, 179, 2o5, 258. 

Le ministère des Beaux-Arts a commandé une copie de ce tableau à AL Charles de 
Serres, avec l'intention de la substituer à l'oeuvre originale qui viendrait au Louvre. 




N°73) : Épisode de l'entrée des Croisés 

Dessin. — H. o'"i2o, L. o"'i 55. — Signé en bas à droite. — Gravé 
sur bois pour le Magasin pittoresque (1841I, dans les dimensions 
de : H. o™i2o, L. o"M5 5 — Photolithographié par Arosa, et re- 
produit en fac-similé inédit par A. Robaut, dans les mêmes dimen- 
sions. — Cat. A. Moreau, p. 75. 

C'est le beau groupe des deux femmes qui occupent le premier plan 
à droite de la composition, aux pieds du cheval de Baudouin. Le dos de la jeune femme 
blonde, échevelée, à demi-nue, accroupie sur le sol, rappelle, par la splendeur nacrée de la 
carnation, celui de la femme debout dans la Mort de Sardanapale. 




N° 736 : Les miracles de saint Benoit. — D'après Rubens 

Toile. — H. i'"3o, L. i^'gS. — N° 162 de la Vente posthume : 6,5oo fr. à M. Emile 
Péreire. — Vente Péreire, 6 mars i852 : 18,000 fr. à M. Brame. — Collection particu- 
lière du roi des Belges. — Cat. A. Moreau, p. 3ig. 

Delacroix, à ce que i;ipporte M. Tencé, avait fait cette copie chez M. George, expert, en 
1841, rue de la Fontiiine-Moliére. Cette copie est très librement faite, l'artiste ne s'est pas 
attaché à être exact autrement que d'aspect et d'impression. 



198 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1841 



N° ']')']'■ Suzanne au hain. — Esquisse d'après Rubens 



Toile. — H. o'"27, L. o'"35. — Lithographie à la plume par 
A. Robaut, dans les dimensions de : H. o"'o85, L. o"Mi3, et 
cliché pour le catalogue de la vente C. Dutilleux. — Vente 
Duiilleux, mars 1874 • 4°° fr. à M. Michel Cerf. — Non cata- 
logué par M. Moreau. 

Cette esquisse a été faite de souvenir d'après une des plus énergiques 
compositions de Rubens, au retour d'un voyage en Belgique et avec 
l'aide d'une ancienne gravure sur bois de Christoffel legher. Le grand caractère de cette 
composition avait dû séduire Delacroix. C'est qu'ici Suzanne se défend sérieusement, alors que 
dans la plupart des compositions faites sur ce sujet, elle a l'air d'une victime complaisante. 




N" 7)8 : Cavaliers marocains au bord du fleuve Sebou 




Panneau de carton. — H. o'^ab, L. o"'33. — Appartient à 
M de Courval-Piron. — Non catalogué par M. Moreau. 

Delacroix avait offert ce petit paysage, œuvre d'une délicatesse 
exquise, à mademoiselle Piron, fille aînée de l'exécuteur testamen- 
taire du maître. Celle-ci plus tard étant entrée en religion, le donna 
i son beau-frère, M. de Courval. — Une haute montagne éclairée 
par le soleil couchant jette sa grande ombre sur de vastes terrains 
qui descendent par degrés jusqu'au bord du fleuve, où une troupe 
de cavaliers pénétre pour faire baigner les chevaux à la fin d'une journée chaude. 



N° 



)9 



Cavalier arabe se chauffiint 




Toile. — H. o'"34, L. o'^sg. — Signé à droite, non daté. — Vente D., 
23 janvier 1 85o : 38o fr. à M. Soultzener. — Cat. A. Moreau, p. 267. 

M. Moreau catalogue ce tableau sous le titre de : «Arabe et son coursier «, 
titre qui rappelle trop les romances et le roman sentimental de la 
Restauration, Malek-Adel et consorts, avec lesquels l'esprit de Eugène 
r/.;oïv \.' /;,(■/; BT Delacroix n'a rien de commun. — Ici le cavalier descendu de son cheval 
f^ ^^^j^J*. '^ bai brun est assis, tenant son fusil entre les jambes, et se chauffe à un feu 
de broussailles. Dans sa description, M. Moreau dit que l'homme tient le 
cheval par la bride. C'est une erreur, une très légère erreur à rectifier. 



W y^o : Chevaux au piquet 



Toile. —Vente Binant, 6 février 1844 : 35o fr. à M. Meffre. —Vente Durand-Ruel 

28 janvier 1845 : 460 fr. à M. Tedesco. — Cat. A. Moreau, p. 266. 

« Des Arabes tiennent leurs chevaux par la bride ; l'un d'eux plante un piquet en terre. 



.84. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



199 



N"'" 741, 742,743 : Sainte Victoire et saint Jean 



i°et 2°Toile_s. — H. S^Sj, L.o"'87. — Cartons camaïeu pour des 
vitraux destinés à l'église paroissiale d'Eu. — Gravé sur zinc 
d'après un dessin au trait de A. Robaut, pour l'Art, dans les 
dimensions de : H.o"'268, L.o"'6o3. — Appartenant à la manu- 
facture de Sèvres. — Cat. A. Moreau, p. 223. 

Derrière chacun de ces deux cartons, on a collé deux étiquettes. 
On lit sur l'une : « Sainte Victoire, par M. Eugène Delacroix. — 
Pour les fenêtres latérales du portail de l'Eglise d'Eu 1841 . .> 
On lit sur l'autre : « Manufacture royale de porcelaine de Sèvres. — 
I™ division, i'" classe, i^'' ordre. — Section D. § 11. An 1841, 11» 6.» 
Pour le saint Jean, il n'y a de différence que dans le numéro qui est 
coté « n° .^. B. » Tous les deux portent la date de 1841, époque h 
laquelle le maître les a faits. — Les cartons sont peints à l'huile en 
camaïeu et sont légèrement rehaussés de couleurs dans les ornements 
du haut et du bas. L'exécution en verre ne rend que d'une façon bien 
insuffisante le grand caractère sculptural de ces deux figures. 

3° Nous avons vu chez M. le comte Doria, à Orrouy (Oise), un croquis de ces deux figures, 
première pensée de ce double sujet qui faisait partie du n" 34^ de la Vente posthume. 




N'"" 744, 745 : Études de fauves 

,g0j^/^^^ 1° Une lionne qui se lèche. — Sépia au trait. — 
^i^^M^'V^m^ • H. G'"! 5, L. o'"2i. — Reproduit en fac-similé inédit 
s^^t ''"spsé^^^'ÊC^ '^ par Emile Vernier, en 1 864, dans les dimensions 
"*-'" de : H. o'^iSo, L. o'"2io. — Cat. A. Moreau, p. 92. 

2° Un jaguar. — Dessin au crayon. — H. o"'i26, L. o'"200. — Partie du n° 196 de 
la Vente posthume. — Reproduit en une photolithographie inédite par Arosa, dans 
les mêmes dimensions. ■ — Non catalogué par M. Moreau. 

Delacroix a conservé jusqu'à sa dernière heure l'amour des grands félins. Il n'est pas d'année 
où il n'en ait reproduit quelqu'un. Un de ses derniers tableaux représentera une panthère. 

N"'' 746^ 747 : Musicien juif de Tanger 



1° Dessin à la plume. — H. o'"i i5, L. o'"i5o. — Signé à gauche 
en bas. — Gravé sur bois pour le Magasin pittoresque (1842), 
dans les dimensions de : H. o"'i i5, L. o'"i5o. — Cat. A. Moreau, 

P- 75- 

2° Aquarelle. ■ — In-quano. — Vente Baroilhet, 12 avril 1862: 

355 fr. — Appartient à M. Choquet. — Cat. A. Moreau, p. 290. 

Assis à terre, les jambes croisées, le musicien promène l'archet sur une sorte de violon à 
deux cordes. Un tambour de basque est posé près de lui. On reconnaît là une des figures du 
tableau de la Noce juive. ( Voir plus haut, n" 687. ) 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1842 



Année 1842 




N° 748 : Bataille de Taillebourg. — Carton de vitrail 

Toile camaïeu. — H. 3"55, L. i'"8o. — Reproduit au trait 
par A. Robaut pour VAft (1879). — Voir le tableau et une 
variante à l'année iS?-. — Appartient aux collections de la 
manufacture de Sèvres. — • Non catalogué par M. Moreau. 
La disposition en hauteur a conduit l'artiste h modifier sensiblement 
la composition primitive de ce motif telle que nous l'avons vue à 
l'année iSSy. — On lit derrière la toile : » Section D, § Il — I — 
1842 n'^ 2.— Bataille de Taillebourg, par M.Eugène Delacroix; 
pour un vitrail de la chapelle sépulcrale de Dreux. » Ce carton a, 
paraît-il, été dessiné par M. Lassalle-Bordes. d'après un croquis de 
Delacroix. M. Lassalle-Bordes, qui cite ce fait dans les notes qu'il 
a communiquées à M. Burty, pour la seconde édition des Lettres, 
désigne sans doute sous le mot de croquis l'une des aquarelles dont 
nous parlerons tout à l'heure. Nous n'aurions donc pas reproduit ici 
ce carton, qui n'est pas de la main de Delacroix, s'il ne donnait 
une idée approximative de l'aquarelle. En modifiant la première 
composition, le maître en fait une œuvre toute nouvelle. A Ver- 
sailles, le pont est parallèle à la bordure; la bataille est montrée 
de profil. A Sèvres, la mêlée, ardente, furieuse, se présente de face; 
elle descend à pic et comme une avalanche, de l'arête du pont en 
dos d'âne, dont les arches gothiques allongent leurs hautes ogives 
dans la profondeur du tableau. On se bat corps à corps, visière contre visière, s'épiant du 
regard, le fer croisé, attendant un faux mouvement. Des hommes d'armes tombent lourde- 
ment, les bras en avant, avec leurs montures qui s'abattent. D'autres, soutenus par un 
écuyer, veulent mourir debout à côté de l'ennemi gisant affaissé, renversé sur le sol, 
immobilisé à jamais. Là on s'assemble par groupes, et, de la pointe des piques, on rejette 
dans le fleuve les guerriers culbutés avec leurs chevaux par-dessus les parapets de pierre, 
en essayant de reprendre pied sur la rive. L'un d'eux y a réussi. Il fait quelques pas en 
remontant vers le centre de l'action. Un coup de talon ferre porté de haut en bas lui écrase 
la face comme une grenade et l'arrête court. Autour du roi saint Louis, h l'ombre d'une forêt 
de lances, la mêlée redouble de fureur. Tout l'effort du combat se concentre dans le rayon de 
sa formidable épée. Du haut de son cheval blanc superbement caparaçonné, il domine la 
bataille, menacé, frappé, rendant blessure pour blessure. D'un coup de lance, ^l'un de ses 
barons le débarrasse du plus proche de ses adversaires. Un jeune page, glissant à travers les 
combattants, empoigne les rênes de la monture royale, déjà saisie à la nuque par l'effroyable 
coup de dents d'un cheval enivré. A droite, à gauche, c'est un pêle-mêle sanglant d'hommes 
frappant et criant, de chevaux hennissant et se cabrant. Au loin, le paysage verdoyant et 
doux s'étend vers les montagnes, embrassant les silhouettes grises des forteresses. Dans le 
ciel d'un bleu d'azur, de grandes nuées blanches, mollement balancées, nagent, opposant 
leurs formes claires h l'intensité vigoureuse des flammes et des pennons qui flottent au vent. 
Le vitrail proprement dit, tel qu'il a été exécuté à la manufacture de Sèvres et tel qu'on peut 
le voir dans la chapelle de Dreux, est une assez triste interprétation de l'œuvre de Delacroix; 
par la disposition et la crudité des teintes, les groupes sont divisés et manquent de cette 
solidité dans les masses, de cette harmonie générale dont le maître s'est toujours montré si 
ardemment préoccupé. ( Voir, sur la préparation de ce carton, les n"^ suivants.) 



1 842 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N"*" 749, ")0 \ Bataille de Taillebourg. — Projet de vitrail 



1° Aquarelle. — H. o'"44o, L. 
maie. — Voir le carton 11° 705. 



527.— Vente Villot, i865 
Cat. A. Moreau, p. 227. 



3,100 fr. au duc d'Au- 



2° Outre l'aquarelle du duc d'Aumale, il y en avait une autre que l'on pouvait encore voir en 
i852 au musée de Sèvres, celle d'aprcs laquelle le carton fut dessiné par le praticien de De- 
lacroix. Elle n'y était plus exposée en i863. Depuis elle a tout à fait disparu des collections 
de Sèvres, et l'un des derniers directeurs, consulté à ce sujet, dit que ce dessin est du nombre 
de ceux qu'on n'a plus retrouvés à la manufacture après l'occupation prussienne. La perte est 
d'autant plus regrettable que cette aquarelle devait présenter une légère variante. Le combat- 
tant qui reçoit un coup de talon dans le visage ne se voit pas dans le carton. 



N° 751 : Turc écrivant 




Toile peinte à la cire. — H. o'"28, L. o'"35. — Vente Villot, 
i865 : 170 fr. — Cat. A. Moreau, p. 273. 

Il est assis à terre, vu de profil, la tête tournée à droite, écrivant sur 
ses genoux ou plutôt calligraphiant quelques versets du Coran. Le 
mouvement de tranquille attention exprimé par la jolie inclinaison 



de la tête est tout à fait charmant et l'ensemble du dessin très pur. 



N" 7 5 2 : L'éducation de la Vierge 




Toile. — H.o'"93, L. i™2i. — Gravé à Peau-forte par Hédouin 
pour V Artiste, dans les dimensions de : H. o'"i27, L. o'^ibS. 

— Refusé au Salon de 1845. — Voir réduction variante à i852. 

— Vente George Sand, 23 avril 1864, retiré à 2,200 fr. — 
Vente Edouard Rodrigues, 8 octobre 1878, retiré à 4,200 fr. — 
Cat. A. Moreau, pp. 98, 264. 

George Sand a retiré de sa vente ce tableau qu'elle a offert en 1866 à 
M. Edouard Rodrigues, qui en racontait volontiers ce qui suit et 
que nous empruntons textuellement aux no'tes de M. A. Robaut : « Delacroix, au retour d'une 
promenade dans Nohant, dit à George Sand, dont il était l'hôte : « Je viens de voir en ren- 
trant, dans le parc, un motif de tableau superbe, une scène qui m'a beaucoup touché. C'était 
votre fermière avec sa petite fille. J'ai pu les regarder tout à mon aise derrière un buisson où 
elles ne me voyaient pas. Toutes deux étaient assises sur un tronc d'arbre. La vieille avait 
une main posée sur l'épaule de l'enfant qui prenait attentivement une leçon de lecture. Si 
j'avais une toile, je peindrais ce sujet. — Mais je n'ai pas de toile ici, lui répondit George 
Sand. » Sur quoi, Delacroix, avisant un paquet dans un coin du vestibule, y trouva du 
coutil à l'usage des tabliers de cuisine, et sur le champ il se mit à l'œuvre, qui ne seressent 
que trop du manque de préparation de la toile, car l'aspect général est un peu sale et froid, et 
on remarque aussi par endroits des parties embues h côté d'autres très brillantes d'empâ- 
tement, la couleur s'étant accrochée inégalement... — Quelques amateurs nomment aussi ce 
tableau « la petite Fadette. » Il suffit, pour les détromper, de les renvoyer aux Lettres publiées 
par M. Burty et aux Lettres inédites publiées, dans VArt, par M. J.-J. Guiffrey. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1842 



N"75} : Une filandière à Nohant 

Croquis j la plume. — H. o'"22, L.o'"i9. — Appartient à M. Doll- 
fus. — Non catalogué par M. Moreau. 

Au mois de juin 1842, Delacroix était chez madame George Sand à Nohant, 
d'où il écrit à son ami l'ierret : « Madame Sand souffre fréquemment de 
violents maux de tète et d'yeux qu'elle prend sur elle de surmonter le 
V plus possible et avec beaucoup de force pour ne pas nous fatiguer de ce 
qu'elle souffre. Le plus grand événement de mon séjour a été un bal de 
>- paysans sur la pelouse du château, avec le cornemuseux en réputation de 
~ l'endroit. Les gens de ce pays offrent un type remarquable de douceur et 
de bonhomie; la laideur y est rare, sans que la beauté y saute aux yeux fréquemment; mais 
il n'y a pas cette espèce de fièvre qui se dénote dans les pavsans des environs de Paris. Les 
femmes ont toutes l'air de ces figures douces qu'on ne voit que dans les tableaux des vieux 
maîtres. Ce sont toutes des sainte Anne. » C'est ce qui inspira à Delacroix l'idée de peindre 
l'Éducation de la 'Vierge. » ( Voir le n" précédent. ) 




N" 754 : Vue générale des environs de Champrosay 

Toile. — H. o'"4t, L. o'"72. — Lithographie à la plume par 
A. Robaut pour le catalogue de la vente C. Dutilleux, dans 
les dimensions de : H. o'^oji, L. o"'i28. — Vente posthume, 
n° 2i5 : 910 fr. à M. Piron, qui Fa offert à Jenny Le Guillou. 
— Légué par Jennv Le Guillou à C. Dutilleux. — Vente après 
décès de C. Dutilleux, en 1874: i,55o fr. à M. Brame. — Vente 

Carvalho, 1876 : 710 fr. — Vente novembre 1878 : 1,000 fr. à M. le baron de 

Beurnonville. — Non catalogué par M. Moreau. 




N''75^ : Hamlet et Laertes 



Croquis à la mine de plomb. — H. o'"29, L. o™2i. — Reproduit en 
fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimensions. — Vente 
posthume, n° 405 : 2o5 fr. à M. A. Robaut. — Voir la lithographie 
à Tannée 1834, n" 55o. — Non catalogué par M. Moreau. 

Il y a peu de variantes avec la lithographie originale, qui est retournée. — 
Dans ce croquis, on remarque plus de simplicité et plus d'expression à la 
fois, partant aussi plus de grandeur; car l'absence d'effet ou de coloratiorl 
produit presque toujours ce résultat. Il est à remarquer, d'ailleurs, que 
Delacroix se plaisait a calquer plusieurs fois ses compositions, et plus il 
avançait, plus il simplifiait, s'efforçant de rendre en dix coups de crayon, 
au lieu de cent, ce qu'il avait d'abord exprimé. On ne saurait trop insister sur ce point ignoré 
au moment de la vente, ce qui fit que les plus beaux dessins du maître furent la plupart du 
temps délaissés aux enchères, parce qu'ils étaient sur papier calque. Les artistes seuls ne s'y 
laissaient pas prendre. — Nous rappelons que la scène représentée ici est la première du 
cinquième acte : Je t'en prie, retire tes doigts de ma gorge, car bien que je ne sois pas 
emporté et prompt dans ma colère, j'ai pourtant en moi quelque chose de dangereux. » 




i842 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



20'3 



N° -j^d: Hamlet. — Mort d'Hamlet et de Laertes 




['ijl iV'^" Croquis à la mine de plomb. — H. o'^ag, L. o'"2i. — Reproduit 
lllî ' Wl ' ' en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimensions. — Vente 

posthume, n" 406 : 280 fr. à M. Eug. Détriment. — Appartient 
à M. Feydeau. — Non catalogué par M. Moreau. 
^,W5 Les observations que nous avons faites au sujet du pre'ce'Jent numéro 
portent également sur celui-ci. Nous n'avons de remarques spéciales à 
faire que sur la composition du sujet. Nous n'assistons pas ici, comme on 
pourrait le croire, à la fin du duel d'Hamlet et de Laertes, dans lequel les 
combattants succombent tour à tour, frappés par le même fleuret démou- 
cheté et empoisonné, qu'ils ont échangé dans la chaleur du combat. 
Delacroix a reproduit le dernier tableau du drame. — La scène est jonchée de cadavres. La 
reine est morte, le roi est mort, mort Laertes, mort Hamlet; le jeune Fortinbras, prince 
de Suède, a pénétré au bruit des fanfares et des tambours et s'est éloigné en donnant cet 
ordre qu'on exécute et qui clôt le drame : « Que quatre capitaines portent Hamlet sur 
l'estrade, comme on fait pour les soldats; car il est vraisemblable que si le destin l'eût mis à 
l'épreuve, il se fût montré un très grand roi. Que la musique guerrière et les marques de 
respect militaire l'accompagnent sur son passage. Enlevez les corps; un spectacle pareil orne 
un champ de bataille, mais offre ici un aspect lugubre. Allez ordonner aux soldats de faire 
une décharge de mousqueterie. " Marche funèbre. Ils sortent emportant les corps, après 
quoi on entend une décharge d'artillerie. 



H. o"'09, L. 
dimensions. — 



N°*7^7, 7)8 : Études de lionnes 

1° Lionnescouchées. — Croquisàla plume. — H.o^ij, 
L. o'"25. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut 
dans les mêmes dimensions. — Vente posthume, 
n° 472 : 23o fr. à M. le baron de Laage. — Non 

-_ catalogué par M. Moreau. 

2° Lionne déchirant une proie. — Croquis à la plume. — 

o'"i4. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes 

Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau. 




N°*759, 760 : Fantasias arabes 

1° Cavalier arabe sabrant. — Croquis à la plume. — 
H. o™2o, L. o™i8. — Reproduit en fac-similé par 
A. Robaut, dans les mêmes dimensions. — Vente pos- 
thume, à M. Gauvin-Seiter. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

2° Cavalier arabe chargeant. — H. o"M7, L. o'"i8. — 
Reproduit en fac-similé par A. Robaut, dans les mêmes dimensions. — Vente 
posthume. — Appartient à M. Le Gentil d'Arras. — Non catalogué par M, Moreau. 




>04 



L'ŒUVRE DR DELACROIX 



I 843 



N*"" 761, 762 : Chevaux attaqués 



i" Cheval attaqué par un tigre. — 
Toile. — H. o-»23, L. o'"3i. — 
Gravé à Teau-forte par Saint-Marcel, 
Tannée suivante (1843), dans les 
dimensions de : H. o'"245, L. o"'3o5. 
Vente posthume. — N" 80 de la 
Vente Beurnonville, avril 1880 : 
;oo tr — Cat A Moreau, p. io3. 
Che\al attaque par une panthère. — Aquarelle. — 
H o'"io3, L o MSo — Varnnte du n° pieeedent. — Non catalogué par M. Moreau. 
En ces œuvres se retrouve 1 idée permanente du drame qui hantait l'âme de l'artiste. 
Hommes, chevaux, lions et panthères, c'est toujours et partout le vertige de l'action et de la 
destruction exprimé avec une décision dans les plans et une fermeté" dans le modelé qui 
donnent à toutes ces compositions la grande allure de groupes sculptés. 




Année 1848 



N"^ y6j , jô^ : Lionne reposant sur le corps d'un Arabe 



1° loile. — H. o'"2o, L. o'"3o. — 
\ppartient à M. Lamhert-Sainte- 
( ioi\ — Non catalogué par M. Mo- 
iL tu 

- Peinture sur bois. — H. o"'24, 
1 o™35. — Non catalogué par 
M Moreau. 

A quelques variantes près, faciles à 
saisir par le rapprochement, c'est, en apparence, le même tableau. Malheureusement, le 
second est, au point de vue de l'exécution, bien au-dessous du premier, tellement au-dessous, 
que la facture lourde et glaireuse éveille en nous quelque doute sur l'authenticité de 
l'œuvre. — Voir à l'année 184g une gravure originale du même sujet. 




N° 76^ : Hamlet hésitant à tuer le roi 



Toile. — H. o'"26, L. o'"iq. — Appartient à M. Paul Meurice. — Voir la lithogra- 
phie à Tannée 1834. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ce tableau rend à peu de chose près, Taspeet de la lithographie du maître; seulement le fond 
étant très sombre, les deux personnages, et surtout le roi, se détachent en clair. De plus, 
l'expression de la tète d'Hamlet, qui est vue un peu plus de face, est plus jeune. 



1843 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" 766 : Hamlet tuant Poionius 

Toile. — H. o'"27, L. o'"20. — Voir la lithographie à Tannée 1834. — Vente Diaz, 
janvier 1877 : 2,700 fr. à M. Perreau. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 767 : Pietà — Première pensée 



Dessin. — H. o"3io, L. o"'435. — Gravé sur bois 
par A. Pothey, pour V Illustration, août i863, dans 
les dimensions de: H. o'"3io, L. o"'435. — Çat. 
A. Moreau, p. 80. 

La lettre du troisième état de cette gravure porte : 
Dernier dessin sur bois d'Eugène Delacroix. — 
(Esquisse originale du tableau la Pietà, peint par lui 
dans une chapelle de l'église Saint-Denis-du-Saint- 
Sacrement.) » Dans cette première pensée, le maitre 
avait introduit l'apparat de draperies suspendues de 
chaque coté et soutenues par deux anges. La compo- 
sition définitive gagne en grandeur à la suppression de 
ces accessoires pompeux, dans le goût de notre dix-huitieme siècle. (Voir le n" suivant.) 
Le geste de la Mère qui se renverse en étendant les bras en croix est une idée de génie. Les 
affres de la passion tout entière sont contenues dans ce mouvement d'une énergie et d'une 
grandeur terrifiantes. Les attitudes des apôtres, des saintes femmes; la tète tombante, la pose 
du corps privé de vie, qui s'affaisse les jambes replovées: l'obscurité crépusculaire qui 
enveloppe la scène, le cavalier qui s'éloigne à gauche; à droite les personnages qui hâtent le 
pas vers le groupe immobile, la ligne d'horizon sauvage et abrupte, le ciel qu'on entrevoit 
à peine, les lourdes draperies flottant au souffle de la nuit, tout cela plonge l'âme dans un 
recueillement dont on s'arrache avec peine. Rien n'a échappé au penseur, rien de la sombre 
poésie de ce drame lugubre et douloureux. 




N" 768 : Pietà 



Peinture murale à la cire. — H. 3™55, L. 4"'75. — Signé 
à droite en bas et daté 1843, — Gravé à l'eau-forte par 
Hédouin pour l'Artiste, dans les dimensions de : 
H. o'"i45, L. o"'202. — Appartient à l'église Saint- 
Denis-du-Saint-Sacrement, à Paris — Cat. A. Moreau, 
pp. 80, 96, 222 (notel. 

« Cette œuvre relativement considérable, dit M. Moreau, fut 
exécutée par Delacroix en dix -sept jours; nous tenons ce 
détail de l'auteur lui-même, qui pour se rendre un compte 
exact du temps employé par lui, faisait, h la fin de chaque 
journée de travail, un trait sur le mur où il travaillait. >> — Quant h la date, M. Moreau, qui 
donne 1S41, se trompe certainement, car Delacroix, en juin 1843, demande à M. Lasalle- 
Bordcs de n se mettre à l'église. » La chapelle fut découverte en novembre de la même année, 
croyons-nous; peut-être même en novembre 1844. 




206 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1843 



N"^ 769, 770, 771 : Pietà. — Réductions et variantes 

1° Toile. H. 0^37^ L. o"'45. — Gravé à l'eau-forte par Massard 

pour le catalogue Laurent- Richard ( 1878 I, dans les dimensions 

de : H. o"'ioq, L. o'"i32. — Cat. A. Moreau, p. 96. 

2" Toile. — H. o"285, L. o'"4io. — Appartient à M. Georges 

Rodrigues. — Cat. A. Moreau, p. 96. 

3° Toile. — H. o'"2o, L. o'"42. — N° 7 de la vente posthume : 

1,120 fr. à M. Lambert. — Cat. A. Moreau, p. 3o8. 

Dans notre n" i, les variantes sont sensibles par la disposition du fond de paysage, des roches 
et par la suppression des deux petites figures du fond. Notre croquis présente la composition 
en sens contraire. — Le n" 1 est une simple réduction. — Le n° 3 est, s'il nous en souvient, 
disposé comme le n» 767 que nous venons de décrire. 

N° 772 : La fiancée d'Ahydos 





Toile. — H. o™35, L. o"'2 5. — Gravé à Teau-forte par Greux pour 
l\4r/, 3i janvier 1875, dans les dimensions de : H. o™25i, 
L. o"M89. — Vente du 28 avril 1874 : 32,o5o fr. — Appartient à 
M. Th. Melot. — Voir la varianteen largeur au numéro suivant et 
la variante en hauteur à Tannée i85i. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Au bord d'une caverne ouvrant sur la mer, Selim va se séparer de Zuleika 
^ qui se traîne à ses genoux et cherche à l'empêcher de donner le signal d'appel 
— à ses camarades. Selim la maintient d'un bras, et, tourné vers les profon- 
grotte, hèle de la voix en agitant son cimeterre. — Le motif est celui de la 
I. dans le chant II de la Fiancée d' Ahydos, par lord Byron. 



N° 77J : La fiancée d'Abydos 



variante, 1 
La grotte 
on voit à 
Selim qui 



Toile. — H. o'"32, L. o"'40. — Lithographie par Charles 
Hue pour la publication intitulée: « Souvenirs d'artistes », 
dans les dimensions de : H. o'"i 76, L. o"2i8. — Voiries 
variantes en hauteur. Tune au numéro précédent, Fautre 
à l'année i85i. — Non catalogué par M. Moreau. 

Si M. Moreau n'a pas catalogué ce tableau important, il a pris 
soin néanmoins de cataloguer la lithographie de Ch. Hue, mais 
avec une erreur assez grave, car il la donne comme exécutée 
d'après un tableau dont il rapporte exactement les dimensions, 
qui sont celles de la variante de i83i. — Dans la présente 

e groupe de Selim et de Zuleika est autrement composé que dans notre n" 772. 

est plus large, l'ouverture sur la mer plus grande. Le signal d'appel est donné, car 

gauche les profondeurs de la caverne éclairées par les torches des compagnons de 

se rapprochent en courant. 




1843 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



207 



N° 774 : Tête de lion vue de profil 



Aquarelle.— H. o™i7, L. o'»i8. — Photographié par Braun 
dans les mêmes dimensions. — Phototypographié pour les Dessins 
du Louvre, Baschet, i883. — N° 469 de la Vente posthume : 
410 fr. — Appartient au musée du Louvre, n° lyi'i du catalogue 
des dessins par M. de Tauzia. — Non catalogué par M. Moreau. 
o Le lion est le roi des animaux », a dit M. de Buffon. Ce n'est pas 
impossible, mais ce qui est certain, c'est qu'avec le cheval il domme 
tout le règne animal dans l'œuvre de Eugène Delacroix. Cette prédi- 
lection très marquée pour les grands fauves, qui ne s'explique par 
aucun détail connu de sa biographie anecdotique, appartient au domaine de sa biographie 
morale. Il est curieux, en effet, de voir cet esprit sobre, lettré et de goûts littéraires clas- 
siques, j'ai presque dit académiques, rechercher de préférence comme motifs pittoresques le 
mouvement, le drame, la passion, les scènes de pillage, d'incendie, de massacre, la destruction 
sous toutes ses formes, et le lion est l'agent de destruction par excellence : une mâchoire 
montée sur quatre pattes, comme l'a défini M. H. Taine. 




N°'' yy^, 776 : Bouquets de fleurs 



i" Aquarelle. — H. o'"22, L. o'"22. — Cliché sur verre 
(inédit) par A. Robaut, dans les dimensions de H. o'"i 18, 
L. o'"io8. — Partie du n° 625 de la Vente posthume : 
220 fr. à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Aquarelle. — H. o™2o5, L. o"'26o. — • Lithographie 
par A. Robaut pour le catalogue de la vente C. Dutilleux, dans les 
dimensions de : H. o"'oqo, L. o"'i i5. — Partie du n" 625 de la Vente posthume : 
200 fr. — Vente C. Dutilleux, 26 mars 1874 : 400 fr. à M. Bruyas. — Appartient, par 
suite du legs Bruyas, au musée de Montpellier. — Non catalogué par M. Moreau. 




N° 777 : Personnage en costume allemand du seizième siècle 



Sépia et croquis divers. — H. o"'i85, L. o"'i40. — Photolitho- 
graphié, en 1868, par Arosa, dans les mêmes dimensions. — 
Vente posthume, à M. Philippe Burty. — Cat. A. Moreau, p. i3o. 
Nous conservons la désignation donnée par M. Adolphe Moreau. 
Cependant, il est bien évident que ce dessin est le portrait bien connu, 
mais librement interprété, d'Albert Durer. C'est également dans le 
sentiment de cet admirable maître que sont traces les croquis de 
figures qui occupent à droite et à gauche les marges du dessin. 
Delacroix, au moment de reprendre les motifs de Gœtz de Berlichin- 
gen I) pour les dessiner en vue de la gravure sur bois, avait voulu 
consulter, étudier l'œuvre du grand artiste allemand et se familiariser 
avec le caractère simple, fort et profond de son style. On sait comment 



y a réussi. — Voir à l'année i836, les numéros 634 à 646, et ci-après les n<" 778 h 781. 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1843 



N" 778 : Frère Martin et Gœtz de Berlichingen 



Dessin sur bois. — H. o"^2ij, L. o'"i45. — Gravé pour le Magasin 
pittoresque. — Voir la lithographie à l'année i836, n" 640. — Cat. A. 
Moreau, p. 76. 

On voit en bas, signé sur le dessin à gauche : « Eugène Delacroix »; à droite, 

n 1S43 », et au-dessous de cette date, les initiales adossées des graveurs, « A. 

B.L., H. R »; dans la marge, au bas, « Gœtz de Berlichingen, drame par 

Goethe. Acte 1°''. Gœtz de Berlichingen et frère Martin. — Dessin d'Eugène 

Delacroix. » Le même bois a paru dans l'ouvrage de Henry de la Madelène : 

(' Eugène Delacroix h l'exposition du boulevard des Italiens ». On connaît 

la scène : Frère Martin serre la main de fer de Gœtz de Berlichingen. Si l'on 

compare ce bois à la lithographie, on remarquera quelques variantes; l'escalier, ainsi que la 

faux accrochée au mur, sont remplacés ici par une petite fenêtre quadrillée de plomb où 

s'enchâssent des verres bombés en cul de bouteille. 




N" 779 : Gœtz de Berlichingen écrivant ses mémoires 




celui que 
de chasse 
occupent 



Dessin sur bois. — H. o'"2i9, L. o'"i47. — Gravé pour le Magasin 
pittoresque. — Voir le tableau à Farinée 1845. — Voir la lithogra- 
phie à l'année i836, n° 648. — Cat. A. Moreau, p. 76. 

En bas à gauche, signé sur le dessin : «Eugène Delacroix»; à droite, les 
initiales des graveurs, A. B. L., H. R.; dans la marge du bas : « Acte IV. 
(iœtz de Berlichingen écrivant ses mémoires; Elisabeth sa femme. — 
Dessin d'Eugène Delacroix. » Le même bois a paru dans l'ouvrage de Henry 
de la Madelène, après la mort de Delacroix : « Eugène Delacroix à l'expo- 
sition du boulevard des Italiens. » — Le costume d'Elisabeth diffère ici de 

l'artiste lui a donné dans la lithographie. Delacroix a en outre ajouté un trophée 
composé d'un bucrane de cerf, d'une arbalète, d'une corne et d'une gourde, qui 

h gauche le vide de la muraille. 



N"" 780 : Gœtz de Berlichingen blessé 




figures qui, 
là grâce et 



Dessin sur bois. — H. o"'2i6, L. o"'i46. — Grave pour le Magasin 
pittoresque. — Voir la lithographie à l'année i836, n° 644. — Vente 
Pierret ( cak]ue du dessin original), mai 1879: 5o t'r. — Cat. 
A. Moreau, p. 77. 

Signé en haut, sur le dessin, dans le ciel : « Eugène Delacroix », et au-des- 
sous : « 1842 ». — En bas à droite, les monogrammes des graveurs A. B. 
L., H. R.; dans la marge, en bas ; « Gœtz de Berlichingen. Acte V. Gœtz 
de Berlichingen blessé est secouru parles bohémiens. — DessindeM. Eugène 
Delacroix. » Le même bois a paru dans l'ouvrage de Henry de la Madelène. 
— Une figure de petite bohémienne déguenillée remplace ici les grandes 
la lithographie, se tiennent derrière le cheval de Gœtz, et ajoute, oppose ici 
rire de l'enfance à la rude physionomie des gens de guerre. 



iX42 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



2oq 



N" 781 : Mort de Gœtz de Berlichingen 




146. — Gravé pour le Magasin 



Dessin sur bois. — H. o'"2i6, L. 
pittoresque. — Cat. A. Moreau, p. 77. 

Signé sur le dessin, en bas à droite : Eug. Delacroix»; en bas à gauche, 
les monogrammes des graveurs A. B. L., 'H. R.; sur la marge:» Gœtz de 
Bcrlichingen. Acte V. Mort de Gœtz. Dessin de M. Eugène Delacroix. » Le 
même bois a paru dans l'ouvrage de H. de La Madelène. Delacroix n'avait point 
traité ce motif dans la série des lithographies. C'est la dernière scène du 
drame. Le bon gardien de la tour où Gœtz est prisonnier a permis que le 
vieillard respirât dans son petit jardin. Elisabeth, sa femme, Marie, sa 
sœur et Lerse, un de ses fidèles cavaliers, l'entourent de leurs soins et il 

setemt en miirmurant ce mot : Liberté! liberté! ~ Je ne sais à quel sentiment Delacroix a 

obéi en substituant une troisième figure de femme à celle de Lerse. 



N°782 



Portrait de François Clouet 



Dessin sur bois. — H. o'"55, L. o"45. — Gravure inédite. — Sans aucune 
lettre, signature ni date. — Cat. A. Moreau, p. 76. 

Sur le bois même, on lit autour de la tête_, en petites capitales du temps : « François 
CLOUET DIT j.\NET, PEINTRE DU ROI CH.^RLES IX. » — M. Morcau a dit qu'il ne 
connaissait qu'une seule épreuve de cette gravure. Qu'est devenu le bois? Par 
qui avait-il été gravé? A l'exemple de ses amis Frédéric Villot et Pierret, Eugène 
Delacroix se serait-il essayé à manier lui-même l'outil du graveur? Autant de 

questions auxquelles nous ne pouvons répondre et pour lesquelles nous faisons appel à la 

sollicitude et à la bienveillance des curieux plus heureux que nous. 




N° 78} : L'amoureuse au piano 



Croquis à la sépia. — H. o'"22, L. o'"i7. — Vente posthume. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

A voir l'immense quantité d'œuvres de toute sorte que Delacroix a accomplies 
malgré l'incertitude de sa santé si chétive, il est évident que personne n'a 
pratiqué plus étroitement le précepte du sage : « NuUa dies sine linea » ; et il 
se reprochait sévèrement les heures de farniente auxquelles il lui arrivait 
parfois de s'abandonner. En 1843 précisément, il écrit de Saint-Leu-Taverny 
à son ami Pierret : n Je n'ai pu encore me mettre à quoi que ce soit et je 
suis un peu mécontent de moi. C'est un sentiment qui me gâte toujours un 
peu tout le reste. Il me semble qu'il faut avoir fait sa tâche pour )ouir en conscience des 
biens que la nature nous présente.... Je lis, mais ce n'est pas un travail. Malgré l'attrait que 
j'y trt)uve, je ne suis pas pleinement satisfait quand j'ai passé mon temps de la sorte. Il n'y 
a que le cigare, quand il est bon, qui me fasse un peu oublier le tort que j'ai de me laisser 
aller à la paresse; car c'est tout uniment paresse. Je ne puis commencer. J'ai la certitude 
que la première demi-heure passée, je trouverais au travail le plus grand plaisir, et je ne puis 
malgré cela surmonter ce moment de dégoût. Le cigare est décidément un instrument de 
relâchement et de corruption... Quand il est fini, l'illusion cesse, et je me fais des reproches. " 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1843 



N" 784 : Études de mouvements 




Croquis à la mine de plomb. — H. o"'i9, L. o"'25. — Non 

catalogué par M. Moreau. 

C'est une source d'intérêt inépuisa'cle que de rapprocher et de 



^\!^i>\ comparer, fût-ce au hasard, deux croquis de Delacroix. Le hasard, 



# 



en effet, place ici au-dessous l'un de l'autre deux dessins : « l'Amou- 
reuse au piano» et les « Études de mouvements»; l'un tout imprégné 
de sentiment moderne, de grâce exquise, des voluptés de l'abandon 
h l'inspiration musicale: l'autre, au contraire, animé par le souftle 
des grandes compositions héroïques. Si Delacroix ne pouvait parler sans ironie des critiques 
routiniers, apologistes de « ce fameux beau ». que les uns voient dans la ligne serpentme, 
les autres dans laligne droite, et qu'ils s'obstinent tous à ne voir que dans les lignes; il 
suffit pourtant d'un dessin comme celui-ci pour prouver qu'il possédait, lui aussi, le sens 
et la magie de la ligne. — Ces études ont été faites pour le tableau S.imson et DjHU . 



N° 785 : Études de chats 



Dessin au cravon. — H. o'"2i, L. o'"32. — Daté au bas à 
gauche : « 5 x*"'''^ 1843. » — Reproduit en fac-similé pour VArt, 
février 1876, dans les mêmes dimensions. — ^ N° 5o8 de la Vente 
posthume. — Non catalogué par M. Moreau. 

Les chats de Eugène Delacroix, écrivait Théophile Silvestre pendant 
l'exposition de la'vente posthume, n ces chats taits en quelques coups 

de crayon sur un chiffon de papier, ont dans les yeux des secrets indéfinissables. » Et il citait 

le célèbre sonnet des chats de Charles Baudelaire. 




N°' 786, 787, 788 : Études de têtes 



îr 1° Tète du cardinal Hippolyte de Médicis. — Copie 
^ d'après le Titien. — Toile de vingt-cinq à trente. — Gravé 
■^^ sur bois n,Tr F. Villot. 



^^sur bois par F. Villot. 

2° Tête de Turc. — Dessin à la plume. — En bas, à gauche, 
la signature : « Eug. Delacroix ». — • Gravé sur bois de poirier, au 
couteau, par F. 'Villot et Pierret, dans les dimensions de : 
H. o'"i3o, L. o'^ogo. — Cat. A. Moreau, p. 76. 
3° Toile. H. o'"40, L. o'"32. — Exposition universelle de i855. — 
Gravé sur bois de poirier, au couteau, par F. Villot, dans les 
dimensions de: H. o'"ii7, L. o'"o95. — Gravé à l'eau-forie par 
Saint-Marcel, dans les dimensions de : H. o'"202, L. o'"i62. — Lithographie par 
A. Robaut, dans les dimensions de: H. o™202, L. o'"i62. — Vente posthume, 
n° 73 : 835 fr. à M. Haro. — Cat. A. Moreau, pp. 76, i3i, i53, 192, 3i3. 
Les gravures faites par M. Villot d'après ces trois études de tètes sont inédites; il n'en a été 
tiré que quelques épreuves d'essai. D'abord, en premier état, sur une même feuille, la tète 




i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



de Turc et le portrait de vieille femme, tirés à vingt épreuves. Ensuite, en deuxième état, 
sur une feuille plus grande, on a réuni à la tête de Turc et au portrait de vieille femme le 



pour_i4 francs, à M. Lelogeais, marchand d'estampes, rue de Seine. — Nous reproduisons 
une épreuve du deuxième état, avec la disposition même qu'elle a reçue au tirage. La tète du 
cardinal y étant peu lisible, nous en donnons le détail. 



Année 1844 

N" 789 : Bacchante endormie 




Toile. — H. o'"33, L. o'"45. — N° i23 de la Vente pos- 
thume, 320 fr. à M. Haro. — Non catalogué par M. Moreau. 

En cette année 1844, où Delacroix travaillait à la grande déco- 
ration de la bibliothèque de la Chambre des députés, il se sentait 
plus tendrement épris que jamais pour les grands maîtres français 
qui furent ses prédécesseurs. Un jour qu'il était allé h Versailles, 
sans doute pour revoir les peintures décoratives de Le Brun , il 
aperçut l'admirable groupe du Persée et Andromède, de Puget, 
abandonné dans le parc à toutes les intempéries des saisons. Il en 
revint indigné, écrivit lettre sur lettre et même un article dans les Beaux-Arts, édités par Cur- 
mer, pour protester contre ce vandalisme. Et quelques jours après, il adressait à Curmer 
également le billet que voici : « Je ne m'attendais pas à voir si tôt confirmées mes tristes pré- 
visions au sujet de l'Andromède : j'apprends qu'un des derniers orages a rompu précisément ' 
au-dessus du groupe une grosse branche d'arbre qui a brisé dans sa chute l'une des mains de 
l'Andromède et une partie du bouclier du Persée. Je vous transmets sans commentaires cette 
nouvelle affligeante. Il va sans dire qu'on a aussitôt que possible restauré et fait disparaître 
les traces du dégât; mais cette restauration elle-même n'est qu'un outrage de plus. Les amis 
des arts doivent-ils désespérer encore de voir arracher à une destruction totale un des ou- 
vrages les plus capitaux du plus grand sculpteur français? » Déjà en lySS, Piganiol delà Force 
demandait que le Milon et l'Andromède fussent placés dans le château. Un siècle après 
seulement, ils sont entrés au Louvre, dans les salles de la sculpture française. 



N" 790 : La mort d'Ophelia 

Toile. — H. o™22, L. 0^29. — Signé à droite, non daté. — Voir la lithographie à 
Tannée 1834 et les tableaux aux années i838 et iSSg. — A M. John Saulnier. — Cat. 
A. Moreau, p. 25 i (note). 

Le tableau est très terminé. C'est la même composition que celle des deux autres. La seule 
différence qu'il y ait avec la lithographie originale, c'est que le paysage a. été agrandi. Dela- 
croix se sera servi, pour exécuter ce tableau, du dessin qu'il avait employé pour sa lithogra- 
phie. C'est pourquoi la lithographie est en sens contraire. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



T844 



N" 791 : La mort de Sardanapale 

Toile. — H. o'"74, L. o™93. — Appartient à M. Bellino. — Cat. A. Moreau, p. 170. 

E. Delacroix avait légué à M. Legrand, avoué, son exécuteur testamentaire, ce tableau, 
qui n'est qu'une traduction sans variante du tableau peint en 1827 ( voir n" 198). Après 
la mort de celui-ci, il passa aux mains de M. Crabbe, de Bruxelles, et depuis dans celles de 
M. Bellino. — F. Villot en avait fait une copie dans l'atelier du maître ; derrière le châssis se 
trouvent des taches et des notes de couleurs employées dans l'œuvre originale. 



N°^ 792, 79^ : Cavalier marocain 




i" Aquarelle. — H. o""! i, L. o™o8. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Dessin à la mine de plomb. — H. o^i 10, L. o^oSo. — Signé E. D. 
en bas, à gauche. — Gravé sur bois pour V Illustration, dans les mêmes 
dimensions. — Cat. A. Moreau, p. 79. 

Monté sur un cheval lancé au galop, il tire un coup de fusil. — Dans YIlliis- 
tration, la gravure accompagnait un article traitant des relations entre la France 
et le Maroc (voir tome iii, p. 341). Elle a paru aussi dans l'ouvrage de M. H. de la Madelène. 



'T,'mtwii& 




N°^ 794, 795 : Costumes maures 



positions 
qui fait 



1° Aquarelle. — H. o'"i3o, L. o^iaS. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Dessin à la mine de plomb. — H. o"'i 3o, L. o"i 25. Signé E. D. 
en bas, à gauche. — Gravé sur bois pour Ylllustration, dans les 
mêmes dimensions. — Cat. A. Moreau, p. 7g. 

La gravure a paru également dans l'ouvrage de M. H. de la Madelène. — 
Ces aquarelles et dessins, comme quelques-uns des numéros qui vont 
suivre, étaient autant d'études et de préparations pour l'admirable tableau 
du Salon de 1845. Toutes ces études n'ont pas trouvé place dans les com- 
définitives; Delacroix se remettait le Maroc entre les doigts, comme un musicien 
des gammes et des exercices avant d'exécuter un morceau brillant. 



N°®796, 797 : Soldats de la garde noire de l'empereur du Maroc 



1° Aquarelle. — H. o'"i20, L. o^oSo. — Non catalogué par M. Moreau. 
2 i essin à la mine de plomb. — Signé E. D. en bas, à gauche. — ■ 
H.o'"i20, L. o™o8o. — ■ Gravé sur bois pour V Illustration, dans les 
mêmes dimensions. — Cat. A. Moreau, p. 78. 

C'est une étude pour l'homme à pied qui marche à la tète du cheval de l'em" 
pereur Muley-abd-er-Rahman. Ici, il est debout, appuyé sur son fusil, une 

cartouchière à la ceinture, le , sabre suspendu en bandoulière et un burnous sur les épaules. 

— La gravure a paru également dans l'ouvrage de H. de la Madelène. 




i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



•2i3 



N' 



798, 799 : L'empereur Miiley-abd-er-Rahman 

1° Dessin à la mine de plomb. — H. o"'25o, L. o'"i6o. — 
Verne posthume à M. A. Robaut. — Gravé sur bois pour 
V Illustration, septembre 1844, ^^^^ l^s dimensions de : 
H. o'"2o5, L. o'"i2o. — • Reproduit en fac-similé, par 
A. Robaut, dans les dimensions de : H. o'"25o, L. o'"i6o. 
— Voir à l'année 1845. — Cat. A. Moreau, p. 78. 
2° Aquarelle. — H. o"'2o5 , L. o"'i2o. — Non cata- 
logué par M. Moreau. 

Le dessin est accompagné de deux lignes autographes sur la 
composition de quelques tons; il représente exactement le groupe central du tableau peint 
en 1845, et qui appartient aujourd'hui au musée de Toulouse. La gravure porte en bas, à 
gauche, les initiales adossées des graveurs R. H. B. L., Régnier, Hotelin, Best, Leloir. Elle 
a paru aussi dans la brochure de Henry de la Madelène déjà citée. C'est d'après celte gra- 
vure que nous avons reproduit notre première vignette, qui se trouve dans le sens inverse 
de l'original. — Quant à l'aquarelle, elle est la reproduction presque sans variante de celle 
que nous avons cataloguée sous le n" bob. La seconde vignette en donne les traits généraux. 




N"" 800, 801, 802, 803 : Vues du Maroc 



i" Vue de Méquinez. — Aquarelle. 

— H. o'"i25, L. 0^140. — Non ca- 
talogué par M. Moreau. 
2° Même vue de Méquinez sans va- 
riante. — Dessin à la mine de plomb. 

— H. 0^125, L. o'"i40. — • Signé 
E. D. à droite en bas. — Gravé sur 
bois pour V Illustration, sur le dessin 
du maître, dans les mêmes dimen- 
sions. — Reproduit dans la brochure de H. de la Madelène. — Cat. A. Moreau, p. 79. 
3° Vue d'Alkassar-el-Kebir. — Aquarelle. — H. o™ii, L. o"'2i. — Voir ralbum 
du comte de Mornay (i833). — Non catalogué par M. Moreau. 

4° Même vue d'Alkassar. — Dessin à la mine de plomb. — H. o"'i i, L. o™2i. — Signé 
E. D. en bas, à gauche. — Gravé sur bois pour V Illustration, dans les mêmes dimen- 
sions. — Reproduit dans la brochure de la Madelène. — Cat. A. Moreau, p. -q. 




N" 804 : Lion dévorant un cheval 

Dessin à la mine de plomb. — H. o'"i20, L. o'"235. — Photographié par Braun. 
N° 478 de la Vente posthume : 36o fr., au Musée du Louvre. — Phototypographié 
pour les Dessins du Louvre (Baschet, i883). — Non catalogué par M. Moreau. 
C'est le dessin qui a précédé la lithographie originale du maître; la lithographie est bien 
plus souple d'exécution. (Voir le n" suivant.) 



214 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1844 



N° 80^ : Lion dévonint un cheval 



Lithographie pour les Artistes conieinpnrains. — H. o"M 20, 
L. o"'238. — Vente De La Combe (premier état) : 5o fr.; 
vente Parguez (troisième état): 2 fr. ; vente Dubois (deuxième 
état) : 6 fr.; vente Galichon (cinquième état) : 10 fr. ; vente 
Villot (troisième état): 3 fr. — Cat. A. Moreau, p. 5o. 

Premier état. Sans aucune lettre, sauf sur la planche, la signature 

et la date de 1844 en dessous. 

Deuxième état. En bas, au milieu : Groupe d'Animaux » , à 

droite : « Imp. Bertauts «. 
Troisième état. En haut, à droite « n» 17 »; en bas, à gauche « Eug. Delacroix, pinx. et 
lith. .), à droite: « Imp. Bertauts», au milieu : « Lion dévorant un cheval «, et le timbre sec : 
(( Les Artistes contemporains ». La date 1844 sous la signature effacée. 
Quatrième état. Le nom de Bertauts, effacé, mais avec le timbre sec de la publication. 
Cinquième état. La date de 1844 transparaît, bien qu'elle ait été effacée sur la pierre. 
Il y a encore au moins un autre état non cité par M. Moreau. 




N° 806 : Lion dévorant un cheval 



Toile. — H. o'"33, L. o'"4i. — Signé à gauche, non daté. — Vente Cachardy, 12 fé- 
vrier i853 : 545 fr. ; vente M. W., i i décembre 1857 : 960 fr., à M. John Saulnier. 
— Cat. A. Moreau, p. 277. 

BIBLIOTHÈQ.UE DU PALAIS BOURBON — PROJETS 

Nous cataloguons ici un certain nombre de projets relevés dans les notes de Dela- 
croix, et dont plusieurs ont été dessinés ou peints. Il s'en trouve qui ont également 
occupé l'esprit du maître, quand il entreprit la décoration de la Bibliothèque du 
Luxembourg, car il a mené les deux œuvres de front, de 1845 à 1847. 



N"^ 807, 808, 809 : Orphée, Tyrtée 



^^^\d'Sj 



1° Orphée et les Euménides. — Indication 
à la mine de plomb. — Non exécuté. 
2° Orphée et Eurydice. — Non exécuté. 
3° Tyrtée entraînant les Lacédémoniens à la 
victoire. — Indication à la mine de plomb. 

Nous donnons la reproduction du premier cro- 
quis, « Orphée et les Euménides » et celle du troi- 
sième. (1 Tyrtée entraînant les Lacédémoniens, » 
sans nous dissimuler qu'ils ne sont pas exempts d'une certaine confusion. 




i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 




N°' 8io, 8ii : Jeunes filles de Sparte 

i" Jeunes filles de Sparte s'exerçant à la lutte. — Dessin à la 
mine de plomb. — H. o'"22, L. o'"26. — Reproduit en fac- 
similé par A. Robaut. — Partie du n° 290 de la Vente posthume: 
210 fr. à M. P. Tesse. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Même sujet. — Dessin à la mine de plomb. .— H. o"'22, 
L. o"'26. — Héliogravé pour les Dessins de décoration, édités 
par A. Quantin, dans les mêmes dimensions. — Vente pos- 
thume : 280 fr.à M. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 
Notre vignette représente le premier de ces deux dessins. Il n'y a d'ailleurs pas de variante. 

N° 812 : Pythagore consultant les prêtres égyptiens 

Simple indication au trait avec une note autographe. — Non exécuté. 

Note que le maître a écrite sous ce dessin : « Pour le Pythagore, faire à peu près la composition 
d'Hérodote... Les vieux mages. — Le grand prêtre montre la statue d'Isis voilée. — Le néo- 
phyte de Pythagore tremblant, introduit par des présentateurs ou acolytes. — Ne pas exa- 
gérer le style égyptien ; voir celui des lithographies anglaises pour la Bible de Engelmann. » 

N°^8i}, 814, 81^ : Socrate, Diogène, Platon 

1° Socrate devant ses juges. — Croquis 
mine de plomb. — H.o"M6, L. o"'20. 
— Non catalogué par M. Moreau. 
2" Diogène à l'Académie, ou les Jar- 
dins d'Académus. — Indication à 
la mine de plomb. — Note écrite par 
Delacroix sur ce dessin : « Mettre au 
fond Diogène qui s'en va tenant son 
bagage. « — Non exécuté. 
3° Platon. Banquet. — Non exécuté. 
Nos vignettes reproduisent le n Socrate devant ses juges » et le « Diogène à l'Académie. « 




N""" 816, 817, 818, 819, 820 : Sujets tirés des Testaments 

1° Moïse, en présence de Pharaon, confond les magistrats égyptiens. — Non exécuté. 

2° Moïse donnant la loi au peuple. — Non exécuté. 

3° Jésus au milieu des docteurs. — Non exécuté. 

4° Le Christ prêchant de la barque. — Mine de plomb. — Note de Delacroix : « En 

disant à saint Pierre de le suivre. Simple morale qui s'adresse à tous les simples. » 

5° Le repas chez Simon le pharisien. — Non exécuté. 



2l6 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



.844 



N''^82i, 822, 823 : Saint Paul 




1° Saint Paul ren- 
versé sur la route 
de Damas. — Indi- 
cation à la mine 
de plomb. — H . 
o'"i25 , L. o^igo. 
— Reproduit en 
fac-similé inédit 

par Ch. Desavary, dans les mêmes dimensions, et en fac-similé agrandi, par 

A. Robaut, dans les dimensions de: H.o^iq, L. o'"3i. — Vente posthume, à 

M. Robaut. — Cat. A. Moreau, p. i35. 

2° Même sujet. — Croquis à la mine de plomb. — Vente posthume, à M. Chenavard. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

3° Même sujet. —Croquis aquarelle. — H. o"2i5, L. o'"25o. — Vente posthume,— 

Vente Chambry, 1881 : 5i fr. — Non catalogué par M. Moreau. 

N°' 824, 825, 826, 827, 828, 829 : Tite-Live, Virgile, 
Antoine, Marc-Aurèle, Dante, Le Tasse 

1° Tite-Live présentant son histoire à Auguste. — 
Non exécuté. 

2° Virgile voulant faire brûler VEnéide. — Non 
exécuté. 

3° Discours d'Antoine sur le corps de César. — Non 
exécuté. 

4° Marc-Aurèle chez le stoïcien. — Non exécuté. 
5° Dante (dernier chant de la Divine Comédie). — 
Croquis à la plume. — H. o™2i, L. o""! i. — Repro- 
duit en fac-similé inédit par Lefman dans les mêmes 

dimensions. — Appartient à M. Etienne Arago. — Non catalogué par M. Moreau. 

6° Le Tasse. — Plusieurs croquis. — Non exécuté. 

Nos vignettes représentent les deux dernier.*: motifs : « Dante » et « Le Tasse. » 




B1BL10THÈQ.UE DU PALAIS BOURBON — ÉTUDES 
N° 8}o : Hémicycle d'Orphée — Ensemble de la composition 



Toile. — Esquisse de forme semi-hémisphérique. — H. o'"36, L. 0^93. — N" 12 de 
la Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau. 



N" 8)1 : Orphée — Groupe central 




Aquarelle. — H. o'"48, L. o™6i. — Lithographie à la plume 
par A. Robaut, dans les dimensions de : H. Qu'agi, L. o'"i2i.' 
— Légué par Eugène Delacroix à Constant Dutilleux. — Vente 
Constant Dutilleux, mars 1874 : 1,700 fr. à M. A. Robaut. — 
N° 170, Exposition Durand-Ruel, 1878. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

On se rappelle que Constant Dutilleux était un des sept amis chargés de classer les dessins du 

maître en vue de la Vente posthume. 

N" 832 : Orphée — Groupe central 

Dessin. — Grand in-folio. — N° 265 de la Vente posthume. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

N*" 8^^ : Composition de l'Orphée 



Dix feuilles de croquis divers, 
par M. Moreau. 



N" 266 de la Vente posthume. — Non catalogué 



N° 8^4 : Hémicycle d'Attila — Ensemble de la composition 

Toile esquisse de forme semi-hémi-. 
sphérique. — H. o™36, L. o^gS. — 
N° 1 3 delà Vente posthume : i,o5o fr. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Cette esquisse, que Delacroix avait faite 
en forme de cul de four, a depuis la Vente 
posthume été mise à plat. — c< J'ai obtenu 
qu'on m'ôte les principales planches de 
l'échafaud des deux hémicycles de la 
Chambre des Députés. L'Orphée est, 
comme je le craignais, trop en l'air; mais avec quelques détails sur le devant, j'en tirerai parti 
tel qu'il est... L'autre tableau est fort bien, nous n'y ferons pas de changements. » (Lettre 
du 12 septembre 1847 a M. Lassalle-Bordes.) 








^.-i 



N° 855 : Attila — Groupe central 



Aquarelle. — In-folio. — N° 267 de la Vente posthume : 5 10 fr. à M. Dauzats. 
Cat. A. Moreau, p. 322. 



2l8 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



,844 



N° 836 : Attila. — Femmes et vieillards fuyant les barbares 

Dessins. — N" 268 de la Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 8^7 : Composition de TAttila 

Onze feuilles de croquis divers. — N" 269 de la Vente posthume. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

N" 838 : Alexandre et les poèmes d'Homère 

Aquarelle. — N° 278 de la Vente posthume : 320 fr. à M. Claburn. — Voir le même 
sujet à la Bibliothèque du Luxembourg (1845). — Non catalogué par M. Moreau. 



N" 8^9 : Alexandre et les poèmes d'Homère 

21, L. o"'25. — Vente posthume. — Non cata- 



Dessin à la mine de plomb. — H 
logué par M." Moreau. 



N" 840 : L'éducation d'Achille 

Dessin à la mine de plomb. — H. o'"23, L. o"'3o. — Reproduit 
/' ( y^=^^ -> en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimensions, en noir 
7~HinÊy^^ ,.'-- \ et à la sanguine. — Photographié par Braun. — N" 277 de la Vente 
'- ^ posthume : 2,5oo fr. à M. de Laage. — Appartient au Musée du 
Louvre. — Non catalogué par M. Moreau. 

Eugène Delacroix attachait beaucoup d'importance à cette admirable 
composition. On sait qu'une de ses dispositions testamentaires recommandait expressément 
que le dessin fût livré aux enchères après sa mort. Il atteignit alors le prix de 2,5oo francs. 
— Voir les n»' 841, 842, 843, 844 et 899. 



N" 841 : L'éducation d'Achille 



Pastel. — H. o'"29, L. 0^41. — Vente George Sand, 1864; vente Khalil-bcy, 1868 : 

3,000 fr. — Cat. A. Moreau, p. 323. 

M. Moreau a commis une erreur en disant que ce dessin a passé h la Vente posthume. 



i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



IQ 



N° 842 : L'éducation d'Achille. — Esquisse 

Toile. — H. o'"23, L. 0^29. — N° 25 de la Vente posthume : 1,000 fr. à M. Berrver. 

— ^'ente Laurent Richard, 1878. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 84^ : L'éducation d'Achille. — Esquisse 

Toile. — H. 0^246, L. o™3oo. — Exposition d'Alsace-Lorraine, juillet 1874. — Litho- 
graphie à la plume par A. Robaut dans les dimensions de : H. o"'o85, L. o'"ii2. 

— Gravé à l'eau-forte par M. Berthault dans les dimensions de : H. o^iSo, L.o'"i6i. 

— Photographié par Braun. — Vente Constant Dutilleux, 1874 : 3,5oo fr. à 
M. Hoschedc. — Vente H..., avril 1875 : 3,o5o fr. à M. Bazile, de Montpellier. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

N" 844 : L'éducation d'Achille — variante 

Croquis à la plume. — H. o"'i2, L. o"'ii. — Note de Delacroix : 
.gW-v^^j; '< Mettre une nymphe qui regarde. » — Non catalogué par M. Moreau. 
ti^»\-",T~, Voici le passage du testament de Eugène Delacroix que nous avons rappelé 
.'.Mi^^X au sujet du beau dessin (n» 840) : « J'entends expressément qu'on comprenne 
i;?" ^dans la vente un grand cadre brun représentant des fleurs comme posées au 
^^l hasard sur un fond gris et un Centaure h la mine de plomb. i> — Le présent 
dessin est une première. pensée qui n'a pu être réalisée; mais déjà l'on y voit 
l'impétueux élan du Centaure, qui est l'idée génératrice de ce chef-d'œuvre. 
Seulement, au lieu de le présenter de face, Delacroix l'a jeté dans la direction opposée, ce 
qui lui a fourni le grand et beau geste du bras droit. — \'oirà l'année 1S62. 

N"^ 845, 846: Ovide chez les barbares 



.'S^ 1° Croquis à la mine de plomb. — 

É|j H. oi^ogo, L. o^i^o. — Voir la com- 
£i^ position rectangulaire aux années iSSg 
f^>'^ et 1862.— App'artient à M. A. Robaut. 
^\\W ~ ■'^°" catalogué par M. Moreau. 
t^7 2" Dessin à la mine de plomb. — H.o"'2 3, 
L. o"3o.— Reproduit en fac-similé et 
publié, par A. Robaut, dans les mêmes 
dimensions. — Appartient également 
à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 

Le second dessin n'apporte d'autre variante au pendentif qu'une simplification des mouve- 
ments de terrain à gauche, et, par suite, un exhaussement de la chaumière. Le premier, 
au contraire, présente une composition entièrement différente. — Voir h l'année 1859. 




L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1844 



N" 847 : Ovide chez les barbares 

Toile. — H. o'"24, L. o"'3o. — N° 24 de la Vente posthume : 1,020 fr. à M. Thoré. 
— Voir le n" 900. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 848 : Hésiode et la Muse 

Toile. — H. o"'24, L. o'"3o. — N° 19 de la Vente posthume : 1,980 fr. à M. Piron. 
— -Voir le n° 901. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 849 : Hésiode et la Muse 

Pastel. — N° 281 de la Vente posthume : ^So t'r. à M. Piron. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

N""" 850, 8^1 : Hésiode et la Muse. — Variante 



1° Aquarelle. — H. o"^23, L. o"'29. — Legs de Eugène 
Delacroix à M. Dauzats. • — Vente Dauzats : 5oo fr. — 
Appartient à M. Christophe. — Voir le n° 901. — Non ca- 
talogué par M. Moreau. 

2°Dessin à lamine deplomb. — N°27i delaVente posthume: 
440 fr. à M. Dauzats. — Non catalogué par M. Moreau. 

Le groupe des deux figures qui occupent le côte' gauche de la 
composition n'a pas été introduit dans le pendentif, où le mou- 
vement des terrains conduisant à l'horizon est aussi plus compli- 
qué. La peinture de la bibliothèque de la Chambre des députés 
ne perd rien à cette suppression. L'isolement ajoute plutôt de la majesté au groupe formé 
par la belle Muse, same, vigoureuse, aérienne cependant, qui suspend sa grâce exquise 
au-dessus du poète endormi dont elle caresse le front d'une main divinement légère. Mais 
les petites figures épisodiques, qui eussent pu diminuer le caractère d'une peinture de 
grandes dimensions, sont parfaitement à leur place dans le cadre restreint d'un dessin ou d'un 
tableau de chevalet. — Notre cliché reproduit l'aquarelle. 




N" 852 : Adam et Eve 

Dessin à la mine de plomb. — H. o'"22, L. o™26. — N" 270 de la Vente posthume : 
245 fr. à M. Ch. Desavary. — Reproduit en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes 
dimensions. — Voir le n° 902. — Non catalogué par M. Moreau. 
C'est la même composition que dans l'esquisse suivante. 



i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" 8^3 : Adam et Eve 




propre à exécuter 



Toile hexagonale. — H. o'"2i, L. o'"25. — Signé à gauche. — 
Appartient à M. de Joly. — Non catalogué par M. Moreau. 
Sans changenient. — Le nom de M. Andrieu, que nous citerons tout à 
l'heure parmi les jeunes gens qui fréquentaient l'atelier de Eugène 
Delacroix, rue Neuve-Guillemin, paraît pour la première fois dans 
les Lettres en 1844, le 12 août. Le maître le recommande à M. de 
l'Espinasse, qui était député de la Haute-Garonne. « Monsieur, le jeune 
Andrieu, qui m'a remis cette lettre que vous voulez bien m'adresser, 
mérite tout à fait l'intérêt que vous voulez bien lui porter. Il est un 
des élèves les plus assidus de mon atelier, et je le crois tout à fait 
convenablement une copie pour le Ministère. » 



N° 854 : Adam et Eve. — Ébauche en hauteur 



Toile de quarante, de forme rectangulaire. — Appartient à 
M. Gérard. — Non catalogué par M. Moreau. 
Sans variante. — A cette époque, Delacroix avait un atelier d'élèves 
qu'il avait ouvert en 1 838, rue Neuve-Guillemin, et qui fut, en 1846, 
transféré rue Neuve-Bréda. La rue Neuve-Guillemin a disparu dans le 
percement de la rue de Rennes, au passage de la rue du Vieux-Colombier. 
Parmi les élèves qui fréquentaient cet atelier se trouvaient MM. Joly- 
Grangedor, qui, plus tard, se consacra lui-même à l'enseignement, Saint- 
Marcel, Niel, Eugène Lambert, le peintre des chats, Bida, qu'il suffit de 
nommer, Bauderon de Vermeron, qui ouvrit plustard un coursmondain 
d'histoire de l'art, A. de Taverne, qui dirige.a \e Journal des Demoiselles, 
Th. Véron, Maurice Sand, Andrieu, Lassalle-Bordes, de Ferrussac, 
de Serres, Valmore, Gautheron, Garipuy, E. Leygue, etc., qui ont eu dans l'art des fortunes 
inégales. D'après ce que nous en dit M. Bida, l'eftort principal de l'enseignement de Eugène 
Delacroix portait sur l'ordonnance de la composition. 




N" 85^ : Adam et Eve 



Indication à la mine de plomb. — H. 0^24, L. 0^19. — Vente 
posthume. — Non catalogué par M. Moreau. 

La composition définitive n'a plus rien de commun avec cette première 
pensée qui, bien que tracée d'une main puissante et dramatique, ne 
• >y sort point cependant des prévisions faciles. C'est un bien beau mouve- 
y''i ment pourtant, et profondément tragique, que celui du premier 
\ homme, avançant, d'un pas hâté par le fouet du glaive de l'archange, 
les bras tombants, prêt à serrer encore d'une étreinte de pardon et 
d'amour, la main de la coupable. Et son attitude, h elle aussi, est singu- 
-^- lièremeut émouvante, en sa confusion qui détourne ses regards de ceux 

de l'époux, en sa pudeur qui ramène sa droite vers son sein pour le voiler. Cela touche 
notre humanité jusqu'à l'àme. 




N" 856 : La captivité a Babylone 

Aquarelle. — N" 279 de la Vente posthume : 640 fr. à M. Piron. — Voir le n° goS. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

C'est la même composition que dans le dessin suivant. 

N° 857 : La captivité il Babylone 




h^S^^'- 



Dessin à la mine de plomb. — H. o'"22, L. o"26. — Repro- 
duit en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimensions. 
— Appartient à M. Philippe Burty. — Cat. A. Moreau, 
p. 323. 



s. '^/iCC^-^-fc^K^.X--/' Les différences entre le pendentif et le dessin sont insignifiantes. 

x^ (S!3-S~) // / L'arbre est moins robuste, étend moins loin ses rameaux; la harpe 

des filles de Sion n'y est pas encore suspendue; l'enfant nu qui se 

presse contre sa mère n'est point posé dans la même attitude, qui, 

vj.^'-uc»-' plus allongée ici par le mouvement du bras et de la jambe, a plus 

^. •' de grandeur. A étudier ces dessins à la mine de plomb d'une si noble 

simplicité, il me paraît évident qu'ils sont postérieurs à l'exécution des pendentifs et qu'ils 

nous en donnent la svnthèsc épurée. J'y veux voir, h quelques détails près, la formule 

suprême, méditée,, corrigée, de ces grandes pensées décoratives. 



N° 8^8 : La mort de saint Jean- Baptiste. — Variante 



Toile de forme rectangulaire. — H. o'"56, L. o'"46. — Photo- 
graphié par Braun. — Exposition d'Alsace- Lorraine, 1874. — 
Appartient à M. Lambert Sainte-Croix. — Voir le n" 904. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

La variante, ici, est tellement importante, que l'on peut considérer 
l'œuvré comme entièrement nouvelle. La scène, au lieu de se passer 
dans une basse-fosse d'un caractère vague, s'encadre dans l'architec- 
ture sévère d'une prison, percée au fond d'un soupirail cintré, garni 
de barreaux, où apparaissent des tètes de curieux. La figure d'Héro- 
diade, avec quelque ressouvenir de mademoiselle Rachel, est beau- 
coup plus élégante et légère que dans le pendentif, où elle affecte une 
certaine raideur sous sa lourde coiffure à la Livie. Il n'y a guère que 
le bourreau que je trouve d'un moindre style dans le tableau. Il a perdu, à être présenté de 
face, la tournure et le grand style héroïque que l'artiste lui avait donnés dans le pendentif par 
la belle flexion du haut du corps d'avant en arrière. Le pendentif, pourtant, montrait un 
bien joli détail de réalité dans la façon toute simple et naïve dont le bourreau a jeté sur la 
barrière de la basse-fosse le manteau qui pouvait le gêner dans l'accomplissement de son 
œuvre sinistre. Ce pendentif et quelques autres auraient été peints d'après des croquis ou 
des esquisses par le praticien. Dans son étrange lettre h M. P. Burty, M. Lassalle-Bordes 
donne comme de sa main : Mort de Pline, Hérodote, Bergers chaldéens, Sénèque, Numa et 
Egérie, Mort de saint Jean-Baptiste, Adam et Eve, Captivité à Babylone, Ovide, Hésiode. 




i844 



l.ŒL"\RE DE DELACROIX 



223 



N""" 8)9, 860, 861 : L:i mort de saint Jean-Baptiste 



>0 

1 JA 



1° Croquis à la mine 
de plomb. — H.o"'28, 
■ •f&yrTfi ■' j^\ ^- °"'- ' • — Vente pos- 
\V'\ '«(W Ir-W^''^""""^- ~ ^°n catalo- 
il4-^_^'M^^^" gué par M. Moreau. 
viÉ^ù" 2° Dessin à la mine de 

plomb. — Format in- 
M| \-is^ quarto. — N" 273 de la Vente posthume: 

220 fr. à M. Bornot. — Appartient à M. Por- 
lier-Bornot. — Non catalogué par M. Moreau. 

3° Dessin à la mine de plomb. — A M. Chenavard. —Non catalogué par M. Moreau. 
Les deux derniers dessins ne sont que des recherches qui conduisent à la composition qui 
nous est maintenant connue. Le premier, au contraire, est absolument nouveau et superbe 
en ces quelques traits d'une élégance florentine. 







N° 862 : La drachme du tribut 

Toile. — H. o'"24, L. o'"3o. — N° 23 de la Vente posthume : j5o fr. à M. Philippe 
Rousseau. — Voir le n° qoS. — Non catalogué par M. Moreau. 

N°^ 863,864: La drachme du tribut 




■mÉ&>$iM 



1° Dessin à la mine de plomb. — H. o"'24, 
L. o™3o. — Reproduit en fac-similé par 
A. Robaut dans les mêmes dimensions. 
— N° 274 de la Vente posthume : iSofr. 
à M. Robaut. — Cat. A. Moreau, p. i36. 
2° Dessin à la mine de plomb. — Partie 
du n° 286 de la Vente posthume (deux 
feuilles) : à M. J. Léman. — Vente 
J. Léman. — Appartient à M. le comte Doria. — Non catalogué par M. Moreau. 

Dans le premier dessin, d'un si beau trait, la variante est à peine sensible; il n'y a qu'un peu 
plus d'écartement entre les deux personnages de droite, et le dessin y gagne. Dans le second, 
au contraire, il y a une addition, que le maître n'a d'ailleurs pas conservée dans le pendentif, 
celle de l'enfant nu, vu de dos, au premier plan et qui regarde avec un geste d'admiration si naïf. 




N'' 86) : Numa et Égérie 



Toile. — H. o™2 6. 
— Voir le n'' 906. 



L. o">3o. — N° 26 de la Vente posthume: 540 fr. a M. Normand. 
— Non catalogué par M. Moreau. 



224 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1844 



N" 866 : Numa et Egérie 

Toile grisaille. — H. o"'24, L. o"'28. — N° 276 de la Vente posthume : 900 fr. à 
M. Haro. — Vente Carlin, 29 avril 1872 :4,ioo fr. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 867 : Numa et Égérie 

Dessin à la mine de plomb. — H. o"*24, L. o"'3o. — N° 276 de la Vente posthume : 
240 fr. à M. de Plaignes. — Vente J. Léman. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 868 : Lycurgue 

Toile. — H. o™2_i., L. o"^3o. — N° 20 de la Vente posthume : 820 tr. — Appartient 
à sir Frederik Leighton. — Voir le n° 907. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 869 : Lycurgue 




Toile rectangulaire. — H. o"32, L. o"'39. — Signé au 
milieu en bas. — Appartient a M. Donatis. — Non cata- 
logué par M. Moreau. 

Le motif est repris sans variante. La transformation de l'hexagone 
en rectangle a seulement imposé quelques additions sans impor- 
tance, telles que le prolongement du trépied, deux vases placés 
au bas du siège élevé où trône la Pythie et une légère différence 
dans le mouvement des jambes de Lvcurgue, qui gravit ici la 
marche du petit autel des sacrifices devant lequel, dans le pen- 
dentif, il se tient immobile. — Ce sujet fut peint en 1842, ainsi 
otfert à Th. Thoré pour la Société des gens de lettres. 



N° 870 



Lycurgue 



Pastel, 
lettres. 



Offert, en 1842, à Th. Thoré, pour un album de la Société des gens de 
Non catalogué par M. Moreau. 



N" 871 : Démosthènes 



Toile. — H. o"'24, L. o'"3o. — N" 22 de la Vente posthume : 5oo fr. 
— Voir le n" 908. — Non catalogué par M. Moreau. 



M. Petit. 



i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



225 



N° 872 : Démosthènes 



Toile quadrangulaire. — H. 0^46, L. o'"36. — N" 62 de la Vente 
posthume : i , i 20 fr. à M. Lecesne. — Voir à Tannée iSSg. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Nous nous trouvons en présence d'une variante complète du « Démos- 
thènes ». Les falaises, les quartiers de grosses roches et les petites 
figures qui occupent le côté gauche du pendentif ont disparu et fait 
place h une ligne de côtes très abaissées et que dépasse la haute stature 
de Démosthènes. Si celui-ci marche sur le rivage à peu près du même 
pas et est vêtu à peu près de même, — quoique ici la draperie monte 
plus haut sur la poitrine nue, — le mouvement du bras est tout 
différent. C'est le bras gauche, au lieu du droit, qui est levé, et celui-ci 
retient une autre draperie flottant à l'air, fouettée par le vent de mer, sous un ciel parcouru 
par de grandes nuées. Delacroix, en cette variante, a adopté la disposition en hauteur, tandis 
que, pour la variante de i85q, il adopta la disposition en largeur. Dans l'un et l'autre cas, la 
base de la composition étant plus vaste, le maître a pu donner plus d'étendue à la mer qui 
déferle à longs plis sur la grève et ajoute plus d'ampleur à la scène. 




N" 873 : Cicéron 



Toile. — H. o'"24, L. o™3o. — N° 21 de la Vente posthume : 1,540 fr. à M. Stevens. 
— Voir le n° 909. — Non catalogué par M. Moreau. 



N" 874 : Cicéron 



Dessin à la mine de plomb. — H. o'"22, L. o"'26. — Repro- 
duction en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimen- 
sions. — Appartient à M. Burty. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Le dessin ne diffère en rien du pendentif, qui est de ceux que Dela- 
croix peignit entièrement de sa main. Le 5 novembre 1842, il écrit 
à l'un de ses praticiens : a J'ai presque terminé mes figures pour la 
Chambre des députés; mais vous ne serez pas inutile pour y mettre 
surplace quelques touches. » De ce passage, il faut conclure que les 
pendentifs furent peints à l'atelier. 11 ajoute : « Je serai, je crois, aussi obligé de faire moi- 
même les masques, attendu que Delestre ne m'en paraît pas assez capable. » Nous publions 
plus loin quatre de ces masques. 




N" 87^ : Cicéron 



Dessin à la mine de plomb. — H. o'"2; 
3oo fr. — Appartient à M. Christophe. 



L. o"'26. — N" 272 de la Vente posthume: 
- Non catalogué par M. Moreau. 



22b 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1844 



N° 876 : Hérodote 



Dessin à la mine de plomb. — 
— Appartient à M. Choquet. 



H. o'"2i, L. 0^24. — Vente posthume; vente Forget. 
— Voir le n° 910. — Non catalogué par M. Moreau. 



N° 877 : Hérodote 



Pastel. — H. ©'"ai, L. o'"26. — N° 285 de la Vente posthume : 3iofr. àM. Lauvech. 
— Non catalogué par M. Moreau. 



N" 878 



Les bergers chaldéens 



Dessin à la mine de plomb. — H. o"'2i, L. o'"26. — Appartenait 
à M. Riesener. — Voirlen^gii. — Non catalogué par M. Moreau. 

En ce projet, d'un si beau dessin, très épuré, les deux figures princi- 
pales sont plus rapprochées l'une de l'autre que dans la composition 
définitive. La forme des collines qui limitent l'horizon est très diffé- 
rente. En les supprimant, ou tout au moins en les abaissant beaucoup, 
et en les rejetant à droite et h gauche, l'artiste a donné plus de gran- 
deur et de profondeur à l'œuvre. C'est en vue du même résultat qu'il 
a fait disparaître aussi le joli groupe de figures que l'on voit ici à un plan éloigné. Si char- 
mant qu'il fût, il avait l'inconvénient de distraire l'attention du sujet principal, qui prend 
dans son isolement un caractère en quelque sorte religieux d'adoration solennelle. 




N° 879 



Les bergers chaldéens. — Ébauche 




Toile quadrangulaire. — H. 0^45, L. o'"38. — N° 120 de la Vente 
posthume : 100 fr. à M. Arosa. — Vente Arosa, 1878 : j5 fr. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Lorsque Eugène Delacroix a repris les compositions des pendentifs pour 
leur donner la forme rectangulaire des tableaux de chevalet, il a indifTé- 
remment adopté tantôt la disposition en hauteur, tantôt la disposition en 
largeur. Cette dernière est cependant beaucoup plus fréquente. — Il n'y 
a de variante essentielle que dans l'attitude de l'homme couché. Le pen- 
dentif le montre allongé à plat ventre, le menton soutenu par le poing ; ici 
dans une attitude pénible qui convient mal aux longues contemplations. 



N° 880 : Les bergers chaldéens 



Toile. — H.o'"24, L. o"'3o. — N" 17 de la Vente posthume : 1.14 fr. 
Non catalogué par M. Moreau. 



à M. Piron. — 



■844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



227 



N° 881 : Les bergers chaldéens 



PasteL — H. o'"2i, L. o'"26. — N° 280 de la Vente posthume 
Louvancourt. — Non catalogué par M. Moreau. 



610 fr. à M. de 



N°^ 882, 883 : Sénèque. — Esquisse 



i°Toile. — H. 0^27, L. o™2o. — Photolithographié par Arosa 
dans les dimensions de: H. o"M2o, L. o'"og7. — Vente G. Arosa, 
1878 : 6o5 fr. à M. Breysse. — Non catalogué par M. Moreau. 

La disposition en hauteur, en ce motif, était tout indiquée. Il suffit de 
tracer deux verticales à la limite des figures qui sont debout pour 
retrouver le groupe essentiel. Les personnages qui se lamentent, dans la 
partie latérale à droite du pendentif, n'ajoutent au caractère tragique 
de l'œuvre qu'un intérêt de second ordre qui a sa valeur, sans doute, 
une valeur pittoresque, il est vrai, plutôt que morale, mais, au point 
de vue pittoresque, absolument nécessaire, ainsi que la draperie sus- 
pendue pour remplir le vide de la composition en ce lieu. Eugène Dela- 
croix, d qui la li-uondite était si facile, n'a jamais reculé devant de tels sacrifices. 
2° Pour la noble figure du Sénèque, Delacroix s'est beaucoup inspiré de la statue en marbre 
de l'esclave noir qui est au Louvre, et dont le maître a fait un dessin in-folio vivement senti. 
Ce dessin, provenant de la Vente posthume, appartient à M. A. Robaut. ■ — Voir le n° 912. 




N° 884 : Sénèque. — Fragment 



Toile. — H. o"'47, L. o"6o. — Vente Arosa, février 1878 : 
60 fr. à M. Hazard. — Non catalogué par M. Moreau. 

C'est un simple trait nu bistre avec quelques hachures, une étude pour 
l'agencement des bras droits de Sénèque et de l'esclave qui vient de 
lui ouvrir la veine. Si l'on prenait au pied de la lettre les Notes com- 
muniquées à M. Philippe Burtv par M. Lassalle-Bordes pour la seconde 
édition des Lettres, il semblerait qu'à l'exception de cinq des penden- 
tifs, toute la décoration des bibliothèques du Luxembourg et de la 
Chambre des députés a été peinte par Pierre, Paul, Jacques, Jean, et tels autres praticiens 
non moins illustres, et surtout par M. Lassalle-Bordes, fort occupé, paraît-il, à réparer les 
maladresses du maître. Le Sénèque » serait l'œuvre d'un « peintre amateur, M. Planet, de 
Toulouse ». On prête à M. Lassalle-Bordes des forfanteries de parole que ne dément pas, 
malheureusement, le ton de ses notes. Il n'est donc pas sans intérêt de publier une étude qui 
permet de croire que Delacroix est bien pour quelque chose dans le « Sénèque ». 




N° 885 : Sénèque. — Esquisse 



Toile. — H. 
de Laage. — 



Voir 



L. , 

le n' 



)"'27. — N" 18 de la Vente posthume : 700 fr. à M. le baron 
912. — Non catalogué par M. Moreau. 



îiS 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



.844 



N° 886 : Sénèque. — Esquisse 

Croquis divers à la mine de plomb. — Vente posthume, à M. Robaut. — Voir le 

n° 912. — Non catalogué par M. Moreau. 



N'' 887 : Socrate 



Pastel. — H. 0^24, L. o™3o. — N° 283 de la Vente posthume : 210 fr. à M. Vau- 
zelard. — Voir le n" gi3. — Non catalogué par M. Moreau. 



N" 888 : Mort de Pline l'ancien 



Toile. — H. o"24, L. o^So. — N° i5 de la Vente posthume : 740 fr. à M. Aubry. 
— Voir le n° 914. — Non catalogué par M. Moreau. 



N'' 889 : Aristote 



Toile. — H. o™24, L. o™3o. — N° 14 de la Vente posthume : 725 fr. à M. Tesse. 
Voir le n° 91 5. — Non catalogué par M. Moreau. 



N° 890 : Aristote 




ment. Délai 
outre, il a 



Dessin à la mine de plomb. — H. o"'2i, L. o"'26. — Vente 
posthume, partie du n° 290 : 85 fr. à M. A. Robaut. — Repro- 
duit en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimensions. 
— Il existe un autre fac-similé inédit par Charles Desavary. — 
Voir le n° 90. — Cat. A. Moreau, p. i36. 

En se reportant h la composition définitive, on remarquera que la 
principale variante consiste dans la disposition des figures accessoires 
qui occupent h droite l'angle du pendentif. Dans le dessin, il y en a 
trois au lieu de deux, et, par cela même, elles se groupent diflérem- 
roix a éliminé celle qui se trouve coupée en hauteur à la limite du dessin; en 
vêtu l'homme vu de dos, dont le profil pouvait d'ailleurs prêter à la critique. 



N" 891 : Hippocrate 



Toile. — H. o'"24, L. o^So. — N" 16 de la Vente posthume : 400 fr. à M. Normand. 
— Voirie n° 916. — Non catalogué par M. Moreau. 



iS44 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



22q 



N*" 892, 893, 894, 89^ : Quatre mascarons 

1° Tète d'hommcgravc barbu. — Dessina la scpia et à l'huile. 
— H. o'"45, L. o'"35. — Appartient, ainsi que les trois autres, 
à M. Fabius Brest. — Non catalogué par M. Moreau. 
2" Tète de jeune femme. — Même procédé, mêmes di- 
mensions. — Reproduit en photogravure pour les Dessins 
de décoration édités par A. Quantin, dans les dimensions 
de : H. o™225, L. o"'2o5. 

3° Tête de jeune faune riant. — Mêmes dimensions. 
4° Tête de vieux silène barbu. — Mêmes dimensions. 
Ces dessins, sur papier contre-colle' sur carton, ont été recueillis 
par M. Fabius Brest dans les débris de l'atelier du maître, qui 
furent vendus rue de Furstenberg, n" 6, après la Vente posthume. 
"" Le procédé est d'une simplicité extrême : le ton chaud du papier 

goudron fournit une demi-teinte puissante; les ombres sont obtenues par un lavis de sépia 
rehaussé d'huile. Les hachures, largement tracées, accentuent le caractère de la forme et lui 
donnent un relief saisissant. Les ligures sont éclairées par dessous. Tous ces types ont été 
inspirés au maître non par des documents tout faits, mais contrairement à cette pratique 
commode, il les a cherchés sur nature parmi des paysans de Frépillon et de Champrosay. 




BIBLIOTHÈQUE DU PALAIS BOURBON 




Peintures décoratives exécutées au Palais Bourbon, 
.1 Paris. — Le catalogue A. Moreau contient, aux 
pages 212 et 21 3, la simple nomenclature des vingt- 
lIcux sujets. 

La décoration de cette bibliothèque, commencée en i83S, 
tut terminée en 1847. Nous en réunissons ici tous les 
motifs. Elle se compose de deux hémicycles et de cinq 
coupoles divisées chacune en quatre pendentifs. 
Les hémicycles sont peints sur le mur enduit d'une pré- 
paration h la cire. Dans le principe, ils devaient être peints 
sur toile et marouflés ensuite; le premier sujet, l'Orphée, 
fut exécuté ainsi, mais des tassements s'étant produits dans 
la maçonnerie, la toile se rompit et Delacroix dut re- 
commencerson travail. Ils représententdeuxdates extrêmes 
de la civilisation : i" Orphée apportant la civilisation 
à la Grèce; 2° Attila ramenant la barbarie sur l'Italie 
ravagée. Comme ils semblent symboliser, par ces deux 
grands faits de l'histoire, l'éternelle lutte du bien et du 
mal, de la paix et de la guerre, on leur a donné le nom 
d'hémicycle de la Paix et d'hémicycle de la Guerre. 
Les coupoles sont peintes à l'huile sur toile marouflée sur enduit. Chaque coupole se com- 
pose de quatre pendentifs et comprend par conséquent quatre sujets, que le maître a choisis 
dans un même ordre d'idées : i" la Poésie; 2" ta T/iéologie ; 3" la Législation ; 4" la Phi- 
losophie; 5" les Sciences. Les pendentifs sont reliés entre eux par une bande d'ornements 
et séparés par des cartouches décorés de mascarons tous différents. Il y a vingt mascarons. 
On en a vu plus haut quelques-uns que nous reproduisons d'après les dessins du maître. 






23o L'ŒUVRE DE DELACROIX 



En février iSSi, le bureau de la Chambre des députes nommait une commission « chargée 
d'étudier les mesures qu'il pourrait y avoir lieu de prendre pour préserver les peintures 
de Eugène Delacroix des dégradations qui paraissent les menacer «.Cette commission était com- 
posée de MM. de Mahy, Madier de Montjau et Margaine, questeurs ; Turquet, Noël Parfait, 
Lockroy et Antonin Proust, députés ; Ballu, Bœswilwald, Charles Garnier, de Joly et Vau- 
dremer, architectes ; Pierre Andrieu, Etienne Arago, Barbet de Jouy, Philippe Burty, 
Galland et Charles Blanc. Après avoir examiné l'état général de la décoration dans les hémi- 
cycles et les pendentifs delà bibliothèque, elle a prié MM. Ballu, Bœswilwald, Garnier et Vau- 
dremer, auxquels était naturellement adjoint l'architecte du monument, M. de Joly, de 
rechercher les causes des dégradations dont les peintures de Eugène Delacroix semblaient 
menacées, et d'indiquer les moyens de remédier au mal ou, tout au moins, d'en arrêter les 
progrès. La commission a chargé en même temps MAL Andrieu, Etienne Arago, Barbet de 
Jouy, Burty, Galland et Charles Blanc, de constater tous les dommages qu'auraient pu 
éprouver les peintures de Eugène Delacroix. Les rapports des deux sous-commissions ont été 
faits, l'un par M. Charles Garnier, l'autre par M. Burty. Le premier, parlant au nom des 
architectes, a signalé comme étant les causes des lézardes remarquées dans les hémicycles, 
le tassement des maçonneries et le jeu des constructions en fer, dont les armatures ont 
repoussé l'enduit en s'oxydant, ou bien déterminé une rupture dans ces enduits, en fléchis- 
sant sous le poids de la voûte. Après avoir proposé les moyens pratiques de s'opposer aux 
tassements et aux fléchissements ultérieurs, M. Garnier se montre assez peu effrayé des alté- 
rations qu'a subies la peinture du maître et des fissures qu'elle présente en plusieurs 
endroits. Ces accidents, si on les empêche de s'aggraver, lui paraissent même donner parfois 
un certain charme et un certain caractère à la décoration murale, et il cite Michel-Ange 
comme ayant pris plaisir à feindre des crevasses dans le plafond de la chapelle Sixtine. 11 
pense que les peintures exécutées sur toiles et marouflées sur les voûtes n'ont rien à craindre 
des légers tassements qui pourraient encore se produire », et il ajoute que « les préoccupa- 
tions que l'on a pu concevoir à leur égard n'ont pas de raison d'être ». L'honorable rap- 
porteur conclut que, pour ce qui est des fissures, « bien que cet effet soit fâcheux, il ne doit 
rien être tenté ni pour y remédier au présent, ni même pour l'arrêter à l'avenir. Il faut donc 
se résigner et laisser les coupoles en l'état actuel ». Le rapport de M. Burty ne témoigne 
pas de la même sérénité. Les termes en sont beaucoup moins rassurants. La sous-commission 
a regardé de très près aux demi-coupoles auxquelles on accède par une galerie ; elle a ensuite 
examiné, lorgnettes en main, les dégradations des pendentifs, dont la plupart d'ailleurs sont 
visibles du sol même, et elle a constaté les fentes qui se sont produites dans les murs con- 
caves des hémicycles, les écailles qui s'en sont détachées et qui, en laissant reparaître l'en- 
duit, forment des taches blanches, les boursouflures qui se manifestent dans les toiles marou- 
flées sur les pendentifs, les chancis qui appellent un nettoyage, les retraits de la toile qui 
demandent un léger raccord. Toutes ces détériorations ont été soigneusement décrites dans 
le rapport très bien motivé de M. Philippe Burty, qui conclut ainsi : « A l'unanimité des 
membres présents dans la sous-commission de peinture, dit M. Philippe Burty, nous 
croyons que les graves altérations qui avaient évefllé l'attention du bureau de la Chambre 
sont de nature à légitimer l'inquiétude, à provoquer de prompts secours. Le travail de Eugène 
Delacroix, entrepris en 1844, terminé en 1847, honore au plus haut degré la France du 
xix" siècle. Il témoigne de lectures considérables et bien coordonnées, d'un goût supérieur 
dans le choix et la variété des épisodes, d'une originalité magistrale dans les moyens d'exé- 
cution, d'un instinct des ressources picturales dans la décoration, qui placent notre école au 
pair de ce que le passé avait produit de plus distingué. L'ensemble de ces peintures, qui por- 
tent en elles le charme de l'enseignement, est comme un dépôt sacré sur lequel la France 
doit veiller jalousement. Il n'est point de sacrifices qu'il ne faudrait faire pour le transmettre 
intact aux générations qui vont suivre, et qui acclameront le mouvement intellectuel et 
artistique de ce siècle. » La commission, après avoir entendu la lecture des deux rapports, a 
décidé que les travaux de réparation demandés par M. Garnier pour le bâtiment architec- 
tural seraient effectués ; elle a donné en même temps satisfaction au rapport de M. Philippe 
Burty, en ce qui concerne les mesures à prendre pour la conservation des peintures. — 
La vue d'ensemble de la Bibliothèque reproduit un dessin de M. Fichot [Illustration, 1847). 



■ 844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N"" 896 : Hémicycle de la Paix 
Orphée vient enseigner aux Grecs les arts de la Paix 

Peinture à la cire. — Dimension au développement du grand cintre, lo^gS; dia- 
mètre, 7™35. — Cat. A. Moreau, pp. 212, 3o8. 




,::^^ 






L'idée qui a présidé aux décorations du Palais Législatif offre l'intérêt d'une large concep- 
tion historique, qui se résume par les termes opposés dans les deux hémicycles, représentant, 
l'un « le Berceau ■>, l'autre, « le Tombeau de la civilisation antique ». Ces deux compositions 
ont été choisies par le peintre avec un art consommé, s'il a voulu prouver la souplesse, la va- 
riété et rétendue de son propre talent, interprétateur et pittoresque. Le premier hémicycle 
montre Orphée venant policer les Grecs encore barbares et leur enseigner les arts de la paix. 
Dans l'éther d'un ciel élyséen, inondant la nature de clartés ravonnantes, Minerve et Cérès, 
les chastes divinités, mères de l'Abondance et des Arts, planent d'un légervol sur un groupe 
de pâtres à demi-nus, de chasseurs ployant sous le gibier, de centaures haletants de leurs 
courses aux collines prochaines, de femmes, d'enfants, de nymphes encore humides de la 
molle étreinte des fleuves, d'animaux eux-mêmes qui se pressent, avides d'entendre le verbe 
du chantre inspiré qu'ils couvrent de leurs regards. Ses paroles coulent douces comme le 
miel sur les lèvres du divin poète, leur chaleur pénétrante gonfle ces cœurs grossiers, leur 
sève parfumée fait éclore déjà sur le front dur des nomades les jeunes fleurs de l'intelligence. 
Aux abords de ce groupe, les premiers essais d'agriculture sont tentés, les génisses courbent 
sous le joug leur nuque docile, et prêtent aux mains des femmes leur pis gonflé de lait. 
D'un autre côté, quelques hommes, se répétant les leçons du maître, cherchent à lire, dans 
les entrailles fumantes des victimes, l'immédiat avenir de la tribu dont Orphée chante la 
gloire lointaine sur sa lyre aux accents ineffables. — Voir les n<" 83o, 83i, 832, 833. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1,^44 



N" 89- : Hémicycle de la Guerre 
Attila et les barbares foulant aux pieds l'Italie et les Arts 

Peinture à la. cire. — Dimensions au développement ciu grand cintre : io'"ç 
diamètre : j"''35. — Cat. A. Moreau, pp. 212, 3o8, 322. 



'î'- ^0. 







Par flots, par torrents, par trombes, au galop furieux Je leurs chevaux sauvages, aux lueurs 
des incendies et des éclairs, les Huns descendent du haut des Alpes, massacrant, pillant, brûlant, 
poussant devant eux, comme un troupeau, les vieillards, les femmes et les enfants échappés 
au carnage. Eperdus, les fuyards hâtent le pas vers la mer, qui étend à perte de vue son impla- 
cable azur; ils fléchissent sous le poids des dieux domestiques, des débris de l'art, des ma- 
lades, arrachés aux flèches ou à la hache des envahisseurs. Attila, féroce sur son cheval aux 
crins incultes, à l'œil curieux, et qui lui-même prend part à la furie de l'action sous le cava- 
lier aux veux de flamme. — Attila domine toute l'action avec une brutale et superbe violence. 
Magnifique sous sa peau de loup, c'est la sublime image du roi barbare. Orphée — le calme, 
les parfums agrestes, la douceur lactée; Attila — l'ivresse du sang, l'horreur et l'épouvante! 
— Le rayon et la foudre! Entre ces motifs, le contraste est tellement grand, qu'une glorieuse 
coquetterie d'artiste ne me paraît pas étrangère à ce hardi rapprochement; coquetterie légi- 
time, s'il en est, noble ambition, d'ailleurs, que celle qui consiste à se poser à soi-même de 
tels problèmes, où le cerveau joue un rôle puissant, où la main doit être si ferme et en même 
temps si souple, qu'elle sache renoncer à ses prestigieux caprices, et suivre, traduire fidèlement 
les plus fines nuances de la pensée maîtresse. — Voir les n"^ 834, 835, 836, 837. 
Nous avons omis de dire que la restauration des peintures de la Bibliothèque fut confiée à 
M. AnJrieu, qui l'exécuta avec le plus grand soin. 



i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



233 



N°- 898, 899, 900, 901 : Première coupole. La Poésie 




Peintures à l'huile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical : 2^21 ; 
en diamètre horizontal : 2"'9i; en diagonale oblique : i"^6-j . Les côtés, dans Tordre 
des dimensions, mesurent : i™82, i^'^-jb^ i"o6,o"65. — Cat. A. Moreau, pp. 2i3,3o9. 

1" Premier pendentif. — Alexandre et les poèmes d'Homère. — 
L'hommage rendu par un héros au génie d'un poète. «Alexandre, 
après la bataille d'Arbelles , faisant enfermer dans une cassette 
d'or les poèmes d'Homère «, inspirera de nouveau Delacroix; il 
fera de ce sujet le motif d'une des voussures de la croisée de la 
bibliothèque du Luxembourg (voir à l'année iSqS). — n Chose 
extraordinaire, tant de tableaux, si variés d'aspect, si divers par 
les sentiments qu'ils manifestent, par des figures appartenant aux 
races les plus diflerentes et à des époques fort éloignées l'une de 
l'autre, tant de tableaux ne forment pas, comme on pourrait s'y 
attendre, une bigarrure. Tous les ensembles séparés ne composent 
qu'un seul et indissoluble ensemble. L'imagination la plus abondante, la plus fiévreuse qui 
fut jamais, s'est enchaînée pour se soumettre à un ordre régulier, à une secrète pondéra- 
tion. L'enthousiasme du peintre a été contenu, refréné par la sagesse du poète recueilli. Rien 
ne détonne, tout se tient à merveille, et pourtant quel intervalle à franchir entre les pen- 
dentifs de la Poésie, et le dernier hémicycle correspondant à celui où les arts de la paix sont 
apportés à la Grèce, au son de la lyre, par Orphée ! » (Ch. Blanc.) — Voir les n"' 838, 839. 

2" Deuxième pendentif. — L'Education d'Achille. — d L' Education 
-fpçax d'Achille est un des morceaux les plus attachants de cette magni- 
", '\ fique décoration, de laquelle on a tant de peine à détacher ses 
■ N^ regards. Le centaure Chiron, chargé de l'éducation d'Achille, lui 
",, y> enseigne à tirer de l'arc et lui montre du doigt la proie qu'il doit 
', ,,/ viser. Le jeune héros, monté en croupe sur le centaure, et vu de 
dos comme lui, lance une flèche et développe dans son action des 
formes juvéniles d'une beauté charmante, qui seraient dignes du 
marbre si elles étaient transposées de la peinture dans la statuaire. 
Je connais et j'ai bien souvent regardé le dessin au crayon fait 
par Delacroix du centaure Chiron et de son élève, et je puis affir- 
mer que ce dessin est excellent; qu'd est ferme avec souplesse et qu'il est savant sans 
pédantisme. Bien que dénué de son grand moyen d'expression, qui est la palette, Delacroix 
nous a prouvé , dans cette première pensée, qu'il n'était pas, comme dessinateur, ce que 
l'on croit généralement et ce que nous avions cru nous-même. On voit seulement , en 
regardant bien l'esquisse dont je parle, que le peintre l'a crayonnée en projetant de plonger 
ses formes dans l'air ambiant. » — Voiries n"' 840, 841, 842, 843, 844, et à l'année 1862. 

3" Troisième pendentif. — Ovide che:( les barbares. — Cette œuvre 
si mélancolique, où la tristesse et toutes les charités de l'exil sont 
si noblement exprimées, remet en mémoire les réflexions d'Eudore 
dans les Martyrs de Chateaubriand : Un jour, ayant passé l'Ister 
j\ vers son embouchure et étant un peu écarté de la troupe des chas- 
" seurs, je me trouvai h la vue des flots du Pont-Euxin. Je découvris 
un tombeau de pierre, sur lequel croissait un laurier. J'arrachai les 
herbes qui couvraient quelques lettres latines et bientôt je parvins 
à lire ce premier vers des élégies d'un poète infortuné. — Mon livre, 
vous irez à Rome, et vous irez h Rome sans moi. — Je ne saurais vous 
peindre ce que j'éprouvai en retrouvant, au fond de ce désert, le 
tombeau d'Ovide. Quelles tristes réflexions ne fis-je point sur les peines de l'exil, qui étaient 
les miennes, et sur l'inutilité des talents pour le. bonheur! Rome, qui jouit aujourd'hui des 





UH 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1844 



tableaux du plus ingénieux de ses poètes, Rome a vu couler d'un œil sec les larmes d'Ovide. 
Ah ! moins ingrat que les peuples d'Ausonie, les sauvages habitants des bords de l'Ister se 
souviennent encore de l'Orphée qui parut dans leurs forêts ! Ils viennent danser autour 
de ses cendres; ils ont même retenu quelque chose de son langage , tant leur est douce la 
mémoire de ce Romain qui s'accusait d'être le barbare, parce qu'il n'était pas entendu du 
Sarmate! » (Charles Blanc.) —Voir les n°' 845, 846, 847 et aux années iSSg, 1862. 

4" Quatrième pendentif. — Hésiode et la Muse. — Ce pendentif 
'^ÎK a été reproduit en héliogravure inédite, d'après un dessin de M. A. 
^^A^ Robaut, dans les dimensions de 0™i2i suro'"i45. «Quelle distance 
^ ^ morale entre la Muse d'Hésiode et la grande peinture d'Attila qui 
"^ ferme le cycle de la décoration ! Le poète desTravaux et des Jours 
est endormi, la tête renversée, sa houlette entre ses jambes ; son 
troupeau est épars dans la vallée, au-dessus de lui plane sa Muse, 
enveloppée dans une draperie que soulèvent avec grâce les souffles 
de l'air. Le spectateur reçoit ici une sensation de plaisir et de fraî- 
cheur, de félicité et de repos. Là, au contraire, toutes les horreurs 
que peut rendre la peinture par les couleurs exaltées du prisme, 
sont rendues avec une vibration qui en redouble la violence. » Et Charles Blanc termine sa 
remarquable étude par ces lignes : a Oui,, on peut le dire avec résolution, il est bien peu 
d'ouvrages qui fassent plus d'honneur à l'École française que les peintures de Eugène Dela- 
croix, dans la Bibliothèque des députés, au Palais Bourbon, et rien ne pouvait venir plus à 
propos, au point où en sont notre littérature et notre art, qu'un témoignage de sollicitude, 
publiquement donné par le bureau de la Chambre, au sujet de ces nobles peintures , dans 
lesquelles un artiste, dont l'esprit avait des ailes, a su montrer, non pas cette petite 
vérité, prétendue réelle, qui est la prose, mais cette grande vérité d'au delà, qui est la 
poésie. » (Charles Blanc.) — Voir les n°^ 848, 849, 85o, 85 i . 




N°''902, 903, 904, 905 : Deuxième coupole. La Théologie 



Peintures à l'huile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical : 2'"2i ; 
en diamètre horizontal : 2'"9i ; en diagonale oblique : 2'"6j. Les côtés, dans l'ordre 
des dimensions, mesurent: i^^Sa, i^jô, i"'o6, o'"65.— Cat. A. Moreau, pp. 213,309. 

1» Premier pendentif. — Adam et Ère. — N'est-ce pas un perpétuel 
émerveillement que de voir avec quelle ingénieuse variété Dela- 
croix fait se mouvoir son dessin dans la monotone géométrie de 
ce cadre baroque des pendentifs sans base, assis sur une pointe. 
Mais la difficulté n'est-elle pas le meilleur éperon des talents 
c-ènéreux? Nous aurons à appeler l'attention du lecteur sur la com- 
position en forme de T du n Numa et Egérie » au premier pen- 
dentif de la troisième coupole. Dans 1' u Adam et Eve « le maître 
superpose trois figures dans une perpendicularité ondoyante en 
forme d'S avec la grâce d'un serpent ondulant debout sur^ sa 
queue. Je ne voudrais pas affirmer que la pensée de rappeler ainsi 
l'image du tentateur s'est formulée avec précision dans l'esprit de Delacroix, peut-être sa main 
a-t-elle exprimé le mouvement d'une inconsciente association d'idées errantes en son 
cerveau. En tout cas, le rapprochement méritait d'être signalé. Ce qui est également bien 
digne de remarque, c'est que le peintre ait réussi h remplir, avec cette perpendiculaire, le 
champ d'une toile en largeur. Le secret de cette victoire n'est autre que celui des magies de 
sa palette. D'un rayonnement de couleur il emplit et anime l'espace. Posez un tel problème 
à l'un de ces peintres qui s'attribuent le privilège exclusif d'être des dessinateurs, il est ab- 
solument impossible qu'il en sorte à son honneur. — Voir les n»' 852, 853, 854. 855 





2» Deuxième pendentif. — La Captivité à Bahylone. — Ce pen- 
dentif a été gravé sur bois en forme hexagonale pour la Gar;ette 
des Beaux-Arts du i^'' février 1864, dans les dimensions de o'"o85 
sur o"Mo2. Cette gravure a paru encore dans les Beaux-Arts 
illustrés du 28 août 1876, et dans les Artistes de mon temps, de 
Charles Blanc. — Une famille juive, le père, la mère et un 
enfant sont assis dans l'attitude de l'abandon et du désespoir, sur 
les bords de l'Euphrate, à l'ombre d'un saule auquel est suspendue 
une harpe (super Jlumina Babylonisj. Plus loin, une jeune femme, 
couchée sur le ventre, jette un regard fixe vers l'horizon lumineux 
où l'on aperçoit la ville de Sémiramis que dévore le sok-il. C'est 
encore par le jeu des couleurs, par le contraste des complémentaires que le peintre s'est 
procuré les tons incandescents de la lumière lointaine. Il éveille en nous un sentiment de 
tristesse par des moyens inattendus, c'est-à-dire en employant les teintes les plus brillantes. 
Le soleil est beau, la nature est belle, semblent dire les captifs, mais cette nature et ce soleil 
ne sont pas la nature et le soleil de notre patrie. L'effet est à la fois splendide et triste ; il est 
mélancolique en pleine lumière ! » (Charles Blanc.) — Voir les n»^ 856, 857. 

3" Troisième pendentif. — La mort de saint Jean-Baptiste. — a Si 
les pendentifs des cinq coupoles oftVent tous des beautés d'un ordre 
supérieur, il en est qui sont plus admirables que les autres ou qui 
attirent plus fortement l'attention : la Captivité des juifs a Baby- 
lone, par exemple, et la mort de saint Jean-Baptiste. Ici, le précur- 
seur gît décapité sur les marches du palais d'Hérode, et une jeune 
fille, d'une élégance farouche, vient demander la tète coupée du 
saint que lui livre le bourreau, appuyé sur une épée rouge de sang; 
le jeu de deux couleurs complémentaires, le jaune et le violet, 
engendre une aigreur et comme qui dirait une dissonance mer- 
veilleusement sauvée. Une draperie que la danseuse a posée sur la 
rampe de l'escalier vient former, par sa teinte violacée, une opposition vive au jaune sali des 
murailles de la prison; l'eflèt est sinistre. » Ajoutons à ce qu'en dit Charles Blanc, qu'en cette 
toile l'intensité du ton puissamment montée n'est comparable qu'à l'audace de certains rappro- 
chements de couleurs, le bleu, le blanc et le rouge du costume du bourreau, par exemple, 
qui sont exactement le bleu, le blanc et le rouge de notre uniforme militaire au temps des 
buffleteries blanches. Et l'on sait avec quelle unanimité les peintres ont toujours déclaré que 
cette combinaison tricolore était anti-pittoresque. Voilà donc la déclaration mise à néant du 
coup par le pantalon rouge du bourreau. Que de prétendus principes le génie coloriste du 
maître a mis ainsi et glorieusement h néant! C'est toujours l'histoire des quintes successives 
reprochées à Beethoven. « Eh bien, moi, je les permets. » — Voir les n"= 858, SSg, 860, 861. 

4" Quatrième pendentif. — La Drachme du tribut. — Saint Pierre 
trouvant dans un poisson la drachme pour payer le tribut, complète 
par un sujet du Nouveau Testament la série des compositions 
bibliques personnifiant la Théologie. « Sur toutes ces compositions 
plane le génie d'un incomparable coloriste : le dessin, le choix 
,^ des formes et des draperies, l'intervention des accessoires, la place 
que chaque objet devra occuper sur le théâtre du tableau, tout cela 
est subordonné au triomphe de la couleur. Le peintre se ménage 
des espaces pour celle qui doit dominer, et il se prépare des pré- 
textes pour les échos qui doivent rappeler le ton dominant. Il 
obéit, dans la disposition de ses figures, tantôt à la nécessité de 
juxtaposer les contraires, tantôt à la convenance de rapprocher les semblables. Mais comme, 
après tout, la couleur est, chez Delacroix, son instrument favori pour manifester les sentiments 
qu'il éprouve et ceux qu'il veut nous faire éprouver, il se trouve que les sacrifices commandés 
par la couleur sont amplement rachetés par l'émotion communiquée à l'âme, au moyen de 
l'effet produit sur les yeux. » (Charles Blanc.) — Voir les n«s 862, 863, 864. 





236 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1844 




N""" 906, 907, 908, 909 : Troisième coupole. La Législation 

Peintures à l'huile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical: 2"'2r, 
en diamètre horizontal : 2"'gi ; en diagonale oblique : l'^Sj. Les côtés, dans l'ordre 
des dimensions, mesurent : i"'82, i^jô, i"^o6, o'"65. — Cat. A. Moreau,pp. 2i3, 309. 
1° Premier pendentif. — Niima et Egérie. — Ce pendentif a été gravé 
à Tcau-forte par L. Flameng, dans les dimensions de o™i46 sur 
o"Mq5. — Les choses et les personnes que l'esprit voit surnager 
sur la mer des histoires, ont, pour le poète et pour le philosophe, 
des dates secrètes qui sont tout aussi justes à leur manière que les 
dates véritables, inscrites dans le calendrier des annalistes. En 
pensant à la législation antique et aux plus illustres orateurs de 
la Grèce et de Rome, le peintre s'est rappelé naturellement Numa 
Pompilius et Lycurgue, Démosthènes et Cicéron. Le législateur 
de l'ancienne Rome, couché sur la mousse dans un bocage, recueille 
les paroles de la nymphe Egérie quia quitté sa grotte et quia 
encore un de ses pieds dans l'eau. » Ajoutons à ces" quelques paroles de M. Ch. Blanc, 
qu'il y a, même dans l'œuvre du maître, peu de compositions si hardies, une ligne hori- 
zontale sur une verticale, un T. La souplesse du modelé intérieur en ces deux figures est telle 
qu'elle suffit à masquer la savante rigidité de cette disposition si rare et d'une audace si 
singulière. — Voir les n»s 865, 866, 867. 

2" Deuxième pendentif. — Lycurgue consulte la Pythie. — 
Lycurgue, voulant consulter la Pythie, s'avance vers elle en tenant 
une branche de laurier et montrant l'agneau qu'il vient de 
déposer sur l'autel. A distance comme de près , l'impression est 
saisissante. On peut répéter du « Lycurgue » ce que Ch. Blanc dit du 
« Sénèque et du Pline « : « Sans rien savoir encore delà signification ■ 
du tableau, de la pantomime des figures, de leur rôle , on est pré- 
venu de l'émotion qu'on ressentira, de telle façon que le tableau 
renversé, la décoration vue à l'envers, produirait déjà l'impres- 
sion voulue, ou du moins, frapperait sur l'âme les premiers coups, 
comme font ces préludes qui nous préparent à écouter une 

mélodie grave ou légère, mélancolique ou superbe, une symphonie funèbre ou un air de 

bravoure. » — Voir les n"' 868, 869, 870. 

3» Troisième pendentif. — Démosthènes harangue les flots de la 
mer. — Démosthènes, s'exerçant aux luttes de la tribune, se 
promène sur le rivage de la mer, et il harangue les flots, en 
faisant le geste d'un tribun qui apostrophe la foule. La figure de 
l'orateur est encadrée dans un petit golfe formé par deux promon- 
toires qui laissent voir le ciel de l'Attique. Des Athéniens l'ob- 
servent du haut d'un rocher.» On trouvera un peu plus haut, et aussi 
à l'année iSSg, les vignettes de variantes où ce très beau motif a 
été repris et renouvelé par Delacroix avec cette passion du mieux 
qu'il poursuivait sans relâche et sans fatigue dans les sujets qui 
avaient une fois fixé sa prédilection. — Dans le dernier pendentif 
de cette coupole, le maître a représenté Cicéron dénonçant Verres et montrant au peuple, 
qui s'agite sous les portiques du Forum, les vases précieux volés par le proconsul. Nous 
donnons cette indication ici, afin de nous réserver au numéro suivant la place nécessaire pour 
reproduire les très remarquables observations de Ch. Blanc sur l'ensemble de la deuxième 
et de la troisième coupole. Elles sont détachées d'une étude sur les peintures de la Biblio- 
thèque du Palais Bourbon, publiée dans le journal le Temps, par Ch. Blanc au moment de 
la restauration de cet œuvre. — Voir les n<» 871, 872, et a l'année i85g. 





i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



237 



4" Quatrième pendentif. — Cicéroii accuse Verres. — « Tels sont 
les sujets que représentent les pendentifs de la seconde et de la 
troisième coupole. A la variété de ces tableaux, correspond -une 
prodigieuse variété dans le coloris. Supérieur, si on le considère 
seulement comme coloriste, aux grands maîtres qui l'ont précédé, 
même aux plus illustres, même h Véronèse, même à Rubens, 
Eugène Delacroix, semblable à un chanteur qui posséderait tous 
les registres de la voix humaine, monte aux notes les plus aiguës 
et descend aux notes les plus profondes. Tandis que Rubens de- 
meure toujours lumineux, frais et rose, même lorsqu'il peint les 
plus horritsles scènes, celle, par exemple, des damnés précipités en 
enfer, Delacroix dispose d'une palette plus riche, plus variée, plus vibrante aussi, plus presti- 
gieuse et surtout plus expressive. — Voiries n»' 873, 874,875. 




N""'' 910, 91 1, 912, 91 ^ : Quatrième coupole. La Philosophie 




Peintures à l'huile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical : 2'"2i; 
en diamètre horizontal : 2^91 ; en diagonale oblique : 2"'67. Les côtés mesurent : 
i'"82, i"'76, i'"o6,o'"65. — Cat. A. Moreau, pp. 2i3, 3o8, Sog. 

I'' Premier pendentif. — Hérodote interroge les traditions des 
Mages. — Voulant écrire le récit des guerres médiques, Hérodote 
entreprit de parcourir les contrées où s'étaient accomplis ces grands 
événements dont il avait été le témoin. On suppose que l'Egypte 
fut le premier objet de ses recherches. Quoique ce pays fût presque 
neuf pour les Grecs et que Hérodote y eût tout à découvrir, il vit 
tout avec une si merveilleuse perspicacité, le décrivit avec tant 
d'exactitude, que les eflforts de la science moderne n'ont eu d'autre 
résultat que de constater la justesse de ses observations. Delacroix 
nous le montre debout, respectueux, plein cependant d'une noble 
assurance, au seuil du temple de Memphis, où l'accueillent les 
prêtres égvptiens, dépositaires des traditions de la civilisation la plus reculée. En cet 
immenseVravail de décoration, « où chaque image est une pensée, où chaque figure personnifie 
un monde», comme le dit excellemment Charles Blanc, Delacroix ne s'est pas outre mesure 
embarrassé de couleur locale, de restitution archaïque. Son génie plane au-dessus de ces 
douteuses vérités d'archéologue et s'en tient à l'éternelle vérité humaine. — Voir les n»^ 876, 877. 

2" Deuxième pendentif. — Les bergers chaldéens inventeurs de 
l'astronomie. — C'est en de telles révélations que se manifeste le 
génie d'un grand artiste. Sans doute, comme l'a très bien dit 
Charles Blanc, le seul énoncé d'un tel ensemble, tel que Delacroix 
'm ^ se l'est tracé à lui-même, est « comme un tableau à grandes lignes 

Ç*,^_ y?i> de l'histoire universelle, un index du grand livre de l'humanité, 
un abrégé encore plus laconique, mais non moins fier que celui de 
Bossuet » ; mais ce qui nous frappe le plus en cette conception, 
c'est la constante élévation de la pensée. La grandeur morale en 
cette invention de l'astronomie, le trait de génie, c'est d'avoir affirmé 
si nettement que la science humaine « l'invention » prenait sa 
source dans l'admiration des choses créées, dans l'adoration du Créateur. Dans le vaste espace 
des grands pâturages, dans le recueillement de la nuit, dans l'universel silence, ces pâtres 
tombent prosternes devant l'admirable spectacle du monde stellaire. Ils adorent, ils savent. 
<i Os homini sublime dédit, cœlumque tueri jussit. » C'est une incomparable réalisation 
pittoresque des paroles du poète latin. — Voir les n°^ 878, 879, 880, 881. 




238 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1844 



3" Troisième pendentif. — Sénèque se fait ouvrir les veines. — 
Etrange différence des hommes et des temps ! Deux princes sont 
élevés par deux philosophes, Alexandre par Aristote, Néron par 
Sénèque. Le prince grec reste l'ami de son précepteur, s'intéresse 
toujours à ses travaux, les encourage, les facilite ; le prince romain 
impose maintes bassesses au sien, en fait un très misérable cour- 
tisan, et, après l'avoir autant que possible avili, lui envoie l'ordre 
de mourir. Sénèque, aussi rhéteur, quoique philosophe, que son 
homonvme « le rhéteur », dicte avant de mourir un pompeux 
discours à ses secrétaires, puis en stoïcien, tend son bras à l'esclave 
qui va lui ouvrir les veines. A mesure que le sang s'écoule de ses 
artères, la sérénité, semble-t-il, rentre en son âme, dont les défaillances ne peuvent cepen- 
dant faire oublier les mouvements généreux. Il est vieux, veut mourir debout, craint la 
défaite de la chair, et à cet effet se fait soutenir. — Voir les n"^ 882, 883, 884, 885, 886. 

4° Quatrième pendentif. — Socrate et son démon. — Ce motif a 

"X' - ; --"5*^' inspiré à Charles Blanc une de ses meilleures pages : « La tran- 

quille méditation du philosophe, le calme qui règne dans son esprit 




:::y 



-, , 4^,, f^ , -^ -^ ^.s,j sont exprimes, comme 11s le seraient ciie^ Kemuranai, par une 
''^^*^ ^''"'►Ji^i ~{f^ peinture en quelque sorte silencieuse. L'artiste nous a transportés 
"^ ^^ ' ' *''"»'*»' au bord de l'Ilissus, au milieu d'un bocage plein de mystère, sous 




sont exprimés, comme ils le seraient chez Rembrandt, par une 



les ombrages oia le maître se plaisait à disputer avec Phèdre sur 
l'essence du beau. Socrate est enveloppé d'une robe, dont le ton 
rouge est grandement rompu par les ombres transparentes et mul- 
tipliées que forme la souplesse des plis. A ne voir que son masque 
écrasé, faunesque et vulgaire, cette figure de Socrate serait sans 
intérêt, sans dignité aucune, sans noblesse ; mais le peintre l'a représenté accompagné de son 
génie, et, comme la peinture est un art qui doit donner un corps à toutes ses conceptions, il 
est personnifié, ce génie, entourant d'une auréole de lumière le front du philosophe, dont il 
semble faire éclore les pensées, comme un oiseau divin, sous la protection de ses ailes étendues. 
La douce lumière qui émane de cet ange encore païen est une lumière surnaturelle, purement 
idéale et qui vient de l'esprit, car le bocage est fermé aux rayons du soleil, le mystère en 
creuse les ombres et les tranquillise. Cependant le tableau conserve une intensité sourde 
par le contraste d'une masse verdoyante avec la robe rouge de Socrate. — Voir le n" 887. 



N°''9i4, 9I), 916, 917 : Cinquième coupole. Les Sciences 



Peintures à l'huile sur toile marouflée. — Dimensions, en diamètre vertical : 
2'"2i; en diamètre horizontal : 2'"gi; en diagonale oblique : 2'"6y. — Les côtés 
mesurent : i"'82, i'"76, i^oô, o'"65. — Cat. A. Moreau, p. 212. 

1» Premier pendentif. — Mon de Pline l'Ancien. — Pline l'Ancien 
Ltudie l'éruption du Vésuve sous une pluie de cendres et dicte ses 
obser\ations à son secrétaire, pendant qu'un esclave accourt effaré 
et leur annonce le désastre. — La surface des pendentifs présente la 
configuration la plus ingrate, celle d'un hexagone irrégulier, plus 
lirge que haut, posé comme un écu sur la pointe, et circonscrit en 
ptrtie par des lignes courbes, n Incarcéré dans cette inexorable 
.;cometrie — a dit Charles Blanc — le peintre n'en a pas moins 
de\eloppé une à une les phases de son poème historique en se 
i.onformant aux divisions de l'architecture. Pour concevoir une 
pareille décoration, il fallait un esprit très élevé, très orné, une vaste compréhension de 
l'histoire et de la civilisation antique, un sentiment original de toutes les légendes, un poète, 




i844 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



239 




et pour donner à cet ensemble tant de dignité, tant de tenue et tout l'éclat dont il resplendit, 
il fallait un virtuose profondément instruit des lois de la couleur, initié à tous les secrets 
de son art, il fallait un peintre supérieur, un coloriste de la plus haute volée. » Et certes, 
Eugène Delacroix réunissait tous les dons heureux et toutes les savantes acquisitions que 
signale Charles Blanc. — Voir le n" 888. 

2» Deuxième pendentif. — Arislote décrit les animaux que lui 
envoie Alexandre. — Assis sur un siège élevé, le philosophe grec 
étudie et décrit les animaux inconnus'qu'Alexandre lui envoie des 
pays d'Asie, qu'il parcourt en conquérant. Un esclave lui présente, 
en l'amenant par les cornes, un bouc qui se cabre, un autre esclave 
apporte dans ses bras une gazelle ; derrière eux, casque en tète, 
attend un officier, le chef de la mission, qui lui aura apporté 
quelque message de son royal élève. A la droite d'Aristote, un 
bucrane est accroché au mur, et au-dessous se voient de grands 
feuillages exotiques. — Nous continuerons h emprunter, lorsqu'il 
y aura lieu, au ties remarquable article de Ch. Blanc, publié dans le journal le Temps 
(6 mai iSIm), Ils réflexions que lui inspire la décoration de la bibliothèque de la Chambre 
des députés, dont il a eu le courage, malheureusement tardif, de dire que « il n'a rien été fait 
dans l'Ecole française de plus magnifique en peinture murale. » La conversion de l'auteur de 
l'Histoire des peintres et de la Grammaire des Arts du dessin au génie de Delacroix a été 
longtemps arrêtée par son culte pour l'art pur académique. — Voir les n"* 8S9 et 890. 

3" Troisième pendentif. — Hippocrate refuse les présents du roi 
de Perse. — Les satrapes envoyés par Artaxercès offrent au 
médecin de Cos des vases précieux et des coffres d'or pour le 
déterminer à venir en Perse pour y faire cesser une peste qui la 
ravage. Hippocrate refuse avec dédain ces présents, ne voulant 
pas aller porter des secours aux ennemis de sa patrie. — La sim- 
plicité, la réalité, j'ai presque dit le « réalisme » du geste dans les 
figures de Delacroix est pour nous une source toujours nouvelle 
d'étonnement et d'admiration. Nul n'a eu un sentiment plus haut 
des personnages historiques et ne les a mis en scène avec plus de 
vraie noblesse ; nul cependant n'est arrivé h de tels résultats par 
des moyens d observation plus exacts, plus près de la vie commune. L'Aristote que nous 
venons de voir, par exemple, est posé dans l'attitude toute naturelle d'un expert à qui l'on 
présente des tableaux pour les inventorier. Ici le geste du refus est le plus ordinaire, c'est-à-dire 
le plus naturel aussi qu'on puisse imaginer. C'est par cette simplicité même qu'il réalise 
l'expression la plus auguste. — Voir le n" 8yi. 

4» Quatrième pendentif. — Archimède tué par le soldat. — Quand 
les Romains prirent Syracuse après un siège de trois ans, leur 
général, Marcellus, pénétré d'admiration pour le génie d'Archi- 
mède, avait ordonne qu'on l'épargnât ; cependant il fut tué par 
, un soldat qui lui avait ordonné de le suivre et auquel il ne se 
pressait pas d'obéir. Sourd aux bruits du dehors, absorbé dans sa 
méditation, l'illustre géomètre poursuit la solution de quelqu'un 
de ces terribles problèmes qui ont permis de prolonger si longtemps 
la résistance de cette ville, comme d'enlever les vaisseaux de la 
flotte à l'aide de puissants leviers armés de crampons, et de les 
briser contre des rochers ou de les briller à l'aide de miroirs 
ardents. — Ce que nous disions tout h l'heure du réalisme du geste dans les figures composées 
par Eugène Delacroix se vérifie ici de nouveau. Tous les artistes originaux procèdent de 
même. J'étais en compagnie du statuaire Carpeaux, quand il fit sur un carnet de poche un 
croquis d'après un ouvrier maçon couché sur un banc du boulevard de Courcelles; il me dit : 
<c Ce sera une des figures du pavillon de Flore. » C'est en effet celle de l'homme au bœuf. — 
Voir une variante à l'année 1854. 





240 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1845 



Année 1846 

N° 918 : La Sibylle au rameau d'or 

Toile. — H. i™90, L. i"3o. — Signé, non daté. — Salon de 
1845. — Exposition universelle de i855. — N" 60 de la Vente 
posthume: 3, 35o fr. à M. Haro. — Cat. A. Moreau, pp. 180, 3i2. 

(' La pensée de gloire qui rayonnait dans le cerveau de Delacroix à 
l'aube de sa vie », a dit en termes excellents M. Philippe Burty, n fut 
traduite par lui en peintre, plus de vingt-cinq ans après. Il envoya au 
Salon de 1845 : « la Sibylle montrant, au sommet de la foret téné- 
breuse, le rameau d'or, conquête des grands cœurs et des favoris des 
dieux. 1) Cette Sibylle (elle ne trouva un acquéreur qu'à la vente pos- 
thume de l'atelier! ) avait les yeux ardents, la bouche hautaine, le 
geste noble, la souple allure de mademoiselle Rachel, que Delacroix 
admirait passionnément, » et — pouvons-nous ajouter — qui venait 
souvent alors dans son atelier. Le poète Ch. Baudelaire, bien jeune encore, disait du même 
tableau, en son <i Salon de 1845 » : « C'est d'une belle et originale couleur. — La tète rappelle 
un peu l'indécision charmante des dessins sur Hamlet. — Comme modelé et comme pose, 
c'est incomparable; l'épaule nue vaut un Corrège. » 




N° 919 : Gœtz de Berlichingen écrivant ses mémoires 



Toile. — H. 0^27, L. 
née i836 et à Tannée 



0"2o. — Voir la lithographie et la gravure sur bois, à Tan- 
1843. — Cat. A. Moreau, pp. 35, 76. 



N" 920 : Madeleine en prière 



Toile. — H. o'"3i, L. o"'23. — Voir la tête d'étude n° 921. — Ap- 
partient à M. Alexandre Dumas. — Non catalogué parM. Moreau. 

Nous allons citer quelques mots de Baudelaire au sujet de la tête de la 
Madeleine. « Elle est peinte», ajoute-t-il, « presque par hachures, comme 
beaucoup de peintures de M. Delacroix j les tons, loin d'être éclatants ou 
intenses, sont très doux et très modères; l'aspect est presque gris, mais 
d'une harmonie parfaite. Ce tableau démontre une vérité soupçonnée 
depuis longtemps et plus claire encore dans un autre tableau dont nous 
parlerons tout h l'heure (le Marc-Aurèle), c'est que M. Delacroix est plus 
'amais, et dans une voie sans cesse renaissante, c'est-à-dire qu'il 



lort que )a 

est plus harmoniste que jamais. » Dans un paragraphe d'introduction, 
Baudelaire disait encore : « M. Delacroix est décidément le peintre le 
plus original des temps anciens et des temps modernes... Il restera toujours un peu contesté, 
juste autant qu'il faut pour ajouter quelques éclairs à son auréole. Et tant mieux! Il a le 
droit d'être toujours jeune, car il ne nous a pas trompés, lui, il ne nous a pas menti comme 
quelques idoles ingrates que nous avons portées dans nos panthéons. » 




8a5 



i<M 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



241 



N" 92 1 : La Madeleine dans le désert 

Toile.— Salon de 1845.— Exposition universelle de i855.— Cat. A. Moreau, p. 179. 
C'est une tète de femme de grandeur nature, renverse'e dans un cadre très étroit. A droite, 
dans le haut, un pan de ciel bleu. Les yeux de la Madeleine sont fermés, la bouche est noble 
et languissante, les cheveux épars. Delacroix y attachait quelque importance, puisqu'il l'en- 
voyait à l'Exposition universelle de i855 après l'avoir déjà fait figurer au Salon de 1S45. 
« Nul, à moins de la voir, dit Baudelaire, ne peut imaginer ce que l'artiste a mis de poésie 
intime, mystérieuse et romantique dans cette simple tête, u 



N''92 2 : Christine à Fontainebleau 



Toile. —Dimensions inconnues. — Gravé à l'eau-forte par Fré- 
déric Villot, dans les dimensions de : H. o'"i92, L. o'"242. 
Js — Avait appartenu à Alexandre Dumas. — Cat. A. Moreau, 
" p. 87. 

La scène est empruntée au célèbre drame en vers qu'Alexandre 
Dumas fit représenter à l'Odéon en i83o sous le titre: « Stoc- 
kholm, Fontainebleau et Rome, ou Christine de Suède » après 
le succès éclatant de « Henri 111 et sa cour », joué l'année précé- 
dente au Théâtre-Français. La reine couchée et dont le visage est 
fortement éclairé par la lumière placée à la tète de son lit, se soulève vivement en entendant 
les pas du moine qui s'approche en courant. Nous ne savons pas si c'est à la sollicitation de 
Dumas que Delacroix fit ce tableau, mais cela ne paraît pas impossible quand on se reporte 
à la lettre que l'artiste écrivit au romancier vers 1840 et où il s'excuse d'avoir vainement 
tenté de faire une vignette pour un de ses livres, n Mettez-moi à l'épreuve », ajoute-t-il, 
<( pour un des produits de mon industrie..., et ne m'en croyez pas moins bien votre ami 
pour les objets de grande dimension. » — Nous ne savons ce qu'est devenu ce tableau. 




N° 92^ : Marc-Aurèle mourant. — Esquisse 

Toile. — H. o"'26, L. o"'32. — N° 5q de la Vente posthume: 1,000 fr. à M. Porzio. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

N° 924 : Marc-Aurèle mourant 



Toile. — H. 3'"oo, L. 3'"70. — Salon de 1845. — Exposition universelle de i855. — 
Gravé sur bois pour Y Illustration dans les dimensions de : H. o™i37, L. o"'202. — 
Appartient au musée de Lyon. — Cat. A. Moreau, pp. 180, 204. 

La ville de Lyon acheta ce tableau à Delacroix en i858 seulement, et le paya 4,000 francs. 
— Voici l'argument fourni par le livret: n L'empereur recommande la jeunesse de son fils 
à quelques amis philosophes et stoïciens comme lui... » — <i Tableau splendide, magnifique, 
sublime, incompris ! 1) s'écrie Baudelaire. — Les n"'' 925,926, présentent la même composition. 



242 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1845 



N" 92 5 : Marc-Aurèle mourant 

Dessin à la mine de plomb. — H. o'"22o, L. o"'2go. — Lithographie à la plume par 
A. Rohaut, dans les dimensions de : H. o'"oq5, L. o"M25. — Vente posthume, 
n" 346 bis. — • Vente Constant Dutilleux : 180 fr. à M. Detrimont. — Non catalogué 
par M. Moreau. 



N° 926 : Marc-Aurèle mourant 



Dessin à la mine de plomb. — H. o'"2 2, L. o'^ag. — Partie du 
n° 346 de la Vente posthume : 60 fr. à M. Arosa. — Reproduit 
en fac-similé par A. Robaut dans les mêmes dimensions. — 
A appartenu à feu G. Arosa, qui Ta reproduit en phototypie. 
— Cat. A. Moreau, pp. i36, 296. 

Delacroix travaillait alors à la décoration de la bibliothèque du 
Luxembourg. Il avait donc l'esprit très occupé du monde antique. 
Marc-Aurèle est un des personnages illustres qui figurent dans cette décoration. Il y a lieu 
de penser que l'artiste avait primitivement choisi h cet effet le sujet qui nous arrête en ce mo- 
ment, puis il y aura renoncé et l'aura exécuté sous forme de tableau. 




N''927 : Le sultan du Maroc entouré de sa garde 



Toile. — H. 3'"77, L. 3'"40. — Signé à gauche en bas et daté 
1845. — Salon de 1845. — Voir dessins et variante aux années 
1 844 et 1 862. — Au musée de Toulouse. — Cat. A. Moreau, 
pp. 78, i36, 201. 

Ce tableau fut acheté par l'État pour le prix de 4,000 francs et 
donné au musée de Toulouse. — L'effet du parasol vert sur le 
bleu du ciel est une des notes de couleur les plus audacieuses 
qu'un peintre ait jamais tentées. Voyons ce qu'en dit Baudelaire : 
(( Voilà le tableau dont nous voulions parler tout à l'heure quand 
nous affirmions que M. Delacroix avait progressé dans la science 
de l'harmonie. — En efi'et, déploya-t-on jamais, en aucun temps, 
une pareille coquetterie musicale ? Véronèse fut-il jamais plus fée- 
rique? Vit-on jamais chanter sur une toile de plus capricieuses 
mélodies ? Un plus prodigieux accord de tons nouveaux, inconnus, délicats, charmants? 
Nous en appelons à la bonne foi de quiconque connaît son vieux Louvre; — qu'on cite un 
tableau de grand coloriste, où la couleur ait autant d'esprit que dans celui de M. Delacroix. 
— Nous savons que nous serons compris d'un petit nombre, mais cela nous suffit. — Ce 
tableau est si harmonieux, malgré la splendeur des tons, qu'il en est gris, gris comme la 
nature — gris comme l'atmosphère de l'été, quand le soleil étend comme un crépuscule de 
poussière 'tremblante sur chaque objet. — Aussi, ne l'aperçoit-on pas du premier coup ; 
ses voisins l'assomment. — La composition est excellente; — elle a quelque chose d'inattendu 

parce qu'elle est vraie et naturelle P. S. On dit qu'il y a des éloges qui compromettent, 

et que mieux vaut un sage ennemi..., etc. Nous ne croyons pas, nous, qu'on puisse compro- 
mettre le génie en l'expliquant. » 




1^45 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



243 



N^'^çiS, 929,930, 95 1,932,9)3,934,9} ')-,C}}6: Sultan du Maroc 



.■^'^ 



Neuf croquis à la plume 
et au crayon. — Réunis en 
un lot à la Vente posthume. 
— Appartiennent à M. A. 
Robaut. — Noncatalogue's 
par M. Morcau. 

Nous reproduisons trois de ces croquis, qui ont été faits en vue du grand tableau du musée 
de Toulouse. En ces premières recherches, Delacroix disposait le sujet en largeur et espaçait 
davantage la composition. — Dans la seconde de nos trois vignettes il est" facile de recon- 
naître le consul de France, qu'un interprète présente au sultan Muley-abd-er-Rahman. 





N°^937, 938 : Le consul de France au Maroc 



//^~î^ 1° Croquis rehaussé d'aquarelle. — H. o'"2i, L. o^oô. — 
fc (vOi, Vente posthume. — Appartient à M. Armand Dumarescq. 






r^iî-^ — ^'-'" catalogué par M. Moreau. 
X^V~\^ 2° Dessin à la mine de plomb. — Vente posthume. 
/^' ' A tient à M. A. Robaut. 



Appar- 
Non catalogué par M. Moreau. 

Le premier de ces dessins est une recherche d'attitude pour la figure de M. de 

"^ Mornay; il est debout, revêtu de l'uniforme officiel, le chapeau sous le bras et 

'^ portant un sabre arabe en guise d'épée. C'est ainsi qu'on le voit dans un croquis 

JT de l'article précédent. — Le second dessin est le portrait du consul. Delacroix 

avait l'intention de mettre en scène la présentation de ce dernier à l'empe- 

y renonça, et fit, du tableau de Toulouse, une œuvre purement pittoresque. 



N"^ 939, 940 : Les adieux de Roméo et de Juliette 



i" Toile. — H. o™62, L. o'"49. — Signé 
à gauche et daté 1845. — Salon de 1846. 

— Exposition universelle de i855. — 
Appartient à madame Gabriel Delessert. 

— Cat. A. Moreau, pp. 181, 191. 

2° Croquis ii la sépia. — In-octavo. — 
Etude pour le numéro précédent. — 
Vente Riesener. — Non catalogué par 
M. Moreau. 



B Roméo et Juliette, sur le balcon, dans les 
froides clartés du matin, se tiennent religieu- 
sement embrassés par le milieu du corps. Dans cette étreinte vio- 
lente de l'adieu, Juliette, les mains posées sur les épaules de son amant, rejette la tête en 
arrière, comme pour respirer, ou par un mouvement d'orgueil et de passion joyeuse... Les 
vapeurs violacées du crépuscule enveloppent cette scène. » (Th. Gautier.) 




244 



L'ŒUVRE nr. DE LACROIX 



1845 



N" 941 : Hercule 



Lithographie. — H. o'"i?7, L. 0^090. — Sans trait carré. — Sans 
lettre ni signature. ■ — Vente posthume : 5 t'r. — Cat. A. Moreau, p. ?4. 

Evidemment Delacroix n'aura fait cette étude qu'en songeant au person- 
nage de Commode pour son Marc-Aurèle mourant. Il voulait se rendre 
familières les formes massives de l'hercule romain au moment de peindre 
le César delà décadence. Parlant du oMarc-Aureleu Théophile Gautier avait 
donc exactement pénétré la pensée de Eugène Delacroix : « L'empereur, 
dit-il, est couché sur son lit de mort, grave, tranquille comme un chrétien 
'qui a bien vécu, entouré de ses amis, dont les rudes visages ne laissent 
pas transparaître la douleur. Le jeune Commode écoute d'un air ennuyé et 
contraint les austères conseils de son père. Il a le front bas, les joues carrées, 
un cou de taureau, une poitrine à vastes méplats, et fait déjà pressentir le belluaire, le gladia- 
teur, l'infâme débauché, le fou furieux qu'il sera sous la conduite de Percnnis et de Cléandre. » 




N" 942 : Odalisque 



Toile. — H. o"'32, L. o'"40. — ■ Salon de 1847. — Lithogra- 
phie par Debacq, dans les dimensions de: H. o'"i54, L. o"M88. 

— Lithographie par Anastasi (essai inédit). — Appartient à 
M. Dreux. — Cat. A. Moreau, pp. i25, 182. 

La femme que nous qualifions Odalisque — sans autre raison que 
de maintenir le titre donné par l'euphémisme du maître à ce tableau 

— est couchée sur un lit recouvert d'une peau de tigre. Le corps 
est entièrement nu, elle est accoudée sur un coussin. La tête repose 

sur la main gauche. La main droite tient un coftVet d'où s'échappe un collier de perles. A 
la tête du lit il y a un tabouret portant un verre et une carafe. Au-dessus, un rideau levé 
laisse voir une serviette posée sur une tablette. Va pour Odalisque. 

Il a passé une copie de ce tableau à la vente Martin-Coster, en mai 1880. Elle est signée 
au bas, à droite, du nom du maître, et n'est pas de sa main. Elle mesure : H. o'"25, L. o"'40. 




N"94) : Hamlet devant le corps de Polonius 




h deux pas 
le roi. A la 



Toile. — • H. o"58, L. o"'48. ■ — Signé à droite, non daté. — 
Exposition d'Alsace-Lorraine, juillet 1874. — Photographié par 
Braun. — Voir la lithographie originale à l'année i8?4. — Vente 
Edwards, 7 mai 1870 : 16,700 fr. à M. G. de Candamo; vente 
Carlin, 29 avril 1872 : 17,000 fr. à M. Febvre. — Appartient à 
XL Fanien. — Cat. A. Moreau, p. 1 52. 

Delacroix était pénétré de « la nécessité qu'il y a à mûrir une idée 
et à la retourner de plusieurs manières. » (Ces mots sont de lui.) Ce 
tableau est un précieux exemple de retour sur l'œuvre de premier jet. 
On se rappelle que la scène de violence entre Hamlet et sa mère se passe 
du cadavre de Polonius, qu'il a frappé au travers de la tapisserie, croyant frapper 
fin de la scène, la reine s'enfuit. Resté seul en proie à une surexcitation nerveuse 



1843 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



24D 



poussée au dernier degré, Hamlet soulève la tapisserie et jette k la dépouille du vieux fou tué 
par méprise, une dernière in]ure. Dans un des croquis que nous avons reproduits,' Hamlet 
debout en lace du cadavre, regarde sa victime avec une sorte d'étonnement mêlé de remords' 
Avec quelle allure de triomphe, au contraire, avec quel sourire et quel écrasant dédain! 
Hamlet ici soutient a tenture, le poing haut, et laisse tomber sur cette guenille de vieillard 
qu U pousse du pied, son regard h demi-égaré et ces paroles méprisantes : « Vraiment ce 
conseiller est maintenant bien tranquille, bien discret, bien grave, lui qui, vivant était' un 
drôle si mais et SI bavard ». o 1 m , , l ui. 



N*'" 944, 945 : Montagnards des Eaux-Bonnes 



1" Croquis à la mine de plomb. — H. o'"3o, L. o"'2o. 
— Vente posthume.— Non catalogué par M. Moreau. 
2" Croquis à la mine de plomb. — H. o"'3i, L. o°Mq. 
Vente posthume. — Non catalogué par M. Moreaû. 
^Au mois de juillet 1845, Delacroix alla passer une courte 
saison aux Eaux-Bonnes, dans les Pyrénées, où il se ren- 
contra avec Paul Huet et Camille Roqueplan. Dans ses 
lettres, il se plaint amèrement des bals, des raouts, des 
pianos, des élégants, des conversations oiseuses. Il écrit à 
F. Villot : « Ce qui vaut mieux que les habitants étrangers, 
ce sont les naturels, hommes et femmes, dont le costume est 
charmant, les femmes surtout. Le pays est magnifique. C'est la montagne dans toute sa majesté. 
Il y a vraiment à chaque pas, à chaque détour de sentier, des sites ravissants ; ayez avec 
cela les pieds d'une chèvre pour escalader les montées, et vous avez la jouissance complète 
du pays. Je vous garde le plus intéressant pour le dernier. Je veux parler de Goya. Je 
m'étais muni à Paris de renseignements et de lettres de M. Dauzats pour différentes per- 
sonnes à ce sujet. J'ai perdu en route un carton où il y avait des dessins, ces lettres et vos 
renseignements. C'est ce que je regrette le plus. » {Lettres de E. Delacroix, édition Burty.) 




N° 946 : Lessiveuses des Pyrénées 



Croquis à l'aquarelle. — In-quarto. — Vente F'orget. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Le 26 juillet, Delacroix écrit à M. Pierret : « C'est de la mon- 
tagne pour tout de bon, et quoique je n'aie pas vu les parties les 
plus remarquables, je m'en tiens satisfait. Le costume des indigènes 
i.st aussi très joli : celui des femmes est plein de caractère et très 
inspirateur. On n'entend de tous côtés que chutes d'eau qui vous 
(ont croire qu'il pleut à chaque instant...» La veille, il écrivait à 
M. Riesener : oJusqu'ici je n'ai fait que me promener sur les routes, 
excepté quatre ou cinq jours que j'ai passés avec mon frère, qui a 
loue une petite campagne sur les bords de la mer, près Bordeaux, et je ne suis pas du tout 
remis de cette fatigue. La nature est ici très belle; on est jusqu'au cou dans les montagnes et 
les effets en sont magnifiques. Ce qui m'a plus étonné encore que leur beauté, c'est l'indiffé- 
rence avec laquelle tout le monde les regarde, y compris les artistes, y compris Roqueplan 
et Huet, que j'ai trouvés tous deux ici : le premier va très bien, le second n'a pas pu se 
faire aux eaux et lésa suspendues. » [Lettres, édition Burty.) 




246 



LŒUVRE DE DELACROIX 



1845 



N'"" 947, 948 : Lions de La Fontaine 



I" Le Lion makide et le Renard. — Dessin à Li plume. — In-octavo. 

— Collection de M. Feuillet de Conches. — Exposition d'Alsace- 
Lorraine, 1874. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Le Lion et le Moucheron. — Dessin à la plume. — In-octavo. 

— Appartient à M. Feuillet de Conches. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Il faut avoir très présent à l'esprit le sujet de ces deux fables de La Fon- 
taine pour le retrouver au moins dans le premier dessin, « le Lion malade 
et le Renard », où le renard est bien peu visible. Mais, si comme l'imagine 

'" ~ ' M. Feuillet de Conches, tel est, en effet, le motif du dessin, il en faut con- 

clure que Delacroix n'y a vu qu'un prétexte h mettre en mouvement ses animaux favoris. 




N"*" 949, 950 : Croquis divers 



J^^l^ 







HJ 



i" Croquis à la plume. — In-folio. — Reproduit 
en fac-similé phototypographique pour le journal 
L'Art, n° du 14 novembre 1875, clans les dimen- 
sions de : H. o™ig2, L. o'"2go. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

2° « Il Pensiero. » — Croquis à la plume. — 
L. o^ioy. — Gravé sur bois par Froment pour le 



H.u'"iio, 

journal Z,'.4r^, n°du 14 novembre 1875, dans les mêmes dimen- 
sions. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ces deux feuilles de croquis appartiennent à M. Philippe Burty ; elles sont chargées de 
notes manuscrites et de pensées du maître. Leur publication dans l'Art accompagnait un 
très intéressant article de M. Maurice Tourneux, intitulé : « Prosper Mérimée, ami de 
Delacroix, ses dessins et ses aquarelles. » 



N" 9^ I : Deux Indiens lowais 




Croquis à la mine de plomb. — H. o'"26, L. 0^17. — On lit au 
bas : « Odi ji be wais. » En haut : « Donné à Jennv Le Guillou. 
Eugène Delacroix. » — Non catalogué par M. Moreai^i. 

Eugène Delacroix avait un plaisir extrême à voir les Indiens lowais 
amenés à Paris par Catlin en 184?, et il faisait, d'après ces sauvages, des 
. croquis de souvenir au lavis, au crayon et à la plume. La plupart de ces 
naïves images sont enlevées au pinceau d'aquarelle. Il comparait quelques- 
uns de ces sauvages aux sculptures antiques. 
% Le chef brandissant sa lance, c'est Ajax défiant les dieux. Dans la danse du 
scalp, les femmes sautent sur les orteils avec une allure si noble, si mysté- 
a lance avec le scalp au bout, qu'elles rappellent les vierges des Panathé- 
(Soiivcnirs de M. de Planet.] 



1843 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



247 



ÉTUDES ET PROJETS POUR LA 



BIBLIOTHEQ.UE DU PALAIS DU LUXEMBOURG 



N° 9^2 : Études pour l:i coupole 



Soixante-dix feuilles de dessins et croquis. 
Non catalogue" par M. Moreau. 



Numéro 256 de la Vente posthume. 



N° 955 : Pyrrhus et Annibal 



Dessin mine de plomb. — H. o"'258, L. o'"i40. — Reproduit en 
fac-similé par A. Robaut dans les dimensions de : H. o'"258, L. o"M4o. 
— N''259 de la Vente posthume, gS fr. à M. A. Robaut. — Non catalogué 
par M, Moreau. 

On remarquera toujours chez Delacroix la grande signification de l'idée. II 
-i détestait les vagues conceptions d'Ary Schener, si étrangement surnommé par 
M. Guizot « le peintre des âmes ». Un élève allait commencer un tableau : 
Saint Augustin assis avec son ami sous un figuier et tourmenté par le doute. 
« Il est difficile au spectateur, » dit Delacroix, « de comprendre en peinture un pareil sujet : » 
La peinture, la musique, cependant, peuvent rendre un état d'âme nettement caractérisé ; 
mais de telles subtilités ou des paroles, non pas. 




N" 9^'4: Groupe des Grecs illustres 



Dessin mine de plomb. — H. o"'22, L. o'"2q. — Exposition 
Durand-Ruel, 1878. — Lithographie à la plume et cliché par 
M. A. Robaut dans les dimensions de : H. o"'o68, L. o"%t 17. — 
N" 260 de la Vente posthume. — Vente C. Dutilleux, mars 1874 ■ 
5o5 fr. à M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 

L'élève de Eugène Delacroix dont nous parlions au numéro précédent' 
était resté frappé de la lecture des Confessions. Delacroix ajouta : 

« Alors c'est différent. Etre frappé est, pour faire un tableau, la chose essentielle. Ce qu'un 

homme ne voit pas en peinture, un autre peut l'y trouver. » 




N" 95 5 : Figures de Sages et de Muses — Études 



Quinze feuilles de dessins et croquis. — N° 263 de la Vente posthume, 
catalogué par M. Moreau. 



Non 



248 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1845 



N° 956 : Alexandre et les poèmes d'Homère 




nouvelle 
laquelle 



preuve, 
il faisait 



Croquis à la mine de plomb, de forme cintrée du haut et 
elliptique à la base. — H. o"'i42, L. o"'2i5. — Vente pos- 
thume, partie du n° 262. — N°7gdela vente Marmontel, i883 
sous le titre : « Dessin d'éventail ») : 60 francs. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Ce projet re'sume héroïquement, en sept figures, la composition 

adoptée détinitivcment pour décorer la voussure de la croisée à la 

bibliothèque du Luxembourg. Cette composition nous fournit une 

énorme travail que Delacroix s'est imposé, et de la facilité avec 

oir ses personnages en un champ de forme quelconque. 



N^p^- : Appelles peignant Alexandre 

Dessin mine de plomb. — In-quarto. — N" 2 5 de la Vente posthume : 90 fr. à 
M. Bornot. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 958 : Groupe d'Homère 

Toile grisaille. — H. o'"45, L. o'"58. — N°8 de la Vente posthume, 295 fr. à M. Etienne 
Arago. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 9^9 : Composition de l'hémicycle 

Dessin. — In-folio. — N" 261 de la Vente posthume : i i 3 fr. à M. Marmontel. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

N° 960 : Composition de rhémicycle 

Esquisse peinte de forme semi-hémisphérique. — N° 9 de la Vente posthume : 
jSo fr. à M. Plot. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 961 : La Muse d'Orphée 



Toile hexagonale. — H. o'"25, L. o'"27. — N" i 1 de la Vente posthume : 3oo fr. à sir 
F. Leighton. — Non catalogué par M. Moreau. 



'^'^4-^ L'ŒUVRE DE DELACROIX 



■-!49 



N° 962 : La Muse d'Orphée 

Toile hexagonale. — H. o"M5, L. o'"i5. — N" 10 de Ui Vente posthume. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

N° 96^ : La Muse d'Aristote 

Toile hexagonale. — H. o"M5, L. o"M5. — N" 10 de la Vente posthume. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Toutes ces réductions des pendentifs sont peintes en imitation de vieux lironze sur tond d'or. 

N° 964 : Saint Jérôme — sans changement 

Toile hexagonale. — H. o"'25, L. 0,27. — Signé à droite en haut. — Vente Théophile 
Gautier, 1873 : 1,000 fr. à M. Sichel. — Cat. A. Moreau, p. 265. 

N" 96^ : Saint Jérôme 

Toile hexagonale. — H. o'"i5, l.. o'"i5. — N° 10 de la Vente posthume (les quatre 
pendentifs) : 820 fr. à M. Haro. —Cat. A. Moreau, p. 265, 3o8. 

N° 966 : Cicéron 

Toile hexagonale. — H. o"'i5, L. o'"i5. — N° 10 de la Vente posthume. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

BIBLIOTHÈQ.UE DU PALAIS DU LUXEMBOURG 

Peintures décoratives exécutées au palais du Luxembourg, à Paris. La décoration de 
la bibliothèque, commencée en 1845, fut terminée en 1847. Elle se compose 
d'un hémicycle, d'une coupole et de quatre figures d'angles en pendentifs. Toutes ces 
peintures sont exécutées sur toile marouflée. En cette œuvre, Delacroix a voulu 
traduire, non pas tant la pensée même de Dante, forcément circonscrite aux données 
du catholicisme, que celle que suggère à un homme de notre temps la lecture du 
quatrième chant de VEn/er, c'est-à-dire la glorification du génie humain. — Le 
dimanche 7 décembre 1879, la bibliothèque faillit brûler à quatre heures du soir; 
avec elle aurait disparu l'une des œuvres les plus glorieuses de notre siècle. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1843 



N" 967 : Hémicycle 

Toile. — Diamètre 6"'8o, Développement io'"20. — Cat. A. Moreau, p. 2i3 




Le sujet est tir<J de l'histoire littéraire de la Grèce. Alexandre, après la bataille dWrbelles, fait 
enfermer les œuvres d'Homère dans une cassette d'or abandonnée par l'ennemi. 
A la lisière d'un bois de palmiers et devant un immense trophée de dépouilles. Alexandre est 
assis sur le magnifique trône du vaincu, et, d'un geste noble, il fait renfermer le précieux 
trésor, tandis que ses soldats en foule apportent les étendards conquis. La Renommée vient 
offrir au conquérant la couronne et la palme. Toutes les figures des divers groupes mérite- 
raient une profonde analvse, car il n'y a pas une négligence dans cet ensemble épique qui, 
tout bien considéré, est peut-être le chef-d'œuvre des compositions de Delacroix. Nulle part, 
d'ailleurs, il n'a exprime le moindre regret à son sujet, comme il l'a fait, par exemple, pour 
les hémicvcles de la bibliothèque du Palais Bourbon. — Aux pieds d'Alexandre arrive la 
suite si touchante de Darius, touchante surtout par une idée aussi bien exprimée que pensée. 
Il n'en est peut-être pas de plus poignante dans aucune création d'art des temps anciens et 
modernes. Les deux malheureux fils du vaincu sont accompagnés d'une suivante qui, pen- 
chée sur eux. les console amicalement. Elle-même est vêtue à la façon d'une pleureuse; sa 
draperie ne fait qu'un long pli — une larme qui coule jusqu'à terre. — L'aine des enfants, 
enveloppé d'une simple étoffe, baisse légèrement la tête, et semble hésiter à offrir au vain- 
queur, pour le fléchir, cette fleur qu'il tient en main. Mais c'est son jeune frère, nu comme 
1 humble vérité, qui déchire le cœur. N'envoie-t-il pas, l'innocent, un baiser de paix à celui 
qui cause la ruine des siens! Plus âgé, il aurait peut-être le sentiment de son action et 
pourrait en rougir... Cet ordre, il ne l'exécute d'ailleurs que sous l'empire d'une seconde 
mère, dont la tâche est de sauver ces frêles existences. Devant lui, une femme à genoux pré- 
lude à l'émotion de ce groupe désolé. Par derrière, une vieille femme, en proie h de tristes 
remords, se crispe les mains. Assise à terre, elle lève les yeux vers une grande et fière créa- 
ture, qui s'abandonne à sa destinée, le front ceint du diadème, les bras pendants. Tout au- 
tour les généraux sont forcés de déposer les armes. — Au côté opposé et au delà du groupe 
qui s'intéresse aux poèmes d'Homère, on aperçoit les fuyards en déroute renversés par les 
chevaux éperdus ou traînés par les chars brisés. 



1845 L'ŒUVRE DE DELACROIX 25l 



N" 968 : Coupole 

Toile. — Diamètre 6'"8o, Développement 20™4o. — Cat. A. Moreau,pp. 213-214. 

La composition forme quatre parties ou groupes principaux, mais sans solution de continuité. 
Au premier groupe, Dante est présenté par Virgile à Homère, qu'entourent les plus illustres 
poètes. Ce groupe iait face à la fenêtre. Le second groupe est celui des Grecs illustres; on y 
voit un génie ailé décernant la palme à Socrate. Au troisième groupe, Orphée par les sons 
de sa lyre charme les humains et apprivoise les bêtes. Le quatrième groupe est celui des 
Romains illustres; il réunit Porcia, Marc-Aurèle, César, Cicéron, Trajan. 
E. Delacroix a l'audace réfléchie de ses convictions et de ses intuitions (car il devine beau- 
coup). Le premier, il a osé retirer aux héros du paganisme et de la Fable leur masque de 
marbre. C est dans ses peintures décoratives du Luxembourg et de la Chambre des députés 
qu'il faut étudier l'interprétation moderne et pittoresque de l'antiquité historique. J'indique 
tout d'abord, a lin de n'y plus revenir, la double difficulté que l'artiste avait h vaincre et 
qu'il a vaincue dans la décoration de la bibliothèque du Luxembourg. L'une pouvait em- 
barrasser le praticien, l'autre l'artiste, c'est-à-dire l'inventeur, le créateur. La surface que 
E. Delacroix devait couvrir a la forme d'une coupole éclairée seulement par une fenêtre 
placée en contre-bas, au niveau du parquet et dans une retraite profonde pratiquée dans 
l'une des parois latérales de la bibliothèque. L'eft'et de cette disposition architecturale est 
facile à concevoir; la lumière n'arrivant que d'un seul côté, de bas en haut et d'un point 
assez éloigné, un grand tiers de la coupole reste plongé dans une pénombre inévitable, 
même pendant les plus beaux jours, dans une ombre complète, lorsque le ciel est couvert. 
C'est dans de semblables circonstances que se manifeste ouvertement l'incomparable science 
de E. Delacroix, sa merveilleuse entente de l'art de peindre, son éclatante supériorité sur les 
artistes de l'école française. Toute composition était destinée en cet endroit h rester en 
partie noyée dans une impénétrable obscurité, si, par un suprême effort de la couleur, l'ar- 
tiste ne réussissait à trouver pour la zone de l'ombre les tons les plus légers, les plus clairs, 
les plus propres à réfléchir chaque parcelle de lumière, sans néanmoins retirer rien de leur 
valeur normale aux sujets de la zone éclairée. Un peintre bien intentionné, mais moins 
savant, moins coloriste, puisqu'il faut nommer cette aptitude particulière à E. Delacroix, 
qu'on lui a tant reprochée en la comprenant si peu. un peintre moins coloriste, désireux 
d'obvier à cet inconvénient, n'y fût arrivé qu'à l'aide de violents contrastes, d'oppositions 
heurtées et systématiques. C'est par une série de dégradations successives, mathématiquement 
exactes, quoique conçues d'instinct, que Delacroix a réussi à neutraliser les dispositions 
défavorables de l'architecture, et à réaliser une œuvre d'une parfaite unité de ton et d'aspect. 
Je n'ajoute que pour mémoire qu'à l'égal des maîtres italiens, il a fait se dresser et seniou- 
voir les figures de sa coupole selon les lois de l'équilibre vertical, malgré la courbe sphérique 
de la surface peinte. Ceci est bon à rappeler aux personnes qui croiraient trop tacilement, 
pour l'avoir entendu dire, que E. Delacroix ne sait pas dessiner. La seconde difficulté contre 
laquelle l'artiste avait à se défendre est toute morale. Un homme qui a quelque hauteur 
d'esprit n'accepte pas volontiers l'héritage de la banalité. Or, la décoration d'une biblio- 
thèque exige une série de motifs tellement prévus et si souvent reproduits, qu'il est rnalaisé 
d'échapper au danger des redites, ou seulement des réminiscences. Comment varier cet 
inévitable sujet ? Grouper dans un espace donné le plus grand nombre de personnages illus- 
tres dans les lettres ou les arts: Homère, Socrate, Platon, Virgile, Ovide, etc., les noms 
arrivent en foule et ont été l'objet de mille compositions antérieures. Plus d'un peintre — 
même de mérite — eût échoué contre ce thème usé comme un lieu commun. La difficulté 
se compliquait pour E. Delacroix d'une contrainte toute nouvelle, imposée à la nature même 
de son talent, qui ne s'était révélé jusque-là que dans la turbulence de la passion et la 
fièvre du mouvement. J'ai dit comment le praticien avait triomphé d'un obstacle purement 
matériel, la fausse distribution delà lumière; voyons maintenant comment l'artiste a triomphé 
de ces obstacles d'une autre nature. C'est à un poète que le peintre a emprunté le sujet de 
sa composition. Au seuil de l'enfer, Dante a entendu se moduler les soupirs pénétrants et 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



■84: 



résignés des hommes purs, des poètes, des guerriers célèbres qui, avant la naissance du 
Christ, emplirent le monde de leur nom. C'est par l'Elysée des Sages qu'il entre dans 
l'abîme. E. Delacroix a paraphrasé mot à mot, et même en y ajoutant quelques détails, ce 
quatrième chant de YEnfer. Il a divisé sa composition en quatre grandes parties. Le groupe 
principal, qui reçoit la lumière, est dominé par l'imposante image d'Homère, vers qui 
s'avance, le genou à demi ployé, le poète de la Divine Comédie, guidé par le chantre de 
l'Enéide. Autour du sublime aveugle se pressent Horace. le satirique; Ovide, l'auteur des 
Tristes: Lucain, tenant au poing le clairon de la Pharsale. Leurs yeux s'ouvrent d'une 
sereine et bienveillante curiosité sur leur jeune frère qui, vivant, est descendu dans les 
limbes, d'où, par la faveur des dieux, il ressortira vivant. La plus touchante figure de ce 




groupe, à mon sens, celle par où E. Delacroix a rendu la plus grande somme de vie inté- 
rieure au monde antique, c'est la figure d'Ovide, sur laquelle il est revenu à plusieurs 
reprises. L'une des coupoles de la Chambre des députés représente Ovide che^ les Scythes, 
et il a traité le même sujet dans les dimensions d'un tableau de chevalet. Le poète qui écrivit 
les Amours, tes Héroides, l'Art d'Aimer, les Fastes, exerce une séduction visible sur l'âme 
du peintre. Mais ce n'est pas dans l'heureuse fortune qu'il le préfère, ce n'est pas au moment 
de la faveur du prince, aux heures frivoles et légères; c'est dans la douleur de l'exil. L'artiste 
a pénétré et rendu, avec une puissance d'analyse morale très vigoureuse, cette fine et douce 
phvsionomie élégante et voluptueuse, un peu molle, mais digne et charmante. Au groupe 
d'Homère, il est intéressant de comparer celui d'Orphée qui lui fait face. Le poète des 
temps héro'iques y est représenté recevant ses tablettes des mains de Sapho, et dictant à 
Hésiode, sous l'inspiration de la Muse, les traditions mythologiques de la Grèce. L'anachro- 
nisme est tellement évident qu'il suftit de le mentionner pour désigner l'intention symbolique 
du peintre. Le caractère particulier à cette portion de la coupole est la grandeur qui s'équi- 
libre avec la majestueuse élégance du groupe des poètes par la simplicité familière des 
groupes voisins consacrés, l'un aux Grecs, l'autre aux Romains illustres. D'un côté Achille; 



1843 



LŒUVRE DK DELACROIX 



253 



Alexandre appuve sur Aristote; Apelles qui s'apprête à fixer les traits du héros macédonien; 
puis Platon, Alcibiade et Aspasie écoutant les leçons du « plus sage des mortels, >> de Socrate, 
assis sous un bouquet de lauriers, auprès de Xé'nophon et de Demosthène. Du côté opposé, 
c'est Portia, montrant à Marc-Aurèle les charbons ardents, instruments de son suicide; c'est 
Caton d'Utiquc, tenant en main le Traité de Platon; c'est Trajan, et plus loin Cicéron et 
César; enfin, Cincinnatus. Sur cette simple énumération, on doit juger do l'ampleur de la 
composition. Ce qu'il faut y admirer, c'est le juste caractère des têtes, des attitudes et des attri- 
buts, qui répandent la clarté sur les intentions du peintre, et ne laissent aucun doute sur les 
personnages qu'il a voulu mettre en scène. Le charme de la coupole du Luxembourg réside 
surtout dans l'aisance avec laquelle, malgré leur grand nombre, toutes les figures qu'elle 




contient se partagent l'espace, se meuvent, vont et viennent en largeur et en profondeur dans 
le vaste paysage qui les encadre et constitue une des grandes beautés de l'œuvre. Le 
triomphe de l'artiste, c'est d'avoir su ployer la fougue de son tempérament pittoresque aux 
exigences d'un sujet qui réclamait impérieusement te calme et la sobriété du geste. Lorsqu'on 
ne connaît le peintre que par ses tableaux de passion, l'on reçoit de la coupole du Luxem- 
bourg une impression inattendue, profonde et durable; l'angle sous lequel on était habitué à le 
voir s'élargit se.-isiblement, on découvre de nouveaux jours dans son talent. Le plus grand 
éloge qu'on puisse faire de cette œuvre de E. Delacroix, c'est qu'elle est une de celles, et 
elle^ssont rares parmi les siennes, qui reposent l'âme du spectateur et ne lui laissent aucun 
trouble. Après avoir attentivement considéré l'ensemble de cette composition oii, dans une 
nature toute idéale et vraie, circulent, rendus h la vie, ces héros et ces sages, on éprouve une 
■pleine satisfaction, on emporte avec soi un sentiment parfait de sécurité et de sérénité. Je ne 
crains pas d'insister sur ce point, qui est très important dans une appréciation de Delacroix ; 
il est urgent d'en prendre note à la décharge des restrictions morales que comporte son admi- 
rable talent. Appeler l'attention sur la quiétude que laisse la bibliothèque du Sénat, c'est l'ap- 
peler aussi sur l'influence contraire qui domine dans les autres productions du même artiste. 



2?4 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1845 



N''' 969, 970, 971, 972 : Pendentifs 



H. i™40, L. i™5o. — Non catalogué par M. Moreau. 
quatre pendentifs représentent la Philosophie, l'Eloquence, la Poésie, la Science 
Dndue "avec l'Histoire, et ces grandes manifestations de Tesprit humain sont sym- 





Toiies hexagonales. 

Les qi 

confor 

bolysées par saint Jérôme, Cicéron, Orphée, et par la Muse d'Aristote. 

Premier pendentif: Saint Jérôme. — M. Moreau, parlant de ce 
sujet à propos de la réduction qui a appartenu à Théophile Gautier 
(voir n° 964), a commis un lapsus assez grave en disant que ce sujet 
est peint h la Chambre des députés. Du reste, M. Moreau, semble- 
t-il, connaissait peu ou point ces admirables pages lorsqu'il a publié 
son livre, car il ne cite, p. 214, que la Coupole dans laquelle il 
introduit le groupe d'Alexandre à la bataille d'Arhelles, alors que ce 
groupe est tout simplement l'hémicycle autour de la grande fenêtre 
qui regarde l'avenue de l'Observatoire. Il ne cite pas non plus les 
quatre figures d'angle de la coupole ; cependant le catalogue de 

la vente posthume précisait bien les divisions du travail : coupole, voussure, pendentifs. 

Deuxième pendentif: Cicéron. — A propos de l'erreur de M. Mo- 
reau que nous avons dû signaler tout à l'heure, ajoutons que 
Théophile Silvestre, souvent si net et si précis, s'est abstenu de 
désigner clairement ces trois parties. Après avoir décrit la coupole 
en ses quatre groupes principaux, il dit tout simplement : Autre 
sujet. Et il décrit le sujet d'Alexandre, sans dire que c'est un 
hémicycle. Il ne cite pas du tout les pendentifs. La Madelène, 
lui-même, dans sa chaude brochure vivement tracée sous l'impres- 
sion de l'Exposition posthume du boulevard des Italiens, n'a pas 
touché mot des peintures décoratives qui sont pourtant la plus 
grande gloire de Delacroix et de l'école française moderne. 

Troisième pendentif : Orphée. — <i Le contour de la grisaille, disait 
Delacroix, doit être plus fortement tracé que celui d'une autre pein- 
ture. En modelant un sujet en grisaille, il est bon d'exagérer par la 
touche la saillie de certains morceaux éclairés. Il faut faire là des 
espèces de petits tas de couleur comme pour rappeler les principales 
proéminences des bas-reliefs antiques usés, dont les finesses ont 
disparu sous l'action du temps, mais dans lesquelles restent les fortes 
saillies et les grands plans. Une grisaille doit être ainsi faite pour 
que, pendant et après l'opération des glacis, ces épreuves de couleur 
dominent toujours et fassent avancer davantage les parties lumi- 
neuses. Les contours, quoique fermement et nettement arrêtés, fuiront d'autant mieux qu'ils 
seront moins empâtés en comparaison des milieux. » 

Quatrième pendentif : La Muse d'Aristote. — Revenant sur le 
procédé de la grisaille, le maître ajoutait : « Il y a aussi dans ce 
procédé cet avantage pour l'avenir que, si les glacis venaient à dis- 
paraître par un accident quelconque, ces masses bien établies et bien 
^ _ _^ ^ empâtées resteraient, et la peinture ressemblerait encore à ces vieux 

'^*»«\'*'sïi«;;- -<î^t'î>\y bas-reliefs antiques qui, malgré les mutilations, conservent des 
traits de beauté ineffaçables. » Les réflexions du maître au sujet ' 
"'^.ilf J£^^«feSL?' des procédés de la grisaille témoignent d'une préoccupation de la 
forme et de sa durée qui est bien remarquable chez le peintre à qui 
l'on n'a voulu reconnaître que des qualités de coloriste. — On a 
dit, mais à tort, que la figure qui décore ce pendentif est celle d'Aristote. 





1846 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



253 



Année 1846 



N° 97J : L'enlèvement de Rébecca 

Dessin à la plume. — H. o'"2o5, L. o"'26o. — Photographié par Braun. — Vente pos- 
thume. — Appartient au musée de Lille, où il est entré par suite d'un don de M. de 
Laage. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ce dessin présente exactement la même composition que celle du tableau suivant, qui' doit 
être considéré comme un des chefs-d'œuvre de Delacroix. 



N° 974 : L'enlèvement de Rébecca 



Toile. — H. r"oo, L. o'"82. — Signé à droite et daté 1846. — 
Salon de 1846. — Exposition d'Alsace-Lorraine, juillet 1874. — 
Gravé à l'eau-forte par Hédouin pour l'Artiste, dans les dimen- 
sions de: H. o"'i8o, L. o™i45, et par Ramus pour la vente Saba- 
tier,dans les dimensions de : H. o"'i45, L. o'"i20. — Photographié 
par Braun. — Vente Collot, 2g mai i852 : 2,900 fr. — Vente 
M. T..., (de Bruxelles), 9 février i856, 2,200 fr. — Vente Edwards, 
7 mars 1870: 27,000 fr. ■ — Vente Sabatier, mai i883 : 5 1,000 fr. 

— Appartient à M. E. Secretan, — Voir la variante à l'année i85q. 

— Cat. A. Moreau, pp. 87, 181, 245. 

(1 Ce qu'il y a d'admirable dans l'Enlèvement de Rébecca, c'est une parfaite ordonnance des 
tons, tons intenses, pressés, serrés et logiques, d'où résulte un aspect saisissant. Dans presque 
tous les peintres qui ne sont pas coloristes, on remarque toujours des vides, c'est-à-dire, de 
grands trous produits par des tons qui ne sont pas de niveau, pour ainsi dire; la peinture 
de Delacroix est comme la nature, elle a horreur du vide. » (Ch. Baudelaire.) 




N°975 : L'enlèvement de Rébecca 



Dessin à la mine de plomb. — H. 0^227, L. o'"2o3. — Signé à 
droite, daté 1846. — Vente posthume. — Appartient à M. Robaut. 
— Cat. A. Moreau, p. 181. 

Ce dessin présente de nombreux changements dans le mouvement de 
la composition du précédent numéro. Les attitudes sont moins forcées. 
Ce qu'on ne saurait trop signaler non plus que trop admirer dans le 
génie de Eugène Delacroix, c'est le merveilleux et rare équilibre des 
facultés d'invention, la vivacité d'une imagination qui, de prime saut, 
trouve sans effort la grande expression d'ensemble du drame qu'il s'agit 
de mettre en scène, et la prodigieuse patience avec laquelle il reprend 
cet ensemble par le menu, afin d'en perfectionner le moindre détail. 




N° 976 : Marguerite à l'église 




Toile. — H. o'"55, L. 



Signé à guiiche, daté 1846.- 



Sjlon de 1846. — Exposition Alsace-Lorraine 1874. 
Photograpiiié par Braun. — Vente Collot, 29 mai i85 2 : 
2, 140 fr. à M. Stevens. — Appartient à M. Fanien. — Voir à 
Tannée 1847. — Cat. A. Moreau, pp. 58, 181,245, 317. 

« Marguerite à l'église » disait Baudelaire en 1846, « appartient 
a cette classe de-jh nombreuse de charmants tableaux de genre, par 
lesquels Delacroix semble vouloir expliquer au public ses lithogra- 
phies si amèrement critiquées. » Hélas, Th. Silvestre n'a-t-il pas 
de son côté raconté ceci? « Je me trouvais avec l'illustre artiste à 
l'exposition des tableaux de madame la duchesse d'Orléans ; des niais, 
qui ne le connaissaient pas de vue, riaient en sa présence de ses 
meilleurs ouvrages : n Voilà déjà plus de trente ans que je suis 
livré aux bétes, » me dit-il, le visage pâle et la voix tremblante. M. Vitet, de l'Académie 
française, comparait un jour Delacroix h M. d'Arlincourt ; Lamartine — poète aveugle — 
lui attribuait innocemmentquelques pauvres peintures de M. Vinchonet l'accablait d'éloges; 
un journaliste balbutiait un jour dans son ivresse : «M. Delacroix peint avec un balai ivre. » 



N" 977 : Turc assis fumant 



Toile. — H. 0,24, L. o'"3o. — Lithographie par Laroche pour 
la collection Moreau, dans les dimensions de : H. o"'i6g, 
L. o, '"200. — Vente baron de Mainemare, 21 février 1843: 
201 fr. à M. Adolphe Moreau. — Cat. A. Moreau, pp. 127, 266. 

Ce joli tableau est très expressifdans sa simplicité. On ne saurait trop 
le redire, Eugène Delacroix possédait au plus haut point les qualités 
fondamentales les plus diverses pour réaliser sa pensée; clarté dans 
l'exposition du sujet, vérité et naturel dans les attitudes toujours 
vantes, accessoires admirablement choisis et parfaitement pondérés. 




N° 978 : Une odalisque 



Toile de quatre à cinq. — Lithographie par Fischer pour la col- 
lection de M. Moreau, dans les dimensions de ; H. o"'236, 
L. o"'276. — Cat. A. Moreau, p. 127. 

La lithographie représente le tableau en sens inverse. Nous avons eu 
déjà occasion de le dire, Eugène Delacroix passa une partie du mois 
d'août 1846 chez madame Sand. L'amitié, la douce et libre vie de Nohant, 
le commerce de Chopin le reposaient. « Je suis d'une paresse affreuse, 
écrit-il. Je ne fais rien ; à peine si je lis et les journées cependant ne s'écoulent que trop vite, 
car, malgré tout, il faut renoncer bientôt à cette vie de chanoine et retourner dans la fournaise 
où se brassent les idées bonnes ou mauvaises, car dans le Berry on a très peu d'idées et on ne 
s'en porte pas plus mal. » (Lettres, édition Burty.) 




1846 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



■257 



N''^ 979, 980 : Jésus-Christ et saint Thomas 



1" Dessin au trait. — Format in-folio. — 
Appartient à M. Andrieu. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

2° Toile. — H. o"'4o, L. o"'33. — Signé à 
gauche, non daté. — Vente à Fhôtel Drouot 
du 3 mars i856 : 770 fr. à madame Mahler. 
— Cat. A. Moreau, pp. 260, 261. 

Le tableau est un peu sombre et non des meilleurs 
dans l'œuvre de Eugène Delacroix, du moins au 
point de vue de la couleur et de l'effet. La composition en est fort 
belle, au contraire, et remarquable comme toujours par la naïveté du 
geste et la grandeur de l'expression morale. La résignation indulgente 
du Christ, le geste apitoyé de la petite figure du fond, si émue, si tendre, avec un mélange de 
courroux contre saint Thomas, ont une rare noblesse. Par une simple mise au carreau, 
on Jransformerait aisément ce tableautin en grand tableau. C'est le propre des maîtres de ne 
rien faire de petit. Nous en signalons ici un exemple, mais il est peu d'œuvres de Eugène 
Delacroix au sujet desquelles on ne pourrait faire la même remarque. 




N'' 981 : Cavaher arabe 




ment grand. Tou 



Pastel. — H. o™34, L. o'"26. — Signé au bas à gauche. — N° 14 
de la vente de madame veuve Victor Blanc; mars 1882 : 485 fr. à 
M. Paul Tesse. — Non catalogué par M. Moreau 

Le cheval blanc porte une selle rouge et bleu; il a la fière attitude des 
bêtes de noble race, lorsqu'elles sont impatientes de prendre leur course. 
Son maître s'appuie de la main droite sur la crinière; il est vêtu d'un grand 
burnous d'étoffe laineuse écrue, sous lequel apparaît un vêtement bleu. 
L'exécution de ce pastel est un peu lourde, mais d'un aspect véritable- 
3 les sujets s'ennoblissent ainsi sous la main d'un vrai maître. 



N"^ 982, 983 : Deux têtes de jeune femme 



1° Crayons noir et blanc. — H. 0^45, L. o"'33. — La 
tête est de grandeur nature. — Don de Jenny Le Guillou à 
Constant Dutilleux. — Appartient à M. À. Robaut. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

2" Pastel. — H. o"'3o, L. o"'23. — La tête est de grandeur 
nature. — Don de Jenny Le Guillou à Constant Dutilleux. 
— Appartient à M. Rouart. — Non catalogué par M. Moreau. 

La première tête rappelle le type de George Sand. N'est-ce pas là un souvenir de Nohant,où, 
nous l'avons dit tout à l'heure, Delacroix fit un séjour en cette année 1846. La seconde tête 
paraît n'être qu'une étude faite d'après le modèle; la coiffure et le type sont d'une Italienne. 




258 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1846 



N" 984 



Tigre couché 



Aquarelle. — H. 0^09, L. o"'i5. — Appartenait à M. Simon, à 
.-^ Crécy. — Non catalogué par M. Moreau. 

Il y a une légère variante dans l'attitude du tigre entre l'eau-forte (voir 
n" J14) et l'aquarelle. Ici la tète de l'animal est complètement allongée dans le sens du profil 
au lieu d'être ramenée en avant. L'arrière-train est, à peu de chose près, le même. Dans 
l'un comme dans l'autre, d'ailleurs, le mouvement [est également superbe. — Enfin, dans 
l'aquarelle, la composition est en sens inverse de celle de l'eau-forte. 

N** 98)' : Lion maintenant un serpent 

Aquarelle. — H. o"38, L. o"^59. — Signée et datée 1846. — Salon 
de 1846. — Gravé sur bois pour V Illustration^ 1846, dans les di- 
mensions de: H.o^ioS, L. o^ijo. — Le même bois accompagné 
la brochure de Henry de la Madelène. — Gravé en aquateinte par 
Masson, dans les dimensions de: H. o"'2io, L. o,320. — Appar- 
tient à M. Mahler. — Cat. A. Moreau, p. 104. 

(i Ce lion peint à l'aquarelle,» écrit Baudelaire, « a pour moi un grand mérite, outre la beauté 
du dessin et de l'attitude ; c'est qu'il est fait avec une grande bonhomie. L'aquarelle est 
réduite à son rôle modeste et ne veut pas se taire aussi grosse que l'huile. » 




N" 986 : Christ en croix 



Toile. • — H. o"'8i, L. o^bS. — Signé au bas à droite et daté 
1846. — Salon de 1847. — Exposition universelle de i855. — 
Exposition d'Alsace-Lorraine 1874. — Photographié pour Le5 
Artistes vivants de Silvestre. — Photographié par Braun. — 
Caricaturé par Bertall. — Gravé par Courtry pour le catalogue 
des Cent chefs-d'œuvre, 1 883, dans les dimensions de : H.o"'2 27, 
L. o"'i82. — 'Vente Bonnet, 19 février i853 : 4,100 fr. — A 
appartenu successivement à MM.Solar, Osiris, Gavet, Fanien, 
et appartient aujourd'hui à M. Defoer. — Voir esquisse et va- 
riante aux années 1847 et i856. — Cat. A. Moreau, pp. 98, 02, 
182,187,260,266. 

Son Christ expire lentement, la face voilée par une demi-teinte 
m)sten(.ube au\ regards insolents de la populace ; cette agonie, toute violente qu'elle est, n'a 
rien de grossieiemi.nt pantelant; les dernières lancinations de la douleur physique tordent 
les mains et les pieds cloués; le sang jaillit des blessures béantes, mais non pas avec cette 
horrible abondance qui fait du calvaire un abattoir. Pour pousser â bout l'effet de son 
tableau, Delacroix n'a pas manqué d'agiter la nature extérieure : la terre tremble, le ciel 
s'obscurcit, le soleil traverse de lueurs ensanglantées les nuages noirs qu'un vent tempétueux 
roule les uns contre les autres, et traîne vers la terre comme des crêpes déchirés. La foule, 
enveloppée de ténèbres, reconnaît la mort du juste et la colère de Dieu. » (Th. Silvestre.) 




1846 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



2bL) 



N° 987 : Christ en croix 



..-x-^ '-"^^ lÔ-^- L^ Aquarelle. - 




- H. ( 

Morea 



[8, L. 



Non sisné. 



Non catalo- 



., « E._ Delacroix est universel ; il a fait des tableaux de genre pleins d'inti- 
mité, des tableaux d'histoire pleins de grandeur. Lui seul, peut-être, dans 
notre siècle incrédule, a conçu des tableaux de religion qui n'étaient ni 
ES:- vides, ni froids comme des œuvres de concours, ni pédants, ni mystiques 
ii OU néo-chrétiens comme ceux de tous ces philosophes de l'art qui font 
de la religion une science d'archaïsme, et croient nécessaire de posséder 
^ avant tout la symbolique et les traditions primitives pour remuer et faire 
:,^chanter la corde religieuse... Cela se comprend facilement si l'on veut 
1 considérer que Delacroix est, comme tous les grands maîtres, un mélange 
admirable de science, c'est-à-dire un peintre complet, et de naïveté, 
c'est-à-dire un homme complet. Mais pour expliquer ce que j'affirmais tout à l'heure que De- 
lacroix seul sait faire de la religion, je ferai remarquer à l'observateur que, si les tableaux 
les plus intéressants sont presque toujours ceux dont il choisit les sujets, c'est-à-dire ceux de 
fantaisie, néanmoins la tristesse sérieuse de son talent convient parfaitement à notre religion, 
religion profondément triste, religion de la douleur universelle. » (Charles Baudelaire.) 



N° 988 : Lionne assise, lion debout 

..>;,;. .f-^'^>i Croquis à la plume. — H. o'"i7, L. o'"3o. — Appartient à 
^ C^f^M' \ ^" Georges Villot fils. — Non catalogue par M. Moreau. 
â&Jl^^/F^u' '^ " Dans les extraits des agendas de Delacroix publiés par Th. Silvestre, 
-, - -- "-■_'4_-^-;:: ~ - nous trouvons une longue note sur « les animaux et l'homme » que 
nous reproduisons en partie : c Les animaux ne sentent pas le poids 
du temps. L'imagination, qui a été donnée à l'homme pour sentir ses biens, lui procure une 
foule de maux imaginaires. L'invention des distractions, les arts, qui remplissent les moments 
des artistes qui exécutent, charment en même temps les loisirs de ceux qui jouissent du 
spectacle de leurs créations. La recherche de la nourriture, les courts moments de la passion 
animale, de l'allaitement des petits, de la construction des tanières, sont les seuls travaux que 
la nature ait imposés aux animaux. L'instinct les y pousse; aucun calcul ne les y dirige. » 



N" 989 : Lion debout, lion assis 



Croquis à la plume. —In-folio. — NoncataloguéparM. Moreau. 

Et Delacroix continue : « L'homme porte le poids de ses pensées 
aussi bien que celui des misères naturelles qui font de lui un animal. 
A mesure qu'il s'éloigne de l'état le plus semblable à la bète, c'est- 
à-dire de l'état le plus sauvage à ses différents degrés, il perfectionne 
les moyens de donner l'aliment à cette faculté idéale refusée à la 
brute. Mais les appétits de son cerveau semblent croître à mesure qu'il cherche à les satis- 
faire. Quand il n'imagine ni ne compose pour son propre compte, c'est-à-dire quand il n'est 
pas artiste lui-même, il faut qu'il jouisse des imaginations des autres hommes comme lui. 
ou qu'il étudie les secrets de cette nature qui l'entoure et lui présente ses problèmes. » 







2t)0 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1846 



N" 990 ; Tigre couché dans le désert 




Eau-forte. — Voir le 'pastel à Tannée i83o. — Vente 
posthume (premier état) : 35 fr.; vente De La Combe, i863 
J (deuxième état): 10 fr.; vente Langlais, 3 juin 1868 (pre- 
mier état) : 36 fr.; vente Soleil, i5 janvier 1872 (premier 
état) : 3i fr.; vente Forget, 9 décembre 1873 (premier 
état] : 10 fr. à M. Vignères ; vente Villot, décembre 1875, 
(premier état) : 33 fr. à M. Goupil ; vente His de la Salle, 
janvier 1881 (premier état): 61 tr.; vente Jacquemart, 1881 
(premier état) : 37 fr. — Cat. A. Moreau, p. 22. 

Premier état. H. 0,082, L. 0,124. Sans trait carré. Sans aucune lettre ni signature, bords 
non rectifiés ; dans le bas de la planche, certains travaux de roulette ont donné une demi- 
teinte transparente qui tranche avec le blanc du terrain et fait l'effet d'une flaque d'eau. 
Deuxième état. Bords rectifiés. H. 0,073, L. o, 1 23, trait carré. En bas à gauche, sur la planche, 
signé à la pointe Eug. Delacroix » ; à droite, » imp. Delàtre, à Paris ». Cette pièce a paru 
dans le Cabinet de l'Amateur et de l'Antiquaire, dirigé par M. Piot, année 1847. 
Troisième état. A gauche, « Eug. Delacroix; » à droite, « Piot, rue du Coq, 2. » 
Quatrième état. A^droite, « Imp. Delâtre ; » a paru dans l'Artiste. 

11 existe une épreuve qui doit être le véritable deuxième état. Elle est signée c. Delacroix », 
sans nom d'imprimeur. — M. Burty possède au moins sept états de cette planche. 



N" 991 : Le général Delacroix 




Dessin à la mine de plomb. — H. o"'28, L. o'"2o. — Signé au 
bas, au milieu, des initiales E. D., suivies de ces mots : << mon 
bon frère.» — Exposition de portraits anciens, 1878. — Repro- 
duit en cliché pour le journal ÏArt, n° 21 3, 26 janvier 1879, 
dans les dimensions de : H. o"M 5o , L. o"'i 3o. — Collection 
de feu M. Riesener. — Cat. A. Moreau, p. 238. 

C'est à la fin de l'année 1845 que le maître perdit son frère, le gé- 
\ néral Delacroix, sans avoir eu la consolation de lui fermer les yeux. 
* Il écrivit, le 3 janvier, à son ami Pierret : « Je suis arrivé trop tard 
pour trouver mon pauvre ami vivant. Au milieu de tant de cruelles 
émotions, j'ai trouvé ici quelques personnes aimant mon frère qui 
se sont chargées de presque tout ce qui était à faire pour les funé- 
railles. Elles se sont faites hier. J'ai été bien touché de l'empresse- 
ment des militaires. Il y avait une émotion pleine de respect et de convenance dans ces 
jeunes officiers, à la vue de ces nobles restes, de cette vie modeste, de cette noble vie. » Eugène 
Delacroix composa pour son frère une épitaphe qui débute ainsi : u Ici repose le corps de 
Charles-Henri Delacroi.v, baron de l'Empire, maréchal de camp, commandant de la Légion 
d'honneur, chevalier de Saint-Louis et de la Couronne de Fer, né h Paris le 9 janvier 1779, 
mort à Bordeaux le 3o décembre 1845. u II lui fit élever un tombeau, au sujet duquel il écri- 
vit, le 28 avril 1846, des lettres fort intéressantes à M.- Roche, architecte. Ces lettres, 
communiquées en 1875 à M. A. Robaut, par M. Demonts, intendant militaire à Versailles, 
neveu de M. Roche, ont été publiées par M. Burty. On y verra quel souci du style Delacroix 
apportait en toute chose. Non seulement il choisit la forme générale du monument, mais il 
en précisa tous les détails par des croquis. — Voir aussi à l'année 1822, n" 5i, un autre 
portrait du général Delacroix. 



N"^ 992, 993 : Baptême de CJovis par saint Rémi 



i" Dessin à la plume. — H. o"'35, L. o"'43. — Ni signé, ni 
daté. — Appartient à M. Georges Villot. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

Devant d'autel brodé par madame C. -Frédéric Villot, d'après un dessin 
i /^ I ^=' -?«^=ç^ Js même dimension composé par Eugène Delacroix, représentant le 

M\— I V^^^ ,-^^^ baptême de Clovis par saint Rémi, pour l'église de Draveil. Le 

fer^.£k_jïsvii}l' ^L^ dessin original, qui appartient à M. Georges Villot, est exécuté à la 
P ^i..ï3r±l_rz2is.*wa:^ plume, h grands traits, sur papier h la forme, il n'est ni signé, ni 
*"= daté, mais M. Georges Villot sait qu'il est du mois d'aoCu 1846. 
Affirmation confirmée par une jolie lettre de Nohant,où Delacroix était chez madame George 
Sand,avec Chopin. — « Dites à madame Villot, ou répétez-lui, que je suis à ses ordres pour 
le fameux Saint-Rémi ; dites-lui aussi que je lui ferai une peinture superbe, si elle veut m'aider 
à intriguer auprès de M. de Rambuteau, auquel je voudrais tirer une carotte, et j'ai pensé 
que madame Villot, qui connaît madame de Rambuteau, pourrait peut-être avoir plus de 
succès que qui que ce soit. » (Lettre à M. Villot, du 19 août 1846.) 
2" Il a passé a la vente posthume sous le n" 3-4 un autre dessin de la même composition, 
adjugé au prix de 33 francs h M. Lenoir. 




N" 994 : Panthère se frottant 



Croquis mine de plomb. — H. (i"'oh, L. <)'"i5. — Non cata- 



l'i^K-'i 'iJ/jh ,'^ logue par NL Moreau. 
^~C^t^'~\t~^- zr--" ■^'''' "^'^ plusieurs jours ii me rer 



sposer, et, à peine établi, il me 
faudra songer h déguerpir, n écrit Delacroix, de Nohant, à M. Pierret. 
» C'est l'histoire de toutes les situations de la vie. C'est l'instable qui est le fixe. C'est sur 
l'incertain qu'il faut baser. Il en résulte qu'à cause de la brièveté des moments où nous 
pouvons jouir du repos ou d'un certain état de plaisir, nous sommes dans l'appréhension 
continuelle de l'état prochain qui nous menace et du fardeau qu'il faudra reprendre. Voilà la 
grande supériorité des animaux sur nous, et qui égalise un peu la balance en leur faveur. 
Dans la répartition des biens et des maux attachés à leur condition et à la nôtre, la nature 
leur a accordé le don de jouir plus pleinement de l'instant favorable et leur cache mieux en 
même temps les côtés menaçants de la vie mortelle. » 



Année 184 



7 



N° 99^ : Christ en croix. — Esquisse 



Toile.— H. o"'37,L.o'"25.— Appartient a M. p. Meurice.— Non catalogué par M. Moreau. 
Cette esquisse est très remarquable; elle n'offre d'ailleurs que des variantes insignifiantes au 
tableau de 1846. (Voirie n° 986.) 



XEUVRE DE DELACROIX 



.-S47 



N"^^ 996, 997 : Christ en croix 




J un rou^i 
ï.olJatb gai 
les autres 



1" Toile. — H. ()'"4o, L. o"'j2. — Sigmi à gauche, non date. — 
Exposition Duranci-Ruel, 1878. — Gravé à Teau-forte par F. Fla- 
nieng, dans les dimensions de : H.o"Mi5, L. o'"o87. — Première 
%cnte Laurent-Richard, 7 avril 1873 : 29,000 fr. à M. Durand-Ruel. 
— Avait appartenu à M. Gavet. — Cal. A. Moreau, p. 266. 

Pastel. — H. o"'3o, L. 0^2 1. — Signé au bas, à gauche. — Ap- 
pirtient à M. Haro. — Non catalogué par M. Moreau. 

I c catalogue de la vente Laurent-Richard décrivait ainsi le tableau : « Le 
Christ apparaît dans toute sa hauteur, au centre du tableau. Au pied de la 
croix, Madeleine, dont l'épaule nue se dégage lumineuse, d'une draperie 
L intense à gauche, la Vierge évanouie entre les bras de saint Jean. A droite, 
dant le divin supplicié. Le corps du Christ seul se développe dans son entier: tous 
personnages sont coupés à mi-corps. La tonalité générale est très fine. " 



N° 998 : Mater Dolorosa 

Toile de petites dimensions. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 999 : Christ au Jardin des Oliviers 

Pastel. — Voira Tannée 1826, n°*_i 77, 178. — Non catalogué par M. Moreau. 
Nous avons déjà indiqué l'existence de ce pastel (voir le n" 1781 dont nous ne trouvons de 
trace que dans la correspondance du maître, lettre du 6 mars 1847, ^^ ^'^- Roche. 

N° 1000 : Ivanhoë et Rébecca dans le château de Front-de-Bœuf 



Toile. — H. o'"27, L. o'"2i. — Signé à gauche, non daté. — 
Photolithographié par Arosa dans les dimensions de : H. o"M22, 
L. o'"097. — Vente B., 20 février i853:3oo fr. à M. Arosa; vente 
Arosa, février 1878 : 3, 000 fr. à M. Desprez. — Cat. A. Moreau, 
pp. 247, 248. 

On lisait au revers du cadre cette légende écrite au cravon de la main 
même de Delacroix : n Ivanhoë, blessé au château de Front-de-Bœuf; 
la juive Rébeccalui raconte les événements de l'assaut qui se livre pour 
les délivrer. (Ivanhoé. Walter-Scott.) » Ces écritures qui formaient cinq 
lignes n'existent plus depuis la vente Arosa, parce qu'alors on a change 
le cadre sans prendre la précaution d'en faire tout au moins un fac- 
simile. — Rappelons ici un aphorisme du maître. « Rubens sacrifiait parfois le style et la 
convenance pittoresques à la couleur, par exemple dans ses Sirènes de la galerie de 
-Médicis. 11 vaut mieux tout sacrifier h la convenance et à l'expression réelle du sujet. » 




"^47 



L'ŒUVRh 1)K l)i;i.ACR01X 



N" looi : Persée et Andromède 



Toile esquisse. — H. o'"42, L. o"'H3. — Signe à gauche, non date. — N" 64 de 
la Vente posthume : 85o fr. à M. Jadin. — Voir à Tannée 1854. — Non catalogué 
par M. Moreau. 



N" 1002 : Persée et Andromède 



Réplique 




-Vente Henri Didier, 12 de 
du I I mai 1868 : 3. 000 fr. - 



Toile. — H. o'"42, L. o"'33. - 
cembre 1854 : 460 fr. — Venti 
Cat. A. Moreau, p. 25 5. 

En présence de ce tableau et de la hardiesse extraordinaire de la 
figure de Persée, je pense h la belle page que Delacroix écrivit à 
propos de Gros, mais où l'on peut croire qu'il plaidait sa propre 
cause en plaidant celle du génie : « Il semble qu'on peut affirmer 
que le caractère le plus général du génie est la hardiesse et la con- 
fiance dans la force de ses conceptions. Si l'on examine avec atten- 
tion tout ce qui fait véritablement la beauté dans les ouvrages des 
grands maîtres, on verra qu'un esprit juste, mais timide, enchaîné 
par l'usage et les précédents, n'aurait jamais risqué certaines images, 
certaines expressions, certaines tournures qui saisissent par un rapport frappant de l'idée 
avec la forme qui leur est donnée. Qu'on examine dans les ouvrages célèbres toutes les beautés 
consacrées et dont l'habitude a rendu l'efiét moins piquant, on verra qu'elles étaient, pres- 
que toutes à leur apparition, de nature à choquer les puristes. » 



N° 100^ : Roger délivrant Angélique 




Toile. — H. o™265, L. o"^35o. — Signé à gauche, non 
daté. — Venté Marmontel, 4 février i858 : 1,220 fr. à 
madame la baronne Nathaniel de Rothschild. — Cat. A. 
Moreau, pp. 255, 256. 

M. Moreau catalogue cet admirable tableau sous le titre de 
« Persée et Andromède », et le musée de Grenoble, qui en possède 
une variante, le baptise « Saint Georges ». (Voir h l'année 1854.) 
Il y a erreur de part et d'autre. Au costume, il est évident que 
le héros n'est point Persée, il n'est pas davantage un saint 
Georges. La méprise s'explique d'autant moins de la part de 
M. Moreau, qu'il mentionne ailleurs un autre tableau d' « Angélique et Roger après la 
délivrance » qui fait partie de la même collection. (Voira l'année 1860.) — «Vu à une distance 
trop grande pour analyser ou même comprendre le sujet, un tableau de Delacroix a déjà 
produit sur l'âme une impression riche, heureuse ou mélancolique. On dirait que cette pein- 
ture, comme les sorciers et les magnétiseurs, projette sa pensée à distance. Ce singulier phé- 
nomène tient à la puissance du coloriste, ;i l'accord parfait des tons et à l'harmonie (préétablie 
dans le cerveau du peintre] entre la couleur et le sujet. Il semble que cette couleur, qu'on 
me pardonne ce subterfuge de langage pour exprimer des idées fort délicates, pense par 
elle-même, indépendamment des objets qu'elle habille. » (Ch. Baudelaire.^ 



N" 1004 : Roger délivrant Angélique — Variante 



(^^ 



Dcisin à la mine de plomb. — H. o'"26o, L. o'"325. — Vente 
posthume. — Appartient à M. Alfred Rohaiit. — Non catalo- 
gue par M. Moreau. 

( Une qualité très grande, très vaste du talent de M. Delacroix, et 
qui fait de lui le peintre aimé des poètes, c'est qu'il est essentiel- 
'.ment littéraire; non seulement sa peinture a parcouru toujours 
littératures; non seulement elle 
Byron, Dante,Walter Scott, Sha- 
speare, mais elle s'ait révéler des idées d'un ordre plus élevé, plus 
fines, plus protondes que la plupart des peintures modernes. Et remarquez bien que ce 
n'est jamais par la grimace, par la minutie, par la tricherie de moyens que M. Delacroi.K 
arrive à ce prodigieux résultat, mais par l'ensemble, par l'accord profond entre sa couleur, 
son sujet, son dessin et par la dramatique gesticulation de ses figures. » ;Ch. Baudelaire.) 



T^ qui rait ae lui le peiuiie aune; ui;b 

V (*^, il l2"" Il ment littéraire ; non seulement 

^» 5 ■" ^^^■Ct-?*'^ ^^"-^ succès le champ des hautes 

7> !^Viîi^j;^^c^>^ 1 triduit, elle a fréquenté Arioste, 



N" 100^ : Tigre royal couché 




Toile. —H. o'"40, L. o"'54. — Gravé a i'eau-forte par Rhodon pour 
le catalogue Laurent Richard, 1878, dans les dimensions de : 
H. o'"io4, L. o"M4i. — Voir à Tannée i82q. — Vente Laurent 
Richard, 1878 : 1 1,800 fr. — Non catalogue par M. Moreau. 
Aspect général très rouge. La composition en est à peu près la même que 
celle de la lithographie de ^829. C'est h cetableau que Delacroix fait allusion quand il écrit 
à M. Roche, le b mars : i> .l'eusse désiré aussi, dans cette circonstance, vous envoyer quelque 
chose de plus important. Je n'ai pu m'y remettre qu'après mon travail du Luxembourg. Je 
ne sais si le suj^-t vous plaira. Comme au dernier Salon j'avais exposé un Lion qui avait 
généralement fait plaisir, j'ai pensé à vous envoyer une espèce de pendant à ce tableau. » 



N"'' 1006, 1007 : La mort de Lara 




I" Toile. — H. o'"5r, L. o"'65. — 
Signé à gauche, daté 1847. — Salon 
de 1848. — Voir une variante à 
l'année i858. — Appartient à ma- 
dame Delessert. — Cat. A. Moreau, 
- _ p. i83. 

2" Dessin à la plume. — H. o'"234, L. o'"340. — Re- 
produit en fac-similé par A. Robaut dans les dimensions 
de : H. o"'24, L. o"'34. — Vente Sensier : i5o fr. à 
M. Ernest Chausson. — Non catalogué par M. Moreau. 

grand col et des manchettes de Kalès, le rouge éclatant de son 
manteau, le brun du vêtement de Lara et sa doublure blanche, toutes ces tonalités font un 
vibrant effet et produisent l'étrange aspect d'un lambrequin tombé. 




Dans le tableau, le blanc du 



i847 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N' 1008 : Mort de Valentin 




Toile. — H. o"'S2, L. o"'65. — Signé à droite, daté 1847. 
— Salon de 1848. — Exposition universelle de i855. — Litho- 
graphie par Mouilleron, en sens inverse, dans les dimensions 
de : H. o'"23i, L. o'"i83. — Vente Collot, 29 mai i852 : 
4,750 fr. à M. M. Cottier, qui en a légué la nue propriété 
au musée du Louvre. — Cat. A. Moreau, pp. i33, i83, 245. 

('Quand on a parcouru quelque vieille ville d'Allemagne, Nurem- 
berg, par exemple, on est frappé de l'extrême vérité locale de la mort 
de Valentin. — Voilà bien les hautes maisons aux pignons denti- 
culés, aux fenêtres maillées de plomb, aux étages en saillie, aux 
cheminées de brique où nichent les cigognes, la rue étroite et 
sombre qui se termine en escalier et laisse voir au bout de sa 
perspective, la cathédrale vaguement ébauchée parla lune derrière 
un rideau de brume. Valentin, le brave soldat, gît sur le pavé, 
hk'ssé à mort, entuuré de quelques voisins, des têtes se montrent aux croi'sées à la lueur 
des lampes; Marguerite, pâle comme un spectre dans le linceul de son vêtement nocturne, 
se tord les mains de désespoir, et subit pour première punition de sa faute les invectives 
du grossier, mais honnête soudard. Au fond, Faust et Méphistophélês se sauvent, montant 
les degrés quatre à quatre avec la prestesse de gens qui viennent de faire un mauvais coup. 
La pose et le geste de Marguerite sont d'une grandeur vraiment tragique, quoique la hgure 
ait à peine quelques pouces de hauteur ; on dirait que M. Delacroix a vu mademoiselle 
Siebach dans Faust, et a reproduit une de ses attitudes si pathétiques. » (Th. Gautier.) — 
Notre vignette est, comme la lithographie de Mouilleron, en sens in\erse de l'original. 



N" 1009 ; Marguerite à Téglise. — Esquisse 




Toile. — H. o"'35, L. o"'46. — N" 12Ô de la Vente posthume : 
700 tr. — Appartient àmadame la baronne Rivet. — Voir à l'année 
1846. — Non catalogué par M. Moreau. 

C'est une variante du tableau de 1846. Elle se rapproche moins que 
celui-ci de la composition du Faust, lithographie par Eug. Delacroix. 
Le groupe de Marguerite et de Méphistophélês est à peu près le même, 
mais le cadre s'est considérablement agrandi ; l'église est vue en pers- 
pective profonde. « En général, » dit Baudelaire, « il ne peint pas de jolies 
lémmes, au point de vue des gens du monde, toutefois. Presque toutes 
sont malades et resplendissent d'une certaine beauté intérieure. 11 
n'exprime point la tbrce par la grosseur des muscles, mais par la tension des nerfs. C'est non 
seulement la douleur qu'il sait le mieux exprimer, mais surtout, prodigieux mystère de sa 
peinture, la douleur morale! »'Et, sous une autre forme, Baudelaire reprend et complète 
cette même pensée : « Edgar Poê dit, je ne sais plus où, que le résultat de l'opium pour les 
sens est de revêtir la nature entière d'un intérêt surnaturel qui donne à chaque objet un 
sens plus profond, plus volontaire, plus despotique. Sans avoir recours à l'opium, qui n'a 
connu ces admirables heures, véritables fêtes du cerveau, où les sens plus attentifs perçoivent 
des sensations plus retentissantes, où le ciel, d'un azur plus transparent, s'enfonce comme 
un abîme plus inlini, où les sons tintent musicalement, où les couleurs parlent, où les par- 
fums racontent des mondes d'idées! Eh bien, la peinture de Delacroix me parait la traduction 
de ces beaux jours de l'esprit. Elle est revêtue d'intensité, et sa splendeur est privilégiée. 
Comme la nature perçue par des nerfs ultra-sensibles, elle révêle le surnaturalisme. <> 



2t)D 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



'847 



N" loio : Naufragés abandonnés dans un canot 



Toile. — H. o'"35, L. o"*5i. — Salon de 1847. — Appar- 
tient à M. Hattat. — Cat. A. Moreau, (p. 182. 
Un critique éclectique, à peu près oublié aujourd'hui, Frédéric 
iMercey, qui reprochait à Delacroix de peindre des tableaux un 
peu trop comme des esquisses, ajoutait cependant : « Le mouve- 
ment est énergique et naturel, l'expression vivante et vraie ; si 
le dessin n'est qu'indiqué, la couleur qui revêt ces formes indé- 
cises est répandue sur toute la composition avec la profusion 
d'un homme qui connaît sa richesse et qui aime à en jouir. C'est 
du superflu qui plaît, du désordre splendide. M. Delacroix possède au plus haut degré un 
genre du mérite fort rare. Il choisit avec un tact merveilleux l'attitude la plus vraie, la plus 
conforme à l'état moral du personnage qu'il veut représenter, et il la fixe sur son tableau telle 
qu'il l'a conçue. Aussi, toutes ses figures sont-elles possibles et humaines. » 




N" loii : Musiciens juifs de Mogador 



Toile. — H. o'"5o, L. o'"70. — Signé à droite. — Salon de 1847. 
— Lithographie par Loutrel pour la collection Moreau dans les 
dimensions de : H. o™i95, L. o"^232. — Gravé sur bois pour 
Y Illustration dans les dimensions de : H. o"M20, L. o'"i45. — 
Cat. A. Moreau, pp. 126, 147, 182. 

Le tableau fut acheté avant le Salon par M. Adolphe Moreau. Quoique 
cette année 1847 soit une des plus chargées de travaux accomplis par 
Delacroix, peut-être même à cause de cela, sa santé était très inégale, ses lettres en font foi 
et aussi de quelque philosophie. Il écrit a son ami Soulier : «... Tu as raison, il faut prendre 
au vol le bonheur passager que comporte encore la vie h notre âge. Je me regarde comme 
ce mouton enferme dans une bergerie qu'on laisse brouter çà et là quelque maigre provende 
jusqu'à ce qu'une grande main vienne l'emporter et le faire disparaître. ■> 




N" 1012 : Bouquet de fleurs 



Carton. — H. o'"45, L. o'"58. — Non signé. — Légué au baron 
Rivet. — Non catalogué par M. Moreau. 

Ce sont deux bouquets peints sur mauvais carton tout bombé, accouplés, 
placés chacun dans un vase ordinaire et composés de dahlias, chicorée 
sauvage, coréopsis, datura, graines de sureau. — Un élève dont nous 
parlerons au numéro suivant, n'ayant pas sur place un palmier pour 
modèle, Eugène Delacroix lui donna un pot d'œiUets dont les tiges et 
les feuilles divergentes lui suffirent. Et le maître ajouta : « Tout ce 
qui, dans la nature, se rapproche en petit ou en grand de l'objet que vous avez à peindre, 
doit vous servir, à défaut d'un modèle véritable. 11 faut se laisser aller à ses impressions, 
travailler librement, n'être ni trop exigeant, ni trop sévère. Le trop de sévérité est un défaut 
aussi nuisible que le trop grand contentement de soi-même. » {Souvenirs de M. de Planet.) 




1847 



L'Œ:UVRE de DELACROIX 



iO; 



N" 1013 : Pavots, roses, dahlias dans un vase 



Toile. — H. o"'49, L. o'"32. — Photolithographié par G. Arosadans 
les dimensions de : H. o'"i2i, L. o™78. — Cliché sur verre, essai 
par A. Robaut.— Vente Arosa, 1878 : 40 fr. — Appartient à M. A. 
Nunez. — Non catalogué par M. Moreau. 

« Après avoir tracé au crayon blanc, un peu en arrière d'^r/5/o/e (biblio- 
thèque des Députés), quelques branches de palmier, » Delacroix disait au 
même élève, « peignez d'abord les bouquets du feuillage qui se trouvent dans 
la lumière en une seule tache de couleur un peu plus sombre que nature; 
faites ensuite un peu plus claires les masses d'ombre ambiantes; donnez, 
après, des touches plus brillantes aux bouquets de feuillage qui sont dans 
la lumière et renforcez de vigueur ceux qui sont dans l'ombre; touchez à 
sec. Que les tiges de l'arbre restent plus claires que les feuilles et d'un ton plus vineux. 
Attaquez-moi ces feuilles avec hardiesse, avec précision et d'un seul coup, à la force du 
poignet. Le poignet seul et non la main imprime le mouvement au pinceau, comme à la 
plume du maître d'écriture qui fait des parafes. La main ne sert qu'à tenir l'outil qui écrit, 
dessine ou peint ; elle reste pour ainsi dire raide avec souplesse et ne fait qu'obéir à l'action 
du poignet. La main demeure comme étrangère à toutes les inflexions que le poignet est 
obligé de faire poursuivre le contour des feuilles et des tiges de l'arbre. Cela est nécessaire à 
la forme décidée des objets. » (Souvenirs de M. de Planet.) 




N" 10 14 : Deux chevaux de ferme 

Peinture sur bois. — H. 0^40, L.o'"63. — Vente Baroilhet, 12 mars i855 : i,oi5 fr. 
— Appartient à M. Loysel. — Cat. A. Moreau, p. 278. 

Les chevaux de ferme viennent de quitter la charrue et sont attachés à la porte d'un bâti- 
ment de ferme. « L'œuvre a la finesse et le charme d'un Bonington, >> a dit Charles Blanc, 
« en même temps qu'on y retrouve le mâle souvenir de Géricault. » 



N" 1015 : Corps de garde à Méquinez 



Toile. — H. o'"65, L. o'"54. — Non signé. — Salon de 1847. — 
.appartient au duc d'Aumale. — Voir l'aquarelle du même sujet à 
l'année i833 avec simple variante dans le titre : « Intérieur d'un 
corps de garde. » — Cat. A. Moreau, p. 182. 

(I Si habile et si audacieux exécutant qu'il fût devenu, Delacroix nous 
frappe surtout par la magie qu'il répandait sur les choses. Qu'il repré- 
sente la vaillance surprise de Weislingen ou l'ardeur presque humaine 
du cheval qui veut le défendre ; qu'il allume la vengeance dans le regard 
d'Hamlet ou la férocité dans l'œil du tigre; qu'il déchaîne les éléments 
dans le Siinounn ou fasse descendre la paix et l'ombre des grands chênes 
sur la Lutte de Jacob avec l'Ange; qu'il enveloppe de soleil les Soldats 

marocains endormis dans un corps de garde, ou fasse expirer la lumière du jour sur les 

fleurs, Delacroix est toujours... Delacroix. «(Th. Silvestre.) 




268 



1/(KUVRE ni: DELACKOIX 



1847 



N" 1016 : Juive d Alger il sa toilette 




réunit avec tant 
vouloir, en riant, 
baisse encore, mè 
messieurs avaient 
tant auparavant, 
adjugé 545 francs 



Toile. — H.û"'40, L. o'"32. — Voir àrannce i852. — Appartient à 
M. G. Colin. — Non catalogué par M. Moreati. 

Au fond, une femme à peine vêtue, couchée sur un divan, et accoudée il 
gauche, vue de dos. Dans une lettre qu'il adressait h Constant Dutilleux, 
en iS53, M. Gustave Colin racontait ainsi comment il fit l'acquisition de 
cette toile : « J'ai acheté un Delacroix, et un Delacroix de la plus belle 
eau, quelque chose comme trois femmes algériennes au sérail, avec ce petit 
clair obscur que vous savez, cette élégance, ce chatoiement, cette sérieuse 
coquetterie de tons, et cette grâce enivrante que la brosse du grand homme 
de supériorité. Ce tableau, c'est toute une histoire; je l'ai acheté sans le 
J'étais k une vente; on le met à un prix minime. Nul ne dit mot. On le 
me silence. L'expert se monte : Un Delacroix, messieurs! u Mais ces 
acheté des quantités de Diaz et autres, et ils n'avaient plus le sou. Un ins- 
le superbe « Lion de Delacroix », celui qui dévore un cheval, avait été 
. Horror! moi je saisis l'occasion, et l'occasion me réussit. » 



N" 1017 : Lion déchirant le cadavre d'un Arabe 



Toile. — H. o"'53, L. o"'65. — Signé à droite en bas, non 
daté. — Gravé à l'eau-forte par Metzmacher, pour le 
Journal des chasseurs, dan»les dimensions de : H. o™i43, 
L. o"M95. — Gravé sur bois par Deschamps pour le journal 
[, a Semaine, avec changement dans les proportions de la 
fiirme originale, dans les dimensions de : H. ©'"iSS, 
L. o'"i42. — Appartenait en 1880 à M. Monjean. — Voir à 
l'année 1848. — Cat. A. Moreau, pp. io3, i5o, 184. 

Toujours passionne pjur les grands drames de la nature, Eugène Delacroix a retracé souvent 
cette lutte oii l'homme est vaincu par l'animal. (Voir aux années 1848 et 1849.) 




N" 1018 : L'affût arabe 




qu'a peuit-ï Euyenc 



Toile. — H. o"'36, L. o'"28. — Signé au bas, adroite. — Appar- 
tient à M. Emile Meyer. ■ — Non catalogué par M. Moreau. 
Un Arabe est assis sur le sol dans une attitude simple, facile, souple et 
cependant fort noble. Devant lui, vu de dos, un jeune homme lui parle, 
la main droite levée. Le costume blanc de ce personnage réveille tout 
le tableau. Son vêtement de dessous, rouge, s'harmonise richement 
avec le bleu de la culotte; la gamme de couleur se complète par la cour- 
roie jaune qui retient le coutelas. La crosse du fusil pose à terre. Les 
deux personnages se détachent sur un fond de paysage. A gauche se 
dresse un bouquet d'arbres. A droite, dans le lointain, apparaît un 
village chaudement éclairé par le soleil. Comme presque lousles fonds 
Delacroix, celui-ci est d'une richesse de tons et d'une harmonie admirables. 



'^47 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



ibg 



N" 1019 : Affût au lion 



Toile. — H.o"'44, L. o'"54. — Gravé à l'eau-forte par La 
Guillermie pour la collection Durand-Ruel, Jansles dimen- 
sionsde : H. o'"io3,L.o'"i29.— Non cataloguéparM.Moreau. 
J 'ai été repris au commencement de l'automne d'accidents très 
fâcheux a la gorge, auxquels j'étais sujet et dont je me crovais en 
partie délivré. De plus, je me suis vu forcé de terminer enfin les 
peintures de la Chambre des Pairs. Ce travail qui, au point où 
il en était, aurait été peu de chose en toute autre situation, me 
devint tellement pénible — car c'était une voûte — que j'étais obligé 
■de_ laisser après chaque séance des intervalles de repos absolu. Il m'aurait été impossible 
nième de rien achever pour le Salon. Heureusement que les objets que je pouvaisy exposer 
étaient terminés depuis longtemps et déjà la propriété d'amis ou d'amateurs. » (Lettre du 
6 mars à M. Roche, édition Burtv.) 




N" 1020 ; Lion ii hi couleuvre 



elle 
pris 
des 



Toile. — H.o'"3i, L. o'"24. — Signé au bas, à droite. — Appartient 
à M. Dreux. — Non catalogué par M. Moreau. 

L'animal, descendant la pente d'une montagne dans un mouvement qui 
montre la hère torsion de l'échiné, rencontre une couleuvre sur son 
chemin. D'un geste de curiosité enjouée, sans colère, il avance avec 
grâce la patte gauche de devant, et la pose sur le reptile qu'il tient à dis- 
tance et le contemple. Toute l'attitude du félin est d'une souplesse char- 
mante. On aperçoit dans le fond des montagnes bleuâtres avec une 
échancrure qui laisse voir la mer. A propos d'un sujet analogue, Bau- 
delaire a fait une observation que Silvcstre nous a conservée : « Voyez 
ce lion regardant marcher une tortue : il hésite à poser la patte sur 
; la curiosité le di.-vore; il ne sait pas trop ce que c'est, mais il le saura, la tentation l'a 
. Delacroix met de l'esprit dans la moindre chose, il en avait tant! D'autres ont pu faire 
chefs-d'œuvre bêtes; lui, jamais! » 




N" I02I : Lion dévorant une chèvre 




Toile. — H. o'"28. L. (i'"?6. — Salon de 1848. — Gravé sur bois 
par Pisan, d'après un dessin de Marvy, avec ce simple titre : 
Le Lion >■, dans le sens opposé au tableau, pour le Magasin 
pittoresque, mai 1848, dans les dimensions de : H. o'"ii5, 
L. o'"i45. — Reproduit, en phototypie par G. Arosa, dans les 
dimensions de: H. o'"o92, L. o'"i2'o. — Appartenait à M- Achille 
.Arosa (1880). — Cat. A. Moreau, pp. i5o, 184. 

Pour tond, un rocher, au flanc duquel s'ouvre une caverne, tandis que sur ses pentes se 
dressent des arbres et s'étend la verdure. C'est un paysage admirablement choisi pour la 
scène, puisqu'il rappelle à la fois le repaire du lion et les sites herbeux oii se plaît la chèvre. 



270 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



.847 



N°'' 1022, 1023 : Tigres 




1° Tigre couche. — Toile. — 
H. o"^3i, L. o^So. — Signé à 
gauche, non daté. — Vente du 
12 mai i855 : 5o5 fr. — Vente 
29 mai i856 : 3oo fr. — Vente 
M. B., 22 décembre 1860 : 
700 fr. à M. Fanien. — Appar- 
tient à M. Albert Wolff. — 
Gravé pour le catalogue des Cent chefs-d'œuvre, i883, 
par Boulard, dans les dimensions de : H. o"'io5, L. o"M68. — Cat. A. Moreau, p. 277. 
2° LeTigre et le Serpent. — Toile. — H. 0^24, L. o"'32. — Signé à gauche, non 
daté. — Vente du 6 mars i853 : 600 fr. à M. Soultzener. — Cat. A. Moreau, p. 277. 

Dans la première de ces deux toiles, on remarquera le paysage, dont les lignes s'harmonisent 
si heureusement avec la pose et la forme ondoyante de l'animal. 



N""- 1024, 102 ) : Turc en embuscade 




dire la sépia, qui est 



1° Aquarelle. — H.o"'26, L. o"'2 i .— Vente du 29 avril i856: 
82 fr. — Cat. A. Moreau, p. 290. 

2° Sépia. — H. o'"i3o, L. o"'io5. — Vente posthume. — Vente 
hôtel Drouot, avril 1876. — Non catalogué par M. Moreau. 
Certes, ce croquis a plus d'intérêt qu'il ne semble en offrir tout d'abord; 
il nous montre une fois de plus comment Delacroix poursuivait son 
idéal avec une obstination que rien ne pouvait lasser, et combien il 
faisait d'efforts pour arriver a donner du naturel aux attitudes et de la 

- souplesse aux corps, dans les mouvements même les plus forcés. — 
Notre vignette reproduit la seconde des deux compositions, c'est-h- 

traitée largement, en manière d'esquisse. 



N" 1026 ; Lion et lionne dans les montagnes 



Aquarelle et pastel. — H. o'"25, L. o'"34. — Signé et daté 
au bas, à droite, « Eug. Delacroix, 1847. » — Appartient 
à M. de Beriot (1875). — Non catalogué par M. Moreau. 

La gueule entr'ouverte, fermement dressé sur ses quatre pattes et 
comme en arrêt, la queue prête h battre l'air, le lion fait le guet, 
tandis que, à peu de distance, la lionne repose, tranquille et pa- 
resseuse, la tète entre ses pattes repliées. Les lignes du paysage, 
où se dessinent sobrement les crêtes ondulées des collines avec 
une trouée de ciel, sont d'une simplicité très heureuse; elles 
complètent l'aspect grandiose de cette scène, qui est vue et réalisée assurément avec un sen- 
timent profond de la vie des fauves au désert. 




i847 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N° 1027 : Hercule et Antée 




Autographie à la plume. — H. o'"26o, L. o'"4io. — Gravé sur 
bois pour la Galette des Beaux-Arts, février 1864, dans les 
dimensions de : H. o™ioo, L. o"'i6o, d'après la photographie 
Bisson, publiée par Th. Silvestre, dans les Artistes vivants. — 
Vente Villot, décembre 1875: i5 francs à la Bibliothèque 
_^ nationale. — Le dessin original, avec une dédicace à Halévv, 
"'*''^~ appartenaità M. Edouard Rodrigues. — Cat. A. Moreau, p. 142. 
Ce croquis est une première pensée du beau groupe que Eugène Delacroix peignit en l'un 
des tympans du Salon de la Paix (voir à l'année 1849). La composition n'a presque pas varié. 
« Dans les figures destinées h être vues de loin, n'ayez pas égard à la vigueur réelle, mais 
toute locale, de certains creux fortement ombrés, tels que les narines, le coin des lèvres, etc. 
Considérez alors vos figures comme des rondes bosses antiques où ces creux se perdent dans 
l'aspect général des masses. En conséquence de ce principe, on ne saurait faire les ombres 
trop légères et blondes, à l'instar de Paul Véronèse ; pour qu'elles soient vigoureuses, il faut 
les rendre bien distinctes du ton de la lumière. En attaquant votre figure, attachez-vous à 
ce ton général d'ombre et de lumière qui distingue les décorateurs.» \Souveiiirs de M. de Planet.) 



N" 1028 : Feuille de croquis 



Autographie a. la plume. — 
H. o"'29o, L. o"'4oo. — Cat. 
A. Moreau, p. 34. 

Ces croquis se trouvent au bas 
d'une page, h côté de trois 
autres dessins qui ne sont pas 
l'œuvre du maître, et qui repré- 
sentent sa maison de campagne de Champrosay, des joueurs 
d'échecs et un paysage placé de travers. Quant aux croquis 
de la main de Eugène Delacroix, ils se décomposent ainsi : 
Un jeune homme, nu-tête, vu h mi-corps, le poing sur la 
hanche, un bâton de commandement appuvé sur sa cuirasse; une tète de satyre, vue de face, 
accolée à une autre vue de profil; un profil de vieillard; une tête de jeune seigneur coiffé 
d'un feutre à plumes. Nous avons donné en deux clichés l'ensemble de la feuille et le détail 
des croquis. On pourra nous reprocher souvent un excès de minutie; mais tout ce qui 
contribue à mieux faire connaître un homme de génie n'a-t-il pas son intérêt? 




W 1029 : Un chat assis étendu 



iMine de plomb. — H. o'^o-, L. o^ib. — Provient de la vente Fré- 
déric Villot. — Non catalogué par M. Moreau. 

""^ ■"■' Il semble que Delacroix, préoccupé alors de l'étude des fauves, se soit plu 
à en retrouver le grand caractère dans cette étude de chat, qui.fpar son attitude, rappelle 
certains croquis de tigres. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1848 



N° lojo : Falaises de Fécamp 



Aquarelle. — H. (.>'"2o5, L. o'"2q5. — Lithographie à la plume par 
A. Robaut, dans les dimensions de : H. o'"078, L. o'"i i3. — Cliché 
pi )ur le catalogue de la vente Constant Dutilleux. — Vente posthume, 
n" 595 : 200 fr. — Vente Constant Dutilleux : 32o fr. à M. A. Ro- 
baut. — Non catalogué par M. Moreau. 
C'est de Valmont, nous l'avons dit, que Delacroix partait pour ses expé- 
ditions à la mer. Il allait y faire sur nature des études sans cesse variées, toujours sincères, 
qu'il utilisait pour les fonds de ses tableaux. 




N^ 



10^ I 



Falaises dEtretat 



Aquarelle. — H. o'"i5, L. o'"20. — Lithographie à la plume par 
A. F^ohaut, dans les dimensions de : H. o"'o8o, L. o'"io5. — Vente 
piisthume, partie du n° 5g5 : 3 10 fr. à M. A. Robaut. — Vente Constant 
Dutilleux, mars 1874 : 5oo fr. à M. Théophile Silvestre pour 
M. Bruyas. — Appartient au Musée de Montpellier (galerie Bruyas). 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Aquarelle exquise, enlevée dans un de ces séjours d'été que Delacroix aimait à faire en son 
cher pays de Valmont, dont le nom revient si souvent au cours de ce livre. 




Année 1848 



N" 



lOU 



Lélia 




Toile. — H. (i'"22o, L. ii"'i65. — Eugène Delacroix a écrit lui- 
même à l'encre, sur le bois du châssis de ce tableau : « Lélia 
dans la caverne du moine, devant le corps de son amant. 
(George Sand).» — Photographié par Charles Desavary. —Vente 
Alfred Sensicr, 1877 : 3,i5otr. — Appartient à M. Marmontel. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

L'impression de la plus insigne tristesse, parl'etTet des harmonies com- 
binées de la palette, est poussée ici jusqu'à ses dernières limites. On 
n'aperçoit d'abord point de ciel par l'échancrure de la caverne, mais 
seulem'entun rideau de montagnes rapprochées, ce qui resserre encore 
le regard. Rien de clair, qu'un blanc amorti sur le linge de Lélia et un 
autre blanc plus rompu encore sur la chemise du cadavre couché h 

tons de chair ont cette onction qui fait penser aux Murillo les plus touchants. 

blotti contre l'humide muraille, a une robe de teinte rouge laqueux, qui réveille 



terre. Les 
Le moine, 
utilement cette scène de douleur 



i.S4'^ 



l.'ŒUVRF, DE DELACROIX 



N" 1055 : Lélia 




L. o"'38. — V'emc AUou-Erler, 
Appartient ù M. Charles Havc 



février 
- Cat. 



Toile. — H. o™4 
1872 : 3,85o h. 
A. Moreaii, p. 23.^. 

Nous n'avons pas besoin de rappeler que Lélia est un des premiers 
romans de George Sand. Celle-ci a rendu un précieux témoignage de 
son amitié pour Eugène Delacroix, le jour oii elle écrivit à Théophile 
Silvestre : II y a vingt ans que je suis liée avec lui, et par conséquent 
heureuse de pouvoir dire qu'on doit le louer sans réserve, parce que 
rien, dans la vie de l'homme, n'est au-dessous de la mission si large- 
ment remplie du maître ; et je n'ai probablement rien à vous apprendre 
sur la constante noblesse de son caractère et l'honorable fidélité de ses 
amitiés. Il jouit également des diverses faces du beau par les côtés multiples de son 
intelligence. Delacroix, vous pouvez l'affirmer, est un artiste complet. Il goûte, il comprend 
la musique d'une manière si supérieure, qu'il eût été très probablement un grand musicien, 
s'il n'eût pas choisi d'être un grand peintre. Il n'est pas moins bon juge en littérature, et peu 
d'esprits sont aussi ornés et aussi nets que le sien. Si son bras et sa vue venaient h se fatiguer, 
il pourrait encore dicter, dans une très belle forme, des pages qui manquent à l'histoire de 
l'art, et qui resteraient comme des archives à consulter pour tous les artistes de l'avenir. Ne 
craignez pas d'être partial en lui portant une admiration sans réserve. La vôtre, comme la 
mienne, a dû commencer avec son talent et grandir avec sa puissance, année par année, œu- 
vre par œuvre. « (Th. Silvestre, Les Artistes vivants.) — Notre croquis a été fait de souvenir. 



N" 1054 : Mise au tombeau 




Toile. — H. i'"6o, L. i'"3o. — Signé à gauche, daté 1848. — Salon 
de 1848. — Exposition universelle de i855. — Gravé à l'eau-forte par 
Boilvin, dans les dimensions de : H. o"'i25, L. o"'ioo, pour la col- 
lection Durand-Ruel et le catalogue de la vente Faure. — Vente 
Faure, juin 1873 : 60,000 fr. à M. Durand-Ruel. — Cat. A. Mo- 
reau, pp. i83, 188. 

Ce tableau, qui fut peint à l'origine pour le comte de Geloës, est un de ceux 
dont le maître parlait comme d'une de ses plus belles œuvres. A ce titre, il 
mérite une description complète, et nous reproduisons celle qu'a donnée le 
catalogue de la vente Faure : « Le Christ a été détaché de la croix et placé, par deux disciples 
et les trois saintes femmes, sur une dalle de pierre. Son bras droit pend h terre; sa poitrine 
découverte laisse voir la blessure béante du soldat romain. Une douce lumière resplendit 
sur cette belle nudité, sur cette noble enveloppe d'un cœur qui fut si compatissant aux 
hommes. La tète est soutenue par une des saintes femmes qui, à genoux, pleure et s'appuie 
sur une des Marie dans une attitude désespérée et touchante. Une autre sainte femme, 
Marie-Madeleine, lève le linceul qui couvre les pieds sanglants, regarde les plaies et les baise. 
Un jeune homme demi-nu, avej draperie rouge, .est assis par terre et courbé; il tient dans ses 
mains la couronne d'épines, qu'il fixe dans un muet accablement. Joseph d'Arimathie et Nico- 
dème sont debout et fixent le mort avec un profond sentiment de douleur; l'un d'eux tient 
un vase de parfums. Deux soldats romains descendent le chemin du calvaire, percé dans une 
suite de rochers gigantesques qui se perdent au loin. Trois autres soldats, au loin, s'éloignent 
des trois croix du Golgotha ; l'une est nue, c'est celle du Christ ; aux deux autres sont encore 
appendus les deux larrons. C'est la fin du jour, la nuit C'^t venue. " 



274 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" lO]^ : Mise au tombeau 



Toile. — H. o"'55, L. o"'46. — Signé à gauche, non daié. — 
Exposition Durand-Ruel, 1878. — Lithographie par J. Lau- 
rens, dans les dimensions de : H. o""454, L. o'"332. — Gravé à 
Teau-forte par F. Flameng pour la Ga-^ette des Beaux- Arts. 
dans les dimensions de : H.o'"226, L.o'"i84. — N'ente Laurent 
Richard, 7 avril 1873 : 29,100 fr. à M. Durand-Ruel. — A ap- 
partenu à M. Frémyn. — Cet. A. Moreau, pp. q8, 265. 
Delacroix a fait plusieurs répliques ou analogies du tableau précédent, 
qu'il aimait particulièrement. Il a laissé, au sujet de cette œuvre, des 
notes inédites qui, nous l'espérons avec tous les amis de l'art et de la 
littérature, seront un jour publiées. — C'est h tort que le catalogue 
de la vente Faure dit que la lithographie de J. Laurens est la repro- 
duction du grand tableau qui appartint au comte de Gelocs (voirie n" précédent) jusqu'en 
1S70. 11 nous a été facile de faire la comparaison à différentes reprises, et nous pouvons 
affirmer avec certitude que cette lithographie r<.-produit bien le tableau du présent numéro. 




N" 1036 : Mise au tombeau 



Toile. — H. o'"3o, L. o'"42. — Signé à droite . non daté. — Vente E. S., 22 jan- 
vier i855 : 890 fr.; vente du i5 mai 1857 : 800 fr.; vente Marmontel, 11 mai 
1868 : 4,000 fr. — Cat. A. Moreau, p. 260. 

« Le travail lui-même n'est qu'un étourdissement passager, qu'une distraction; et toute dis- 
traction^ comme dit Pascal en d'autres termes, n'est qu'un moyen inventé par l'homme pour se 
cacher l'abime de ses maux. C'est dans les moments où l'âme se trouve en face de ce cruel 
néantque tous les secours sont impuissants pour lui porter la consolation. » (Eugène Delacroix.) 



N° 10^7 : Mise au tombeau 



Toile. — H. o™54, L. o'"44. — Lithographie par X., pour la col- 
lection Moreau, dans les dimensions de : H. o'"225, L. o"M87. — 
Cat. A. Moreau, p. 124. 

I' 11 faut voir le beau où l'artiste a voulu le mettre. Ne demandez pas aux 
vierges de Murillo l'onction chaste, la timide pudeur des vierges de 
Raphacl : louez dans les traits de leur visage et dans leur attitude, l'extase 
divine, le trouble vainqueur d'une créature mortelle élevée vers des 
splendeurs inconnues. Si l'un et l'autre de ces peintres introduit dans ces 
tableaux, où ils nous montrent la Vierge dans sa gloire, quelques-unes de 
ces figures de pieux dona'taires ou de saints personnages de la légende, 
nous sommes charmés chez Raphaël de leur noble simplicité et de la grâce de leurs mouve- 
ments; chez Murillo, nous admirons avant tout l'expression dont ils sont pénétrés. Ces 
moines, ces anachorètes qu'il nous montre au désert ou dans leurs cellules, prosternés devant 
le crucifix et tout meurtris de pieuses macérations, nous remplissent à notre tour d'un senti- 
ment d'abnégation et de croyance, u iQiiestions sur le beau.) 




1848 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" iO)8 : Mise au tombeau 

Toile. — H. o'"74, L. on^Sp. — Vente Davin, i863 : 4,000 fr. — Cat. A. Moreau, p. 26?. 

N° 1039 : Mise au tombeau 



Deux dispositions sur la mcme feuille. — Dessin à la mine 
de plomb. — H. o"23, L. o"'35. ^Reproduit en fac-similé 
par A. Robaut, dans les dimensions de : H. o™23, L. o™35. 
— Extrait en fac-similé inédit, par Charles Desavary, 
dans les dimensions de : H. o'"20o, L. o"23o. — Appartient à 
M. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 
l'idée remuée, retournée en tous sens » par ce cerveau lumineux et aux fraîches 
inspirations. Dans le premier trait, la scène se passe sous un grand portique; dans le 
second, c'est entre des rochers et h la lueur des torches que circule le groupe imposant. 




N" 1040 : Un bouquet de fleurs dans un vase 



Toile. — H. o"'3i, L. o'"43. — Signé au bas à droite et daté. 
— Vente posthume n" 92 : 820 fr. à M. Choquet. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Un seul rouge franc pique sa note hardie sur la droite, en ces quatre 
pétales de géranium; il est d'ailleurs soutenu très heureusement par 
_ _ ' \ des variétés de tons très multiples, tantôt douces, tantôt vigoureuses, 

et de tout cela se dégage une harmonie exquise. — Voir la belle 
suite d'études de fleurs à l'année 1849. O" >' trouvera la citation d'une lettre dans laquelle le 
maître expose sa manière de comprendre la peinture de fleurs. Avec une grande richesse 
d'arguments techniques, il prouve que ce genre exige un parti pris décoratif, une facture 
large et une observation parfaite des principaux plans de lumière et d'ombre. 




N° 1041 : Corbeille de fleurs posée sur un socle 



Toile. — H. i™o5, L. 1^40. — • Salon de 1849. — Expo- 
sition universelle de i855. — Gravé à Teau-forte par La Guil- 
lermie, pour la collection Durand-Ruel, dans les dimensions 
de : H. o"'o89, L.o"Mo8. — N" 90 de la Vente posthume : 
7,000 fr. à M. Piron. — Vente Piron, i865 : 3, 000 fr. — 
A appartenu à M. Fanien. — Se trouvait chez M. Petit en 
[884. — Cat. A. Moreau, pp. 192, 314. 



Le catalogue delà Vente posthume désignait l'œuvre en ces termes: 
Corbeille posée dans un jardin, contenant des raisins, des pêches, etc. » Le fond du 
laysage est une allée bordée de roses trémières. 




pay 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1848 



N" 1042 : Fleurs mélangées 



Aquarelle. — H. o'"63, L. o™6o. — N" 614 de la Vente 
posthume : 2,000 fr. à M. Piron. — Vente Piron, i865 : 
3oo fr. à M. Choquet. — Non catalogué par M. Moreau. 

C'est à la fin de l'été 1848 que Eugène Delacroix peignit ces belles 
étuJes de fleurs et de fruits en sa maison de Champrosay, comme 
en témoignent les lettres de cette époque h madame de Fôrget. Ces 
lettres en même temps nous disent quel était son état moral, à cette 
date de politique troublée. « Champrosay. vendredi, août 1S48. 
Bonjour, chère amie, me voilà ici depuis quelques jours, essayant de 
me remettre h quelque chose. Il y a si longtemps que je n'ai touché 
a ma pauMs. pemture que je ne sais pas par quel bout la prendre. Je ne suis pas non plus 
ties bien poitant. Le:> matinées surtout sont d'une lourdeur et d'une maussaderie extrêmes, 
et la vie n'en passe pas moins ! Voilà ce qui me désespère... « 




N° 1045 : Etude de paysage — Champrosay ou Augerville 

Toile. — H. o'"37, L. o'"45. — Partie du n'^ 2\q de la Vente posthume : 295 fr. — 
Vente Belly, 1878:355 fr. — Appartient à M. Dollfus. — Non cauilogué par 
M. Moreau. 

« Je visa la campagne presque continuellement... Je me trouve bien de ce régime au phy- 
sique et au moral. 'Lettre à M. Lasallc-Bordes. septembre 1848, édition Burtv.) 

N" 1044 : Comédiens bouffons arabes 




Toile. — H. o"\)3, L. i"'3o. — Daté. — Salon de 1848. 
— Gravé sur bois pour l'Illiistratinn et l'ouvrage de La 
Madelè'ne, dans les dimensions de: H. o'"ii5, L. o'"i53. 
- Appartient au musée de Tours. — Voir l'aquarelle à 
1 année i836. — Cat. A. Moreau, pp. 184, 202. 

X^quis par l'État et donné par lui h la ville de Tours, ce tableau 
Lst, au point de vue de la couleur, où chantent les verts et les 
I )Ui^i-s^ un des plus beaux tableaux de chevalet que le souvenir 
du Maroc ait inspirés à Delacroix. 11 faut reprendre et citer à son 
sujet les réflexions et les comparaisons que la Noce juive inspirait à Théophile Gautier : 
<i Quiconque a visité seulement l'Algérie sera frappé du talent extraordinaire d'appropriation 
que montre M. Delacroix dans cette scène. Aucun de ses personnages n'a une attitude 
européenne. Les voyageurs ont remarqué, pour peu qu'ils soient attentifs, que les musul- 
mans, arabes, turcs,' asiatiques, ont des mouvements sans rapport avec les nôtres. L'ha- 
bitude de vivre dans des vêtements amples et libres, de s'accroupir ou de se coucher 
partout où le caprice leur en prend, de quitter et de reprendre leur chaussure, de se courber 
pour la prière ou l'ablution, de croiser les jambes sur les divans, de rester des heures entières 
enroulés par le tuyau de cuir du narguilé, de monter à cheval presque à genoux avec des 
étriers larges et courts, leur donne des plis particuliers d'articulation, auxquels n^tre corps ne 
peut se soumettre. » (^e,s- Bejii.v-Aris en Europe.) 



1848 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



277 



N° 104^' : Femmes d'Alger 



Toile. — H. o"'32, L. o"'24. — N" 70 de la Vente posthume. — 
Vente Hermann, 10 février 1871): i,65ofr. à M. Charlet. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Ce tableau est très peu poussé comme dessin. Richement vêtue, la 
jeune femme est assise sur un divan recouvert d'étoffes brillantes et caresse 
son lévrier. Le corsage est vert bleuâtre clair garni d'or, une étoffe 
jaune passe sur la jupe, également brodée d'or; l'éventail est jaune clair, 
les coussins du divan, vert garni de rouge, et le coussin des pieds rouge 
avec cordonnet vert ; la draperie, est brune. « Comme un rêve est placé 
dans une atmosphère qui lui est propre, de même une conception, 
devenue composition, a besoin de se mouvoir dans un milieu coloré qui 
lui soit particulier. 11 y a évidemment un ton particulier attribué à une partie quelconque du 
tableau qui devient clef et qui gouverne les autres. Tout le monde sait que le jaune, l'orangé, 
le rouge inspirent et représentent des idées de joie, de richesse, de gloire et d'amour; mais il y 
a des milliers d'atmosphères jaunes ou rouges, et toutes les autres couleurs seront atTectées 
logiquement et dans une quantité proportionnelle par l'atmosphère dominante. « (Baudelaire ) 




N° 1046 : Un marocain, soldat de la garde de l'empereur 



Toile. — H. o'"33, L. o"'4i. — Signé au bas à droite, et 
daté '( 1848.» — Musée de Bordeaux. — Voir la variante, aqua- 
relle reproduite à l'année i833. — Cette toile a été léguée à 
la Ville par le général Delacroix. — Cat. A. Moreau, p. 200. 

Cette toile offre des différences très sensibles avec l'aquarelle à la- 
quelle nous renvoyons le lecteur. Ici, la composition est plus char- 
gée, a moins d'air, et le premier plan est embarrassé d'accessoires. 
La date de 1848 ne concorde pas avec le legs fait par le général 

Delacroix, qui mourut en 1843. Nous signalons au lecteur cette anomalie, que la mise sous 

presse ne nous permet pas de contrôler et de rectifier. 




N" 1047 • Christ en croix 



Peinture sur bois. — H. o'"2o5, L. o'"if'5. — Signé au pied de la 
croix, E. D. — Don du maitre à madame la baronne de Forget. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Dans cette petite toile, qu'il destinait à une amie sincère, femme d'un goût 
très délicat et d'un esprit très éclairé, le maître mit toute la magie de 
son exécution. L'effet est très doux. — Fils d'ancien fonctionnaire, il ne 
haïssait pas les grandeurs officielles et désira pendant quelque temps ob- 
tenir la direction delà manufacture des Gobelins. II trouva un appui très 
empressé auprès de madame de Forget, avec laquelle il entretint à ce sujet 
une correspondance suivie; mais il changea rapidement d'idée et pria son 
amie de suspendre toute démarche. La place fut donnée au frère de l'ora- 
teur chrétien Lacordaire. (Voir Lettres', édition Burtv-I 




tyS 



LŒLVRE DE DELACROIX 



1848 



N° 1048 : Officier grec assis sur un tertre qui domine la mer 

Toile. — H.o'"34, L. o'"28. — Vente de feu M. Albert, i5 mai 1866 : 1,240 tr. — 
Voir le numéro suivant. — Cat. A. Moreau, p. 273. 

N" 1049 • Officier grec 



Dessin à la mine de plomb. — H. o'"i4, L. o"M6. — Don de 
Jenny Le Guillou à Constant Dutilleux. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

Ce joli croquis, si net et si rapide et plus ancien que le tableau précèdent, 
en est la première pensée. Baudelaire parlant de Eugène Delacroix a 
très bien dit : « Pour ce grand peintre, toutes les parties de l'art, dont 
l'un prend celle-ci et l'autre celle-là pour la principale, n'étaient, ne 
sont, veux-je dire, que les très humbles servantes d'une faculté unique 
et supérieure. Si une exécution très nette est nécessaire, c'est pour que le langage du rêve 
soit très nettement traduit; qu'elle soit très rapide, c'est pour que rien ne se perde de 
l'impression extraordinaire qui accompagnait la conception, n 




N" lo^'o : Lion couclié 

Toile. — H. o'"37, L. o"'70. — Vente, 29 février i853 : igq fr. — Voir à l'année 
i856 la vignette offrant la même disposition. — Vente Marmontel. 11 mai 1868 : 
6,400 fr. à M. Brun. — Cat. A. Moreau, p. 276. 



N° lop : Lions à la source 



Toile. — H. 0^41, L. o'"52. — Signé au bas. — Gravé à 
l'eau-forte parF. Milius, pour le catalogue de la Vente Saba- 
tier, i883, dans les dimensions de : H. o^iog, L. o"M37, 
avec le titre : Deux lions près d'une source. (Il existe trois 
états de cette planche.) — Vente Couteaux, 21 avril i858 : 
1,125 fr.; vente Marmontel, 11 mai 1868 : 7,000 fr.: 
vente Sabatier, 3o mai i883 : i5,ioo fr. 

Le catalogue Moreau, p. 279, décrit en une ligne un tableau, 
qui doit être le même que celui-ci, d'après les dimensions : « Ils 
s'avancent pour boire à une source ombragée d'arbres. » Le catalogue de la vente Sabatier 
le désigne ainsi : « Dans un site sauvage, au milieu de rochers, deux lions se sont rencontrés 
près d'une source. Le premier arrivé rugit et paraît vouloir défendre sa place; l'attitude 
menaçante du second animal laisse prévoir qu'une lutte terrible va s'engager entre les deux 
fauves. Par une échappée à travers les rochers, on aperçoit vers la droite le ciel encore éclairé 
par les dernières lueurs du jour. » 




1848 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N° 10^2 : Un lion à la source. — Esquisse 




occupèrent 
certitude q 



alors 
ue ce 



Toile. — H. 0^46, L.o'"56. — Légué au musée de Bordeaux 
par le général Delacroix, frère du maître. — Cat. A. Mn- 
reau, p. 200. 

Quelques indications de montagnes accusent les fonds; le lion est 
couché par devant sur des jungles, au bord de l'eau oii il est venu 
se désaltérer. Il détourne la tète comme s'il avait entendu un bruit 
soudain. Les pattes de devant signalent déjà l'intention du départ. 
— Faute d'une date précise, nous avions d'abord cru pouvoir clas- 
ser ce tableau h l'année 1848, h côté de sujets analogues qui pré- 

l'esprit du maître. Au moment de mettre sous presse, nous acquérons la 

lion fut peint en 1844. 



N" 10^'^ : Lions à la source 



Aquarelle. — H. o'"265, L. o™36o. — Signé au bas à 
gauche. — Appartenait à madame la baronne de Forget. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Delacroix a fait cette composition en se servant beaucoup de 
l'étude peinte en 1828 ('voir n" 264). Mais ce que son savoir et 
son goût seuls ont pu lui fournir, c'est l'entente des lignes et 
la lorce de cohésion qui lui font relier son groupe d'animaux 
au paysage. — Quelle belle opposition dans l'attitude variée 
des deux lions, l'un actif, l'œil grand ouvert, prêt à bondir, 
l'autre nonchalamment couché sur le flanc. La composition 
est absolument différente de celle du n° io5i, tant pour les lions que pour le paysage, qui re- 
présente ici une ligne de montagnes avec une gorge au milieu. — Cette importante aqua- 
relle est d'une exécution très soignée. 




N' 



iO)4, 



10 



)) 



Lion déchirant un cadavre 



i'^ Aquarelle. — H. o'"2i5, 
L. o"'270. — N° 461 de la Vente 
posthume : 35o fr. à M. Nor- 
mand. — Appartient à M. Do- 
natis. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

2° Toile. — H. o"'28, L. o'"lî5. 

— Vente Weill, 20 janvier i858 : 

5oofr.; vente du 26 janvier 1861 : 

Cat. A. Moreau, p. 278. 

La seconde de ces compositions est l'une des plus belles variantes de ce sujet, vers lequel le 

maître se sentait comme un attrait irrésistible. M. A. Moreau l'a confondue avec le tableau 




600 tr. 



620 fr.; vente M. D., 29 mars il 

La seconde de ces compositions est 1 
maître se sentait comme un attrait i 
qui fut peint en 1847, et qui ne montre pas l'arabe au bord du précipice. (Voirie n" ici 7. 



28o 



LŒUVRE DE DELACROIX 



1848 



N° iO)6 : Tigre assis grognant 



Toile. — H. o'"24, L. o"''3j. — Signé en bas à gauchie, non 
daté. — Vente Bonnet, 19 février i853 : 160 fr.; vente du 
29 janvier i855 : i55 fr. à M. Van Praet, et aujourd'hui à 
M. Bellino. — Cat. A. Moreau, p. 276. 

«La supériorité poétique, chez Delacroix, efface, comme un mirage, 
ses défauts plastiques les plus frappants. Il a des aperçus d'expres- 
sion, d'attitude, de composition et d'effet qui parlent encore plus 
à notre imagination qu'à nos yeux; l'arabesque linéaire de ses 
dessins, aussi bien que l'harmonie de sa couleur, révèle, même à distance, le caractère du 
sujet et rend pour ainsi dire les onomatopées naturelles. » Cette excellente appréciation du 
talent de Delacroix par Théophile Silvestre trouve bien sa place en face de ce tigre h léchine 
souple, aux formes serpentines, et qui expriment si nettement la cruauté et la ruse. 




N" 1057 • Tigre prenant son élan 



: Pastel. — H. o'"i5, L. o™22. — Signé au bas a gauche. — 

I^^^ — Voir le tableau variante, à Tannée 1862. — Vente baron 

^!^S^ de C, 22 janvier i858 : i5o fr. ; vente Sensier, 12 décembre 

^. •;'<:'. 1877 : 65o fr. à M. Brame; vente Marmontel, janvier i883 : 

-^^T^^-rr^^^^^^^-^ 670 fr. à M. le docteur Goujon. — Cat. A. Moreau, n. 2q3. 

■ .• Rien de plus souple que ce jeune animal qui s'apprête à bondir, 
rien de plus chatoyant que sa robe colorée rouge orangé, qui s'enlève sur une tonalité douce 
et chaude de gazons ensoleillés. Des collines brumeuses se perdent dans un ciel bleu. — 
Delacroix a reproduit plusieurs fois ce même mouvement en changeant les accessoires. La 
plus importante de ces variantes est le Tigre et le Serpent. (Voir à l'année 1862.) 



N" 10^-8 : Etudes et sujets divers 



Croquis à la plume. — Deux fragments mesurant ensemble : H. o'"3o, 
L. o'"2o. — Reproduit en fac-similé, par A. Robaut, dans les dimen- 
sions de : H. o'"3o, L. o"'20. — Vente posthume. — Appartient à 
M. A. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 

« Le modèle vrvant, disait Delacroix, ne répond jamais bien à l'impression 

f'J,. ou à l'idée que le peintre veut exprimer : il est incomplet, mesquin ou dé- 
-/, fectueux. Par une exception bien rare, le modèle pourrait se trouver d'une 
W beauté supérieure h celle que l'on a préconçue, alors les premières idées 
'" \ du peintre disparaissent et il s'absorbe dans une imitation pure et simple. 
Kotte père, magnifique modèle, était pourtant petit, rond et mesquin en 
posant pour Pline au Vésuve. Après avoir donné le mouvement pour des croquis, il a été 
tiède, languissant pour mon esquisse. Il faut donc arriver à se passer de modèle vivant, et 
pour cela acquérir de la facilité, meubler infiniment sa mémoire et dessiner beaucoup 
d'après les maîtres. Cette dernière manière de travailler fait surgir en nous des idées 
analogues à celles qui les animaient. « {Sotiyenirs de M. de Planet.) 




N""" lO^'Q, 1060 : Deux croquis d'animaux 




1" rigre en arrct prêt à s'élancer. — Dessin à la mine 
de plomb. — H. o'"2o, L. o^So. — Galerie Bruyas, 
au musée de Montpellier. — Voir le tableau à l'année 
i863. — Non catalogué par M. Moreau. 
2° Lionne se léchant la patte. — • Dessin mine de 
plomb. — Dimensions in-octavo. — Non catalogué par M. Moreau. 

(1 Le premier venu s'écrie, en présence d'un tableau de Delacroix : il ne sait pas dessiner ! 
Dites plutôt qu'il ne dessine pas comme les autres!.. Il est savant, très savant dans son art, 
et, ce qui vaut mieux encore, doué de ce génie divinateur qui trouve souvent les choses du 
premier coup... Ne lui pardonnez rien; il sait à merveille tout ce qu'il fait. » (Th. Silvestre.) 
« Ce dessin (n" 1060) à la mine de plomb, minutieusement fini, est par cela même un mor- 
ceau très rare de l'œuvre de Delacroix, l'ennemi naturel de la calligraphie prudhommesque 
dans le dessin » dit Silvestre. Pas si rare, à parcourir ce livre. 



N" 1061 : Aigles, vautours, lions, lionnes 



Croquis à la mine de plomb. — H. o'"2i, L. o'"35. — Vente 
posthume. — Appartient à madame veuve Paul Huer. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

Le paysagiste Paul Huet venait depuis quelques jours à l'Académie 
de Suisse, oii se donnaient rendez-vous la plupart des jeunes pein- 
tres. Un soir, Delacroix dit h Comairas, en entrant, qu'il venait de 
remarquer h la vitrine d'un marchand une étude de paysage tout à 
fait extraordinaire, qu'il n'avait encore rien vu de semblable : c: Qui diable a pu faire ça? n 
répétait Delacroix. Comairas le présenta aussitôt h Paul Huet. Dès le lendemain, Delacroix 
venait s'installer dans le pauvre atelier du paysagiste, qui travaillait alors h son célèbre ta- 
bleau du Cavalier, et voulut le lui voir peindre jusqu'à la dernière touche. Les visites, qui se 
renouvelèrent chaque jour pendant un mois, fondèrent entre les deux artistes une amitié qui 
dura toute leur vie. iPeinires et statuaires romantiques. E. Chesneau.) 



' ^W^ 



N" 1062 : Lions et lionne 




Croquis à la mine de plomb. — H. o™22, L. o"'22. — Appar- 
tient à M. Ph. Burty. — Non catalogué par M. Moreau. 
Il n'est pas sans intérêt, devant ces multiples études de lions pour- 
suivies avec tant d'énergie par Delacroix, de rappeler comment les 
peintres, les mieux doués dans tous les temps, ont compris la forme 
de ce roi des fauves. Les plus anciens artistes, Rubens et Rembrandt, 
par exemple, ont traité le lion au point de vue purement ornemental, 
et, comme s'ils ne l'avaient connu que par tradition, lui ont donné 
une foce presque humaine. Géricault commence h revenir à la na- 
ture, que Delacroix surprend dans ses formes les plus capricieuses. 



Il est sinon le précurseur, du moins l'émule de notre grand Rarye. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



I '^4't 



Année 1849 



N" 106^ 



Ugolin et ses fils 




pour 



tout nu contraire. 



Toile de vingt environ. — Photograpliié par X. 
M. Francis Petit. — Non catalogué par M. Morcau. 
M. Paul Tasse, qui a possédé ce tableau, le considère comme une 
petite merveille. Delacroix le lui avait fait payer 1,200 francs. Peu 
après, on le revendait 3, 000 francs, ce qui est le dixième de la valeur 
actuelle. La modestie, qui n'exclut pas le sentiment de son propre 
talent, était grande et sincère chez Delacroix. Il n'était guère mar- 
chand, ne savait point vendre. Mais comme il se préoccupe de l'effet 
que ses tableaux font au Salon! Ce n'est pas de l'orgueil, cela, 
\'oir à ce sujet la lettre qu'il écrit le 9 juin à son ami Riesener. 



N""" 1064, 106^' : Ugolin et ses fils 




I" Croquis à la mine de plomb. H. o"'24, 
L. o™33. — Non catalogué par M.Moreau. 
2" Croquis lavis. — Variante. — H. o™o5o, 
L. o'"o55. — Vente posthume, partie du 
n° 358, sept feuilles : 58 fr.— Vente Sen- 
sier. — Non catalogué par M. Moreau. 
Le premier de ces deux croquis est la ma- 
quette du tableau précédent; le second croquis 



offre une variante importante. La composition y est beaucoup plus svmétriqu 



N" 1066 : Daniel dans la fosse aux lions 




cette même 



Toile.— H. o'^bj, L. 0^48. — Signé à droite : « Eug. Delacroix. « 
— Lithographie par Jules Laurens dans les dimensions de : H. 
0^295, L. o"'2i3. — Fait partie de la galerie Bruyas, au musée 
de Montpellier. — Voir variante à l'année i853. — Cat. A. Mo- 
reau, p. l32. 

Dans la variante de i853, les deux personnages qui ici regardent 
épouvantés par l'orihce de la fosse, sont remplacés par un ange qui plane. 
Les animaux sont disposés différemment. Sans qu'il soit nécessaire de 
connaître le tableau même, notre vignette donne l'idée d'une des plus 
nobles conceptions qu'ait inspirées ce motif biblique. Non seulement 
les terribles fauves sont domptés; mais l'un d'eux s'élance pour défendre 
le prophète contre les inconnus dont le visage terrifié apparaît. 
L'œuvre est admirable. L'idée est sublime. — Et le grand artiste, 
année, se présentait une fois de plus, à l'Institut, qui lui préférait ^i. L. Cogniet. 



i849 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



■283 



N'' 1067 



Cavalier arabe attaqué par un lion 




Toile. — H. o'"46, L. o'"36. — Signé à droite, non daté. — Gravé 
à l'eau-forte par Bracquemond, pour le catalogue de la vente Michel 
de Trétaigne, dans les dimensions de: H. o"'r3o, L. o™io5. — 
Gravé sur bois par Du vivier pour le Monde Illustré, dans les dimen- 
sions de: H.o™i5o, L. o"i2i. — Lithographie par Dufourmantelle 
pour les Célébrités contemporaines, dans les dimensions de : H.o'"275, 
L.o'"225. — Vente M. D., 29 mars 1862 : retiré à 1,200 fr.; vente 
du baron Michel de Trétaigne, 7 février 1872 : 17,0001V. — A 
appartenu à M. Febvre. — Cat. A. Moreau, pp. 104, 129, i5o, 279. 

Il est impossible de ne pas songer à Rubens en présence de ces cohues d'hommes, de che- 
vaux et d'aniir.aux ; il faut bien dire aussi, pourtant, que Delacroix serre la nature de bien 
plus près que le maître flamand dans l'étude des animaux. Chez Rubens, la face du Uon a 
toujours quelque chose de conventionnel et d'ornemental, très éloigne du vrai. 



N° 1068 : Cavalier arabe attaqué par un lion 



Dessin à la mine de plomb. — H. o"'44, L. o"'3 i . — Reproduit en fac- 
similé réduit par A. Robaut, n" i5, dans les dimensions de : H. o'"25, 
L. o'"i8. — Non catalogué par M. Moreau. 

C'est le dessin avec peu de variantes du groupe précédent, n Ce que veut 
,,^ ., Delacroix,» dit Silvestre, « ce sont des courants d'action qui entraînent le spec- 
« V ( i.^ tateur. Si vous prenez isolément chacun des personnages, vous serez frappé du 
l^jilS* développement exagéré, quelquefois monstrueux, de ses formes agissantes, ■ 
développement que le peintre a jugé nécessaire à l'énergie du mouvement, à 
l'intensité de l'expression. Si ce désordre ne se produit pas toujours dans la nature, il n'en 
existe pas moins pour cela dans notre imagination, et c'est surtout h notre imagination que 
l'artiste veut parler. Il dit que la peinture est l'art de produire l'illusion dans l'esprit du 
spectateur en passant par ses veux. » Noble définition qui révèle un idéaliste. 




N° 1069 : Fleurs dans un vase bleu 




et c jmme ]e 



Toile. — H. i"'35, L. 1 m 00.^ Non catalogué par M. Moreau. 
On distingue, parmi ces fleurs, des reines-marguerites, des glaïeuls, de 
grosses giroflées, des digitales, des cinéraires, des campanules, des crêtes 
de coq, des pavots et des roses. Le vase de porcelaine bleue à anse dorée 
est placé sur une console dorée, avec marbre blanc. La draperie est gris- 
verdàtre clair, l'aspect général rouge vineux et violacé verdâtre. — 
Delacroix dit encore à Constant Dutilleux : J'ai essayé de faire des 
morceaux de nature comme ils se présentent dans les jardins, seule- 
ment, en réunissant dans le même cadre et d'une manière un .peu 
probable la plus grande variété possible de fleurs. Je suis h présent 
dans l'inquiétude de savoir si j'aurai le temps de Hnir, car je n'ai pu 
encore m'y remettre, et il y a beaucoup h faire. S'ils sont finis à temps 
désire, je les mettrai probablement au Salon. » [Lettres, édition Burty.) 



2 84 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1849 



N" 1070 : Marguerites et dahlias dans un parterre 

Toile. — H. i'"o5, L. i"'4o. — Non signé ni daté. — Salon de 1849. — Exposition 
universelle de i855. — N° 87 de la Vente posthume. — Appartient à ladv Ashburton. 
— Cat. A. Moreau, pp. 184, 314. 



N" 1071 



Hortensias sur le bord d'un étang 



Toile. — H. i'"o5, L. i "'40. — Non signé, non daté. — N" 89 de la Vente posthume 
— Appartient à lady Ashburton. — Cat. A. Moreau, pp. 184, 192.314. 



N" 1072 : Corbeille de fleurs renversée dans un 



parc 




Toile. — H. i'"o5, L. i"4o. — Salon de 1849.- — Exposition 
universelle de i855. — N° 88 de la Vente posthume: 
7,55o fr. à M. Sourigues. — Vente Sourigues, 28 février 
1881 : io,3oo fr. à M. Durand-Ruel. — Cat. A. Moreau, 
pp. 184, 192, 314. 

I)utilleux avait demandé au maître son avis sur deux tableaux de 
tlLurs peints par Baptiste Monnoyer. Delacroix répondit: «J'ai été 
voir, presque aussitôt après avoir reçu votre lettre, les deux ta- 
bleaux de fleurs; j'en ai exactement la même opinion que vous 
m exprmiez. Ils sont pleins de talent : la touche, surtout, en est surprenante ; ils ne me 
semblent pêcher que par le défaut qui est commun à presque toutes ces sortes d'ouvrages 
faits par des hommes spéciaux. L'étude des détails, poussée à un très haut point, nuit un peu 
a l'ensemble. Je crois aussi que l'effet du temps est d'augmenter cette imperfection. Comme 
l'artiste, en exécutant, a moins procédé par de grandes divisions locales de lignes et de cou- 
leurs que par une attention extrême à exprimer les différentes parties, les objets qui dans le 
tableau servent en quelque sorte de fond à chacun de ces détails, mis en relief avec une trop 
grande complaisance, disparaissent h la longue, et il ne reste que cet éparpillement qui 
nuit un peu à l'effet. » [Lettres, édition Burtv.) 



N° 107^ : Études pour la u Corbeille de fleurs » 

iJ^-,_ Deux croquis de liserons au crayon noir et pastel. — In- 
*" folio. — Vente posthume : 210 fr.; vente Paravey, avril 1 878. 
— Non catalogué par M. Moreau. 

Dans la suite de la lettre à Dutilleux, dont nous venons de citer la 
[iremière partie, Delacroix parle de ses propres études de fleurs : «Vous 
ivez la bonté de me parler des tableaux de fleurs que je suis en train 
d'achever. J'ai, sans parti pris, procédé d'une façon toute contraire à 
celle des deux ouvrages en question, et j'ai subordonné les détails à l'ensemble autant que 
je l'ai pu. J'ai voulu aussi sortir un peu de l'espèce de poncif qui semble condamner tous les 
peintres de fleurs à faire le même vase avec les mêmes colonnes ou les mêmes draperies. » 




i849 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



285 



N" iO"4 : Le giaoïir poursuivant les ravisseurs de sa maitresse 




ciel, que la fusion 



Toile. — H. o"45, L. o"'38. — Signe et daté au bas à gauche. — 
Salon de i85o. — Acheté par M. Vacquerie à cette exposition. — 
Cat. A. Moreau, p. 186. 

Delacroix,» disait Baudelaire en i846,«estle seul aujourd'hui dont l'ori- 
.^inalite' n'ait pas été envahie par le système des lignes droites; ses per- 
sonnages sont toujours agités, et ses draperies voltigeantes. Au point de 
vue de Delacroix, la ligne n'est pas; car, si ténue qu'elle soit, un 
gLomètre taquin peut toujours la supposer assez épaisse pour en contenir 
mille autres; et pour les coloristes qui veulent imiter les palpitations 
éternelles de la nature, les lignes ne sont jamais, comme dans l'arc-en- 
mtime des deux couleurs. » (Cli. Baudelaire, Curiosités esthétiques.)- 



N° 107^ : Arabe syrien et son clieval 



Toile. — H. o"'33, L. o'"4(). — Signé à gauche, non daté. 
— Salon de 1849. — Vente Baron, 20 mars 1861 : 890 fr.; 
vente Diaz, 4 avril 1861 : i,5oo fr.; vente Edwards, 
7 mars 1870: 7,200 fr. à M. Hartmann; vente M. A. H., 
10 février 1873 : 10,010 fr. — Cat. A. Moreau, 
pp. i85, 272. 

Ce tableau est un des meilleurs dans l'œuvre de chevalet de Dela- 
croix , non seulement pour la beauté de la coloration où les 
ZÙ- ^^^i gris lilas de la robe du cheval s'étalent sur le fond vert des 
montagnes, mais aussi pour le sentiment si pénétrant et la 
grandeur simple avec lesquels lé maître a rendu ici l'image delà vie pastorale. 




N" 1076 : Arabe montant à cheval 



quand 



Toile. — H. o'»56, L. o"'46. — Photolithographié par Arosa 
dans les dimensions de: H. o"M2o, L. o'"ioo. — Vente A., 
24 avril i858 : 1,000 fr. à M. Arosa; vente Arosa, février 
1878 : 8,000 fr. à M. Desprez. — Cat. A. Moreau, p. 270. 
a Delacroix part de ce principe, qu'un tableau doit avant tout 
reproduire la pensée intime de l'artiste, qui domine le modèle, 
comme le créateur la création; et de ce principe il en sort un 
second qui semble le contredire à première vue, h savoirqu'il faut 
être très soigneux des moyens matériels d'exécution, 11 professe 
une estime fanatique pour la propreté des outils et la prépara- 
tion des éléments de l'œuvre. En effet, la peinture étant un art d'un 
raisonnement profond et qui demande la concurrence immédiate 
d'une foule de qualités, il est important que la main rencontre, 
elle se met à la besogne, le moins d'obstacles possible, et accomplisse, avec une réa- 




lité servile, les ordres divins du cerveau : autrement l'idéal s'envole. » (Ch. Baudelaire. 



286 



I, ŒUVRE DE DELACROIX 



I 841, 



N° 1077 



Femmes d'Alger dans leur intérieur 




1 1 H rjfJi B FM-gyi Toile. — H. o"'84, L. i'"ii. — Signé à droite : « Eug. 
iff!'''A I fTAf4 Delacroix, 1849. » — Variante du tableau du Louvre. — 
I trii.tj U^'.' Lithographie deux fois par Jules Laurens : 1" en sens 
inverse du tableau dans les dimensions de : H. o"i85, 
L. o"^25o; 2°dans le sens du tableau, dans les dimensions 
de : H. o™i8o, L. 0^240. — Fait partie de la galerie Bruyas, 
au musée de Montpellier. — Cat. A. Moreau, pp. i?2, i85. 

Notre vignette est. comme la première lithographie de J. Lau- 
rens, en sens inverse de l'original. La disposition des bras de 
la négresse n'est pas tout à fait la même que dans le tableau du Salon de 1834, apparte- 
nant au Louvre. Ici le bras droit Jle gauche dans la vignette^ est complètement levé pour 
soutenir la draperie. L'arrangement du fond est aussi un peu diffèrent, moins envahi par 
le rideau, et il y a plus d'espace occupé par un petit meuble entre la femme assise au 
premier plan et la bordure du tableau. — Delacroix avait envoyé, au Salon, des Fleurs et 
des Fruits, une variante des Femmes d'Alger. Othello et Desdémone, et VArabe syrien et sou 
cheval, que plus tard caricatura le Journal pour rire. M. Arsène Houssaye lui demande, 
pour ÏArliste, une lithographie des Femmes d'Alger. Delacroix lui répond de Champrosay, 
le 20 juin, qu'il est malade et dans l'impuissance de'satisfaire à son désir. — Voira l'année i833. 



N" 1078 : Femmes d'Alger dans leur intérieur 

Pastel. — H. o'"35, L. o'"5o. — Signé en haut, à droite : E. D. — Vente Carrier, 
5 mai 1875 : i,3oo fr. à M. Diot. — Non catalogué par M. Moreau. 
Lourd d'exécution. Physionomies insignifiantes et sans accent. 

N" 1079 : Othello et Desdémone 



Toile. — H. o'"5o, L. o'"6o. — Signé en bas, à droite. — 
Salon de 1849. — Lithographie par Emile Vernier dans les 
dimensions de : H. o"3io, L. o"'390. — Vente M. J., 20 mars 
i852 : 5io fr.; vente du 9 mai i856 : 73o fr. ; vente 
Arosa, 24 avril i858 : i,3oo francs; vente Marmontel, 
II mai 1868 : 12,000 fr. ^ Appartenait à M. Brun. — 
Cat. A. Moreau, pp. 114, 245. 

Est-ce un vieux souvenir des représentations que Ch. Kemble 
vint donner à l'Odéon. en 182S, avec une troupe anglaise, et au 
sujet desquelles Delacroix écrivait à M. Victor Hugo: « Eh bien! Envahissement général : 
Hamlct lève sa tète hideuse. Othello prépare son poignard essentiellement occiseur et sub- 
versif de toute bonne police dramatique. Qui sait encore... Le roi Lear va s'arracher les 
yeux devant un public français. Il serait de la dignité de l'Académie de déclarer incompatible 
avec la morale publique toute importation de ce genre. Adieu le bon goût! Apprétez-vous, 
dans tous les cas, une bonne cuirasse sous votre habit. Craignez les poignards classiques, ou 
plutôt immolez-vous courageusement pour nos plaisirs à nous autres barbares. » 




N° 1080 : Othello et Desdémone 




tait à la mise e 



Dessin à la mine de plomb. — H. o'"26o, L. o'"395. — 
Reproduit en fac-similé par A. Robaut dans les nîémes 
dimensions. — On lit quelques notes manuscrites de 
Eugène Delacroix sur des modifications à apporter dans 
la composition : « Baisser ceci pour descendre le lit. » 
" Plus bas la femme. » — Appartenait à M. G. Arosa. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

Ces notes, pleines d'intérêt, prouvent à quel point Delacroix 
était sévère pour lui-même et le soin scrupuleux qu'il appor- 
n place du moindre accessoire dans ces compositions. 



N" 1081 : Chasse au tigre 



Tuile. — H. o™74, L. o'"q2. — Vente Weill, i856 : 2,100 fr.; vente Charles Blanc, 
22 avril 1861 : 2,590 fr. — Voir à l'année i833, n" 485. — Cat. A. Moreau, p. 278. 



N° 1082 : Paysage vu en plan 



Toile. — H. o'"3j, L. o'"45. — Partie du n° 219 de la Vente 
posthume : 295 fr. à M. Belly; vente "Belly, 1878 : 355 fr. 
à M. Dollfus. — Non catalogué par M. Moreau. 

La variété de l'esprit chez Delacroix est insatiable. Au moment 
où il multiplie, sur nature, à Champrosay, les études de paysage 
et de fleurs, il relit Dante et compose quelque épisode de l'Enfer, 
ou se reporte par la pensée au temps de son voyage sur la terre 
d'Afrique et peint une variante des, Femmes d'Alger, où Gustave 
Planche, qui analysait avec une^impartialité sympathique le talent 
de Delacroix, ne découvrait qu'une « incorrection facile h re- 
dresser. » Il y louait le dessin, le caractère des tètes et des attitudes, la couleur et l'effet. 




N° 108) : Arabe et son cheval 



Aquarelle et pastel. — H. o'"i9, L. o'^aq. — Vente 9 mars 
1864 : i5o fr.; vente du 22 janvier 1872 : 405 fr. — Cat. 
A. Moreau, p. 290. 

Le cheval est blanc moucheté de gris. L'homme porte une coiflure 
rose, une veste rouge, une jupe et des manches jaunes, sous un 
manteau bleu; les chaussures sont jaunes citron. Nous croirions 
volontiers que cette aquarelle est la première pensée du tableau 
intitulé : Arabe Syrien et son cheval. Le cheval a la même robe, 
et le mouvement, très différent comme dessin, est cependant le même au point de vue réel. 




:88 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1849 



N""" 1084, 108; : Ciels :iu soleil couchant 



Lorsqu' 
exécuté 
nature, 



i"PasteL — H. o"M8o, L.o"235. — 
Vente posthume. — Extrait d'un 
album qui contenait neuf études de 
ciel. — Appartient à M. .A. Robaut. 

— Non catalogué par M. Moreau. 
2" Pastel. — H. o"'iSo, L. o™235. 

— Vente posthume. — Extrait d'un 
album. — Appartientà M. A. Robaut. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

il avait à composer un ciel, Delacroix employait plus volontiers l'aquarelle; il en a 
par ce procédé un certain nombre. Au contraire, lorsqu'il se trouva en face de la 
il employa de préférence le pastel, qui est plus expéJitif. 




N" 108Ô : Ciel. Etude de nuages au soleil couchant 

Pastel. — H. o"M8o, L. o"'235. — Vente posthume. — Extrait d'un album. — Ap- 
partient à madame Constant Dutilleux. — Non catalogué par M. Moreau. 
Cette étude et les précédentes furent faites, croyons-nous, en vue du plafond d'Apollon. — 
« Le champ idéal et infini des couleurs et des effets ouvre une vaste carrière à l'inspiration 
créatrice... C'est une langue qui se prête à l'expression de tous les sentiments. » (L. Peisse.) 

N° 1087 : Soleil couchant 



-, Pastel. — H. o'"25, L. o"'35. — Vente posthume. — Extrait 
^^^ d'un album. — Non catalogué par M. Moreau. 

On ne peut se figurer qu'en le voyant, l'effet h la fois doux et 
vigoureux de cette étude, admirable par la variété des tons et la 
É. souplesse de l'exécution. Nous l'avons réunie aux précédents pas- 
'~ tels, quoique nous la croyions de quelques années plus ancienne. 
Du moins ne nous paraît-il pas impossible que Delacroix l'ait eue 
sous les yeux lorsqu'il peignit le nuage fantastique de sa fresque 
d'Attila. (Voir à l'année 1844, Bibliothèque du Palais Bourbon). 




N° 1088 : Ciel au soleil couchant 



Aquarelle. — H. o^i-o, L. o^^SSo. — Vente posthume : à M. A. Robaut. — Non 
catalogué par M. Moreau. 

En matière d'art, » a dit Théophile Silvestre. « quiconque ne sent pas profondément la 
vie, le mouvement et le caractère de la nature, sera toujours un aveugle-né. » Et ces qualités 
qui font les voyants, Delacroix ne les possède-t-il pas au plus haut degré? 



j849 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



28q 



N°^ io8q, ioqo : Le chemin des Petites-Dalles 



1° Une gorge de Dieppe. — Croquis 
à l'aquarelle. — H. o'" i 2, L. o'^zj. 
— On lit, de la main du maître : 
K Revenant des Petites-Dalles, 
dimanche, 14 octobre 184g. » — 
Non catalogué par M. Moreau. 
2° Le chemin des Petites-Dalles. — Croquis à Taquarelle. — H. o"'i2, L. o"'27. — 
On lit au bas, de la main du maître : « Descente aux Grandes-Dalles, i5 octobre. >' 
— Non catalogué par M. Moreau. 




N" 1091 : Falaises de Fécamp 



Croquis à la mine de plomb. — H. o'"i 2, L. o'"37. — On lit, 
de la main du maître : <> Jeudi, 18 octobre. » — Non catalo- 
gué par M. Moreau. 

Nous avons publié, aux années précédentes, plusieurs études de 
falaises; Delacroix ne manquait jamais l'occasion de prendre des 

renseignements sur nature, et l'on peut se rendre compte, en parcourant ce livre, comment 

il savait les utiliser dans ses tableaux. 




N"*" 1092, 109J : Vue de l'abbaye de Valmont 




1° Intérieur de la chapelle. — Aquarelle. — 
H. o'"2o, L. o'"i5. — Partie du n" 597 de la 
Vente posthume. : 400 fr. — Appartient à 
M. Bornot. — Non catalogué par M. Mo- 
reau. 

2° Un coin des ruines. - Aquarelle. — 
H. o^iS, L. 0™2o. — Partie du n° 597 de 
la Vente posthume : 3go fr. — A M. Bor- 
not. — ■ Non catalogué par M. Moreau. 

M. Jules Claretie, qui s'est arrêté à Valmont, dit : « Tout est ici h regarder, je veux dire à 
admirer. En levant les yeux, on aperçoit les enlacements superbes d'un plafond composé 
d'arceaux qui soutiennent un dôme en forme de couronne d'une élégance et d'une 
hardiesse étonnantes, et là, dans la muraille qu'a fait bâtir, en i832, M. Bataille pour 
préserver cette chapelle, on voit encastrée avec goût une rosace composée d'anciens 
vitraux provenant de l'abbaye même et que réunit et agença ingénieusement un grand peintre. 
... Cette rosace, qui surmonte ainsi l'entrée de la chapelle et qui représente le Père éternel 
entouré d'anges chantant sa gloire, est l'œuvre de Eug. Delacroix. L'admirable artiste traça 
sur un tableau en bois, avant d'achever ainsi cette rosace, un dessin, un croquis au lusain, 
de l'agencement de ces fragments de vitraux qui, grâce à lui, forment aujourd'hui un tout. 
Ce dessin existe encore. (Une journée à l'abbaye de Valmont. parJ. Claretie.) 



N" 1094 : Vitrail de Valmont 

Vitrail. — Composé avec des débris de verre colorié. — Dimensions inconnues. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

L'extrait que nous avons fait, au n" précédent, de la brochure de M. Claretie est absolument 
conforme aux déclarations de M. Bornot, parent de Delacroix et propriétaire de Valmont. 

N" 109^ : Lionne déchirant la poitrine dim Arabe 




Gravure au vernis mou. — H.o"M3o, L. o'^ajo. — 
Sans trait carré. — Daté. — Voir le tableau à l'année 
1843. — Vente posthume, quatre épreuves (premier 
état) : 95 fr. — Vente Langlois (une épreuve du pre- 
mier état et une épreuve en rouge du deuxième état), 
les deux : i5 fr.; Vente Philippe Buriy, 1874, 
25 fr.; vente Villot , i8j5 (premier état) : 8 fr. 5o : 
à M. F'aul Meurice. — Cat. A. Moreau, p. 22. 

i ■■- - - • » Premier état. Avant la publication dans l'Artiste. 

Deuxième état. En haut VArtisle. 
Troisième état. En bas à gauche : n Marchand, édit., Alliance des Arts, rue de Rivoli, 140. « 
Un certain nombre d'épreuves du deuxième état sont tirées en couleur sanjîuine. On 
sera sans doute frappé comme nous le sommes de l'insistance que met Delacroix à re- 
prendre ce motif, où il montre tantôt un lion, tantôt une lionne, enfonçant avec une non- 
chalance superbe ses longues et fortes grifiès dans les chairs pantelantes d'un Arabe, que 
l'animal maintient sans effort sous le seul poids de ses pattes. 



N" 1096 : Lionne déchirant la poitrine d'un Arabe 

Dessin à la mine de plomb. — Sans changements avec le n" précédent, — Vente au 
profit des ouvriers cotonniers, 9 mars t863 : 145 fr. — Cat. A. Moreau, p. 29?. 

N" 1097 '• Combat d'un lion et dune panthère 



Dessin à la mine de plomb.— H. o'"i8o, L. o"'235. — .\ppartient 
à M. le comte Doria. — Non catalogué par M. Moreau. 
Nous retrouvons ici l'un des sujets aimes du maître, qu'il a traités soit 
h la plume, soit au crayon, soit à l'aquarelle [Voir à l'année i856). Ici 



le combat se livre non point dans la solitude du désert, mais sous les 

yeux d'Arabes, épouvantés d'assister à une lutte si terrible. 

Sur un des agendas de Eugène Delacroix, Théophile Silvestre avait 

relevé, dans une note sur le faire de Daniel dans la fosse, cette ligne : l'ocre jaune pur, ton 

le plus vrai pour les lions.» 




N" 1098 : Études de lionnes 

__ /jç^ (j^^ Croquis à la mine de plomb. — H. o"M5, L. o'"25. — Reproduit 

^'SsS^W \ y J) en fac-similé par A. Robaut, dans les dimensions de : H. o'"i5, 

^-^^^^^;J '■^jiq L. o'"25. — Vente posthume : à M. René-Paul Huet. — Non 

=s^,^!(^^ i catalogué par M. Moreau. 

Ces études ont été faites pour le Daniel dans la fosse aux lions, dont Eugène Delacroix a pi.-int 
deux très belles variantes. (Voir le n" 1066 et à Tannée 1 833.1 



N°^ 1099, iioo, iioi : Etudes de lions et d'hommes 

Trois dessins à la mine 
de plomb. — ■ In-quarto. 
— Tirés d'un album qui 
appartient à M. Hev- 
rauld, artiste peintre. 
— Non catalogué par 
M. Moreau. 

Delacroix avait donné à une dame cet album, où se trouvent répétés, 
presque tous à la mine de plomb, bien des dessins d'animaux qui ont 
passé h la Vente posthume, exécutés soit à la plume, soit au crayon. — Et ne nous lassons 
pas, à propos de toutes ces études de fauves, d'un caractère, ici, particulièrement féroce, 
de signaler l'aspect sculptural du dessin de Delacroix. 





N" II02 : Saint Jérôme entendant la trompette 
du Jusement dernier 



i^S&~^^ 



Dessin à la mine de plomb. — H. o™2i, L. o"''2j. — Vente 
posthume. — Appartient à M. Andrieu. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

Nous donnons ici un extrait de l'étude de Delacroix sur le Jugement 
dernier de Michel-Ange, qu'il avait, croyons-nous, présent à l'esprit 
en traçant cette composition : «Le style de Michel-Ange semble donc 
le seul qui soit parfaitement approprié à un pareil sujet. L'espèce 
de convention qui est particulière à ce style, ce parti tranché de 
fuir toute trivialité, au risque de tomber dans l'enflure et d'aller 
jusqu'à l'impossible, se trouvaient h leur place dans la peinture d'une scène qui nous 
transporte dans une sphère toute idéale.... Michel-Ange, avec ses dix ou douze groupes de 
quelques figures disposées symétriquement, et sur une surface que l'œil embrasse sans 
peine, nous donne une idée terrible de la catastrophe suprême qui amène aux pieds de 
son juge le genre humain éperdu; et cet empire immense qu'il prend h l'instant sur l'ima- 
gination, il ne le doit h aucune des ressources que veulent employer les peintres vulgaires : 
c'est son style seul qui le soutient dans les régions du sublime et nous y emporte avec lui. » 
{Le Jugement dernier^ par Eugène Delacroix.) 




■2()2 



L'ŒL'VRE DE DELACROIX 



1849 



N"'' 1105, 1104, iio^ : Cavaliers 




I " Cavalier arabe passant un gué. 
— Dessin à la plume. — H. o'"32, 
L. o'"22. — Reproduit en fac- 
similé par M. A. Robaut, dans 
les dimensions de : H. o'"32o, 
L. o'"2 2o. — Gravé sur zinc 
pour V Illustration, septembre 
1864. — N" 420 de la Vente 
posthume : 36o fr. à M. le baron 
de Laage. — Cat. A. Moreau, 
p. 148. 

L. o'"22 5. — Re- 
produit en tac-sîmilé par A. Robaut, dans les dimensions de : H. o"'290, 
L.o'"225. — Vente posthume, à M.Arosa. — Non catalogué par M. Moreau 
3° Cavalier mameluck au galop. — Dessina la plume. — H. o"'32, L. o'"2o. — Re- 
produit en fac-similé par A. Robaut, dans les dimensions de : H. o"'320, L. 0^200. — 
N" 419 de la Vente posthume : 460 fr. à M. de Laage.— Non cataloguépar M. Moreau. 
Le premier dessin et le troisième prouvent combien Delacroix fut préoccupé toute sa vie 
de rompre sa main au maniement des tailles en vue de la gravure. En effet, pour exécuter 

pensée. 



p. 148. 
2° Cavalier arabe. — Croquis à la mine de plomb. — H. o'"290, 
produit en fac-similé par A. Robaut, dans les dimensions 



ue rompre sa mam au maniement des taUies en vue de la gravure. En effet, pour exécii 
un dessin en des dimensions pareilles, il faut une souplesse de main toute particulière, 
la pratique du métier s'impose forcément, quand elle ne prend pas le dessus sur la pen? 



N° 1106 : Cavalier fantaisie 



Croquis plume. — H. o'"i7, L. o™i8. — Vente posthume. — 
Vente Pils, 1876. — Non catalogué par M. Moreau. 

Les moindres croquis faits par un homme de génie sont précieux à 
recueillir, non h titre de modèles de dessin bons à mettre entre les 
mains des débutants, bien entendu, mais comme témoignage de leur 
activité. Mieux, souvent, que des œuvres plus parfaites, ces simples 
' ,-^^' traits donnent l'émotion de la vie. C'est en nous inspirant de cette 
idée que nous avons recueilli, avec un soin qui peut paraître excessif, 
les improvisations qui naissaient avec tant de facilité sous le crayon de Delacroix. 




ÉTUDES POUR LE PLAFOND D'APOLLON 



N" 1107 : Études diverses 



Près de deux cents feuilles de dessins et croquis pour le sujet même et les ornements 
ou motifs qui l'entourent. — Figurèrent sous les n"** 292, 298, 294, à la Vente pos- 
thume, et furent vendues ensemble 1.427 fr. — Non cataloguées par M. Moreau. 



l84q 



LŒUVRE DE DELACROIX 



21).-. 



N" II 08 : Apollon vainqueur 



Dessin à la mine de plomb. — H. 0^29, L. o'"45. — 
Reproduit en fac-similé par A. Robaut, dans les 
dimensions de : H. 0^290, L. o"'45o. — Hélio- 
grave par Dujardin pour les Dessins de décoration, 
publiés par Quantin,dans les dimensionsde : H.o™i9o, 
L. o™3o8. — Partie du n" 29? de la Vente posthume : 
3oo fr. à M. Robaut. — Non catalogué par M. Moreau. 
Ne restât-il du maître que ce croquis, où il a fixé en quelques 
coups de crayon le vertige du mouvement, cela suffirait 
. , . . pour révéler le génie absolument original du maître français. 

Jamais 1 art d aucune époque n'a exprimé avec une égale puissance'l'emportement d'allure 
des coursiers héroïques que la fable attelait au char" d'Apollon. Avec quelle facilité d'in- 
vention pittoresque, le grand artiste a varié l'attitude des nobles animaux: deux d'entre eux 
sont lancés à l'allure du trot tellement allongé, que, pour les suivre, les deux autres s'enlèvent 
au galop. La différence du mouvement engendre les plus curieuses combinaisons de lignes. 




N° 1109 : Esquisse du plafond 

Toile. — H. o™7o, L. o"'65. — N" 3o de la Vente posthume : r,ooo l'r. à M. Dauzats. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

N° II 10 ; Esquisse pour le plafond d'Apollon 

Toile. — H. i'"o5, L. i'"40. — N° 28 de la Vente posthume, retiré. — Vente après 
décès de M. Piron, i865 : 6,100 fr. — Appartient au Musée de Bruxelles, qui la 
payé 22,000 fr. — Cat. A. Moreau, p. 25-8. 

Quoique portée au numéro 28 de la Vente posthume, cette esquisse n'y fut pas mise aux en- 
chères, le légataire, M. Piron, l'ayant conservée. — C'est plus qu'une esquisse; mais ce qui 
donne à cette œuvre l'apparence de l'a peu près et la déprécie aux yeux des amateurs, ce sont 
les coins en accessoires représentant l'encadrement du sujet lui-même. Delacroix avait beau- 
coup travaillé à cette toile, afin que son praticien pût préparer avec certitude. C'est du moins 
ce qu'il écrivait à C. Dutilleux, le 10 avril i85i. — Dans le haut, une teinte grisâtre formant 
cadre; dans le bas, l'indication des figures sculptées d'après Le Brun. (Voir le n» 1117.I 

N° 1 1 1 1 : Esquisse ébauche du plafond d'Apollon 

Toile. — H. i"'o5, L. i'"40. — N" 29 de la Vente po.sthume : 5,i5o Ir. à M. Cadart. 

— Appartient à M. Petit. — Cat. A. Moreau, p. 3 10. 

La lourdeur de cette peinture nous interdit d'en attribuer l'exécution, au moins complète, 
à Delacroix. Cependant, elle figurait à la Vente posthume, et nous avons dû la cataloguer. 



294 



'ŒUVRE DE DELACROIX 



1849 



N" II 12 ; Le serpent python 

■H Croquis à la mine de plomb. — H. o™3i, L. o"'5o. — 
V' Vente posthume, partie du n" 294 : à M. Pérignon. — Non 
^', catalogué par M. Moreau. 



^'W.^-v?), Dans une lettre du 5 octobre iSjo, à Constant Dutilleux, Delacroix 
ï?(-nj^Ç/ parle précisément de ce plafond : « Je n'ai pu encore commencer 
^iS^i^ à Saint-Sulpice. quoique mes compositions soient arrêtées. Le 
^"^-'"^ travail qu'on me demande, et dont je vous ai parlé, est un plafond 

qui doit figurer dans la restauration de la galerie d'Apollon, au Louvre. C'est un ouvrage 
très important, qui sera placé dans le plus bel endroit du monde, à côté des belles compo- 
sitions de Lebrun. Vous voyez que le pas est glissant et qu'il faut se tenir ferme. Je com- 
mence à avancer dans ce travail. » (Lettre à C. Dutilleux, édition Burty.l 



N" II 1 5 : Le serpent python 



Croquis à la mine de plomb. — H. o'"o8, L. o'"r2. — Appartient 
_ à M. Chenavard. — Non catalogué par M. Moreau. 

^1!^^ Delacroix, qui ne peignait point d'après le modèle, consultait cependant 

,,^^, la nature avec un soin scrupuleux. Au moment d'exécuter les monstres 

''^^^>-"="'^'^ et les animaux du plafond d'.-\pollon, il allait au Jardin des Plantes, pour 

y faire des études, comme en témoigne le billet suivant, adressé à M. Pierret : « Ce jeudi 

rnatin. Cher ami, j'ai oublié de te demander hier de me procurer, s'il est encore possible, 

une entrée au M usée d'histoire naturelle, les jours non publics, afin d'y faire quelques croquis 

dont j'ai besoin. Autrefois, tu en avais facilement. Tu me les mettrais à la poste E. D. " 

Dans un album du maître, on trouve une note sur « le corps énorme du boa avec sa petite tête.» 




N" II 14 : Hercule et Cacas 



Dessin à la plume. — In-quarto. — Gravé sur bois pour ÏAu- 
tnffniphe, mars 1864, dans les dimensions de : H. o"'ig5, 
L. o'"i5o. — N° 291 de la Vente posthume : 2o5 fr. à M. Ch. 
Yriarte. — Cat. A. Moreau, p. 144. 

Dans une lettre de 1828, à M. Pierret, Delacroix parle de dessins d'ani- 
maux qu'il a empruntés et négligé de rendre à un M. Barry. M. Philippe 
Burty accompagne la publication de cette lettre de la note suivante ; 
« Le M. Barry, sculpteur paysagiste, n'est autre que Barye, si peu 
communicatif à tous les âges de sa vie, qu'il n'est nullement surprenant 
que Delacroix se soit trompé sur l'orthographe de son nom. Ils avaient 
fait, en compagnie, m'a dit M. Delacroix, des études au crayon ou à 
l'encre, des lions, des lionnes, des tigres, dans une superbe ménagerie 
c^ui s'était établie à la foire de Saint-Cloud, et aussi des études d'écorché , d'après une 
lionne morte, au Jardin des Plantes; un de ces croquis est devenu, dans le plafond d'Apol- 
lon, le monstre qu'assomme Hercule. » La nature est la source inépuisable de toute inven- 
tion. Delacroix y retournait, c'est pourquoi il est original, quand tant d'autres décorateurs 
s'immobilisent dans la banalité des inventions antérieures. 




1849 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



29.-) 



N°* III), 1116 : Etudes pour la partie inférieure 




Deux croquis à la mine de plomb. — In- 
quarto. — Appartient à M. Devrez, archi- 
tecte. — Non catalogué par M. Moreau. 

Il suffit de se reporter à notre vignette d'après 
l'ensemble du plafond pour reconnaître que ces 
belles études de sangliers n'ont pas été utilisées pour cette grande composition. Ils n'en 
sont pas moins précieux par l'admirable décision du trait, toujours indiqué dans le sens du 
mouvement montrant toutes les énergies de forme de l'animal. 



N" 1 1 17 : Bordure de Le Brun 



Dessin à la mine de plomb. — H.o"'3i5, L. o"'58fi. 
— Photogravé par Dujardin pour les Dessins de 
décoration, publiés par A. Quantin, dans les di- 
mensions de : H. o"'i4i, L. o'"265. — Vente pos- 
thume. — Appartient à M. le docteur Verdier. — 
sf^ Non catalogué par M. Moreau. 
^V'^^ Voulant maintenir la plus parfaite unité entre son 
^~^^ œuvre propre et le milieu destiné h la recevoir, Dela- 
croix commença par dessiner l'ordonnance architec- 
turale où son plafond allait s'encadrer, interprétation magnifique de la somptueuse bordure 
restaurée d'après les modèles fournis par Le Brun, motif magnifique, d'ailleurs, et dont 
l'éclat et les complications fastueuses ont déterminé les formes mouvementées et les colora- 
tions puissantes auxquelles s'est arrêtée la volonté réfléchie du maître. — Delacroix a dû faire 
le dessin de cet encadrement en regardant dans une glace, afin de n'avoir pas h lever 
les yeux sans cesse, car la disposition est en sens inverse des figures et de l'ornementation. 
Notre vignette rétablit le tout dans son vrai sens. 




LE PLAFOND D'APOLLON 



N° II 18: Apollon vainqueur du serpent python 



Toile. — H. 8", L. 7"'5o. — Gravé sur bois pour rillusti-ation, décembre i85i, dans 
les dimensions de : H. o™! i5, L. o'^iog. — Lithographie par Achille Sirouy, 1879, 
dans les dimensions de : H. o'^SgS, L. o'"535. — Reproduit en héliogravure inédite 
par Lemercier, dans les dimensions de : H. o"Mo2,L. 0"'09o. — Cat. A. Moreau, p. 21 5. 

« Par la beauté de la composition, l'heureuse disposition des figures, la richesse de la couleur, 
la vigueur et l'harmonie des tons, la magie du clair obscur, ce plafond est vraiment digne de 
la magnifique ornementation qui l'environne... » (P. Petroz.) — La toile de ce grand plafond 
a été peinte pliée en deux dans l'atelier, très grand pourtant, de la rue Notre-Dame de Lo- 
rette, 54. On a souvent dit que Delacroix avait reçu pour ce travail la somme de 1 S, 000 francs. 



2Q(3 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1 849 



C'est une erreur. Cette somme, il est vrai, avait été fixée tout d'abord, mais l'architecte Dii- 
ban, voyant Delacroix peindre cette immense toile, dont il suivait l'exécution avec un très 
vif intérêt, comprit quelle était la valeur d'une œuvre aussi considérable, exécutée avec tant 




d'amour et d'entrain, et, de son propre mouvement, il fit élever le prix à 24,000 Irancs. Tel _ 
est l'affirmation deJenny Le Guillou à Constant Dutilleux, —Cette composition, si justement 
célèbre, porte aussi le titre de : Triomphe d'Apollon Pythien. « 
Nous n'avons pas à faire ici l'historique de la galerie d'Apollon, mais nous croyons que le lecteur 



''^4'J L'ŒUVRE DE DELACROIX a.); 



ne trouvera pas déplacés certains détails qui intéressent particulièrement l'œuvrede Delacroix. 
Lorsque la première galerie du Louvre, construite sous Charles IX et Henri IV, eut été brûlée, 
en iGGi, ce fut Lebrun qui fut chargé de décorer la nouvelle galerie. Avec cette unité 
de vue et cette conception d'ensemble qui distinguent ses plus beaux ouvrages, il composa 
un projet où les figures sculptées, les sujets peints'et les motifs ornementaux se combinaient 
avec une admirable justesse d'harmonie et de pondération. Il prit comme thème principal et 
pour centre de la décoration, le triomphe d'Apollon, flatterie heureuse, flatterie nécessaire ;i 
l'adresse du roi Soleil, qui, dans leblouissement de ses premières victoires, venait d'adopter 
pour lui-même les attributs et la devise du dieu de la lumière, dont le ravonnement salu- 
taire chasse le mal et son ténébreux cortège. Lebrun avait divisé la voûte telle qu'on la voit 
aujourd'hui, en onze compartiments principaux. « Dans celui qui est au centre, il se proposait 
de représenter Apollon sur son char avec tous les attributs du soleil. Les Saisons devaient 
occuper les quatre cartouches les plus voisins de celui-ci; les deux ovales, qui les séparent 
dans la voûte, devaient être remplis par le Soir et le Matin, et les deux octogones plus re- 
culés par la Nuit et par l'Aurore; les culs-de-four, qui sont aux extrémités dii berceau, au- 
raient offert, l'un, le réveil des Eaux, et l'autre celui de la Terre aux premiers ravons du 
Soleil. » Cette décoration n'était pas achevée lorsque le caprice de Louis XIV attira Lebrun 
à Versailles, et dès lors le Louvre, déserté, fut laissé dans un état d'abandon , qui, en moins 
d'un siècle, en rendit la ruine imminente. Plusieurs fois résolue, mais toujours retardée, la 
restauration fut sur le point d'être exécutée en i833; Louis-Philippe, qui n'était sensible 
qu'aux sévères enseignements de la peinture historique, rêva de tapisseries murs de la galerie 
avec une suite de compositions relatives à l'histoire du Louvre, depuis Dagobert jusqu'au 
2g juillet i83o. C'était introduire des réalités souvent bien sombres, telles que le massacre de 
la Saint-Barthélémy par exemple, dans une salle où, selon le plan primitif, devait être glorifié 
le dieu de la lumière. Mais l'attention du roi fut détournée, comme l'avait été celle de 
Louis XIV, par les grands travaux qu'il entreprit à Versailles'; sans cette diversion heureuse, 
nous serions privés peut-être du chef-d'œuvre de Delacroix. Ce fut seulement en 1848 que 
la restauration, cette fois définitive, fut reprise sous la direction d'un architecte, non seule- 
ment très savant et très consciencieux, mais encore amoureux de la belle tradition et dési- 
reux de faire revivre dans toute sa magnificence le projet inventé par Lebrun. 
Eugène Delacroix fut alors chargé de la décoration du cartouche central, où devait se 
développer, pour en justifier le nom, le sujet dominant de toute la galerie, et qui, jusqu'à 
cette époque, était resté nu. Lebrun n'avait pas eu le temps d'y peindre son_triomphe d'Apol- 
lon ; il ne laissa même aucune esquisse, aucun dessin nous révélant sa pensée. Ainsi Delacroix, 
tout en recevant un sujet fixé d'avance, n'eut point à suivre servilement une composition 
étrangère ; il ne fut point entravé dans la libre expansion de son génie, et voici en quels termes 
il nous a décrit lui-même la souveraine apothéose qu'il avait conçue: « Le dieu, monté 
sur son char, a déjà lancé une partie de ses traits; Diane, sa sœur, volant à sa suite, lui pré- 
sente son carquois. Déjà percé par les flèches du dieu de la chaleur et de la vie, le monstre 
sanglant se tord, en exhalant dans une vapeur enflammée les restes de sa vie et de sa rage impuis- 
sante. Les eaux du déluge commencent à tarir et déposent sur les sommets des montagnes ou 
entraînent avec elles les cadavres des hommes et des animaux. Les dieux se sont indignés de 
voir la terre abandonnée à des monstres difformes, produits impurs du limon; ils se sont ar- 
més comme Apollon. Minerve, Mercure s'élancent pour les exterminer, en attendant que la 
sagesse éternelle repeuple la solitude de l'univers; Hercule les écrase de sa massue, Vulcairi, 
le dieu du feu, chasse devant lui la nuit et les vapeurs impures, tandis que Borée et les Zé- 
phyrs sèchent les eaux de leur souffle et achèvent de dissiper les nuages . Les nymphes des 
fleuves et des rivières ont retrouvé leur lit de roseaux et leur urne encore souillée par la 
fange et par les débris. Des divinités plus timides contemplent à l'écart ce combat des dieux 
et des éléments. Cependant, du haut des cieux, la Victoire descend pour couronner Apollon 
vainqueur, et Iris, la messagère des dieux, déploie dans les airs son écharpe, symbole du 
triomphe de la lumière sur les ténèbres et sur la révolte des eaux. » 

Une telle conception exigeait d'être réalisée avec une puissance supérieure. Delacroix s'est 
montré aussi grand dans" l'exécution que dans l'invention, et le plafond d'Apollon est l'une 
des œuvres d'art les plus parfaites dont se glorifient tous les siècles. 



2q8 L'ŒUVRE DE DELACROIX 1849 

ESQ.UISSES POUR LE SALON DE LA PAIX 
N" II 19 : Plafond circulaire. — Esquisse 

i" Toile. — Diamètre 0^46. — Litliographié à la plume par A. Robaut au diamètre 
de o^o-g, pour le catalogue de la vente Dutilleux. — A appartenu à M. P. Andrieu. 

— Vente C. Dutilleux, mars 1874 : 55o fr. à M. de Bellegarde. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

2" Esquisse de semblable dimension, mais d'une facture plus originale. - — Vente, 
2? janvier 1882; passée de nouveau en vente, 3 février i883 : 85o fr. a M. Diot. 

N" II 20 : Plafond circulaire. — Autre esquisse 

Toile. — Diamètre o'"78. — Vente posthume n" 3i : 1,260 fr.à sirFrederik Leighton. 

— Cat. A. Moreau, p. 3 10. 

N" 1121 : Vénus. — Esquisse 

Toile. — H. o"'i8, L. o"'36. — N"32 de la Vente posthume : io5 fr. à M. Deslandes. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

N" 1122 : Bacchus. — Esquisse 

Toile. — H. o™i8, L. o™36. — N° 33 de la Vente posthume : 220 fr. à M. Gervais. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

N" 1 1 2 3 : Mars. — Esquisse 

Toile. — H. o^iS, L. o"'36. — N° 34 de la Vente posthume : 70 fr. à sir Frederik 
Leighton. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 1 1 24 : Mercure. — Esquisse 

Toile. — H. o^iS, L. o"'36.— N° 35 de la Vente posthume: i 5o fr. à M. de Couber- 
tin. — Non catalogué par M. Moreau. 



1^49 L'ŒUVRE DR DELACROIX 



200 



N° 1125 : L:i muse Clio. — Esquisse 

Toile. — H. o"'i8, L. o'"36. — N° 36 de la Vente posthume : i85 fr. à M. Gervais. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

N" II 26 : Neptune. — Esquisse 

Toile. — • H. o'"i8, L. o™36. — N" 37 de la Vente posthume: 140 fr. à M. Porzio. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

N" 1 127 : Ccrès. — Esquisse 

Toile. H. o™i8, L. o"36. — N° 39 de la Vente posthume : 245 fr. à M. Dagu. — 
Non catalogué par M. Moreau. 

N" II 28 : Minerve. — Esquisse 

Toile. — H. o"'i8, L. o™36. — N° 38 de la Vente posthume : 200 fr. à M. Porzio. 
Non catalogué par M. Moreau. 

N" II 29 : Naissance d'Hercule. — - Esquisse 

Toile. — H. o'"22, L. ù'"4b. — N" 40 de la Vente posthume : 460 fr. à M. Gaultron. 
Depuis à M. Forget. — Vente Forget. — Vente 23 janvier 1882 : à M. Mathias jeune. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

Nous ne pouvons préciser les dimensions variables de toutes les esquisses ci-après catalo- 
guées qui se rattachent à ces caissons de l'Hôtel de Ville; mais la majeure partie portait les 
dimensions de l'étude ci-dessus. Une autre série mesurait ; H. o"'27, L. o"'3i. — Delacroix: 
avait légué les esquisses primitives de ses peintures de l'Hôtel de Ville à M. Andrieu. 
Plus tard, vers 1868, M. Andrieu. les céda a la Ville de Paris pour le musée Carnavalet. 
Tout a été brûlé en mai 1871. A ce propos, nous rappellerons que la Ville a dépensé 
80,000 francs pour faire graver les compositions peintes dans la « Salle des Fêtes » par 
M. Lehmann, et qu'elle n'a pas affecté un centime à la reproduction de l'œuvre de Delacroix. 

N" 1 1 30 : Hercule entre le Vice et la Vertu 

Toile. — N" 42 de la Vente posthume : 270 fr. à M. Gamma. — Non catalogué par 
M. Moreau. 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" ii^i : Hercule et le lion de Némée. — Esquisse 

Toile. — N" 43 de la Vente posthume : 406 tr. à M. Aiidrieu. — Non catalogué par 
M. Moreau. 

N" ii]2 : Hercule vainqueur du lion de Némée 




muscles et les enflures 



Dessin à la mine de plomb. — H. o"'i9, L. o'"i9. — Vente 
hôtel Drouot, 12 février 1884, salle 4, n" 61 du "catalogue : 
20 francs à M. Barbedienne. — Non catalogué par M. Moreau. 
Hercule, à cheval sur le lion, l'étreint de ses muscles puissants. Il 
lui maintient fortement la mâchoire, et le fauve, privé de sa plus 
terrible défense, ne porte désormais, avec ses pattes de derrière, que 
des coups inoffensifs. C'est le dernier instant de la lutte. Hercule 
n'est pas ici le lourdaud épais, mastoc, consacré par la tradition; 
c'est un demi-dieu jeune, beau et fort, sans les redondances de 
de formes chères aux pédants. 



N" iijj : Hercule et le sanglier d'Erymanthe. — Esquisse 

Toile. — H. o'"27, L. o"'5i. — N° 41 de la Vente posthume : 480 fr. à M. Dauzats. 
— Vente Riesener, 10 avril 1879 ■ '^220 fr. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 1 1^4 : Hercule et Hippolyte. — Esquisse 

Toile.— N" 46 de la Vente posthume : 58o fr. à M. Dejean. Depuis, à M. Bazille, de 
Montpellier. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 11}^ : Hercule et Hésione. — Esquisse 

Toile. — N° 44 de la Vente posthume : 3o5 fr. à M. Delille. — Non catalogué par 
M. Moreau. 



N° ) 1^6 : Hercule et le centaure Nessus. — Esquisse 

Toile. — H. o'"22, L. o'"46. — N" 48 de la Vente posthume : 65o fr. à M. Dejean. 
— Cat. A. Moreau, p. 3 10. 



1849 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



N" 



IIJ7 : Hercule et Nérée. — Esquisse 



Toile. — H. o™24, L. o"'45. — Photolithographié par G. Arosa, dans les dimensions 
deH. o'"o6o, L. o™i2i. — N° 47 de la Vente posthume : 410 fr. à M. Arosa. — Vente 
Arosa, 1878 : 5oo fr. à M. Pinart. — Non catalogué par M. Moreau. 

N° 11)8: Hercule et Antée. — Esquisse 

Toile. — H. o™2 I, L. o"'46. — N" 45 de la Vente posthume : 470 fr. à M. Isambert. 

— Voir Tautographic de Delacroix, à l'année 1847. — Cat. A. Moreau, p. 3 10. 

N" 11)9 : Hercule et Antée. — Variante 

Toile. — H. o™3o, L. 0^44. — Signé au bas vers la gauche. — Vente Dagnan, ig dé- 
cembre 1881 : 5,100 fr. à M. de Beurnonville. — Non catalogué par M. Moreau. 

N" 1140: Hercule et Alceste 

Toile. — H. o™22, L. o"'46. — N° 49 de la Vente posthume : 420 fr. à M. du Poisat. 

— Non catalogué par M. Moreau. 

N" 1141 : Les colonnes d'Hercule. — Esquisse 

Toile. — H. o"'23, L. o'"44. — N° 5o de la Vente posthume : 35o fr. à M. Carvalho. 

— Vente à Thôtel Drouot, le 23 janvier 1882 : à M. Mathias jeune. — Voirie tableau 
à l'année i858. — Non catalogué par M. Moreau. 



N" 1142 : Hercule vainqueur du monstre marin 

Toile. — H. oi^iS, L. o"28. — Cintré du haut. — Appartient 
à M. Choquet. — Non catalogué par M. Moreau. 
Cette composition est conçue dans la forme des tympans du Salon 
de la Paix, à l'ancien Hôtel de Ville, et se rattache assurément dans 
la pensée de l'auteur à cet ensemble de peintures décoratives. 
Comme on le verra tout à l'heure, il n'y avait dans ce Salon que 
onze tympans offrant une surface pleine, propre à recevoir de la peinture. Ce nombre boiteux, 
onze, appelait de toute nécessité un complément, un numéro douze. C'est ce complément que 
Delacroix a traité ici avec un ressouvenir du combat des dieux marins de Mantegna. 




3o2 L'ŒUVRE DE DELACROIX 1 849 



LE SALON DE LA PAIX 

Peintures décoratives exécutées à l'Hôtel de Ville de Paris. — Cat. A. Moreau, 
pp. 21 5 et 216. 

C'est de 1849 à i853 que DeLicroix exécuta la décoration du plafond delà Paix, à l'ancien 
Hôtel de Ville de Paris. Le monument a été, comme chacun le sait, brijlé au mois de 
mai 1871. Il ne reste donc plus rien de ces peintures que ça et là quelques esquisses, 
quelques dessins et quelques gravures. La décoration se composait de : 1° un plafond 
circulaire; — 2» huit caissons; — 3° onze tympans. Le tout fut payé 3o,ooo francs à 
Delacroix, qui, en ce long travail, souffrit de coliques de plomb et d'une maladie de la rétine. 

N° 1143 : Plafond 
La Paix vient consoler les hommes et ramène LAhondance 

Toile. — Diamètre 5"\ — Gravé au burin d'architecte par Sellier, d'après Roguet, 
pour la Monographie de V Hôtel de Ville, par Victor Calliat. L'ensemble de la 
planche, qui reproduit aussi les huit compositions des rectangles, mesure en totalité: 
H. o"'355, L. o"'545. Cette reproduction du plafond seul mesure : Diamètres : o"'i75 
et o'"248 les ornements compris. — Reproduit d'après un dessin de P. Andrieu, 
dans les dimensions de o^iSS de diamètre, pour l'Ancien Hôtel de Ville de Paris, 
publié par A. Quanti n. — Cat. A. Moreau, pp. 21 5, 216. 

« Le sujet du plafond principal est la terre éplorée levant les yeux au ciel pour en obtenir la 
fin -de ses malheurs. En effet, Cybèle, l'auguste mère, a parfois de mauvais fils qui ensan- 
glantent sa robe et la couvrent'de ruines fumantes ; mais le temps de l'épreuve est passé; 
un soldat éteint sous son talon de fer la torche de l'incendie. Des groupes deparents, des couples 
d'amis séparés parles discordes civiles se retrouvent et s'embrassent; d'autres, moins heu- 
reux, ramassent pieusement de tristes victimes. 

Au-dessus, dans un ciel bleu d'azur, doré de lumière, d'oii s'enfuient les nuages, derniers 
vestiges de la tempête, balayés par un souffle puissant, apparaît la Paix, sereine et radieuse, 
ramenant l'abondance, et le chœur sacré des muses naguères fugitives. Cérès, couronnée d'épis 
et appuyée sur sa blonde gerbe, que ne fouleront plus, désormais, les pieds d'airain des che- 
vaux de guerre, repousse l'impitoyable Mars et les Erynnies qui se réjouissent des calamités 
publiques ; la Discorde, que blessé cette tranquillité lumineuse, s'enfuit comme un oiseau 
nocturne surpris par le jour, et cherche pour s'y cacher les ténèbres de l'abime, tandis que 
du haut de son trône, Jupiter, de ce même geste qui foudroyé les Titans, menace encore 
les divinités malfaisantes, ennemies du repos des hommes. 

Tel est le thème qu'a développé l'artiste et auquel se rattachent les caissons et les tableau.x de 
la frise. Il est. comme on voit, purement allégorique, et, par cela même, il prête beaucoup à la 
peinture, qui a besoin avant tout de nu et de draperies, principalement lorsqu'elle est sus- 
pendue au-dessus de la tète des spectateurs. La figure de la terre personnifiée est très belle ; 
c'est bien Valma parens blessée par des enfants cruels et s'adressant aux puissances célestes 
avec un geste de douleur majestueuse; les figures difformes des monstres mis en fuite par 
le retour de la Paix contrastent par leur expression hideuse et bestiale avec la beauté intel- 
ligente des groupes supérieurs. Les parents qui soulèvent entre leurs bras les corps des 
blessés sont disposés dramatiquement; et ce soldat écrasant sous sort pied les brandons de 
discorde a une tournure fière et robuste, et cependant pacifique, tout à fait en harmonie avec 
son action ; le cortège des Muses ofiVe des poses gracieusement aériennes qui rappellent sans 
l'imiter la danse des Heures autour du char dApollon, au palais Rospigliosi ; la Paix et 



1849 



LŒUVRE [)E DELACROIX 



Cérès sont également bien réussies, mais le Jupiter est moins heureux : les nécessités de la 
perspective linéaire et aérienne lui donnent, à la hauteur où Delacrjix l'a placé, des propor- 
tions restreintes et des tons affaiblis par l'interposition de l'atmosphère. La logique le vou- 
lait ainsi ; pourtant, cette figurine novée dans la vapeur ne semble guère redoutable pour les 




groupes anarchiques et monstrueux qu'elle envoie à l'abime. — N'était-ce pas le cas d'user de 
cet artifice dont les peintres du moyen âge se servaient lorsqu'ils avaient à exprimer la puis- 
sance et représentaient le Christ ou la Vierge sous des proportions colossales parmi des figures 
beaucoup plus petites? Sans aller aussi loin, Delacroix aurait pu ne pas reculer son Jupiter 
jusqu'aux profondeurs de l'empyrée et lui faire châtier l'anarchie et la rébellion de plus prés, 
ce qui aurait permis de lui donner plus d'importance. » ^Théophile Gautier.) 



004 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1849 



N°* 1 144, 1 14) . 1 146, 1 14-, 1 148, 1 149, 1 1 )0, 1 1 )' I : Caissons 



Huit toiles marouflées. — H. i'"o5, L. 2'"35. — Gravées au burin d'architecte par 
Sellier, d'après Roguet, dans les dimensions de : H. o"'o38,L. o'"o84, avec la partie 
circulaire et centrale, et de: H. o'"o53, L. o™o:)i, les ornements compris. Cette re- 
production a été publiée par Victor Calliat, planche XIII du supplément de la Mono- 
graphie de V Hôtel de Ville de Paris, 1864 et i856. — Reproduites sur zinc d'après 
les dessins de P. .\ndrieu, dans les dimensions de : H. o'"04i, L. o"'o88, pour l'An- 
cien Hôtel de Ville, Quantin, éditeur. — Cat. A. Moreau, pp. 141 et 216. 
.< Les caissons enclavés dans le dessin ornemental du plafond contiennent des divinite's bien- 
faisantes amies de la Paix. Gérés, la mère nourricière du genre humain; la Muse, noble fille 
du loisir; Bacchus, le dou.x père de la joie; Vénus qui, selon le proverbe, a froid sans 
Bacchus et sans Gérés ; Mercure, qui préside au commerce ; Neptune, calmant les flots soule- 
vés par le récent orage; Minerve, la vierge sage, portant sur sa poitrine la cuirasse d'azur 
des guerriers et sur son cimier le hibou, symbole de la pensée, et enfin Mars enchaîné comme 
un Scythe captif dans un triomphe athénien. — Le Bacchus, parmi ces figures, toutes d'un 
beau caractère et d'une grande tournure, se distingue par la poésie de la couleur; le sang 
de la grappe circule conime une pourpre divine dans son beau corps affaissé sous les pam- 
pres ; une demi-teinte rose voltige autour de lui comme le reflet d'une coupe de cristal 
remplie de nectar et traversée par un rayon de soleil. » C'est non seulement la plus belle 
des huit compositions qui décorent les caissons, mais c'est aussi un des meilleurs morceaux 
du peintre. » 



U'^-^-'^k^ 




i^'(N'^ 1 144.) Premier caisson. — Vénus. — Elle est représentée, 
comme le sont d'ailleurs les divinités peintes sur les huit cais- 
sons, couchée et en pleine lumière. Ses attributs sont ceux 
que lui prête l'art plastique moderne. D'une main, elle tient 
le miroir qui reflète son incomparable image, de l'autre, elle 
laisse glisser une flèche entre ses doigts, tandis qu'à son côté 
gisent l'arc et le carquois. Le fond est occupé en partie par 
une bande de ciel. Sur cet azur intense se détache un buisson 
de roses, autour duquel voltigent des colombes. L'une d'elles s'est détachée de ses compagnes 
pour venir baiser amoureusement les lèvres de la déesse. — Voir le n" 1 121. 

2° (N" 1145.} Deuxième caisson. — Bacchus couche' sous une 
treille. — Gravé sur bois pour V Illustration, avril 1854, dans 
les dimensions de : H. o^'ojS, L. o^ijS. — Cette figure est, 
lar la hardiesse de son contour, par l'heureuse pondération de 
ses lignes, l'égale des plus belles compositions décoratives. 
Etendu dans toute la nonchalance de son ivresse, le dieu 
presse, à même la treille, une grappe dont le jus vient jaillir 
dans une coupe h demi-renversée. A droite, assise sur ses 
pattes de derrière, se tient la panthère, compagne fidèle du divin buveur. Il est impossible 
de se montrer plus habile dans l'arrangement, praticien plus achevé. — Voir le n° 1 1 22. 

3" (N" I i46.)Troisième caisson. — Mars enchaîné. — Le sen- 
timent littéraire et le goût délicat qui présidaient à toutes les 
inspirations de Delacroix l'ont ici admirablement servi. Aux 
pieds du dieu, qui gît enchaîné dans l'attitude héroïque d'un 
Titan vamcu, un jeune Erosjoue avec le casque dont il n'a 
plus peur; c'est un trait emprunté aux bas-reliefs antiques et 
savamment rajeuni. Des armes décorent le fond. On admi- 
rera la pondération de cette figure avec celle du Bacchus. 
L'opposition des lignes, dans les deux caissons, est très calculée. — Voir le n"' wi'i. 





i849 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



3o5 





4"(N'' 1 147. Quatrième caisson. — Mercure, dieu du commerce. 
— La charmante statuette de marbre que J.-B. Pigalle présenta 
à l'Académie comme morceau de réception, et qui fait partie 
des collections du Louvre, nous montre un Mercure arrangeant 
sa sandale, dans l'attitude de contorsion gracieuse que les 
artistes du dix-huitième siècle aimaient à donner à toutes 
urs figures de style. Le même sujet prend, sous la main de 
Delacroix, plus de simplicité. Mercure attache ses talonnières 
ailées avec le geste d'un personnage moderne nouant les cordons de son soulier; mais ce 
geste a tant d'ampleur, il offre un développement si complet de tout le corps, qu'il s'élève à 
la plus noble expression du style décoratif. — Voir le n" 1 124. 

5° (N" 114S.) Cinquième caisson. — La muse Clio. — La 
muse de l'histoire habite des régions sereines, et la cime des 
plus grands arbres atteint à peine la terrasse du haut de la- 
quelle Clio domine les actions des hommes. Attentive et re- 
cueillie, elle observe, tenant dans le pli de son bras droit la 
trompette oi-i elle fera résonner, à travers les siècles, les noms et 
les faits les plus dignes de mémoire. Devant elle, le cygne 
prend son vol; près d'elle, des feuillets de parchemin, archives 
de l'humanité, gardent pieusement le souvenir des gloires passées, pour les transmettre à la 
postérité, si peu attentive., hélas! et reconnaissante. — Voir le n" 1 125, 

G" (N" 1 149.) Sixième caisson. — Neplune apaisant les flots. — 
A demi-couché sur une conque marine, se servant de son 
trident comme d'une rame, de sa draperie comme d'une voile, 
Neptune parcourt son domaine accompagné du cheval, qui 
rappelle sa fameuse lutte avec Minerve. Il a frappé les flots 
en prononçant le terrible : Qï/o.te^o..., et déjà ceux-ci sont ren- 
trés dans l'ordre et la soumission. — Devant cette figure 
d'un style si grandiose, on s'étonne, en vérité, que l'art in- 
dustriel n'ait pas mis à profit toute la suite des dieux pour en tirer des modèles de tapisseries 
de haute lisse ou de panneaux de céramique. — Voir le n" 1 i2ri. 

7° (N" 1 i5o.) Septième caisson. — Cérès au milieu des mois- 
sons. — C'est encore un souvenir classique qui a guidé Eu- 
gène Delacroix dans le choix de ce mouvement. Cérès, le bras 
^^^jj^i^' '^''^ïiN^^ replié sur la tète, le torse nu, inversé en sens contraire des 
f" ^'.-«^Sw jambes, rappelle la figure d'Ariane, telle que l'a interprétée le 
• '^^^y génie antique. L'attitude abandonnée de Cérès s'explique par 
l'heure du jour qu'a choisie le peintre. Il est midi, l'heure du 
grand soleil qui dore les moissons et mûrit tous les fruits. La 
déesse est à demi-nue; Delacroix, en cela, n'a pas respecté la tradition. Il serait à souhaiter 
que les peintres ne prissent jamais de plus graves licences vis-h-vis de la Fiable, ou qu'elles 
fussent également justifiées par le résultat. — Voir le n" 1 127. 

%" (N° I i5i.) Huitième caisson. — Minerve, déesse des arts. — 
La disposition même des caissons ne permettait pas au peintre 
d'y introduire de figures debout. Une pose couchée convenait 
peu à Minerve, la déesse de l'action par excellence, la vierge 
guerrière, l'inspiratrice des arts, la divine ouvrière. Le maître se 
trouvait donc en présence d'une difficulté presque impossible 
à résoudre; il l'a heureusement esquivée, se contentant de 
personnifier en Minerve la puissance pensante; c'est ce qui 
explique le i,ebte n editatit et l'attribut de la lyre. L'expression du visage, grave et noble, 
compense d ailleurs et qu il \ a d'un peu abandonné dans l'attitude. — Voir le n" 1 128. 






I.'ŒUYRE DE DEI.ACROIX I S40 



N"^ iip, 1153? 11)4' ^M')'? ^h'^^î "57' ^M'^' ^M'9' 1160, 
1 161, 1 162 : Tympans — Episodes de la vie d'Hercule 

Toiles. — H. i"'2o, L. 2"'35. — Reproduites sur zinc d'après les dessins de P. An- 
drieu, dans les dimensions de : H. o"g45, L. o"'o8o, pour VAncien Hôtel de Ville 
de Pa/-/5, Quantin, éditeur. — Cat. A. Moreau, p. 216. 

Il Onze sujets tirés de la vie d'Hercule forment autour de la salle comme une sorte de frise 
interrompue par les baies des fenêtres et l'élévation monumentale de la cheminée. Les com- 
positions se suivent sans ordre chronologique, selon les convenances de juxtaposition et de 
contraste : Hercule, exposé après sa naissance, est recueiUi par Minerve qui l'apporte à Ju- 
non. Le robuste enfant prend le sein de la déesse et en fait jaillir en perles blanches la voie 
lactée. — Plus loin, il ramène Alceste des enfers et la rend à Admète , son époux ; il tue le 
Centaure, survivant retardataire des créations monstrueuses; il enchaîne Nérée, dieu de la 
mer, pour le forcer à lui révéler les secrets de l'avenir; il s'empare, triomphe plus facile , du 
baudrier d'Hippolyte, reine des Amazones; il étouffe Antée, que la Terre, mère de ce Titan, 
essaie en vain de secourir; il délivre Hésione, tille de Laomédon, exposée pour être dévorée 
par un monstre marin, comme Andromède et comme Angélique; il écorche le lion de Némée 
pour se revêtir de sa peau ; il apporte sur ses robustes épaules le sanglier d'Erymanthe, qu'il 
a pris tout vivant h la course. Dans un autre cadre, placé entre le vice et la vertu, h ce car- 
refour du chemin où la vie se bifurque comme l'Y de Pithagore, il n'hésite pas h suivre le 
guide austère qui mène à la gloire à travers les travaux et les périls. Le dernier tableau de 
la série représente Hercule arrivé au bout de la terre et se reposant a\iprés de ces colonnes 
fameuses, bornes du monde, au delà desquelles verdit l'immense Océan, aux solitudes 
inconnues. Le demi-dieu est assis dans une attitude de repos puissant, avec la tranquillité 
d'un héros qui n'a plus rien h faire et dont la mission est accomplie. Cette figure est superbe; 
on ne saurait mieux rendre la majesté formidable et calme de la force, et la joie sereine 
d'une grande tâche terminée. Au second plan, le soleil ayant terminé sa course, se plonge 
dans la mer avec son attelage fumant ; les teintes violettes du crépuscule se mêlent à l'azur, 
froid du soir. Tout est quiétude, silence, fraîcheur; la symbolique journée du héros domp- 
teur de monstres et protecteur des opprimés est finie, le monde peut respirer. Nous n'avons 
pas besoin de faire ressortir le lien qui rattache ces sujets à l'idée principale exprimée dans 
le plafond circulaire; elle est sensible à l'esprit comme aux yeux: n Hercule promenait l'éter- 
nelle justice, sous son manteau sanglant taillé dans un lion. » C'était le chevalier errant, le 
redresseur de torts du monde fabuleux : il réduisait les forces désordonnées et rebelles; 
achevait de faire disparaître les chimères hybrides échappées aux cataclysmes des déluges, 
tuait les brigands, et, mettant ses muscles invincibles au service des faibles, il préparait 
le règne de la paix. Parmi ces sujets, nous avons remarqué la reine des Amazones glissant 
de son cheval; son costume moitié grec, moitié persan, est du plus joli caprice; le sanglier 
d'Erymanthe est aussi très bien réussi. La lutte avec Antée a fourni à M. Delacroix un de 
ces heureux motifs de développements anatomiques qui plaisent tant aux peintres et qui 
sont des bonnes fortunes pour les maîtres énergiques et vigoureux. « (Th. Gautier.) 

^-—, ^^ I" (N" 1 152.) Premier tympan. — Hercule à sa naiss-iiice recueilli 

^^^'^l^J^^. "^-^ par Junon et Minerve. — Gravé sur bois pour Y Illustration ^ avril 

/ r*'*!^^' 3^ii -\ '854, dans les dimensions de: H. C'iio, L. o™225. — Hercule, 
/, ijvi^'Wv'A , •\ fils d'une mortelle, d'Alcmène, femme d'Amphytrion, est dès 
/ Sî^^'C'V'^^y-^ "" ' \ ^'* naissance recueilli par des déesses. Tandis que sa mère 
^^•î^ I jA /j^3^%^ \ s'éloigne avec un geste de pieux effroi, le nourrisson demi- 

^K)*' ^s^'^ Vl.V<)â5&sî--A. 1 '^''^"J, tenu par Minerve, est allaité par Junon. Delacroix, dans 
\ ^ryl^^-=^ Hz 2^;^^ — I j^i suite de ces compositions fabuleuses, n'a pas observé la tra- 
dition; ainsi, il a figuré Junon toute nue, se contentant de la 
désigner par son principal attribut, le paon. — Voir le n» i 129. 



i84ç) 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 




2° (N" 1 153.) Deuxième tympan. — Hercule entre le vice et la 
vertu. — La main posée sur La massue, dans une attitude presque 
rigide, la Vertu, calme et forte, se tient h la droiti.- d'Hercule, 
dont elle presse doucement la main, tandis qu'à la gauche du 
héros, le Vice, aux formes ondoyantes, le provoque par un 
appel lascif. 11 cède et résiste à demi, avec un geste hésitant 
de tout le corps qui traduit très hien l'indécision de son esprit. 
Il se penche, comme prêt à suivre la vierge folle, mais, en 
même temps, il se cramponne au roc, comme pour demeurer 





assis à côté de la-vierge sage. — Voir le n» i i3o 

J^IN" 11.S4.) Troisième tympan. — Hercule écorche le lion de 
Némée. — Eugène Delacroix, par les nombreuses études de lions 
qu'il avait faites, se trouvait singulièrement préparé pour 
traduire en peinture ce premier exploit d'Hercule. Le héros, 
un genou en terre, penché vers le lion, qu'il a pendu par la 
patte, l'écorche comme ferait un boucher d'un bœuf; il se taille 
son manteau. L'énorme félin est presque entièrement mis h 
nu, et sa dépouille magnifique retombe sur le sol. Un paysan, au 
second plan à droite, regarde avec un geste d'etonnement 
qui est d'une naïveté bien sauvage. — Voir le n° i i3i. 

40 (N" I i55.) Quatrième tympan. — Hercule rapporte sur ses 
épaules le sanglier d' Erymanthe. — Gravé sur bois pour l'Illus- 
tration, axril 1854, dans les dimensionsde : H. o™i 10, L. o"'227. 
— Cat. A. Moreau, p. 141. — Hercule, après s'être emparé du 
sanglier qui dévastait les environs du mont Erymanthe, le 
rapporte vivant à Eurysthée. Le sujet n'était pas facile à mettre 
en oeuvre. Delacroix l'a interprété simplement, sans s'arrêter 
à ce que pouvait donner d'excessif la composition d'un tel 
groupe. Le héros tient le monstre par l'oreille gauche et par 
une patte de derrière, de façon h le rendre inoftensif. Le sujet est sauvé par la grandeur de 
l'allure. Au fond, des paysans, agitant des palmes en signe de victoire, accompagnent d'un 
pas hâté la terrible marche du demi-dieu pliant sous le faix de la bête énorme. — Voir le n» 1 133. 

5° (N» 1 1 56.) Cinquième tympan. — Hercule, vainqueur d'Hip- 
polyte. — Hippolyte. reine des Amazones, possédait un baudrier 
qu^elle avait reçu de Mars. Admète, fille d'Eurysthée, voulut ce 
baudrier, et ce' fut Hercule qui reçut la mission de le rapporter. 
Après bien des voyages. Hercule parvint au pays des Amazones 
et ne put obtenir lebaudrier que par la force en tuant Hippo- 
lyte. — Delacroix a représenté le moment où la reine des Ama- 
zones vient d'être jetée h bas de son cheval; Hercule lui ravit 
sa précieuse ceinture. Dans le lointain, h gauche, on aperçoit 
. — \'oir le n" 1 134. 

6" (N" I iD/.) Sixième tympan. — Hercule délivre Hésione. — 
Hésione, fille de Laomédon, roi de Troie, avait été enchaînée 
par son père h un rocher ; elle devait être livrée en pâture h un 
monstre marin pour apaiser la colère des dieux. Hercule se 
chargea de sauver la jeune fille. Après avoir navigué au milieu 
des récifs, il aborde le rocher, tue le monstre ; puis, d'une main, 
il détache les liens qui retiennent l'innocente victime, tandis 
que de l'autre il soutient son beau corps, tout alangui encore 
par la terreur. Eugène Delacroix a tiré de ce récit un (frame 
admirable de mouvement et d'émotinn. — Voir le n'^ 1 1 33. 




étendu sur le sol, un cadavre 




-■") 



3o8 



L'ŒUVRE DE DELACROIX 



1849 




7" (N" Il 58.) Septième tympan. — Hercule lue le centaure 
Nessus. — Qui n'a présent à la mémoire les détails de cet 
épisode? Hercule ayant h franchir avec Déjanire le fleuve 
Evenus, gagna lui-même l'autre rive; mais il eut l'imprudence 
de confier sa femme au centaure Nessus. qui s'employait d'or- 
dinaire à passer les voyageurs. Nessus profita de la traversée 
pour tenter d'outrager Déjanire. Hercule la vengea et se vengea 
lui-même en perçant d'une flèche au cœur le traître, puis il 
"acheva à coups de massue. C'est ce dernier épisode qu'a choisi 
ombats héroïques et des luttes sauvages. — Voir .le n" r i36. 

8" iN" II 59.) Huitième tympan. — Hercule enchaîne Nérée. 
— Le vieux Nérée avait, comme toutes les divinités marines, le 
don de prédire l'avenir. 11 quittait le plus souvent le fond delà 
mer vers le milieu du jour, pour venir se reposer et dormir h 
"ombre des rochers. Lorsqu'un mortel parvenait à le saisir 
lans son sommeil, il en obtenait des prophéties; Hercule 
réussit à l'enchaîner. — Eugène Delacroix a disposé, comme 
il convenait, ce beau groupe au pied d'un grand rocher en 
forme de voûte; les monstres de la mer, compagnons de Nérée, 
s'agitent inquiets au bord de la plage. — Voir le n" i 137. 

9" (N° I 160.) Neuvième tympan. — Hercule elouffe Antée. — 
Antée, fils de Neptune et de la Terre, prince de Lvbie, géant 
énorme et lutteur invincible, habitait les déserts de sable; 
il arrêtait et massacrait tous les vovageurs, parce qu'il avait 
fait le vœu d'élever un temple à Neptune avec des crânes hu- 
mains. Hercule le terrassa trois fois, mais en vain, car la Terre, 
sa mère, ranimait ses forces chaque fois qu'il la touchait. Her- 
cule, ayant découvert la source de sa vigueur, le souleva en l'air 
et l'étouffa dans ses bras. — La Terre, personnifiée au second 
plan par une femme étendue sur le sol, fait un geste de désespoir, en contemplant la défaite de 
son fils. (Voir la variante de ce sujet, n" 1 1 38, et le beau dessin autographié par Delacroix, n" 102 7.) 

10° (N" 1 161.) Dixième tympan. — Hercule ramène Alcesle du 
fond des en/ers. — Alceste, la femme d'Admète, roi de Thessalie, 
s'était offerte à la mort pour sauver Apollon. Hercule résolut 
de l'arracher aux enfers et, du consentement même de Proser- 
pine, il la ramena a son mari. C'est ce dernier trait qu'a peint 
Delacroix, comme résumant le mieux tout le drame. Hercule 
rapporte Alceste dans ses bras ; Admètc, un genou en terre, 
exprime sa reconnaissance au héros pour cette délivrance ines- 
pérée. Au fond, à gauche, apparaît un autel où fument les 
à droite, une montagne. — Voir le n" 1 140. 





stcs d'un récent sacrifice: 



musculan-e, 
magnifique 



M" (N" 1 162.J Onzième tympan. — Hercule au pied des colonnes. 
— Après avoir rempli le monde du bruit de son nom, et prêté le 
concours de son robuste bras à tous les opprimés. Hercule 
arrive enfin au bord de l'Océan qui voit le soleil se coucher 
dans ses flots. C'est là qu'il doit arrêter le cours de ses travaux. 
Il élève deux colonnes destinées à rappeler aux hommes quelles 
sont les bornes du monde, puis il se repose. Par le rôle bien- 
faisant qu'il a joué, par le caractère pittoresque de ses aven- 
tures, et surtout par l'expansion superbe de sa puissance 
Hercule a séduit les artistes de tous les temps. Delacroix lui avait consacré une 
épopée; il n'en reste que le souvenir. — Voir le n" 1 141 et à l'année i858. 




i83o 



LŒU\'RE DE DELACROIX 



Année i85o 



N° 1165 : Résurrection de Lazare 




— H. o'"58, L. o'"5o. — Signé au milieu en bas, 
i85o». — Salon de i85o-5r. — Appartient à M. Van 



Toik 
daté : 
Praet, de Bruxelles. 



Cat. A. Moreau, p. i85. 

M. Van Pract, ministre de la maison du roi des Belges, est un 
amateur distingué ; il a réuni, dans son salon et dans une autre 
pièce de la modeste maison qu'il occupe, un petit nombre d'œuvres 
choisies en général avec un goût très sûr et un sentiment très dé- 
licat. Mais à l'époque où M. Robaut fut introduit chez M. Van 
Praet, celui-ci venait d'être tout récemment blessédanssonamour- 
propre d'amateur et de possesseur. 11 avait alors résolu de ne plus 
ouvrir sa galerie aux visiteurs, et s'il contrevint ;i cette résolution 
en faveur de M. Robaut, il ne le fit pas avec sa bonne grâce cou- 
tumière. Il ne consentit point à laisser dépendre-l'œuvre, qui est 
très colorée et très foncée, et qu'un jour insuffisant ne permettait 
de voir que par côté. Force fut donc h l'artiste de faire un croquis 
de biais, et voilà pourquoi notre vignette est dessinée en perspec- 
tive. — Comme on peut s'en assurer en parcourant ce livre, Delacroix éprouvait une attrac- 
tion singulière vers les sujets religieux, « ces compositions si pénétrantes, qui nous enlèvent 
dans des régions si différentes de ce qui nous entoure, qui nous font concevoir au milieu 
de notre vie sceptique et adonnée à de puériles distractions, la mortification des sens, la puis- 
sance du sacrifice et de la contemplation. » C'est ainsi qu'il les définit dans ses Questions sur 
le beau. Le sujet de Lazare, qui résume en lui tout le mystère de la mort, était bien fait 
pour séduire l'àme anxieuse du maitre, et cependant, ce tableau n'est pas un des meilleurs 
de son œuvre. Peut-être parce qu'il ne pouvait être vu que sous une lumière peu propice, il 
a paru à M. Robaut d'un aspect général un peu lourd et poussé au noir. 



N" 1164 : Angélique et Médor blessé. — Esquisse 



Toile. — H. o"'8i, L. o^ôS. — N" i23 delà Vente posthume : 920 fr. 
à M. Carvalho. — A appartenu ensuite au peintre Charles Dau- 
bigny. — Appartient aujourd'hui à M. Dollfus. — Non catalogué 
par M. Moreau. 

La scène que Delacroix a représentée dans cette ébauche est tirée du Ro- 
land furieux de l'Arioste. La couleur est des plus chatoyantes. La 
draperie rose et le voile vert et or d'Angélique ressortent délicatement 
sur le vêtement bleu et or et sur l'armure d'acier de Médor. Le page qui 
marche h la tète du cheval est en tunique rougeâtre ; il porte un arc à la 
main. L'autre page, qui s'avance au premier plan, a une culotte rouge; il tient le casque a 
plumes blanches. Le grand lévrier qui bondit en avant est orangé clair. Tout cela s'enlève sur 
un fond de montagnes aux couleurs de turquoise et d'émeraude, avec un ciel de soleil 
couchant, qui rayonne sur toute la toile. 




N° 1 165 : Le lever 



Toile. — H. o'"45, L. o'"36. — Salon de i85o-5i. — Lithographie 
par Lamy dans les dimensions de : H.o"2i7, L.o^ijj. — Appartient 
a M. Auguste Vacquerie. — Cat. A. Moreau, pp. i3o, i85. 

■ Ce tableau est un des rares nus de femme et des plus beaux qu'ait peints 
Kugène Delacroix dans les proportions du tableau de genre. Le i5 jan- 
vier i83i, pendant le Salon, le maître écrit h M. Paul Foucher: « Mon- 
teur, je m'empresse, suivant votre désir, dé vous dire le prix des tableaux 
que vous voulez bien me désigner. Ces prix sont au-dessous de ce que je 
demanderais à un amateur ; je verrai avec plaisir qu'ils puissent convenir 
il votre ami. Pour le Samaritain, 3oo francs, pour le Giaoïtr, 400 francs, 
pour le Lever, 800 francs. Je profite de cette occasion pour vous remercier de votre souvenir 
et vous prier d'agréer l'expression de ma haute considération et de mon dévouement. » Ces 
trois tableaux, d'une des meilleures années du maître, furent acquis par M. Auguste Vac- 
querie, chez qui ils sont encore tous aujourd'hui, .\vons-nous besoin d'a)Outer qu'ils ont bien 
plusque décuplé de prix? Le temps les a merveilleusement émaillés.»,Ph. Burty.î — N'omettons 
pas de dire que le sujet ne se réduit pas à une simple figure d'académie. Derrière la glace se 
dissimule un Méphistophélès. 




N° 1 166 : Ariane abandonnée — Esquisse 



Toile. — H.o'"32, L. 
— Voir à Tannée 1 862 



24. — N° 65 de la Vente posthume : 710 fr. à ^L Porzio. 
-Non catalogué par M. Moreau. 



N" 1167 : Ariane abandonnée 



r,?i| Toile. — H. o™36, L. o"'27. — Vente E. D., 22 janvier i855 : 

400 fr.: vente Eugène Godard, i5 décembre i855 : 5 10 fr. à 

^v?"!! M. Soultzener. — Appartenait à M. Soultzener. — Cat. A. Mo- 



^-x' 



^^iJ reau, p. 2?6. 

71 Dans une lettre du 3 octobre i85o, adressée à Constant Dutilleux, et 
-, dont nous avons déjà cité un passage, Delacroix expose, h propos du 
^ft^ Lever, dans quelles conditions morales il faisait ses tableaux de chevalet : 
« \'ous êtes trop bon d'attacher de l'importance a la petite figure dont 
vous me parlez. Elle a été faite il y a un peu plus d'un an, et mémo 
refaite, car elle ne me plaisait guère quand je l'ai commencée, et. quand. 
enfin, je l'ai laissée, elle ne me plaisait pas davantage. Je n'y ai, du reste, attaché aucune 
intention particulière. Je fais souvent de ces petits tableaux lorsque je n'ai rien de plus 
important sur le métier. Je n'y suis même guère encouragé, car il me semble que les ama- 
teurs, qui sont avares de leur estime, concluent de ce qu'on me trouve propre aux grands 
travaux que je dois être inférieur dans les petits tableaux. Pour moi, je fats les uns et les 
autres avec le même plaisir, et je crois très bien qu'on peut mettre dans un petit cadre autant 
d'intérêt que dans un monument entier. » — Les personnages des scènes antiques traitées 
par Delacroix sont bien, comme l'a dit P. Haussard, juge délicat, de la race des statues 
antiques, mais dérangées de leurs poses et de leurs plis, jetées de leur piédestal dans la vie. 
agitées de notre sanget de nos émotions. > Cette observation sied parfaitement à V Ariane. 



I N3o 



LCEUVRE DE DELACROIX 



N° 1168 : Le bon Samaritain 




Toile. — H. o'"35, L. o'"28. — Suloii de i85o-5i. — Lithographie 
par .1. l.aurens dans les dimensions de : H. o"'285, L. o"M75. — 
Caricaturé par Cham. — Appartient à M. Auguste Vacquerie. 
— Cat. A. Moreau, pp. 134, i53, 186. 

Ce tableau, comme on vient de le voir, figurait au Salon avec quatre autres 
tableaux, parmi lesquels le Levet\ au sujet duquel Delacroix écrivait à 
C. Dutilleux, le 10 avril i85i ; Cher Monsieur, la femme nue n'est plus 
à moi, et j'en ai bien du regret, puisque, suivant toute apparence, sa des- 
tination eût été d'être souvent sous vos yeux. C'est un des plus grands 
plaisirs que l'artiste puisse se promettre que celui de savoir ses ouvrages 
entre k-s mains de ceux qui les aiment. Je vous écris cela à travers la besogne que' me donne 
mon plafond: elle est plus forte encore que je n'avais imaginé d'abord. La nécessité de le 
faire jDar parties tient l'esprit continuellement en échec sur ce qu'on ne voit pas, et, malgré 
les soins que j'ai pris d'arrêter mes idées dans l'esquisse, la nécessité de grandir amène des 
différences forcées qui demandent des combinaisons intéressantes. Mais le plaisir de travailler 
à un objet comme celui-là compense la peine et la fatigue, et, comme je me porte assez 
bien, j'espère que cela ne traînera pas trop. J'ai couvert la plus grande partie, et la partie 
supérieure est faite, sauf peut-être les retouches légères qui me seront suggérées par la vue 
de l'ensemble. » {Lettres, édition Burty.l — « Le bon Samaritain est une œuvre de poésie 
douce, mélancolique, attendrie, où la couleur est en harmonie avec la simplicité touchante 
de cet épisode de charité. » 



N° 1169 : Weislingen enlevé par les gens de Gœtz 




Toile. — H. o"'74, L. o'"5g. — Signé à gauche, daté : « i85o. » — 
Gravé à l'eau-forte par Boilvin, pour la galerie Durand-Ruel, dans 
les dimensions de : H. o™i 35, L. o™i 1 1. — Vente Ch. B., 21 avril 
1861 : 3,600 fr. — Vente Mayer, de Vienne, 27 avril 1866: 
8,85o fr. — Vente Edwards, 7 mars 1870 : i8,3oo fr. — Voir la 
lithographie originale à l'année i836, n"64i. — Cat. A. Moreau, 
pp. 36, 249. 

On s'est rencontré h la lisière d'un petit bois sur la pente d'une 
colline. Au-dessus des combattants se déploie, comme un dais de fctc. 
un ciel de turquoise plein de lumière et de rayons qui tombent sur 
l'acier poli des armures, se mêlant aux soies des longues crinières flottantes, éparpillées sur 
la nerveuse encolure des chevaux richement caparaçonnés. La scène est admirablement 
composée. — Sur un croquis du maître, on trouve des notes manuscrites prises, sans doute, 
à la lecture du drame de Goethe. C'est l'indication des scènes qui avaient aussitôt revêtu, 
dans son esprit, une forme plastique : « La querelle dans l'auberge. — Gœtz revenant 
avec Weislingen. — Acte II, scène 2. — L'évêque jouant aux échecs avec Adélaïde. Liebetraut 
joue de la guitare. Seigneurs, courtisans, etc. — Georges déguisé, parlant à l'oreille de 
Weislingen au bas de l'escalier, comme il va à la messe accompagné d'un page, ou soignant la 
maison.' — Gœtz devant les conseillers. — Erjutz et Adélaïde. — Gœtz assis et Elisabeth. Il 
s'indigne de son repos. — Les révoltés disent à Gœtz de se mettre k leur tète. — Gœtz tuant 
Metzler. — Gœtz et les bohémiens. — La scène du tribunal secret. » — En se reportant aux 
années i836, 1S43 et 1843, on verra parmi ces motifs quels sont ceux qui ont définitive- 
ment fixé le choix du maître. 



N" II 70 : Gœtz de Berlichingen recueilli par les Bohémiens 



Toile. — H. r'"oo, L. o"'8i. — N" 1 24 de la Vente posthume : 
480 fr. à M. Henri Lejeune. — A appartenu à M. Detrimont. — 
Appartient aujourd'hui à madame Mégard. — Voir la lithogra- 
phie originale à l'année i836. — Cat. A. Moreau,p. 317. 

Cette œuvre, quoique inachevée, e'tait magnifique en son premier 
état, avant qu'elle ne fût déshonorée par des retouches qui, d'ailleurs, 
ont été le sujet d'un procès important. La composition est tout à fait 
ditTérente de celles de la lithographie de i836 et de la gravure sur 
bois de 1S43 (voir les n»' 644 et 780^ Le sujet principal est tout au- 
trement disposé, et le premier plan de droite est occupé par une tente 
et trois bohémiens surpris, qui détournent leurs regards vers la scène 
cmoLuanti. ou quelques-uns des leurs ont couru déjà. L'un d'eux, accroupi, remue à la 
cuiller le contenu d une marmite placée sur un brasier. Tout à côté gisent sur l'herbe les 
accessoires de leur existence, tonneaux, chaudrons, etc. De tous côtés, on apporte des se- 
cours au vieux Gœtz, coitîé de son casque empanaché de blanc. Derrière lui une jeune 
pauvresse lui avance son épée qu'elle a ramassée. Au loin, dans la campagne, on distingue 
encore quelques groupes de combattants. 




N° 1 171 : Lady Macbeth 




Toile. — H. o'"4 1 , L. o"'32. — Signe à droite, en bas, non daté. 
— Salon de i85o-5i. — Gravé au burin par Metzmacher pour 
le journal VArtistc, dans les dimensions de : H. o"'45o, 
L. o™320. — Caricaturé par Cham. — Donné par le maitre à. 
Théophile Gautier. — Vente Théophile Gautier : 14 janvier 
1873 : 7,000 fr. à M. Brame. — Cat. A. Moreau, pp. 88, i52, 
186, 253. 

l'^n sortant de l'exposition qui précéda la vente Théophile Gautier, 
nous écrivions ce qui suit : « Nous venons de voir toutes les œuvres 
d'art qui peuplaient naguère la demeure de l'illustre écrivain dont la 
mort nous laisse un deuil particulièrement cuisant, parmi tous les 
deuils qui, coup sur coup, en ces derniers temps, ont épaissi leur crêpe sur notre àme. 
Tout ce qui a charmé l'œil du poète pendant des années, tous ces témoins de sa pensée, ces 
créations d'artistes qui ont assisté aux créations supérieures du grand artiste, seront dispersées 
dans quelques jours. Heureux ceux qui pourront s'approprier quelques-uns de ces rares 
morceaux de peinture qui ont h la fois l'inappréciable valeur d'être des manifestations d'art 
exquises et des témoignages de hautes et intelligentes amitiés. Tous les grands noms de ce 
siècle, à peu d'exceptions près, figurent dans ce catalogue comme en un livre d'or de l'art 
contemporain. Chacun de ceux qui y sont inscrits exprime un sentiment d'admiration pour 
le poète et de reconnaissance pour le critique, n Souvenir de sympathie et de gratitude d'un 
dévoué admirateur, » écrit Ingres, en envoyant h celui qui l'avait tant de fois célébré une 
étude faite pour V Apothéose d'Homère, le groupe des Poètes tragiques. Je ne sais s'il y a 
un hommage écrit de la main de Delacroix ; mais tous ceux qui connaissent ses tableaux de 
chevalet constateront qu'il n'a jamais poussé la perfection aussi loin que dans sa Lady 
Macbeth. Ce qui fait le caractère delà collection de Théophile Gautier, c'est que ce sont les 
artistes eux-mêmes qui l'ont composé