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Full text of "La Grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts"

LA 



GRANDE ENCYCLOPÉDIE 



TOURS. — IMPRIMERIE DE E. ARRAULT ET d^ 



LA 



GRANDE ENCYCLOPÉDIE 



INVENTAIRE RAISONNE 

DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES ARTS 



PAR UNE 



SOCIETE DE SAVANTS ET DE GENS DE LETTRES 



sous LA DIRECTION DE 



MM. BERTHELOT, sénateur, membre de Flnstitut. 

Ilartwig DERENBOLRG, membre de l'Institut, pro- 
fesseur à l'École spéciale des langues orientales vi- 
vantes et à l'École des hautes études. 

A. GIRY, membre de Flnstitut, professeur à l'École des 
chartes et à l'École des hautes études. 

E. GLASSON, membre de l'Institut, doyen de la Faculté 
de droit de Paris. 

D'* L. HAHN, bibliothécaire en chef de la Faculté de 
médecine de Paris. 



G. -A. LAISANT, docteur es sciences mathématiques, 
examinateur à l'École polytechnique. 

Secrétaire général: André BERTHELOT, député de la Seine. 



MM. Ch.-V. LANGLOIS, professeur a<ljoinl à la Faculté des 
lettres de Paris. 

H. LAURENT, docteur es sciences mathématiques, 
examinateur à l'École polytechnique. 

E. LEVASSEUR, membre de l'Institut, professeur au Col- 
lège de France et au Conservatoire des arts et métiers. 

G. LYON» maître de conférences à l'École normale supé- 
rieure. 

H. MARION, professeur à la Faculté des lettres de Paris. 

E. MÏJNTZ, membre de l'Institut, conservateur des col- 
lections de l'École nationale des beaux-arts. 



TOME TRENTIEME 

ACCOMPAONÉ DE CINQ CARTES EN COULEURS, HORSTEXTl 

(SOMME, SOUDAN, SUISSE, TARN, TARN-ET-GARONNE) 



SIGILIATEUR — THERMOPOLE 




PARIS 

SOCIÉTÉ ANONYME DE LA GRANDE ENCYCLOPÉDIE 

61, RUE DE RENNES, 61 
Tous droils réservé». 



LISTE DE MM. LES COLLABORATEURS 



DE 



LA GRANDE ENCYCLOPEDIE 



N. B. — Cette liste sera reproduite avec les modifications nécessaires en tête de chaque volume, et une liste générale 

sera publiée à la fin de l'ouvrage. 



COMITÉ DE DIRECTION 



MM. BERTHELOT, sénateur, membre de l'Institut. 

Hartwig DERENBOURG, membre de l'Institut, pro- 
fesseur à l'École spéciale des langues orientales 
vivantes et à TÉcoIe des hautes études. 

A. GIRY, membre de l'Institut, professeur à l'École des 
chartes et à l'École des hautes études. 

E. 6LASS0N, membre de l'Institut, doyen de la Faculté 
de droit de Paris. 

D' L. HAHN, bibliothécaire en chef de la Faculté de 
médecine de Paris. 

C.-A. LAISANT, docteur es sciences mathématiques, 
examinateur à l'École polytechnique. 



MM. Ch.-V. LAN6L01S, professeur adjoint à la Faculté, des 
lettres de Paris. 

H. LAURENT, docteur es sciences mathématiques, exa- 
minateur à l'École polytechnique. 

E. LEVASSEUR, membre de l'Institut, professeur au 
Collège de France et au Conservatoire des arts et 
métiers. 

G. LYON, maître de conférences à l'École normale 
supérieure, 

H. MARION, professeur à la Faculté des lettres de Paris. 

E. MUNTZ, membre, de l'Institut, conservateur des 
collections de l'École nationale des beaux-arts. 



Secrétaire oÉNéRAL : André BERTHELOT, député de la Seine. 



Adam, professeur à la Faculté des lettres de Dijon. 

A6UILL0N, inspecteur général des mines, professeur à 
l'École nationale supérieure des mines. 

Alber, prestidigitateur. 

Alglave (Emile), professeur à la Faculté de droit de Paris. 

Alvhandéry (p.). 

Altamira (R.j, professeur à l'Université d'Oviedo. 

André iLouis), juge d'instruction à Paris. 

ASHLEY iPercy W. L.). 

AssE (Eugène), de la bibliothèque de l'Arsenal. 

AxjLARD (F.-A.), professeur à la Faculté des lettres de Paris. 

Auriac (V. d'), bibliothécaire à la Bibliothèque nationale. 

Babelon (E.), membre de rinstitut, conservateur du dé- 
partement des médailles et antiques de la Bibliothèque 
nationale. 

BAiLLY (Edmond), docteur es lettres, agrégé d'allemand. 

Bainville (Jacques), homme de lettres. 

Bapst (Germain;, membre de la Société nationale des anti- 
quaires de France. 

Barral (L.), ingénieur des poudres et salpêtres. 

Barrau (L.). 

Barrés (Maurice), homme de lettres. 

BARRoux(Marius), archiviste adjoint aux archives delà Seine. 

BAUDOUIN DE COURTENAY. 

Baudrillart (André)^ ancien membre de l'Ecole française 

de Rome, agrège de l'Université. 
Bayet, directeur de l'enseignement primaire, correspon- 
dant de l'Institut. 
Bayet (A.), agrégé de l'Université. 
Beaudouin (Mondry), professeur à la Faculté des lettres de 

Toulouse. 
Beaulavon (G.), agrégé de philosophie. 
Beaulieu (P.-E.), professeur agrégé d'histoire au Prytanée 

militaire de la Flèche. 
Beauregard, député, professeur à la Faculté de droit de Paris. 
Bechmann (G.j, ingénieur en chef, professeur à l'Ecole des 

ponts et chaussées, directeur des travaux de salubrité 

de la ville de Paris. 
BÉMOMT (Charles), directeur adjoint à l'École des hautes 

études. 
Bénédite (G.), professeur suppléant au Collège de France 



Bénédite (Léonce), conservateur du Musée national du 
Luxembourg. 

Benoit (Fr.), professeur d'histoire del'artà l'Université de 
Lille. 

Berger (Philippe), membre de l'Institut, professeur au Col- 
lège de France. 

Bertaux (Emile), agrégé des lettres, ancien membre de 
l'Ecole française de Rome. 

BERTHELOT (Daniel), agrégé à l'Ecole de pharmacie, pro- 
fesseur d'histoire des sciences physiques à l'Hôtel 
de Ville de Paris. 

BERTHELOT (Philippe), secrétaire d'ambassade. 

BERTHELOT (René), professeur à l'Université de Bruxelles. 

Bertrand (Alexandre), membre de l'Institut, directeur du 
musée de Saint- Germain. 

Bertrand (Al.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 

Bertrand (Léon), chargé de cours à la Faculté des sciences 
de Toulouse. 

Bezard-Falgas (J.), docteur en droit. 

Blanchet (Adrien), bibliothécaire honoraire au dépar- 
tement des médailles et antiques de la Bibliothèque 
nationale. 

Bloch (G.), maître de conférences à l'Ecole normale supé- 
rieure . 

Blochet (E.), maître de conférences à l'Ecole des hautes 
études. 

Blondel (Ch.). 

Blondel (û' R.), docteur es sciences. 

Blum (Eug.), professeur agrégé de philosophie. 

Boirac (E.), recteur de l'Académie de Grenoble. 

Bordelongue (Jean), directeur de l'Exploitation électrique 
au Ministère du Commerce, de l'Industrie, des Postes 
et Télégraphes. 

Bornecque (Henri), docteur es lettres. 

Bosio, directeur de la Statistique du royaume d'Italie. 

BossERT (A.), inspecteur général de l'Instruction publique. 

Bouché -Leclercq (A.), membre de l'Institut, professeur à 
la Faculté des lettres de Paris. 

Bouchon (L.), docteur en droit, avocat à la Cour de Paris. 

BouRGiN (H.), agrégé des lettres. 

Bournon (F.), archiviste-paléographe. 



LISTE DE MM. LES COLLABORATEURS 



BouTROUx (Emile), membre de l'Institut, professeur à la 

Fa'^ulte des lettres de Paris 
BouzAT (A.), préparateur au Collège de France. 
BoYÉ (.Pierre), docteur es lettres et en droit, avocat à la 

Cour de Nancy. 
BoYER (6.), professeur à l'École d'agriculture de Montpellier. 
Braunschvig (Marcel), agrégé des lettres. 
Brochard (Victor), membre de l'Institut, professeur à la 

Faculté des lettres de Paris. 
Brunetière (Ferdinand), membre de l'Académie française. 
Brunschvicg (Léon), professeur de philosophie au lycée 

Condorcet. 
Brutails, archiviste du département de la Gironde. 
Bugiel (V.). 
Buisson (F.), professeur à la Faculté des lettres de Paris, 

directeur honoraire au Ministère de l'instruction pu- 
blique. 
CABANES (D"" Aug.), publiciste. 

Gagnât, membre de l'Institut, professeur au Collège de France. 
Cagniard (Gaston), publiciste, ancien élève de l'École des 

langues orientales. 
Caix de Saint-Aymour (Vicomte Amédce de), publiciste. 
Cart (.Théophile), professeur au lycée Henri IV et à l'École 

libre des sciences politiques. 
Cart (William), agrégé de l'Université, professeur au lycée 

Voltaire. 
CASANOVA (E.), de r « Archivio di Stato », à Sienne. 
Cat (E.)» professeur à l'École des lettres d'Alger. 
Chabry (L.), docteur en médecine et es sciences. 
CHAMPE4UX (Ernest), docteur en droit, avocat à la Cour de 

Paris. 
Chantriot (Emile), agrégé d'histoire, professeur au lycée et 

à l'École supérieure de commerce de Nancy. 
Charavay (Etienne), archiviste-paléographe. 
Gharlot (Marcel), chef de bureau au Ministère de l'ins- 
truction publique. 
Ghassinat, directeur de l'Institut français d'archéologie 

orientale du Caire. 
Cha VANNES (Ed.), professeur au Collège de France. 
Chervin \J>'), membre du Conseil supérieur de statistique, 

directeur «le l'Institution des bègues de Paris. 
Cheuvrevx (Casimir), ancien avocat a la Cour de Paris. 
Chrétien (Pierre), membre de la Société d'entomologie. 
Claparèûe (A. de), docteur en droit, ancien secrétaire du 

Département politique (aiïaires étrangères) de la Confé- 
dération suisse. 
Colin (Maurice), professeur agrégé des Facultés de droit. 
CoLLiGNON (M.), membre de l'Institut, professeur à la Faculté 

des lettres de Paris. 
Colmetd'Aage (Henri), conseiller maître à la Cour des comptes. 
CoMPAYRÉ, recteur de l'académie de Lyon. 
Conrad (Henri), agrégé d'histoire et de géographie, pro- 
fesseur au lycée de Troyes. 
GoRDiER (H.), professeur à l'Ecole spéciale des langues orien- 
tales vivantes. 
CoRLAY (Pierre de), publiciste. 
CosNEAU (E.), professeur au lycée Henri IV. 
CouDERC (Camille), sous-bibliothécaire au département des 

manuscrits à la Bibliothèque nationale. 
GouGNY (Gaston), professeur d'histoire de l'art dans les 

Ecoles municipales de Paris. 
Gourant (Maurice), secrétaire-interprète du Ministère des 

affaires étrangères, maître de conférences à la Faculté 

des lettres de Lyon, professeur près la Chambre de 

commerce de Lyon. 
CouRTEAULT (Henri), archiviste aux Archives nationales. 
CoviLLE (A.-H.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 
Crozals (J. de), prof, à la Faculté des lettres de Grenoble. 
Da Costa (M.), abrégé de philosophie. 
Dastre (A.), professeur à la Faculté des sciences de Paris. 
Daurelle (Jacques), publiciste. 
Dauriac (Lionel), professeur à la Faculté des lettres de 

Montpellier. 
Debidour (A.), inspecteur général de l'Instruction publique. 
Debierre (D' Ch.), professeurià la Faculté de médecine deLille. 
Debré(S.), rabbin de Neuilly. 

Deglareuil (J.), profesi^eur à la Faculté de droit de l'Uni- 
versité de Montpellier. 
DÉCLIN (H.), docteur en droit, avocat à la Cour de Nancy. 
Delacroix (H.). 
Delavaud (Ch.), inspecteur du service de santé de la 

marine, en retraite. 
Delavaud (L.), secrétaire d'ambassade. 
Deniker (J.), docteur es sciences naturelles, bibliothécaire 

du Muséum. 
Denis (E.), professeur adjoint à la Faculté des lettres de Paris. 
Derenbourg (Joseph), membre de l'Institut. 
Desdouits, ingénieur en chef du matériel et de la traction 

aux chemins de fer de l'Etat, 
Desroosseaux, (A.-M.), directeur adjoint à l'École des hautes 

études. 
DiBR (A.). 
DiEHL (Ch.), chargé de cours à la Faculté des lettres de 

Paris, correspondant de l'Institut. 
DoNCiEtx (Georges), docteur es lettres. 
Dramard (E.), conseiller à la cour de Limoges. 



Droogmans (H.), ancien chancelier du Consulat général belge 

aux Etats-Unis. 
Dufour, charge du cours de littérature grecque à la Faculté 

des lettres de Lille. 
DuFOURMANTELLE (Gharies), ancien archiviste de la Corse. 
Dufourmantelle (Maurice), chargé de conférences à la Fa- 
culté de droit de Paris. 
Duhamel (Louis), archiviste du département de Vaucluse. 
Dumoulin (Maurice), professeur de l'Université. 
Durand ( G. j , archiviste du département de la Somme. 
Durand-Gréville (E.), publiciste. 

DuREAu(D'^A.),biblioth. en chef de l'Académie de médecine. 
DuRiER (Ch.), vice-président du Club alpin français, ancien 

chef de division au Ministère de la justice 
DussAUD (René), élève diplômé de rÉ<;ole spéciale des langues 

orientales vivantes et de l'École des hautes études. 
Enlart (g.), sous- bibliothécaire de l'École des beaux-arts. 
Farges (Louis), chef du bureau historique au Ministère des 

affaires étrangères. 
Faucher (L.), ingénieur en chef des poudres et salpêtres. 
Faugonnet (PauP, agrégé de philosophie. 
Feer (Léon), conservateur adjoint du département des 

manuscrits de la Bibliothèque nationale. 
Flamant (A.), inspecteur général des ponts et chaussées. 
Flammarion (J.), docteur en médecine. 
Flourac, archiviste du département des Basses-Pyrénées. 
Foncin (Pierre), inspect. général de l'Enseignem. secondaire. 
FoNSEGRivE, professeur de philosophie au lycée Buffon. 
Fougart (Georges), ingénieur civil, chargé de mission à 

Madagascar. 
FoucHER (A.), maître de conférences à l'Ecole des hautes 

études. 
FouRNiER (Henri), docteur en médecine. 
FouRNiER (Marcel), ancien professeur à la Faculté de droit 

de Caen, directeur de la Revue politique et parle- 
mentaire. 
Funck-Brentano (Frantz), sous-bibliothécaire à la biblio- 
thèque de l'Arsenal,, 
Galbrun, secrétaire de l'École du Louvre. 
Garnier (e.), membre du Comité des Sociétés des beaux-arts. 
Garnier (L.), rédacteur en chef de la Presse vétérinaire, 
Gasté (Armand), professeur à la Faculté des lettres de Gaen. 
Gaubert (Paul), docteur es sciences, préparateur de miné- 
ralogie au Muséum. 
Gauthjez (Pierre), agrégé de l'Université. 
Gauthiot (Robert), agrégé de l'Université. 
Gautier (Jules), inspecteur de i'Acadcmie de Paris. 
Gavrilovitgh (M.), directeur des Archives de l'Etat serbe, à 

Belgrade. 
Gazier (A.), professeur adjoint à la Faculté des lettres de 

Paris. 
Gentil (louis), chargé do conférences à la rorbonne. 
Gerspach, administrateur honoraire de la manufacture des 

Gobelins. 
GiARD (A.), membre de l'Institut, professeur à la Faculté 

des sciences rte Pari"^. 
GiGOT DE ViLLEFAiGNE (J.), directeur dt la Revue Inierna- 

tionale de sténographie. 
GiQUEAux (P.), professeur au lycée de Nice. 
Girard (Charles), chef du Laboratoire municipal de Paris. 
Girard (Paul), maître de conférences à l'Ecole normale 

supérieure. 
Girard (P. -F.), professeur à la Faculté de droit de Paris. 
GiRODON (F.), docteur en droit, greffier en chef de la Cour 

de cassation. 
Glachant (Victor), agrégé des lettres, professeur au lycée 

Buffon. 
Glangeaud (Ph.), agrégé de l'Université, docteur es 

sciences, maître de conférences à la Faculté des sciences 

de Cïermont-Ferrand . 
Glasson (Paul), docteur en droit. 

Gley(E.), prof, agrège à la Faculté de médecine de Paris. 
GoBAT(D'-), conseiller d'Etat, directeur de l'Education du 

canton de Berne. 
GoGUEL(P.),prof. de filature à l'Institut industriel du Nord. 
GoNSE, membre du Conseil supérieur des beaux-arts, ancien 

directeur de la Gazette des beaux-arts. 
Grand (E.-D.), archiviste-paléographe. 
Gkandjean (Charles), sous-chef du bureau des monuments 

historiques. 
GrenAîid (F.;, explorateur, vice-consul de France à Siwas. 
Grimaldi-Casta (Luigi), secrétaire à la Direction générale 

de la Statistique du royaume d'Italie. 
GuiGUE (Georges), archiviste du département du Rhône. 
GuiRAUD (Paul), professeur adjoint à la Faculté des lettres dô 

Paris. 
Hagen (D^- A.). 

Hahn (J.i, médecin-major de l»-» classe. 
Hahn (D*- V.-Lucien), sous- bibliothécaire à la Faculté de 

médecine de Paris. 
HARLAY, pharmacien, licencié es sciences. 
Haug (Emile), maître de conférences à la Faculté des sciences 

de Paris. 
Haumant, professeur à la Faculté des lettres de Lille. 
Hauser (H.), professeur à la Faculté des lettres deClermont. 
Havet (Louis), membre de l'Institut, professeur au Colley 

de France. 



LISTE DE MM. LES COLLABORATEURS 



HseKEL, professeur à la Faculté des sciences de Marseille. 
Heim [h' Pr.), professeur agrégé à la Faculté de médecine 

de Parts. 
Hbuneguy (Félix), publiciste. 

HÉR»ssoN JA.), professeur à Tlnstitut agronomique. 
Herrmann (D"^), professeur à la Faculté de médecine de Lille. 
HiLD (J.-A.i, professeur à la Faculté des lettres de Poitiers. 
HoMOLLE, membre de l'Institut, directeur de l'Ecole fran- 
çaise d'Athènes. 
HoRRic DK BiiAucAjRE fComte), ministre plénipotentiaire. 
fiouDAs, professeur à l'École spéciale des langues orientales 

vivantes. 
HoussAY, maître de conférences à l'École normale supérieure. 
Houssayf, i Arsène), homme de lettres. 
HUART (M. -Ci.), consul de France, secrétaire- interprète 

du gouvernement, professeur a l'École spéciale des 

langues orientales vivantes. 
Hubert Eugène ) , professeur à l'Université de Liège. 
Hubert (Henri), agrégé d'histoire, attaché aux musées 

nationaux. 
Humbekt (G.i, ingénieur des ponts et chaussées. 
HuRET (J.), hoaime de lettres. 

Jeanroy, professeur à la Faculté des lettres de Toulouse. 
JoANNis, docteur es sciences, chargé de cours à la Faculté 

des sciences de Paris. 
JouBiN (L.j, docteur es sciences, maître de conférences à la 

Faculté des sciences de Rennes. 
JuLLiAN (Camille), professeur à la Faculté des lettres de 

Bordeaux, correspondant de l'Institut. 
Kéraval s p. ;, médecin des asiles de la Seine. 
Kergomard (Joseph), agrégé d'histoire et de géographie, 

professeur au lycée de Tours. 
Kohler (Ch.), bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-Gene- 
viève. 
KoNT (J.), docteur de l'Université de Budapest, professeur 

agrégé au collège Rollin. 
KoRZENiowsKi (J.), délégué de l'Académie des sciences de 

Cracovie. 
Krûger F.-H.), professeur à l'Institut des missions évangé- 

liques de Paris. 
KuHN (M,), professeur d'École normale. 
KuiiNE (E.j, publiciste. 

KuNSTLER, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux. 
Lacouu (P.), attaché à la Direction des beaux-arts. 
Lachoix. docteur es sciences, professeur de minéralogie au 

Muséum d'histoire naturelle. 
Lahillonne Jacques), agrégé des lettres. 
Laloy iD"- h.), bibliothécaire à la Faculté de médecine de 

Bordeaux. 
Lambert (Mayer), professeur au séminaire Israélite de Paris. 
LAMBLiNG (D"-), professeur agrégé à la Faculté de médecine 

de Lille 
Landry (Adolphe), agrégé de philosophie. 
Langlois (D"" J.-P.), professeur agrégé à la Faculté de méde- 
cine de Pari". 
LANsoN (G.), maître de conférences à ITniversité de Paris. 
Laroussie Ch ), vice-consul de France à Montevideo. 
LAUDfr^NBACH (H.),agrégé de l'Université, professeur au lycée 

Saint- Louis. 
Launvy (L de), ingénieur des mines, professeur à l'Ecole 

supérieure des mines de Paris. 
Lavallry (Gaston), bibliothécaire de la ville de Caen. 
Lavoix (Henri), administrateur de la bibliothèque Sainte- 

Genevièvo. 
LAye (E.), ingénieur des arts et manufactures. 
LecoRnu (L. ), docteur es sciences, ingénieur en chef des mines. 
LÉCRivAiN (Ch.), chargé de cours à la Faculté des lettres de 

Toulouse. 
Leduc (Lucien), docteur en droit, avocat à la Cour de Paris. 
Lefas (A.), chargé de cours à la Faculté de droit d'Aix. 
Lefèvre (Charles), professeur à la Faculté de droit de Paris. 
Lefort (Paul), inspecteur des Beaux-Arts. 
Lefranc (Abel), secrétaire du Collège de France. 
Léger (L.), membre de l'Institut, professeur au Collège de 

France. 
Legrand (Emile), professeur à l'École spéciale des langues 

orientales vivantes. 
Legras (J.), professeur à la Faculté des lettres de Dijon. 
Lehr (E.), professeur honoraire de droit à Lausanne. 
Lemoine (D»- Georges), professeur à la Faculté de médecine 

de Lille. 
Lemonnier, professeur à la Faculté des lettres de Paris et 

à l'Ecole des beaux-arts. 
Lemosof fPaul), attaché à la Société de géographie. 
LÉONARDON (H.), archiviste-paléographe, conservateur adjoint 

de la Bibliothèque de Versailles. 
LÉPiNE (L.), préfet de police. 

Leprieur (Paul), conservateur adjoint au Musée du Louvre. 
Lertche, drogman-chancelier à Mogador. 
Le Rond (L.), ingénieur des ponts et chaussées. 
Leroux (AH.), archiviste du département de la Haute-Vienne. 
Le Sueur (L.), docteur en droit, président du tribunal de 

Vitry le-François. 
ItEVAssEUR (L.), rédacteur au Ministère de la justice. 
LévEiLLÉ, professeur à la Faculté de droit de Pans. 
LÉvi (Israél), prolesseur d'histoire juive à TÉcole des hautes 

études et au séminaire Israélite de Paris. 



LÉvi (Sylvain), professeur au Collège de France. 

Levillain, agrégé d'histoire et de géographie, professeur 

au lycée de Brest. 
LÉvY (Isidore), maître de conférences libres à l'Ecole des 

hautes études. 
LÉVY (Louis-Germain), rabbin à Dijon. 
Lévy-Ullmann (Gaston), maître de conférences à l'Université 

d'Upsal. 
Lex (L.), archiviste du département de Saône-et-Loire . 
Leymarie (C), bibliothécaire de la ville de Limoges. 
Luuilliek (L.), avocat, membre de la Société archéologique 

de Touraine. 
Liard, membre de l'Institut, directeur de l'enseignement 

supérieur au Ministère de l'instruction publique. 

LIBOIS (H.). 

LicflTENBERGER (Henri), professeur à la Faculté des lettres 
de Nant'y. 

LiCHTENBERGER (André), secrétaire général du Musée social. 

LODS (Armand!, docteur en droit, directeur de la Revue de 
droit et de jurisprudence des Eglises protestantes. 

Londe(A.), directeur du service photographique et radiogra- 
phique à la Salpêtrière. 

LORET (Victor), ancien directeur des fouilles et des musées 
d'Egypte, maître de conférences à la Faculté des lettres 
de Lyon. 

Lot (Ferdinand), maître de conférences à l'Ecole des 
hautes études. 

Lucas (Charles), architecte. 

Luquet (G.-H.). 

Lyon-Caen (Ch.), membre de l'Institut, professeur à la Fa- 
culté de droit et à l'Ecole des sciences politiques. 

Mabille (J.). attaché au laboratoire de malacologie du Mu- 
séum, d histoire naturelle. 

Maindron (Maurice), critique d'art. 

Mantz (Paul), directeur général honoraire des Beaux -Arts. 

Marçais(W.), directeur de la Médersa de Tlemcen. 

Marcel (Gabriel), bibliothécaire de la section de géographie 
à la Bibliothèque nationale. 

Marchand (J.), inspecteur d'Académie à Avignon. 

Marchand (Ludovic), licencié es lettres, diplômé d'études 
supérieures de géographie, 

Mariéton (Paul), directeur de la /tevwe félibréenne. 

Marillier (L.), maître de conférences à l'Ecole des hautes 
études, dirc^cteur de la Revue de Vhistoire des religions. 

Marlet (Léon), attaché à la bibliothèque du Sénat. 

Martel (E.), agrée au tribunal de commerce de Paris. 

Martha (Jules), professeur à la Faculté des lettres de Paris. 

Martin (Henry), bibliothécaire à la bibliothèque de l'Arsenal. 

Martinet (A.), commissaire du gouvernement près le conseil 
de préfecture de la Seine 

Martonne (E. de), chargé de cours à la Faculté des lettres 
de Rennes. 

Maspero, membre de l'Institut, professeur au Collège ide 
France, directeur des fouilles et des musées d'Egypte. 

Massebieau (A.), professeur d'histoire au lycée de Rennes. 

Massigli (Ch.), professeur à la Faculté de droit de Paris. 

MATmEZ (A), agrégé d'histoire. 

Matignon (C), maître de conférences à la Faculté des 
sciences de Paris. 

Mauss (Marcel), agrégé de i)hi!osophie. 

May (G.), professeur à la Faculté de droit de Nancy. 

Mazé (Jules), critique d'art, 

MAZEROLLE(Fernand), bibliothécaire-archiviste de laMonnaie. 

Mazon (A.), homme de lettres. 

Mazzoni, professeur de littérature italienne à l'Institut des 
Etudes supérieures de Florence. 

Meillet (A.), directeur adjoint à l'École des hautes études. 

Mélinand (Camille), agrégé de philosophie. 

MÉLY (F. de), correspondant du Comité des Sociétés des 
Beaux- Arts des départements. 

Menant (J.), membre de l'Institut. 

Mf.ngin (Urbain), licencié es lettres. 

Menghini (D'-M.), bibliothécaire à la «Biblioleca nazionale». 

Métin (Albert), agrégé d'histoire. 

MicHAUD (D'- E.), professeur à l'Université de Berne. 

Michel (André), conservateur au Musée du Louvre, profes- 
seur à l'Ecole spéciale d'architecture. 

Michel (Emile), membre de l'Institut. 

Mispoulet (J.-B.), docteur en droit, secrétaire-rédacteur à 
la Chambre des députés. 

MoiREAU (Aug.), agrégé des lettres. 

MoLiNiKR (A.), professeur à l'École des chartes. 

MoLiNiER (Ch.), professeur à la Faculté des lettres de Toulouse 

MoLiNiER (E.), conservateur au Musée du Louvre. 

MONCEAUX (P.), docteur es lettres, professeur de rhétoriqut; 
au Ivcée Henri IV. 

MoKiEz (D"-), professeur à la Faculté de médecine de Lille. 

MoNiN (H.), docteur es lettres, professeur au collège Rollm, 
professeur d'histoire à l'Hôtel de Ville de Paris. 

Monod (Gabriel), membre de l'Institut, maître de confé- 
rences à l'Ecole normale supérieure, directeur de la 
Revue historique. 

MORAX (D'^V.). 

MoRER (D"" s.), médecin-major de t'® classe. 

MoRTET (Ch.), conservateur à la bibliothèque Sainte-Gene- 
viève. 

MoRTET (Victor), bibliothécaire à la Sorbonne. 



LISTE DE MM. LES COLLABORATEURS 



MoRTiLLET (G. de), ancien conservateur adjoint du Musée de 

Saint-Germain. 
Moutard, inspecteur général des mines, examinateur à 

rÊcole polytechnique. 
Nachbàur (Paul), avoué à Mirecourt. 
Nau (Abbé), docteur es sciences mathématiques, professeur 

à l'Institut catholique de Paris. 
NÉNOT, membre de l'iDStitut. architecte de la Sorbonne. 
NoLHAC (Pierre de), conservateur du Musée de Versailles. . 
Normand (Charles), président de la Société des Amis des 

monuments. 
Omont (H.), membre de l'Institut, conservateur du départe- 
ment des manuscrits à la Bibliothèque nationale. 
Offert (Jules), membre de l'Institut, professeur au Collège 

de France. 
Palustre (B.), archiviste du département des Pyrénées- 
Orientales. 
Palustre (Léon)^ directeur honoraire de la Société française 

d'archéologie. 
Paris, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux. 
Parodi (D.\ agrégé de philosophie., 

Passy (Paul), directeur adjoint à l'École des hautes études, 
président de l'Association phonétique des professeurs 
d'anglais. 
Paulïan, secrétaire -rédacteur à la Chambre des députés. 
Pawlowski (Gustave), bibliographe. 
PÉAN (D--), membre de l'Académie de médecine. 
PÉLissiER (L.-G.), professeur à la Faculté des lettres de 

Montpellier. 
Pelletan (Camille), archiviste-paléographe, député des 

Bouches-d u-Rhône. 
PÉRATÉ, conservateur adjoint du musée de Versailles. 
Petit (E.), inspecteur général de l'enseignement. 
Petit (Joseph), archiviste aux Archives nationales. 
Petit (D' L.-H. ), ancien bibliothécaire à la Faculté de mé- 
decine de paris. 
Petit (P.), membre de la Société botanique de France. 
Petit-Dutaillis (Gh.), professeur à la Faculté des lettres 

de Lille. 
Peyre, sous-préfet à Coutances. 
Pfender (Charles). 
PiCAVET (F.), docteur es lettres, professeur au collège Rollin, 

maître de conférences à l'École des hautes études. 
Picot (Emile), membre de l'Institut, professeur à l'École 

spéciale des langues orientales vivantes. 
Pierret (Paul), conservateur du musée égyptien du Louvre. 
Pillet (Jules), professeur au Conservatoire des Arts et 
Métiers, à l'École des beaux-arts et à l'École des ponts 
et chaussées. 
Pinard (Ad.), professeur à la Faculté de médecine de Paris. 
Pinel Maisonneuve, docteur en médecine. 
PiNGAUD (A.), agrégé d'histoire et de géographie. 
Planiol, professeur à la Faculté de droit de Paris. 
Platon (G.), bibliothécaire de la Faculté de droit de Bor- 
deaux. 
PoiNGARÉ (Raymond), député de la Meuse. 
Potel (Maurice), docteur en médecine, licencié es sciences. 
PouGiN (Arthur), publiciste. 
PouzET (Ph.), agrégé d'histoire. 
Prod'homme (J.-G.), publiciste. 

Prou (M.), professeur de diplomatique à l'École des Chartes. 
Prudhomme (A.), archiviste du département de l'Isère. 
PsicHARi (Jean), directeur à l'École des hautes études. 
PuAUX (Franck), publiciste. 

QuESNEL, professeur à l'École des hautes études commer- 
ciales. 
QuESNERiE (Gustave de La), professeur au lycée Saint-Louis. 
QuiTTARD (Henri), publiciste. 
Ravaisse(P.), chargé de cours à l'École spéciale des langues 

orientales vivantes. 
Ravaisson-Mollien (Ch.), conserv. adj* au Musée du Louvre. 
Reclus (Onéslme), géographe. 

Régna UD (P.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 
Reighel, rédacteur au Vélo. 
Reinagh (Théodore), docteur es lettres et en droit. 
Reinach (Salomon), membre de l'Institut, conservateur 

adjoint du musée de Saint-Germain. 
Renard (Georges), professeur au Conservatoire des arts et 

métiers de Paris. 
Renault (Marcel), professeur agréf:é de philosophie. 
Renoult (René)^ avocat à la Cour de Paris, ancien chef de 

cabinet du président de la Chambre des députés. 
Rheins, ingénieur des télégraphes. 
RiBOT (Th.), membre de l'Institut, professeur au Collège de 

France, directeur de la Revue philosophique. 
Richet (Charles), professeur à la Faculté de médecine de 

Paris. 
Rio-Branco (J.-M. da Silva-Paranhos, baron de), membre de 
l'Institut historique et géographique du Brésil, ancien 
député. 
RiTTi (D'^ Ant.), médecin de la maison nationale de Cha- 

renton. 
ROBET ;h.). 



Robert (Charles), professeur a l'Université de Neufchûtel 

(.Suisse). 
Robiquet (Paul), docteur es lettres, avocat au Conseil d'Etat. 
Roghebrune (D'" de), assistant au Muséum d'histoire naturelle. 
RoDiER (G.), chargé de cours à la Faculté des lettres de 

Bordeaux. 
RouiRE (D"-), membre de la mission scientifique de Tunisie. 
Rubens-Duval, professeur au Collège de France. 
Ruelle (C.-E.), administrateur de la bibliothèque Sainte-Ge- 
neviève. 
Russell (W.), docteur es sciences naturelles, préparateur 

en chef à la Faculté des sciences.de Paris. 
Ruyssen (Th.), professeur agrégé de philosophie. 
Sagnet (Léon), sous-chef de bureau au Ministère des tra- 
vaux publics. 
Saint-Arroman (de), membre du comité de la Société des 
gens de lettres, chef de bureau au Ministère de l'Ins- 
truction publique. 
Salmon (Amédée;, continuateur du Dictionnaire de l'an- 
cienne langue française de Fr. Godefroy. 
Salmon (Georges), membre de la mission française du Caire. 
Salone, professeur agrégé d'histoire et de géographie au 

lycée Condorcet. 
Samuel (René), bibliothécaire en chef du Sénat. 
Sarrau, membre de l'Institut, ingénieur en chef des poudres 

et salpêtres. 
Saury (D")^ médecin de l'asile de Suresnes. 
Sauvage (D»^ E.), directeur de la station aquicole de Boulogne- 

sur»Mer. 
Saverot (Victor), docteur en droit. 

Schefer (G.), bibliothécaire à la bibliothèque de l'Arsenal. 
Sghmidt (Ch.), archiviste aux Archives nationales. 
ScHœLL (Th.), professeur agrégé au lycée de Chartres. 
Schwab (Moïse), bibliothécaire à la Bibliothèque nationale. 
Second, professeur agrégé de philosophie. 
Simiand (François), agrégé de philosophie. 
Simon (Eugène), ancien président des Sociétés entomologique 

et zoologique de France. 
SiMOND (Charles), secrétaire de la Revue des Revues, 
SiMONNET (H.), docteur en droit. 

Souquet (Paul), professeur de philosophie au lycée Henri IV. 
Speght (Ed.). 

Straus, professeur à la Faculté de médecine de Paris. 
Strauss (Charles), avocat à la Cour de Paris. 
Strœhlin, professeur à l'Université de Genève. 
Tannery (P.), ingénieur des manufactures de l'État. 
Tarde (G.), membre de llnstitut, professeur au Collège de 

France . 
Tausserat-Radel (Alexandre), sous-chef du bureau histo- 
rique au Ministère des affaires étrangères. 
Teodoru (D. A.), chargé de mission par le gouvernement 

roumain. 
Théry (Edmond), directeur de VEconomîste européen. 
Tholin (G.), archiviste du département de Lot-et-Garonne. 
Thomas (Albert). 

Thomas (Antoine), professeur à la Faculté des lettres de 

Paris, maître de conférences à l'École des hautes études. 

Tiersot (Julien), sous-bibliothécaire du Conservatoire de 

musique. 
TouRNEUX (Maurice), publiciste. 
TouTAiN (Jules), maître de conférences à l'Ecole des hautes 

études. 
Trawinski (F.), secrétaire des Musées nationaux. , 
Troude (J.), ingénieur agronome, professeur à l'École des 

industries agricoles de Douai. 
Trouessart (E.), docteur en médecine. 
Vachon (Marins), critique d'art. 
Varigny (H. de), docteur en médecine, docteur es sciences 

naturelles. 
Vast (Henri), professeur d'histoire et de géographie au lycée 
Condorcet, examinateur d'admission à l'École de Saint- 
Cyr. 
Vayssière (A.), archiviste du département de l'Allier. 
VÉLAiN (Charles), professeur de géographie physique à la 

Faculté des sciences de Paris. 
Vernes (Maurice), directeur adjoint à l'École des hautes 

études (section des sciences religieuses). 
ViALA (Pierre), professeur de viticulture à l'Institut national 

agronomique. 
ViNsoN (Julien), professeur à l'École spéciale des langues 

orientales vivantes. 
VOLLET ( E.-H.), docteur en droit. 

Wahl (Albert), professeur à la Faculté de droit de Lille. 
Weill (Georges), docteur es lettres, professeur d'histoire 

au lycée Carnot. 
Weill (Julien), bibliothécaire de l'Alliance Israélite. 
Welschinger (Henri), vice-président de la Société des études 

historiques. 
Weyl (E.). 

WlLL (Louis) . 

Yriarte (Charles), inspecteur général des Beaux-Arts. 
Zaborowski, publiciste, ancien secrétaire de la Société 
d'anthropologie de Paris. 



LA GRANDE ENCYCLOPÉDIE 



S 



SIGILLATEUR (Antiq. rom.). Fabricant de sigilla ou 
statuettes en argile (lat. sigillator ou sigillarius) . Les 
artisans de cette catégorie étaient nombreux à Rome, où 
il y avait un marché aux figurines, et où l'on c^ilébrait 
une fête des statuettes. 

SIGILLOGRAPHIE ou SPHRA6ISTIQUE. Science auxi- 
liaire de Fhistoire, qui a pour objet l'étude des diverses 
marques apposées, comme signes authentiques ou person- 
nels, aux actes publics et privés. L'usage des sceaux est 
constaté chez les Assyriens, qui se servaient de cylindres 
en pierres précieuses (V. Cylindre, § Archéologie assy- 
rienne, t. Xni, p. 696), chez les Hébreux (V. Palestine, 
t. XXV, p. 874), chez les Egyptiens, chez les races an- 
ciennes de l'Asie (V. Sceaux fiittites, dans Rev. archéo- 
logique, 4882, p. 333), etc. Vanneau et le cachet se 
retrouvent parmi les formes les plus anciennes du sceau. 
Chez les Grecs, atppayi; désignait le chaton de la bague 
(V. la fig. de cet article, t. IV, p. 11 61), et gouXXa s'ap- 
pliquait à l'empreinte. Les Romains donnèrent indifférem- 
ment à l'empreinte et à la matrice les noms de sigillum 
et de bulla. En ancien français, huiler signifiait sceller. 
— Comme partie de l'érudition historique, la sigillogra- 
phie ne remonte guère au delà des bénédictins du XVII® siècle. 
Les premiers collectionneurs apparaissent au xviii*^ siècle : 
des sceaux figurent dans les dessins réunis par Gaignières. 
Un ancien officier de l'armée royale, Desmarets, forma une 
collection de dessins d'environ quatre mille sceaux, dont 
la publication fut empêchée par la Révolution. Un recueil 
partiel fut édité par De Migieu {Recueil des sceaux du 
moyen âge dits sceaux gothiques ; Paris, 1779, in- 4). 
Les collections de moulages du musée de la Monnaie (1832) 
et des Archives nationales (1842-63) donnèrent une 
grande impulsion aux étudessigillographiquesauxix^ siècle. 
Les principales archives et bibliothèques des différents pays 
possèdent des musées de moulages. 

L Classification sigillographique. — La classification 
la plus utile au point de vue des études historiques est 
celle qui range les sceaux suivant les personnes ou les ins- 
titutions dont ils émanent. C'est la classification adoptée 
au musée sigillographique des Archives nationales à Paris, 
et suivie dans le § II du présent article. Classés ainsi sui- 
vant un groupement qui correspond au fonctionnement 
même des institutions du moyen âge, les sceaux acquièrent 
toute leur valeur pour tous les genres de recherches his- 
toriques dans lesquelles ils peuvent être mis à contribu- 
tion. Ils peuvent servir à compléter des noms, à combler 
des lacunes dans les listes chronologiques, à préciser des 

GRANDE ENCYCLOPÉDIE^ — XXX. 



dates, à définir la nature de certaines institutions locales 
ou même à mieux fixer les attributions d'institutions déjà 
connues. On trouvera un intéressant exemple de l'utilisa- 
tion des sceaux dans l'inventaire fait par Demay pour la 
collection Clairambault de la Bibl. nat. {Exposé chrono- 
logique sommaire, dans le t. II, pp. 331-376). — Au 
lieu de prendre comme base les institutions, un sigillo- 
graphe éminent d'Allemagne, le prince de Hohenlohe-Wal- 
denburg, a inventé un système de classification des sceaux 
d'après les types ou effigies : 1. Sceaux à légendes : 

A. Avec le nom du propriétaire ; B. Sans le nom du 
propriétaire. — IL Sceaux à sujets : A. Sans noms ; 

B. Avec noms. — III. Sceaux à portraits : A. Sans 
armoiries (1^ tête ou mi-^corps; 2** en pied [debout; as- 
sis ; à genoux] ; 3« à cheval) ; B. Avec armoiries (1° tête 
ou mi-corps ; 2® en pied [debout : assis ; à genoux] ; 3^ à 
cheval). — IV. Sceaux héraldiques : A. Avec armoi- 
ries (l*' dans le champ du sceau ; 2"" dans un écu ou une 
bannière) ; B. Avec casques ou cimiers (i"" dans le champ 
du sceau ; 2^ dans un écu) ; C. Avec armoiries, casques 
et cimiers. — La classification par types ou effigies est 
susceptible à son tour d'être répartie en un certain nombre 
de subdivisions (musée des Archiv. nation, et musée du 
Trocadéro) : Type de majesté (fig. 1-5, etc.) ; Type 
équestre (fig. ÎO) ; Type armoriai (fig. 9) ; lype per- 
sonnel aux femmes (fig. 6 et 7) ; Type ecclésiastique 
(fig. 11) ; Type liagiographique (fig. 16); Type légen- 
daire (fig. 14); Type collectif (fig. 14); type topo- 
graphique ; Type monumental (fig. 12) ; type naval 
(fig. 13) ; Type arbitraire (objets usuels, etc.). 

IL Types des sceaux. — Les types sont, dans les sceaux, 
ce que les effigies sont dans la numismatique. Mais, tandis 
que les effigies des monnaies et même celles des médailles 
sont relativement peu variées (V. Monnaie), les sceaux 
présentent une variété presque infinie de sujets représentés 
dans le champ de l'empreinte. Le musée des moulages des 
Archives nationales contient une collection de plus de 
10.000 spécimens de sceaux, classés d'après les subdivi- 
sions suivantes, en combinant dans chaque section l'ordre 
chronologique et l'ordre alphabétique. 

Sceaux royaux. Les Mérovingiens sont représentés à 
mi-corps, avec une tête chevelue. Sous les CaroHngiens, 
le type se perfectionne, comme dans le sceau de Charles 
le Chauve (V. fig. de l'art. Bulle, t. VIH, p. 414). Avec 
les Capétiens, apparaît le type de majesté, représentant 
le roi sur le trône (fig. 1-5). Les Carolingiens ont sou- 
vent fait usage d'intdlles ou pierres gravées antiques, 

1 



SIGILLOGRAPHIE ^ 2 -- 

rapportées de leurs expéditions d'Italie et représentant 
Bacchus (Pépin), Jupiter (Charlemagne), etc. Les reines 




Fig. 1. — Sceau de Henri I'"', roi de France (1035). 1 

sont représentées, sur leurs sceaux, presque toujours de- 
bout, sous un dais d'architecture et tenant le sceptre. 




|Fig. 2. ■— Sceau de saint Louis (1240). 

Les fils du roi ou « enfants de France » et les princes 
du sang avaient aussi leurs sceaux particuliers. Outre le 




Fig. 3. — Sceau de Charles V, roi de France (1365). 

grand sceau, les rois de France avaient aussi diverses autres 
sortes de sceaux. Un sceau spécial était affecté à chaque 



régence (V. fig. de Fart. Couronne, t. XIII, p. 124). Le 
sceau ordonné (en l'absence du grand sceau) servait pen- 




Fig. 4.— Sceau en or de Louis XII, roi de France (1500-1515) . 

dant que le roi était absent. Enfin, les rois avaient un sceau 
privé, généralement appelé sceau secret {secretum), qui 




Fig. 5. — Sceau de Louis XIV (1643). 

était beaucoup plus petit que les autres et qui avait 
souvent gardé la forme de l'anneau. 




Fig 6. — Sceau de la République française (1793). 

Sceaux des grands feudataires (Alsace, Artois, Au- 
vergne, Berri, Bourgogne, etc.). Le typ^ équestre, repré- 



sentant le seigneur armé, avec la lance on i'épée à la main, 
sur un cheval au galop, est le plus répandu (fig. 40). Le 




Fig. 7. — Sceau de l'Etat français eu 1848 (demi-grandeur 
naturelle); 

type de majesté fut aussi employé, notamment par les comtes 
de Toulouse, puis, à leur instar, par la famille de Simon 




Vif 



S, ~ Sceau de l'Etat français (deini-grandeur 
naturelle). 



de Montfort (4^217, i22t). Avec le développemenl du 
type armoriai, le type équestre fut accompagné des bla- 
sons des pays relevant 
delà suzeraineté du grand 
feudataire (iig, 10). 

Sceaux des sei- 
gneurs. Le type éques- 
tre prédomine (fig. 10). 
Le seigneur est aussi re- 
présenté équipé pour la 
chasse, à pied ou sur un 
cheval allant au trot(Lu- 
signan). Le château féo- 
dal estquelquefoisfigiώ, 
comme sur les sceaux des 
comtes de Foix (1241), 
de Guillaume des Bar- 
res (1200, 4246), de Pierre du Donjon (1225), etc. C'est 
dans les sceaux seigneuriaux que le type armoriai ou 




Fil 



.9.- Contre-sceau (Louis XII, 
roi de France). 



- SIGILLOGRAPHIE 

héraldique s'est le plus développé, au xiv*' siècle. L'écu 
héraldique, primitivement placé seul dans le champ du 




Fin 



10. — Sceau de Charles le Téinéraire, 
duc de Bourgogne (1468). 




sceau (xiii^^ siècle), a été ensuite entouré, à partir de 1 
fin du xm® siècle, d'un cadre formé de trilobés, quadri 
lobes ou rosaces 
posé de biais 
dans le champ 
du sceau (milieu 
du XIV® siècle) et 
enfin entouré des 
supports et sur- 
monté du timbre 
ou casque et du ci- 
mier héraldiques 
(V. Casque, § i>/r/- 
son; Cimier, §iri 
héraldique ; Ak- 
MomiES, etc.). Le 
type armoriai ap- 
paraît dans les 
sceaux allemands 
dès 1 loi. Il se ren- 
contre couram- 
ment dès la fin du 
xu^^ siècle en Fran- 
ce et en Angle- 
terre.— Les dames 

nobles ont aussi, pour leurs affaires personnelles, des 
sceaux qui les représentent généralement debout, sous 
un dais, ou en costume de chasse, le faucon sur le 
poing. 

Sceaux des hommes de fief, des maires, des bourgeois 
el des pagsans. Outre les sceaux administratifs qui re- 
présentent les bourgeois des villes en qualité d'échevins 
ou les maires, à pied ou sur un cheval allant au pas, 
la plupart des bourgeois ont leurs sceaux particu- 
liers. Dans certaines régions, notamment en Normandie 
et en Angleterre, les paysans ont aussi leurs sceaux, dont 
la gravure, plus ou moins soignée, est un indice certain de 
la situation sociale et financière que son possesseur occupait. 
Ces sceaux représentent des objets symboliques de l'agri- 
culture, arbres, gerbes, faucilles, étoiles, etc. (V. Demay, 
Inu. des sceaux de la Normandie^ pi. 6-10, n^^ 637 à 
1614). Les femmes non nobles ont quelquefois aussi leurs 
sceaux, comme Olive, fille de Robert de Vire (1222). On 
sait que les bourgeois avaient le droit de porter des ar- 
moiries, mais sans les surmonter de couronnes ou de ci- 
miers. 



Fig 



11.-— Sceau de Maurice de Sully, 
évoque de Paris (1170) 



SIGILLOGRAPHIE — 4 — 

Sceaux des cours et tribunaux. Chaque institution j 
avait un sceau particulier pour sceller les actes adminis- 
tratifs "qu'elle promulguait. — Cours souveraines. Le 
Parlement de Paris avait, depuis le milieu du xiv® siècle, 
un écusson à trois fleurs de lis, surmonté de la couronne 
royale et supporté par deux anges. Les autres parlements 
eurent un sceau d'un type analogue. Le sceau spécial aux 
affaires des juifs remonte à la fin du xii^ siècle : on pos- 
sède ceux des juifs de Paris (1206) et de Pontoise (1204). 
Pour les grandes foires de Champagne, de Bretagne, du 
Lendit, etc., il y avait des juridictions et des sceaux spé- 
ciaux. Ceux des foires de Champagne sont particulièrement 
remarquables (1292, 1332, 1388). — Cours provinciales 
(gouvernance d'Artois, cours d'Arbois, de la Terre d'Au- 
vergne, du duché de Bar, etc.). Elles ont des sceaux hé- 
raldiques, à armoiries locales. — Bailliages et séné- 
chaussées. Les sceaux de ces juridictions sont généralement 
du type armoriai et représentent les fleurs de lis de France, 
seules ou combinées avec les armoiries locales. — Pré- 
vôtés, Vicomtes et Vigueries. Elles ont également des 
sceaux fleurdelisés. On peut citer ceux de la prévôté de 
Paris ou « Chàtelet » (1238), de Chaource (1315), de 
Janville-en-Beauce (xiv^ siècle) , parmi les plus remarquables 
et les mieux conservés. — Chdte lie nies et baronnies. 
Leurs sceaux appartiennent également au type héraldique, 
comme ceux des châtellenies de Chartres (1314), de Blois 
(1385), de Châteaudun (1397), etc. — Tabellionages. 
Les notaires et tabellions faisaient usage de sceaux sur- 
tout dans les régions de l'E. de la France : Pont- à-Mous- 
son (xiv^ siècle), Rambervillers (xv^ siècle), Montbéliard, 
Belfort, Joinville (xvi^ siècle), etc. 

Sceaux des offices. A côté des sceaux administratifs, 
qui font l'objet du § qui précède, il faut tenir compte des 
sceaux personnels aux titulaires des différents offices. Ils 
se reconnaissent surtout à leurs légendes (V. ci-après). 
Leur usage était principalement pour les affaires particu- 
lières de leurs possesseurs (V. le§ Ancien droit). L'em- 
ploi des sceaux personnels se rencontre à tous les degrés 
de la hiérarchie de l'ancien régime : officiers royaux 
(baillis, sénéchaux, prévôts, etc.), ofliciers de justice (juges, 
notaires, greffiers, sergents, etc. ) , officiers de guerre 
(gouverneurs, châtelains, hommes d'armes, etc.), ofliciers 
de finances (généraux des aides, trésoriers de France, 
commissaires, receveurs, etc.), etc. Parmi les plus curieux, 
on peut citer celui du châtelain de Lille (1267), celui des 
arbalétriers du roi (1227) et celui du bourreau Henri 
Chaillau (xiv^ siècle). 

Sceaux des métiers et professions. Chaque corpora- 
tion avait, sur son sceau particulier, ses armoiries « par- 




Fig. 12. — Sceau de la ville de Cahors (1309). 

lantes » ou l'image de son patron : rasoirs (barbiers), 
pains (boulangers), haches (charpentiers), fers à cheval, 
(maréchaux ferrants), fourrures (pelletiers), etc. Le sceau 




Fig.l3.— Sceau de laville de Biarritz (1351). 



des orfèvres représentait saint~Eloi, celui des ménétriers, 
saint Julien, etc. Les confréries et autres associations 
n'ayant pas de 
caractère ad- 
ministratif 
avaient aussi 
leurs sceaux , 
par exemple la 
célèbre Baso- 
che (V. la fig. 
de cet art. , 
t. V, p. 608). 

Sceaux des 
villes. Le ty- 
pe monumen- 
tal, représen- 
tant l'ensemble 
de la ville ou 
ses principaux 
monuments, 
est le plus fré- 
quent (V. le 

sceau de la'ville d'Arles, à l'art. Bulle, t. VïII, p. 415). 
Le sceau de Cahors représente le célèbre pont de cette ville, 
avec un poisson entre chaque arche (fig. 12). Les sceaux 
de villes offrent quelquefois le type hagiographique et re- 
présentent les saints qui étaient leurs patrons; saint Eloi, 
pour Dunkerque ; la Vierge et l'enfant Jésus, pour Stras- 
bourg ; saint Antonin, pour Pamiers, etc. Le type naval 
se rencontre dans les sceaux de tous les grands ports de 
mer, et même sur celui de Paris. Le sceau de Biarritz 
représente la pèche à la baleine, alors pratiquée par les 
ports du golfe de Gascogne (fig. 13). Les fonctionnaires 
municipaux sont quelquefois représentés. Enfin, les petites 
localités représentaient souvent sur leurs sceaux le seigneur 
qui leur avait concédé leur charte communale (V. fig. de 
l'art. Bray-sur-Somme, t. VU, p. 1037). 

Sceaux du clergé séculier. Les sceaux employés 
par les papes sont figurés aux art. Bulle (t. VIII, 
pp. 412-414) et Anneau (t. lïl, p. 35). Les cardinaux 
ont fait usage de sceaux dans lesquels on déploya, au 
XI v^ siècle, un grand luxe d'ornementation, et où l'em- 
ploi des dais et niches ogivales, pour y placer les person- 
nages représentés, prit une grande extension. Le cardinal 
est généralement figuré dans la petite niche inférieure, et 
les trois ou quatre dais qui la surmontent sont occupés 




Fig. 14, — Sceau de rUniversité de Paris (1292). 

par la Vierge, divers saints ou autres personnages. Ce 
mode de division du champ du sceau se retrouve dans les 
sceaux universitaires (fig. 14). — Les conciles avaient 
des sceaux spéciaux représentant les prélats en session, 
surmontés du Saint-Esprit. — Les archevêques et évêques 



— 5 ~ 



SIGILLOGRAPHIE 



sont généralement représentés sous un type (tig. il) cor- 
respondant au type de majesté des sceaux royaux : Févèque 
bénit de la main droite et tient la crosse de la main 
gauche. L'un des plus anciens sceaux épiscopaux est celui 
de Roricon, évêque de Laon (961) — Tous les autres 
offices du clergé séculier ont des sceaux, dans lesquels 
prédominent le type hagiographique et le type héral- 
dique : officialités diocésaines, vicariats, chapitres, etc. 

Sceaux des Universités. Les universités avaient un 
grand nombre de sceaux différents : sceau rectoral 
(fig. 14"!, sceaux des Facultés, sceaux des « nations », 
sceaux des collèges. En outre, chaque membre de T Uni- 
versité avait souvent son sceau individuel. Le grand sceau 
de r Université de Paris représente deux professeurs en 
chaire, dans les deux compartiments du milieu, des éco- 
liers, au-dessous de ces compartiments, la Vierge et l'en- 
fant Jésus, dans le dais supérieur, ayant, à sa droite, un 
évêque mitre et crosse, et à sa gauche, un saint nimbé et 
tenant une palme et un livre (iig. 14). Le sceau de la 
Faculté des Arts représente, sous trois dais en ogive, la 
Vierge et l'enfant Jésus, entourés des écussons des quatre 
nations dont la Faculté était formée (France, Normandie, 
Picardie, Allemagne). 

Sceaux du clergé régulier. Les abbayes représentent 
sur leurs sceaux leurs abbés assis avec la crosse et un 
livre, la tête nue, jusqu'au xiii® siècle (fig. 16), ensuite 
debout, mitres et bénissant, depuis le xiv^ siècle. 11 y a 
des sceaux pour chacun des différents oifices claustraux 
(chambrier, chantre, sous-chantre, doyen, grénetier, hôte- 
lier, officiai, grand prieur, etc.), et pour toutes les 
charges administratives rattachées aux abbayes (prieurs, 
sous-prieurs, prévôts, rentiers^ sacristains, sergents, tré- 
soriers, vicaires, etc.). — Ordres militaires et reli- 
gieux. Le sceau des Hospitaliers représente le grand 
maître agenouillé devant une croix plantée sur le crâne 
d'Adam et placée entre l'A et Vil. Il y avait aussi des 
sceaux particuliers pour les commanderies et préceptoreries 
que les Templiers et les Hospitaliers avaient en Europe. 
— Hôpitaux et maladreries. On possède les sceaux des 




Fig. 15. 



■ Sceau en or de Ferdinand III, empereur 
d'Allemagne (1654). 



établissements de ce genre à Arras, Cambrai, Corbeil, 
Noyon, Reims, Rouen, etc. Le sceau de l'hospice du mont 
Saint-Bernard représente saint Nicolas et saint Bernard 
de Menthon, tenant le diable enchaîné par le cou {Mém. 
de la Soc. de sphragistique, t. IV, p. 89). 

ANGLETERRE. — De tous les pays étrangers, l'Angle- 
terre est celui où les sceaux ont pris le plus de développe- 
ment. Le sceau royal, dont le type présente une histcâre 
analogue à celle du sceau royal en France, atteint une 
grande richesse d'ornementation au xiv^ siècle. Le roi est 
placé sous un dais ogival de grandes dimensions et en- 



touré d'autres niches plus petites, dont le nombre aug- 
mente jusqu'au XY« siècle. Dans le sceau de Henri V, le 
nombre des figures qui accompagnent le roi est de plus 
de quinze. Sous Henri VIH, le type gothique est remplacé 
par le type de la Renaissance (V. fig. de l'art. Bulle, 
t. Vlll, p. 413). Le type équestre était aussi en usage, 
comme dans le sceau de Charles II (V. fig. de l'art. 
Charles II, t. X, p. 693). Le type naval est fréquent 
dans les sceaux administratifs, par exemple dans le sceau 
de l'amirauté d'Angleterre, qui représente une nef gréée 
et à voile armoriée. Parmi les sceaux de villes, l'un des 
plus intéressants est celui de Rochester, qui représente 
son donjon du xi^ siècle. 

ALLEMAGNE. — Les sceaux impériaux offrent égale- 
ment le type de majesté, depuis le moyen âge (V. fig. de 
l'art. Bulle, t. VIII, p. 415) jusqu'aux temps modernes 
(fig. 15). On rencontre aussi différents spécimens du tj-^pe 
monumental (V. t. VIII, p. 415), du type topographique 
représentant le plan de la ville de Messine, etc. Pour 
les sceaux seigneuriaux et locaux, il y a une beaucoup 
plus grande variété en Allemagne qu'en France. Le 
sceau des juifs existait en Allemagne dès le xiii® siècle 
(V. Hohenlohe-Waldenburg, Sphrag. Aphorism. , pi. XXIV 
et p. 99). 

ITALIE. — Il y a également en Italie une grande variété 
de sceaux. Celui de la république de Venise représente le 
doge et saint Marc tenant la bannière de la république. 

[IL Forme. — La forme ronde ou la forme ovale pré- 
dominent dans les empreintes des sceaux. Les sceaux royaux 
et impériaux sont presque toujours complètement ronds. 
La forme ovale ou ogivale, qui ne devient fréquente qu'au 
XII® siècle seulement, est presque constante dans les sceaux 
ecclésiastiques (fig. 11 et 16) depuis le xiii® jusqu'au 
XVI® siècle. Les autres formes sont exceptionnelles en France 
et ne se rencontrent d'une façon courante qu'en Allemagne 
(sceaux en forme d'écussons, de cœurs, de triangles, de 
rosaces, de carrés, etc.). Le sceau de Rodolphe de Habs- 
bourg est en forme de poire (1240). La cour du duc de 
Lorraine a un sceau en forme de triangle équilatéral 
(1319). Les sceaux carrés, qui étaient en usage dans l'an- 
tiquité, sont très rares au moyen âge et, quand on les em- 
ployait, on les dirigeait avec la pointe en bas, ce qui leur 
donnait l'aspect de losanges, comme dans le sceau des sei- 
gneurs de Lunel (12^2) et celui de la ville de Dunwich 
(xiii® siècle). Les dimensions des sceaux étaient très va- 
riables. Très petits sous les Mérovingiens, les sceaux royaux 
augmentent graduellement de volume et atteignent 100 mil- 
lim. au xiv*^ siècle. En Angleterre, ces proportions sont 
dépassées dans les sceaux de la reine Elisabeth (1 45 mil- 
Hm.) et de la reine Anne (177 milHm.). Le plus petit 
sceau connu n'a qu'un diamètre de 25 millim. (Hugues 
de Mont fort, 1337). Au dos du sceau, se trouve le contre- 
sceau (V. cet art., t. XH, l'art. Lis, t. XXII, p. 319, et 
fig. 9 du présent article). 

IV. Matière. — La cire a été la matière la plus géné- 
ralement employée pour les sceaux du moyen âge. La cire 
vierge était rarement à l'état complètement pur. On la 
mélangeait de poix blanche, de graisse, d'huile de lin et 
de térébenthine, suivant diverses proportions, conservées 
dans quelques recettes qui nous sont parvenues. A partir 
du xi*^ siècle, on recouvrait l'empreinte de cire d'un ver- 
nis qui devenait très dur et qui empêchait la cire de s'ef- 
friter trop rapidement. La cire d'Espagne ou cire à ca- 
cheter, dont la recette fut rapportée de l'Inde par les 
marchands hollandais, au milieu du xvi® siècle, commença 
à être mise en usage dans les Pays-Bas, d'abord pour fer- 
mer les lettres, puis pour recevoir les empreintes des 
sceaux et des cachets. Le plus ancien document où elle 
est employée est de 1553. — Le plomb a été employé 
comme matière des sceaux dès l'antiquité. Il a été exclu- 
sivement en usage dans la chancellerie pontificale jusqu'au 
XIV® siècle (V. l'art. Bulle, t. VIH, pp. 412-414). On 
le trouve surtout dans les régions méridionales de l'Europe 



SIGILLOGRAPHIE — 

et en Terre Sainte. — Les métaux précieux ont été em- 
ployés par presque tous les souverains, depuis l'antiquité, 
pour les actes tout à fait solennels, comme les grands trai- 
tés, les confirmations de privilèges importants, etc. On 
donnait aux sceaux en or (très rarement massifs) et en 
argent le nom de bulles (V. fig. de l'art. Bulle, t. VIII, 
pp^. 413 et 414, et les fig. 4 et 15 du présent art.). — 
Les sceaux faits d'autres matières que la cire, le plomb, 
l'or et l'argent sont très rares. Les Romains employaient 
l'argile ou terre sigillaire. Le pain à cacheter (V. cet 
art.) remonte au xvi® siècle. Il était recouvert d'une feuille 
de papier pour recevoir l'empreinte des cachets et servait 
dans les affaires sous seing privé seulement. On le trouve 
pour la première fois dans un document de 1571. 

V. Couleur. — Les principales couleurs qui se ren- 
contrent dans les sceaux sont les couleurs blanche, verte, 
rouge et jaune. Elles ont souvent une signification, sui- 
vant les pays et les institutions. La cire blanche est ex- 
clusivement employée jusqu'au xii^ siècle. Son usage se 
restreignit après l'invention des cires colorées. Dans la 
chancellerie des rois de France, la cire blanche fut réser- 
vée exclusivement aux actes à effet temporaire, depuis le 
milieu du xiii^ siècle. — La cire verte était en usage chez 
les Byzantins, principalement pour les empereurs et les 
patriarches. Elle apparaît en France, en Angleterre et en 
Allemagne, au xii'^ siècle seulement. Dans la chancellerie 
royale, la cire verte fut réservée aux actes à effet perpé- 
tuel, c.-à-d. aux actes les plus importants de l'adminis- 
tration générale. — La cire rouge était également usitée 
chez les empereurs d'Orient. Elle n'apparaît en France 
qu'au xn^ siècle : sa teinte est d'abord d'un rouge vineux 
et elle ne devient vermeille qu'au xiv® siècle. Les actes de 
l'administration financière et miUtaire, lettres, quittances, 
montres d'hommes d'armes, etc., sont généralement scel- 
lés en cire rouge. Depuis le xiv® siècle, la chancellerie 
royale scellait toujours en rouge les actes relatifs à la Pro- 
vence, au Dauphiné et aux autres pays qui n'étaient pas 
réunis directement au domaine royal. En Allemagne, les 
princes de l'Empire, les comtes et les villes scellaient en 
rouge. Depuis le xiv® siècle, les ecclésiastiques faisaient 
un usage fréquent, mais non exclusif, de la cire rouge, à 
l'imitation de la cire de V « anneau du pécheur » des papes 
(Y. Anneau). — La cire jaune, quelquefois difficile à dis- 
tinguer de la cire blanche brunie par le temps, est répan- 
due chez les laïques aux xiv^et xv® siècles. La chancellerie 
des rois de France réserve la cire jaune aux déclarations 
royales interprétant les édits ou pourvoyant à l'exécution 
d'actes antérieurs. — Les couleurs autres que celles qui 
viennent d'êtres indiquées sont très rares dans la cire des 
sceaux. La cire noire était employée par l'ordre Teu to- 
nique et quelquefois par les Hospitaliers. La cire bleue se 
rencontre parfois, depuis le xv® siècle, principalement pour 
des actes d'un caractère privé. Enfin, on combinait quel- 
quefois deux cires de couleurs différentes, avec deux em- 
preintes superposées : on faisait un sceau de cire blanche, 
au milieu duquel on creusait une cuvette, qui recevait une 
oouche de cire rouge, sur laquelle était appliqué le sceau 
lui-même. 

YI. Modes d'aïtacïie des sceaux. — Les sceaux sont 
attachés aux chartes par application sur le document même 
{sceaux plaqués) on par suspension à ce document (se eaux 
pendants). Pour la conservation de ces derniers, on a in- 
venté, en outre, différentes sortes d'enveloppes et de 
boîtes. 

Sceaux plaqués. L'application du sceau sur le docu- 
ment fut le seul mode d'attache employé pour les sceaux 
de cire jusqu'au milieu du xi® siècle. La cire, formant une 
masse assez épaisse ou gâteau de cire, était préalable- 
ment ramollie dans l'eau chaude et appliquée à un endroit 
du parchemin sur lequel on avait pratiqué une fente, de 
manière qu'une portion de la cire passât de l'autre côté du 
parchemin. Pour donner plus de consistance à la cire, on 
y mélangeait quelquefois des brins de paille, des filaments 



de chanvre, des poils, etc. A partir du xm^ siècle, le sceau 
plaqué ne resta plus en usage que pour les actes courants 
de l'administration financière, lettres missives, mande- 
ments sur les aides, actes des commissaires extraordi- 
naires, etc. Au XIV® et au xv® siècles, la cire plaquée est 
souvent étalée, sur le parchemin ou le papier, en forme 
de croix^ pour la rendre moins cassante, l^es évêques et 
les abbés conservèrent l'usage des sceaux plaqués jusque 
vers la fin du xii*^ siècle. Les sceaux plaqués forment quel- 
quefois des cuvettes assez profondes, afin que l'empreinte 
soit mieux protégée par les rebords formés par la cire. 
Les rebords du sceau sont quelquefois eux-mêmes entou- 
rés de collets ou torsades formés de tresses de parche- 
min, de paille, de jonc ou de cordelette do chanvre. Les 
cachets des lettres modernes sont un dernier reste des 
sceaux plaqués du moyen âge (Y. Cachet, ^Postes, t. YllI, 
p. 667). 

Sceaux pendants. Les sceaux métalliques ont toujours 
été pendants (Y. Bulle, t. YIII, p. 412). Les plus anciens 
sceaux pendants en cire remontent à la fin du x^ siècle, 
et leur usage se généralisa au commencement du xii® siècle. 
Ils sont suspendus au bas des chartes, quelquefois sur les 
côtés, quand il y a un grand nombre de sceaux, mais très 
rarement par le bord supérieur. Il y a quelques exemples 
de chartes scellées de 25 à 40 sceaux (testaments, arrêts 
de cours féodales, etc.). Les attaches des sceaux pendants 
sont généralement en cuir, en chanvre, en soie ou en par- 
chemin. Dans la chancellerie pontificale, l'emploi des cor- 
delettes de chanvre et des lacs de soie a une signification 
(Y. Bulle). Dans la chancellerie des rois de France, les 
lacs de soie rouge et verte sont réservés aux actes les plus 
importants, qui sont également scellés en cire verte (V. ci- 
dessus, § Y). Les lanières de cuir ne furent usitées que 
jusqu'au xii® siècle. Les empereurs d'Allemagne employaient 
les lacs de soie jauneet noire. Les princes allemands avaient 
les couleurs de leurs principautés. On faisait passer les 
lacs de soie dans le repli du parchemin au moyen de trois 
ou quatre trous disposés en triangle ou en carré. — 
L'usage de sceller sur queue de parchemin se généralisa 
au XIII® siècle. La simple queue consiste en une bande de 
parchemin, coupée le long de la partie inférieure de la 
charte et portant le sceau à son extrémité flottante. Cette 
bande de parchemin est quelquefois passée dans une petite 
incision horizontale faite dans le bas de la charte. L^ dou- 
ble queue consiste en une double bande de parchemin 
passée successivement k travers deux incisions du bas de 
la charte. 

Enveloppes des sceaux. Pour mieux préserver les 
sceaux, on les entourait de diverses enveloppes protec- 
trices avant de les suspendre aux actes. Les sachets de 
toile, de parchemin ou de cuir bouilli, dans lesquels on 
plaçait le sceau, après l'avoir entouré d'étoupe, remon- 
tent au xii^ siècle. On en a conservé de très beaux spé- 
cimens en étoffe brodée (Demay, Cost. d'ap. les sceaux, 
p. 16). Au xiv^ siècle, on inventâtes boîtes en fer-blanc, 
en bois, en argent, en ivoire, etc. La cire était souvent 
coulée au fond de la boîte, pour recevoir l'empreinte, et 
les attaches passaient par un trou ménagé sur un côté de 
la boîte. Les boîtes en fer-blanc, d'un usage général au 
xvii^ et au xviii^ siècles, ont été cause de la destruction 
d'un grand nombre de sceaux en cire. Enfin, on plaçait 
souvent, depuis le commencement du xv« siècle, la couche 
de cire entre deux feuilles de papier, et celui-ci recevait 
directement l'empreinte. 

YIÏ. Légendes des sceaux. — La légende des sceaux 
est, comme l'exergue des monnaies, presque toujours pla- 
cée sur le pourtour de l'empreinte. Chez les Byzantins, les 
légendes des sceaux étaient placées sur plusieurs lignes 
horizontales au mifieu du champ, usage qui s'est perpé- 
tué dans la chancellerie des papes (V. Bulle). Les mono- 
grammes sont très rares (chapitre de l'église Notre-Dame 
de Paris en 1216). Les légendes sur deux lignes ne se 
rencontrent guère qu'en Allemagne et sur les sceaux des 



7 »- 



SIGILLOGRAPHIE 



ducs de Bourgogne (fig. iO). La légende commence par 
une croix grecque (fig. 44, etc.). L'écriture capitale 
est employée jusqu'au milieu du xui^ siècle, la majuscule 
gothique depuis Philippe le Hardi jusqu'au milieu du 
xïv® siècle, la minuscule gothique depuis cette époque jus- 
qu'au milieu du xvi® siè(;le, et enfin la capitale de la Re- 
naissance après cette date. Depuis îe commencement du 
xni^ siècle, les mots sont séparés par des points isolés ou 
superposés. Les fautes de gravure ne sont pas rares dans 
les légendes (lettres retournées ou transposées). Les abré- 
viations sigillaircs, qui diffèrent quelquefois notablement 
des abréviations ordinaires, ont été recueillies en forme de 
dictionnaire par Demay {Inv. des sceaux de la Norman- 
die, p. 44, et Paléog. des sceaux, pp. 34-73). Les art. 
paléographiques consacrés à chacune des lettres de l'al- 
phabet, dans la Grande Encyclopédie, donnent les formes 
de l'écriture des sceaux du moyen âge. 

VIII. ScEA-ux-MATRicES. — Lcs matriccs des sceaux 
(BouXXwT7]pioy, typus, typarium) sont les poinçons ser- 
vant à produire les empreintes (V. Matrice, § Technolo- 
gie). Pour les sceaux métalliques ou bulles, on faisait 
usage d'un coin bullaire, analogue au coin monétaire de 
l'antiquité (V. fig. de l'art. Monnaie, t. XXIV, p. 430). 
Dans les sceaux en formes d'anneaux, l'empreinte était 
formée par le chaton (V. Baguk). Les pierres précieuses 
ou intailles servaient souvent à former des matrices de 
sceaux (V. Camée). Le sceau-matrice du moyen âge fut 
d'abord plat, avec une saillie longitudinale au dos, don- 
nant prise à deux ou plusieurs doigts de la main pour ap- 
puyer le sceau sur la cire. Un trou était percé dans cette 
partie du sceau-matrice, et servait à passer une chaîne, à 
l'extrémité de laquelle était attaché le contre-sceau (fig. 46). 




Fii?. 16. — Matrice de sceau avec chaîne et contre-sceau 
(abbaye de Saint-Denis au xii« siècle). 

A partir du xiii® siècle, il y eut des sceaux à poignées. Le 
musée de Cluny possède une très belle collection de sceaux- 
matrices des XVII® et xviii*^ siècles. On a fait quelquefois 
usage au moyen âge de sceaux composés de plusieurs par- 
ties démontables, dont chacune était gardée par un fonc- 
tionnaire particulier. Les sceaux-matrices étaient souvent 
en argent. Charles P'^, roi d'Angleterre, en avait un en 
diamant. Les sceaux-matrices étaient généralement dé- 
truits après la mort de leurs possesseurs, quand ils étaient 
gravés nominalement pour ceux-ci, ou déposés dans leurs 
tombeaux. Un certain nombre de matrices originales sont 
parvenues jusqu'à nous (Université de Paris, Etats de 
Bretagne, reines de France, etc.). 

ÏX. Ancien! droit. — Le sceau donnait aux actes un ca- 
ractère public et authentique, au nom de l'autorité dont 
il était le symbole. A l'époque mérovingienne et carolin- 
gienne, il était signe d'exercice de fonction pour les offi- 
ciers de justice royaux. La législation moderne du sceau 
est indiquée à l'art. Sceau, § Législation et administra- 



tion. Le moyen âge distinguait les sceaux [administratifs 
des sceaux personnels. Les abbayes n'avaient pas primi- 
tivement de sceau conventuel, mais seulement le sceau de 
leur abbé, qui pouvait servir à plusieurs titulaires succes- 
sivement (abbaye de Saint-Denis au xii^ siècle, fig. 46). 
La garde des sceaux était confiée à des personnages im- 
portants (V. Garde DES sceaux, t. XVIH, p. 509 ; Chauffe- 
cire, Chancellerie). Il y avait un office religieux spécial 
pour la bénédiction du sceau (Maskell, Monumenta ri- 
tualia, 4882, t. HI). Les actes étaient scellés quelquefois 
assez longtemps après avoir été écrits. La légalisation du 
sceau remonte au xin^ siècle. Le blanc-seing était quel- 
quefois usité au moyen âge, principalement dans les ins- 
tructions remises aux ambassadeurs. E.-D. Grand. 

BiBL. : Traiti^s dp, sigillographie. — Lia bibliographie 
sigillograpliinue complète du xvii° et du xviii« siècle est 
donnée par Namur, Bibliographie paléogi^aphico-diplo- 
matico-bibliologique; Liège, 1838, t. I, pp. 87 95. in-8. ~ 
DouËT d'Arcq, Éléments de sigillographie tirés de la 
collection des sceaux des archives de l'empire, dans Col- 
lection de sceaux [des Archiv. Nation.], ISGS, t. I, 
pp. xvii-cix. — TousTAiN et ÏAssiN, Nouveau traité de 
diplomatique, 1759, t. IV, in-4. — Giry, Manuel de diplo- 
matique, cIl IX. — A. Chassant et J. Delbarre, Diction- 
naire de sigillographie pratique ; Paris, 1860, in-12(16 pi.), 
avec une bibliog., pp. 247-260. — L. de Mas-Latrie, art. 
Sceaux du Dictionnaire raisonné de diplomatique de Doni 
DE Vaines, nouv. éd. par A. Boxnetty, 1865, t. II, pp. 409- 
462. — Anonyme, Dictionnaire de numismatique et de 
sigillographie religieuses ; Paris, 1852, in-8 (collection 
Migne). — A. Lecoy de La Marche, les Sceaux ; Paris, 
1889, in-S (Collect. de l'Enseign. des beaux-arts). — N. de 
Wailly, Sceaux, dans Eléments de paléographie ; Paris, 
1838, t. n, p. 1-240 et 377-405 (19 pi. contenant 127 sceaux). 
— Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du ^mobilier 
français, 1873, t. IV, pp. 317-27. — G. Demay, Introduction 
de son ouvrage le Costume au moyen âge d'après les 
sceaux ; Paris, 1880, pp. 3-72, in-4 (matière, forme, dimen- 
sion, apposition, authentication, sceaux-matrices). — Du 
môme, Paléographie des sceaux; Paris, 1881, in-8. — F.-K. 
VON Hohenlohe-Waldenburg, Sphragistische Apho- 
rismen ; Fïeilbronn, 1882, in-4 (26 pi. contenant 300 sceaux 
étudiés comme modèles de classification et de descrip- 
tion), — Du môme, Bemerkungen zur Klassifîhation der 
Siegel nach dem sphragistischen System des Dr. F.-K. 
Fàrsten zu Rohentohe-Waldenburq,' dans Archivalische 
Zeitschrift, t. fX(l88l), pp. 213-15,'— Du môme, Zur Be- 
schreibung der Siegel., dans Archivalische Zeitschrift, 
t. VI (1881), pp. 272-79. — P. Ganz, Geschichte der heral- 
dischen KunstinderSchweiz im zwôlftenund dreizehnten 
Jahrhunderten ; Frauenfeld, 1899, in-4 (comprenant un 
traité de sigillographie [pp. 135-61] et 10 pi, de sceaux). 
—■ Lkpsu] s, Sphragistische Aphorismen ; Halle, 1842-43, 
in-4, — H. Bresslau, Die Besiegelung, dans Handbuch 
der Urkundenlehre fur Deutschland und Italien; Leipzig, 
1889, t. I, pp. 922-80 (sigillographie). — F, Leist, Urkun- 
denlehre, Katechisynusder Diplomatih...und Sphragistik ; 
Leipzig, 1893, 2« éd., pp. 253-305, in-18. — G-A. SÈyler, 
Abriss der Sphragistik; Vienne, 1884, in-8, — Du môme, 
Geschichte der Siegel; Leipzig, 1894, in-8. — Muratori, 
De Sigillis -mediisevi, dans Antiquitates Italicse, 1740, t. III, 
dissertât. 35. — D.-M. Manni, Ôsservazioni istoriche so- 
pra i sigilli antichi de secoli bassi ; Florence, 1739-86, 30 
vol, in-4. — M.-M. Deloche, Etude historique et archéo- 
logic[ue sur les anneaux sigillaires et auti^es des premiers 
siècles du moyen âge; Paris, 1900, in-8. 

Monographies. — - II. Grotefend, Ueber Sphragistik ; 
Breslau, 1875, in-8. — TS.Kekule, Ueber die Bedeutung 
der Heraldik, Sphragistik und Généalogie und ihre Be- 
zlehungen zu anderen Wissenschaften und Kunsten ; 
Berlin, 1891, 23 pp., in-8. — P. Fournier, Etude diploma- 
tique sur les actes passés devant les officialités au 
xiii" siècle, dans Bibliothèque de VEcole des chartes, 
t. XL (1879), pp. 321-30 (sceau des officialités d'évôques et 
d'archidiacres). —G. Demay, Eiudes sigillographiques : 
le type naval, dans Revue archéologique, t. XXXIV (1877), 
pp. 281-87. — Anonyme (Em. de B.), Du Sceau épisco- 
pal, dans les Mém. de la Société de sphragistique, t. I 
(1852), pp. 281-805. — F.-K. von Hohenlohe-Waldenburg, 
Ueber gemeinschaftliche Siegel, dans Archivalische 
Zeitschrift, t, VIII (1883), pp. 112-20 et 322. — Du même, 
Ueber Siegel- Carenz, dans Archivalische Zeitschrift, 
t. VII (1882)', pp. 276-79. ~ K.-IÏ. Roth von Schregken- 
stein, Die Beschreibung vonWappensiegeln. dans Archi- 
valische Zeitschrift, t. V (1880), pp. 1-39. — P.-E. Spies, 
Von Reuter-Siegeln ; Habile, 1781, in- 1 (type équestre). — 
P. Leyser, De contra-sigillis medii œvi ; Helmstedt, 
1726, in-4. — G. Demay, Des pierres graoées employées 
dans les sceaux du moyen âge ; Paris, 1877, in-8. — 
H.-G. Thulemarius, De Èulla àurea, aroentea, jplumbea 
et cerea ; Heidelberg, 1687, et Francfort-sur-le-Main, 
1724, in-fol, —F. von Weecii et F. Philippi, Ueber Mal 



SIGILLOGRAPHIE 



tha Siegel, dans Ai^diivallsche ZeitscJirift, t. Vil (1882), 
pp. 280-83. — J.-P. Roos, Fortgesetzte Aufklâriing von 
clern dltesten Gebrauch des spanischen Siegelwachses ; 
Francfort-sur-le-Main, 1792, in-4. — N. Kindlinger, 
Nàhere Nachrichten von dein àltesten Gebrauclie der 
Siegeloblaten und des Siegellacks in dem sechszehnten 
und siebzehnten Jahrhunderten ; Dortmund et Essen, 
1799, in-8. — G. Dem a y, le Blason d'après les sceaux du 
moyen âge ; Paris, 1877, in-8 (extr. des Mém. de la Soc. 
des antiquaires de France, t. XXXVII, 1876). — F. von 
LôHER, Das Geheimniss des RôckVschen Metallabgusses 
von Siegeln, dans Archivalische Zeitschrift, t. III (1878), 
pp. 246-74. — Monographies sur les sceaux des abbés et 
l'usage de les briser après leur mort (par d'Arbois de 
JuBAiNviLLE et Demay, daus le Bulletin de la Soc. des 
Antiquaires de France, ann. 1874, pp. 73-76), sur les gra- 
veurs des sceaux (par Roman, dans le Bulletin, âun. 1878, 
pp. 73-75), sur le costume féodal d'après les sceaux (par 
Demay, dans les Mém. de la Soc. des Antiquaires, t. XXW , 
1874, pp. 120-71), etc. — Koene, Zeitschrift filr Mûnz-, 
Siegel- und Wappenkunde ; Berlin, 1846, in-8. 

France. — Sur les sceaux royaux, administratifs, ecclé- 
siasticjues, etc. : Douët h'Arc'q, Collection de sceaux [des 
Archives nationales] ; Paris, 1863-68, 3 vol. in-4 (collection 
des Inventaires et documents des Archives nat.) conte- 
nant le catalogue descriptif du musée sigillographique. — 
G. Demay, Inventaire des sceaux de la collection Clairam- 
ibault à la Bibliothèque nationale ; Paris, 1885-86, 2 vol. 
n-4 (se. français des xiv-xv» siècles), dans les Doc. inéd. 
de Vhist. de France. — J. Charvet, Description des col- 
lections de sceaux-matrices de E. Dongé ; Paris, 1880, 
in-4. — P. Delaroche, H. Dupont et C. Lenormant, Tré- 
sor de numismatique et de glyptique, gravé d'après les 
procédés de M. A. Collas; Paris, 1834-37, 4 vol. in-fol. 

— B. DE MoNTFAUco.v, les Mo7iuinents de la monarchie 
f'rançoise; Paris, 1729-33, 5 vol. in-fol. —Ch.-V. Langlois, 
Sur quelques bulles en plomb au nom de Louis IX, de 
Philippe III et de Philippe le Bel, dans Bibliothèque de 
l'Ec. des chartes, t. L (1889), pp. 433-38 (4 fig.). — 
Monographies sur les sceaux des lettres closes aux xiip- 
xiv" siècles (par Delisle, dans Biblioth. de l'Ec. des 
chartes, 1856, t. XVII, pp. 533-37), sur une boîte à sceau 
de Louis XII (par Schlumberger, dans le Bulletin de la 
Soc. des Antiquaires de France, ann. 1880, pp. 98-99), sur 
les se. des Hospitaliers à Jérusalem (par Schlumberger, 
dans la Rev. archéologique, t. XXXI, 1876, pp. 55-59 et 150, 
et t. XXXII, 1876, pp. 232-40, et par Delaville Le Roulx, 
dans les Mém. de la Soc. des Antiq. de France, t. XLI, 
1881, pp. 52-85, XLVII, 1886, pp. 225-47, et LV, 1894, pp. 147- 
58), sur les sceaux des Juifs (par A. de Longperier, dans 
les Mém. de l'Acad. des Inscript, et Belles-Lett.), etc. 

— J.-F.-E. Castaigne, Note sur le sceau que l'on appo- 
sait du temps du roi Philippe- Auguste sur les obligations 
dues aux Juifs ; Angoulême, 1865, in-8 (extr. du Éulletin 
de la Soc. archéol. et hist. de la Charente, ann. 1863), av. 
1 pi. — Société de sphragistique de Paris {Mémoires de 
la), publ. par A. Forgeais; Paris. 1851-55, 4 vol. in-8 (des- 
criptions et monographies de sceaux de l'ordre de Citeaux, 
du couvent du Mont-Saint-Eloy, près Arras, de la prévôté 
de Saint-Florentin, de Saint-Marcel à Paris, de Troyes, 
de Limoges, des archevêques de Sens [t. 1], de confréries 
de pèlerins, de Douai, du bailliage de Melun, du Saint- 
Sépulcre, de Cambrai, de Maguelonne, de Bordeaux, de 
Bar-sur-Aube, de Faucogney [t. II], des seigneurs d'Hyè- 
res, de l'évôché d'Alet, des arbalétriers de Paris [t. III], de 
l'hospice du Mont-Saint-Bernard, de la « fête des fous », 
des Templiers, de Sainte-Waudru à Mons, de l'archi-hôpital 
du Saint-Esprit à Rome, de la vicomte de Rochechouart, 
de la ville de Dunkerque [t. IV], etc.). — Table des Mém. 
de la Soc. des Antiquaires de France (1807-89) par Prou, 
au mot Sceaux, pp. 586-87. 

Pour la Normandie, la Picardie, la Flandre, I'Ile- 
de-France, la Champagne, la Lorraine, etc. : G. De- 
may, Inventaire des sceaux de la Normandie, recueillis 
dans les dépôts d'archives, m,usées et collections particu- 
lières; Paris, 1881, in-4. — P. de Farcy, Sigillographie 
de la Normandie (évêché de Bayeux) ; Caen, 1876, in-4. — 
Collection de sceaux de la Normatndie par Léchaudé 
d'Anisy, dans les Mém. de la Soc, des Antiq. de Nor- 
mandie, 1834 (30 pi. contenant environ 500 sceaux). — L. de 
Grandmaison, les Bulles d'or de Saint-Martin de Tours, 
dans Mélanges Havet, pp. 111-29. — De Souancé, Sigillo- 
graphie des anciens comtes du Perche, 1895, in-8 (8 pL). 
'" E. Hucher, Sigillographie du Maine ; Caen, 1853, in-8 
(extr. du Bulletin monumental). — Bertrand de Brous- 
sillon et P. de Farcy, Sigillographie des seigneurs de 
Laval (1095-1605) ; Paris, 1888,' in-8. — Monographies sur 
les se. du Maine (par E. Hucher, dans Rev. hist. et 
archéol. du Maine, t. VI, 1879, et dans le Bulletin monu- 
m,ental, année 1868). — L. Thomas, Numismatique et 
sigillographie pontoisiennes ; Pontoise, 1884, in-4. — 
E. Grezy, Sceaux et blason de la ville de Melun; Melun, 
1863, in-8. — G. Demay, Inventaire des sceaux de l'Artois 
et de la Picardie, recueillis dans les dépôts d'archives, 
musées et collections particulières des dép. du Pas-de- 
Calais, de l'Oise, de la Somme et de l'Aisne ; Paris, 1877, 
in-4(24 pL). —A. de Marsy, Sceauxdes éoèquesde Noyon; 



Paris, 1865, in-8. — L. Deschamps de Pas, Sceaux des 
comtes d'Artois; Paris, 1857, in-8 (extr. des Annales ar- 
chéologiques publ. par DiûRON, t. XVI, 1856). — A. Gues- 
NON, Sigillographie de la ville d' Arras et de la cité; Arras 
et Paris, 1865, in-4. — A Hermand et L. Deschamps de 
Pas, Histoire sigillaire de la ville de Saint-Omer ; Paris, 
1864, in-4 (45 pi. j. — G. Demay, Inventaire des sceaux de 
la Flandre; Paris, 1873, 2 vol. in-4. — J.-J. Carlter, No- 
tice historique sur lescel communal... de la ville de Dun- 
herquQ : Dunkerque, 1855, in-8. — Monographie sur les 
sceaux de la Flandre maritime par de Coussemaker, dans 
le Bulletin du comité flamand de France, ann. 1871. — 
H. d'Arbois de Jubain ville, Essai sur les sceauxQdes 
comtes et comtesses de Champagne ; Paris, 1856, in-8 ( pi. 
chromolithog.). — Vallet de Viriville, ÂrcJiives histo- 
riques de l'Aube; Paris, 1841, in-8 (sceaux des archives 
départementales à Troyes). — Monographies sur les se. 
des archives de la Haute-Marne (par P. de Fleury, dans 
Rev. des soc. sau., 1874, et par Roserot, dans le Bullet. 
de la Soc. hist. et scient, de l'Yonne, ann. 1892). — P. Don y. 
Monographie des sceaux de Verdun : évoques ; Verdun, 
1890, in-4 (26 i)l.). — C. Robert, Sigillographie de Tout ; 
Paris, 1868, in-4. — Anonyme (G.-B.), Sceaux des archives 
de la préfecture du dép. de la Moselle ; Metz, 1858, in-8. 

— J. Chautard, Sceaux des anciennes institutions médi- 
cales de la Lorraine [1512-1812) ; Nancy, 1873, in-8. 

Pourla Bourgogne, le Li.MOUsiN, le Poitou, etc. : J. Gau- 
thier, les Sceaux et les Armoiries des villes et bourgs de 
Franche-Comté; Besançon, 1883, in-8, 5 pi. lithog. (extr. 
du Bullet. de l'Acad. de Besançon, ann. 1882). — H. de B'on- 
tenay, Essai sur les sceaux et armoiries des évéques 
d'Autun ; Angers, 1867, in-8. — Ph de Bosredon et E. 
Rupin, Sigillographie du Bas-Limousin ; Brive, 1886, in-4, 
et supplém., 1896, in-4. — De Bosredon, Sigillographie 
du Périgord ; Paris, 1879, in-8. — J. Mallat, Sigillographie 
ecclésiastique de lAngoumois ; Arras, 1880, in-8 (èxtr. de 
la Revue de VArt chrétien, 2" sér., t. XIII). — L. Audiat, 
Sceaux inédits de la Saintonge et de VAunis ; Paris, 1875, 
in-8. — Monographies sur des se. de la sénéchaussée de 
Poitou (par Vallet de Viriville, dans Mém. de la Soc. 
des Antiq, de France, t. XXVIII, 1865), etc. 

Pour le Dauphiné, la Provence, le Languedoc et la 
Guienne : E. Pilot de Thorey, Etude sur la sigillographie 
du Dauphiné ; Grenoble, 1879, in-8. — Du même,' Inven- 
taire des sceaux relatifs au Dauphiné, conservés dans les 
archives départementales de l'Isère ; Grenoble, 1879, in-8. 

— J. Roman, Sigillographie du diocèse de Gap ; Gre- 
noble, 1870, in-4.' — Du même. Sigillographie du diocèse 
d'Embrun ; Grenoble, 1873, in-4 — J -IL Albanès, A7'mo- 
rial et sigillographie des évéques de Marseille ; Marseille, 
1884, in-4. — L. Blancard, Iconographie des sceaux et 
bulles conservés dans la partie aritérieure à 1190 des ar- 
chives départementales des Bouc hes-du-Rhône ; Marseille 
et Paris, 1860, 2 vol. in-4. — Monographie sur les se. du 
Comtat-Venaissin (par Maire, dans la Provence artistique 
et pittoresque, ann. 1882-83). — P. La Plagne-Barris, 
Sceau^x gascons du moyen âge; Bordeaux, 1888-93, publicat. 
des Ai^chives historiques de Gascogne (fasc. XV, XVII 
et XXII) — P. Raymond, Sceaux des archives du dép. 
des Basses-Pyrénées ; Paris, 1874, in-8. — Monographies 
sur les sceaux de plomb des princes d'Orange (par A. De- 
LOYE, dans Rev. archéolog., année 1849), sur les se. des 
archives municipales de Toulouse (par Roschach, dans les 
Mém. de VAcad. de Toulouse, ann. 1865), etc. 

Allemagne. — Th. Sickel et K. FoLTZ,Die Siegel der 
deutschen Kônige und Kaiser aus dem sachsischen Hause 
(911-102^), dans NeuesArchiv. der Ges. fur ait. deutsche 
Geschichtskunde, 1877, t. III, pp. 9-45. — H. Bresslau, Die 
Siegel der deutschen Kônige und Kaiser aus der salischen 
Période (102^-1125), dans le môme recueil, t. VI (1880), 
pp. 541-78 (avec 2 pi. en photogravure des sceaux des 
empereurs Conrad 11 et Henri III). — E. Geib, Siegel 
deutscher Kônige und Kaiser von Karl dem Grossen bis 
Friedrich I im allgemeinen Bayerischen Reichsarchiv ; 
S. L n. d., in-8 (extr. de Archivalische Zeitschrift, nouv . 
sér., t. II (1891) et III (1892). — J.-M. Heineccius, De 
veteribus Germanorum aliarumque nationum sigillis ; 
Francfort-sur-le-Main, 1709, in-fot., et 1719, in-fol., 2" éd. 

— Vossberg, Geschichte der Preussischen Siegel; Ber- 
lin, 1843, in-4. — F.-K. von Hohenlohe-Waldenburg, 
Sphragistisches Album ; Francfort-sur-le-Main, 1859-66, 
2 vol. in-fol. (42 pi.) — C.-H. Heffner, Die deutschen 
Kaiser- und Kônigs-Siegel, nebst denen der Kaiserinnen, 
Kôniginnen und Reichsverweser ; Wurtzbourg, 1875, 
in-foî. (162 pi.). — K. Ltnd, Blâtter fiïr altère Sphragis- 
tik ; Vienne, 1878, in-4, publicat. de la Commission des 
monuments historiques d'Autriche (26 pi. gravées). — 
Von Weech, Siegel von Urkunden aus dem. grossherzog- 
lich Badischen General Landesarchiv zu Karlsruhe ; 
Francfort-sur-le-Main, 1883, in-fol. — Th. Ilgen, Die 
Westfàlischen Siegel des Mittelalters ; Munster, 1889 et 
ann. suiv., in-fol. — O. Posse, Die Siegel der Wettiner 
und der Landgrafen von Thuringen ; Leipzig, 1893, in-fol. 
(sceaux du royaume et des principautés de Saxe). — 
Anonyme, Abbildungen oberrheinischer Siegel; Bâle, 
1896, in-4 (19 pi. de sceaux) (publicat. de la Soc. historique 
de Bâle). — Schweizer et Zeller-Werdmûller, Sie- 



9 



SIGILLOGRAPHIE - SIGISMONÛ 



gelabbildungen, dans le Cartulaire de Zurich ; Zurich, 
1899 et ann. suiv., iii-4. — K. Primes, Eine Wanderung 
durch die Sarnmlung,von Siegelabgûssen im kôniglichen 
allgemeinen Reichsarchiv zu Mûnchen, dans Archiva- 
lischa Zeitschrift t. X (1885), XI (1886) et XII (1887) et 
nouv. sér., t. VIII (1899) et IX (1900) (sceaux seigneuriaux 
d'Allemagne). — Du même, Sammlimg von Siegel-und 
Medaillen-Abgûssen im Reichsarchiv zu Munchen, dans 
Archioalische Zeitschrift, t. II (1877), pp. 263-73 (collec- 
tion de moulages de Munich, remontant à l'année 771). 

— Du même, Die Siegelstempel-Sammlung im bayeri- 
schen allgemeinen Reichsarchiv e^ dans Archivalische 
Zeitschrift, t. IV (1893), pp. 235-51. — J. von Schlosser, 
Typare und Bullen in aen Miinc-, Medaillen- und Anti- 
kensammlungen des allerhôchsten Kaiserhauses, dans 
Jahrbuch der Kunsthistorischen Sammlungen de Vienne, 
t. XIII, pp. 37-54. — E. Hevgk, Urkundên, Siegel und 
Wappen der Herzoge von Zâhringen ; Fribourg-en-Bris- 
gau, 1892, in-8 (4 pL). — Monographies diverses sur les 
se, des Wittelsbach (par Primbs, dans Archivalische 
Zeitschrift, nouv. sér., t. 1, 1890, pp. 65-105, et t. III, 1892, 
pp. 156-75), sur les se. plaqués des empereurs d'Allemagne 
(par Huillard-Bréholles, dans Môm. de la Soc. des 
Antiq. de France, t. XXIII, 1855), sur les sceaux métal- 
liques d'Allemagne (par Huillard-Bréholles, dans le 
même recueil, t. XXVII, 1864, pp. 81-95, sur les se. des 
métiers de Cologne (par Demay, dans le Bulletin de la 
Soc. des Antiq. de France, année 1876 [2 février]), etc. 

Angleterre. — A.-B. Wyon et A. Wyon, The great 
Seals of England; Londres, 1887, in-fol. (54 pi. photog.). 

— W. deGray-Birch, Catalogrite of seals in the British 
Muséum ; Londres, in-8, 1887, t. I (seul paru). — Caul- 
FiELD, Sigilla ecclesiœ Hibernicse; Londres, 1853, in-4. — 
Monographies sur les sceaux des Hospitaliers en Angle- 
terre (par Delà VILLE Le Roulx, dans Mélanges de VEc. 
de Rome, t. I, 1881), etc. 

Pays divers. — Oliv. de Vrée (Vredius), Siqilla 
comitum Flandrise ; Bruges, 1639, in-fol., et éd. eni'ran- 
çais, 1641-43, 3 vol. in-fol. — De Ram, Notice sur les 
sceaux des comtes de Louvain et des ducs de Brabant 
de 976 à l^i30 ; Bruxelles, 1852, in-4 (12 pi.). ~ E. Prud'- 
homme, les Sceaux principalement dans le Hainaut ; 
Mons, 1881, in-8. — J.-T. de Raadt, Sceaux armoriés des 
Pays-Bas et des pays avoisinants {Belgique, royaume 
des Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, France), recueil 
historique et héraldique; Bruxelles, 1897 et ann. suiv., 
in-8. — E. Hildebrand, Svenska sigiller fran Medelti- 
den; Stockholm, 1862 et 1867, in-4 (sceaux suédois d'j 
moyen âge). — H. Petersen, Danske gejstlige Sigiller ; 
Copenhague, 1886, et Danske adelige Sigiller, 1892 (sceaux 
danois ecclésiastiques et seigneuriaux). — L. Cibrario 
et D.-C. Promis, Sigilli de' principi di Saooia; Turin, 
1834, in-4. -- E. Travers, le Sceau de Hoja et la Sigil- 
lographie pittoresque, principalernent en Espagne; Pa- 
ris, 1885, in-8. — G. Schlumberger, Sigillographie de 
l'empire byzantin; Paris, 1884, in-4. — A. Êngel, Re- 
cherches sur la numismatique et la sigillographie des 
Normands de Sicile et d'Italie ; Paris, 1882, in-4. — L. Ca- 
DiER, Etudes sur la sigillographie des rois de Sicile : 
les Bulles d'or des archives du Vatican, dans Mélanges 
d'archéologie et d'histoire de VEc. franc, de Rome, 
t. VIII (1888), pp. 147-86 (3 pi. photog. de 15 se. des xiii« 
et xiv« siècles). — Monographies sur les se. des rois de 
Chypre (par L. de Mas-Latrie, dans la Biblioth. de 
l'Ecole des chartes, t. V, 1843), etc. 

Ancien droit. — J. Ficker, Beitrœge zur Urkunden- 
lehre; Innsbruck, 1878, t. II, pp. 18H-œ {Besiegelung) et 
passim. — Breslau, Handbuch der Urhundenlehre, t. I, 
pp. 510-555 (diplomatique du sceau). 

SIGiSBÉt. Cavalier servant d'une femme ; le sigisbée 
est un type très fréquent en Italie au xviii^ siècle : c'était 
l'homme qui, avec l'agrément du mari, se substituait à lui 
pour accompagner sa femme dans ses visites, au spectacle, 
à la promenade ; tout dévoué au service de sa dame, il 
lui rendait les soins les plus délicats ; cet usage contri- 
buait à la politesse des mœurs. L'amour n'entrait souvent 
pour rien dans les relations de la dame et de son sigisbée 
qui était parfois un gardien jaloux de l'honneur du mari. 
Stendhal rapporte que cet usage existait dès le xvi® siè- 
cle en Espagne où le mari confiait sa femme en son ab- 
sence à un bracciere. Le prince Eugène, vice-roi d'Italie, 
refusa de recevoir à sa cour une femme accompagnée par 
d'autres hommes que leur mari, et le sigisbée disparut peu 
à peu. 

SIGISMOND (Saint), roi de Bourgogne, mort en 523. 
Fils de Gondebaud, il fut reconnu roi après la mort de 
son père (546), dans une villa appelée Quatruvium, voi- 
sine de Genève. L'année suivante, il fit convoquer les évo- 
ques de son royaume à un concile qui se tint, du 6 au 15 
sept., dans une localrté appelée Epaona, voisine du vil- 



lage actuel d'Anneyron (arr. de Valence). Les canons pro- 
mulgués par ce concile règlent l'organisation discipli- 
naire de l'Eglise, les rapports du catholicisme avec l'aria- 
nisme, la position de l'Eglise à l'égard de la législation 
séculière. Le roi entra bientôt après en conflit avec les 
évèques à propos d'un de ses officiers, Etienne, qui, après 
la mort de sa femme, avait, au mépris des canons d'Epone, 
épousé sa belle-sœur. Les évèques burgondes, et, parmi 
eux, Avit et ApoUinaire, lancèrent l'excommunication. Le 
roi les menaça et cessa toute relation avec eux. Ceux-ci, 
de leur côté, se retirèrent de leurs cités en un exil vo- 
lontaire, puis ils s'assemblèrent à Lyon dans un concile 
où l'affaire fut examinée. L'accord se rétablit entre le roi 
et les évèques. Sigismond, après avoir perdu sa première 
femme, fille de Théodoric, roi d'Italie, de laquelle il avait 
eu un fils, nommé Sigiricus, contracta un nouveau ma- 
riage; mais sa seconde femme maltraita Sigiricus, et, à son 
instigation, Sigismond fit étrangler son fils pendant son 
sommeil. Regrettant son crime et poursuivi par les remords, 
il se rendit au monastère d'Agaune (Saint-Maurice en Va- 
lais) qu'il avait fondé et y passa de longs jours dans les 
larmes et les prières ; puis il revint à Lyon. C'est alors que 
les fils de Clovis envahirent le royaume des Burgondes. Sigis- 
mond et son frère Godomar furent vaincus. Le roi s'en- 
fuit dans les montagnes voisines d'Agaune ; il fut saisi, 
gardé quelque temps en prison à Orléans par le roi Clo- 
domir, puis jeté avec sa femme et ses fils dans un puits 
(523). La seconde année de son règne, le 29 mars 547, 
il avait promulgué la loi des Burgondes, dite loi Gom- 
bette, à laquelle il ajouta deux constitutions. Il avait en- 
tretenu de bonnes relations avec l'empereur; on trouve, 
parmi les lettres de saint Avit, trois lettres écrites à l'em- 
pereur au nom de Sigismond. Dans l'une, il assure Jus- 
tin II de son dévouement ; dans les deux autres, adres- 
sées à Anastase, il se plaint du roi d'Italie, Théodoric, 
qui avait arrêté des ambassadeurs qu'il envoyait à Cons- 
tantinople. Il avait reçu le titre de maître de la milice. 
La Passiosancli Sigismundi{pub\. : BoUandistes, mail, 
p. 86 ; liée, des histor. de la France, III. p. 402 ; 
Krusch, Scriptores rerum Merovingicarum, t. II, p. 329) 
a été composée au vni® siècle par un moine d'Agaune 
qui a utilisé la Chronique de Marins, Grégoire de Tours, 
les Etymologies d'Isidore et la Chronique de Frédégaire. 

M. Prou. 

BiBL. : Cari Binding, Geschichte der burgundisch-ro- 
manischen Kônigreichs; Leipzig, 1868, t. I, pp. 224 et suiv. 
— A. Jahn, Die Geschichte der Burgundionen und Bur- 
gundiens ; Halle, 1874, in-8. 

SIGISMOND, empereur d'Allemagne (4410-37), né le 
45 févr. 4368, mortà Znaïm le 9 déc. 4437. Second fils 
de l'empereur Charles IV, né de son quatrième mariage 
avec Elisabeth de Poméranie, il reçut en 4378 la marche 
de Brandebourg, fut fiancé l'année suivante à Marie, fille 
et héritière de Louis le Grand, roi de Hongrie et de Po- 
logne ; mais les Polonais refusèrent de l'accepter (4382), 
et la veuve de Louis, Elisabeth, reine de Hongrie, retarda 
le mariage jusqu'au moment où, menacée par Charles de 
Durazzo, elle fut obligée de faire appel à Sigismond. La 
mort de Charles et d'Elisabeth (4387), le laissa maître de 
la Hongrie où il fut couronné. Mais sa femme mourut en 
4395, et des insurrections éclatèrent contre Sigismond. 
Il organisa une croisade contre les Turcs et aboutit au 
désastre de Nicopolis (28 sept. 4396). Il finit par res- 
taurer son autorité en Hongrie, en améliora les institu- 
tions, la pacifia, conquit la Bosnie, la Dalmatie, imposa sa 
suzeraineté à la Serbie. Il avait un moment administré la 
Bohème au nom de son frère Wenceslas. A la mort de 
l'empereur Robert le Palatin (1440), il brigua la couronne 
impériale ; les voix se divisèrent également entre lui et 
Josse de Moravie, mais ce dernier mourut presque aussitôt, 
et Sigismond réunit tous les suffrages ; après la retraite 
officielle de Wenceslas, il fut élu de nouveau le 24 juil. 
4444. Retenu par une guerre contre Venise (4444-13), 
il ne put se faire couronner à Aix-la-Chapelle que le 8 nov. 



SIGISMOND ~- SIGNAL 



iO — 



4414, Il essaya de terminer le grand schisme et convoqua 
le concile de Constance (V. ce mot et Schisme) où son 
action fut d'abord très considérable. Il fit abdiquer le pape 
Jean XXIII, puis le fit déposer, écrasa son protecteur Fré- 
déric d'Autriche et appuya le parti des réformes. Mais 
ces projets trop vastes, maladroitement poursuivis, eurent 
des conséquences déplorables. Pour gagner la confiance du 
concile, il lui livra Jean lluss auquel il avait délivré un 
sauf-conduit et qu'il laissa brûler (1415). Il donna le 
Brandebourg (V. ce mot) à Frédéric de Hohenzollern, 
burgrave de Nuremberg. Soucieux de rétablir la paix 
entre la France et l'Angleterre et de gagner les rois d'Es- 
pagne à sa politique ecclésiastique, il entreprit en France, 
en Bourgogne, en Angleterre, un voyage (1415-17) fu- 
neste au prestige impérial ; tandis que Sigismond étalait 
sa misère, l'influence papiste n'étant plus balancée par 
lui l'emportait à Constance, et il assista à l'échec de ses 
projets ; on fit l'élection du pape avant les réformes, ce 
qui entraînait l'inévitable ajournement de celles-ci. Il fut 
tout aussi impossible de réformer le Saint-Empire. Le sou- 
lèvement des Hussites épuisa les ressources de Sigismond 
dans une lutte inexpiable. Il se contenta d'apparences ; 
descendit en Italie où il prit à Milan la couronne de fer 
de Lombardie (25 nov. 1431) et à Rome la couronne 
impériale (31 mai 1433). Il avait fallu négocier avec le 
pape et conclure avec lui et le concile de Bâle une en- 
tente provisoire. Il mourut après avoir obtenu sa recon- 
naissance nominale comme roi de Bohême. 

Après de brillants débuts, Sigismond finit piteusement. 
Sa grâce et sa majesté personnelle, son esprit chevale- 
resque, sa générosité, son instruction (il parlait six langues), 
son intelligence fort étendue, ne purent suppléer au manque 
de caractère et de persévérance. Voluptueux et frivole, 
toujours besoigneux, oubliant volontiers ses devoirs et re- 
courant aux pires expédients pour battre monnaie, il ne 
put mener à bien aucun de ses grands projets. En lui 
s'éteignit la maison de Luxembourg, dont les possessions 
furent partagées entre les Hohenzollern et les Habsbourg ; 
aux premiers, il avait donné le Brandebourg, les seconds 
héritèrent du reste; sa fille Elisabeth (née de son second 
mariage avec Barbara de Cilli) avait épousé l'archiduc 
Albert d'Autriche (V. Albert II, empereur). A. -M. B. 

BiBL.: Regesta bnperii ; Urkunden Kaiser Siegmunds, 
éd. par Altmann ; Iimsbruck, 1896 et suiv. — Deutsche 
Reichstagsakten tn iter Kaiser Siegmund, édités par Kerler; 
Gotha, 1878-86, 3 vol. —Windecke, Das LebenKœnig Sieg- 
munds, éd. par Altmann; Berlin, 1893. — Aschbach, Ges- 
chichte Kaiser Siegmunds ; Hambourg, 1838-45, 4 vol. — 
Bezold, Kœnig Siegmund unddieReichskriege gegen die 
Hussilen; Munich, 1872-77, 3 vol. — Finkp-;, Kœnig Sieg- 
munds reichstœttische Politik 1^10-18 ; Bocholt, 1880. — 
Brandeîsburg, Kœnig Siegmund undKurfûrst Friedrich I 
von Drandenburg ; Berlin, 1891. 

SIGISMOND P^^ et H, rois de Pologne (V. Pologne, 
t. XXn, p. 147 et 148). 

SIGISMOND Vasa, roi de Pologne (V. Pologne, 
t. XXVH, p. 148). 

SIGLOY. Com. du dép. du Loiret, arr. d'Orléans, 
cant. de Jargeau; 523 hab. 

SIGMARINGEN. Ville d'Allemagne, ch.-l. du pays 
prussien de Hohenzollern (V. ce mot), sur le Danube; 
4.321 hab. (en 1895). Château pittoresque sur un ro- 
cher qui domine la ville. 

SIGMODON (Zool.) (V. Hamster). 

SIGNAC. Com. du dép. de la Haute-Garonne, arr. de 
Saint-Gaudens, cant. de Saint-Béat; 182 hab. 

SIGNAKH. Ville de la Caucasie russe, à 800 m. d'alt., 
ch.~l. du cercle de ce nom; 10.069 hab. (Arméniens) en 
1890. Commerce de vins. Aux environs sont le célèbre 
couvent de Lobdy, dédié à saint Nina, et la cathédrale de 
l'évêque de Cachétie où l'on sacrait les rois du pays. 

SIGNAL, l. Marine. — A quelque nation qu'ils appar- 
tiennent, les navires peuvent communiquer, soit entre 
eux, soit avec les sémaphores des côtes, au moyen de si- 
gnaux qui figurent, non plus, comme en télégraphie, des 



lettres de l'alphabet, mais des mots, des phrases — ou plus 
exactement les idées exprimées par ces mots ou ces phrases, 
sans égard pour la façon dont ils s'écrivent — et qui ont 
conséquemment, dans toutes les langues, une signification 
identique. Ce résultat a été obtenu dès 1854 par le Code 
commercial des signaux, qui était, en 1900 encore, ex- 
clusivement employé dans toutes les marines. Le Code 
international de signaux, mis en vigueur le 1^^ janv. 
1901, l'a remplacé. Proposé en 1890 par le gouverne- 
ment anglais aux gouvernements étrangers et accepté, 
après de nombreuses modifications, par toutes les nations 
maritimes, il maintient les principales données de l'an- 
cien, mais il est à la fois plus complet et plus simple. 11 
est basé sur l'emploi de 26 pavillons, variés de forme ainsi 
que de couleur et très faciles à distinguer (signaux de pavil- 
lon), qui correspondent chacun à l'une des vingt-six lettres 
de l'alphabet. Un vingt-septième pavillon, h flamme du 
code, à cinq raies rouges et blanches verticales, avertit, 
hissée sous le pavillon national, que le signal qu'on fait ou 
qu'on va faire doit être interprété au moyen du code, et, 
hissée en tête du mât, qu'on a « aperçu ». Le signal con- 
siste, soit en l'un des 26 pavillons, hissé seul ou avec la 
flamme du code, soit en deux, trois ou quatre de ces pa- 
villons, superposés suivant un ordre déterminé. Les lettres 
correspondantes forment autant de groupements de une, 
deux, trois, quatre lettres, et chacun de ces groupements 
exprime lui-même, dans le langage du code, une idée, un 
mot différents. Il y a 33 signaux d'un seul pavillon (avec 
ou sans la flamme du code), 1.400 de deux pavillons, 
15.500 de trois pavillons, 18.000 de quatre pavillons. Les 
signaux de un et deux pavillons se rapportent à des com- 
munications plus particulièrement fréquentes ou urgentes ; 
ceux de quatre pavillons, au contraire, figurent des termes 
géographiques ou des syllabes de deux et trois lettres 
servant à la composition des noms propres. Le code forme 
un gros volume de 500 pages, traduit dans la langue de 
chacun des trente-huit pays adhérents (en France, par le 
lieutenant de vaisseau Assier de Pompignan) et possédé 
par tous les sémaphores, tous les bâtiments de guerre et 
tous les bâtiments de commerce de quelque importance. Il 
est divisé en deux parties. La première {tables pour in- 
terpréter] donne en regard de chaque lettre et de chaque 
groupement de lettres, rangés alphabétiquement, la signi- 
fication internationale qui lui est attribuée. La seconde 
{tables pour signaler) présente les mots et les phrases 
suivant un ordre méthodique et, en regard, le groupe de 
lettres formant le signal. Est-on, par exemple, sans nou- 
velles et désire-t-on un journal. On trouve dans la se- 
conde partie, sous le mot « journal », la phrase : « Pou- 
vez-vous me prêter un journal? », et, en regard, les lettres 
S B. On hisse d'abord la flamme du code, puis, l'un sous 
l'autre, les deux pavillons correspondant aux lettres S et B, 
et l'autre bâtiment ou le sémaphore retrouve, dans la pre- 
mière partie, à S B, la même phrase ou la traduction de 
cette phrase dans sa propre langue. Il répond par les 
mêmes procédés. Le principal inconvénient du code est 
d'avoir été rédigé par le « Board of Trade » en vue des 
besoins maritimes et commerciaux anglais et de contenir 
pas mal d'expressions qui n'ont pu être traduites qu'im- 
parfaitement dans les autres idiomes. Il est donc préfé- 
rable, pour les phrases compliquées et entre bâtiments 
parlant la même langue, de signaler les mots lettre par 
lettre, tels qu'ils sont écrits. On doit agir de même, na- 
turellement, pour les transmissions de dépêches avec les 
postes sémaphoriques (V. Siîmaphore). Les flottes mili- 
taires ont, d'autre part, chacune leur vocabulaire particu- 
lier et secret, qui ne sert qu'en temps de guerre et qui 
peut être changé aussi souvent que la clef en a été sur- 
prise par l'ennemi. 

Aux grandes distances et par temps très calme les pa- 
villons ne se distinguent pas avec une netteté suffisante. 
On y substitue alors les signaux de grande distance, 
constitués par trois objets de forme simple, un cône à 



— Il — 



SIGNAL 



pointe, une boule et un cylindre, qui se détachent sur le 
ciel sous l'apparence respective d'un triangle, d'un cercle 
et d'un rectangle, et dont les combinaisons donnent les 
vingt-six lettres de l'alphabet. Ou procède, pour le surplus, 
comme avec les pavillons, mais il faut hisser chaque lettre 
successivement et à part. Toutefois, 80 combinaisons spé- 
ciales permettent de faire en une seule fois autant de si- 
gnaux urgents. 

La nuit ou lorsque le brouillard est épais, on a recours 
aux signaux de nuit et de brume. Os se font en em- 
ployant l'alphabet Morse (V. Télégraphe) et en figurant 
les longues et les brèves (traits et points), soit par des 
éclats lumineux longs ou hvd'è [signaux lumineux), soit 
par des sons longs ou brefs produits au moyen de sifflets 
à vapeur, de sirènes, de trompettes, etc. {signaux so- 
nores) [V. Sirène]. Sauf pour dix signaux urgents, qui 
ont une signification internationale et qui sont fixés par 
le code, ils ne se prêtent pas à l'application de ce dernier. 
Ils sont susceptibles d'engendrer, dans les parages très 
fréquentés, de graves confusions, et l'abus en est expres- 
sément prohibé. 

Les signaux à bras nécessitent, comme les signaux de 
nuit, la décomposition des mots en lettres'et ne permettent, 
comme eux , que des communications entre personnes par- 
lant la même langue. Ils sont identiques à ceux en usage dans 
l'armée (V. Télégraphe). Quant aux bras dont sont mu- 
nis les sémaphores, ils ne servent pas, chez nous, à ren- 
contre de ce qui a lieu en Angleterre, pour les corûmuni- 
cations commerciales. 

Les signaux de détresse sont très variés, de façon 
qu'un bâtiment désemparé en ait toujours un à sa dispo- 
sition. De jour, on tire des coups de canon ou on fait 
partir des explosifs à une minute d'intervalle, ou on pro- 
duit un son continu, ou on hisse soit les pavillons NG du 
code international, soit une boule et un pavillon rectan- 
gulaire quelconque. De nuit, on fait les mêmes signaux 
sonores, ou on lance, à de courts intervalles, une série 
d'artifices lumineux (fusées ou bombettes), ou on produit 
de grandes flammes par la combustion de barils de gou- 
dron ou d'huile. 

Il y a aussi des signaux d'appel des pilotes et des si- 
gnaux de remorque spéciaux. 

Les signaux de marée se font, à Fentréa des ports, au 
moyen de ballons noirs et de pavillons qu'on hisse à des sé- 
maphores (mâts avec vergue). Dès qu'il y a 2 m. d'eau dans 
le chenal et pendant toute la durée du flot, une flamme 
noire surmonte un pavillon blanc rectangulaire, avec croix 
de Saint" André noire {marée montante). Pendant Tétale, 
le pavillon reste seul {pleine mer). Pendant le jusant, la 
flamme est au-dessous du pavillon (man^^ descendante). 
Le tout est amené, dès que la profondeur d'eau est descen- 
due au-dessous de 2 m. Elle est indiquée, en quarts de 
mètres, à partir de 3 m., par un ballon placé à l'inter- 
section du mât et de la vergue. Chaque ballon au-dessous 
et le long du mât indique 1 m. en plus; un ballon vu à 
gauche, à l'extrémité de la vergue, O'^,2o; vu à droite 
0'^,50 ; un à droite et un à gauche, 0"^,75. Un pavillon 
rouge signifie que, vu l'état de la mer, l'entrée du port 
est interdite. La nuit, des feux remplacent les pavillons. 

Les avis de tempêtes sont donnés par les postes séma- 
phoriques et par les sémaphores des ports au moyen d'un 
cône et d'un cylindre, se détachant comme un triangle et 
un rectangle noirs. Ils restent hissés pendant quarante- 
huit heures et indiquent, d'après les informations du bu- 
reau météorologique de Londres (pour les ports de Dun- 
kerque à Nantes) ou de l'observatoire de Rochefort (pour 
les ports de Nantes à Bayonne), non le temps ou le vent 
qui règne, mais l'approche du mauvais temps ou la direc- 
tion du vent à redouter. Le cône, la pointe en bas, signale 
la probabilité de forts vents du Sud, la pointe en haut, de 
forts vents du Nord, le cylindre sur le cône, une tempête 
probable du Sud, sous le cône, du Nord. Enfin des pavil- 
lons, des guidons et des flammes, de couleur quelconque, 



signalent le temps au lar^e : un pavillon signifie que le 
temps est douteux, un guidon que la mer est grosse et 
l'apparence mauvaise, une flamme qu'il y a apparence de 
meilleur temps, un pavillon au-dessus d'un guidon que 
l'entrée du port devient mauvaise, un guidon supérieur 
au pavillon, que le bateau de sauvetage va sortir. 

Les bouées et les balises (V. ces mots) constituent, de 
leur côté, autant de signaux. En France, celles cjue les na- 
vigateurs doivent laisser à tribord en venant du large sont 
peintes en rouge avec une large ceinture blanche un peu 
au-dessous de leur sommet, celles qui doivent être laissées 
à bâbord, en noir, celles qui peuvent être laissées indiffé- 
remment à bâbord ou à tribord en bandes alternativement 
rouges et noires. Les têtes des roches sont peintes de la 
même façon. Les bouées d'appareillage sont toutes blanches. 
La partie des balises qui est au-dessous du niveau des 
plus hautes roches est également laissée en blanc. 

Enfin, chaque bâtiment, aussi bien de la marine mar- 
chande que de ïa marine militaire, a son signal distinctif, 
son numéro, qui lui permet de se faire reconnaître. On y 
a affecté les combinaisons de quatre lettres depuis G B Q C 
jusqu'à W V T S, les signaux GQBCàGWVT étant 
réservés aux bâtiments de guerre et ceux de H B C D à 
W V T S aux bâtiments de commerce. Chaque gouverne- 
ment en dispose, en sorte que deux bâtiments n'appartenant 
pas à la même marine peuvent avoir le même signal. On y 
obvie en l'accompagnant toujours du pavillon national sous 
lequel le bâtiment navigue. En France, il y a trois listes : 
celle de la marine nationale, celle de la marine de commerce, 
celle du Yacht-Club de France et du Cercle de la voile. Le 
cuirassé Chaires-Martel, par exemple, a le signal G R C M, 
qui se fait en hissant simultanément les quatre pavillons 
correspondants ainsi que le pavillon français . 

IL Art militaire. — Les armées en campagne ont eu 
recours, de toute antiquité, à des signaux, soit pour trans- 
mettre rapidement les ordres à distance, soit pour porter 
au loin la nouvelle d'une victoire ou d'une défaite, soit 
enfin et surtout pour se faire tenir au courant des mou- 
vements de l'ennemi. Les hérauts, les porte-enseignes 
étaient plus spécialement préposés à ce service, et les 
moyens employés variaient naturellement beaucoup, quel- 
ques-uns fort rudimentaires, d'autres très ingénieux, sui- 
vant l'esprit plus ou moins inventif du peuple ou du chef. 
La nuit, toutefois, c'étaient presque uniformément de grands 
feux ou des torches allumés sur les colfines et figurant, 
par leur durée ou par leur nombre, des phrases conve- 
nues ou les différentes lettres de l'alphabet. Polybe et 
Julius Africanus donnent, sur quelques-unes de ces com- 
binaisons, où les Grecs excellaient, des détails très curieux. 
Chez les Gaulois, des crieurs étaient, au témoignage de 
César, disposés de distance en distance, et la nouvelle d'un 
massacre des Romains, à Orléans, put ainsi parvenir du 
matin au soir en Auvergne. L'invention de la télégraphie 
électrique et du téléphone, tout en ayant considérablement 
diminué, de nos jours, l'importance relative des signaux, 
ne les a pas, pourtant, fait complètement délaisser ; au 
contraire, la télégraphie optique a été, dans ces vingt 
dernières années, sous l'influence des nécessités nouvelles 
de la tactique, l'objet d'attentions toutes particulières, et 
chaque corps d'armée, chaque régiment de cavalerie a ses 
signaleurs, instruits à la manœuvre et à l'interprétation 
des signaux à bras et des signaux lumineux (V. Té- 
légraphe, § Art militaire). L. S. 

III. Géodésie. — On donne, dans les opérations géo- 
désiques, le nom de signal à un objet naturel ou à une 
construction artificielle occupant le centre d'une station et 
servant de point de mire pour la triangulation. Il est dit 
vu par vision positive, quand il se projette sur le terrain, 
par vision négative, quand il se projette sur le ciel. Un 
arbre dépouillé de branches, une tour sont de bons signaux, 
si toutefois ils ne sont pas trop larges au sommet, car alors 
ils donnent lieu à des erreurs de phase (V. Phase). Les 
flèches offrent l'inconvénient, observées à de grandes dis- 



SIGNAL ~ SIGNATURE 



— n 



tances, de se perdre dans le ciel. Comme signaux artifi- 
ciels, un poteau surmonté d'un tonneau, un disque verti- 
cal percé d'un trou au centre, et surtout l'hélioscope de 
Gauss donnent d'excellents résultats. On se sert aussi très 
souvent en France d'une charpente pyramidale fermée de- 
puis le haut jusqu'à 2 m. du sol par des planches et sur- 
montée d'une autre pyramide, beaucoup plus petite et 
renversée. L'observateur se place à l'abri sous la première, 
au point indiqué par un fil à plomb tombant du sommet , 
et la seconde sert de signal. Les signaux de nuit (flammes 
de Bengale, lampes à réflecteur, etc.) ne doivent pas être 
conseillés : ils ne sont ni stables, ni sûrs. Pour les signaux 
de premier ordre, correspondant à la triangulation du 
premier ordre (V. Carte, t. IX, p. 578, et Triangula- 
tion), on choisit des points très élevés, commandant au- 
tant que possible toute l'étendue environnante. Ils sont 
indiqués sur notre carte de l'état-major au 1/80.000 par 
un petit triangle accompagné de l'abréviation 5^^ et d'un 
nombre qui indique en mètres l'altitude au-dessus du niveau 
de la mer. L. S. 

IV. Chemin de fer (V. Chemin de fer, t. X, p. 1038). 

SI 6NAL-de-Notre-Dame-les Monts. Sommet du dép. 
du Puy-de-Dôme (V. ce mot, t. XXYIÏ, p. 982). 

S IGN AL B ERG. Colline de la Prusse orientale (V.Prusse, 
t. XXVII, p. 873). 

SIGNALEMENT (Dr. adm.). C'est le relevé des signes 
extérieurs qui permettent — autant que possible — de 
reconnaître, à première vue, l'identité d'une personne. 
Ces signes seront donc les plus apparents: la taille, l'ex- 
pression de la physionomie, couleur des yeux, forme du 
nez, dimension de la bouche, couleur des èheveux et des 
sourcils, de la barbe, coupe du visage, etc. ; marques spé- 
ciales, difformités ou infirmités visibles. Ces signes, rele- 
vés d'ailleurs la plupart du temps avec une certaine 
négligence, sont inscrits sur les passeports, les livrets 
militaires, certains contrats d'assurances, etc. Lorsqu'un 
crime a été commis, on forme souvent, d'après des données 
assez vagues, le signalement du coupable présumé, et on le 
transmet à tous les agents de police judiciaire, afin de favo- 
riser son arrestation. La photographie a rendu de grands 
services en ajoutant son témoignage précis aux données du 
signalement ; enfin le signalement anthropométrique a com- 
plété, par ses mensurations, les renseignements que l'on peut 
recueillir sur les criminels susceptibles de reparaître de- 
vant les tribunaux (V. Anthropométrie). R. S. 

S IGN AN. Rivière du dép. du Morbihan (V. ce mot, 
t. XXIV, p. 311). 

SIGNATURE (Dr. canon) (V. Bref et Bulle). 

SIGNATURE. I. Paléographie (V. Souscription). 

IL Histoire religieuse. — C'est une sorte de rescrit ex- 
pédié en papier, sans aucun sceau, contenant la suppli- 
cation, la signature du pape ou de son délégué, et la con- 
cession de la grâce. On lui a donné ce nom à cause de 
sa partie la plus noble, qui est le seing du pape. — On 
en distingue deux espèces : la signature de yrâce et la 
signature de justice. La première a lieu dans les matières 
bénéficiales ; la seconde, dans les matières contentieuses. 
Chacune d'elles s'entend d'un bureau dans la chancellerie, 
qui a son préfet, c.-à-d. un officier commis pour prési- 
der à l'assemblée où se traitent les matières soit de grâce, 
soit de justice. — Quand c'est le pape qui signe, son 
seing se fait de trois manières : 1^ par Fiat utpetitur; 
2^ simplement par Fiat suivi de la première lettre du 
nom du pape; 3<* par Fiat motu proprio, sans ajouter 
ut petitiir. Quand c'est le vice-chancelier ou un autre 
commis du pape qui signe, il met : Concessum ut peti- 
tur in prœsentia D.N. P. P. et ensuite les lettres ini- 
tiales de son nom. Personne, autre que le pape, ne peut si- 
gner par Fiat les grâces qu'il lui est permis d'accorder, 
mais seulement par Concessum, On n'excepte que le péni- 
tencierdans certains cas. E.-H. V. 

III. Législation. — Apposition au bas d'un acte ou 
d'un écritit du nom de la personne qui l'a dressé ou qui 



en certifie la sincérité. Ainsi, la signature au bas d'une 
lettre indique que celle-ci a bien été écrite par celui qui 
a signé ; de même, la signature du président et du greffier 
au bas d'un jugement indique que celui-ci a été rendu 
par le tribunal auquel ce magistrat et cet officier public 
sont attachés. Dans les contrats sous seing privé, la si- 
gnature est exigée à peine de nullité ; il en résulte que 
les personnes qui ne savent pas écrire, ou tout au moins 
signer, ne peuvent contracter que par acte authentique. 
La loi exige, de plus, certaines signatures dans un grand 
nombre d'actes : ainsi les actes authentiques doivent être 
signés du notaire ou des notaires par lesquels ils sont re- 
çus; les jugements doivent être signés, comme on vient 
de le voir, par le président et par le greffier ; les testa- 
ments olographes doivent être signés par le testateur ; les 
conclusions, par les avoués; les significations et autres 
exploits (V. ce mot), par les huissiers ; les procès- ver- 
baux, par les gendarmes, gardes, douaniers, etc. , qui les 
ont rédigés, etc. 

En principe, la signature d'une personne se compose 
de son nom et de son prénom, mais, en fait, il est plus 
exact de dire qu'elle se compose des signes auxquels cette 
personne entend donner le caractère de signature. C'est 
ainsi que certaines signatures sont absolument illisibles 
et sont cependant valables, mais il faut tout au moins 
qu'elles présentent certaines formes, et par exemple une 
croix tracée par un illettré ne saurait être considérée 
comme une signature valable. Celui qui apposerait cette 
croix ou cette marque, comme étant la signature d'une 
autre personne, ne commettrait donc pas le crime de 
faux. La signature ne peut être que manuscrite ; elle se- 
rait nulle si elle était autographiée, gravée ou imprimée. 
Elle peut d'ailleurs être ou non accompagnée d'un pa- 
rafe, selon que celui qui l'a tracée est ou non dans l'habi- 
tude de parafer. La signature garantit la sincérité de tout 
ce qui la précède, mais non de ce qui la suit. Il en ré- 
sulte que si, après avoir rédigé une convention, et signé, 
les parties veulent y ajouter un post-scriptum, elles doi- 
vent encore signer après celui-ci à peine de nullité. D'ail- 
leurs, en général, et sauf pour les testaments olographes, 
il n'est pas nécessaire que le corps de l'acte soit écrit par 
la personne même qui l'a signé. Dans certains cas, la si- 
gnature est donnée au bas d'une feuille blanche qui devra 
recevoir plus tard la convention ou l'écrit ; c'est ce qu'on 
appelle signature en blanc ou blanc-seing ; l'abus qui en 
serait fait est un crime ou un délit prévu et puni par 
l'art. 407 du C. pén. Nul ne peut revenir sur sa signature 
une fois qu'il l'a donnée et que l'acte sur lequel il l'a ap- 
posée est sorti de ses mains, à moins qu'il n'attaque le 
contrat tout entier pour dol, erreur ou violence. Aussi la 
loi exige-t-elle, et la prudence conseille-t-elle, de toujours 
faire lire ou de lire soi-même l'acte sur lequel on est re- 
quis d'apposer sa signature. Lorsqu'une personne illettrée 
est dans l'obligation de donner sa signature, elle ne peut 
que recourir à l'intermédiaire d'un mandataire spécial et 
authentique. Dans certains cas, un écrit non signé peut 
cependant servir de commencement de preuve par écrit 
(art. 1330. C. civ.). F. Girodon. 

IV. Droit international. — La signature est, pour une 
convention internationale, la formalité qui en termine 
la conclusion. Il est rare que les chefs d'Etat signent per- 
sonnellement les traités qu'ils contractent ; ils en laissent 
le soin à des délégués munis de leurs pleins pouvoirs. Quant 
à l'ordre des signatures sur l'instrument final, lorsqu'un 
traité est conclu entre deux puissances seulement, on ob- 
serve Valternat, c.-à-d. que chacune des puissances est 
nommée et signe avant l'autre sur l'original qui doit de- 
meurer en sa possession. Lorsqu'un traité est conclu entre 
plus de deux puissances, le règlement fait au congrès de 
Vienne en date du 19 mars 1815 porte que le sort doit 
décider dans quel ordre les signatures se suivront ; mais, 
dès la ratification de l'acte du congrès, l'Autriche, la 
Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie convinrent d'em- 



— 13 — 



SIGNATURE -- SIGNE 



ployer Tordre alphabétique de préférence au sort, et c'est 
ce que l'on fait généralement aujourd'hui ; cet ordre est 
déterminé par l'initiale du nom de la puissance en fran- 
çais. Au congrès pan-américain de Washington (1889- 
90), les dix-sept répubHques représentées ont recouru au 
sort pour fixer l'ordre des préséances. Dans le cas où une 
puissance intervient comme médiatrice entre deux ou plu- 
sieurs autres, c'est elle qui occupe la première place dans 
le traité conclu par ses soins. Ernest Leur. 

V. Typographie (V. Livre et format). 

BiBL. : Droit international. — Calvo, Dictionnaire 
de droit international; l*a.rïs, 1885, v° Signature. — A. 
RiviER, Principes du droit des gens; Paris, 1896, t. 1='", 
n» 29. 

SI6NAU. Village de Suisse, dans la grande vallée de 
l'Emmenthal, cant. de Berne; 2.843 hab. Stat. de la 
Ugne Berne-Lucerne. Au-dessus, sur le sommet d'une 
colline escarpée, les ruines d'un château. 

SIGNE. I. Philosophie. — Le signe est un phéno- 
mène apparent qui nous révèle l'existence d'un phénomène 
caché : par exemple la fumée que je vois est le signe du 
feu que je ne vois pas; la rougeur que je vois est le signe 
de l'émotion que je ne vois pas. — Le signe n'existe donc 
que pour une intelHgence. Le mécanisme psychologique 
des signes est assez simple. Pour interpréter un signe 
nous n'avons besoin d'aucune de ces facultés spéciales 
qu'aimaient à invoquer les Ecossais; il n'y a pas une 
faculté fV interprétation des signes, comme le disaient 
Th. Reid, Dugald-Steward, et même Jouffroy. Tout le 
mystère s'explique par deux phénomènes connus : Vas- 
sociation et le jugement. Il y a un premier temps : 
c'est une association d'idées : par exemple, voyant la 
fumée, je pense au feu. Mais il ne faut pas s arrêter 
là, car penser au feu, ce n'est pas croiî^e qu'il y a 
réellement du feu ; souvent il y a association sans qu'il 
y ait signe : par exemple, voyant une étoffe rouge, je 
pense au sang, mais sans croire pour cela que l'étoffe a 
réellement été teinte de sang. — Il y a donc un deu- 
xième temps : nous jugeons, nous allirmons l'existence 
réelle de l'objet auquel nous pensons. J'affirme qu'il y a 
vraiment du feu, qui produit la fumée que je vois. Si 
l'étoffe est d'un certain rouge, je juge qu'il y a vraiment 
du sang qui l'a rougie. — Bref, deux actes dans l'inter- 
prétation d'un signe : un acte mécanique, évocation 
d'idées ; un acte de la raison, affirmation réfléchie (qui le 
plus souvent est elle-même la conclusion d'un raisonne- 
ment). 

On distingue ordinairement deux espèces de signes : 
les signes conventionnels et les signes naturels. Le signe 
conventionnel est celui qui est attaché à la chose signifiée 
par une convention humaine : par exemple les signaux 
maritimes, les notations de la musique. Le signe naturel 
est celui qui est lié à la chose signifiée par une loi de la 
nature ; par exemple la fumée, signe du feu ; les gestes 
et les cris, signes d'émotions. Règle générale : la cause est 
le signe naturel de l'effet, et l'effet signe naturel de la cause. 

— Le groupe le plus important de beaucoup est le lan- 
gage. Ici la « chose signifiée » est un état de conscience, 
et, plus spécialement, une idée abstraite ; et le signe est 
produit volontairement par l'homme pour exprimer cette 
idée ; c'est, soit un geste, soit un caractère tracé à la main, 
soit un son. Nous n'avons pas à étudier ici ce groupe de 
signes (V. Parole). 

Ce qu'il importe de bien voir, quand on réfléchit, non 
pas spécialement sur le langage, mais sur les signes en 
général, c'est à quel point ils sont nécessaires à toute 
pensée. Penser, c'est presque toujours interpréter des 
signes. Toutes nos connaissances, depuis la simple per- 
ception des corps et le simple souvenir, jusqu'aux con- 
ceptions de la science, sont des interprétations de signes. 

— Soit d'abord la perception sensible : j'entends une voi- 
ture rouler dans la rue ; en réalité que se passe-t-il ? 
J'entends un son, et j'interprète cette sensation sonore 
comme étant le signe d'une voiture qui passe. De même 



quand je dis que je vois un arbre à dix pas de moi, le phé- 
nomène réel est le suivant : je vois certaines taches vertes 
et je les interprète comme signes d'un feuillage d'arbre 
situé à dix pas. Toute perception s'explique par le même 
mécanisme. — Le souvenir, lui aussi, est une interpréta- 
tion de signes ; quand je me souviens d'un événement 
passé, il y a en moi une image actuelle ; et j'interprète 
cette image comme signe d'un événement réel et passé. — 
La connaissance scientifique ne diffère pas sur ce point de 
la simple connaissance sensible et de la simple mémoire ; 
la physique cherche la cause des phénomènes : or, pour 
savoir qu'un antécédent est une cause réelle, il n'y a qu'un 
moyen : s'en rapporter à certains signes, comme la cons- 
tance de la succession, ou mieux l'impossibilité de mo- 
difier la cause présumée sans modifier du même coup l'effet 
présumé. — L'histoire naturelle classe les êtres ; or, 
qu'est-ce que classer, sinon se fier à certains signes pour 
ranger dans le même groupe deux êtres en apparence 
différents ? — L'histoire affirme l'existence de certains 
événements passés : or quel moyen a-t-elle, si ce n'est de 
consulter certains documents, c.-à-d. certaines traces- q\\ 
certains signes de son passage qu'a laissés le fait qui 
n'est plus ? — Plus généralement , toute science tra- 
vaille sur des concepts ou idées générales : or qu'est- 
ce qu'un concept si ce n'est un symbole qui nous repré- 
sente une multitude de cas particuHers, que notre esprit 
ne pourrait embrasser? Nous manions ces symboles au 
lieu de manier les cas particuliers, comme on manie le papier- 
monnaie au lieu de manier le numéraire (Brochard). — Bref, 
connaître, c'est presque toujours interpréter des signes : 
l'univers devant lequel nous sommes placés est comme un 
immense système de signes : il faut le déchiffrer. — La 
métaphysique elle-même n'est qu'un effort pour dégager 
le sens unique et profond de ce système de signes, pour 
découvrir la chose signifiée : matière, esprit ou Dieu. 

Il suit de là que le signe est une cause fréquente, la 
vraie cause de Verreur. Toute erreur consiste dans une 
interprétation inexacte : un ventriloque est près de moi ; 
il émet un certain son : j'interprète ce son comme étant 
le signe d'une voix qui m'appelle de l'étage supérieur : 
voilà une « erreur des sens ». Deux faits A, B, se suivent 
plusieurs fois de suite : j'interprète cette succession fré- 
quente comme signe de la causalité : voilà une erreur de 
raisonnement. — En somme, toute erreur vient de ce que 
nous ramenons, de gré ou de force, les cas nouveaux qui 
se présentent à nous à des cas déjà connus : or, pour 
opérer cette réduction, c'est à certains signes que nous 
nous fions. — Se tromper, c'est donc toujours mal com- 
prendre un signe. Camille Mélinand. 

II. Paléographie (V. Auréviations). 

ni. Histoire religieuse. — Signe de la Croix (V. 
Croix, t. XIII, p. 464). 

IV, Alchimie. — Signes alchlmiques. — Les alchi- 
mistes grecs avaient tout un symboHsme, qui paraît dé- 
river d'origines égyptiennes. On en trouve déjà quelques 
traces dans le papyrus de Leyde. Il est surtout développé 
dans les manuscrits grecs du moyen âge, où il comprend 
plusieurs centaines de signes. A chaque métal, désigné par 
un symbole planétaire, on adjoint les signes de ses dérivés, 
limaille, feuilles, métal grillé, soudure, alliages, minerai, 
rouille (oxyde), etc.— Puis viennent les signes de divers 
appareils, de différentes plantes et produits. — On trou- 
vera la photogravure de tous ces signes dans mon Intro- 
duction à la chimie des anciens et du moyen âge. 

Ces signes se retrouvent et même augmentés dans les 
alchimies syriaques ; mais il n'en subsiste • que quelques 
traces dans les alchimies arabes. — Ils ont disparu dans 
les traités alchimiques latins du moyen âge. Mais la tra- 
dition en reparaît, avec quelques signes nouveaux, dans les 
ouvrages imprimés aux xvi«, xvii^ et xviii« siècles. Lavoi- 
sier même avait d'abord proposé certains symboles nou- 
veaux, avant qu'il eût adopté la nouvelle nomenclature 
chimique. M. Bektiielot. 



SIGNE ^ SIGNIFICATION 



— 44 — 



V. Mathématiques. — Bien que le terme général 
de signes puisse s'appliquer aux divers symboles de l'ana- 
lyse (V. Mathématiques, t. XXIII, p. 397), on l'em- 
ploie plus particulièrement en l'appliquant aux deux si 
gnes +, — , qui symbolisent l'addition et la soustrac- 
tion. C'est la généralisation de l'usage du signe — qui a 
conduit à la théorie des quantités négatives. Les appli- 
cations de cette théorie sont innombrables dans toutes les 
mathématiques, et nous n'en pouvons même ici donner 
des exemples. Il nous paraît plus utile d'insister sur l'ex- 
tension de ces notions à la géométrie. Dès que l'on con- 
sidère des segments portés sur une même droite ou sur 
des droites parallèles, il est indispensable, si Ton veut 
arriver à une conception un peu précise et complète des 
faits géométriques, d'affecter chaque segment d'un signe '' 
qui exprime son sens, le sens positif étant d'ailleurs ar- 
bitraire et fixé par convention. Les angles ne peuvent non 
plus entrer dans le calcul sans être affectés d'un signe. De 
même, par voie de conséquence, les aires des figures planes 
doivent, elles aussi, être affectées d'un signe, qui corres- 
pond au sens de circulation, suivant lequel le périmètre 
est supposé parcouru. Il est enfin possible de donner éga- 
lement un signe au volume d'un tétraèdre. 

C'est grâce à l'introduction des signes qu'on a sur une 
droite, entre trois segments AB, BC, CA, la relation 
AB -h BC + CA HZ qui existe toujours, quelles que 
soient les positions des points A, B, C sur la droite. Il 
y a lieu de remarquer aussi la relation 

(OAB) + (OBC) 4- (OCA) ==: (ABC) 
entre les aires des quatre triangles OAB,... sur un même 
plan, relation qui est toujours vraie, si l'on tient compte 
des signes, pour quatre points arbitraires du plan. Il est 
très désirable que ces notions claires, simples et fécondes 
soient introduites dans l'enseignement, même dès le dé- 
but, ce qui n'a pas encore lieu assez généralement. Cela 
vaudrait mieux que de forcer la mémoire des élèves à re- 
tenir une foule de démonstrations de propositions à peu 
près inutiles, héritage encombrant de l'antiquité, qui sont 
restées daus les traditions de l'enseignement et contri- 
buent fréquemment à fatiguer l'esprit et provoquer le dé- 
goût des commençants. C.-A. Laisant. 

VI. Astronomie (V. Zodiaque). 

SIGNES. Com. du dép. du Var, arr. de Toulon, cant. 
du Beausset; 1.264 hab. 

SIGNÉVILLE. Com. du dép. de la Haute-Marne, arr. 
de Chaumont, cant. d'Andelot; 162 hab. 

SIGNIA. Ville d'Italie (V. Segni). 

SIGNIFÈRE (Antiq. rom.) (V. Signum). 

SIGNIFICATION. I. Grammaire. — La signification 
propre et primitive des mots est celle en vue de laquelle ils 
ont été institués ; les autres sont dérivées ou figurées. 
Quelle que soit la valeur des différentes théories imaginées 
pour expliquer l'origine du langage, la signification primitive 
des mots est constatée parFétymologie, qui en analyse les 
éléments, et permet de remonter, en séparant les parties 
qui signifient des idées particulières, à une combinaison 
de sons articulés qui signifie une idée générale, indépen- 
damment de ses rapports avec d'autres idées, et qu'on 
appelle racine (V. Etymologie, Racine). L'idée fonda- 
mentale signifiée par une racine est alors associée avec 
d'autres idées qui la modifient de diverses manières, et 
dont l'expression est intimement unie à la racine elle-même 
pour former ce qu'on appelle un mot. La forme d'un mot 
est donc constituée, dans le langage parlé et par suite 
dans le langage écrit, par la combinaison de certains élé- 
ments significatifs avec la racine, dont ils déterminent et 
précisent la signification générale et abstraite. Mais la si- 
gnification des mots doit être d'abord cherchée dans la 
signification des racines. Toute racine signifie quelque chose 
de sensible, et c'est seulement par des métaphores tirées 
des choses sensibles que l'on peut désigner les idées de 
l'ordre moral. Mais que devons-nous entendre par quelque 



chose de sensible ? La signification des racines est rap- 
portée nécessairement, soit à l'idée d'objet, soit à l'idée 
de mode, c.-à-d., si l'on fait abstraction des circons- 
tances accessoires de lieu, de temps, etc., à l'idée de quel- 
que chose qui subsiste par soi-même et indépendamment 
d'autre chose, ou à l'idée de quelque chose qui ne subsiste 
qu'en autre chose, indépendamment ou non de l'idée de 
mouvement. Or on remarquera que la racine ne se rap- 
porte à un objet qu'en tant qu'elle devient un mot ; en 
elle-même elle est rapportée à l'idée de mode ; les racines 
signifient donc primitivement un mode sensible, qualité 
ou action. S'il n'est pas possible, dans l'état actuel de la 
science, de découvrir la raison qui a attaché telle ou telle 
signification à telle ou telle combinaison de sons articulés, 
on peut néanmoins admettre qu'en général la racine doit 
toujours se trouver dans un certain rapport avec le mode 
sensible qu'elle signifie; elle en est l'image, ou l'analogue, 
ou le signe. Elle en est l'image, quand la chose signifiée 
est ou représente un son qu'elle reproduit : c'est l'ono- 
matopée (V. ce mot) ; elle en est l'analogue, lorsqu'elle 
produit sur l'oreille la même impression qae la chose si- 
gnifiée produit sur les autres sens ou sur l'imagination : 
c'est ainsi que beaucoup de langues redoublent la racine 
pour exprimer, soit le pluriel, soit l'intensité ; elle en est 
le signe, quand le rapport primitif est effacé et qu'il ne 
reste plus que le rapport étabh par l'usage et par la tra- 
dition. La signification de la racine est modifiée, soit par 
un changement intérieur, soit par l'adjonction de suffixes ; 
et d'autres suffixes, appelés plus spécialement désinences, 
viennent encore préciser la signification nouvelle ; c'est 
par eux, en grande partie, que les mots une fois consti- 
tués signifient l'expression des rapports grammaticaux. 
Mais tout mot, considéré isolément et dans son radical, n'a 
qu'une seule signification, à laquelle se ramènent toutes 
ses acceptions dérivées ou figurées ; et l'on nomme tropes 
(V. ce mot) les différentes modifications que subissent les 
mots dans leur signification propre et primitive. La science 
qui s'occupe de la signification des mots, et de l'évolution 
de ces significations à travers les âges, a reçu différents 
noms, entre autres ceux de sémasiologie et de séman- 
tique {Y. ce dernier mot) ; mais elle n'est encore qu'à ses 
débuts, ou du moins n'a pas encore donné tout ce qu'on 
est en droit d'attendre d'elle. Mondry Beaudouin. 

IL Procédure. — Connaissance qu'une partie donne à 
l'autre d'un exploit, d'une décision de justice ou d'un fait 
qu'elle a intérêt à connaître. En pratique, on appelle sou- 
vent sigriiflcation Vsicte même qui porte cet exploit, cette 
décision ou ce fait à la connaissance de l'autre partie. 
D'après l'art. 147 du C. de procéd. civ., aucun juge- 
ment ne peut être exécuté avant d'avoir été signifié à 
avoué, et, s'il porte condamnation, à partie. Il s'ensuit 
qu'on doit signifier tous jugements, de quelque juridiction 
qu'ils émanent, tribunaux civils, tribunaux de commerce, 
justices de paix, juridictions administratives ou discipH- 
naires. Il y a encore lieu de signifier l'exploit de saisie- 
arrêt (art. 560, C. pr. civ.), l'acceptation d'une donation, 
quand elle a lieu par acte séparé (art. 932, C. civ.), les 
transports de créances (art. 1690), et un grand nombre 
d'autres actes énumérés par la loi. La signification d'un acte 
se fait par ministère d'huissier (V. ce mot) de façon qu'elle 
parvienne le plus sûrement possible à la personne à laquelle 
elle est adressée. Le plus souvent la loi fixe un délai dans 
lequel la signification doit être faite ; ainsi, par exemple, les 
conclusions doivent être signifiées par les avoués, trois jours 
au moins avant l'audience ; l'indication de ces délais serait 
sans intérêt, et nous nous dispenserons de la donner. 
Pour signifier un acte à une personne, l'huissier remet 
à cette personne, ou, s'il ne la rencontre pas, à son do- 
micile, une copie de l'exploit qu'il est chargé de notifier ; 
cette remise peut également avoir lieu au domicile élu, 
lorsqu'il y en a un. Enfin, lorsqu'il s'agit de signifier un 
acte à une partie absente ou qui refuse de recevoir la 
copie qui lui est présentée, ou qui n'a ni résidence ni do- 



— 15 — 



SIGNIFICATION - SIGNORELLI 



micile connus, l'huissier fait ce qu'on appelle, en pratique, 
un parquet, c.-à-d. signifie l'acte dont il s'agit au pro- 
cureur de la République. 

D'après l'art. 1037 du C. de procéd., aucune significa- 
tion ne peut être faite, depuis le 1*^^ oct. jusqu'au 31 mars, 
avant 6 heures du matin et après 6 heures du soir ; e*t 
depuis le 1®*" avr. jusqu'au 30 sept, avant 4 heures du 
matin et après 9 heures du soir. II n'en peut pas davan- 
tage être fait un dimanche, ou un jour de fête légale, 
c.-à-d. les jours de l'Ascension, l'Assomption, la Tous- 
saint, Noël, le l®'' jour de Fan, le 14 juillet, les lundis de 
Pâques et de Pentecôte. Dans ces limites, la signification 
d'un acte peut être faite à tout moment et en tous lieux, 
même à l'église. La loi autorise même le président du 
tribunal statuant en référé à autoriser la délivrance d'une 
signification un dimanche ou un jour de fête légale, s'il 
y a urgence. Toute signification faite, sans cette permis- 
sion, un jour de fête légale, toute signification faite en 
dehors des heures indiquées par la loi, est radicalement 
nulle et doit être considérée comme non avenue. On a vu 
que la signification préalable d'une décision de justice est 
nécessaire pour qu'elle puisse être exécutée; tant que 
cette signification n'a pas eu lieu, le jugement est consi- 
déré, au point de vue de l'exécution, comme n'existant 
pas. La signification fait également courir le délai pendant 
lequel ce jugement peut être attaqué. 

SIGNORELLI (Luca d'Ecimo bi Ventura), célèbre 
peintre italien, né à Cortone vers 1441, mort à Cortone 
en 1523. Par sa naissance comme par ses études, ce 
maître relève à la fois de l'Ecole toscane et de l'Ecole om- 
brienne. Placé, dès l'âge de dix ans, dans l'atelier de 
Piero délia Francesca, qui habitait alors Arezzo, il s'ins- 
pira par la suite des leçons des Florentins. Au premier, il 
prit son réalisme et l'indépendance de sa vision ; aux autres 
le goût de certaines études scientifiques, telles que l'ana- 
tomie, dans laquelle il ne tarda pas à les surpasser. 
Pour apprécier sa supériorité, il suflit de le mettre 
en parallèle avec son contemporain florentin, Antonio 
Pollajuolo. Celui-ci aussi étudiait avec ardeur l'anatomie; 
de même que Signorelli, il s'appliquait à un dessin ou à 
un modelé vibrant et ressenti ; de même que lui, il s'éver- 
tuait à mettre en saillie l'effort physique, par exemple 
dans son Saint Sébastien, de la National Gallery ; mais 
il manquait, au premier chef, du souffle et de la force né- 
cessaires pour des compositions quelque peu nombreuses ; 
bref, comparé à son émule de Cortone, il nous apparaît 
comme un impuissant, en tant que peintre du moins, car 
le statuaire a droit à notre estime. 

Dessinateur de première force, à l'imagination puis- 
sante, avec un goût décidé pour l'expression drama- 
tique, le débutant ne tarda pas à affirmer sa personnalité. 
Sa note caractéristique, dans le vaste concert d'efforts 
qui allait transformer l'art italien et aboutir aux suprêmes 
triomphes de l'âge d'or, était la fierté de son faire, 
avec ses contours hardiment silhouettés, son modelé ferme, 
parfois farouche : ses héros sont les athlètes et les 
lansquenets. De même, il mettait de la fougue et comme 
de la combativité dans les compositions que les Florentins 
du temps traitaient parfois avec mollesse, avec froideur, 
plus souvent avec ennui. Par là, il fut véritablement le 
précurseur, sinon l'initiateur de Michel-Ange. Un souffle 
de passion règne dans la plupart de ses ouvrages; ses 
acteurs s'emportent, s'indignent ou se désolent, selon 
qu'ils sont nés pour souffrir ou pour lutter ; ils ignorent 
la placidité familière à leurs voisins de FOmbrie ; leur 
mimique est expressive, parfois éloquente; Signorelli 
s'entend à faire jouer les ressorts de Fâme autant qu'à 
représenter les mouvements du corps. 

La médaille toutefois avait son revers. A tout instant, 
le Primitif se trahit par de grosses lacunes ; ses ordon- 
nances sont d'ordinaire heurtées ; rarement il s'entend à 
réunir ses acteurs en groupes animés ou pittoresques 
(dans le Paradis, de la cathédrale d'Orvieto, les figures 



sont juxtaposées sur deux ou trois lignes de profondeur, 
comme des soldats à la parade). En un mot, si l'Acadé- 
mie -— je veux dire la représentation d'une figure isolée 
— est son triomphe, l'art de l'ordonnance, porté si haut, 
dès lors, par Mantegna, grâce à sa connaissance de la 
perspective linéaire, des raccourcis et du plafonnement, 
reste un mystère pour Signorelli. 

Le plus ancien ouvrage à date certaine de Signorelli 
ne remonte qu'à 1474 : c'est une Madone gigantesque 
entre saint Jérôme et saint Paul, peinte sur la tour de 
l'hôtel de ville de Città di Castello ; malheureusement cet 
ouvrage a disparu depuis longtemps. De nombreux tableaux 
de chevalet, dispersés d'un bout à l'autre de FOmbrie et 
de la Toscane, lui firent suite. Nous pouvons glisser sur 
ces productions, car elles ne brillent ni par la puissance 
de l'évocation historique (tel le Triomvhe de Pan, au 
musée de Berlin, page mal en cadre. Heurtée, sans har- 
monie, sans vie), ni par l'intensité du sentiment religieux 
(ses Madones, ses Adorations des mages, ses Scènes 
de martyre ont la fougue plutôt que l'émotion). Tel est 
son grand tableau de l'Académie de Florence (Galerie 
antique et moderne) : la Vierge, l'Enfant Jésus, des 
Archanges et des Saints, gravé ci-dessous. 
^ Constatons, d'autre part, que le champ d'action de 
Signorelli était relativement restreint : il s'étendait de 
Rome à Florence ; de même, en dehors des deux Mécènes 
insignes qui s'appellent Laurent le Magnifique et Sixte IV, 
c'est à peu près uniquement pour des églises et des cou- 
vents que le maître travaillait. Aussi les compositions reli- 
gieuses forment une majorité écrasante dans son œuvre. 
Mais quelque limité que fut ce domaine, SignorelH sut se 
renouveler jusqu'aux approches de la vieillesse et donner 
à ses compositions du piquant ou de la saveur, bien diffé- 
rent en cela de son contemporain et quasi-compatriote le 
Pérugin. 

Quatre cycles de fresques servent en quelque sorte à 
jalonner la barrière de Signorelli : ce sont les Evangé- 
listes, Pères de l'Eglise et Apôtres, VIncrédulité de 
saint Thomas et la Conversion de saint Paul, peints 
dans la sacristie de la « Casa Santa » de Lorette (entre 
les années 1476 et 1479), VHistoire de Moïse, à la cha- 
pelle Sixtine (avant 1484), VHistoire de saint Benoît, 
au couvent de Monte-Oliveto maggiore (1497-98), enfin 
le Jugement dernier de la cathédrale d'Orvieto (1499- 
1505). 

Dans le grand concours ouvert par le pape Sixte IV 
pour la décoration de la chapelle Sixtine, la part échue 
à Signorelli fut VHistoire de Moïse. Lié très certaine- 
ment par un programme des plus précis, l'artiste réunit 
dans le même compartiment jusqu'à cinq ou six épisodes 
distincts, violant ainsi la règle de l'unité d'action. L'or- 
donnance générale souffre, cela va sans dire, d'une telle 
dispersion, mais il y aurait de l'injustice à ne pas rendre 
hommage à tant de mérites de premier ordre : les figures 
sont tour à tour gracieuses ou fières, aux attitudes pitto- 
resques. Signorelli s'entend surtout à représenter des ado- 
lescents déhanchés, à l'allure martiale, vêtus à la façon 
du XV® siècle. L'anachronisme règne en effet d'un bout à 
l'autre de l'œuvre de ce fougueux réahste. 
^ Dans les huit scènes de VHistoire de saint-Benoit, 
Signorelli fait preuve des plus réelles qualités de narra- 
teur ; il se montre tour à tour piquant (par exemple dans 
la scène de cabaret, où l'on voit deux moines servis par 
des soubrettes pimpantes), ou véhément, comme dans les 
deux peintures qui illustrent le siège du Mont-Cassin par 
Totila. Un souffle véritable anime les hordes farouches 
commandées par le général goth ; afin de frapper plus 
fort, Fauteur n'a pas hésité à rompre avec toute couleur 
historique : en réalité il met en scène les soldats étran- 
gers qui, peu d'années auparavant, avaient envahi la 
malheureuse Italie. Dans VEntrevue de saint Benoît 
avec Vécuyer de Totila, admirons la vivacité de la sur- 
prise qu'éprouve l'écuyer se jetant à genoux, les bras 



SIGNORELLI 



— i6 — 



étendus, devant le saint, ou encore la ferveur de la sup~ 
plication chez le personnage agenouillé au fond de la 
même composition. 

L'œuvre maîtresse de Signorelli est la décoration de la 
chapelle de la Vierge à la cathédrale d'Orvieto. Il y ter- 
mina, sur les segments de la voûte, le cycle de peintures 
commencé par fra Angelico (des anges, des prophètes, 
des patriarches, etc.) et peignit, sur les parois, les im- 
mortelles pages qui s'appellent la Prédication de f An- 
téchrist, la Résurrection des morts, YEnfer et le Pa- 
radis, qu'il compléta par les peintures des pendentifs et 
des socles, consacrées les unes à diverses scènes de 
V Apocalypse, les autres à l'illustration de VîHade, de 
VEnéide, des Métamorphoses d'Ovide, de la Pharsale 
de Lucain, et de la Divine Comédie de Dante. 

Dans ces pages, si pro- 
fondément imprégnées de 
l'esprit de V Apocalypse, 
Signorelli suivit — le fait 
n'est pas discutable — le 
programme tracé par quel- 
que théologien, ou plutôt 
par quelque humaniste, 
car c'est par l'interven- 
tion seulement d'un de 
ceux-ci que l'on peut ex- 
pliquer toutes les réminis- 
cences classiques mêlées 
à un sujet essentiellement 
chrétien. 

La matière était neuve, 
et le maître ne se sentait 
gêné par aucune formule, 
par aucun type préexis- 
tant. Aussi pénétra-t-il 
du premier bon au cœur 
du sujet. Il commença par 
poser en principe que la 
scène se passait au xv^ siè- 
cle, en Toscane ; que lui- 
même et ses contempo- 
rains étaient spectateurs 
— ou plutôt acteurs — du 
drame passionnant entre 
tous qui s'appelle la lin 
du monde. Il n'hésita donc 
pas à prodiguer les cos- 
tumes du temps, ainsi que 
les portraits de ses amis 
ou voisins. On juge de 
l'éloquence des tableaux 
que la véhémence de ses 
sentiments et la richesse 
de son imagination tira 
d'un pareil thème : le 
Tremblement de terre, 
la Pluie de feu, ces signes 
avant-coureurs de la ca- 
tastrophe finale, la Prédication de V Antéchrist, beau et 
sinistre démagogue, la Résurrection des morts, enfin le 
Jugement dernier, donnent de nos jours encore le fris- 
son : une lumière blafarde, une atmosphère étouffante, 
ajoutent à l'horreur de tant de supplices ou de calamités. 

Dans les petites scènes de la Divine Comédie qui font 
cortège au Jugement dernier, Signorelli a su donner à 
ses compositions un tour plus dramatique que Botticelli ; 
la forme de médaillon adoptée pour elles le forçait à 
résumer et à resserrer l'action. 

Bien que la violence de son tempérament le portât surtout 
à l'expression de l'effort, de la lutte, des tortures morales 
ou physiques, le maître, à l'occasion, a trouvé des accents 
vraiment lyriques. Il y a de l'élan et de l'effusion dans 
les anges qui, les uns planant dans les airs^ et répandant 




La Vierge, le divin Fils et des Saints (Galerie antique et moderne 
à Florence). 



des fleurs, les autres assis sur des nuages et occupés à jouer 
de divers instruments, initient les élus aux joies du Paradis. 
Une ornementation originale et touffue, des grotesques, 
indépendants encore de la tradition antique, servent de 
cadre aux compositions : tantôt ce sont des sphinx, tan- 
tôt des quadrupèdes plus ou moins fantastiques, tels que 
des hippocampes, tantôt des oiseaux aux formes invrai- 
semblables, ou encore des rinceaux, des trophées, des can- 
délabres, des mascarons, etc. Ces ornements sont à rap- 
procher de ceux du « Cambio » de Pérouse, où, à la 
même époque, le Pérugin abordait le même domaine. H 
y a tout un monde de motifs pittoresques ou curieux 
dans ces accessoires jusqu'ici trop peu étudiés. 

Michel-Ange, comme on sait, fit au Jugement dernier 
l'honneur de lui emprunter plusieurs motifs, lorsqu'il 

traita le même sujet dans 
la chapelle Sixtine : tel le 
démon emportant une dam- 
née en la plaçant à cali- 
fourchon sur ses épaules. 
Il n'est pas jusqu'aux figu- 
res nues, assises sur plu- 
sieurs médaillons (pi. II, 
IV de la publication de 
Kraus), et les reliant au 
reste de la décoration, 
qui n'aient pu servir de 
prototype au Buonarroti 
pour ses fameuses caria- 
tides de la même chapelle. 
Le peintre de Cortone, 
qui avait de l'ambition (il 
remplit d'importantes 
fonctions publiques), se 
sentait à l'étroit dans 
sa ville natale ; les 
villes voisines, telles que 
Città di Castello, ne lui 
offraient pas non plus des 
horizons assez vastes ; aus- 
si ne négligea-t-il rien 
pour s'assurer un champ 
d'action plus digne de lui. 
A deux reprises, sous 
Jules II et sous Léon X, 
il retourna dans la, Ville 
éternelle, mettant son pin- 
ceau au service du nou- 
veau souverain pontife. 
Mais il commençait à pren- 
dre de l'âge et, puis, il lui 
fallait affronter la con- 
currence de maîtres tels 
que Michel- Ange et Ra- 
phaël. Ce dut être pour 
lui une grande amer- 
tume que de se voir pré- 
férer des artistes qui lui 
avaient fait plus d'un emprunt. 

Pendant cette dernière période, Signorelli poussa l'éclec- 
tisme jusqu'à s'inspirer de peintres beaucoup plus jeunes 
que lui, tels précisément Michel-Ange et Raphaël. Des rémi- 
niscences non discutables de ces deux maîtres percent dans 
la Naissance de la Vierge, une sorte de grisaille con- 
servée au musée du Louvre : elles détonnent d'autant 
plus que l'ensemble de la composition offre, sinon dans 
l'invention, du moins dans le dessin, la hardiesse propre 
au peintre de Cortone (sainte Anne couchée remet à une 
femme l'enfant nouveau-né. Près du lit, un vieillard ; plus 
loin une seconde femme qui se baisse pour prendre un vase 
et une bassine ; puis saint Joachim, assis à terre et écri- 
vant; enfin un homme entr'ouvrant la porte delà chambre). 
Signorelli travailla jusque dans l'extrême vieillesse (il 



mourut âgé de plus de quatre-vingts ans). Par une évo- 
lution digne d'être signalée, ses derniers tableaux trahis- 
sent le désir de se rapprocher de la manière ombrienne, 
et font de larges concessions au sentimentalisme (tels la 
Déposition de croiXy 1502 ; le Christ instituant la 
sainte Cène, 1512; tous deux à la cathédrale de Cor- 
tone). Mais ce retour sur lui-même se produisit trop tard 
pour être fécond; une fois la soixantaine passée, on ne 
rompt pas impunément avec le réalisme pour sacrifier au 
mysticisme. Aussi ces œuvres, malgré de très réelles qua- 
lités, sentent-elles trop l'effort. Le coloris, en outre, riche 
en tons bruns ou en reflets d'acier, n'atteint jamais à l'har- 
monie et à la chaleur des Ombriens. 

Bien qu'il ait survécu à Léonard de Vinci et à Raphaël, 
Signorelli appartient essentiellement encore à l'ère des 
Primitifs. Ses figures n'ont ni la plénitude des formes, ni 
la liberté d'expression, ni la pureté de contours qui ca- 
ractérisent les représentants de l'âge d'or. Combien de 
traces d'archaïsme subsistent encore dans sa Sainte 
Famille circulaire du palais Pitti, pour ne citer qu'elle : 
les doigts y sont noueux comme chez un Andréa del Cas- 
tagno ou un Domenico Veneziano. C'est donc avec raison 
que Vasari, dans une vue très nette des évolutions de l'art, 
a placé la biographie du maître à la fin de la seconde par- 
tie des Vite, celle qui est consacrée aux précurseurs. 
« Par sa connaissance du dessin et des nus, par la grâce 
de son invention et l'excellente entente de ses composi- 
tions, Signorelli — déclare le biographe, — ouvrit à la 
plupart des artistes la voie de la perfection suprême. » 
L'on ne saurait mieux caractériser le rôle du maître. 

Sans être précisément un chef d'école (des initiateurs 
tels que lui rayonnent au loin, plutôt quils n'inspirent 
leur voisinage immédiat ; le même cas se produisit pour 
Mantegna), Signorelli compta un certain nombre de dis- 
ciples : tout d'abord ses fils Antonio et Polidoro, puis son 
neveu Girolamo Genga, enfin divers artistes de troisième 
ou quatrième ordre. Eug. Mûntz. 

BïBL. : Robert ViscHER, Lwca Signorelli und die italie- 
nische Renaissance ; Leipzig, 1879. — Burckhardt et Bode, 
le Cicérone. — Kraus, Luca Signorellis Illusti'ationen 
zu Dante' s Divina Commedia /B'ribourg-en-Brisgau, 1892. 
— E. MÛNTZ, Histoire de l'art pendant la Renaissance, 
t. IL — Maud Cruttwell, Litca Signorelli; Londres, 1899. 

SI GNU M (Antiq. rom.). Nom générique des étendards 
romains. Au sens propre, le signum était un insigne porté 
au bout d'une hampe. Primitivement, dit-on, c'était sim- 
plement une poignée de foin. Plus tard, apparurent les 
bannières et les figures d'animaux, aigle, loup, cheval, 
sanglier, etc. Depuis Marins, l'enseigne de la 
légion fut l'aigle d'or ou d'argent, aux ailes 
déployées ; l'emblème du manipule fut une 
main ouverte ; les étendards des cohortes con- 
tinuèrent à porter diverses figures d'animaux, 
souvent un serpent ou une Victoire. La hampe 
était fréquemment ornée de disques de métal, 
de couronnes rostrales ou murales, de por- 
traits de héros ou de généraux célèbres ; sous 
l'Empire, des médaillons d'empereurs, et, de- 
puis Constantin, l'emblème du Christ, le laba- 
rum. On ne saurait, d'ailleurs, ni classer ni 
définir en toute certitude toutes les formes 
d'étendards qui apparaissent sur les monu- 
ments romains, arcs de triomphe, monnaies, 
bas-reliefs de la colonne Trajane. D'une façon 
générale, on peut dire que les Romains de 
l'Empire désignaient parle nom à'aqiiilaVm- 
seigne des légions, portée par un aquilifer. 
Les signa, au sens restreint du mot, étaient 
les enseignes des cohortes et des manipules ou 
centuries ; et chacun était porté par un signi- 
Signum. fer. Les vexilla, sortes de bannières, étaient 
réservées à la cavalerie et aux troupes auxi- 
liaires. Dans le camp, les étendards étaient enfoncés en 
terre près de la tente du général. Comme ils servaient 

GRANDE ENCYCLOPÉDIE. — XXX. 



- 47 — SIGNORELLI - SIGOURNAIS 

de signes de ralliement aux soldats, les ordres divers 
du général se traduisaient par divers mouvements des 
signa : d'où une foule d'expressions militaires où ap- 
paraît ce mot. — Par extension, on appelait signa les 
manipules, les cohortes, les différents corps de troupes, 
les mots d'ordre. Enfin, on appelait signa les enseignes 
des boutiques, les statues de dieux, les sceaux, les signes 
du zodiaque, etc. p. Monceaux. 

SIGNY-l'Abbaye. Ch.-l. de cant. dudép. desArdennes, 
arr. de Mézières, dans la vallée supérieure de la Vaux 
(affl. de l'Aisne, r. dr,), à proximité d'une grande forêt; 
2.583 hab. Population très disséminée ; nombreux ha- 
meaux dans les environs. Forges et lamineries, filatures 
de laines. Signiacum faisait partie du comté de Por- 
cien; en 1134, une abbaye cistercienne y fut fondée. 

SIGNY-le-Petit. Ch.-l. de cant. du dép. des Ardennes, 
arr. de Rocroi; 1.933 hab. Stat. du chem. de fer de 
l'Est. Forge et fonderie; fours à noir pour la sucrerie. 

SIGNY-MoNTLiBERT. Com. du dép. des Ardennes, arr. 
de Sedan, cant. de Carignan; 257 hab. 

SIGNY-SiGNETs. Com. du dép. de Seine-et-Marne, arr. 
de Meaux, cant. de La Ferté-sous-Jouarre ; 426 hab. 

SIGOGNE. Com. du dép. de la Charente, arr. de Co- 
gnac, cant. de Jarnac; 1.010 hab. 

SIGONCE. Com. du dép. des Rasses-Alpes, arr. et 
cant. de Forcalquier; 440 hab. 

SIGONIUS (Carlo), historien italien, né àModène vers 
1520, mort à Modène le 23 août 1584. Il suivit les cours 
de philosophie et de médecine de l'Université de Rologne 
dès l'âge de dix-sept ans et termina ses études à Padoue. 
Revenu dans sa ville natale après être resté quelque temps 
au service du cardinal Grimani (1546), il fut chargé par 
le municipe de l'enseignement public des belles-lettres. En 
nov. 1552, le Sénat de la République vénitienne le char- 
gea du même enseignement à Venise, où il resta huit ans ; 
il fut ensuite nommé professeur d'éloquence à Padoue! 
Ayant eu des démêlés avec le fameux grammairien Ro- 
bortello (nov. 1553), il quitta Padoue pour Rologne, où 
il fut comblé d'honneurs et où il reçut des lettres de no- 
blesse pour lui et ses descendants. Après un long séjour 
dans cette ville, il demeura quelque temps à Rome (1578) 
et revint enfin à Modène l'année même de sa mort. 
Historien distingué, Sigonius fut le premier qui sut appli- 
quer aux études de l'antiquité une rigoureuse critique his- 
torique. Il a laissé : Demosthenis oratio prima contra 
Philippum, etc. (Modène, 1545) ; Regum, Consulum, 
uictatorum ac Censorum Romanorvm Fasti (ibid., 
1550); De Nominibiis Romanormn (Venise, 1553); 
T. Livii Historia(ibid., 1555); Emendationum Livia^ 
narum Libri duo [ibid., 1557); Fragmenta e libris de- 
perditîs Ciceronis collecta et scholiis illustrataiibid. , 
1559); Orationes septem Venetiis habites ah anno 
m2 dd annumi559 {ibid., 1559); Oratio Patavii ha- 
bita (Padoue, 1560) ; De antiquo Jure civium romano- 
rum, Italiœ, Provinciarum (Venise, 1560); DeDialoqo 
liber ad Joannem Moronum cardinalem {ibid. 1561)- 
(¥atio habita Bononiœ (Rologne, 1563); DeRegnoIta- 
hœ (ibid., 1574); De Occidentali Imperio Libri XX 
{ibid., 1577) ; Historiarum Bononiensium Libri VI 

i^-tw'' i^l^)' ^^^ ^^^^ ^' ^^^Pegii Card. Liber 
{ibid.y 1581); De Republica Hebrœorum libri Vlll 
{ibid., i58^); Pro Consolatione Ciceronis Orationes 
duœ (Padoue, 1583, etc.). 

BiBL. : Tiraboschi, Biblioteca Modenese, vol V — De 
NoLHAc, P. Vettori et Ch. Sigonius ; Rome, 1889. 

SIGOTTIER. Com. du dép. des Hautes-Alpes, arr. de 
Gap, cant. de Serres; 240 hab. 

SIGOULÈS. Ch.-l. de cant. du dép. de la Dordoffne 
arr. de Rergerac; 662 hab. ^ ' 

SIGOURNAIS. Com. du dép. de la Vendée, arr. de La 
Roche-sur-Yon, cant. de Chantonnay ; 956 hab. Stat du 
chem. do fer de l'Etat. 



SIGOYER — SI-KIANG 



-~ 18 



SIGOYER. Com. du dép. des Basses-Alpes, arr. de Sis- 
teron, cant. de La Motte; 164 hab. 

SIGOYER. Com. du dép. des Hautes- Alpes, arr. de 
Gap, cant. de Tallard ; 591 hab. 

SI 6 RAIS (Bourdon de), littérateur français (V. Bour- 
don DE SIGRAIS). 

SIGTUNA. Ancienne ville de Suède, laen de Stockholm, 
sur le lac Maelar; 552 hab. (en 1890). Saccagée par les 
Ehstes en J188, elle a été remplacée par Stockholm. 

SIGUENZA. Yille d'Espagne, prov. et à 64 kil. N.-E. 
de Guadalajara (Nouvelle-Castille), chef-lieu de district ; 
bâtie en amphithéâtre au-dessus du Henares, sous-affl. 
de dr. du Tage par le Jarama, à une ait. de 985 m. ; 
4.567 hab. Stat. du chem. de fer de Madrid à Saragosse. 
Evôché qui eut Ximenes pour titulaire. Fabriques de toiles 
de lin et de chanvre, de chapeaux ; forges. Très ancienne 
ville, Siguenza garde les restes de son enceinte, d'un al- 
cazar mauresque ; un bel aqueduc la fournit d'eau ; la 
cathédrale, ogivale, dominée par deux tours de 40 m., 
avec un cloître, est surtout remarquable par sa sculpture. 
Elle a possédé, de 1470 à 1809, une Université. Le climat 
est des plus sains, quoique froid en hiver. A 3 kil. est la 
Villa Viejà, sans doute l'ancienne Seguntia, J.~G. K. 

SIGUER. Com. du dép. de FAriège, arr. de Foix, 
cant. de Vicdessos ; 700 hab. Carrières d'ardoise. 

SIGUIRL Poste et bourg du Soudan français, appar- 
tenant, depuis la « dislocation » du Soudan, à la colonie 
de la Guinée française, à un peu plus de 550 kil. à vol 
d'oiseau E.-N.-E. de Konakry, capitale de cette colonie, 
à 950 environ S.-E. de Saint-Louis, à 1 .800 m. de la rive g. 
du Niger supérieur qui vient de recevoir (à 8 kil. en 
amont) le Tankisso, rivière du Fouta-Djalon. Le fleuve 
y a déjà 600 m. de largeur en hautes eaux. Le poste de 
Siguiri, sous 11^24o0'' lat. N. et 11^13'12" long. 0., 
a "été fondé en 1888 par Galliéni. Le pays est beau, 
fertile, relativement salubre. 

SIGURD ou SIFRIT, SIGFRID, SIEGFRIED, héros 
delà mythologie germanique. Issu de la race des Vol- 
sungar, qui remonte à Odin, il est protégé sans cesse 
par ce dieu. Son père est Sigmund, dont on raconte qu'il 
épousa sa propre sœur, après avoir empêché le mariage 
de celle-ci avec le roi Siggeir et avoir retiré, du tronc de 
l'arlH^e où il était enfonce, le glaive d'Odin, ce qu'avaient 
• vainement essayé avant lui tous les autres guerriers. Sig- 
frid est né après la mort de son père. Il ignore ses pa- 
rents et est élevé dans une forêt par un nain forgeron. 
Sa vigueur dès son enfance est extraordinaire. Muni 
d'armes mervcilkuses, de l'épéeGramouBalmunc, ayant 
comme monture un cheval qui descend de Sleipnir, le 
coursier d'Odin, il tue le dragon, en mange le cœur, ce 
qui le rend capable de comprendre le langage des oiseaux, 
et se baigne dans son sang, ce qui le rend invulnérable 
sauf entre les deux épaules où le sang du dragon n'a pas 
touché. Il conquiert le trésor des Nibelungen et enlève au 
nain Albrich, gardien du trésor, la « ïarnkappe », ou cha- 
peron enchanté, qui rend invisible celui qui le porte et 
lui donne une force surhumaine. Il épouse, selon la 
légende allemande, Krimhild, sœur du roi Gunther, de 
Worms, après avoir aidé celui-ci à conquérir la valkyrie 
Brunhild, reine d'Islande, qu'il avait lui-même aimée, 
puis oubliée selon d'autres récits. Il meurt assassiné par 
un des guerriers de Gunther. llagen, que la jah use Brunhild 
a excité contre lui. Les légendes relatives à Sigurd sont 
très diverses, suivant les contrées Scandinaves, allemandes 
ou autrichiennes, où elle est répandue au moyen âge 
(V. l'art. Nibelungen). TL C. 

SIGURD l«^, SIGURD II, SIGURD lll, rots de Norvège 
(V. Scandinavie, § Histoire). 

SIGURDSSON (J6n), homme politique et érudit islan- 
dais, né le '17 juin 181 4, mort à Copenha^ ae en 1879. 
" Fils d'un modeste pasteur de campagne islaD lais, il comp- 
tait parmi ses ascendants le célèbre Snorri Sturluson et 
le dernier évêque catholique d'Islande Jôn Irason. Son 



père dirigea ses premières études, puis l'envoya étudier 
à Copenhague, où il fut nommé en 1847 archiviste etbi- 
ûliothécaire de la Société de littérature ancienne Scandi- 
nave (Oldskriftselskab), puis secrétaire de la commis- 
sion arnamagnéenne. Depuis 1845 il était membre de la 
Chambre danoise, où il soutenait avec une rare énergie 
les revendications islandaises. Ses publications sont très 
nombreuses et fort importantes : Snorres Edda (1848- 
52), Islenzk fornkvœdi (d 854-59), Diplomatarium is- 
landiumiiS^l -16), Recueil de s lois islandaises (1853- 
77, 17 vol.), etc. Th. C. 

SI G Y. Com. du dép. de Seine-et-Marne, arr. de Pro- 
vins, cant. de Donnemarie-en-Montois ; 84 hab. 

SI G Y. Com. du dép. de la Seine-Inférieure, arr. de 
Neufchâtel, cant. d'Argueil; 655 hab. 

SIGY-le-Châtel. Com. du dép. de Saône-et-Loire, 
arr. de Mâcon, cant. de Saint-Geogoux-le-National ; 
329 hab. 

SIGYN (Myth. scand.) (V. Loke). 

SIHIA. Dynastie chintise (V. ïangout). 

SIHL. Rivière de Suisse, sort des montagnes du cant. 
de Schwytz, entre dans celui de Zurich par le défilé de 
Schindellegi (V. ce mot), coule ensuite dans une vallée 
parallèle à la rive gauche du lac de Zurich et se jette dans 
la Limmat à Zurich. Cette rivière est sujette à des crues 
qui ont occasionné souvent de grands dégâts ; des travaux 
de défense ont été faits pour les atténuer. 

SI HOU N. Fleuve de Turquie d'Asie (V. Seïhoun). 

SIHSOUR (Mont) (V. Himalaya). 

SIKA (Zool.) (V. Cerf, t. X, p. 45). 

SIKANDRA. Yille de l'Inde (V. Agra). 

SIKASSO. Poste et ville du Soudan français, faisant 
partie, depuis la « dislocation » dudit Soudan, du ter- 
ritoire militaire de Ouaghadougou, à 680 kil. S.-S.-O. 
de Tombouctou, sur une rivière descendue du massif de 
Mina (950 m.), Tune de celles qui forment le Banifing 
ou Mayel Bodevel, sous-affluent droit du Niger par le 
Bani ou Mayel-Balevel ; à 485 m. d'alt. Cette ancienne 
capitale du Kénédougou est une véritable ville, avec 
12.000 hab. peut-être, une cité commerçante, défendue 
par deux tata ou murailles en terre glaise fort solides, 
un tata intérieur et, à 50 ou 60 m. plus loin, un tata 
extérieur de 8 à 9 kil. de tonr. « De toutes parts des 
maisons à étages, couronnées de clochetons, se lèvent 
au-dessus de terrasses et de toits en paille. » Capitale 
des Etats de Tiéba, vainement assiégée pendant plus d'un 
an (1887) par le fameux Samory ; prise d'assaut par le 
colonel Audéoud le 1^'' mai 1898. 0. Reclus. 

SIKH, SIKHISME. Secte indoue (V. Inde, t. XX, 
p. 699). 

SIKHOTA-Aline ou SIKHHÉTÉ-AuNE. Chaîne de mon- 
tagnes couvrant une partie du littoral N.-E. du continent 
asiatique (Sibérie) et courant parallèlement à la côte, de- 
puis la Mandchourie, au S., jusqu'àFembouchure de l'Amour, 
au N. D'une élévation peu considérable, les monts Sikbota- 
Aline forment le partage des eaux entre les systèmes de 
l'Oussouri et de l'Amour, et de la mer du Japon, de laquelle 
ils ne sont séparés que par une étroite bande de terre. 
Le sommet le plus élevé connu jusqu'à présent, le mont 
Yerbloud, a 1.100 m. Dans les défilés, la hauteur est de 
400 à 730 m. L'élévation de ces montagnes est toutefois 
suffisante pour influer sur le climat des' régions voisines 
et de marquer une différence notable dans la moyenne de 
la température sur les deux versants : continental à l'O., 
maritime à l'E. Extrêmement boisés, les monts Sikhota- 
Aline renferment aussi divers gisements d'argent plombi- 
fère et de minerais de fer. 

Sl-KIANG. Le plus grand fleuve du S. de la Chine. 
Il naît dans le district de Kouang-nan-fou (Yun-nan), et 
sa branche maîtresse porte le nom de Yu-kiang par oppo- 
sition au Tso-kiang qui vient du Sud, et le rejoint au-des- 
sus de Nan-ning-fou. Son cours est très rapide jusqu'à 
Sun-tcheou-fou où il reçoit le Houng-choui-kiang, sa 



- 40 



SI-ËIÂNCt — SILCHER 



branche septentrionale (que i*on a souvent considéré d'après 
les cartes chinoises, et à tort, comme la branche princi- 
pale du Si-kiang). La réunion du Yu-kiang et du Houng- 
choui forme le Si-kiang. Il traverse le Kouang-toung dans 
sa partie orientale, et se trouve réuni par le canal natu- 
rel de Sam-houï au Pe-kiang, avec lequel il forme le 
Tschou-kiang (rivière des Perles) et le deltade la rivière de 
Canton ; Macao se trouve située sur l'estuaire de la rivière 
de Canton (à 104 kil. de cette ville) qui se jette au S. 
de la mer de Chine. Jusqu'à Ou-tcheou-fou, le Si-kiang 
est navigable sans trop grandes difficultés (pendant les 
hautes eaux, il a de 6 à 10 m. de profondeur dans les 
chenaux); les rapides, qui encombrent son cours ensuite, 
peuvent être franchis par de^ navires de moyen tonnage 
qui peuvent atteindre Loung-tcheou (sur l'affluent de 
droite le Tso-kiang) et Pesse sur le Yu-kiang (à 150 kil. 
seulement de la source du fleuve et à 650 kil. de la 
mer). Le cours du fleuve est ouvert au commerce étranger 
depuis 1897 (traité anglo-chinois du 4 fév.) : les ports 
de Ou-tcheou et de Sam-Schoui sont entièrement ouverts, 
tandis que d'autres villes ne le sont que partiellement. 

BiBL. : Imbault-Huart, le Si-hiang^ dans Bulletin de 
la Société de géogr. commerciale, 1897. 

SIKKAH ou SAT-SAF. Rivière du dép. d'Oran (V. ce 
mot, t. XXV, p. 554). 

SIKKIM. Principauté de l'Inde, intercalée au pied de 
l'Himalaya, entre le Blioutan et le Népal, vaste de 8.000 
kil. q. avec 30.485 hab., en 1891. La vallée de la Tista 
s'y creuse entre des monts atteignant 7.715 m. au pic de 
Djanon. Climat très humide. Mines de cuivre à Mintugong. 
Les habitants sont des Leptcha bouddhistes et des Bhôts. 
Les capitales sont Tamlong et Tchoumbi. Le radjah a 
dû céder aux Anglais Dardjiling (1835), puis un canton 
de 1.660 kil. q. et, en 1889, accepter leur protectorat. 

BiBL. : Weddell, Sihkin gazetteer ; Londres, 1895. 

SIKOKOU (Ue)(V. Japon). 

SIKOTAN (lie) (V. Kouriles). 

S IL Rivière d'Espagne (V. Minho). 

S IL, Rivière de Roumanie (V. Jiu et Roumanie). 

SI LA. Massif de montagnes de l'Italie méridionale, 
dans la Calabre, province de Cosenza et de Catanzaro, 
envoie des fleuves courts et rapides à la mer Ionienne 
(à l'E.) et à la mer ïyrrhénienne (à l'O.) ; les doux plus 
forts, le Crali et le Neto, vont à la première de ces deux 
mers, le Crati au golfe de Tarente, le Neto au golfe de 
Squillacci. Composé de roches anciennes, granits et schistes, 
ombragé de forêts profondes (frênes, pins, sapins), il a 
pour culmen le Botte Donato (1.991 m.) à l'E. et près 
de Cosenza. 

SI LAN ION, sculpteur athénien (iv° siècle av. J.-C). 
Un peu plus jeune que Scopas et Praxitèle, il était eu 
pleine activité sous le règne d'Alexandre le Grand (Pline, 
IHst. nat., XXXIV, 51). Il paraît avoir eu de la répu- 
tation ; il forma des disciples, parmi lesquels Zeuxiadès ; 
on lui attribuait un traité sur les règles de la symétrie ; 
et l'on a trouvé à Pergame une curieuse inscription qui 
était gravée sur la base d'une de ses statues (Frankel, 
Inschr. von Pergamon, 50). Parmi ses œuvres, on ci- 
tait des statues d'athlètes, statues de Satyros d Elis, de 
Teleslas; un Epis tate exerçant des athlètes; des sujets 
mythologiques, un Achille, un Thésée, une Jocasle mou- 
rante; entin des portraits de Corinne, de Sapho, de 
Platon. Un beau buste de la Villa Albani est peut-être 
une réplique de la Sapho, qui, au temps de Cicéron, 
était conservée dans le prytanée de Syracuse (Cicéron, 
In Verr, IV, 57, 127-148). Des bustes de Berlin et du 
Vatican sont probablement des copies du Platon. Enfin, 
quelques savants ont voulu attribuer à Silanion l'origi- 
nal d'un Diomède du musée de Munich. P. M. 

BiBL. : CoLLiGNON, JUstoive de la sculpture grecque, 
1897, t. II, pp. 343 et suiv. 

SI LA NU S. Famille plébéienne de Rome appartenant à 
la gens Junia. On peut citer un consul de Pan 109 av. J.-C, 
battu par les Cimbres; son tils, consul en 62; le tils de 



celui-ci, consul en 25, dont une sœur avait épousé le trium- 
vir Lepide et l'autre Gassius. Un consul de Pan 1 9 ap. J. -C. , 
gouverneur d'Afrique sous Caligula qui le fit tuer ; — le 
tiancée d'Octavie, fille de Claude, qui se suicida le jour où 
l'empereur épousa Agrippine ; — un homonyme que Né- 
ron fit bannir, puis tuer parce qu'il craignait sa candida- 
ture à l'empire. Mêlés à l'histoire privée et publique des 
Césars, depuis les intrigues et affections multiples nouées 
entre Jules César et Octavie et la gens Junia (Brutus, Ser- 
vilie, etc.), les Silani demeurèrent au i«^ siècle de l'empire 
un objet constant d'attention et de suspicion et disparu- 
rent aussi vite que la famille rivale. A.-M. B. 

SILBERBAST. Mont des Alpes (V. Lyskamm). 

SILBERMANN. Ce nom est celui d'une famille nom- 
breuse de facteurs d'orgues, de clavecin et de piano, cé- 
lèbre en Allemagne dès la fin du xvii« siècle. Le fondateur 
de cette véritable dynastie d'artistes, Miehael Silbermann, 
était un simple maître charpentier. De ses deux fils, An- 
dréas et Gottfried, le premier, né en 1678, travaifla quel- 
que temps au métier paternel, puis, à partir de 1709 
environ, s'appliqua à la facture d'orgue à Strasbourg. De 
ses neuf enfants, trois smlement, Johann- Andj^eas (1712- 
S^),Joha'mi-Daniel (iliS-Qe), Johann- H einrich (1727, 
97), suivirent la même carrière. On leur attribue la cons- 
truction d'un grand nombre d'instruments en diverses 
églises d'Allemagne. Le second fut aussi employé par son 
oncle Gottfried ainsi que le plus jeune qui a fabriqué des 
pianos fort estimés. — Le second fils de Miehael Silber- 
mann, Gottfried, est le plus célèbre de la famille, pour 
l'invention qui lui est attribuée du clavecin à marteau, pre- 
mière forme du piano moderne. Après une jeunesse assez 
errante, on le trouve, en 1725, maHé et établi à Dresde 
en quahté de facteur d'orgues. Ses clavecins étaient déjà 
célèbres à cette époque pour la perfection de leur fabri- 
cation. Ce fut dans cette ville qu'il eut sans doute con- 
naissance des recherches du Florentin Cristofori, lequel, vers 
ce temps-là, cherchait le moyen de perfectionner le cla- 
vecin, par l'adjonction de marteaux frappant les cordes, au 
lieu du sautereau qui, jusqu'alors, les avait fait vibrer en 
les pinçant (V. Piano). Dans quelle mesur.e Silbermann a- 
t-il profité de l'invention du facteur italien et dans quelle 
mesure l'a-t-il perfectionnée? C'est ce qu'on ne saurait 
dire, mais nous savons que, dès 1726, il soumettait au 
jugement de J.~S. Bach ses deux premiers pianos. 
Bach, ayant jugé assez défavorablement cet essai, Sil- 
bermann, découragé, s'abstint durant quelque temps de 
travailler à améliorer ses instruments, et ce n'est que plus 
tard, qu'ayant repris ses tentatives, il arriva à donner à 
ses pianos une perfection assez grande pour entraîner l'ap- 
probation générale. C'est vers 1745 que le roi de Prusse, 
Frédéric le Grand, lui acheta trois grands pianos qui furent 
longtemps conservés à Postdam. Quelques très rares exem- 
plaires de ces vénérables ancêtres du piano moderne ont 
été conservés jusqu'à notre siècle. Gottfried Silbermann 
avait encore inventé une espèce particulière de clavecin, le 
clavecin d'amour, instrument de fantaisie dont la vogue fut 
assez grande pendant d'assez nombreuses années. IL Q. 

SILBERSTEIN (August), poète autrichien, né à Ofen 
le 1«'' juil. 1827, fixé à Vienne, condamné à la prison 
pour participation à l'insurrection de 1818, auteur d'his- 
toires villageoises et poésies rustiques fort goûtées : Dorf- 
Hchwalben ans OEsierreich (Um'iài, 186^2-63, 2 vol.); 
Herkules Schwach (1863, 3 vol.); Die Alpenrose von 
Ischl (1866, 2 vol.); Bilchleinklingisland (1878); die 
llosenxauberin (1884); Die vom .Dor/'(1895), etc. 

SILCHER (Friedrich), chef d'orchestre allemand, né à 
Scbnaith, près de Schorndorf, en V\^urttemberg, le 27janv. 
1789, mort à Stuttgart le 26 août 1860. Cet artiste re- 
commandable, après avoir étudié son art avec un bon or- 
ganiste de Stuttgart, se livra dans cette ville à l'enseigne- 
ment du chant. Il fut nommé par la suite, en 1817, 
directeur de musique à Tubingue, fonctions qu'il remplit 
avec distinction jusqu'à sa mort. Il a singuhoremcnt con- 



SILGHBR — SILÈNE 



— 20 



tribué aux progrès de l'art musical autour de lui et on lui 
doit, en outre, quelques bonnes compositions chorales et 
des ouvrages théoriques estimés. 

SILENCE (Mus.). Les silences sont des signes, corres- 
pondant aux notes de diverses valeurs, qui servent à indiquer 
que la voix ou l'instrument doivent cesser de se faire entendre 
pendant un temps égal à celui que durerait la note qu'ils 
représentent. On compte dix valeurs de silence, si l'on veut 
être complet; mais certains d'entre eux, ceux dont la du- 
rée excédait la longueur d'uoe mesure, ont cessé depuis 
longtemps d'être en usage, surtout depuis que les barres 
de mesure ont été rigoureusement notées dans la musique. 
Voici quels sont ces signes et les diverses notes à quoi ils 



correspondent : 4" le double bâton de quatre mesures : 
il correspond à la maxime et vaut huit mesures à quatre 
temps ; 2^ le bâton de quatre mesures, équivalant de la 
longue, valant quatre mesures ; 3° le bâton de deux 
mesures, représentant une brève ou carrée qui vaut deux 
mesures. Tous ces silences ne se retrouvent plus que dans 
l'ancienne musique : la notation moderne n'en fait aucun 
emploi. Au contraire: 4^ la pause; 5° la demi-pause; 
6*^ le soupir; 7^ le demi-soupir ; 8° le quart de soupir; 
^^ le huitième de soupir; lO'* le seizième de soupir sont 
toujours employés pour représenter respectivement la 
ronde, la blanche, la noire, la croche, la double croche, 
la triple croche et la quadruple croche. 



Double Bâton Bâton Bâton 

de ^ mestires de 4 mesures de 2 mesures 



-Pause De mi-Pau s è^ 



3^ 



Soupir Demi-Soupir 



Quart Huitième Seizième 

de Soupir de Soupir, de Soupir 



5 



^ 



^^ 



L'usage du point qui augmente la moitié de la valeur 
des notes n'est pas d'usage pour les silences. Pour repré- 
senter la valeur d'une note pointée, deux signes sont né- 
cessaires, bien qu'on s'affranchisse maintenant quelquefois 
de cette règle, surtout pour les silences représentant une 
mesure entière. 

Il va sans dire qu'autrefois les rapports des silences 
entre eux, suivant le mode et hprolation (V. ces mots), 
pouvaient se modifier tout comme les rapports des notes 
et être aussi bien en proportion triple qu'en proportion 
double, ainsi que tous les signes de la notation dite pro- 
portionnelle, ïï- U- 

SILÈNE (Silène L.). L BoTANiauE. — Genre de Ca- 
ryophyllacées-Lychnées, formé d'herbes annuelles ou vi- 
vaces, des régions tempéj'ées du globe, à feuilles opposées, 
à fleurs solitaires ou réunies en cymes. « Leurs fleurs 




Silène (rameau florifère et coupe de la fleur), 

diffèrent à peine de celles des Lychnis » (Bâillon). Calice 
renflé; 5 pétales à limbe bifide ou lacinié; 10 étamines 
insérées sur un podogyne ; ovaire triloculaire avec 3 styles ; 
capsules à 3-6 dents. Les espèces européennes, S. in- 
flataL., S. otites Sw., S. italica Pers., sont comesti- 
bles. Le ^Sl. virginica L. est réputé anthelminthique, le 
S. macrosolen Steud. d'Abyssinie, ténicide ; le S. vis- 
cosa est vomitif. Plusieurs espèces sont cultivées dans les 
jardins. D'^ L. Hn. 

II. Horticulture. — Les silènes sont rustiques et de cul- 
ture facile. On les obtient de graines semées en terrines 
et l'on repique le jeune plant à demeure, au printemps, 
ou bien on les sème directement en place, au printemps. 
Les silènes conviennent fort bien, avec leurs nombreuses 



petites fleurs en larges inflorescences, pour former de 
jolies touffes ou des bordures dans nos jardins ; on peut 
aussi les disposer sur rocailles. Aux espèces habituelle- 
ment cultivées, comme la silène à bouquets, S. Armeriah., 
on pourrait peut-être adjoindre, dans les jardins méri- 
dionaux et secs, la silène attrape-mouche, S. musci- 
pula L., plante un peu maigre, mais dont les fleurs sont 
d'une jolie couleur rouge. G. Boyer. 

SILÈNE (Myth. grecque). Les Silènes, êtres mythiques, 
originaires de Ja Lydie et de la Phrygie, étaient primiti- 
vement des démons ou des génies qui présidaient aux eaux 
courantes. Dans la mythologie grecque, ils devinrent, à 
côté des Satyres et des Ménades, les compagnons de Bac- 
chus. Leurs lé- 
gendes, leurs at- 
tributs, leurs traits 
essentiels ont été 
résumés dans le 
personnage de Si- 
lène. — Silène était 
le dieu phrygien des 
ruisseaux, des sour- 
ces, des puits, de 
l'eau et de l'humi- 
dité fécondante; on 
lui attribuait l'in- 
vention de la mu- 
sique ; il passait 
pour avoir le don 
de prophétie. Com- 
me dieu des eaux 
courantes, il était 
représenté avec une 
outre sur son épau- 
le ; comme inven- 
teur de la musique, 
il se confondait avec 
Marsyas (V. ce 
nom) ; sa science 
prophétique est at- 
testée par la lé- 
gende deMidas. Ce 
roi de Phrygie fit 
Silène prisonnier, en mélangeant du vin à l'une des sources 
qui lui servaient de résidence. Silène, amené devant Midas, 
lui dévoila l'avenir. Chez les Grecs, Silène apparaît sous 
une forme un peu différente. Il est étroitement lié au mythe 




Silène portant Bacchus enfant 
(Musée du Vatican). 



24 -- 



SILÈNE ~ SILÉSIE 



de Bacchus. Fils d'Hermès, selon d'autres de Pan et d'une 
nymphe, il naquit dans la ville légendaire de Nysa, comme 
Bacchus lui-même. Il éleva le jeune dieu, et combattit à ses 
côtés les Géants. Il tua, dit-on, Encelade et mit en fuite les 
autres Titans. Il accompagna Bacchus dans tous sesvoj^ages, 
dans toutes ses aventures. Les Grecs le représentaient 
comme un vieillard, chauve, au nez camard, tantôt monté 
sur un âne, tantôt couché sur une outre. Silène ne fut 
jamais considéré par eux comme une divinité ; aucun sanc- 
tuaire ne lui était consacré, sauf à Elis. La légende de Si- 
lène fut souvent traitée sur le théâtre athénien dans les 
drames satyriques ; c'est même peut-être là que le com- 
pagnon de Bacchus prit cette physionomie burlesque, qui 
ne semble pas avoir été celle du Silène phrygien. Le type 
de Silène fut de même l'un des motifs favoris des artistes ; 
il se trouve maintes et maintes fois reproduit en ronde 
bosse, sur des bas -reliefs et des peintures de vases. Il 
subit une évolution analogue à celle que nous avons si- 
gnalée pour le type des Satyres (V. ce mot). Sur plusieurs 
monuments du vi® siècle av. J.-C, les Silènes sont figurés, 
tantôt avec des pieds ou des sabots de cheval, tantôt avec 
des oreilles de porc. A l'époque classique (v® et iv® siècles), 
le type s'ennoblit ; Silène fut alors conçu sous les traits 
d'un vieillard, au crâne chauve, au corps tout couvert de 
poils, mais non sans une certaine grandeur. La célèbre 
statue de Silène portant Bacchus enfant dans ses bras est 
l'œuvre qui traduit le mieux cette conception. Plus tard, 
l'art alexandrin et gréco-romain popularisa surtout le Si- 
lène ivre, endormi sur son outre ; ce motif fut très sou- 
vent employé pour la décoration des fontaines ou des 
bassins de pierre. Les principaux attributs de Silène 
étaient son outre, le thyrse bachique, la couronne de lierre. 

J. TOUTAIN. 
BiBL. : Preller, Griechische Mythologie ; Berlin, 1894, 
4e éd. — Baumeister. Denhmœler des klass. Alterthums, 
Y. Seilenos. 

SILENTIAIRE (Paul Le), poète byzantin (V. Paul le 
Silentiâire). 

SILÉSIA (Astron.) (V. Astéroïde). 

SILÉSIE (ail. Schlesien). Généralités. — Région 
allemande et polonaise, actuellement divisée entre la 
Prusse et l'Autriche, bornée au S -0. par le quadrilatère 
de Bohême et la Saxe, au N.-O. par le Brandebourg, au 
N.-E. par la Pologne prussienne (Poznanie) et russe, au 
S. par la Galicie, la Hongrie et la Moravie. Elle corres- 
pond au bassin supérieur de l'Oder. Le nom de Silésie vient 
de la Sleza, aujourd'hui appelée Lohe, affl. g. du fleuve. 
Il apparaît au moyen âge. Cette région était alors parta- 
gée entre les Slaves occupant la plaine et les Germains 
demeurés dans la montagne. Vers l'an 900, la Pologne 
s'étendit jusqu'à la rive droite de l'Oder; la Bohême, qui 
avait occupé le pays entre la rive gauche et la Bobra (973), 
la céda à la Pologne (999) ; à l'O. de la Bobra commen- 
çait la Lusace. Ce sont les Polonais de Poznan, qui con- 
vertirent la Silésie au christianisme, et fondèrent en i 051 
Févêché de Breslau. Une invasion de l'empereur Henri V 
fut repoussée en 1409 ; mais les querelles de famille des 
Piasts permirent à Frédéric Barberousse une intervention 
plus heureuse (1163) ; il imposa un partage et fit attri- 
Î3uer presque toute la Silésie aux fils du roi Wladyslaw ; 
ils y fondèrent une dynastie nouvelle qui morcela la Si- 
lésie en deux duchés, Basse et Haute-Silésie, Breslau et Fia- 
tibor, eux-mêmes subdivisés à maintes reprises. Protégés 
allemands, les Piasts travaillèrent activement à germani- 
ser le pays. Le partage delà Basse-Silésie après la défaite 
et la mort du duc Henri II, qui succomba à Liegnitz contre 
les Mongols, créa en 1241 les duchés de Breslau, Lie- 
gnitz, Troppau ; celui de la Haute-Silésie, les duchés de 
Teschen, Oppeln et Ratibm\ Mais en 1340, Ratibor fut 
uni au fief bohème de Troppau, tandis que s'en détachait 
le nouveau duché de Jaegerndorf (1366). Au commence- 
ment du xiv^ siècle, on comptait en Silésie dix-huit prin- 
ces qui se partageaient le pays. Le roi Jean de Bohême 



fit reconnaître sa suzeraineté par presque tous (1327-29) 
et, en 1335, obtint du roi de Pologne, Casimir le Grand, 
qu'il la lui abandonnât. 

Charles IV acheva l'annexion à la Bohême par l'acqui- 
sition des principautés de Jauer et deSchweidnitz; néan- 
moins, la Silésie garda son autonomie et ses diètes parti- 
culières. Hostile aux Hussites, elle fut dévastée par eux. 
Vladislav autorisa les ducs de Liegnitz, Teschen, Oppeln 
et Ratibor à disposer par testament de leurs Etats, s'ils 
manquaient d'héritiers mâles (1498 et 1511). C'est en 
vertu de cette autorisation que le duc Frédéric II de Lieg- 
nitz, Brieg et Wohlau, conclut avec l'électeur Joachim II 
de Brandebourg un pacte successoral (1537) ; mais le roi 
de Bohême d'alors, Ferdinand P^ de Habsbourg, déclara 
ces arrangements nuls et non avenus. Les Silésiens s'étaient 
en majorité convertis au protestantisme ; ils furent vio- 
lemment persécutés par l'empereur dans les principautés 
qui, par déshérence, avaient fait retour à la couronne de 
Bohème ; le prince de Jaegerndorf, de la famille de Ho- 
henzollern, fut dépossédé pour avoir soutenu l'électeur pa- 
latin. En 1648 les jésuites furent installés, les éghses 
protestantes closes et leurs biens confisqués. Peu à peu les 
principautés passaient toutes aux mains des Habsbourg ; 
en 1675, le dernier duc de la maison des Piasts mourut, 
laissant vacants ses duchés de Liegnitz, Brieg et Wohlau. 
L'électeur de Brandebourg les revendiqua en vertu du 
pacte de 1537, mais dut se contenter du cercle de Schwie- 
bus (1686), que son fils revendit huit ans plus tard pour 
250.000 florins. Le roi de Suède Charles XIÏ fit rendre 
aux protestants 128 églises et le droit d'occuper les fonc- 
tions publiques. Les Etats de Silésie adhérèrent en 1720 
à la Pragmatique Sanction, reconnaissant pour souveraine 
future la fille de Charles VI, Marie-Thérèse. Mais à son 
avènement, le roi de Prusse, Frédéric II, revendiqua les 
principautés de Liegnitz, Brieg, Wohlau et Jaegerndorf, 
offrant son alliance à la reine. Sur son refus, il envahit la 
Silésie et, par le traité de Breslau (11 juin 1742), se la 
fit céder tout entière, à l'exception des principautés de 
Teschen, Troppau, Jaegerndorf, c.-à-d. les trois autres 
principautés de Haute-Silésie (Oppeln, Ratibor, Biehtz) et 
les treize principautés de Basse-Silésie (Breslau, Brieg, 
Glogau, Jauer, Liegnitz, Miinsterberg, Neisse, OEls, Sa- 
gan, Schvveidnitz, Wohlau, Trachenberg, Karolath) et les 
seigneuries moindres. — L'administration très fiscale, 
mais bien ordonnée, la tolérance religieuse, ont gagné la 
Silésie à ses nouveaux maîtres. Laissée aux Hohenzollern 
par la paix de Tilsit, elle fut un des foyers les plus ar- 
dents du patriotisme prussien en 1813 et 1866-70. 

SILÉSIE AUTRICHIENNE. — Duché delà couronne 
d'Autriche formé de la partie de la Silésie conservée par 
elle en 1742. H comprend 5.147 kil. q. et 605.649 hab. 
(en 1890), soit 118 hab. par kil. q. La Silésie autrichienne, 
située au S. de la province prussienne, est divisée par le 
district morave de Mistek en deux parties, les anciens 
cercles de Teschen à l'E. et de Troppau à l'O. C'est un 
pays montagneux, adossé au S. aux contreforts des Kar- 
pates et des Sudètes. Dans les Beskides, auS.-E.,leLissa 
Hora atteint 1.325 m. ; dans les monts deReichenstein, 
au N.-O., TAltvater en a 1.490. Le pays est arrosé par 
l'Oder et ses premiers affluents Oppa (g.), Ostrenvitza 
(dr.), Olsa (dr.) ; la lisière orientale appartient au bassin 
de la Vistule. La chute d'eau annuelle varie de 520 mil- 
lim. (Troppau) à 730 millim. (Teschen). Le duché est 
divisé en 10 circonscriptions, 3 villes et 7 capitaineries. 
La population comprend 48 7o d'Allemands et 52 °/o de 
Slaves (dont 22 de Tchèques et 30 de Polonais). Elle est en 
grande majorité catholique et relève du prince-évêque de 
Breslau qui a un vicaire à Teschen. — C'est un pays agri- 
cole avec 50 ^/o du sol en champs, 40 <^/o en pâturages 
et 34 <*/o en bois. On récolte en moyenne 200.000 
hectol. de blé, 650.000 de seigle, 500.000 d'orge, 
1.250.000 d'avoine, 3 millions de quintaux de pommes 
de terre, i million de quintaux de betteraves sucrières. 



SILÉSIE - SILEX 



22 



plus de 3 millions de quintaux de fourrages, etc. On 
compte près de 30.000 chevaux, de 200.000 bœufs, 
80.000 porcs, 15.000 moutons, 20.000 chèvres, 18.000 
ruches. — La production de la houille, d'excellente qua- 
lité (bassin d'Ostrau-Karvin), représente 400.000 tonnes 
par an ; celle du fer brut, 50.000 tonnes ; la production 
minière et métallurgique globale vaut 40 millions de fr. 
par an. L'industrie textile est également florissante : lai- 
nages à Bielitz, Jsegerndorf, etc., fds et toiles de lin, co- 
tonnades à Friedek, etc. Citons encore les sucreries, les 
brasseries, les fabriques de produits chimiques, le bois et 
les produits dérivés, etc. 

SILÉSIE PRUSSIENNE. — Province du royaume de 
Prusse, comprenant, outre la partie de la Silésie conquise 
en 1742, le comté de Glatz, une partie de la Haute-Si- 
lésie enlevée à la Saxe par le traité du 9 juin 1815. La 
superficie est de40.3071dl. q.,lapopulation de 4.515.309 
hab. en 1895, soit 109 hab. par kil. q. C'est une plaine 
adossée au S.-O. aux montagnes du quadrilatère de 
Bohême ; sur la frontière, les monts de Glatz atteignent 
1.422 m. au Schneeberg ; les monts des Géants, 1.603 m. 
au Schneekoppe ; mais, dans Fintérieur, les hauteurs sont 
moindres : au S., les collines houillères de Haute-Silésie 
ne dépassent pas 385 m. (Annaberg) ; àl'E. de Schweîdnitz, 
le Zolten en a 718 ; près de Gœrlitz, la Landeskrone a 
429 m. La plaine qui se développe sur les deux rives de 
l'Oder est arrosée par ses nombreux tributaires : Oppa 
(g.), Olsa (dr.), Zinna (g.), Klodnitz (dr.), Malapane 
(dr.), Neisse de Glatz (g.), Ohlau (g.), Weida (dr.), 
Weistritz (g.), Katzbach (g.), Bartsch (dr.), Bobra '(g.) 
grossie de la Gneisse, Neisse de Lusace (g.). Quelques 
cantons du S.-E. sont drainés par la Yistule qui forme 
un moment la frontière, quelques cantons du N.-O. par 
des tributaires de l'Elbe, la Sprée et l'Elster noire. — 
La chute d'eau annuelle varie de 500 millim. à 1.160 
millim. (dans les montagnes) ; la température moyenne 
annuelle est de -f- ^° à Brcslau. 

La population comprend plus d'un milUon de Polonais, 
lesquels dominent complètement à TE. du 16^ long, E. ; 
80.000 Tchèques sur la Zinna et près de Glatz ; 30.000 
Wendes sur la Sprée et l'Elster noire. — On compte en- 
viron 2 millions de protestants, 2.400.000 catholiques et 
50.00 juifs ; les catholiques dominent dans la Haute- 
Silésie (district d'Oppeln) et dans les montagnes limi- 
trophes de la Bohême. — L'agriculture nourrit 47 ^/o, 
l'industrie 43 ^/o de la population; l'élément agricole 
domine. — La province se divise en trois districts sub- 
divisés en 65 cercles, savoir : Breslau, 24 cercles ; Op- 
peln, 20 cercles ; Liegnitz, 21 cercles. Les deux pre- 
miers districts forment le territoire du 6® corps d'armée ; 
Liegnitz relève du 5®. Une grande partie du pays est en- 
core en la possesion des princes féodaux. Les couleurs 
provinciales sont blanc et jaune. Breslau a une univer- 
sité. 

Du sol de Silésie, 56 % revient aux champs, 10 °/o 
aux prés, 29 ^/o aux bois ; la plaine est très fertile au 
centre, de Ratibor à Liegnitz, où les trois quarts de la 
surface sont labourés ; dans la zone houillère, àl'E. d'Op- 
peln, les cantons montagneux et les pays marécageux 
qu'arrose la Bartsch, la production agricole est moindre 
et les forêts dominent. On a récolté en 1895 : 2.850.000 
quintaux de blé, 6.600.000 q. de seigle, 2.400.000 d'orge, 
4.500.000 d'avoine, 36 millions de quintaux de pommes 
terre, 13.700.000 de betteraves à sucre, 8.700.000 de 
foin, 3.600 de tabac et 9.000 hectol. de vin. La bette- 
rave est particulièrement cultivée entre Breslau etSchweid- 
nitz. On récolte aussi du lin, de la chicorée, du houblon, 
des fruits en quantité notable. La grande propriété a la 
moitié du sol et est plus développée qu'en nulle autre pro- 
vince d'Allemagne. On évalue le nombre des chevaux à 
300.000, des bœufs à 1.500,000, des moutons à 600.000, 
des chèvres à 200.000, des porcs à 700.000. Les mou- 
lons sont les meilleurs d'Allemagne. Le gibier abonde, en 



particulier les cerfs, daims et sangliers. — Les richesses 
minérales sont considérables ; le bassin houiller de la 
Haute-Silésie occupe 137.500 hect., un bassin plus petit 
est intercalé dans les porphyres et mélaphyres de Basse- 
Silésie, près de Waldenburg ; signalons aussi de petits bas- 
sins isolés. On a retiré des mines de Silésie, en 1895, 
près de 22 millions de tonnes de houille valant 155 mil- 
lions de fr. ; on tire 500.000 tonnes de lignite de la ré- 
gion des collines. Au voisinage du grand bassin houiller, 
vers Benthen, sont des minerais de fer, de zinc, que l'on 
exploite également en d'autres points du district d'Oppeln; 
on a extrait 483.000 tonnes de minerai de fer et 580.000 
de minerai de zinc, 30.000 de minerai de plomb, etc. ; la 
production métallurgique de ces métaux était évaluée à 
près de 70 miUions de fr. — L'industrie métallurgique 
est installée surtout au voisinage des mines de houille ; 
citons la grande usine à fer de Gleiwitz, les établissements 
de Breslau, Ratibor, Liegnitz. La sucrerie est très active 
entre Breslau et Schweidnitz ; la filature et le tissage de 
la toile, vers Gœrlitz, Sagan, etc. A.-M. B. 

BiBL. : Histoire. — Sommersberg, Scriptores rerum 
silesicdLrum ; Leipzig, 1729-32, 3 vol., et 1790, 3 autres vol. 
— Stenzel, Script, rerum silesicarum ; Breslau, 1835-95, 
15 vol. — Codex diplomaticus Silesiœ, 1859-96, 17 vol. — 
Stenzel, Gesc/i. Schlesiens, 1853, t. I. — Grunhagen, 
Gesch. Schlesiens ; Gotha, 1884-86, 2 vol. — Du même, 
Schlesien unter Friedrich den Grossen, 1890-92, 2 vol. — 
GRÛNHAGfSN et Markgraf, Lehïis vnd Besitzurkunden 
Schlesiens im Mittelalter ; Leipzig, 1881 et suiv. ; 2 vol. 
passim. — Grotefend, Stammtafeln der schlesischen 
Funten bis îliO; Breslau, 1876. — Morgenbesser, Gesch. 
von Schlesien, 1892, 3« éd. ~ Publication de Schlesische 
Gesellschaft fur vaterlœndische Kultur. 

GÉOGRAPHIE. — Adamy, Schlcsicn nach seinenphysik.y 
topog, und statist. Verhœltnissen, 1893, 7« éd. — Partsch, 
Schlesisches Ortschaftsverzeichniss, 1893, 3" éd. — Spezial 
Ortsrepertorium von Schlesien (Silésie autrichienne), pu- 
bliée par la commission centrale statistique d'Autriche ; 
Vienne, 1894. — Sghroller, Schlesien ; Glogau, 1885-88, 
3 vol. — V^mimo'LD.VerhreitungundHerkunft der Deuts- 
chen in Schlesien; Stuttgart, 1887. — Lutsch, Kunstdenk- 
mœler der Prov. Schlesien., 1886 et suiv., 4 vol. parus. — 
Y OI.GER, H andbuch des Grundbesitzes der Prov. Schlesien; 
Berlin, 1892, 2« éd. —Partsch, Litteratur des Landes und 
Volkeskunde der Prov. Schlesien, 1892-95, 3 liv. — Gû- 
RiscH, Carte géologique de Silésie au 400.000% 1890. 

SILÉSIE [Nouvelle-]) (V. Nouvelle-Silésie). 

SILESIUS (Angélus) (V. Angélus Silesius). 

SILEX. L Pétrographie. — Nom donné, en géologie, 
à des roches qui se présentent, généralement, sous la forme 
de concrétions, dans les terrains sédimentaires, et sont 
essentiellement formées de silice hydratée et de silice 
anhydre. La silice hydratée est soluble dans la potasse 
caustique ; — c'est de la sihce gélatineuse ou sihce préci- 
pitée des solutions alcalines, — elle est également soluble 
dans l'eau des pluies. Elle constitue des variétés d'opale 
à divers degrés d'hydratation. Les concrétions siliceuses, 
dont certaines roches sédimentaires sont abondamment 
pourvues, résultent de séparations moléculaires, par suite 
desquelles les éléments de même nature ont une tendance 
àse concentrer en certains points déterminés. La présence 
de corps organiques en décomposition est généralement 
favorable à ces concentrations. Les silex se montrent à 
tous les niveaux possibles de la série sédimentaire. Ils 
ont reçu quelques noms spéciaux. 

Dans les terrains primaires, les silex sont généralement 
désignés sous le nom dephtaiiiies. Ce sont des silex noirs 
qui se trouvent, soit dans des schistes [lydites (kiesel- 
schiefer)], soit dans des calcaires. On en connaît dans les 
niveaux les plus anciens. Les phtanites du précambrien 
de Bretagne ont révélé à Cayeux la présence de micro- 
organismes (radiolaires). Dans le silurien, on rencontre 
également des silex noirs (phtanites à graptolites du goth- 
landien de Bretagne). Mais ces concrétions siliceuses sont 
surtout abondantes dans les calcaires carbonifères ; c'est 
ainsi que les calcaires gris clair du dinantien de l'Angle- 
terre renferment de nombreux phtanites. Les silex des 
terrains jurassiques portent généralement le nom de 
chailles. Les gisements les plus importants de ces silex 



secondaires se trouvent dans les calcaires à chailles de la 
Meuse (oxfordien) : ce sont des assises calcaires siliceuses ou 
marneuses alternant avec des masses sableuses ou des ar- 
giles sur une épaisseur de 70 à 90 m. Les calcaires à chailles 
se trouvent également dans Toxfordien du Jura, dans le sé- 
quanien de la Souabe, dans le kiméridgien de Sisteron, etc. 
Les silex de la craie ou silex pyromaques sont plus 
fréquents. lisse montrent depuis le cénomanien et surtout 
le turonien jusqu'à la partie supérieure de la craie. La 
craie de Meudon, la craie à Micraster coranguinum 
des environs de Beauvais, etc., qui constituent des craies 
tendres, blanches, renferment des bancs de silex très 
réguliers, disposés à peu près parallèlement à la stratifi- 
cation. Ces silex ne sont pas contemporains du dépôt de 
la craie. Ils se sont produits par l'entraînement, par des 
eaux alcalines, de silice soluble disséminée, et de la subs- 
tance de certains organismes siliceux (éponges, diatomées, 
radiolaires).. Ces silex remplissent souvent des diaclases, 
ce qui est la preuve de la postériorité de leur formation 
par rapport à celle du dépôt de la craie. 

Les silex tertiaires ont des noms assez variés. Ils sont 
généralement caractérisés par une forte proportion de silice 
soluble. Le silex ménilite de Ménilmontant a la forme de 
rognons à couches concentriques ayant emprisonné une 
certaine quantité d'argile : ces silex abondent dans l'assise 
marneuse qui sépare la masse supérieure du gypse de la 
masse moyenne, notamment dans les carrières d'Argenteuil. 
Les silex magnésiens contiennent une certaine quantité 
de magnésie ; ils sont quelquefois violets et se trouvent 
dans le calcaire de Saint-Ouen. Le silex nectique. éga- 
ement du calcaire de Saint-Ouen, est très léger, il sur - 
nage sur Peau; il est constitué par de la silice pulvérulente 
renfermant de grandes quantités de vacuoles et de petits 
tubes creux. Il résulte souvent de pseudomorphoses ou de 
remplissage, par de la silice, des interstices, dos cristaux, 
des bancs de gypse grenu : le gypse ayant ensuite disparu 
par voie de dissolution, il est resté une trame siliceuse 
dans les mailles de laquelle se retrouvent les moulages de 
ses cristaux. Le silex résinite doit son nom à son aspect 
résineux : il contient une grande quantité d'eau ; il a été 
surtout formé dans des calcaires lacustres, dans le cal- 
caire de Brie du bassin de Paris et de l'Auvergne, dans 
le calcaire de Beauce des environs de Gergovie. L. G. 

IL ÀNTIQUrrÉ PRÉHISTORIQUE {V. Age). 
BiBL. : H. DE Lapparent, Traité de géologie; Paris, 
1900. — L. Cayeux, Contribution à l'étude micrographique 
des roches sédimentaires ; Lille, 1897. — Michel-Lévy et 
Munier-Chalmas, Mémoire sur les diverses formes affec- 
tées par le réseau élémentaire do quartz^ dans Bulletin 
Soc. franc, de minéralogie, 1892, etc. 

SILFIAC. Com. du dép. du Morbihan, arr. de Pontivy, 
cant. de Cléguérec ; 1.017 hab. 

SILHAC. Com. du dép. del'Ardèche, arr. de Tournon, 
cant. de Vernoux ; 1.519 hab. 

SILHON (Jean de), littérateur français, né à Sos (Gers) 
à la fin du XVI® siècle, mort à Paris en 1667. 11 fut l'un 
des secrétaires de Richelieu, qui lui donna le titre de con- 
seiller d'Etat, et, en 1635, l'un des premiers membres 
de l'Académie française. Chapelain a loué son style et 
son savoir et Bayle la solidité de ses ouvrages, parmi 
lesquels nous citerons : les Deux Vérités^ Vune de 
Dieu et de la Providence, Vautre de Vimmortalité de 
l'âme (Paris, 1626, in-8); le Ministre d'Etat avec le 
véritable usage de la politique (1631-34); De Vim- 
mortalité de Vâme (1634, in-4); De la Certitude des 
connaissances humaines (1661, in~4), etc. 

SILHOUETTE (Etienne de), contrôleur général des 
finances, né à Limoges en juill. 1709, mort à Brie-sur- 
Marne le 20 janv. 1767. Fils d'un receveur des tailles, il 
acquit une charge au parlement de Metz, et devint ensuite 
chancelier du duc d'Orléans. Voyageur intrépide, chargé 
de missions en Acadie pour le règlement des frontières 
franco-britanniques, puis près la Compagnie des Indes, 
écrivain fécond mais sans originalité et sans suite, il fut 



23 — SILEX — SILICE 

poussé par le crédit de la marquise de Pompadour au 
contrôle général des finances, qu'il occupa du 4 mars au 
21 nov. 1759. La hardiesse des expédients auxquels il eut 
recours le fit passer pour un grand homme tant qu'il ne 
toucha pas aux privilégiés. Mais dès qu'il parla de réduire 
les pensions des grands, de subvention territoriale à im- 
poser aux terres nobles, de banque royale, etc., les in- 
jures et les moqueries commencèrent : et l'on surnomma 
culotte à la Silhouette une culotte sans gousset, et 
« silhouette » (nom commun admis par l'Académie en 
1835) une figure réduite à sa plus simple expression : 
allusion aux sacrifices que le ministre demandait alors 
aux grands, comme d'envoyer leur vaisselle plate à la 
Monnaie, etc. Le parti des philosophes n'osa lutter contre 
ce débordement de sarcasmes et abandonna d'autant plus 
aisément Silhouette qu'il passait pour être dévot. Il a 
laissé des traductions, des récits de vayage, des rapports 
diplomatiques et des ouvrages historiques ou philosophi- 
ques mal digérés, dont on trouvera la liste dans Quérard, 
France littéraire (t. IX, p. 138). Son Testament poli- 
tique, publié en 1772, est apocryphe. H. Monin. 

SILIANA. Rivière de Tunisie {Y. ce mot). 

SI LIAO ou SI LEAO. Dynastie chinoise (V. Khitans). 

SILICATE. I. Chimie (V. Siuge). 

IL Chirurgie (V. Appareil, t. ÏII, p. 390). 

SILICATISATION. On a donné le nom de silicatisation 
à l'opération du durcissement du plâtre, de la pierre cal- 
caire tendre par l'intermédiaire de l'acide hydrofluosi- 
licique. Cet acide forme avec la magnésie; l'alumine, le 
zinc, des sels solubles et cristallisables. La solution de fluo- 
silicate double d'alumine et de zinc, mise au contact des 
calcaires tendres, imprègne ces pierres et forme avec les 
sels de chaux des fiuosilicates complexes, insolubles et 
durs. Le procédé a été appliqué pour durcir les surfaces 
calcaires, exposées à l'air, dans le nouvel hôtel des postes 
de Paris. L'emploi de fiuosilicates, comme ceux de chrome, 
de fer, de cuivre, permet de produire simultanément le 
durcissement et la coloration des pierres ; on obtient ainsi 
des matières dures présentant l'aspect des marbres. C. M. 

SlUCE. I.C„na. -!%.„.. jE-'-W. 

La silice est fort répandue dans la nature où elle se 
rencontre libre ou combinée avec les bases alcalines ou 
terreuses. Elle constitue une substance polymorphe, car 
elle existe sous deux formes incompatibles, le quartz et 
la tridymite. Le quartz ou cristal de roche se présente 
en prismes hexagonaux réguliers, terminés par des pyra- 
mides à six faces. Les cristaux, souvent incolores, pré- 
sentent une limpidité parfaite; ils sont quelquefois colorés 
en violet, en brun ou en noir et prennent alors les noms 
de quartz améthyste ou de quartz enfumé. Le jaspe, 
l'agate, la cornaline sont des variétés de quartz diverse- 
ment colorés par la présence de certains oxydes métal- 
liques. La tridymite est une variété de quartz beaucoup 
plus rare qui se présente en lamelles hexagonales réunies 
par groupe de trois, on ne la rencontre guère que dans 
quelques roches volcaniques. La densité du quartz est 
égale à 2,6, celle de la tridymite varie de 2,2 à 2,3; elle 
est la même que celle du quartz fondu obtenu à l'aide d'un 
chalumeau oxyhydrique. Les pierres meulières, les cailloux 
ou silex, les sables, les grès sont constitués par de Ja 
silice plus ou moins mélangée d'alumine ou d'oxyde de 
fer. L'opale employée en bijouterie est de la silice hydra- 
tée. La silice est appelée quelquefois acide silicique ; elle 
jouit en effet de propriétés acides, faciles à mettre en évi- 
dence quand on la fait réagir sur les carbonates alcalins. 
Fondue avec ces derniers, elle chasse en effet l'anhydride 
carbonique et s'unit aux bases pour former des silicates 
solubles dans l'eau pour des proportions convenables 
d'acide et de base. Par exemple en chauffant au rouge 
vif dans un creuset en terre 6 parties de sable blanc de 
Fontainebleau avec 5 parties de carbonate de sodium et 
coulant le produit sur une dalle, on obtient par refroi- 



SILICE 



— U 



dissement un verre transparent soluble dans Feau. La 
dissolution constitue ce qu'on appelle la liqueur des 
cailloux. 

La silice s'unit d'ailleurs directement aux bases alca- 
lines, alcalino-terreuses, seules ou mélangées avec des 
oxydes métalliques, pour engendrer des silicates souvent 
très fusibles, silicates qui jouent un rôle considérable dans 
un grand nombre d'industries. Dans le traitement du mi- 
nerai de fer au haut fourneau, la silice se trouve en- 
traînée avec la chaux ajoutée au minerai sous la forme 
d'un silicate fusible plus léger que la fonte et qui s'en 
sépare par suite facilement en formant ce qu'on appelle 
le laitier ou scories. 

Les verres sont des silicates doubles de calcium et de 
sodium ou même de potassium ; les cristaux sont des sili- 
cates à base de plomb et de potassium. Dans les matières 
réfractaires, la matière dominante est le silicate d'alumine 
ou bien la silice elle-même. Les acides forts peuvent dé- 
placer l'acide silicique de ses sels. C'est ainsi que l'acide 
chlorhydrique concentré donne dans la liqueur de cailloux 
un précipité blanc, gélatineux, de silice hydratée très 
volumineux. Ce précipité, lavé et desséché, fournit une 
matière pulvérulente blanche constituée par la silice pure. 
L'eau décompose le chlorure d'acide correspondant à 
l'acide silicique, c.-à-d. le chlorure de silicium en engen- 
drant la silice hydratée : 

Si^Cl^ +mW 4- Aq = Si^O^Aq + 4HC1. 

Cette silice amorphe abandonne au rouge toute l'eau 
qu'elle contient et fournit la sihce anhydre. On peut trans- 
former cette dernière en silice cristallisée, identique aux 
silices naturelles. Chauffée avec du tungstate ou du phos- 
phate de soude, la sihce amorphe à 750^ se transforme en 
petits prismes hexagonaux de quartz, à 1 .000'', on reproduit 
dans les mêmes conditions la tridymite (Hautefeuille). La 
silice, chauffée en présence d'un acide ou calcinée, est 
insoluble dans l'eau, tandis que la sihce hydratée peut se 
dissoudre en petite quantité à la faveur des acides libres. 
Une dissolution étendue de silicate de soude, versée dans 
de l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique, ne donne pas 
de précipité de silice. Celle-ci reste dissoute dans l'acide 
chlorhydrique en même temps que le sel marin formé. On 
peut séparer ce dernier en dialysant la solution et obtenir 
ainsi une solution aqueuse de sihce, qui se trouble au 
contact d'un sel soluble et fournit de la silice coagulée 
insoluble. L'existence de la sihce soluble explique la pré- 
sence de la silice dans les eaux courantes, où elle est main- 
tenue dissoute à la faveur de l'acide carbonique ; de là 
elle passe dans les plantes, en particuher dans les gra- 
minées auxquelles elle donne une assez grande consistance. 
Cette silice dissoute existe en grande proportion dans les 
jets d'eau chaude qui, sortant des fissures du sol, consti- 
tuent les geysers de l'Islande. 

Les métalloïdes sont sans action sur la silice aux tem- 
pératures ordinaires des foyers, ce n'est que par l'action 
simultanée de certains éléments qu'il est possible de l'atta- 
quer. Un mélange intime de silice et de charbon chauffé 
dans un courant de chlore forme du chlorure de silicium 
en même temps qu'il se dégage de l'oxyde de carbone : 

Si^O^ + œ -}- 4C m Si^CH -h ^CW, 

Les vapeurs de soufre agissant sur le même mélange 
forment du sulfure de silicium. L'action simultanée du 
charbon et du platine engendre le sihciure de platine. La 
silice est réduite par les métaux alcalins, l'aluminium, 
le magnésium avec formation de silicium ou de sihciure, 
suivant les proportions relatives des corps réagissants. 
L'acide fluorhydrique attaque la silice en donnant du fluo- 
rure de siHcium, réaction utilisée dans la gravure sur 
verre : 

Si^O'* -h 4HF1 = Si^Fl* -f mW. 

On trouve dans la nature quelques silicates simples 
bien cristallisés, comme Ve^istatite Si^O'^^MgO, la mol- 



lastonite Si*0^2CaO ; mais la plupart des sihcates natu- 
rels sont de constitution plus complexe. Les silicates alca- 
hns jouissent de la propriété de dissoudre les oxydes 
métaUiques; aussi le forgeron qui veut souder deux barres 
de fer chauffées au rouge les saupoudre de sable qui 
s'unit à l'oxyde en formant un silicate fusible qui met à 
nu le métal pur et permet, par suite, d'établir un contact 
parfait entre les parties à réunir. 

La silice a des apphcations multiples et importantes. 
Les sables, silice impure, entrent dans la composition de 
tous les verres, verre vert, cristal, émaux, etc. ; dans 
celle de toutes les poteries, faïences, grès, terres réfrac- 
taires, porcelaines, etc. Le sable intervient également 
dans la fabrication de l'outremer artificiel et surtout dans 
la composition des mortiers destinés aux constructions. 
Les meules à aiguiser ordinaires sont en grès ; les pavés 
des rues sont aussi en grès. 

Les variétés plus rares de la silice ne sont pas moins 
intéressantes par leurs applications ; la bijouterie et la 
joaillerie utilisent les quartz colorés ou purs comme ob- 
jets d'ornements; le quartz intervient constamment en 
optique à cause de ses propriétés remarquables vis-à-vis 
la lumière ; il possède en outre l'avantage de laisser pas- 
ser les rayons chimiques. On se sert de mortiers ou de 
brunissoirs en agate à cause de la grande dureté de cette 
variété de la silice . C. M. 

IL Pétrographie (V. Silex et Silicification). 

IIL Agriculture. — La sihce, très abondante dans cer- 
tains végétaux, notamment dans les graminées (récolte 
moyenne de blé, 120 à 150 kilogr. par hect.), les fou- 
gères, les prêles, etc., a été, pendant longtemps, consi- 
dérée comme l'un des éléments les plus essentiels pour 
la nutrition des végétaux ; on a attribué aussi à sa pré- 
sence dans les chaumes des céréales la rigidité de ces 
organes ; son insuffisance dans le sol suffisait, croyait- 
on, pour provoquer la verse ; mais de nombreuses expé- 
riences (I. Pierre, Wolff, etc.) ont montré que cette 
substance s'accumule surtout dans les feuilles et dans les 
enveloppes du grain, et, même, que la verse est plus à 
craindre lorsque la sihce s'y trouve en excès ; le praticien 
n'a donc à se préoccuper aucunement de cette question ; 
les éléments siliceux abondent d'ailleurs dans tous les sols 
agricoles, et la silice qui a été enlevée à ces derniers par 
les récoltes leur est restituée presque en totalité par les 
pailles et les divers organes végétaux qui leur reviennent 
directement, ou après utilisation comme fourrages ou 
comme litières. 

Certains sols provenant de la décomposition de roches 
feldspathiques, de grès ou de conglomérats, sont parti- 
culièrement riches en silice, on les nomme sols sablon- 
neux, siliceux ou sableux ; ils sont formés d'éléments 
plus ou moins grossiers (sables, graviers, cailloux) dont la 
proportion relative est l'un des principaux facteurs à prendre 
en considération pour la détermination de leur valeur au 
point de vue agricole ; constitués par du sable fin et pres- 
que pur (sable quartzeux ou calcaire), ils sont stériles, 
tant à cause de leur pauvreté en substances nutritives que 
de leurs propriétés physiques très défectueuses (manque 
de cohésion et à' assiette, manque de rétention pour l'eau 
et dessiccation fréquente et complète, etc.) ; leur qualité 
s'améliore avec la proportion et la grosseur des éléments, 
mais toujours elle reste subordonnée, avant tout, aux 
conditions climatologiques : les sols sablonneux, stériles 
dans le Midi, peuvent devenir très productifs dans les 
régions septentrionales à climat humide si on leur fournit 
les engrais nécessaires ; ils sont friables et faciles à tra- 
vailler en tout temps ; ils sont perméables à l'eau et à 
l'air et se dessèchent aisément, souvent au grand détri- 
ment de la végétation ; ils s'échauffent rapidement, mais 
se refroidissent aussi vite ; les récoltes y sont très pré- 
coces, mais elles y sont aussi exposées à souffrir du froid 
pendant les nuits claires ; enfin les sables fournissent des 
sols très actifs dans lesquels la nitrification et la décompo- 



25 — 



SILICE — SIUCÎFICATION 



sition des engrais organiques s'effectuent très rapidement, 
mais ils ne possèdent qu'un faible pouvoir absorbant 
(manque d'humus) pour les éléments nutritifs essentiels ; 
ces indications nous conduisent à poser les règles générales 
suivantes pour leur exploitation : 

i° Culture. Façons peu nombreuses, exécutées autant 
que possible à l'automne (faciliter l'absorption de l'hu- 
midité pendant l'hiver, et hâter les ensemencements du 
printemps) et dès la fin des fortes gelées (prévenir la des- 
siccation) ; roulages fréquents. 

2° Engrais, Utilisation à petites doses et répétition fré- 
quente des fumures ; employer des fumiers faits, rapide- 
ment assimilables et les enterrer profondément, engrais 
verts recommandables ; compléter les fumures avec des 
engrais organiques du commerce, du nitrate de soude (de 
préférence au sulfate d'ammoniaque), des engrais riches en 
acide phosphorique (farines d'os, guanos, scories de dé- 
phosphoration, etc.), et des engrais potassiques (les en- 
terrer peu de temps avant les semailles) ; bien répartir les 
fumures dans le sol. 

Plantes cultivées. Dans les régions septentrionales, les 
sols sableux frais et fumés convenablement sont propres 
à la culture de la plupart des céréales (préférer les va- 
riétés d'hiver, et surtout le seigle, l'avoine et le sarra- 
sin), de certaines légumineuses (trèfle incarnat, spergule, 
serradelle, lupin jaune), de la pomme de terre et du to- 
pinambour) ; s'ils sont trop secs ou trop pauvres, il faut 
d'abord entreprendre leur améhoration par le boisement 
(pin sylvestre, pin maritime, pin noir, bouleau, aulne, etc.); 
après défrichement, on peut commencer la culture courante. 
Dans le Midi, la culture, seulement productive en plaine, 
n'est guère possible qu'avec le concours de l'irrigation 
(maïs, betterave sucrière, canne à sucre, blé, etc.). 

SILICICOLE (Bot.). Les différentes espèces de plantes 
n'ont pas toutes les mêmes besoins. Poussant dans un sol 
identique, chacune y choisira les éléments qui lui con- 
viennent le mieux. Mais il y a des plantes qui ne réussis- 
sent que sur un sol déterminé. Telles sont les silicicoles, 
pour lesquelles un substratum siliceux est indispensable 
(siHcicoles exclusives), ou préférable (silicicoles plus ou 
moins indifférentes). Parmi les premières, citons : le châ- 
taignier, le Calamagrostis arenaria, Elymus arenarius 
Digitalis purpurea, Plantago arenaria, Jasionemon- 
tana; parmi les secondes, la plupart des Graminées, 
ainsi que de nombreuses plantes, auxquelles leur pré- 
sence habituelle sur les sables a fait donner l'épithète 
spécifique de arenaria. D^ L. Laloy. 

SIUCIFICATION (Pétr.). Les dépôts de silice par 
voie de dissolution ne sont pas exclusifs aux concrétions 
que l'on désigne sous le nom de silex. La silice peut s'im- 
prégner ou se substituer plus ou moins totalement à des 
masses importantes de roches sédimentaires ou éruptives ; 
elle a pu, également, épigéniser le test des fossiles ou bien 
des minéraux, formant, dans ce dernier cas, de véritables 
pseudomorphoses. Ce phénomène d'imprégnation ou de 
substitution par de la silice constitue la silicification. 
Parmi les roches sédimentaires silicitiées, il convient de 
placer, au premier rang, les meulières. Ces roches se 
rencontrent dans le bassin de Paris, au niveau du calcaire 
de Brie {meulière inférieure, à Etampes, Montmartre, La 
Ferté-sous-Jouarre, etc.), et au niveau du calcaire de Beauce 
(meulière supérieure, à Montmorency, Meudon, etc.). 
Elles sont formées de silice compacte, amorphe ou à peine 
cristallisée, quelquefois pénétrée de quartz et présentant, 
généralement, de nombreuses vacuoles {meulière caver- 
neuse) ; ces vacuoles sont séparées par cloisons, souvent 
verticales, qui n'ont pu, par conséquent, se former au mi- 
lieu de cavités. On constate, de plus, qu'en profondeur 
les cavités de la meulière sont occupées par des débris de 
calcaire. La meulière caverneuse est donc une roche dé- 
calcifiée par les eaux de pluie et n'existe que suivant les 
lignes d'affleurement. On n'est pas bien fixé sur le mode de 
formation.de cette roche sihceuse. Munier-Chalmas pense 



qu'elle résulte de calcaires qui, par suite de pressions ou 
de phénomènes de retrait, ont été fendillés suivant des 
directions conjuguées : de la silice a rempli ces petites frac- 
tures et, dans le cas où le calcaire a été postérieurement 
dissous, il est resté un squelette siliceux. Les meulières 
sont souvent rubéfiées par peroxydation et hydratation 
des sels de fer toujours contenus dans le calcaire. 

Les gaizes sont des argiles souvent gréseuses, agglo- 
mérées en une roche dure par de la silice soluble ; elles 
sont généralement légères, poreuses et d'un jaune clair. 
Dans ces roches, l'enrichissement ultérieur en silice n'est 
pas douteux et l'origine de cette silice doit être cherchée 
dans l'altération des dépôts siliceux, originairement su- 
perposés (Cayeux). Les gaizes se montrent à divers ni- 
veaux, dans l'oxfordien (Ardennes, Argonne, etc.) ; l'al- 
bien (Bernissart, etc.); le cénomanien (Argonne, etc.). Les 
jaspes sont des argiles fortement silicifiées, sursaturées 
de silice anhydre. Les tuffeaux sont des sables crayeux 
ou glauconieux cimentés par de la silice. Le tuffeau de 
Touraine (turonien) constitue une craie jaunâtre silicifiée 
par des apports de silice provenant des terrains qui 
le recouvrent; le tuffeau de Ciply (aturien et danien) 
constitue un calcaire blanchâtre ou jaunâtre silicifié avec 
silex gris ; le tuffeau du N. de la France est un sable glau- 
conieux éocène (thanétien); aggloméré par de la siHce. 
Enfin, les grès de Fontainebleau offrent un très bel 
exemple de silicification de sables. Les sables quartzeux 
de ce nom ont été agglomérés, par place, par un ciment 
siliceux; il en est résulté le grès à pavés bien connu. 

Beaucoup dequartzites doivent également leur texture et 
leur résistance à un phénomène de silicification secondaire. 

La sihcification des roches d'origine ignée est encore plus 
importante que celles des roches sédimentaires. Très fré- 
quemment, les masses éruptives ou volcaniques ont été tra- 
versées, parcourues par des eaux minérales, qui ont dé- 
posé dans toutes les anfractuosités, les fissures, les cavités 
huileuses ou les pores de la roche, de la silice sous forme 
de quartz, de calcédoine, de quartzine, d'opale, etc. Cette 
silicification, au lieu de se borner au remplissage des vides, 
s'est même, dans beaucoup de cas, poursuivie bien plus 
loin : les éléments minéralogiques de la roche ont été, par- 
tiellement ou totalement, épigénisésparles diverses formes 
de la silice anhydre et hydratée. Certains auteurs même 
considèrent la silice libre de certaines roches quartzifères 
(micropegmatites, diorites quartzifères, etc.) comme du 
quartz secondaire (Fouqué). La même origine pourrait être 
attribuée également au quartz des granités qui marque la 
fin, et, par suite, la phase aqueuse (pneumatohtique, Ro- 
senbusch) de la consolidation de cette roche. Mais^ en 
dehors de ces cas discutés de silicification, les roches d'o- 
rigine ignée silicifiées ne sont pas rares. Parmi les roches 
volcaniques, les plus acides (rhyolites, trachytes et andé- 
sites) renferment fréquemment de la silice secondaire. Les 
trachytes, andésites et liparites des monts Euganéens, en 
Italie, en sont des exemples classiques ; ces roches vol- 
caniques offrent, en outre, des formes précitées de silice 
secondaire, de la tridymite, espèce anhydre de silice, en 
lamelles hexagonales. Les diverses variétés de calcédoine 
(cornaline, sardoine, calcédoine guttulaire, etc.), d'agate 
(agate herborisée, agate mousseuse, onyx, etc.), d'opale 
(opale noble, hyalite, etc.) ont été déposées dans ces condi- 
tions. On peut assister, de nos jours, aux phénomènes de 
silicification ainsi produits par voie hydro-thermale : les 
eaux des geysers déposent journellement de la silice à 
divers états d'hydratation (geysérite). 

La silicification des débris organisés des terrains sédi- 
mentaires n'est pas chose rare. Dans certains calcaires, 
la silice s'est particulièrement portée sur les coquilles, 
le test et les radioles d'échinides. Il semble qu'il y ait 
eu substitution moléculaire. Cette substitution est frap- 
pante dans les brachiopodes siliceux du lias de l'Indre. 
La gangue est demeurée calcaire, si bien qu'une attaque 
lente, par un acide faible, a permis à Munier-Chalmas de 



SILICIFICATION -~- SILICIUM 



26 



préparer les apophyses spirales, très délicates, de spirifé- 
rines. Le gîte d'Uchaux^ en Provence, offre également 
des exemples remarquables de coquilles silicifiées ; de même, 
les ammonites bajociennes du Mont-d'Or lyonnais ont leur 
test changé en silice. Enfin, les bois siUcifiés, produits 
à diverses époques géologiques et à l'époque actuelle, sont 
bien connus des géologues et des minéralogistes. 

On connaît des minéraux épigénisés par de la silice à divers 
états, et les belles pseudomorphoses siliceuses de cristaux 
de gypse sur les bords des vallées quaternaires du bassin 
de Paris ont fourni à Michel-Lévy et Munier-Chalmas les 
matériaux d'un travail devenu classique sur les diverses 
formes du réseau élémentaire de quartz (calcédoine, quart- 
zine, lutécite). L. Gentil. 

SILICIQUE (Acide) (V. Silice). 

SILICIUM. ,wjji^ -.:;::;::: I=S: 

Ilislorique. Le silicium est un élément métalloîdique 
qui fut découvert par Berzelius en 1808. Deville l'obtint 
à l'état cristallisé en 1854 et établit les analogies qu'il 
présente avec le carbone. 

Préparation . On retire le silicium du composé, la si- 
lice, qu'il forme avec l'oxygène ; cette substance est l'une 
des matières les plus répandues à la surface de la terre. 
Au lieu d'opérer directement sur la silice, on emploie sou- 
vent le sel de potassium de l'acide fluosilicique, produit de 
l'action de l'acide fluorhydrique sur la silice dans des con- 
ditions convenables. Pour obtenir le silicium amorphe, on 
réduit par le sodium le fluosilicate de potassium bien sec 
en présence de sel marin qui joue le rôle de fondant et 
préserve le sodium de l'action de l'oxygène de l'air. La 
réaction est rapide et violente : 

Si^FF^âKPl + 4Na =: 6KF1 -h 2Si. 

Il suffit de reprendre la masse totale par l'eau bouil- 
lante pour dissoudre les sels et éliminer le silicium sous la 
forme d'une poudre brune non cristalline. 

Le magnésium réduit facilement la silice et met le mé- 
talloïde en liberté. Si l'on effectue cette réduction en pré- 
sence d'un excès de magnésie, on peut obtenir du silicium 
amorphe pur : 

âMg HSiO^ z=: Si -+- 2MgO. 

La mise en liberté du silicium en présence de métaux 
susceptibles de le dissoudre, en l'abandonnant cristallisé 
par refroidissement, permet de préparer le silicium cris- 
talhsé. 

On projette pour cela, dans un creuset chauffé au rouge, 
3 parties de fluosilicate de potassium, 1 partie de zinc en 
grenaille et 1 partie de sodium coupé en petits morceaux. 
La réaction est immédiate, on maintient le creuset chauffé 
pendant un certain temps, puis on laisse refroidir lente- 
ment. Le creuset contient à sa partie inférieure un culot 
de zinc imprégné de cristaux de silicium. Il suffit de dis- 
soudre le zinc par l'acide chlorhydrique, d'enlever un peu 
de plomb apporté par le zinc par l'acide azotique, et fina- 
lement de traiter par l'acide fluorhydrique pour éliminer 
des traces de silice et obtenir le silicium pur et parfaite- 
ment cristallisé. 

L'aluminium dissout également le silicium : on peut ré- 
duire la silice ou le fluosilicate de potassium par un excès 
d'aluminium, et attaquer par l'acide chlorhydrique le culot 
d'aluminium et de silicium formé ; celui-ci reste sous la 
forme de larges lamelles noires, d'apparence hexagonale 
et ressemblant au graphite (silicium graphitoïde). 

Propriétés. Le silicium amorphe se présente sous la 
forme d'une poudre brune, qui fond au rouge blanc en se 
transformant en une masse à cassure cristalline. Sa trans- 
formation en silicium cristallisé s'effectue également quand 
on le chauffe fortement dans un courant de chlorure de 
silicium, le silicium amorphe est alors transporté des 
points les plus chauds en des points où la température 
est voisine de 500*^. Le silicium se dépose sous la forme 
d'un feutrage de fines aiguilles noires, très brillantes, 



constituées par des chapelets d'octaèdres réguliers. Leur 
densité est égale à !2,49. 

Le silicium cristallisé dans le zinc présente le même 
aspect, celui qui cristallise dans l'aluminium (silicium gra- 
phitoïde) a les mêmes propriétés. Le silicium amorphe 
fortement chauffé dans l'oxygène brûle et se transforme 
en silice, la variété cristalUsée résiste davantage à l'action 
de l'oxygène ; on peut la chauffer au rouge sans qu'elle 
subisse d'altération appréciable. Le fluor attaque le sili- 
cium à froid, le chlore, le brome, l'iode à des tempéra- 
tures plus élevées, les hydracides sont également décom- 
posés par le silicium, mais la réaction la plus curieuse 
du silicium est son action sur la potasse, les solutions 
alcalines sont décomposées facilement par le silicium avec 
dégagement d'hydrogène et formation de silicate alcalin. 
La plupart des acides sont sans action sur le silicium, 
l'acide fluorhydrique dissout seulement le silicium amorphe 
avec dégagement d'hydrogène. Le mélange des acides 
fluorhydrique et azotique attaque le siUcium cristallisé. 
Le silicium chasse le carbone de la fonte et des carbonates 
alcalins : 

G^O^SNaO -f. 2Si iz: C^ + Si^O^^NaO. 

Hydrogène silicié. Le silicium se combine facilement 
avec le magnésium pour former un siliciure de magnésium 
décomposable par l'acide chlorhydrique en formant de l'hy- 
drogène silicié Si^H*. Cet hydrogène constitue un gaz in- 
colore, diflicilement liquéfiable à — lisons la pression de 
100 atmosphères ou à — 11^ sous la pression de 50 at- 
mosphères. Il s'enflamme spontanément à la température 
de 100° en donnant des fumées abondantes d'acide sili- 
cique. Son inflammation est spontanée à la température 
ordinaire quand on abaisse sa pression soit directement, 
soit par son mélange avec un gaz inerte. Celui qui se dé- 
gage du sihciure de magnésium est toujours inflammable 
spontanément, car sa pression est diminuée par la pré- 
sence constante de l'hydrogène. 

La chaleur le décompose facilement en ses éléments ; 
c'est un réducteur puissant qui précipite l'or, l'argent, le 
cuivre de leurs solutions. La potasse décompose l'hydro- 
gène silicié avec dégagement d'hydrogène : 

SmV" + 2(K02H0) zz 2K0Si20* + 8H, 

le volume d'hydrogène est le quadruple du volume ga- 
zeux initial, ce qui établit la composition du gaz. 

fluorure de silicium. Le silicium brûle à la tempé- 
rature ordinaire dans le fluor avec un vif dégagement de 
chaleur, en formant du fluorure de siUcium Si^Fl^. Le même 
produit prend naissance dans l'action de l'acide fluorhy- 
drique concentré sur la silice : 

Si^O^ 4- 4HF1 — Si^Fl^ -4- ^H^O^. 

On prépare ce corps en chauffant dans un ballon de verre 
parties égales de spath fluor et de sable avec de l'acide 
sulturique concentré. L'acide fluorhydrique naissant, pro- 
venant de la réaction de l'acide sulfurique sur le fluorure 
de calcium, réagit à son tour sur la silice et engendre le 
fluorure gazeux. C'est un gaz incolore, fumant à l'air par 
suite de sa décomposition par la vapeur d'eau. On le liqué- 
fie à — 105^ sous une pression de 9 atmosphères. L'eau 
le décompose en silice et acide hydro fluosilicique (V. ce 
mot), aussi doit-on le recueillir sur le mercure : 

SSi^FF* + 2H202 := Si^O'^ -f- SSi^Fl^ll^. 

Les oxydes métalliques chauffés dans un courant de fluo- 
rure de siUcium forment des fluorures métalliques et des 
silicates cristallisés. 

Chlorures de silicium. Le chlore se combine directe- 
ment au silicium légèrement chauffé et forme le tétra- 
chlorure Si^CF*. Le môme corps prend naissance dans l'ac- 
tion du chlore sur un mélange intime de silice et de 
charbon fortement chauffé : . 

Si204 _^ 4Q _{_ 4Qi _- si2c;i4 _^ 4C0. 



C'est un liquide incolore, bouillant à 59**, que Teau décom- 
pose en acide chlorhydrique et silice : 

SiTi^ + mW = Si^O'^ + 4HCL 
A la température de i.300° le chlorure se décompose en 
présence du silicium pour former du sesquichlorure Si^Ci^, 
bouillant à 446° : 

SSi^CH + 2Si = SSi^Cl^ 

Inversement, ce sesquichlorure chauffé se décompose len- 
tement en tétrachlorure et silicium cristallisé. L'eau dé- 
compose le chlorure en formant un acide particulier, l'acide 
oxalosilicique, analogue à l'acide oxalique : 

Si^Cl^ + mW := 6HCI 4- Si^H^O^. 
Le tétrabromure de silicium Si^Br* se prépare comme le 
chlorure correspondant ; c'est un liquide incolore bouillant 
ù 450<*. Le tétraiodure Si'^F* est un corps solide incolore 
que l'argent décompose en sesquiiodure Si'^F : 
SSi^P + 2Ag =r Si*P + 2AgL 

Silicichloroforme. Le silicium chauffé avec les hydra- 
cides HCl, HBr, HI, donne naissance aux silicichloroforme, 
bromoforme et iodoforme Si2HCl^ Si^HBr^, Si^HF. Le 
premier est un liquide incolore bouillant à 42** que l'eau 
décompose en donnant l'acide siliciformique : 

^Smœ -4- SH^O^ = 6HC1 4- Si^H^O^. 
Le composé le plus important du silicium est la silice 
Si^O^ (V. ce mot). A ce composé oxygène correspond le 
sulfure Si^S^* que l'on obtient en faisant passer des vapeurs 
de sulfure de carbone sur un mélange intime de silice et 
de charbon chauffé au rouge vif. Ce sulfure se sublime en 
fines aiguilles incolores, décomposables par l'eau : 

Si^S^ -+- mW ~ Si^O^ + 2IFS2. 
Le silicium s'unit directement à l'azote à la température 
du rouge vif en formant une poudre blanche, l'azoture 
Si^Az^. C. Matignon. 

SI Lieu LE (Bot.) (V. Fruit). 

SILIQUE. L Botanique (V. Fruh). 

IL Numismatique. — Petit poids et monnaie d'argent 
chez les Romains et chez les Byzantins ; son nom grec était 
zspatLov, d'où notre vieux mot français carat. Dans le 
système pondéral des Romains, la siliqua était un poids 
valant la i/il^S'' partie de la livre, le 1/6 du scrupule 
ou le 1/3 de l'obole, c.-à-d. 08^189. Par suite, on appe- 
lait siligua auri le poids d'or qui était le 1/1728^ de la 
livre d'or, autrement dit, à partir de Constantin, 101/24*^ 
du sou d'or, puisque ce dernier, pesant 48^,55, était le 
1/72^ delà livre. Isidore de Séville confirme cette déduc- 
tion en disant formellement : Siliqua vigesima quarta 
pars solidi est. La siliqua auri était donc un poids d'or 
de 08^189. 

D'après les textes de la période constantinienne et by- 
zantine où il est si souvent fait mention de la siliqua ou 
du xspaTtov, il est aisé de s'apercevoir qu'il ne s'agit nul- 
lement d'une entité pondérale ou de compte, mais d'une 
monnaie réelle, division du solidus d'or. Par exemple, la 
répartition des impôts est faite en solidi et en siliquœ ; 
tous les comptes, en un mot, jusqu'après Héraclius, s'éta- 
blissent en solidi et en siliquœ ou en divisions de ces deux 
espèces. Comme il n'existe pas de monnaie d'or aussi pe- 
tite, c.-à-d. pesant seulement 0«^',189, force est donc d'ad- 
mettre que la siliqua auri était monnayée en argent : 
c'était une pièce d'argent équivalent à un poids d'or de 
08''^,189. Nous savons par différentes sources, notamment 
les Gloses nomiques du temps de Justinien, que la pièce 
d'argent étalon, le miliarense ou niillarès, qui pèse 
48^,55 comme le sou d'or, valait 1 silique 3/4, ce qui 
permet d'établir que la silique était une petite monnaie 
d'argent de 28^', 60. Le rapport de l'or à l'argent était alors 
comme 1 à 13,88 envion. 

L'examen des médailliers autorise à croire que la sili- 
que de 2sï",60 fut frappée à partir de Constantin le Grand 
qui la créa en même temps que le sou d'or et le millarès. 



27 — SILICIUM — SILIUS 

Il y eut aussi la demi-silique de 18%30 ; le tiers de sili- 
que de 08^87 ; le quart de silique de 08^65. La double 
silique ou Sixspàxiov et d'autres multiples turent aussi 
frappés, mais exceptionnellement. Les poids effectifs des 
espèces ne concordent pas toujours très exactement avec 
les poids théoriques, si bien qu'il est souvent difficile de 
classer suivant les données précédentes les pièces d'argent 
du dernier siècle de l'empire romain. Néanmoins on peut 
affirmer que la sihque, tout en restant une monnaie de 
compte couramment usitée, ne fut plus guère frappée à 
partir de Théodose et du partage de l'empire. Sous Ilo- 
norius et Arcadius, et leurs successeurs, tant en Occident 
qu'en Orient, outre des médaillons de poids exception- 
nels, on frappe comme monnaie courante, la demi-silique 
(18^30), le tiers de silique (08^\87) et le quart de silique 
(08J,65). Les barbares qui envahirent l'empire d'Occident 
émirent également ces mêmes divisions de la monnaie 
d'argent. Chez les Ostrogoths, les rois Théodoric, Atha- 
laric, Théodat et leurs successeurs, ont des demi-sili- 
ques et des quarts de sihques imitées de celles des em- 
pereurs romains contemporains, Anastase (491-518), 
Justin (318-27) et Justinien (527-66). Les monnaies d'ar- 
gent des Vandales, depuis Gonthamond (484-96) jusqu'à 
Gelimer (530-34), sont également pour les poids comme 
pour les types, des imitations byzantines : ce sont des 
siliques, des demi-siliques et des quarts de siliques. Les 
Francs n'ont monnayé que la demi-silique de 18^',30, à la- 
quelle ils ont donné le nom de denier : ils la frappèrent 
jusqu'à la fin du vu^ siècle, dans nombres d'ateliers de la 
Gaule. Dans la loi salique dont la dernière codification est 
du temps de Clovis (481-511), les compositions sont fixées 
en sous d'or et en deniers d'argent, et par celte dernière 
expression, il faut entendre la demi-silique de 18^30. 
D'après cette loi, un sou d'or du poids de 35^\89 vaut 40 
deniers (demi-siliques) de 18^,30, ce qui met le rapport 
de l'or à l'argent chez les Francs, comme 1 à là, 37. 
Sur les sous d'or de 38^89 frappés dans le S.-E. de 
la Gaule, on trouve parfois le chiffre XXI qui indique que 
ces sous valaient 21 siliques de compte ; sur les triens 
ou tiers de sou d'or de l8'\29, on trouve le chiffre VH qui 
indique que ces pièces d'or valaient 7 siliques d'argent ; 
parfois même on a, en toutes lettres, sur ces pièces d'or, la 
formule de selequas septem. 

Dans l'empire byzantin, un changement survenu dans la 
taille du millarès fit de la silique de 28%60 la moitié de 
cette pièce. Plus tard, Héraclius fit du millarès une pièce 
d'argent de 38'',41, et la sihque ou demi-millarès fut de 
18^,70 ; elle restait toujours le 1/24^ du sou d'or constan- 
tinien de 48^', 55, le millarès en étant le 1/12^. D'autres 
changements survinrent encore plus tard dans la taille des 
espèces d'argent byzantines; les métrologues arabes du 
moyen âge évaluent la silique byzantine à lsi',50. 

E. Babelon. 

BiBL. : Numismatique. — Mommsen, Hlst. de la mon- 
naie romaine^ trad. Blacas, t. III. — Hultsch, Griechische 
undrômische Métrologie, 2'' éd. — Otto Seeck, dans la 
Zeitschrift fur Numismatik, 1890, t,. XVII. — M. Prou, 
Catalogue des monnaies mérovingiennes de la Bibliothèque 
nationale, Introduction.— E. Babelon, dans \q Journal des 
Savants, févr. 1901. 

S! LIST RIE. Ville de Bulgarie, ch.-l. de cercle, sur la 
rive dr. du Danube ; 11.710 hab. en 1893, dont moitié 
musulmans; 12 mosquées. Ancienne forteresse turque de 
premier rang, qui avait remplacé la ville romaine de Du- 
rostorum. Incendiée par les Turcs en 1595, prise en cinq 
jours par les Russes en 1811, elle les arrêta en 1828, et 
en 1829 ne se rendit qu'après un siège de six mois ; en 
1854,Paskévitch fut obligé de lever le siège ; en 1877, elle 
ne fut pas prise non plus ; les Turcs l'évacuèrent après 
l'armistice de févr. 1878. Cédée à la Bulgarie, elle a con- 
servé ses fortifications, quoique le traité de Berlin en eût 
stipulé la démolition. 

SI L lus IiALfcus (Ti. Catius), poète latin, né en 25, 
d'abord avocat, renommé pour son éloquence, conforme 



SILIUS — SILLERY — 28 

aux principes posés par Cicéron, soupçonné ensuite, sous 
Néron, d'exercer le métier de délateur pour échapper à la 
colère de l'empereur, consul en 68 ; honoré sous les Fla- 
viens de Testime générale, qu'il méritait pour la dignité 
de sa vie, protecteur des lettrés, entre autres de Martial, 
qui le combla de louanges, il composa, sousDomitien, sur 
la seconde guerre punique, un poème épique en XVII livres 
{Punica), qui va jusqu'au triomphe de Rome à Zama. 11 
se donna la mort en 101, dans sa villa de Naples, pour 
échapper aux souffrances d'une maladie incurable. On lui 
a attribué — à tort, semble-t-il — une Ilias Latina, 
qui est d'un poète nommé Italiens. 

Lorsque l'on étudie l'œuvre de Silius Italicus, il faut, 
pour éviter une sévérité outrée, se rappeler que l'on est 
en présence, non pas d'un poète de métier, mais d'un 
homme riche qui, pour se distraire, fait des vers, et, 
pour se conformer au goût du temps, écrit une épopée, 
emploi d'ailleurs noble du loisir ! Puis il vit à une époque 
de réaction contre Lucain, qui, traitant une épopée histo- 
rique, s'était borné à être historien et avait répudié tout 
appareil mythologique. Tous les reproches adressés à Si- 
lius Italicus n'en sont pas moins justes en eux-mêmes. 
Pour les événements, il suit de très près Tite-Live, au 
point de conserver certaines réflexions historiques, dépla- 
cées dans un poème épique, comme le note Pichon : il 
se borne à supprimer quelques scènes dramatiques. Mais 
ce fond tiré de l'histoire nationale, il le place dans un 
cadre emprunté à Virgile, pour lequel il avait une telle 
admiration, qu'il célébrait dévotement son anniversaire ; 
à Virgile, il joint même Homère, Catull.e, et, en général, 
tous les poètes antérieurs. Alors que Virgile avait pris un 
sujet mythologique et l'avait rendu national par les épi- 
sodes, Silius prend un sujet national qui devient mytholo- 
gique par la façon dont il est traité : c'est, suivant la re- 
marque de Paul Thomas, une œuvre analogue à la He7i- 
riade, moins l'esprit de Voltaire. Il faut donc s'attendre à 
trouver dans les Punica tous les éléments artificiels d'une 
épopée mythologique : songe, catalogue des armées, des- 
cription de bouclier, descente aux enfers, etc. ; ce sont les 
dieux qui inspirent des événements qu'expliquent beaucoup 
mieux des raisons humaines, etles5oWa/5 romains ou car- 
thaginois ressemblent à s'y méprendre à des guerriers 
troyens. Par suite, les personnages n'ont pas de carac- 
tère ; l'on ne s'intéresse ni à Marcellus, ni à Scipion, ni 
à Annibal, et l'épopée n'a pas de héros. Elle n'a pas non 
plus une idée dominante: la grandeur du peuple romain, 
par exemple, comme V Enéide ou comme \ Histoire de 
Tite-Live ; au contraire, Silius Italicus insiste plus sur les 
défaites de Rome que sur ses victoires. Quant à la forme, 
comme le poète manque de souffle et d'invention, elle est 
presque toujours empruntée à Virgile : enfin la versification 
est tellement régulière qu'elle en devient monotone. Ce 
qui intéresse dans l'œuvre, c'est que, grâce à l'imitation 
précise de Tite-Live par Silius Italicus, elle peut remplacer 
les passages perdus de Tite-Live ; elle caractérise les ten- 
dances httéraires de toute une génération ; elle contient 
même quelques beaux vers sur Rome, quand l'auteur 
consent à être lui-même. H. Rornecque. 

BiBL. : Manuscrits et éditions. Nous n'avons plus que 
des copies ou des leçons des manuscrits découverts, 1 un 
en 1417 à Saint-Gall, l'autre au xvi« siècle, à Cologne. — 
Edition : Princeps, Rome, 1471 ; Bauer, 1890. 

SILIVRI (Ane. Selymbria). Ville de Turquie, vilayet 
et à 55 kil. 0. de Constantinople, sur la mer de Mar- 
mara ; 3.500 hab. Archevêché grec. 

SILJAN. Lac de Suède, formé par l'OEsterdalelf, à 
170 m. d'alt. ; 349 kil. q., 38 kil. de long sur 6 à 48 kil. 
de large, 360 m. de profondeur. Ses rives sont très pitto- 
resques. 

SILLAGE (Mar.). A mesure qu'un vaisseau ou une em- 
barcation quelconque avancent, les eaux se séparent à 
droite et à gauche, puis elles se rejoignent en tourbillon- 
nant. La trace ainsi produite est le sillage du bâtiment. 
Il indique la route réellement suivie par celui-ci, et on 



l'utilise pour déterminer la dérive, c.-à-d. l'angle que fait 
la route avec la quille (V. Dérive). Comme d'ailleurs son 
ampHtude est d'autant plus grande que la vitesse est elle- 
même plus considérable, on a pris l'un des deux mots 
pour l'autre et les marins disent improprement, en par- 
lant d'un navire qui, par exemple, file bien, qu'il a un bon 
sillage, un grand sillage. 

SILLANS.Com. dudép. de l'Isère, arr. de Saint-Mar- 
cellin, cant. de Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs ; 4.084 hab. 

SILLANS. Com. du dép. du Var, arr. de Rrignoles, 
cant. de Tavernes ; 249 hab. 

SILLARS. Com. du dép. delà Vienne, arr. de Mont- 
morillon, cant. de Lussac-les-Châteaux ; 4.024 hab. Stat. 
du chem. de fer d'Orléans. 

SILLAS. Com. du dép. de la Gironde, arr. de Bazas, 
cant, de Grignols; 495 hab. 

SILLE (Littér. anc). Nom donné par les Grecs à des 
poèmes satiriques en vers hexamètres, inaugurés par Xé- 
nophane de Colophon ; le plus fameux des sillographes 
fut Timon de Phlionte. Warhsmuth a réuni et commenté 
les fragments de silles qui nous sont parvenus (Leipzig, 
4885). 

SILLÉ-LE-GuiLLAUME. Ch.-l. de cant. du dép. de la 
Sarthe, arr. du Mans; 3.452 hab. Stat. du chem. de fer 
de l'Ouest. Ancienne place fortifiée. Restes d'un château- 
fort du xii^ siècle. Eglise avec un beau portail à sta- 
tuettes du XIII® s. Fabr. de toiles. 

SILLÉ-le-Philippe. Com. du dép. de la Sarthe, arr. 
du Mans, cant. de Montfort-le-Rotrou; 788 hab. 

SILLERY {Seleriacum [4423]). Com. du dép. de la 
Marne, arr. de Reims, cant. de Verzy; 644 hab. Port 
sur le canal de la Marne à l'Aisne. Stat. sur la voie 
ferrée de Châlons à Reims. Industrie et commerce des 
vins de Champagne. 

SILLERY (Famille des). Cette famille se rattache aux 
Brulart (V. ce nom), vieille famille de robe qui préten- 
dait remonter aux croisades. Jean Brulart, président à 
mortier au Parlement de Paris au commencement du 
xvi^siècle, eut pour fils aîné iVoé/ Brulart, baron de Crosne, 
procureur général à Paris, duquel sont issus les Brulart 
établis à Dijon, parmi lesquels trois furent successivement 
premiers présidents au parlement de Bourgogne ; il eut 
pour second fils Pierre Brulart, conseiller du roi et pré- 
sident à la chambre des enquêtes à Paris, qui reçut de sa 
femme Ambroise Regnault la terre et le titre de Sillery 
en Champagne. Pierre Brulart et Ambroise Regnault eurent 
un fils, Pierre III Brulart, qui exerça les mêmes fonctions 
que son père et fut seigneur de Berny. Pierre III, mort 
en 4584, eut de sa femme Marie Cauchon, dame de Sil- 
lery et de Puisieux, un grand nombre d'enfants, entre 
autres l'abbesse de Longchamp, la fondatrice des Hospi- 
talières de la place Royale à Paris, un archidiacre de Reims, 
un capucin, le chevalier Noël dont nous allons parler, et 
le chancelier de Sillery. Ce dernier, qui s'appelait Nico- 
las Brulart, marquis de Sillery, naquit à Sillery en 4544 
et y mourut le 46^oct. 4624; conseiller au parlement de 
Paris en 4573, son habileté le fit bientôt charger de nom- 
breuses missions diplomatiques : Henri III l'envoya con- 
férer avec le roi de Navarre (4585); Henri IV lui confia 
des missions en Suisse (4589 et 45')5), les négociations 
du traité de Ver vins (4598), celles de Rome pour le divorce 
avec Marguerite de Valois et celles de Florence pour le ma- 
riage avec Marie de Médicis. Devenu, pendant ce temps, pré- 
sident à mortier, Sillery fut nommé garde des sceaux (4 604), 
puis arriva au titre de chancelier du roi de France. Dans le 
conseil du roi il était allié avec Villeroy et Jeannin contre 
Sully. Sous la régence de Marie do Médicis, le chancelier fut 
bientôt l'adversaire de Concini, qui finit par lui faire enlever 
les sceaux (4646) ; rappelé au conseil à la mort de Concini, 
le chanceher fut définitivement disgracié en 4624, grâce aux 
efforts de Richelieu et de La Vieuville, et se retira dans ses 
terres. Son frère, Noël Brulartde Sillery (4577-4640), fut 
commandeur de l'ordre de Malte, ambassadeur en Espagne 



— 29 



SILLEBY - SILO 



(1614) et à Rome (1622) ; après avoir mené une vie bril- 
lante, il se retira du monde, entra bientôt dans l'Eglise 
et, dirigé par saint Vincent de Paul (qui a prononcé son 
oraison funèbre), il consacra son immense fortune aux 
bonnes œuvres ; son nom est demeuré populaire au Canada, 
où il fonda la mission de Sillery, près de Québec. Le chan- 
celier eut pour fils Pierre Brulart, marquis de Puisieux, 
secrétaire d'Etat ; désormais, il y eut une branche de Pui- 
sieux (V. ce nom) et une branche de Sillery. A celle-ci 
appartient Fabio Brulart de Sillery (1655-1714), arrière- 
petit-fils du chancelier, qui fut évêque d'Avranches, puis 
de Soissons, membre de l'Académie française, et qui sou- 
tint hautement les jésuites ; Saint-Simon rapporte qu'au 
moment de mourir il regretta d'avoir approuvé la bulle 
Unigenitus. — Le dernier membre notable de cette famille 
fut Charles- Alexis Brulart, comte de Genlis, né à Paris 
le 20 ianv. 1737, mort le 31 oct. 1793 ; cousin de Pui- 
sieux, secrétaire d'Etat sous Louis XV, il devint, après la 
mort de la fille de Puisieux, marquis de Sillery ; sa femme 
garda le nom de comtesse de Genlis, c'est la femme cé- 
lèbre qui a élevé Louis-Philippe. Sillery, d'abord officier 
de marine, se distingua dans l'Inde sous Lally-Tollendal ; 
devenu capitaine des gardes du duc de Chartres, le futur 
Philippe-Egalité, il se dévoua désormais à lui. On le vit à 
l'Assemblée Constituante où, envoyé par la noblesse de 
Champagne, il suivit toujours la politique du duc d'Or- 
léans. Député de la Somme à la Convention, il se sépara 
du prince lors du procès de Louis XVI, mais chercha quand 
même à le sauver, tout en votant avec les Girondins. Il 
partagea le sort de ces derniers et fut guillotiné avec vingt 
et un de ses collègues. G. Weill. 

SILLEY. Com. du dép. du Doubs, arr. et cant. de 
Baume-les-Dames ; 109 hab. 

SILLEY. Com. du dép. du Doubs, arr. de Besançon, 
cant. d'Amancey ; 125 hab. 

SILLI-EN-GouFFERN. Com. du dép. de l'Orne, arr. 
d'Argentan, cant. d'Exmes; 585 hab. 

SILLIMAN (Benjamin), savant géologue américain, né 
àTrumbuU (Connecticut) le 8 août 1779, mort à New- 
Haven le 24 nov. 1864. Il devint en 1802 professeur de 
chimie, de pharmacie et de géologie à New-Haven, au 
Yale Collège, et y enseigna jusqu'en 1855. Il a laissé un 
grand nombre de travaux sur les sciences qu'il enseigna, 
entre autres : Eléments ofchemistry (New-llaven, 1831, 
2 vol. in-8) et des relations de ses voyages. — Son fils Ben- 
jamin, né à New-Haven le 4 déc. 1816, mort à New-Haven 
le 14 janv. 1885, lui succéda et publia First principles 
of Chemistry (1847) D^ L. Hn. 

SILLIMANITE (Miner.). Silicate d'alumine (-41^03,8102) 
orthorhombique, se présentant en masses formées de lon- 
gues aiguilles rectilignes, ou de très fins filaments entre- 
lacés de telle sorte que la texture paraît compacte. C'est 
à cette dernière forme que les anciens minéralogistes ont 
donné le nom de fihrolite. Couleur blanche, jaunâtre ou 
verdâtre. Eclat nacré. Plan des axes dans h^. Bissectrice 
aiguë parallèle à l'axe vertical. 2V = 20^ à 33^. Infusible 
au chalumeau et insoluble dans les acides. La sillimanile 
se trouve dans les granulites, les gneiss, les micaschistes 
ou dans les roches sédimentaires modifiées par le granité. 
La fibrolite se trouve surtout dans les gneiss granulitiques 
où elle forme des couches assez épaisses. Ce sont ces der- 
nières qui ont fourni les échantillons qui ont été taillés en 
hache à l'époque de la pierre polie. P Gaubert. 

SILLINGY. Com. du dép. de la Haute-Savoie, arr. et 
cant. (N.). d'Annecy; 1.190 hab. Etablissement thermal 
de Bromines, déjà exploité au temps des Romains : eau 
minérale sulfatée sodique, froide (dermatoses, bronchites). 
SILLON (Agric). Tranchée ouverte dans le sol par la 
charrue (V. Labour) ; en horticulture, ce même terme s'ap- 
plique aux rigoles peu profondes creusées à la houe, à 
main (binette), au râteau, ou avec des marqueurs spé- 
ciaux, en vue des semaiUes en lignes de certaines graines 
(pois, fèves, carottes, persil, cerfeuil, etc.) ou de la plan- 



tation de quelques racines bulbeuses (échalote, ail, etc.). 

SI LLY. Localité de Belgique, prov. de Hainaut, arr. admi- 
nistratif de Soignies, arr. judiciaire de Mons, à25 kil. N. 
de cette dernière ville, sur la Sille, affl. de la Dendre; 
3.000 hab. Stat. du chem. de fer de Bruxelles à Calais. 
Exploitations agricoles, brosseries, sucreries, fabriques de 
chicorée. 

SILLY. Com. du dép. de l'Oise, arr. deBeauvais, cant. 
de Noailles; 490 hab. 

SILLY-la-Poterie {Siliacus [1161]). Com. du dép. 
de l'Aisne, arr. de Château-Thierry, cant. de Neuilly- 
Saint-Front, dans la vallée del'Ourcq (r. dr.) ; 146 hab. 
Stat. sur la voie ferrée de Villers-Cotteret à La Ferté- 
Milon. La seigneurie relevait de Pierrefonds. 

SILLY-LE-LoNG. Com. du dép. de l'Oise, arr. de 
Senlis, cant. de Nanteuil-le-Haudouin ; 604 hab. 

SILMONT. Com. du dép. de la Meuse, arr. de Bar-le- 
Duc, cant. de Ligny-en-Barrois ; 95 hab. 

SILO.I. Agriculture. — V ensilage, ou conservation 
des denrées agricoles dans des fosses appelées silos, s'est 
pratiqué de toute antiquité pour les grains (V. ce mot, 
t. XIX, p. 117). De nos jours on y recourt aussi pour les 
tubercules, pour les racines fourragères et même, depuis 
une trentaine d'années, pour les fourrages verts. 

Les silos à betteraves sont tantôt permanents, tantôt 
temporaires. Les premiers consistent ou bien en excava- 
tions creusées dans des roches tendres, ou bien en fossés 
recouverts par un toit de chaume ; des ouvertures doivent 
être ménagées, dans les deux cas, pour la circulation de 
l'air. Les silos temporaires sont établis sur les champs 
eux--mêmes ou à proximité. On choisit un sol sain ; on 
empile les racines à même, en donnant au tas une section 
triangulaire ou trapézoïdale, et on forme les faces en dis- 
posant soigneusement les betteraves, le collet extérieure- 
ment ; on recouvre de paille et celle-ci de la terre pro- 
venant de deux fossés qu'on creuse latéralement pour 
l'écoulement des eaux ; des cheminées et des soupiraux 
sont ménagés tous les 3 ou 4 m. Les carottes et même 
les pommes de terre peuvent être conservées par des pro- 
cédés identiques. Pour les pulpes qui résultent du traite- 
ment des betteraves dans les sucreries et qu'on destiné 
à l'alimentation du bétail, on se borne à creuser un fossé 
dans un sol sain, à les y entasser et à les recouvrir d'une 
épaisse couche de terre. 

Les silos à fourrages consistent ou bien en un fossé 
trapézoïdal, de 1 m. et demi environ de profondeur, à 
l'intérieur et au-dessus duquel on entasse le fourrage 
vert, de façon à former extérieurement une sorte de toit 
triangulaire constitué par une couche de terre piétinée, 
ou bien en une fosse aux parois latérales maçonnées, avec 
ou sans toiture. Le fourrage ensilé doit être frais, c.-à-d. 
n'avoir pas subi un commencement de fanage. L'emplis- 
sage se fait par couches horizontales, et, à la surface, on 
place une couche de menue paille, de 4 à 5 centim., qu'on 
recouvre de madriers très lourds (4 à 500 kilogr. de pres- 
sion par m. q.). Le maïs, surtout haché, est, de tous les 
fourrages verts, celui qui se prête le mieux à l'ensilage. 
Puis viennent le sorgho, les millets, le seigle, les vesces, 
les pois, le trèfle, etc. L'ensilage détermine, dans les ma- 
tières qui y sont soumises, des modifications physiques et 
chimiques, favorables à leur utilisation. La diminution de 
volume, très variable, est toujours énorme : plus de moi- 
tié dans certains cas. 

II. Discipline militaire. -— Fossé de profondeur et de 
largeur variables, où on descend, pour une durée plus ou 
moins longue, les militaires qui se sont rendus coupables 
de fautes graves ou réitérées contre la discipline. Le pa- 
tient est exposé à toutes les intempéries, car le silo est à 
ciel ouvert, et il n'y reçoit, d'ordinaire, pour nourriture, 
tant qu'y dure son séjour, que du pain et de l'eau. Aussi 
arbitraire que barbare, la peine du silo n'a jamais été pré- 
vue ni par le code militaire, ni par les règlements. Elle 
n'a jamais, du reste, été appliquée que dans les troupes 



SILO ~ SIÎ.URIEN — 30 — 

d'Afrique, principalement dans les compagnies de disci- 
pline et les pénitenciers, et même, en principe, elle y a 
toujours été interdite. De récentes instructions ministé- 
rielles ont rappelé, une fois de plus, cette interdiction. 

SILO, actuellement SëILO UN, auN.de Jérusalem. An- 
cienne ville de Palestine où s'élevait un temple de Yawéli 
qui renferma l'arche d'alliance jusqu'à ce que les Philis- 
tins s'en fussent emparés. Le prêtre Eli et le jeune Samuel 
y vécurent. R. Dd. 

SILOÉ (Silwân). Village aux portes de Jérusalem. Il 
a donné son nom à la source de Siloé où l'eau est amenée 
depuis le temps d'Ezéchias par un tunnel qui détourne la 
source de la Vierge. Une inscription près de l'embouchure 
de ce canal relatait les circonstances du travail (V. Pa- 
lestine, t. XXV, p. 873). R. Dd. 

SILOE (Diego de), sculpteur et architecte espagnol 
(V. Diego de Siloe). 

SILPHE {Silpha L.) (Entom.). Genre de Coléoptères 
pentamères, famille des Clavicornes, tribu desSilphoïdes, 
désigné vulgairement sous le nom de Rouclier. Ce genre 
est caractérisé par des antennes assez longues, droites, 
grossissant peu à peu vers l'extrémité, la tête moyenne 
pouvant rentrer en partie sous l'abri du corselet qui est 
assez grand et parfois inégal au milieu ; les élytres ordi- 
nairement garnis de côtes et laissant à découvert l'ex- 
trémité de l'abdomen ; pattes assez fortes, mais néanmoins 
impropres à fouir. — Quand on saisit un insecte de ce 
genre, il rend par la bouche un liquide noirâtre d'une 
odeur généralement infecte. La plupart des Silphes se 
nourrissent de matières animales ou végétales, soit dé- 
composées, soit simplement fermentées ou même dessé- 
chées et rendent service en faisant disparaître des subs- 
tances putréfiées dont les miasmes infecteraient l'air. 
D'autres attaquent les végétaux vivants. A citer : la 5. 
littoralis Rergstr., grande espèce reconnaissable à ses 
élytres tronqués assez longs, presque plats, à fortes côtes 
saillantes et à ses cuisses souvent très renflées, qui se 
trouve dans les cadavres des chiens, des chevaux ; la S. 
quadripunctata L., noire, à corselet bordé de jaune, à 
élytres jaunes avec deux gros points noirs, qui fait la 
chasse aux chenilles de Cnethocampa processionea L. 
dans les bois de chênes; la 5. opam L., d'un brun noir 
recouvert d'une pubesccnce soyeuse d'un gris roussâtre. 
A plusieurs reprises, notamment en 4888, on a signalé 
en France les dégâts que cette 6'. opaca occasionnait dans 
les champs de betteraves. 

SILPHIUM (Silphiuni L.). L Rotanique. — Genre de 
Composées-Sénécionidées , composé d'herbes élevées, à 
feuilles alternes, opposées ou verticillées, à cymes corym- 
biformes de l'Amérique du Nord. Caractère principal : 
involucre large et fruits ailés, comprimés par le dos. 
L'espèce type est le 5. terebmthaceumL., encore appelé 
Rhubarbe de la Louisiane, parce que ses racines peuvent 
être employées comme un succédané de la rhubarbe. Il 
fournit, de même que les S. laciniatum L. et S, gum- 
miferum Ell.,une matière résineuse, stimulante et anti- 
spasmodique. Ces plantes n'ont aucun rapport avec le 
Silphium des anciens qui paraît avoir été une Peucé- 
danée. De plus, le prétendu 5. cyrenaicum Laval n'est 
autre chose que le Ihapsia garganica L., et le Thapsia 
silphium n'en est qu'une variété (V. Thapsia). D^ L. En. 

II. Horticulture. — Ces plantes, au feuillage élégant, 
se cultivent isolément sur les plates-bandes, et mieux, 
semble-t-il, sur les pelouses, en touffes, à cause de leuc' 
grande taille. Elles sont rustiques et peu exigeantes sur 
la nature du sol. On les multiplie d'éclats du pied, au 
printemps, et encore de graines qu'on sème en place, au 
printemps ou en automne, suivant le climat, ou en ter- 
rines, pour repiquer le plant au printemps. G. Royer. 

m. Archéologie, — Le nom de Silphium était donné 
par les anciens Grecs à deux plantes : Tune, d'odeur 
fétide répandue en' Perse et qui paraît être le Scorodosma 
elidiwi: l'autre, aromatique, que l'on récoltait en Cyré- 



naïque. Elle jouit d'une vogue extraordinaire dans le 
monde antique; ses jeunes pousses, mangées comme lé- 
gumes, s'exportaient par cargaisons entières; la tige se 
mangeait aussi ; ou bien on en extrayait du suc, lequel 
se vendait, comme la racine, pour l'usage médical, no- 
tamment à titre d'antidote. Le silphium figure sur les 
monnaies de Cyrène. A l'époque romaine il disparut du 
commerce et l'on ne sait à quelle plante l'identifier. 
vSchroff a prouvé (i)M^■^ /a/ir/?.. Vienne 1862) que ce 
n'était pas le Thapsia garganica L. 

SI LS (rhéto-roman Segl).yïlhge de Suisse, dans le cant. 
des Grisons, dans l'Engadine, près de laMaloia; 494 hab. 
C'est la localité la plus élevée de la vallée de Plnn. A l'O. 
le lac du même nom (ait. 4.800 m., superf. 446 hect., 
prof. 74 m.). 

SI LSI LIS. Montagne d'Egypte sur la rive dr. du Nil, 
resserré en un défilé que gardait autrefois le fort de 
SilsiHs, entre Ombos et Apollinopohs Magna. C'était un 
des centres du culte du Nil, et Ramsès II y érigea un 
temple où le fleuve était vénéré sous l'emblème d'un 
crocodile. Les carrières de Silsilis ont fourni de belles 
pierres employées dans beaucoup de temples de la Thé- 
baïde. 

SILURE (IchtyoL). Genre de Poissons osseux (Télé- 
ostéens), de l'ordre des Physostomes et de la famille des 
Siluriclœ-Heteropierœ, caractérisé par le manque de 
nageoires adipeuses, la brièveté de la dorsale sans 
épines, l'anale très longue, quatre à six barbillons, tout 
le corps enveloppé d'une peau molle. Le type, le Silurus 
glanis, commun dans le bas Danube, le lac de Constance, 
la mer Noire, la mer Caspienne, etc., peut atteindre 
jusqu^à 3 m. de long et peser 250 kilogr. Sa couleur 
est d'un brun olivâtre s'éclaircissant sur les côtés et 
sur le ventre ; il est quelquefois marbré de plus foncé. 
C'est un animal nuisible et redouté des riverains dans 
les localités où il habite. Sa chair est peu estimée; d'un 
blanc parfait ayant quelques rajDports avec celle de 
l'Anguille; sa graisse est employée pour ahmenter les 
lampes. Les paysans russes se servent de sa peau séchée 
en guise de vitres. Rochbr. 

BiBL. : CuviER et Valencienne, llist. des Poiss. — Sau- 
vage, dans i3REHM, éd. fr. 

SILURIDÉS. I. Ichtyologie. — Famille de Poissons 
osseux (Téléostéens) de l'ordre des Physostomes et de la 
famille des îleleroplerœ, établie par Gunther (V. Silure). 

IL Paléontologie. — Les Silures les plus anciens 
ont été décrits par Cope et par Leidy de Féocène du Wyo~ 
ming ; ils appartiennent au genre" éteint lihineastus ; 
Smith Woodward rapporte au genre actuel Arius les dé- 
bris recueillis dans le tertiaire inférieur d'Angleterre ; un 
Pimelodus a été décrit du miocène de Hongrie par Hec- 
kel ; des Silurides ont été également trouvés dans le ter- 
tiaire supérieur des monts Sivahk, dans les Indes orien- 
tales et appartiennent, d'après Lydekker, à des genres 
encore vivants ; il en est de même des Silurides recueillis 
dans les dépôts tertiaires du Rrésil et de l'île de Sumatra. 

SI LU RI EN (Géol.). Le nom de silurien, tiré de l'ancienne 
tribu des Silures, qui habitait le pays de Galles au moment 
de la conquête romaine, fut donné en 4835 par le géologue 
Sir Rod. I. Murchison au terrain compris entre le cam- 
brien de Sedgwick et le vieux grès rouge, qui devint plus 
Lard un des types du terrain dévonien. Quelques années 
après, Murchison engloba dans son silurien le cambrien, 
et c'est dans ce sens étendu que le système silurien a été 
souvent compris, notamment par J. Rarrande. Le cambrien 
mérite toutefois d'être considéré comme un système indé- 
pendant ; cependant le cambrien supérieur de Sedgwick 
a été rattaché par Charles Lyell au silurien, tandis que 
Lapworth en fait un système indépendant, sous le nom 
d'ordovicien. Nous suivrons l'exemple de Lyell et nous divi- 
serons le silurien en deux groupes, l'ordovicien ou silurien 
inférieur (Pancien armoricain, de Lapparent) et le gothlan • 
dien ou silurien supérieur (l'ancien bohémien , de Lapparent) , 



- 31 - 



SILURIEN 



Faune. — Les Foraminifères semblent avoir déjà été 
très abondants dans les mers siluriennes, car les sables 
glauconieux, qui forment la base du système dans les en- 
virons de Saint-Pétersbourg, renferment des moules in- 
ternes que l'on a attribués aux genres Saccamina, No- 
dosaria, Lagena, liotalia, etc. Des Radiolaires ont été 
signalés dans diverses roches siliceuses du silurien. Les 
Spongiaires siliceux sont représentés par quelques Lithis- 
tidés (Aulocopiîim, Astylospongia, Hindia, etc.) et par 
d'assez nombreux Hexactinellidés, parmi lesquels le groupe 
aberrant des Réceptaculitidés. Les Calcispongiaires n'ap- 
paraîtront qu'au dévonien. Les Zoanthaires siluriens ap- 
partiennent, soit aux Tabulés {Favosites, Syringopora, 
Haly sites, Heliolites, Plasmopora), soit aux tétraco- 
raliiaircs (Palœocyclus^ Streptelasma, Zaphrentis, Cija- 
lliophyltiim, Omphyma, Stauria, Goniophyllum, etc.) 
et constituent souvent de véritables récifs, principalement 
dans le silurien supériour. Parmi les Ilydrozoaires, les 
Stromatoporidés font leur apparition, mais n'atteignent 
leur plein développement qu'au dévonien, tandis que les 
Graptolithes, tout au moins les Graptolithes rhabdoïdes, 
sont à peu près exclusivement localisés dans le silurien. 
On sait maintenant que les Rhabdoïdes étaient des colo- 
nies pélagiques, analogues aux Sertulaires des mers ac- 
tuelles, et que, par contre, les Dendroïdes vivaient fixés 
sur le fond. 

Les différentes classes de l'embranchement des Echi- 
nodermes sont très inégalement représentées. Les Cys- 
toidés atteignent déjà leur maximum au silurien (AristO' 
cystites, Sphœronites, Echinosphœriies, Porocrinns, 
Caryocrimis, Pleiirocystites, Agelacriniis, etc.) ; les 
Blastoidés sont encore rares (Troostocrinus) ;les Crinoïdés 
sont représentés par la plupart de leurs familles paléo- 
zoïques et les Astéroïdes sont déjà très variés ; tandis que 
l'on ne connaît que deux genres d'Echinides, Bothrioci- 
daris, avec une seule rangée de plaques dans chaque aire 
ambulacraire, et Cystocidaris, qui, par plusieurs carac- 
tères, est intermédiaire entre les Cystoïdes et les Echi- 
noïdés. 

Les Conodontes, considérés autrefois comme des dents 
de Poissons, sont, d'après Zittel et Rohon, des mâchoires 
d'Annélides. Les Bryozoaires comprennent plusieurs fa- 
milles spéciales au silurien. Les Brachiopodes sont extrê- 
mement nombreux. A côté des familles qui existaient déjà 
au cambrien, telles que les Obolidés, les Lingulidés, les 
Discinidés,les Strophoménidés, apparaissent de nombreuses 
familles nouvelles, les Craniidés, les Productidés (C/io?î<?f es) , 
les Atrypidés, les Spiriféridés, lesRhynchonellidés, les Téré- 
bratulidés. Les Lamellibranches sont représentés déjà par 
les familles des Nuculidés, des Arcidés, des Aviculidés, 
des Pectinidés, des Astartidés, des Lucinidés, etc. A côté 
de ces groupes qui se continuent jusqu'à l'époque actuelle, 
il faut mentionner les Modiolopsidés et l'ordre assez arti- 
liciel des Paléoconques, qui comprend notamment les genres 
LumUocardium, Conocardiiim, Prœcardium, Car- 
diola, Slava, Dualina, Vlasfa, etc. 

Les Gastropodes comprennent de nombreuses familles : 
les Pleurotomariidés, les Bellérophontidés, les Euompha- 
lidés, les Trochidés, les PatelHdés, les Capulidés, les Lit- 
torinidés, les Purpuridés, les Scalaridés, les Pyramidelli- 
dés, etc., auxquelles il faut ajouter les Tentaculitidés, les 
Hyolithidés, les Conularidés, que l'on a souvent rappro- 
chés, mais probablement à tort, des Ptéropodes. 

Si l'on fait abstraction d'un Agoniatites signalé par 
Denckmann dans le silurien supérieur du Kellerwald, les 
Céphalopodes appartiennent tous aux Nautiloïdés, et cet 
ordre atteint incontestablement son maximum dans la 
partie supérieure du système. Les principaux genres sont : 
Orthoceras, Cyrtoceras, Gomphoceras, Ascoeeras, Li- 
tuiles , Troehoceras , Phragmoceras , Barra ndeoceras , etc . 

Les Crustacés sont représentés par des Cirrhipèdes (Plii- 
mulites)^ des Ostracodes (Primitia, Leperditia, Beyri- 
chia), des Phyllocaridés (Ceraliocaris, Aptychiopsis), 



des QigmtoBivdicés (Euryplerus, Pterygolus), desXipho- 
sures (Hemiaspis), mais surtout par l'important ordre 
des Trilobites, qui atteint son maximum au silurien infé- 
rieur et dont toutes les familles ont des représentants si- 
luriens. Les genres les plus caractéristiques sont Trinu- 
cleiis, Triarthrus, Calymmene, Ogygia, Àsaphus, ïUœ- 
1 lits , Dalmania, Encrinurus , Aciddspis , Aretfiusina , etc . 

On ne connaît qu'nn seul Myriapode silurien et trois 
espèces de véritables Scorpions, puis une seule espèce 
d'insecte, probablement un Orthoptère {Palœohlattina 
Douvillei), dont on ne possède d'ailleurs qu'une aile, 
trouvée à Jurques, dans le Calvados, et décrite par Charles 
Brongniart. Les plus anciens Poissons connus proviennent 
des couches les plus élevées du silurien, ce sont des Pla- 
codermes {Pteraspis, Cyathaspis, Cephalaspis). 

Les Végétaux sont représentés par des Algues du groupe 
des Siphonées verticillées (Bornetellées) et par des em- 
preintes problématiques que l'on a rapportées les unes aux 
Laminariées, les autres aux Siphonées. Quelques restes 
de végétaux terrestres de l'ordovicien d'Amérique rappel- 
lei\t les Annularia, les Sphenophyllum et les Siqii- 
laires. 

En résumé, on voit que tous les grands groupes d'In- 
vertébrés sont déjà représentés dans le silurien. Il est 
d'ailleurs probable que l'absence d'un certain nombre 
d'entre eux (Foraminifères, Tabulés, Tétracoralliaires, ra- 
reté des Crinoïdés) dans le cambrien est due à l'absence 
de faciès qui soient favorables à leur développement. Le 
silurien est caractérisé par la présence exclusive des Grap- 
tolithes rhabdoïdes et d'un certain nombre de genres de 
Tétracoralliaires, de Cystoïdes, de Brachiopodes, de Cé- 
phalopodes et surtout de Trilobites ; en outre, les Cystoï- 
des, les Paléoconques, les Capulidés, les Nauliloides, les 
Trilobites atteignent leur maximum et sont m décroissance 
dès le dévonien. Les relations paléontologiques entre le 
silurien et le dévonien sont néanmoins très étroites. C'est 
surtout l'absence à peu près totale des Ammonoïdés dans 
le silurien qui constitue la principale différence dans la 
faune des deux systèmes. 

Principaux faciès. — On ne connaît pas dans le si- 
lurien de formations continentales. Les formations lagu- 
naires jouent un rôle peu considérable, et l'on ne peut 
guère citer que des grès et des argiles rouges, qui, dans 
l'Etat de New York et sur les bords de la Lena, renfer- 
ment du gypse et du sel gemme, puis les calcaires à Eii- 
rypterus du silurien terminal. Parmi les faciès de la région 
néritique, il convient d'abord de citer les grès à Bilobitcs 
(grès armoricain), ou à Lamellibranches (grès de May), 
puis les sables glauconieux des environs de Saint-Péters- 
bourg et les calcaires zoogènes qui jouent un rôle si im- 
portant, surtout dans le silurien supérieur. Ce sont, ou 
des calcaires coralliens, comme dans Fîle de Gotland, à 
Dudley et à Cincinnati, ou des calcaires à Crinoïdés ou à 
Echinosphœrites , ou des calcaires à Brachiopodes, à 
Gastropodes, à Beyrichia. Beaucoup de formations mar- 
neuses à Ostracodes ou à Brachiopodes, ainsi que les cal- 
caires à Nautiloïdés semblent s'être formés dans des eaux 
peu profondes. On doit par contre ranger dans les forma- 
tions bathyales ou de mer relativement profonde, les cal- 
caires à TentacuHtes, les calcaires noduleux à Orthocères, 
les schistes à TrinttrJens, les schistes à Calymènes, les 
schistes carbures à Graptolithes. Dans les schistes à Iri- 
nucleus on rencontre, à côté de Trinucleus aveugles, des 
/Eglina, dont les yeux sont énormes^ ce qui indiquerait 
des profondeurs assez considérables. * 

Les Graptolithes rhabdoïdes peuvent se trouver dans 
tous les sédiments, mais ils ne sont abondants que dans 
les schistes riches en carburesd'hydrogène, et leur nombre 
est fonction de la finesse du sédiment'et de la richesse en 
matières organiques. D'après Lapworth, ils auraient vécu 
fixés sur des Algues flottantes, à la manière des Sertu- 
laires actuelles, qui habitent dans les Sargasses. Après 
leur mort, ils seraient tombés au fond, et ce seraient les 



SILURIEN 



— 32 — 



Algues qui, en se décomposant, auraient donné naissance 
à la matière organique. Mais on a trouvé des colonies de 
Graptolitlies munies de pneumatophores, ce qui montre 
que ces Hydrozoaires pouvaient vivre librement à la sur- 
face. D'autre part, il est probable que la matière orga- 
nique provient plutôt duplankton animal, qui, en tombant 
au fond, se mélangeait à la vase du fond. L'extension ho- 
rizontale d'une même espèce de Graptolithes est quelque- 
fois très considérable, tandis que son extension verticale 
est très restreinte. C'est grâce à cette circonstance que les 
Graptolithes constituent d'excellents « fossiles caractéris- 
tiques ». 

Les formations bathyales, et en particulier les schistes 
à Trinucleus ou à Graptolithes, atteignent souvent de très 
grandes épaisseurs et se rencontrent surtout dans les ré- 
gions [où le silurien a été énergiquement plissé ; tandis 
que les formations néritiques et principalement les cal- 
caires zoogènes prédominent dans les régions où le silurien 
est resté presque horizontal. Les formations schisteuses se 
sont déposées dans des géosynclinaux en voie d'approfon- 
dissement graduel. Cependant on rencontre souvent des 
alternances répétées de schistes avec des grès ou des 
grauwackes, ou encore avec des calcaires zoogènes. Dans 
ce cas, il semble que l'approfondissement du géosynclinal 
a eu lieu par saccades, de sorte que, par moment, le bassin 
accusait une tendance au comblement, marquée par une 
sédimentation plus grossière ou par l'établissement de 
petits récifs ou de colonies. 

Délimitation et subdivisions. — Dans la plupart des 
cas, le cambrien et le silurien sont en concordance par- 
faite, de sorte que la délimitation stratigraphique des 
deux systèmes est fort difficile. Mais on peut aisément 
établir une limite précise en faisant intervenir les carac- 
tères paléontologiques. Les couches à Dictyonema flabel- 
li forme constituent, au sommet du cambrien, un niveau 
très constant. Au-dessus viennent, dans beaucoup de ré- 
gions, des couches caractérisées par la présence des genres 
de Trilobites Euloma, Niobe, Ceratopyge, dans lesquelles 
apparaissent également en Europe les premiers Asaphidés 
et Cheiruridés, dont l'origine doit être cherchée dans le 
cambrien d'Amérique. C'est avec ce niveau, marqué par 
une invasion de types nouveaux, que l'on fait aujourd'hui 
débuter le silurien. La limite supérieure du système peut 
être facilement établie là où, comme dans les Ardennes, 
il existe une discordance angulaire entre le silurien et le 
dévonien. Mais lorsqu'il y a concordance et continuité par- 
faites entre les deux systèmes, comme en Bohême, dans 
les Alpes orientales et dans la Mayenne, la délimitation 
est rendue d'autant plus difficile que dans ces régions les 
faciès sont bien différents de ceux que l'on observe dans 
les régions où existe la discordance. On a pris alors comme 
critérium, pour établir la limite inférieure du dévonien, 
l'apparition des Ammonoïdés. 

Le silurien a été divisé en deux grands groupes, le 
groupe inférieur, ou ordovicien (des Ordovices, ancienne 
tribu du pays de Galles), et le groupe supérieur, ougot- 
landien (de l'île de Gotland). Ces deux groupes se pré- 
sentent le plus souvent en concordance de stratification ; 
cependant dans les comtés du centre de l'Angleterre, en 
particulier dans le Shropshire, le gotlandien est discor- 
dant sur le cambrien et l'ordovicien redressés et plissés. 
De même, dans les Appalachesi des mouvements orogé- 
niques ont déterminé une discordance générale entre l'or- 
dovicien et le gotlandien. De plus, dans les régions bo- 
réales, la mer paraît s'être étendue, au silurien supérieur, 
bien au delà des limites qu'elle occupait au silurien infé- 
rieur. 

Les deux groupes, indépendants au point de vue stra- 
tigraphique, le sont également au point de vue paléonto- 
logique. L'ordovicien est caractérisé par la présence du 
genre Trinucleus, par la prédominance des Asaphidés, 
des Cheiruridés. On y rencontre les Graptolithes diprioni- 
diens et les genres de Nautiloïdés Endoceras et Lituites. 



Dans le gotlandien, les Trilobites sont surtout représentés 
par les Phacopidés, les Brontéidés, les Harpédidés et par 
le genre Arethusina, qui appartient aux Proëtidés. Les 
principaux genres de Céphalopodes localisés dans le got- 
landien sont Phragmocer as, GomphoceraSy AscoceraSy 
Trochoceras, Ophidioceras. Les Graptolithes monoprio- 
nidiens ont remplacé les diprionidiens. Les Crinoïdes, les 
Tétracoralli aires jouent pour la première fois un rôle im- 
portant. Les Spiriféridés font leur apparition. La division 
de l'ordovicien et du gotlandien en étages n'est pas encore 
réalisée d'une manière tout à fait satisfaisante, les sub- 
divisions que l'on a proposées n'ont qu'un caractère local. 
De nombreuses zones paléontologiques ont été distinguées 
dans les formations bathyales et ont été basées sur les 
Graptolithes pour l'ensemble du silurien, sur les Trinu- 
cleus pour l'ordovicien. 

Répartition géographique et principaux types. — 
Nous passerons en revue successivement les dépôts silu- 
riens du N. de l'Europe, ceux du centre et du S. de notre 
continent, puis ceux des autres parties du monde. Nous 
tirerons ensuite de cet aperçu des conclusions sur la ré- 
partition des terres et des mers et sur l'extension des dif- 
férentes provinces zoologiques. 

Europe septentrionale. La limite septentrionale des 
mers du N. de l'Europe paraît avoir été constituée par 
la chaîne huronienne, c.-à-d. par une bande compre- 
nant les Hébrides, l'extrême nord de l'Ecosse, les îles Lo- 
foten et la côte voisine de Norvège. L'algonkien y est dis- 
cordant sur les plissements de l'archéen, et le cambrien 
repose lui-même en discordance sur l'algonkien. Les dépôts 
littoraux de la mer silurienne qui baignait le bord méri- 
dional de cette chaîne ne sont pas connus. Plus au sud 
s'étendait une zone comprenant l'Irlande, l'Ecosse méri- 
dionale et le district des Lacs, puis la chaîne dorsale de 
la Scandinavie. Dans cette zone, connue sous le nom de 
zoJie des Grampians, l'archéen, l'algonkien, le cambrien 
et le silurien semblent s'être déposés en concordance par- 
faite et atteignent d'immenses épaisseurs. C'est un géo- 
synclinal, sur remplacement duquel se formera à l'époque 
dévonienne la chaîne calédonienne. Le silurien schisteux, 
énergiquement plissé en même temps que son substratum, 
y est souvent fortement métamorphisé ; il est, par consé- 
quent, fort difficile d'y établir des divisions paléontolo- 
giques. 

Dans une zone plus méridionale, qui comprend le pays 
de Galles, les comtés du Centre (Midland Counties), les 
environs de Christiania, la Suède méridionale et orientale 
et les provinces Baltiques de la Russie, le cambrien repose 
toujours en discordance sur l'algonkien ou sur l'archéen. 
La Finlande constituait même une terre émergée depuis la 
fin de l'algonkien, aussi les dépôts cambrions et siluriens 
affectent-ils sur son pourtour un caractère néritique. Dans 
les provinces Baltiques et dans la Suède méridionale, à 
l'exception de la Scanie, le cambrien et le silurien n'at- 
teignent que de faibles épaisseurs, et les sédiments, dé- 
posés dans les eaux peu profondes, sont restés à peu près 
horizontaux. Il n'en est pas de même en Scanie, où le 
silurien, ultérieurement plissé, présente un caractère 
bathyal et atteint une très grande épaisseur, et dans les 
environs de Christiania, où les formations bathyales alter- 
nent avec des calcaires zoogènes analogues à ceux de la 
région néritique. Dans le pays de Galles, le silurien, là 
aussi énergiquement plissé, est constitué par des masses 
puissantes de schistes, alternant avec des grès ou des 
grauwackes. Enfin, en Ecosse, le silurien tout entier est 
représenté par des schistes à Graptolithes. 

C'est dans le pays de Galles qu'ont été établies les divi- 
sions classiques de l'ordovicien. Basées tout d'abord sur 
les seuls caractères lithologiques, elles s'appuient aujour- 
d'hui sur la répartition bien étudiée (Hicks, Marr) d'un 
certain nombre d'espèces de Trinucleus. L'étage infé- 
rieur ou de Tremadoc est composé de schistes et de grès 
schisteux, qui renferment les genres Euloma et Niobe, 



caractéristiques de rordovicien le plus inférieur, ainsi que 
Bryogi^aptus, mais qui ne contiennent pas encore de 
Trinuclcus. L'étage à'Arenig comprend également des 
schistes et des grès. On peut y distinguer trois niveaux 
successifs à Trinucleus : 1^ T7\ Sedgivicki; 2*^ Tr. Gib- 
bsi; 3*^ Tr. Etheridgei. On y trouve également les genres 
Ogygia, Mglina, Calymmene,d,yeGTetragraptusQiDi' 
dymograpiiis. L'étage de Lk?zc?d/o, exclusivement schis- 
teux, comprend une zone inférieure à Trinucleus Lloydi et 
une zone supérieure à T7\ fimbriatus. Enfin, l'étage supé- 
rieur ou de Caradoc comprend ou des grès extrêmement 
puissants (3.600 m.), ou des schistes avec bancs calcaires 
(calcaires de Bala et de Hirnant). L'espèce caractéristique 
est Trinucleus seticornis. 

En Ecosse, Tordovicien est entièrement formé par des 
schistes à Graptolithes avec intercalations de grauwackes, 
dont la partie supérieure est connue sous le nom de série 
de Moffat et dont Tensemble a été divisé par Lapworth 
en 9 zones successives qui se répartissent de la manière 
suivante : Tremadoc : 1° zone à Bryograptus ; Arenig : 
2^ zone à Tetragraptus ; 3° zone à Phyllograptus typus 
et Didymograptus bi/idus; Llandeilo : 4o zone kDidy- 
mograptus geminus; 5^^ zone à Cœnograptus gracilis ; 
Caradoc : 6^ zone à dicranograptus Clingani; 1^ zone 
à Pleurograptus Imearis ; 8^ zone à Dicellograptus 
complanatus ; 9** zone à Dicell. anceps et Climaco- 
grapius scalaris. 

La plupart de ces zones se retrouvent exactement dans 
le même ordre en Scanie, où la série ordovicienne est pres- 
que exclusivement schisteuse et atteint environ 2.000 m. 
d'épaisseur. Tullberg a cependant distingué un nombre 
encore plus considérable de zones, et quelques-unes d'entre 
elles paraissent correspondre à des parties de la série 
écossaise qui sont peu fossilifères. Ainsi, entre les zones 
qui, en Ecosse, portent les numéros 4 et 5, viennent s'in- 
tercaler en Scanie 3 zones successives. D'autre part, la 
zone inférieure est remplacée par un calcaire à Cerato- 
pyge, avec Euloma et iSiobe, et, de plus, un niveau cal- 
caire peu épais, à Orthocères et Megalaspis, vient s'in- 
tercaler entre les schistes à Graptolithes correspondant 
aux zones 2 et 3. 

Dans les régions plus septentrionales de la Suède méri- 
dionale, en particulier dans le Westgotland et dans File 
d'OEland, l'ordovicien est presque exclusivement calcaire, 
ce n'est que tout à la base et vers le sommet que se trou- 
vent des niveaux schisteux peu épais. Aux schistes à 
Dictyonema, par lesquels se termine le cambrien, suc- 
cèdent des schistes à Ceratopyge, puis un calcaire à Cera- 
lopyge, qui représentent le Tremadoc. Des calcaires 
glauconieux à Megalaspis et des calcaires à Asaphus 
expansus représentent l'Arenig. Au Llandeilo correspon- 
dent des calcaires dans lesquels on distingue les niveaux 
successifs à Asaphus platyurus, klllœnus Cenlaurus, 
à Ancistroceras undulatum, à Chasmops conicoph- 
thalmus. Le Caradoc, enfin, est représenté par des cal- 
caires à Chasmops extensiis, par des schistes et des 
calcaires à Trinucleus seticornis et par des calcaires à 
Leptœna. Le parallélisme des faciès schisteux de Scanie 
et des faciès calcaires d'OEland ne serait pas toujours 
facile à établir si, dans les environs de Christiania, on ne 
rencontrait une série épaisse de moins de 400 m., étudiée 
en grand détail par Brogger, et qui comprend, en alter- 
nances régulières, presque tous les niveaux calcaires du 
premier type et les niveaux calcaires du second. 

Dans les provinces Baltiques de la Russie, suivant une 
bande continue qui s'étend au S. du golfe de Finlande, 
depuis File de Dago jusqu'au lac Ladoga, l'ordovicien, 
que les travaux de Er. Schmidt ont fait connaître, est 
constitué, sauf dans sa partie la plus inférieure, par une 
série de calcaires zoogènes très variés. La succession est 
la suivante : sables glauconieux à Obolus siluriens et 
Conodontes, correspondant au Tremadoc ; calcaires glau- 
conieux, marnes à Leperditia et phosphorites, calcaire à 

GRANDE ENCYCLOPÉniE. — XXX. 



33 - SILURIEN 

Endoceras vaginatum, correspondant à l'Arenig; cal- 
caire à Liluites, calcaire à Echinosphœrites , représen- 
tant la base du Llandeilo ; puis une série de calcaires, 
exceptionnellement de schistes, désignés par des noms 
locaux (Kuckers, Itfer, Jewe, Wesenberg, Lyckholm, 
Borkholm) et correspondant aux parties supérieures de 
l'ordovicien. On y trouve surtout des Chasmops, des 
Cheirurus, de nombreux Brachiopodes, des Céphalopodes, 
des Cystoïdés, des Spongiaires, etc. Dans la plaine de 
l'Allemagne du Nord, des blocs disséminés dans les dépôts 
glaciaires proviennent des affleurements de ces divers 
calcaires et fournissent souvent de riches moissons paléon- 
tologiques. 

Les divisions classiques du gotlandien ont été établies 
dans les comtés du centre de l'Angleterre, dans le Shrop- 
shire, dans le Staffordshire. Tandis que pour l'ordovi- 
cien les divisions étaient empruntées à une série bathyale, 
il n'en est plus de même pour le gotlandien, qui est essen- 
tiellement néritique dans ces comtés. La région a été le 
théâtre de mouvements orogéniques à la fin de l'ordovi- 
cien, de sorte que les dépôts plissés de cette période sup- 
portent le gotlandien en discordance angulaire. Certaines 
parties sont restées exondées, tandis que d'autres étaient 
recouvertes par des eaux peu profondes, dans lesquelles 
pouvaient s'établir des récifs coralliens. La fin de la période 
est marquée par une phase lagunaire. On a distingué trois 
étages : le Llandovery, le Wenlock et le Ludlow. 

Le Landovery débute par un conglomérat et par des grès, 
avec nombreuses intercalations calcaires à Brachiopodes 
(Pentamerus oblongus) et Zoanthaires. L'étage se ter- 
mine par les schistes de Tarannon à Rastrites peregrinus. 
L'étage de Wenlock comprend, à la base, les calcaires et 
schistes de Woolhope, avec Aclinoceras baccatum. Ho- 
malonotus delphinocephalus, \filsonia Wilsoni; puis, 
les schistes puissants de Wenlock, avec Trilobites, Bra- 
chiopodes, Cardiola interrupta; enfin, le calcaire de 
Wenlock ou de Dudley, extrêmement riche en fossiles 
d'une fort belle conservation : Calymmene Blumenbachi, 
Encrinurus variolaris, Dalmania caudata, Bhyncho- 
nella Stricklandi, Strophomena rhomboidalis, Cyalho- 
cnnus, Hypanthocrinus, Halysites, Favosites, Acer- 
vularia, Palœocyclus, etc. Avec l'étage de Ludlow 
apparaissent les Poissons placodermes. Ils sont abondants, 
de même que les Crustacés, les Astéroïdes, dans les 
argiles sableuses et les grès schisteux constituant les 
couches de Ludlow inférieures et supérieures, qui sont 
séparées par le niveau calcaire d'Aymestry, à Pentamerus 
Knighti, Chonetes striatella. Les couches terminales de 
l'ordovicien, formant le passage au dévonien, comprennent 
les grès rouges de Downton, avec Poissons, Crustacés, 
Lingules, et les argiles rouges et grises de Ledbury, ren- 
fermant des restes des mêmes animaux. 
• Des faciès tout à fait analogues existent sur la côte 
orientale de la Suède, dans File de Gotland et en Ehstonie. 
L'île de Gotland est entièrement formée par le silurien 
supérieur, qui s'y trouve au complet et avec une richesse 
en fossiles tout à fait extraordinaire. La succession est la 
suivante : 1" schistes marneux rouges, avec Phacops 
quadrilinealus , Encrinurus lœvis , Cyrtia expor- 
recla, etc. ; 2^ maines à Stricklandinia lyrata^i autres 
Brachiopodes, avec Trilobites et Zoanthaires; 3"^ couches 
de V'àgii du Wenlock, avec plusieurs faciès distincts très 
fossilifères (faune corallienne de Wisby, faunes à Brachio- 
podes variées, faune des grès du S. de l'île, avec Bi- 
valves et Homalonotus Knighti); ¥ calcaire à Orthis; 
5*^ couche à Pterygolus, ayant fourni le plus ancien Scor- 
pion connu (Palœophonus nuntius); G^ calcaires à Cri- 
noïdes, à Zoanthaires ou à Céphalopodes ; 7" calcaires à 
Céphalopodes supérieurs (Pliragmoceras, Gomphoceras, 
Orthoceras). 

Dans les provinces baltiques de la Russie, on retrouve 
les mêmes faciès à Zoanthaires, à Brachiopodes, à Cépha- 
lopodes, à Gigantostracés, quoique dans un ordre diffe- 



SILURIEN 



84 



rent. A côté des calcaires et des marnes, la série comprend 
également des dolomies. Dans les environs de Christiania, 
les calcaires jouent, par contre, un rôle moins important 
et ce sont les schistes qui prédominent. 

En Ecosse et dans le district des Lacs, ainsi qu'en 
Scanie, le gotlandien est presque exclusivement repré- 
senté par des schistes à Graptolithes, qui atteignent des 
épaisseurs énormes. En Ecosse, Lapworth a signalé 11 zones 
successives, caractérisées chacune par une espèce spéciale. 
Les zones inférieures correspondent au Llandovery, les 
trois suivantes au Wenlock, la zone supérieure seule ap- 
partient au Ludlow, dont elle forme la base, la partie 
supérieure de l'étage étant formée par des grès et des 
conglomérats à Pterygotus, Eurypterus, Ceratiocaris, 
En Scanie, TuUberg ne distingue pas moins de 15 zones 
à Graptolithes, dont la plupart coïncident rigoureusement 
avec des zones d'Ecosse et dont plusieurs se retrouvent 
en DalécarHe. Ici aussi le gotlandien se termine par des 
grès, dans lesquels on rencontre également des Giganto- 
stracés, à côté de Lamellibranches, de Brachiopodes, d'Os- 
tracodes. 

En dehors des régions classiques de la Grande-Bre- 
tagne, de la Scandinavie et des provinces baltiques, le type 
septentrional du silurien se retrouve au S. de la plaine 
de l'Allemagne du Nord et vers l'E. dans diverses régions 
de la Russie. Les collines de Pologne, dans les environs 
de Kielce et de Sandomierz, sont situées exactement dans 
le prolongement des plissements N. O.-S. E. de la Sca- 
nie et de l'île de Bornholm; le silurien y présente en 
partie les mômes faciès que dans ces régions, mais il est 
encore assez mal connu, et ses différents termes ne peuvent 
être étudiés nulle part en succession continue. Dans For- 
dovicien, les calcaires et les grès (à Oî^thisina plana) pré- 
dominent, dans le gotlandien on retrouve les schistes à 
Graptolithes, et la série se termine par une grauwacke à 
Beyrichia Klœdeni, Tentaculites ornatus, Brachio- 
podes, etc. Dans le gouvernement de Minsk, le silurien a 
encore les mêmes caractères que dans les provinces bal- 
tiques ; on peut en dire autant du gotlandien de Podolie 
etdeGaliciequi se termine par des couches à Placodermes, 
mais qui repose directement sur le granité, Fordovicien 
faisant défaut. Le gotlandien est également transgressif 
dans le bassin de la Petchora, où l'on a signalé des cal- 
caires renfermant plusieurs des espèces les plus typiques 
de File de Gotland. Dans FOural, si le silurien existe, 
il est entièrement métamorphique. 

Dans le Harz, des schistes à Graptolithes gotlandiens 
sont pinces dans les couches dévoniennes, mais leur subs- 
tratum est inconnu. Plus au S., on connaît également le 
gotlandien à Graptolithes dans les Sudètes. EnThuringe, 
le silurien est complet ; Fordovicien est constitué par des 
grès à Phijcodes circinatus, des schistes à Megalaspis 
et Asaphus et par des schistes à Cystoïdés ; dans les" 
schistes gotlandiens on a pu retrouver un certain nombre 
des zones à Graptolithes de Scanie^Dansle Kellerwald, le 
silurien supérieur a été découvert récemment par Denck- 
mann, qui y a signalé les plus anciens Ammonoidés con- 
nus, appartenant au genre Agoniatiies. Sur le versant 
N. de FArdenne, les schistes à Graptolithes prennent un 
grand développement, aussi bien dans Fordovicien que dans 
le gotlandien; des quartzites et des calcaires y forment 
des intercalations à certains niveaux. Enfm, des travaux 
de mines et de sondages ont permis de reconnaître l'exis- 
tence du gotlandien à Monograptus dans le Pa-des- 
Calais, d'où il va sans doute rejoindre en profondeur le 
silurien du S. du pays de Galles. 

FAtrope centrale et méridionale. Une région émer- 
gée, située sur l'emplacement actuel de FArdenne méri- 
dionale et de FEifel, devait séparer les mers du Nord de 
celles du Midi; de même une barrière existait probable- 
ment entre la Pologne et la Bohême. En revanche, une 
libre communication devait avoir lieu entre la Thuringe et 
le Sud. A Leimitz, près de Hof, en Bavière, existent des 



schistes, correspondant au Tremadoc, dont la faune pos- 
sède des rapports à la fois avec celle des couches à Eulo- 
ma et Mobe de Scandinavie et avec celle des couches basales 
de Fordovicien de la Montagne Noire. Ces équivalents du 
Tremadoc manquent en Bohême, où le cambrien supérieur 
fait également défaut. Dans le « bassin » silurien de Pra- 
gue, rendu classique par les travaux de Barrande, For- 
dovicien, Fétage D, débute par des conglomérats et des 
grauwackes (Dja),quine renferment guère que des Lin- 
yula, des Discina, des Obolus et qui reposent en trans- 
gressivité sur le cambrien, Falgonkien, ou même sur les 
gneiss archéens. Au-dessus vient une nappe de diabase, 
puis des minerais de fer oolithiques (D^p), avec Harpi- 
des, Amphion, Orthis, qui alternent avec des schistes à 
Didymograptus et Isograpiuscaducus et correspondent 
à FArenig. Les schistes à concrétions (D^y), qui leur font 
suite, renferment Illœnus Katieri, Asaphus nobilis, 
Placoparia Zippei, Didymograptus g eminus. Ils repré- 
sentent le Llandeilo inférieur, tandis que les quartzites 
(D2), à Dalmania socialis, Asaphus nobilis, Trinu- 
cleus ornatus, représentent le Llandeilo supérieur. Au 
Caradoc inférieur correspondent des schistes et des quart- 
zites (D3 et D4), à Trinucleus concentricus , Ampyx, 
Cheirurus, Diplograptus prislis; au Caradoc supérieur, 
des schistes et des grauwackes (Drj, qui renferment Phil- 
lipsinella parabola, Bemopleùrides radians, Trinu- 
cleus seticornis, espèces qui se rencontrent également 
dans les couches terminales de Fordovicien du Nord. 

L'ensemble de Fordovicien de Bohême atteint 1.200 m. 
d'épaisseur. Le passage au gotlandien est insensible, si 
bien qu'à la limite de D^ et de E^ les faciès caractéristiques 
de ces deux niveaux présentent des alternances multiples 
(J. Jahn), qui ont conduit Barrande à admettre l'exis- 
tence de « colonies » de la faune de E^, ayant coexisté 
avec la faune de D^. Il est vrai que beaucoup de ces « co- 
lonies » ne sont autre chose que des paquets de schistes 
à Graptolithes gotlandiens pinces, par suite de plisse- 
ments, dans les couches de D^ et même de D4. 

Le gotlandien de Bohême comprend à la base des 
schistes à Graptolithes (E^), dans lesquels on observe des 
coulées de diabase, des niveaux de nodules calcaires à 
Orthocères et autres Nautiloïdés, et, vers le haut, un banc 
de calcaires à entroques, avec Scyphocrinus, Xenocri- 
nus, etc. A leur partie supérieure ces schistes alternent 
avec des niveaux calcaires, qui deviennent peu à peu pré- 
dominants (Jahn). On a pu distinguer plusieurs niveaux 
à.dj[i^\Qs>%(M%X^%{Rastritesperegrinus, M. turriculatus, 
M. priodon, M. colonus) et oîi a pu les paralléliser avec 
les zones du Nord, jusqu'au Ludlow inférieur. Les cal- 
caires supérieurs (E2) correspondent donc aux assises du 
silurien anglais supérieures à ce niveau ; ils renferment 
une faune extrêmement riche, constituée par des Trilobites 
{Phacops fecundîis, Calymmene Baylei, Arethusina, 
Cheirurus, Lichas, Acidaspis), des Céphalopodes {Or- 
Ihoceras, Gomphoceras, Phragmoceras, Cyrtoceras, 
Trochoceras, Barrandeoceras), des Lamellibranches, des 
Brachiopodes (Pentamerus Knighii, PJiynchonella, Or- 
Ihis, Strophomena rhomboidalis), des Zoanthaires. Les 
étages F, G, H de Barrande sont aujourd'hui rangés dans 
le dévonien. Le gotlandien de Bohêmg atteint une épais- 
seur d'environ 300 m. 

Dans les Alpes septentrionales Fordovicien est représenté 
par des schistes sans fossiles, faisant suite à des quartzo- 
phyllades vraisemblablement permiens. Au gotlandien 
appartiennent des schistes à Graptolithes, avec Orthocères 
et Lamellibranches. Dans les Alpes Carniques le silurien 
est beaucoup mieux développé et il est bien connu, grâce 
aux travaux de Fr. Frech. L'ordovicien est constitué par 
les couches de Mauthen, série schisteuse, atteignant 1 . 500 
à 2.000 m. d'épaisseur et présentant des intercalations de 
grauwackes, de quartzites, de calcaires et de roches érup- 
tives. Les fossiles se rencontrent surtout dans les lentilles 
calcaires, ce sont surtout des Brachiopodes [Orihis Ado- 



— ?>s — 



SILURIEN 



niœ, Strophomena grandis, Porambonites), des Mon- 
ticuliporidés et des Gastropodes (Strophostylus).hQs 
schistes ordoviciens passent insensiblement, à leur partie su- 
périeure, à des schistes gotlandiens à Graptolithes, qui cor- 
respondent à la base de l'étage E de Bohême. Ailleurs, le 
gotlandien inférieur est constitué par des calcaires à Cri- 
miàes(Caînerocnnus). Au Wolayer Thôrl, ces calcaires 
supportent des calcaires rouges à Orthocères, dans lesquels 
Frech distingue trois zones successives, à Or iÇ/ioc^ras pa- 
ïens, O.alticola, O.Richteri. Les Céphalopodes, ainsi que 
les Gastropodes, les Lamellibranches, les Trilobites, les 
Brachiopodes qui les accompagnent, sont en grande partie 
identiques à des espèces des calcaires E^ de Bohême. Im- 
médiatement au-dessus viennent, en concordance, les pre- 
mières assises dévoniennes, qui présentent le même faciès, 
mais renferment déjà des Goniatites. Localement les cal- 
caires à Orthocères sont remplacés par des calcaires coral- 
liens, remplis deTétracoralliaires, de Tabulés, de Stromalo- 
poridés. Le gotlandien des Alpes Carniques forme le seul 
lien entre le gotlandien de la Bohème et celui des régions 
méridionales de l'Europe, car on ne connaît pas, jusqu'à 
présent, dans les Alpes occidentales, de couches siluriennes 
non métamorphiques, et les Vosges n'ont encore fourni 
que deux galets, englobés dans le conglomérat supérieur 
du grès vosgien, et qui renferment l'un un Monograptus, 
l'autre un Biplograptus (Bleicher). 

Dans les Alpes Apuanes (Toscane), le gotlandien est 
représenté par des calcaires et des schistes à Céphalo- 
podes (Orthoceras , Gomphoceras, Cyrtoceras), à Car- 
dioles et à Crinoïdes {Actinocriniis). Des couches analo- 
gues, développées dans l'E. de l'île d'Elbe, sont attribuées 
par De Stefani au dévonien, en raison de la présence d'une 
Goniatite; les Lamellibranches y sont particulièrement 
abondants. En Sardaigne, dans Flglesiente, le cambrien 
fossilifère est recouvert par des calcaires sans fossiles, 
traversés de filons métallifères {calcare metallifero) , 
qui, d'après Bornemann, représentent à la fois le cambrien 
supérieur et l'ordovicien inférieur. Cependant l'ordovicien 
existe, dans la même région, à l'état schisteux et gréseux 
et renferme des Orthis, des Conularia, des Trilobites 
(Dalmania, TîHnucleus). Quant au gotlandien , il est 
constitué par des calcaires noirâtres, dont la riche faune, 
étudiée par Meneghini et par Canavari, comprend des Os- 
tracodes (Entomis, Ëolbozoë, etc.), des Orthocères, des 
Lamellibranches et Monograptus priodon. Dans ces ré- 
gions italiennes le silurien est déjà très métamorphique, 
et il est probable que, dans les pays qui avoisinent la Mé- 
diterranée orientale, le métamorphisme va en augmentant, 
de sorte que, comme dans les Alpes occidentales, le silu- 
rien est probablement à l'état de micaschistes et de gneiss, 
qui ont été, à tort, attribués à l'archéen. 

La Montagne Noire, dépendance méridionale du Mas- 
sif Central, que Murchison avait surnommée une « oasis 
silurienne », est aujourd'hui une région classique pour 
l'étude du silurien, grâce aux travaux de Fournet, de P. de 
Rouville, de Frech et surtout de Bergeron. Sur le cam- 
brien reposent en concordance les schistes à Bellerophon 
OEhlerli, bien développés près de Cannes et de Saint-Chi- 
nian, qui représentent le Tremadoc et renferment des Tri- 
lobites extrêmement voisins de ceux des couches à Euloma 
et à Niobe de Christiania, du pays de Galles et de Hof, 
ainsi qu'il résulte des comparaisons faites par Brogger. 
Ce sont principalement les espèces suivantes : Euloma 
Filacovi, Harpides Villehruni, Niobe Liynieresi, Syn- 
physurus Sicardi, Dicellocephalina Barroisi. Au-dessus 
s'élèvent des schistes qui , à Boutoury , renferment des 
Didymograplus (D. bifidtis, balticus, etc.) et des Te- 
tragraptus et que l'on doit par conséquent rapporter à 
l'Arenig inférieur et moyen. A l'Arenig supérieur appar- 
tiennent sans doute des grès à Lingula Lesueuri, Dino- 
boliis Biimonti, qui sont identiques au grès armoricain 
de îa Bretagne et au grès à Phycodes de Thuringe et 
renferment ,eux aussi, des empreintes problématiques aux- 



quelles on a donné les noms de Cruùana, de Phycodes 
et de Vexillum. Puis viennent des schistes à nodules cal- 
caires renfermant de grands Trilobites (Asaphus Four- 
neti, Ogygia, îllœnus), correspondant au Llandeilo. L'or- 
dovicien se termine par des schistes à Orthis Actoîiiœ et 
Cystidées. Le gotlandien est constitué par des schistes 
ampéhteux, avec alternances de calcaires noirs ou de grès. 
On y a rencontré Arethusina Konincki, Cardiola in- 
terrupta, Monograptus priodon, M. co/onws, etc. Quoi- 
que l'on ne connaisse pas, dans la Montagne Noire, d'équi- 
valents des termes les plus élevés du silurien anglais, il 
n'y a pas lieu d'admettre une lacune à la limite du got- 
landien et du dévonien inférieur, qui sont parfaitement 
concordants. 

Le silurien des Pyrénées est encore assez mal connu. 
On y a signalé, dans la région centrale, des schistes carbu- 
res, desgrauwackesà Echinosphœrileset Orthis Acloniœ, 
des schistes à Trinucleiis, qui appartiennent à l'ordo- 
vicien, puis des schistes avec plusieurs niveaux de Grap- 
tolithes et des calcaires (c. de Saint-Béat) gotlandiens. 
On y a trouvé aussi le genre ScyphocrinuSj qui indique 
encore des affinités avec la Bohême. Par contre, dans les 
Asturies, comme d'ailleurs dans toute l'Espagne, ce sont 
les affinités avec le Massif Armoricain qui prédominent. 
L'existence d'une terre émergée sur l'emplacement du Mas- 
sif Central, où l'on ne connaît aucune trace de silurien, 
fait supposer qu'il n'y avait pas de communication directe 
entre la Montagne Noire et la Bretagne et que cotte région 
était reliée avec l'Espagne par un bras de mer situé bien 
à l'O. de la côte occidentale actuelle de la France. 

Dans le massif armoricain, le silurien présente de 
grandes affinités avec celui du pays de Galles. Toutefois, 
on n'y connaît aucun représentant du Tremadoc, et l'or- 
dovicien débute partout par le grès armoricain, équiva- 
lent de l'Arenig. Ce terme est d'ailleurs manifestement 
transgressif et repose, dans les points où le cambrien fait 
défaut, directement sur l'algonlden, comme par exemple 
à Mortain. Il possède, dans toute la région, des caractères 
remarquablement constants, son épaisseur seule est va- 
riable (12 à 500 m.). C'est un grès blanchâtre, quelque- 
fois un véritable quartzite, dont les bancs sont traversés 
souvent par des tubes verticaux (Tigillites) ou sont 
couverts d'empreintes mécaniques que Ton a appelées, 
tantôt Bilobites, tantôt Cruziana, et qui sont connues 
dans le pays sous le nom de « pas de bœufs ». On y trouve 
aussi des Brachiopodes inarticulés {Lingula Lesueuri, 
Dinobohis Brimonti), des Lamellibranches nombreux et, 
plus rarement, des Trilobites (Ogygites armoricana). 
Au-dessus viennent les schistes à Calymènes, qui dé- 
butent souvent par un minerai de fer, très activement 
exploité en certains points. Les ardoises d'Angers appar- 
tiennent à ce niveau. A la partie inférieure on a rencontré 
Didymograptus geminus, espèce de la base du Llandeilo 
et de la bande Dly de Bohême, tandis que Trinucleus 
Bureaui se trouve à la partie supérieure. Les espèces les 
plus caractéristiques sont les suivantes : Calymmene Ara- 
goi^ 6. Irislani^ Dalmanites Phillipsi, Uralichas Bi- 
beiroi, Asaphus Guettardi, Ulœnus giganteus, Pla- 
coparia lourneniinei, Cheirurus andegavus, etc. A ces 
Trilobites sont associés de nombreux Ostracodes, de rares 
Céphalopodes, des Hyolifhes, des Lamellibranches , des 
Brachiopodes {Orthis Budleighensis). Dans la vallée de 
la Laize, au S. de Caen, les schistes à Calymènes suppor- 
tent une série puissante (50-70 m.) de grès, les grès de 
May. Dans leurs assises inférieures on trouve encore Ca- 
lymmene Tristani, puis apparaît une faune riche en 
Homalonotiis (sous-genre Brongniarlia). Dans la masse 
des grès se trouve intercalé un niveau schisteux, dans le- 
quel Kerforne a recueilli Trinucleus Bureaui, Calym- 
mene Tristani, Placoparia, des Ostracodes, etc. Au- 
dessous des schistes, c'est Homalonotus Vicaryi qui pré- 
domine ; au-dessus, c'est Homalonotus Des long champsi, 
associé à Conularia pyramidata , Modiolopsis armori- 



SILURIEN — 30 — 

cana, etc. Ces grès supérieurs (grès du Belvédère) ap- 
partiennent seuls à i'ordovicien supérieur. Comme à May, 
an niveau gréseux s'intercale, en d'autres points du Massif 
Armoricain, au milieu des schistes à Calymènes supérieurs. 
L'ordovicien supérieur est souvent presque entièrement 
gréseux. 11 renferme en Bretagne Calymmenella Bayani, 
mais il est quelquefois totalement dépourvu de fossiles. 
D'autres fois, il se termine par des schistes à Trinucleus 
Pongerardi, connus sous le nom de schistes de Riadan 
(schistes ardoisiers supérieurs), ou encore par des cal- 
caires à Orthis Actoniœ, comme àRosan. 

Le gotlandien du massif armoricain, dans lequel Ker- 
forne distingue sept zones graptolithiques successives, dé- 
bute en général par des grès sans fossiles, puis viennent 
des phtanites à Graptolithes (Monograptus lobiferus, 
M. Clingani, M. cyplius, Rastrites peregrinus), suivis 
de schistes ampéliteux à Graptolithes (Monograptus prio- 
don, colonus, Retiolites Geinitzdanus) avec nodules de 
calcaires bitumineux, qui renferment Cardiola interrup- 
ta, des Orthocères, etc. Dans la Mayenne, la série se ter- 
mine par des schistes k Bolbozoë, surmontés de schistes 
et de quartzites sans fossiles, qui conduisent insensible- 
ment au dévonien, parfaitement concordant avec le silu- 
rien. 

Plusieurs des termes constituant le silurien du massif 
armoricain se retrouvent avec des caractères identiques 
dans la péninsule ibérique. Le grès armoricain est repré- 
senté dans les Asturies, en Aragon, dans la Nouvelle- 
Castille, dans le N. du Portugal, et il semble être souvent 
transgressif. Les schistes qui lui font suite renferment, 
comme en Bretagne, Cahpnmene Trisiani, Dalmanites 
Phillipsi, Placoparia Tourneminei, Uralichas Ribei- 
roi, etc. L'ordovicien supérieur est représenté par des 
calcaires ou des grauvvackes à Orthis Actoniœ (Catalo- 
gne, Aragon), ou par des schistes à Trinucleus (Portu- 
gal). Le gotlandien est constitué, comme dans presque 
toute l'Europe, par des schistes à Graptolithes monoprio- 
nidiens, avec nodules calcaires à Cardiola interrupta. 

La limite méridionale de la mer silurienne qui baignait 
l'Europe ne peut être indiquée, même approximativement, 
car les schistes qui, dans l'Afrique septentrionale, ont été 
attribués au silurien, n'ont pas encore fourni de fossiles, 
et aucun fossile silurien n'a été rencontré jusqu'à présent 
dans le continent africain. 

Asie et Australie. Dans la direction de l'E., il faut 
aller jusque dans l'Himalaya pour trouver de nouveau du 
silurien fossilifère. Dans cette chaîne, aussi bien qu'en 
Birmanie, l'ordovicien accuse des affinités avec celui du 
N. de l'Europe (Porambonites^ Echinosphœrites). Ces 
affinités sont encore plus évidentes dans l'E. de la Chine 
(Endoceras duplex dans le Kiang-Su) et dans le N. de 
la Sibérie, où Ton retrouve aussi des calcaires coralligènes 
gotlandiens avec Favosites gothlandicus. Elles se pour- 
suivent jusqu'en Australie et en Nouvelle-Zélande, où la 
succession des niveaux à Graptolithes, dans les schistes 
aurifères, est la même qu'en Europe. Dans les calcaires 
gotlandiens de la Nouvelle-Galles du Sud, de Victoria et 
de la Tasmanie, on cite de nombreuses espèces d'Angle- 
terre, de Scandinavie et de Bohême, telles que Encrinu- 
rus punclatus, Calymmene luberculata, Dalmania 
caudata, Phacops fecundus, Chonetes striatella, Pen- 
tamerus Knighti, Halysites escharoides^ etc. 

Amérique. De l'autre côté de l'Atlantique se trouve 
encore une région où le silurien tout entier possède des 
affinités indiscutables avec le silurien du N. de l'Europe, 
c'est le district paléozoïque le plus oriental de l'Amérique 
du Nord. Il comprend Terre-Neuve, la Nouvelle-Ecosse, 
le Neuve au-Brunswick et la Gaspésie (rive droite du 
Saint-Laurent). Le cambrien y présentait déjà les mêmes 
caractères paléontologiques et la même succession que dans 
le pays de Galles. L'ordovicien y débute par un grès ou, 
à Québec, par un conglomérat à galets calcaires em- 
pruntés au cambrien. Puis vient une série schisteuse avec 



intercalations calcaires, dans laquelle on retrouve les prin- 
cipales zones à Graptolithes de l'ordovicien d'Europe. Des 
schistes et des quartzites avec Bilobites et Brachiopodes 
inarticulés constituent l'ordovicien supérieur et le gotlan- 
dien. Toute cette série est énergiquement plissée, tandis 
que les calcaires de l'île d'Anticosti et des environs de 
Québec sont restés horizontaux; elle forme une chaîne 
dont la continuation au S. de la Nouvelle-Angleterre est 
cachée aujourd'hui par les eaux de l'Atlantique^ tandis 
que sa continuation vers l'E. doit être cherchée dans le 
N. de l'Europe, dans la zone des Grampians. 

Plus à l'O. et séparée de la région précédente, dès 
l'ordovicien, par une traînée d'îles et par le plateau 
archéen de Picdmont, se trouve une seconde région silu- 
rienne, qui s'étend sans interruption depuis l'Etat de 
New York jusque dans l'Alabama, et qui deviendra plus 
tard la chaîne des Appalaches. Toutes les formations 
paléozoïques y sont plissécs et atteignent des épaisseurs 
énormes, tandis que dans la région qui fait suite immé- 
diatement à la région appalachienne dans la direction de 
rO. ces formations sont restées dans une position voisine 
de l'horizontale, qu'elles conservent, sauf de rares excep- 
tions (bombement de Cincinnati), jusque dans les Etats du 
centre. Là où le silurien est plissé, il est constitué par des 
sédiments élastiques, grès, schistes ou calcaires com- 
pacts, et atteint une épaisseur au moins sextuple de celle 
que possède le silurien non plissé, qui est surtout cons- 
titué par des calcaires zoogènes. Dans les Appalaches, 
l'ordovicien comprend d'abord des calcaires et des dolo- 
mies avec couches de silex, dépassant i.OOO m. d'épais- 
seur. Leur dépôt fut suivi d'une émersion momentanée, 
séparant l'ordovicien inférieur de l'ordovicien supérieur, 
schisteux et transgressif. A la fin de l'ordovicien, un 
mouvement orogénique important eut lieu, qui déter- 
mina une émersion momentanée des Appalaches et la for- 
mation, plus au N., d'une « chaîne taconique », dont la 
surrection détermina la séparation complète, pendant 
toute la période gotlandienne, du bassin atlantique dont 
il a été question plus haut, et du bassin épicontinental 
des Appalaches et des Etats du centre. Cette phase de 
plissement est à rapprocher de celle qui sépare égale- 
ment, dans le pays de Galles et dans le Shropshire, l'or- 
dovicien du gotlandien. Dans les Appalaches, le gotlan- 
tien est représenté par un conglomérat de base, par des 
grès et des schistes très puissants, qui reposent en discor- 
dance sur l'ordovicien plissé et supportent, au moins 
dans le N. de la chaîne, le dévonien concordant, Dans 
rO. de l'Etat de New York et dans la région des Lacs 
(Ohio, Indiana, Illinois, Wisconsin, Minnesota, Ottawa), 
ces mouvements du sol ne se sont plus fait sentir 
qu'exceptionnellement, et la série silurienne est parfai- 
tement continue. Elle s'amincit graduellement vers l'O., 
en même temps que les calcaires remplacent peu à peu 
les schistes. La succession est la suivante : 1** cal- 
caire dolomitique, dit « calciferous smàsiom » (Recepia- 
culites calciferus, Camarella calcifera, Maclurea ma- 
tutina, Murchisonia liriearis, Conocardiiim Blumen- 
bachi, Lituites imperator, Orthoceras Lamarcki, 
Asaphus canalis, Bathyurus amplimarginatus) ; 
2*^ calcaire de Chazy à Brachiopodes et Gastropodes nom- 
breux, ou à Céphalopodes (Eurystomites, Discoceras); 
3^ calcaire de Black-Kiver à Céphalopodes [Goniocei^as, 
Eslonioceras, Endoceras) et Coralliaircs ; 4« calcaires 
de Trenton, à Coralliaircs, Brachiopodes, Trilobites, ou à 
Crinoïdes et Cystidés, ou à Céphalopodes {Trocholites, 
Endoceras); 5*^ schistes d'Utica, à Graptolithidés du 
Tremadoc {Diplograptus pristis, Climacograptus, Di~ 
cranograptus, etc.) ; 6^ grès de Lorraine, à Trinucleus, 
Iriarthrus, Calymmene, Brachiopodes et Lamellibran- 
ches; 7" grès et schistes de Médina, par lesquels débute 
le gotlandien, présentant à la base, dans TE. seulement, 
le conglomérat d'Oneida ; 8° schistes de Clinton, avec 
bancs calcaires et gréseux, à Peniamerus ohlongus ; 



9*^ schistes et calcaire du Niagara, à Coralliaires {Favo- 
sites niagarensis, Haly sites catenularia, Heliolites 
spinipora), Brachiopodes {Strophomena rhomboidalis, 
Spirifer niagarensis), Gastropodes, Céphalopodes, ou à 
Silicispongiaires (dans le Tennessee), ou encore à Lamelli- 
branches (calcaire de Guelph, Ontario) ; 10^ grès et 
marnes salifères (Salina-group), avec gypse épigéniquc ; 
11« calcaire à ciment, avec Eurypierus, Pterygotus, 
Ceratiocaris, Leperditia. 

L'ensemble des couches 5 et 6 est souvent désigné 
sous le nom de groupe d'Hudson ; il est représenté à Cin- 
cinnati par des calcaires zoogènes à Zoanthaires,Monticu- 
liporidés, Brachiopodes, Trilobites {Cheirurus pîeurexan- 
themus). 

La mer ordovicienne du centre s'étendait vers TE. 
jusque dans le Manitoba (Canada), dans les Black Hills 
(Dakota), dans TArkansas et même dans le Nevada. Dans 
cette dernière région et en particulier dans le district 
d'Eureka, le cambrien passe insensiblement à l'ordovicien 
par le calcaire de Pogonip, qui renferme, à côté d'espèces 
propres, un mélange d'espèces des deux formations. Puis 
viennent des équivalents de l'ordovicien de New York, 
jusqu'au calcaire de Trenton inclusivement. L'ordovicien 
supérieur et le gotlandien font entièrement défaut et 
manquent dans tout l'O. des Etats-Unis, par suite de 
mouvements orogéniques consécutifs du remplissage d'un 
géosynclinal, dans lequel l'algonkien, le cambrien et l'or- 
dovicien sont parfaitement concordants. La communica- 
tion, qui, au cambrien et à l'ordovicien, existait entre les 
Etats du centre et la région Pacifique, se trouve donc 
supprimée au gotlandien, en même temps que s'élevait à 
l'E. la barrière des monts laconiques . La mer qui couvre 
encore le Centre prend désormais la forme d'un bassin 
ouvert seulement vers le Nûrd(Stuart Weller). 

Déjà les dépôts de la mer ordovicienne s'étendaient 
dans la direction du N. jusque dans l'Amérique boréale, 
conservant des analogies avec ceux des Etats du centre, 
mais il ne semble pas que cette mer ait communiqué avec 
celle qui baignait l'Europe septentrionale. Par contre, il 
est probable qu'une communication existait au gotlan- 
dien. Les dépôts gotlandiens de Manitoba, des rives d^ 
la baie d'Hudson, de l'archipel de l'Amérique boréale et 
des deux bords du canal Kennedy sont sans doute des 
témoins d'une nappe primitivement continue, et leurs affi- 
nités paléontologiques avec ceux du N. de l'Europe sont 
frappantes, et elles sont d'autant plus grandes que l'on 
s'éloigne de la région de New York pour se diriger vers 
le N. On peut donc admettre, avec Stuart Weller, que le 
bassin silurien épicontinental de l'Amérique du Nord com- 
muniquait par l'Amérique boréale et le Spitzberg avec le 
N. de la Russie et les régions baltiques. 

Nos connaissances sur le silurien de l'Amérique du Sud 
sont encore assez rudimentaires. L'ordovicien n'a encore 
été signalé que dans la République Argentine. Sa présence 
est indiquée par les genres Illœnus, Megalaspis, Ptery- 
gometopus, Lituites, Maclurea, Didijmograptus et par 
l'espèce européenne Orthis calligramma (Kayser). H sup- 
porte immédiatement le dévonien, le gotlandien faisant 
défaut. En revanche, dans le N. du Brésil, le gotlandien 
inférieur existe seul et se trouve représenté par des grès 
qui renferment une faune découverte par Orville A. Derby, 
et étudiée par J. -M. Clarke {Lingula oblata, Orthis cal- 
lactts, Bucanella trilobata, Bollialata, etc.). 

Provinces zoologiques. — Il semble que les mouve- 
ments orogéniques qui, dans diverses régions, ont eu lieu 
à la limite de l'ordovicien et du gotlandien, ont déterminé 
une régression de la mer gotlandienne dans les géosyncli- 
naux. Ainsi le gotlandien manque dans les montagnes 
Rocheuses et dans la République Argentine, dans le pays 
de Galles il est essentiellement néritique. En revanche et 
en compensation de ce mouvement négatif dans les géo- 
synclinaux, le gotlandien est transgressif sur certaines 
aires continentales : dans le N. et le S.-O. de la Russie, 



37 -- Sn.URIEN 

dans la Nouvelle-Sibérie, au Brésil et, vraisemblablement, 
sur quelques parties du bouclier canadien. Grâce à cette 
transgressivité, la faune du gotlandien présente un ca- 
ractère bien plus universel que les faunes de l'ordovicien. 
En effet, à l'ordovicien et surtout au début de la période, 
il existait plusieurs provinces zoologiques nettement dis- 
tinctes, et les différences s'atténuent à la fin de la période 
et surtout au gotlandien. 

Si à l'ordovicien les Graptolithes pélagiques ont une ex- 
tension à peu près universelle, il n'en est pas de même 
des faunes benthoniques et en particulier de celles dont les 
restes se rencontrent dans les formations néritiques. Ainsi, 
quelque parfaite que soit l'identité de la succession des 
niveaux à Graptolithes dans la Grande-Bretagne et en 
Scandinavie, il existe d'assez grandes différences, à l'ordo- 
vicien inférieur, entre les Trilobites des deux régions. Les 
genres Megalaspis, Ptychopyge, Nileus et d'autres, ca- 
ractéristiques de l'ordovicien des régions baltiques, man- 
quent en Angleterre. En revanche, Placoparia, Dalma- 
nia, Brongniartia, Ulœnopsis, etc., qui se trouvent en 
Angleterre dès l'ordovicien inférieur, sont inconnus en 
Scandinavie ou n'apparaissent que plus tard (Frech). H 
est possible que ces différences soient dues en partie à des 
différences de faciès, ou encore à l'insuffisance des docu- 
ments, mais il estplausible d'admettre que certains genres 
n'ont pu franchir la fosse profonde qui séparait probable- 
ment les deux régions néritiques. 11 n'est pas nécessaire 
de supposer une barrière de terre ferme sur l'emplace- 
ment de la mer du Nord. 

Les différences entre l'ordovicien de la région du Nord 
et celui de Bohême ont été mises depuis longtemps en évi- 
dence par Barrande. A^glina, Chasrnops, Nileus man- 
quent en Bohême et quelques genres de Bohême manquent 
dans le Nord. Les espèces sont presque toutes totalement 
différentes. A l'ordovicien supérieur les différences s'atté- 
nuent et quelques espèces se rencontrent aussi bien en 
Bohême qu'en Scandinavie et en Angleterre [Irinucleus 
setico?mis, Remopleurides radiatus, Agnostus frino- 
dosus). Au gotlandien les affinités paléontologiques des 
trois régions s'accentuent encore, au moins en ce qui con- 
cerne les Brachiopodes et les Gastropodes, mais si l'on 
s'adresse aux Céphalopodes et aux Trilobites, on constate 
que le nombre des espèces communes à la Bohême et au 
Nord est extrêmement restreint. 

On a vu plus haut que la province bohémienne s'éten- 
dait dans le S. de l'Europe et dans le massif Armoricain, 
qui cependant se rapproche aussi de la Grande-Bretagne. 
D'autre part, le type septentrional s'étend à l'Asie et peut- 
être à l'Australie. 

L'ordovicien de la région atlantique de l'Amérique du 
Nord appartient incontestablement à la province septen- 
trionale de l'Europe, tandis que l'ordovicien de New York 
et des Etats du centre possède des caractères paléontolo- 
giques différents, indiquant sans doute, comme au cam- 
brien, des communications avec la région Pacifique. Les 
genres Bathyurus, Bathyuriscus, Botbocephalus, Pty- 
chaspis, Endymionia sont essentiellement américains, 
tandis que les genres Euloma, /Eglina, Chasmops, Pla- 
coparia, etc., font défaut dans la province américaine. De 
plus, Homalonotus n'apparaît en Amérique qu'avec le 
gotlandien. Voici pour les Trilobites. En ce qui concerne 
les Céphalopodes, on peut considérer Eurystomites, Go- 
nioceras, Huronia comme des genres américains, Litui- 
tes, Ancistroceras, comme des genres européens. Des 
différences de même ordre se retrouvent dans les autres 
groupes (Fr. Frech). 

Au gotlandien des communications s'établissent par 
l'extrême Nord entre le golfe intérieur des Etats-Unis et 
le N. de l'Europe. Les faunes de Wenlock et de l'île de 
Gotland sont alors représentées par de nombreuses es- 
pèces jusque dans les calcaires du Niagara (Halysites cate- 
nularia, Orthis elegantula, Strophomena rhomhoida- 
lis, Spirifer radiaius^Atnjpa reticularis, Calymmene 



SILURIEN - SILVANUS ~- 38 — 

Blumenbachi, Proëtm Stokesi, etc.). Pentamerm Kni- 
ghtiy du calcaire d'Aymestry, se retrouve dans l'Etat de 
New York et jusqu'en Tasmanie. 

En résumé, on distingue facilement à l'ordovicien trois 
provinces zoologiques : la province de l'Europe septentrio- 
nale, la province de Bohème et la province américaine. Au 
gotlandien ces provinces se réduisent à deux : la pro- 
vince du Nord et la province de Bohême. Les faunes aus- 
traliennes semblent caractérisées par un mélange d'espèces 
de ces deux provinces (Frech). Ces faits ne nous fournis- 
sent que fort peu de renseignements sur la répartition des 
continents et des océans. 

Les causes de la différenciation des provinces ne peu- 
vent pas être attribuées au facteur température, car la ré- 
partition sous toutes les latitudes d'animaux sécrétant un 
abondant squelette calcaire montre bien que dans les ré- 
gions polaires les eaux étaient à peu près aussi chaudes 
que dans les régions équatoriales. Emile Haug. 

BiBL. : V., outre les traités de géologie classiques : Fr. 
Frech, Lethœa Geognostica^ I. Lethœa Palœozoica ; Stutt- 
gart, 1897, t. II, 1. — R.-I. MuRCHisoN, Siluria ; Londres, 
1854. — J.-J. BiGSBY, The Flora, aad Fauna of the Silu- 
rian Period; Londres, 1868. — W.-C.Brôgger, Die siluri- 
schen'EtSigen 2 und 3; Ciiristiania, l8S2.~-Dumème^Ueber die 
Verbreitung der Euloma-Niobe-Fauna [der Ceratopygen- 
hallifauna) in Europa, dans Nyt Mug. for Naturvidensk ; 
Christiania, 1896, vol. XXX. — J. Barrande, Système 
silurien du centre de la Bohême ; Prague, 1852 (en cours 
de publication), — Ch. Barrois, Mémoire sur la distribu- 
tion des Graptolites en France, dans Annales de la Soc. 
Géol, du Nord; Lille, 1892, t. XX. ~ Stuart Weller, The 
Silurian Fauna interpreted on the epicontinental basis, 
dans Journ. of Geology ; Chicago, 1898, t. VI. 

SILVA (Antonio- José da), célèbre poète comique por- 
tugais, surnommé le juif (o Judeu), né à Rio de Janeiro 
le 8 mai 4705, brûlé à Lisbonne le 19 oct. 4739. Issu 
d'une famille juive convertie au catholicisme, il eut pour 
père Joâo Mendes da Silva (4656-4736), avocat de renom 
et auteur de plusieurs ouvrages 'poétiques inédits, l^ixé 
avec ses parents depuis 4743 à Lisbonne, il y fit ses classes, 
prit ensuite ses grades en droit canon à l'Université de 
Coimbre et entra au barreau en 4726. Soupçonné de ju- 
daïsme, il fut traduit cette même année devant le tribu- 
nal de l'Inquisition, subit la torture, mais fut relaxé. Re- 
pris en 4737, à la suite d'une dénonciation calomnieuse, 
il périt sur le bûcher. 

Depuis 4733, il fit représenter une série de pièces qu'on 
nommait alors opéras, mais qui étaient plutôt des vaude- 
villes à grand spectacle ou des opéras-bouffes de nos jours. 
Le talent d'invention, une verve comique étonnante, la 
vivacité de l'action leur assurèrent une grande popularité 
qui se prolongea jusqu'à la fm du siècle. Depuis Gil Vi- 
cente jusqu'à Garrett, la littérature portugaise n'eut pas 
d'auteur dramatique de sa valeur. Il sut traiter, après 
d'autres, des sujets mythologiques, tels qxi'Amphitrion, 
avec une singulière originalité. Son chef-d'œuvre est in- 
titulé As Guerras de Alcerim e Mangerona (Combats 
du romarin et de la marjolaine), vive peinture des exploits 
galants des personnages du beau monde de Lisbonne 
d'alors, divisé en deux camps qui se distinguaient par le 
port de l'une de ces deux plantes. Son Bon Quijote a 
été traduit en français par Ferdinand Denis (4823). Ses 
pièces ont été pubhées, en partie séparément, de son vi- 
vant, et ensuite ensemble dans le Theatro comico par- 
tuguez (Lisbonne, 1744-46 ; 4^ éd., 4787-92, 1. 1 et II). 
La première œuvre dramatique du théâtre national brési- 
lien, due au célèbre poète Magalhaês (V. ce nom), a pour 
sujet la vie tragique à'Anionio-José (4838). 

G. Pâwlowski. 

BiBL. : J.-F. da Silva, Diccionario bibliogr. portuguez, 
1858, t. I, pp. 176-180. — F. Wolf, le Brésil littéraire; Ber- 
lin, 1863. — David, les Opéras du juif ; Paris, 1880. — Les 
historiens nationaux de la littérature portugaise et bré- 
silienne (V. Brésil et Portugal). 

SILVA (Carneiro da), graveur portugais (V. Carneiro 
DA Silva). 

SILVA (Antonio Diniz du Cruze), poète portugais 
(V. Diniz). 



SILVA (Innocencio-Antonio da), littérateur et célèbre 
bibliographe portugais, né à Lisbonne le 28 sept. 4840, 
mort à Lisbonne le 27 juin 4876. Fils d'un petit commer- 
çant, il fit des études de mathématiques à l'ancienne Aca- 
démie de marine et devint fonctionnaire de l'Etat. Il pu- 
blia de nombreux travaux de littérature, de biographie et 
de critique, mais il est surtout connu par son Dicciona- 
rio bibliogr aphico po7'tuguez (Lishoime, 4858-70, 9 vol. 
in-8), comprenant la littérature brésilienne, et qui offre 
un exemple unique jusqu'à présent d'une bibliographie na- 
tionale complète englobant à la fois la biographie et la 
critique littéraire. Cet ouvrage modèle a été continué par 
Brito Aranha (L X à XVI, 4883 à 4893), qui y a consa- 
cré (t. X, pp. 66-85) un article détaillé à son devancier. 

G. Pawlowski. 

SILVA (Luis-Augusta Rebello da), historien portugais 
(V. Rebello). 

SILVA (Joao-Manuel Pereira da), littérateur brésilien 
(V. Pereira da Silva). 

SILVA-iVLVARENGA (Manoel-Iguacio da), poète brési- 
lien (V. Alvarenga). 

SILVA-Bazan y Sarmiento (Dona Maria), duchesse de 
IIuEscAR ET d'Arcos, femme peintre espagnole, morte à 
Madrid le 17 janv, 4784. Membre de l'Académie de San 
Fernando, elle a laissé quelques bons tableaux dont la 
plupart se trouvent dans des galeries particulières. 

SILVA Leitao (Jean-Baptiste da), littérateur portugais 
(V. Gârrett). 

SILVA LisBOA (Joseph da), homme politique et écono- 
miste brésilien (V. Cayru [Vicomte de]). 

SILVA Mendès Leal (Joséda), littérateur et diplomate 
portugais (V. Mendès Leal). 

SILVA-Paranhos (José-Maria da), hommes d'Etat bré- 
siliens (V. Rio-Branco). 

SILVA Y FiGUEROA (D. Garciasde), voyageur et diplo- 
mate espagnol (V. Figueroa). 

S1LVAIN(V. SiLVANus). 

SILVANECTES (V. Senlis). 

SlLVANl (Gherardo), architecte et sculpteur italien, 
né à Florence le 43 déc. 4579, mort à Florence le 23 nov. 
4675. Elève de G. Caccini, V. Cioli et B.-T. Buonalenti, 
cet artiste, outre le concours qu'il donna à ces maîtres 
dans l'exécution de leurs œuvres, fut, après le décès de 
G. Parigi, nommé architecte de l'œuvre de la cathédrale 
de Sainte-Marie-des-Fleurs, pour laquelle il dessina un pro- 
jet de façade ; il agrandit et modernisa -nombre de palais, 
de villes et d'églises à Florence et dans les environs de 
cette ville, et fit élever la plus grande partie des bâti- 
ments du collège Fortiguerri ou de la Sagesse à Pistoie. 
— Piero-Francesco S^Yanï, fils et élève de Gherardo, né 
à Florence en 4620, mort à Florence le 22 juin 4685, 
collabora à différents travaux de son père, les termina 
pendant sa vieillesse ou après sa mort et dirigea d'impor- 
tants agrandissements aux palais Ruccellai et Rinuccini, 
à Florence. Ch. Lucas. 

SILVANUS. Divinité très ancienne et très populaire de 
l'Italie et du Latium. Comme Faunus, Silvain était un dieu 
des champs, qui protégeait plus spécialement, au moins à 
Torigine, tout ce qui vivait dans les bois. Il n'est pas 
douteux, en effet, que son nom dérive directement du mot 
silva, forêt. Mais sa protection s'étendait aussi sur les ber- 
gers, sur les troupeaux, sur les champs cultivés, sur les plan- 
tations et les jardins, sur les paysans. Les chasseurs l'in- 
voquaient ou le remerciaient. Auprès de Cérès, de Liber 
pater, de Paies, il avait sa place dans la plupart des fêtes 
rustiques, en particulier dans les fêtes qui se célébraient 
au moment de la moisson. Tous ceux qui cultivaient la 
terre voyaient en lui un protecteur de leur maison : il 
était quelquefois appelé Lar agrestis, un Lare cham- 
pêtre. Les bornes des propriétés rurales lui étaient souvent 
consacrées. Ces multiples aspects de Silvain expliquent 
pourquoi, dans presque toutes les fermes d'Italie, on l'ho- 
norait sous la triple forme de Silvanus domesticus, SU- 



— 39 — 



SILVANUS ~^- SILVESTHE 



vanus agrestis, Silvanus orientalis. Silvanns doïnes- 
ticiis protégeait spécialement la maison d'habitation, 
les bâtiments de la ferme et la cour qu'ils entouraient; 
Silvanus agrestis présidait aux travaux des champs, à 
l'élève des troupeaux, à toutes les manifestations de- la 
vie agricole et pastorale ; Silvanns orientalis était le 
dieu des bornes, des limites, en deçà desquelles s'étendait 
la propriété {unde oriebatur fundus). Comme divinité 
protectrice et bienfaisante, il portait aussi le titre de Sa- 
lut aris, — Silvain fut honoré dans Rome même : son 
image ornait les jardins et les parcs de la ville ; souvent 
aussi elle était placée dans les bosquets {luci) consacres 
à d'autres dieux ou déesses. De l'Italie, où il était né et 
qui en fut toujours le centre, le culte de Silvain se ré- 
pandit dans toutes les provinces septentrionales et occi- 
dentales de l'empire romain. Le nom latin de Silvanus fut 
alors donné à des dieux provinciaux, dont les attributions 
étaient en partie analogues à celles du Silvain italique. 
Ainsi le dieu gaulois au maillet fut appelé Silvanns ; en 
Bretagne, on trouve le nom de Silvain accompagné d'épi- 
thètes locales {Silvanus Cocidius). — Silvain était re- 
présenté sous les traits d'un vieillard aimable, à la phy- 
sionomie joviale et bienveillante ; ses attributs les plus 
fréquents étaient une faucille et unejeune pousse d'arbre, 
par exemple une branche de cyprès ou de pin ; son com- 
pagnon favori était le chien. On offrait à Silvain des épis 
de blé et des grappes de raisin, des libations de lait et de 
vin ; on lui sacrifiait des porcs. Lorsque les fables de la 
mythologie grecque s'introduisirent à Rome, Silvain fut 
identifié avec Pan. — Il y avait à Rome des collèges fu- 
néraires, qui portaient le nom de collèges de Silvain, col- 
legia Silvani ; on suppose qu'ils prirent ce nom par al- 
lusion au caractère funéraire du cyprès, souvent donné 
comme attribut à Silvain. J. Toutain. 

BiBL. : Preller, Rômische Mythologie ; Berlin, 3« édit. 

SILVAPLANA. Lac de la Suisse, dans le cant. des Gri- 
sons, vallée de l'Engadine. Sur les rives pittoresques domi- 
nées par de hautes montagnes et des glaciers, à 1816 m. 
d'alt., le village du même nom (301 hab.), d'où part la 
route du col de Julier. 

SILVARECCIO. Com. du dép. de la Corse, arr. de 
Bastia, cant. de Porta; 582 hab. 

SILVAROUVRES. Com. du dép. de la Haute-Marne, 
arr. de Chaume nt, cant. de Château villain ; 194 hab. 

SILVEIRA PiNTO DE FoNSËCA (Manoel de), général por- 
tugais (V. Chaves [Marquis de]). 

SILVELA (Francisco), homme politique espagnol, né à 
Madrid le 15 déc. 1843. A l'Université centrale, il fit ses 
études d'avocat et, en 1862, se voua au barreau et au 
journalisme Mttéraire dans la Epoca, la Revista de Es- 
pana, Vlmparcial, etc. Dans un meeting du 21 avr. 
1869, il s'était révélé comme orateur, plaidant la cause 
du libre échange économique ; il figura aux Certes cons- 
tituantes avec les membres de l'ancienne Union libérale. 
Dans le premier cabinet d'Alphonse XII, Canovas confia 
le sous-secrétariat de l'intérieur à Silvela. Dans le cabinet 
Martinez Campos de 1879, il fut ministre, et une seconde 
fois avec Canovas en 1883. En fév. 1887, il était reçu à 
l'Académie des sciences morales et politiques. Ministre 
pour la troisième fois en 1890, il s'opposa à l'alliance de 
Canovas avec Romero Ilobledo (V. ce nom) auquel il avait 
succédé dans la sous-direction du parti conservateur. 
N'ayant pas pu obtenir ce qu'il désirait, Silvela se sépara 
du cabinet, et, jusqu'à la mort de Canovas (1897), resta 
dans une sorte de dissidence, tantôt affirmée, tantôt niée, 
mais il constitua, en réafité, un nouveau parti conserva- 
teur. Canovas mort, on vit bientôt que la plus grande 
partie des conservateurs inclinaient à accepter la direction 
de Silvela. A la chute du cabinet Sagasta (V. ce nom), 
Silvela fut nommé président du conseil mais il dut se 
retirer en 1900. On lui doit : Discours d'entrée à l'Aca- 
démie espagnole (1893) sur El mal gusto literario en 
el siglo XVII et Cc.rlas de la vénérable Madré Sor 



Maria de Agreda y el Sehor Reij 1). Felipe /F, prece- 
didas de un bosqùejo historico (Madrid, 1885, 2 vol.). 
Ses discours politiques ont été réunis en partie en 1 vol. 
(Madrid,^1886). R. A. 

SI LVÈRE (Saint), martyr, 60« pape; né en Campanie, 
fils du pape Hormisdas; élu en 536, mort le 20 juin 538, 
ïète, le 20 juin. — Agapet P^, son prédécesseur, mou- 
rut à Constantinople (22 avr. 636, suivant le Liber pon- 
tificalis). Dès que la nouvelle de sa mort fut parvenue à 
Rome, Silvère, sous-diacre, se fit élire et ordonner. La 
date de son ordination n'est point connue avec précision ; 
mais il est probable qu'elle eut lieu la même année. Le 
Liber pontificalis prétend que l'élection fut imposée à 
l'Eglise de Rome, par Théodat, roi des Goths, qui oc- 
cupait alors la ville ; et qu'elle ne fut point pure de simo- 
nie, de la part de Silvère. Néanmoins, il ajoute que après 
l'ordination elle fut approuvée par le cle^'gé, pour éviter 
un schisme. — Au mois de déc. 536, Bélisaire, géné- 
ral de Justinien, entra à Rome. Théodat fut déposé par 
ses sujets et assassiné. Le général Vitigès fut élu pour 
le remplacer. — Vigile, un des diacres d'Agapet, l'avait 
accompagné à Constantinople. On dit que, après la mort 
de ce pape, il conclut avec l'impératrice Théodora un pacte, 
en conséquence duquel Bélisaire devait préparer son élé- 
vation au siège de Rome, à la condition que lui désavoue- 
rait le concile de Chalcédoine, et soutiendrait le parti mo- 
nophysite. Il se rendit à Naples, dont Bélisaire venait de 
s'emparer, et lui communiqua les ordres de l'impératrice ; 
puis il suivit ce général lorsqu'il occupa Rome. Des me- 
sures furent concertées entre eux, pour réaliser les désirs 
de Théodora. Pour cela, il fallait trouver le moyen de 
déposer Silvère. On l'accusa de correspondre et de cons- 
pirer avec les Goths, qui assiégeaient Rome depuis le mois 
de mars 537. Bélisaire le somma de répondre à cette accu- 
sation. Comme il s'était rendu au palais Poncien, pour pré- 
senter sa défense, il fut dépouillé de son pallium et revêtu 
d'habits de moine. On annonça au clergé et au peuple qu'il 
avait été déposé ; ses partisans l'abandonnèrent, et on le 
déporta à Patara, ville de Syrie. Aussitôt après son départ, 
Vigile fut élu et ordonné sur l'ordre de Bélisaire. — Ce- 
pendant sur les remontrances de l'évêque de Patara, Jus- 
tinien ordonna le renvoi de Silvère à Rome, pour une nou- 
velle instruction de son affaire. Cette procédure n'aboutit 
qu'à une nouvelle relégation dans l'île de Palmiera (mer 
Tyrrhénienne) ou à Pontia, suivant le Martyrologe ro- 
main. Silvère y mourut de privations et de chagrins. De 
nombreux miracles se firent sur son tombeau. 

SILVERMINE (Monts) (V. Irlande, t. XX, p. 947). 

SILVES. Recueil de pièces latines détachées, sans lien 
entre elles. Le plus célèbre ouvrage de cette nature est 
le recueil de poésies de Stace sur toutes sortes do sujets, 
qui porte ce titre; on y trouve des vers sur un arbre, 
sur le perroquet d'un ami, sur la mort d'un lion appri- 
voisé, sur des cheveux, sur un miroir, etc. 

SILVES ou SYLVES. Ville de Portugal, distr. et à 
50 kil, O.-N.-O. de Faro (Algarves), chef-lieu de concelho, 
au pied du versant S. des monts de i'Algarve, à 39 m. 
d'alt. , sur la Ribeira de Silves, faible torrent qui descend 
de la serra do Malhâo et se jette dans l'Atlantique ; 7.020 
hab. Silves est une ville déchue : sous le nom de Chelb, 
elle fut, lors de l'occupation par les Maures, la capitale 
de I'Algarve; elle fut prise par Sancho l«^' en 1189, 
après un siège terrible, et, jusqu'en 1580, fut le siège de 
l'évéché actuellement à Faro. Sa décadence complète tient 
à plusieurs causes, à l'insalubrité du climat, à l'ensable- 
ment de la rivière qui ne peut plus lui amener les navires. 
Il ne reste plus que peu de monuments depuis le tremble- 
ment de terre de 1755 qui la détruisit complètement ; 
cependant la cathédrale du xn® siècle, le vieux château 
mauresque sont intéressants. 

SILVESTRE, papes (V. Sylvestre). 

SILVESTRE (Paul- Armand), littérateur français, né à 
f Paris le 18 avr. 1837, mort à Toulouse le 19 févr. 1901. 



SILVESTRE — SÏMALOUR 



— 40 



Il se destinait à la carrière militaire et entra à l'Ecole po- 
lytechnique en 1857. En 1869, il entra au ministère des 
finances, y fut inspecteur des finances et devint sous-chef 
du bureau de la bibliothèque et des archives, suivant ré- 
gulièrement sa carrière administrative. En même temps, il 
publiait des écrits dans les genres les plus divers, et ob- 
tenait une notoriété considérable. Le 12 oct. 1892, il fut 
nommé inspecteur des beaux-arts. 

Il y a plusieurs parts à faire dans Tœuvre littéraire d'Ar- 
mand Silvestre ; il débuta dans les lettres par la poésie, 
et pubha des recueils de vers remarquables par le roman- 
tisme, la facture et le sentiment poétique. Les premiers 
datent de 1866 : Pdmes neuves et vieilles, avec une pré- 
face de George Sand ; puis vinrent : les Renaissances 
(1870); la Gloire du souvenir (iSl'^), poème; Poé- 
sies, les Amours, la He (1866-74). Six nouveaux re- 
cueils parurent successivement sous le titre de « poésies 
nouvelles » : la Chanson des heures (1878); les Ailes 
d'or (1880); le Pays des jRos^s (1 882) ; le Chemin des 
Etoiles {i^^^)\ Roses d'octobre (1889); l'Or des cou- 
chants (1829). 

En même temps qu'il publiait ses vers, Armand Sil- 
vestre se signalait par une fécondité très grande dans un 
genre tout différent : les contes rabelaisiens, qu'il donnait 
à divers journaux parisiens, spécialement au Gil Blas. Il 
est difficile d'être complet en citant les innombrables his- 
toires graveleuses et scatologiques où s'est plu la fantaisie 
du conteur qui les a réunies en partie dans la Vie pour 
rire (7 vol.). On peut citer: les Malheurs du comman- 
dant Laripète (1881) ; les Farces de mon ami Jacques 
(1881 ) ; le Péché d'Eve (1882) ; Pour faire rire (1882) ; 
le Filleul du docteur Trousse-Cadet (1882) ; Contes 
grassouillets (1883) ; Contes pantagruéliques et ga- 
lants (1884, 6 vol.) ; le Livre des joyeusetés (1884) ; 
Contes a la Comtesse (1885) ; Corites de derrière les 
fagots (1886) ; Histoires inconvenantes (iSSl) ; Gau- 
loiseries nouvelles (1888); Contes à la brune (1889); 
Contes audacieux (1890) ; Contes salés (1891); le Cé- 
lèbre C adet-Bitard (iSdi); Pour les Amants {iS9^), etc. 

Dans la critique d'art, où il se montre écrivain élégant 
et châtié, Silvestre s'est fait une spécialité d'un genre à 
part ; il a publié des revues illustrées des Salons et des 
expositions de peinture à un point de vue particulier que 
le titre indique : le Nu au Salon (5 vol. de 1888 à 1892) ; 
le Nu au Champ de Mars (iSH9); le Nu au Louvre (iSdO); 
puis le Nu de Rabelais, d'après Jules Garnier (1891). 
11 a encore fourni le texte de belles publications illustrées : 
Floréal (1891) et la Russie, impressions, portraits, 
paysages (1891). Enfin, sous le titre de Portraits et 
Souvenirs, il a réuni un certain nombre d'articles de 
1866 à 1891. 

L'activité littéraire de Silvestre s'est traduite aussi au 
théâtre, pour lequel il a composé et fait représenter des 
pièces diverses allant de l'opérette bouffe au mystère reli- 
gieux. Il a abordé la scène avec Aline, un acte en vers, 
avec Hennequin. Il a donné successivement Dimitri, opéra 
en cinq actes, avec de Bornier, musique de Joncières 
(1876) ; Myrrha (1880), saynète romaine ; Monsieur 
(1880), comédie bouffe, avec Burani; Sapho, drame en 
un acte en vers, joué en 1 893 à la Comédie-Française ; 
Galante aventure, opéra-comique en trois actes, avec 
Davyl, musique de E. Guiraud (1882) ; Henry VIII, op ra 
en quatre actes, avec L. Détroyat, musique de Saint- 
Saëns (1883) ; Pedro de Zamalea, opéra, musique de 
Benjamin Godard (1884) ; la Tési, drame en quatre actes, 
avec G. Maillard (1887) ; Jocelyn, opéra en quatre actes 
(1888); le Commandant Laripète, opérette bouffe en 
quatre tableaux, avec A. Valabrègue et Burani (1891); 
Griselidis, comédie en trois actes et vers libres, avec 
E. Morand (Théâtre-Français, 1891) ; les Drames sacrés, 
tableaux rehgieux, d'après les peintres itaUens des xiv® et 
xv^ siècles, musique de Gounod (Vaudeville, 1893). 

Pendant quarante ans Silvestre a prodigué la fécondité 



de son talent et de sa fantaisie dans une œuvre littéraire 
dont certaines parties sont d'une réelle beauté. La partie 
la plus considérable de son œuvre est formée par des contes 
humoristiques, galants et pantagruéliques: le conteur a 
fait du tort au poète. Ses histoires étaient d'une gaillar- 
dise toute rabelaisienne, bien que très littéraires, fantai- 
sistes et divertissantes. Sa gaieté un peu grasse a plus fait 
pour sa gloire que ses beaux vers romantiques. Ph. B. 

SILVESTRE deSàcy (V. Sâcy). 

SILVIA, actrice française (V. Balletti [Zannetta]). 

SILVIO (Monte-) (V. Cervin). 

SILVIO (Mieronimo), comte Martinengo, poète italien 
(V. Martinengo). 

SILVIO Pellico, écrivain italien (V. Pellico). 

SILVY (Guillaume-Eustache-Auguste), administrateur 
français, né à Aixle 29 mars 1826. Il débuta dans l'en- 
seignement, puis fut fonctionnaire de l'instruction publi- 
que, devint directeur de l'enseignement primaire (i870), 
fut attaché à la délégation du gouvernement de la Défense 
nationale à Tours et à Bordeaux. 11 occupa ensuite les 
fonctions de conseiller d'Etat de 1872 à 1879. On a de 
lui : la Délégation de Tours et de Bordeaux (1872, 
gr. in-8). 

SILVRETTA (Massif de la). Groupe montagneux des 
Alpes centrales, sur la frontière de Suisse et d'Autriche, 
entre le Vorarlberg, le Tirol et les Grisons, aux triples 
confins desquels se dresse les Dreilânder Spitze (3.197 ou 
3.186 m.). Le massif de la Silvretta ou de Ferment s'élève 
à 3.414 ou 3.416 m. au Piz Linard, et atteint encore 
3.327 ou 3.312 m. au Piz Buin, 3.255 ou 3.246 m. au 
Silvretta Horn, et 3.408 ou 3.398 auFluchthorn. Plu- 
sieurs beaux petits glaciers en découlent : Silvretta à l'O. 
vers le Prâttigau, Fermont au N.-O. vers le Montavon, 
Jamthal au N.-E. vers le Paznaun, Tiatscha au S. vers 
r/nn, etc. Les panoramas de ses sommets sont parmi les 
plus beaux des Alpes, embrassant l'OEtzthal, l'Ortler, la 
Bernina, les Alpes Bernoises et une multitude de verdoyantes 
vallées, l'Engadine surtout. La première ascension du Piz 
Linard a été effectuée le l^'^ août 1835 par le professeur 
Osw. Heer de Zurich, et le guide J. Madutz. 

BiBL. : Professeur E. Rtchter, Die Erschliessung der 
Ost-Alpen; Berlin, 1894, t. II, ch. i. 

SILYBUM {SilybumYdiill) (Bot.). Genre de Composées- 
Carduacées, réuni aux Cardons (V. Chardon) et dont le 
type, S. marianum Vaill. {Carduus marianus L.) ou 
Chardon- Marie, Chardon de Notre-Dame, Artichaut 
sauvage, était réputé apéritif, pectoral, résolutif et même 
fébrifuge. D^L. Hn. 

SIMABA (Bot.)(V. Quassia). 

SIMA COURBE. Com. du dép. des Basses-Pyrénées, 
arr. de Pau, cant. de Lembeye ; 464 hab. 

SI MAI (Christophe), écrivain hongrois, né en 1742, 
mort en 1833. Il entra dans l'ordre des piaristes, et en- 
seigna à Cassovic au moment où Bacsânyi fondait la pre- 
mière revue hongroise : le Musée Magyar, dont il devint 
collaborateur. Simai a donné les premières comédies hon- 
groises, en grande partie adaptées de Plante et, sous le 
titre Zsw^on (1792), une adaptation de V Avare de Mo- 
lière. J. K. 

BiBL. : Revue philologique hongroise, t. VI, VII, XV, 
XVII et XIX. — J. Bayer, Histoire du théâtre hongrois; 
Budapest, 1897, t. I (en hongr.). 

SINIALOUR, SIMALOUV, ou encore BABI. Ile des 
Indes néerlandaises que les Anglais nomment Hog Island 
et les Hollandais Varkens Eiland. Elle sort de l'Océan in- 
dien, à 120 kil. environ de la côte N.-O. du pays des 
Batta, qui est dans la région N. de l'île de Sumatra, sous 
2«,22' — 2^ 59' lat. N. et 93«,27' — 94^9' long. E. 
Longueur de près de 100 kil., largeur moyenne de 20; 
aire de 2.100 kil. q., mais avec 8.000 hab. seulement; 
donc, pays presque désert. Pas de montagnes, mais seu- 
lement des collines de lOU, 200, 300 m. et des vallées 
fertiles aboutissant à des plages, soit rocheuses, soit mare- 



— 44 — 



SIMALOUK - SIMEON 



cageuses ; terres fertiles, propres aux diverses cultures 
tropicales. Les habitants sont des Atchinais. 

SIMANCAS (Septimanca des Romains). Ville d'Es- 
pagne, prov., distr. et à 40 kil. S.-O. de Valladolid 
(Léon), à 726 m. d'alt., sur une colline près du confluent 
du Duero et de la Pisuerga. Elle s'occupe du commerce 
des vins, possède une vieille enceinte, un beau pont de 
dix-sept arches et un vieux château. Mais la célébrité de 
la ville tient aux archives de l'Espagne renfermées dans 
ce château depuis 4583. Malgré un incendie en 4520, le 
pillage par les Français en 4808, le transport à Se ville de 
la partie relative aux colonies (archives des Indes), elles 
sont encore fort intéressantes, non seulement pour l'Es- 
pagne proprement dite, mais pour les Etats espagnols de 
Flandre, Itahe, Portugal ; on y trouve aussi les pièces du 
procès de don Carlos. Grande bataille entre Abd er-Rha- 
man lit et le roi de Léon, RamiroH, en 939 (V. Espagne, 
t. XVÏ, p. 328). 

SIMANDRE (Archéol.) (V. Crécelle). 

SI M ANDRE. Corn, du dép. de FAin, arr. de Bourg, 
cant. de Ceyzériat ; 804 hab. Stat. du chem. de fer 
P.-L.-M. 

SIMANDRE. Corn, du dép. de Saône-et-Loire, arr. de 
Louhans, cant. de Cuisery ; 4.693 hab. Stat. du chem. 
de fer P.-L.-M. 

SI M AN ORES. Corn, du dép. de l'Isère, arr. de Vienne, 
cant. de Saint-Symphorien-d'Ozon ; 395 hab. 

SI MAC, musicien portugais (V. Portogallo). 

SIMARD. Com. du dép. de Saône-et-Loire, arr. de 
Louhans, cant. de Montret ; 4.532 hab. Stat. du chem. 
de fer P.-L.-M. 

SIMAROUBA (Bot.) (V. Quâssia). 

SIMBIRSK. Ville de Russie, ch.-l. de gouvernement, 
sur une éminence, entre les rives droites de la Volga (à 
FE.) et de la Sviaga (à FO.), à 4.500 kil. S.-E. de Saint- 
Pétersbourg, à 900 kil. E. de Moscou; 44.000 hab. Cons- 
truite en 4648, sur les plans du boyar Khitrov, la ville 
eut à subir, peu de temps après (1670), un assaut de la 
bande de Etienne Razine (V. ce nom). Lors de la révolte 
de Pougatchev, les habitants de Simbirsk restèrent fidèles 
au gouvernement établi, ce qui valut à la ville (4780) de 
Catherine II des armes nouvelles (colonne blanche avec 
couronne en argent). 

De nos jours, Simbirsk est une jolie ville, favorisée par 
sa position entre deux cours d'eau. Le quartier du centre 
(Vienetz ou Couronne), à environ 450 m. au-dessus du 
fleuve, renferme les principaux bâtiments (préfecture, évê- 
ché, jardin public d'oii Fon jouit d'une belle vue sur la 
Volga). La ville basse est réservée au commerce de détail, 
' hôtels, marchés, etc. Un incendie dévora, en août 4864, 
les trois quarts de la cité, mais celle-ci ne tarda pas à se 
reconstituer et compte actuellement près de 3.000 mai- 
sons d'habitations, 27 églises, dont une catholique, un 
temple luthérien et une mosquée; 2 couvents, 36 écoles, 
une statue deKarmzine. Le port est assez animé (pour en- 
viron 2 millions de roubles de marchandises par an). Les 
foires sont également assez fréquentées (valeur des mar- 
chandises amenées, près de 5 millions de roubles). Bud- 
get de la ville, 485 à 490.000 roubles. Le climat est sain. 
Température moyenne de F année, 3^,6. Baromètre, 749 mil- 
hm. ; précipitations, 474 millim. La Volga est habituel- 
lement prise de glace, près de Simbirsk, des premiers jours 
de décembre à la fin de mars. La ville de Simbirsk doit 
prochainement être reUée à la grande ligne du chemin de 
fer Moscou-Kazan. 

Le gouvernement de Simbirsk appartient à la zone du 
tchernozème (terre noire) et occupe sur le cours moyen 
de la Volga une superficie de 45.000 kil. q. Population, 
4.600.000 hab., dont une grande partie Tatare et Mordves 
(environ 30 Vo)- ^l est divisé administrativement en huit 
districts (ouiezds) : Simbirsk, Alatyr, Ardatov, Bouinsk, 
Karsoun,Kourmyche, Senghiley, Syzrane et compte 3.494 
lieux habités. La partie méridionale est assez accidentée. 



La région est aussi fortement arrosée; les principaux 
cours d'eau sont : la Volga (V. ce mot) navigable, qui 
borde la province au S. et à FE. sur une ligne de plus de 
450 kil, ; la Soura, également navigable, qui la traverse 
du S. au N. dans sa partie occidentale, et qui ne reçoit 
pas moins de quatre affluents; enfin, la Sviaga, affluent 
de la Volga, qui arrose surtout les deux districts de FE., 
Simbirsk et Senghiley. 

Historiquement, la"^ province n'existe comme pays russe 
que depuis la seconde moitié du xviu® siècle. La région 
était habitée autrefois par les Bulgares et les Mordves. 
Quelques points furent occupés déjà par les Russes sous 
Ivan le Terrible (seconde moitié du xvi^ siècle) ; ceux-ci 
ne franchirent pas toutefois la Soura. La région fut défi- 
nitivement déclarée pays russe en 4780 et reçu le rang 
de lieutenance. Remaniées à plusieurs reprises, ses limites 
actuelles ont été définitivement établies en 4850. 

La zone agricole couvre plus des trois quarts de la pro- 
vince, soit environ 3 millions d'hect. Près de 4 million 
200.000 hect. sont occupés par les forêts. Une grande 
partie des produits agricoles est exportée aux provinces 
limtirophes par les deux voies d'eau. La population aug- 
mente, d'autre part, d'une manière fort considérable (en- 
viron 84.000 naissances contre 55.000 décès par an), 
mais Findustrie est loin de suivre le même développement. 
On y compte à peine une vingtaine de mille ouvriers ré- 
partis dans 5.600 usines et ateliers divers. Budget an- 
nuel, 460 à 470.000 roubles. P. Lemosof. 

SIMCOE. Lac du Canada, prov. d'Ontario, 4.440 kil. q. 
Il déverse ses eaux, par le Severn, dans le lac Huron 
(baie Géorgienne). 

SIMENCOURT. Com. du dép. du Pas-de-Calais, arr. 
d'Arras, cant. de Beaumetz-les-Loges ; 496 hab. 

SIMÉON est, à la fois, selon le système ethnico-généa- 
logique adoptéparles écrivains bibliques, un des fils de Jacob 
(issu de son union avec Lia, après Ruben, avant Lévi) et 
une des tribus d'Israël. Considéré comme individu, Siméon 
s'associe à Lévi dans le massacre des Sicliémites {Genèse, 
xxxiv) et est abandonné comme otage auxniains de Joseph 
en Egypte pour garantir la venue de Benjamin. Comme 
tribu, son rôle est très eff'acé. Il est cantonné au S. de 
Juda dans le voisinage des tribus nomades du désert. Mais, 
quand on serre de près les textes relatifs à Faire d'habi- 
tation de ce groupe, on s'aperçoit que l'écrivain a dû 
composer le territoire placé sous ce nom à l'aide de localités 
appartenant à d'autres tribus. La seule solution que nous 
puissions proposer pour rendre compte de cette singula- 
rité, c'est de considérer Siméon comme un « double » 
à'Ismaël; c'est le même mot, la même signification. Ismaël 
était fils d'Abraham et Siméon est fils de Jacob, petit-fils 
d'Abraham: Ismaël est le nom correct, Dieu exauce, Si- 
méon est le petit nom, d'usage familier, Vexaucé. Ainsi 
s'explique encore la contradiction des textes, qui s'entêtent 
à diviser les douze tribus entre dix et une, ce qui ferait 
onze. Or Siméon, logé au S. de Juda, devait, par la force 
des choses, suivre les destinées de celui-ci. M. Vernes. 

SIMÉON, nom d'un personnage dû Nouveau Testament, 
dans la bouche duquel V Evangile (S. Luc, ii, 25 et suiv.) 
place un cantique en l'honneur de Jésus présenté par ses 
parents au temple de Jérusalem. 

SIMÉON (893-927), tsar et le plus puissant prince 
bulgare. A l'avènement de Siméon, le commerce bulgare 
qui, à Constantinople, était très florissant, provoqua la 
jalousie de ses concurrents byzantins. Ceux-ci voulaient 
le faire transporter à Thessalonique. Siméon exposa ses 
réclamations à ce sujet à Constantinople. Mais aucune 
satisfaction ne lui fut donnée. Il déclara alors la guerre 
aux Grecs, qui furent battus. Léon le Sage s'adressa aux 
Hongrois. Peu après, les Hongrois envahirent le nord de 
la Bulgarie, et Siméon, battu à trois reprises, se retira 
dans l'intérieur de son empire ; mais il prit sa revanche 
et vainquit de nouveau les Grecs à Bulgarophygos, près 
d'Andrinople. Depuis cette époque jusqu'en 944, la paix 



SIMEON 



4^2 



ne fut pas troublée entre Siméon et l'empire byzantin. 
Pendant ce temps, la littérature bulgare se développa 
avec beaucoup d'éclat. En 942, la guerre éclata de nou- 
veau entre les Bulgares et Constantin VU Porphyrogénète, 
qui la soutint pendant onze ans et vit plusieurs fois l'ar- 
mée bulgare sous les murs de sa capitale. A partir de 924, 
l'activité du tsar eut pour objet la conquête de la Rascie 
(V. Serbie, § Histoire). L'empire de Siméon embrassait 
presque toute la presqu'île des Balkans, excepté le littoral 
de l'Adriatique et de la mer Egée, au N. du Danube, la 
Valachie et une grande partie de la Transylvanie étaient 
aussi sous sa domination. M. G. 

BiBL. : C. JiRECEK, Geschichte der Biilgaren; Pragnn, 
1876, iu-8. —A. Rambaud, Constantin Porphyrogénète, 
1870, in-8. 

SIMÉON (Joseph- Jérôme, comte), homme d'Etat fran- 
çais, né à Aix-en-Provence le 30 sept. 1749, mort à Pa- 
ris le 49 janv. 4842. Son père, Joseph-Sextius-Siméon 
(4747-88), exerçait à Aix, en 4769, la profession 
d'avocat. Son succès fut tel qu'il écrivit jusqu'à 49 vol. 
in-fol. de consultations et de plaidoyers. Professeur de 
droit depuis 4778, assesseur de Provence en 4783, il 
se montra d'abord hostile aux progrès de la Révolution, 
suivit avec ardeur le mouvement fédéraliste et devint 
procureur-syndic. Mis hors la loi, il alla vivre à Pise et 
à Livourne, revint à Marseille après les événements du 
9 thermidor, et fut rétabli dans les fonctions de pro- 
cureur-syndic, où ses qualités de conciliation contribuèrent 
à calmer les esprits. Appelé au conseil des Cinq-Cents 
(4795), il siégea parmi les modérés, dénonça les abus de 
pouvoir de Fréron dans le Midi, et protesta avec énergie, 
lors du coup d'Etat du 48 fructidor, contre l'envahisse- 
ment du conseil qu'il présidait par les soldats d^Augereau. 
Condamné à la déportation, il se tint longtemps caché jus- 
qu'à l'arrêté du Directoire enjoignant aux proscrits qui 
avaient échappé aux poursuites de se rendre dans l'île 
d'Oleron sous peine d'être traités en émigrés. Siméon, pour 
sauver sa famille qui pouvait être inquiétée, se rendit dans 
cette île et y demeura plus d'un an, occupant les loisirs 
de sa captivité par des travaux littéraires, notamment une 
traduction d'Horace en vers français. Rendu à la liberté 
par le 48 brumaire, il refusa la préfecture de la Marne, 
mais accepta les fonctions de substitut à la cour de cassa- 
tion (9 avr. 4800), qu'il quitta pour entrer au Tribunat 
le 28 avr. suivant. Son rapport sur le Concordat, ses tra- 
vaux dans la section législative pour la préparation du 
code civil, son dévouement manifeste au service du nou- 
vel empereur, lui valurent un siège au conseil d'Etat en 
4804. Il fut nommé, trois ans plus tard, avec Beugnot et 
Jollivet, membre du conseil de régence du nouveau royaume 
de Westphalie, et le roi Jérôme fit de lui son ministre de 
rintérieur et de la justice, et le président de son conseil 
d'Etat (7 déc. 4807). 

Ramené en France par les désastres de 4813, Siméon 
prit sa retraite, reconnut les Bourbons, et reçut en mai 
4844 la préfecture du Nord. Pendant les Cent Jours, le 
dép. des Bouches-du-Rhône l'élut pour son représentant; 
mais il eut l'habileté de garder le silence. Député du Var 
après Waterloo, il siégea parmi la minorité ministérielle 
et libérale, et s'écria même dans la discussion de l'amnis- 
tie : « Ce n'est pas de sang que la France a soif, c'est de 
tranquillité, de pardon, de sécurité». Conseiller d'Etat le 
24 août 4845, il soutint à la Chambre des pairs, en qua- 
lité de commissaire du roi, la politique du ministère De- 
cazes, fut nommé inspecteur général des écoles de droit 
(7 mai 4849), puis sous-secrétaire d'Etat à la justice. Le 
24 févr. suivant, il remplaçait Decazes au ministère de l'in- 
térieur et, lors de la chute du cabinet Richelieu (44 déc. 
4864), fut créé ministre d'Etat et membre du conseil 
privé. Il était pair de France depuis le 25 oct. précédent. 
Il désapprouva vivement, en 4830, la politique de Charles X, 
se rallia au nouveau régime et garda son siège dans la 
Chambre haute. Elu membre de l'Académie des sciences 



morales et politiques, le 27 mai 4837, il reçut l'année 
suivante, malgré ses quatre-vingt-huit ans, la première 
présidence de la cour des comptes, et prononça le 17 janv. 
4838, à la Chambre des pairs, l'oraison funèbre de Barbé- 
Marbois. Ce fut son dernier discours, Siméon avait été 
créé baron par Napoléon en 4808 ; Louis XVIII le fit comte 
en 1845. On a de lui un Eloge de Henri IV (Aix et Pa- 
ris, 4769, in-8); un Choix de discours et d'opinions 
(Paris, 1824, in-8); des mémoires Sur Vomnipotence 
du jury (Paris, 4829, in-8); Sur le Régime dotal et le 
liégime en communauté dans le mariage, ce dernier 
lu à l'Académie des sciences morales dans la séance des 
9 juil. et 20 août 4835 (t. 1"* du recueil des mémoires 
de cette Académie, 4837); et le Discours prononcé a 
l'occasion du décès de M. le marquis de Èarbé-Mar- 
bois (Paris, 4838, in-8). A. T.-R. 

SIMÉON (Joseph-Balthazar, comte), fils du précédent, 
homme politique français, né à Aix le 6 janv. 4781, mort 
à Dieppe le 14 sept. 1846. Elève aux aiÈfaires étrangères 
en janv. 1800, il fut tour à tour attaché à la mission de 
Joseph Bonaparte au congrès de Lunéville; secrétaire de 
légation à Florence en août 1801, lors de la mission de 
Clarke ; chargé d'affaires à Livourne ; premier secrétaire 
à Rome sous le cardinal Eesch, au commencement de l'Em- 
pire, et chargé d'affaires à Stuttgart. Quand son père de- 
vint un des régents du nouveau royaume de Westphalie, 
il alla successivement représenter Jérôme comme ministre 
plénipotentiaire, à Berlin, à Francfort, à Darmstadt, à 
Dresde. Assiégé avec les troupes françaises dans cette 
dernière ville, en 4810, Siméon n'en sortit qu'après la 
capitulation et rentra en France pour vivre dans la re- 
traite. La seconde Restauration lui confia, le 12 juil. 1815, 
la préfecture du Var où son administration fut à la fois 
ferme et concluante, malgré les difficultés suscitées par 
l'occupation étrangère et le déchaînement des passions po- 
litiques dans le pays. Préfet du Doubs le 27 mars 1818, 
il fut transféré dans le Pas-de-Calais le 10 juil. de la même 
année, et révoqué par Corbière le i^^ sept. 1824. Gen- 
tilhomme honoraire de la Chambre et maître des requêtes 
au conseil d'Etat depuis 1821, il reçut, avec le ministère 
Martignac, la direction générale des beaux-arts (13 janv. 
1828) et entra au conseil d'Etat (26 août 1829). Siméon 
quitta sa direction lors de l'arrivée au pouvoir du prince 
de Polignac (8 août 1829), mais fut maintenu dans ses 
fonctions de conseiller d'Etat après la révolution de Juillet. 
Pair de France le 11 sept. 1835, il s'y distingua plusieurs 
fois comme rapporteur, notamment de la loi sur la pro- 
priété littéraire. En 1842, sa mauvaise santé le contrai- 
gnit à abandonner le conseil d'Etat ; il voyagea en Italie 
de juil. 1845 à juin 1846, et mourut quelques semaines 
après, au cours d'une saison à Dieppe. Très bien doué pour 
les arts, le comte Siméon peignait et gravait à l'eau-forte. 
Il avait réuni de fort belles collections de livres, de ta- 
bleaux, de gravures et de médailles. Il était membre libre 
de l'Académie des beaux-arts depuis le 23 août 1828. On a 
de lui une Notice sur les usages et le langage des habi- 
tants du Haut-Pont, faiibom^j de Saint -Orner (Paris, 
1821 , in-8 ; extrait du t. III des Mémoires de la Soc. des 
antiquaires de France, dont il faisait partie depuis 1 829) ; 
divers rapports à la Chambre des pairs ; V Eloge du baron 
de Morogues, prononcé dans cette assemblée, et une Notice 
sur le comte de Forbin, lue à l'Académie des beaux-arts. 

SIMÉON (Henri, comte), fils du précédent, administra- 
teur français, né à Paris le 16 oct. 1803, mort à Paris 
le 21 avr. 1874. Fils et petit-fils de pair de France, 
après avoir terminé ses études juridiques, il entra en 1820 
au conseil d'Etat où son père siégeait encore avec 
distinction. Après la révolution de 1830, il fut successi- 
vement préfet des Vosges, du Loiret et de la Somme. 
Nommé en 1842 à la direction générale des tabacs, il fut 
élu député des Vosges par la circonscription de Remire- 
mont, et conserva son mandat jusqu'en 1848. Représen- 
tant du Var à la Législative en 1850, il se rallia aux idées 



— 43 — 



SIMEON — SIMIANE 



napoléoniennes et fut appelé au Sénat en janv. 1852. Pré- 
sident du conseil de surveillance de la caisse générale des 
chemins de fer, le comte Siméon fut impliqué, en 4864, 
dans l'affaire Mirés et acquitté de toute poursuite par la 
réhabilitation de celui-ci prononcée par la cour de Douai 
(24 avr. 4862). A. T.>R. 

SIMÉON LE Métapiirâste, historiographe grec (V. Sy- 
méon). 

SIMÉON Stylïte (Saint), né à Sisan, village sur les 
confins de la Syrie et de la Cilicie, vers 390, mort le 
2 sept. 459. Fête : dans TEgUse latine, le 5 janv. ; dans 
l'Eglise grecque, le 4^^ sept. Il était fils d'un berger. Dès 
sa première jeunesse, il s'éprit d'ardeur pour la pureté et 
pour les souffrances volontaires, et il entra dans un mo- 
nastère, où les excès et les étrangetés de ses mortifications 
effrayèrent les autres religieux. Il creusa dans le jardin une 
fosse où il s'enterra jusqu'à la tête, pendant tout un été ; 
il passa quarante jours dans une cave, où ne pénétrait 
aucune lumière ; il se ceignit d'une ceinture garnie de 
pointes qui le déchiraient. Après l'avoir toléré pendant neuî 
années, on l'invita à porter ailleurs des exercices qu'on ne 
voulait point imiter. Il entra dans un autre couvent, et y 
demanda une cellule où il pourrait passer seul le carême. 
On l'emmura dans une cellule, avec six pains et une cruche 
remplie d'eau. Lorsqu'on ouvrit la cellule, à la fin du 
carême, on trouva Siméon agenouillé, et auprès de lui la 
cruche et les pains, auxquels il n'avait point touché. — 
Vers 443, il s'établit près d'Antioche, dans une cellule 
autour de laquelle l'admiration de ses austérités attira un 
certain nombre de disciples. De 443 à 423, il vécut com- 
plètement emmuré. En 423, il construisit un pilier, 
d'abord assez bas, qu'il éleva successivement, de sorte 
que, en 430 il avait atteint la hauteur de 40 coudées. Le 
chapiteau en était entouré d'une balustrade, sur laquelle 
Siméon s'appuyait pendant le peu de temps qu'il aban- 
donnait au sommeil. Il y vécut les trente dernières années 
de sa vie, le cou engagé dans un collier de fer, adonné 
à la contemplation et à l'adoration, et parfois consentant 
à adresser aux hommes qui le venaient visiter des exhor- 
tations et des conseils sur les choses terrestres. — Ce 
genre de sainteté, qui importait chez les chrétiens les pra- 
tiques des fakirs de l'Inde, produisit une vive impres- 
sion sur les contemporains de Siméon. Un grand nombre 
d'Arabes, d'Arméniens et d'autres païens furent convertis 
par lui. L'empereur, des évêques, des pèlerins, partis des 
contrées les plus lointaines, même de l'Espagne et de la 
Bretagne, vinrent le consulter. Après sa mort, son corps 
fut transporté à Antioche, avec un cortège pompeux 
d' évêques et de clercs, accompagnés de troupes conduites 
par le commandement de l'armée impériale. — Siméon 
fit servir son autorité sur ses contemporains, non seule- 
ment contre les monophysites, mais contre les juifs ; il 
exhorta l'empereur à ne pas leur rendre leurs synagogues, 
et il l'excita à d'autres mesures d'intolérance contre eux. 

Le Siméon dont il est question dans cette notice paraît 
bien avoir été le premier des stylites. Deux autres Siméon 
sont aussi surnommés stylites : Siméon Junior ou Mau- 
mastorites; Siméon Tertius. Parmi les autres stylites, il 
convient de mentionner : Daniel de Maratha ; Alypius, qui 
passa soixante-dix ans sur une colonne, près d'Andri- 
nople ; Josué de Syrie au v® siècle ; Julien au vi^ siècle ; 
Nicandre, etc. C'est au vu® et au viii® siècle qu'on en 
trouve le plus. Il y en avait encore au xv® siècle, en Mé- 
sopotamie. La plupart des partis ecclésiastiques eurentleurs 
stylites. Ce genre de dévotion étant devenu une mode ou, 
comme on dirait aujourd'hui, une réclame, un sport reli- 
gieux, les gens riches se plaisaient à faire élever de belles 
colonnes, à l'usage de saints qui n'avaient que fort mé- 
diocrement la vocation ou la persévérance nécessaires. 

BiBL, : EvAGRius, Histoire ecclésiastique ; Paris, 1544. 
— De Vogué, Syrie centrale; Paris, 1865-77, 1. 1. 

SIMEONI (Gabriello), littérateur italien, né à Florence 
en 4509, mort à Turin en 4575. En 1528, il fut avec 



Giannotti au nombre des ambassadeurs florentins envoyés 
à la cour de François P^, dont il s'attira les bonnes grâces 
en composant des vers pour la duchesst d'Etampes. En 
4534, il obtint une pension de 4.000 écus, mais elle lui 
fut bientôt retirée et, de dépit, il quitta la France et passa 
en Angleterre. Il y demeura quelques années. En 1539, il 
retourna à Florence et y resta jusqu'en 4542, puis se re- 
mit à voyager, alla à Rome et à Ravenne, à Venise, à 
Lyon. Enfin, déjà vieux, il trouva un asile à la cour d'Em- 
manuel-Philibert de Savoie. Il composa de nombreux ou- 
vrages, remarquables surtout par leur étrangeté ; les uns 
en français, les autres en italien. Citons : le Tre parti 
ciel campo dei primi studi di Gabriello Simeoni, prose 
et vers (Venise, '1546, in-42); les Satire alla Pernessa 
ed altre rime (Turin, 4549); Interprétation grecque, 
latine, toscane du ynonstre ou énigme d'Italie (Lyon, 
4555) ; Illustres observations antiques, description de 
son voyage en Italie et en Provence (Lyon, \ 558) ; le 
Livre P** de César, renouvelé par des observations mi- 
litaires (Paris, 4558); le Dialogo pio e speculativo 
(Lyon, 4560) ; les Figure délia Bibbia illustrate di 
slanze toscane {Lyon, 4565; Venise, 4574). U. M. 

BiBL. : Manni, Veglie piacevoli, t. IL ■— Gingueni-:, Hist. 
littéraire d'Italie. — Txraboschi, Sloria délia letteralura 
italiana; Florence, 1800, vol. VII. 

SIMEONI (Giovanni), prélat italien, né à Paliano en 
4847, mort à Rome en 4892. D'abord professeur de phi- 
losophie ; en 4848, attaché au secrétariat des affaires 
étrangères au Vatican. Il réussit en 1857 à renouer les 
relations diplomatiques avec l'Espagne, ce qui lui valut les 
titres de camérier et de protonotaire apostolique. En 
4868, il devint secrétaire delà congrégation De Propa- 
ganda fide, et en 4875 cardinal. L'année suivante, il suc- 
céda au cardinal Antonelli comme secrétaire d'Etat du 
Saint-Siège. En 4878, il fut nommé préfet de la congré- 
gation de la Propagande. E. C. 

SIMEYROLS. Com. du dép. de la Dordogne, arr. de 
Sarlat, cant. de Carlux ; 407 hab. 

SIMFÉROPOL. Ville de Russie, ch.-l. du gouverne- 
ment de Tauride, dans la partie centrale de la presqu'île 
de Crimée, sur la Salghire, à 2.000 kil. S. de Saint-Pé- 
tersbourg, à 4.400 kil. S.-E. de Moscou, stat. du chem. 
de fer Lazovaya-Sébastopol; 50.000 hab. Pittoresque- 
ment situé du pied des monts de Tauride, dont le sommet 
principal, Tchatir-tag, la domine du S.-E., Simféropol 
présente aussi un intérêt ethnicfue considérable, grâce à 
sa population bigarrée. Moitié orientale, moitié européenne, 
la ville possède des constructions luxueuses, pourvues de 
tous les conforts modernes. Un quartier entier, Ak-Met- 
chet, habité par des Tatares (environ le tiers de la popu- 
lation totale) rappelle les villes de l'Orient, avec ses ruelles 
étroites et tortueuses. Devant la cathédrale, un obélisque 
en l'honneur du prince Dolgorouki, conquérant de la Cri- 
mée. Dans le principal jardin, un monument à Catherine II. 
La ville compte environ 3.600 constructions, dont 22 églises 
orthodoxes, 1 2 mosquées, 4 sinagogue, 4 temple luthé- 
rien, etc. Simféropol est surtout renommé par ses nom- 
breux jardins. Une école supérieure d'horticulture se trouve 
à Karakiat, à 4 kil. de la ville. Les fruits forment le prin- 
cipal article de commerce ; il en est exporté annuellement 
plus de 200.000 ponds. En plus de la ligne du chemin 
de fer, la ville est refiée à la mer par diverses routes : 
Alouchtou, Soudak, Expatorie, Perekop, — Budget de la 
ville, 225 à 235.000 roubles. P. Lem. 

SIMIA, SIMIADÉS, SIMUDvC (V. Singe et Orang). 

SI Ml ANE. Com. du dép. des Basses-Alpes, arr de 
Forcalquier, cant. de Banon ; 4.002 hab. Ruines d'un 
château des xviiï®-xv® siècles, avec chapelle rappelant 
par sa forme la basilique constantinienne du Saint- 
Sépulcre. 

SIM I ANE. Com. du dép. des Bouches-du-Rhône, arr. 
d'Aix, cant. de Gardanne; 817 hab. Stat. du chem. de 
fer de Marseille à Aix. Tour du xm^ siècle. Gisements 



SIMÏANE ~~ SIMILITUDE 



44 — 



houillers. Marquisat dont le titulaire le plus connu fut 
Louis de Simiane, lieutenant général en Provence (1715) 
et mari de Pauline d'Adhémar de Monteil de Grignan, 
petite-fille de M^^^ de Sévigné. J. M. 

SIMIANE (Carlo Emanuele di), marquis de Pianezza, 
né à Turin en 1608, mort en juil. 1677 . Dans sa jeunesse 
il se distingua dans les guerres de Montferrat et de Gênes. 
Après la paix de Cherasco (1631), il entra dans la diplo- 
matie et fut envoyé ambassadeur extraordinaire à Vienne. 
S'étant distingué dans cette charge, il revint bientôt à Tu- 
rin pour entrer dans le conseil d'Etat. Victor-Amédée P"^ 
témoin de sa valeur, le nomma colonel général de son in- 
fanterie, et, après sa mort, la duchesse régente, Marie- 
Christine de France (Madama Reale), le fit président de 
son Conseil. Il fut le principal ministre de la régente dans 
la période agitée des guerres civiles du Piémont ; à l'avè- 
nement de Charles-Emmanuel II, il resta quelque temps 
encore son ministre ; mais fatigué, il obtint enfin de re- 
noncer à ses charges et aux honneurs, fonda un monas- 
tère et s'y renferma après avoir donné tous ses biens à 
son fils, le marquis de Livorno (de Piémont). Affligé par 
les malheurs qui frappèrent celui-ci, après la malheureuse 
entreprise tentée par le duc contre Gènes ; il tenta de le sau- 
ver du ressentiment du duc, mais en vain. Il laissa entre 
autres : un Trattato délia veritd délia religione cris- 
tiana (Paris, 167!2), et un Trattato genealogico délia 
casa di Simiane, qui est encore inédit. E. C. 

SIMIANE (Pauline- Adhémar de Monteil de Grignan, 
marquise de), née à Paris le 16 août 1674, morte à Aix 
le 2 juil. 1737. Cette fille du comte de Grignan et de 
M^^^ de Sévigné épousa, en 1695, Louis de Simiane, lieu- 
tenant des gendarmes écossais. Elle passa quelques années 
à la cour, en qualité de dame d'honneur de la duchesse 
d'Orléans ; puis elle suivit son mari en Provence, quand 
il succéda à son beau-père dans la place de lieutenant 
général. Devenue veuve, elle continua de vivre dans sa 
terre de Belombres, près d'Aix. L'amitié de Massillon, la 
société de la meilleure noblesse et des beaux-esprits de 
la province consolèrent ses dernières années des soucis 
d'argent et des procès. Elle autorisa la publication des 
lettres de son aïeule et concourut même à leur édition ; 
mais, par un scrupule regrettable, elle détruisit la plu- 
part de celles de sa mère. Elle a laissé elle-même quelques 
vers, et surtout une correspondance, publiée en 1773 par 
La Harpe. Ces lettres datent toutes de la fin de sa vie : 
de là vient, sans doute, que l'on n'y retrouve ni l'éclat, 
ni le feu de celles de M"^® de Sévigné ; à défaut de ces 
qualités, on peut y reconnaître de la solidité, du cœur et 
comme une grâce héréditaire. Jacques Lâhillonne. 

SIMILITUDE. I. Mathématiques. — La similitude est 
l'une des transformations géométriques les plus simples et 
les plus fécondes ; pour la définir rigoureusement, on peut 
dire : 1° Deux figures composées de points (M, ...) (M', ...) 
sont homothétiques par rapport à un point lorsque les points 
0, M, M', sont toujours en ligne droite et que le rapport 

OM' 

—=rr- =r K est constant, pour tous les points correspon- 
dants ; 2^ quand une figure (F') est homothétique à une 
figure (F) et qu'on la transporte où Fou voudra en (F"), 
les deux figures (F) (F^O sont semblables. Cette définition 
est applicable, soit aux figures planes, soit aux figures de 
l'espace. Si le rapport K est positif, les figures sont di- 
rectement semblables ; s'il est négatif, la similitude est 
inverse. Deux figures planes semblables ainsi définies 
peuvent toujours être rendues directement homothétiques 
par un déplacement convenable de l'une d'elles dans le 
plan ; deux figures de l'espace, inversement semblables, 
ne peuvent pas au contraire devenir directement homothé- 
tiques en général. Dans le plan, il y a aussi lieu de con- 
sidérer des figures symétriquement semblables, qu'on ne 
peut arriver à rendre homothétiques qu'en retournant l'une 
d'elles sens dessus dessous. 



Lorsque K=:l, les figures semblables deviennent égales; 
et, d'après ce qui précède, il y a lieu de distinguer dans 
l'espace l'égalité directe et Fégalité inverse ; et, dans ? 
plan, l'égalité directe et l'égalité symétrique. Ces distinc- 
tions ne sont peut-être pas encore assez nettement établies 
dans l'enseignement, bien que tout à fait capitales. Pour 
se faire une idée juste de la simiUtude, dès le début, le 
mieux est peut-être de considérer les figures semblables 
comme des figures égales qui seraient construites avec 
des échelles différentes, ou, ce qui revient au même, 
comme des figures ayant mêmes formes, et des dimensions 
différentes. Bien que manquant de précision, ces premières 
notions sont précieuses au point de vue de l'intuition. Le 
rapport des échelles, que nous avons plus haut désigné 
par K, est le rapport de similitude. Il reste sans doute 
encore à trouver de nombreuses propriétés de la simiU- 
tude, bien que cette correspondance ait été très étudiée, 
et cela depuis l'antiquité. En dehors de celles qu'on ren- 
contre dans tous les traités classiques de géométrie, nous 
nous contenterons, en terminant, d'en signaler quelques 
autres moins connues. 

Lorsque deux figures planes sont directement semblables, 
il existe un point 0, centre de similitude, jouissant de 
cette propriété que si (A, A') (B, B') sont deux couples 
quelconques de points corrospondants, les triangles OAB, 
OA^'B' sont directement semblables. — Lorsque deux figures 
planes sont symétriquement semblables, on a une propriété 
analogue ; mais étant le centre de similitude, les triangles 
O^AB, O^A'B^ sont symétriquement semblables. — Dans 
l'espace, on trouve aussi des analogies. 

Lorsque deux figures d'un plan sont symétriquement 
semblables, et que A,B, C, ...., d'unepartetA',B', C^... 
de l'autre, sont des points correspondants, soit Aq un point 
qui divise le segment A A' dans le rapport de simiUtude, 

j—çj =:— , et soit AjL le conjugué harmonique de Aq par 

AqA a^ 

rapport à AA'. Tous les points Ao,Bo,Co, ... ainsi obtenus 
tous sur une même droite ; tous les points A^,B^,C^, ... 
sont sur une seconde droite perpendiculaire à la précé- 
dente ; et ces deux droites se coupent précisément au 
centre de similitude. C.-A. Laisant. 

II. Théologie. — Similitude et parabole. Toutes dmx 
constituent des procédés d'enseignement analogues. On les 
distingue en ce que la parabole présente toujours un récit 
plus ou moins complet, une mise en action ; tandis qu'une 
simple comparaison, appliquant à un objet des traits de res- 
semblance empruntés à un sujet différent, suffit à la simi- 
litude, dont la destination principale est d'illustrer une 
pensée au moyen d'une image ; par exemple : le sel de la 
terre, une ville bâtie sur une montagne, l'arbre et les 
fruits, la maison fondée sur le roc, la source d'eau vive, 
le pain de vie, le cep et les sarments, le berger et ses 
brebis, la porte étroite, la voie large, le vin nouveau et 
les vieilles outres, la pièce de drap neuf et le vieil habit. 
Jésus-Christ a parlé souvent]en paraboles et presque tou- 
jours en similitudes, parce que son langage était naturel- 
lement figuré, la comparaison étant la forme habituelle de 
sa prédication. — Les paraboles sont la partie la plus ca- 
ractéristique et vraisemblablement la plus authentique de 
la doctrine relatée dans les Evangiles selon saint Mat- 
thieu, saint Marc et saint Luc. Ce sont elles qui ont 
imprimé le plus vivement et le plus profondément l'en- 
seignement de Jésus dans la mémoire et dans la cons- 
cience des hommes ; elles offrent l'enseignement religieux 
par la vue, une sorte d'Evangile mis en images. Les prin- 
cipales sont : le Semeur (Matth., xiii; Marc, iv; Lv£, 
viii) ; rivRAiECtle Bon Grain {Matth., xiii) ; le Grain de 
Sénevé (Matth., xiii; Marc, iv); la Semence jetée en 
TERRE (Marc, iv) ; le Levain (Matth., xiii) ; le Trésor 
CACHÉ (Matth , xiii); la Perle (Matth., xiii); le Filet 
{Matth., xiii); les Deux Débiteurs (Luc,\ui) ; le Compa- 
gnon impitoyable (Matth., Jimi) ; le Bon Samaritain (Luc, 



x) ; l'HoMME DONT LES TERRES ONT BEAUCOUP RAPPORTÉ (LuC, 

xii) ; FAmi venant à minuit (Luc, xi) ; les Noces (Luc, 
xix) ; le Figuier stérile (Luc, xiii) ; le Grand souper 
{Luc, xiv) ; la Brebis perdue (Luc, xv; Matth., xviii); 
la Drachme perdue (/-?*<?, xv) ; I'Enfant prodigue (Luc, xv); 
l'EcoNOME infidèle (Luc, XVI) ; Lazare et le Riche (Luc, 
xvi) ; le Juge inique (Luc, xviii) ; le Pharisien et le Péa- 
ger (Luc, xviii) ; les Ouvriers engagés a diverses heures 
(Matth., xx) ; les Talents [Matth. , xxv); les Marcs 
d'argent (Luc, xix) ; les Deux Fils (Matth., xxi) ; les Vi- 
gnerons (Matth., XXI ; Marc, xii; Luc, xx) ; les Noces 
royales (Matth., xxii ; ); les Dix Vierges (Matth. , xxv). 
— V Evangile selon saint JeaniiQ contient aucune pa- 
rabole proprement dite. E.-H. Vollet. 

BiBL. : Théologie. — Thiersch, Die Gleichnisse Chris- 
ti; Francfort, 1867; 2« éd. 1875. — Ediii. Stapfer, Simili- 
tudes, dans VEncijclopédle des sciences religieuses, de F. 
LiCHTENBERGER, t. XII, Paris. 1882. 

SIMILOR (V. Laiton). 

SIMITCH (Georges), diplomate et homme d'Etat serbe, 
né à Belgrade le 28 févr. 1843. Il entra au service 
du ministre des adaires étrangères en 1866, après 
avoir passé quatre ans à Berlin, à Heidelberg et à Paris, 
où il avait étudié les sciences politiques et économiques. 
En 1882, il fut nommé agent diplomatique et consul gé- 
néral de Serbie à Sofia d'où il fut rappelé en 1884, à 
cause de la rupture des relations diplomatiques entre la 
Serbie et la Bulgarie. En 1887, il fut envoyé à Saint- 
Pétersbourg en qualité d'envoyé extraordinaire et ministre 
plénipotentiaire, et de là, il passa avec la même qualité, 
en 1890, à Vienne. Il occupa ce poste jusqu'au 24 janv. 
1894, lorsqu'il fut nommé président du conseil et mi- 
nistre des affaires étrangères. Mais au commencement du 
mois d'avril de la même année, il donna sa démission et 
fnt nommé de nouveau ministre de Serbie à Vienne. Le 
30 déc. 1896, il fut appelé pour la seconde fois à former le 
cabinet qui dura jusqu'au 23 oct. 1897. Au mois de janv. 
1900 il fut nommé ministre de Serbie à Rome. M. G. 

SIMITHU. Ruines de Tunisie (V. Chemtou). 

SI M LA. Ville de l'Inde, ch.-l. d'un district du Pend- 
jab, à 2.159 m. d'alt., sur un contrefort boisé de l'Hima- 
laya; 15.000 liab. en hiver; 30.000 en été. Située à 
125 kil. N. de la gare terminale d'Ambala, Simla est 
depuis 1864 la résidence d'été du gouvernement de l'Inde ; 
le palais du vice-roi, les maisons luxueuses des Européens 
la caractérisent. La température moyenne annuelle est 
modérée ^-12^7 (janvier -h 4^5, juin 4-19",8). Mais 
il pleut beaucoup en été (1893 millim. de juin à octobre, 
344millim. de novembre à mai). 

SI M ME. Rivière de Suisse, dans le cant. de Berne, sort 
d'un glacier des Alpes bernoises, traverse la vallée du Sim- 
menthal dans FOberland et se jette dans la Kander, qui 
coule dans le lac de ïhoune. 

SIMMEL (Georg), sociologue allemand contemporain, 
professeur à l'Université de Berlin. Ses principaux ou- 
vrages sont : Die Problème der Geschichte Philosophie 
(Leipzig, 1892) ; JJeber Soziale Diff'ei^enzierung (Leipzig, 
1890); Einleitung in die Moralwissenschaft (Leipzig, 
1892, 2 vol.), et tout récemment Philosophie des Geldes 
(Leipzig, 1901). Il s'est efforcé de concevoir et de cons- 
tituer une sociologie spécifique, différente des disciplines 
déjà formées dans l'ordre des sciences sociales. 

i3iBL. : BouGLÉ, les Sciences sociales en Allemagne; 
Paris. 

SIMMERN. Ville de Prusse rhénane, district de Co- 
blentz, dans le Hunsruck, sur la Simmer ; 2.115 hab. 
Autrefois capitale d'une principauté attribuée de 1436 à 
1559 à une branche cadette des Wittelsbach, puis au Pa- 
lalinat électoral; française de 1801 à 1815. 

SIMM! AS, poète grec de Rhodes, vivait vers 300 av. 
J.-C. Il fut l'auteur de poèmes figurés, dont les vers 
retraçaient la forme d'un œuf, d'une hache, d'une aile, etc. 
(cf. Bergk, Anthologia lyrica, 1890, 4*^ éd.). 

BiBL. : H.i:){i:rlix, De fhfuratis cavminilms qnecis ; 
Hanovre, 188(5. 



- 45 - SIMILITUDE — SIMON 

SI M N AN. Ville de Perse, à l'E. de Téhéran, entourée 
d'un mur en torchis, avec tours et portes en mauvais état 
et une citadelle au N.-O. où réside le gouverneur; 16.000 
hab. Elle est remarquable par ses jardins, par des ruis- 
seaux coulant dans les rues et à travers les maisons, parde 
vieux platanes près du bazar, par un ancien minaret fai- 
sant partie de la mosquée-cathédrale aujourd'hui en ruines. 
Feth-Ali-Châh y a fait élever une mosquée moderne à 
laquelle est attaché un collège. On cultive le tabac dans 
les vergers qui entourent la ville. Imad-eddin-Massoud, 
ministre de Tamerlan, Ghiyas-eddinSalar, chef de la chan- 
cellerie du même prince, Chems-eddin Ali, ministre de 
Châh-Rokh, et d'autres grands personnages de l'adminis- 
tration des Timourides étaient originaires de Simnan. On 
y parle, ainsi que dans la bourgade voisine de Lasguird 
et dans le village de Sourkha, un dialecte iranien parti- 
culier qui, d'après Khanikov, se rattache au patois du Ma- 
zandéran. CL Huârt. 

SIMOCATTA (Théophi/ lacté) , historien byzantin du 
vii^ siècle. Il était originaire d'Egypte et vécut sous Héra- 
clius. Sans parler de quelques œuvres secondaires de jeu- 
nesse, il a écrit des 'laxopioLi qui racontent en huit livres 
le règne de l'empereur Maurice (582-602). Malgré la 
complication et le manque de goût de son style maniéré et 
précieux, il a, par son amour de la vérité, une grande va- 
leur historique. Ses sources principales sont Ménandre et 
Jean d'Epiphane ; mais il a surtout puisé à des informa- 
tions contemporaines. Son livre fut très populaire à Byzance. 
Photius l'analyse longuement; Constantin VIÏ le comprit 
dans son Encyclopédie historique. Une bonne édition 
critique a été donnée par de Boor (Leipzig, 1887). Ch. D. 

SIMODA. Ville du Japon (V. Chimoda). 

SIMOÏS (Fleuve) (V. Troie). 

SIM ON -LA- Vineuse. Com. du dép. de la Vendée, arr. 
d^ Fontenay-le-Comte, cant. de Sainte-Hermine ; 756 hah. 

SIMON (Saint), apôtre. Ce nom, variante de celui de 
Siméon, est porté par un grand nombre de personnages 
de l'histoire juive, notamment un grand prêtre juif, fils 
d'Onias, connu par les embeUissements qu'il fit au temple 
de Jérusalem; — Simon II, fils d'Onias II, qui empêcha 
Ptolémée Philopator de pénétrer dans le sanctuaire; — 
Simon, intendant du temple de Jérusalem, qui aurait dé- 
noncé au gouverneur syrien les trésors renfermés dans ses 
cachettes ; — le plus connu de tous, l'apôtre Simon, dit 
Pierre {y. Q,^ nom). ~ Un second apôtre, Simon M le 
Zélote, c.-à-d. l'antihelléniste, est souvent identifié à 
Simon « frère du Seigneur ». La légende lui fait- subir le 
martyre à Rome sous Trajan, après qu'il eut prêché l'Evan- 
gile en Egypte, dans la Cyrénaique, dans la Mauritanie, 
en Libye ; d'autres l'envoient en Perse et en Babylonie. — 
Un sixième Simon est le frère de Jude, Jacques et Joses, 
par conséquent du Christ, et souvent identifié au précé- 
dent. — Un certain Simon, natif de Cyrène, fut requis 
pour soulager Jésus, que sa croix accablait. — Simon, 
dit le Lépreux, fixé à Béthanie, eut l'honneur de recevoir à 
sa table Jésus et ses disciples quelques jours avant la crise 
finale ; c'est alors qu'une femme répandit sur ses pieds un 
parfum de grand prix. 

SIMON (Richard), érudit français, né à Dieppe le 1 3 mai 
1638, mort à Dieppe le 21 avr. 1712. Après avoir 
fait ses études au collège de Dieppe et à la Sorbonne, 
il entra dans la congrégation de l'Oratoire , avec l'inten- 
tion de se livrer à l'étude des anciennes littératures orien- 
tales et particulièrement des livres sacrés du christianisme. 
Personne ne l'avait préparé à des travaux de ce genre. Nul 
n'a mieux mérité que R. Simon l'épithète d'autodi- 
dacte. La bibliothèque des Oratoriens de la rue Saint-Ho- 
noré, riche en ouvrages orientaux, lui offrit des ressources 
précieuses ; mais R. Simon ne doit rien aux hébraïsants 
de l'Oratoire, non plus qu'aux autres exégètes catho- 
liques, protestants ou juifs du xvii« siècle. Il commença 
à se faire connaître par un factum en faveur d'un juif 
condamné au feu par le parlement de Metz sous l'incuipa- 



SIMON - 46 

tion de crime rituel (1670). Il publia ensuite des écrits 
sur la littérature rabbinique, alors ignorée et dédaignée 
de tous les théologiens chrétiens : une traduction des Cé^ 
rémonies et coutumes des juifs de l'Italien Léon de Mo- 
dène (1674), une Comparaison des cérémonies des juifs 
et de la discipline de l'Eglise (1681) ; et sur les Eglises 
d'Orient : Fides Ecclesiœ orienlalis (1671) ; Voyage du 
P. Dandini au mont Liban (1675) ; Antiquitates Ecole- 
sice orientalis (1682) ; Histoire critique de la créance 
et des coutumes des nations du Levant (1684) ; la 
Créance de l'Eglise orientale sur la transsubstantia- 
tion (1687), etc. Ces ouvrages, composés au point de 
vue objectif et purement historique delà critique moderne 
(dont R. Simon est, comme on l'a dit, « le père »), va- 
lurent à leur auteur la malveillance de tous les théolo- 
giens adonnés à l'ancienne méthode argumentative, des 
talmudistes et des docteurs réformés, des messieurs de 
Port-Royal et de Bossuet. Mais c'est V Histoire critique 
du Vieux Testament (1678), dont toutes les œuvres an- 
térieures de R. Simon n'étaient, pour ainsi dire, que la pré- 
paration, qui déchaîna surtout les colères. C'était un essai 
de reconstruction scientifique de l'histoire littéraire des 
Israélites. R. Simon avait sollicité et obtenu, pour cet ou- 
vrage, les approbations des censeurs et du supérieur gé- 
néral de l'Oratoire, et le P. La Chaise, confesseur de 
Louis XIV, avait promis d'obtenir du roi la permission que 
le livre lui fût dédié, lorsque la table des matières, dis- 
tribuée en guise de prospectus, tomba entre les mains de 
l'abbé E. Renaudot, qui la soumit à Bossuet. Le précep- 
teur du dauphin déclara, aussitôt que « ce livre était un 
amas d'impiétés et un rempart du libertinage ». Par son 
influence et par celle de Port-Royal, VHistoire critique 
fut supprimée, et le lieutenant de police La Reynie fit 
mettre toute l'édition (1.300 exemplaires) au pilon. Après 
ce scandale, l'Oratoire jugea bon d'exclure le P. Simon 
(21 mai 1678). Plusieurs éditions subreptices de l'ou- 
vrage condamné parurent, d'ailleurs, «n Hollande (la plus 
correcte est celle de 1685, chez Leers). R. Simon vécut 
désormais dans sa cure de Bolleville au pays de Caux 
(jusqu'en 1682), puis à Paris, à Rouen et à Dieppe. Les 
trente dernières années de sa vie ont été très fécondes. 
D'abord, il répondit avec un zèle infatigable et un talent 
de polémiste étonnamment souple aux attaques que VHis- 
toire critique lui attira de divers côtés : il disputa contre 
Vossius, Spanheim, Jurieu, Colomiès, Jean Le Clerc, et 
beaucoup d'autres. Il entreprit ensuite d'écrire VHistoire 
critique des principaux commentateurs du Nouveau 
Testament (1693) et l'Histoire critique du texte du 
Nouveau Testament. Au printemps de 1702 parut à 
Trévoux le Nouveau Testament traduit en français, 
dédié au duc du Maine, souverain des Dombes, avec une 
approbation signée deBourret, professeur d'Écriture sainte 
en Sorbonne. Mais Bossuet veillait. Quoique âgé de soixante- 
quinze ans, il entreprit de foudroyer la « scandaleuse 
Vei^sion », la critique socinienne, «licencieuse, ignorante, 
sans théologie » de Simon, ce « secret partisan des hé- 
rétiques, des schismatiques, des incrédules». Il ne paraît 
pas, cependant, que, cette fois, le vieil adversaire de Si- 
mon ait eu pour lui l'unanimité des théologiens les plus 
éclairés, et c'est avec beaucoup plus de peine qu'en 1678 
qu'il obtint de l'autorité des mesures coercitives. Alors 
R. Simon se tourna vers l'histoire ecclésiastique et des 
dogmes ; mais c'était aussi un terrain brûlant, et les der- 
nières productions de sa plume {la Critique de la biblio- 
thèque ecclésiastique de Bu Pin, etc.) ne devaient pas 
trouver meilleur accueil que les précédentes auprès des 
gens dont la tournure d'esprit, respectueuse et conserva- 
trice, était antipathique à la sienne; il suffit, pour 
s'en convaincre, de lire la Défense de la tradition 
et des saints pères, de Bossuet, publiée en 1743. — 
R. Simon, qui était chétif, disgracié de la nature, jouit 
âprement des seuls plaisirs qu'il ait eus dans sa vie 
médiocre, solitaire et troublée : celui de découvrir des vé- 



rités et de relever les erreurs de ses confrères en érudi-* 
tion, les sottises des théologiens, ces « prétendus défen- 
seurs de la tradition qui n'étaient », comme on l'a dit, 
« que les avocats de l'apocryphe pieux et du faux édi- 
fiant ». Il n'eut ni amis, ni élèves immédiats ; mais son 
influence posthume a été très considérable. C'est, dans 
l'histoire des sciences historiques, une des têtes les plus 
lucides, un des hommes qui ont offert l'exemple le plus 
remarquable de cette hyperesthésie du « sens critique » 
qui fait les grands érudits. C'était aussi un écrivain, 
simple et direct, d'une ironie et d'une méchanceté redou- 
tables. — Il a toujours protesté de sa parfaite orthodoxie, 
et il est mort dans la communion de l'Eglise. — Ses pa- 
piers ne se sont pas retrouvés. Son premier biographe 
raconte que peu de temps avant sa mort, alors qu'il résidait 
à Dieppe, il fut à l'improviste mandé par l'intendant de 
Rouen, qui, sur un rapport des PP. jésuites, croyait 
devoir s'informer de ses recherches et de l'état de ses 
manuscrits ; « troublé, inquiet, il ne fut pas plutôt rentré 
chez lui que, remplissant plusieurs tonneaux de notes et 
d'écrits de tout genre, il alla les brûler hors de la ville ». 
Cette anecdote a été considérée comme suspecte. Ch.-V. L. 
BiBL. : A. Bernus, Richard Simon ; Lausanne, 1869. — 
Du même, Notice bibliographique sur Richard Simon; 
Bàle, 1882. — H. Margival, Essai sur Richard Simon et 
la Critique biblique au xvip siècle; Paris, 1900 (avec la 
bibliographie complète, pp. 7, 331). 

SIMON (Denis), canoniste, né en 4660, mort en 1731. 
OEuvre principale : Nouvelle Bibliothèque historique 
et chronologique des principaux auteurs 'du droit ci- 
vil canonique (Paris, 1692-95, 2 vol. in-12). 

SIMON (Antoine), officier municipal de la commune de 
Paris, gardien de Louis XVII au Temple, né à Troyesen 
1736, exécuté à Paris au lendemain du 9 thermidor 
(28 juil. 1794) (V. Louis XVII). 

SIMON (François-Jules Suisse, dît Jules), philosophe et 
homme d'Etat français, né à Lorient le 27 déc. 1814, mort 
à Paris le 8 juin 1896. Fils d'un marchand de draps, il fit 
de bonnes études aux collèges de Lorient et de Vannes, 
fut répétiteur au lycée de Rennes, commença de bonne 
heure à collaborer à la Revue de Bretagne, entra à l'Ecole 
normale en 1833, devint professeur de philosophie à Caen 
(1836) et fut appelé en la même qualité à Versailles (1837), 
V. Cousin estimant fort ses quahtés d'helléniste et les em- 
ployant à des traductions de Platon qu'il signait imper- 
turbablement. Simon suppléa aussi Cousin dans sa chaire 
de la Sorbonne où il fit un cours, très suivi, sur les phi- 
losophes grecs, notamment Platon et Aristote. Il débuta 
à la Revue des Deux Mondes, contribua à la fondation 
de la Liberté de penser (1847). Il avait déjà songé à 
la politique et, malgré une campagne électorale des plus 
actives, il avait échoué aux élections législatives à Lan- 
nion (1847) contre la coalition des partis d'extrême droite 
et d'extrême gauche. Il prit sa revanche, et une revanche 
éclatante, le 23 avr. 1848. Le dép. des Côtes-du-Nord 
l'envoya à la Constituante où il siégea parmi les modérés. 
Il travailla énormément dans les grandes commissions, se 
prononça vivement contre le communisme et s'occupa sur- 
tout de ces questions d'enseignement qui le passionnaient. 
Il démissionna le 16 avr. 1849, pour entrer au conseil 
d'Etat. Mais, brusquement, il perdit toutes ses situations 
officielles : d'une part, il ne fut pas réélu au conseil lors 
de la réélection du premier tiers de ses membres, d'autre 
part, il ne fut pas réélu à l'Assemblée législative. Il allait 
perdre aussi ses situations dans l'enseignement. Quelques 
jours après le coup d'Etat du 2 Décembre (7 déc. 18ol), 
il se rendit à son cours de la Sorbonne et prononça l'al- 
locution suivante, devenue fameuse et qu'il faut ici re- 
produire : « Messieurs, je vous fais ici un cours de mo- 
rale. Je vous dois aujourd'hui non une leçon, mais un 
exemple. La France est convoquée demain dans ses comices 
pour blâmer ou approuver les événements qui viennent 
de se passer. N'y eût-il qu'un vote de blâme, je viens 
vous dire publiquement que ce sera le mien ». Il fut ré- 



47 - 



vSIMON 



voquc le lendemain et privé, par suite, de sa conférence de 
l'Ecole normale. J. Simon se retira d'abord à Nantes où 
il employa ses loisirs à des recherches historiques. Puis, 
comme opposition à l'Empire, il publia le Devoir (1854) 
qui eut un retentissement énorme. Bientôt suivirent : la 
Religion naturelle (1856) ; la Liberté (1857), puis 
toute une série de conférences éloquentes et fougueuses 
sur des questions de socialisme ou de philosophie. Simon 
menait aussi le bon combat sur le terrain politique. Après 
avoir échoué en 1 857 dans le VIII^ arrondissement de la 
Seine, il était élu membre du Corps législatif le 1^'' juin 
1863. Son éloquence merveilleuse lui eut bientôt conquis 
une grande autorité dans un milieu pourtant réfractaire à 
ses idées. Ses discours sur les intérêts de la femme dans 
les classes laborieuses, sur la liberté des cultes, sur la 
question romaine le firent connaître dans toute la Erance. 
En 1863, il entrait à l'Académie des sciences morales et 
politiques et, en 1869, il était réélu dans la Seine et dans 
la Gironde. H opta pour ce dernier département, vota contre 
la guerre et au 4 sept, devint membre du gouvernement 
de la Défense nationale. Il avait dans ses attributions l'ins- 
truction publique, les cultes et les beaux-arts. Il y eut, 
comme on sait, après le siège de Paris, des tiraillements 
pénibles entre le Gouvernement et la Délégation de Bor- 
deaux. Gambetta avait voulu exclure du droit d'éligibilité 
à l'Assemblée nationale tous les hommes de l'Empire. 
J. Simon fut chargé d'annuler ses décrets, considérés comme 
restrictifs du suffrage universel. Une assez vive alterca- 
tion avec les membres de la délégation aboutit à la démis- 
sion de Gambetta. J. Simon fut élu député de la Marne 
à l'Assemblée nationale. Thiers le choisit pour ministre 
de l'instruction publique (19 févr. 1871), J. Simon, qui 
savait être autoritaire sous des formes douces et aimables, 
mit de l'ordre dans l'Université et obligea à démissionner 
Francisque Bouiller et Octave Feuillet. Il déposa le projet 
d'enseignement primaire obligatoire et brusquement se re- 
tira (17 avr. 1873) à la suite d'un discours officiel où il 
attribuait à Thiers tout seul l'œuvre de la libération du 
territoire, discours qui souleva à l'Assemblée nationale 
d'assez vives polémiques. Leader de la gauche, il combattit 
alors avec énergie le Septennat, réclamant l'organisation 
prompte de la République et la dissolution de l'omnipo- 
tente Assemblée nationale. Le 16 déc. 1875, il fut élu 
sénateur inamovible et le même jour membre de l'Acadé- 
mie française. Le 13 dcc. 1876, il prenait la présidence 
du conseil et le portefeuille de Fintérieur. Une phrase de 
son programme ministériel est devenue historique, celle où 
il se déclare « profondément conservateur et profondé- 
ment répubhcain ». Dans la période difficile que le pays 
traversait alors, J. Simon représentait une politique de 
concihation entre la droite et l'extrême gauche, très 
agitées par la question religieuse. Il ne put maintenir 
longtemps la balance égale entre les partis, et son minis- 
tère finit par l'aventure du 16 Mai. Le 15 mai, en effet, 
le maréchal de Mac-Mahon lui adressait la lettre fameuse 
où il disait : « L'attitude du chef du cabinet fait demander 
s'il a conservé sur la Chambre l'influence nécessaire pour 
faire prévaloir ses vues », lettre qui amena la démission 
du ministère. J. Simon, au Sénat, continua à s'occuper 
surtout des questions d'enseignement et combattit l'art. 7 , 
les décrets sur les congrégations ; rapporta en 1883 le 
projet sur le droit |d'association, et se montra partisan 
de la liberté pour tous ; s'opposa à la réforme judiciaire, 
au divorce, au monopole universitaire, à l'expulsion des 
princes, etc. Après le boulangisme qu'il combattit non 
seulement au Sénat, mais dans un pamphlet très piquant, 
Souviens-toi du 2 Décembre, il demeura presque sans 
influence sur les événements politiques, mais, par contre, 
tout occupé de travaux littéraires et économiques et d'œu- 
vres de bienfaisance. Sa dernière occupation officielle, d'un 
grand éclat d'ailleurs, fut sa représentation de la France à 
la conférence internationale de Berlin (questions ouvrières) 
de 1890. J. Simon, orateur d'une éloquence incomparable, 



a été en politique comme en philosophie un libéral. Ses nom- 
breux écrits ont eu une influence considérable sur le déve- 
loppement de la génération qui étudia sous l'Empire, et elle 
y puisa des éléments généreux. Depuis, on a demandé aux 
études économiques des bases plus solides et une obser- 
vation plus précise, aux études philosophiques plus de pro- 
fondeur ; J . Simon était trop orateur pour que ses écrits 
ne se ressentissent pas d'un certain vague d'idées voilé 
sous une forme charmante, car il fut toujours styliste 
clair, fin, spirituel, tantôt mordant, tantôt d'une séduc- 
trice douceur : et ses livres se liront toujours avec plaisir. 
Citons de lui : Histoire de l'école d'Alexandrie (Paris, 
1844-45, 2 vol. in-8) ; la Mort de Socrate (Paris, 1853, 
in -18) ; le Devoir (1854, in-12), nombreuses éditions; 
la Religion naturelle (1856, in-8) ; la Liberté de 
conscience (1857, in-18) ; la Liberté (1859, 2 vol. 
in-8); r Ouvrière (1861, in-8); l'Ecole (1864, in-8); 
le lYavail (1866, in-8) ; la Politique radicale (1868, 
in-8) ; la Peine de mort (Bordeaux, 1869, in-18) ; la 
Famille (Paris, 1869, in-18) ; le Libre Échange (1870, 
in-8) ; la Piéforme de renseignement secondaire 
(1874, in-8) ; Souvenirs du 4 Septembre (1874, in-8) ; 
le Gouvernement de Thiers (1871, 2 vol. in-8) ; Dieu, 
Pairie, Liberté (1883, in-8) ; Une Académie sous le 
Directoire (1884, in-8); Thiers, Guizot, Rémusat 
(1885, in-8) ; Nos hommes d'Etat (1887, in-18) ; Vic- 
tor Cousin (1887, in-18) ; Opinions et Discours (1888, 
in-8); Mémoires des autres (1889, in-18) ; Mignet, 
Michelet, Henri Martin (1889, in~8) ; Colas, Cotasse 
et Colette (1891, in-8) ; Nouveaux Mémoires des autres 
(1891, in-18) ; la Femme du xx® siècle /1891, in-8) ; 
Notices et Portraits (Paris, 1853, in-8) ; Quatre portraits 
(1896, in-12), etc. ; sans compter de nombreux travaux qui 
figurent dans les recueils de l'Académie des sciences morales 
et politiques et une collaboration active à la Presse (notam- 
ment au Siècle, dont J. Simon fut le directeur de 1875 à 
1877, au Gaulois qu'il dirigea aussi de 1879 à 1881, au 
Matin, aux Débats, au Temps, m Figaro, etc. R. S. 

BiBL. : Léon Séché, Figures bretonnes. Jules Simon, 
sa vie, son temps, son œuvre; Paris, 1898, in-8. — J. Picot, 
Notice historique sur la vie et les travaux de J. Simon: 
Paris, 1897, in-8. 

SIMON, dit Lockroij (V. Lockroy). 

SIMON (Maurice), pseudonyme de Tony Révillon 
(V. ce nom). 

SIMON DE Brion (V. Martin IV, pape). 

SIMON DE Cologne, architecte espagnol, né à Burgos, 
mort à Burgos en 1512. Fils de Johann de Cologne, 
Simon termina en 1488 l'église de la Chartreuse de Mira- 
florès, commencée en 1454 par son père et continuée, 
après la mort de ce dernier, par Garcia Fernandez de 
Matienzo. Cet architecte dessina probablement aussi la 
chapelle du Connétable dans la cathédrale de Burgos, la 
partie supérieure de la grande nef de cette église et aussi 
la chapelle de la Conception, ainsi que beaucoup d'autres 
édifices de cette ville inspirés du style gothique allemand 
des bords du Rhin. 11 forma, de plus, de nombreux élèves, 
parmi lesquels son fils François, Alonsode Covarrubias 
(V. ce nom) et Diego de Siloe. En outre, Johann et Simon 
passent pour les auteurs des travaux exécutes de 1420 
à 1515 dans la cathédrale de Bai^celone. Ch. Lucas. 

SIMON DE MONTFURT, COmtC deLEICESTER (V. MONFOKT 

[Simon de]). 

SIMON LE Magicien ou le Mage. Les Actes des apôtres 
(viii, 9, suiv.) rapportent que le diacre Philippe rencontra 
à Samariele devin-sorcier de ce nom; Simon, frappé des 
prodiges accomplis par les disciples de Jésus, demande et 
reçoit le baptême. Lors de la venue au même heu des 
apôtres saint Pierre et saint Jean, il demande l'autorisa- 
tion de conférer le saint Esprit, fût-ce en l'achetant à 
prix d'argent. De là le mot Simonie, c.-à-d. trafic des 
choses saintes. Cette proposition est rejetée avec indigna- 
tion. Quelques critiques ont prétendu révoquer en doute 
Texistence de Simon, i\uï ne serait qu'une figure déformée 



SIMON -- SIMONOSEKI — 48 

de saint Paul opposée à Tapôtre de la tradition, saint 
Pierre ; cette proposition semble excessive, et le livre des 
Philosophoumena, récemment découvert et attribué à 
Hippolyte, donne d'intéressants détails sur un certain 
Simon de Gitton, chef d'une section gnostique, qu'il y 
aurait lieu d'identifier à Simon le Mage. Il ne semble pour- 
tant pas douteux que, dans une littérature postérieure 
(V. les Homélies Clémentines, les Reconnaissances, les 
Constitutions apostoliques, les Acta Pauli et Pétri), 
Simon n'ait été substitué à saint Paul dans les conflits qui 
surgirent entre les deux apôtres, notamment dans la dis- 
pute d'Antioche. « Saint Pierre, dit Stapfer, confond 
Simon à Antioche même.,. Puis il suit jusqu'à Rome l'im- 
posteur samaritain, qui s'est emparé de l'esprit de Néron. 
L'apôtre engage avec lui une lutte décisive en présence de 
l'empereur. Le magicien avait annoncé qu'il s'élèverait 
dans les airs ; il le lit, en effet, mais saint Pierre par- 
vient à rompre le charme. Simon tombe lourdement et 
vient se briser aux pieds de Néron. » M. Vernes. 

BiBL.: Lipsius. Simon der Mugier, dans Bibel Lexicon 
de Scheukel ; Leipzig, 1875, t. V. — Ernest Renan, les 
Apôtres; Paris, 1866. — Ed. Stapfer, Simon le Magicien, 
dans l'Encyclopédie de Lichtenberger; Paris, 1881, t. XI, 

SIMON Macchabée (V. Macchabée). 

SI MON DE DE SlSMONDl (V. SlSMONDl). 

SIMONE, peintre italien (V. Memmi). 

SI MO NI DE l'Amorgos, poète grec, fréquemment appelé 
Semonides, qui vivait dans l'île d'Amorgos vers 660 av. 
J.-C. Originaire de Samos, il fonda à Amorgos une colo- 
nie de cette île. Il a composé deux livres de poèmes ïam- 
biques dont on possède quelques fragments, en particulier 
un passage satirique sur les femmes. Ce qui reste de lui 
a été publié et commente avec le plus de sûreté par Bergk 
dans ses Poetœ lyrici grœci (Leipzig, 1882). 

SIMON IDE DE Céos, célèbre poète grec, fils de Léo- 
prépès, né à Julis, dans l'île de Céos, en 556 av. J.-C, 
mort à Syracuse en 467. C'est, avec Pindare, le plus illus- 
tre des poètes lyriques de la Grèce. Pendant son ado- 
lescence, il exerça la profession de maître de chœur à 
Carthée dans l'île de Céos, enseignant aux enfants la 
poésie et la musique. Il composa d'abord des péans pour 
les fêtes d'Apollon et se rendit dans la Grande-Grèce. 
Plus tard, il vint vivre à Athènes à la cour des Pisistra- 
tides, Hippias et Hipparque, très accueillants pour les 
poètes ; il concourait pour les chants des fêtes publiques, 
et remporta cinquante-six fois le prix ; il composait aussi 
des épinécies, chants de triomphe en l'honneur des vain- 
queurs des jeux ; il excellait dans les scolies ou chansons 
à boire, les chants pour la danse et surtout dans les thrènes 
ou chants de deuil composés à la mort des grands person- 
nages et chantés à leurs funérailles : sa réputation est 
fondée principalement sur ses thrènes et sursesépigrammes 
dont la netteté et l'élégance sont remarquables. Après 
l'assassinat dHipparque (514) par Harmodius et Aristo- 
giton, Simonide quitta Athènes et se rendit en Thessalie 
à la cour de Scopas et d'Alevas, où il resta jusqu'à l'épo- 
que des guerres médiques : une légende veut qu'ayant cé- 
lébré dans une ode la victoire de Scopas à une course de 
chars, Simonide s'entendit reprocher par le prince d'avoir 
consacré les deux tiers de son ode à Castor et Pollux : 
Scopas le renvoya à eux pour se faire payer le prix de son 
chant. Simonide, qui était assis à la table du festin, fut 
appelé peu après au dehors par deux jeunes gens au vi- 
sage divin, et pendant qu'il était sorti la salle s'écroula, 
écrasant Scopas et ses convives. Dans la réalité, la ruine 
des Scopades ramena le poète à Athènes, violemment 
exaltée par les émotions patriotiques que Simonide par- 
tagea avec enthousiasme. Après la victoire de Marathon, 
il remporta le prix du concours poétique oii il avait pour 
concurrent Eschyle (489) ; il célébra aussi le dévouement 
de Léonidas, et nous avons conservé une strophe de cette 
ode. On a reproché souvent à Simonide son avidité : il se fai- 
sait payer très cher et même d'avance. Ami du Spartiate 
Pausanias et de Thémistocle, le poète était recherché par 



les hommes les plus illustres de cette époque : il vivait dans 
l'Hcllade et le plus souvent à Athènes. Simonide avait 
près de quatre-vingts ans quand il fut attiré à Syracuse 
par le tyran Hiéron en 476 ; il y vécut jusqu'à sa mort 
au miheu de la plus grande considération, avec son neveu 
Bacchylide et Pindare. Ce qui reste de ses œuvres a paru 
dans Bergk qui en a donné la meilleure édition dans 
Poetœ lyrici grœci (Leipzig, 1882). Simonide est bien 
le type du poète grec ; aussi savant et artiste qu'inspiré, 
chantant à la fois les bienfaits de la tyrannie et la gran- 
deur des peuples hbres, respectueux de la religion, il 
offre l'exemple de ce rare équilibre des facultés morales 
et intellectuelles qui distingue les sages antiques. Il no 
semble pas avoir eu comme poète l'originaUté d'Archilo- 
que, la passion de Sapho, la profondeur et l'élévation 
de Pindare ; mais il les surpassait peut-être par la sou- 
plesse, la variété et l'élégance de son talent. 

SIMONIE. On la définit : la volonté déterminée, vo- 
luntas studiosa, le désir d'acheter ou de vendre des choses 
spirituelles, comme les sacrements, ou des choses tenant 
aux spirituelles, comme les bénéfices et les vases sacrés. 
Elle tire son nom de Simon le Magicien, qui offrit de l'ar- 
gent aux apôtres Pierre et Jean, en leur demandant de 
lui donner la puissance de faire recevoir le Saint-Esprit 
par ceux à qui il imposerait les mains (Act. Ap., viir, 
18-19). La plupart des anciens canonistes constatent que 
dès que l'Eglise eut des revenus, la simonie s'y introdui- 
sit, d'abord pour l'ordination, parce que, étant faite uni- 
quement en vue d'un office déterminé, elle procurait alors 
les biens et les honneurs, qui furent attachés plus tard 
aux bénéfices ; ensuite pour la collation des bénéfices. — 
Le pape saint Grégoire indique trois manières principales 
de commettre le crime de simonie : 1** Munus a manu, 
remise ou promesse expresse ou tacite d'argent ou de 
tout autre objet faisant partie du domaine et du com- 
merce des hommes ; 2" Munus ab obsequio, récompense 
ou attente d'un service ; 3° Munus a lingua, lorsqu'un 
bénéfice est conféré, non à cause du mérite du sujet, 
mais à cause de la recommandation d'un tiers. — Tous 
les simoniaques, de quelque dignité ou état qu'ils soient, se 
trouvent excommuniés ipso facto. Leurs élections ou pro- 
visions sont nulles; et leurs bénéfices, vacants et impé- 
trables. — En matière de simonie, les décisions de la 
Pénitencene,du 9janv. 1819, du9aoûtl821 etdu 9 janv. 
1823, assimilent aux bénéfices les paroisses constituées en 
France, depuis la Révolution. En effet, au point de vue du 
clergé catholique, le traitement qu'il reçoit du gouverne- 
ment doit être regardé comme un revenu ecclésiastique. 
Cette opinion se fonde sur ce que, en légitimant par le 
Concordat la vente des biens de l'Eglise, Pie Vil ne l'a 
fait qu'à raison de l'engagement, pris par le gouvernement, 
de procurer au clergé un traitement convenable. — Les 
monastères de femmes, quelque riches qu'ils soient, 
peuvent, sans simonie, exiger une dot des personnes qui 
demandent à y faire profession. La question est contro- 
versée en ce qui concerne les monastères d'hommes. Saint 
Alphonse de Liguori s'est prononcé pour la négative. — 
Pour notions connexes, V. Casuel, Confidence, Investi- 
ture. E.-H. Vollet. 

SIMONIN (Wilhelmine Joséphine) (V. Fould [Adolphe- 
Ernest]). 

SI M ON I S (Eugène), sculpteur belge, né à Liège le 
11 juil. 1810, mort à Bruxelles le 10 juill. 1882. Parti 
en 1829 pour Rome, de retour en 1836, il fut professeur 
à l'Académie de Liège, puis à celle de Bruxelles. Ses 
sculptures à sujets antiques ont de la vie et du mouve- 
ment. Il a fait plusieurs bustes de personnages marquants, 
notamment celui du roi Léopold, et la statue colossale de 
Godefroy de Bouillon, qui orne la place royale de 
Bruxelles. 

SI MONIS-Empis, auteur dramatique français (V. Empis). 

SIMONOSEKI (Akamagasefci) , Ville maritime du Japon , 
à la pointe S. -0. de l'ile de Nippon, sur le détîmt de Si- 



monoseki qui la sépare de l'île Kiousiou et du port i 
Modji; 33.592 hab. en 1892. C'est le terminus du chem. 
de fer qui vient de la capitale Tokio. La ville est formée 
d'une longue rue bordant la mer au pied de collines boisées. 
Le port est excellent, mais assez peu fréquente par le corn - 
merce. En 4864, la ville fut détruite par un bombarde- 
ment de navires français, anglais, américains et hollan- 
dais (V. Japon, § Histoire), Le 17 avr. 1895, le traité 
de Simonoseki mit fin à la guerre entre le Japon et la 
Chine. 

SIMONS Candëtlle, actrice française (V. Càndeille). 

SIMON'STOWN. Ville de la colonie du Cap, sur la baie 
False (V. ce mot, t. jXVI, p. 1130), dans une crique 
à rO., dite Smon's bay ; rade excellente, abritée des 
vents de N.-O., soufflant en hiver (juin-août) ; 3.000 hab. 
Arsenal maritime. Station navale ; cale de halage ; port 
fortifié, arsenaux et magasins. Terminus d'un embran- 
chement du chemin de fer, à 32 kil. de Capetown ; télé- 
graphe. Sites pittoresques, montagnes environnantes, Si- 
gnons berg, à FO., de 1.000 m. d'alt. 

SIMONYI (Sigismond), philologue hongrois, né en 1853. 
Elève de Budenz à l'Université de Budapest, il publia ses 
premiers travaux dans le Nyelvor (Gardien de la lan- 
gue) dont il est actuellement (1901) directeur. Il a rédigé, 
pendant quelque temps, les Mémoires philologiques et a 
publié un grand nombre de travaux de lexicographie et de 
syntaxe magyares, parmi lesquels il faut mentionner le 
grand Dictionnaire historique de la langue hongroise 
(3 vol. in-4), en collaboration avec Szarvas, un Diction- 
naire allemand-hongrois, en collaboration avec Balassa, 
puis les ouvrages couronnés par l'Académie : les Con- 
jonctions hongroises (1881-83, 4 vol.) ; les Adverbes 
'hongrois (1888-93, 2 vol.); le premier volume d'une 
Grammaire historique de la langue hongroise (1896), 
contenant la phonétique et la morphologie. Sur le modèle 
des Leçons de Max Millier qu'il a traduites en hongrois 
(1876), il a donné la Vie de la langue magyare (1889, 
2 vol.), oîi toutes les questions relatives à la langue, au 
folklore magyar, au patois, sont traitées de main de maître. 
Par ses leçons à l'Université où il professe depuis 1878, 
ses nombreuses grammaires à l'usage des classes, et sa 
revue Nyelvor, il exerce la plus grande influence sur le 
mouvement philologique contemporain. J. Kont. 

SIMORHYNQUE (Simorhynchus) (Ornith.). Genre 
d'Oiseaux de la famille des Alcidés (V. ce mot) ou Pin- 
gouins (V. ce mot et Macareux), comprenant ^e petites 
espèces caractérisées par un bec plus court que la tète, dé- 
primé, dilaté sur les côtés, presque quadrangulaire : les 
narines linéaires, à moitié fermées en arrière et en des- 
sus. Ce genre est synonyme de Phaleris et porte aussi le 
nom français de Staiuque. Les genres Cerorhina (V. ce 
mot) et Ciceronia n'en sont que des démembrements. Tous 
habitent les régions arctiques et septentrionales de Thé- 
misphère occidental et ont les mêmes mœurs que les Ma- 
careux et les grandes espèces du même groupe. Le Si- 
MORHYNQUE HUPPÉ (Simorliynchiis cristatellus) , nommé 
Starik, c.-à-d. « vieillard », par les Russes, est un Oiseau 
de la grosseur du Merle, brun foncé dessus, brun cendré 
dessous avec une barbe de longues plumes blanches et 
soyeuses au-dessous du bec qui est rouge ; le front porte 
une petite huppe de plumes rabattues en avant. Il habite 
l'Alaska, les îles Aléoutiennes et le N. du Japon, nageant 
en troupes et courant avec agilité au milieu des glaçons, 
se nourrissant de mollusques, de petits poissons et d'algues 
et nichant dans les trous de rochers. D'autres espèces sont 
du même pays et du Kamtschatka. Le Starique per- 
roquet (S. psittaculus), type du sous-genre Phaleris, 
est plus grand et n'a pas de huppe : il habite égale- 
ment la mer de Behring et les îles Kouriles. Le S. aleu- 
ticus, tvpe du sous-genre Ptychoramphus, descend 
jusque sur les côtes de Californie. Enfin, le iS. pusillus, 
ty^e an gmrefiiceronia, caractérisé par une petite corne 
sur le bec, est également de l'Alaska et du Kamtschatka, 

aRXMOE F.Xr.VCLOPKBlK. — XXX. 



49 - SlMOiNOSEKI — SIMPLICIUS 

ainsi que le S. microceros qui appartient au même 
sous-genre. 

SIMORRE. Com. du dép. du Gers, arr. et cant. de 
Lombez; 1.568 hab. 

SIMOSAURUS (Paléont.) (V. Nothosaurus). 

SIMOUN, SAMOUN (de l'arabe Mmm, empoisonner). 
Coup de vent du S. très violent qui, dans le Sahara, sou- 
lève des tourbillons de sable. Le simoun ne diflëre de 
nos orages que par l'absence de coups de foudre et d'a- 
verses. C'est un grain de vent chaud (V. Orage). 

SIMOUSIR (Ile) (V. Kouriles). 

SIMOUSSAGE (Tech.) (V. Chapeau, t. X, p. 546). 

SI M PAN G. Ville de la côte S.-O. de Bornéo (Indes 
Néerlandaises), à 130 kil. S.-S.-E. de Pontianak, au con- 
fluent des deux cours d'eau dont se forme le fleuve de 
Simpang, à 10 kil. delà mer, sous l*' lat. S., 107<*57' 
long. E. ; 3.000 hab. Malais, musulmans ou Chinois. 
Ch.-l. d'une principauté, d'un sultanat qu'on suppose 
grand d'environ 10.000 kil. q., qu'on sait riche en fer, 
en étain, et dont on pense qu'il n'y a guère que 15.000 a 
20.000 hab. (Malais, Bonghis, Chinois en petit nombre et 
surtout Dayaks pour plus des trois quarts). 

SIMPLE. Com. du dèp. de la Mayenne, arr. de Châ- 
teau-Gontier, cant. de Cossé-le-Vivien ; 426 hab. 

SIMPLICE (Saint), 49^ pape, élu le 22 ou le 24 févr. 
468, mort le 27 févr. ou au commencement du mois de 
mars 483. Fête, dans l'Eglise latine, comme confesseur 
le 2 mars. Suivant le Liber pontificalis, il était né à Ti- 
bur; son père s'appelait Castinus. Les deux faits les plus 
mémorables advenus sous ce pontificat furent la chute de 
l'empire d'Occident (476) et le commencement du premier 
schisme entre les sièges de Rome et de Constantinople. 
L'avènement d'Odoacre, remplaçant Augustule en Italie, 
ne paraît point avoir eu de conséquences préjudiciables sur 
la condition des évèques de Rome. Odoacre, qui était 
arien, ne s'immisça point dans les questions ecclésiastiques. 
— Le III® canon du deuxième concile œcuménique (Cons- 
tantinople, 381) avait attribué à l'évêque de la nouvelle 
Rome (Constantinople) la primauté d'honneur après l'évêque 
de l'ancienne Rome. Ce canon fut confirmé par le XXVI1]«^ 
canon du concile de Chalcédoine (451), qui investit, en 
outre, l'évêque de Constantinople du droit d'ordonner les 
métropolitains des diocèses de Pont, d'Asie et de Thraee. 
Tous les membres présents du concile, à l'exception des 
légats de Léon P*", avaient adopté ces dispositions. Léon 
refusa de les accepter, prétendant qu'elles étaient con- 
traires au statut reconnu par le premier concile de Nicée 
(325), et qu'elles lésaient les droits des autres patriarches. 
Il mourut en 461 ; et son successeur Hilaire ne paraît 
point avoir reproduit ses protestations. — En 471 , Acace 
fut nommé patriarche de Constantinople. Il sollicita et 
obtint de l'empereur Léon le Thrare un édit promulguant 
le XXVTII^ canon du concile de Chalcédoine. Simplice 
s'alarma de cette mesure, et il députa Probus, évêque de 
Canisium (Apulie), pour présenter à Constantinople ses re- 
montrances contre l'édit. Finalement, le diflérend suscité 
par la question de hiérarchie se trouva compliqué par les 
dissensions théologiques qui troublaient alors l'Eglise et 
l'empire (V. Monophysisme, t. XXIV, p. 156, V^ col.). 
La rupture formelle n'eut lieu qu'après la mort de Sim- 
plice ; mais elle avait été préparée et, en quelque sorte, 
rendue inévitable pendant sa vie. E.-H. Vollet. 

SIMPLICIUS, philosophe néo-platonicien, né en Ci- 
licievcrs 500. Disciple d'Ammonius, fils d'Hermias, sur- 
tout de Damascius, il accompagna ce dernier en Perse, 
après la fermeture de l'école d'Athènes par Justinien (529)^ 
avec Diogène et Hermias de Phénicic, Isidore de Gaza' 
Eulamius de Phrygie et Priscianus (V. ce nom). Simpli- 
cius, à son retour, après 532, s'établit à Athènes où il 
écrivit, enseigna peut-être comme particulier et proba- 
blement mourut à une époque que nous ignorons. 11 a 
composé un Abrégé de la Physique de Théophraste et 
un Commentaire de la Métaphysique d'Aristote que nous 



SIMPLICIUS — SIMSON 



50 



n'avons plus ; des Commentaires sur les Catégories, les 
traités de VAme et du Ciel, la Physique d'Aristote, sur 
le Manuel cVEpidète, qui ont été conservés et plusieurs 
fois publiés. Il veut concilier Aristote et Platon et s'en 
réfère à Jamblique. C'est un défenseur du néo-platonisme. 
Il unit les représentants de l'hellénisme et rattache à son 
école Aristote et même Epictète, un des stoïciens les plus 
religieux, pour combattre le christianisme, dont il réfute 
la thèse, admise par Philopon (V. ce nom), de la créa- 
tion du monde dans le temps. Mais par la théorie de la 
matière première, substratum de toutes les formes, jointe 
à celle des démons hyliques, des esprits de la nature et 
des génies des éléments, il a contribué, comme l'a montré 
Berthelot, à édifier l'alchimie du moyen âge, dont les 
conceptions dominent la chimie jusqu'à la fin du xviii^ 
siècle. En outre, il a été souvent invoqué et suivi par 
saint Thomas et ses contemporains, qui trouvaient un 
interprète d'Aristote, non plus fidèle, mais moins dan- 
gereux qu'Averroès, dans cet ancien adversaire des chré- 
tiens, avec lesquels il a d'ailleurs tant de points communs. 

François Picâvet. 

JBiBL. '. Comm.inAinst. Categorias, Venise, 1499; in 
Arist. Physic, Venise, 1526; in Av. de Cœlo (en trad. 
latine, Venise, 1526), Utrecht, 1865 (Karsten) ; in Arist. de 
anima Venise, 1527 ; in Epict. Enchiridion, Venise, 
1528, l!eipzig, 1800 (Schweighâuser). Les Commentaires 
de Simplicins ont été réédités par Brandis {Scolia in 
Arisiot., Berlin, 188.6), par Duebner (Paris, 1840), par 
DiELS, Hayduck, etc. [Commentaria in Arist. grœca 
édita consilio et auctoritate Academiœ Ulterarum Regiœ 
Borussise; Berlin). — Cf. Buhle, De S. vita, ingemo et 
meritis, 1186. — Ed. Zeller, Die Philosophie der Grie- 
chen V, 763-70. -- Ciiaignet, Histoire de la psycho- 
logie des Grecs, V, 357--75. — Zaiilfleisch, Die Polemik 
des S. gegen Arist. Physih... gegen Alexander {dans Ar~ 
chiv., f. d. derPh., t. X, fasc. 1,2). 

SIMPLON (Col du). Un des principaux passages des 
Alpes, du Valais en Lombardie, séparant les Alpes Pen- 
nines des Alpes Lépontiennes, entre le grand massif du 
Weissmies (4.031 m.) au S.-O., et celui moins important 
du Monte-Leone (3.561 m.) au N.-E. L'altitude du point 
de partage des eaux (Saltine-Rhône au N. , Diveria-Tosca au 
S.) est de 2.009 m. La route du Simplon passe pour la 
plus ancienne des Alpes; elle existait déjà, dit-on, sous 
Septime Sévère vers 106 ap. J.-C, avec des stations 
Imansiones) et des relais (mutationes). De 1800 à 1805, 
Napoléon P^y fit construire, moyennant 9.750.000 fr., 
la chaussée actuelle, large de 8 m., longue de 66 kil, 
avec des pentes qui ne dépassent jamais 3 1/2 ^/o et 
d'admirables travaux d'art (10 galeries-tunnels, 22 grands 
et 590 petits ponts, 9 refuges). Sous le seuil même, un 
grand hospice de bernardins hébergeait gratis les voya- 
geurs. La route commence à Brieg ( Valais) par 68^ m. 
d'alt. et finit à Domo d'Ossola (Italie) par 277. Sur le ver- 
sant méridional et en aval du village de Simplon (1.479 m,), 
se trouvent les grandioses gorges de Gondo, à l'extré- 
mité desquelles passe la frontière qui laisse en Suisse le 
col lui-même et tout le haut de la vallée de la Diveria. 

Le tunnel du Simplon, qui sera en date le quatrième 
mais en longueur le premier des quatre grandes percées 
des Alpes (Mont-Cenis, Saint-Gothard, Arlberg), fut pro- 
jeté dès l'époque du percement du Mont-Cenis et décidé 
en fév. 1895 par une conférence tenue à Milan. Il aura 
1 9.T7Ô m. de long, partant de 685^^%83 d'alt. (côté Brieg), 
montant à 704^^,2 et aboutissant à Isella (Italie) par 
033^^,6. On prévoit pour les travaux une température à 
l'intérieur de 42« C. et une dépense de 44 millions 1 /2 de fr . 
Les travaux, définitivement commencés en août 1898, 
occupent à la fois de 300 à 700 ouvriers. Le tunnel, 
creusé dans le gneiss et des schistes divers, sera double, 
composé de deux galeries parallèles distantes de 17 m,, 
et réunies entre elles tous les 200 m., larges de 8 m. et 
hautes de 5 ; la seconde ne servira d'abord que de déga- 
gement pour les eaux et les déblais; plus tard on la 
transformera en une seconde voie, si le développement 
du trafic l'exige. L'achèvement est prévu pour le 13 mai 



1904. L'avancement était de 5.088 m. à fin avril 1900. 
La distance de Calais à Plaisance sera alors de 1.206 kil. 
au lieu de 1.263 par le Mont-Cenis et 1.168 par le 
Gothard. Le tunnel du Simplon sera exécuté aux frais 
communs de la Suisse et de l'Italie. 

SIMPSON (Thomas), mathématicien anglais, né à 
Market-Bosworth (Leicestov) en 1710, mort à Market- 
Bosworth en 1761. Fils d'un tisserand, il apprenait le 
métier de son père, lorsqu'un astrologue se mit à l'em- 
ployer comme calculateur. Son goût pour les mathéma- 
tiques étant éveillé, il alla s'établir à Londres en 1732, 
et, tout en reprenant le métier de tisserand pour subve- 
nir aux besoins de sa famille, travailla à un JSew treatise 
of fluxions, qui parut en 1737, eut un grand succès et 
lui attira de nombreux élèves. En 1743, il fut nommé pro- 
fesseur à l'Ecole de Woolwich, et, bientôt après, admis 
dans la Royal Society. Il publia successivement : The Na- 
ture and laws of Chance (1740) ; The Doctrine ofan- 
nuities and reversions (1742) ; Mathematical Disser- 
tations (1743) ; Eléments of plane Geometry (1747), 
ouvrage destiné aux commençants, mais rompant avec la 
tradition euclidienne ; une Trigonometry plane and sphe- 
rical (1748), remarquable par sa brièveté et le premier 
emploi systématique des angles auxiliaires pour les cal- 
culs ; Doctrine and applications of fluxions (2 vol., 
1750), réédition très augmentée de son premier ouvrage; 
Select exercises in Mathematik (1752). Esprit original, 
auteur clair, quoique n'ayant guère entrepris que des 
ouvrages d'enseignement, Simpson a joué un rôle im- 
portant, quoique secondaire. La règle connue sous son 
nom (V. ci-après) serait le moindre de ses travaux, si elle 
lui appartenait ; mais il déclare lui-même qu'elle a été 
trouvée par Newton et perfectionnée par Moivre et Stir- 
ling. P. Tannery. 

Règle de Simpson. — Formule mathématique, exposée 
par Thomas Simpson, dans ses Mathemaiical Disserta- 
tions de 1743, pour le calcul approximatif de l'aire com- 
prise entre un arc de courbe, l'axe des abscisses et les 
ordonnées extrêmes r/^, y^^. On suppose connues en 
outre 2/z — 1 ordonnées intermédiaires équidistantes, et 
leur distance d. On calcule Faire en ajoutant ensemble les 
ordonnées extrêmes, deux fois la somme des ordonnées inter- 
médiaires de rang impair 1^?/^... y^^-^ i), quatre fois la 
somme de celles de rang pair (y^..^ y,^ _ 2) ^^ ^^ multi- 
pliant le total par le tiers de la distance d. Cette approxi- 
mation revient à remplacer les arcs de courbe compris entre 
deux ordonnées de rang pair par un arc de parabole. La 
première idée en avait été publiée par Gregory dans ses 
Exercitationes geometricœ de 1668 (pour le calcul di- 
rect des logarithmes de sécantes et de tangentes). T. 

SIMPSON (Elizabeth), femme de lettres anglaise 
(V. Inchbald). 

SIMPULUM (Antiq. rom.). Cuiller dont on se servait 
lors des libations pour puiser dans le cratère et verser 
dans le vase libatoire (simpuvium) le vin destiné au 
dieu. 

SIM ROCK (Karl- Joseph), écrivain allemand, né à Bonn 
le 28 août 1802, mort le 18 juil. 1876. B s'est fait une 
spécialité de la traduction en langue moderne des épopées 
et des légendes des vieilles littératures germaniques. Il a 
publié notamment : les Nibelungen (1827); Wieland 
le forgeron (1835); Parcival et Titurel {iS^'i) ; la Gu- 
drun (1843) ; V Amelungenlied (1843) ; les Eddas 
(1851); Tristan (1855); le Béliand (1856), etc. Il a 
écrit aussi des Poésies (1844 et 1863) et, en 1870, des 
Chants de guerre d'un patriotisme farouche, où le ger- 
maniste s'est cru 'obligé, semble-t-il, par sa profession. 
Bien qu'il ait enseigné sur le tard la langue et la littéra- 
ture allemandes à l'Université de Bonn, Simrock fut plutôt 
vulgarisateur que philologue, et ses traductions qui n'ont 
rien gardé du charme des œuvres originales n'ont qu'une 
médiocre valeur scientifique. IL L. 

BiBL. : Allg. deutsche Biogr., XXXIV, 382-385. 



51 - 



SÏMSON — SIMULATION 



SIMSON (Robert), mathématicien écossais né en 1687, 
mort en 1768. Il professa les mathématiques à l'Université 
de Glasgow de 1741 à 1762. Il a publié dès 1723, dans les 
Philosophical Transactions, m important essai sur les 
Porismes d'I^^uclide, dont ses Opéra reliqua (imprimées 
après sa mort aux frais de lord Stanhope, en 1776) con- 
tiennent une divination plus complète, en môme temps 
qu'une restitution de la Section déterminée d'Apollo- 
nius. Il a restitué également, en 1748, les TAeux plans 
du géomètre de Perge, et donné en 1736 une traduction 
anglaise des Eléments d'Euclide, indéfiniment réédités 
depuis. On lui doit enfin cinq livres de Sections coniques 
(on latin, 1735). 

On a appelé droite de Simson celle qui passe par les 
pieds des perpendiculaires abaissées d'un point d'une cir- 
conférence sur les trois côtés d'un triangle inscrit. Son nom 
est remplacé maintenant par celui de Wallace, qui trouva 
le théorème seulement vers 1799. — Simson a découvert 
une relation importante, démontrée par son disciple Ste- 
wart. Si trois points B, D, C sont en ligne droite, et A est 
un autre point, sur la même droite ou en dehors, on a : 

AB2.GD + AG^BD = BD^.GD + GD^.BD + AD^BG. 

SIMULATION. I. Pathologie, — La fraude dans les 
maladies se classe sous deux chefs différents : on peut avoir 
à cacher une affection ou une infirmité dont on est atteint, 
par exemple au moment de contracter une assurance sur la 
vie. C'est la dissimulation, dont nous ne nous occupe- 
rons qu'incidemment. Au contraire, le simulateur feint 
de souffrir de maux imaginaires. Ici encore on peut établir 
des divisions suivant que la fraude porte sur l'existence 
du mal, sur ses causes ou sur ses effets. La maladie ou 
l'infirmité pourra être simplement alléguée, ou exagérée, 
ou bien elle est imitée ou même provoquée. La simu- 
lation, dans son sens le plus large, est du domaine 
de toute la pathologie. On la rencontre également dans 
les attentats aux moeurs, à l'occasion de la grossesse, 
de l'accouchement, de l'avortement; quoique,^ en pareil 
cas, il s'agisse plus souvent de dissimulation. Parmi 
les cas de simulation les plus bizarres, il convient de 
signaler celui des courtisans qui cherchaient à plaire 
au monarque régnant en feignant d'avoir des vapeurs 
comme Louis XIII, une fistule à l'anus comme Louis XIV. 
A l'époque actuelle, les motifs de la simulation sont plus 
compréhensibles. C'est un témoin défaillant, un juré qui 
s'excuse, un accusé qui simule l'inaptitude à un acte 
quelconque pour établir qu'il n'en peut être Fauteur. La 
simulation de la folie est un des moyens les plus ordi- 
naires par lesquels on cherche à échapper à la responsa- 
bihté d'un acte ; l'impuissance est fréquemment donnée 
comme excuse dans les accusations d'attentats aux mœurs. 
Le condamné feint une maladie pour faire adoucir sa 
peine ou pour être transféré dans une maison de santé. 
Le plaignant simule des blessures ou en exagère les eflets 
pour obtenir des dommages-intérêts ou pour divorcer. En 
matière administrative, on a intérêt à dissimuler des 
maladies pour entrer dans un service public, et à les 
feindre pour obtenir un congé ou une pension de retraite. 
Mais c'est dans le domaine de la charité publique et dans 
l'armée que s'exercent les fraudes les plus fi'équontes et 
les plus variées. Dans ce dernier cas, on allègue ou on 
provoque des infirmités, souvent assez graves, pour ne pas 
faire de service ; les maladies feintes viennent au cours 
de la période, tendre à l'alléger ou à l'abréger. Toute 
l'habileté du médecin est nécessaire pour faire le départ 
entre les affections réelles et celles qui ont été plus ou 
moins heureusement imitées. Enfin, il faut dire encore 
quelques mots de la simulation qu'on pourrait appeler 
médicale. Il s'agit : d'une part, des guérisons simulées 
par lesquelles le charlatan fait valoir F excellence de son 
traitement ; d'autre part, des malades chez lesquels la 
simulation est passée à l'état de manie. Ce sont, la 
plupart du temps, des femmes hystériques qui feignent 



de présenter les symptômes morbides les plus extraordi- 
naires, les phénomènes les plus déconcertants. C'est avec 
ce genre de malades, d'une habileté souvent étonnante, 
que le médecin s'occupant d'hypnotisme devra user de 
toutes les précautions et s'armer du plus grand scepticisme 
avant d'accepter comme réels des phénomènes qui choquent 
ouvertement toutes les notions scientifiques. D'' L. Lalov. 

II. Droit civil. — La simulation, dans notre droit civil, 
se présente avec des caractères très différents de ceux 
qu'elle revêtait dans les législations primitives. Dans 
1 ancien droit romain, oti domine pour presque tous les 
actes de la vie juridique un formalisme étroit et rigou- 
reux, les actes juridiques se manifestent sous certaines 
formes imposées par la loi. Il est nécessaire de re- 
courir à ces formes, et comme le plus souvent elles ne 
correspondent pas directement à la volonté de ceux qui 
veulent passer un acte juridique, on peut dire que la simu- 
lation devient légale, c.-à-d. imposée par la loi ou la ju- 
risprudence. Ce formalisme, caractère commun aux légis- 
lations primitives, s'expliquait par l'état de civilisation de 
ces temps reculés et par l'usage très répandu à ces épo- 
ques de reconnaître en principe tous les hommes libres 
capables de rendre la justice et d'exercer les fonctions de 
juge. Or les citoyens ordinaires n'avaient pas une con- 
naissance complète des lois, et le magistrat qui dirigeait 
la procédure, que ce fût le préteur romain ou le comte de 
l'époque franque, devait ramener les procès à l'examen 
de faits matériels, réels ou simulés, mais toujours régle- 
mentés avec soin par la loi ou l'usage quant au forma- 
lisme qui les entourait. Ainsi, en droit romain, la manci- 
patio et Vin jure cessio étaient deux « formes » qui 
servaient à un grand nombre d'actes juridiques. On y re- 
courait pour se marier, tester, adopter, émanciper, trans- 
férer la propriété, affranchir les esclaves, se donner en 
gage (nexum) ou constituer des droits réels comme l'usu- 
fruit et les servitudes. Les procès eux-mêmes se présen- 
taient sous la forme de contrats simulés ou paris. De même 
dans notre ancien droit français, le contrat des fiançailles, 
le mariage se font sous la forme d'une vente, d'abord réelle 
mais bientôt fictive, la donation sousla forme d'un échange. 
L'adoption in hœredem ou affatomie empruntait encore 
les formes de la tradition. 

Lorsque le droit romain se fût dégagé en grande par- 
tie de cet ancien formalisme, la simulation devint aussi 
pour les particuliers un moyen de cacher une opération 
juridique sous l'apparence d'un acte formel, bien qu'on 
n'y fût plus obligé par la loi : c'est ainsi que l'on faisait 
des donations sous la forme de vente, de transaction, de 
contrat de bail. Cette simulation, qui était l'œuvre des 
parties et non plus une conséquence de la loi, était sou- 
mise par le droit romain aux principes suivants : la vé- 
rité doit l'emporter sur la simulation ; en conséquence, 
l'acte apparent ou simulé ne produira aucun effet, mais 
l'acte secret ou dissimulé sera valable. Le plus souvent la 
simulation est relative, lorsque l'acte ou le contrat appa- 
rent cache effectivement un autre acte ou contrat réel et 
sérieux ; dans le cas contraire, elle est absolue, par exemple 
lorsque deux personnes font un simulacre de mariage pour 
éviter les déchéances infligées parla loi Juliaauxca^libes. 
La simulation n'est permise qu'autant qu'elle n'a pas pour 
objet de rendre possible un acte interdit par la loi, sinon 
elle est frauduleuse. Mais la fraude ne se présumant pas, 
c'est à celui qui veut la démontrer à en faire la preuve, 
en établissant d'abord que l'acte apparent n'est pas sé- 
rieux et ensuite que sous cet acte apparent s'en cache un 
autre interdit par la loi. La simulation, au heu de porter 
sur la nature des actes, pouvait affecter une autre forme, 
l'interposition de personne. Elle était fréquemment em- 
ployée pour cacher les donations entre époux, mais alors 
elle était illicite et pouvait être démontrée; dans certains 
cas même, la loi présumait l'interposition de personne, 
de sorte ([u'il n'y avait aucune preuve à faire et que, par 
exemple, une donation tombait comme faite entre époux 



SIMULATION — 

alors qu'eu réalité elle s'adressait à une autre personne : 
étaient réputées personnes interposées tous ceux qui, au 
point de vue des biens, ne formaient avec l'époux qu'une 
seule et même personne. 

C'est seulement sous l'influence du droit romain que les 
jurisconsultes du moyen âge ont abordé et tranché les ques- 
tions relatives à la simulation dans les actes juridiques. Ils 
ont emprunté aux Romains la définition de la simulation : 
c'est le déguisement de la vérité, et ils qualifient acte si- 
mulé tout acte qui n'est pas sincère. Les principes qui 
dominent la théorie de la simulation à partir du xvi^ siècle 
sont les mômes qu'en droit romain. Dans les contrats, 
pour qu'il y ait simulation, le concours des deux parties 
est nécessaire, sinon il n'y a que dol ou erreur. Comme 
en droit romain, la simulation peut être absolue ou rela- 
tive. Elle est illicite, lorsqu'elle est employée en fraude 
des droits des tiers ou a pour objet de masquer un acte 
prohibé par les lois : tel était par exemple le célèbre con- 
trat mohatra qui servait à déguiser un prêt à intérêt 
sous la forme d'une vente. Mais, en règle générale, la simu- 
lation était licite. Bien plus, dans certains cas, la loi ou la 
jurisprudence l'autorisait formellement, notamment dans le 
décret volontaire, la vente par nécessité jurée, et môme dans 
la déclaration de command où cependant elle permettait de 
frauder certains tiers. Il était dii en effet aux seigneurs 
autant de droits de lods et ventes qu'il y avait eu d'aliénations 
successives de censives, mais si le premier acquéreur, venant 
à son tour à revendre l'héritage dans un certain délai, dé- 
clarait avoir agi dans la première vente en qualité de 
mandataire et faisait connaître le nom de son mandant, la 
propriété était censée passer directement à ce dernier, de 
sorte qu'il n'était dû au seigneur qu'un seul droit de lods 
et vente. Or la jurisprudence, peu favorable aux droits 
seigneuriaux, décida qu'il ne serait dû qu'un droit de mu- 
tation au seigneur, même si l'acquéreur n'avait, lors de 
l'acquisition, reçu aucun mandat et s'était contenté de si- 
muler, postérieurement à la première vente et dans un cer- 
tain délai, un mandat ou une gestion d'affaires avec le 
nouvel acquéreur. 

Le formalisme du droit romain n'existe pour ainsi dire 
plus dans notre droit civil. En dehors de certains actes ou 
contrats juridiques, tels que la donation entre vifs, le con- 
trat de mariage, pour la validité desquels la loi exige cer- 
taines formalilés, la règle est que la manifestation de vo- 
lonté n'est soumise à aucune solennité déforme. Ce prin- 
cipe de liberté, inscrit dans la déclaration des droits en 
tête de la constitution des 3-14 sept. 1791 (art. 5), est 
rappelé en différents articles du code civil (art. 544, 90^2, 
llî23, 1594, 1598). Il est aujourd'hui définitivement re- 
connu par la doctrine et la jurisprudence que la simula- 
tion n'est pas une cause de nullité ; l'art. 1321 duC. civ., 
en déclarant que les contre-lettres n'ont pas d'effet à 
l'égard des tiers, confirme ce principe. En conséquence, la 
simulation, lorsqu'elle est licite, engage les parties con- 
tractantes. L'acte apparent ne produira aucun effet, seul 
l'acte caché obligera les parties. Il est cependant néces- 
saire que l'acte apparent réunisse les conditions de forme 
prescrites par la loi pour sa vahdité. L'acte dissimulé a 
en effet besoin, pour être valable, d'emprunter les formes 
de l'acte apparent, bien que pour le fond on ne s'attache 
qu'à l'acte véritable. Par exemple le gage déguisé sous 
forme de vente ne vaudra comme tel et ne produira le pri- 
vilège de l'art. M01X du G. civ. que si, outre les con- 
ditions exigées par Fart. 2074 relatives au nantissement, 
celles de la vente ont été aussi observées (Cass. Req., 
2 juiL 1856; D. P., 56, I, 427). 

Un acte ou un contrat peut être simulé, dans un but 
licite, par deux moyens, soit en simulant la cause de l'obli- 
gation, soit en se servant d'une personne interposée. Bans 
le premier cas, la cause apparente et simulée disparaîtra 
par hypothèse, et, la cause véritable subsistant, l'obliga- 
tion sera valable: c'est ce qui se produit souvent dans les 
donations déguisées et les billets de complaisance. On ne 



52 



saurait, en invoquant Part. 1131 du C. civ., prétendre 
que l'obligation dont la cause est simulée ne produit au- 
cun effet, car, s'il est vrai de dire que l'obligation contient 
une cause simulée et, comme telle, fausse, il faut tout de 
suite ajouter que ce n'est pas sur cette cause que les par- 
ties contractent, mais sur une autre cause cachée, et que 
nous supposons véritable et sérieuse. La simulation revêt 
la forme de l'interposition de personne, lorsqu'on traite 
avec une personne, bien qu'en réalité on en ait en vue 
une autre qui doit profiter de l'acte. C'est une sorte de 
mandat spécial, semblable à la commission du droit com- 
mercial, et dans lequel le mandataire ne fait pas con- 
naître le nom du mandant. La simulation illicite n'est 
pas par elle seule une cause de nullité, mais elle ne 
préserve pas de la nullité les actes viciés en eux-mêmes. 
Une fois la simulation prouvée, l'acte dissimulé doit être 
considéré comme ayant toujours été ostensible. Il sera 
valable, en principe, comme s'il n'y avait pas eu simula- 
tion; il sera nul, au contraire, dans tous les cas où la 
loi établit cette sanction. Le plus souvent, il est vrai, 
Pacte aura été dissimulé parce qu'il était interdit par 
une loi d'ordre public ou était destiné à nuire aux tiers, 
mais la fraude ne se présume pas et doit être prouvée, à 
moins d'un texte contraire. En dehors des cas prévus 
parles art. 911 et 1099 du C. civ., les hypothèses de 
simulation frauduleuse se présentent le plus fréquemment 
dans la matière des donations faites à des personnes 
interposées. 

Lorsqu'un contrat a été simulé, il ne peut être attaqué, 
même pour cause de simulation, par les parties, con- 
formément au principe posé par l'art. 1134 du C. civ. 
Ainsi celui qui a donné sous l'apparence d'une vente 
peut soutenir qu'il n'a jamais eu l'intention de vendre, 
mais non qu'il n'a pas voulu donner. Quant aux tiers, 
et par là il faut entendre toutes les personnes qui n'ont 
pas pris part à la convention ou n'y ont pas été repré- 
sentées, les conventions ne doivent pas leur nuire (art. 
1165). Les créanciers, ordinairement considérés comme 
des ayants cause , deviennent des tiers toutes les fois 
que Pacte de leur débiteur est frauduleux à leur égard, 
et à ce titre ils ont, tantôt l'action paulienne de Part. 11 67 
du C. civ., tantôt P action en déclaration de simulation. 
L'action pauhenne suppose que le débiteur a fait, en 
fraude des droits de ses créanciers, des actes ayant déter- 
miné ou augmenté son insolvabilité, tandis que l'action 
en déclaration de simulation sera exercée lorsqu'un débi- 
teur aura accompli des actes apparents pour soustraire ses 
biens à la poursuite de ses créanciers, mais aura simulé 
ces actes qui le dépouillent en apparence seulement de ses 
droits de propriétaire ou autres. Par l'action en déclaration 
de simulation, les créanciers feront constater la simulation 
de ces actes, c.-à-d. leur inexistence. Les créanciers au- 
ront un double intérêt à exercer cette action directe plu- 
tôt que Faction indirecte de Part. 1166. D'abord, s'ils 
intentent cette dernière, agissant au nom de leur débiteur, 
ils devront, pour prouver la simulation, avoir le plus sou- 
vent un commencement de preuve par écrit. Au contraire, 
s'ils agissent par Faction en déclaration de simulation, ils 
exercent un droit personnel et peuvent prouver la simu- 
lation par tous les moyens. En second lieu, en intentant 
l'action au nom de leur débiteur, les créanciers s'exposent 
à se voir opposer toutes les exceptions qui auraient pu 
être opposées au débiteur lui-même. Ils seront à Pabri de 
ce danger en intentant l'action en leur propre nom. Il 
n'est pas nécessaire, pour exercer cette action en décla- 
ration de simulation, d'établir la fraude du débiteur. En 
effet, qu'il y ait ou non intention frauduleuse de sa part, 
les art. 2092 et 2093 du C. civ. reconnaissent aux créan- 
ciers un droit propre et direct sur tous les biens de leur 
débiteur, et, par suite, Faction destinée à faire reconnaître 
ces droits doit être admise aussi dans les deux cas (V. en 
sens contraire Larombière, t. If, n° 63). 

La question de savoir s'il y a simulation étant de pin* 



— 53 



SIMULATION — SINAI 



fait, il appartient au juge d'apprécier l'ensemble des cir- 
constances qui peuvent caractériser un acte simulé. La 
preuve de la simulation peut s'établir par les modes de 
droit commun, l'aveu, le serment, l'écriture, le témoi- 
gnage. Le mode de preuve le plus sur est évidemment la 
preuve écrite. Cet écrit sera l'acte authentique ou sous 
seing prive, constatant la contre-lettre et signé par les 
parties. A défaut de preuve par écrit, la simulation ne 
pourra être établie par témoins que par les tiers, c.-à-d. 
par tous ceux qui ont intérêt à faire connaître la simula- 
tion, par cette raison qu'ils se trouvent toujours en fait 
dans l'impossibilité de se procurer une preuve par écrit. 
Au contraire, celui qui a pris part à un contrat simulé ne 
pourra pas prouver lasimulationpar témoins (art. 1341), 
à moins que son consentement ne lui ait été arraché par 
violence ou surpris par dol (art. 1348), ou qu'il n'existe 
un commencement de preuve par écrit (art. 1347). En- 
fin la jurisprudence, depuis l'arrêt fort discuté du 7 mai 
1836 (S. 183H, 1, 37), autorise encore la preuve par 
témoins au profit des parties, lorsque la simulation a eu 
pour objet de couvrir une fraude à la loi, par exemple de 
dissimuler des intérêts usuraires ou un supplément de prix 
de cession d'office (V. Contre-lettre). La simulation peut 
encore être établie au moyen de présomptions légales. 
La loi présume en efiet la simulation par interposition de 
personne dans les deux cas prévus par les art. 911 et 
1100 du C. civ., et la simulation dans la nature du 
contrat lorsque ce contrat réunit les conditions énoncées 
à l'art. 918. 

En matière judiciaire et de procédure, la simulation 
peut se présenter dans trois cas bien différents. D'abord 
la loi interdit la simulation par interposition de personne 
en maintenant le principe qu'on formulait déjà dans notre 
ancien droit en disant : Nul en France, si ce n'est le roi, 
ne plaide par procureur. Au contraire, la simulation est 
permise dans la déclaration de command, mais soumise à 
des règles très étroites, surtout pour empêcher des fraudes 
aux dépens du fisc. Enfin le troisième cas n'est pas pré- 
vu parla loi, mais a été admis par la doctrine et la juris- 
prudence : c'est le jugement désigné en pratique sous le 
nom de jugement convenu ou d'expédient (V. Command, 
Expédient). Paul Giasson. 

BiBL. : Droit civil. — Cuq, Institutions juridiques des 
/?omains, Vancien droite pp. 207 et 262. ~ E. Glasson, 
Histoire du droit et des institutions de la. France^ t. III, 
pp. 8 et suiv. — PoTHiKR, Du prêt de consomption, n» 88. 
~ GuYOT, Des lods et ventes, chap. iv, sect. 2.— Demo- 
LOMBE, t. XXIV, 11°» 370 et suiv. — Larombière, t. I, sur 
l'art. 1132, n*"^ 8 et suiv. — Aubry et Rau, t. I, § 35; t. IV, 
p. 383; t. Vî, § 626, note 15. — Baudry-Lacantinerie et 
Borde, Des Ohlig'dtions, t. I, n*" 305 et suiv., 653 et suiv. 

SI MU LIE {SimuUah^X.) (Entom.). Genre de Diptères 
de la famille des Némocères, tribu des Tipulaires, divi- 
sion des Florales, créé par Latreille, aux dépens des Cu- 
lex de Linné. Ses principaux caractères sont des antennes 
cylindriques composées de onze articles ; palpes de quatre 
articles dont le dernier est très grêle et allongé ; ocelles 
nuls ; ailes très larges, ayant leurs cellules marginales et 
basilaires étroites ; premier article des tarses aussi longs 
que les quatre autres réunis. Ces Diptères attaquent les 
animaux et piquent assez fortement. Le type, 5. reptans 
Lat., est brun et se trouve communément partout en Eu- 
rope. 

SIMULTANEUM. Régime sous lequel se trouve placé 
un édifice affecté simultanément à l'exercice public du 
culte catholique et du culte protestant. — Le système du 
simultaneum s'est développé en Alsace depuis l'année 
1727, époque à laquelle Louis XIV décida que le chœur 
des églises protestantes serait remis aux catholiques, dès 
que sept familles de la religion du roi s'établiraient dans 
une localité (Lettre du ministre Leblanc au maréchal 
Dubourg, 1®^ mars 1724. Ordonnances d'Alsace, t. Il, 
p. 13). La loi du 18 germinal an X avait cherché à mo- 
difier cette situation en décidant dans son art. 46 que le 
même édifice ne devait être consacré qu'à un seul culte. 



Malgré cette disposition légale, le gouvernement a laissé 
subsister l'exercice de deux cultes différents dans de nom- 
breux édifices : cette pratique a été autorisée en Alsace, 
par une circulaire de Portalis du 8 mai 1802 enjoignant 
au préfet du Bas-Rhin « de tolérer l'exercice des diffé- 
rents cultes dans un même temple, partout où il croirait 
utile de ne pas troubler les usages reçus ». En 1837, il 
existait encore 144 églises soumises au simultaneum. 
Depuis l'annexion de l'Alsace à l'Allemagne, les deux 
éghses de Chagey et de Tavey, dépendant toutes deux du 
consistoire d'Héricourt, restent seules affectées aux deux 
cultes chrétiens. — Un arrêté ministériel du 22 avr. 1843 
a décidé qu'il est interdit de faire aucun changement 
dans les églises servant à la célébration de deux cultes, 
sans recourir à l'autorisation préalable du ministre des 
cultes. 

SIMYAN (Julien), député français, né à Cluny le 14 avr. 
1850. Docteur en médecine en 1872, il s'établit à Cluny 
(Saône-et-Loire), devint maire de la ville, s'y présenta à 
la députation et fut élu au scrutin de ballottage, aux élec- 
tions du 4 oct. 1885, sur la liste radicale républicaine. Il 
ne fut réélu ni en 1889 ni en 1893. En 1898, il fut élu, 
en remplacement de de Lacretelle, député sortant non can- 
didat. Il a dirigé les journaux le Petit Lyonnais et l' Union 
républicaine de Saône-et- Loire. 

SIN est le nom du dieu delà lune chez les Assyriens ; 
il est le père de Samas, du Soleil, et d'Istar. Ce nom 
divin est entré dans la composition de beaucoup de noms 
assyriens. 

SIN-LR~NoBLE. Com. du dép. du Nord, arr. et cant. 
(N.) de Douai ; 6.969 hab. Stat. du chem. de fer du Nord. 
Exploitation de houille ; fonderies de fer et de cloche ; 
filât, de Un ; rafOnerie et distillerie ; fabr. de chicorée. 

SINAI (V. carte Egypte). Massif montagneux qui occupe 
le S. d'une presqu'île située au N.-O. de l'Arabie. — La 
presquile du Sinaï (Djebel Tor), que les anciens appe- 
laient Ara /^/^ Pétrée, est un territoire triangulaire, à pointe 
tournée vers le S., compris entre les deux golfes de Suez 
(ou Héroopolis) et d'Akabah (ou d'/Elana) qui terminent 
au N. la mer Rouge ; à l'O., la dépression des lacs Amas, 
utiMsée par le canal de Suez, continue celle du golfe de 
Suez jusqu'à la Méditerranée; à l'E., la dépression du 
Ouadi-el-Arabah conduit du golfe d'Akabah à la mer Morte. 
La région sinaitique est donc nettement délimitée, sauf au 
N.-E. où elle confine au désert de la Palestine méridio- 
nale. Elle forme entre TEgypte, la Palestine et l'Arabie 
une région bien distincte de 25.000 à 30.000 kil. q. Elle 
comprend deux parties : au N., le désert de Tih, vaste 
plateau calcaire qui s'abaisse insensiblement vers la Mé- 
diterranée où ses eaux descendent temporairement par 
l'ouadi El-Arich (torrent d'Egypte); à l'O., il s'abaisse 
par gradins vers les lacs Amers, à l'E. vers la dépression 
qualifiée d'ouadi El-Arabah. Ces monotones terrasses cal- 
caires sont profondément ravinées. Elles aboutissent, au 
S.-O. et auS.-E., aux escarpements montagneux du Dje- 
bel Tih dont l'ait, moyenne est de 1.000 à 1.200 m. De 
l'autre côté de celui-ci, la plaine sablonneuse et aride du 
Debbet-er-Ramleh (500 m.), au delà de laquelle surgit le 
massif du Sinaï formé de plusieurs réseaux difTérents : 
au N., près du Djebel Tih des collines de grès stratifiés, 
aux colorations puissantes, découpées en masses irrégu- 
lières par des ravins sinueux ; l'oued Feiran à l'O. sépare 
ces roches stratifiées des roches métamorphiques qui for- 
ment la grande masse du Sinaï : granité et gneiss; les 
parties granitiques sont encombrées de blocs détachés et 
roulés; celles du gneiss forment des murailles monotones, 
encaissant d'étroits couloirs; le porphyre apparaît aussi. 
Les cimes principales sont : à l'O. le Serbal (2.060 m.), 
au centre le Dj. Katharin (2.602 m.), point culminant 
flanqué au N. du Dj. Safsafeh, comprenant le Dj. Mousa 
(2.241 m.) qui domine le couvent de Sainte-Catherine 
(1.528 m.) au S. du Dj. Zebir ; plus au S., le Dj. Oumm 
Chômer (2.575 m.) et le Dj. Thebt, dont les contreforts 



SÏNAI — SINALOA 



_ 54 — 



(Dj . Tharfa) vont former le Ras Mohammed, pointe extrême 
de la péninsule; la chaîne côtière de l'E., de même for- 
mation que le grand massif et caractérisée également par 
le lacis géométrique des vallées, est beaucoup moins haute. 
Elle ne laisse qu'un mince ruban de plaine littorale ; 
cette plaine, d'ailleurs aride, est, par contre, fort large au 
S.-O., au pied du grand massif où elle forme le désert 
d'El Kaa. 

Les pluies d'hiver sont abondantes le long du Djebel 
Tih et transforment en torrents formidables les ouadis qui 
en découlent, notamment le Gharandel (à iOO kil. S. de 
.Suez). Les parties supérieures des ravins sont aménagées 
en petites oasis dont les arbres (palmier, grenadier, mi- 
mosa, tamarin, henné), les arbrisseaux, les champs d'orbe 
et de blé ont un aspect très frais au printemps ; à partir 
de mai, l'eau s'évapore et le vent du S.-E. déchaîne des 
tempêtes de sables. La seule ville qu'ait possédée le Sinaï 
est celle de Pharan, dont l'oasis de Feiran montre les ves- 
tiges. Le centre civilisé actuel est le couvent Sainte-Ca- 
therine, entouré de beaux vergers. La population de la 
presqu'île est formé de Bédouins semi-nomades, au nombre 
de 2 à 3.000 : on les groupe sous le nom de Tourah; les 
principales tribus sont les Saoualiheh ; les Ouled Saïd et 
Garracheh qui occupent le Feiran ; les Aleigat, sur l'oued 
Ououtah qui aboutit au Gharandel ; les Mezeineh, tribu 
arabe illustre qui habite au bord du golfe d'Akabah ; les 
Ouled Chahin, auprès de Tor ; les Djebeliyeh, étrangers aux 
autres tribus et qui paraissent descendre de 400 prison- 
niers valaques et égyptiens cantonnés là par Justinien pour 
protéger le monastère ; ils en occupent les abords et en 
monopolisent le service. 

L'histoire du Sinaï est caractérisée par deux faits essen- 
tiels : l'exploitation des mines par les Egyptiens ; le séjour 
légendaire de Moïse et des Israélites. Des bas-reliefs ru- 
pestres rappellent les victoires des pharaons égyptiens des 
IV^, V® et VP dynasties sur les Bédouins ; les Egyptiens 
exploitaient les mines de cuivre et de turquoise du dis- 
trict de Maghara, près de la côte occidentale, et avaient 
consacré ce pays à la déesse Hathor. Les XP et XIP dy- 
nasties, puis la XVIII® et la XIX^ reprirent ces exploita- 
tions, étendues à Sarabit, dans l'intérieur ; le dernier pha- 
raon mentionné par les inscriptions est Ramsès XL — 
L'exode des Israélites à travers la presqu'île du Sinai 
paraît avoir un fondement historique, mais le récit a été 
rédigé beaucoup plus tard. Il a néanmoins, jusque dans 
ses détails, conservé pour les Juifs et pour les fidèles des 
religions sémitiques, chrétiens et musulmans, une impor- 
tance capitale, si bien que, depuis lors, le Sinaï est devenu 
un lieu sacré et que son histoire est essentiellement reli- 
gieuse. Les nombreuses inscriptions qui tapissent les ro- 
chers n'ont cependant rien d'hébraïque ; elles sont écrites 
dans l'alphabet des Nabatéens de Pétra et probablement 
par des païens pratiquant un culte sabéen du ii^ siècle 
av. J.-C. au II® siècle ap. J.-C; ce sontdes formules vo- 
tives très simples. Les pics du Sinaï, souvent enveloppés 
de nuages, hantés d'orages terribles avec leurs échos 
sonores, frappèrent l'imagination des tribus sémitiques qui 
les peuplèrent de divinités, d'Elohim redoutables. Cette 
réputation survit dans la Bible, qui a attaché le souvenir de 
Moïse à cette montagne do terreur ou lahveh lui dicte les 
tables de la Loi. On a beaucoup discuté pour savoir quel 
pic identifier avec le Sinaï des Hébreux, avec le mont de 
la Loi, VHoreh. Les érudits se divisent entre le Serbal et 
le Dj. Mousa. 

Le Serbal, visible de plus loin et d'aspect plus redou- 
table, était le centre religieux au iv*' siècle de l'ère chré- 
tienne ; au pied se trouve Pharan qui fut érigé en arche- 
vêché. Mais au vi® siècle, les moines qui peuplaient les 
vallées du Serbal s'étant ralliés à l'hérésie monophysite, 
Justinien les expulsa et fonda au pied du Safsafeh une 
(îommunauté religieuse nouvelle à laquelle fut attribué 
l'archevêché ; à la place de la tour érigée par l'impéra- 
trice Hélène en rhonnenr de sainte Catherine d'Alexan- 



drie, s'éleva le couvent de ce nom. Il transféra sur les 
montagnes qui l'avoisinaient toutes les légendes sacrées. 
On y montre aujourd'hui la caverne ou se réfugia le pro- 
phète Elie (sur les flancs du Dj. Mousa ); une chapelle du 
couvent occupe la place du buisson ardent où Dieu se ma- 
nifesta à Moïse ; tout près est le puits de Moïse ; une cime 
N. du Dj. Mousa porte le nom d'Horeb. Quant au Dj. 
Katharin, c'est là que les anges auraient déposé le corps 
de la sainte, dont le couvent conserve les reliques. — 
L'archevê([ue du Sinaï, élu par les moines, est l'un des 
quatre archevêques indépendants de l'Eglise grecque (avec 
ceux de Chypre, Okhrida et Moscou). — Le couvent est 
situé sur la pente de la vallée comprise entre le Safsafeh 
à rO. et le Dj.-ed-Deir à l'E.; c'est un rectangle de 72 m. 
sur 63, enclos de hautes murailles de granité munies de 
petites tours ; cette enceinte, refaite* par Kléber, comprend 
les bâtiments du couvent, la grande basilique bâtie par 
Justinien et remaniée depuis, 24 autres chapelles, une 
mosquée, une bibliothèque (700 manuscrits arabes et 
4.500 livres), la chambre des morts où l'on dessèche les 
cadavres, lesquels ne sont pas enterrés (cf. l'arj. Funé- 
railles). Les moines, au nombre d'une vingtaine, sont 
Grecs et vivent des revenus des fermes qu'ils possèdent 
à Chypre, en Crète, etc. 

Mines du Sinaï. — Ces mines, célèbres dans l'histoire 
de l'Egypte et exploitées dans une haute antiquité, ont 
été dans ces derniers temps l'objet de fouilles par de Mor- 
gan, et Berthelot en a étudié les produits et les scories, 
ainsi que les procédés de fabrication. A. -M. B. 

BiBL. : BÉNÉDiTE, la Péninsule sinaïtique, 1891 (extrait 
du Guide de Syrie-Palestine d'Lsanibert. — Renan, Hisl. 
du peuple d'Israël, t. I. — Hull, Mount Seir, Sinaï and 
western Palestina; Londres, 1895. — Liebenau, Ein 
Ausflug nach dem Sinaï; Wiesbaden, 1896. 

Mines de Sinaï. — Annales de chimie et de physique. 

SINAI A. Ville de bains, en Roumanie, sur la rivière 
Prahova, station de la ligne Oredeal-Ploesci-Bucarest, au 
N. de la capitale, dans une situation pittoresque entre 
divers sommets des Carpathes. Sa vogue vient de la rési- 
dence d'été de la cour royale au château de Pelesch, fondé 
en 4883. — Au-dessus de Sinaïa s'élève l'ancien couvent 
fondé en 1695. Nombreuses villas et riches hôtels. 

SINALOA ou CINALOA. Etat du N.-O. du Mexique, 
baigné par le Pacifique et le golfe de Californie, ayant une 
longueur de côtes de 550 kil. entre l'estuaire à'Agiobampo 
au N. et le rio de las Carias au S. ; la largeur de cette 
bande littorale, qui est de 260 kil. au N., diminue vers 
le S. où elle est à peine de 100 kil. La superficie est de 
87.231 kil. q. Formant une partie du revers Pacifique du 
plateau mexicain, le pays se divise en deux régions, l'une 
accidentée et couverte par les contreforts de la sierra 
Madré, l'autre qui n'est qu'une plaine d'alluvions; L'ait, 
ne dépasse nulle part 1 .500 à 1 .800 m. De la sierra Madré 
descendent des rivières assez nombreuses, à pente rapide : 
rio de las Canas, rio Pwsario, rio Mazatlan qui débouche 
au S. de la lagune et du port de Mazatlan, rio Piaxtla, 
rio Culiacan, rio Sinaloa. Le rivage est bordé de lagunes 
longitudinales. La partie littorale est située dans les terres 
chaudes, les montagnes, où pousse le chêne, dans les terres 
tempérées ; le tropique du Cancer coupe l'Etat au N. de 
Mazatlan; il n'y a, par suite, qu'une saison humide. La 
température moyenne varie de 19^ à 17^, selon les alti- 
tudes. A Mazatlan, la moyenne est de 24^, avec des moyenne- 
maximale et minimale de 34° et 9° ; Mazatlan est un des 
ports mexicains les moins insalubres, quoiqu'il y ait sous 
vent du vomito negro et que le tiers des enfants nés dans 
la saison chaude meurent du tétanos. L'Etat compte dix- 
neuf communes réparties en neuf districts . El Rosario, 
Concordia, Mazatlan, San Ignacio, Cosala, Culiacan, Mo- 
corito, Sinaloa, El Fuerte. La capitale est Culiacan 
(20.000 hab.); mais la ville principale est le port de Ma- 
zatlan (25.000 hab.), où les navires desservant le golfe 
de Californie font nécessairement escale. La population to- 
tale de l'Etat était, en 1895, de 258.865 hab., divisés 



SÏNALOA -- SINAPISME 



en blancs créoles, blancs immigrants, Indiens et métis. 
On parle un espagnol très pur (pour la Constitution, 
V. Mexique). 

L'agriculture est peu développée ; il n'y a qu'un chemin 
de fer de 62 kil. entre Altata et Culiacan. Ce qui fait la 
richesse de l'Etat, ce sont ses mines, au nombre d'une 
centaine, situées à Cuadalupe de los Reyes, San José do 
Gracia, zllisos, Cosala, Panuco, Rosario, et d'où l'on ex- 
trait la blende, le fer, le plomb, les pyrites cuivreuses et 
arsénieuses, surtout l'or et l'argent, qui sont parfois à 
l'état natif, mais toujours dans une roche encaissante très 
dure. De 4846 à 4888, l'hôtel des monnaies de Culiacan 
a frappé pour 20o millions de pièces d'or et d'argent. Le 
pays fut découvert en 4530 par le gouverneur de la Nou- 
velle-Espagne, Nuno de Guzman, qui resta à Culiacan au 
retour de Cortez, à qui il ne se souciait pas de rendre des 
comptes. L. Mo. 

SINA LUN6Â. Ville d'Italie (V. Asiiu Lunga). 

SINAN Pacha, grand vizir de l'Empire ottoman, le seul 
qui ait été revêtu de cette dignité à cinq reprises diffé- 
rentes, mort le 3 av. 4596. Il était d'origine albanaise 
et frère de cet Ayas Pacha qui avait été mis à mort sous 
Soliman P"^ pour avoir favorisé la fuite de son fds, le 
prince Rayézid. Nommé gouverneur de l'Egypte (1567), 
il réussit par ses intrigues à faire enlever à Lala-Mous- 
tafa le commandement de l'armée chargée d'opérer en 
Arabie, vit conquérir x\dcn par la flotte commandée par 
Khaïre-tddin-Kourd (45 mai 4569), s'empara de Sana 
par trahison (4 mars 4570) et rétablit l'autorité de 
la Porte dans tout le Yémen. Chargé en 4574 de com- 
mander les troupes transportées en Afrique par la flotte 
de Kilidj-Ali, il prit Tunis et la Goulette sur les Espa- 
gnols. 11 tenta de pousser le sultan Mouradlll à déclarer 
la guerre à la Perse , mais son tempérament opiniâtre 
souleva tant de difficultés qu'on fut obligé de se priver 
de ses services. Nommé grand vizir (4580), alors qu'il 
avait été chargé de diriger les opérations contre la Perse, 
il poursuivit, enWte dernière qualité, la campagne en 
Géorgie sans grand succès, fut destitué et exilé à Malghara 
(4582) lorsque l'ambassadeur persan Ibrahim apporta des 
propositions de paix différentes de celles que le sultan 
attendait, puis chargé de la province de Damas d'où il fut 
rappelé en 4589 pour remplacer le grand vizir Siavouch 
destitué à la suite de la première révolte des janissaires, 
renvoyé de nouveau en 4591 à la suite de troubles, rap- 
pelé encore l'année suivante pour le même motif, puis 
renvoyé ; la révolte des sipahis en 4593 le ramena de nou- 
veau à la tête du gouvernement. Il décida Mourad à dé - 
clarer la guerre à la Hongrie, prit Raab par capitulation 
(4594) et échoua devant Komorn. Mis à la retraite parle 
sultan Mohammed III (4595), il intrigua contre son suc- 
cesseur Ferhad et réussit à le remplacer, dirigea la cam- 
pagne de Valachie, s'empara de Bucharest malgré une 
surprise de l'ennemi sous les murs de la ville, ne sut pas 
la conserver et perdit la plus grande partie de son armée 
en retraite au passage du Danube, à Giurgévo (24 oct.), 
ce qui amena derechef sa disgrâce (49 nov.) ; mais son 
successeur Lala-Mohammed n'ayant survécu que trois jours 
à sa nomination, Sinan, âgé de plus de quatre-vingts ans, 
reprit ses hautes fonctions pour la cinquième fois ; il ve- 
nait de décider le sultan à marcher lui-même à la tête des 
troupes ottomanes, lorsqu'il mourut subitement (3 avr. 
4596). Cet homme d'Etat, qui avait gardé les pourceaux 
dans son enfance, était resté grossier et sans éducation 
dans les charges qu'il rempHt : les ambassadeurs étrangers 
furent parfois victimes de ses saillies violentes. Il n'aimait 
ni les savants, ni les poètes. Cl. Huart. 

SINANO-Gawa. Fleuve du JaponCV. ce mot, t. XXI, 
p. 24). 

SINAPiNE. form. | ^^^ i}m^h\z^K 

La sinapine existe sous forme de sulfocyanate dans 
les graines de moutarde blanche {sinapis alba). Elle a été 



SINAPIQUE (Acide). Form. 



découverte par Babo et Hirschbrann. On la prépare avec 
la farine de moutarde jaune. Cette farine est comprimée 
de manière à isoler la plus grande partie de l'huile qu'elle 
contient, puis soumise à des traitements à l'alcool. Les 
liqueurs alcooliques recueillies et concentrées se séparent 
en deux couches : la couche inférieure contient le sulfo- 
cyanate de sinapine qui se dépose au bout d'un certain 
temps en un magma cristallin. Après purification de ce sel, 
on le transforme en sulfate qui est décomposé par la ])a- 
ryte. La sinapine reste en solution. On ne peat isoler la 
sinapine de sa solution très instable, car elle se dédouble par 
évaporation en acide sinapique (V. ci-dessous) et névrine : 

C'^^H^^AzO^o + mW- rr: Q^^'W^O^^ -\- C^Hl^'^ kzOK 
Sinapine Ac. sinapique Névrine 

Les alcalis activent cette décomposition. Neutralisée à 
froid par les alcalis, la solution de sinapine donne des 
sels stables et cristallisables. Le chlorhydrate, l'azotate 
sont très solubles dans l'eau, le sulfate acide sert comme 
intermédiaire dans la préparation de la sinapine ; le chlo- 
romercurate est insoluble dans l'eau froide, soluble dans 
l'eau bouillante où il se dépose en prismes fins et bril- 
lants par refroidissement. Le sulfocyanate est le plus in- 
téressant de ces sels. Il cristallise en fines aiguilles, fond 
à 43«, rougit les sels picriques. CM. 

BiBL. : Babo et IIirsciibrunn, Annalen der Chem. ii. 
Pharm, t. VII, p. 1. 

Equiv.... C^W^oio. 
\ Atom.... G^W^'O^^ 

L'acide sinapique se forme dans le dédoublement de la 
solution de sinapine sous l'influence des alcalis : 

C^2H2^AzO^'* -I- H^O'- = C^^H^^Oio + C^ofl^'^AzO^ 
Sinapine Ac. sinapique Névrine 

L'acide sinapique cristallise en petits prismes solubles 
dans l'eau et dans l'acool chauds, ses sels sont cristalli- 
sables, mais très altérables. Le sel de baryum, le plus stable 
des sinapates, est insoluble dans l'eau. CM. 

BiBL. : Babo et Iïirschbruxn, Annalen der Chem. u. 
P/iarm., t. VII, p. 1. 

S\H^P\S (Sinapis L.) (Bot.). Genre de Crucifères, 
très voisin des Brassica 
(V. Cïïou), dont il ne dif- 
fère que par les siliques à 
valves pourvues de 5 ner- 
vures dorsales saillantes et 
terminées par un bec long 
et large. L'espèce type, 
S. alba L., ou Moutarde 
blanche, est commune dans 
nos champs ; ses graines, 
triturées avec de l'eau, ac- 
quièrent une saveur brû- 
lante ; pulvérisées, elles 
sont rubéfiantes, mais 
moins que celles de la mou- 
tarde noire (V. Moutarde). 
Données entières, elles sont 
laxatives.— Les graines du 
S. arvensis L. possèdent 
les mêmes propriétés atté- 
nuées. D^' L. Hn. 

SINAPISME. Cataplasme rubéfiant dont la base est 
généralement la farine de moutarde (Sinapis nigra), 
que l'on emploie pour produire une excitation générale. 
Pour le rendre plus actif, on ajoute souvent du poivre, 
de l'ail, de la cantharide en nature ou sous forme de 
teinture. On le prépare en délayant 250 gr. de farine de 
moutarde fraîche avec de l'eau légèrement tiède ; on obtient 
une bouillie épaisse. Il faut se garder d'employer de l'eau 
trop chaude ou d'ajouter du vinaigre à la préparation, on 
détruit ainsi le ferment soluble (myrosine) qui produit 
aux dépens du glucoside de la moutarde (myronate de 
potasse) l'essence à laquelle le sinapisme doit ses pro- 




Moutarde blanclie 
{Sinapis alhnh.). 



SINAPISME — SINDH 



— 56 



priétés révulsives. Pour mitiger Taclion révulsive de ce 
mélange, on y fait entrer de la farine de lin, ou bien 
on saupoudre simplement un cataplasme ordinaire avec 
de la farine de moutarde : c'est le cataplasme sina- 
pisé. La farine de moutarde est plus active lorsqu'elle 
ne renferme pas son huile grasse, et dans ces conditions 
elle devient inaltérable. On enlève cette huile au moyen 
du sulfure de carbone ou du pétrole. On peut alors 
fixer la poudre de moutarde sur du papier ; on prépare 
ainsi des sinapismes extemporanés au moyen du spara- 
drapier : le type de ces sinapismes en feuilles est le 
sinapisme de Rigollot, dont l'action est énergique et 
brusque. La moutarde en feuilles est irritante et même 
douloureuse ; son emploi doit être réservé pour produire 
une rubéfaction rapide; au contraire, pour obtenir une 
irritation plus lente, on préfère les cataplasmes sina- 
pisés. 

Les sinapismes sont des agents puissants pour stimuler, 
dériver, calmer ou résoudre les engorgements, atténuer 
l'inflammation, modifier la circulation générale. Bientôt 
après leur application, on observe de la cuisson et un pi- 
cotement qui devient de plus en plus accentué. La douleur 
est souvent intolérable au bout de dix minutes; il con- 
vient alors de ne pas prolonger l'irritation, d'ailleurs nui- 
sible et sans influence sur l'effet rubéfiant recherché. Elle 
se calme un instant; peu de temps après reparaît la sen- 
sation de brûlure, toujours plus vive. On peut la modérer 
en interposant une toile fine ou du papier de soie entre le 
sinapisme et la peau. Au bout d'une demi-heure le sina- 
pisme doit être enlevé ; au contact de l'air, la peau devient 
moins douloureuse et de plus en plus rouge. La douleur 
peut être ressentie encore quelques heures, et la rougeur 
persiste un certain temps. D^' V. -Lucien H.hin. 

SINARD. Corn, du dép. de l'Isère, arr. de Grenoble, 
cant. de Monestier-de-Clermont ; 365 hab. 
SINGALINE (Chim.) (V. Névrine). 
SINCENY. Corn, du dép. de l'Aisne, arr. de Laon, cant. 
deChauny; 4.993 hab. 

SINCEY-LES-RoLYKÀY. Com. du dép. de la Gôte-d'Or, 
arr. de Semur-en-Auxois, cant. de Précy-sous-Thil ; 264 
hab. Stat. du chem. de fer P.-L.-M. 

SINCIPUT(Anat,) (V. Crâne, t. Xm,p. 264). 
SINCORA. Mont, du Brésil (V. Cincorà). 
SI ND ÈRES. Com. du dép. des Landes, arr. de Mont- 
de-Marsan, cant. deMorcenx; 323 hab. 

SINDH ou INDUS (en sanscrit Sindku, c.-à-d. 
« Eleuve »). Grand fleuve du Tibet et de l'Inde orientale, 
long de 3.200 kiL, dans un bassin de 965.000 kil. q. 
Né au N. do l'Himalaya, il contourne ses massifs occi- 
dentaux, longe ceux de l'Afghanistan et les monts Soli- 
man pour venir se jeter dans la mer d'Oman ou mer 
Arabique. Il naît de plusieurs cours d'eau voisins des 
sources du Satledj et du Dzangbo (ou Brahmapoutre), sur 
le versant N. de la chaîne de Gangri, à 4.725 m. d'alt., 
dans le col dominé par le Kailas Parbat (6.703 m.). Il 
sort du lac Argoum-tso, sous le nom de Singhi-Khamba, 
par 32^ lat. N. et 80^ long. E., traverse une région 
presque inexplorée, décrit une courbe accentuée en se di- 
rigeant vers le N.-O., reçoit (à 4.000 m. d'alt.) le Gar- 
tok qui vient du S. et le double, puis le Hanlé dont la val- 
lée renferme le monastère célèbre de Hanlé. Il entre dans 
le Ladak près de Leh (3,440 m. d'alt.), y reçoit le violent 
Sarab, le Dras ; sur ce point de son cours, sa largeur ne 
dépasse pas 20 m. ; il entre ensuite dans le Baltistan, re- 
çoit le Chayok qui lui apporte les eaux du versant méri- 
dional du Karakoram, et forme en réalité l'une des deux 
branches supérieures de l'Indus. 

A partir du confluent du Chayok, le fleuve prend le nom 
de Sindh (ou Aba-Sind), continue à couler vers le N.-O., 
passe à Iskardo, capitale du Baltistan, et arrive au village 
de Har-amoch, point le plus septentrional de son cours 
(35« 50' lat. N., et 72« 20 long. E.). Il tourne alors brus- 



quement au S., reçoit le Gilgit à droite, contourne la base 
du Nanga Parbat (8.416 m,), logeant de l'Himalaya oc- 
cidental, et pénètre dans les rudes vallées inexplorées du 
Dardistan et du Yaghistan ; après avoir traversé le Kohis- 
tan, il atteint la frontière du Pendjab anglais, reçoit à 
Attok son seul affluent important de droite, le Kaboul, 
qui lui apporte les eaux de l'Hindou Koh et du Sefid Koh 
(Attok commande le passage de la grande route et du 
chemin de fer de Lahore à Pechaver) ; le Kaboul a un 
débit à peu près égal à celui du Sindh à leur confluent, 
mais il est navigable tandis que jusque-là le Sindh a son 
lit obstrué par les rochers ; ce dernier reprend son cours 
vers le S.-S.-O. parallèlement à la chaîne des monts So- 
liman, traverse la pointe des monts Kalabagh ou chaîne 
de Sel, et entre enfin dans les plaines sablonneuses du 
Pendjab où son cours s'élargit et s'étale. C'est 600 kil. 
plus au S. que le Sindh s'unit à l'énorme Pantchnad qui 
lui apporte les eaux réunies des cinq grandes rivières du 
Pendjab (Djilam, Tchinab, Rawi, Bias et Satledj) : le lit 
de l'Indus passe de 600 m. de largeur et 5 m. de pro 
fondeur, avec un courant de 8 kil. à l'heure, à une largeur 
de 2 kil. aux plus basses eaux; le fleuve n'est plus qu'à 
77 m. d'alt., il court alors au S.-O., forme la frontière de 
Pendjab et de la principauté de Bhavalpour, et entre dans 
la province anglaise de Sindhî ; son cours dans cette pro- 
vince est de 930 kil., au S.-O. puis au S.; il débouche 
enfin par plusieurs branches dans la mer Arabique et 
lui apporte un volume d'eau moyen de 4.500 m. c. par 
seconde . 

Le delta de l'Indus commence à Haïderabad, à 450 kil. 
delà mer, et comprend un triangle de 8.000 kil. q., ^ui 
se développe sur une longueur de côtes de 250 kil. ; dé- 
pendant une grande partie des lacis d'estuaires ramifiés 
entre la principale embouchure et le port de Karatchi est 
indépendante du fleuve, car leurs eaux sont salines, et ce 
sont des estuaires océaniques (qui ont été jadis des bran- 
ches de l'Indus) ; les incessants apports fluviaux comblent 
sans cesse les bouches du fleuve et remanient le sol. Pen- 
dant le xix^ siècle la bouche principale s'est déplacée à 
plusieurs reprises: en 4800, le lit principal était celui de 
Baghar à l'O., dont il ne reste que des- traces; puis le 
Sata lui succéda; en 4849, un des bras méridionaux, le 
Kedewari, devint la grande entrée des navires ; puis la 
branche de la Kakaïwari devint l'embouchure; en 4867, 
ce chenal s'oblitéra à son tour, et fut remplacé par celui 
de Hadjanro qui est encore la branche principale. On ne 
saurait fixer avec précision le nombre des graus navi- 
gables, car ils varient de deux à dix dans l'année; les 
villes de commerce situées sur ces courants temporaires 
doivent se déplacer avec eux ; ainsi Chahbandar, où séjour- 
naient jadis les vaisseaux de guerre, est maintenant dans 
l'intérieur, à l'E. du cours actuel du Sindh; de même 
GhoraBari perdit son chenal en 4848 ; Keti, après s'être 
déplacé deux fois, a vu disparaître son importance par la 
construction du chemin de fer de Karatchi, au N. du delta, 
qui permet au commerce d'éviter les branches variables 
du fleuve. A marée basse les barres qui ferment les bou- 
ches de l'Indus ne laissent qu'une profondeur de 1 à2 m. ; 
la marée monte de 3 m. 

Les crues du Sindh ont lieu deux fois par an ; après la 
la fonte des neiges, au commencement de mars, la crue 
est lente et régulière, tandis qu'après les pluies d'été elle 
est violente, rapide et irrégulière. A Attok, les hautes eaux 
montent de 45 m. au-dessus du niveau des basses eaux 
et atteignent une vitesse de 20 kil. à l'heure ; à Mari, la 
crue ne dépasse pas 5 m. , et pour les fleuves de la plaine de 
3 à 4 m. A l'époque des basses eaux, le Sindh, avant de 
recevoir le Pandchnad, ne roule que 2.600 m. c. par se- 
conde, et après son confluent, aux hautes eaux, il roule 
40.800 m. c. Le sable et le limon qui est mêlé aux eaux re- 
présentent 1 /440® du volume pendant les crues, eti /4034^ 
aux eaux basses ; pendant un an le fleuve porte à la mer 
424 millions de m. c. solides, c.-à-d. de quoi couvrir une 



plaine de 180 îdl. q. Pendant le cours supérieur du Sindh 
ses eaux descendent très rapidement, tandis que dans le 
cours inférieur la différence d'altitude est très faible : de 
la source à Skondo (970 kil.),le Sindh descend de 4"^, 55 
par kil., depuis Skards jusqu'à Attok (700 kil.) de 3"^,22, 
jusqu'à Kalabagh (180 kil.) de 0"^,79, jusqu'à Mittankot 
(600 kil.) de 0"\19, jusqu'à l'embouchure (760 kil.) de 
0"^,09 par kil. Les inondations périodiques forment sur 
les bords du fleuve une ligne de culture étendue par les 
irrigations qui d'ailleurs retirent à l'indus et à ses affluents 
beaucoup d'eau ; en outre, l'importance du Sindh a sen- 
siblement diminué pour des raisons physiques : un de ses 
anciens grands affluents orientaux, le Ghaggan, dont on 
peut retrouver la trace, ne parvient plus jusqu'au Sindh 
et se perd dans la profondeur des terres ; au-dessus de 
Chikarpour, le Nana se détache et va se jeter dans le 
Rann de Katch. Le fleuve est traversé par un pont de vais- 
seaux qui, pendant les quatre ou cijiq mois de hautes eaux, 
ne peut fonctionner qu'à Attok, et par un pont de chemin 
de fer entre Rohri et Sakkar. Des bateaux à vapeur sil- 
lonnent le Sindh depuis 1835. Le commerce sur le fleuve 
est insignifiant, ce qui explique qu'il n'y ait pas de places 
de commerce importantes sur ses rives. 

BiBL. : Haig, The Indiis Delta ; Londres, 1895. 

SINDH ou TCHOTA Sindh {Petit Sindh). Rivière du 
Malva et du Bandelkand, affluent dr. de la Djemna, qui 
porte ses eaux au Gange. Le Sindh naîtàlBkil. O.-N.-O. 
de Sirondj (principauté de Tonk), et entre dans l'Etat de 
Scindia ; il traverse le plateau de Gouna, trace la fron- 
tière du Dattra et du Bandelkand, reçoit à g. la Parbâti, 
traverse le chemin de fer de Gonalia à Djansi, reçoit la 
Kâveri, son principal affluent (330 kil.), et termine son 
cours de 450 kil. dans la Djemna, sur la frontière des 
districts d'Etavat et de Djalam, au lieu sacré nommé Tri- 
benî. 

SINDH Nom ou KALI Sindh. Rivière de l'Inde centrale, 
affl. dr. du Tchambal (bassin du Gange par la Djemna). 
Elle naît sur le versant N. des Yindhyas, dans la princi- 
pauté de Divâs, traverse le plateau du Malva pendant 250 kil. 
et un étroit défilé des monts Mokoundra, entre dans la 
plaine de l'Haraoti et se jette dans le Tchambal après 
un cours de 355 kil. Pendant Tété son cours est très 
réduit. 

SINDHÎ. L Géo(;raphie — Province (ancienne princi- 
pauté) de la présidence de Bombay (Inde anglaise), sur 
les deux rives de l'indus inférieur et de son delta. Elle est 
bornée au N. par le Baloutchistan, le Pendjab et l'Etat de 
Baharalpour, à l'E. par les Etats de Djaisalmir et Djodh- 
pour (dansleRadjpoutana), au S. par le Rann de Katch 
et la mer d'Arabie, à l'O. par le territoire du khan de Kelat 
(Baloutchistan). Les cinq districts de la province sont ceux 
de Karatchi, Haiderabad, Chikarpour, Thar et Parkar, 
Ilaut-Sindhî. La superficie est de 123.771 kil. q. ; la po- 
pulagon compte (1891) 2.871.774 hab. (Dans ces chiffres 
n'est pas comprise l'enclave de Chairpour qui n'est pas an- 
glaise et comprend 15.761 kil. q. et 131.937 hab.). Les 
mahométans sont beaucoup plus nombreux (2,215.147), 
puis viennent les Hindous (567.539), divers religieux 
(77.935), des chrétiens (7.764), des juifs (210), etc. La 
capitale était autrefois Haiderabad et maintenant c'est le 
port de Karatchi. 

L'indus ou Sindh partage le pays en deux et se jette 
dans la mer par un grand nombre de bras. C'est à lui que 
le pays doit son nom et sa fertihté ; le fleuve déborde au 
mois de juin et couvre la plaine; en septembre, il se re- 
tire. Le climat est sec et d'une chaleur excessive ; la pluie 
est presque inconnue. A Haiderabad la température moyenne 
des six mois d'été est de 36** et les eaux de l'indus sont 
chauffées à plus de 31<*. AuN. même, la chaleur est plus 
forte ; dans le Sindh supérieur, il ne pleut guère que tous 
les trois ans. Quand la pluie tombe, elle est très violente 
et cause des fièvres. La population est un mélange des 
indigènes (Hindous de l'indus), de Djats et de Balout- 



— 57 — SINDH — SINDHI 

ches ; les indigènes convertis presque tous à l'islamisme 
sont d'une ignorance et d'un manque de moralité complets. 
Les Baloutches sont de lanatiques sunnites. 

Les monts Kirtar séparent le Sindhî du Baloutchistan et 
le bordent pendant 190 kil ; ils ne dépassent guère 2.150 m. 
et s'abaissent au S. pour former le Pabb (long de 145 kil.) 
qui se termine au cap Monze et est suivi par le fleuve Habb. 
La côte du Sindhî se développe sur 280 kil., du cap Monze 
à la Kori, embouchure du H an n de Katch ; c'est une série 
de bancs de vases déposés par les bras de l'indus. La na- 
ture du sol de la plaine du Sindhî est une argile plastique 
imprégnée de salpêtre ; les forêts sont peu nombreuses 
(1.620 kiL q.). 

Les villes principales sont Rohri (10.225 hab.), sur 
rindus, en face du port de Sakkar (27.370 hab.) ; Chi- 
karpour (42.495 hab.), centre de transit par la passe de 
Bolan pour le Khoraçan ; Haiderabad (48.115) ; Djacoba- 
bad (11.350), station militaire de la frontière; Larkana 
(13.190 hab.) centre industriel ; et surtout la capitale Ka- 
ratchi (104.000 hab.). L'industrie a quelques spécialités : 
coffrets laqués de Kachmir, souliers brodés de Mirpour, 
tapis de laine, corbeilles, laques de Hala, poteries de cou- 
leur vernies, broderies d'or et d'argent. Le commerce 
d'exportation (99 millions) et d'importation (94 millions) 
est centralisé à Karatchi. l.es principaux articles d'expor- 
tation sont le coton brut, la laine (19 millions), les cé- 
réales venues du Pendjab. L'indus est la grande route du 
commerce, avec le chem. de fer de Karatchi au Pendjab. 

La région du bas Indus était, comme le Pendjab, divisée 
entre des princes locaux lorsque Alexandre la conquit en 
325 av. J.-C. Elle fut ensuite subordonnée aux royaumes 
grecs puis indoscythes de Bactriane (V. ce mot et Inde). 
En 695 ap. J.-C les Arabes y parurent. En 711, Mo- 
hammed Kacein, lieutenant du khahfe Abd-ul-Malik, en- 
vahit le Sindbî dont une partie fut reconquise par les 
Radjpoutes en 746, tandis que l'autre resta jusqu'en 871 
en la possession des mahométans ; puis des princes indi- 
gènes reprirent le pouvoir. En 1019, Mahmoud le Ghaz- 
névide entra dans l'Inde et son vizir Abd-ul-Razaï s'em- 
para du Sindhî en 1026. En 1051, les Soumras, issus d'un 
gouverneur de Moultan, se rendirent indépendants ; ils 
survécurent à l'invasion mongole, mais, en 1351 , les Samas 
leur enlevèrent le pouvoir et placèrent sur le trône Djam 
Ounar, avec Samanagou comme capitale ; en 1 391 , les 
Samas se convertirent au mahométisme. En 1521, la dy- 
nastie turque des Arghoûns les remplacèrent. En 1592, 
l'empereur Akbar s'empara du Sindhî qu'il réunit à Moultan. 

Pendant la domination mongole, les Daoudpoutras éta 
Missent leur suprématie sur le Sindhî et bordent Chikar- 
pour ; à la fin du xvii*' siècle, lesKalhoras, leurs cousins, 
prirent le pouvoir : ils prétendaient descendre d'Abbas, 
l'oncle du prophète. En 1768, Ghoulam Chah fonda Hai- 
derabad. Après une période d'anarchie sanglante, les Tal- 
pour, sorte de féodalité militaire, devinrent maîtres du 
pays avec Mîr Fateh ali Khan (1783) et ses trois frères. 
Les Anglais avaient établi (1758), puis abandonné (1775) 
une factorerie à Tatta (East India C«) ; en 1809, ils ob- 
tinrent l'interdiction du territoire aux Français ; en 1830, 
Burnes explora le bas Indus ; en 1832, Pottinger signa 
un traité avec les mîrs pour l'ouverture des rivières aux 
Anglais ; en 1839, après la guerre des Anglais contre les 
Afghans, un traité leur céda la forteresse de Bakkar, puis 
en 1843 d'autres villes : Napier gagna le 17 févr. 1843 
la bataille décisive de Miani qui décida du sort du pays ; 
Haiderabad fut pris la même année par les Anglais et le 
mîr de Mirpour vaincu à Dabo ; le Sindhî fut alors déclaré 
province anglaise et les mîrs internés à Bombay, puis 
renvoyés à Haiderabad en 1854. Seul le mîr de Khairpour, 
qui, dès 1832, s'était allié aux Anglais, garda sa princi- 
pauté. 

IL Linguistique (V. Inde, t. XX, p. 702). 

Bibl: Cf. l'art. Inde. — Buhton, Sind visited : Londres, 
1877, 2 vol. 



SINDHI — SINGAPOUR 



58 



SINDHIND. Ouvrage d'astronomie arabe (V. Arabe, 
t. m, p 492). 

SINDHI A, prince marathe (V. Gwalior). 

SINE. Pays de l'Afrique occidentale française, dans la 
colonie du Sénégal, situé au S. du Cap Vert, entre leSa- 
loum au S. et le Baol au N. La rivière Sine, affluent 
droit du Saloum, l'arrose. 

SINÉMURIEN (Géol.) (V. Lias). 

SI-N6AN-F0U. Ville de la Chine septentrionale, ch.-l. 
de la prov. du Chen-si, à 930 Idl. S.-O. de Péking, située 
à 10 kil. de la rive dr. du Hoeï-ho (affl. dr. du Hoang-ho), 
à 450 m. d'alt. ; i. 000.000 d'hab. La ville s'élève dans 
une plaine où se réunissent le Hoeï-ho et le King-ho, au 
pied du mont Hoang-Kon-Chân. C'est le type de la ville 
chinoise ; entourée d'une enceinte crénelée de briques haute 
de 42 m. , en forme de quadrilatère orienté selon les points 
cardinaux, elle a 3 kil. 1/2 de l'O. à l'E. et 2 kil. du 
N. au S. Sur chacune des quatre faces de la muraille 
s'ouvre une porte d'où part une rue qui aboutit au centre 
de la ville au palais impérial ; des jardins et des champs 
occupent une partie de l'espace intérieur de l'enceinte ; à 
l'extérieur de la ville officielle, des faubourgs, protégés par 
un mur d'argile, occupent 10 kil. q. La situation excep- 
tionnelle de Si-ngan-fou, au croisement des routes qui 
font communiquer le bassin du Hoeï avec le Chan-si, le 
llo-nan, le Hou-pé à VE., le Sse-tchouen au S.-O., lui 
donne une importance de premier ordre ; elle a été pen- 
dant plusieurs siècles capitale du royaume, et est restée 
une des premières cités commerciales de la Chine : le thé 
vient du Tchi-Kiang et du Sse-tchouen, le sucre du Hou- 
pé et du Ho-nan, les fourrures, le musc, l'opium, les 
plantes médicinales du Turkestan et du Tibet. Il ne reste 
aucun édifice ancien dans la ville (sauf l'emplacement du 
palais des Thang qui régnèrent du vu® au x^ siècle). La 
ville possède pourtant un musée précieux « la forêt des 
tablettes », collection archéologique de dessins et d'ins- 
criptions. Les 50.000 musulmans de Si-ngan-fou ha- 
bitent un quartier spécial et ont gardé leurs 8 mos- 
quées ; l'enceinte de la ville l'a défendu pendant la guerre 
civile. 

On prétend que Si-ngan-fou a été capitale d'un royaume 
dès la dynastie des Tcheou (de 1122 à 255 av. J.-C.) et 
des Thsin (255 à 204 av. J.-C). De 204 av. l'ère chré- 
tienne jusqu'à 221 apr. J.-C, la ville a été capitale des 
empereurs de la dynastie des llan. Mais ce n*est que sous 
la dynastie des Thang (618 à 907) qu'elle acquit sa célé- 
brité sous le nom de Si-King (capitale de l'Ouest) : son 
renom se répandit même en Europe. Sous la dynastie 
mongole des Youen la ville s'est appelée King-tchao-fou 
(ou Ken-jan-fou dans la relation de Marco Polo, ou en- 
core Kansan chez Oderic de Pordenone). Si-ngan-fou est 
célèbre à cause de son inscription bilingue du temps des 
Thang (viii^ siècle) en chinois et en syriaque (caractères 
estranghelo), trouvée sur un monument dû aux chrétiens 
nestoriens : cette inscription a donné lieu à d'innombrables 
et savantes polémiques (V. Cordier, Bibliotheca Sinica, 
p. 325). La pierre qui porte l'inscription datée de 781 a 
été trouvée en 1625 parles jésuites : elle est aujourd'hui 
encastrée dans un mur de la cour d'un temple bouddhiste. 
Toute la vallée du Hoeï-ho est riche en antiquités ; elle 
est sur la voie des migrations de peuples. En août 1900, 
après les troubles xénophobes et le siège des légations 
européennes à Péking, l'impératrice avec l'empereur et 
toute la cour s'est réfugiée à Si-ngan-fou pour échapper à 
l'armée de secours envoyée par les puissances à Péking, 
pour délivrer leurs ministres. 

BiBL. : RicHTHOFEN, Die geographisclie Lage von Si- 
ngan- fou, 1873. — Kreitner, îm fernen Osten ; Vienne, 
1881. — H. MiCHAELis, Von Hankau nach Sutschon, dans 
Mittheilungen de Petermann^ 1888. 

SINGAPOUR (^mg/iapwra, Ville des lions). L île. — 
Ile et colonie anglaise située à la pointe S. de la pres- 
qu'île de Malacca : elle fait partie des étabUssements du 
détroit (Straits Settlements) et n'est séparée de la pénin- 



sule malaise que par le canal Old Strait ou Tebraou, qui 
n'a que 1^^\2 et dans certains endroits 460 m. de large. 
Au S.-E. , elle est baignée par une passe plus large, le dé- 
troit de Singapour (ou New Strait), véritable débouché 
du détroit de Malacca. L'île a une superficie de 531 kil. q. 
Elle est bien arrosée par une vingtaine de petites rivières 
dont aucune ne dépasse 30 kil., la surface de l'île est 
accidentée et forme une succession de collines qui s'élèvent 
jusqu'à 161 m. ; elle est assez fertile et a une végétation 
luxuriante de palmiers, fougères, orchidées ; elle produit 
du riz, du bétel, des ananas. Le climat est chaud, mais 
non malsain, la température moyenne varie de 27*^ à 25^ : 
il pleut presque chaque jour. La faune comprend des tigres 
nombreux, qui traversent à la nage le détroit et viennent 
du Djohor. La population atteint 184.554 hab. en 1891, 
dont 121.908 Chinois, 35.992 Malais et 16.035 Indiens ; 
la plus grande partie de ces habitants est due à l'immi- 
gration récente, sauf les Malais, et habite la ville de Sin- 
gapour ; cette dernière est la seule ville de l'île où l'on 
trouve une vingtaine de viUages. 

Les Anglais se sont établis à Singapour en 1819, après 
avoir rendu Java aux Hollandais ; sir Stamford Rafïles y 
planta le drapeau anglais le 6 févr. 1819, faisant preuve 
d'un grand discernement : l'île ne comptait alors que 
200 hab. environ, une vingtaine de familles de pêcheurs 
malais; son développement fut prodigieux. En 1824, la 
Compagnie des Indes acheta l'île entière au sultan de 
Djohor pour 60.000 dollars, plus une rente de 24.000 
dollars ; en 1867, Singapour est passée au domaine de la 
couronne d'Angleterre. Bien que Singapour fût presque 
abandonnée au moment où les Anglais s'en emparèrent, 
son origine est très ancienne et l'île avait joui d'une haute 
prospérité avant d'être détrônée par Malacca. 

IL Ville. — Ville de la presqu'île malaise, capitale de 
la colonie anglaise de Straits Settlements, située sur la 
côte S. de l'île de Singapour, sous 1^17' lat. N. et 103« 50' 
long. E. ; 160.000 hab, (90.000 Chinois, 25.000 Malais, 
13.000 Européens, 12.000 ludiens) : le quart seulement 
des habitants est de sexe féminin. Sur une des trois col- 
lines de la ville s'élève le palais du gouverneur, sur une 
autre le fort Canning; les quais et leurs docks sont bor- 
dés de maisons de commerce, clubs, postes, etc. ; dans le 
quartier européen on trouve les hôtels, les monuments de 
Raffles; sur l'esplanade se dresse la cathédrale gothique 
de Saint-André et l'établissement des missions ; un peu 
plus loin le musée avec une bibliothèque, un jardin bota- 
nique et les temples bouddhiques des Chinois. L'ancienne 
rade se trouve au S.-E. de Singapour et a 8 kil. de pour- 
tour; le nouveau port, avec ses magasins de charbons et 
le fameux dock de Tajong Pagor, est protégé au S. par les 
îles Blakan, Mati et Ayerbrani; non loin sont les trois 
cales sèches dont la principale a 143 m. de long, 18 m. 
de large et 6"^, 4 de profondeur ; enfin, il y a des chan- 
tiers importants pour la construction et les réparations des 
navires. Singapour est une ville de création récente, et sa 
population bariolée, formée de vingt-cinq nations asiatiques 
et européennes, ses quartiers spéciaux à chaque race, le 
mélange des styles et des peuples, a un caractère très 
particulier. Depuis l'ouverture des ports d'extrême Orient, 
Singapour, qui est port franc, a pris un développement 
énorme : sa situation sur la route directe du trahc mari- 
time d'extrême Orient en un point où l'on ne peut se 
dispenser de passer le désigne comme dépôt de charbon, 
arsenal maritime et entrepôt de transit; c'est aussi le mar- 
ché de Malacca, Sumatra, Bornéo et la station de tous les 
bateaux se rendant aux Philippines ou en Australie orien- 
tale ; ses installations maritimes sont considérables : la Ta- 
jong Pagor Dock C^ possède un quai de marchandises de 
1.600 m. avec 8 m. d'eau par les plus basses marées et 
pouvant recevoir en même temps 30 navires chargeant et 
déchargeant. Un phare de premier ordre éclaire le port. 
Le commerce d'ensemble du port s'est élevé en 1893 à 
750 millions, en 1895 à 800 millions. L'importation re- 



^.. 59 -- 



SINGAPOUR - SINGE 



présente 4S8 millions de dollars (dont 46 ^/o d'Angleterre, 
34 ""lo des colonies anglaises, 25 *^/o des Indes néerlan- 
daises, 14 % du Siam). L'exportation représente (4895) 
433 millions de dollars et consiste principalement en étain, 
poivre, tissus de coton, opium, riz, gambier, poissons, 
gutta-percha, ^peaux tannées, coprah,' café. Les articles 
principaux de transit sont : les charbons qui viennent d'An- 
gleterre et du Japon, le pétrole qui vient de Russie, de 
Sumatra, d'Amérique, les tissus de cotons anglais, etc. En 
4895, le mouvement d'entrée et de sortie du port a été 
de 603 navires étrangers jaugeant 7 millions de tonnes. 

BiBL. : Weld, The Slraits Settlements and British Ma- 
ïaya, 1884. — I. Errington de La Croix, iVoicsur lu, géo- 
graphie politique de la. péninsule malaise, 1887. 

SINGE. I. Zoologie. — Ce nom, dérivé du latin Si- 
mia, désigne les Mammifères qui se rapprochent le plus 
de l'Homme et sont par conséquent les plus élevés de leur 
classe, après l'Homme. Au point de vue systématique, le 
nom de Simia a d'abord été appliqué par Linmé à un 
genre qui renfermait tous les Singes connus de son temps 
et qu'il plaçait en tête de son ordre des Primates (V. ce 
mot). Buffon considère comme Singes proprement dits 
les seuls Anthropoïdes (V. ce mot). Cuvier fait des 
Singes {Simiae), la première famille de son ordre des 
Quadrumanes, par opposition aux Makis (V. ce mot), 
Faux-Singes ou Lémuriens, qui forment la seconde fa- 
mille. Dans la classification que nous avons suivie ici 
(V. Mammifères), les Lémuriens constituent un ordre à 
part, de telle sorte que les Singes (SmuE, A. M.-Edvvards, 
4868), appelés aussi Primates, forment à eux seuls le 
second ordre des Mammifères, le premier étant celui des 
Bimanes (V. ce mot). Le nom générique de Simia (Linné) 
est d'ailleurs resté le nom scientifique de VOrang (V. ce 
mot), de telle sorte que, pour éviter toute confusion, il est 
préférable de désigner l'ordre des Singes sous le nom de 
Pkimates. 

I/ordre des Primâtes (ou Singes) renferme aujourd'hui 
quatre familles distinctes : Simiidœ, Cercopithecidœ, 
Cebidœ et Hapalidœ, Les deux premières sont propres à 
l'ancien continent ; les deux autres, à l'Amérique. Nous 
indiquerons plus loin leurs caractères. Quant à l'ordre lui- 
même, on peut le caractériser de la manière suivante : 
crâne ayant les orbites séparés complètement de la fosse 
temporale par une lame osseuse verticale qui se rattache 
à l'apophyse post-orbitaire du frontal ; canal lacrymal 
s'ouvrant à l'intérieur de l'orbite. Les quatre membres 
terminés par des mains à cinq doigts (rarement quatre 
par absence du pouce au membre antérieur) ; ces doigts 
munis d'ongles plats (sauf chez les Hajmlidœ). Hémis- 
phères cérébraux recouvrant plus ou moins complètement 
le cervelet et munis de circonvolutions plus ou moins 
compliquées. Utérus n'ayant qu'une seule cavité ; placenta 
discoïdal et muni d'une caduque, avec un allantoïde très 
réduit. Deux mamelles pectorales. Les dents sont en 
série continue, comme chez l'Homme, au nombre de 32 
à 36 (suivant les familles) et rappellent par leurs formes 
celles des Bimanes. Ces caractères distinguent essentielle- 
ment les Singes des Lémuriens qui n'ont de commun avec 
les premiers que leurs membres de Quadrumanes et leurs 
habitudes arboricoles. Le régime des Singes est frugivore 
ou herbivore, rarement omnivore ou insectivore. Leur 
taille est moyenne, rarement petite, variant de celle d'un 
Homme à celle d'un Chat, ou plus rarement (Hapalidœ) 
d'un Ecureuil. 

Les quatre familles indiquées ci-dessus se distinguent 
par les caractères suivants : 

4*^ Simidœ ou Singes anthropoïdes. Membres scapu- 
laires plus allongés que les membres pelviens. Queue 
nulle. Callosités fessières petites ou nuHes. Pas d'aba- 
joues. Narines rapprochées. Dents, au nombre de 32 
comme chez l'Homme, très semblables à celles de l'Homme, 
mais les canines très fortes, pointues, dépassant la cou- 
ronne des autres dents, comme chez les Carnivores : la 



couronne des molaires large et la dernière molaire infé- 
rieure, sans talon postérieur. Genres Gorille, Chimpanzé, 
Orang, Gibbon (V. ces mots). 

2'^ Cercopithecidœ, Les deux paires de membres sen- 
siblement égaux. Queue ordinairement bien développée, 
non préhensile. Callosités fessières toujours présentes. 
Abajoues présentes ou nulles. Narines rapprochées [Ca- 
tarrhiniens). Dents au nombre de 3î2 comme chez les 
précédents, à canines très fortes ; couronne des molaires 
allongée dans le sens antéro-postérieur, à tubercules for- 
mant deux collines transversales et la dernière molaire 
inférieure munie d'un talon postérieur. Genres : Semno- 
pithèque, Colobe, Cercopithèque, Cercocèbe, Macaque, 
Cynocéphale, etc. (V. ces mots). 

3« Cebidœ. Les deux paires de membres égales ; la 
queue bien développée, quelquefois préhensile. Pas de 
callosités fessières ni d'abajoues. Dents au nombre de 36 
(une troisième prémolaire de plus que les précédents à 
chaque mâchoire). Narines à cloison très épaisse, de ma- 
nière que les narines sont éloignées, latérales {Platyrrhi- 
niens). Genres Hurleur, Atèle, Lagotriche, Sajou, 
Brachijure, Saki, Callithriche, Satmiri, Nyctipithèque 
(V. ces mots). 

4*^ Hapalidœ. Les deux paires de membres égales 
terminées par des mains dont le pouce n'est pas oppo- 
sable et portant des ongles comprimés et pointus à tous 
les doigts sauf au premier orteil. Queue bien développée, 
non prenante ; pas de callosités ni d'abajoues. Narines 
latérales comme chez les Cebidœ. Dents au nombre de 
32, mais se rattachant cependant au type de la famille 
précédente, attendu qu'il y a trois paires de prémolaires, 
tandis que les arrière^molaires sont réduites à deux paires. 
Genre Ouistiti (V. ce mot). 

Les deux premières familles (Catarrhiniens (V. ce 
mot) sont de l'ancien continent; les deux dernières ( P/a- 
tarrhiniens) habitent exclusivement l'Amérique. Nous 
reviendrons sur la distribution géographique de ces deux 
groupes. 

Organisation des Singes. — La ressemblance que les 
Singes présentent avec l'Homme a frappé depuis long- 
temps les naturalistes, et l'on sait que les philosophes et 
les médecins de l'école d'Alexandrie, Galien en particu- 
lier, ne pouvant disséquer des cadavres humains, ont com- 
plété la connaissance insuffisante qu'ils avaient de Tana- 
tomie de l'Homme en disséquant des Singes. Cette res- 
semblance générale étant admise, il importe surtout de 
montrer par quels caractères importants les Singes diffè- 
rent de l'Homme. C'est d'abord l'attitude de la colonne 
vertébrale qui, même chez les Singes anthropoïdes, n'est 
jamais verticale comme chez l'homme, mais toujours plus 
ou moins oblique, sinon horizontale. Le Singe reste un 
Quadrupède : l'Homme seul est Bipède, et la différence de 
forme qui existe entre son pied et sa main, comme con- 
séquence de cette station bipède, est le seul caractère 
zoologique qui sépare les Bimanes des Quadrumanes. 
Elle suffit à elle seule pour légitimer l'ordre des Bimanes 
(V. ce mot) ou même la sous-classe des Hétéropodes 
proposée par A. Milne-Edwards, malgré la ressemblance 
étroite que les Singes Anthropoïdes (V. Anthropoïdes) 
présentent avec l'Homme. La plupart des autres différences 
anatomiques que l'on constate entre les Singes et l'Homme 
dérivent de cette station bipède qui permet à celui-ci de 
porter la tète haute et de regarder le ciel : Os homini 
sublime dédit, suivant l'expression du poète latin. 

La forme de la tête chez les Singes présente des va- 
riations considérables, depuis la tête ronde et brachygnathe 
des Guenons et des Atèles jusqu'à la tête allongée et 
fortement prognathe des Papions {Cynocéphale^, des 
Gorilles et des Hurleurs. C'est un caractère constant chez 
ces derniers que le prognathisme augmente avec l'âge, 
étant en rapport avec l'évolution des dents et par suite 
des mâchoires qui s'allongent à mesure que se développe 
une dentition plus complète et plus robuste. Les jeunes 



SINGE 



— 60 



nouveau-nés du Gorille, de i'Orang et des Papions ont 
une tête arrondie comme celle d'un jeune enfant ou des 
Cercopithèques. Mais cette tête se déforme, en quelque 
sorte, avec l'âge, parce que les mâchoires proéminent, tan- 
dis que la boîte crânienne se couvre de crêtes osseuses 
destinées à donner une puissante attache aux muscles du 
cou et aux masseters qui font mouvoir les mâchoires. C'est 
ce qui explique pourquoi la plupart des grands Singes, 
après avoir eu une physionomie très humaine dans leur 
jeune âge, prennent en vieillissant une apparence bes- 
tiale qui n'est pas toujours trompeuse, car un jeune Pa- 
pion, doux et docile dans son enfance, devient presque 
toujours féroce et méchant en devenant adulte. 

Les yeux, dirigés en avant, contribuent beaucoup à 
donner aux Singes une physionomie humaine. La face, 
toujours nue, permet de voir le jeu des muscles, et comme 
ces animaux ont des passions vives, un caractère mobile 
et une grande intelligence, l'expression de cette face, ou, 
si l'on veut, les grimaces des Singes, présentent une va- 
riété aussi grande que dans l'espèce humaine. La couleur 
de cette face est très variable : tantôt couleur de chair, 
tannée ou noire comme dans les diverses races humaines, 
elle est souvent d'un rouge écarlate, bleue, verte ou va- 
riée de plusieurs couleurs, quelquefois avec le nez blanc. 
Ces couleurs vives, notamment le rouge et le bleu, sont 
souvent propres aux mâles ou plus marquées chez eux. 
Les oreilles ont, dans leur ensemble, la forme de celles 
de l'Homme, surtout chez les Simiidœ, mais elles ont 
d'ordinaire (notamment chez les Cercopithecidœ) le lobe 
postéro-supérieur plus ou moins pointu. Le lobule infé- 
rieur est ordinairement peu développé ou nul, mais il en 
existe un rudiment chez le Gorille. Le nez est ordinaire- 
ment peu saillant ; mais chez le Nasique, il atteint un 
développement énorme (V. Semnopithèque), et parmi les 
Gibbons, le Hoolock a presque un nez aquilin bien que 
peu saillant. Les lèvres sont ordinairement très minces et 
sans rebord, mais très extensibles. 

La main ressemble à celle de l'Homme, surtout chez le 
Chimpanzé, mais le pouce est en général moins allongé 
que dans l'espèce humaine, quelquefois même atrophié 
[ColohuSy Ateles), bien que toujours opposable, quand il 
existe, sauf chez les Hapalidœ. Le pied est au contraire 
bien différent, bien qu'il renferme les mêmes os que chez 
l'Homme : mais le calcanéum est grêle et étroit et le pre- 
mier orteil (pouce) est toujours plus court que les autres 
doigts, tandis que chez l'homme il est à la fois le plus 
gros et le plus long (V. la fig., t. IH, p, 170). De plus, 
chez les Singes il est articulé avec le premier cunéiforme 
de manière à s'opposer aux autres doigts qui sont allongés 
et libres comme à la main : en un mot, c'est un pied 
transformé en 7nain, et dont le pouce n'est jamais atro- 
phié. Le système musculaire ressemble beaucoup à celui 
de l'Homme, mais l'absence de la saillie du mollet qui 
est l'indice de la station franchement bipède, absence qui 
s'observe même chez les grands Anthropoïdes, est un ca- 
ractère commun à tous les Singes. 

C'est par les organes de nutrition, de circulation et 
d'excrétion que les Singes ressemblent le plus à l'Homme, 
exception faite pour certains genres qui ont un régime ah- 
mentaire spécial (V. Semnopithèque). Les Singes anthro- 
poïdes sont les seuls à posséder comme l'Homme un ap- 
pendice vermiculaire au colon. La forme du foie varie 
beaucoup, comme chez tous les Mammifères. Le larynx est 
souvent muni de renflements accessoires en forme de 
poches {Orang, Gibbon syndactyle, Hurleur). Les or- 
ganes génitaux sont semblables à ceux de l'Homme dans 
les deux sexes ; la femelle n'a pas de flux menstruel, 
mais elle porte constamment deux mamelles pectorales 
qui restent atrophiées, presque autant que chez le mâle, 
en dehors du temps de la lactation. H n'y a d'ordinaire, 
chaque année, qu'un seul petit qui naît faible et est long- 
temps aUaité et porté par sa mère : lorsqu'il y en a deux 
(comme chez les Ouistitis), le second est porté par le père 



et tous deux tètent alternativement. Les parties nues du 
scrotum et des callosités fessières sont souvent turges- 
centes à l'époque de la reproduction et teintes de cou- 
leurs vives, comme la face, ce qui contribue beaucoup à 
donner à certains Singes (les Papions et les Macaques en 
particulier) cet aspect impudique et même repoussant qui 
en fait quelquefois des hôtes gênants dans les ménageries 
ouvertes au public. 

Le cerveau, bien qu'ayant la forme générale de celui 
de l'Homme, est toujours relativement plus petit par rap- 
port aux dimensions du crâne : la différence est, en 
moyenne, du simple au double, au profit de ce dernier, la 
capacité étant mesurée en centimètres cubes. En d'autres 
termes, à taille égale, l'Homme a un cerveau deux fois 
plus volumineux que celui des Singes anthropoïdes. D'ail- 
leurs, ce cerveau porte des circonvolutions nombreuses, 
mais, comme c'est l'ordinaire chez les Mammifères, les 
formes de petite taille, dans chaque groupe, ont des cir- 
convolutions plus rares ; ainsi tandis que I'Orang et le Go- 
rille ont des circonvolutions presque aussi compHquées que 
celles de l'Homme (V. les ûg., t. UI, p. 174), le cerveau 
des Ouistitis est presque entièrement lisse, ce qui est 
d'accord avec leur intelligence très peu développée, sur- 
tout quand on la compare à celle des Simiidœ et même 
des Cercopithecidœ. 

Moeurs, habitudes, régime. — Les mœurs des Singes à 
l'état sauvage ont été indiquées en traitant de chaque 
genre : nous rappellerons seulement ici que leur régime 
est assez varié : la plupart sont frugivores, mais les Ma- 
caques sont omnivores, se nourrissant de racines et de 
petits animaux aussi bien que de fruits ; les Semnopithè- 
ques et les Colobes sont de véritables herbivores, dévorant 
des feuilles et des bourgeons, des fleurs et des graines à 
défaut de fruits ; les Saïmiris et les Ouistitis sont insecti- 
vores aussi bien que frugivores. En captivité, on peut 
habituer les Singes, à manger, comme l'Homme, de la 
viande cuite, mais on les nourrit surtout de riz, de pain, 
de légumes et de fruits. Les Guenons, les Macaques et 
les Papions qui s'accommodent bien de ce régime sont 
plus faciles à nourrir que les Semnopithèques et les Co- 
lobes, auxquels on ne peut procurer les plantes dont ils 
font leur nourriture habituelle dans leur pays natal : aussi 
ces deux derniers genres sont-ils rares dans les ména- 
geries où ils succombent rapidement. Il en est de même 
des Singes anthropoides, bien que ces derniers soient fru- 
givores comme les Cercopithèques : mais, habitant à l'état 
de nature les forêts intertropicales, toujours chaudes et 
humides de la Malaisie et du Soudan, ils vivent mal sous 
le climat de l'Europe où l'on est forcé de les tenir en- 
fermés dans des cages trop étroites et chauffées artificiel- 
lement, au moins en hiver. 

Les Cercopithèques, les Cercocèbes, les Macaques et les 
Papions, parmi les Singes de l'ancien continent ; les Sa- 
jous, les Saïmiris et les Ouistitis parmi ceux d'Amérique, 
sont à peu près les seuls dont on ait étudié les mœurs en 
captivité. Les traités d'histoire naturelle sont remplis de 
récits ayant trait aux particularités que ces animaux pré- 
sentent quand ils sont en contact avec l'Homme : il serait 
oiseux de les reproduire ici. L'intelligence des Singes est 
certainement en rapport avec le développement de leur 
cerveau ; ceux qui prétendent que cette intelligence n'est 
pas supérieure à celle d'un Chien, oublient que chez celui- 
ci une longue domestication a développé, par l'hérédité, 
des instincts naturels que l'Homme a su utiliser à son 
profit. Le Singe, au contraire, en est encore à l'état de 
nature : pris jeune, il est, comme tous les animaux, doux 
et docile ; mais, devenu adulte, ses instincts d'indépen- 
dance reprennent le dessus, et c'est ce qui rend dange- 
reux les robustes Mandrills dont la malice égale la force 
et qui ont une mâchoire aussi robuste et aussi redoutable 
que ceUe des grands Carnassiers. Les passions des Singes 
sont très vives : l'amour sexuel, la jalousie, la gourman- 
dise, la rancune et la colère les dominent tour à tour. 



61 — 



SINGE — SINGLES 



Néanmoins, il est certain que, par l'éducation, on peut les 
plier à des habitudes qui en font presque des êtres civi- 
lisés ; cette éducation est d'ailleurs singulièrement facilitée 
par le don d'imitation qui paraît inné chez eux et qui leur 
a valu le nom de Singe (Simia vient sans doute de si- 
miliSj qui imite). On peut en juger par les exercices 
qu'on leur fait exécuter dans les cirques, et surtout par 
certaines habitudes qu'ils contractent dans les ménageries 
et qui sont une imitation, véritablement raisonnée, de celles 
qui sont propres à l'Homme. Nous n'en citerons qu'un 
exemple inédit, et qui nous a été signalé par le pro- 
fesseur R. Blanchard. Un jeune Chimpanzé, mort récem- 
ment de tuberculose au Muséum de Paris, comprenait très 
bien les soins dont il était l'objet. Il savait, non seule- 
ment, comme d'autres singes de son espèce, s'envelopper 
de la couverture qu'on lui avait donnée, mais encore il 
acceptait les médicaments qu'on lui procurait. Pour cal- 
mer sa toux on lui donnait du sirop de tolu, et sa joie 
était visible quand on lui passait la bouteille qui contenait 
le précieux remède. Il savait la déboucher, et quand il 
avait bu, il remettait avec soin le bouchon, comme on lui 
avait montré à le faire. Il posait la bouteille à côté de 
lui, et quand celle-ci mal équilibrée sur la paille de la 
cage menaçait de culbuter, il avançait promptement la 
main pour la remettre dans une position convenable. 
Quelque temps après, il la reprenait et pour s'assurer 
qu'il restait encore du sirop, il la débouchait et appliquait 
son œil au goulot d'une façon vraiment intelligente et 
comique. Ce sont là des actes réfléchis qu'aucun autre 
mammifère, fût-il doué de mains adroites comme celles 
d'un Singe, n'aurait l'idée d'exécuter. 

Voix, PRÉTENDUE PAROLE. — Les Siuges ont tous une 
voix plus ou moins forte, suivant leur taille, et dont la 
tonalité varie depuis la }3asse, que l'on observe surtout 
chez ceux qui ont des sacs laryngiens, jusqu'au registre 
le plus aigu qui est propre aux Guenons et aux petits 
Singes américains. A Sumatra, les Siamangs (Hylobates 
synclactylus) saluent le soleil, à son lever et à son cou- 
cher, de cris épouvantables qu'on entend à plusieurs ki- 
lomètres et qui, de près, sont véritablement étourdissants. 
Il en est de même des Hurleurs {Alouata seniculus), 
dans les forêts de la Guyane et du Brésil. Waterhousea 
donné la notation musicale du cri du Wouwou {Hylo- 
bates agilis). Margrave, qui écrivait en 4648, croyait 
que les ilurleurs tenaient de véritables palabres, ou con- 
seils, chacun parlant ou chantant à son tour, opinion déjà 
démentie par d'Azara. Mais l'idée que les Singes possèdent 
un véritable langage a été reprise par les modernes. Un 
auteur anglais a écrit un gros volume sur ce sujet. Il pré- 
tendait avoir passé plusieurs années dans les forêts équa- 
loriales de l'Afrique occidentale, à seule fin d'étudier le 
langage des Singes et avoir réussi à connaître leur idiome 
compliqué au point d'en donner dans son livre les règles 
grammaticales. Cette prétendue découverte fit beaucoup 
de bruit, il y a quelques années. Mais bientôt d'autres 
voyageurs revenant du même pays, certifièrent que l'au- 
teur n'avait jamais quitté les ports de la côte, et par con- 
séquent n'avait pu réaliser l'expérience dont il donnait 
tous les détails dans son livre. 11 fut avéré que cet ou- 
vrage n'était qu'un roman par lequel l'auteur avait cher- 
ché à mystifier les naturalistes de profession. Il suffit 
d'ailleurs d'observer les Singes en captivité, lorsqu'ils sont 
lâchés en nombre dans une de ces grandes cages, ou ro- 
tondes, que l'on voit au Jardin des Plantes et au Jardin 
d'acclimatation, pour s'assurer que ces animaux, même 
quand ils sont de même espèce, se comprennent bien plus 
par une mimique expressive et par l'intonation qu'ils don- 
nent à leurs cris que par un langage articulé. Ils ne cher- 
chent même pas à imiter celui de l'Homme, et à ce point 
de vue, ils semblent moins bien doués que les Perroquets 
eux-mêmes. 

Distribution géographique. — A l'époque actuelle, les 
Singes sont, à part de rares exceptions, confinés dans les 



régions intertropicales du globe. Sur l'ancien continent, 
leur habitat est compris entre le 40*^ de lat. sept, et le 
32^ de lat. australe (le S. de l'Afrique). Deux genres 
(Macaciis et Semnopithecus), grâce à leur régime par- 
ticuHer, omnivore chez l'un, herbivore chez l'autre, peu- 
vent seuls dépasser vers le N. le tropique du Cancer, 
limite septentrionale des Singes frugivores. Le Macaciis 
fuscatus du Japon est celui qui s'avance le plus vers 
le N. (41*') ; viennent ensuite le Macaciis lasiotis de 
Chine, le .¥. innuus de Gibraltar et quelques autres. 
Parmi les ^^mno^\l\\h(\VL^%,\(i Semnopithecus sclmtaceus 
du Cachemire et les Rhinopitheciis lioxellanœ et l\h, 
Bieti du Moupin et du Tibet ne le cèdent guère aux 
Macaques pour leur endurance contre le froid. En Amé- 
rique les Singes ne dépassent guère les tropiques que vers 
le S. ; dans la République Argentine, on trouve encore 
les trois espèces sMiYaiiias : Alouata nigra, CebusAzara'., 
Nyctipithecus Azarœ. Au N., la limite est dans le S. du 
Mexique {Ateles vellerosus) par 23<^ de lat. N. E. Trt. 

II. Paléontologie. — Les Singes les plus anciens que 
l'on connaisse sont de l'époque éocène et propres à l'Amé- 
rique australe (Patagonie). Ils constituent les genres Ho~ 
munculus, Anthropops, PitJwculus, Homocentrus,^ic., 
de FI. Ameghino, qui sont de petite taille (comparables aux 
Ouistitis), et peuvent être considérés comme se rappro- 
chant beaucoup de la forme primitive, souche de tous les 
Singes. Par contre, les Lémuriens ont un type d'organi- 
sation si différent de ceux-ci que l'on peut les écarter 
d'une façon absolue de la ligne ancestrale des Primates. 
Quant au Nesopitliecus (pHocène) de Madagascar, il est 
difficile de déterminer ses affinités exactes. Jusqu'à pré- 
sent tous les Singes fossiles découverts en Amérique sont 
des Cebidœ ou des Eapalidœ; tous ceux trouvés sur 
l'ancien continent, des Cercopithecidai ou des Simiidœ : 
ce qui prouve combien la distribution géographique ac- 
tuelle est ancienne. 

Dans le miocène d'Europe, ces deux dernières familles 
sont représentées, mais surtout par des Macaques et des 
Semnopithèques, c.-à-d. par les genres qui s'avancent le 
plus vers le N. à l'époque actuelle. Le genre Oeropithe- 
eus se rattache aux Papions ; le genre Macacus, très 
abondant, vivait encore dans les Pyrénées à l'époque qua- 
ternaire ; les genres Dolichopitfiecus , Mesopithecus 
et Semnopithecus proprement dit sont du S. de la France 
et de l'Europe dans le miocène et le pliocène. Enfin les 
genres PHopUhecus et Dryopithecus représentent les 
Anthropoïdes on France à ia môme époque. Les genres 
Simia et Troglodytes ont vécu sur le continent asiatique 
dans le pliocène. Quant au Pitliecanthropus erectus 
(V. ce mot) de Dubois, considéré comme le lien entre les 
Anthropoïdes et l'Homme, il est difficile de se faire une 
idée précise de ses véritables affinités . On n'en connaît 
que des débris épars : une voûte du crâne, un fémur et 
deux dents. Avant d'affirmer que le Pithecanthropus 
forme réellement le passage des grands Singes à l'Homme, 
il serait à désirer que l'on en découvrit quelques débris 
plus caractéristiques, par exemple la mâchoire inférieure 
et les os des pieds et des mains. E. Trouessart. 

BiBL. : E. Trouessart, Catalogus mammallum,l8^1 . 1; 
(Voir aussi la bibliogr. des art. Anthropoïdes et Mam- 
mifères. 

SINGER (Paul), socialiste allemand, né à Berlin, le 
16 janv. 1844, de parents juifs, enrichi dans la confection 
de manteaux pour dames. Il est député de Berlin au 
Beiclistag depuis 1884. 

SINGES (Mont des) (V. Maroc, t. XXIH, p. UA). 

SINGHALAIS ou CINGHALAIS (V. Ceylan). 

SI NGLES.Com. du dép. du Puy-de-Dôme, arr. d'Issoire, 
cant. de Tauves ; 1 .070 hab. Stat. du chem. de fer d'Orléans. 

SINGLEYRAC. Corn, du dép. de la Dordogne, arr. de 
Bergerac, cant. d'Eymet ; 166 hab. 

SINGLIN (Antoine), théologien français, né à Paris 
vers 1607, mort à Paris le 17 avr. 1664. Fils d'un mar- 



SINGLEYRAC — SINGULIER — 62 

chand de vin « connu dans sa profession » . Mis en ap- 
prentissage chez un marchand de drap, il avait vingt-deux 
ans et avait jusque-là mené une vie « dont une vertu so- 
lide n'avait pas fait le caractère », lorsqu'il fut pris subi- 
tement d'un tel dégoût du monde qu'il résolut d'embras- 
ser la carrière ecclésiastique, bien qu'il n'eût pas même 
les premiers éléments de la langue latine. Conseillé et pa- 
tronné par saint Vincent de Paul, auquel il s'adressa, il 
refit rapidement ses classes, et, dès qu'il eût reçu le sous- 
diaconat, fut placé à l'hôpital de la Pitié par Vincent 
([ui en était supérieur. S'étant attaché ensuite à l'abbé de 
Saint-Cyran, qu'il avait connu par Vincent, et ayant vers 
cette époque reçu l'ordre de la prêtrise, il succéda comme 
confesseur des religieuses du Saint-Sacrement de la rue Co- 
quillière, une des maisons de Port-Royal, à de Saint-Cyran 
qui venait de s'en retirer (1636) pour mettre fin aux 
attaques dont il était déjà l'objet. Pendant l'emprisonne- 
ment de celui-ci à Vincennes (1638-janv. 1644), ce fut 
encore Singlin qui, sur ses instances, devint le directeur 
et le confesseur des deux maisons de Port-Royal, à Paris 
et aux Champs, mais en quelque sorte contraint et forcé. 
A l'élargissement de Saint-Cyran (janv. 1643), comme à 
sa mort (11 déc. 1643), Singlin s'efforça de recouvrer sa 
liberté, mais en vain ; sa réputation était trop grande, les 
amitiés qu'ils s'était créées trop vives, pour qu'on pût se 
priver de lui. Très humble, très défiant de lui, il se refu- 
sait le plus|possible aux directions, mais, quand il avait ac- 
cepté, il déployait une autorité inflexible. Sa réputation de 
sermonaire commençait aussi, elle fut à son apogée de 1647 
à 1652 : son éloquence était simple, toute chrétienne, et, 
avec le P. Des Mares de l'Oratoire, il fut en ce genre un 
précurseur de Bourdaloue. La foi et le cœur parlaient 
seules en lui : à peine théologien, M. de Saci et Arnauld 
lui faisaient les plans de ses sermons, lui le reste, et quand 
ceux-ci l'entendaient ils en étaient plus touchés qu'ils ne 
l'auraient été de leurs propres écrits. Ce furent deux ser- 
mons de Singlin, le premier en d64T et le second le 8 déc. 
1654, qui décidèrent de la première conversion, et de la 
seconde, définitive, de Pascal ; il devint son directeur, comme 
il l'était déjà de sa sœur JacqueUne Pascal. C'est lui encore 
qui ramena M^^ deLonguevilleàla religion (1654) et en fit 
l'amie la plus dévouée de Port-Royal. Chacun de ces ser- 
mons, disait-on, faisait un nouveau converti. Objet, par 
ces succès même, de certaines défiances, il fut dénoncé à 
Gondi, l'archevêque de Paris (22 août 1649), interdit un 
instant, mais défendu par son neveu même, le coadjuteur, 
et par le duc de Liancourt. Gondi le rappela et voulut as- 
sister à son sermon de reprise (l*^^janv. 1650). En 1656, 
le cardinal de Retz, fugitif, le nomma son grand vicaire 
dans le ressort de Port-Royal. Cependant la bulle d'Inno- 
cent X, qui condamnait les cinq propositions de Jansénius 
(9 juin 1653), ouvrait la lutte contre les jansénistes et 
Port-Royal ; aux poursuites contre Arnauld répondirent 
les Provinciales de Pascal (1^'' janv. 1656-24 mai 1657) . 
Singlin fut dans le secret des petites lettres : mais c'est à 
ce moment que décroît son autorité : on le trouva trop mo- 
déré : et il disait lui-même que les Provinciales « étaient 
trop spirituelles pour être chrétiennes ». A quelque objec- 
tion de sa part, Pascal répondait que, lui, n'était pas 
assez théologien. Dans la question de la signature du for- 
mulaire (1656-60), il fut d'abord pour la signature, mais 
il revint ensuite sur cette opinion. Estimé trop tiède par 
ses amis, il n'en était pas moins poursuivi par ses adver- 
saires. Le 8 mai 1661, une lettre de cachet fut lancée contre 
lui, il dut se cacher à Quimper, et on lui donna pour suc- 
cesseur le P. Bail comme directeur à Port-Royal. Ses 
austérités, surtout celle du carême de 1664, avaient fort 
éprouvé sa santé : les divisions religieuses aggravèrent 
encore son mal, et il mourut à cinquante-sept ans, si 
pauvre que les religieuses de Port-Royal durent faire les 
frais de ses funérailles. Après sa mort, ses sermons fu- 
rent publiés sous le titre d'Instructions chrétiennes sur 
les mystères de N.-S. Jésus-Christ et sur les princi- 



pales fêtes, par M. de S. -G. (Paris, 1671, 1672 et 1673, 
5 vol. in-8, et 1736, 12 vol. in. 12). Eug. Asse. 

BiBL. : L'abbé Goujet, Vie, en tête des Instructions ^ 1786, 
t. I. — Fontaine, Mémoires, 1738, 2 vol. in-12 ; et 1753, 
4 vol. in-16. — Sainte-Beuve, Port-Royal; Paris, 1878, 
7 vol. in-12, passim, et surtout I, 469; II, 507. — Chante- 
LAuzE, Retz et le Jansénisme (dans le Port-Royal de 
Sainte-Beuve), et Saint Vincent de Paul et les Gondi: 
Paris, 1882, in-8. 

SINGLY. Corn, du dép. des Ardennes, arr. de Mézières, 
cant. d'Omont ; 215 hab. 

SINGPÔ. Tribu du territoire indépendant au N. de la 
Birmanie, l'une des quatre formant la peuplade Kakyen, 
vivant entre le Manipour, les monts des Nagas et l'As- 
sam à rO., les Khamtis au N., le Salouen à l'E. Les Singpô 
donnent leur nom à la région extrême E. du Lakimpour et de 
l'Assam ; autrefois guerriers, les Singpô de l'Assam sont 
aujourd'hui agriculteurs, fondeurs de fer et tisserands. 

SING-SING (Zool.) (V. Antilope, t. 111, p. 209), 

SING-SING. Ville des Etats-Unis, Etat et à 52 kil. de 
New York, surlar. g. de l'Hudson ; 9.352 hab. (enl890). 
Jolies villas, académie militaire. Vaste prison, avec 1,320 
cellules. 

SINGULARITÉ (Mathém.) (V, Singulier). 

SINGULIER. I. Grammaire. — Le singulier est l'un des 
nombres que l'on distingue en grammaire . Sa fonction propre 
est de marquer que l'on a en vue, soit un individu de l'es- 
pèce signifiée, soit l'espèce elle-même ; ou bien, s'il s'agit 
d'un verbe, que l'on a en vue l'une quelconque des trois 
personnes considérée seule. Le nombre (V. ce mot) étant 
une modification de la forme, le singuher est toujours 
marqué par la forme dans le substantif comme dans le 
verbe. Il est employé, dans toutes les langues, non seu- 
lement pour désigner un seul individu, mais aussi pour 
signifier un amas, une masse matérielle, ou une collec- 
tion d'individus dont on n'a en vue que l'ensemble, tout 
en la désignant par le nom de l'individu même ; par 
exemple en grec TcoXsfAioç, en latin miles, en français 
V ennemi, le soldat ; c'est ce qu'on appelle le singulier 
collectif, dont l'usage seul détermine l'emploi. En français 
il est fréquent après le partitif de {du, de la) ; on sait 
aussi qu'en allemand les noms de mesures et de poids ne 
s'emploient qu'au singulier avec les noms de nombre, de 
même que le mot Mann au sens mihtaire. La construc- 
tion grecque, suivant laquelle le verbe reste au singuher 
avec un sujet du pluriel neutre, est une syllepse do'nt l'ori- 
gine est vraisemblablement dans ce que les Grecs considé- 
raient les neutres pluriels comme des collectifs désignant 
une masse indéterminée. Le nom propre, par nature, ne 
peut avoir que la forme du singulier ; c'est par une figure 
qu'il est employé au pluriel. M. Beaudouin. 

IL Mathématiques. — On appelle point singulier d'une 
courbe plane les points où Yy considéré comme fonction de a* 
cesse d'être continu ou bien déterminé, ou bien encore où 
une dérivée de y cesse d'être finie ou bien déterminée, 
pourvu qu'un changement de coordonnées ne ramène pas 
cette dérivée à avoir une valeur finie. Le caractère des 
points singuliers, lorsque l'équation de la courbe est mise 
sous la forme f(x, y) ~ 0, /" étant une fonction bien 
déterminée (un polynôme, par exemple), est 



^^0 àl, 
dx ' dy 



0, 



équations auxquelles il faut adjoindre 



dz " 



0, si /'est 



rendue homogène. Dans la théorie des fonctions, on con- 
sidère, en outre, comme singularités les points de ramifi- 
cation, c-à-d. ceux où y acquiert des valeurs multiples 

df 
ou ceux où l'on a à la fois f{x, ?/) = 0, —- = 0. 

La théorie des points singuliers est une des plus utiles 
et à la fois une des plus fastidieuses de toute l'analyse, 
mais il faut malheureusement en passer par là pour éta- 



— 63 — 



SINGULIER 



SI-NING-FOU 



ï)\ïv sur es assises solides la belle théorie des fonctions 
abéliennes et pour faire une bonne classification des 
courbes planes. 

Le principe de dualité conduit à considérer des singu- 
larités relatives aux tangentes et, à ce point de vue, les 
points d'inflexion qui ne rentrent pas dans la définition 
que nous venons de donner sont, non pas de véritables 
points singuliers, mais constituent des singularités tangen- 
tiellcs. Il ne nous est pas possible de donner un aperçu 
de la théorie des points singuliers, nous nous bornerons 
à indiquer ici la nomenclature de ces points. 

Les points singuliers ordinaires sont les points doubles, 
où deux branches de courbe viennent se croiser ; les points 

?J, T:'rj dcLilh . li- Toini isoU. M-TûùU (àreirouss.èmeti} 
I '^ 

'M 




K-Foini éméfdetm M.Foîrii d'arrèl. 





isolés ou conjugués sont des points réels, oti se coupent 
deux branches imaginaires. Le point de rebroussement est 
un point double, où deux branches de courbe se touchent 
en s'arrêtant de part et d'autre de la courbe ; le point de 
rebroussement porte le nom de point kératoïde ou de point 
cuspidal. 

Parmi les singularités d'ordre plus élevé, on doit si- 
gnaler les points triples, quadruples..., où trois, quatre.. *- 
branches de courbe viennent se couper, ces branches pou- 
vant d'ailleurs être réelles ou imaginaires. Parmi ces sin- 
gularités se trouve le rebroussement de seconde espèce ou 
point ramphoïde, la tangente est alors d'un même côté 
des deux branches de courbe. Le point d'inflexion peut 
être un point d'ondulation ou de serpentement si en ce 
point la tangente coupe la courbe en plus de trois points 
confondus. Un point singulier peut être transcendant ; 
parmi ces points, on distingue les points d'arrêt et les 
points anguleux, les premiers sont des points où la courbe 
s'arrête sans se prolonger. Quand un point d'arrêt appar- 
tient à deux branches de courbe (qui ne se croisent pas) 
et qui font un angle fini, ce point est anguleux. Les 
courbes algébriques ne présentent pas de tels points. 

Exemples : 

y^ =2 ^2 _|„ ^3^ pQÎjj^ double ordinaire. 

yt -—- ^3 — X, point isolé à l'origine. 

y^ = ^^, rebroussement. 
x^ — x^y -f- ?/'^ = 0, point multiple. 

r 

La courbe y =z e^ présente un arrêt à l'origine. 

Il existe des relations entre le degré, la classe d'une 
courbe et le nombre de ses singularités; ces relations 
sont intéressantes, mais compHquées à cause des excep- 
tions auxquelles elles sont soumises. Par exemple, une 

points 



(m — i){m — 2) 

2 



courbe de degré m a au plus 

doubles. C'est vrai en général, mais il y a lieu à bien 
définir les termes de cet énoncé. 

Les surfaces (et même les hypersurfaces en géométrie 



à il dimensions) ont aussi des singularités qui sont carac- 
térisées par ce fait que le % cesse d'y être fini ou bien 
déterminé; en un tel point, si f{x, î/, :i;) ™ est l'équation 
de la surface, on a : 



àf 



âx ' dy ' âz 



et même j. = quand l'équation est rendue homogène. 

En un point singulier, il n'y a plus en général un plan 
tangent, mais un cône tangent dont l'équation est ordi- 
nairement 



i^-^)'^. + n^-^)(^-y) 



âY 



dxdij 



= 



0, 



âx^ 
et plus généralement 

la puissance /; étant symbolique, c.~à-d. que 

(©tD^i)^ ^"''^ '''' remplacé par 

à [_ 

ÔXH)y'Pô:c-! * 

Les surfaces ont quelquefois des lignes singulières, 
c.-à-d. dont tous les points sont singuliers, telle ek l'arête 
de rebroussement^ d'une surface développable. Un cône, 
qui a pour directrice une courbe plane présentant un point 
singulier, a une génératrice qui est une ligne singulière, 
c'est celle qui passe par le point singuher de la direc- 
trice, etc. 

Disons enfin, pour terminer cet aperçu très succinct sur 
une théorie extrêmement vaste, que les courbes gauches 
ont également des singularités liées intimement à celle de 
la développable enveloppe de leurs plans osculateurs. 

Intégrale singulière. — Cauchy appelle ainsi des in- 
tégrales définies prises entre des limites indéfiniment voi- 
sines, la quantité intégrée devenant infinie dans le voisi- 
nage des limites. La considération de ces intégrales est 
très importante, elle permet de décider, dans un grand 
nombre de cas, si la valeur d'une intégrale est finie ou 
ne Lest pas. II. Laurent. 

Solution singulière (V. Solution). 

Bir.L. : Mathématiques.—- Les traités d'analyse un peu 
développés. — Le Traité de géométrie analytique àe Saj.- 
MON. — Les Mémoires d'HALPHEN (Mémoires présentés 
à l'Académie des sciences, t. XXVI). — Nôther, Gôttingen 
Nachrichten, 187L — Du même, M athematischen Annalen^ 
t. IX. — - Zeuthen, Mathematische Annalen, t. III. — Du 
môme, Acta mathematica^ t. L— Clebsch, Leçons de géo- 
métrie (traduites de l'allemand par Benoist). — Le Cours 
de géométrie analytique de Painvin. — Cayley, Journal 
de Liouville, t. X, Cambridge and Dublin Mathematical 
Journal, t. X (sur les singularités des courbes gauches). 

SINHASENA (V. Kshatrâpas). 

SIN-HOEÏ-HSIEN. Ville de la Chine méridionale, prov. 
du Kouang-toung, ch.-l. d'arr. de Kouang-tcheou-fou 
(Canton), sur le Hsin-houi qui se jette dans le bras occi- 
dental du delta du Si-kiang; 250.000 hab. La ville ofii- 
cielle est peu considérable ; la population se trouve en 
dehors de l'enceinte, dans le faubourg de San-ouï qui a 
un important commerce maritime. En 4278, la flotte de 
l'empereur mongole Chi-tsou infligea une sanglante défaite 
à l'armée de la dynastie méridionale des Soung, à 30 kil. 
au S. de la ville. 

SINIBALDOde Fieschi, pape (V. Fiesco et Innocent IV). 

SINIGAGLIA. Ville d'Italie (V. Senigallia). 

SINIMBÛ (Câsansâo de), homme d'Etat brésilien (V. 
CasansAo) . 

Sl-NING-FOU. Ville de Chine, prov. de Kan-sou, sur 
la rive dr. du Si-ning-ho (sous-affl. g. du Hoang-ho), à 
iOO kil. E. du lac Koukou-Nor ; à 2.304 m. d'alt. ; 



SI-NING-FOU "- SINU — 64 — 

60.000 hab. La situation de la ville à Tangle N.-E. des 
plateaux tibétains, sur la voie historique de la Chine cen- 
trale au Turkestan oriental, lui donne une importance po- 
litique et commerciale ; entourée de murs hauts et épais 
qui ont 10 kil. de tour, elle renferme beaucoup de ruines 
que firent les Dounganes qui l'occupèrent huit ans et en 
furent chassés en 1§72 par les Chinois. Le commerce an- 
cien de Si-ning (en particulier la rhubarbe) a passé en 
partie à Donkir, à 40 kil. 0. Les habitants sont agricul- 
teurs ou marchands ; il n'y a pas d'industrie importante. 

SINIS ou SINNIS, brigand légendaire de la Grèce. 
Fils de Neptune et de Syléa, il passait pour habiter l'isthme 
de Corinthe. Il arrêtait les voyageurs, les attachait à la 
cime d'un pin qu'il avait courbée jusqu'à terre, puis 
laissait l'arbre se redresser. Il fut tué par Thésée, qui 
lui fit subir le même supplice. J. Toutain. 

SIN-KIAN6. Province de Chine (V. Sin-tsiang). 

SIN-KOANG-KHl, célèbre érudit chinois, né en 1562, 
mort en 1633. Il fut ministre d'Etat sous le règne de 
l'empereur Chen-tsong (1573-1649). Les missionnaires 
catholiques, qui venaient d'arriver à Péking, trouvèrent en 
lui un protecteur et eurent avec lui des relations scien- 
tifiques très suivies. Albert ThOxMAs'. 

SINNÂMARY. Bourg de la Guyane française, sur la rive 
droite du fleuve, à 4 kil. de l'embouchure; 400 hab.; la 
commune en compte 1 .000. Il doit son importance aux 
différents placers, encore aujourd'hui assez prospères, qui 
se trouvent dans le bassin du fleuve. C'est sur les bords 
du Sinnamary que furent déportés, à la fin de 1797, les 
victimes de la journée du 18 Fructidor. Pichegru, Bar- 
thélémy, Barbé-Marbois, Tronçon-Ducoudray, Bourdon 
de l'Oise, etc., 600 déportés, politiques furent envoyés à 
Sinnamary et à Caunamama ; ils arrivèrent par convois 
successifs jusqu'en juil. 1798. Répartis au hasard dans 
les bois et les savanes, à peu près sans abri, sans vivres 
et sans instruments de travail, les déportés, qui apparte- 
naient presque tous à la classe aisée, ne tardèrent pas à 
succomber en masse. 

SINON (Myth. gr.), compagnon d'Ulysse qui se laissa 
capturer par les Troyens et leur persuada d'introduire 
dans la ville le cheval de bois où étaient cachés les prin- 
cipaux guerriers grecs. La nuit venue, il fit à l'armée le 
signal de revenir et ouvrit l'issue du cheval de bois à ceux 
qu'il renfermait, lesquels s'emparèrent de Troie. Cette lé- 
gende, postérieure à Homère, fut traitée par Dictys de Crète, 
Quintus de Smyrne, Virgile, Tzetzes, etc. 

SINOPE.FleuvedeFrance(V.MANCHE,t.XXlI,p. 1111). 

SINOPE (la Sinob des Turcs). Ville maritime de la 
région la plus septentrionale de la Turquie d'Asie, ch.-l. 
d'un sandjak de la prov. et à 1S55 kil. environ N.-E. de 
Kastamouni, sous 42° V 'd^hL N .et32«48' 45^'' long. E. ; 
à 525 kil. E. un peu N. de Constantinople, à la racine 
étroite de la haute presqu'île de Boztépé Bouroun, la- 
quelle péninsule, fortement avancée en mer, la protège 
des vents du N.-O., très redoutables dans ces parages, 
tandis que le continent la garantit de ceux de l'E. et du 
S.-E. C'est là ce qui en fait « le port le plus sûr » de la 
côte méridionale de la mer Noire; 10.000 hab., dont 
5.000 musulmans et près de 4.000 Grecs. Sinope, malgré 
l'excellence de son port, ne grandira que quand ses com- 
munications avec l'intérieur seront assurées par de bonnes 
routes et des chemins de fer ; pour l'instant, son mouve- 
ment maritime annuel ne dépasse guère 500.000 tonnes, 
et encore n'atteint-il ce tonnage qu'à cause des visites 
des vapeurs des lignes de navigation régulière ; mais le 
chiffre des échanges se borne à quelques millions de francs. 
Climat sain qui en fait déjà jusqu'à un certain point un 
lieu de villégiature : d'où quantité de jolis chalets en 
bois. Sinope fut une colonie de Grecs milésiens ; Mithri- 
date y naquit et se plut à l'embellir ; puis elle fut ro- 
maine, ensuite byzantine, enfin turque : malgré cela, 
presque pas de ruines ; à peine des décombres. Destruc- 
tion de la flotte turque par les Russes, dans le port même, 



en 1853. — Le sandjak de Sinope, vaste de 5.500 kil. q., 
comprend 140.000 hab., dont près de 130.000 musul- 
mans, moins de 10.000 Grecs, des Tsiganes et quelques 
Arméniens. 0. Reclus. 

SINOPIS (Alch.). Ocre rouge, oxyde de fer, vermillon, 
minium, d'après Dioscoride et Pline (V. Sericum). 

SI NO P LE (Blas.). Ce mot vient du nom de la ville de 
Sinope, en Asie Mineure, très légèrement altéré. Il fut 
rapporté d'Orient par les croisés pour signifier la couleur 
verte en armoiries. Il est à remarquer que cette couleur 
est particulièrement honorable chez les musulmans. Le 
sinople se représente en gravure par des hachures dia- 
gonales dans le sens de l'angle dextre du chef à l'angle 
sénestre de la pointe. 

SIN-SAR-IsKUN, « Sin a fait le roi », est fort proba- 
blement le dernier roi de Ninive que les Grecs nomment 
Saracus. Nous avons des documents de ce roi qui parlent 
de ces hauts faits ; des textes privés prouvent qu'il s'em- 
para passagèrement de quelques villes. Il était le fils 
d'Assurbanabal (Sardanapale). La durée de son règne est 
encore inconnue, sa chute eut lieu en 606 av. J.-C. Les 
formes grecques Konosconcoleros et Mnascoleras pour 
Snascoleras semblent être de cruelles altérations de la 
forme Sin-sakin-sar, « Sin fait le roi » , et la forme 
SIN:SAKÎN21AP0S a pu, par des scribes ignorants, 
être défigurée en SIN AUKOAEPOS. Le Canon de 
Ptolémée est rempli de noms babyloniens estropiés d'une 
manière encore plus pitoyable. J. Oppert. 

SINSAT. Com. du dép. de rAriège,arr. de Foix, cant. 
des Cabannes ; 145 hab. 

SINSHEIWI. Ville d'Allemagne, grand-duché de Bade, 
cercle de Ileidelberg, sur l'Elsenz ; 3.000 hab. (en 1895). 
Ruines du château de Steinherg. Abbaye fondée en 1099,. 
puis ville impériale, donnée en gage à Bade (1220), puis 
au Palatinat (1330), sur qui Bade la recouvra en 1801. 
Le 18 juil. 1674, Turenne y défit les impériaux du duc 
de Bournonville. Le 16 nov. 1799, Neyy culbuta les Au- 
trichiens. 

SINTCHAL. Mont de V Himalaya (V. ce mot, t. XX, 
p. 87). 

SINTENIS (Karl-Friedrich-Ferdinand), jurisconsulte 
allemand, né à Zerbst le 25 juin 1804, mort à Dessaule 
2 août 1868. Il professa le droit à l'Université de Giessen 
(1836-41), fut fonctionnaire de sa principauté natale, 
président du tribunal d'Anhalt-Dessau (1853), puis du 
ministère (1863). Son œuvre principale est Das prak- 
tische Gemeine Zivilreclit (LQiTpzig, 1844-51, 3 vol.). 
SINTOÏSME (V. Japon). 

SINT-PEETERSBERG. Montagne des Pays-Bas, près 
de Maastricht. Elle s'étend jusque près de Liège et se 
compose de tuf crétacé, formé par les dépôts d'une eau 
marine calcifère. On en a retiré beaucoup de coquillages, 
de coraux, de dents de requins, des restes d'animaux ma- 
rins et de sauriens gigantesques. La pierre de cette mon- 
tagne se laisse scier facilement et durcit au contact de 
l'air. Les carrières sont exploitées depuis l'époque des 
Romains et forment un labyrinthe de près de 5 lieues sur 3. 
SIN-TSIANG. Province de Chine, embrassant une 
grande partie de l'Asie centrale, 1.426.000 kil. q., avec 
1 million d'habitants (?). Constituée en 1885 avec une 
partie du Kansou oriental, le Turkestan chinois et le dis- 
trict d'Ili, elle est comprise entre le Kansou au N.-O. et 
le Tibet au S. dont la séparent les monts Altintag, Hum- 
boldt et Nan-chan. Elle embrasse : au N., la plus grande 
partie du massif des monts Thian-chan ; au S. , le désert de 
l'Asie intérieure et le bassin de Tarim (V. Asie). Le ch.-l. 
est Ouroumtsi. 

SINU. Fleuve de Colombie qui traverse le dép. de Bo- 
livar et se jette dans le golfe de Morosquillo (mer des An- 
tilles), à ro. de Tolu. Sur sa rive droite, à 5 kil. de son 
embouchure, se trouve le petit port de Saint-Nicolas-de- 
Bari. 



— 6B ~- 



SINUS — SIONISME 



S!NUS,SINUS-VERSE.I.Mathématiûiîes. — Si, dans 
un cercle de rayon un, appelé cercle trigonométrique, on 
considère un angle AOM, correspondant à l'arc AM, et 
si l'on abaisse la perpendiculaire MP sur OA, le segment 
PM est dit le sinus de l'angle, ou de l'arc. L'angle et 
l'arc sont évidemment mesurés par le même nombre, et le 
sinus est lui-même mesuré par un nombre, positif ou né^ 
gatif, compris entre les limites — 1 et + i. Dans la 
même figure, on appelait jadis sinus-verse le segment 
PA ; cette appellation a été depuis totalement abandonnée. 
On peut donner en outre du sinus, ainsi que des autres 
fonctions circulaires, des définitions purement analytiques. 
Nous nous bornerons ici à rappeler le développement en 
série du sinus d'un arc x : 



^ 31 + 51 



' 7l 



et l'existence de la fonction suivante, qui s'appelle sinus 
hyperbolique de x : 



Ou X X ~x~ T7~: "~p" ■JTT 

ô\ 51 



71^ 



Ces deux fonctions peuvent encore s'écrire sous la forme 



sin a: = 



Sh^=r' 



C.-A. L. 

IL Anatomie. — En anatomie, on appelle sinus, soit 
des canaux veineux, soit des dilatations ou cavités creusées 
dans les viscères ou les os. 

SINUSOÏDE (Géom.). C'est une courbe plane, étudiée 
depuis longtemps, notamment par Ne\Yton et Leibniz, 
mais qui a reçu son nom de Belidor. Quelques auteurs 
l'écrivent smussoïde. Son équation en coordonnées rec- 
tangulaires est y = sin x. Elle est tout entière comprise 
entre les deux droites ?/ =: + 1 , coupe l'axe des x en une 

infinité de points ayant pour abscisses 0,+^, zb^^r, , 

et chacun de ces points est à la fois un centre et un point 
d'inflexion. La courbe passe alternativement au-dessus et 
au-dessous de Ox ; elle a une infinité de points de contact, 
dont les abscisses sont : 

avec les droites ?/ z=: ± 4 , et tous ces points sont des 
sommets. La sinusoïde est identique à la courbe y = cos x, 
à laquelle on peut la superposer par un simple déplace- 

ment de longueur - suivant la direction Ox dans le sens 

négatif. Cette courbe est quarrable et rectifiable; elle inter- 
vient dans un grand nombre d'applications, notamment 
en mécanique et en physique mathématique, et surtout 
quand il s'agit de représenter des mouvements vibratoires 
ou en général des états périodiques. Comme exemple, la 
projection d'un mouvement circulaire et uniforme sur un 
diamètre du cercle peut se représenter, avec un choix 
convenable de ce diamètre et des unités par x =rsin t; 
si bien que la courbe représentative des espaces et des 
temps pour ce mouvement rectiligne est une sinusoïde. 

SINZIG, Ville de Prusse, prov. du Rhin, présidence de 
Coblentz, cercle d'Ahrweiler, près de la rive dr. de l'Ahr, 
à 2 kil. 4/2 de son conduent avec le Rhin; 2.872 hab. 
Stat. de la ligne Cologne-Bingerbrdck. Belle église ro- 
mane du xiii® siècle, restaurée en 4862, Vignobles, pépi- 
nières; fabriques d'émaux, de poteries, de mosaïques. 
A 4 kil. s'élève le mont Zimmert et le Muhlenberg, avec 
une des plus belles vues sur le Rhin. 

SINZOS. Corn, du dép. des Hautes- Pyrénées, arr. de 
Tarbes, cant. de Tournay ; 485 hab. 

SIŒLLAND (V. Seeland). 

SION (V.Jérusalem). 

SI ON (lat. Sedunum, ail. Sitten). Ville de Suisse, 
ch.-l. du cant. du Valais (au N. du Rhône, sur la Sionne, 
torrent tributaire du tleuve); 5.543 hab. (en 4888). Stat. 
de chem de fer. Elle est située dans une contrée fertile et 

GRANDE ENCYCI.OPÉDTE- — XXX. 



chaude, ou les fruits du Midi prospèrent. La ville, qui est 
très ancienne et qui contient un grand nombre de bâti- 
ments d'une vieille architecture, est dominée par deux 




Le Tourbillon, à Sion. 

immenses rochers coniques absolument nus, sur lesquels 
se trouvent deux vieux châteaux. L'un est le Tourbillon, 
château épiscopal, détruit par les Français en 4 798 ; l'autre, 
Valère. Ce dernier contient un musée très intéressant, 
dans lequel on remarque des restes importants de l'époque 
romaine. La cathédrale contient une inscription romaine 
en l'honneur de l'empereur Auguste. L'hôtel de ville est 
de style gothique. La principale rue est assise sur un 
canal voûté où coule le torrent. Sion est le siège d'un 
évêché qui y fut transféré de Martigny en 580. Près de 
Sion, est la campagne de Planta où les Savoyards furent 
battus par les Valaisans et les Bernois le 43 nov. 4475. 

SION. Com. du dép. du Gers, arr. de Condom, cant. 
de Nogar©;228hab, 

SION. Com. du dép. de la Loire-Inférieure, arr. de 
Châteaubriant, cant. de Derval ; 3.374 hab. 

SION, poète gallois (V. Edwards [John]). 

SIONIAC. Com. du dép. de la Corrèze, arr. de Brive, 
cant. deBeaulieu; 5i0 hab. 

SIONISME. Ce mot a été créé pour désigner une doc- 
trine récente qui s'est propagée parmi les populations 
Israélites de l'Europe orientale, notamment de la Russie, 
de la Pologne et de la Roumanie, et qui vise la cons- 
titution d'un Etat Juif autonome, situé en Palestine, où 
les victimes de l'antisémitisme, émigrant de leurs pays 
natals respectifs, puissent trouver, sinon le cadre et les 
destinées d'une rénovation nationale, au moins un centre 
d'existence, un domicile définitif et incontesté. Chez beau- 
coup de ses partisans, l'idée sioniste est une aspiration 
vague plutôt qu'une théorie précise; chez tous, elle paraît 
engendrée par les mêmes causes : si Ton veut mesurer la 
portée du mouvement, il faut donc en rechercher les ori- 
gines, en étudier la doctrine, les moyens d'action, les 
éléments divers, susceptibles, soit d'en fayoriser l'essor, 
soit de faire obstacle à son succès. 

Les oriijines. L'idée de restaurer la nationalité juive 
n'est point nouvelle. Elle fait corps avec les croyances reli- 
gieuses ; elle a été annoncée par les prophètes. La liturgie, 
la partie allégorique du Talmud sont imprégnées de l'es- 
pérance sioniste, et il suffit à un juif pratiquant de penser 
au sens de la phrase consacrée : « L'an prochain à Jéru- 
salem », pour espérer le rétablissement du temple et du 
peuple juif en Palestine. La Httérature hébraïque moderne, 
en son renouveau, confirme ces aspirations et en montre 
la persistance ; le sionisme n'a donc fait que reprendre un 
dognie religieux et national que les vrais juifs n'avaient 
jamais abandonné. 

Cette explication est ingénieuse, mais il est peut-être 
abusif de faire découler la doctrine sioniste d^une phrase 
qui depuis de longues années n*étuit plus qu'une formule 
rituelle dans la bouche de ceux qui la prononçaient, si l'on 
a égard que depuis le deuxième Isaïe, sous l'influence des 
rabbins les plus considérables, les promesses messia- 
niques ont dépouillé leur sens temporel pour revêtir un 
sens mystique. L'élite des fidèles s'était habituée à consi- 
dérer la future Jérusalem comme une conception sym- 
bolique qui signifiait le règne universel et définitif de 
la justice et de la bonté parmi les hommes, et ce qui le 

5 



SlOiNISME 



m 



prouve, c'est la vivacité des reproches que les sionistes 
adressent à la plupart des rabbins, en raison de l'hos- 
tilité qu'ils témoignent au sionisme. Et en effet, on se 
demande par quel miracle les juifs auraient pu résister à 
Faction du temps, et comment, depuis dix-huit siècles 
qu'ils ont perdu leur patrie, ils n'auraient pas perdu leur 
nationalité, comment enfin, disséminés à travers les diffé- 
rents milieux auxquels ils durent plus ou moins s'adapter 
pour y vivre, ils auraient pu jusqu'à nos jours rester un 
peuple, alors qu'au moyen âge, ils n'étaient déjà plus 
qu'une race. Si l'on étudie l'histoire des juifs d'Occident 
(V. Juifs), on se convainc que l'œuvre du dernier siècle a 
été de séparer la loi religieuse encore vivace de la tradi- 
tion historique, qui allait s'affaiblissant jusqu'à l'extinction 
complète. Dès 4750, Moise Mendelsohn peut, à Berlin, 
poser le principe du judaïsme moderne, accepté par tous 
ses corehgionnaires d'Allemagne, à savoir que la nationa- 
lité juive n'existe plus, que le judaïsme n'est plus qu'une 
confession religieuse et que les israéhtes d'Europe n'ont 
d'autre patrie que leurs pays natals, comme les autres 
habitants de ces pays. Et Mendelsohn n'est point un 
isolé ; il traduisait la pensée intime des juifs occiden- 
taux. La Révolution française sanctionne le principe de 
l'émancipation, et, chez presque tous les peuples européens, 
le xix^ siècle en voit la réalisation progressive. Jusqu'à 
ces vingt dernières années, on peut dire que l'idée sioniste 
ne se fait jour nulle part, que pas une note discordante 
ne se fait entendre contre l'œuvre d'affranchissement et 
d'assimilation, si l'on excepte, en 1862, une brochure, 
Borne et Jérusalem, de l'Allemand Moïse Hesse, où l'au- 
teur, inquiet sans doute des obstacles que l'émancipation 
rencontre eu certains pays, préconise la restauration de 
la nationalité juive sur un territoire particulier. Cette 
manifestation, que l'on considère alors comme archaïque, 
reste unique et sans écho. Partout, l'assimilation des 
Israélites s'accélère, sauf en Roumanie et dans l'Empire 
russe. Mais là même, l'heure semblait proche ; sous le 
règne du tsar Alexandre II, l'émancipation s'accomplissait 
par couches successives, quand la brusque explosion de 
l'antisémitisme vint, en 4881, arrêter le mouvement assi- 
milationniste, décourager les efforts et remettre en cause 
le progrès accompli, provoquer le mouvement de l'émi- 
gration et, subsidiairement, le réveil et la réincarnation 
des aspirations sionistes. A défaut d'autres preuves, 
qui d'ailleurs ne manquent point, la date des troubles 
antisémites et leur coïncidence avec les premières prédi- 
cations et les premières tentatives palestiniennes mé- 
ritent d'être retenues. C'est en 1882, au lendemain des 
excès provoqués peut-être, du moins tolérés par le gou- 
vernement russe, au lendemain de la promulgation des 
lois Ignatiev, qui expulsaient de toutes les campagnes et 
des villes du centre pour les rejeter dans leur zone de 
l'Ouest plus de six cent mille proscrits, c'est alors que 
le D^' Pinsker publie V Auto-Emancipation, et, comme 
Moïse Hesse, préconise le seul remède au « mal juif que 
ne peut guérir ni l'humanité ni le progrès », la création 
d'un domicile propre. Pinsker, précisant davantage, pro- 
pose la Palestine, la Syrie ou les Etats-Unis, demandant 
une expertise pour savoir où l'on pourrait fixer la nou- 
velle patrie. La brochure de Pinsker eut du retentisse - 
sèment; l'heure psychologique avait sonné. Il faut obser- 
ver que sa prédication avait été devancée par l'exemple. 
En avr. 1881, quelques juifs russes avaient émigré en 
Palestine et y avaient fondé la première colonie juive, 
Richon Zion. Un double courant d'émigration se dessine 
dès 1882, dont la diversité est due à la différence des 
catégories sociales qui se laissent entraîner par ces cou- 
rants. D'une part, des étudiants, des intellectuels; 
d'autre part, des ouvriers. Ceux-ci s'embarquent pour les 
Etats-Unis, afin d'y chercher seulement du travail et du 
pain, sans aucune arrière-pensée de patrie à fonder; en 
vingt ans, plus de 800.000 ont franchi l'Atlantique. 
Les autres, se tournant vers la Palestine, fondent des 



sociétés de colonisation palestinienne (Ghovevi Zion). — 
Le sionisme politique n'est pas encore créé : il s'agit 
seulement d'établir de petits centres agricoles où les 
juifs pourront travailler et prospérer en paix, entre eux, 
sur un sol autonome, mais sans prétendre à constituer 
un véritable Etat. Ces Chovevi Zion commencent, à 
couvrir l'Europe orientale ; quelques chrétiens ne laissent 
pas de les encourager : tels sir Lorence et iady Oliphant, 
qui prêchent aux juifs de Roumanie la colonisation pales- 
tinienne, donnent un appui pécuniaire aux Chovevi Zion 
de Galatz. Plus tard, en 1884, le D^ Birnbaum crée à 
Vienne un organe bimensuel, Selhst Emancipation, et 
y fonde un Choveve Zion. L'action de ces sociétés se tra- 
duit par de modestes, mais intéressants efforts ; une ving- 
taine de colonies se fondent peu à peu en Judée et en 
Galilée qui, sans nul doute, auraient péri sans la généro- 
sité du baron Edmond de Rothschild, mais dont certaines 
vivent et attestent au moins l'aptitude des Israélites au 
travail de la viticulture. 

En 1892, une entreprise qu'on peut rattacher à ces 
essais se produit, plus vaste ; son auteur, nullement sio- 
niste, dirige ses capitaux et sa pensée vers une région 
tout autre. Nous voulons parler de l'œuvre agricole du 
baron de Hirsch dans la République Argentine. C'est 
encore une reprise de l'antisémitisme officiel en Russie et 
les expulsions brutales de Moscou et non le sionisme lit- 
téraire ou politique qui inspira à de Hirsch le projet de 
relever par le travail agricole les juifs de Russie, de Po- 
logne et de Roumanie de la déchéance dont les frappent 
les lois et les mœurs, de les soustraire à la misère maté- 
rielle et morale qui en résulte, par une transplantation 
continue et régulière dont il ferait les frais, dans les pays 
neufs de l'Amérique du Sud. Toute idée de futur Etat 
juif est absente de ce plan qui prévoyait, au contraire, 
l'encadrement facile et rapide des émigrés au sein de la 
jeune nationalité argentine. Mais surtout rien n'était plus 
antipathique à de Hirsch que la pensée de coloniser la 
Palestine, dont les ressources économiques et l'avenir 
politique, soit sous le régime turc, soit dans l'hypothèse 
d'un partage de l'Empire ottoman, lui inspiraient les plus 
vives méfiances. 

De Hirsch ne vécut pas assez pour voir le succès de sa 
tentative, mais assez pour apprendre aux prix de quels 
sacrifices et de quelles difficultés on parvient à créer arti- 
ficiellement une trentaine de colonies capables de faire vivre 
1.200 familles, soit 10.000 personnes. Cet exemple, s'a- 
joutant aux précédents palestiniens, permettait d'entrevoir 
les chances que pourrait avoir la création d 'un véritable 
Etat. Mais la cause qui avait provoqué la fièvre palesti- 
nienne, loin de s'atténuer, s'aggravait chaque jour et 
l'entretenait en dépit des obstacles et des mécomptes. Le 
précurseur Pinsker était mort après avoir donné l'impul- 
sion première ; en 1896, entre en scène le D^ Herzl, et 
c'est lui qui va imprimer à l'idée sioniste son essor actuel. 
C'est à lui que le parti devra, non seulement sa théorie 
complète et systématisée dans la brochure intitulée VEtat 
juif, mais encore son programme d'action, son organisa- 
tion pratique, sa représentation parlementaire qui, depuis 
1897, se réunit à Bàle, en congrès annuels, ses organes 
périodiques, enfin la création de ses ressources financières. 

La doctrine. S'il est un homme que le sionisme reli- 
gieux ou historique n'ait guère ou point influencé, c'est assu- 
rément l'auteur de VEtat juif. Indifférent aux questions 
rituelles, étranger aux matières hébraïques, d'origine hon- 
groise et d'éducation germanique, il apparaît, jusqu'à ces 
dernières années, comme un pur produit de la culture alle- 
mande, et ne devait sa notoriété, déjà considérable dans 
l'Europe centrale, qu'à son talent de critique littéraire. C'est 
en 1896 seulement qu'il commence à se préoccuper de la 
question juive, vers laquelle son attention est attirée par les 
progrès de l'antisémitisme et son extension des bords de 
la Neva et du Danube jusqu'aux rives de la Seine. Dès les 
premières Hgnes, la brochure révèle les motifs qui ont 



m - 



SIONISME 



amené Ilerzl à ses conclusions, «l^a question juive existe; 
ce n'est pas une question religieuse m même sociale, c'est 
une question nationale. C'est un legs du moyen âge dont 
les peup'es civilisés ne sauraient se débarrasser. Nous ne 
devons pas oublier, même au milieu d'une époque assom- 
brie par l'antisétimitisme, (qu'elle fut précédée d'une pé- 
riode plus généreuse à la suite de laquelle les peuples ci- 
vilisés nous accordèrent l'équivalence sociale. La volonté 
a été évidemment bonne. Toutefois, les résultats laissè- 
rent à désirer. A qui la faute ? Probablement à tous les 
deux ou plutôt à de lointaines survivances de facteurs que 
les lois et les décrets restent impuissants à abolir. Les lois 
furent plus humaines que les coutumes. Nous avons loya- 
lement essayé de rentrer dans les collectivités qui nous en- 
vironnent, en ne conservant que la foi de nos pères. On ne 
l'admet pas. En vain sommes-nous des patriotes, voire 
même, en certains endroits, d'exubérants patriotes. Les 
peuples sont tous antisémites, et la question juive est 
posée partout oîi les juifs vivent en nombre tant soit peu 
considérable, » — « L'antisémitisme est éternel, dit encore le 
D^ Herzl, parce que nous avons perdu notre assiinila- 
bilité, par le fait du ghetto » Tpuis, sentant quel parti les 
antisémites pourraient tirer de cette déclaration, il s'em- 
presse d'ajouter un correctif: «L'assimilation serait pos- 
sible, si on nous laissait tranquilles pendant deux généra- 
tions, mais on ne nous laissera pas tranquilles; après de 
courtes périodes de tolérance, l'hostilité se réveille tou- 
jours ». -T II y a, entre ces diverses propositions, quelques 
contradictions, mais retenons seulement que, de l'aveu de 
Ilerzl, le sionisme, ou plutôt l'idée d'un Etat juif, a pour fac- 
teur unique l'antisémitisme européen. Il s'agit de se créer 
un refuge afin de se soustraire à la misère morale et maté- 
rielle, au mépris humiliant et à la haine persécutrice des 
peuples, et non pas d'accomplir on ne sait quelles pro- 
phéties messianiques. Et de fait, Herzl ne parle pas de sio- 
nisme au cours de sa brochure ; le nom de Palestine n'y 
est pas prononcé ; il veut un Etat juif, mais sans en dé- 
terminer l'endroit. La vérité est qu'au moment où il publiait 
sa brochure, l'auteur dirigeait ses regards vers des pays, 
moins historiques que le sol anccstral, mais plus fertiles, 
du nouveau continent. Quelle cause put donc détourner 
son attention vers la Palestine ? Un simple intérêt de 
propagande. Il était expédient de mettre la main sur 
toutes ces sociétés sionistes, ces « Ghovcvi Zion », qui 
depuis quinze années se multipliaient à travers l'Europe 
orientale et centrale. L'influence de ces groupes et 
leurs ressources étaient encore médiocres, mais non pas 
négligeables aux débuts d'une prédication. Ils pouvaient 
fournir des éléments actifs et former les premiers cadres 
du nationaUsme juif. Pour ies conquérir il fallait adopter 
leur point de vue sioniste. La fusion s'opéra sur cette base 
transactionnelle. Au congrès de Bâle, le principe fut posé 
de l'Etat sioniste, le D^ Herzl reconnaissant « les atïinités 
qui existent entre la terre des aïeux et l'âme des juifs con- 
temporains ». C'est le politique pratique et non le théori- 
cien que venait de toucher la grâce sioniste. 

Les moyens d* action. Herzl dut faire d'autres sacrifices 
aux nécessités pratiques et apporter plus d'une modifica- 
tion à sa théorie de « l'Etat juif ». Le plan primitif prévoyait 
pour tous les pays où sévit l'antisémitisme un exode des 
Juifs méthodique et complet. Une grande société, la Jewisli 
Company, fondée au capital d'un milliard de marks, était 
chargée de liquider partout les biens meubles et immeubles 
des émigrants et leurs maisons de commerce, de procé- 
der à l'acquisition des territoires, d'y débarquer les futurs 
habitants, de les défricher et de faire construire les villes 
et les voies de communication par les ouvriers juifs, le 
travail et le gouvernement étant organisés d'après les con- 
ceptions et les règles d'une démocratie socialiste, fédéra- 
tive, progressiste, pénétrée de la civilisation occidentale 
et des idées les plus modernes et les plus scientifiques, A 
l'expérience, il fallut réduire ces projets grandioses. On 
se contenta de créer une banque, le Jewish Colonial 



Trust, au capital nomizial de 2 miUions de Hvres st., divisé 
en 4.999.900 actions de 4 livre, et de dOO actions de fon- 
dateurs de 4 livre, afin de se mettre à l'œuvre. Jusqu'ici 
il a été souscrit un capital de 6 millions de marks, sur 
lesquels 4 millions 4/2 ont été seulement versés. Quant 
au nombre global des adhérents, il est impossible de le 
déterminer. Au congrès de Baie de 4898, les délégués 
sionistes se flattaient de représenter près de 900 groupes. 
La Russie se plaçait en tête avec 373 groupes, l'Autriche 
248, la Roumanie 126, la Hongrie 38, l'Angleterre 27, 
l'Allemagne 25, Tltalie 12, la Suisse 6, le Transvaal 6, 
la Bulgarie 5, la Belgique 2, l'Egypte 2, la Turquie 2, 
la France 3, la Serbie 4 , la Grèce 4 , le Danemark 4 . 
On le voit, c'est l'Europe orientale qui forme le gros 
de l'armée sioniste; l'àutriche vient ensuite, et l'Europe 
occidentale ne figure que pour les chiftres relativement 
minimes, auxquels contribuent surtout des émigrés russes, 
polonais ou roumains. Cette statistique offre bien l'image 
d'une carte graduée de l'antiséoiitisme européen. Par- 
tout où règne l'égalité civile et politique, si même on 
constate des défaillances dans les mœurs publiques, le 
sionisme n'a pas sérieusement mordu. C'est ainsi qu'en 
France, en dépit des haines qu'ont développées les péri- 
péties de l'affaire Dreyfus, on ne saurait citer qu'un seul 
adhérent de marque : Bernard Lazare, lequel, sans être en 
communion absolue avec les sionistes, croit pourtant à la 
nécessité d'un groupement particulier sur un sol autonome. 
Le chef du sionisme ne dissimule point qu'il néglige le 
concours des juifs occidentaux qui possèdent ou croient 
posséder une patrie. Il les considère comme des dénatio- 
nalisés : c'est à ceux qui se voient refuser la patrie que 
le sionisme prétend apporter le salut. On ne peut contes- 
ter que la propagande a porté des fruits : les commu- 
nautés russes et roumaines sont enveloppées d'un réseau 
de sociétés et d'une atmosphère sionistes : les juifs les 
plus misérables trouvent moyen de prélever sur leur sa- 
laire de famille l'obole nécessaire à l'existence des Chovevi 
Zion. Les masses sur lesquelles est tombée la prédication 
de Herzl étaient prêtes à se laisser séduire et à accepter 
l'espoir le plus lointain, le plus chimérique, d'échapper 
enfin à leurs souffrances, à la persécution et au mépris 
des peuples. Toute autre espérance s'abolissait en elles 
devant la recrudescence des préjuges séculaires, Enfin, 
le sionisme avait pour lui d'être une théorie bien faite 
pour des esprits simples, sur les{|uels les souvenirs reli- 
gieux n'ont pas perdu toute influence, une solution extrême 
à l'usage d'âmes désespérées. Aussi bien ce qui doit étonner, 
ce n'est pas le nombre des adhérents qu'a recrutés le sio- 
nisme, c'est qu'il n'en compte pas davantage. Car, même 
dans l'Empire russe, il reste encore beaucoup d'Israélites 
qui voient le péril au point de vue politique. Ils mesurent 
les difficultés matérielles d'une émigration globale et 
comprennent les obstacles moraux qui s'opposent à la 
renaissance plus ou moins artificielle d'une nationalité 
juive. Malgré la communauté d'origine et de langue, 
la création d'une patrie même, ou surtout petite, est 
chose complexe, et plus encore k défense, le maintien 
et le développement de cette petite patrie au milieu des 
grandes agglomérations modernes. A preuve, les petites 
nationalités que le xix^ siècle a fait renaître à la vie indé- 
pendante, dont l'existence se traîne encore pénible et dont 
l'avenir n'est rien moins qu'assuré. Les juifs peuvent-ils 
se flatter d'un destin plus heureux, d'être plus cohérents, 
plus disciplinés, plus politiques que les Serbes, les Grecs, 
qui du moins n'avaient point perdu par la dispersion la 
tradition nationale et qui, vaincus sans être absorbés, 
restèrent incorporés au sol et, somme toute, maîtres de 
leur pays ? Mais le grief le mieux fondé que les antisionistes 
peuvent faire à la nouvelle doctrine et à ses chefs, c'est 
d'être encore dans la phase oratoire et propagandiste et 
de n'être pas entrés dans la voie d'application pratique. 

BifiL. : LAH4RANNE, la Nouvelle Question d'Orient ; Pa- 
ris, I8i6, — DA3>f, The Restauration of the Jews ; Edim- 



SIONISME — SIPHON 



- es 



bourg, 1861, — Rom und Jérusalem. Die letzte NationsiU- 
tatsfrage, dans Briefe und Noten; Leipzig, 1862. — Fr/EiNkel, 
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Juifs restaurés et la Question d'Orient; Paris, 1882. — 
Claude Couder, Die Colonisation Palœslinas ; Berlin, 1882. 
— Auto émancipation. Mahnruf an seinem slammesgenos- 
sen von einem russischen Juden; Berlin, 1882. —Claude 
Couder, The Future of Palestina ; Londres, 1892. — D'- Na- 
than BiRNBAUM, Die nationale Wiedergeburt des judis- 
ches Volkes in seinem. Lande als Mitteï zur Lœsung der 
Judenfrage ; Vienne, 1893. — Assimilation oder National- 
judenthum ; Berlin, 1894. — D" H. Sachs, Antisemitismtis 
und Siomsmus ; Berlin, 1895. — D»- Theodor Herzl, Ju- 
denstaat ; -Vienne, 1896. — Comité central de Bulgarie^ Ap- 
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Berl, le Mouvement sioniste et l'Antisémitisme (extrait 
de la Grande Revue du l" juil. 1899) ; Paris, 1899. — Jour- 
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L'Echo sioniste; Paris. — Die Welt^ Judisches Volks- 
blatt ; Vienne. — Boudouchtchnost ; Saint-Pétersbourg. — 
Hazefira ; Varsovie.— Central-Blatt der Israelit; Amster- 
dam. — Viitorul., Haioetz ; Bucarest. — Bibliographie du 
sionisme, dans T. Bogianekino, Del Sionismo; Ossei^a- 
zioni di Diritto internazionalo ; Bologne, 1899. 

SIONNE. Rivière de France (V. Loire [Haute-], 
t. XXII, p. 450). 

SIONNE. Corn, du dép. des Vosges, arr. de Neufchâ- 
teau, cant. de Coussey; 245 hab. 

SIONVILLER. Corn, du dép. de Meurthe-et-Moselle, 
arr. et cant. (S.) de Lunéville; 85 hab. 

SIORAC. Com. du dép. de la Dordogne, arr. et cant. 
de Ribérac ; 569 hab. 

SlORAC-ET-FoNGAUFFiER. Com. du dép. de la Dor- 
dogne, arr. de Sarlat, cant. deBelvès; 4.090 hab. Stat. 
du chem. de fer d'Orléans. 

SIOULE. Rivière de France (V. Allier, t. XXVII, et 
Puy-de-Dôme). 

SIOUVILLE. Com. du dép. de la Manche, arr. de 
Cherbourg, cant. des Pieux ; 476 hab. 

S 1 U X (V. Amérique, t. II, p. 688, Etats-Unis et Dakotas). 
SIOUX-CiTY. Ville des Etats-Unis (lowa), à l'E. du 
Missouri, au confluent du Big-Sioux-River ; 37.806 hab. 
en 1890. Nœud de voies ferrées ; centre industriel dont 
la population a quintuplé de 4880 à 4890 ; il exporte 
pluf) de 50 millions de viande conservée par an. Minote- 
ries, scieries, briqueteries, cigares. 

SIOUX-Falls. Ville des Etats-Unis (Dakotah du Sud), 
sur des rapides du Big-Sioux-River ; 40.477 hab. en4890. 
Grâce à la force hydraulique, l'industrie s'y développe 
rapidement. Nœud de cinq voies ferrées. 

SIPA. Ancienne ville péruvienne située aux pieds du 
Cerro du même nom, dans le dép. d'Ancachs. Les célèbres 
ruines ont été visitées et décrites par Ch. Wiener 
en 4878. On peut les diviser en deux catégories, la ville 
et les nécropoles ; les édifices de la ville ancienne sont 
bas, à l'aspect misérable, construits en schistes ardoisiers 
mal ajustés; les sépultures de la nécropole sont, au con- 
traire, d'un travail admirable; d'immenses blocs en granit 
transformés en sarcophages, des tombeaux parfois mono- 
lithes, dilithes, trilithes, souvent mégahthiques. Du Cerro 
de Pasacancha, une belle œuvre hydraulique, consistant 
en d'immenses vases communiquants qui subsistent en- 
core, conduisait l'eau sur le Cerro de Simk une hauteur 
considérable. Ch. Laroussie. 

SIPAHI (V. Spahi). 

SlPÉRINE (Chim.). L'écorce de Bebeerii Sipeeri 
contient deux alcaloïdes, la bébéérine (V. ce mot) et la 
sipérine. Cette dernière est une résine brunâtre, soluble 
dans l'alcool et l'éther. On la sépare de la précédente en 
tenant compte de leur inégale solubilité dans l'éther. CM. 
SIPHNÉE (Zool.). Les Siphnées [Siphneus Brants, 
4827) sont des Rats-Taupes qui par leur dentition se rat- 
tachent à la famille des Campagnols (V. ce mot). Les 
molaires ont, en effet, une couronne munie de replis en 
zigzags comme chez ces derniers, mais la forme du corps 
est adaptée à une vie souterraine, c.-à-d. ramassée, avec 
les oreilles et la queue courtes et les pattes antérieures 
très fortes, munies d'ongles propres à fouir. On connaît 
cinq espèces de l'Asie septentrionale et centrale. Le Siph- 



née zokor (S. spalax Pallas) eût un Rongeur de 28 cen^ 
tim. de long, à pelage gris roussâtre, qui habite la Sibérie 
méridionale, la Daourie et la Mongolie : on le trouve dans 
les monts Altaï. Il creuse de longues galeries comme la 
Taupe, mais se nourrit exclusivement de racines et de 
bulbes. Le S. Dybowskii est de la Sibérie orientale, les 
S. Fontanieri, S. Armandi et 5. spilunis de Chine et 
de Mongohe. — Le genre Ellobius (Fischer, 4844) est 
plus voisin, par sa dentition, des véritables Campagnols, 
bien qu'ayant l'aspect talpi forme des Siphnées. Le Mus 
talpinus de Pallas, type de ce genre, n'a pas plus de 
10 centim. de long. Il habite la Russie méridionale, la 
Crimée, le Turkestan. II a les mœurs du Zokor, bien que 
ses ongles soient courts, et répand une forte odeur mus- 
quée. Une seconde espèce {E. fuscicapillus) habite l'Af- 
ghanistan, et une troisième {E, lutescens) le Kurdistan, 
dans les montagnes. E. Trouessart. 

SIPHOCAMPYLUS (Siphoeampylus Pohl). ï. Rota- 
nique. — Genre de Lobéliacées, renfermant une centaine 
d'herbes ou d'arbustes de l'Amérique tropicale. Carac- 
tères principaux : verticille staminal attaché à la base du 
tube floral ; 2 anthères à sommet pénicillé ; capsule bivalve 
vers son sommet (Bâillon). Le S. caoutchouc Don produit 
une certaine quantité de caoutchouc. Plusieurs espèces 
sont ornementales. D^ L. Hn. 

IL Horticulture. — Les Siphoeampylus se cultivent 
en caisses ou en pots remplis d'un mélange de bonne 
terre franche et de terreau bien drainé. Ces plantes de- 
mandent de copieux arrosages pendant l'été, et peu- 
vent passer cette saison en plein air, mais on doit les 
rentrer en serre chaude ou tempérée pendant les froids. 
Leur multiplication se fait de boutures et aussi de graines 
qu'on sème en terrines sur du terreau. G. Boyer. 

SIPHON. I. Physique. — Ce petit appareil se compose 
d'un tube deux fois recourbé, en forme d'U ; il sert pour 
transvaser des liquides d'un vase supérieur dans un autre 
situé plus bas. Pour qu'un siphon fonctionne dans les 
conditions ordinaires, il faut qu'il soit rempli de liquide 
et que chaque* branche du siphon plonge dans un vase 
contenant le même liquide, on verra alors le liquide 
passer du vase supérieur par-dessus son bord dans le vase 
inférieur. La théorie du siphon montre de plus que la 
petite branche du siphon, c.-à-d. la distance verticale du 
point le plus élevé du tube au niveau du liquide supérieur, 
doit être plus faible que la colonne du même liquide ca- 
pable de faire équilibre à la pression atmosphérique, 
c.-à-d. qu'elle doit être inférieure à 40 m. environ s'il 
s'agit de l'eau ou à 76 centim. s'il s'agit du mercure. 

Nous allons établir la théorie du siphon (fig. 4) dans le 
cas général. Soient deux vases clos A et B ou la pression est 






A 


^ 


] H 




1 _r — . — 


-TTT.. - 


: — -rr-^r- 


~ ZE 


J — — " 



A \L 



5 



1. — Théorie du siphon. 



H et H', m le sommet du siphon et ab une section hori- 
zontale. Pour que le siphon une fois entièrement plein 
demeure en cet état, il faut qu'au point le plus haut, 
c.-à-d. en m, il n'y ait pas de vide, il faut donc qu'il 



- 69 - 



SIPHON 



existe en ce point une pression si petite qu'elle soit. Or, 
en ce point, la pression est égale à la pression H diminuée 
de celle que produit une colonne du liquide sur lequel on 
opère ayant pour hauteur la distance verticale du point m 
au niveau N. Si Ton appelle h cette hauteur et cl la den- 
sité du liquide, il faut donc que H — hd soit positif. Dans 
le cas ordinaire où H est la pression atmosphérique et où 
le siphon est plein d'eau, on a H = 4033 s** par centi- 
mètre carré, <i =: i, et par suite 1033 — /i X 1 ne sera 
positif que si h est inférieur à 1.033 centim. ou 10"", 33. 
Cette condition étant satisfaite, voyons le qu'il faut 
pour qu'il y ait écoulement. Supposons le siphon fermé 
en ab par une petite cloison et voyons les pressions qui 
s'exercent sur les deux faces. La pression qui s'exerce du 
côté du vase A est égale à H — Id, en appelant / la dis- 
tance verticale des niveaux ab et N. La pression qui 
s'exerce, en sens inverse, du côté du vaseB, est H' — Vd. 
Pour qu'il y ait écoulement de A vers B, il faut que la 
première pression soit supérieure à la seconde : 

H — M> W — Vd, 
Si ces deux expressions étaient égales, il y aurait équi- 
libre ; si la seconde pression était, au contraire, supérieure 
à la première, le liquide monterait de B en A. L'écoule- 
ment, dans le premier cas, se fait sous l'influence de 
l'excès de pression H — Id — (H' — l'd) ou H — H' 
4- (/' — l)d, ce qui sert à calculer le débit lorsqu'on 
connaît l'effet du frottement dans le tube de communica- 
tion. Cette expression de la pression en ab permet de 
résoudre les divers problèmes relatifs au siphon. Par 
exemple, étant donnés des vases cylindriques de section S 
et S', où la pression initiale est respectivement H et H', 
on peut calculer le volume de liquide qui passera de A 
en B avant que l'écoulement ne s'arrête par suite de l'équi- 
libre qui peut se produire parce que la pression H diminue, 
tandis que H' augmente et que, d'autre part, /' diminue, 
tandis que l augmente, de sorte que l'expression H — H' 
-f- (V — l)d, d'abord positive, peut devenir nulle. Si l'on 
appelle x la hauteur dont le liquide a baissé au moment 
de l'équilibre dans le vase A et i/ la hauteur dont il a 
monté dans le vase B, on a entre x et y une première 
relation exprimant que le volume S^ abandonné par le 
liquide dans A est égal au volume S'i/ qu'il a occupé dans 
B, d'où Sx r= S'y. D'autre part, en A le gaz occupait un 
volume LS sous la pression H au début, tandis qu'à la 
fin il occupe le volume (L -4- ^)S sous la pression finale H^. 
On a, entre ces diverses quantités, en appliquant la loi de 
Mariotte, la relation : LSH zzi (L -f- ^)SH^, de même 
dans le vase B on a L'S'H' = (V — î/)S'HV Quand 
l'écoulement cesse, on a entre H' et H\ la relation 

Hi - H', 4- [(/' ^y)^{l-^x)]dz=z 0. 
Des premières équations on tire 



et en portant dans la dernière il vient 
LH L'H' , ,, , 



L4-^ 



L' 



^,x 



["■ 



I']" 



:0, 



qui donne x par une équation du troisième degré. 

Cas particuliers. Supposons les deux vases ouverts 
dans l'air : H et H' représentent alors la pression atmos- 
phérique, sensiblement la même en ces deux niveaux, de 
sorte que l'écoulement se fait en vertu de la différence 
{V — l)d, c.-à-d. en vertu de la différence des niveaux 
du liquide dans les deux vases. L'écoulement cesse lorsque 
l' — l devient nul, c.-à-d. lorsque le niveau est le même 
dans les deux vases. Mais il n'en serait plus de même si 
H — H', qui est positif mais très faible, n'était pas né- 
gligeable devant (/' — l)d: ce cas peut se produire si d 
est très petit ; c'est ce qui arrive lorsqu'au lieu d'un 
liquide on a affaire à un gaz. Si le gaz est plus léger que 
l'air, H — H' est alors plus grand que (/^ — l)dei alors 



le gaz se rend du vase B dans le vase A. C'est ce qui 
arrive, par exemple, quand dans une grande salle ah- 
mentée par une canalisation unique de gaz se trouvent des 
becs de gaz à des hauteurs différentes. Si l'on ouvre éga- 
lement tous les robinets, le gaz s'échappe en abondance 
par les becs les plus élevés, tandis qu'il sort à peine par 
les becs les plus bas ou même, si l'afflux de gaz est in- 
suffisant, l'air rentre dans les becs inférieurs, tandis que 
le gaz s'échappe par les becs supérieurs. Un cas particu- 
lier analogue peut se présenter si le siphon et les deux 
vases sont immergés dans un liquide plus dense que celui 
qui remplit le si- 
phon. En appelant D 
cette densité. H' est 
égalàH+(/'-/)D, 
de sorte que l'ex- 
pression H — W 
-H (/'— l)d devient 
(/'-/)(cZ--D);elle 
est négative puisque 
D > t^, de sorte que 
l'écoulement se fait 
en sens inverse de 
B en A. 

Jusqu'ici, nous 
avons supposé que 
la branche inférieu- 
re du siphon plon- 
geait dans un liqui- 
de; cette disposition 
n'est pas indispen- 
sable ; il faut seu- 
lement que l'air ne 
puisse rentrer par 
cette branche, il suf- 
fit pour cela que 
l'écoulement de 
l'eau soit suffisam- 
ment rapide ; cet 
écoulement doit être 
d'autant plus rapide 
que la section du 
tube est plus large ; 
avec les tubes capil- 
laires l'écoulement 
peut être très lent, 
sans que cette rentrée d'air soit à craindre. 

La théorie précédente montre encore que la longueur 
des branches du siphon n'a aucune importance, c'est seu- 
lement la différence de niveau qui intervient dans la for- 
mule. Elle montre aussi que si la pression H est notable- 
ment supérieure à H^ le liquide pourra passer de A en B 
même si le niveau de B est supérieur à celui de A. C'est 
ce qui arrive, par exemple, dans les siphons d'eau de Seitz, 

Nous avons vu au début que pour qu'un siphon fonc- 
tionne il fallait le remplir de liquide ; il peut toutefois 
exister de l'air dans les siphons pourvu qu'il n'intercepte 
pas la communication entre le liquide des deux branches ; 
c'est ce que montrent les deux dispositifs de la fig. 2. 
Dans le dispositif A, le liquide se déverse dans la partie 
qui joint les deux branches ; dans le dispositif B, le liquide 
jaiUit au milieu de l'air raréfié que contient le siphon. 

Amorçage des siphons. Lorsqu'il s'agit de transvaser 
de l'eau d'un vase dans un autre, il est facile de remplir 
le siphon ; on bouche ses extrémités avec deux doigts, l'on 
retourne le siphon de façon qu'une branche plonge dans 
chacun des vases et l'on retire alors les doigts. Mais cette 
opération ne peut se faire ainsi pour beaucoup de liquides : 
par exemple, avec les liquides corrosifs ; on emploie alors 
l'une des dispositions représentées par la fig. 3. Dans la 
première, on aspire par A après avoir fermé B par un 
petit bouchon ou avec le doigt recouvert d'une lame de 
caoutchouc, et après avoir plongé l'extrémité C dans le 




Fig. 2. —A, siphon contenant de 
l'air; B, siphon à jet d'eau intérieur. 



SIPHON 



~ TO - 



liquide à transvaser. Dans la secoiïde, au lieu d'aspirer 
avec la botîche, on chasse l'air d*ane poire de caoutchouc 
et celle-ci, en revenant à sa forme primitive, aspire le 




^^ 



Fig. 3. — Amorçage des siphons : ABC, siphon amor- 
çable par aspiration; A'B'C' siphon amorçable à Taide 
d'une poire en caoutchouc; ab, siphon restant toujours 
amorcé. 

liquide et amorce le siphon. Dans la même fig. 3 est repré- 
senté un siphon dont les extrémités sont relevées. Un 
pareil siphon une fois amorcé et maintenu vertical ne se 
désamorce plus ; on peut le retirer des vases où il est 
plongé, le liquide reste dans le siphon se maintenant en 
a et /? sur un même plan horizontal. Il fonctionne aussitôt 
qu'on le plonge dans deux vases de niveaux différents. 

Applications. Un certain nombre d'applications résul- 
tent des explications précédentes ; en voici d'autres : on 
peut faire franchir à une canalisation un obstacle pourvu 
qu'il n'ait pas plus de 40 m. de hauteur, sans dépenser de 
force pour élever l'eau. Toutefois, si l'on dispose d'une 
pression H suffisante (fig. 1), l'obstacle peut avoir plus 
de 10 m. de haut. C'est ce qui arrive souvent dans l'ad- 
duction d'eau de source par des aqueducs. Le niveau ini- 
tial de la source étant suffisamment élevé, on pourra 
dans le parcours faire franchir à l'eau des collines assez 
élevées. 

On a employé des siphons pour avoir des écoulements 
constants : pour 'cela on fixe un flotteur sur la courte 
branche d'un siphon et on équihbre l'autre par un fil pas- 
sant sur une poulie et munie d'un contrepoids. A mesure 
que le niveau baisse dans le vase, le siphon qui flotte à la 
surface baisse aussi, de sorte que la distance verticale 
comprise entre le niveau du liquide et l'extrémité de la 
grande branche reste , constante et, par suite, la vitesse 
d'écoulement qui ne dépend que do cette distance reste 
aussi la même. 

Les siphons servent aussi à produire des écoulements 
discontinus : la fig. ^ représente diverses dispositions de 

pareils siphons. En A 
se trouve un vase dont 
le fond laisse passer 
un tube en U; Teau 
arrivant dans ce vase 
d'une façon continue, 
le siphon ne s'amorce 
que quand le niveau 
atteint le plan a, le 
vase se vide alors et 
le siphon se désa- 
morce ; le vase se 
remplissant de nou- 
veau, les mêmes phé- 




Fig. 4. 



Vases de Tantale. 




Source intermittente 
(coupe). 



les mêmes phénomènes se produisent. On désigne sous le 
nom de vase de Tantale un verre de ce genre où le siphon 
est caché à Tintérieur d'une petite statuette représentant 
Tantale ; ce siphon est placé de telle sorte qu'il se trouve 
amorcé un peu avant que le niveau de l'eau n'atteigne 
les lèvres de la statue ; le vase se vide alors. 

Certaines sources intermittentes doivent avoir une cons- 
titution analogue, comme le montre la fig. 5. Sous le 
sol, représenté en 
coupe, se trouve une 
cavité naturelle où 
s'accumule par in- 
filtration l'eau de la 
pluie; cette eau peut 
se déverser au de- 
hors par un canal 
sinueux faisant l'of- 
fice de siphon : tant 
que le niveau de 
l'eau n'atteint pas 
le plan a, il n'y a 
pas écoulement ; au 
contraire, quand 
l'eau arrive en a, le siphon s'amorce et la source S coule 
jusqu'à ce que la cavité soit entièrement vidée ; l'écoule- 
ment s'arrêtera alors pour reprendre dès que l'eau aura 
atteint de nouveau le niveau a. Si la cavité est située 
très profondément, l'afflux des sources qui y arrivent 
pourra être très peu influencé par les pluies, être très 
régulier et, par suite, l'intermittence pourra se produire 
à intervalles à peu près identiques. A. Joannis. 

^ IL Travaux publics. — Le siphon est susceptible 
d'un certain nombre d'applications dans l'industrie et les 
travaux pubHcs. Dans l'industrie, il est très employé pour 
transvaser, décanter les liquides, maintenir le niveau 
constant dans des réservoirs, etc. ; il consiste en un tube 
recourbé presque à 480° dont les deux branches sont 
d'inégales longueurs. Après l'avoir rempli de liquide que 
l'on maintient en plaçant un doigt à chaque extrémité, on 
le renverse de manière à faire plonger la plus courte 
branche dans le liquide à décanter et à ce que l'extrémité 
de la branche la plus longue soit à un niveau plus bas 
que celle de l'autre branche ; dans ces conditions, l'écou- 
lement se fera d'une manière continue par la branche 
longue avec une vitesse due à la différence de niveau des 
liquides des récipients dans lesquels plongent les branches 
du siphon. On adapte souvent la plus courte branche du 
siphon sur un flotteur pour lui permettre de suivre les 
mouvements du liquide à décanter. L'amorçage des si- 
phons de grandes dimensions ne peut être réalisé par le 
moyen indiqué précédemment ; on peut alors, après avoir 



nomènes se reproduisent. En B, le siphon est d'un genre 
un peu différent : la longue branche est représentée par 
le tube central et la petite branche par l'espace annu- 
laire compris entre ce tube et l'éprouvette qui le recouvre ; 




Fig. 6. — Siphon avec amorçage automatique. 

bouché l'extrémité des branches, remplir le siphon par 
une ouverture pratiquée à la partie supérieure du coude, 
puis, après avoirfermé cette ouverture, on débouche d'abord 
l'orifice de la branche courte, puis celui de la branche 
longue. Dans le même but, on peut amorcer le siphon au 
moyen d'une pompe à faire le vide en relation avec le 
coude du siphon, les deux branches de l'appareil doivent 




alors plonger dans le liquide qui s'élèvera par l'effet du 
vide produit. Lorsque le siphon est destiné à maintenir le 
niveau constant dans un réservoir, à en déverser le trop 
plein, on emploie des dispositifs qui assurent l'amorçage 
automatique du siphon dès que le niveau à maintenir se 
trouve dépassé. La fig. 6 indique un dispositif fréquem- 
ment employé. Le point haut P du siphon dont la 
petite branche plonge dans le réservoir dont on veut 
maintenir le niveau de façon qu'il ne dépasse jamais la 
ligne AB, et la grande branche plonge toujours dans 
une cuvette pleine d'eau, est relié par un tube PF 
à tuyau coudé 
AFG de dimen- i 
sions beaucoup 
plus réduites 
que celles du 
siphon et dont 
la branche ho- 
rizontale est dis- 
posée suivant la 
ligne AB de 
trop-plein. Aus- 
sitôt que le ni- 
veau AB sera 
dépassé , l'eau 
s'écoulera parle 
tuyau AFG, et 
cet écoulement 
entraînera l'air 
contenu dans le 
tube HP et pro- 
duira ainsi le 
vide dans le 
coude du siphon, provoquant par là l'amorçage. 

Indépendamment de ses emplois dans l'industrie, le siphon 
est utilisé dans la construction des aqueducs, pour maintenir 
des niveaux constants dans les réservoirs contenant l'eau 
emmagasinée pour les irrigations, pour faire traverser une 
vallée ou un obstacle quelconque à des eaux captées pour 
l'alimentation des villes ou à des eaux d'évacuation. C'est 
ainsi qu'à Paris, le réseau d'égouts comporte plusieurs 
siphons : le siphon Morland, formé de deux tuyaux de 
0^,60 de diamètre ; les siphons de l'île Saint-Louis, de 
la Cité, de l'Aima, formés chacun de deux tuyaux de 0"\40 
à d m. de diamètre noyés dans le lit de la Seine dans 
un massif en béton ; le siphon de la Concorde, véritable 
tunnel circulaire de 1^,80 de diamètre intérieur creusé 
dans le sous-sol de la Seine. En raison de son installa- 
tion toute spéciale, nous donnerons quelques indications 
complémentaires sur le siphon Morland que représente la 
%. 7. Ce siphon se compose de deux tubes circulaires 
de 0"^,60 de diamètre partant du puisard amont longeant 
les deux têtes du pont Morland, en suivant la courbure de 
la voûte et aboutissant au puisard aval. L'arcadier de la 
galerie du siphon amont se trouve environ à 0"s20 en 
contre-haut de la galerie aval. L'amorçage se fait au 
moyen de trompes système Giffard, placées sur des con- 
duites d'eau de 0'",10 de diamètre. Il y a une trompe 
par conduite et trois conduites pour chaque siphon. Les 
trompes correspondent entre elles par des chambres à air 
situées au sommet des siphons. Les conduites d'eau peu- 
vent être alimentées à volonté par de l'eau de l'Ourcq 
dont la pression est de 7 à 8 m. ou par de l'eau de Seine 
qui a, en ce point, une pression de 30 à 40 m. L'amor- 
çage à l'eau de l'Ourcq demande vingt à vingt-cinq mi- 
nutes, celui à l'eau de Seine douze à dix- huit minutes. 

III. Economie domestique (V. Eaux gazeuses). 

IV. Chirurgie. — Le siphon a été employé en médecine 
pour l'évacuation des collections liquides, en particulier des 
collections purulentes de la plèvre ; son emploi constitue en- 
core de nos jours la méthode de Bulau, très répandue en 
x\llemagne. Nous-même avons évacué un kyste hydatique 
purulent, grâce à un siphon extemporanément confectionné 



— SIPHON — SIPilONOPIÏORLS 

à l'aide d'un trocart de Potain et d'un tube de caoutchouc. 
Mais l'emploi du siphon, dans ce cas, ne peut être imposé 
que par des circonstances particulières, et l'incision nette 
avec évacuation rapide nous parait mieux cadrer avec les 
tendances de la chirurgie moderne. Le tube de Faucher 
et ses dérivés, qui servent au lavage de l'estomac, n'agis- 
sent que par le mécanisme du siphon. D^ S. Morer. 
SIPHONAPTÈRE (Entom.) (V. Aph^niptère). 
SfPHONARIÂ (Malac). Pulmonés vivant au niveau des 
marées, contenus dans une coquille patelliforme, assez 
épaisse, conique ou déprimée, à sommet postérieur, ornée 

do côtes ou de 
J stries rayon- 
nantes. Sur la 
face interne de 
la coquille et au 
bord droit exis- 
te une gouttière 
bien marquée. 
Les Siphonaires 
habitent les cô- 
tes des régions 
chaudes. 

SIPHONÉES. 
Groupe d'Al- 
gues, consti- 
tuant avec les 
Conjuguées, 
les Conferva- 
cées, etc., l'or- 
dre des Chloro- 
phycées (V. Al- 
gues, p. 496). 
SIPHONIA (Sipkonia Park.). Genre de Spongiaires- 
Tétractinellides fossiles, du groupe des Lithistides, dont 
la forme rappelle celle d'une pomme ou d'une poire, 
généralement pédicules, avec cavité centrale profonde et 
de nombreux orifices de canaux à la surface. Les espèces 
sont assez nombreuses dans le crétacé moyen et supérieur 
et sont souvent transformées en silex. S. tulipa Zitt. se 
rencontre dans le cénomanien de Blackdown (Angleterre). 
Le genre Jen a Lamx., également crétacé, est très voisin 
des Sipkonia. D^ L. Hn. 

SIPHONIE (Bot.) (V. Caoutchouc et Hevea). 
SI PHONOPHORES(Zool.). Groupe de Cœlentérés, de la 
classe des Hydroméduses, dont les représentants constituent 
des colonies libres, nageuses, et portant à la fois des indivi- 
dus d'origine polypoïde et d'autres d'origine médusoide, 
mais si étroitement en relation les uns avec les autres 
qu'on peut pliysiologiquement considérer chaque colonie 
comme un organisme simple et les individus signalés 
comme des organes appendiculaires. Il existe toujours un 
tronc, sur lequel sont attachés les individus ou organes, 
sorte de tige creuse mobile et contractile où circule le 
liquide nutritif mis en mouvement par des contractions 
musculaires et des cils vibratiles. Le tronc est long ou spi- 
rale (Physophorides, Diphyides), ou globiforme (Physa- 
lides), ou en disque aplati '(Vélellides). Sauf chez les Di- 
phyides, l'extrémité supérieure du tronc est pourvue 
d'une vessie natatoire ou pneumatophore permettant à 
la colonie de flotter et de s'élever ou de plonger selon le 
besoin ; volumineuse chez les Pliysalides, de très petite 
dimensicvn chez les Physophorides, elle est remplacée 
chez les Vélellides par des galeries aérifères creusées 
dans le squelette. Chez les Physophorides et les Diphyi- 
des se voient des appendices en forme de clochettes 
{nectocalyces ou vésicules natatoires). Méduses transfor- 
mées qui constituent un appareil locomoteur. Au-dessus 
de la vessie aérienne ou des nectocalyces, quand ils exis- 
tent, se rencontrent toujours des individus stériles, po- 
lypes nourriciers ou hydrantlies, encore appelés tubes 
en suçoir, à trompe et sans tentacules et, de plus, des 
bourgeons sexuels ou gonophores chargés des fonctions 



SIPHONOPHORES — SIRE 



72 



de reproduction. A la base du pédoncule qui supporte le 
polype nourricier se forme, par gemmation, un long fila- 
ment préhensile (fil pêcheur), très contractile et muni le 
plus souvent de capsules urticantes ou nématocystes, 
disposés en séries ou groupés en bourgeons urticants. Les 
Vélellides ne possèdent pas de fils pêcheurs. Les gono- 
phores, diversement distribués, sont parfois réunis en 
grappes ; Huxley appelle androphores ceux qui renfer- 
ment des spermatozoïdes, gyno phores ceux qui contien- 
nent des œufs. Les gonophores, encore appelés gemmes 
médusiformes, ou bien restent attachés à la colonie jus- 
qu'à la sortie des éléments sexuels, ou se détachent sous 
forme de Méduses libres, sexuées, très petites (Eudoxies). 
Ces gemmes se séparent de bonne heure chez les Vélel- 
lides sous forme de Méduses libres (Chrysomitra) qui 
produisent les éléments sexuels. Chez certains Siphono- 
phores, on voit encore des tentacules ou hydrocystes, 
d'origine polypoïde, et des boucliers ou hydrophyllies, 
sorte d'écaillés foliacées, qui protègent les individus ou 
organes. Les colonies sont monoïques, rarement dioiques; 
la fécondation a lieu en dehors des gonophores ; de l'œuf 
nu sort une larve, de forme variable, au pôle supérieur 
de laquelle apparaît tout d'abord la vessie aérienne ; les 
autres organes apparaissent successivement. Les Sipho- 
nophores sont surtout répandus dans les mers chaudes 
du globe et se tiennent de préférence en pleine mer. Ils 
se divisent en quatre groupes : Diphyides, Physopho- 
rides, Physalides, Vélellides (V. Diphyes, Physalie, 
Velelle). D^ L. Hn. 

SIPIB08 (Anthr.) (V. Pérou, t. XXVI, p. 419). 
SI PI RI (Bot.) (V. Bebeeru). 
SI PO N CLES (Ânnél.). Groupe de Vers Géphyriens, pris 
quelquefois comme synon yme de Géphyriens Inermes et alors 
caractérisé par le corps dé- 
pourvu de soies, la bouche si- 
tuée à l'extrémité d'une trompe 
en général rétractile, et l'anus 
dorsal ; la famille des Sipon- 
culides a pour caractères prin- 
cipaux : corps allongé, cylin- 
drique, non articulé, trompe 
rétractile, entourée de tenta- 
cules frangés ou lobés ; anus 
placé sur la face dorsale ; in- 
testin spirale. Marins, se nour- 
rissent de détritus d'animaux 
et de végétaux. Le genre prin- 
cipal, Sipunculus L., très 
cosmopolite , comprend une 
soixantaine d'espèces, parmi 
lesquelles : S. nudus L., du 
littoral méditerranéen ; S, obs- 
curus de Quatref., commun 
sur les côtes de l'Atlantique ; 
S. carneus Dies. de la mer 
Rouge, S phalloïdes Pall. et 
S. violaceus de Quatref. de la 
mer des Indes, et enfin S. edu- 
lis (Lumhricus edulis Pall.) 
qu'on mange à Java. Le genre 
voisin, Phascolosoma Lkt.,di 
généralement les tentacules 
simples, filiformes ou foliacés ; 
Ph. lœve Kef, et Ph. granit- 
latum Lkt. sont méditerra- 
néens; Ph. elongatum Kef. 
{Sipunculus elongatus de 
Quatref.) se rencontre à la fois 
dans la Méditerranée et dans 
l'Océan. Citons encore les gen- 
res Phascolion Th., Petalostoma Kef., Aspidosiphon 
Deis., etc. D^ L. Hn. 

SI PU LU SZ. Pseudonyme de Victor Rakosi (V. ce nom). 




Sipunculus nudus L., ou- 
vert latéralement: i, ten- 
tacules ; V, cordon gan- 
glionnaire ventral ; d, 
intestin; a, anus; 5, né- 
phridies ; gf, cerveau 
(d'après Keferstein). 



SIPUNCULACE^, SIPUNCULIDES (AnnéL) (V. Si- 

PONCLES). 

SIR. Titre anglais donné aux baronnets et écuyers 
(knight) ; il se place avant le nom de baptême, lequel 
doit toujours être prononcé ensuite, même si Ton omet le 
nom de famille. Placée seule, l'appellation de 5/r est sim- 
plement une marque de déférence de fils à père, d'infé- 
rieur à supérieur, notamment en s'adressant au roi ou à 
un prince royal. Dans le langage parlementaire, sir dé- 
signe le président (speaker) auquel l'orateur est censé 
s'adresser. Dans l'usage courant, on est arrivé à employer 
sir comme le français monsieur vis-à-vis de toute pei^- 
sonne de bonne compagnie. 

SIRAC. Corn, du dép. du Gers, arr. de Lombez, cant. 
de Cologne; 300 hab. 

SIRACOURT. Corn, du dép. du Pas-de-Calais, arr. et 
cant. de Saint-Pol ; 151 hab. 

SIRACUSA (V. Syracuse). 

SI RADAN. Torrent du dép. de la Haute-Garonne (V. Gâ 
ronne [Haute-], t. XVIH, p. 554). 

SI RADAN. Com. du dép. des 'Hautes-Pyrénées, arr. de 
Bagnères-de-Bigorre, cant. de Mauléon-Barousse, dans la 
vallée de Siradan, à 450 m. d'alt.; 310 hab. Eta- 
blissement thermal fréquenté, où sont utilisées des eaux 
ferrugineuses bicarbonatées et des eaux sulfatées cal- 
ciques. 

SIRAN.Com. du dép. du Cantal, arr. d'Aurillac, cant. 
de Laroquebrou ; i.WI hab. Stat. du chem. de fer d'Or- 
léans. 

SIRAN. Com. du dép. de l'Hérault, arr. de Saint-Pons, 
cant. d'Olonzac; 955 hab. 

SIRAN I (Giovanni- Andréa), peintre et graveur italien, 
né à Bologne en 1610, mort à Bologne en 1670. Elève 
de Caredone et Guido Reni, il fonda une école importante 
à Bologne, après la mort de Reni. Il a terminé plusieurs 
tableaux de son maître et a peint dans sa manière : Christ 
en Croix, le Repas chez les Pharisiens. Graveur très 
habile, il a gravé : Saint Michel, Apollon et Mar^ 
syas, etc. 

SIRANI (Elisabeth), femme peintre italien, née à Bologne 
le 8 janv. 1638, morte à Bologne en 1665. Fille et élève du 
précédent, elle s'est appropriée le faire de Guido Reni 
avec lequel on confond souvent ses tableaux. Ceux-ci sont 
bien dessinés, soignés et expressifs. Elle a fait des por- 
traits très ressemblants (son propre portrait, le Comte 
Ranuzzi, la Comtesse Calderini), les Dix mille mar- 
tyrs (àMantoue), Sainte Thérèse, le Baptême du Christ 
(Chartreuse de Bologne), Saint Antoine de Padoue bai- 
sant les pieds du Christ (Bologne), une Sainte Vierge 
(Saint-Pétersbourg), Massacre des premiers chrétiens 
(Cassel). On lui doit aussi des gravures de la Mère de 
Dieu de Raphaël, de la propre Mater dolorosa, etc. 

SI RAT. Plaine d'Algérie (V. Ceirat). 

SIRAUDIN (Paul), auteur dramatique français, né à 
Paris le 18 déc. 1813, mort à Enghien le 8 sept. 1883. 
Très doué pour le théâtre, il a écrit, soit seul, soit avec des 
collaborateurs, une infinité de pièces, surtout des comédies, 
des vaudevilles et des parodies. Siraudin triompha sur- 
tout sur les scènes du Palais-Royal et des Variétés. Par 
la suite, il cumula sa profession d'auteur dramatique avec 
le métier de confiseur ; il y réussit d'ailleurs à merveille. 
Parmi ses innombrables productions, citons : l'Amant de 
cœur (1851), vaudeville; VAmi des femmes (1861), co- 
médie ; Un bal d'Auvergnats (1855), vaudeville ; le Chat 
de Cendrillon (1855), id. ; la Femme sérieuse (1864); 
la Veuve au camélia (1857); les Idées de Beaucornet 
(1867) ; le Phonographe (1878), etc. Il a écrit avec Clair- 
ville le fameux livret de la Fille de M"^^ Angot. R. S. 

SIRDARIA (V. Syr Daria). 

SIRE. Titre français, qui ne se donne plus qu'aux rois. 
Au moyen âge, il se donnait à tous les seigneurs, même 
ecclésiastiques (sire évêque, sire abbé) ; il était aussi syno- 
nyme de « père » ou de chef de famille ; il devenait inju 




Fi, 



1. — Sirène (musée 
du Louvre). 



rieux, quand il était accompagné de certaines épithètes : 
nous disons encore « triste sire». 

SIREIX. Com. dudép. des Hautes-Pyrénées, arr.d'Ar- 
gelès-Gazost, cant. d'Aucun; 125 hab. 

SIRÈNE. I. Mythologie grecque. — Les Sirènes, dans 
la mythologie grecque, appartenaient au cycle des divi- 
nités marines. On les a appelées les Muses de la mer. Par 
leurs chants merveilleux, elles s'efforçaient de séduire et 
d'attirer dans leurs grottes les navigateurs et les marins; 
mais tous ceux qui les écoutaient et qui se laissaient en- 
traîner couraient à une mort certaine. Les Sirènes sont 
surtout connues par la légende d'Ulysse et par celle des 
Argonautes. Lorsque le bateau d'Ulysse s'approcha de 
l'Ile des Sirènes, le héros, pré- 
venu par Circé, boucha avec 
de la cire les oreilles de ses 
compagnons et se fit attacher 
lui-même par une double chaîne 
au mât de son navire. Il put 
ainsiéchapper à la terrible sé- 
duction. Les Argonautes furent 
sauvés des Sirènes par la pro- 
tection de Junon et par les chants 
d'Orphée. Dans un autre mythe, 
les Sirènes passaient pour avoir 
aidé Deméter à chercher sa fille, 
après qu'elle eut été enlevée par 
Pluton. On racontait aussi qu'el- 
les avaient voulu lutter contre 
les Muses et qu'elles avaient été 
vaincues. Les auteurs antiques 
ne sont d'accord ni sur le nom- 
bre, ni sur les noms des Si- 
rènes. Homère n'en mentionne 
que deux, Aglaophème et Thel- 
xiépéa. Les poètes plus ré- 
cents en nomment trois, dont 
les noms varient, Parthenopé, Ligié, Leucosia, ou Thel- 
xiopé, Molpé, Aglaophonos, etc. On leur attribuait comme 
séjour, soit le promontoire Pelorum, à l'angle N.-E. 
de la Sicile, soit le rivage des golfes de Naples et de 
Sorrente. Elles sont représentées d'habitude sous la forme 
d'oiseaux ayant une tête et une poitrine de femme. — 
Les Sirènes personnifiaient, suivant toute apparence, la 
surface brillante, mais trompeuse et dangereuse, des flots. 
IL Erpétologie. — Genre de Batraciens Urodèles, de 
la famille des Sirenidœ dont le seul représentant est le 
Sir en Lacer tina. Cet animal, qui dépasse souvent 50 cen- 
tim. de longueur, a le corps allongé, rond, nu, gluant, à 
anneaux ou sillons transverses peu marqués ; la queue est 
comprimée, amincie en une nageoire verticale; la tête est 
petite, arrondie ; le museau obtus. Il possède une seule 
paire de pattes placées en avant, avec quatre doigts dis- 
tincts, de longueur inégale ; les yeux sont petits ; la langue 
est libre seulement sur ses bords et à son extrémité anté- 
rieure. Les gencives sont recouvertes d'une lame cornée; 
le palais porte deux plaques osseuses hérissées de petites 
dents crochues disposées en quinconces ; les branchies, 
au nombre de trois paires, sont pédiculées, frangées, 
flottantes, et situées sur le bord supérieur de trois fentes 
allongées. Ce Batracien possède deux modes de respira- 
tion, aérienne et aquatique ; les poumons, très développés, 
reçoivent l'air extérieur par l'intermédiaire de la trachée 
artère et du larynx ; les houppes branchiales persistent 
toute la vie. Il habite la Caroline du Sud et se tient dans 
les marais fangeux où il s'enfonce souvent à 4 m. de pro- 
fondeur. Sa nourriture consiste en Vers, Mollusques, etc. 

Rocher. 
m. Physique. — On désigne sous ce nom un appareil 
imaginé par Cagniard de La Tour en 1820 pour déterminer 
le nombre de vibrations des corps vibrants. Cet appareil 
se compose d'un tambour métallique qui reçoit le vent 
d'i^ne soufflerie. La surface supérieure de ce tambour est 



Plan 




Fig. 2. — Plan et coupe 
d'une sirène acoustique. 



— 73 — SIRE — SIRÈNE 

percée de trous obliques dirigés perpendiculairement aux 
rayons qui passent par ces trous. Au-dessus de ce tam- 
bour et à une très petite distance se trouve un plateau 
circulaire très mobile, percé d'un nombre égal de trous, 
obliques également, mais diri- 
gés en sens inverse; ce pla- 
teau porte en son centre un 
axe muni d'une vis sans fin 
qui peut engrener avec une 
roue dentée qui avance d'une 
dent chaque fois que la vis a fait 
un tour (fig. 2). Lorsque cette 
première roue a fait un tour^ 
un appendice plus long dont 
elle est munie fait avancer d'une 
dent une seconde roue. Cha- 
cune de ces roues porte une 
aiguille qui se déplace sur un 
cadran et permet de connaître 
l'angle dont elle a tourné . L'en- 
semble des deux roues est 
supporté par un châssis que 
l'on peut déplacer de façon à 
ne faire engrener la première 
roue avec la vis sans fin qu'au 
moment où l'on veut. Voici 
comment fonctionne l'appareil. 
Pour mesurer la hauteur d'un 
son on envoie de l'air dans le 
tambour de la sirène; l'air ne 
peut sortir que par les trous 
obliques dont nous avons parlé. 
Celui qui sort du tambour ren- 
contre normalement les trous du plateau mobile, de sorte 
qu'il imprime à celui-ci un mouvement de rotation d'au- 
tant plus rapide que la pression de l'air envoyée est plus 
grande. Mais dans cette rotation tantôt les trous du pla- 
teau mobile se trouvent en regard des trous du tambour, 
et tantôt ils sont en regard de parties pleines, de sorte que 
l'air ne sort que par intermittences ; ces intermittences 
sont d'autant plus fréquentes que le plateau tourne plus 
vite. La hauteur du son produit dépend du nombre des 
intermittences produites par seconde. On augmentera donc 
progressivement la vitesse de l'air envoyé à la sirène jus- 
qu'à ce qu'elle rende un son à l'unisson de l'instrument 
que l'on étudie. Quand ce résultat est atteint, on main- 
tient cette vitesse et on fait engrener la roue dentée avec 
la vis sans fin au moment précis où l'on commence à noter 
le temps. Au bout d'un certain nombre de secondes, d'une 
minute par exemple, on sépare la roue de la vis sans fin 
et l'on note les indications des deux aiguilles. Supposons 
que le plateau de la sirène porte 25 trous ; pour chaque 
tour du plateau il y aura eu 25 intermittences, soit 25 vi- 
brations de l'air. Supposons que la première roue dentée 
porte 100 dents. A chaque dent et par suite à chaque di- 
vision du cadran franchie par l'aiguille de cette roue dentée 
correspondent 25 vibrations. 2.500 vibrations correspon- 
dent donc à un tour complet (100 divisions) de la première 
roue et par suite à une division de la seconde roue. En 
lisant les nombres indiqués sur les deux cadrans, en mul- 
tipliant par 25 le nombre des divisions du premier et par 
2.500 le nombre des divisions du second et en ajoutant 
ces deux produits, on a le nombre total des vibrations 
exécutées pendant l'expérience. En divisant cette somme 
par le nombre de secondes écoulées, on a le nombre de 
vibrations par seconde. 

On peut reprocher à cet appareil de donner des sons 
trop sourds pour les notes basses et trop aigus pour les 
notes élevées. En effet, pour augmenter la rapidité de la 
rotation, il faut comprimer l'air davantage, on augmente 
donc à la fois la hauteur et l'intensité du son ; en outre, 
il est difficile de maintenir la sirène exactement à la hau- 
teur du son que l'on étudie. On atténue ce dernier incon- 



SIRÈNE 



74 



yénient en mettant un régulateur de la pression sur le 
trajet ; c'est une sorte de soufflet qui se soulève quand la 
pression de l'air augmente et qui emmagasine ainsi l'excès 
d'air envoyé, pour le restituer ensuite quand la pression di- 
minue. Un poids dont on charge le soufflet permet de 
régler à volonté la pression sous laquelle ce régulateur 
fonctionne. Pour rendre la rotation plus régulière et indé- 
pendante de la pression de l'air, on peut faire tourner la 
sirène par un moteur indépendant, un petit moteur élec- 
trique par exemple. Les trous du tambour et du plateau 
mobile n'ont plus besoin alors d'être inclinés, ils peuvent 
être normaux. On a fait aussi des sirènes composées d'un 
plateau qui peut être animé d'un mouvement de rotation 
et qui porte diverses séries de trous disposées suivant 
plusieurs circonférences concentriques. Chaque série com- 
porte un nombre différent de trous, ce qui permet de 
faire varier la hauteur des sons produits dans de larges 
limites, sans avoir à modifier, dans un rapport aussi 
grand, la vitesse de rotation. L'air d'une soufflerie est 
amenée par un tuyau flexible en face des trous de l'une 
ou l'autre de ces séries. A. Joannis. 

IV. Marine. — Les sirènes sont, à l'heure actuelle, 
les plus puissants et les plus généralement employés des 
signaux 'sonores destinés à prévenir les navigateurs, par 
temps de brume, du voisinage de la côte ou d'un écueil. 
Les anciennes sirènes étaient à vapeur : elles agissaient 
par un choc unique que produisait sur l'atmosphère l'ex- 
pansion des <?aï arrivant à l'embouchure à une vitesse 
considérable (4 à 5 kilogr. de pression). On leur préfère, 
depuis une douzaine d'années, les sirènes à air comprimé, 
dans lesquelles le gaz, à une pression initiale relative- 
ment faible (2 kilogr.), ne produirait par lui-même aucun 
son s'il ne rencontrait, pour s'écouler, de la part de l'air 
extérieur, frappé à intervalles relativement longs et, 
chaque fois, pendant un temps relativement court, une 
série de résistances successives, qui transforment l'énergie 
cinétique ou potentielle du gaz en énergie vibratoire de 
l'air et qui, par leur répétition, déterminent un son con- 
tinu. Ce phénomène est obtenu au moyen du dispositif 
dant la fig. 3 représente une coupe horizontale et qui 
constitue l'organe essentiel de la sirène. C'est un petit 
cylindre en métal, de 0^^%70 de hauteur et de 0"^,15 de 
diamètre intérieur, percé verticalement de vingt à trente 
fentes étroites devant lesquelles tourne intérieurement, de 
façon continue, un tambour mobile, ne laissant entre le 
cylindre et lui qu'un jeu inférieur à 1/10® de millim. et 
muni lui-même de fentes en nombre égal à celui des pre- 
mières et semblablement disposées. L'air arrive, com- 
primé, contre la paroi extérieure du cylindre, qu'il enve- 
loppe. Chaque fois que, comme dans la position de la fig., 
il y a coïncidence entre les fentes du cylindre et celles 
du tambour, il s'échappe sous forme de jets minces, qui 
viennent frapper l'air extérieur, à l'état d'inertie, et qui 

sont aussitôt brusque- 
ment interrompus. En 
donnant, d'ailleurs, aux 
fentes fixes et aux fentes 
mobiles des inclinaisons 
en sens inverse, on ob- 
tient automatiquement 
la rotation du tambour 
par l'effet même de l'é- 
coulement de l'air com- 
primé. Quatre petites 
masses portées par des 
bras à l'arbre du tam- 
Fig. 3. bour servent de régu- 

lateurs à la vitesse de 
rotation et, conséquemment, à la note émise. Un pavillon 
recourbé, en cuivre rouge, de i"^,70 environ de hauteur 
totale et de 0"^,65 d'ouverture, surmonte l'instrument. Il 
renforce considérablement l'intensité du son, en même 
temps qu'il le dévie du côté de la mer. 




L'expérience a démontré que, pour donner le meilleur 
rendement, c.-à-d. pour être entendues du plus loin pos- 
sible, les sirènes devaient être établies sur des points éle- 
vés, de préférence sur la galerie supérieure des phares. 
La fig. 4 montre, en coupe verticale, une installation de 




Fig. 4. 

ce genre. La sirène, montée sur un réservoir de 0^",80 
de diamètre et de 500 lit. de capacité, est abritée par un 
auvent métallique, d'où le pavillon émerge seul. Les 
émissions de son sont réglées, comme intervalles et comme 
durée (en général, un son de 3 secondes toutes les mi- 
nutes), par une machine de rotation, à mouvement d'hor- 
logerie, qui est placée à l'intérieur du phare et qui com- 
mande l'arrivée de l'air. Le réservoir est alimenté par 
une conduite en fer galvanisé, de 0^,12 de diamètre 
intérieur, qui descend tout le long de la tour du phare et 
qui va aboutir, à son autre extrémité, à la machinerie. 
Celle-ci comporte le plus généralement, outre le moteur à 
vapeur, commun, dans les phares électriques, au service 
de l'éclairage et à la sirène : un compresseur d'air, ordi- 
nairement du système Genty à quatre cylindres ; deux 
réservoirs « accumulateurs » de 5 m. c. de contenance 
chacun, chargés à la pression de 15 kilogr. et 'contenant 
en réserve la provision d'air comprimé nécessaire pour 
que, en cas de brume subite, la sirène puisse fonctionner 
immédiatement et pendant tout le temps qu'exige la mise 
en marche du moteur; deux « détendeurs », qui ramènent 
l'air à la pression de régime de 2 kilogr.; un réservoir 
« distributeur » de 5 m. c. de contenance, avec lequel 
communique directement la colonne montante et qui peut 
lui débiter l'air à 2 kilogr. de pression pendant toute 
l'émission du son, sans que cette pression diminue jamais 
de plus de 0''8",25. Lorsque, comme c'est le cas à Belle- 
Isle, la sirène se trouve à grande distance du phare, ces 
dispositions sont complétées par une installation élec- 
trique permettant de commander du phare les émissions 
de son de la sirène. 

La puissance motrice consacrée à la sirène atteint de 
7 à 8 chev.-vap. ; comme l'émission n'est, en général, 
que de 3 secondes par minute, la dépense de force est 
donc de 100 chev.-vap. par seconde de son. A égale 
dépense, les sons graves sont entendus de plus loin que 
les sons aigus ; aussi la note fondamentale mi.^ (326 vi- 
brations à la seconde), très facile d'ailleurs à réaliser, 
a-t-elle été adoptée d'une façon uniforme. Dans des pa- 
rages silencieux, la portée peut atteindre exceptionnel- 
lement 30 à 35 kil. ; mais elle se tient, le plus sou- 
vent, aux environs de 7 à 8 kil., et, lorsque le vent est 
défavorable, la mer bruyante, elle est susceptible de 
descendre, surtout pour lès bateaux à vapeur, à 3 kil., 
et même moins. L'installation d'une sirène coûte, dans 
les phares électriques, déjà pourvus d'un moteur, de 35 à 
40.000 fr. 



75 — 



SIRÈNE — SIRENIENS 



Sauf celui de Boalogne-sur-Mer, qui en a une petite, 
les ports n'ont pas, d'ordinaire, de sirène. Deux, ceux 
de Calais et du Havre, ont de grandes trompettes à 
anche. Elles fonctionnent, comme les sirènes, à l'air com- 
primé ; mais la pression n'est que de i kilogr. et les alter- 
natives d'ouverture et de fermeture de roriftce d'écou- 
lement résultent des vibrations d'une lame d'acier, qui 
est tour à tour appliquée sur l'orifice par la pression 
du gaz et écartée par son élasticité propre. Leur portée 
est plus grande, à égalité de débit, que celles des petites 
sirènes et leur installation ne coûte, y compris un moteur 
à pétrole de 3 chev. 3/4, que 20 à 25.000 fr. Mais leur 
réglage est fort difficile. L. S. 

V. Art héraldique. — Ce monstre fabuleux, moitié 
femme et moitié poisson, est représenté en blason tenant 
un miroir ovale à manche de la main droite et un peigne 
de la main gauche. Habituellement h sirène est posée sur 
une mer, tout le buste émergeant. Lorsqu'elle est issante 
d'une cuve, elle prend le nom de Mélusine, 

BiBL. : Mythologie grecque. — Preller, Griechische 
Mythologie; Berlin, 1894, 4« éd. 

ËRPi^TOLOGiE. — DuMÉRiL et RiBRON, Herpét. gén. — 
Sauvage, dans Brehm, éd. fr. — Daudai, Hist. Rept. 

SIRÉNIENS ouSIRÉNIOES.Ï.ZooLOGiE.— Ordre de la 
classe des Mammifères renfermant des animaux aquatiques 
que l'on doit considérer comme représentant le type na- 
geur des Ongulés herbivores. De même que les Pinnipèdes 
(V. ce mot) sont des Carnivores aquatiques et les Céta- 
cés (V. ce mot) des Edentés nageurs, il existe des Herbi- 
vores modifiés pour vivre dans l'eau : ce sont les Siré- 
miens qui, au point de vue des organes de locomotion, 
prennent place entre les deux autres ordres, car ils sont 
plus modifiés que les Pinnipèdes, moins modifiés que les 
Cétacés, En effet, chez les Siréniens la tête est ronde, et 
bien que le cou soit court ou nul, cette tête n'est pas 




Rytine boréal (longueur totale 7 à 8 mètres). 

énorme et disproportionnée comme chez les Cétacés. Les 
narines, placées comme d'ordinaire en avant du museau 
qui est tronqué, ont une ouverture valvulaire et sont sé- 
parées. Les yeux sont petits, à paupière rudimentaire mais 
cependant mobile, et pourvus d'une membrane nictitante. 
L'oreille externe est dépourvue de conque. La bouche, 
petite ou moyenne, est munie de lèvres très épaisses et de 
moustaches raides. Le corps est fusiforme, sans nageoire 
dorsale, mais les pattes postérieures atrophiées sont rem- 
placées par une queue horizontalement aplatie, unilobée 
ou bilobée. Les pattes antérieures, en forme de rames, ont 
les doigts cachés sous une enveloppe cutanée commune et 
ne présentent que des ongles rudimentaires. La peau est 
épaisse, finement ridée ou très rugueuse, nue ou ne pré- 
sentant que quelques poils épars. 

Le squelette est remarquable par l'épaisseur et la den- 
sité des os, particulièrement de ceux du crâne et des côtes, 
ce qui en fait des animaux très pesants. Le crâne présente 
plusieurs caractères saillants tels que : la grande dimen- 
sion et la position reculée de l'ouverture des narines ; la 
réduction des os nasaux qui manquent ou sont rudimen- 
taires dans les formes actuelles, mais sont plus visibles 
dans les formes fossiles ; sous tous les autres rapports, le 
crâne est plutôt celui d'un Ongulé terrestre que d'un Cé- 
tacé. Les vertèbres lombaires ne sont pas soudées en forme 
de sacrum : cependant il existe un bassin rudimentaire, 
suspendu dans les chairs et pourvu même d'une cavité 
cotyloïde et de membres postérieurs très réduits, dans 
certaines formes tertiaires {Halithermm Guettardi ou 
Pugmgodon Schinzi). Les vertèbres cervicales sont ré- 
duites à six dans le genre Manatus. Les clavicules man- 



quent. Les deux os de l'avant-bras sont ankylosés à leur^ 
deux extrémités. Hy a cinq doigts n'ayantjamais plus de 
trois phalanges. 

La dentition, quand elle existe, comprend des incisives 
et des molaires séparées par un vide. Les incisives supé- 




Crâne de Lamantin (Manatus senegalensis). 

rieures forment quelquefois de courtes défenses, toujours 
cachées par les lèvres. Dans le genre Rkytina, les dents 
manquent chez Fadulte. Sur V Halitheriujn tertiaire, on 
constate l'existence d'une dentition de lait qui fait défaut 




Dents molaires dllalitherium, vues par la couronne. 

aux formes actuelles. Les molaires ont une couronne tu- 
berculeuse qui s'use en formant des replis d'émail qui 
rappellent ceux des Tapirs et des Hippopotames. 

Dans toutes les formes vivantes, la gencive dans la par- 
tie antérieure des deux mâchoires est recouverte de pla- 
ques cornées qui servent à la mastication, et sous les- 
quelles on trouve des incisives rudimentaires, encore bien 
visibles dans le jeune âge, mais qui s'atrophient chez 
l'adulte. La langue est petite et peu mobile, et sa mu- 
queuse présente un épiderme aussi raboteux que celui des 
plaques cornées. Les glandes salivaires sont très dévelop- 
pées. L'estomac est composé, divisé par un resserrenient 
valvulaire en deux cavités principales dont la première 
présente une poche glandulaire placée près du cardia, la 
seconde une paire de culs- de-sac allongés et coniques. Le 
canal intestinal est long, à parois très musculeuses ; il y a 
un csecum simple, conique {Halicore) ou bifide (Mana- 
tus), Les artères principales forment des plexus (retia 
mirabilia) étendus et compliqués. Les poumons sont longs, 
étroits, par suite de la position oblique du diaphragme, 
de telle sorte que la cavité thoracique s'étend très en ar- 
rière, au-dessus de l'abdomen. Les arrière-narines ont la 
forme normale et non celle des Cétacés. Le cerveau est 
petit et présente des circonvolutions peu compliquées. Les 
testicules sont renfermés dans l'abdomen, et l'utérus est 
bicorne. Le placenta est zonaireet sans caduque. Les ma- 
melles n'ont qu'une seule paire, pectorale, ou mieux axil 
laire. 

Les Siréniens passent toute leur existence dans l'eau, 
se reposant sur les hauts fonds des baies où la mer est 
calme, des estuaires, des lagunes et des fleuves, nes'éloi- 
gnant jamais beaucoup des côtes et remontant assez vo- 
lontiers les cours d'eau. Ils se nourrissent exclusivement 
de plantes aquatiques, algues marines ou herbes d'eau 
douce, qu'ils broutent sous l'eau. Ils vivent en troupes 
plus ou moins nombreuses : leurs mouvements sont lents, 



SIRÉNIENS — SIRHIND 



— 76 



et leur attitude semble celle des êtres endormis, peu in- 
telligents mais inoffensifs. Il est probable qu'ils ne vien- 
nent jamais à terre volontairement, étant donné la diffi- 
culté qu'ils auraient à s'y mouvoir. Les Dugongs qui 
s'avancent plus loin dans la mer que les Lamantins, et qui 
soutiennent leurs petits en les serrant sous leurs pattes 
de devant, ont probablement donné lieu, chez les anciens, 
à la fable des Sirènes, d'où le nom qu'IUiger a donné, 
en 1811, à cet ordre. On n'en connaît, à l'époque actuelle, 
que trois genres : Lamantin {Manatus), Dugong (Hali- 
core) et Rhytine {Rhytina), et l'unique espèce de ce der- 
nier genre est éteinte depuis plus d'un siècle, ayant été 
exterminée par l'homme. A l'exception de celle-ci, qui 
vivait dans la mer de Behring et le Nord-Pacifique, toutes 
les autres sont propres aux régions tropicales de l'Amé- 
rique méridionale {Manatus), et de l'océan Indien, entre 
la mer Rouge et l'Australie (Halicore). Elles atteignent 
une assez grande taille, et comme ces animaux sont re- 
cherchés avidement par les pêcheurs pour la valeur de 
leur chair, qui est mangeable, et surtout de l'huile, que 
fournit en abondance la fonte de l'épaisse couche de 
graisse qui double leur peau, on peut dire que cet ordre, 
si remarquable à tous égards, est en voie d'extinction ra- 
pide et complète (V. Lamantin). E. Troukssart. 

IL Paléontologie. — La forme des molaires chez les 
Siréniens qui en sont pourvus et celle du crâne montrent 
bien que ces Amphibies descendent de quelques types, du 
groupe des Ongulés, qui se seraient adaptés très ancien- 
nement à une vie aquatique. Le Prorastomus éocène est 
le plus ancien Sirénien que l'on connaisse : la dentition 
était complète avec des incisives et des canines aux deux 
mâchoires : les membres ne sont pas connus ; on en a 
découvert deux espèces (P. sirenoïdes des Antilles, et 
P. veronensis de l'Europe méridionale). Le genre Ha- 
litherium est un peu plus récent, car il date de l'oligo- 
cène; la dentition est déjà plus réduite, les canines et les 
incisives étant rudimentaires, mais le bassin présente en- 
core une petite cavité cotyloïde pour un fémur mince, en 
forme de baguette, mais déjà vraisemblablement sans 
usage. Les genres Eotherium, Ealitherium, Metaxy- 
therium, Felsinotherium ^iProhalicore formeront dans 
le miocène et le pliocène une série qui, par la réduction 
des dents et la transformation des incisives en défenses, 
conduit au genre actuel Halicore (Dugong) et au Rhy- 
tina édenté. En même temps, le bassin s'atrophie de plus 
en plus. Le genre Manatus (Lamantin) est probablement 
celui qui se rattache le plus directement au Prorastomus, 
mais le Manatherium oligocène de Belgique, très impar- 
faitement connu, est le seul type intermédiaire que l'on 
connaisse, dL\ecRibodon et Antaodon qui diffèrent à peine 
de Manatus. E. Trouessart. 

Bir.L.: Zoologie et Paléontologie. — E. Trouessart. 
Catalogua Mammalium, 1898, II, pp. 999-1008, avec une bi- 
bliographie plus complète. 

SIRENIRI (Anthr.) (V. Pérou, t. XXVI, p 419). 

SI RENOM ÈLE (Térat.) (V. Monstre, t. XXIV, p. 173). 

SIRET(V. Sereth). 

SIRET (Adolphe), littérateur belge, né à Beaumont en 
1818, mort à Anvers en 1888. Il devint commissaire de 
l'arr. de Saint-Nicolas, et consacra ses loisirs à des tra- 
vaux littéraires et à des livres destinés à la jeunesse, qui 
ne sont pas dénués de valeur, ainsi qu'à des études sur 
l'histoire de l'art qui ont une importance bien plus grande. 
Son œuvre capitale est le Dictionnaire historique des 
peintres de toutes les écoles depuis les temps les plus 
reculés jusqu'à nos jours (Bruxelles, 1848, in-4 ; 3*^ éd., 
Louvain, 1883, 2 vol. in-8). Siret, dans les dernières 
années de sa vie, fut victime d'une grave mystification. 
Un peintre de quelque talent, ayant perdu son fils âgé de 
dix ans, eut la singulière idée d'attribuer à cet enfant une 
quantité considérable de tableautins brossés avec assez 
d'habileté. Siret s'y laissa prendre et écrivit à la gloire 
du pseudo-génie un livre enthousiaste : l'Enfant de 



Bruges (Bruxelles, 1876, in-8). Il avait fondé une 
revue artistique et littéraire très intéressante, le Journal 
des Beaux-Arts, qui parut de 1859 à. 1887. 

SI RE U IL. Com. du dép. de la Charente, arr. d'An- 
goulême, cant. d'Hiersac ; 643 hab. Stat. du chem. de 
fer de l'Etat. Importantes carrières de pierre de taille. 
Ruines du château de Sainte-Hermine et d'un édicuîe 
romain appelé le Fa. 

SIREUIL. Com. du dép. de la Dordogne, arr. de Sar- 
lat, cant. de Saint-Cyprien ; 294 hab. 

SIREX (Entom.). Genre d'Hyménoptères, de la fa- 
mille des Siricides, tribu des Siriciens, caractérisé par 
une tête petite, assez fortement dilatée en arrière, des 
antennes longues, filiformes ou sétacées de 18-24 arti- 
cles ; les tibias et le troisième article des tarses postérieurs 
dilatés chez les mâles ; les ailes grandes avec deux radiales, 
quatre cubitales, la deuxième et la troisième recevant une 
nervure récurrente ; l'abdomen cylindrique, allongé, avec 
le dernier segment chez les femelles muni d'un appendice 
spatuliforme et d'une longue tarière saillante ; la scie en 
forme de râpe puissante, propre à forer le bois. 

Les Sirex abondent surtout dans les pays septentrio- 
naux, dans les grandes forêts, principalement de sapins. 
Les Sircx femelles peuvent pondre une centaine d'œufs ; 
elles s'adressent indifféremment aux arbres debout ou 
abattus, même à ceux qui ont été déjà travaillés et, à 
l'aide de leur tarière aiguë, elles creusent une cavité 
assez profonde et y déposent un œuf ou deux. La larve 
des Sirex est de consistance molle, à peu près cylindrique ; 
sa tête est relativement petite, mais armée de très fortes 
mandibules ; sa couleur est blanchâtre, jaune ou rose ; 
ses pattes thoraciques sont très petites. Elle se nourrit 
du bois lui-même et s'avance dans l'intérieur des troncs 
d'arbres en creusant une galerie plus ou moins sinueuse 
qui peut atteindre une longueur de 50 à 60 centim. La 
durée de son existence est en moyenne de deux ou trois 
ans. On conçoit aisément quels ravages elle exerce, les 
essences les plus dures, comme le chêne, étant aussi fré- 
quemment attaquées par elle que les plus tendres, comme 
le saule, le peuplier. 

A citer : S, gigas L., aux ailes légèrement jaunâtres et 
à peine enfumées vers l'extrémité, à abdomen jaune avec 
les segments 3-6 noirs ; S, juvencus L., à ailes brunes 
ou jaunes, plus enfumées vers l'extrémité, à abdomen 
d'un bleu métallique. 

SIREY (Jean-Baptiste), jurisconsulte français, né à 
Sarlat le 25 sept. 1762, mort à Limoges le 4 déc. 1845. 
D'abord prêtre, puis employé au Comité de législation de 
la Convention, il devint, après le 18 brumaire, avocat à 
la cour de cassation et au conseil d'Etat. Il est connu 
par de nombreux ouvrages de jurisprudence, notamment 
par son Recueil général des lois et des arrêts (Paris, 
1800-30, 32 vol. in-4), publication annuelle analogue à 
celle de Dalloz et encore continuée aujourd'hui, et par ses 
six Codes annotés (paris, 1829), qui n'ont également 
cessé depuis d'être réédités. 

SIRHIND. Ville de l'Inde, prov. du Pendjab, princi- 
pauté de Patiala, sur la Tchoïa; stat. du chem. de fer 
de Saharanpour à Lahore. Ville très ancienne, mais dé- 
chue de son importance de capitale d'une région histo- 
rique. Selon quelques auteurs, elle remonte au temps 
d'Alexandre ; le Radjpout Tchohan la peupla avec les 
habitants de deux cités voisines, Boras et Notas; elle a 
appartenu aux rois brahmanes de Caboul, et l'on a re- 
trouvé des monnaies de ces rois datant de 900. Sirhind a 
été la possession la plus orientale de Mahmoud de Gazni. 
Prise en 1191 par Mohammed Le Ghor, elle fut, à l'avè- 
nement d'Akbar, une des cités prospères de l'Empire mo- 
gol. En 1709, les Sikhs la saccagèrent, et, en 1763, ils 
la détruisirent : ils la considèrent encore aujourd'hui 
comme une cité maudite. Sirhind possède un des plus 
beaux modèles de l'art afghan : le mausolée de Mir Miran 
avec coupoles; elle a aussi une belle mosquée, Sadan Kas-^ 



11 - 



SIRÏIIND - SIRIUS 



saï ; la Haveli, maison en briques de Lahabat Beg, est le 
plus grand spécimen subsistant de l'architecture privée 
des Mogols; le grand caravansérail des empereurs mogols, 
appelé Amkhas, couvre 261 ares au S,-Ë. de la ville, 
avec une pièce d'eau centrale de 83 ares. — Le Sirhind 
s'étendait du pied de FHimalaya au désert de Bikami, dans 
le bassin de la rivière sainte Sarasvâti qui fut la terre 
sacrée par excellence des Aryas. 

SI RI (Vittorio ou Francesco), nouvelliste et historien 
italien, né à Parme en 1608, mort à Paris le 6 oct. 1685. 
En 1625, il vêtit l'habit de Saint-Benoît, et se distingua 
comme géomètre. Envoyé à Venise pour y enseigner les 
mathématiques, il y entra en relation avec l'ambassadeur 
de France et s'éprit de la politique à laquelle dorénavant 
il se consacra complètement. S'étant fait remarquer dès 
1640 par un mémoire sur la prise de Casai, Richelieu lui 
permit de prendre connaissance des papiers de la der- 
nière guerre. Il y trouva une telle abondance de nouvelles 
qu*il élargit son thème à tous les événements de l'Europe, 
et les publia sous le titre, bien connu déjà en Fj?ance, de 
Mercure. Mazarin le récompensa en le nommant conseil- 
ler, aumônier et historiographe du roi, tandis que, sur 
d'avoir un puissant protecteur, il ne se retenait plus d'en- 
trer en guerre contre Urbain VIII, à propos de la prise de 
Castro. L'apparition de son premier volume dédié à Gas- 
ton d'Orléans lui valut de forts cadeaux, une pension du 
roi de Portugal, une abbaye d'Innocent X et la charge de 
résident français à Venise. Il ne put y rester longtemps, 
à cause de son esprit remuant, et se retira à Modène où 
il resta jusqu'en 1649. Il vint alors pour la première fois 
en France ; y reçut grand accueil et, s'y étant fixé, après 
une courte visite à Modène, il y eut d'autres avantages. 
Employé fréquemment par Mazarin, il le suivit en 1659, 
et assista à la conclusion du traité des Pyrénées tout en 
continuant son Mercure qui attirait de plus en plus Fat- 
tention du public. Après le dixième volume, il voulait le 
refondre et le faire précéder de l'histoire de France depuis 
le règne de Henri IV. Mais il ne put finir que cette intro- 
duction. Ses œuvres n'ont aucun mérite quant à la forme, 
mais elles en ont beaucoup comme recueil de documents. 
Outre le Mercure, on cite de lui les Memorie recondite 
daWanno iOOi sinoal iÔiO, les Memorie segrete. Aux 
archives de Florence est un important fragment de son 
Historia délie guerre civili di Francia. 'E. Casanova. 

BiBL. : J. Flammermont, les Correspondances des 
agents diplomatiques étrangers en France avant la Réoo- 
lution, lb96, pp.iJ97-100. 

SIRICE (Saint), Siricius, 40^ pape; né à Rome, fils 
de Tiburce ; élu le 22 déc. 384 ou au commencement de 
janv. 385 ; mort le 26 nov. 398. Fête, le 25 nov. Quel- 
ques auteurs prétendent que Sirice fut le premier évêque 
de Rome qui prit le titre de Pape. Il continua avec une 
habileté et une énergie au moins égales l'œuvre de Da- 
mase P^, son prédécesseur, pour affirmer et imposer la 
suprême autorité du siège de Rome, pour soumettre le 
clergé au régime du célibat, pour favoriser le développe- 
ment du régime monastique et pour combattre l'hérésie. 

— Dès le 11 févr. 385, répondant à Himérius, évêque 
de Tarragone (Espagne), qui avait demandé à Damase des 
instructions sur divers points de discipline, il écrivit une 
lettre qui est considérée comme la première des décré- 
tâtes authentiques. L'autorité suprême du siège de Rome 
y est proclamée avec une surabondante répétition des 
termes les plus décisifs. On y trouve, en outre, formulées 
impérativement, des règles dont renonciation est fort in- 
téressante pour l'histoire de la discipline ecclésiastique : 

— I. Les ariens qui rentrent dans l'Eglise catholique ne 
doivent point être baptisés, mais seulement réconciliés 
par l'invocation du Saint-Esprit et l'imposition des mains 
administrée par l'évêque. — IL A moins de danger de 
mort, les adultes ne seront baptisés qu'à Pâques et à la 
Pentecôte. — III. Les apostats retournés au paganisme; 
les pécheurs qui, après avoir été réconciliés, sont retom- 



bés dans leur vie mauvaise; les moines et les nonnes 
coupables de fornication, resteront toute leur vie sous le 
régime de la pénitence; ils ne seront réconciliés qu'à 
l'article de la mort. Les moines et les nonnes seront, en 
outre, tenus emprisonnés. — IV. Il est défendu d'épouser 
une vierge fiancée à un autre homme. Cela serait un sacri- 
lège profanant la bénédiction sacramentelle des fiançailles. 
— y. Les prêtres et les diacres mariés avant leur ordi- 
nation doivent s'abstenir de relations sexuelles avec leurs 
femmes. Sirice insiste énergiquement sur cette prohibi- 
tion, la fondant sur la nécessité, pour ceux qui adminis- 
trent quotidiennement les choses saintes, de rester cons- 
tïimment purs. Il semble résulter de ses paroles l'indication 
que, en ce temps- là, l'usage général parmi le clergé d'Es- 
pagne était d'avoir des femmes et de vivre avec elles. 
Plusieurs défendaient cet usage, en invoquant l'exemple 
des prêtres de l'Ancienne-Alliance. A ceux qui avaient 
ainsi péché par erreur, Sirice remettait leur faute, sous 
la condition qu'ils s'astreindraient à la continence en l'ave- 
nir. Ceux qui s'obstineraient à garder ou à prendre des 
femmes devaient se tenir pour dégradés de leur office et 
destitués du droit de l'exercer, « par l'autorité du siège 
apostolique ». Cet interdit est considéré comme la dispo- 
sition la plus anciennement arrêtée par le siège de Rome, 
pour sanctionner ses ordonnances sur la continence cléri- 
cale. Sirice faisait ainsi ce que le concile œcuménique de 
Nicée n'avait point estimé devoir faire ; et il le faisait en 
vertu de l'autorité du siège apostolique. — VI. Les moines, 
qui en sont dignes, peuvent être ordonnés. 

En 386, un concile assemblé à Rome adopta neuf canon- 
sur la discipline. Les plus intéressants sont : le P'' et le IX^s 
Le P^' prescrit de ne procéder à aucune ordination d'évêque, 
sans le consentement du siège apostolique, c.-à-d. du 
primat. Cette dernière expression est diversement inter- 
prétée. Le IX® exhorte, suademuSy les prêtres et les 
lévites à ne point vivre avec leurs femmes. L'obéissance 
à ces neuf décrets est commandée sous peine « d'être exclu 
de notre communion et d'être soumis aux châtiments de 
la géhenne ». Il existe sur ce sujet une lettre synodale, 
contenant neuf canons, datée de Rome, dans un concile 
de quatre-vingts é vaques et adressée par Sirice aux 
évêques d'Afrique. L'authenticité de cette lettre est sérieu- 
sement contestée. En définitive, malgré les prétentions de 
cet évêque de Rome, et tout le mouvement qu'il s'est 
donné pour imposer la suprême autorité de son siège, la 
plus haute autorité en son temps appartint au siège de 
Milan, occupé par saint Ambroise. 

Le zèle de Sirice contre les hérésies et les opinions dissi- 
dentes se manifesta principalement par ses actes à l'égard 
des Manichéens, des Priscillianistes et de Jovinien 
(V. ces noms). — Son attitude favorable à Rufin et sa 
froideur envers Jérôme avaient induit Baronius à l'exclure 
du Martyrologe romain. Benoît XIV l'y a rétabli. Coïn- 
cidence mémorable : 395, division de l'empire Romain, 
en empire d'Occident et empire d'Orient. E.-H. Vollet. 

BiBL. : Langen, Gescliichte der rômischen Kirche bis 
zum Pontificat Leo's I ; Bonn, 1881. 

SI RI N Kl (Ile) (V. Kouriles). 

SIRINKOTAN (Ile) (V. Kouriles). 

SI RI US (Astr.). Etoile a de la constellation du Grand- 
Chien. Les Egyptiens la nommaient Sothis, les Grecs 
Aaipoxùoiv, lisipio;, les Latins Canicula, les Arabes As- 
chère, Scerce, Alhabor, Aliemini. C'est la plus bril- 
lante de toutes les étoiles et elle a joué un grand rôle dans 
l'astronomie égyptienne (V. Calendrier, t'. VIII, p. 899, 
et Canicule, t. IX, p. 37). Elle se trouve au S.-E. d'Orion, 
sur la ligne des Trois-Rois, et demeure voisine de l'ho- 
rizon de Paris, se levant le soir, à la fin de novembre, et 
passant au méridien à minuit, à la fin de janvier. Sa 
grandeur photométrique est -—■ 1,4, surpassant celle d'Al- 
debaran, prise pour unité, de 2,4, son éclat 9,12, sur- 
passant de près du double celui d'à Navire, qui vient im- 
médiatement après. Sa parallaxe est égale à i),"31, sa 



smius 



SIRONA 



78 



distance de la Terre à 83 trillions de kilomètres. Sa lu- 
mière met, par suite, près de 9 ans pour parvenir jus- 
qu'à nous. C'est une étoile double. Clark lui a, en effet, 
découvert en 1862 un satellite, que Bessel avait reconnu 
par le calcul dès 4844 et qui accomplit sa révolution en 
52 ans. Màdler a supposé l'existence d'un second satel- 
lite, de révolution trois fois et demie plus courte ; mais 
son hypothèse ne paraît pas jusqu'ici se confirmer. Sirius 
appartient à la catégorie des étoiles blanches. Aussi elle 
scintille beaucoup. Son spectre est très intense, quoique 
d'une observation difficile à cause de son voisinage de l'ho- 
rizon. On*y a trouvé les raies du sodium, du magnésium, 
de l'hvdrogcne, ces dernières d'une force anormale. 

SIRLI (Zool.) (V. Alouette). 

SI RM I UNI. Ancienne ville de la Pannonie inférieure, 
sur la Save, très florissante du temps des Romains. Les 
ruines en subsistent encore à Mitrovicza 

Concile de Sirmium (V. Arianisme, t. IIl, p. 893). 

SIRMOND (Constitutions de) (V. Constitution, t. XII, 
p. 638). 

SIRMOND (Jacques), jésuite et érudit français, né à 
Riom (Puy-de-Dôme) le 42 ou le 22 oct. 4559, mort à 
Paris le 7 oct. 4654, Il fut élevé au collège des jésuites 
de Billom, fit son noviciat à Verdun et à Pont-à-Mousson 
et entra dans l'ordre des jésuites en 4576. Il devint pro- 
fesseur de rhétorique à Paris où il compta, parmi ses élèves, 
saint François de Sales et le duc d'Angoulême, bâtard de 
Charles ïX. Il devint ensuite secrétaire de Cl. Aquaviva 
et l'accompagna à Rome, où il séjourna plusieurs années 
(4590-4,608). Il y fut quelque temps le collaborateur de 
Baronius. Louis XIII le nomma son confesseur (4637). 
Sur la fin du règne de Louis XIII, il s'attira la disgrâce 
du roi en proposant le duc d'Orléans comme régent. — 
Sirmond avait une érudition très variée, en même temps 
qu'un esprit critique et une méthode sûre. Il a publié un 
recueil des conciles de France (Concilia antiqua Galliœ; 
Paris, 4629, 3 vol. in-foL, réédité en partie par les Bé- 
nédictins, 4789, in-fol.) et il rédigea la préface de la 
collection des conciles pubKée à Rome (4608). Il pubMa 
également la collection des capitulaires de Charles le 
Chauve (4623). Il a donné les premières éditions sa- 
vantes, totales ou partielles, des ouvrages d'un grand 
nombre d'auteurs de l'antiquité et du moyen âge : Rufin 
(4650), Marcelhn (4649), Ennodius (4644), Yulérien de 
Cimiez (4642), Sidoine Apollinaire (4644), Fulgence de 
Ruspe (4642), Idace (4649), saint Avit (4643), Facun- 
dus (4629), saint Fulgence (4643), Eugène de Tolède 
(4649), Raban Maur (4647), Théodulfe d'Orléans (4646), 
Hincmar (d645), Paschase Radbert (4647), Loup de Fer- 
rières (4650), Amolon de Lvon (4649), Flodoard (4644), 
Guibert de Toul (4645), Geoffroi de Vendôme (4590), 
Pierre de Celle (4643), vie de Charles le Bon, comte de 
Flandre (4645), etc.; — quelques éditions d'auteurs 
grecs et byzantins : Eusèbe de Césarée (4643), Grégoire 
de Nysse (4647, dans Ledit de Gretser), Théodoret (4642), 
Anastase le Bibliothécaire (4620); la plupart de ses éditions 
de textes furent imprimées chez le libraire parisien Sébastien 
Cramoisy. — Sirmond a écrit un récit en vers latins de son 
voyage à Rome {Hodœporicum ab urbe Luietia Pio- 
mam usque anno 1590). — lia composé, en outre, un 
assez grand nombre de dissertations théologiques et polé- 
miques, sur la puissance temporelle et spirituelle, sur 
l'autorité du pape, sur les sacrements, sur la prédestina- 
tion, etc., parmi lesquelles il faut citer une curieuse dis- 
sertation sur saint Denis de Paris et saint Denis l'Aréopa- 
gite, dont il fut l'un des premiers à contester l'identité, 
admise pendant le moyen âge (4644). Ces opuscules 
furent réunis et publiés séparément par J. de La Baune, 
sous le titre de Opéra varia (Paris, 4696, 5 vol. in-foL; 
réédités à Venise, 4728). 

Deux neveux de J. Sirmond eurent une certaine répu- 
tation au XVII® siècle, Antoine Sirmond et Jean Sirmond. 
— A^îtoine Sirmond, jésuite français, né à Riom en ect. 



4591, mort à Paris le 40 ou le 42 janv. 1643. Il fut 
professeur dans les collèges des jésuites, comme son 
oncle. Il composa plusieurs dissertations théologiques, 
notamment la Deffense de la Vertu (Paris, 4644, in-8), 
où il soutint la thèse étrange que V « amour de Dieu » 
peut ne pas être le motif constant des actes des catho- 
liques, ce qui lui valut Lhonneur d'une réfutation de 
Pascal {iO"" Provinciale). — Jean Sirmond, littérateur 
français, né à Riom vers 4589, mort a Riom en 4649. 
Il fut employé aux travaux littéraires dirigés par Riche- 
lieu, qui le fit nommer historiographe de France. Il fut 
l'un des premiers membres de l'Académie française et 
demanda que les fautes d'orthographe fussent considérées 
comme des « péchés ». Sous les noms de Ferrier, Des 
Montagnes, De Cléonville, etc., il publia divers libelles 
pour la défense de la politique de Louis XIII. 

E.-D. Grand. 
BiBL. : C. SoMMKRvoGEL, BibUothèque de la Compa- 
gnie de Jésus, t. VII (1896), col. 1236-1261, in-4 (bibliogra- 
phie). — NiGERON, Mémoires pour servir à l'histoire 
des hommes illustres dans la république des lettres, 
t. XVÏI (1732), pp. 153-80, etc. (biographie de Jacques 
Sirmond). 

SIRMOUR. Principauté du N.-O. de l'Inde, prov. du 
Pendjab himalayen; son chef-lieu estNatan ; elle est située 
dans legroupedes monts de Simla; superficie, 2.789 kil. 
q.; population: 442.370 hab. pour la plupart Hindous. Le 
Sirmour appartient au bassin du Gange par la Djemna, 
dont l'affluent Ghiri est la principale rivière et dont plu- 
sieurs autres affluents, telsquePAssan, sillonnent le pays. 
Il y a des écarts d'altitude considérable entre le mont 
Tcha(')r(8.652m.),terminusd'unchaînonderHim«layamé- 
ridional, et le confluent du Ghiri et de la Djemna (455 m.) ; 
la chaîne du Doun est partagée par la passe de Ghâtas- 
sau qui sépare les vallées de l'Âssan et de Sararâsti. On 
trouve beaucoup d'éléphants, tigres, ours, hyènes dans 
les forêts ; le paon sacré pullule ; la principauté produit 
l'opium, le gingembre; les moutons sont renommés. L'hu- 
midité étouffante et fiévreuse du Doun et des vallées de la 
source de la Sararâsti est insoutenable. 

La lignée des rajah de la famille royale de Djessalmir 
s'est succédé sans interruption dans la principauté depuis 
4093 ; en 4803, le rajah fut expulsé par les Gomkhas, 
mais rétabli par les Anglais en 4845. Le rajah actuel ne 
paye pas tribut, mais doit fournir un contingent à l'armée 
du Pendjab à la première réquisition. 

SIRNOÏ (lle)(V. Kouriles). 

SIROCO. Vent très chaud, lourd et déprimant, qui 
souffle du S. enx41gérie, en Sicile, en Calabre et en Grèce, 
parfois même sous nos latitudes. Quand il est humide, 
c'est simplement un vent de surface, venant des régions 
chaudes, qui a pris son humidité sur la Méditerranée. 
C'est alors en Italie le vent de pluie de la saison d'hiver. 
Mais en Algérie et en Sicile il se présente souvent comme 
un vent très sec, chargé de fines poussières sahariennes; 
l'atmosphère est étouffante, le ciel jaunâtre ou plombé, 
les hommes et les animaux en subissent l'impression ac- 
cablante. Sous cette forme, le siroco souffle en toute saison. 

SIROD. Com. du dép. du Jura, arr. de Pohgny, cant. 
de Champagnole ; 544 hab. Il y avait à Sirod un prieuré 
dépendant de l'abbaye de Saint-Claude. 

SIRODOT (Simon), naturafiste français, né le 40 oct 
4825. Sorti de l'Ecole normale en 4852, agrégé des scien- 
ces en 4857, docteur es sciences en 4859, il a été, jus- 
qu'à sa retraite, professeur d'histoire naturelle à la Fa- 
culté des sciences de Rennes et doyen de cette faculté. Il 
est depuis 4885 correspondant de l'Institut. On lui doit, 
outre de nombreux mémoires parus dans les recueils spé- 
ciaux, deux ouvrages importants : Etude sur les algues 
d'eau douce de la famille des Linncacées (Paris, 4875, 
avec planches) ; les Batrachospermes [Paris, 4884, avec 
planches). 

SIRON (Entom.) (V. Ciron). 

SIRONA (Astron.) (Y. Astéroïde). 



SIROP. Généralités. — On donne le nom de sirop à 
toute préparation ou conserve liquide obtenue par la dis- 
solution du sucre dans des véhicules variables, tels que 
l'eau, les infusions, les décoctions, les émulsions, le 
vin, etc. Les sirops dits d'agrément sont employés, éten- 
dus d'eau, comme rafraîchissants : sirops de groseille, de 
grenadine, d'orgeat, de citron, etc. lis sont l'objet d'un 
commerce très important. Ils se préparent, d'ailleurs, de 
façon générale, comme les sirops médicamenteux, beau- 
coup plus nombreux et plus complexes, et ils donnent lieu 
aux mêmes falsifications. 

Les sirops constituent l'une des formes médicamenteu- 
ses les plus commodes. Leur saveur sucrée les rend fa- 
ciles à administrer ; d'autre part, ils se conservent bien, le 
sucre agissant comme antifermentescibie en solution con- 
centrée; ils constituent aussi, ^dans certains cas, une 
solution de principes actifs bien déterminée et exactement 
dosée (codéine, morphine) ; enfin ils se prêtent particu- 
lièrement bien à la préparation des potions et à 1 édulco- 
ration des tisanes. En règle générale, les sirops contien- 
nent 4.800 gr. de sucre pour 1.000 gr. de dissolvant 
aqueux; leur densité à froid (-f- 15^ C.) est de i,32, et, à 
l'ébullition, de 1,26. Leur point d'ébullition est voisin de 
105*^. La détermination de la densité se fait au moyen du 
densimètre, et l'emploi de cet instrument a été substitué 
dans le codex de 1884 à celui de l'aréomètre Baume usité 
autrefois. Les sirops devaient marquer à l'aréomètre 31 ** 
à l'ébullition, '66° à froid. 

Les sirops se préparent, soit à froid, soit à chaud ; mais 
quel que soit leur mode de préparation, ils doivent être 
limpides; dans ce but, on les tiltre ou on les clarifie. La 
filtration se fait, soit à travers une étoffe de laine (éta- 
mine, molleton, chausse d'Hippocrate), procédé employé 
pour le sirop pectoral, le sirop de guimauve, le sirop de 
gomme, soit au papier, comme pour le sirop de tolu, de 
térébenthine. Les sirops plus colorés et plus chargés 
d'impuretés sont clarifiés à l'albumine (sirop de salsepa- 
reille composé, sirop des cinq racines), ou bien, suivant 
le procédé Desmarets, à la pâte de papier (sirop de chi- 
corée composé). 

On peut diviser les sirops en sirops simples et sirops 
composés, suivant qu'ils contiennent une ou plusieurs 
substances médicamenteuses. Les derniers ont des modes 
de préparation variables et complexes; les premiers 
peuvent être, à leur tour, divisés suivant la nature du 
dissolvant. 

Les sirops préparés avec des eaux distillées ont comme 
type le sirop simple. C'est une solution de sucre dans l'eau 
distillée, faite soit à chaud (170 gr. de sucre, 100 gr. 
d'eau), en chauffant, jusqu'à solution, puis jusqu'à l'ébul- 
lition, et passant lorsqu'elle marque 1 ,26 bouillant, soit à 
froid avec 180 gr. de sucre pour 100 gr. d'eau. En ajoutant à 
ce sirop des solutions de substances médicamenteuses, on 
obtient des sirops, tels que ceux de morphine, de sulfate 
de quinine, d'opium, que l'on peut considérer au point de 
vue de la classification, comme dérivés du sirop simple. De 
même les sirops faits par addition de teintures au sirop 
simple (sirops de belladone, d'aconit). Les sirops faits 
avec d'autres eaux distillées (eau distillée de laurier-ce- 
rise, do fleurs d'oranger, de cannelle), se préparent comme 
le sirop simple fait à froid. 

Les sirops faits par dissolution du sucre dans une 
solution médicamenteuse aqueuse peuvent être classés 
suivant la nature de la solution : solution simple (sirop 
de gomme), digeste (sirop de salsepareille), infusé (sirop 
de violettes), déeocté (sirop de gaïac), suc (sirop de 
groseille). 

Les sirops simples par solution du sucre dans une 
solution médicamenteuse obtenue par l'alcool ont comme 
type le sirop d'écorce d'oranges amères (V. Oranger, 
t. XXV, p. 476) ou le sirop d'ipéca. 

On conserve les sirops dans des boul^iileshien bouchées, 
exactement remplies . Pour éviter la fermentation qui se 



79 — SIROP 

produit dans certains sirops, on peut verser à la surface 
du liquide une petite quantité d'alcool ; plus souvent on 
emploie le procédé d' Appert qui consiste à chauffer les si- 
rops embouteillés, au bain-marie bouillant, pendant une 
heure, et à boucher les flacons avec des bouchons lavés à 
l'eau l30uillante. Malgré cette précaution, les sirops sont 
sujets à s'altérer. Il résulte, en effet, des observations suc- 
cessives de Monnier, Dubrunfaut, Hardy, Raoult, Mau- 
merré, etc., que les acides, les ferments, la chaleur, la 
lumière, tendent à convertir le sucre cristallisable en un 
mélange de glucose et de lévulose (sucre interverti ou 
inverti). Cette altération est d'autant plus rapide et plus 
sensible que les sucs employés sont plus acides, ou encore 
que, par suite d'un défaut ou d'un excès de concentration, 
la densité s'écarte davantage de celle de 1,32, qui, nous 
l'avons vu, doit êtr3 considérée comme normale. Une trop 
grande concentration offre, en effet, les mêmes inconvé- 
nients qu'une concentration insuffisante : elle produit la 
cristallisation, et celle-ci ne parait pas s'arrêter au terme 
de satui^ation de la solution, c.-à-d. que le sirop perd peu 
à peu son sucre et se décuit; dans cet état il devient 
plus apte à fermenter. 

Variétés de sirops. — Elles sont en nombre trop con- 
sidérable pour que nous les puissions indiquer toutes. 
Nous ne donnerons donc que les recettes des plus commu- 
nément employées. 

Sirop simple ou de sucre (V. ci-dessus). 

Sirop de belladone. Teinture de belladone, 75 ; sirop 
de sucre, 1.000. 

Sirop de bourgeons de sapin. Bourgeons de sapin 
100, eau bouillante 1.000, sucre blanc q. s., alcool à 
60^ 100 (Codex), ou extrait de bourgeons de sapin 100, 
eau distillée aromatique 1.000, sucre 2.000. 

Sirop de capillaire (V. Capillaire,!. IX, p. 173). 

Sirop de chicorée (V. Rhubarbe, t. XXVIIÏ, p. 609). 

Sirop de citrons. Sirop d'acide tartrique ou citrique 
1.000, teinture de zestes récents de citron 15. On le pré- 
pare aussi comme le sirop de coings. 

Sirop de coings. Suc dépuré de coings 1,000, sucre 
1.750. On fait dissoudre à chaud et on passe. 

Sirop de digitale. Teinture de digitale 25, sirop de 
sucre 1.000 {Codex), 

Sirop d'écorcesd'orames amères (Y. ORkmER, t. XXV, 
p. 476). 

Sirop de fimses. Comme le sirop de coings et le sirop 
de framboises. 

Sirop de framboises (Y . Framboise, t. XVIÏ, p. 956). 

Sirop de gomme. Gomme arabique 100, eau 430, 
sucre blanc concassé 670. On fait dissoudre la gomme 
dans l'eau froide en agitant de temps en temps jusqu'à 
solution complète ; on ajoute le sucre et l'on fait au bain- 
marie un sirop que l'on passe au blanchet. 

Sirop de groseille. Comme le iirop de coings. 

Sirop de grenadine (V. Grenadine, t. XIX, p. 379). 

Sirop de guimauve. Racine de guimauve incisée 50, 
eau froide 300, sirop de sucre 1.500. 

Sirop d'ipéca. Extrait alcoolique d'ipéi;a 10 gr., dis- 
sous dans 30 gr. d'alcool à 60*^, sucre en poudre 340 gr., 
eau 630 gr. On fait fondre au bain-marie et on filtre au 
papier après refroidissement. 

Sirop de miel (V. Miel, t. XXIÏI, p. 955). 

Sirop de mares. Mûres entières non à parfaite matu- 
rité 1 kilogr., sucre pulvérisé 1 kilogr. ; on chauffe dans 
une bassine, on fait bouillir en remuant jusqu'à 30^^ Bau- 
me ; on passe au blanchet et on laisse le marc égoutter 
dessus. On le prépare aussi comme h sirop de coings. 

Sirop d'œufs (Y. (Euf, t. XXV, p. 277). 

Sirop d'opium (Y. Opium, t. XXV, p. 422). 

Sirop d'onjeat (V. Orgeat, t. XXV, p. 552). 

Sirop de Portai (Y. Portal, t. XXVlï, p. 356). 

Sirop de raifort (V. Raifort, t. XXVlïI, p. 94). 

Sirop de rhubarbe (V. Rhubarbe, t. XXVJII, p. 609). 

Sirop thébaïque (V. Opium, t. XXV, p. 422). 



SIROP — SmVEN — 80 

Falsifications. — Peu de substances so/it aussi falsi- 
fiées que les sirops. Dans le but de les obtenir à meilleur 
marché, les confiseurs, les distillateurs, les liquoristes et 
aussi malheureusement les pharmaciens, font usage, au 
lieu de sirop de sucre, de sirop de glucose ou de fécule 
(sirop de malt, de blé, etc.), obtenu par la saccharifica- 
tion de la fécule et de l'amidon au moyen de l'acide sul- 
furique ou de la diastase. Le kilogramme de sirop de 
fécule est livré à fr. 37 ou fr. 38, tandis que le ki- 
logramme de sirop de sucre revient à fr. 75, fr. 80 
et même souvent davantage. En mêlant, comme il arrive 
fréquemment, 40 ^/o de sirop de fécule au sirop de sucre, 
on obtient un produit qui coûte fr. 62 au lieu de fr. 80 
le kilogramme. Les inconvénients sont nombreux ; outre 
que le consommateur est trompé, la saveur et la propriété 
sucrante se trouvent, s'il s'agit d'un sirop d'agrément, 
considérablement modifiés; s'il s'agit de sirops médica- 
menteux, les propriétés thérapeutiques sont également fort 
amoindries. De plus, il en peut résulter, dans les deux 
cas, des maux de gorge. Les moyens employés par les la- 
boratoires d'expertise pour reconnaître la présence des 
glucoses dans les sirops sont nombreux. L'un des plus 
courants consister à traiter, dans un petit ballon, 10 ou 
15 gr. de sirop par 40 gr. d'une solution de potasse au 
dixième. S'il n'y a pas de glucose, le sirop prend, par 
l'ébuUition, une belle couleur ambrée; s'il y en a, il ac- 
quiert la couleur du café noir et répand une odeur de cara- 
mel. On a aussi recours à la liqueur de Frommherz, la- 
quelle perd, lorsqu'on la chauJle avec une solution de 
glucose, sa belle couleur bleue, qu'elle conserve, au con- 
traire, avec les sirops de pur sucre. Enfin, le sirop de 
glucose se colore en rouge lorsque, après l'avoir étendu 
de son volume d'eau, on y ajoute quelques gouttes d'io- 
dure ioduré de potassium. Ces divers procédés ne font pas 
connaître la proportion du mélange. Ils ne peuvent, d'autre 
part, être mis en pratique pour les sirops acides, même 
les plus blancs, la présence des acides intervertissant le 
sucre de canne, qui se colore également, dans ce cas, par 
la potasse. On doit recourir alors à l'emploi de la liqueur 
cupro-potassique ou au saccharimètre (V. Sucre) . Il ne faut 
pas, d'ailleurs, oublier, relativement à la responsabilité du 
fabricant, qu'un sirop, primitivement préparé avec du sucre 
pur, peut contenir, par altération, du sucre interverti. 

Outre la falsification générale par la substitution du si- 
rop de glucose au sirop de sucre, certains sirops subis- 
sent encore des falsifications spéciales à raison de la cherté 
des autres substances qui y doivent entrer. Ainsi le sirop 
de gomme contient, presque toujours, en quantité plus ou 
moins grande, de la gomme adragante au lieu de gomme 
arabique, il n'est même, très souvent, en tout ou en par- 
tie, que du sirop de glucose dextrine, et une tolérance 
regrettable autorise cette substitution, à la condition de 
mettre sur l'étiquette « sirop de gomme de fantaisie ». 
Le sirop de grenadine s'imite en substituant au suc de 
grenadine véritable un « extrait de grenadine », qu'on 
ajoute à 60 fois son poids de sirop de sucre et qui est 
tout simplement composé de 15 •^/olOO d'acide sulfu- 
rique, d'un peu d'acide malique et de cochenille ; la saveur 
est d'abord agréable, mais l'acidité persiste et il se produit 
à la longue un certain agacement des dents. Signalons au 
hasard, parmi les autres imitations : celle du sirop de 
groseille au moyen d'un mélange de vin rouge, de sucre 
blanc eWe sirop de framboise, ou bien encore de sirop de 
sucre, de sirop de fécule, d'acide tartrique et de fleurs de 
coquelicot ; celle du sirop de guimauve, au moyen de si- 
rop de sucre glucose qu'on aromatise avec une petite 
quantité d'eau de fleurs d'oranger ; celle du sirop d'orgeat, 
par la substitution de gomme adragante, d'essence de 
mirbane et de diverses autres substances aromatisantes et 
colorantes, aux amandes douces et amères qui doivent 
former la base de l'émulsion. 

BiBL. : A. Chevallier et E. Baudriatont, Dictionnaire 
des altérations et des falsifications^ t. XI, art. Sirop. 



SI RDS. Com. du dép. des Basses-Pyrénées, arr. de 
Pau, cant. deLescar ; 166 hab. 

SIROUY (Achille-Joseph-Louis), peintre, graveur et 
lithographe français, né à Beauvais le 29 nov. 1834. Elève 
de Lassalle et Couture, il fit de belles lithographies de 
Delacroix, Decamps, Meissonier, etc. Il a exposé au Sa- 
lon depuis 1863, avec succès. Citons : le Supplice de 
Tantale ('[H66); l'Enfant prodigue (1873); le Sphinx 
(1880); la Chaise (1887), panneau décorsiiiî ; la Buvette 
de la Bourboule (1892), et de nombreux portraits. 

SIRO-YAMA (V. Hakou-San). 

SIROZ. Ville de Turquie (V. Sérès). 

SIRVEN (Pierre-Paul), né à Castres le 22 août 1709, 
mort le 18 août 1777. Il doit toute sa notoriété à la con- 
damnation que prononça contre lui, le 5 mai 1764, le 
tribunal de Mazamet. En 1760, Sirven, géomètre arpen- 
teur, était fixé au village de Saint-Alby, avec sa famille 
composée de sa femme, Toinette Léger, et de trois filles. La 
cadette, Elisabeth, alors âgée de vingt-trois ans, était 
maladive et fantasque ; sous l'influence de la sœur de 
M. de Barrai, évêque de Castres, elle entra au couvent des 
Dames noires (6 mars 1760). La faiblesse de sa santé 
ne lui permit pas de rester ainsi cloîtrée, elle rentra 
dans sa famille (9 oct. 1760) et disparut subitement au 
mois de déc. 1761. Dans la nuit du 3 janv. 1762, on 
trouva son cadavre dans un puits. Les fanatiques accu- 
sèrent Sirven d'avoir tué sa fille pour l'empêcher d'em- 
brasser le cathoHcisme. Le 19 janv., un décret de prise 
de corps est lancé contre Sirven, sa femme et ses deux 
filles. Les accusés, se souvenant du sort de la famille Ca- 
las, se réfugièrent en Suisse, et le tribunal de Mazamet, 
par jugement du 29 mars 1764, condamna Sirven à la 
peine Q^apitale et prononça le bannissement contr les autres 
inculpés. 

Pendant qu'on l'exécutait en effigie sur la place publique 
de Mazamet, Sirven était présenté à Voltaire par Moultou, 
pasteur de Genève. L'ermite de Ferney, ému par les mal- 
heurs de cette famille, convaincu de son innocence, en- 
treprit de la réhabiliter. Il ouvrit une souscription qui 
fut favorablement accueillie par le grand Frédéric, l'im- 
pératrice Catherine II de Russie, les rois de Pologne et 
de Danemark ; et il chargea l'avocat Elie de Beaumont 
de déférer au conseil du roi le jugement de Mazamet, 
tandis que dans son Avis au public sur les parricides 
imputés aux Calas et aux Sirven, il plaidait lui-même 
avec une grande éloquence la cause de ses protégés. La 
requête de Sirven fut rejetée ; par arrêt du 29 janv. 1768, 
le conseil du roi refusa de lui attribuer de nouveaux juges. 
— Pour obtenir une nouvelle sentence, une seule voie 
restait ouverte : il fallait rentrer en France et purger la 
contumace. C'est ce que fit Sirven. Le 16 nov. 1769, il 
comparaissait devant le tribunal de Mazamet, qui pro- 
nonçait sa mise hors d'instance, mais le condamnait aux 
frais du procès, Faccusation n'ayant pas été jugée calom- 
nieuse. Mécontent de ce demi-succès, Voltaire conseilla 
de former appel devant le Parlement de Toulouse, qui, par 
arrêt du 25 nov. 1771, réhabilita complètement la famille 
Sirven. Cette fois, les protestants étaient vengés, la mons- 
trueuse calomnie qui prétendait que la doctrine de Calvin 
forçait les pères à punir de mort leurs enfants qui se 
convertissaient à l'Eglise romaine était confondue et con- 
damnée par le parlement de Toulouse, qui s'était souvent 
montré très sévère pour les Réformés. A. Lods. 

BiBL. : Court de Gebelin, les Toulousaines ; Edim- 
bourg, 1763, in-12. — Elie de Beaumont, Mémoire à con- 
sulter et consultation pour Pierre-Paul Sirven com- 
missaiî'c à terrier dans le diocèse de Castres ; Paris. 
1764, in-4. — Lacroix, Mémoire pour le sieur Pierre-Paul 
Sirven^ feudisle, habitant de Castres, appelant contre les 
consuls et communauté de Mazamet, 1771, in-8. — Ca- 
mille Rabaud, Sirven, Etude historique sur l'avènement 
de la Tolérance; Paris, 1891, in-18, 2» éd. 

SIRVEN (Alfred), littérateur français, né à Toulouse 
le 28 mai 1838. 11 descend des Sirven que défendit Vol- 
taire. Il fit ses études dans sa ville natale, puis vint à 



— 81 — 



SmVEN — SISMONDl 



Paris où il se donna à la littérature ; il commença par 
deux brochures le Travail et les Cinq Centimes, dédiés à 
Tarchevêque de Paris et à l'empereur ; puis il fit paraître 
un roman moral : Liona ou la Mauvaise Influence. En 
1858, il fonda la Petite Presse; devenu directeur du Gau- 
lois, il fut condamné à la prison et à l'amende pour ses 
articles. Il publia ensuite une série de livres à titres sen- 
sationnels : tels que V Homme noir, roman anticlérical 
qui eut du succès ; les Infâmes de la Bourse, les Vieux 
Polissons qui lui valurent une nouvelle condamnation pour 
leur crudité. Il commença, en 1867, une étude politique 
et anecdotique des journaux qui parut en 1867, en 4 vol., 
sous le titre : Journaux et Journalistes, puis une his- 
toire des prisons politiques : Sainte-Pélagie, la Concier- 
gerie et Mazas. De nombreux romans sont venus se 
joindre encore à sa production. Citons : les Gens qu'on 
salue (1879) ; 31"" Grinchard (1800) ; la Fille de Nana 
(1881) ; un Drame au couvent {iSS'il) ; V Enfant d'une 
vierge, conte oriental (1884) ; Etiennette, drame con- 
temporain (1885) ; la Linda (1889). Du 20 sept, au 
30 oct. 1870, Sirven a été sous-préfet de Dreux. 

SIRVENTÉS. Ce mot désigne, dans l'ancienne littéra- 
ture provençale, un genre lyrique, dont le caractère es- 
sentiel est de s'opposer à la chanson. Tandis que celle-ci 
est exclusivement consacrée à l'amour, le sirventés, selon 
hs Leys d' Amors (qui reproduisent à peu près la défini- 
tion de Raimon Vidal), traite « de blâme ou de répréhension 
générale, pour châtier les fous et les méchants, ou encore 
de quelque fait de guerre ». Le sirventés est donc essen- 
tiellement une poésie de circonstance. Il y a des sirventés 
moraux, où sont attaqués les vices ou défauts du siècle ou 
de telle classe de la société (notamment du clergé) ; il y 
en a de politiques, où le troubadour, écrivant ordinaire- 
ment sous l'inspiration de quelque prince, essaie d'exercer 
une influence sur l'opinion publique. Les premiers, à cause 
de Textrême généralité des attaques, ne sont pas fort in- 
téressants; les autres le sont davantage, notamment ceux 
de Bertran de Born et ceux qui furent écrits à l'occasion 
de la croisade albigeoise ; quelques-uns de ces derniers, 
qui ont le grand mérite de nous renseigner sur l'état de 
l'opinion, sont de très précieux documents historiques 
(ceux par exemple de G. Figueira, de P. Cardinal, de 
B. Sicart de Marvéjols, de B. de la Barta, de B. de Rove- 
nac, de G. Montanhagol). Au point de vue de la forme, le 
sirventés suit les mêmes règles que la chanson ; il est pro- 
bable qu'à l'origine (et cette loi fut longtemps observée) il 
empruntait à une chanson en vogue ses rimes ou du moins 
sa forme strophique : c'était un moyen, de tous temps em- 
ployé, pour donner une rapide popularité à une œuvre 
de circonstance. Les anciens grammairiens provençaux 
croyaient qu'il tirait de là son nom : selon Raimon Vidal, 
il serait ainsi appelé « parce qu'il sert la chanson dont il 
prend les rimes et se soumet à eile ». Mais, comme l'ont 
remarqué Tobler et Lévy, sirventés se rattache à sirven 
et non directement à servir; ce serait donc — et c'est 
aussi l'opinion de P. Meyer — une poésie composée par 
un sirven ou « soudoyer », sergent d'armes. On s'expli- 
querait aisément ainsi que tant de sirventés aient été 
écrits sous l'inspiration d'un maître et prêchent sa po- 
litique. Au xiv^ siècle, le sirventés change de carac- 
tère et, avec l'école de Toulouse, il devient surtout reli- 
gieux. 

Il est probable qu'il y a un rapport étymologique entre 
le sirventés provençal et le servent ois de la France du 
Nord. Celui-ci paraît avoir été d'abord un genre badin ; il 
devint au xiii^ siècle l'expression de pensées morales ou 
ascétiques, et ne désigne que rarement des poésies poli- 
tiques : los deux genres sont donc, quant au fond, nette- 
ment distincts. Le serventese italien n'a guère, lui non 
plus, que le nom de commun avec le sirventés provençal, 
dont néanmoins il parait bien dériver. A. Jeanroy. 

SfSARA, chef chananéen, d'après une variante, général 
de l'armée du roi indigène Jabin, se propose d'écraser les 

GRANDE ENCYCLOPÉmE. — XXX. 



Israélites, impatients du joug étranger, dans la vallée du 
Kison, où il a rassemblé une armée importante, rendue re- 
doutable par la présence de chars bardés de fer et armés 
de faux. Il est néanmoins battu par un chef israélite, du 
nom de Barak, dont la prophétesse Débora avait réveillé 
le zèle par ses appels énergiques. Sisara, fugitif, reçoit 
l'hospitalité, dans les montagnes de Nephtali, chez une 
veuve qénite (cinéenne) qui, désireuse de se concifier les 
Israélites, tue le chef chananéen pendant son sommeil, au 
moyen d'une fiche de la tente, dont elle lui traverse les 
tempes. Cette femme, du nom de Jahel, est célébrée par 
un poète, dont les uns considèrent l'œuvre comme fort 
ancienne (le Cantique de Débora), d'autres, comme mo- 
derne {Juges, chap. iv et v). M. Vernes. 

SISCO. Corn, dudép. de la Corse, arr. deBastia, cant. 
de Brando ; 899 hab. 

SISEBUTH, roi visigoth (V. Espagne, t. XVI, p. 325). 

SISENAND, roi visigoth (V. Espagne, t. XVI, p. 325). 

SISENNA (L. Cornélius), historien romain (V. Corne- 
UA IGens'l). 

SISINNIUS,89«^pape,néenSyrie,élule26janv.708, 
mort le 7 févr. même année. A l'époque de son élection, 
il était tellement perclus par la goutte qu'il ne pouvait 
plus prendre ses aliments lui-même. Son pontificat ne 
dura que vingt jours. Le seul acte qui s'y rapporte est 
l'ordination d'un évêque pour la Corse. E.-H. V. 

SISMOGRAPHE (V. Séismomètre). 

SISMOLOGIE (V. Tremblement DE terre). 

SISMONDl (Jean-Charles-Léonard Simonde de), histo- 
rien et économiste, né à Genève le 9 mai 1773, mort à 
Genève le 25 juin 1842. Sa famille, originaire de Pise, 
établie ensuite en Dauphiné où elle embrassa le calvi- 
nisme, s'était fixée à Genève après la révocation del'édit 
de Nantes. Son père, pasteur à Genève et membre du 
conseil des Deux-Cents, l'envoya à Lyon apprendre le 
commerce de banque chez Eynard. La Révolution inter- 
rompit sa carrière et l'obligea de suivre les siens en An- 
gleterre (1793-94), puis à Val-Chiusa en Italie, où il par- 
tagea son temps entre l'étude et l'exploitation rurale. Il 
publia : Tableau de V agriculture toscane (Genève, 
an IX, in-8) ; J)e la Richesse commerciale (Genève, 
4803, 2 vol. in-8), où il appliquait les théories d'Adam 
Smith à la législation française dont il demandait la ré- 
forme progressive dans le sens du libre-échange. C'est 
alors qu'il entra en relation avec Necker et sa fille et 
devint secrétaire de la chambre de commerce du dép. du 
Léman. En 1807, il commença à faire paraître à Zurich 
les premiers volumes de son Histoire des républiques 
italiennes du moyen âge y achevée seulement en 1818 à 
Paris (16 vol. in-8), et rééditée en 1825-26 : Mignet en 
a vanté le savoir étendu, la marche vive, la couleur 
franche, la pensée judicieuse et libérale. Manzoni l'avait 
attaqué au point de vue catholique, et B. Constant ne 
réussit pas à le faire couronner par l'Institut de France, 
ce dont l'auteur put se consoler en lisant les éloges — et 
même les critiques «— des deux Schlegel,de Wieland et de 
Millier. Après un mémoire intitulé I)u Papier-monnaie 
dans les Etats autrichiens et des moyens de le sup- 
primer (Weimar, 1810, in-8), il fit à Genève un cours 
public d'où il tira : Littérature du Midi de l'Europe 
(Paris, 1817, 4 vol. in-8}. C'est alors que pour la pre- 
mière fois il vint à Paris, où les salons — même légiti- 
mistes — n'eurent ni le tort ni le temps de gâter un es- 
prit mûri par la vie comme par l'étude du passé. Fran- 
çais de cœur, comme écrivain et comme philosophe, il 
regretta que l'Europe eût donné à la République helvétique 
sa ville natale (1815). Il se rallia sincèrement, naïvement 
même, à ÏActe additionnel, dans V Examen de la Cons- 
titution française (Paris, 1815, in-8), qui parut en ar- 
ticles dans le Moniteur. Il eut, le 3 mai, une causerie 
d'une heure avec Napoléon, mais refusa le brevet de che- 
valier delà Légion d'honneur qui l'eût trop domestiqué. 

6 



SISMONDÏ - SISTRE — 8^ — 

Son Journal, sa Correspondance avec M^^^ de Sainte- 
Aulaire (Paris, 4863, iii-8), ses Lettres à M"^^ d'Al- 
bany (Paris, 1864, in-8), témoignent des souffrances et 
des indignations de ce cœur généreux au milieu des tra- 
gédies de la Terreur blanche (V. ce mot). Le 9 avr. 
1819, il épousa une Anglaise, Jessie Allen, belle-sœur de 
Mac-Kintosh. Témoin des misères du prolétariat anglais, 
il renia, par humanité, la doctrine du laissez- faire ; 
dans les Nouveaux Principes d'économie politique, ou 
De la Richesse dans ses rapports avec la population 
(Paris, 1819, 2 vol. in-8), il est nettement intervention- 
niste et attaque sans ménagement les parodoxes, sinon 
logiques, du moins politiques, de J.-B. Say et de son école 
(Y. aussi : Etudes des sciences sociales, Paris, 1836- 
38, 3 vol. in-18, et de nombreux articles de la Revue 
encyclopédique). Toutefois, il a consacré à l'histoire la 
fin de sa carrière, soit dans un roman de mœurs gallo- 
romaines, dans le genre de Walter Scott, Julia Severa, 
ou l'An 492 (Paris, 1822, 3 vol. in-12), soit dans son 
Histoire de la chute de l'empire romain, etc., de Tan 
250 à Van iOOO, soit principalement dans son Histoire 
des Français (Paris, 1821-44, 31 vol. in-8), œuvre plus 
considérable par les dimensions que par Foriginalité des 
recherches et la pondération des jugements. En 1833, il 
fut élu un des cinq associés, à l'Académie des sciences 
morales. H. Monin. 

BiBL. : Chêne vrÈRE, Fragments du journal et de la 
correspondance de... Sismondi ; Genève, 1857, in-8. — 
Saint-René-Taillandier, Lettres inédites de J -C.-L de 
Sismondi... à M'"» la comtesse d'Albany... avec une intro- 
duction; Paris, 1863, in-12, — • Du même, article de la Re- 
vue des Deux Mondes, janv. 1862. ~ Mignet, Notices his- 
toriques, t. II. ~ Loménie, Galerie des contemporains 
illustres, t. VII. 

SlS0N(5^so/^L.) (Bot.), Genre d'Ombellifères qui ne ren- 
ferme plus, actuellement, que le seul S. amomum L. ou 
FauxAmome, Persil de vache, herbe à feuilles pinnati- 
séquées, à rameaux grêles constituant un panicule qui 
porte des ombelles nombreuses à 3-6 rayons, terminées 
par des ombellules à 4-5 rayons ; fruit ovoïde. Cette 
plante se rencontre dans les haies et les buissons, et ses 
fruits, qui faisaient partie des quatre semences chaudes 
mineures, sont réputés toniques, carminatifs et diuré- 
tiques. 

SI SOU RÂLA. Nom d'un héros légendaire de l'Inde. 
Cousin et ennemi invétéré de Krichna, il finit par être 
tué par lai. Ce meurtre fait le sujet du Sisoupdla-vadha, 
poème épique en vingt chants, composé par Magha, qui est 
resté classique dans l'Inde et a été traduit en frapçaispar 
Fauche. 

SISSONNE (Sessonia [1107J). Ch.-l. de cant. du 
dép. de l'AisnO; arr. do Laon, vallée de la Souche, à 
proximité d'une grande plaine marécageuse ; 1.443 hab. 
Sur les hauteurs crayeuses des environs, on a établi un 
camp d'instruction pour les troupes du 2^ corps d'armée. 
La châtellenie était un franc-alleu qui fut placé en 1223 
sous la suzeraineté de l'évêque de Laon. E. Cit. 

S ISS Y. Corn, du dép. de l'Aisne, arr. de Saint-(}uen- 
tin, cant. de Ribemont; 900 hab. 

SISTAN (V. Séistan). 

SISTELS. Com. du dép. de Tarn-et-Garonne, arr. de 
Moissac, cant. d'Auvillars ; 329 hab. 

SISTERON. Ch.-l. d'arr. du dép. des Basses-Alpes; 
3.905 hab. Stat du chem. de fer de Marseille à Grenoble. 
Sur la Durance. Citadelle. Fabrique de soieries. Collège 
communal. Ville très ancienne, Sisteron (Segustero, Se- 
gesterium, Sistericum) fut saccagée par les Huns et les 
Vandales, appartint successivement aux Visigoths et aux 
Bourguignons et était au x^ siècle le chef-Heu d'un comté. 
Au xir® siècle, elle appartint aux comtes de Forcalquier, 
puis passa aux comtes de Provence (1193). En juil. 1562, 
elle fut attaquée par les catholiques, résista d'abord, mais 
fut prise et saccagée. L'évêché de Sisteron, suffragant 
d'Aix, fui supprimé en 1790. — Evêques de Sisteron : 



Chrysaphius, 452; Jean ¥'\ 509; Valère, 517; Avole, 
541 ; Gêniez, 576; Pologronius, 584; Secondin, 619-57 ; 
Magnibert, 659-718; Amant, 718-29; Virmagnus, 730- 
50; Bon I^^ 750-805; Jean II, 812; Campanus, 851 ; 
Bon II, 867 ; Viventius, 870-81 ; Eustorge, 882-926 ; 
Arnoul, 926-vers 960; Ursus, 963; Humbert Y\ 966; 
Raoul ^^ 981 ; Front, 1015-30 ; Durand, 1030 ; Pierre P^ 
1030; GeraudP^ 1035; Pierre II, 1045; Géraudll Che- 
vrier, 1061-vers 1080 ; Charles P^ vers 1090 ; Bertrandl^^ 
1102 ; Géraud III, 1110-24 ; Raimbaud, 1125-43 ; Pierre 111 
de Sabran, 1143-69 ; Bertrandll, 1169-74 ; Bermondd'An- 
duze, 1174-vers 1200; Pons de Sabran, 1206; Raoul 11, 
1206-41 ; Henri de Suze, 1241-50 ; Humbert H, 1251-57 ; 
Jean HI Alain, 1257-77 ; Pierre IV Girard de Puy-Michcl, 
1277-91; Pierre V d'Alamon, 1291-1303; Jacques P^' 
Gantelmi, 1304-9; Rostaing P^ 1309-10; Raymond IV 
d'Oppède, 1310-26; Rostaing H, 1326-48; Pierre ¥' 
AYOgadri,1349; Géraud IV, 1363-64; Pierre VH, 1364- 
65; Berthold, 1365; Géraud V, 1365-70; Renoul de 
Corze de Monteruc, 1370-78; Artaud ou Bertrand HI de 
Méhelles, 1382-1400; Robert Dufour, 1400-36; Mitre P^' 
Gastineili, 1438-39; Gaucher de Forcalquier, 1440-41 ; 
Raimond II, 1442-45; Charles H de Bornas, 1446-48; 
Mitre H Gastineili, 1448-56 ; Jacques II du Pont-Lor- 
rain, 1458-61; André de Plaisance, 1464-77; Jean IV 
Esquenart, 1477-92; Thibaud de La Tour, 1492-99; Lau- 
rent Bureau, 1499-1504; Pierre VHÏ Filleul, 1504-68; 
François de DintevilUe, 1508-14; Claude P^" de Louvain, 
1514-19; Michel de Savoie, 1520-22; Claude H d'IIaus- 
sonville, 1522-31; Antoine P^' de Narbonne, 1531-41 ; 
Aubin de Rochechouart, 1542-44; Aimeric de Roche- 
chouart, 1445-82; Antoine H de Cuppis, 1584-1606; 
Toussaint de Glandevès de Cujes, 1607-48; Antoine 111 
d'Arbaud de Matheron, 1648-66; Michel Poncet, 1667- 
74; Jacques HI Potier de Novion, 1674-80; Louis Tho- 
massin, 1680-1718; Pierre-François LatBttau, 1719- 
64; Louis-Jérôme de Suffren de Saint-Tropez, 1764-89; 
François de Bovet, 1789-90. J. Marchand. 

BiBL. : E. DE La Plane, Histoire de Sisteron, 1813-44, 
2 vol. in-8. 

SISTOV ou SVISTOV. Ville de Bulgarie, chef- lieu de 
cercle, sur la rive droite du Danube, dans la courbe la 
plus méridionale de ce fleuve; 13.312 hab. Elle n'a pris 
d'importance qu'après la ruine de Nikopoli, et possède un 
commerce florissant ; elle est la ville d'importation de la 
moyenne Bulgarie et exporte des céréales. Sistovtire aussi 
son importance de ce qu'elle est le passage sur la rive 
gauche du Danube, libre de marécages. — La ville est 
bâtie sur l'emplacement de^.la station de légions romaine 
Novse. Le 30 déc. 1790, un congrès s'y réunit, et, le 
4 août 1791, la paix y fut signée entre la Turquie et 
FAutriche. L'armée russe y passa le Danube les 27 juin et 
11 juil. 1877. 

SISTRE (Mus.). Instrument de musique des anciens 
Egyptiens, fort usité dans les cérémonies religieuses et 
publiques et qui paraît avoir eu chez eux uijie signification 
mythique et symbohque, comme la lyre ou la cithare chez 
les Hellènes. Le sistre était un instrument de percussion, 
formé d'une lame de bronze ou d'un autre métal sonore 
replié sur elle-même en forme de cercle ou de fer à cheval 
et montée sur un manche tenu à la main. Des baguettes 
de fer, arrêtées aux deux bouts, passaient librement dans 
des trous pratiqués en face l'un de l'autre des deux côtés 
du cercle : quelquefois, des anneaux d'airain étaient encore 
enfdés dans ces baguettes. En agitant vivement l'instru- 
ment, on faisait résonner toutes ces pièces métalliques et 
le son. obtenu devait assez ressembler à celui du chapeau 
chinois iisité jadis dans nos musiques militaires. 

On a quelquefois applique à tort le nom de cet instru- 
ment primitif à une variété du genre luth. Une erreur 
orthographique est la cause de cette confusion. Le cistre, 
citre ou citole (du latin cithara) était un instrument à 
cordes pincées dont les cordes étaient en métal. Il n'a rien 



— 83 

de commun avec l'engin retentissant des prêtres égyp- 
tiens. H. QmTTARD. 

SISYMBRIUiVI (Sisymbrium L.) (Bot.). Genre de Cru- 
cifères-Cheiranthées, formé d'espèces herbacées, surtout ca- 
ractérisées par l'ovaire surmonté de 2 stigmates et la si- 
lique cylindracée et subulée ou linéaire comprimée. L'espèce 
type, S. officinale Scop. (Erysimum officinale L.) ou 
Vélar, Tortelle, Herbe au chantre, croît dans le voisinage 
des habitations ; ses feuilles sont très astringentes et ré- 
putées contre les catarrhes et les enrouements et comme 
détersives, apéritives et diurétiques ; forme la base du 
sirop d'Erysimum composé. Le S. sophia L. ou Sagesse 
des chirurgiens, commun dans les lieux incultes et surtout 
dans les terrains calcaires, était autrefois très employé 
topiquement comme vulnéraire et hémostatique, et en ' 
infusion à 20-30 ^/oo contre la diarrhée, les hémoptysies, 
a leucorrhée, etc. (Pour le 5. alliaria L., V. Alliaire). 
SISYPHE (Myth.). Personnage mythologique qui joue un 
rôle important dans les légendes de la race éolienne et de la 
ville de Corinthe. Fils d'.4]o- 
lus, frère d'Athamas et de 
Salmonèe, Sisyphe fut roi 
de Corinthe; il fit faire de 
grands progrès à la naviga- 
tion et au commerce. Mais 
c'était un prince avare, rusé, 
criminel. Il ne cessait de 
tromper les hommes et les 
dieux. On connaît surtout le 
châtiment qui lui fut infligé 
après sa mort dans le Tar- 
tare : il devait éternellement 
rouler du pied jusqu'au som- 
met d'une colline une énorme 
pierre, qui retombait tou- 
jours. Les poètes attribuent 
diverses causes à son sup- 
plice. D'après les uns, Jupi- 
ter avait chargé la divinité 
de la mort, Thanatos, de se 




Sisyphe {d'après un bas- 
relief). 



saisir de Sisyphe; mais Sisyphe l'enchaîna, et Mars seul 
put la délivrer. D'après les autres, Sisyphe, descendu aux 
enfers, réussit à tromper Pluton et Proserpine; il obtint 
d'eux la permission de remonter sur la terre pour châtier 
sa femme Mérope, qui avait négligé de lui rendre les hon- 
neurs funèbres ; une fois revenu à la vie, il refusa de re- 
descendre chez les morts, et Mercure dut venir le chercher 
de force. Le supplice de Sisyphe avait été représenté par 
le peintre Polygnote sur les murs de la Lesché des Cni- 
diens à Delphes. Sisyphe était considéré comme le père 
du dieu marin Glaucus. Parmi les mythologues, les uns, 
comme Preller, voient dans Sisyphe une personnification 
des vagues qui s'amoncellent et s'élèvent pour s'écrou- 
ler ensuite; d'autres, en particulier Cox, une personnifi- 
cation du disque solaire qui chaque jour monte jusqu'au 
zénith pour redescendre à l'horizon. J. Toutain. 

SISYPHUS (Latr.) (Entom.). Genre de Coléoptères 
pentamères, de la famille des Lamellicornes, tribu dos 
Scarabéides coprophages, ca- 
ractérisé par les antennes cour- 
tes, de huit articles, le corps 
épais, le chaperon échancré, les 
élytres fortement rétrécis en 
arrière, les jambes intermé- 
diaires terminées par deux épe- 
rons, les pattes postérieures 
longues et arquées. Ces insectes 
se rencontrent souvent dans les 
endroits sablonneux et arides, 
occupés à rouler ou à traîner 
Sisyphus scha-fferi. desboulettes de fiente d'animaux 
qu'ils enfouissent ensuite dans un trou et dans lesquelles 
ils déposent leurs œufs. C'est la nourriture exclusive de 




SISTRE — SlTTARD 

leurs larves. Type : S. Schœff'eri Latr., noir mat, fine- 
ment ponctué, à élytres striés et cuisses postérieures uni- 
dentées. 

SITÂ. Héroïne indienne, fille de Djanaka, roi de Mithila 
et épouse de Rama. Son nom, qui signifie « sillon », lui 
serait venu du fait qu'elle naquit, sous la charrue de Dja- 
naka, d'un sillon creusé pour un sacrifice. La légende est 
intimement mêlée à celle de Mma (V. ce nom). 

SITAPOUR. Ville de l'Inde septentrionale, prov. de 
l'Aoudh, à 88 kil. N.-N.-O. de Laknô, sur le Sarayan 
(affl. g. de la Goumti, tribut, g. du Gange) ; 18.545 hab. 
avec ses faubourgs et cantonnements. La ville est comme 
enfouie dans un bois de manguiers. 

SITA RIS (L.) (Entom.). Genre de Coléoptères hétéro- 
mères, de la famille des Sténélytres, tribu des Canthari- 
diens, caractérisé par des antennes assez longues et mo- 
niliformes, une tête moyenne avec les mâchoires dépassant 
les mandibules, les élytres se rétrécissant rapidement en 
une languette étroite et déhiscente à l'extrémité, laissant 
à découvert une portion des ailes et de l'abdomen. Type: 
S. muralis Forst., d'un noir foncé presque mat, avec une 
grande tache jaune testacé à la base des élytres. Se ren- 
contre fréquemment sur les vieux murs construits en terre, 
près des trous percés par les abeilles maçonnes, et c'est 
dans ces nids que vivent les larves des Sitaris, se nour- 
rissant des provisions amassées pour les larves de ces 
Hyménoptères. 

SITELLE. Urne dont les Romains se servaient pour 
tirer au sort ; on écrivait les noms sur des planchettes de 
bois que l'on jetait dans l'urne, puis on la remplissait 
d'eau ; comme le goulot était étroit, on ne pouvait sortir 
qu'une planchette à la fois et l'ordre dans lequel elles se 
présentaient décidait du sort. 

SITINO (Lando), antipape (V. Innocent III), 

S l-TJ G, ministre coréen (V. Ri). 

SITKA. Ville des Etats-Unis, capitale du territoire 
d'Alaska, sur la côte 0. de l'île Baranov (archipel Alexan- 
der), dans le golfe Sitka ou Norfolk; 300 hab. qui, à 
l'époque de la pêche, deviennent 3.000. Douane et mis- 
sions. Le climat est insalubre. La ville, fondée en 1799, fut 
d'abord capitale des possessions russes en Amérique, en 
4S32, sous le nom de Novo-Arkhanghelsk ; ces posses- 
sions ont été cédées aux Etats-Unis en 1867. En 1880, 
on découvrit dans le voisinage un filon d'or abondant. 

SITNO (Mont) (V. Karpates). 

SITTACE (Zool.) (V. Ara et PEiUioauET). 

SITTANG. Fleuve de Birmanie, dans la division de Te- 
nasserim. H naît dans la Birmanie supérieure, à 29 kil. 
au-dessus de la ville de Toungou, coule dans la direction 
du Sud, traverse les districts de Toungou et de Chou^ 
doung et se jette dans le golfe de Martaban par un estuaire 
long de 50 kil-, large de 100. Les quantités prodigieuses 
de sable qui chargent ses eaux et le redoutable mascaret 
formé par la marée qui s'engouffre dans l'entonnoir de 
son estuaire rendent la navigation presque impossible. Sa 
longueur totale est de 580 kil. H porte divers noms sur 
ses rives : Palaun, Paung-Iaung et Toungou. Il peut être 
considéré géologiquement comme le prolongement de 
l'Irâouadî moyen. 

SlTTARD. Ville des Pays-Bas, ch.-lieu d'arr. de la 
prov. de Limbourg, à 20 kil. N.-N.-E. de xMaastricht, 
sur la Geleen, affl. de la Meuse; 6.000 hab. Stat, du 
chem. de fer de Maastricht à Venlo. Gymnase. Fabriques 
de chicorée, de tabac; brasseries, tanneries. Grand com- 
merce de grains. L'église principale date de la fin du 
xiii^' siècle et est surmontée d'une tour haute de 87 nT. 
Sittard est déjà mentionné dans des chartes du ix® siècle, 
et appartint successivement aux ducs de Limbourg, aux 
princes-évêques de Liège, aux comtes de Fauquemont, aux 
ducs de Gueldre et aux comtes de Juliers qui la gardè- 
rent jusqu'à l'invasion française de la fin du xviii® siècle. 
Sittard fit partie du dép. de la Roer, puis du royaume 



SITTARD — SÏVACH 



des Pays-Bas. La ville subit de nombreux sièges, notam- 
ment en 4644, 4677 et 4753. 

SITTASOMUS (Ornith.). Genre de la famille des Den- 
DROcoLÂPTiDÉs (V. ce mot), créé par Swainson (4827), 
et désigné, en français, sous celui de Sylviette par Les- 
son. Ce sont de petites espèces à bec de Fauvette (Sylvia), 
à ailes courtes, à queue moyenne, étagée, et dont les pennes 
ont la tige nue et déjetée en dehors à leur pointe. Elles 
habitent TAmérique méridionale et se nourrissent d'In- 
sectes et de larves comme les autres Picucules. Leurs cou- 
leurs sont assez sombres, variées de brun, de gris et de 
roux. Nous citerons : S. erythacus, du Brésil et de Bo- 
livie ; 5. amazonus, de l'Equateur ; 5. syluioïdes, du 
Mexique. Cuvier réunissait ces Oiseaux aux Synallaxes. 
Le S. squamiger de la Nouvelle-Grenade et de Bolivie 
est le type du sous-genre Margarornis, et S. flammu- 
latus, du Brésil, du sous-genre Siptornis. — Les genres 
Glyphorkynchus et PygarrhichuSf qui ont un bec plus 
robuste, forment le passage aux Sittelles (V. ce mot). 
Le Pygarrhichus albogularis est du Chili. E. Trt. 

S ITT EL LE (Ornith.). Genre de Passereaux apparte- 
nant au groupe des Tènuirostres de Cuvier, aux Déodac- 
tyles de Geoffroy Saint- Hilaire, et placé par les modernes 
dans la famille des Certhiidés (V. ce mot), comme type 
d'une sous- famille à part (Sittinés) qui renferme trois 
genres. Le genre Sitielle (Sitta) est caractérisé par : un 
bec droit, allongé, conique ; des ailes médiocres, surob- 
tuses ; une queue carrée ou un peu étagée, quoique courte ; 
des pattes à trois doigts en avant, un en arrière, très long 
et à ongle recourbé. La Sittelle torchepot {Sitta cœsia) 
est un petit Oiseau de la taille du Moineau, à formes ra- 
massées, à plumage d'un cendré bleuâtre dessus, roux 
dessous, avec la gorge blanche. Elle habite tout le S. et le 
centre de l'Europe, l'Algérie et l'Asie Mineure. En France, 
elle est sédentaire, assez commune dans les bois de chênes 
où elle vit par paires. Elle fait entendre continuellement 
son cri sonore, aigre et monotone, à partir de février. C'est 
un Oiseau peu farouche qui parcourt du matin au soir le 
tronc et les branches des arbres, à la recherche des In- 
sectes qu'elle retire de l'écorce à l'aide de son bec fort 
et pointu, qui fait un large trou en quelques minutes. En 
hiver, elle passe une partie dujour cachée dans sa retraite. 
Elle niche dans un trou d'arbre dont elle rétrécit l'entrée 
avec de la terre gâchée, d'où le nom de Torche-Pot^ ou 
Torche-pertuis, en patois bourguignon. Son œuf est blanc, 
pointillé de rougeâtre. Des espèces très voisines la rem- 
placent dans le N. de l'Europe, en Sibérie et au Japon 
{S. eurapœa L.), en Asie Mineure et dans le N. de 
l'Afrique (S.syriaca), dans l'Inde, les monts Himalaya, 
la Chine et d'autres dans l'Amérique du Nord (S. ca- 
nadensis). Le sous-genre Dendrophila renferme des 
espèces propres à l'Inde et à la Malaisie, et VHyposilta 
corallirostris, à bec plus court, est de Madagascar. Le 
genre Sittella (Swainson) renferme des espèces à bec 
plus grêle, non conique, mais comprimé, un peu ren- 
tlé ou retroussé du bout et qui sont propres à l'Australie. 
Elles ont d'ailleurs les mêmes mœurs (S. chrysoptera de 
la Nouvelle- Galles du Sud). Enfin le genre Acanthisitta 
(V. ce mot) est de la Nouvelle-Zélande. E. Trouessart. 

SITTENFELD (Konrad), littérateur allemand (qui a 
écrit sous le pseudonyme de Konrad Alberti), né à Breslau 
le 9juil. 4862. Après des études à Breslau et Berhn, il 
fut longtemps acteur, puis se consacra à la littérature. Ses 
romans sociaux "et ses nouvelles, naturalistes et gâtés par 
le cynisme, sont cependant remarquables par le style et 
l'exposition : il est un des chefs de l'école réaliste con- 
temporaine allemande. On doit citer ses nouvelles : Rie- 
sen iind Zwerge (4889); Plebs (4887); Federspiel 
(4890), et ses romans : Wer ist der Stœrkere (i888); 
Die Alten und die Jungen (1889) ; Das Recht aufLiehe 
(4890); Schrœterund O' (4892) ; Mode (4893); Mas- 
chinen (4894); Fahrende Frau (1895) ; Die Rose von 
Hildesheim (4896). Il a aussi composé des drames : Brot 



(4888), pièce sociale; Ein Vorurteil (4893); des comé- 
dies telles que : Die Franzœsin (4894) ; des épigrammes : 
Grobe Keile auf Grobe Klœtze (4893), et des écrits lit- 
téraires. 

SITTER. Bivière de la Suisse, dans lescant. d'Appen- 
zell et de Saint-Gall, se jette dans la Thur, près de la 
petite ville de BischofszelL 

SITTINE (Zool.) (V. Synallaxe). 

SITTI US (Publius Nucerinus), général romain, né àNu- 
cérie, en Campanie, et qui vivait au dernier siècle de la 
Bépublique. Comme la plupart des jeunes nobles romains 
de cette époque, P. Sittius Nucerinus fut de bonne heure 
ruiné et criblé de dettes. Obligé de quitter Bome vers l'an- 
née 64 av. J.-C, il se rendit d'abord en Espagne, puis 
de là passa dans l'Afrique du Nord. Après son départ, ses 
créanciers firent vendre les biens qu'il possédait en Italie. 
P. Sittius ne revint jamais à Home. Pendant près de vingt 
ans, il guerroya en Maurétanie et en Numidie pour le 
compte des rois et des princes de ce pays, passant de l'un 
à l'autre, remportant de nombreux succès, et réunissant 
autour de lui une troupe assez nombreuse d'aventuriers 
armés. Lorsque la lutte entre César et les Pompéiens s'éten- 
dit à l'Afrique du Nord, Sittius prit parti pour César. D'ac- 
cord avec Bocchus, roi de Maurétanie, il envahit par TO. 
le 'royaume de Juba I®^ qui s'était prononcé en faveur 
des Pompéiens. Cette diversion fut très utile à César. Après 
la victoire de ce dernier à Thapsus et la mort de Juba, Sit- 
tius reçut comme récompense de vastes territoires dans la 
région de Cirta (Constantine) ; il les distribua à ses com- 
pagnons d'armes. Quelques années plus tard, il fut tué par 
Arabion, à qui la plupart de ces territoires appartenaient 
jadis, et qui en avait été dépouillé à cause de ses sympa- 
thies pour les Pompéiens (44 ou 43 av. J.-C). 

SlUEN-TsoNG, empereur chinois (V. Kin). 

SIUM (Bot.) (V. Berle). 

Si VA. Nom du troisième grand dieu de la trinité hin- 
doue. Il semble l'héritier du dieu védique Boudra. Son 
rôle essentiel est la destruction, tandis que la création et 
la préservation de l'univers sont réservés à Brahmâ et à 
Vichnou. Son symbole n'en est pas moins le linga ou 
phallus, organe de la reproduction. En même temps il 
est l'ascète par excellence, et un seul regard de son œil 
frontal suffit à réduire en cendres le dieu de l'Amour. 
On devine la multiplicité de ses aspects. Tantôt il est 
l'auspicieux Sankara et médite sur les cimes inviolées de 
l'Himalaya en compagnie de son épouse Parvatî ; sa tête 
est ornée du croissant de la lune, et la Gangâ (le Gange) 
ruisselle de la masse énorme de ses cheveux. Tantôt il 
est le terrible Bhanava, orné de bracelets de serpents et 
de colliers de crânes ; il hante les cimetières en compa- 
gnie des vampires, ou se livre avec Dourgâ à des danses 
lascives et furieuses. Il est d'ordinaire représenté avec un 
teint blanc. Sa gorge est restée bleue pour avoir avalé 
le poison mortel qui devait détruire le monde. Il a une 
ou cinq têtes, trois yeux et quatre bras. Ses attributs 
ordinaires sont l'arc, le tambourin, la massue à tête de 
squelette, le lacet, l'antilope, et surtout le trident ou 
triçoula. Son vêtement est fait d'une peau de tigre, de 
daim ou d'éléphant. Le taureau Nandi est sa monture. 
Son ciel est sur le mont Kailâsa. A. Foucfier. 

SIVACH ou GHNILOÏE More (Mer Putride). Golfe de 
la mer d'Azov (Bussie mérid.) ; il forme la partie occi- 
dentale de la mer d'Azov, de laquelle il est séparé par la 
flèche d'Arabat, langue de sable effilée et presque régu- 
lière de 444 kil. de long, et avec laquelle il ne commu- 
nique que par le détroit de Genitchesk, long de 5.300 m., 
large de 350. Le Sivach a 2.453 kil. q. de superficie, 
dont 33 «/o sont occupés par des îles, dont celle de Tchou- 
rouk-Tioub est la plus considérable. Il appartient au gou- 
vernement russe de Tauris et forme la partie N.-E. de la 
presqu'île de Crimée ; il n'est séparé de la mer Noire que 
par l'isthme de Perekop, à l'O. Le golfe de Sivach n'est 
en réahté qu'un vaste marécage encombré de roseaux, 



85 - 



SIVACH — SIVRY 



évaporé par le soleil, d'une salinité extraordinaire, coupé 
de bancs de sables, et non navigable. Le principal tribu- 
taire du golfe, le Salghir (184 kil.), est souvent à sec. 
Le chem. de fer de Moscou à Sèbastopol traverse le Si- 
vacli en utilisant la presqu'île Tchongar, dans la partie 
N., pour pénétrer en Crimée. 

S I VA D J I, fondateur de l'empire mahratte, né vers 1682. 
Pour venger son père Chadjy, emprisonné par ordre du roi 
de Bedjapour,il lui fit une guerre acharnée. Vainqueur des 
généraux d*Aurenz-Zeb, il ravagea Surate et le Goudzérat 
en 1664 et 1669 et obtint la cession d'une partie du Decan. 

SIVAGANGA. Village de l'Inde, prov. de Nandidroug 
(Mysore) ; 730 hab. Les maisons en pierre ne forment 
qu'une seule rue au pied du mont Sivaganga (1.390 m.) 
qui est couvert d'inscriptions et de sanctuaires : les degrés 
qui mènent au sommet sont en nombre égal à ceux des 
yodjanas de Bénarès, et l'ascension de la montagne vaut 
un pèlerinage à la ville sainte. 

SIVAÏSME (V. Hindouisme). 

SIVARADJ (Monts) (V. Lnde, t. XX, p. 670). 

SI VAS. Ville de la Turquie d'Asie, sur le plateau d'Ana- 
tolie,ch.-l. de vilayet et de sandjak, à 715kil. E.-S.-E. de 
Constantinople, à 2 kil. environ de la rive droite du Kizil- 
Irmak, c.-à-d. du fleuve Rouge, l'ancien Halys, à 1.302 m. 
d'alt. (d'après Victor Cuinet), par 39^45' lat. N. et 
34n0' long. E.; 43.000 hab. dont 32.500 musulmans, 
9.000 Arméniens, 1.500 Grecs orthodoxes. Sivas, qui a 
quelque 7 kil. de tour, est égayée « en tous sens par de 
nombreux ruisseaux et canaux, ombragés de saules et de 
peupliers, les seuls arbres qu'on rencontre ici. . . Elle doit 
un aspect triste à la couleur uniformément sombre de ses 
maisons bâties en briques crues, faites d'une boue noirâtre 
mélangée de paille hachée et séchées au soleil... Rues 
non pavées, remplies de neige, de bouc en hiver, de fla- 
ques de poussière en été ». Aux environs, sur la route 
de Tokat, pont de dix arches, probablement romain, 
franchissant le Kizil-Irmak, et ailleurs, à 5 kil. à peu 
près, deux autres construits peu après la conquête du 
pays par les Osmanlis. Pays absolument nu, cette partie 
de l'antique Cappadoce n'est pas pour charmer le regard. 
Sivas a conservé à peu près son ancien nom de SJbaste, 
ou plutôt elle a gardé le nom de cette Sébaste sans en 
occuper l'emplacement, car cette ville, où Mithridate eut 
un magnifique palais, se trouvait à 8 kil. vers l'E., sur 
le Kizil-Irmak, là où est aujourd'hui le village de Gabraz. 
Vu son altitude, le climat y est fort dur en hiver, le ther- 
momètre y descend jusqu'à — 26°, et 18** au-dessus de 
zéro y est alors une température pour ainsi dire normale. 

Le vilayet de Sivas a pour bornes: au N., le vilayet de 
Trébizonde, bande de terre de 40, 50, 60 kil. qui le sé- 
pare de la mer Noire ; au N.-O., celui de Kastamouni ; à 
rO., celui d'Angora ; au S., ceux d'Adana et d'Alep; à 
l'E., ceux de Mamouret ul Aziz et d'Erzéroum, et un peu 
celui de Trébizonde. Cuinet évalue son aire à 83.700 
kil. q., l'étendue de treize à quatorze de nos départe- 
ments, dont 39.450 pour le sandjak de Sivas, 10.000 
pour celui de Tokat, 24.450 pour celui d'Amassia, Ama- 
sièh, Amasie, 9.800 pour celui de Kara-Hissar Charki. 
Pays fait de hauts plateaux sillonnés de montagnes dont 
quelques-unes dépassent 2.000 m. — ainsi l'Ak-Dagh 
ou Mont Blanc, en effet blanc de neige en hiver (2.200 m.) 
et le Yildiz-Dagk ou mont des Etoiles (2.540 m.). Tor- 
rents et rivières que leur pente entraîne presque toutes 
vers la mer Noire, surtout par le Kizil-Irmak et le Yéchil- 
Irmak ; mais, à l'E., diverses vallées s'écoulent dans 
l'Euphrate, affluent du golfe Persique, donc de la merdes 
Indes, et au S., d'autres vont à la Méditerranée par le 
Seihoun. Climat en moyenne très froid en hiver ( — 6°, 
8°, 10^, 15**, 18° au-dessous de zéro, suivant les alti- 
tudes et les expositions), excessivement chaud en été. 
Salubrité grande, à l'exception de quelques vallées hu- 
mides, à lièvres paludéennes. Production agricole infé- 
rieure à la consommation ; au delà de 2 millions de mou- 



tons, de 100.000 bœufs, de 50.000 chevaux, près de 
25.000 ânes. Très grandes richesses minérales, peu ex- 
ploitées ; salines ; eaux minérales et thermales nombreuses ; 
1.086.000 hab., dont 840.000 musulmans. 170.000 
Arméniens, 76.000 Grecs orthodoxes. 0. Reclus. 

SIVATHERIUM (Paléont.) (V. Girafe). 

SIVEREK, SÉVEREK, SEUVEREK, SOUVEREK. Ville 
de la région orientale de la Turquie d'Asie, ch.-l. d'un 
caza du vilayet et à 85 kil. 0. un peu S. de Diarbékir, 
sur la route de Diarbékir à Alep, sur un sous-affluent g. 
et à 15 ou 18 kil. de l'Euphrate, à 692 m. d'alt. ; 
10.000 hab., dont un peu plus de la moitié musulmans, 
un peu moins de la moitié Arméniens, avec 1.000 « Sy- 
riens jacobites », dans environ 2.000 maisons bâties, soit 
de pisé, soit de pierre volcanique, au pied d'une colline 
d'où commandait une forteresse encore debout. Belles 
vignes. Le caza renferme 35.000 hab. dont près de 
26.000 mahométans, plus de 8.000 chrétiens et près de 
1.000 yézides ou adorateurs du diable, sur 4.3M kil. q. 

SI VERGUES. Com. du dép. de Vaucluse, arr. d'Apt, 
cant. de Bonnieux; 67 hab. 

SIVIGNON. Com. du dép. de Saône-et-Loire, arr. de 
Charolles, cant. de Saint-Bonnet-de-Joux ; 695 hab. 

SIVRY. Com. du dép. de Meurthe-et-Moselle, arr. de 
Nancy, cant. deNomény; 261 hab. 

SIVORI (Ernest-Camille), célèbre violoniste italien, né 
à Gênes le 25 oct. 1815, mort à Gênes le 18 févr. 1894. 
La légende prétend que l'admiration profonde que la mère 
de cet artiste ressentit à l'audition d'un des concerts don- 
nés à Gênes par Pa^anini hâta la naissance de son fils. 
Quoi qu'il en soit, Sivori commença dès six ans l'étude du 
violon, sous la direction du professeur Costa. Paganini, 
qui vers le même temps revint quelque temps à Gènes, 
eut l'occasion de l'entendre et lui donna des conseils et des 
leçons. Aussi après le départ du maître, Sivori, resté sans 
guide, se proposa exclusivement de reproduire la manière 
du grand violoniste, dont les exagérations et le charlata- 
nisme ne lui semblaient que des mérites nouveaux. Dès 
1827, sa virtuosité était assez sûre pour exciter, en 
France et en Angleterre, la surprise des auditeurs de ses 
concerts. Après un nouveau séjour à Gènes, où Sivori fit 
cette fois quelques études musicales sérieuses, il recom- 
mença ses voyages. Cette carrière de virtuose de concerts 
se transportant de ville en ville fut sienne toute sa vie. 
Il est peu de pays où il ne se soit fait entendre. L'Italie, 
l'Allemagne, la Russie, la France, la Belgique, la Hol- 
lande ne lui suffirent point. Dès 1846, il partait pour 
l'Amérique du Nord, d'où il gagnait le Mexique, le Pérou, 
le Chili, le Brésil, etc., se faisait admirer partout dans 
les conditions les plus extraordinaires et au milieu d'aven- 
tures parfois singulières. Mais il n'y aurait que peu d'inté- 
rêt à les mentionner, non plus qu'à vouloir donner la liste 
exacte de ses innombrables déplacements. On peut regret- 
ter qu'un aussi rare virtuose ne se soit qu'exceptionnelle- 
ment livré à la musique vraiment digne de ce nom, dont il 
avait pourtant, lorsqu'il le voulait, l'intelligence et le 
style. En France, tout particulièrement, Sivori s'est plu- 
sieurs fois révélé comme un rare virtuose dans l'exécution 
de la musique classique de chambre. Mais, il faut bien le 
dire, le plus souvent il se bornait à éblouir ses auditeurs 
par sa virtuosité transcendante dans l'exécution de pièces 
de concert, qui n'avaient d'autre mérite que celui de la 
difficulté et dont la valeur artistique était nulle. H. Q. 

SIVRY. Localité de Belgique, prov. de Hainaut, arr. ad- 
ministratif de Thuin, arr. judiciaire de Charleroi,à 44 kil. 
S.-S.-E. de Mons, sur la Thure, affl. de la Sambre; 
3.000 hab. Stat. du chem. de fer de Faurœulx à Chimay. 
Exploitations agricoles; fabriques de bonneteries, de sa- 
bots; boissellerie. Sur le territoire de cette commune se 
trouve un monument druidique connu sous le nom de 
Pierre qui tourne ; il se compose de deux énormes blocs 
de grès qui autrefois étaient superposés et qui sont main- 
tenant renversés l'un sur l'autre. 



SIVRY — SIXTE 



- 86 



SIVRY-CouRTY. Corn, du dép. de Seine-et-Marne, arr. 
de Melun, cant. du Châtelet-en-Brie ; 545 hab. 

SIVRY-la-Perche. Corn, du dép. de la Meuse, arr. et 
cant. de Verdun; 307 hab. 

SIVRY-LÈs-BusANCY. Corn, du dép. des Ardennes, arr. 
de Vouziers, cant. de Buzancy; 452 hab. 

SIVRY-sur-Ante. Corn, du dép. de la Marne, arr. de 
Sainte-Menehould, cant. de Dommartin-sur-Yèvre; 330 hab. 

SIVRY-suR Meuse. Com. du dép. de la Meuse, arr. de 
Montmédy, cant. deMontfaucon ; 745 hab. Stat. du chem. 
de fer de l'Est. 

SIWALIKS (Monts) (V. Himalaya, t. XX. p. 88 et 89). 

SIX (Arithm.). Ce nombre jouit d'une propriété re- 
marquable ; c'est qu'il présente l'exemple le plus simple 
d'un nombre parfait ; on appelle ainsi un nombre égal à 
la somme de ses diviseurs (non compris le nombre lui- 
même). Les diviseurs de 6 sont, en effet, d, 2, 3, et 
6z=:l4-2-H3. 

SIX BLANCS. Nom populaire sous lequel on désigna une 
monnaie française de billon créée sous Henri II en 1549. 
On l'appela aussi gi^os de Nesle, parce que l'atelier où 
Ton frappa ces pièces fut établi à l'hôtel de Nesle ; elle 
avait pour type la lettre H couronnée, et, au revers, une 
croix îleuronnée. Le nom de six blancs venait de ce que 
ces pièces valaient six pièces appelées blancs par opposi- 
tion à la monnaie de cuivre appelée monnaie noire ; le blanc 
valait lui-même 5 deniers. Les demi-gros de Nesle étaient 
des pièces de trois blancs. Le gros de Nesle ou six blancs 
fut très répandu jusque sous Henri IV ; il valait un double- 
sol parisis ; le trois blancs était le sol parisis. En 4656, 
Louis XIV ordonna une nouvelle émission de pièces de six 
blancs, quiportentl'inscriptionSIZBLANS; ces pièces,rares, 
furent démonétisées dès 4657. A partir de cette date, on ne 
frappa plus de six blancs; néanmoins, ce terme demeura 
dans l'usage vulgaire pour désigner le double-sol parisis. 

SIX-CoRPS (V. Corporation, t. III, p. 4028 et 4029). 

SIX-Fo(jRS. Com. du dép. du Var, arr. de Toulon, cant. 
de La Seyne-sur-Mer ; 2.823 hab. 

SIX Mile Water. Rivière à' Irlande (V. ce mot, t. XX, 
p. 949). 

SIX-Nations. Peuple américain (V. Iroquois). 

SIX VAN HiLLiGOM(Jan-Pieter), numismatiste hollandais, 
né à Hilversum, près Amsterdam, le 6 nov. 4824, mort 
le 17 juil. 4899. Issu d'une famille originaire du Cam- 
brésis, l'un de ses ancêtres, le bourgmestre Six, fut l'ami 
de Rembrandt, qui fit de lui un portrait demeuré célèbre. 
Le culte des arts, des lettres et de l'archéologie est resté 
héréditaire dans cette famille, devenue l'une des plus 
illustres d'Amsterdam, où les touristes et les amateurs 
d'art visitent sa maison, un des plus beaux musées de 
peinture qu'un particulier ait jamais formée. Jan-Pieter Six 
avait rassemblé, dès sa jeunesse, une précieuse collection 
d'anciennes éditions de Plante, dont il fit cadeau, vers 
4854, à la bibliothèque de l'Université d'Utrecht, où il 
prit son grade de docteur. Il se constitua ensuite un mé- 
daillier de pièces grecques qui devinrent la base de ses 
recherches numismatiques. Ses premiers écrits sont en 
hollandais et remontent à 4852 ; mais, à partir de 4859, 
Six écrivit presque toujours en français; ses travaux sont 
dispersés dans les recueils périodiques de la France, de 
l'Allemagne et de l'Angleterre. Le Numismatic Chro- 
nicle de Londres, la Zeitschrift filr JSumismatik de 
Berhn, la Revue numismatique de Paris s'honorent de 
ses érudites dissertations sur les monnaies antiques à 
légendes phéniciennes, araméennes, cypriotes, lyciennes, 
pamphyliennes. Nul n'a plus contribué que ce savant mo- 
deste à éclaircir l'histoire ancienne de l'Asie antérieure 
et des rapports des Grecs avec l'empire des Perses aché- 
ménides. Sa collection a été, après sa mort, acquise en 
grande partie par le Cabinet des médailles de La Haye. 
BiBL. : Notice et bibliographie complète dans le Journal 
internationail d'archéologie iiumismatiqiie d'Athènes, 
:|900, t. III, pp. 93 à }2i. 



SIXAIN. Petite pièce composée de six vers, les deux 
premiers à rimes plates, les quatre autres à rimes entre- 
lacées. L'épigramme, le madrigal et l'épitaphe se présen- 
tent souvent sous forme de sixains. 

SIXAULA (ou Estrella). Fleuve du Costa Rica (Amé- 
rique centrale) qui se jette dans la mer des Antilles. Il 
est formé par la réunion de cinq rivières. Le nom des 
rives du fleuve et de la côte de son embouchure s'est 
étendu au pays entier : il commémore, soit le souvenir 
d'anciennes mines d'or abandonnées, soit plutôt des mines 
d'or rêvées par les premiers explorateurs. 

SIXT. Com. du dép. de la Haute-Savoie, arr. de Bon- 
neville, cant. de Samoëns ; 4.443 hab. 

SIXT. Com. du dép. d'Ille-et- Vilaine, arr. de Redon, 
cant. de Pipriac ; 2.447 hab. 

SIXTE. I. Musique. — Intervalle composé de six sons 
ou de cinq degrés diatoniques. C'est une consonance, de 
celles qu'on appelle imparfaites, parce que, comme la tierce 
dont elle est le renversement, elle peut être augmentée ou 
diminuée dans certaines proportions sans cesser d'être con- 
sonance. On en distingue donc plusieurs espèces : 4 *^ la sixte 
mineure, composée de trois tons et deux demi-tons ma- 
jeurs comme do à la bémol ; 2^ la sixte majeure, com- 
posée de quatre tons et d'un demi-ton majeur, comme de 
do à la naturel (ces deux sixtes sont consonantes ; les 
deux suivantes se rattachent aux dissonances) ; 3° la 
sixte diminuée, composée de deux tons et trois demi- 
tons majeurs comme do dièze à la bémol ; cet intervalle 
n'est d'aucun usage ni mélodiquement, ni harmonique- 
ment ; 4^ la sixte augmentée ou superflue, comme on 
disait plutôt autrefois, composée de quatre tons, d'un 
demi-ton majeur et demi-ton mineur, par exemple de do 
bémol à la naturel, ou de si bémol à sol dièze. Plu- 
sieurs accords, dans lesquels ces différents sixtes figurent 
comme intervalles caractéristiques, portent le nom d'accords 
de sixte, avec quelque dénomination particubère pour les 
distinguer les uns des autres (V. Accord et Harmonie). 

H. Escrime (V. Escrime, t. XVI, p. 289). 

SIXTE 1®^. La Gerarchia cattolica lui donne le rang 
de 8^ pape et le fait naître à Rome de la famille Elvi- 
dia. Il est appelé Sixtus, dans le Catalogue libérien; 
Xystus, Xistus, Xestus, dans le Catalogue félicien, et 
par Irénée, Eusèbe et Epiphane. Toutes les anciennes listes 
placent son pontificat sous le règne d'Adrien et lui prêtent 
une durée d'environ dix années ; mais elles font commen- 
cer et finir ces années à des dates sensiblement différentes : 
de 44 7 à 426, suivant le Catalogue libérien; de 449 à 
428, suivant Eusèbe, en son Histoire ecclésiastique ; de 
444 à 424, suivant les Chroniques du même historien. 
Lipsius {Chronologie der rômischen Bischôfe; Kiel, 
4869) indique 424 et 426 comme les dates les plus an- 
ciennes et les plus récentes qui puissent être assignées à 
la mort de Sixte. Le Catalogue félicien et les martyro- 
loges le commémorent parmi les apôtres et les martyrs, 
après Lin, Clet, Clément. Mais Irénée désigne Télesphore, 
successeur de Sixte, comme le premier évêque de Rome 
qui ait été martyrisé. Cela rend plus que douteux les droits 
de Sixte au titre de martyr, et ceux des évêques qui l'ont 
précédé. Le Martyrologe romain place sa fête, comme 
martyr, au 6 avr., et la date de sa mort en 438, sous 
Antonin le Pieux : ce qui implique une erreur manifeste 
d'environ dix années. — On a attribué à cet évêque de 
Rome, sur la doctrine de la Trinité, les accusations 
des évêques et la suprématie du siège apostolique, des 
lettres qui sont évidemment fausses. E.-H. Vollet. 

SIXTE 11 (Saint), Xystus, 25® pape, né à Athènes, élu 
vers le 34 août 257, mort le 6 août 258. Fête, à titre de 
martyr, le 6 août. Cette indication des années diffère de 
celle qui est inscrite sur la liste officielle, insérée dans la 
Gerarchia cattolica : 260-264 . — Vers le milieu de Tan- 
née 258, l'empereur Valérien, se préparant à une expé- 
dition contre les Perses, renouvela son précédent édit contre 
les cl^rétiens ; il en augmenta considérablement la rigueur, 



- 87 — 



SIXTE 



ordonnant de poursuivre et d'exécuter sommairement les 
évêques, les prêtres et les diacres. Les soldats envoyés 
pour arrêter Sixte le trouvèrent assis sur son siège épis- 
copal, dans le cimetière de Prétextât, sur la voie Appienne, 
et entouré des membres de son troupeau. Ils se préparaient 
à défendre leur évêque ; mais il ne consentit point à ce 
qu'ils souffrissent pour lui. Il se plaça devant eux et fut 
décapité. Ses diacres, Felicissimus et Agapetus, et quelques 
autres furent tués aussi. Des fidèles emportèrent son corps 
dans le cimetière de Calliste, qui servait alors habituelle- 
ment à la sépulture des évêques. Les diacres et les autres 
furent enterrés dans le cimetière où ils étaient tombés. 
Tels sont les faits relatés dans une lettre contemporaine, 
écrite par saint Cyprien {Ep. 80). Déjà à l'époque de saint 
Ambroise, l'imagination qui façonne les légendes les avaient 
énormément amplifiés. Ce travail de développement conti- 
nua jusqu'à ce qu'il eût abouti à l'emprisonnement, à l'in- 
terrogatoire dramatique et à la crucifixion de Sixte. La 
légende de saint Laurent (V. ce nom) s'y rattache. — 
Deux fausses décrétales sont attribuées à Sixte. L'une est 
adressée à un évêque nommé Gratus; l'autre, aux Eglises 
d'I^^spagne. Elles ont pour objet la procédure contre les 
ecclésiastiques accusés. Gratien en donne deux autres dans 
son Décret. E.-H. Vollkt. 

BiBL. : Lipsius, Chronologie der rômischen Bischôfe; 
Kiel, 1869. 

SIXTE 11! (Saint). Sixtiis, 40^^ pape, né à Rome, élu 
le 26 avr. ou le 31 juil. 432, mort le 28 mars ou le 
48 août 440. Fête, à titre àQ confesseur, le 28 mars. — 
Il semble résulter d'une lettre de saint Augustin l'indica- 
tion que lorsque Sixte n'était encore que prêtre romain 
sous Zosime, il s':était, comme cet évêque, montré bien- 
veillant pour Pelage"; mais que, lorsque Zosime se décida 
à réprouver Pelage, Sixte s'associa à cette condamnation, 
et qu'il fit part de son sentiment aux Eglises d'Afrique, 
dans une lettre, dont la vigueur satisfit pleinement Au- 
gustin. — Après le concile qui condamna Nestorius(Ephèse, 
434), il s'entremit activement pour apaiser le conflit sur- 
venu entre Cyrille d'Alexandrie et Jean d'Antioche à l'oc- 
casion de cette condamnation. — Il maintint énergique- 
ment les prétentions du siège de Rome sur l'Illyrie, et sur 
le droit qu'il s'arrogeait d'attribuer à l'évêque de Thessa- 
lonique, comme à son vicaire, juridiction sur les autres 
évêques de la province. — Le Liber ponti/lcalis contient 
d'amples détails sur le zèle de Sixte et de l'empereur Va- 
lentinien, pour construire, doter et décorer des églises. 
On leur doit la construction des basiliques de Sainte-Ma- 
rie-Majeure et de Saint-Laurent. Sixte fit, en outre, po- 
ser au cimetière de Calliste un large revêtement de marbre 
{platonium) , où furent inscrits le nom et la mémoire des 
évêques et des martyrs. Rossi est parvenu à reconstituer 
cette inscription. E.-H. Yollet. 

BiBL. : Langen, Geschickte der rômischen Kirche bis 
zum Pontificat Leo's 1 ; Bonn, 1881. 

SIXTE IV, François délia Rovere, 249« pape; élu 
le 9 août 1474, mort le 43 août 4484. Il était né le 
22 juil. 4444 au village d'Albizolla (diocèse de Savone) en 
Ligurie. Quelques historiens, parmi lesquels Onophure Pain- 
vinio, ordinairement informé très exactement sur les faits 
de ce genre, le font sortir d'humble et misérable famille, 
humili ac sordido génère ortus, et lui donne pour père 
un pêcheur nommé Leonor Rovere. Après son élévation, 
la noble famille délia Rovere le reconnut pour parent. — 
Entré dès sa première jeunesse dans Tordre des Frères 
Mineurs, il s'y [distingua dans tous les genres de disci- 
pline, et il gravit tous les grades jusqu'au généralat. Il 
obtint la faveur du cardinal Bessarion, qui le fit créer par 
Paul II cardinal-prêtre, au titre de saint Pierre ad Vin- 
cula. Après la mort de ce pape, il fut élu pour lui suc- 
céder, par tous les suffrages des cardinaux. — Aussitôt 
après son élection. Sixte IV éleva à la dignité de cardi- 
nal deux de ses neveux, quoiqu'ils fussent fort jeunes 
encore; puis il se laissa entraîner par eux dans des en- 
treprises, des guerres et des complots qui augmentèrent 



l'anarchie de l'Italie et le discrédit de la papauté. Ainsi, 
voulant constituer au profit d'un de ses neveux, Girolamo 
Riario, une principauté dans la Romagne, il s'associa aux 
Pazzi dans leurs entreprises contre les Médicis. Après l'as- 
sassinat de Julien de Médicis (4478), plusieurs conjurés 
furent pris et pendus par ordre des magistrats. Parmi eux 
se trouvait Salviati. évêque de Pise. Sixte \S prit prétexte 
de ce fait pour excommunier Laurent de Médicis et les 
Florentins, et pour jeter l'interdit sur leur ville. Cet in- 
terdit ne fut point observé, parce que les Florentins obli- 
gèrent les prêtres à célébrer la messe et les services re- 
ligieux. Ils eurent aussi recours au roi de France, Louis XI, 
qui mena grand bruit, menaça de soustraire son royaume 
à l'obédience du pape, et fit tenir une assemblée à Or- 
léans, dans la vue, disait-il, de rétablir la pragmatique- 
sanction et d'abolir les annales. Le pape fut intimidé. 
C'était tout ce que voulait le roi. 

Plus louables furent les efforts faits par Sixte IV, avec 
des alternatives de succès et de revers, mais avec une 
constance méritoire, pour repousser les attaques des Turcs, 
auxquels la prise de Constantinople avait donné une puis- 
sance d'agression menaçante pour l'Europe et particuliè- 
rement pour l'Italie. Dès 4472, ce pape avait entrepris 
d'induire les princes chrétiens à se figuer contre les Turcs, 
mais ce fut sans succès. Le cardinal d'Aquilée, légat pour 
l'Allemagne et la Hongrie, n'obtint rien. Le cardinal Ro- 
drigue Borgia, légat pour l'Espagne, n'en rapporta que la 
réputation d'être fort vain et fort avare. Le cardinal Bes- 
sarion, légat pour la France, étant devenu suspect à 
Louis XI, fut si mal reçu qu'il en mourut de chagrin. Néan- 
moins, Sixte IV fit partir le cardinal Caraffa, avec une flotte 
de vingt-quatre galères, qui, s'étant jointe à celles des Vé- 
nitiens et des Napolitains, s'empara de la ville d'Attalie 
en Pamphylie. En 4476, les Turcs prirent leur revanche; 
ils défirent Jérôme de Vérone, général des Vénitiens, (|ui 
fut tué dans le combat. L'année suivante, les Vénitiens 
furent obligés de leur rendre le promontoire de Ténare, 
dans le Péloponèse, et l'Ile de Lemnos, dans la mer Egée. 
Les Turcs devinrent ainsi maîtres de la navigation dans les 
ports de la Grèce; et les Vénitiens furent réduits à leur 
payer un tribut annuel de 4.000 écus d'or pour aborder 
sûrement dans ces ports. En 4480, les Turcs, qui avaient 
échoué dans une attaque contre Rhodes, prirent et détrui- 
sirent la ville d'Otrante en Calabre. Sixte IV songea d'abord 
à se retirer en France ; mais il reprit bientôt courage et 
envoya vingt-quatre galères pour renforcer la flotte du 
roi de Naples. Les Turcs n'osèrent point les attendre. 

Dans l'ordre ecclésiastique, les actes les plus notables 
de ce pontificat sont : approbation de la règle des Frères 
Minimes, institués par François de Paule (23 mai 1473); 

— confirmation de la bulle de Paul II pour le rapproche- 
ment du jubilé (27 août 4473) ; — en la même année, 
permission donnée à Alphonse, bâtard de Ferdinand d'Ara- 
gon, enfant qui n'avait point encore six ans, de posséder 
l'évêché de Sarragosse en commende perpétuelle : « intro- 
duisant par là, dit le cardinal de Pavie, un nouvel exemple 
dont les papes et les rois ont su faire usage dans la suite » ; 
— •4®'' mars 4476, bulle accordant à ceux qui célébreront 
dévotement h fête de V Immaculée Conception hs mêmes 
indulgences qui avaient été accordées par les papes pour 
h fête du Saint-Sacrement ; — 4 sept. 4483, bulle des- 
tinée à réprimer les excès des controverses entre les fran- 
ciscains et les dominicains^ sur V Immaculée Conception; 
les dominicains prêchaient que ceux qui l'enseignent sont 
des hérétiques; — construction de la chapelle Sixtine. 

— Ce pape a composé divers traités théologiques : un 
sur le sang de Jésus-Christ, un autre sur la puissance 
de Dieu, et une explication du livre de Nicolas Richard 
sur les Indulgences. E.-H. Vollet. 

SIXTE V (Félix Peretti), 234^ pape, né à Grotte a 
Mare, près du bourg de Montalto (Marche d'Ancone), en 
4524 ; élu le 24 avr. 4585; mort le 27 août 4590. — 
Appartenant à une famille très pauvre, il fut porcher dans 



SIXTE — SKAMDRUP 



— 88 



son enfance et instruit par charité. Il entra dans Tordre 
des frères mineurs en 1537 ; enseigna le droit canon à 
Rimini en 1544, puis à Sienne en 1546; fut grand inqui- 
siteur à Venise, consul teur du Saint-Oiiice à Rome, vi- 
caire-général de son ordre en 1566, évêque de San-Agata- 
de'-Goti, cardinal en 1570 et archevêque de Fermo. — 
Dans le conclave assemblé pour donner un successeur à 
Grégoire XIII, il fut élu par adoration. Un pape est ainsi 
élu, lorsqu'il est salué en cérémonie par les deux tiers des 
cardinaux. Il peut dès lors être assuré de son exaltation; 
mais elle doit être confirmée, pour la forme, par la voie 
ordinaire du scrutin. Aussitôt que Sixte V se vit assuré de 
son élection, il sortit de sa place, sans attendre la fin du 
scrutin, et jetant au milieu de la salle le bâton ou la bé- 
quille sur laquelle il s'appuyait, il se redressa et parut à 
l'instant droit comme un jeune homme. On prétend qu'il 
annonçait ^ainsi qu'il gouvernerait avec vigueur, parce 
qu'on avait reproché à Grégoire XIII d'être doux jusqu'à 
la mollesse. D'autres racontent que, pour se faire élire, il 
avait feint des infirmités, dont il se trouva subitement 
guéri dès que son élection fut certaine. — Ce pontificat, qui 
ne dura que cinq années et quatre mois, est un des plus 
complètement remplis que contienne l'histoire de la pa- 
pauté. Peu après son élection, Sixte V fit couper la tête 
au comte de Pepoli, protecteur des bandes qui avaient in- 
festé les Etats de l'Eglise sous le pape précédent. Puis il 
prit des mesures énergiques et habiles pour assurer l'ordre 
et la sécurité, encourager l'agriculture et l'industrie, re- 
lever les finances et réorganiser l'administration, qu'il con- 
fia à quinze congrégations ou commissions. Il se procura 
ainsi les ressources nécessaires pour soutenir les efforts 
du parti catholique en Europe, et pour accomplir à Rome 
de grands travaux de salubrité et d'art, tels que la cons- 
truction de l'aqueduc auquel on a donné son nom, Acqua 
Felice, celle de la bibliothèque du Vatican, et l'érection, 
sur la place de Saint-Pierre, de l'obélisque que Caligula 
avait fait apporter d'Egypte. — Belativement au gouver- 
nement spirituel de l'Eglise, l'œuvre de ce pape est plus 
importante encore. Par bulle du 5 mai 1586, il confirma 
la congrégation des Feuillants ; par bulle du 3 déc. de la 
même année, il fixa à 70 le nombre des cardinaux et les 
partagea en trois ordres : 6 évêques, 50 prêtres, 14 diacres 
(V. Cardinal). Au mot Congrégations romaines et cardi- 
nalices, on trouvera l'indication des ordonnances édictées 
par la bulle Immensa œterni (23 janv. 1587) pour 
l'institution ou le développement des sacrées congréga- 
tions du Saint-Office, du Consistoire, des Réguliers et 
des Rites. La bulle Detestabilis (21 oct. 1586) est deve- 
nue fameuse, parce qu'elle sert de règle aux canonistes 
dans les matières des contrats. — Les cinq années de ce 
pontificat correspondent à la période la plus agitée des 
guerres de religion. Naturellement, le pape y soutint de 
toutes ses forces les entreprises du parti catholique. Dès 
le 9 sept. 1585, il fulmina contre le roi de Navarre et le 
prince de Condé une bulle qui les excommuniait et les pri- 
vait de leurs Etats et dignités. Le Parlement de Paris 
adressa au roi des remontrances contre cette bulle ; le roi 
de Navarre y répondit par une protestation très vive, qu'il 
fit afficher à Rome et jusqu'aux portes du Vatican. Le 
29 oct. 1586, sentence de mort contre Marie Stuart; elle 
fut exécutée le 18 févr. suivant. Cette exécution activa les 
effets du pacte conclu entre le pape et le roi d'Espagne 
contre Elisabeth. Sixte V s'engageait à contribuer aux 
frais de l'expédition, pour une part considérable, à la 
condition que Philippe II tiendrait l'Angleterre en foi et 
hommage du Saint-Siège apostolique. Une bulle mettait ce 
pays en interdit et promettait de grandes récompenses à 
ceux qui livreraient Elisabeth aux catholiques pour la pu- 
nir de ses crimes. On sait combien désastreuse fut l'issue 
de cette entreprise. Vers le même temps, les fureurs de 
la Ligue montaient à leur comble en France. 14 mai 1588, 
journée des barricades ; 23 et 24 déc, assassinat du duc 
de Guise et du cardinal de Lorraine; 1589, excommuni- 



cation de Henri III; 1®** août, assassinat de ce roi; 1590, 
reprise du siège de Paris par Henri IV; il n'était point 
encore levé lorsque Sixte V mourut. E.-H. Vollet. 

BiBL. : J. LoRENTz, Sixte V et son temps; Mayence, 
1852, in-8. - H. de Hubner, Sixte V; Paris, 1872, iri-8. 

SIXTINE (Chapelle) (V. Vatican). 

SIZERANNE (Monier m La) (V. Monier de La Size- 
ranne). 

SIZERIN (Ornith.) (V. Linot). 

SIZUN. Ch.-l. de cant. du dép. du Finistère, arr. de 




Arc de triomphe, à Sizun. 

Morlaix ; 3.577 hab. (776 aggl.). A l'entrée du cime- 
tière, arc de triomphe monumental, type de la Renais- 
sance bretonne. 

SJŒBER6 (Erik), poète suédois (V. Vitalis). 

SJÔGRENou SJŒ6REN (Anders-Johann), philologue 
finlandais, né en 1794, mort en 1855. Fils d'un cordon- 
nier de la paroisse d'Iittis, Finnois de naissance, il consa- 
cra son activité à l'étude de la langue finnoise et des lan- 
gues de la même famille. Nommé membre de l'Académie 
des sciences de Saint-Pétersbourg en 1829, il passa le 
reste de sa vie au service de celle-ci. Ses ouvrages prin- 
cipaux sont : Ueber die flnnische Sprache undihre Lit- 
teratur (1821); Ueber den grammatischen Eau der 
syrjànischen Sprache (1832); Ueber die flnnische Be- 
vôlkerung des St-Petersburgischen Gouvernements 
( 1 833) ; Ôssetische Sprachlehre (1 841 ) , ouvrage qui obtin t 
le prix Volney ; Zur Ethnographie Livlands (1849), etc. 
La plupart des travaux de Sjôgren sur les peuples finno- 
ougriens ont été publiés en 1861, sous le titre de Johan 
Andréas Sjôgren's gesammelte Schriften. Th. C. 

SKA6EN. Ville de Danemark (V. ce mot), à la pointe 
N. du Jutland ; 2.323 hab. (en 1890). Vieille église aban 
donnée en 1795, et ensevelie jusqu'au clocher par la dune. 

SKA6ER RAK. Bras de mer qui sépare le Danemark de 
la Norvège; long de 220 kil., large de 120 kil., il forme 
une sorte de baie de la mer du Nord, par laquelle on ac- 
cède à la mer Baltique. La profondeur atteint 810 m. et 
est encore de 60 m. aux approches de la côte danoise du 
Jutland. Le long de celle-ci, le courant porte générale- 
ment à l'E., tandis que de la côte de Norvège et de Suède il 
porte à ro. (V.les cartes de Danemark et Scandinavie). 

SKALA (Jean), écrivain tchèque (V. Durravsky). 

SKALDE (Myth. scand.) (V. Scalde). 

SKALICE. Ville de Bohême, sur la r. g. de l'Aupa ; 
2.569 hab. (Tchèques) en 1890. A 3 kil. N., château de 
Ratiborice, Le 28 juin 1866, le 5^ corps prussien (géné- 
ral Steinmetz) défit à Skalice les 6® et 8** corps autri- 
chiens (archiduc Léopold). 

SKALPUND. Poids suédois (V. Poids, t. XXVI, 
p. 1193). 

SKAMDRUP (Sophus), plus connu sous le nom de 
Schandorphy écrivain danois, né à Ringsted en 1837. 
Il est l'un des représentants principaux de l'école réaliste 
en Danemark. Humaniste plein de fraîcheur, d'une ob- 
servation malicieuse, il a décrit avec talent principalement 
la vie de la campagne et des petites villes danoises. On a de 



89 



SKÀMDRUP — SRELTON 



lui aussi un ou deux recueils de poésies lyriques. Parmi ses 
œuvres très nombreuses, citons: En province (1876); 
Cinq nouvelles (4879) ; Petites gens (1880) ; Thomas 
Friis (1882) ; la Vieille Pharmacie (1885) ; le destin 
de Brigitte (1888) ; Poète et Gentilhomme (1892), etc. 

SKANDA (Myth. ind.), fils de Siva, mais, né sarfs l'in- 
tervention d'une femme. Skanda, qu'on'appelle ausssi Kâr- 
tikeya, est le dieu indien de la guerre. Sa naissance miracu- 
leuse forme le sujet du Koumârasambhara, poème deKali- 
dâsa. Sa monture est le paon, ses attributs l'arc et la flèche. 

SKAN0ERBE6, héros albanais (V. Scanderbeg). 

SK NE. Province de Suède (Y. Scânie). 

SKARA. Ville de Suède, la^n de Skaraborg; 3.813 hab. 
en 1890. Evêché le plus ancien de Suède, fondé au \i^ 
siècle ; cathédrale du xii® siècle. 

SKARABORG. Lœn (gouvernement) de Suède, occupant 
la partie N.-E. de la prov. de Vestergœtland. Borné par 
les \xn de Vermland au N.-O., d'OErebro au N.-E., de 
Jœnkœping au S.-E., d'Elfsborg au S. et au S.-O., par 
les lacs Vettern à TE. et Venern au N.-O. Superficie : 
8.480 kil. q., dont 406 occupés par les lacs. Pop. (en 
décroissance constante depuis 1880 environ) en 1898 : 
243.371 hab., soit 29 par kil. q. La grande plaine de 
Vestgœtaest une des régions les plus fertiles de la Suède. 
Environ 43 **/„ de terres cultivées, 5 °/o de prairies natu- 
relles, 37 **/ode forêts. Agriculture et élevage; le surplus 
des récoltes et du laitage s'écoule à Stockholm, à Gœte- 
borg et en Angleterre ; fabrication de fromage gras ou mi- 
gras (plus de 1/3 de la quantité produite en Suède). Dis- 
tilleries (16 ^/o de la fabrication totale du royaume). Grès 
et calcaires : fabrication de chaux, de meules, etc. Navi- 
gation active sur le Vettern, le Venern et la partie du ca- 
nal de Gothie qui les relie. 498 kil. de chemins de fer 
(lignes del'O. et du S. de l'Etat suédois, 227 kil., et 
lignes transversales). — Ch.-l. Mariestad. Cinq autres 
villes : Lidkœping, Skœfde, Skara, lalkœping, Hjo. Evêché 
à Skara. Gaston Lévy-Ullmann. 

SKARBEK (Fryderyk), économiste, historien et litté- 
rateur polonais, né à Thorn le 15 févr. 1792, mort à Var- 
sovie le 25 oct. 1866. Elève du lycée de Varsovie, il com- 
pléta ses études à Paris, et devint, en 1818, professeur 
des sciences économiques et administratives à l'Université 
de Varsovie. Membre du gouvernement provisoire de la 
Pologne lors de l'insurrection de 1830, il devint plus tard 
conseiller d'Etat de Russie et président du conseil supé- 
rieur des établissements de bienfaisance et des prisons en 
1844. Comme économiste, il publia, en polonais : Traité 
d'économie politique (Varsovie, 1820-21, 4 vol.), et 
Esquisse de la science financière (1824), et en fran- 
çais : Théorie des richesses sociales (Paris, 1829, 2 vol.), 
et Essai de morale civique (Bruxelles, 1861). En his- 
toire, on a de lui, en polonais : Histoire du duché de 
Varsovie (Posen, 1860, 2 vol.), et Histoire de Pologne 
sous Alexandre P^ et Nicolas F*" (Posen, 1877). On 
lui doit encore des œuvres dramatiques, des romans his- 
toriques et de mœurs, dont quelques-uns ont été traduits 
en français et en allemand, une traduction d'Ana- 
créon, etc. U a donné son autobiographie dans ses Mé- 
moires (Posen, 1878). G. P-i. 

SKARBINA (Franz), peintre allemand, né à Berlin le 
24 fév. 1849. Il a emprunté les sujets de ses tableaux et de 
ses dessins à la vie moderne. Il rapporta des peintures de 
genre remarquables des plages élégantes de Belgique et, en 
1885, après un assez long séjour à Paris, des scènes de la 
vie parisienne traitées avec réalisme. Les peintres impres- 
sionnistes exercèrent aussi une profonde influence sur sa 
manière : mais il ne voulut guère apprendre d'eux qu'à né- 
gliger son dessin et à peindre avec facilité un nombre 
énorme de paysages, d'intérieurs, de groupes et de por- 
traits. 

SKARDO. Ville de l'Inde, capitale du Baltistan, à 
2.260 m. d'alt., sur la r. g. de l'ïndus, au confluent du 
Shigar. Ancien château des princes du Baltistan; fort. Fa- 



brication de châles, lavages aurifères. Entrepôt des cara- 
vanes. 

SKARGA (Piotr), célèbre prédicateur et écrivain, le 
Bossuet polonais, né à Grodziec, en Mazovie, en 1536, 
mort à Cracovie en 1612. Le nom de famille de ses an- 
cêtres était Pawenzki. Elève de l'Université de Cracovie, 
il se fit prêtre, entra dans Tordre des jésuites à Rome en 
1569, et, dès son retour en Pologne, en 1571, il attira 
sur lui l'attention comme prédicateur hors de pair. Rec- 
teur de l'Université de Vilna en 1579, il fut nommé, en 
1588, prédicateur de la cour du roi Sigismond III, et il 
exerça ces fonctions jusqu'à sa mort. Lutteur ardent et 
convaincu contre les dissidents, il publia nombre d'écrits 
polémiques et autres, dont trois seulement en latin. Comme 
orateur de la chaire, il surpassa tous ses devanciers par 
une éloquence vigoureuse et entraînante, servie par un 
langage d'un charme incomparable, qui lui valut le sur- 
nom de « Pierre à la bouche d'or ». C'est aussi un des 
plus grands prosateurs polonais, et nul autre écrivain 
peut-être ne rendit autant de services que lui à la langue 
nationale, qui, sous sa plume, devint solide, vivante, ima- 
gée, expressive, harmonieuse, sans cesser d'être naturelle. 
Dans ses célèbres sermons politiques (Kazania sejmowe), 
prononcés à l'ouverture des diff'érentes diètes, il parla 
souvent en visionnaire prophétique, prédisant les mal- 
heurs futurs de sa patrie. C'est un de ces moments que 
le peintre Mateyko (V. ce nom) immortalisa dans son 
remarquable tableau qui figura au Salon de Paris. Tous 
ses sermons eurent de nombreuses éditions, de même que 
ses Vies des saints {Zywoty swietych), qui constituent 
également un monument littéraire. G. Pawlowski. 

SKAT. Jeu de cartes très répandu en Allemagne. Re- 
trouvé en 1817 par l'avocat Hempel à Altenburg, il a été 
à diverses reprises modifié depuis cette époque. Le jeu se 
joue avec trois personnes (ou quatre, l'un des joueurs se 
retirant à tour de rôle) avec des cartes allemandes (dont les 
quatre couleurs sont trèfle, vert, rouge et carreau). 

BiBL. : Hempel, Das Skatspiel, 1818. — Groth, Die 
Kunstder Shalsspiels ; Berlin, 1886. — Stein, Geschichte 
des Skatspiels ; Berlin, 1887. 

SKATING (V. Patinage). 

SKEAT (Walter-WilUam), littérateur anglais, né à Lon- 
dres le 21 nov. 1835. Brillant élève de Cambridge, il prit 
les ordres en 1860 et, après avoir occupé diverses cures, 
devint, en 1864, maître de conférences de mathématiques 
au collège du Christ. Il a occupé encore la chaire d'anglo- 
saxon (1878). Grand travailleur, le D^ Skeat jouit d'une 
réputation méritée dans le domaine de la philologie et de 
l'ancienne littérature de l'Angleterre. Parmi ses très nom- 
breux ouvrages nous citerons : A Mœso gothie Glossary 
(iSQS); Etymological english Dictionary (1886); A 
studenfs Pastime {iS%); une excellente édition des 
oeuvres de Chaucer (1897, 7 vol.), et beaucoup de textes 
précieusement coUigés et annotés des romans du moyen 
âge entre autres : les Contes de Mélusine (1866) ; Guil- 
laume de Palerme (iSQS) ; Joseph d'Arimathie (1871); 
les Guerres d'Alexandre (1886); les Vies des saints 
d'^ffiric (1882-98, 4 vol.), etc. Skeat est le fondateur 
de VEnglish Dialect Society (iSl^). R. S. 

SKELLEFTEA-Elf. Fleuve de Suède, long de 522 kil., 
qui parcourt le Isen de Vesterbotten, alternant sur son 
cours les expansions lacustres et les cascades. La ville de 
Skellefteâ, située à l'embouchure, compte 1.200 hab.; 
c'est un port assez fréquenté, exportant plus de 200.000 
stères de bois. Belle église. 

SKELLIGS. Groupe d'écueils (V. Irlande, t. XX, 
p. 946). 

SKELMERSDALE. Ville d'Angleterre, comté de Lan- 
castre, à 10 kil. 0. de Wigan ; 6.6*27 hab. Mines de houille. 

SKELTON (John), poète anglais, né probablement à 
Norfolk vers 1460, mort en 1529. Poète lauréat de l'Uni- 
versité d'Oxford (1490), de celle de Cambridge (1493), 
c'était un versificateur habile, très versé dans la littéra- 



SKELTON - SKYLAX 



90 — 



ture française et fort expert dans la facture des pièces 
de circonstances qui lui doniiaient occasion de flatter la 
famille royale. Il se poussa ainsi à la cour, devint pré- 
cepteur d'un des fils de Henri Vil pour qui il écrivit un 
Spéculum principis. En 1498, il prit les ordres et lut 
pourvu de quelques bonnes.abbayes. Mais il ne pouvait ré- 
former son esprit burlesque, et il fut blâmé pour avoir 
introduit dans ses sermons toutes sortes de causticités. Il 
fut même, à diverses reprises, emprisonné à cause de ses 
intempérances de langue. Aussi existe-t~il sur lui quan- 
tité d'anecdoctes, plus ou moins véridiques, dont quelques- 
unes ont été réunies dans un petit volume qui a eu une po- 
pularité considérable : Merie Taies newly imprinted and 
made by Master Skelton (Londres, 4566, in-42). Skel- 
ton a laissé un grand nombre de poésies et d'écrits bur- 
lesques qui l'ont fait considérer par ses compatriotes 
comme un précurseur de Rabelais. Les plus connues de 
ses œuvres sont : The Garlande of Laurell (1523); Ma- 
gnyfycence (4533); Phylyp Sparoiue (4550); Colyn 
Cloute (i^^O); A Balade ofthescotishe j^mi^ (4543), etc. 
Alex. Dyce a donné la meilleure édition des OEuvres com- 
plètes (Londres, 1843, 2 vol.). R. S. 

SKELTON. Ville d'Angleterre, comté d'York, dans le 
district de Cleveland ; 44.842 hab. en 4891. Mines de 
fer. 

SKENINGE. Ville de Suède, lœn d'Ostgotland, sur 
rOmberg; 4.343 hab. en 4894. Ancienne capitale de la 
Gothie. 

SKIATHOS. Ile de Grèce, l'une des Sporades, à 42 kil. 
N. de l'Eubée ; 42 kil. q. ; 2.796 hab. (en 4889); ait., 
438 m. Sa position lui fit jouer un certain rôle dans les 
guerres navales. Alliée et vassale d'Athènes, sa ville fut 
détruite en 200 av. J.-C, par Philippe III de Macédoine. 
La ville moderne de Chora a été rebâtie au même empla- 
cement, près d'un vaste et bon port naturel sur la côte 
orientale de l'île. 

SKI EN. Ville de Norvège, amt de Bratsberg, sur le 
Skiens-elv, par lequel se déversent dans le Frier-fjord 
les eaux du Norsjœ. La ville a 8.959 hab. (en 4894), des 
scieries et papeteries considérables. 

SKIERNIEWICE. Ville de la Pologne russe, gouverne- 
ment de Varsovie ; 7.686 hab. (en 4894). Gare oh bi- 
furquent les voies ferrées de Varsovie à Vienne et à Thorn. 
Château impérial où les empereurs de Russie, d'Alle- 
magne et d'Autriche eurent une conférence du 45 au 47 
sept. 4884. 

SKILLING. Ancienne monnaie de compte, usitée jus- 
qu'en 4855 en Suède où elle valait 4/48 de riksdale , 
jusqu'en 4873 en Norvège où elle valait 4/24 de rigsort, 
puis 4/30 de krone, jusqu'en 4874 en Danemark où elle 
valait 4/46 de marc. 

SKIN. Fleuve de Grande-Bretagne (V. ce mot, t. XIX, 
p. 158). 

SKIOPUL (Pierre), prince de Moldavie (V. Pierre Skio- 
pul). 

S KJ A LDBREIT. Montagne à' Islaiide (Y . ce mot, t. XX, 
p. 4009). 

SKJALJANDIFLIOT. Rivière à'Islande (V. ce mot, 
t. XX, p. 4040). 

SKKENT (Archéol. égyp.) (V. Pschent). 

SKOBELEV (Michel-Dimitrievitch), homme de guerre 
russe, né le 47 sept. 4843, mort à Moscou le 25 juin 1882. 
il fit ses premières études dans un pensionnat à Paris (pen- 
sionnat Girardet), suivit ensuite les cours à l'Académie 
militaire de Saint-Pétersbourg, et entra en 4863 comme 
volontaire dans le régiment des chevaliers-gardes de l'im- 
pératrice. Il permuta peu de temps après pour le régi- 
ment de hussards à Grodno, et participa à la répression de 
l'insurrection polonaise. En 4868, il fut attaché à Fétat- 
major du corps d'occupation dans le Turkestan. Skobelev 
eut bientôt l'occasion de se distinguer dans différents com- 
bats, à la fois par une grande intrépidité et par ses con- 
naissances stratégiques. Durant la campagne de Khi va 



(4873), il se déguisa en indigène turcoman et fit, seul 
une reconnaissance de la route entre Khiva et Akhal. Lors 
de la guerre russo-turque (4877-78), Skobelev obtint, non 
sans grande difficulté, un commandement et contribua 
puissamment à la prise de Plevna qui devait décider de 
l'issue de la campagne. Nommé commandant en chef de 
l'expédition russe contre les Akhal-teké, après une désas- 
treuse campagne de l'année précédente, Skobelev s'illus- 
tra par laprisede Ghéok-Tepé (42 janv. 4884), qu'il en- 
leva d'assaut avec une poignée d'hommes, assurant ainsi 
la domination russe dans le Turkestan (V. ce mot). 

Panslaviste déterminé, ennemi déclaré de l'Allemagne, 
Skobelev manifestait très haut ses sympathies pour la 
France. Il se signala surtout par un violent discours pro- 
noncé à Paris, au banquet anniversaire de la prise de 
Ghéok-Tepé (42 janv. 4882), et qui souleva une vive po- 
lémique dans la presse européenne. Riche, chevaleresque, 
indépendant, allié aux grandes familles, Skobelev jouissait 
dans son pays d'une immense popularité. Le parti slavo- 
phile et militaire professait pour lui un véritable culte. 
— Il est mort après quelques jours de maladie seulement 
et fut inhumé dans une propriété de famille, qu'il possé- 
dait à Spassko (gouv. de Riazan). P. Lemosof. 

SKODA (Joseph), médecin tchèque, né à Pilsen le 
40 déc. 4805, mort à Vienne le 43 juin 4884. Médecin 
à l'hôpital général de Vienne, anatomo-pathologiste dis- 
tingué, il fit d'importants travaux sur l'auscultation et la 
percussion ; il obtint en 4846 la chaire de chirurgie mé- 
dicale. Son Traité de percussion et d'auscultation, pu- 
blié en 4839 (traduction française par Aran de la 4® éd., 
Paris, 4854), a fait époque. • D^ L. Hn. 

SKOKLOSTER. Village de Suède, près d'Upsala, au 
bord du lac Maelar. Ancien couvent de cisterciennes fondé 
au XIII® siècle, sécularisé au xvi»^ et donné par Gustave- 
Adolphe au maréchal Wrangel, dont le fils y fit bâtir un 
magnifique château qui passa après sa mort à la famille 
Brahe; belle collection d'armes. 

SKOPINE. Ville de Russie, ch.-l. de district, gouv. et 
à 454 kil. S. de Riazan, sur la rivière Verda ; 45.009 hab. 
Stat. du chem. de fer Syzran-Viazemsk. Le domaine oc- 
cupé actuellement par le district appartenait autrefois à la 
famille Romanov. La ville semble n'avoir pris une cer- 
taine importance qu'au commencement du xvrii® siècle.— 
Commerce de blé assez animé. 

SKOPTZY. Secte fanatique russe (V. Eunuque, t. XVI, 
p. 745). 

SKOUPTCHINA. Assemblée serbe (V. Constitution, 
t. Xll, p. 749 ; Parlementarisme, t. XXV, p. 1470, et 
Serbie, § Histoire). 

SKRAGGE (Olof), diplomate suédois (V. Hermelin). 

SKULD (Myth. scand.) (V. Nornes, t. XXIV, p. 52)- 

SKYE. Ile d'Ecosse, entre la grande île et les Hébrides 
extérieures; 4.447 kil. q. ; 45.705 hab. en 4894, dont 
un tiers ne parlent que le gaélique, le reste comprenant 
aussi Fanglais. C'est un bloc de basalte et de porphyre, 
enchâssant à l'E. des schistes cambriens et siluriens. La 
côte abrupte est entaillée de baies et criques innombrables. 
L'intérieur est très mouvementé, coupé de vallées sau- 
vages où dorment de petits lacs, revêtu de landes ; le 
mont Cuchulin ou Cuilion atteint 966 m. Climat doux et 
pluvieux. Population de pêcheurs et de bergers. La prin- 
cipale agglomération est Pori^re^, avecun milHer d'âmes. 

SKYLAX, géographe grec de Caryanda en Carie, qui fut 
chargé en 508 av. J.-C. par le roi de Perse Darius d'une 
exploration maritime des côtes de la mer Erythrée, depuis 
l'embouchure des Indes jusqu'au fond du golfe Arabique. 
Il en rédigea le récit sous forme de périple. Toutefois, le 
périple de la Méditerranée, qui nous est parvenu sous le 
nom de Skylax, est bien postérieur ; on le date de Fan 360 
av. J.-C. Il a été publié dans les Geographi grœci mi- 
nores de Muller (Paris, 4855). 

BiBL. : Ungern, dans Philologus, 1873, 



— gi — 



SKYLITZES SLÂVATA 



SKYLITZES (Jean), historien byzantin du xi® siècle, 
originaire du thème des Thracédiens. 11 occupa à la cour 
les hautes situations de droiigaire de la vielle et de cu- 
ropalaie, et il composa, pour continuer Théophane, une 
chronique qui va de 841 à 1079, et qu'il avait peut-être 
poussée jusqu'en 1081. Parmi les sources qu'il a consul- 
tées, plusieurs nous sont survenues, celles en particulier 
qui traitent des règnes de Constantin VIÏ et Romain II. 
Skylitzès s'est efforcé de faire œuvre exacte, bien informée, 
impartiale, et son livre est par là important. ïl n'en existe 
malheureusement encore aucune édition critique. Comme 
Cedrenus Ta copié pour la période de 811 à 1057, on a 
longtemps jugé inutile de publier de Skylitzès rien autre 
que la portion de sa chronique allant de 1057 à 1079 (By- 
zantine de Bonn à la suite de Cedrenus). Seyer prépare 
une édition complète du texte grec. Ch. Dieiil. 

SKYMNOS, géographe grec de Chios. Il écrivit en prose 
au II® siècle av. J.-C. une description de la terre, qui a été 
perdue. On lui a attribué, sans motifs sérieux, un docu- 
ment analogue (Periegesis) en vers ïambiques, compilé 
d'Ephore, Eratosthène, Timée, etc.; il est imprimé dans 
les Geographi grœci minores de Muller (Paris, 1855). 

SKYROS. Ile de Grèce, l'une des Sporades, à l'E. de 
l'Eubée; 204 kil.q. ; 3.188 hab. (en 1888); ait., 795 m. 
Sa ville est sur la côte orientale. Pierreuse et infertile, 
les anciens en tiraient un beau marbre veiné, du fer chromé, 
des chèvres de race renommée. Skyros joue un rôle dans 
les légendes d'Achille et de Thésée ; elle fut une station des 
Pelasges et des Cariens ; les habitants de la tribu des Do- 
lopes se livraient à la piraterie lorsque les Athéniens con- 
duits par Cimon conquirent l'île (468) et en rapportèrent 
les ossements de Thésée. De 340 à 196, les Macédoniens 
occupèrent Skyros qui revint ensuite aux Athéniens. 

S K VITE (Johan ScmoBEïivs, ait Johannes), homme 
politique suédois, né à Nykœping en 1577, mort près de 
Brœmsebro en 1645. Fils d'un tailleur qui était bourg- 
mestre de Nykœping, il voyagea et étudia pendant neuf ans 
à l'étranger, fut nommé, au retour (1602), précepteur du 
prince royal Gustave-Adolphe, alors âgé de huit ans. Anobli 
en 1603, puis chargé de différentes missions diplomatiques; 
envoyé en Angleterre à plusieurs reprises, pour y négo- 
cier tantôt une aUiance (1610), tantôt un emprunt (1618), 
il y fut armé chevalier par Jacques l^^, qui se montra 
charmé de son éloquence. Nommé, en 1611, gouverneur 
de Vestmanland, investi, sous des titres divers, de la di- 
rection des finances de 1612 à 1630, membre du Riks- 
râd en 1617, chancelier de l'Académie d'Upsal en 1622, 
il reçut la baronnie de Duderhoff (provinces baltiques) en 
1624, puis l'évêché de Wormditt (Prusse occidentale), fut 
créé ensuite gouverneur général de Livonie, Ingermanie et 
Carélie (1629), chancelier de l'Académie nouvellement fon- 
dée à Dorpat (1632), premier président de la cour royale 
de Gothie (1634), enfin choisi avec Axel Oxenstierna pour 
légat à la paix de Brœmsebro (1645). Doué de multiples 
talents, sachant à fond le latin et le parlant avec une rare 
élégance, serviteur dévoué et intelligent de la monarchie 
suédoise, Skytte montra particulièrement pour la science 
et l'enseignement le plus vif intérêt : entre autres fonda- 
tions, on lui doit celle de la chaire d' « éloquence et science 
politique » à l'Université d'Upsal {Syktteanska profes- 
suren), dont le titulaire reçoit encore aujourd'hui son lo- 
gement dans la maison même du donateur, dite Skyttea- 
num. Gaston Lévy-Ullmânn. 

SLABBAERT (Karel), peintre-graveur hollandais, né à 
Zierikzee en 1618 ou 1619, mort à Middelbourg en 1654. 
Il peignit le portrait et le genre. Inscrit en 1642 à la 
gilde de Middelbourg dont il fut commissaire en 1649-50 
et doyen enl653-54, il se maria à Amsterdam en 1645. 
On trouve ses scènes de plein air dans les musées d'Ams- 
terdam, La Haye, Aix-la-Chapelle, son auto-portrait au 
musée Stâdel de Francfort-sur-le-Main. 

SLACK. Rivière du dép. du Pas-de-Calais (V. ce mot, 
t. XXVI, p. 36). 



SLAOEK ( Joseph- Wenzel), poète tchèque, né en 1845 
à Zbirow. 11 fît des études d'histoire naturelle et de lin- 
guistique à Prague, puis séjourna longtemps dans l'Amé- 
rique du Nord. En 1881, il fat nommé professeur d'an- 
glais au Polytechnikum de Prague. Il est rédacteur du 
journal Lumir, Ses poésies sont d'une bonne qualité et 
ses traductions de Byron et Longfellow très appréciées 
pour la pureté de la langue ; mais sa réputation vient sur- 
tout de ce qu'il a contribué au développement de la poésie 
tchèque en groupant autour de lui tous les jeunes littéra- 
rateurs tchèques dans la revue Ruch qu'il avait fondée 
en 1869. Il u publié en vers : Basne (1875), Hskry 
na more (Etincelles sur la mer, d878), Svetlon Sto- 
pon (1881). 

SLA D EN (Douglas Brooke Wheelton), littérateur an- 
glais, né à Londres le 5 févr. 1856. Elève distingué de 
l'Université d'Oxford, il fut le premier occupant de la 
chaire d'histoire de l'Université de Sydney. Grand voya- 
geur, esprit curieux et fin, poète délicat, il a donné un 
assez grand nombre d'ouvrages de littérature et d'histoire 
qui lui ont valu sa réputation. Citons : Frithjof and 
higehjorg (1882), Australian Lyrics (1882), À poetry 
of exiles (1883), A Summer Christmas (1883), Ed- 
ward the Black Prince (1886), The Spanish Armada 
(1888), A Japanese mariage (1895), Brittany for 
Brilons (1896), The Admirai (1898); ce dernier vo- 
lume est une intéressante apologie de Nelson au point de 
vue de ses rapports avec lady Hamilton (V. Nelson). 
Sladen est depuis 1897 le rédacteur en chef du journal 
Who's Who. R. S. 

SLAM (V. Glacier, t. XVIII, p. 1038). 

SLAMAJERS. Peuplade de la colonie du Cap ; ce sont 
des Malais de religion musulmane, descendants d'esclaves 
importés au xvii^ siècle; ils portent le fez ou le turban, 
sont laborieux et très attachés à leur foi. On en compte 
15.000. 

SLAMAT. Montagne de Java (V. ce mot, t. XXÏ, p. 67). 

SLANEY. Rivière à'Irlande (V. ce mot, t. XX,p. 949). 

S LANKA M EN (V. Szalankamen). 

S LATIN Pacha (Rudolf), général autrichien au service 
de l'Egypte, né à Vienne le 7 juin 1857. H avait fait un 
voyage à Khartoum et dans le Darfour en 1874 et se trou- 
vait incorporé comme lieutenant au 19^ régiment d'infan- 
terie Prince-Rodolphe, sur la frontière de Bosnie, lorsqu'il 
fut invité par Gordon Pacha à entrer au service égyptien 
et à le rejoindre au Soudan (juil. 1878). Il quitta Vienne 
le 21 déc, fut nommé colonel d'état-major et employé 
dans diverses fonctions. Il était gouverneur et commandant 
militaire du Darfour lorsqu'il fut obligé de se rendre au 
Mahdi victorieux (1883), dont il resta onze ans prisonnier, 
à Omar Durman, soumis à une captivité rigoureuse et à 
une étroite surveillance. Après la mort du Madlii, sous son 
successeur Abdullahi, il put s'échapper de Khartoum sous 
la conduite de deux guides de la tribu de Kababich (20 févr. 
1895), rentra au Caire, et de là en Autriche, où il écrivit 
ses mémoires, document attachant et vécu, où il fait con- 
naître les événements qui ont bouleversé à cette époque 
l'Afrique du Nord-Est. Cl. Huart. 

BiBL.: Slatin Pacha (Rudolf), Feuerund Schwert im 
Sudan ; Leipzig, 1896 (trad. anglaise par le maj. F.-R. 
Wingate, Fire and sword in the Sudan; Leipzig, 189{), 
3 vol.). 

SLATIN A. Ville de Roumanie, ch.-l. du cercle d'Oltu, 
sur rOltu (Alouta) ; 5.283 hab. en 1889. Stat. de chem. 
de fer. 9 églises. Grand pont de fer sur la rivière. 

SLATOPOL. Ville de Russie, gouv. de Kiev, cercle de 
Tchiguirin ; 12.000 hab. Minoterie. 

S LATO U ST. Ville de Russie, gouv. d'Oufa, sur l'Ai ; 
22.117 hab. en 1893. Gare de chem. de fer au centre 
d'un district minier. Grandes forges impériales; manufac- 
tures d'armes et de canons ; savonneries , etc ; foires 
importantes. 

SLAVATA (Guillaume), homme politique de Bohême, né 
à Bœhmisch-Kosteletz le 1®^ déc. 1572, mort à Vienne le 



SLAVATA - SLAVES 



— 92 — 



49 janv. 1652. Il se convertit en Italie de l'utraquisme au 
catholicisme (1592), voyagea en Angleterre et en Espagne, 
fut nommé par l'empereur Rodolphe maréchal de la cour 
et président du tribunal de Bohème (1600), épousa Lucie 
Ottilie, seule héritière de la famille princière de Hradec. 
En 1618, il était l'un des administrateurs de Bohème dont 
l'énergique résistance au parti national et à la Diète pro- 
voqua le coup d'Etat du 23 mai, la défenestration de 
Prague. Il fut, avec le comte Martinitz, jeté par la fenêtre 
de la salle des séances dans les fossés du château, sur- 
vécut et se retira en Bavière. Ferdinand II, vainqueur des 
Bohèmes, lui rendit ses biens et honneurs, le nomma 
comte avec préséance sur tous les autres à la Diète, puis, 
en 1628, grand chancelier de Bohême. Slavata a laissé en 
manuscrit et en langue tchèque 14 vol. d'études histo- 
riques sur son pays. Jirecek a publié ce qui concerne la 
période comprise entre Maximilien II et la bataille de 
Montagne Blanche (Prague, 1868-77). 

SLAVÈIKOV (Petko-Rajcov), littérateur et homme d'Etat 
bulgare, né en Macédoine en 1825. Il étudia à Bucarest et 
publia 2 vol. de poésies bulgares qui lui firent une grande 
réputation. Il édita à Saint-Pétersbourg, en 1855, des 
chants nationaux de sa patrie, puis à Constantinople un 
journal satirique bulgare (1857-72) qui fut interdit, et vint 
alors professer à ïrnovo. Il a été l'un des promoteurs de 
la renaissance nationale bulgare. En 1880, il fut élu pré- 
sident de l'Assemblée nationale et, en décembre suivant, 
ministre de l'instruction publique. 

SLAVES. I. Ethnographie. — L'une des principales 
branches de la famille indo-européenne (V. Races hu- 
maines). Encore aujourd'hui les plus grandes diver- 
gences existent au sujet des caractères des véritables 
Slaves de race, des liens ethniques qui peuvent exister 
entre les Slaves de langue et au sujet de leurs origines. 
Mais comme j'ai eu l'occasion de l'exposer tout récemment 
Bullet. Soc. d'anthrop.y 1900), il est possible de se 
faire une opinion à peu près définitive sur ces trois ques- 
tions. L'étude du passé préhistorique de la Russie et 
de sa population actuelle (V. Russie) le prouve déjà quelque 
peu et me dispense de certaines explications. Mais l'étude 
du passé préhistorique de la Bohème, des vallées de 
l'Oder et de la Vistule, est aussi nécessaire. Je ne puis 
la mettre de côté, et il me faut cependant la réduire 
à des indications très brèves, en renvoyant à mon mé- 
moire cité plus haut sur les Slaves de race et leurs 
origines. 

Au cours de tous les âges passés, les vallées de la Vis- 
tule et de l'Oder ont été en relation avec la région danu- 
bienne, ont subi l'influence, ont été sous la dépendance 
de l'Europe centrale. Vers l'époque du premier âge du fer, 
époque dite de Hallstadt, qui appartient à la Haute-Au- 
triche, un peuple incinérant tous ses morts s'est répandu 
lentement, graduellement et par la colonisation agricole à 
travers les anciennes forêts, depuis le Danube, le long de 
ses affluents du N.-O. dans la partie orientale de la Bohême, 
en Lusace, dans la vallée supérieure de l'Oder et dans la 
vallée de la Vistule, jusque sur la Baltique d'une part, 
jusque sur le Dniestr d'autre part. Les champs d'urnes 
cinéraires, les cimetières de caisses de pierre, etc., qu'il a 
laissés, s'échelonnent en particulier du Danube à la Bohème, 
à l'Oder, à la Vistule, à la Baltique, le long du chemin du 
commerce de l'ambre. Et nous avons dans son industrie 
des preuves de ses relations avec le N. de l'Italie. Dans 
certains de ses tombeaux, entre l'Oder et la Vistule, on a 
d'ailleurs trouvé des objets de fabrication étrusque et 
romaine. J'ai pu identifier ce peuple avec les anciens 
Vénèdes. Pendant les siècles qui ont précédé immédiatement 
et suivi le début de notre ère, il a été, dans la région 
baltique, soumis, en partie dépossédé par des peuples ger- 
maniques. Mais dans la persistance même de son antique 
usage d'incinérer tous ses morts jusque vers le viii® siècle, 
jusqu'à l'introduction du christianisme, nous avons la 
preuve de la permanence de son établissement là comme 



en Bohême. Il est difficile de le suivre avec certitude dans 
sa progression vers le N.-E., où intervient d'ailleurs l'élé- 
ment lithuanien. Mais nous avons parfaitement reconnu 
sa présence ancienne au S.-O. jusque sur le Dniepr. 

Qu'étaient les caractères de ce peuple ? D'après quel- 
ques crânes anciens, d'après les caractères dominants en- 
core dans les groupes qui ont à coup sûr été moins ex- 
posés aux mélanges, comme les habitants des Karpates, 
les Wendes, etc., d'après ceux encore des pays d'où il a 
progressé vers le N., il se composait de bruns brachycé- 
phales en majorité, se rattachant au type celto-slave des 
anthropologistes français. Mais il ressort aussi des mêmes 
observations qu'il est impossible qu'il ne se soit pas mêlé 
dès l'origine aux blonds kymriques qui eux-mêmes occu- 
paient en masse la partie N.-O. du centre de l'Europe. 
Les Ombriens de même provenance se composaient pour 
moitié de ces blonds à leur arrivée en Italie. Et des mé- 
langes pareils se sont renouvelés pour les Slaves, surtout 
après le début de notre ère, le long de l'Oder, de la Vis- 
tule, sur la Baltique, dans le N. même de la Russie. On- 
a vu à l'art. Russie quel produit complexe est le Grand - 
Russe. A ne considérer que les Slaves du Nord pris iso- 
lément, lesquels sont presque tous des blonds, on ne 
pourrait pas reconnaître, malgré leurs caractères crâniens, 
qu'entre eux et les Slaves du Sud il existe un lien ethni- 
que. Mais en remontant dans le passé, ce lien se dégage, 
et il apparaît que le Slave de race entre comme élément 
composant, non seulement chez le Grand-Russe, non seu- 
lement chez le Lithuanien, mais même chez le Finlandais. 
Au surplus, au fur et à mesure qu'on descend vers le S. 
et vers le centre primitif d'expansion des Slaves, la pro- 
portion des bruns augmente d'une façon de plus en plus 
sensible. J'ai déjà dit que les Ruthènes, créateurs des plus 
anciens centres slaves du Dniepr, ont en majorité les che- 
veux châtains ou bruns. Et il est facile de distinguer 
parmi eux ceux qui doivent la couleur foncée de leurs 
téguments aux récentes infusions de sang mongolique, car 
les autres ont la peau blanche, les yeux gris plus souvent 
que bruns. Les yeux clairs sont chez eux dans la propor- 
tion de 21 5 contre 1 00 yeux foncés, c.-à-d. de plus du double . 
Cette même proportion est de 253 °/o chez les Polonais où 
les blonds forment plus des trois quarts de la population. 
Lorsqu'on se rapproche des Karpates, la brachycéphalie 
devient plus générale et plus grande, la proportion des bruns 
purs plus élevée (31 ^/o). Leur influence du côté de l'O. 
ne s'arrête évidemment pas aux Hmites actuelles des lan- 
gues slaves. Si l'on sait que ces limites s'étendaient naguère 
bien davantage à l'O. jusqu'au cœur de l'Allemagne, on 
peut dire aussi que par le sang un très grand nombre 
d'Allemands sont plus Slaves que les Grands- Russes. En 
Bohème, chez les Tchèques, il n'y a plus pour ainsi dire 
de dolichocéphales vrais ; et les brachycéphales seraient 
dans la proportion de 85 ^/o» La proportion du sang de 
blonds y est donc bien moindre, et ils pourraient passer 
pour bruns ou châtains en majorité, n'était la proportion 
des yeux clairs, probablement élevée comme chez les Ru- 
thènes. 

De tous ces faits résulte clairement que le Slave de race 
s'identifie plus ou moins avec le type dominant chez les 
Slaves de langue du Sud. Et cette gradation dans la pro- 
portion de plus en plus élevée des représentants de ce 
type, au fur et à mesure qu'on se rapproche du centre 
danubien, corrobore les données archéologiques qui nous 
montrent ce centre comme celui même des Slaves. La lin- 
guistique, l'histoire même parleront aussi dans le même 
sens quand on voudra les interroger sans parti pris. On 
a déjà vu quel rôle considérable (V. Italie, Grèce, Bul- 
garie) a joué dès l'aurore de l'histoire, avant et depuis, 
dans les premiers siècles de notre ère, l'élément celto- 
slave dans le centre, dans la péninsule balkanique, dans 
le N. de l'Italie. Aussi loin en arrière que nous puissions 
remonter, nous constatons sa présence dans les pays qu'oc- 
cupent encore les Serbes, les Croates, les Bosniaques, les 



Slavons, etc. Ce n'est donc pas sans raison qu'on a donné le 
Serbo-Croate comme le type du Slave de race. Sa taille est 
moyenne ou un peu au-dessus (1™,69). Sa peau est gris 
b^anc ou brune. Son système pileux est châtain ou brun. 
Ses yeux sont gris et bruns. Son visage est oval, mais ses 
pommettes lui donnent pourtant souvent une forme car- 
rée. Son nez est arqué ou concave le plus souvent, bien qu'il 
ait habituellement l'apparence d'être droit. Le nez aquilin, 
signalé aussi avec raison, témoigne de la présence d'un 
élément secondaire sur lequel je ne puis m'expliquer ici. 
Le crâne est très brachycéphale, globuleux avec un apla- 
tissement postérieur ; et son indice nasal est élevé. Chez 
tous les Slaves du Sud eux-mêmes, d'ailleurs, ainsi que je 
l'indiquais plus haut, et en particulier chez les Dalmates, 
il y a des dolichocéphales et des blonds. 

Je conclus. Si les peuples de langue slave ne forment 
pas une race, contrairement à ce qu'on a répété longtemps 
après Maury et Edwards, si même ils n'ont probablement 
jamais formé une race, puisque chez tous nous reconnais- 
sons des combinaisons de bruns et de blonds, il n'y en a 
pas moins entre eux un certain lien ethnique. Chez tous 
en effet existe, en plus ou moins grande proportion, un 
même élément. Cet élément chez les plus septentrionaux 
s'est profondément altéré ou transformé sous l'action d'in- 
fluences extérieures et de combinaisons particulières. Les 
peuples de langue slave sont donc loin de constituer une 
composante ethnique uniforme. De plus, l'élément com- 
mun qu'ils renferment se retrouve en Grèce, en Italie, en 
France, en Allemagne. S'il les caractérise dans une cer- 
taine mesure, il n'en fait point un groupe séparé, entiè- 
rement distinct des autres groupes ethniques de l'Europe. 

Zâborowski. 

II. Histoire. — Les Slaves n'apparaissent à l'historien 
que fort tard, et leurs origines demeurent tout à fait dou- 
teuses, leur unité ethnique très contestable. On admet 
généralement qu'ils n'étaient pas un peuple guerrier mais 
agriculteur, qui a pu se répandre obscurément sous la do- 
mination des races guerrières, Gaulois, Germains, etc. Il 
ne faut pas oublier d'ailleurs que les écrivains anciens, et 
plus encore les ethnographes modernes, ont généralisé à 
l'excès les noms de certaines nations antiques et que dans 
bien des cas ceux-ci ont été tout à fait détournés de leur 
caractère primitif. La grammaire comparée a prétendu 
aussi fournir sur la préhistoire des renseignements plus 
précis que ne le comportent ses données. Laissant donc de 
côté toutes ces hypothèses, nous nous bornerons à cons- 
tater que les premiers Slaves historiques sont ceux qui 
furent en contact avec Rome dans les régions illyriennes, 
c.-à-d. les Serbes; puis les Venèdes, Venètesou Wendes 
établis entre la mer Baltique et les Karpates et s'étendant 
peut-être jusqu'au Don. Vers le vi*^ siècle de l'ère chré- 
tienne on appelle Slovènes les Shives du Sud-Ouest, Antes, 
ceux du Nord et del Est, tandis que les Francs conservaient 
le nom de Wendes à leurs voisins orientaux. Les Slaves 
méridionaux paraissent avoir occupé au vi® siècle l'inté- 
rieur de la péninsule balkanique, où le royaume fondé par 
es Bulgares du Volga au vu^ siècle fut bientôt slavisé 
(V. Bulgarie) ; d'autre part, les Wendes prenaient sur 
l'Elbe la place laissée libre par le mouvement des Germains 
vers rO. et le S. A la fin du vi^ siècle, la région alpestre 
évacuée par les Lombards devient slave ; les Avares ré- 
gnent sur eux; puis l'aventurier franc Samo fonde en62i 
un royaume slave qui dure 35 ans. Les Chrobates ou 
Croates descendent des Karpates sur le Danube. Vers la 
tin du vii^ siècle, les Slaves* occupent à peu près les em- 
placements où nous les retrouvons aujourd'hui (V. Ser- 
bie, Roumanie, Allemagne, Autriche, Hongrie, etc.). Dans 
les siècles suivants se prononcent les différences entre 
leurs diverses nations, lîs apparaissent au l\® siècle comme 
population principale de la Moravie et de la Bohême, sans 
que l'on sache quand et comment ils y sont venus. On les 
trouve ainsi dans les Karpates, sous le nom de Slova- 
ques. Sur l'Elbe et la Saale était le peuple des Sorbes : 



— ^3 — SLAVES 

plus au N. les Wilxes. En arrièi^, sur la Vistule, les Po- 
lonais, puis, au delà, la multitude de tribus qui devaient 
s'agglomérer en peuple russe (V. Pologne et Russie). 

A partir de ce moment nous suivons l'histoire des 
peuples slaves ; ils arriventà se constituer en nations : Bul- 
garie, Serbie, Bohême, Pologne, Russie, et luttent àl'O. 
contre les Allemands du Sud, contre l'Empire byzantin et 
contre les Hongrois, les Turcs, à l'E. contre les Finnois, 
les Turcs, les Mongols. Leur rôle historique ne cesse de 
grandir, malgré les grands désastres qu'ils essuient du 
xm« au xv« siècle, et, au xix^ siècle, ils ont atteint une 
puissance telle qu'ils affirment, avec la volonté de se réu- 
nir en une nation, l'espérance de dominer l'ancien conti- 
nent (V. Panslavisme). 

III. Linguistique. — Les langues slaves forment un 
groupe à part de la famille des langues ario-européennes 
(indo-européennes) . 

Le nom propre des Slaves a été créé par les Romains, 
qui recevaient des serviteurs des pays « slaves ». La plu- 
part des originaires de ces pays portaient des noms com- 
posés avec -slavii (masculin) et -slava (féminin), par 
exemple Boguslavû — Boguslava, hroslavû — hroslava, 
Sinnlslavû -— Stmislava, Miroslavû — Miroslava, Mïsti- 
slavû — Mïsûslava, etc. Les premières syllabes de tous 
ces noms composés disparaissaient pour l'oreille et pour 
la mémoire romaines ; comme caractéristique constante de 
tous ces esclaves, de la même souche, subsistait Slavû, 
Slava. A l'idée de ce nom généralisé, Slav-, en latin Sla- 
vus, Selavus, fem. Slava, Sclava, s'associait d'une part 
l'idée d'une peuplade, parlant un certain langage, et 
d'autre part, l'idée d'un travailleur forcé, d'un esclave, 
selavus au point de vue social. Ce nom général des 
Slaves occidentaux a passé des Romains aux autres peuples 
de l'Europe, et c'est aussi des Romains qu'ont emprunté 
leur propre dénomination les Slaves eux-mêmes, en chan- 
geant seulement, selon la phonétique des mots empruntés, 
la voyelle a bref de Slavus, Selavus, en o, Slov-, et en 
y ajoutant des suffixes, qui servent pour désigner les 
habitants d'un certain pays ou d'une certaine localité : 
SloV'ënin-, Slov-janin-, Slov-enïe-, Slov-ak-, etc. Mais 
parmi les Slaves eux-mêmes ce n'est qu'aux Slaves qui 
vivaient en contact immédiat avec les peuples romains et 
avec les autres Occidentaux qu'on attribuait cette déno- 
mination ethnique générale. Comme nom commun de toute 
la race linguistique, le nom Slave, créé par les Ro- 
mains, s'est répandu chez les autres Slaves par le canal 
de la littérature et de l'érudition. 

L'opinion populaire que toutes les tribus slaves se res- 
semblent et sont apparentées au point de vue linguistique, 
et qu'elles diffèrent à ce point de vue des autres peuples, 
est la conséquence non d'une recherche scientitique, mais 
d'une impression. Au contraire, la constatation de l'affi- 
nité des langues slaves avec les autres langues ario-eu- 
ropéennes est le résultat d'une recherche scientifique; elle 
date de la constitution, au xix« siècle, de la Grammaire 
comparée. 

L'usage du terme « langue », en tant qu'on l'oppose 
aux termes « idiome » et « dialecte », a été cause de 
quelques malentendus. En Russie par exemple, pour 
certains « savants », il n'y a que le russe qui soit 
digne d'être appelé une langue, tandis que les parlers des 
autres Slaves peuvent prétendre tout au plus au titre 
d' ^ idiome » ou de « dialecte ». Pour éviter tout ma- 
lentendu, nous n'appliquerons le terme langue, langage 
qu'à des langues littéraires, normalisées, en écartant cette 
expression quand il s'agira de l'ensemble des patois ap- 
parentés, propre à une tribu séparée. Dans ce dernier sens, 
nous nous servirons des termes : lerritoire linguistique 
ou groupe de palois. 

Le territoire linguistique slave se divise comme il suit. 
A l'E. s'étend le territoire russe commun, avec deux 
subdivisions principales : méridionale, petite-russienne, 
et septentrionale, gramfe-russienne. Dans le territoire 



SLAVES 



- 94 ~» 



grand -russe nous distinguons deux zones : la zone mé- 
ridionale des patois a-kaïouchtchiyés (c.-à-d. pronon- 
çant inaccentué comme a) et la zone septentrionale 
des patois o-kaïouchtchiyés (conservant o inaccentué 
comme o). En raison des conditions toutes particulières, 
dans lesquelles^ ont dû vivre pendant longtemps les habi- 
tants de la partie occidentale de la zone méridionale grand- 
russe, ces patois occidentaux se sont isolés en un groupe 
spécial des patois blanc-russes. Â l'O. du territoire russe 
s'étendent les territoires slaves du Nord-Ouest : le polo- 
nais avec le kachoube, le bas-sorabe [bas-lusacien), Je 
haut-sorabe (haut-liisacien), le tchèque et le slovaque. 

Tous les territoires que nous venons d'énumérer se 
trouvent du côté gauche du Danube. Du côté droit de ce 
fleuve nous rencontrons les territoires yougoslaves (ou 
du Sud), séparés des territoires de l'Est et des territoires 
du Nord-Ouest par des peuples d'autre origine : Allemands, 
Roumains, Magyars. Voici la liste de ces territoires you- 
goslaves, qui occupent la péninsule des Balkans et longent 
la mer Adriatique : bulgare, serbo-croate (avec deux 
subdivisions : orientale, chto-kave, « sto-kavci », nom- 
més ainsi d'après le pronom interrogatif sto? quoi?, 
— et occidentale, tcha-kave, « ca-kavci », employant 
le pronom interrogatif ca? au lieu de sto?), slovène 
(le plus varié au point de vue dialectologique) et résien 
(une seule commune d'environ 4.500 hab., dans deux 
vallées, Résia et Uccea, au coin N.-E. de l'Italie, à la 
frontière de FAutriche). 

Entre ces territoires slaves principaux, il y a des chaî- 
nons intermédiaires, c.-à-d. des idiomes, réunissant les 
traits caractéristiques et typiques de deux parlers voisins : 
les patois intermédiaires entre les territoires grand-russe 
et petit-russe, entre le territoire blanc-russe et petit-russe, 
entre les territoires kachoube et polonais, entre les ter- 
ritoires bas-sorabe (bas-lusacien) et haut-sorabe (haut- 
lusacien) , entre les territoires tchèque et slovaque (certains 
patois de Moravie) , entre les territoires bulgare et serbo- 
croate (les patois des soi-disant Sopci, Choptsi, et, 
jusqu'à un certain point ceux des Slaves de Macédoine), 
entre le territoire serbo-croate de l'Est et serbo-croate de 
l'Ouest, entre le territoire serbo-croate et slovène (les pa- 
tois des Kaj-kavci, Caïcavtsi, nommés ainsi du pro- 
nom interrogatif « kaj ? » quoi ? — et les patois des 
Slaves aux bords du fleuve Natisone, dans l'Italie septen- 
trionale). 

En outre, les patois d'une certaine peuplade, semée spo- 
radiquement dans des contrées occupées par des popula- 
tions compactes d'une autre tribu slave, peuvent être re- 
gardés aussi comme intermédiaires. Tels sont par exemple 
les patois des Polonais qui habitent dans les gouverne- 
ments N.-O. de la Russie et dans la Galicie orientale, 
c.-à-d. parmi des populations russes (petit-russe et blanc- 
russe). Comme patois intermédiaires peuvent être regardés 
aussi les parlers polonais aux frontières ethnographiques 
de la Pologne, et celui de la soi-disant classe « intelli- 
gente » de la société sur le territoire linguistique polonais 
tout entier. Dans tous ces parlers, c.-à-d. dans les patois 
polonais des frontières et dans le langage polonais de la 
classe « civilisée », il y a certaines particularités slaves 
communes (par exemple la prononciation des consonnes 
chuintantes s ■=: ch, % =l j, c := tch), ignorées par la 
majeure partie des patois polonais. De même, le carac- 
tère intermédiaire et centripète est propre à toutes les 
langages littéraires, à toutes les langues employées dans 
l'instruction publique, l'église, les tribunaux, l'adminis- 
tration, tandis que tous les patois populaires se distinguent 
parieur caractère centrifuge. Sur son propre terrain grand- 
russe, un tel rôle de parler intermédiaire est propre jus- 
qu'à un certain degré à la langue littéraire grand-russe, 
dans laquelle se rencontrent les particularités des deux 
zones grand-russes, méridionale et septentrionale. 

L'influence manifeste d'une langue slave sur l'autre, 
d'un territoire slave sur l'autre, nous force à énoncer la 



thèse, bizarre en apparence, que tous les territoires, sur 
lesquels des particularités propres s'unissent àdes particu- 
larités greffées du dehors, peuvent être considérés comme 
intermédiaires entre leur propre type pur et le type slave 
étranger. Tout le territoire russe, et principalement la 
zone méridionale du territoire grand-russe, nous pré- 
sente un tel chaînon intermédiaire des particularités russes 
pures aux particularités slaves ecclésiastiques, dont la 
source ethnographique doit être cherchée dans la partie 
S.-E. de la péninsule des Balkans. Le territoire polonais, 
ayetî ses particularités d'origine tchèque, forme une tran- 
sition du type polonais pur au type tchèque. 

A côté de ces produits d'un mélange de diverses varié- 
tés de l'élément linguistique slave, il y a aussi des produits 
d'un mélange du parler slave avec les langues étrangères 
non slaves. Lorsque les emprunts aux langues étran- 
gères atteignent leur maximum, c'est la pleine dénatio- 
nalisation ethnographique qui en est une conséquence 
inévitable. Des phénomènes de ce genre ont été : la 
germanisation des Slaves du Nord-Ouest, la romanisa- 
tion d'une partie des Slaves du Sud, et, d'autre part, la 
russification des « allogènes » (des peuplades non slaves) 
de la Russie, etc. C'est pour ainsi dire sous nos yeux 
que s'est accomplie la slovénisation de plusieurs communes 
allemandes en Carniole (Krain) et dans le comté de Gori- 
cie ; mais elle s'est accomplie de telle manière que le patois 
allemand disparu a imprimé ses particularités sur ce nou- 
veau patois Slovène. 

Mixtes sous le rapport Hnguistique sont à un haut de- 
gré : les descendants des émigrés serbo-croates en Italie 
méridionale (province de Campobasso) et la partie serbo- 
croate du territoire slave en Italie septentrionale. Dans les 
patois sorabes (lusaciens) il y a des traces prononcées de 
l'influence allemande. Chez les Bulgares et chez les Slaves 
de la Macédoine, on constate aussi une forte influence étran- 
gère.^ Mais ce n'est pas tout : les changements radicaux de 
certaines particularités slaves dans quelques territoires, 
qui sont, en apparence, purement slaves, comme le tchèque, 
le slovaque , le polonais , etc. , nous forcent à supposer 
que même ces territoires ont subi une forte influence 
étrangère et doivent être regardés comme mixtes. En tout 
cas, par suite de ces emprunts de particularités étran- 
gères, les questions de hnguistique et d'ethnographie de- 
viennent plus complexes. Les traces d'une influence étran- 
gère et d'un élément étranger dans les idiomes slaves nous 
représentent les parcelles détachées de mondes linguis- 
tiques étrangers, et vice versa l'influence slave dans un 
milieu étranger forme une partie du monde linguistique 
slave. Comme représentant typique des langues mixtes, em- 
ployées uniquement dans les rapports internationaux, si- 
gnalons le dialecte russe de Kïakhta ou de Maïmatchine, 
dans lequel le matérial iexicologique russe-slave se com- 
bine avec la structure et la forme chinoises. 

Un tableau complet du monde linguistique slave doit 
embrasser non seulement les territoires existant à l'heure 
actuelle, mais aussi les territoires disparus par suite d'une 
assimilation ethnographique : le polabe (les Slaves de 
l'Elbe, aux bords du fleuve Elbe ou Laba, germanisés au 
xvii^ siècle), le pomorien (les Slaves des bords de la mer 
Baltique, germanisés aussi), le bulgare de la Transylva- 
nie. Les particularités du territoire pomorien se continuent 
jusqu'à présent dans les particularités slaves du territoire 
kachoube d'aujourd'hui, à l'exception des particularités 
qui s'y sont greff'ées sous l'influence polonaise. 

Les diverses parties des territoires linguistiques slaves 
ont reçu une couleur spéciale par suite des conditions de 
leur existence, avant tout par suite de leur répartition 
entre divers Etats. Ainsi, par exemple, la séparation lin- 
guistique du territoire russe blanc des autres parties 
du territoire grand-russe s'est produite jadis en partie 
à cause d'une séparation politique ; au contraire, après 
la chute de l'Etat polonais-lithuanien, et après la réu- 
nion avec l'empire russe, non seulement du territoire russe- 



blanc tout entier, mais même d'une partie considérable des 
territoires polonais et lithuanien, c'est un processus op-^ 
posé,:€sonsistarit en une assimilation linguistique au terri- 
toire- grand-russe, qui s'accomplit insensiblement à l'heure 
actuelle. Un détachement et une séparation des diverses 
parties du même territoire linguistique, par suite d'une 
division politique entre divers Etats, avec toutes ses con- 
séquences, avant tout avec l'enseignement obligatoire en di- 
verses langues officielles, s'accomplit justement de nos 
jours : 1"^ sur le terrain petit-russe, divisé entre la Rus- 
sie, l'Autriche et la Hongrie ; 2*^ sur le terrain polonais, 
divisé entre quatre Etats : Russie, Prusse,' Autriche et 
Hongrie; 3° sur le terrain Slovène, en Autriche, en Hon- 
grie et en Italie; 4° sur le terrain serbo-croate, divisé 
entre la Serbie, le Monténégro, l'Autriche, la Croatie, la 
Hongrie, la Bosnie-Herzégovine, la Turquie et l'Italie; 
5° sur le .terrain bulgare, en Bulgarie, en Serbie, en Tur- 
quie et en Roumanie. 

Le territoire linguistique sorabe .(lusacien) — dans la 
Saxe et dans la Prusse — est séparé de tous les autres 
Slaves et entouré, de tous les côtés et même habité en 
quantité considérable par des gens qui parlent exclusive- 
ment la langue allemande ; en outre, c'est un fait incon- 
testable que presque tous ces Sorabes (Lusaciens) parlent, 
non seulement le sorabe, mais aussi l'allemand, plus ou 
moins correctement. La même observation s'applique à 
tous les Kachoubcs et Polonais du royaume de Prusse. 
Tous les Slaves de l'Italie sont contraints d'apprendre la 
langue italienne et subissent en même temps l'influence 
des- autres patois romans de leur voisinage. La connais- 
sance complète de la langue magyare (hongroise) est im- 
posée aux Slaves du royaume de Hongrie : aux Slovaques, 
aux Slovènes, aux Serbo- Croates, aux Petits-Russes (Ru- 
thènes, Rusniaques) et aux Polonais (d'ailleurs en quan- 
tité insignifiante). Tout cela ne peut pas rester sans in- 
fluence sur les gens ainsi forcés au biglottisme ou même 
au triglottisme. 

Il est nécessaire enfin de mentionner les émigrés sur un 
terrain étranger ou dans un miUeu étranger. Il faut citer 
à ce propos l'occupation d'une partie considérable du ter- 
ritoire russe actuel (récemment de la Sibérie) par la po- 
pulation slave ; de même les Serbo-Croates de la province 
do Campobasso en Italie méridionale, qui ont conservé jus- 
qu'à présent leur langue slave. Citons encore une colonie 
polonaise en Asie Mineure (dès la première moitié du 
XIX® siècle) et les colonies plus ou moins nombreuses d'in- 
dividus appartenant aux diverses tribus slaves (les Polo- 
nais-Kachoubes, Tchèques, Slovaques, Ruthènes ou Petits- 
Russiens, Slaves du Sud-Ouest) dans l'Amérique septentrio- 
nale et méridionale. En Europe, principalement dans 
l'Allemagne moyenne et occidentale, on observe l'affluence 
d'ouvriers slaves du Nord-Ouest (avant tout Kachoubes, 
Polonais et Ruthènes de la GaUcie), qui y vont pour ga- 
gner leur vie et ordinairement, après un certain temps, 
retournent dans leur patrie. Un tel séjour dans un milieu 
étranger ne peut pas rester sans laisser des traces dans 
le parler des émigrés, de même que le service militaire 
dans les armées étrangères ou alloglottes, ou même dans 
les armées qui, comme l'armée autrichienne, sont compo- 
sées de régiments nationaux, mais unies au moyen d'une 
langue commune (allemande en Autriche) qui sert au com- 
mandement. 

Une certaine influence sur la séparation linguistique 
doit être exercée aussi par la répartition entre les diverses 
Eglises ou sectes religieuses. Ainsi, par exemple, les 
Russes blancs catholiques subissent une autre influence lin- 
guistique que les Russes blancs orthodoxes. La même dis- 
tinction entre l'orthodoxie et le catholicisme s'impose sur 
le terrain serbo-croate. Chez les Serbo-Croates et chez les 
Bulgares nous devons constater enfin l'influence linguis- 
tique de la différence entre les confessions chrétiennes en 
général et entre le mahométisme. 

L'ancien territoire linguistique slave en l^uropc et en 



— 95 — SLAVES 

Asie est composé, à l'heure actuelle, de quatre parties, 
détachées entre elles au point de vue géographique : 1*^ un 
immense continent ethnographique principal, oti se trou- 
vent çà et là quelques peuplades d'autre origine; 2^ une 
grande île ethnographique, celle des Slaves méridionaux, 
sur la rive droite du Danube ; 3° l'Ile ethnographique so- 
rabe (lusacienne) à l'Ouest, et enfin 4« un îlot, la colonie 
serbo-croate en Italie méridionale. 

C'est sur ce terrain ethnographique que se sont déve- 
loppées plusieurs langues littéraires slaves. On distingue 
queiques-unes de ces langues, non d'après leurs différences 
linguistiques, mais d'après les alphabets qui leur sont 
propres et d'après les confessions des peuples qui s'en 
servent. 

La première impulsion à la formation des langues lit- 
téraires slaves a été donnée par la propagande des mis- 
sionnaires qui voulaient répandre ^le « christianisme » 
parmi les Slaves. Et puisqu'il y avait deux centres de 
christianisme officiel et organisé, Rome et Constantinople, 
hostiles entre eux, on observe aussi ces deux courants 
dans le développement des (langues littéraires slaves : le 
courant oriental de Constantinople^ par la voie des em- 
prunts immédiats aux originaux grecs, et le courant occi- 
dental de Borne, par l'intermédiaire des prédicateurs 
allemands, hostiles à la nationalité slave. 

Comme premier élément d'unification des Slaves appa- 
raît au IX® siècle la langue slave ecclésiastique (slave 
liturgique) (nommée aussi la langue vieille slave, 
vieille bulgare , vieille Slovène), originaire du terrain 
bulgaro-macédoine, mais mélangée d'autres éléments. 
C'était d'abord la langue de l'Eglise orientale, mais le 
désir de réconcilier entre elles les deux Eglises militantes, 
justement sur le terrain slave, l'a fait pénétrer aussi chez 
les Slaves, qui reconnaissaient l'autorité suprême du pape, 
comme les ancêtres des Croates d'aujourd'hui, des Slo- 
vènes, des Slovaques, des Tchèques et même des Polo- 
nais. L'écriture (l'alphabet) cyrillique (du nom d'un des 
« apôtres » slaves, saint Cyrille^, dont on se servait pour 
écrire cette langue, n'était que l'alphabet grec carré (an- 
tique) modifié, complété et adapté à la richesse des pho- 
nèmes slaves avec une exactitude admirable. A côté de 
cet alphabet, et probablement encore avant lui, s'est déve- 
loppé, dans la partie occidentale de la péninsule des Bal- 
kans et aux bords de l'Adriatique, un autre alphabet slave, 
l'alphabet glagolitique, la « Glagolitsa » (de glagol, 
« verbe », « parole », « son »,' « lettre »), dont les 
caractères ne sont pour la plupart que ceux de l'écriture 
grecque cursive modifiée en forme carrée (V. Cyrille). 
Les traces de l'emploi de la langue slave au service divin 
chez les Slaves de l'Eglise occidentale au moyen des 
livres écrits et imprimés en caractères glagoH tiques, 
nous les voyons jusqu'à présent chez une petite partie des 
Croates de la Dalmatie, de l'Istrie et des îles de Quar- 
nero. — La langue slave ecclésiastique primitive s'em- 
ployait pour le service divin, non seulement chez les divers 
peuples slaves, mais aussi chez les Roumains, et à cause 
de cela, elle devait subir l'influence de la prononciation 
locale et s'approprier nombre de mots et de tours de phrase 
populaires. Successivement, elle s'est divisée en plusieurs 
langues ecclésiastiques. En tête doit être placée, à cause 
de son importance historique, la langue russe ecclésias- 
tique, qui servit longtemps de modèle pour les Slaves 
orthodoxes de la péninsule des Balkans. A l'heure actuelle, 
il faut distinguer les principaux types suivants de langues 
slaves ecclésiastiques : la russe commune, la pelit-russe 
(avant tous chez les Ruthènes « Unis », à présent seu- 
lement en Autriche, parce que les Unis de la Russie ont 
été forcés au xix® siècle de retourner à l'orthodoxie), la 
serbe, la bulgare, la roumaino-slave et la croate. 
Cette dernière langue ecclésiastique, qui ne se distingue 
presque point du langage vulgaire, emploie l'écriture gla- 
golitique, tandis que les livres et les manuscrits de toutes 
les autres sont écrits et publiés en caractères cyrilliques. 



SLAVES " % 

On a essayé de bonne heure de se servir de l'écriture et 
de la langue ecclésiastiques pour les écrits profanes. C'a été 
le germe des langues littéraires : serbe, bulgare et russe. 
Sur le terrain russe, c'est sous Pierre le Grand que la langue 
séculière s'est séparée définitivement de la langue ecclésias- 
tique, même pour la forme de l'écriture (des caractères); et 
c'est alors qu'a commencé le développement indépendant de 
la littérature russe commune. Mais, malgré cet affranchis- 
sement, la langue littéraire russe a conservé des traces 
indélébiles de son origine ecclésiastique, qui se sont ino- 
culées même aux patois russes. La langue littéraire russe 
d'aujourd'hui, qui a pris naissance sur le terrain du patois 
moscovite et qui se distingue avant tout par ses particu- 
larités de prononciation moscovites, a cumulé néanmoins, 
avec des particularités empruntées à la langue slave ecclé- 
siastique, plusieurs traits de la zone septentrionale des 
patois russes. Avant la consolidation définitive de la langue 
littéraire russe d'aujourd'hui, il y avait eu dans les autres 
centres grand-russes des essais de langue littéraire. 
Dans le grand-duché de Lithuanie, c'est la langue russe 
blanche qm a joué le rôle d'une langue officielle. En der- 
nier lieu a pris naissance la langue littéraire petit-russe, 
dont il y a deux variétés principales : oukraïnienne en 
Russie et galicienne en Autriche. En Russie, dès l'insur- 
rection polonaise de 1863-64, on a créé des obstacles 
officiels factices au développement de cette langue litté- 
raire. 

Chez les Serbes, c'est Vouk Stéfanovitch Karadjitch qui 
a accompli une réforme radicale, parce qu'il a délivré com- 
plètement la langue littéraire de l'influence ecclésiastique, 
employé la langue nationale pure et accepté de la Russie 
l'alphabet séculier (nommé ^r^/c/an/ca), en y introduisant 
certains changements exigés par la prononciation serbe, 
— La langue littéraire bulgare s'est développée longtemps 
dans une dépendance complète de la langue russe et ne 
s'est formée définitivement qu'en ces derniers temps. On 
y distingue trois éléments : bulgare national, russe et 
slave ecclésiastique, modifié sous l'influence russe. 

A l'O. slave, les anciens germes d'un développement 
indépendant de la littérature slave ont été trop tôt étouffés 
par l'Eglise romaine militante; mais, au sein même 
de cette EgUse, il y eut des essais de prédication en 
slave ; le fait est attesté par les plus anciens monuments 
littéraires des Slaves occidentaux. Pour désigner les pho- 
nèmes slaves, on s'est servi dans les manuscrits de ces 
monuments des caractères latins : chez les Slovènes, 
chez les Tchèques et plus tard chez les Polonais. La 
langue littéraire tchèque s'est consolidée définitivement 
au xv'^ siècle, sous l'influence du mouvement révolution- 
naire des Hussites. A l'égard de la langue polonaise, la 
langue tchèque a joué, jusqu'à un certain point, le même 
rôle que la langue slave ecclésiastique à l'égard de la 
langue russe. L'origine de la langue polonaise littéraire 
date du xiv^ siècle, mais elle ne s'est formée définitive- 
ment et n'a commencé à être employée littérairement qu'au 
début du XVI® siècle. 

De même, grâce au mouvement provoqué par la Ré- 
forme, ont pris naissance toutes les autres langues litté- 
raires des Slaves occidentaux; mais ce mouvement pri- 
mitif a été étouffé par la réaction catholique universelle, 
qui a eu de même une action très funeste sur les destinées 
de la langue tchèque. Ce n'est que sous l'influence des 
nouvelles tendances nationahstes du xviii® et du xix^ siè- 
cle que surgissent de nouveau et se renforcent : la langue 
Slovène dans ses diverses variétés, la langue croate, la 
langue slovaque elles deux langues som^^s (lusaciennes). 

Sur le terrain croate, c.-à-d. parmi les Serbo-Croates 
de la confession catholique, il y eut plusieurs centres de 
formation d'une langue littéraire. La nouvelle langue 
croate est apparue (maintes fois désignée sous le nom de 
langue ilhjrienne) comme expression d'une tendance à 
l'unification littéraire de tous les Slaves du Sud-Ouest, 
c.-à-d. des Serbo-Croates et des Slovènes; maintenant, 



elle ne sert qu'à unifier tous les Croates et tous les 
« Kaïkavtsi », lesquels, d'après leurs particularités dia- 
lectiques, appartiennent plutôt à la famille Slovène. On 
oppose cette langue croate à la langue serbe, non à cause 
d'une différence effective des langues mêmes, mais à 
cause d'une différence d'alphabet et de confession chez 
les Serbes et les Croates. Du reste, tous les « Serbes » et 
tous les « Croates » un peu instruits connaissent les deux 
alphabets et peuvent lire et le « serbe » et le « croate ». 
La langue littéraire polonaise d'usage vulgaire, propre 
surtout à la presse, varie selon les Etats ; certains traits 
lui sont propres en Russie, d'autres en Autriche, d'autres 
en Prusse. Mais ce n'est pas assez: dans la Silésie autri- 
chienne elle n'est point la même que dans la Galicie, 
dans la Silésie prussienne, que dans les provinces de 
Posen ou dans la Prusse occidentale et orientale. En Amé- 
rique a surgi une langue polonaise américaine toute par- 
ticulière; elle est la langue des journaux et de la vie pu- 
blique des Polonais en Amérique. — La langue littéraire 
serbe varie selon les Etats où elle est employée ; elle a 
reçu une forme dans le royaume de la Serbie, une autre 
en Monténégro, une autre en Hongrie et encore une autre 
en Bosnie-Herzégovine. 

Les diverses langues slaves se distinguent entre elles 
d'après les différents degrés de leur expansion dans les 
divers domaines de la vie publique et sociale; à cet 
égard, les langues sorabes (lusaciennes) sont au bas 
de l'échelle et au sommet la langue russe, qui devient 
de plus en plus une langue de commerce international 
et universel. Comme organes non seulement de l'en- 
seignement et de l'administration locale, mais aussi 
du gouvernement central, fonctionnent encore les langues 
bulgare et serbe. Comme organes de l'enseignement et 
de l'administration peuvent être nommées les langues : 
croate, tchèque, Slovène et polonaise en Autriche, tandis 
qu'en Russie et en Prusse la langue polonaise n'est admise 
ni dans l'enseignement public, ni dans les bureaux. Les 
langues non magyares de la Hongrie (six langues slaves : 
serbe, croate, Slovène, slovaque, petit-russe et polonaise) 
sont exposées à une persécution du même genre. Tout à 
fait exclues de l'enseignement et de l'administration sont 
les langues littéraires slaves suivantes : slovaque (tolérée 
par les Magyars seulement dans les écoles confessionnelles 
privées) et sorabes (lusaciennes). 

Caractéristique linguistique du monde linguistique 
SLAVE. — Une comparaison scientifique du groupe slave 
entier, comme individu finguistique, avec toute la famille 
ario-européenne, suppose certains états communs dans le 
développement historique du matériel linguistique ario- 
européen, ainsi que des courants communs dans les chan- 
gements linguistiques. 

On admet les états communs suivants : 4^ l'état com- 
mun primitif pro-aiio-européen, par lequel ont dû passer 
les ancêtres linguistiques de tous les Ario-Européens sans 
exception ; 2<* l'état préslave, qui a précédé la sécession 
des ancêtres linguistiques de tous les Slaves, regardés 
comme une famille particulière ; 3** l'état proslave 
{slave primitif) (urslavisch), qui a distingué les Slaves 
d'avec les autres Ario-Européens ; 4^ les états communs de 
divers territoires slaves, comme par exemple des terri- 
toires russe, bulgare, serbo-croate, slovène, tchèque- 
slovaque, sorabe (lusacien), polonais-pomorien, etc. 

Parmi les courants historiques communs, on doit dis- 
tinguer les courants qui se sont réalisés d'une même ma- 
nière sur les divers territoires, d'avec les courants qui 
ont accompagné justement le détachement d'un certain 
territoire de la souche commune. 

C'est avant tout l'élément phonétique de la langue qui 
peut être pris pour base d'une caractéristique des divers 
territoires, à une époque donnée, ainsi que dans l'évolu- 
tion historique des langues. 

Pour désigner la prononciation des mots slaves, nous 
nous servons d'une transcription scientifique, qui, en 



-- 97 — 



SLAVES 



général, est compréhensible de prime abord. Néanmoins, 
les signes suivants exigent une explication. 

La lettre c exprime toujours la consonne diphtongue 
dentale (linguale antérieure), plus ou moins ^s, non so- 
nore, correspondant à la sonore ch. La valeur d'un c 
français suivi d'un a, o (ca, co...) est toujours repré- 
sentée chez nous par la lettre k, La lettre g a toujours 
la valeur de g en combinaisons ga, go, une consonne 
explosive sonore gutturale (linguale postérieure). La 
lettre :5 a la valeur de z français ou d'un s sonore (rose, 
amusant...). La lettre u est employée toujours pour dé- 
signer la voyelle labiale-gutturale (labiale-linguale-pos- 
térieure), en orthographe française ou, et n'a point la 
valeur de u français, qui désigne une voyelle labio-pala- 
tale (labio-médiolinguale). La lettre y sera employée 
comme signe d'une voyelle palatale, mais prononcée plus 
en arrière que la voyelle désignée par i ; i est une voyelle 
linguale antérieure, y une voyelle linguale plus posté- 
rieure. La lettre / désigne le i consonne, plus ou moins 
comme ; allemand ou italien ; chez les Français, ce rôle 
d'exprimer un tel son, mi-voyelle, mi-consonne, est attri- 
bué à la lettre y ou quelquefois ï. Dans notre transcrip- 
tion scientifique des sons slaves, nous n'employons point 
la lettre h : la spirante gutturale (linguale postérieure) 
non sonore {eh en orthographe allemande, tchèque, slo- 
vaque, polonaise ; h en orthographe croate et slovène) est 
désignée par la lettre x, tandis que pour la spirante gut- 
turale (linguale postérieure) sonore {h en orthographe 
tchèque et slovaque) nous avons choisi la lettre y (gamma 
grec). Les lettres à queue (cédillées),^, a, désignent, à 
la manière polonaise, les voyelles nasales e, o, en ortho- 
graphe française in et on. De même, une autre lettre 
polonaise, t {l barré en travers), nous sert pour exprimer 
la prononciation toute particulière de l en plusieurs idiomes 
slaves (russe, petit-russe, bulgare, slovaque, polonais, 
une grande partie du territoire slovène) ; c'est la pronon- 
ciation « dure » linguale antérieure, qui se change quel- 
quefois en une prononciation labiale ou linguale posté- 
rieure. 

Pour exprimer la prononciation mouillée de consonnes 
(c.-à-d. addition d'un rapprochement de la langue 
moyenne au palais), nous employons le ' (accent aigu) 
au-dessus ou à côté de la lettre, désignant la consonne 

correspondante : sic, f d', p b' v m, k g ^ ^. Un 
circonflexe renversé, ^, au-dessus des lettres s, z, c, r, 
désigne une prononciation chuintante des consonnes cor- 
respondantes : s' (comme ch en français), z (comme les 
français/ ou g en ge, gï), c (tch en français), f (plus 
ou moins rj français avec r réduit : en tchèque c'est 
davantage rj, en polonais c'est / ou presque /). Le rôle 
vocalique dés consonnes r / n m va être désigné par un o 
au-dessous de la lettre : r, l, n, m; V, */, ^n, ^m 

o' u' o ' o />/ . <> 

(r, l, n, m sonnantes avec un rétrécissement médiolin- 
gual-palatal). 

La même transcription, nous l'employons, sans tenir 
compte de l'orthographe indigène, pour désigner les mots 
cités des langues littéraires slaves, écrites en caractères 
cyrilliques, comme les langues russes, la langue bulgare 
et la langue serbe. Nous admettons une exception unique 
pour la langue slave ecclésiastique, où une transcription 
non des sons de la langue, mais des lettres de l'écriture 
(des monuments littéraires), nous paraît nécessaire. Voici 
quelques-uns de ces signes de transcription de l'écriture 
slave ecclésiastique : il (== « ïer »), ï {=z « ïer »), 
y {=:: « ïery »), é (rr « kit' »), e (nasale, le 
petit « ious »), a (nasale, le grand « ious »), u 
{:=: « ouk », oy, imité de ou grec, et prononcé comme ou 
français); ja, je, ju, je, jii (les signes de voyelles, pré- 
cédés de « iota »). Les autres signes de la transcription 
de lettres cyrilliques peuvent être compris sans explica- 
tion. 

En citant les mots des langues littéraires slaves, pour 

GRANDE ENCYCLOPÉDIE. — XXX. 



lesquelles on emploie l'alphabet latin modifié, nous con- 
servons l'orthographe indigène. Il est très facile de com- 
prendre cette orthographe, mais quelques observations ne 
seront pas superflues. 

Dans l'orthographe polonaise est à remarquer : que la 
consonne labiale spirante sonore est désignée par îaj (à la 
manière allemande) et non par v; que la lettre i désigne 
non seulement la voyelle i, mais aussi le caractère « mouil- 
lé » (palatal, médio-linguale) des consonnes précédentes 
ou la combinaison ji (yi), tandis que pour désigner la 
voyelle i sans relation à la consonne précédente on em- 
ploie la lettre y (bié == b'ic, battre, mais byc = bic, 
être) ; qu'avant les autres voyelles c'est la lettre i qui 
joue le rôle d'un signe du caractère « mouillé » des con- 
sonnes précédentes (^foc^ro, ciasny, niucfi, kiedy , mieso , 
siadzie...); que la combinaison ch désigne là spirante 
gutturale (linguale postérieure) non sonore, à la manière al- 
lemande, et la lettre /i devrait exprimer la sonore corres- 
pondante ; que le rôle des lettres t, a, e a été expliqué 
plus haut, quand nous avons parlé de 'la transcription 
scientifique ; que la même observation peut être faite sur 
l'accent aigu, désignant la prononciation « mouillée » de 
consonnes {s, i, à, n, dz...); que le point sur;>; (au des- 
sus de z), z, dz, exprime la prononciation chuintante, / 
en français ; que le même rôle d'exprimer Ja prononcia- 
tion chuintante est attribué à la lettre z, combinée avec 
s, c et r : sz ==: ch français, es z=: tch français, rz =i 
maintenant / français, mais auparavant plus ou moins rj ; 
que l'accent aigu au-dessus des lettres de voyelles dési- 
gne leur prononciation plus étroite : ô = u {ou français), 
é ~ i. 

L'orthographe tchèque diff"ère de la polonaise sur les 
points suivants : elle emploie ji {ntro, liji) ; la lettre h 
y désigne en efiet une spirante sonore, correspondante à la 
non sonore, désignée par ch; la combinaison ou désigne 
une diphthongue; la prononciation chuintante de con- 
sonnes y est exprimée de la même manière, comme dans 
la transcription scientifique (s m ch, ^ = j; c =z tch* 
f =z rj) ; le même circonflexe renversé adapté à la lettre n 
en désigne le caractère « mouillé», palatal (médio-lin- 
guale) : n {— gn français) au lieu de n des Polonais ; le 
même circonflexe renversé au-dessus de la lettre e,é, exprime 
la prononciation « mouillée » de la consonne précédente : 
ver a zn ver a, mëhkoz=:mehko, pét=:zjjet.,.; la lettre it 
{u avec un petit o au-dessus) est un u long, provenant 
élymologiquement deo; du reste, la longueur de voyelle 
y est exprimée par l'accent aigu : a, é, i, ij, û désignent 
les a, e, i, u longues. 

Dans l'orthographe slovaque , outre les particularités 
communes avec l'orthographe tchèque, on peut observer : 
ô désignant un diphthongue no {ouo), et a qui exprime 
un e ouvert. 

Les orthographes croate et slovène d'aujourd'hui se sont 
modelées sur l'orthographe tchèque. Voici les divergences : 
la lettre h est employée pour désigner la spirante sourde', 
non sonore, pour laquelle les Tchèques et les Polonais 
emploient la combinaison ch; le « mouillement » de con- 
sonnes y est désigné avec ,/ {nj, //); du reste, les Croates 
ont inventé en ces derniers temps pour exprimer ces 
consonnes, nj, Ij, des lettres spéciales, ainsi que pour ex- 
primer leurs consonnes caractéristiques^ développées des 
combinaisons préslaves tj, dj. 

Le détachement de Vétat slave commun d'avec 
Vétal pro-ario-européen {urarioeuropaisch) et de l'état 
préslave {vorslauisch) s'est caractérisé notamment par 
des processus qui, dans leur ensemble, forment les traits 
caractéristiques de la famille slave, en tant que différente 
de toutes les autres familles ario-européennes. 

1<* Les deux séries de consonnes gutturales (lin^^uales 
postérieures) — la série plus profonde, dont la conSnua- 
tion historique dans les familles ario-européennes occiden- 
tales (grecque, italique, celte et germanique) se présente 

7 



SLAVES 



- 98 



dans les consonnes labialisées ou tout simplement labiales 
(par exemple latin qu en gwatuor, gwls... v en venio, 
z^orare, t;aleo...), et la série antérieure, dont la continua- 
tion historique apparaît dans les familles occidentales sous 
l'âspectdes gutturales (linguales postérieures) simples (p. ex. 
latin k, g, (h) en porcus, decem, gfnosco, Mems, ve/io...) 
— ont changé dans les familles orientales ario-européenncs 
(indienne, iranienne ou perse, arménienne, albanaise, bal- 
tique et slave) leur localisation et se sotit déplacées en 
avant : la série profonde est devenue gutturale antérieure, 
et la série plus avancée s'est changée en la série dentale 
(linguale antérieure). Sur le terrain slave cette dernière 
série apparaît sous l'aspect phonétique des consonnes s, z. 
Ainsi par exemple slaves communs (l'astérisque désigne 
une forme reconstruite, hypothétique) : kogo (de qui, — ^ 
quis, ^ujus), oA:o (œil, -~ o<?ulus), govdi (montagne), 
*^rn- (slave ecclésiastique grûn-, russe gorn-, polonais 

^arn... etc., latin /ornus, « fourneau », « poel », 
« pot », etc.), lu^ati (mentir)..., mais « """pors- {pras-, 
p07vs-, pros-, pars-, «porc », « cochon »,lat. por^'us), 
*5orm- (sram-, sorom-, srom..., « honte », « ignomi- 
nie », allem. /larm-), *dese- (desçtî, russe d[esat', polon. 
dziesiec..., « dix », decem), znsdi (« savoir », « con- 
naitre%>, lat. ^nosco), *a;abri (« dent », grec yûp.fpoç, 
allem. A:amm, de /camb-), *ber;<;a (brèza, bereza, breza.,, , 
« bouleau »), ^ima (« hiver », lat. hiems), ve^a (« je voi- 
ture », « je mène sur une voiture »), vo.tû (« voiture ») . . . 
2^ On n'aperçoit point sur le terrain linguistique slave 
une continuation des consonnes aspirées primitives. Ces 
consonnes, propres sans doute à l'état primitif ario-euro- 
péen, se sont confondues sur le terrain slave avec les non 
aspirées correspondantes, au profit de celles-ci. Exemples: 
d'un côté (/;), d, g, z, z, provenant des anciennes non- 
aspirées, dans ^bol- (« force », « fort », « viol », « dou- 
leur»), ^bvx,- {brûz-, borz-, ^ar;j-,« rapide », «fort », 
« très »), chû(« donner »), "^toç- (40), vic^ (« voir », 
« aspect»), véci- (« savoir »), gfora(« montagne »),bo^a 
(« de Dieu »), ^iv- (« vif »), bo^e (« Dieu î »), ^abû 
(dent), ^nati (« savoir »), *ber^a (« bouleau »)... (cf. 
p. ex. latins tevis, d^are, cicccm, fivus, ^nosco...); de 
l'autre côté les mêmes b, d, g, z, z, comme continuations 
historiques des aspirées, bh, dh, gli^. gh\ en /;jti (« être »), 
/;era(« je prends »), za/^û (« dent »), l'uMti (« aimer »), 
rtymû («fumée »), met^u (« miel »), ^vWova (veuve », 
^n- (« fourneau », etc.), lûgnti (« mentir »), .^eti 

(«moissonner », loze (« couche », « lit »), ;>;ima (« hi- 
ver »), Ynzii (« je voiture »)... (latins /"ui, fero, inbot, 
/umus, vic^ua, fornus, /liems, ve/io...). 

3^ Dus ario-européen primitif et ario-européen commun 
s'est développé sur le terrain slave dans certaines combi- 
naisons un X (ch) « guttural » (linguale postérieure) : 
*mû^û («mousse »), muxa(« mouche »), vetiu'- (« vieux », 
« caduc »), sux (« sec »), du^ (« esprit»), ^ju;ra (« jus », 
« soupe », « sang de bêtes », « sang des animaux »), 
uxo (« oreille), v^rx- (« cime»), .^rom- (« boiteux »),^oditi 
{« marcher », « aller »)... (cf. par exemple latins mu5- 
cus, vêtus, jus, auris =: ausis. . . , lithuaniens sausas « sec », 
ausis « oreille », virsus « cime », etc.). 

/i*' Les consonnes linguales postérieures (gutturales), res- 
tées linguales postérieures dans l'état préslave, ainsi que 
la consonne x, développée postérieurement de s, en com- 
binaison avec les phonèmes médio-hnguales (palatales), 
/, i, e, l, ë, hi =: e, V, ^/, ont subi elles-mêmes une 
affection médio-linguale, et ce caractère médio-lingual, 
greffé sur ces consonnes, comme leur propre particularité 
individuelle, a conduit ensuite à une dégénération en con- 
sonnes linguales antérieures. Ce procès phonétique histo- 
rique s'est accompli à l'époque proslave (slave primitive) 
et slave commune, à deux reprises, en deux périodes 
chronologiquement distinctes. La première impulsion au 
changement des linguales postérieures en linguales anté- 



rieures a été donnée par l'influence des phonèmes médio- 
linguales suivant les consonnes dont il s'agit et provenant 
de l'époque ario-européenne commune, et elle a provoqué 
avec le temps l' apparition ^des consonnes linguales anté- 
rieures chuintantes, c, z, s. Ex. : plaa (« pleur »),pla- 
cetï (« il pleure ») en regard de plaA:ati (« pleurer »); 
cïto (« que », « quoi ») en regard de ^îito (« qui ») ; 
tecetï (« il coule », « il court ») en regard de teÂa (« je 
coule », « je cours ») ; cetyre (4) de '*'/cetures ; cïm 
(« grade », « ordre », « fait ») de'*'A;ïnû; casû (« temps », 
« certain temps ») de */césa ; cVn- (« noir ») de '^'^^rsn- ; 

naceti (« commencer »), nacma (« je vais commencer ») 
dQ*k}nù, *lv%ia; ma^ï (« homme », « mari »), de 

"^mon^jû; driizi {« frisson », « tressaillement ») en 
regard de dru^jiati (« tressaillir », « trembler »); .^ivû 
(« vif ») de * ^ïvû, ^ena (« femme ») de *^enâ, ^eladï 
(« gland ») de "^^elondis ; l^rnîiv-, ^^rny (« la meule ») 

de *^^rn- ; qzi {« couleuvre », « serpent ») de '^'on^ï; 
lû^ï («^mensonge ») en regard de lîî^ati (« mentir ») ; 
lo^e(« couche », « ht ») en regard de lo^-, le^- (« cou- 
cher »); zim, zeXi («moissonner ») de '"'^^nna, *gmtï... 

Ensuite, une nouvelle impulsion de même genre a été 
donnée par les voyelles palatales (médio-linguales) d'une 
nouvelle origine, c.-à-d. par les voyelles ë et t, dévelop- 
pées du diphthongue oi (continuateur des ario-européens 
oi et ai) ; ces voyelles ont produit une affection médio-lin- 
guale dans des consonnes gutturales (linguales posté- 
rieures) précédentes. A la même période appartient aussi 
l'affection médio-linguale, produite dans les consonnes gut- 
turales (linguales postérieures) suivantes par les précé- 
dentes phonèmes médio-linguales avec un rétrécissement 
extrême de la voyelle i, c.-à-d. par les phonèmes l, ï, 
^rJnzzie. Cette seconde affection médio-linefuale descon- 

o' ^ ^ 

sonnes gutturales (linguales postérieures) k, g, x (ch) a 
conduit ensuite à une dégénération, non plus en c, z, 

s, mais en c, dl (z), s. Ex. : ^éna (« prix ») de *A;oinâ 
(lat. i^oena, grec tïoivtî), cél (« entier », « tout », « in- 
tègre »), zûo (« impétueusement », « très »); optatif 
(impératif) s. 2. fwï (« cuis »), rïcï {« dis »), pi. 2. 
picéte (« cuisez »), rïcéte (« dites ») de ^pï/cois, *rï/f;ois, 
^pïMte, "^rïAioite...; klicâti(« appeler », « crier »), licé 
(« visage », « face »), junïd (« jeune taureau »), otîcî 
(« père »), ovïca(« brebis »)..., sti;i;ati (« poursuivre », 
« atteindre »), podvizati se(« s'avancer », « combattre »), 
*d^r*<;ati (« oser »), '^'t^r^sati (« déchirer» , « lacérer »), 

O ^ 

tezaii (« tirer »), zve<:;ati (« sonner »), brecati (« ré- 
sonner »)... de%ll/câtï, li/co, *junï/i;os, *otïte, '^onkd,, 
*stî^5tï, "^-dvï^âtï, M^r^âtï, '''t^^^âtï, ^t^^fâtï, *zv^nA:âtï , 
^hv^nkMÂ,.. 

o 

5« Les groupes préslaves, composés des consonnes non 
gutturales (non linguales postérieures) avec un j {i con- 
sonne), c.-à-d. les groupes tj, dj, nj, Ij, rj, sj, zj, pj, 
bj, mj, vjy se sont changés ensuite, à la période slave 
commune^ en consonnes ou groupes, dans leur ensemble 
spécialement slaves. Deux premiers groupes, tj, dj, ont 
donné des phonèmes, qui ne sont pas restés égaux chez 
tous les Slaves, mais se sont changés de diverses- manières 
sur les divers terrains slaves. Les autres groupes se sont 
modifiés plus ou moins également sur tous les terrains 
slaves, c.-à-d. chez les ancêtres linguistiques de tous les 
Slaves d'aujourd'hui : oi, l', r, de nj, Ij, rj; s, z, de sj, 
zj; pi', bl', ml', vl', de pj, bj, mj, vj. 

6^ Deux voyelles ario-européennes primitives, a bref et 
bref, conservées avec leur différence par certains terri- 
toires ario-européens, avant tout par les territoires grec 
et italique (par exemple : acutus, axis, «rare..., mais ocu- 
lus, oy'is, ossls, octo, domus, procax...), dans les fa- 
milles germanique, baltique et slave, se sont confondues 
en une seule voyelle, dans les deux premières familles au 



profit de Vûy dans la famille slave au profit de Yo : slaves 
oko (« œil »), ovïca (« brebis »), ostï (« arête »), osmï 
(« huit »), domû (« maison »), prositi (« prier »), bosti 
(« frapper des cornes »), vozû (« voiture »)..., osï (« es- 
sieu »), ostr- (« aigu »), otïcï (« père »), orati (« la- 
bourer »)..., en regard des lituaniens akis (« œil »), avis 
(« brebis »), astijni (« huit »), prasyti (« prier »), va- 
ziûti (« voiturer »)..., «sis (« essieu »), astrus (« aigu »), 
arti (« labourer »)... et des germaniques avistr (« ber- 
gerie », en gothique), acht (« huit »), fragen (« deman- 
der »), wagen (« voiture »)..., achse («essieu »), atta 
(« père», en gothique)... 

70 L'antique voyelle û {u longue) — sur la ligne des 
changements historiques qui conduisaient de l'état ario- 
européen commun jusqu'à l'état slave commun — a subi 
une dislabialisation et a été remplacée par la voyelle y 
(une voyelle gutturale ou linguale postérieure étroite ou 
fermée, qui se rapporte à la voyelle a presque de la même 
manière que la voyelle u (ou) à la voyelle 0, ou la 
voyelle i à la voyelle e). Ex. : ty (« toi »), byii (« être »), 
dz/mu (« fumée »), s/ynû (« fils »), vî/mo (« pis », « tette », 
« tétine »)..., en regard des lithuaniens tti, bîlti, dï^mai, 
swnus..., latins tw, fui, îumws, wber... 

8° Les voyelles labiales brèves et u des périodes 
préslaves (vorslavisch), sous l'influence d'un j précédent, 
se sont assimilées à cette phonème médio-linguale et se 
sont changées en e et i : jo, ju se sont changés en je^ ji. . . 

9*^ Les « liquides » sonantiques ou syllabiques ario-eu- 
ropéennes ret l ne se sont conservées que sur les terri- 
toires indien et slave dans leur état antique ; mais sur le 
territoire indien la différence entre ces sonantes avec un 
rétrécissement médiolingual et sans un tel rétrécissement 
a tout à fait disparu, tandis que sur le territoire slave 
elle s'est maintenue d'une manière ou d'une autre jusqu'à 
nos jours. 

40^ Ce n'est que sur la voie des changements do l'état 
ario-européen en l'état slave que Vn (n sonantique ou 

syllabique) s'est transformé en voyelle nasale e, tandis 
que sur les autres territoires ario-européens cette pho- 
nème n se continue, tantôt comme a, tantôt comme n, 

o 

tantôt comme en y tantôt comme un, mais nulle part 
comme e. 

11° Le passage de l'état ario-européen antique à l'état 
slave commun s'est signalé aussi par une tendance vers 
la suppression de syllabes fermées, c.-à-d. de syllabes 
finies par une consonne après une voyelle précédente. Une 
pareille tendance, à un degré plus ou moins considérable, 
peut être observée de même sur les autres territoires 
ario-européens, mais à un tel degré et si tôt elle ne s'est 
accomplie que pendant le passage que nous venons de 
mentionner. 

12° L'état slave commun a hérité de l'état ario-euro- 
péen commun une accentuation libre, mobile, une accen- 
tuation de diverses morphèmes, c.-à-d. de diverses parties 
significatives d'un mot, et non une accentuation monotone 
de certaines syllabes. Une pareille accentuation mobile, 
avec des modifications peu considérables, s'est conservée 
jusqu'à présent sur le terrain russe. 

Parmi les autres familles ario-européennes, ce n'est que 
la famille baltique on lettigue (composée du lithuanien, 
du lette et du vieux-frusnen), qui peut être mise en 
relation plus intime avec la famille slave, de manière que 
ces deux familles. forment un groupe particulier balto- 
slave ou letto-slave, distinct de toutes les autres familles 
ario-européennes. 

Passons maintenant à la revue du monde linguistique 
slave et essayons de caractériser ses divers territoires ou 
groupes de territoires au moyen des particularités pho- 
nétiques qui leur sont propres. Ces particularités phoné- 
tiques consistent, — tantôt en traits caractéristiques de la 
prononciation actuelle, c.-à-d. dans la fréquence ou la ra- 
reté relative de certains groupes de phonèmes et de cer- 



- 99 - SLAVES 

taines articulations -— tantôt en déterminations de la 
dépendance mutuelle des phonèmes — tantôt, enfin, en 
définition de certaines tendances qui ont accompagné le 
passage d'un état plus ancien à un état plus récent.' Cette 
revue nous persuade que les divers territoires slaves se 
groupent d'une manière très variée et que tous les essais 
de diviser le monde linguistique slave en deux groupes, un 
groupe Sud-Est et un groupe Nord-Ouest, ne s'accordent 
pas avec les faits acquis par une recherche scientifique 
exacte. En acceptant cette division, l'abbé Dobrovsky et 
ses partisans — Safai'fk, Hattala, Krek, etc. — se sont 
laissés diriger, non par des considérations linguistiques, 
mais plutôt parles ditférences historiques, religieuses, etc. 
Ils avaient l'impression générale d'une différence entre le 
Sud-Est slave, continuateur et imitateur des idées byzan- 
tines, et le Nord-Ouest slave, continuateur et imitateur 
des idées romaines ; et ce n'est que pour justifier leur ar- 
rière-pensée qu'ils sollicitaient artificiellement les faits 
linguistiques. Les traits que ces savants ont cru distin- 
guer se sont montrés pour la plupart, ou faux et prove- 
nant d'une connaissance insuffisante de l'histoire des 
langues en question, ou insignifiants. Danicic et Schiei- 
cher ont voulu construire la classification des langues 
slaves sur les seules transformations des groupes primitifs 
tj (ti, ty) et dj {di, dy) ; mais c'est une base trop étroite. 
La tentative faite par quelques savants russes (Maksimo- 
vic, etc.), pour grouper les langues et les idiomes slaves 
d'après le traitement qu'ils font subir aux groupes phoné- 
tiques qui correspondent aux groupes russes -oro-, -olo-, 
-ère- (borodâ « barbe », golorà « tête », b^'r^g « rivage », 
mo/okô «lait »), se distingue par un caractère beaucoup 
plus scientifique; mais néanmoins cette classification est 
aussi insuffisante. Nous sommes forcé de rejeter tous ces 
classements factices, et nous devons avouer qu'une com- 
binaison variée de plusieurs traits distinctifs nous permet 
de présenter plusieurs groupements divers des territoires 
linguistiques slaves. 

Ainsi par exemple, certaines particularités permettent 
d'opposer le Sud-Est slave (Slaves de la mer Adriatique, 
Slaves de la péninsule des Balkans et Slaves russes) au 
Nord-Ouest slave (Tchèques, Slovaques, Polonais avec 
Kachoubes, Polabes et Sorabes (Lusaciens)). Voici ces par- 
ticularités : 

1^ Dans le Nord-Ouest les consonnes s, %, c (ts) sont 
plus fréquentes que chez les Slaves du Sud-Est. On peut 
donc dire que c'est la prononciation sifflante qui pré- 
domine au Nord-Ouest. 

2° Dans les groupes anciens des consonnes kv, gv, pla- 
cés avant les voyelles médio-linguales (palatales, « molles ») 
i, e, les premières consonnes, k,g,ne sont restées guttu- 
rales (linguales postérieures) qu'au Nord-Ouest slave': chez 
les Polonais et les Kachoubes, chez les Sorabes (Lusaciens) 
et chez les Tchèques avec les Slovaques (par exemple po- 
lonais kwiat, tchèque kvet « fleur », polon. giuiazda, 
tchèque hvhdi\« étoile»). Au Sud et à l'Est, c.-à-d. chez 
tous les Slaves de la mer Adriatique, de la péninsule des 
Balkans et chez les Slaves russes, au lieu des kv, gv (hv) 
nous rencontrons eu (tsv), %v (p. ex. russes cyet « fleur », 
zvQiàû. « étoile »). 

B'^ Les groupes consonantiques tl, dl se sont conservés 
chez les Slaves du Nord-Ouest, tandis qu'au S.-E. du ter- 
ritoire slave c'est la simple consonne ^ui apparaît comme 
leur continuation historique. Par exemple les polonais 
mydto, szydlo, skvzydlo, modla, pao^^a, zmiotta, plo- 
tia.,,, en regard des russes my^o <( savon », sî^o « alêne », 
kry^é « aile », veM « elle a conduit », piUa « elle est 
tombée », sme^à « elle a balayé », pl'eM « elle a tressé »... 

4'' Au point de vue de la mobilité morphologique de 
l'accent tonique, le monde Hnguistique slave peut de même 
être divisé en territoire du Nord-Ouest et territoire du 
Sud-Est. Au S.-E. l'accent est mobile et joue un rôle 
morphologique, c.-à-d. ([u'il n'est pas lié à certaines 



SLAVES 



— 100 



syllabes d'un mot prononcé et articulé phonétiquement, 
mais aux morphèmes ou parties significatives d'un mot, 
articulé morphologiquement. Ainsi par exemple dans les 
locatifs russes v Tes?^ (« dans la forêt »), na b'eregîi 
(« sur le rivage »), na xoàii (« pendant la marche »)... 
ce ne sont pas, à proprement parler, les dernières syl- 
labes qui sont accentuées, mais la terminaison -û, carac- 
térisant le locatif. Au Nord-Ouest (chez les Slovaques, 
chez les Tchèques, chez les Sorabes et chez les Polonais) 
l'accent est morphologiquement immobile ; il accompagne 
certaines syllabes des mots prononcés, et il n'a qu'une si- 
gnification phonétique-syntactique. Chez les Sorabes (Lu- 
saciens), chez les Tchèques et chez les Slovaques un accent 
faible accompagne la première syllabe des mots, chez les 
Polonais la pénultième. Cette division du monde slave en 
Nord-Ouest et Sud-Est, au point de vue de la mobilité de 
l'accent, n'est point absokie; il y a deux exceptions : a, au 
S. ce sont les patois macédo-slaves qui se distinguent par une 
immobilité morphologique de l'accent ; by au N.-O. extrême, 
chez les Kachoubes et chez les Slaves polabes (germani- 
sés depuis longtemps), se sont conservées des traces d'un 
accent mobile. 

Une division du monde linguistique slave en Sud et 
Nord, avec admission dans la plupart des cas d'une zone 
médiane, peut être fondée sur les indices suivants : 

i'^ La palatalisation, ou Tafiection médio-linguale des con- 
sonnes, et les changements provoqués par ce procès pri- 
mitif se sont développés à un degré beaucoup plus consi- 
dérable chez les Slaves du Nord que chez les Slaves du 
Sud. Les consonnes dentales (linguales antérieures) et la- 
biales dans ces idiomes slaves du Sud (les Slaves de la 
mer Adriatique et de la péninsule des Balkans) n'ont subi 
une telle palatalisation que dans l'union avec un j {i con- 
sonne) suivant, tandis qu'au N. (Grand-Russes avec les 
Russes -Blancs, les Polonais avec les Kachoubes, les So- 
rabes) une palatalisation de ces consonnes a eu lieu, non 
seulement sous l'influence d'un /' (i consonne) suivant, 
mais aussi sous l'influence de toutes les voyelles pala- 
tales ou médio-linguales. La zone médiane consiste en trois 
territoires : petit-russien, slovaque et tchèque. 

2^ Au N. slave, les consonnes gutturales (linguales pos- 
térieures), jointes aux continuations historiques de la 
voyelle y (u dislabialisé) — k(j, gy, xy — sont deve- 
nues palatales ou médio-linguales, k, g^ x — ki, gi, M 
— tandis qu'au S. (auquel dans ce cas appartiennent les 
Tchèques avec les Slovaques et les Petits-Russiens) les 
consonnes /c, g, a: non palatales — /ci, gi, xi — se .sont 
conservées, sans avoir subi une affection quelconque. 

3° Au N. slave on peut distinguer les continuations 
historiques de la voyelle i d'avec les continuations histo- 
riques de la voyelle y, tandis qu'au Sud (auquel, à ce point 
de vue, appartiennent aussi les Petits-Russiens) toute dis- I 
tinction entre i et y di disparu. D'un côté les Slovaques, 
d'un autre côté les Tchèques avec les Sorabes et les Ka- 
choubes forment ici une zone médiane. 

4" Au N. slave se conserve la distinction des continua- 
tions des groupes slaves primitifs rû, rï, lit, U et des 
continuations des r, / sonantiques (syllabiques), tandis 
qu'au Sud ces deux séries de phonèmes se sont confondues. 
A ce point de vue, les Petits-Russiens doivent être atta- 
chés au Nord, de même que les Slovaques avec les Tchè- 
ques, quoique du reste les Slovaques et les Tchèques 
forment en un certain sens une zone médiane. 

5*^ Au S. d'outre le Danube les groupes slaves primi- 
tifs monosyllabiques or- ol- initiaux (au commencement 
de mots) se sont transformés sans aucune exception en 
ra-, /a-, tandis qu'au Nord, comme continuations ordinaires 
de ces groupes, apparaissent ro-, lo- ; par exemple : raz-, 
rflb-, ravn-, /ani, laài- du Sud en regard de roz- « dis », 
« dé », roh- « esclave », « travail », rovn- « égal », 
loni « 1 année passée », loài- « bateau » du Nord. 

^Une ligne, tirée du N. ver? le S., divise le monde lin- 



guistique slave en deux parties, orientale (Est) et occi- 
dentale (Ouest), d'après les indices suivants : 

i^ Les groupes initiaux ;>-, ju- se sont conservés chez 
les Slaves de l'Ouest, tandis qu'à l'Est ils se continuent en 
simples voyelles o-, u-. En ce cas, l'Est est identique avec 
les Slaves russes et l'Ouest avec l'ensemble de tous les 
autres Slaves. Ainsi par exemple les russes d'en, oà'in, 
dzero, osôtr..., ^^zin (« souper », primitivement « le re- 
pas du midi »), wtro, wzc..., en regard de jelen- « cerf», 
j^dn- « un »,jmr- « lac»,jesetr « esturgeon»..., ;wg 
« midi », ;Mtro « matin », « demain », juz « déjà »... 
des autres Slaves. 

2*^ Chez les Slaves de l'Est, auxquels, à côté des Russes, 
Grands-Russes et Petits-Russes, appartiennent en ce cas 
aussi les Bulgares, les « Sopci » (Choptsi) et les « Kaj- 
kavci » (Caïcavtsi), ce sont les consonnes chuintantes s 
(ch), :s (j), c (tch) qui prédominent, tandis qu'à rO.,c.-à-d. 
chez tous les autres Slaves, ces consonnes chuintantes sont 
remplacées par d'autres. 

Un autre groupement nous est fourni par la distinction 
du Nord- Est et du Sud-Ouest slaves. 

Au N.-E., qui embrasse à ce point de vue les vSorabes 
(Lusaciens), les Polonais avec les Kachoubes, les Grands- 
Russes et les Bulgares, on observe une palataUsation (un 
mouillement) ou une affection médio-linguale des consonnes 
sous l'influence des voyelles médio-linguales-palatales, qui 
leur succèdent ou qui leur succédaient auparavant. Ce sont 
des palatalisations de diverses périodes : la palatalisation 
bulgare est moderne, tandis que, par exemple, la palata- 
Usation polono-kachoube et sorabe est un héritage du 
passé reculé. Au S.-O. il n'y a presque aucune palatali- 
sation des consonnes sous l'influence des voyelles. Les 
territoires tchèque et slovaque sont médians, de même 
que le territoire petit-russe. 

3° Une autre distinction entre le Nord-Est et le Sud- 
Ouest se présente au point de vue de la quantité tem- 
porelle ou de la longueur des voyelles. Le Nord-Est, 
consistant en deux groupes, bulgaro-grand-russe et petit- 
russe-polono-sorabe, se caractérise par l'absence d'une 
distinction entre des voyelles et des syllabes longues et 
brèves. Une marque caractéristique du Sud-Ouest, qui 
consiste aussi en deux groupes (Tchèques-Slovaques-Serbo- 
Croates et Slovènes-Résiens), c'est, au contraire, une dis- 
tinction à divers degrés de la quantité des voyelles. 

A d'autres points de vue, le monde linguistique slave 
se divise en trois ou même en quatre groupes. 

D'après les continuations historiques des groupes an- 
ciens monosyllabiques -or-, -ol-, -er-, -el- au milieu 
des mots, nous pouvons distinguer : ÏEsl russe avec 
-oro-, -olo-, -ere-{horodÀ « barbe », goVod « cité », 
« ville », parox « poudre », « poussière », môlot « mar- 
teau », gd/od « faim », holôio « marais », « boue », 
b^V^g « rivage », « bord », ^ereàk « milieu », « mer- 
credi », œrei « par-dessus », « à travers », mo/okô 
« lait », po/on « butin », « captivité »...); ensuite le 
Sud^ auquel appartiennent aussi les Slovaques et les 
Tchèques, avec ~ra-, -la-, -rë-, -le- (brada, gr^d, 
pr^zx, mkt, g/ad, hlaXo, hrë^, s?Y^da, hëi, mlëko, 
p/t^n...), et enfin le Nord-Ouest as ^t -lo-, -re-, -le- 
(m/ot, g/(?d, hloio, hreg, sr^da, cr^z, mleko, p/^n...), se 
divisant, quant à la continuation de l'ancien -or-, en 
deux parties : Sorabes et Polonais avec leur -y^o- (broda, 
grod, prox...) et Polabes-Kachoubes, avec -or- ou 
-ar- (borda ou barda, gord ou gard, po/'x ou parx...). 

On admet quatre groupes de territoires et de langues 
slaves d'après les indices suivants. 

Au point de vue de la diversité des continuations his- 
toriques des anciens dj, tj, jt, nous avons : le territoire 
an Nord-Ouest avec c de ij et jt (par exemple, pol. 
svviera « lumière », « chandelle », ]^hCiy « je paye », 
noc « nuit »...), qui se divise en deux parties : ï Ouest, 
Tchèques et Sorabes, avec z de dj (tchèque me se « sillon », 
« limite », roren << né »...) et l'J^s^, Slovaques et Polo- 



iOl — 



SLAVES 



nais, avec dx> àedj {miedzdi, rodzon..,) ; le territoire de 
VEst^ le territoire i^nsse, avec c, % (par exemple, grand- 
russe, swâ, p^ac^ù, ïïoc,,., xhezà, rozâi' « accoucher », 
« faire naître »...); le territoire du Sud-Est, le terri- 
toire bulgare, comprenant aussi le slave ecclésiastique, 
avee 1^, M (svèjifa, plaida, nos^ï..., me,^da, ro:îda...) ; 
le territoire lin Sud-Ouest, eon^stant en deux parties, 
macédonienne^ mot ¥^ y (sve&'a, pWû, noA:'..., me,^a, 
royen...) et serbo-croato-shvène avec les diverses mo- 
difications de l'ancien tj entre les limites de t' jusqu'à c 
(sve//a — svet^a, pla^'ati — pla^yati « payer », noi^'—noJ. . .). 
Enfin, cette dernière partie, la partie serbo-croato-slo- 
vène, se divise en deux zones : occidentale avec ;" de dj 
(me;a, ro/en...), et orientale avec des modifications de 
l'ancien àj entre les limites de d' jusqu'à dz (med'a -~ 
med:^a , ro^î'en — rorf:^en. . . ) . Les « Kajkavci » (Caïcavtsi) 
et « Sopci » (Choptsi) ont c et dz. 

D'après les continuations historiques des anciennes 
voyelles ii, 1, tn a aussi quatre groupes, mais rangés 
d'une autre manière : le Sud-Est, c.-à-d. les Bulgares, 
les Petits-Russes et les Slovaques (en y ajoutant les So- 
rabesde la Lusacie supérieure), le Nord-Est, embrassant 
les Grands-Russes avec les Russes blancs, le Nord-Ouest 
(Polonais, Kachoubes et Sorabes inférieurs), et enfin le 
Sud- Ouest, auquel appartiennent les Tchèques, les Serbo- 
Croates, les Slovènes et les Résiens. 

Au point de vue de V accentuation, considérée dans ses 
rapports avec la quantité des voyelles et des syllabes, on 
a un autre groupement quadripartite. Au Sud-Ouest, il 
y a une combinaison de la mobilité de l'accent avec une 
distinction de la quantité des voyelles et des syllabes ; 
cette section se divise en deux zones : orientale, serbo- 
croate, et occidentale, slovène-résienne. Dans la section 
de ÏEst (Bulgares, territoires russes), à côté d'une mo- 
bilité de l'accent, on observe l'absence d'une distinction 
entre la longueur et la brièveté. Dans la section médiane 
occidentale. Tchèques et Slovaques, la distinction de la 
longueur et de la brièveté se conserve, mais la mobilité de 
l'accent a disparu. Enfin, dans la section du Nord-Ouest, 
polono-sorabe, il n'y a ni mobilité de l'accentuation, ni 
même distinction de la longueur et de la brièveté des 
voyelles et des syllabes. Ajoutons que les Slaves de la 
Macédoine doivent être exclus de la section de l'Est, et 
que le territoire polabo-kachoubien, avec ses restes de 
l'accent mobile, appartient plutôt à la section de l'Est qu'à 
la section du Nord-Ouest. 

Un groupement particulier à quatre sections se tire 
encore de la considération des influences mutuelles du 
sonantisme (vocalisme) et du consonantisme. Le plus 
haut degré a été atteint à cet égard au Nord-Ouest, chez 
les Polonais avec les Kachoubes, chez les Sorabes et chez 
les Tchèques avec les Slovaques. C'est en général la lo- 
calisation de la prononciation des consonnes qui a joué 
ici un rôle prédominant. Dans la section de VEst, des 
Grands-Russes et des Bulgares, un rôle principal appar- 
tient à la distinction du caractère des consonnes médio- 
linguale (palatal, « mou ») et non-médio-linguale (non- 
palatal, « dur »). L'influence de cette distinction se 
manifeste dans le grand-russe avec une force plus grande 
que dans le bulgare. La troisième section, c.-à-d. le ter- 
ritoire petit-russe, nous présente peu de vestiges d'une 
telle influence et pourrait être attachée à la quatrième sec- 
tion du Sud Ouest, la section des Slaves longeant la mer 
Adriatique, chez lesquels cette influence se réduit au mi- 
nimum. 

Au point de vue de la morphologie, de la structure des 
langues, le monde linguistique slave présente une assez 
grande variété. 11 est vrai que tous les représentants de 
ce monde se trouvent dans une période transitoire, de 
l'état synthétique ou centralisé des mots vers un état ana- 
lytique ou décentralisé ; mais quelle grande différence, par 
exemple, sur le même territoire bulgaro-macédonien entre 



l'état presque synthétique ou centralisé, qui a été propre 
à la langue ecclésiastique ancienne, et l'état analytique ou 
décentralisé des idiomes bulgares modernes, sans décli- 
naison flexionnelle, avec un article régulier, avec des pré- 
positions remplaçant les terminaisons casuelles, etc. ! 

La considération comparative de divers processus his- 
toriques dans leur ordre chronologique prouve qu'entre 
certains territoires slaves il y a une affinité plus grande 
et que, par conséquence, ces territoires forment un 
groupe commun. On ne peut point douter : 1** que tous 
les territoires russes, le petit-russe et les deux grands- 
russes sont liés entre eux par une ancienne parenté plus 
étroite, qu'avec les autres territoires slaves; 2" que 
les territoires polonais et kachoube sont liés entre eux 
encore plus étroitement, et qu'ensuite se joint à eux, 
comme leur parent le plus proche, le territoire polabe, 
de manière que ces trois territoires forment ensemble un 
groupe commun d'idiomes : le groupe léchique (Lechisch) ; 
B^ que les Tchèques et les Slovaques forment une famille 
qui se distingue d'après les indices communs d'une an- 
cienne parenté d'avec tous les autres territoires slave^s ; 
4^ que les deux parties du territoire serbo-croate, « Ca- 
kave » (Tchakave) ou occidentale, et « 5^o-kave » (Chto- 
kave) ou orientale, forment un tout linguistiquement indi- 
visible; 5*^ que les deux territoires sorabes (lusaciens) 
sont liés entre eux par des liens d'une ancienne parenté, 
d'un voisinage continu et de leur isolement au milieu de 
tribus allemandes, qui les entourent de tous les côtés. En- 
suite il est plus que vraisemblable que le groupe léchique 
(les Polonais avec les Kachoubes et les Polabes) peut être 
réuni avec celui des Sorabes (Lusaciens) dans un grou- 
pement plus considérable, et qu'en conséquence, on pour- 
rait séparer de tout le monde Unguistique slave un groupe 
particulier des Slaves du Nord-Ouest, en regard de deux 
autres gi'oupes définis : russe commun (russe en géné- 
ral) et Tchèques-Slovaques. Enfin, on pourrait admettre 
un groupe du Sud-Ouest, consistant des Serbo-Croates, 
des Résiens et des Slovènes, avec un territoire médian de 
« Kajkavci » (Caïcavtsi). J. Baudouin de Courtenây. 

IV. Mythologie. — La mythologie des peuples slaves 
est mal connue, leur histoire ne commençant guère qu'avec 
leur conversion au christianisme. Pour les Slaves du 
Sud et de l'Ouest on ignore même les noms des anciens 
dieux; en Poméranie, on cite Triglaw; à Rugen, Swan- 
towit; en Russie, Peroun, Dazbog, Wolos, Stribog; chez 
les Slaves d'entre l'Elbe et l'Oder, il est question d'un con- 
flit perpétuel entre les puissances de l'ombre et de la lu- 
mière (Bielbog et Tchernebog), mais ce mythe pourrait 
être d'origine chrétienne. Nous nous bornons donc à ren- 
voyer aux art. Mythologie et Religion. 

Toutefois, il y a lieu de retenir les croyances encore 
aujourd'hui persistantes dans les puissances mythiques se- 
condaires, l'idée des vampires, générale dans le monde 
slave, celle des âmes ou démons des forêts et des eaux, 
roussalkas et wiles, qui alimentent la poésie populaire, 
celle des esprits des maisons et des champs, de ceux qui 
président à la naissance et à la destinée. On trouvera 
d'amples détails à ce sujet dans le grand ouvrage d'Afa- 
nasiev, la Conception poétique de la nature chez les 
Slaves (en russe; Moscou, 4865-69, 3 vol.); citons aussi 
le manuel de mythologie d'Eckermann, inspiré des leçons 
d'Otfried Millier, et surtout les travaux réellement scienti- 
fiques de Jagic et de Brùckner, dans VArchiv fiir sla- 
vische Philologie. 

BiBL. : Lii^JGUisTiQUE. — Une grammaire comparée des 
langues slaves n'existe pas jusqu'à présent, car 1 œuvre de 
Fr. MiKLOsiCH, publiée sous le titre de Vergleichende Gram- 
matik derslavischen Sprachen ( Vienne. 4 vol, : 1, 1879, 2" éd. ; 
11, 1875 ; III, 1873, 2» éd. : IV, 1868-74), est plutôt un conglomérat 
de grammaires spéciales des langues slaves particulières (le 
ni« vol. a été traduit en russe par Szljakov sous la direc- 
tion du professeur Brandt ; Moscou, 1884-87). — La Gram- 
maire comparée des langues slaves et des autres langues 
apparentées {en russe) de V.-I. Szercl (Kharkov, 1871) est 
une compilation, faite principalement d'après Schlecher 
et Miklosich, et n'a pas le caractère d'une œuvre scienti- 



SLAVES — SLEECKX 



JO"i 



il que. — Les Leçons sur la grammaire comparée slave 
(en tchèque : Czteni o srovnavacl m,luvnici slovanské) de 
F.-L. GzELAKOvsKY (Prague, 1853) avaient une valeur pour 
leur temps. — Pour connaître les détails des langues sla- 
ves, excepté la langue slave ecclésiastique et les langues 
russes, on peut se servir (mais à condition de l'employer 
avec critique) de l'ouvrage de T. Florinskij, professeur 
à l'Université de Kiev, Leçons de linguistique slave (en 
russe), Saint-Pétersbourg et Kiev, 1895-97, 2 vol. ; on y 
trouve une bibliographie détaillée. La Bibliographiscfie 
Uebersicht ûber die slavische Philologie 1816-9 J^ du !)'• 
Fr. Pastrnek, Berlin, 1892 [Archiv filr slavische Philo- 
logie. Supplement-Band) est consacrée à la bibliographie 
dé la philologie slave en général. 

Citons encore les ouvrages qui se rapportent ou à toutes 
les langues slaves ou à quelques-unes seulement, et qui 
ont paru après la publication du travail de Pastrnek, ou 
qui méritent d'être mentionnô.s i)Our une autre raison : 
P. J. SzAF AKziKtEtknograph le slave {en tchèque: Slovansky 
Nàrodopis; Prague, 1849^ S" éd. Ce livre a été traduit en 
allemand, en russe et en polonais). — J. Gebauer, les 
Langues slaves (en tchèque : Slovanské jazyhy ^ dans l'En- 
cyclopédie tchèque : Slounife nauczny; Prague, 1869.). — 
J! Baudouin de Courtenay, Uebersicht der slavischen 
Spraehenwelt im Zusammenhange mit den anderen arioeu- 
ropâischen Sprachen. Antrittsvorlesung ; Leipzig, 1884. — 
R. Hassencamp, Ueber den Zusammenhang des lettosla- 
vischen und germanischen Sifyrachstammes ; Leipzig, 1876. 
— A. Leskien, Die Declination Im Slavisch-Litauischen 
und Germanischen; Leipzig, 1876. — L. Geitler, la Phono- 
logie vieille-bulgare (slave ecclésiastique), considérée dans 
ses relations avec la langue lithuanienne (en tchèque : Sta- 
vobulharshâ fonologie se stâlym zrzetelem h jazyhu litev- 
skému); Prague, 1873. — R. Brandt, Une Esquisse de Vac- 
centologie slave (en russe); Saint-Pétersbourg, 1880. — A. 
Leskien, Untersuchungen ûber Quanlitât und Betonung 
in den slavischen Sprachen; Leipzig, 1885-93. — L. Ma- 
siNG, Zur Laut- und Akzentlehre der Macedoslavischen 
Dialekte; Saint-Pétersbourg, 1891. — Joos.-J. Mikkola, 
Betonung und Quantitiit in den westslavischen Sprachen; 
Helsingfors, 1899. — A.-I. Sobolevskij, la Langue slave 
ecclésiastique ancienne. Phonétique (en russe); Moscou, 
1891. — V. Jagic, Einige Streiifragen^ dans Archiv fur 
slavische Philologie, XX, 1-13. — A. -A. Szachmatov, Sur 
la Question de la formation des dialectes russes (en russe), 
dans Revue du ministère de l'instruction publique; Saint- 
Pétersbourg, 1899.— Joos.-J. Mikkola, Berûhrungen zwi- 
schen den westfinnischen und slavischen Sprachen; Hel- 
singfors, 1894. — H. ScHUCHARDT, Slawo-deutschcs und 
slawo-italienisches ; Graz, 1885. — Les travaux de Jagic, 
de Leskien, de Miklosich, de Oblak, de Potebn.ia, de 
Appel, de Berneker, de Bogorodickij, de Brandt, de 
Brogh, de Bronisch, de Brûckner, de Bulicz, de Drinov, 
de DuszEK, de Duvernois, de Gebauer, de (jeitler, de 
Grigorovicz, de J.-K. Grot, de Hank^ewicz, de Hanusz, 
de Hattala, de Hirt, de IIôrnik, de Jos. Jireczek, de 
Kaczanovskij, de Kalina, de Kaluzniacki, de Karlo- 
wiGZ, de Karskij, de Kirste, de Koczubinskij, de Ko- 
Losov, de Th. Korsch, de I. Kozlovskij, de Krek, de 
Kruszewski, de Krynski, de P.-A. Lavrov, de P. -A. 
Lavrovskij, de Leciejewski, de Levec, de Levstik, de 
Lidén, de Ljapunov, de Lorenz, de Los, de Lopacinski 
(R. LuBTCz), 4e M.-A. Maksimovicz, de Malecki, de F.-K. 
Malinowski, de L. Malinowskï, de L. Masing, de Matu- 
siak, de V.-F. Miller, de Mura (Mucke), de Murko, de 
Nehring, deN.-P. NEKRASOv,deNEMANic, de Novakovic, 
de Ogonowski, de Pedersen, de Pful, de Polîvka, de 
Prusîk, de Reszetar, deRozwADOwsKi, de Scheinigg, de 
Scholvin, de Schuchardt, de Semenovicz, de Sket, de 
Smal-Stocki, de Smoler (Schmaler), de Sobolevskij, 
de Sreznevskij, de Strohal, de Syrku, de P.-J. Sza- 
FARziK, de Szachmatov, de Szarlovskij, de Szembera, 
de SzKRABEC, de Szkultéty, de Sztrekelj, de Tichov, 
de Uhlenbeic, de Uljanov, de Valjavec, de Verciirat- 
SKiJ, de O. WiEDEMANN, de VqndrAk, de Vostokov, de 
Vymazal, de Zubaty, de Zzitegkij, de Baudouin de 
Courtenay et de plusieurs autres, parus soit en forme 
de livres, soit dans les journaux et recueils, comme Ar- 
chiv fur slavische Philologie, Berlin, 1876 etsuiv. ; Rad ju- 
gloslavenshe Ahademije (les Travaux de l'Académie you- 
go-slave ; Agram) ; Prace fîlologiczne (les travaux philolo- 
giques; Varsovie, 1885 et suiv.) ; Bulletin de la section de 
la langue et de la littérature russes de VA cadémie impériale 
des sciences (en russe), Saint-Pétersbourg, 1896 et suiv. ; 
Le Messager philologique ?^ttsse, Varsovie, 1879 et suiv.; 
Mémoires philologiques, Voronège, 1864 et suiv.); Krok., 
Prague, 1887 et suiv.; Listy filologické (a paedagogické), 
Prague, 1874 et suiv. ; Revue du ministère de Vin'struction 
publique (en russe), Saint-Pétersbourg; Recueil de travaux 
relatifs à la littérature populaire, à la science et à la litté- 
vatiire, publié par le Ministère de l'instruction publique 
(en bulgare), Sofia, 1889 et suiv., — comme divers mémoires, 

Eubliés par des Académies des sciences de Saint-Péters- 
ourg {Izvestija, Sbornik, Zapiski, etc.). de Cracovie (Roz- 
prawy, Spra-wozdania, Materjaly, etc.), de Prague, d'Agram 
(Zagreb), de Vienne, de Berlin, etc., — comme publications 
des Universités russes (Saint-Pétersbourg, Moscou, Kiev, 



Kharkov, Odessa, Kazan, Varsovie, lourïev-Dorpat) et de 
diverses sociétés savantes et littéraires slaves : à Saint- 
Pétersbourg, à Moscou, à Kiev, à Léopol (Lwôw, Lemberg) 
(polonaises etruthéniennes), àPosen, àThorn, à Prague, à 
"Turcziansky Svâty Martin (Turôcz Szent Mârton), à Bautzen 
(Czasopis, etc.), à Ljubljana (Laibach), à Celovec (Klagen- 
furth), à Belgrade, à Sofia, etc. — En ces derniers temps, 
quelques savants français ont pris part à l'explication 
linguistique des langues slaves. Il suffit de nommer de 
Saussure, F. -G. Mohl, A. Meillet, P. Boyer et leurs or- 
ganes : Mémoires de la Société de linguistique de Paris et 
Bulletin de la Société de linguistique de Paris. — Le meil- 
leur moyen de suivre le mouvement littéraire dans le 
domaine' des travaux linguistiques relatifs aux langues 
slaves, c'est de lire attentivement les fascicules de VAr- 
chiv fur slavische Philologie, publié par V. Jagic. — Et 
puisque les langues slaves doivent être étudiées et com- 
prises en connexion avec les autres langues ario-eupo- 
péennes et avec la linguistique générale, il serait bon de 
tenir compte des travaux relatifs à ces disciplines, en tête 
desquels nous mettons le Grundriss der vergleichenden 
Grammatik der indogermanischen Sprachen de K. Brug- 
MANN et B. Delbruck; Strasbourg, 1886-1900, 5 vol. (le 
!«'■ vol. déjà en 2" éd.) et les revues : Indo-germanische 
Forschungen de Brugmann et Streitberg (Strasbourg); 
Zeitschriftfur vergleichendeSprachfoj'schung deE. Kuhn 
et J. Schmidt (Giitersloh); Beitrâge zur vergleichenden 
Sprachforschung de A. Bezzenberger ((joettingue). 

SLAVIANOSERBSK. Ville de Russie, gouv. d'Ekatéri- 
noslav, sur le Donetz; 5.171 liab. (en 1893). Fondée en 
1753 par des colons serbes. Machines, suif, etc. 

SLAVIANSK. Ville de Russie, gouv. de Kharkov, sur le 
Torets et le chem. de fer deKoursk à Rostov ; 20.340 hab. 
(en 1893). Grandes salines produisant 250.000 quintaux 
de sel par an. Suif, savons, bougies; eaux minérales. 

S L AVI Cl (Jean), littérateur roumain, né à Schiria (co- 
mitat d'Arad, en Hongrie) le 6 janv. 1846, fixé en 1876 
à Bucarest où il rédigea le journal /a Tribune, puis la re- 
vue Vatra. Il a publié plusieurs comédies, dont : la Fille 
du maire (1870); une tragédie, Gaspar Graziani 
(1888) ; des romans et nouvelles, des contes, une His- 
toire des Roumains en Hongrie, Transylvanie et Bu- 
kovine (1881). Sa réputation est due surtout à ses ro- 
mans dont on loue le sentiment populaire et les dons 
d'imagination et d'invention dramatique. 

SLAVONIE ou ESCLAVONIE. Région de la Hongrie, 
formant la partie orientale du royaume de Croatie-Sla- 
vonie ; elle s'étend entre la Drave et comprend les comi- 
tats de Pozega, Syrmie et Virovitiz (V. l'art, et la carte 
de Hongrie). 

SLAVOPHILE (V. Panslavisme). 

SLEECKX ( Jean-Lambert-Damien) , littérateur belge, 
né à Anvers le 2 fév. 1818. Il fut successivement professeur 
à l'école normale de Lierre, et inspecteur principal de l'en- 
seignement primaire. Il écrivit en langue flamande de nom- 
breux romans réalistes, mais empreints d'une saine mora- 
lité, qui firent de lui le rival , souvent heureux , de Conscience , 
et obtinrent en Belgique et en Hollande un succès qui dure 
encore. Il n'est cependant pas absolument original, et, s'il 
met en scène des types belges, il s'inspire visiblement des 
maîtres du roman anglais. Ses œuvres sont bien observées, 
et écrites avec une énergie pittoresque. Il travailla aussi 
pour le théâtre et composa des drames et des comédies 
que le publi-c accueillit d'une manière peu favorable, bien 
que ces pièces fussent de loin supérieures à la moyenne 
du répertoire flamand. Il est enfin l'auteur de traités d'his- 
toire, œuvres de polémique, qui témoignent de connais- 
sances sérieuses, sinon d'une objectivité complète. Les 
œuvres les plus importantes de Sleeckx sont, romans : 
Au Quartier des marins. Scènes de la vie anversoise 
(Anvers, 1856); Dirk Metjer (ibid,, 1860); Tybaerts 
et C^' (Gand, 1867); les Plans de Peerjan (Anvers, 
1 867). — Théâtre : Maître et Valet, drame (Gand, 1857) ; 
Gr^'i^r?/, drame (?^zc^.,1862); Zannekin, drame (Anvers, 
1865); J8i4, drame (Anvers, 1866); Vieille Noblesse 
et Nouvelle Noblesse, comédie {ibid.,i866); les Charpen- 
tiers, drame {ibid,, 1870). — Critique littéraire : Lettres 
sur la littérature néerlandaise (Bruxelles, 1866); 
Jacques von Maerlant (Anvers, 1866); Jacques Cats 



— 103 



SLEECKX; - SLESVIG 



(ibid., 1866); Théodore van Byswyck (ibid,, 1867); 
Tollens (Ibid., 1873); le Roman néerlandais {ibid., 
1873); Alexandre Dumas moraliste (Utrecht, 1873). 
— Histoire : Charles VI et Marie-Thérèse (Gand, 1888); 
Joseph II et son règne (ibid., 1888); la Guerre des 
patriotes (ibid.^ 1889) ; les Jacobins en Belgique (ibid., 
1889). On a réuni ses OEuvres complètes (Gand, 1877- 
88, 17 vol.). E, II. 

SLEEPING-Gar (V. Chemin de fer, t. X, p. 1040). 

S LE I DAN US (Johann Philîppson, dit), historien et diplo- 
mate allemand, né à Schleiden (dans l'Eifel) en 1506 (ou 
1508), mort à Strasbourg fin oct. 1556. Il fit ses huma- 
nités à Liège, à Cologne et à Lonvain et son droit à Orléans. 
En 1536, il entra au service du cardinal Jean du Bellay, 
qui l'envoya en 1540 à la diète de Haguenau, comme in- 
terprète de l'ambassadeur de France. En 1544, il s'éta- 
blit à Strasbourg, tout en restant correspondant diploma- 
tique de la France. Il traduisit en latin la chronique de 
Froissart (1537), les mémoires de Ph. de Comines (1545 
et 1548) et un traité de l'évêque de Marseille Claude de 
Seyssel. En 1551, il représenta Strasbourg et les villes 
souabes au concile de Trente. Devenu très tôt partisan de 
la Piéforme, il voulut en écrire l'histoire, et le fit avec 
une impartialité rare en ce siècle, dans l'ouvrage qui l'a 
rendu célèbre : De statu Religionis et Reipublicœ, Ca- 
rolo Quinto Cœsare, Commentariorum libri XXVI 
(1555) ; mais le dernier livre, qui va jusqu'en 1556, n'a 
été imprimé qu'après sa mort. Cet ouvrage fut aussitôt 
traduit en français, probablement par Robert le Prévost : 
Histoire de Vestat de la Religion et République, sous 
Vempereur Charles cinquième, par Jean Sleidan (Stras- 
bourg, 1558). Une autre traduction plus moderne, de le 
Couroyer, en 3 vol. (1767), est très défectueuse et moins 
fidèle. Ch. Pfender. 

BiBL. : Paumgarten, Ueber Sleidans Leben und Brief- 
\^echsel ; Strasbourg, 1878. — Du même, Sleidans Brief- 
wechsel ; Strasbourg, 1881. — Ph. Weltz, Etude sur Slei- 
dan, historien de la Eë/brme; Strasbourg, 1862. — V. aussi 
Bulletin du protestantisme français, 1873, t. XXÏL pp. 3B7- 
391, et 1880, t. XXIX, pp. 85-88. 

SLÈPTSOV (Vasili-Alexièévitcfi), romancier russe, né 
près de Saratov en 1836^ mort près de Saratovenl878. 
Nature impressionnable et changeante, il essaya bien des 
rputes, au cours de ses études, et hésita entre le métier 
militaire et la médecine : il se décida pour la littérature 
et vint à Saint-Pétersbourg. Il y mena une vie étrange de 
bohème délicatement artiste. Ceux qui l'ont connu alors 
ne tarissent pas en anecdotes sur sa délicatesse, sa bonté, 
sa charité, son insouciance, son talent d'imitateur des 
gens du peuple et son génie de lecteur. L'extrême délica- 
tesse de son talent ui^ peu grêle se retrouve dans ses 
œuvres complètes, qui, en opposition avec les énormes 
in-B de ses compatriotes, emplissent à peijie un mince 
volume. Il a laissé un court roman : Un temps difficile, 
et quatre ou cinq nouvelles charmantes : VEnfant trouvé, 
et surtout les scènes comiques : les Cochons, le Cada- 
vt^e, etc. Slèptsov est, parmi les écrivains connus sous le 
nom de Narodniki, c.-à-d. ceux qui ont pris pour sujet 
de le^rs romans les paysans nouvellement affranchis, 
celui qui a témoigné le plus de tact littéraire et le plus 
de grâce. J. L. 

SLESVIG (ail. Schleswiy). Ville. — Ville de Prusse, 
ch.-l. de la prov. de Sjesvig-Holstein, à l'O. du bras de 
mer de la Schlei; 17,255 hab. en 1895. Elle comprend 
quatre quartiers, les trois premiers représentant des villes 
fusionnées en 1711 : Friedriksberg ou Kratzenberg, à 
l'O. ; puis JjoUfus, au pied de la chapelle de Saint-Lollus; 
Slesvig ou Altstadt, au N. de la Schlei ; enfin, au S.-E. 
de celle-ci, Holm, quartier insulaire peuplé de pêcheurs. 
On remarque l'église gothique Saint-Pierre, rebâtie au 
XV® siècle, qui renferme le mausolée du roi de Danemark 
Frédéric F" (1555), et d'adfnirables boiseries d'Hans Brug- 
gemann (1521), comprenant 385 personnages ; le château 
de Gottorf, dans uïi îlot où résidèrent les évêques, puis les 



ducs et les gouverneurs; c'est, depuis 1850, une caséine. 
— On fait à Slesvig du cuir, des tuiles, des machines, de 
la fonte; c'est un petit port de cabotage, ruiné au moyen 
âge par l'obstruction de la Schlei, qu'exécutèrent les Hols- 
teinojs en 1 11 6. La ville était un centre commercial pros- 
père en 808. Auprès, fut bâtie à Iladdeby la première église 
chrétienne du Danemark, par saint Ansgar. En 948, Ot- 
tonle Grand créa Vévêchéde Slesvig suffragant de Ham- 
bourg-Brème, puis, après 1104, de Lund. De 1541 à 1643, 
il eut des ovêques protestants, puis fut sécularisé. La ville 
de Slesvig, qui reçut sa charte urbaine en 1200, conserva, 
même après la fermeture de la Schlei, une importance 
stratégique. Elle commandait au S.-O. les fameux retran- 
chements du Daneiverk, creusés entre la ScMei et la Treene 
de manière à barrer l'accès de la péninsule aux Allemands. 
Ils eurent encore un rôle dans les guerres de 1848 et 
de 1864. 

Le district de Slesvig comprend toute la province prus- 
sienne de Schleswig-Holstein (V. ci-après). 

Province. — Géographie physique. — Pays danois 
annexé à la Prusse depuis 1866 et compris dans la pro- 
vince de Schleswig-Holslein. Il forme la partie méridio- 
nale de la presqu'île cimbrique ou Jutland. Le Slesvig est 
divisé du Holstein par FEider qui, naissant au S. de la 
baie de Kiel (sur la Baltique), aboutit à la baie sablon- 
neuse de Toenning ou de l'Eider, sur la mer du Nord. C'est 
un pays plat, allongé entre les deux mers distantes de 50 
à BO kil. ; la plus haute colline à l'O. d'Eikernfœrde n'a 
que 106 m. de haut; le Kniv, au N. d'Apernade, en a 96. 
Le sol est formé d'alluvions anciennes (diluvium) et mo- 
dernes ; la couche d'argile y alterne avec des lits de sables 
coralliaires, de sables superficiels et surtout avec le sable 
des landes, caractéristique de la presqu'île cimbrique ; cette 
formation s'étend dans le Holstein sur une largeur de 30 
à 45 kil., de 15 à 22 dans le Slesvig, de 90 dans le Jut- 
land ; c'est un sable à gros grains, mélangé d'humus et 
relativement fertile, parfois mélangé de grès ferrugineux. 
Le long de la côte occidentale, s'étend une bande maréca- 
geuse, tourbeuse et fertile, d'un niveau parfois inférieur à 
celui de la mer. Les cours d'eau sinueux sont en général 
à l'O., tels l'Eider et son affluent la Treene, et les divers 
A a d'Arl, de Leck, du Sud ou de Wied et de Gjels. Les 
côtes, profondément rongées par la mer, sont du côté de 
la mer du Nord bordées des îles de la Frise septentrionale 
et rattachées au continent par de vastes surfaces de sa- 
bles, vestiges de l'ancienne terre ; on dirait une Hollande 
qui ne s'est pas défendue à temps contre l'invasion ma- 
rine. Au N. de la presqu'île d'Eiderstedt, on trouve les 
îles endiguées de Nordstrand et Pelhvoroi, les îlots des 
Halligen, puis Fœhn et, formant un cordon extérieur abrité 
de dunes, Amrum, Sylt, Rœm. Sur la mer Baltique se 
creusent les baies de Kiel, d'Etkernfœrde, de la Schlei, 
sorte de fjord de 4 m. de profondeur, qui pénètre à 42 
kil. dans les terres, jusqu'auprès de la ville de Slesvig; 
elle entaille la presqu'île à'Anglie, délimitée au N. par 
le golfe de Flensburg ; au N. de celui-ci sont la presqu'île 
de Sundervitt et l'île d'Alsen, isolée par un bras de mer 
de 250 m. de large ; puis la baie d'Apenrade, la pres- 
qu'île de Ness avec l'îlot d'Aarae. La température moyenne 
annuelle est de -|- 8'^, la chute d^eau atmosphérique de 
700 millim. 

Géographie politique. — La prov. de Slesvig-Holstein 
a été formée des duchés de Slesvig, de Holstein et de 
Lauenburg, arrachés au Danemark en 1864. Toutefois, le 
duché de Lauenburg n'y a été adjoint qu'en 1876. La 
province, comprise entre le Danemark au N., la mer du 
Nord à l'E., la mer Baltique à l'O., l'estuaire de l'Elbe 
au S.-O., confine au S. E. aux Etats allemands de Ham- 
bourg, Prusse (Hanovre), Mecklembourg, Lubeck et Ol- 
denbourg (principauté de Lubeck). Sa superficie est de 
18.903 kil. q., sa population de 1.286.416 hab. en 1895, 
soit 68 hab. au kil. q. ; 1.254.677 sont protestants, 
24.184 catholiques et 3.702 juifs. La partie septentrio- 



SLESVIG 



— 404 



nale, au N. de Flensburg, est peuplée de Danois qui sou- 
haitent de se réunir à leurs frères ; ils sont environ 200.000. 
Le reste de la population est allemand. — La province 
qui forme le district de Slesvig se divise en 23 cercles : 
Altona, Apemade, Eckernfîcrde, Eiderâtedt, Flensburg 
(ville et campagne), Hadersleben, Husum, Kiel (ville et 
campagne), Lauenbourg^^Norderdithmarschen, Oldenbourg, 
Pinneberg, Plœn, Reiidsburg, Slesvig, Segeberg, Sonder- 
burg, Steinburg, Stormarn , Suderdithmarschen , Ton- 
dern (les cercles danois sont indiqués en italique). On a 
effacé la division historique entre le Slesvig et le Holstein 
(V. ce mot). Rappelons les cantons ou pays historiques de 
la Frise septentrionale, en face des îles du Slesvig, des Dith- 
marses entre le canal maritime et l'Eider, de Stormarn au 
N.-E. de Hambourg, de Wagrie, presqu'île au N. de Lu- 
beck, d'Anglie au N. de Slesvig. — Les grandes villes 
sont Altona, port commercial, faubourg de Hambourg, 
et Kiel, grand port militaire. — Il existe à Kiel une uni- 
versité ; le président (gouverneur civil) réside à Slesvig, 
le tribunal supérieur à Kiel, le commandant du 9® corps, 
le directeur des finances et le directeur des chemins de 
fer à x-Vltona. La province dépend du diocèse protestant 
d'Osnabruck. 

Géographie économique. — Le Slesvig-Holstein est un 
pays agricole, flanqué de centres industriels sur l'Elbe et 
dans les ports de la Baltique. Les champs occupent 57 ^Vo 
de la superficie, les pâturages 22 7o, les bois 6 «/«. La 
partie la plus fertile est la bande marécageuse de l'O., en 
particulier le pays de Wilster, à TO. dltzehoe ; celui des 
Dithmarses, puis les presqu'îles de l'Erderstedt, de Sun- 
dewitt, de Wagrie. L'élevage y est florissant. La banlieue 
de Hambourg et d' Altona a de riches jardins et vergers. 
La récolte de 1895 fut de 855.000 quiutaux et b^, 
1 .980.000 de seigle, 948.000 d orge, 3.040.000 d'avoine, 
2.700.000 de pommes de terre et 5.943.000 de foin. On 
comptait environ 470.000 chevaux, 820.000 bœufs de 
bonne qualité et s'exportant en quantité vers l'Angleterre, 
290.000 moutons, 340.000 porcs, 40.000 chèvres, beau- 
coup de volaille et de canards sauvages (dans les îles de 
Sylt et Fœhr). On extrait du sol de la tourbe, du sel à 
Segeberg, de l'argile plastique. L'industrie est localisée 
dans les villes (fonte, machines, toile, constructions na- 
vales). Le commerce est actif, favorisé par la multitude 
des ports : Altona, Blankenese, Tœnning, Husum, à TO.; 
Kiel, Flensburg, Apernade, à l'E.; ajoutez ceux des villes 
hanséaliques limitrophes, Lubeck et Hambourg, et Rends- 
burg, au milieu du grand canal de la mer du Nord à la 
Baltique. — Le développement des voies ferrées dépasse 
4.300 kiL 

Histoire. — Le Slesvig, habité au ii® siècle av. J.-C. 
par les Cimbres, fut ensuite partagé entre les Angles, éta- 
blis sur le littoral oriental, les Frisons sur le littoral occi- 
dental et les Jutes au N. Les progrès des Danois contri- 
buèrent à l'émigration des Angles vers la Grande-Bretagne, 
et le S. de la presqu'île forma le royaume danois de 
Hethaby ou Sliaswic ; il était séparé par l'Eider des Saxons 
de la Nordalbingie. Ceux-ci ayant été conquis par les 
l'iancs, le roi danois Godfrid bâtit au N. de l'Eider un 
retranchement d'une mer à l'autre (808). Son fils, Hem- 
ming, dut céder à Charlemagne le pays entre l'Eider et la 
Schlei ; mais les Danois le reconquirent bientôt. Lorsque 
le roi Gonn réalisa, au x^ siècle, l'unité danoise par la 
fusion du royaume des îles et du Jutland, le roi d'Alle- 
magne, Henri 1«^, l'obligea à céder le district entre l'Eider, 
la Schlei et la Treene, qui fut organisé en Marche aUe- 
mande du Slesvig (934). Les Danois établirent alors ou 
refirent les fameux retranchements du Danewerk au S. de 
Slesvig, de la Schlei à la Treene. Cela n'empêcha pas Ot- 
ton P^ de subjuguer le Jutland et d'y implanter le chris- 
tianisme en créant l'évêché de Slesvig (948) . Sa conquête 
ne fut pas durable, et les Danois reprirent leur pays. En 
4027, l'empereur Conrad II abandonna définitivement le 
Jutland à Knut le Grand, la frontière étant reportée à la 



limite historique de l'Eider. Le Slesvig forma une pro- 
vince distincte, gouvernée souvent par des princes cadets; 
ce fut le cas de Knut Lavard (4445-34) sous le règne de 
Niels, il prit le titre de duc. Son meurtre déchaîna des luttes 
sanglantes; le fils de Knut, Valdemar, fut reconnu duc de 
Slesvig par le roi Svend (4450), mais s'allia à l'empereur 
d'Allemagne auquel il fit hommage (4452) et s'empara du 
trône de Danemark (4457). En 4482, Knut VI détache 
de nouveau le Slesvig pour en faire l'apanage de son frère 
cadet VatéeiBâr II, lequel s'intitula duc de Jutland. De- 
venu roi, Valdemar transmit son duché à son troisième fils 
Eric (4248), lequel, appelé à son tour au trône, y plaça 
son cadet Abel (4232). 

La loi danoise fut promulguée dans le Slesvig (4244) 
qui revint à la suzeraineté danoise (4248) et fut réuni de 
nouveau au royaume quand Abel l'usurpa par l'assassinat 
de son frère Eric (4250). Mais il périt en combattant les 
Frisons (4252), et tandis que son frère Christophe deve- 
nait roi, le fils d'Abel, Valdemar IH, reçut le duché de 
Slesvig avec l'île d'Alsen à' titre de fief danois (4254). Il 
eut pour successeur son frère Eric (4257-72), puis le 
roi Eric Glipping administra le duché au nom des fils 
mineurs du duc. L'un de ceux-ci, Valdemar IV, investi 
en 4 283, tenta de s'annexer les îles de Fehmarn, Alsen, 
Aerœ, mais dut les restituer au roi (4295). Après le 
règne d'Eric II (4342-25), le roi Christophe II se vit dis- 
puter la tutelle de son fils Valdemar V par le comte 
Gerhard III de Holstein. Celui-ci l'emporta, plaça Valde- 
mar sur le trône de Danemark et se fit investir du duché 
de Slesvig à titre de fief danois. En même temps, cette 
constitutio waldemariana stipulait que le Slesvig de- 
meurerait séparé du Danemark (4326). Lorsque, quatre ans 
plus tard, Valdemar reperdit sa couronne royale, Gerhard 
de Holstein lui restitua le duché de Slesvig (4330), mais 
en s'en faisant promettre la succession pour sa famille. 
A Valdemar V succéda son fils Henri (4304-75) qui com- 
battit le Danemark et mourut sans héritiers. Les comtes 
de Holstein revendiquèrent le duché, et le 45 août 4386 
Gerhard VI de Holstein en fut investi à Nyborg par le roi 
de Danemark. C'est l'origine du nouvel Etat de Slesvig- 
Holstein qui, par sa situation géographiquement et poli- 
tiquement mixte entre l'Allemagne et le Danemark, joua 
un rôle considérable dans l'histoire générale de l'Europe. 

Gerhard VI hérita en 4390 des possessions de la ligne 
de Holstein-Kiel, réunissant tout le Holstein, sauf la petite 
part des Schauenburg. Il périt en combattant les Dith- 
marses. Son fils Adolphe VIII (4404-59) guerroya pen- 
dant trente ans contre le Danemark avant de se faire 
reconnaître la possession du Slesvig. On lui offrit en 4448 
la couronne de Danemark qu'il fit attribuer à son neveu, 
le comte Christian d'Oldenbourg. Celui-ci roi, Christian P"^ 
hérita d'Adolphe (4 déc. 4459); le comte Otton II de 
Holstein-Schauenburg n'avait aucun droit siir le Slesvig 
et ne pouvait prétendre, même éventuellement, 'qu'au 
Holstein. Comme les Etats des deux pays Slesvig et Hols- 
tein tenaient à ne pas les séparer, ils décidèrent de pro- 
clamer Christian P"" duc de Slesvig et comte de Holstein 
à Ribe, le 5 mars 4460. Il jura de maintenir l'union per- 
pétuelle et indivisible des deux provinces et de leur con- 
server leurs libertés. Chaque année, une diète serait 
tenue en Holstein, à Bornhœved, et en Slesvig, à Urnehœ- 
ved; son assentiment serait nécessaire pour lever un 
impôt ou déclarer la guerre. En l'absence du roi, un con- 
seil de cinq délégués du Slesvig, cinq du Holstein, des 
évêques de Lubeck et de Slesvig, administrerait. Le comte 
de Schauenburg vendit ses droits pour 44.500 ducats, et 
à Fextinction de cette lignée, en 4640, ses terres furent 
réunies au Slesvig-Holstein. Christian ]^^ obtint de 
l'empereur Frédéric III la confirmation de sa suzerai- 
neté sur les Dithmarses (4474) et l'érection des pays réu- 
nis de Holstein, Stormarn et Slesvig en un duché. La lutte 
contre les Dithmarses fut marquée par la défaite d'Hem- 
mingstedt (4500) et la victoire décisive de Heide(4559). 



— 405 — 



SLESVIG 



Celle-ci assuma du même coup le triomphe dç la Réforme, 
établie en Holstein par Fordonnance de 1542. 

En 1544 eut lieu, entre les fils du roi Frédéric I^^, le 
partage des possessions de la maison d'Oldenbourg ; Chris- 
tian Il fonda la lignée royale de Danemark, éteinte en 1863 ; 
Adolphe P'', celle de Gottorp; en 1581, celui-ci partagea 
avec son neveu, le roi Frédéric II (1559-88), l'héritage de 
leur oncle Jean de Hadersleben. Ce partage de Flensburg 
(12 août 1581) attribuait au roi File d'Alsen, Flensburg, 
Hadersleben, Plœn et Segeberg ; au duc, Apenrade, Ton- 
dern, Husum, Neumunster, Oldenbourg, Fehmarn. Le Sles- 
vig demeurait ief danois^ le Holstêitt fief allemand. En 
1582, le roi Frédéric II donna à son frère Jean un apa- 
nage qui reçut le nom de Sonderburg ; le petit-fils de 
celui-ci, Gunther (1609-39), fonda la lignée de Slesvig- 
Sonderburg-Augustenbiirg ; Philippe (1612-75), frère 
de Gunther, celle de Slesuig'Beck-Glucksburg, laquelle 
prit, en 1825, le nom de Holstein-Sonderburg'-Glûcks-' 
burg. Diverses branches issues de celles-ci (Franzhagen, 
Gliicksburg, Plœn, Norburg) s'éteignirent au xvin® siècle. 
Malgré le partage du Slesvig-Holstein entre le roi et le 
duc de Gottorp et malgré la persistance de la division entre 
l'Allemagne et le Danemark, l'unité administrative fut 
maintenue ; il n'y eut qu'une diète, qu'un conseil. Les ducs 
de Slesvig-Holstein-Gottorp furent : Adolphe P'' (1544- 
86), puis ses trois fils, dont un seul dura, Jean-Ad(dphe 
(1590-1616); le fils de celui-ci, Fréâénc lll (1616- 
59), voulut demeurer neutre dans la guerre de Trente ans. 
Il se fit reconnaître l'hérédité par primagéniture, puis, lors 
de la défaite du Danemark par le roi de Suède, Charles X 
Gustave, qui était son gendre, la souveraineté en Slesvig 
(1658). Son fils Christian- Albert se la fit confirmer à 
la paix d'Oliva (1660), mais ne put la défendre contre 
les revendications du Danemark qui, en 1675, et de 1683 
à 1689, occupa les duchés. Son fils Frédéric IV (1694- 
1702) obtint contre les Danois l'appui de son beau- frère 
Charles XII de Suède, lequel lui fit rendre ses Etats par 
la paix de Travendal (1700). Quand il eut péri à la ba- 
taille de Klissow, le pouvoir fut exercé au nom de son 
fils mineur Charles- Frédéric (1702-39), par son frère 
Christian- Auguste (régent de 1702 à 1718), lequel eut 
pour ministre le comte Gœrtz. Alors eut lieu la dernière 
convocation de la diète du Slesvig-Holstein (1711). Ayant 
rompu la neutralité en faveur des Suédois, le régent se 
vit déclarer la guerre par Frédéric IV de Danemark, le- 
quel occupa la moitié ducale du Slesvig et ne restitua à 
ses cousins de Gottorp que le Holstein (1720). Le 22 août 
172d les fractions gottorpienne et royale du Slesvig furent 
réunies, et le roi reconnnu comme seul souverain du Sles- 
vig par la diète, par les maisons d'Augustenburg et de 
Gliicksburg. 

La séparation du Slesvig et du Holstein ne dura pas. 
Le fils de Charles-Frédéric et d'Anne (fille du tsar Pierre 
le Grand) monta sur le trône de Russie sous le nom de 
Pierrre III (1762); son cousin et tuteur, Adolphe- Frédé- 
ric, évêque de Lubeck (fils de Christian- Auguste), était 
devenu roi de Suède (1751). Ces princes n'attachaient plus 
d'importance au Holstein ; Catherine II y renonça par le 
traité de Copenhague (1767), au nom de son fils, le futur 
tsar Paul I®^\ lequel conârma l'accord lorsqu'il devint ma- 
jeur (1773). Le roi Christian VII de Danemark acquit alors 
la portion gottorpienne du Holstein, en échange des comtés 
d'Oldenbourg et Delmenhorst, dont on fit un duché d'Ol- 
denbourg attribué au prince-évèque de Lubeck, Frédéric- 
Auguste, second fils de Christian-Auguste (V. Olden- 
bourg). — Le Danemark se trouvait donc en possession 
de tout le Slesvig-Holstein ; la noblesse locale accueillit 
bien cette union, qui lui procurait de belles situations: le 
comte Bernstorff, qui gouverna le Danemark jusqu'enl797, 
était originaire des duchés et les administra avec soin. 
Enfin, en 1806, lors de la dissolution du Saint-Empire 
romain germanique, fut affirmée l'union du Holstein à la 
monarchie danoise. On réserva les droits héréditaires des 



collatéraux, mais on introduisit la loi danoise, la monnaie 
danoise et la langue danoise comme langue oflicielle. 

En 1815, les traités de Vienne confirmèrent le Danemark 
dans la possession des duchés de Holstein et de Lauen- 
bourg, dédommagement de la Norvège qu'on lui enlevait ; 
mais ce royaume, traité en vaincu, dut accepter que Hols- 
tein et Lauenbourg fussent compris dans la Confédéra- 
tion germanique (V. cet art.). L'éveil des nationalités, 
conséquence de la Révolution française et des guerres 
napoléoniennes, créa un antagonisme de plus en plus vif 
entre les Danois et la population allemande du Holstein, 
voire même du Slesvig méridional. Les duchés se plai- 
gnaient de payer une trop forte somme d'impôts ; la fu- 
sion de leurs régiments dans l'armée daaôise les irrita 
(1842). D'une manière générale, le nationalisme danois 
de Christian VIH accentua la mésintelligence. La préten- 
tion des duchés de Slesvig-Holstein étant d'être régis par 
la succession masculine, alors que le royaume l'était par la 
succession féminine, au cas où le fils de Christian VIIl 
mourrait sans laisser de fils, l'héritier des duchés serait le 
duc Cliristian d'Augustenburg. Cette prétention n'était 
soutenable que pour le Holstein, puisque le Slesvig était 
un fief danois et que le Lauenbourg avait été cédé au 
Danemark. Aussi les états généraux du Danemark assem- 
blés à Rœskilde (1844) demandèrent au roi de déclarer 
à nouveau que le royaume de Danemark, y compris le 
Slesvig et Lauenbourg, formait une monarchie indivisible ; 
cette déclaration fut promulguée le 8 juil. 1846. Les 
Allemands des duchés protestèrent bruyamment, revendi- 
quant l'indivisibilité du Slesvig-Holstein et l'application 
de la succession holsteinoise aux deux duchés danois. 
L'opinion allemande les appuyait. A l'avènement de Fré- 
déric VIÏ (20 janv. 1848), la crise éclata. 

Le nouveau roi fit procéder à l'élection d'une chambre 
commune au Danemark et aux duchés ; les délégués du 
Slesvig-Holstein, assemblés à Rendsburg, décidèrent de 
demander une assemblée spéciale et l'entrée du Slesvig 
dans la Confédération germanique (18 mars). Le roi ré- 
pliqua en proclamant Tunion indissoluble du Slesvig et du 
Danemark et offrant de donner satisfaction aux vœux du 
Holstein. Kiel se révolta, et un gouvernement provisoire 
insurrectionnel fut installé à Rendsburg (24 mars); le 
roi de Prusse se prononça pour les autonomistes, et la 
Confédération germanique admit dans son sein le Slesvig 
(12 avr.), sur la demande de la diète convoquée par les 
insurgés. Mais ceux-ci avaient été battus par les Danois 
à Rau, le 9 avr., et Slesvig réoccupé. Une armée prus- 
sienne et fédérale allemande envahit alors les duchés, sous 
les ordres de Wrangel ; les Danois furent battus à Slesvig 
et à OEversee les 23 et 24 avr., à Duppel le 5 juin. Mais 
ils bloquèrent les ports et virent la Russie et l'Angleterre 
intervenir diplomatiquement en leur faveur. L'arbitrage 
de la Suède, accepté par la Prusse, fit conclure la trêve 
de Malm<jB (26 août), d'une durée de sept mois ; un nou- 
veau gouvernement provisoire fut institué sous la prési- 
dence du comte Karl Moltke, partisan du Danemark. La 
guerre recommença le 1^^ avr. 1849, et le parlement de 
Francfort fit envahir le Slesvig par 45.000 hommes, sous 
les ordres de Prittwitz ; les insurgés seuls envahirent le 
Jutland et furent mis en déroute devant Fredericia qu'ils 
assiégeaient depuis deux mois (6 juil.). La Prusse signa 
un armistice aux termes duquel le Slesvig devait être 
gouverné au nom du roi de Danemark par un triumvirat 
que présidait un commissaire anglais. La paix du 2 juil. 
1850, entre la Prusse et le Danemark, laissa carte blanche 
à celui-ci. Les insurgés, abandonnés à eux-mêmes, ar- 
mèrent 30.000 hommes ; mais leur général Willisen fut 
battu à Idstedt (24-25 juil. 1850) et rejeté au S. de 
l'Eider ; il échoua de nouveau dans son attaque de Frie- 
drichstadt (12 oct.). L'Autriche et la Russie avaient, à 
Olmutz, fait consentir la Prusse à la compression des ré- 
volutionnaires du Holstein ; un corps autrichien occupa la 
province, et la législation insurrectionnelle fut abolie. 



SLESVIG 



— d06 



Enfin le 8 mai 1852, par le protocole de Londres, les grandes 
puissances affirmèrent que l'intégrité de la monarchie 
danoise était d'intérêt européen et qu'elle devrait tout 
entière être transmise à l'héritier, le prince Christian de 
Sonderburg-Gliicksburg. 

Ainsi consolidée avec l'assentiment de l'Europe, la do- 
mination danoise fat organisée ; le Slesvig et le Holstein 
eurent leurs diètes distinctes, siégeant l'une à Flensburg, 
l'autre à Itzehoe, le SJesvig fusionné avec le Danemark, le 
Holstein regardé comme partie distincte delà monarchie, 
mais avec la même loi de succession (31 juil. 4853). 
Dans la partie danoise du Slesvig septentrional, on plaça 
des pasteurs et des fonctionnaires danois. Les députés 
allemands continuèrent leur opposition et obtinrent de la 
Confédération germanique qu'elle déclarât ne pas recon- 
naître la nouvelle constitution du Holstein et Lauenbourg; 
le Danemark céda (1858), et pour mettre un terme aux 
difficultés, il décida que le Holstein et Lauenbourg seraient 
séparés de la monarchie danoise (30 mars 1863), désor- 
mais arrêtée à sa frontière dix fois séculaire de FEider. 
Le Slesvig était incorporé au Danemark (13 nov. 1863). 
Le conseil fédéral de la Confédération germanique, pre- 
nant prétexte de modifications aux pouvoirs des Etats du 
Holstein, avait décidé l'intervention fédérale en Holstein. 

Sur ces entrefaites, le roi Frédéric Vil mourut le 15 nov. 
1863. Conformément au protocole de Londres, Christian 
de Gluksburg lui succéda sous le nom de Christian IX. 
Dans les duchés, un parti reconnut Frédéric d'Augusten- 
burg, quoique son père eût formellement renoncé à ses 
prétentions et adhéré au protocole de Londres. Le Con- 
seil fédéral germanique fit occuper le Holstein par 12.000 
Saxons et Hanovriens, les Danois évacuant sans débat 
cette province. La population y acclama Frédéric d'Au- 
gustenburg, qui vint s'installer à Kiel (30 déc. 1863). 
Dans l'Allemagne entière,, on prenait parti pour lui; 
mais la Prusse et l'Autriche affirmèrent leur volonté de res- 
pecter le protocole de Londres et invitèrent la Confédéra- 
tion germanique à f^ire expulser le duc d'Augustenburg. 
Mais, en même temps, elles invitaient le Danemark à rap- 
porter dans les quarante-huit heures la constitution du 
13 nov. 1863 qui incorporait le Slesvig au Danemark. 
Celui-ci, encouragé par le ministre anglais John RusseU, 
rejeta cet ultimatum ; l'Autriche et la Prusse dénoncèrent 
alors l'engagement du protocole de Londres; 28.500 Au- 
trichiens, sous Gablenz, et 43.500 Prussiens, sous le prince 
Frédéric-Charles, vinrent attaquer les 3-0.000 Danois du 
général Meza, retranchés derrière le Danewerk ; l'armée 
alliée, commandée par le maréchal Wrangel, essuya 
un échec à Missunde, sur la Schlei (1^^' fév.), mais la 
franchit plus bas à Arnis, et le 6 fév. les Danois se 
retirèrent dans les lignes de Dlippel. Napoléon Hï re- 
fusa l'intervention armée proposée par l'Angleterre; la 
Russie, qui avait agi d'accord avec la Prusse en Pologne, 
s'abstint également, si bien qu'en mars les hostilités re- 
prirent. Le Jutland fut en\^ahi; les lignes de Duppel assié- 
gées et enlevées d'assaut le 18 avr.; Fredericia fut oc- 
cupée sans résistance, et une contribution de guerre de 
650.000 thalers prélevée sur les Danois du Jutland. — 
A la conférence ouverte à Londres le 25 avr. sur l'invi- 
tation de l'Angleterre, les puissances germaniques propo- 
sèrent une simple union personnelle entre le Danemark et 
le Slesvig, puis un partage du Slesvig selon la frontière 
linguistique ; sur le refus du Danemark, elles déclarèrent 
avecReust, plénipotentiaire fédéral,vouloir constituer les du- 
chés de Slesvig-Holstein en un Etat héréditaire au profit du 
duc d'Augustenburg. La conférence avorta donc (25 juin) 
et la guerre reprit; les Prussiens occupèrent l'île d'Al- 
sen et préparèrent l'invasion de Fionie. Abandonné de 
tous, le Danemark céda ; les préliminaires furent signés à 
Vienne le l^'^ août et la paix le 30 oct. 1864. Le roi céda 
ses droits sur le Holstein, le Lauenbourg et le Slesvig à 
l'Autriche et à la Prusse ; les frais de la guerre et 20 mil- 
lions de thalers de la dette danoise furent mis à la charge 



des duchés. C'est ainsi que le Danemark fut dépouillé du 
Slesvig qu'il possédait souverainement depuis 837 années. 
Cette violence ne profita pas à ceux qui l'avalent appelée. 

La population allemande du Slesvig-Holstein voulait 
former un Etat aUemand sous le duc d'Augustenburg. Sa 
surprise fut grande lorsque la Prusse, suivie par l'Au- 
triche, commença par expulser les troupes fédérales alle- 
mandes, Saxons et Hanovriens, et par substituer des 
commissaires prussiens et autrichiens aux commissaires 
fédéraux. Après quoi, on éleva des doutes sur la légiti- 
mité des droits du prince héritier d'Augustenburg, bien 
qu'on les eût fait affirmer par les facultés de droit de seize 
universités. On évoqua ceux du duc d'Oldenbourg et d'un 
prince de Hesse, et les juristes prussiens déclarèrent va- 
lable la renonciation fafte par son père en 1852. Toute- 
fois, Rismarck lui offrait de le reconnaître s'il consentait 
à fondre son armée et sa marine avec celles de Prusse, à 
mettre garnison prussiwine dans ses places fortes, à céder 
à la Prusse le terrain nécessaire à son canal de la mer 
du Nord à la Raltique. L'Autriche s'y opposa. La con- 
vention austro-prussienne de Gastein (14 août 1865) par- 
tagea les duchés entre la Prusse et l'Autriche! sans autre 
droit que celui du plus fort. La Prusse eut Lauenbourg 
et l'administration du Slesvig avec le port de Kiel; l'Au- 
triche l'administration du Holstein. Tandis que Manteuffel 
instituait en Slesvig le gouvernement prussien et sévis- 
sait durement contre les autonomistes, l'administrateur 
autrichien Gablenz laissait en Holstein la population affir- 
mer ses préférences pour le prince héritier d'Augusten- 
burg, installé à Kiel. La Prusse réclamant, l'Autriche 
proposa de céder les duchés au prétendant qu'accepterait 
le Conseil fédéral (26 avr. 1866); la Prusse refaisant, 
l'Autriche saisit directement la Confédération germanique 
de la question du Slesvig-Holstein et convoqua la diète 
du Holstein, pour le H juin, à Itzehoe. La Prusse envahit 
alors le Holstein, ce qui entraîna la guerre, bientôt ter- 
minée par la bataiUe de Sadowa. Par le traité de Prague 
(23 août 1866, l'Autriche abandonna le Slesvig-Holstein 
à la Prusse; toutefois, dans l'art. 5 du traité, Napo- 
léon 111 fit stipuler que les habitants du Slesvig septen- 
trional pourraient demander leur réunion au Danemark 
et l'obtiendraient si un vote librement émis affirmait cette 
volonté, La Prusse n'a pas tenu plus de compte de cet 
enagement que de ceux qu'elle avait contractés antérieu- 
rement, et en oct. 1878, elle a obtenu que l'Autriche 
acceptât la nullité de cette clause. La protestation fré- 
quemment renouvelée des Danois annexés malgré eux est 
demeurée stérile. — La Prusse s'était procuré un sem- 
blant de titre en achetant pour 1 million de thalers au 
grand-duc d'Oldenbourg ses droits sur le Slesvig-Holstein 
(27 sept. 1866). Une loi du 24 déc. 1866 a incorporé 
le Slesvig-Holstein à la monarchie prussienne. Les popu- 
lations en furent très mécontentes, mais durent s'incliner 
devant la force, et leurs institutions particulières furent 
effacées sous l'administration prussienne. Les duchés ont 
participé de la prospérité générale que l'Allemagne uni- 
fiée dut à cette énergique domination ; les'grands travaux 
du port de Kiel, du canal des deux mers, la fortune d'Al- 
tona, la restitution de l'île d'Helgoland (1890) dont l'An- 
gleterre s'était emparée en 1814, sont les faits les plus 
marquants de la dernière période. A. -M. D. 

BiBL. : V. la bibi. de l'art. Danemark. — La Schles-wig- 
Holsteinîsche Gesellschaft a publiéiles recueils suivants : 
Urkundensammbung ; Kiel, 1839-74, 4 vol. pai'us; Reges- 
len und f/rfeunden;. Hambourg, 1886-91, 3 vol., et depuis 
1871 une revue (Zeitschrift). — Haupt, Bau und Kunst- 
denkmœler der Provinz] Schles-wig-Holstein^ 1886-89,3 vol. 
— Guides de Heinriciî (1885-88, 3 livr.), Mûnchow (1892) etc. 
Christiani, Gesch. der Herzogtûiner Schleswig und 
Holstein (jusqu'en 1460) ; Flensburg, 1775-79, 4 vol.; con- 
tinué par la Gesch. unter dem Oldenburgischen Haus 
(Kiel, 1781, 2 vol.) ; par Hegewisch, sous le titre Gesch. 
H. und S. 1588-169(t (1801-2, 2 vol.), et enfin par Kobbe 
jusqu'en 1808 (Altona, 1834;. — Waitz, Schleswig-Hols- 
teins Geschichie ; Gœttingue, 1851-54 2 vol. — Droysen 
et Samwer, Die Herzogtûmer S chles\ng -Holstein und 
das Kœnigreicli Dœnemark ; Hambourg, 1850. — Der 



107 



SLESVIG -™ SLOOT 



dansk-iydske Krig 18^8-50, publication de l'état-major 
danois ; Copenhague, 1868-87, 8 livr. — Der deutsch- 
dœnische Krieg 18Gk^ publication de rétat-niajor prus- 
sien ; Berlin, 1887, 2 vol, — Bernhardt, JDer Streit um 
die Elbeherzogtûmer (journal des années 1803 et 1864) ; 
Leipzig, 1895. — Cf. la bibl. des art. Holstpin, Guil- 
laume I", Bismarck, Moltke, etc. 

SLEYDINGE. J.ocalité de Belgique, prov. de Flandre 
orientale, arr. de Gand, à il kil. N. de cette ville; 
5.200 liab. Stat. du cliem. de fer de Bruges à Eecloo 
Exploitations agricoles ; fabriques de tissus de lin et de 
jutes ; huileries et teintureries. 

SLIEVE-Bloom. Montagne d'Irlande (V. ce mot, t. XX, 
p. 947). 

SLIEVE-MoRK. Montagne à'Irlande (V. ce mot, t. XX, 
p. 947). 

SLIGO. I. Ville. — Ville d'Irlande, ch.^ du comté de 
ce nom, à l'embouchure du Garrogues dans la baie de Sligo ; 
i.027 hab. en 1894. Siège de Févêché catholique d'fel- 
phin. Port de cabotage et de pêche assez actif. Ruines 
d'une abbaye dominicaine du xiii^ siècle. 

IL Comté. — Comté de la prov. de Connaught, sur l'Océan; 
4.869 k. q., 98.043 hab. (en 1894) dont 94 7o catho- 
liques ; entre les plaines qui descendent aux baies de SHgo 
et de Killala s'élèvent à 542 m, les Oxmountains. Delà su- 
perficie totale, les champs prennent 48 '^/q, les pâturages 
53 **/o, les marais 40 **/o, les bois 2 **/o. On comptait en 
4890 environ 8.400 chevaux, 8.400 ânes, 750 mulets, 
89.000 bœufs, 88.000 moutons, 30.600 porcs et 6.700 
chèvres. 

m. Baie (V. Irlande, t. XX, p. 945). 

SLINGELANDT (Pieter-Cornelisz van), peintre hollan- 
dais, né à Leydele 20 oct. 4640, mort à Leydele 7 rov. 
4694. Il fut élève de Gérard, mais se rapprocha pluttUde 
Frans Mieris le Vieux qu'il égale quelquefois. Ses derniers 
ouvrages tombent dans la froideur et le maniérisme de la 
fin du siècle. C'est dans la nature morte qu'il a le mieux 
réussi. Ses tableaux, relativement rares, car il travaillait 
très lentement et cherchait le fini, se trouvent dans les 
musées d'Amsterdam {Leçon de chant), Rotterdam, 
Schwerin {Joueur de violon), Berlin, Dresde, Munich, Co- 
penhague, à Buckingham-Palace, au Louvre (un de ses 
chefs-d'œuvre), à l'Ermitage, à Florence (aux Offices, 
Enfant soufflant des bulles de savon, etc. E. D.-G. 

SLINGELANDT (Simon van), homme d'Etat hollandais, 
né à Dordrecht ea 4664, mort à Dordrecht en 4736. Il 
devint à vingt-six ans secrétaire du conseil d'Etat, et fut 
chargé en cette qualité de plusieurs li^issions diploma- 
tiques importantes pendant les guerres de Louis XIV, no- 
tamment auprès de Marlborough. Il représenta aussi la 
République à Londres et à Vienne. Il a laissé des ouvrages 
importants de droit public qui ont été réunis par P. Schou- 
ten sous le titre : Ecrits politiques et diplomatiques 
(en holl. ; Amsterdam, 4784-85, 4 voL in~8). 

Bibl. : Thorbecke, Bjo.g?\'ip/iie de S. von Slingelsindt ; 
La Haye, 1843, in-8. 

SLINGENEYER (Ernest), peintre flamand, né à Loo- 
christy, près de Gand, le 29 mai 48*24, mort le 28 avr. 
4893. Il fut élève de Wappers. Il peignit quantité de ta- 
bleaux d'histoire et de genre, douze fresques, dont les 
sujets sont tirés de l'histoire de Belgique, pour le Palais 
des académies de Bruxelles. 

SLISSÈNE (Oued). Rivière du dép. à'Oran (V. ce 
mot, t. XXV, p. 456). 

SLIVEN,SLIYNO {IsUmieh des Turcs). Ville de la 
Turquie d'Europe, ch.-l. d'un district de la Rouméiie 
orientale, au pied méridional des Balkans, à 285 m. d'alt. ; 
23.200 hab., dont 48.000 Bulgares, 2.000 Turcs, des 
Tziganes, des Juifs parlant espagnol : avant l'émancipation 
de la Bulgarie, il y avait environ 40.000 Turcs, contre 
nombre égal de Bulgares. Beaucoup d'eau, verdure ma- 
gnifique, excellents vins rouges, les meilleurs de Bulgarie. 
Grande industrie drapière ; distilleries. — Le district de 



Sliven comprend 6.500 kil. q. et 474.000 hab., dont 
434.000 Bulgares. 

SLIVNITZA. Village de Bulgarie, au N.-O. de Sofia; 
les Bulgares y défirent complètement les Serbes (47-19 
nov. 4885). 

Bibl. : Regenspursky, Die Kœmpfe bei Slivnica; Vienne, 

1895. 

SLOANE (Hans), naturaliste irlandais, né à Killileaghs 
le 46 avr. 4660, mort à Chelsea le 44 janv. 4753. Membre 
de la Société royale de Londres (4685), il suivit en 4687, 
en qualité de médecin, le duc d'Albermale à la Jamaïque 
et y recueillit une riche collection de plantes. En 4694, 
il devint médecin de l'hôpital du Christ à Londres, en 
4727 premier médecin du roi Georges IL 11 avait réuni 
une belle bibliothèque et une collection de 32.000 mé- 
dailles et de pierres précieuses, de plantes et d'animaux 
qu'il légua à la nation anglaise ; ces collections formèrent 
la base du British Muséum. Principal ouvrage : Avoijage 
to the islandsMadera, Barhadoes, etc. (Londres, 4707- 
25, 2 vol. in-foL, et plus de 300 pL). D^ L. Hn. 

SLOBODSKOL Ville de Russie, gouv. de Viatka, sur 
la Viatka; 7.739 hab. (en 4893). Distillerie, travail du 
cuivre et du cuir ; commerce avec la Sibérie. 

SLODTZ (Sébastien), sculpteur flamand, né à Anvers 
en 4655, mort à Paris en 4726. Il travailla beaucoup à 
la décoration des palais de Louis XIV. Principaux ou- 
vrages : au jardin des Tuileries, Annihal mesurant au 
boisseau les anneaux des guerriers romains morts à 
Cannes; au palais des Invalides, une statue de Saint 
Ambroise; un bas-relief. Saint Louis envoyant des 
missionnaires aux Indes, 

SLODTZ (René-Michel), sculpteur français, né à Pa- 
ris en 4705, mort à Paris en 1764, fils du précédent. 
Il eut à vingt et un ans le second prix de sculpture, fut 
envoyé à Rome comme pensionnaire du roi, y resta dix- 
sept années et y exécuta diverses œuvres : un Saint 
Bruno pour l'église Saint-Pierre, le tombeau du marquis 
Capponi à Saint-Giovanni de Fiorentini. En 4747, Slodtz 
revint à Paris et continua à faire de la sculpture avec ses 
frères Sébastien, René et Paul- Ambroise. En 4758, il fut 
nommé dessinateur royal. On considère comme son œuvre 
principale le tombeau du curé Languet, qui est le modèle 
le plus parfait du mauvais goût de cette époque, mélange 
de bronze et de marbres de couleurs variées : le dessin et 
la composition pèchent également, mais la bizarrerie du 
monumentPa signalé à l'attention. Parmi les autres œuvres 
de Slodtz, il y en a de meilleures : des bas-reliefs à Saint- 
Sulpice, un puits à la Barrière-Blanche, dont le goût gra- 
cieux est remarquable, un tombeau de l'archevêque de 
Montmorin (à Vienne [Isère]), etc. 

SLONIM. Ville de Russie, gouv. de Grodno, sur la 
Chara; 25.646 hab. (en 4894). Gare de chem. de fer. 
Château. Commerce de grains, de bois, de toile, etc. C'est 
une des principales villes de Lilhuanie, lieu de réunion 
des diètes au xvii® siècle. 

SLOOP (Mar.). Petit bâtiment cabotier, qui offre beau- 
coup d'analogie avec le cotre. Il n'a qu'un seul mât \er- 
tical, sur lequel se gréent un humier, une grande voile 
carrée ne servant que dans les très gros temps, et une voile 
trapézoïde. Il tient très bien le plus près. 

SLOOT (Nicohna-Maria-Christina) , femme de lettres 
hollandaise, née à Samarang le 43 janv. 4853; elle vint 
habiter la Hollande en 4874 et publia, sous le pseudonyme 
de Mathilde et de Meloti de Java, de nombreux romans 
témoignant notamment d'une observation très sincère de 
la vie coloniale, et marqués au coin d'une morale très pure, 
qui ont obtenu beaucoup de succès dans les Pays-Bas et 
en Belgique et ont été traduits presque tous en allemand. 
Les plus remarquables sont : la Famille du résident 
(en holL; Leyde, 4875; 48® éd., Schiedam, 4896); les 
Promesses d'Angéline {id.; Leyde, 4879); l'Anneau 
de la grande-duchesse {id. ; Amsterdam, 4889); la Uen- 
%oni {id,; ibid., 4894). 



summ ~ ^ÈàLmù — i08 

SLÛII&H. Vitte d'Angleterre, comté de Mekiagham, 
à 3 kil. de Windsor; 5.426 hab. Briques, fîenrs. f^ms- 
breuses villas à' Upton-pm^k, 

SLOUTCH. Nom de deux rivières de Rus^e,, affl. g. 
du Pripet, gouv. de Minsk, long de 171 kil.; — un aftl. 
du Goryn, en Volhynie, long de 460 kil., navigable à 
partir de Novograd Volynsk. 

SLOUTZK. Ville de Russie, gouv. de Minsk ,•18.044 hab. 
(en 1893). 10 églises dont 8 russes. C'est la plus an- 
cienne ville de cette région ; connue depuis le xii® siècle, 
elle appartint plus tard aux Radzivill. 

SLOVAQUE (Anthr. et Ling.) (V. Slaves et Autriche). 

SLOVÈNE (V. Slaves et Autriche). 

SLOWAÇKl (Jules), poète polonais, né à Krzemieniecz, 
en Volhynie, le 23 août 1809, mort à Paris le 6 avr. 1849. 
Fils d'Eusèbe Slowaçki, traducteur de la Henriade, et, en 
dernier lieu, professeur de littérature à l'Université de 
Vilna, il y fit ses études, et obtint un emploi au minis- 
tère des finances à Varsovie. En 1830, il alla en Italie, 
puis visita l'Orient, et se fixa ensuite à Paris. Les lé- 
gendes, les traditions et les exploits guerriers de sa con- 
trée natale, qui comprenait aussi historiquement l'Ukraine, 
patrie des Cosaques Zaporogues, et constituait l'ancienne 
Pologne méridionale, contrée qui différait essentiellement 
des autres parties de cette république-royaume par sa na- 
ture physique et l'état d'âme de ses populations, inspirè- 
rent à Slowaçki ses premiers poèmes, tels que Imica (nom 
d'un hetman cosaque légendaire), et Jean Bielezki, dont 
le héros appartient à une tradition du xvi® siècle. Les sou- 
nirs de son éducation universitaire en Lithuanie lui four- 
nirent les sujets de son roman poétique Hugo, et d'un 
poème dramatique Mindowe, tableaux des luttes contre 
l'ordre Teutonique. Son séjour en Orient donna naissance 
aux poèmes : le Moine, V Arabe, et Lamhro, insurgé 
grec. Dans toutes ces œuvres, il révéla une imagination 
exubérante, souvent morbide, sous l'influence de Byron, 
et aussi une forme poétique captivante. Puis il aspira au 
rôle de chantre politique et de directeur de la conscience 
de la patrie angoissée. Son poème Kordyan, en la forme 
dialoguée, ainsi que Anhelli, poème en prose composé 
sous l'inspiration de Dante, et Enfer, appartiennent à cet 
ordre d'idées. Dans l'intervalle, il écrivit en Suisse, et, 
sous ce titre même, un délicieux poème lyrique. Waclaw, 
œuvre puissante, a pour héros le personnage déjà mis en 
scène dans le poème de Malczeski (V. ce nom). Balla- 
dyna (1839) et Lilla Veneda (1840), tragédies, ou plu- 
tôt drames-épopées, évoquant le passé légendaire et fan- 
tastique de la Pologne préhistorique, et compte parmi les 
chefs-d'œuvre du poète. Beniowski (1841) est une œuvre 
à part et sans pareille. Conçue dans l'esprit des créations 
d'Aristote, elle constitue à la fois un poème patriotique et 
un pamphlet virulent contre ses contemporains, le tout 
amalgamé avec un génie incroyable. Le Prêtre Mare, un 
des acteurs de la confédération nationale de Bar (1768), 
et le Songe de Salomée, où brille la figure poétique du 
barde ukrainien Vernyhora au temps de la révolte des haï- 
damaques, sont des poèmes sous la forme dramatique. Sa 
dernière création importante, intitulée le Roi Esprit, à 
allures grandioses, mais passablement obscure, est regar- 
dée comme le premier chant d'une grande épopée natio- 
nale, restée inachevée. Il faut y ajouter encore à l'actif du 
poète deux œuvres destinées à la scène : Marie Stuart, 
drame historique, et Mazepa, tragédie, de beaucoup su- 
périeure. Il fit aussi une remarquable traduction du Prince 
constant de Calderon. 

L'ensemble de ses productions poétiques publiées d'abord 
à Paris, depuis 1832, forme 16 vol. Elles furent réunies 
dans l'édition de Leipzig, 1860, 4 vol. in-18 (plusieurs 
réimpressions). Malgré les différentes traductions fran- 
çaises partielles, il n'y a à citer que celle de Venceslas 
Gasztowtt (Paris, 1870, 2 vol. in-18; il publia aussi en 
1883, une étude littéraire sur le poète) et celle du Roi- 
Esprit insérée dans la Pologne captive et ses trois 



poètes, œuvre anonyme de Charles Edmond (Edmond Cho- 
jeezki (Leipzig, 1864). Antoine Maleçki (V. ce nom) a con- 
sacré un travail documenté et pénétrant à l'étude de la vie 
et de Tœuvre du poète (Léopol, 1866-67, 2 vol. ; 2*^ éd., 
1881, 3 vol.). 

Skwâçki représente dans la littérature polonaise une 
personnalité ét^naale et incomparable. Il subit l'influence 
des grands romantiques oecideataux, mais il garda son 
originalité propre. Imaginatiaa aïeule et géniale, mais 
capricieuse; nature exaltée, névrosée et impérieuse» eher- 
chant toujours sa voie, mais ne la trouvant point; Miai- 
nant contre l'affaissement national, sans être homme d'ac- 
tion lui-même, il fut un météore littéraire d'un éclat 
extraordinaire, grâce surtout à la magie de son style et à 
la virtuosité de sa versification. Le poète Krasinski a dit 
très justement de lui qu'il écrivait des vers comme Liszt 
jouait du piano, et que nul ne le dépassait à cet égard. 
Sans être parvenu à la hauteur et à la dignité de poète 
vraiment national comme Miçkiewicz, il complète, à côté 
de celui-ci et de Krasinski, la trinité de grands génies 
poétiques qui personnifiaient au même temps les aspira- 
tions communes des trois contrées principales de l'ancienne 
Pologne. G. Pawlowski. 

SLUiCE (V. Or, t. XXV, p. 441). 

SLUIS. Ville des Pays-Bas (V. Ecluse [L']). 

SLUTER (Claux), sculpteur hollandais qui vécut à la 
fin du XIV® siècle et au commencement du xv®. C'est à lui 
que l'on doit, avec l'aide de Claux de Vausonne et de Jac- 
ques de Baerze, le magnifique tombeau du duc Philippe 
de Bourgogne (au musée de Dijon) : les petites statues 
qui entourent le duc sont pleines d'expression, et la 
figure même du duc ainsi que ses mains sont d'une vie 
extraordinaire (V. Bourgogne, t. VII, p. 787, et France, 
t. XVII, p. 1105). Ce remarquable artiste a exécuté 
aussi six statues de prophètes pour la Fuite de Moïse, de 
la Chartreuse de Dijon (1890), sur la commande du duc 
Philippe dont il était devenu le statuaire attitré (1390). 
Quatre belles statues de marbre de Sluter figurent depuis 
1861 au musée de Cluny, et deux autres dans une col- 
lection de Nancy (M. de Broissa). Sluter est un sculpteur 
de premier ordre, aussi bien au point de vue de l'inven- 
tion que de la grandeur de l'exécution et de la profondeur 
de l'expression. 

SLY. Rivière d'Algérie (V. Isly). 

SMAALENENE. District (« amt ») de Norvège, for- 
mant l'extrémité S.-E. du pays entre le fjord de Chris- 
tiania et la Suède. Superficie : 4.143 kil. q. Pop. : 
120.864 hab. (en 1891), soit 29 par kil. q. C'est surtout 
une région agricole (culture du froment et du seigle), 
mais avec diverses industries et un grand commerce de 
bois exploités le long du Glommen inférieur pour être 
ensuite exportés. Navigation active sur les côtes, qui 
offrent de nombreux petits fjords et, au S., des archipels 
(Hvalôerne, Kragerô) ; 4 villes (Moss, Sarpsborg, Frede- 
rikstad, Frederikshald). Gaston Lévy-Ullmann. 

SMALAND. Province de Suède, la plus grande du Gœ- 
taland (Gothie ou Suède méridionale), entre le lac Vetter 
au N. et la Scanie au S., elle comprend 3 lœn : celui de 
Kronoberg en totalité (9.910 kil. q.), et la plus grande 
partie de ceux de Jœnkœping (10.566 kil. q. sur 11.521) 
et de Calmar (10.197 kil. q. sur 11.543). Superficie 
totale : 30.673 kil. q. Pop. en 1897 : 546.976 hab., 
soit 17,8 par kil. q. ; pop. en décroissance, la province 
fournissant à l'émigration (surtout en Amérique) le plus 
fort contingent de la Suède après le Halland (1881-90: 
12 hab. sur 1.000; moyenne de la Suède: 8 sur 1.000). 
Haut plateau boisé appartenant surtout à la région du 
chêne, le Smâland s'élève à 300 m. au-dessus de la 
Suède centrale, culminant à 377 m. Pays pauvre et sté- 
rile, sauf sur le littoral ; mais rapides et nombreuses 
chutes d'eau utilisées par l'industrie. Minerais de fer en 
filons dans des roches éruptives (gabbro et hypériles) au 
Taberg ; or, dans des dépôts de quartz, à iEdelfors ; nickel 



109 ~ 



SMALAND — SMISSEN 



à Klefva. Carrières de beau granit sur la côte de Calmar. 
— Ch.-l. Calmar. Evêchés à Calmar et à Vexjœ. Cour 
d*appel à Jœnkœping. Gaston Lévy-Ullmann. 

SMALKALDE (V. Schmalkalden). 

SMALT (Chim.) (V. Cobalt, t. XI, p. 744). 

SMARGIAS80 (Le), peintre italien (V. Ciafferf [Pie- 
tro]). 

SMARVES. Com. du dép. de la Vienne, arr. de Poi- 
tiers, cant. de La Villedieu; 847 hab. 

SMÉDEREVO ou SEMENDRIA. Ville de Serbie, sur 
la r. dr. du Danube; 6.920 hab. (en 1895). Gare de 
chem. de fer. Grande exportation de blé et de porcs. 
Forteresse bâtie sur fondations romaines, prise en 1717 
par le prince Eugène, réoccupée par les Turcs jusqu'en 
1867. Le despote serbe Brancovitch y résida. Les Turcs 
y défirent les Hongrois en 1411. 

S M E DT (Charles de) , historien belge , né à Gand en i 833 . 
Il entra de bonne heure dans l'ordre des jésuites et devint le 
chef du collège des boUandistes. Indépendamment de ses 
travaux dans les Acta sanctonim, il collabora à un grand 
nombre de recueils historiques, surtout à la Revue des 
questions historiques, à la Bibliothèque de l'Ecole des 
chartes et aux Etudes religieuses, historiques et litté- 
raires. Les principaux ouvrages du P. De Smedt se dis- 
tinguent par une méthode impeccable et une érudition 
rare. Ce sont : Introductio generalis ad historiam eccle- 
siasticam critice tractandam (Gand, 1876, in-8); Dis- 
sertationes selectœ in primam œtatem historiœ eccle- 
siasticœ (Gand, 1876, in-8); Gesta pontiftcum came- 
racensium, Gestes des eu. de C. de i092 à HS8). 
Texte original publié par la Société de THistoire de France 
d'après un manuscrit du xii® siècle ; Principes de la cri- 
tique historique (Liège, 1883, in- 12). Ce dernier traité 
est un petit chef-d'œuvre de méthode, de clarté et de 
probité scientifique. Le P. Smedt est membre de l'Institut 
de France. E. H. 

SMEGMA(Anat.) (V. Verge). 

SMEIL. Ville de Bessarabie (V. Ismaïl). 

SMÉLAS. Tribu d'Algérie (V. Douair). 

SMERDIS, fils du grand Cyrus, mort un peu avant 
l'année 522 av. J.-C. Son frère Cambyse l'avait fait assas- 
siner. Mais tandis qu'il était encore en Egypte, surgit un 
faux Snterdis : c'était un mage, qui, d'accord avec son 
frère Patizithès, profita de sa ressemblance avec le prince 
disparu pour usurper la couronne. Il se proclama roi 
et régna eftectivement durant sept mois. Dès que Cam- 
byse eut appris cet événement, il voulut marcher immé- 
diatement sur la Perse pour y combattre l'usurpateur. 
Hérodote raconte qu'en sautant sur son cheval, son sabre 
sortit du fourreau et lui fit à la cuisse une blessure pro- 
fonde qui s'envenima et causa sa mort. Il semble plutôt, 
d'après l'inscription perse de Behistân, que Cambyse se 
suicida. Le mage aurait régné longtemps si un jeune sei- 
gneur perse, Darius, fils d'Hystaspe, dont les ancêtres 
avaient régné sur l'Iran, n'avait pas juré de détrôner l'en- 
vahisseur ; son entreprise ayant réussi , il fit massacrer 
les mages, et comme il ne restait ps de descendants de 
Cyrus, il ceignit la couronne. Ainsi se termina cette ten- 
tative de la caste sacerdotale perse pour s'emparer du 
pouvoir temporel. E. Blochet. 

BiiiL. : IIkrodote, Histoires, III, 61-79. — - Ctksias, Per- 
sica, c. 8-10-14-. — Xéxophon, Cyropédie. Vlll,7. 

SMERIL. Ville de Bessarabie (V. Ismaïl). 

SMERMESNIL. Com. du dép. de la Seine-Inférieure, 
arr. de Neufchâtel, caut. de Londinières; 515 hab. 

SMEROU (Mont) (V. Java, t. XXI, p. 67). 

S M ET (Joseph de), historien belge, né à Gand le 11 déc. 
1794, mort à Gand le 12 fév. 1877. Ordonné prêtre en 
1818, il prit une part active à la lutte organisée par le 
clergé belge contre le gouvernement du roi Guillaume, et, 
après la révolution de 1830, fut envoyé au congrès national 
par les électeurs de Gand. Il quitta bientôt la vie politique. 



fut nommé chanoine de la cathédrale de Saint-Bavon, et se 
consacra tout entier aux études historiques, tant au sémi- 
naire de Gand qu'à la commission royale d'histoire. On lui 
doit de nombreuses publications de textes, préparées d'une 
manière très consciencieuse, mais où la critique fait mal- 
heureusement défaut, et auxquelles on a dû faire subir 
une revision sévère. Indépendamment de ces travaux, qui 
ont été réunis sous le titre de : Corpus chronicorum 
Flandriœ (Bruxelles, 1837-65, 4 vol. in-4), de Smet est 
l'auteur de plusieurs dissertations sur des points particuliers 
de l'histoire de la Belgique et spécialement de la Flandre : 
Coup d'œil sur l'histoire ecclésiastique dans les pre- 
mières années du xix® siècle, et en particulier sur 
rassemblée des éuêques à Paris en iSii (d'après les 
papiers du prince Maurice de Broglie, évêque de Gand; 
Gand, 1836, in-8; 2^ éd., 1849); Mémoire sur les 
guerres entre le lirabant et la Flandre au xiv^ siècle 
(Bruxelles, 1855, in-4); Mémoire sur les guerres de 
Maximilien, roi des Romains, contre les villes de 
Flandre, i482-88 {ibid,,iS6D, in-^; Mémoire histo- 
rique et statistique sur les Quatre-Métiers et les îles 
occidentales delà Zélande [ibid., 1872, in-4). E. H. 
BicL. : P. DE Decker, Biographie du chanoine de Smet. 
dans Annuaire de l'Académie royale de Belgique de 1878. 

SMETHYWRIK. Ville d'Angleterre, faubourg 0. de 
Birmingham; 36.170 hab. (en 1891). Verreries, fon- 
deries, aciéries, produits chimiques, etc. 

SMICHOW. Faubourg de Prague, sur la r. s. de la 
Moldava ; 32.646 hab. (en 1890). 

SMICRORINS (Zool.) (V. Pardalote). 

S MIE LA. Ville de Russie, gouvernement de Kiev, à la 
bifurcation des lignes des chem. de fer Tchernigov- 
Nicolaev; 15.000 hab., en majorité Israélites, Centre 
manufacturier important : raffineries, savonneries, fa- 
briques de bougies. 

SMIL Ville de Bessarabie (V. Ismaïl). 

SMILAX (Bot.) (V. Salsepareille). 

SMILIS, sculpteur grec de l'école d'Egine (commence- 
ment duvi« siècle av. J.-C). Il était fils d'Eukleidès, et 
naquit probablement à Egine ; en tout cas, c'est là sur- 
tout qu'il vécut, et il fut un des premiers artistes de l'école 
d'Egine. Il prit part aux travaux du labyrinthe de Lemnos 
(Pline, Hist. nat, XXXllI, 137), et de l'Heraion de Sa- 
mos, où il exécuta la statue en bois de Héra (ibid., 
XXXVI, 90). Il fit pour Olympie la statue de VOlympio- 
nike Praxidamas, statue en bois de cyprès, que Pausa- 
nias vit dans l'Altis (Pausanias, VI, 18, 5), et le groupe 
des Heures, en or et ivoire, que Ton conservait dans 
l'Heraion {ibid., V, 17, 1). P. Monceaux. 

BiBL. :Brunn, Gcsc/i. der griech. Kûnstler, t. I, p. 26. 
— CoLLiGNON, Histoire de la sculpture grecque, t. I, p. 221. 

SMIL LE. Sorte de marteau dont les maçons se servent 
pour smiller ou dégrossir, en les taillant, certains 
matériaux et surtout les moellons, dont ils rendent le 
parement vu, c.-à-d. la face qui doit rester apparente, 
tout à fait nette; dont ils font les joints plus pleins et 
les lits presque parallèles et d'équerre avec le parement. 

SMINTHEUS (V. Apollon). 

SMINTHIN/E (Zool.) (V. Gerboise). 

SMINTHUS (Zool.) (V. Gerboise). 

SMISSEN (Emmanuel-Auguste Graves, baron Van der), 
général belge, né à Bruxelles en 1823, mort à Bruxelles 
en 1895. Il était le fils d'un général condamné pour com- 
plot orangiste après la révolution de 1830. Officier depuis 
1843, il fut envoyé en Algérie par le gouvernement belge, 
et prit part, dans l'état-major du maréchal de Saint-Ar- 
naud, à la campagne deKabylie.En 1864, lorsque Maxi- 
milien d'Autriche alla prendre possession du trône mexicain, 
Van der Smissen l'accompagna comme lieutenant-colonel 
commandant un corps de volontaires belges. H se distin- 
gua dans la guerre contre les juaristes, et remporta plu- 
sieurs succès marquants. Rentré en Belgique après la mort 



SMISSEN — SMITH — HO 

de Maximiiien, il devint lieutenant général. C'est lui qui 
rétablit en 4886, avec une âpre énergie, l'ordre profondé- 
ment troublé dans la région industrielle de Charleroi. Il 
a publié : le Service personnel et la Loi militaire 
(Bruxelles, i>^^l ^m-^),Qi Souvenirs du Mexique, i864- 
67 {ihid., 4892), exposé très clair et très impartial des 
événements qui aboutirent à la catastrophe de Qucretaro. 

SMITH (Détroit de) (V. Polaire, i. XXYIi, p. 58). 

SMITH (Adam), économiste anglais, né à Kirkcaldy le 
5 juin 4723, mort à Londres le 47 juil. 4790. Fils d'un 
contrôleur des douanes, mort deux mois avant sa nais- 
sance, il fut soigneusement élevé par sa mère. Brillant 
élève de Glasgow, il se passionna pour les mathématiques 
où il fit des progrès remarquables. Il acheva ses études 
à Oxford. En 4754, il obtenait la chaire de logique à Glas- 
gow, en 4752, il l'échangeait pour celle de philosophie 
morale. Son enseignement eut un succès qui retenlit jus- 
qu'en Europe : Voltaire lui envoya des élèves. Smith fai- 
sait partie des clubs littéraires et politiques où il prêchait 
le libre échange ; il se lia avec Hume, et avec lui contri- 
bua à la formation de la Société d'Edimbourg « pour en- 
courager les arts, les sciences, l'industrie et l'agriculture 
en Ecosse » (4754). Son temps s'écoulait en ces occupa- 
tions toutes spirituelles, et dans la préparation de travaux 
philosophiques, comme la Jheory of the Moral Senti- 
mgn/s(4759), qui, lorsde sa publication, excita une grande 
admiration et lui valut le préceptorat du jeune duc deBuc- 
cleuch, avec qui il entreprit le voyage traditionnel sur le 
continent. Smith visita ainsi Paris, où il rencontra Hume 
(4764), Toulouse, Montpellier, Genève, où il visita Vol- 
taire pour qui il avait toujours professé un grand respect 
et, de nouveau de passage à Paris, s'y lança dans la société 
des philosophes : d'Alembert, Holbach, Helvétius, Necker, 
Turgot, Morellet, Quesnay, et se plut dans la discussion des 
questions économiques les plus ardues avec ces hommes 
éminents. Cette vie toute intellectuelle le satisfaisait plei- 
nement. On dit bien qu'il tomba amoureux d'une Anglaise 
qui le méconnut; mais ce fut, si Tanecdote est vraie, un 
amour tout platonique. Le romanesque n'eut jamais la 
moindre place dans l'existence de Smith. Au retour 
de ses voyages, il s'installa paisiblement à Kirkcaldy et 
se consacra à son grand ouvrage sur la Richesse des Na- 
tions (The Wealth of Nations), qui parut le 9 mars 
4776. Ce livre eut une influence énorme sur la politique 
économique de l'Angleterre. Pitt appliqua ses principes 
dans le traité qu'il signa avec la France en 4786, et s'en 
servit pour l'élaboration de ses budgets. A vrai dire c'était 
la première fois qu'on appliquait à Féconomie politique les 
procédés de l'enquête scientifique, ou mieux qu'on tentait 
d'en faire une science à part. Nous ne reviendrons pas ici 
sur les théories de Smith qui ont été suffisamment expo- 
sées et commentées dans l'art. Economie politique (t. XV, 
p. 479 et suiv.). Après un petit voyage à Londres où il re- 
cueillit les témoignages les plus flatteurs de l'admiration de 
ses amis, Smith avait été nommé commissaire des douanes 
(4777), comme son père. La composition de son grand 
œuvre semble avoir épuisé son esprit. Il avait eu une en- 
fance souffreteuse ; il avait souffert à diverses reprises 
d'étranges absences qui revinrent plus fréquentes, et il 
s'absorba dans sa petite besogne administrative. La mort 
de sa mère, qui pourtant avait quatre-vingt-dix ans, l'af- 
fecta si profondément que sa santé déclina brusquement, 
et qu'il eut une attaque de paralysie en 4786. En 4787, 
il fut élu recteur de Glasgow, et n'eut pas la force de pro- 
noncer son discours d'installation. Il traîna ainsi jusqu'en 
4790. Peu de livres ont eu autant de succès et un succès 
si durable que les Recherches sur la nature et les 
causes de la richesse des nations. Ce livre ruinâtes éco- 
nomistes français qui tenaient le premier rang dans le 
monde, et son auteur fut, avec quelque exagération, con- 
sidéré comme le « père de l'économie politique ». Pen- 
dant près d'un siècle, il régna seul et, après avoir fait faire 
à la science économique des progrès immenses, il fut 



cause qu'elle stagna et qu'on s'en tint trop longtemps à 
Tunique conception de la « division du travail ». La/U- 
chesse des nations a été traduite en français par Blavet 
dès 4779. D'autres bonnes éditions françaises sont celles 
de Roucher et de la marquise de Condorcet (4790), de 
Garnier (4802), et l'édition abrégée de Courcelle-Seneuil 
(4888). On peut encore citer du grand économiste : Es- 
says on philosophical Subjects (4793); Lectures on 
justice, police, revenue and arms (4896). Les OEuvres 
complètes (4842) comprennent 5 vol. in-8. H. S. 

BiBL. : Dugald-Stewart, BiograpJiical Meynoirs of 
A. Smit/i ; Edimbourg, 1811, in-l. -— Michel Chevalier, 
Etude sur Adam Smith; Paris, 1874, m-8. — Oncken, 
A . Smith and I. Kant^ 1877. — Feilbogen, Smith and Tur- 
got, 1893. — CossA, Introduction to the Study ofpolitical 
economy, 1893. — Delatour, A. Smith, sa vie, ses travaux, 
ses doctrines ; Paris, 1885, in-8. — W. Smellie, Literrar y 
and characteristical Lives, 1800. — W. Playfair, Life of 
A. Smith, 1806.— Haldane, Biographie de Smith dans la 
collection de Great Writers Séries, 1887. — J.-A. Farrer, 
Adam Smith, dans la collection des English Philosopher 
Séries, 1881.— John Rae, Life of A. Smith; Londres, 1895. 

SMITH (Lord Robert) (V. Carrington). 

SMITH (James-Edward), botaniste anglais, né à Nor- 
wich le 2 déc. 4759, mort à Norwich le 47 mars 4828. 
Il fît des voyages scientifiques sur le continent, acquit les 
collections de Linné et créa en 4788 la Société linnécnne 
de Londres. Il a publié plusieurs ouvrages de botanique 
avec planches, d'autres sur la flore britannique, sur la 
faune des Lépidoptères, etc. Ouvrage capital : English 
Botany or coloured figures of british plants (Londres, 
4790-4814, 36 vol. in-8, avec 2.592 pL). D^' L. Hn. 

SMITH (William Sidney), amiral anglais, né le 21 juin 
4764, mort à Paris le 26 mai 4840. Entré dans la marine 
en 4777, il servit pendant la guerre d'Amérique, prit 
part aux combats livrés par Rodney au cap Saint- Vincent 
en 4780, à la Chesapeake (4784), à la Dominique (4782). 
En 4785, il s'établit à Caen, se répandit dans la bonne 
société et acquit une parfaite connaissance du français. 
Chargé en 4787 d'une mission sur les côtes du Maroc, il 
proposa de réduire cet empire avec une très petite es- 
cadre ; mais sa proposition parut aventureuse à l'amirauté 
et il n'y fut pas donné suite. On le trouve ensuite en 
Suède (4789), occupé à des affaires militaires et diplo- 
matiques et servant d'aide de camp au duc de Sudermanie 
dans la guerre contre la Russie (4790). En 4792-93, il 
est à Constantinople d'où il revient, en toute hâte, pour 
prendre part à la guerre contre la France. Fait prison- 
nier en 4796 et interné au Havre, puis à Paris, il faillit 
être écharpé parce qu'on savait qu'il avait conseillé de brû- 
ler notre flotte à Toulon. Il réussit, grâce à une femme qui 
était tombée amoureuse de lui, à s'évader du Temple en 
4798 et à passer en Angleterre, à travers mille périls. 
Il fat aussitôt envoyé à lord Saint- Vincent et se mit en tête 
de diriger les opérations sur la côte d'Egypte. Nelson pro- 
testa, et Smith fut mis sous ses ordres. Il défendit Saint- 
Jean d'Acre contre Bonaparte" avec une habileté et une 
énergie qui ont rendu son nom fameux (4799). On lui fit 
un véritable triomphe en Angleterre. Smith, aveuglé par 
les louanges qu'il recevait, se passa de l'autorisation de ses 
supérieurs pour conclure le traité d'ElArich (24janv. 4800), 
que lord Keith refusa de reconnaître, ce qui fit recom- 
mencer la guerre jusqu'en 4804. Smith fut élu membre de 
la Chambre des communes par Rochester en 4802, devint 
contre-amiral en 4805, fit avec succès une guerre d'escar- 
mouches contre les Français sur les côtes d'Italie. Il était 
détesté des ofiiciers placés sous ses ordres qu'il blessait 
par sa vanité et ses extravagances. Il servit à Constantinople 
en 4807, au Brésil en 4808, où il eut des démêlés avec le 
ministre anglais lord Strangford. On dut le rappeler. En 
4840, on le nomiaa vice-amiral. Il combattit encore à 
AVaterloo, entra à Paris avec les alliés et fut fait amiral 
en 4824. Il se plaisait tellement en France qu'il s'établit 
tout à fait à Paris où il mourut. On l'enterra au Père-Lachaise 
où on a élevé un monument à sa mémoire. R. S. 

BiBL. :F. Marryat, Memoirs of admirai sirW. Sidney 



Smith; Londres, 1839, 2 vol. in-8. — J. Barrowj Life and 
correspondence of admirai sir W . Sidney Smît/i; Londres 
1847, 2 vol. in-8. — La Roquette, Notice historique sur 



Howard, 



l'amiral Sidney-Smith; Paris, 1850, in-8 
Life ofS. Smith; Londres, 2 vol. in-8. 

SMITH (Sydney), théologien et écrivain anglais, né à 
Woodford (Essex) le 3 juin 4771, mort à Londres le 
22 févr. 1845. Il fit à Oxford des études extrêmement bril- 
lantes, les acheva en Normandie à l'époque de la Révolu- 
tion et se fit même inscrire à un club jacobin. Il fut or- 
donné pasteur en 1794. Précepteur d'un fils de Michael 
Hicks Beach, il le conduisit à Edimbourg pour suivre 
le cours de Dugald Stewart et se lia avec les célébrités 
du temps : Brougham, Jeffrey, Seymour, etc. Il prêcha 
quelques sermons qui firent une sensation profonde, fonda 
avec Jeffrey et Brougham VEclinburgh Heview (1 802) , dont 
il fut longtemps un des meilleurs rédacteurs. Il s* établit 
ensuite à Londres oii il donna une série de sermons et de 
conférences sur la morale qui attirèrent la foule. Libéral 
avancé, il fréquenta la maison des Holland, quartier gé- 
néral des whigs, écrivit des lettres en faveur de l'émanci- 
pation des catholiques. Il ne s'enrichissait pas et, contraint 
de résider dans sa pauvre paroisse de Tosthan, fut obligé 
de se construire lui-même sa maison, de se faire fermier, 
médecin, magistrat, car rien n'existait. Il obtint, en 1828, 
d'être transféré à Bristol, mais ses propos par trop indé- 
pendants le firent encore éloigner à Combe-Florey, dans 
le Somerset. Il continua d'y prêcher l'émancipation des 
catholiques et la réforme parlementaire. Lord Grey le fit 
cependant chanoine de Saint-Paul de Londres. Sydney 
Smith fut un singulier prédicateur. Il insérait dans ses 
sermons les plaisanteries les plus excessives, mais il ne se 
montra jamais amer ni méchant, excepté peut-être à l'égard 
des méthodistes qu'il ne pouvait souffrir. Il était bienfai- 
sant à l'extrême et était fort aimé, non seulement de ses 
paroisiens, pour lesquels il se privait du nécessaire, mais 
de la meilleure société du temps qui prisait ses hautes 
qualités d'esprit. Ses œuvres sont nombreuses. Citons : 
Sermons (1800-1, 2 vol.); Lettêrs by Peter Pbjmley 
(1807-8); Sermons (1809, 2 vol.); fhe Ba^/of (1839); 
Works (1839-40, 4 vol. in-8) ; Elementary Sketches 
of moral Philosophij (1850). R. S. 

BiBL. : Lady Hollakd, Memoir of the révérend Syd- 
ney Smith; Londres, 1855, 2 vol. in-8. ~ S.-J. Reid, 
Sketch of the life and limes of Smii/i, 1881. 

SMITH (James), littérateur anglais, né à Londres le 
10 févr. 1775, mort à Londres le 24 déc. 1839. Solicitor 
renommé, il se livrait en ses moments de loisirs à la lit- 
térature et débuta dans le Gentleman's Maqazine par 
une série d'articles humoristiques qui attirèrent l'attention. 
Avec son frère Horatio, il composa ces fameuses parodies 
d'Horace {Horace in London, 1813) qui lui valurent la 
célébrité. Il a encore composé le texte des amusants des- 
sins de Charles Mathews : The Country Cousins, The 
Irip to France, The Trip to America (1810-22) qui 
ont été si populaires. R. S. 

SiVllTH (Joseph ou Joe), fondateur du mormonisme, né 
à Sharon (Etats-Unis) le 23 déc. 1805, mort à Carthage 
le 27 juin 1844. D'une famille de presbytériens extrême- 
ment pieux, il fut élevé surtout par sa mère qui lui incul- 
qua une sorte de mysticisme mêlé fortement de préoccu- 
pations pratiques. Ces deux éléments psychologiques de- 
vaient dominer toute son existence. Nous avons dit ailleurs 
(V. Mormons, t. XXIV, p. 356) comment il créa la religion 
mormonne (1830) et qu'il ne manqua pas de recourir au mer- 
veilleux pour frapper l'esprit public. Sa fin fut celle des fon- 
dateurs de religion : le martyre. Des fanatiques envahirent 
la prison où il était enfermé et le fusillèrent. R. S. 

BiBL. : TuRîsER, Mormonism, with the hiography of 
his autor and founder J. Smith; New York, 1842, in-8. ~ 
.T.-C. Bennett, History and Expostiire of tnormonïsni ; 
New York, 1842, in-8. — Aniédée Pichot, les Mormons ; 
Paris, 1854, in-12. 

SMITH (Emilie), romancière suédoise (V. Carlen). 
SMITH (Sir William), philosophe anglais, né en 1813, 



— 111 — sMtTH 

mort à Londres le 7 oct. 1893. Il étudia d'abord le droit 
et yabandonna pour l'enseignement. Très versé dans le 
latin et le grec, il a donné de nombreuses et excellentes 
éditions classiques. Son Dictionary of Greek and Ro- 
man Antiquiiies (1842) est une œuvre de longue ha- 
leine qui a fait autorité pendant un demi-siècle. Citons 
encore de lui : Dictionary of Greek and Roman Rio- 
graphy {iSm); Dictionary of Greek and Roman Geo- 
graphy (1857); Rible Dictionary (1860-65); Dic- 
tionary of Christian Antiquities (1875-80) en colla- 
boration avec Cheetham ; Dictionary of Christian Riogra- 
phy (1877-87) en collaboration avec Wace. Tous ces 
ouvrages sont bien connus et sont encore parmi les meil- 
leurs qu'on ait produits. Smith fut rédacteur en chef de 
la Quarterly Review de 1867 à 1893 et fit partie d'un 
grand nombre de sociétés savantes. R. S. 

SMITH (Robert Payne), érudit anglais (V. Payne). 

SMITH (Godwin), historien anglais, né à Reading 
(Berkshire) le 13 août 1823. Très brillant élève d'Ox- 
ford, il fut nommé en 1858 professeur d'histoire mo- 
derne à cette Université. En 1864, il fit une tournée de 
conférences aux Etats-Unis où on lui fit un accueil en- 
thousiaste, car dès les débuts de la guerre de Sécession 
il s'était prononcé en faveur des Etats du Nord. Il dé- 
missionna alors (1868) pour accepter la chaire d'histoire 
constitutionnelle à l'Université d'Ithaca (New York). En 
1871, il s'établit au Canada où il fit partie du Sénat de 
l'Université de Toronto et où il publia le Canadien 
Monthly (1872-74) et créa deux périodiques The Week 
et The Rystander, Citons de cet éminent professeur 
les ouvrages suivants qui se recommandent par la hauteur 
des idées et une connaissance parfaite des sources : En- 
gland and America (1865); The civil war in America 
(1866) ; Canada and the Caîiadian Question (1891) ; 
History of the United States (1894) ; Irish history 
and Irish Character (1895), etc. R. S. 

SMITH (William-Henry), homme d'Etat anglais, né à 
Londres le 24 juin 1825, mort le 6 oct. 1891. Il 
collabora avec son père à la direction d'une agence de 
nouvelles et fut le premier à songer à tirer parti du déve- 
loppement des voies ferrées pour vendre des livres et des 
journaux dans les gares et à s'assurer le monopole de ce 
trafic lucratif. Il fut le premier aussi à louer les murs des 
grandes gares pour y placer des annonces. Il réalisa ainsi 
une fortune colossale et songea à la politique. En 1868, il 
fut élu membre de la Chambre des communes par West- 
minster contre John Stuart Mill. Disraeli lui donna dans son 
ministère de 1874 le poste de secrétaire de la trésorerie 
qu'il échangea, en 1877, pour celui de premier lord de 
l'amirauté. En 1885, lord Salisbury choisit Smith pour 
secrétaire d'Etat à la guerre et lui confia en 1885 le secré- 
tariat en chef pour l'Irlande. Smith fit encore partie du 
second cabinet de Salisbury en qualité de chancelier de 
l'Echiquier; puis, en 1886, comme premier lord de la 
trésorerie. Il se surmena tellement pendant les difficiles 
sessions où les Irlandais pratiquèrent le système de l'obs- 
truction politique qu'il mourut d'épuisement. Smith, 
homme à principes sévères, d'une scrupuleuse honnêteté, 
un peu pompeux, plein de bon sens, orateur peu brillant, 
était extrêmement honoré à la Chambre des communes qui 
l'écouta toujours avec respect. Il a fait la joie des caricatu- 
ristes qui l'avaient surnommé « Old Morality ». R. S. 

BiBL. : Maxwell, Life and times of the Pdqht hono- 
rable W. Smith; Londres, 1893. 

SM ITH (Benjamin Leigh),voyageur anglais, nélel2mars 
1828. Inscrit au barreau de Londres en 1856, il abandonna 
bientôt la procédure pour les explorations géographiques 
et fut attiré surtout par les régions arctiques où il a fait 
cinq voyages. En 1871 et 1872, il parcourut les régions 
presque inconnues qui s'étendent au N. du Spitzberg ; 
il y revint en 1873 et secourut l'expédition suédoise 
arrêtée par les glaces, étudia la température des eaux 
profondes et la direction des courants du Culf-Stream. 



SMITH — SMOLENSK 



— ii'2 



En 1880, avec un navire spécialement construit, r£zm, il 
alla jusqu'à la terre François-Joseph, découvrit des îles 
et les côtes d'une nouvelle' terre. Il revint dans ces 
parages en 1881, mais VEira fut prise dans les glaces 
et détruite. R. S. 

SMITH (Alexander), poète écossais, né à Kilmarnock le 
31 déc. 1830, mort à Wardie le 5 janv. 1867. Fils d'un 
dessinateur industriel, dessinateur lui-même, il aban- 
donna en 1853 un métier qui lui déplaisait pour se livrer 
à la littérature. Miss Martineau, lord Dufferin et d'autres 
le poussèrent ; il dirigea un petit journal le Glasgoiv- 
Miscellany, puis devint (1854) secrétaire de l'Université 
d'Edimbourg. Ses poésies, d'une fraîche imagination, d'un 
charme très personnel, ont eu un succès mérité. Nous 
citerons : Life drama and other Poems (1853); Firmi- 
lian (1854); City Poems (1857); Edwin ofDeira (1861 ); 
Dreamtkorp (1863) ; Last ïeaves (1868). R. S. 
Bii3L. : Brisbâne, Early years of Alex. Smith, l'è69. 

SMITH (George), ass3Tiologue anglais, né à Londres le 
26mars 1840, mort àAlep lel9 août 1876. Il fut d'abord 
graveur sur cuivre, mais ayant travaillé à la gravure des 
planches de Touvrage de Rawlinson sur les inscriptions 
assyriennes, il se prit d'enthousiasme pour les études aux- 
quelles il se consacra (1866); une petite place au British 
Muséum le lui permit. Il collabora avec Rawlinson au 
3® vol. de ses Cuneiform inscriptions of WerternAsia, 
puis attira l'attention universelle par une série de bril- 
lantes découvertes; il établit que les rois Ahas et Asarja 
de Juda et les rois Pekah et Hosca d'Israël étaient con- 
temporains du roi assyrien Tiglat Pilesar ; il fixa la date 
d'une éclipse totale de soleil de 763 av. J.-C. ; il décou- 
vrit, en 1872, sur douze tablettes du British Muséum la 
version assyrienne de l'histoire biblique du déluge. Le 
Daily Telegraph lui fournit alors le moyen de faire un 
voyage archéologique à Ninive (1873), puis à Mossoul ; il 
rapporta de ses voyages de nombreuses et importantes 
inscriptions, et en publia le récit (1875) dans Âssyrian 
discoveries. En 1876, il repartit pour Bagdad, mais fut 
arrêté par la peste, et n^ourut pendant le voyage de retour 
à Alep. Ses ouvrages principaux sont : History of Assur- 
baniçal (1871), qui contient trois mille lignes d'inscrip- 
tions cunéiformes avec leur traduction anglaise : Phone- 
tic values of the cuneiform characters (1871) ; Assy- 
lia fromt fie car liant timesto ihe faUofninerch{i81^) ; 
The Chaldees account of Genesis (1875). Les pubhca- 
tions plus courtes ont paru dans le journal de la Society 
ofhiblicas archœology. Après sa mort ont paru History 
of Babylonia (iSliy, et History ofSennaheris (iSlS), 
Par salongue habitude des inscriptions cunéiformes, Smith 
était parvenu à les hre et les traduire presque couram- 
ment. Aussi ses travaux ont-ils un haut degré de préci- 
sion. J. Oppert. 

SMITHFIELD (V. Londres, t. XXll, p. 514 et 5"23). 

SMITHFIELD. Ville de la République d'Orange [Y. 
ce mot). 

SMITH SON (James), savant et capitaliste anglais, né 
en 1765, mort à Gènes (Italie) le 27 juin 1829. Il était 
le fils naturel d'une veuve, Elizabeth KeateMacie, arrière- 
petite-nièce de Charles, duc de Somerset, et de Hugh Smith- 
son, qui, plus tard, devint le premier duc de Northumber- 
land. Il entra, en 1782, à Pembroke Collège (Oxford) et 
s'intéressa de bonne heure aux sciences physiques, notam- 
ment à la minéralogie, à la géologie et à la chimie. Membre 
de la Royal Society en 1787, il publia un certain nombre 
de Mémoires dans les Philosophical Transactions of the 
Pioyal Society (1791 à 1 807) , dans le Philosophical Maga- 
zine et dans les Thomson' s Annals of Pliilosophy{iHid' 
1825). Il passa la plus grande partie de sa vie à Paris, en 
relations avec les savants français, notamment avec Arago. 
Sa santé et son humeur étaient fort mauvaises, et Arago 
dit qu'il passait la moitié de sa vie à travailler, l'autre à 
jouer. Cependant, il n'avait pas réussi par ses publica- 
tions à rendre son nom célèbre, comme il Tavait espéré 



dans sa jeunesse lorsqu'il avait dit : « Mon nom vivra 
encore dans la mémoire des hommes quand les titres des 
Northumberland seront éteints et oubliés » ; il y parvint 
par son testament. Il légua sa fortune, évaluée à plus de 
cent mille livres sterling, < aux Etats-Unis d'Amérique », 
quoiqu'il ne tût jamais allé dans ce pays et qu'il n*y connût, 
semble-t-il, personne, « p^ur fonder à Washington, sous 
le nom de Smithsonian Institution, un établissement 
en vue de l'accroissement et de la diffusion de la science 
parmi les hommes ». 

Le legs de J. Smithson ne fut délivré au gouvernement 
des Etats-Unis qu'en 1838. Huit ans s'écoulèrent ensuite 
sans qu'aucun projet d'organisation fût adopté, L' « Ins- 
titut smithsonien » date d'un acte du Congrès, approuvé 
le 10 août 1846. Il est devenu dès lors, pour les Etats- 
Unis, une institution nationale. Enrichi par une foule de 
libéralités privées et publiques, il est somptueusement 
installé à Washington. Ses principaux organes ou ser- 
vices sont : une bibliothèque (Smithsonian Library), la 
plus riche du monde en publications de sociétés savantes; 
un musée {United States National Muséum); un bureau 
d'échanges internationaux ; un observatoire (Astrophy- 
sical Observatory) ; un parc zoolo^ique (National Zoo- 
logical Park); un Bureau d'ethnologie américaine (Bureait 
of american ethnology). Les publications de l Institut 
smithsonien, qui intéressent toutes les sciences propre- 
ment dites (physique, chimie, anthropologie, géogra- 
phie, etc.), sont très nombreuses; on en trouvera la bi- 
bliographie dans l'ouvrage intitulé The Smithsonian 
Institution, 1846-96. The history of its first half 
centuri/, éd. par G. Brown Goode (Washington, 1897, 
gr. in-8). Ch.-V. L. 

SMITHSONITE (Miner.). Carbonate de zinc (ZnO,C02) 
isomorphe avec la calcite, la sidérose, etc. L'angle du 
rhomboèdre est de 107^40'. Les cristaux sont petits. Le 
plus souvent, la smithsonite se présente en masses réni- 
formes, mamelonnées, stalactiformes, en agrégats grenus 
ou à grains très fins et pouvant alors former des masses 
très épaisses. Incolore, grise, colorée quelquefois en vert 
ou en bleu par du cuivre. Densité, 4,1 à 4,5; dureté, 5. 
La smithsonite est soluble dans les acides. Elle se trouve 
en filons au miheu du calcaire ou de la dolomie, et elle 
est souvent associée au silicate de zinc (calamine). Les gi- 
sements les plus connus sont ceux du Laurium (Grèce), 
de MaUidano, de Santaider, de Tunisie, etc. C'est un ex- 
cellent minerai de zinc. P. Gaubert. 

SMJORFJALL. Montagne d'Is/ande (V. cemot, t. XX, 
p. 1009). 

SMOLENSK. Ville de Russie, chef-lieu de gouverne- 
ment, à 660 kil. S. de Saint-Pétersbourg, sur les deux rives 
du Dnieper et au croisement des lignes ferrées Moscou- 
Brest et Riga-Orlov ; 47.000 hab. Une des plus anciennes 
villes de Russie, citée déjà dans les Chroniques de Nestor 
comme capitale de la tribu slave des Krivitches, Smolensk 
semble avoir joui pendant longtemps d'une certaine autono- 
mie, les princes de Kiev n'ayant pas osé s'attaquer à une 
aussi grande et populeuse cité. Sa première incorporation 
dans les fiefs princiers date de l'an 882, lorsque la ville 
fut prise, presque sans résistance, par Oleg (V. ce nom), 
conquérant de Kiev. Smolensk subit, depuis, le sort de 
la plupart des anciennes villes lithuaniennes. Disputée 
d'abord entre les princes feudataires, la ville fut succes- 
sivement prise et reprise par les souverains de Pologne, de 
Lithuanie, de Moscou. Elle échut, en 1097, à Vladimir Mo- 
nomaque, prince de Kiev. Deux siècles plus tard, elle de- 
vint l'apanage des princes lithuaniens. En 1514, elle fut 
prise par les Moscêvites qui durent la céder cent ans après, 
en 1611, à Sigismond III, roi de Pologne, après un siège 
de vingt mois. Repris par les Russes après un siège de 
six semaines conduit par le tsar Alexis, Smolensk fut cédé 
aux Moscovites en 1654, par traité, pour une durée de 
treize années. Une convention ultérieure (1686) assura 
aux Russes la possession définitive de cette ville qui devait 



— 113 



SMOLENSK — SMOLLETT 



encore jouer plus tard un rôle considérable dans l'histoire 
de Fempire. Pendant la guerre russo -suédoise, Smolensk 
fut en effet le principal point d'appui des troupes russes. 
Elle a été presque entièrement dévastée lors de la guerre 
de 1812. Envahie par les troupes de Napoléon, après une 
résistance héroïque des troupes russes concentrées près 
de la ville, Smolensk fut d'abord incendié (47-18 août). 
L'arrière-garde de Napoléon y revint quatre mois plus 
tard, et le conquérant français séjourna dans la ville du 

14 au 17 nov. On a évalué les pertes de la ville durant la 
campagne de Napoléon à plus de 6 millions et demi de 
roubles. 

Smolensk semble avoir prospéré particulièrement du- 
rant le xvi^ siècle, alors que sa population atteignait 
d'après les uns 80.000, d'après d'autres 200.000 âmes. 
Un mur d'enceinte de près de 5 kil. de tour, de 10 à 

15 m. de haut et épais de 3 à 6 m., élevé par Boris Go- 
dounov de 1596 à 1600, entoure la ville. Héparé à plu- 
sieurs reprises, muni autrefois de trente-six tours, le mur 
subit de grandes avaries lors de divers bombardements, 
notamment en 1611 par les Polonais (Sigismond III), 
1632 par les Russes (Cheïn), 1812. Il est presque en ruines 
actuellement. Placé dans un site pittoresque, Smolensk, d'un 
aspect assez agréable, possède 43 églises et chapelles dont la 
plus importante , la cathédrale de l 'Assomption , fut construite 
de 1676 à 1772 sur l'emplacement de la première église 
en bois, élevée en 1101 et détruite par les Polonais en 
1611. On y compte près de 2.800 maisons d'habitation 
dont 630 environ en maçonnerie ; 37 écoles, dont 5 d'en- 
seignement secondaire, 1 séminaire, etc. La ville possède 
aussi deux monuments rappelant la campagne de 1812 
(monument d' Engelhard! fusillé par les Français, une py- 
ramide), une statue du compositeur Glinka, Le trafic est 
peu considérable et se réduit au commerce des céréales. 
Les fabriques et usines sont au nombre de 46 ; les prin- 
cipales sont des manufactures de tabac et des brasseries. 
Revenu annuel, 260 à 270.000 roubles. 

Le gouvernement de Smolensk, entouré des gouver- 
nements de Pskov, de Yitebsk, de Mohilev, d'Orlov, de 
Kalouga et de Moscou, occupe une superficie de plus de 
56.000 kil. q. et appartient à la région centrale de la 
Russie d'Europe ou à la Russie Blanche. Il est divisé en 
12 districts (ouieuls) d'inégale étendue (2.600 kil. à 
10.000 kil. q.) : Smolensk, Biely, Viazma, Gjatsk, Do- 
rogobouje, Doukhovchtchina, Elnia, Krasniy, Poriétchié, 
Roslavl, Sitchevka, Youkhnov, et compte au total 14.484 
lieux habités et une population de près de 1 .600.000 hab. 
Jouissant d'un climat relativement modéré (moyenne an- 
nuelle à Smolensk, 4*^,9), située sur une éminence assez 
élevée, formant le partage de trois bassins fluviaux (Vol- 
ga, Dniepr et Dvina occidentale), la province participe à 
la fois aux régions industrielles et agricoles de l'empire. 
Elle produit annuellement environ 35 millions^ de pouds 
de céréales diverses, plus 23 à 24 millions de pouds de 
pommes de terre. Les forêts couvrent plus du tiers de la 
superficie de la province (34^/o). L'industrie, représentée 
par environ 1 .800 usines et fabriques diverses, occupe près 
de 10.000 ouvriers ; sa production se monte à près de 
7 millions de roubles (fabriques de tissus, manufactures 
de tabac, brasseries, distilleries, verreries). Impôts, en- 
viron 7 millions 1/2 de roubles, dont près de 4 millions 1/2 
impôts indirects (tabacs, boissons). — Accroissement an- 
nuel de la population, un peu plus de 17.000, soit 80.000 
naissances contre 63.000 décès. 

Le gouvernement, après l'acquisition dcfinidve de la 
ville de Smolensk par la Russie, fut formé la première 
fois en 1708. L'organisation dans se 5 limites actuelles 
date de Tannée 1802. P. Lem. 

SMOLENSKY (Perez), publiciste et romancier juif, né 
près de Mohilev (Russie) en 1842, mort à Méran en 1885. 
Orphelin de bonne heure, il mena l'existence pleine d'aven- 
tures et de misère d'un pauvre élève rabbinique dans les 
bourgades de la Lithuanie. Il publia à Odessa ses pre- 

r.RANDE ENCYCJ.OPÉDIE. — XXX. 



miers essais littéraires en hébreu moderne. Vers 1868, 
il s'établit définitivement à Vienne, où il fonda la revue 
Haschahar d'Aurore), qui devait exercer une influence 
énorme sur le développement de l'hébreu et grouper 
toute une pléiade d'écrivains et de poètes. Dans ses ar- 
ticles et surtout dans son Am Olam (le peuple éternel), 
Smolensky combat à la fois le dogmatisme étroit des 
rabbins et les réformes à son avis excessives des écoles 
modernes, et milite pour la renaissance du judaïsme his- 
torique et national. Par les qualités de style et de pensée, 
par sa critique violente des abus sociaux et par sa foi pro- 
fonde dans l'avenir d'Israël et dans la justice, il se rat- 
tache directement à la grande école des prophètes hébreux. 
Mais c'est surtout le roman qui l'attire. Son Hatoéh Bé- 
darkey Hachayim (l'Errant dans les chemins de la vie) 
est la véritable odyssée du Juif errant du ghetto moderne. 
Ses autres romans ne sont pas moins remar([uables, mal- 
gré certains défauts techniques, par l'imagination mer- 
veilleuse, la description vive et réaliste et par le style 
coulant. Dans ses derniers écrits, surtout dans sa nou- 
velle Nekam Berifh, il reprend l'idée sioniste comme la 
seule pouvant régénérer le judaïsme. Son œuvre compte 
une trentaine de volumes, dont quelques-uns seulement 
ont été traduits en russe et en allemand. N. Slouschz. 

SMOLKA (Franz), homme politique autrichien, né à 
Kalusz (Galicie) le 5 nov. 1810, mort à Léopol le 
4 déc. 1899. Avocat à Léopol, il devint chef du parti de 
la Jeune Pologne, fut condamné à mort après un procès 
de quatre années. Gracié, il prit en mars 1848 la direc- 
tion du mouvement polonais en Galicie; le 12 oct. il fut 
élu président du Reichstag de Vienne. Rentré à Léopol, 
il y reprit sa profession d'avocat ; élu député au Reichsrath 
en 1861-63, puis à partir de 1867, il siégea à la droite 
fédéraliste, devint un des leaders du parti polonais et 
fut, de 188i à 1893, président de la Chambre des dé- 
putés. Il se retira alors et passa à la Chambre des sei- 
gneurs. 

BiHL. : WiDMANN, Frauz Smolka; Vienne, 1887. 

SMOLKA (Stanislas), historien polonais, né à Léopol 
(Lemberg) en 1854, fils du précédent, il fit ses études 
universitaires à Léopol et à Goettingue (sous la direction 
de G. Waitz), Nommé en 1876 professeur de l'histoire 
d'Autriche à Cracovie, il occupe depuis 1883 la chaire de 
l'histoire de Pologne à la même Université. Membre des 
Académies des sciences de Cracovie, Budapest, Prague et 
Agram, il est depuis 1891 secrétaire général de l'Académie 
des sciences de Cracovie. En 1895-96, il était recteur de 
l'Université de Cracovie. Il a le grand mérite d'avoir or- 
ganisé à Rome une « mission historique polonaise » des- 
tinée à dépouiller les archives de Rome en ce qui concerne 
l'histoire de Pologne. Ses œuvres principales (en polonais) 
sont : Miécislas le Vieux et son temps (Varsovie, 1881) ; 
Remarques sur l'organisation sociale de la Pologne 
à Vépoqiie des Piasts (Cracovie, 1881); Essais his- 
toriques (Varsovie, 1881 et 1883, 2 vol.); Josepk 
Szujski, rAn 1386, Kiejstut etJagello; les Puissances 
de r Europe et la Constitution polonaise de 1791, les 
Archives du grand-duché de Posnanie, Etudes criti- 
ques sur les monuments les plus anciens de l'histoire 
ruthéno-lithuanienne. En 1893, il a publié avec Bo- 
zynski un ouvrage sur Jean Dlugosz. V. Bugiel. 

SMOLLETT (Tobias-George), écrivain anglais, né près 
de Bonhill (comté de Dumbarton) en 1721, mort à Pise le 
17 sept. 1771. On voulait en faire un médecin et on le 
mit en apprentissage chez le D^ Gordon à Glasgow ; au 
bout de trois ans il abandonnait son patron et partait 
pour Londres, une tragédie en poche. Mais il ne put la 
faire jouer, et se trouva très heureux d'accepter les fonc- 
tions de médecin de la marine. Il fit ainsi campagne aux 
Indes. En 1744, il s'établit à Westminster et se fit quel- 
que clientèle. Les lettres l'attiraient toujours. Il compose 
un poème The Tears of Scotland, des satires, Advice 
(1746) ; Reproof (1747), une parodie de Lyttelton : Bur- 

8 



SMOLLETT — SMYRNE - 114 

lesqueode on the loss of a Grandmother (il^il), un ro- 
man, Roderick Random (1748, 2 vol.). Ce roman, dans 
le genre du Gil Blas, de notre Lesage, lui valut une sou- 
daine célébrité. Sa maison devint un centre de réunion 
pour tous les Ecossais de marque, venus tenter fortune à 
Londres. Smollett avait trouvé sa voie. Son second roman 
The adventuresofPeregrinePicJde{ilbi, 4 vol. in-i2), 
accrut encore sa réputation et fut immédiatement traduit 
en français. Le succès ne va pas sans exciter l'envie. Smol- 
lett, qui avait l'esprit excitable et la dent dure, ne suppor- 
tait pas les critiques. Il attaqua sans mesure Lyttelton et 
Fielding dans un pamphlet : A faitliful narrative of the 
base and inhuman arts that were lately practised upon 
ike Brain of Habbakuk, Hilding, Justice, Dealer and 
Chapman^ ivho nom lies ai his house in Covent Gar- 
den in a déplorable State ofLunacy ^1732), qui ne lui 
fait guère honneur. Il établit ensuite son quartier général 
à la Taverne du Cygne, à Londres, et se livra à toutes sortes 
d'excentricités et de mystiïications aux dépens de ses con- 
temporains. Ce penchant à la malice lui avait déjà fait 
perdre tous ses clients, et il lui causa quelques désagré- 
ments judiciaires. Criblé de dettes, Smollett se remit à 
écrire. Un nouveau romar., Ferdinand count Fathorn 
(4753), mit en pleine lumière ses qualités de fme ironie 
et d'observation aiguë. Puis, il traduisit Don Quichotte 
(1755), une de ses admirations, fonda The Critical Re- 
view (1756), mais cette revue, outrageusement moqueuse, 
lui fit des légions d'ennemis. Enfin, il compila une His- 
tory of Enfland (1757, 4 vol. in-4), qui est une pure 
entreprise ae librairie. En 1759, Smollett fut condamné à 
trois mois d'emprisonnement pour avoir diffamé l'amiral 
Knowles dans sa revue. En prison, il projeta un nouveau 
périodique The British Magazine, qui parut enjanv. 1760. 
Il continua son Histoire, dont il donna 5 vol. de 1761 à 
1765. Il dh'igea aussi le journal The Br don, qui ne réus- 
sit pas du tout, n entreprit des compilations pour les librai- 
res et finit par gagner de l'argent. En 1763, il fit un 
grand voyage en franco et en Italie et en écrivit le compte 
rendu sous forme de lettres piquantes, qui ont été réunies 
sous le titre de Travets (1766). Il fut longtemps malade, 
puis il se ressaisit pour écrire, à la manière de Rabelais, 
une des plus amusantes satires qui soient de l'Angleterre 
politique du xv!!!*^ siècle : The History and adventures of 
an Atom (1768). Cet effort lui coûta un regain de maladie. 
Il revint en Italie où il séjourna plus d'un an sans recouvrer 
la santé, et où il composa son chef-d'œuvre Humphrey 
Clinker (1771), l'un des meilleurs romans anglais. 

Citons encore parmi les œuvres de ce fécond écrivain : 
The Adventures of sir Launcelot Greaves (Londres, 
1762, 2 vol. in-12) ; The présent State of ail Nations 
(Londres, 1764, 8 vol. in-8) ; Ode to Indépendance 
(1773, in-4), une traducticn des Aventures de Gil Blas 
de Santillane (Londres, 1749, 4 vol. in-I2), une tra- 
duction de Voltaire (Londres, 1761-74, 38 vol. in-12), 
une des Aventures de Télémaque de Fénclon (Londres, 
1776, 2 vol. in-12). Ses Œuvres complètes ont eu de 
nombreuses éditions, entre autres Edimbourg, 1790, 6 vol. 
in-8 ; et Londres, 1872, 8 vol. in-8. R. S. 

BiBL. : Rob. Anderson, Life of T. Smollett ; Edimbourg, 
1803, in-8. — W. Scott, Fielding und Smollett, trad. par 
LiND au; Leipzig, 1824,in-8. — Rob. Chambers, Smollet, his 
life and a, sélection fr^om his writings, 1867. — David Han- 
NAY, Life of Smollet, ds^ns Great writers séries, 1887. — 
Saintsbury, Vie, en tête de Téd. des romans de 1895. — 
Oliphant Smeaton, Life of Smollet, dans Famous Scots 
séries, 1897. 

SMYRNE (Golfe de). L'une des échancrures de la côte 
si tourmentée d'Asie Mineure le long de la mer Egée. Large 
de 22 kil. à l'ouverture, le golfe a d'abord une direction 
N.-O.-S.-E., pendant 41 kil. ; dans cette partie se trouve 
l'île de Makronisi ou Tchoustan, ou Kiensténi; puis le 
golfe se rétrécit, et sa direction est del'O. àl'E. formant 
la baie de Smyrne proprement dite. Les alluvions du Ge- 
diz (anc. Hermos) menaçaient de transformer cette baie 
en un lac; par un canal de 6 kil. achevé en 1886, on Ta 



rejeté dans un ancien lit qui débouche plus à FO. dans 
la lagune d'Agria, non loin de l'ancienne Phocée. Deux 
phares éclairent l'entrée et le milieu de la baie intérieure, 
qui a 24 kil. de long. L. Makchand. 

SMYRNE (Vlsmir des Turcs). Grande ville maritime 
de la région occidentale de la Turquie d'Asie, à 327 kil. 
O.-S.-O. de Constantinople, sur la rive S. et non loin du 
cul-de-sac du golfe de Smyrne, grand rentrant de la Mé- 
diterranée ayant 22 kil, d'ouverture et 65 de pénétration 
dans les terres, à la bouche du Mêlés, sous 28^ 26' 30*^ 
lat. N. et24M'9'27nong. E., en bas du mont Pagus 
(185 m. : 250 d'après un autre document) ; 200.000 
hab. (d'autres disent 223.000), avec supériorité de l'élé- 
ment musulman (89.000 contre 77.000 Grecs, dont 
25.000 venus de Grèce) ; il y après de 6.000 Arméniens, 
plus de 8.000 Italiens, 1.000 Français, autant d'Anglais, 
500 Allemands, etc., et 16.000 juifs. Port de 12 hect., 
absolument abrité, avec 3.325 m. de quais. Ce port était 
fort menacé par les atterrissements du Guédiz, l'antique 
Hermus, fleuve riche en alluvions, et, dit Cuinet, d'après 
les calculs des ingénieurs, la passe aurait été impra- 
ticable aux navires d'un moyen tonnage au bout de 
quarante ou cinquante ans (soit vers 1930 ou 1940) et 
entièrement comblée au bout d'un siècle : c'est pourquoi 
ce fleuve a été détourné de son embouchure dans le golfe 
de Smyrne, et un nouveau lit l'amène en Méditerranée au 
golfe d'Ayria, près Fokia, qui fut Phocée, mère de Mar- 
seille. Etant donné l'énorme accroissement du commerce 
smyrniote dans la seconde moitié du xix® siècle, le port 
ne suffît plus, et il faut, ou l'agrandir ou en creuser un 
nouveau à côté, « ce qui n'offrira rien de bien difficile, la 
profondeur des eaux du golfe n'étant, au maximum, que 
de 12 à 14 m. Le mouvement maritime de Smyrne, sans 
les remorqueurs et les caboteurs (au-dessous de 30 tonnes), 
dépasse, entrées et sorties réunies, 5.000 navires et 
1.350.000 tonnes, dont près de 300.000 sous pavillon 
britannique, près de 200,000 sous pavillon français, et 
presque autant sous pavillon ottoman et sous pavillon 
austro-hongrois, 127.000 sous pavillon grec, 130.000 
sous pavillon russe, 84.000 sous pavillon itahen, 71.000 
sous pavillon égyptien, 50.000 sous pavillon allemand, etc. 
Les vapeurs de vingt-deux compagnies des nationalités 
les plus diverses débarquent au port de Smyrne, et con- 
courent à un mouvement d'affaires qui varie, importa- 
tions el exportations réunies, celles-ci sensiblement su- 
périeures à celles-là, entre 150 et 20Ô milUons de fr. 
par an. 

Dans son cadre de montagnes nues, mais à nobles con- 
tours, Mimas, Sipylc, Tmolus, Smyrne se divise en quatre 
quartiers : le quartier turc en amphithéâtre, labyrinthe do 
ruelles tordues, presque ténébreuses, avec minarets élan- 
cés, coupoles de mosquées, et, tout au, haut les cyprès du 
cimetière musulman ; le quartier franc, longeant la rive 
du golfe e*t qui devient de plus en plus européen d'as- 
pect, avec beaux hôtels, beaux cafés, foule cosmopolite 
011 l'on parle beaucoup le grec et beaucoup le français; 
dans cette ville de Smyrne, qui est pour ainsi dire inter- 
nationale, il paraît 4 journaux français, 3 grecs, 2 turcs, 
1 « espagnol hébraisé », 2 revues grecques, 1 revue 
arménienne ; le quartier juif et le quartier arménien. Au- 
cun de ces quartiers ne montre de vrais, de beaux monu- 
ments, et aucune de leurs 20 mosquées n'est bien curieuse ; 
mais le bazar vaut une visite : « il est d'une animation, 
d'un mouvement extraordinaire..., en son dédale de rues, 
de ruelles, de carrefours qui forme une ville dans la ville 
avec une population grouillante aux costumes pittores- 
ques ». Au sommet du Pagus, débris de l'Acropole, dont 
les soubassements sont grecs, le reste byzantin. 

Smyrne ne fut pas d'abord à Smyrne même, mais au 
S.-O. de Bournaba, lieu de plaisance et de villégiature 
le plus aimé des Smyrniotes ; des ruines nombreuses, 
dites Palœa Smyrna ou Vieille Smyrne. s'y montrent en- 
core^ elles longent une baie qu'empâtèrent depuis les 



-«li« ^ 



MYRNE --. SNELLAERT 



alluvions du Mélès ; on suppose qu'elle fut fondée vers 
dl30 avant notre ère, « à l'époque des premières migra- 
tions ioniennes ». Détruite par les Lydiens au vu® siècle 
av. J.-C. ; reconstruite sur l'ordre d'Alexandre ; ensuite 
ville romaine, puis byzantine; enfin définitivement turque 
à partir de 1419 et devenue la seconde ville de l'empire 
ottoman, après Constantinople. 

Le vilayet ou prov. de Smyrne s'est jusqu'à ces der- 
niers temps nommé vilayet d'Aïdin, d'après « l'ancienne 
principauté donnée en fief par les empereurs turcs seldjou- 
kides au célèbre émir Aïdin ». Il est borné : à l'O. et au 
S.-O., par la Méditerranée ; à l'E., par les vilayets de 
Konieh et de Brousse ; au N., par ce même vilayet de 
Brousse; et son aire, d'après V. Cuinet, est de 53.000 
kil. q., avec une population de tout près de 1,400.000 
liab. , dont près de 1 .100.000 musulmans, environ 210.000 
Grecs, 15.000 Arméniens, 22.000 à 23.000 juifs, et 
56.000 étrangers, dont la grande majorité se compose 
d'Hellènes immigrés. 

Comme caractéristiques physiques : rivages très inden- 
tés, avec golfe s' avançant au loin dans les terres ; tels le 
golfe de Tchandarb, à l'abri de File de Metelin ou Myti- 
lène; le golfe de Smyrne, protégé par l'énorme presqu'île 
montagneuse de Tchesmeh; le golfe de Kouch-Adassi, plus 
connu sous le nom italien de Scalanuova, abrité par 
File de Samos ; le golfe de Mendeliat, en arrière d'un 
semis d'îles et d'îlettes; le golfe de Gueuk-Abaa, ou de Kos, 
ayant à son entrée l'île Kos ; le golfe de Makri, garé de 
loin par l'île de Rhodes. — Nombreuses, hautes chaînes 
de montagnes, assez irrégulièrement agencées, dont les 
noms turcs ont remplacé les noms grecs de Taurus lycien, 
de Cadmus, de Misoghis, de Tmolus, de Sipyle, etc., et 
qui ont 1.000 à 2.000, 2.500 m., voire 3.000 dans le 
Taurus de Lycie ; nombreux fleuves, dont trois à noter : 
la Guédiz, qui fut FHermus, la rivière de Manissa (Ma- 
gnésie), et que les ingénieurs viennent de détourner du 
golfe de Smyrne (qu'il encombrait d'alluvions, au grand 
danger du port de sa grande ville de commerce), dans le 
golfe de l'antique Phocée ; le Kutchuk Mendérès ou Petit 
Méandre, l'ancien Caïstre, dont les dépôts ont effacé le 
port de la somptueuse Ephèse ; le Buyuk Mendérès ou 
Grand Méandre, la rivière célébrée par les Grecs pour 
ses sinuosités sans nombre ; ses atterrissements ont relé- 
gué à 13 kil. dans l'intérieur la fameuse ville marine de 
Milet. — Climat qui varie considérablement suivant les alti- 
tudes et les expositions : il est certain que le climat de la 
maritime Smyrne, avec sa moyenne de 18°, 7, son minimum 
de — 4<*, son maximum de -f- 39°, 6, ne peut ressembler à 
celui des villes du plateau ou de la haute montagne aux 
hivers très neigeux, très glacés, aux vents aigres et fou- 
gueux ; mais, même sur la côte, on peut dire que la tem- 
pérature est brusque, « un peu plus froide à latitude égale 
que celle de la Grèce..., et ne permet pas à la végétation de 
prendre, comme ailleurs sur le littoral méditerranéen, un 
caractère subtropical » ; en moyenne, il est salubre, sauf 
dans le bas de certaines vallées alluvionnaires. La chute an- 
nuelle des pluies, de décembre à mars, et au plus extrême, de 
novembre à mai, avec cinq mois « sérénissimes », semble 
être de 80 centim. (61 seulement à Smyrne). — Grandes 
ressources minières, sans compter ce que réservent les 
recherches de Favenir : salines sur le littoral, d'où 
l'on extrait, surtout à Fokia ou Phocée, le sel le plus 
parfaitement cristallisé de l'empire ottoman ; profu- 
sion d'eaux thermales et minérales, dont quelques-unes 
fréquentées; 26.300 kil. q. (d'après Cuinet) de ^ terres 
stériles, rochers, vaine pâture, etc.; 6.337 de forêts, 
5.150 de pâturages, 14.650 de cultures, céréales, mais, 
millet, sésame, opium, coton, tabac, vignes, olivettes, 
jardins, figuiers, etc. ; plus de 1.600.000 chèvres (pour 
le malheur de la montagne, qu'elles dégradent), près de 
1.300.000 moutons; près de 300.000 bovidés, 175.000 
chevaux, ânes et mulets, 21.000 chameaux. Industrie des 
tapis « de Smyrne », tissus de soie, de coton, de soie et 



coton, rubans et passementeries, broderies en fil d'or. 
Commerce dont les trois quarts ou un peu moins au compte 
de Smyrne. 0. Reclus. 

BiBL. : ScHERZER, Smyrne; Leipzig,1880. — Georgradès, 
Smyrne et VAsie Mineure au point de vue économique ; 
Paris, 1885. — Rougon, Smyrne, Paris, 1889. 

SMYRNE (QuiNTUS de), poète grec (V. Quintus de 
Smyhne). 

SMYRNE (Artavasde de), savant byzantin (V. Rhâbdas). 

SMYRNIUM (Smyrniûm T.) (Bot.). Genre d'Ombelli- 
fères composé d'herbes des régions tempérées de l'hémis- 
phère boréal, bisannuelles ou vivaces, à feuilles radicales 
ternées, décomposées, à ombelles composées ; fleurs herma- 
phrodites, à réceptacle concave ; calice à 5 dents ou nul ; 
5 pétales inégaux ; ovaire surmonté de stylopodes coni- 
ques ; di akène ovoïde. L'espèce type ou Maceron, Ache 
large, Gros persil de Macédoine, croit dans la région 
méditerranéenne, où l'on mange ses pousses ; fruits an- 
tiscorbutiques, carminatifs, feuilles antiscorbutiques. La 
racine du S. perfoliatum Mill. {S. Dioscoridis Spr.) et 
du S, Dodonœi Spr. passe pour stimulante. D^' L. Un. 

SN/€FELL. Montagne d'Islande (V. ce mot, t. XX, 
p. 1009). 

SN/EFELLS Jokul. Montagne d'Islande (V. ce mot, 
t. XX, p. 1009). 

SNAKE, Rivière des Etats-Unis (V, Sahâptin). 

SNAYERS (Peeter), peintre flamand, né à Anvers en 
1592, mort à Bruxelles en 1667. Elève de Sébastien Franc- 
ken (Frank ou Vranx), reçu maître en 1613, il s'établit à 
Bruxelles (1628) en qualité de peintre de l'archiduc Henri 
et de ses successeurs. Il fut le maître de Van der Meulen. 
Il traita le portrait, le paysage et peignit plusieurs Ba- 
tailles de la guerre de Trente ans (musées de Bruxelles, 
de Vienne et de Madrid). Autres ouvrages à llampton- 
Court, Gand, Dresde, Cassel, Darmstadt, Berlin. 

SNEEK. Ville des Pays-Bas, ch.-l. d'arr. de la Frise, 
à 15 kil. de la mer du Nord; 11.000 hab. dont 1.800 
catholiques et 200 israélites. Stat. de cliem. de fer éco- 
nomique vers Harlingen et Heerenveen. Corderies, teintu- 
reries, fabriques de machines à vapeur. Grand commerce 
de beurre et de fromage. Gymnase, hoogere burgerschool, 
école industrielle, école normale primaire. Sneek a subi 
plusieurs sièges, notamment en 1517 et en 1572. La ville 
a été dévastée par de terribles incendies en d295, 1417, 
1457, et par des inondations en 1570 et en 1825. 

SNEEH>€TTAN, sommet de Norvège (V. Dovrefjeld). 
» SNELL VAN Rouen (Willebrord), plus connu sous le 
nom de Snellius, né à Leyde en 1591, mort à Leyde le 
30 oct. 1626. Fils de Piudolph Snell (1546-1613), pro- 
fesseur de mathématiques à Leyde et auteur d'ouvrages 
estimés, il résida quelque temps en Allemagne, où il fut 
en relations avec Kepler et Tycho Brahe, et, à son retour 
à Leyde, en 1613, y succéda à son père dans sa chaire. 
Ce serait lui, au dire de Huyghens, qui aurait découvert la 
loi de réfraction, c.-à-d. la constance du rapport entre 
le sinus de l'angle d'incidence et le sinus de l'angle de 
réflexion, et il aurait consigné cette découverte dans un 
mémoire demeuré manuscrit. Mais il devait appartenir à 
Descartes d'en donner la première démonstration théo- 
rique et de Froncer sous sa forme actuelle. On doit éga- 
lement à Snellius la première mesure trigonométrique de 
l'arc du méridien. Malheureusement sa base était trop 
courte et ses instruments trop imparfaits pour qu'il pût 
obtenir un résultat satisfaisant. Il a publié : Eratosthenes 
Balaviis (Leyde, 1617) ; Cœli et siderumin es erran- 
iium observationes hassiacœ (id., 1618) ;Cyclometria 
(kl, 162-1); Tiphijs Baiavus (id., 1624). 'Ce dernier 
ouvrage est un traité de navigation, et l'on y trouve em- 
ployée, pour la première fois, l'expression de loxodro- 
mie. 

SN ELLAE RT(Ferdinand-Augustin), Httérateurflamand, 
né à Courtrai en 1806, mort à Gand en 1872. Il devint 



SNELLAEKT — SNOILSKY — 116 

médecin dans l'armée du roi Guillaume des Pays-Bas et 
y demeura jusqu'en 4835. Il rentra alors en Belgique, et, 
tout en pratiquant Tart médical, travailla avec Serrure, 
Ledegansék, Willems et d'autres littérateurs à défendre les 
droits de la langue flamande menacés par la réaction qui 
suivit la Révolution de 4830; il fut l'un des fondateurs 
de la célèbre société De Taalis gansck het volkqui orga- 
nisa le mouvement flamand et le conduisit au succès. Snel- 
laert est l'auteur d'un grand nombre de travaux littéraires 
pleins d'érudition et d'une forme châtiée. Les principaux 
sont: la Poésie néerlandaise depuis ses origines jusqu'à 
la mort d'Albert et d'Isabelle (en flam.; Bruxelles, 4838, 
ifl-4) ; le Théâtre flamand au x\n^ siècle {id.; Gand, 
4845, in-8); Vieilles Chansons flamandes {id., ibid,, 
4848, in-8) ; Histoire de la littérature flamande (Bru- 
xelles, 1849, in-8; le même ouvrage, en flamand, est 
arrivé en 4866, à la 6^ éd., ibid., in-8); Jacques Van 
Maerlant et son temps (en flam.; Gand, 4853, in-8; 
rééd. en 4854); la Geste d'Alexandre (id., Bruxelles, 
4860-64, 2 vol. in-4); Vieilles et Nouvelles Chansons 
{id., Gand, 4864, in-8); De la Position de la langue 
flamande en Belgique (Bruxelles, 4865, in-8) ; Poèmes 
néerlandais du xiv® siècle de Jean van Boendale, Hein 
van Aken, etc., avec une introduction historique et des 
notes critiques (Bruxelles, 4869, in-4). 

BiBL.: H. Conscience, Biographie de Snellaert, dans 
AnnuRire de l'Académie royale de Belgique de 1873. 

SNELLINCK, SNELLINX (Jan), peintre flamand, né à 
Malines en 4549, mort à Anvers en 4638. Eltabli à 
Anvers en 4574, il peignit des batailles remarquables, au- 
jourd'hui disparues, pour l'archiduc Albert, et pour les 
églises des tableaux religieux agréables. Il dessina de bons 
cartons pour la fabrique de tapisseries d'Audenarde. Van 
Dyck a fait son portrait. Il eut six fils, tous peintres se- 
condaires. Œuvres à Audenarde, Anvers, Malines, etc. 

SNIADEÇKI (Jean), mathématicien et astronome po- 
lonais, né à Znin en Posnanie le 29 août 4756, mort à 
Vilna en 4830. Il a suivi à Paris les cours de Laplace, 
devint professeur à l'Ecole supérieure de Cracovie, puis 
recteur de l'Université de Cracovie et conseiller d'Etat. 
Il fut rénovateur des études mathématiques en Pologne, 
publia une Algèbre (Cracovie, 4783, 2 vol. in-4) ; une 
Géographie physique du globe (Varsovie, 1803, in-8) ; 
un Discours sur Kopernik (4802; trad. en franc., Var- 
sovie, 4848, et Paris, 4820), ainsi que de nombreux 
écrits de biographie, des discours, etc., qui l'ont classé 
parmi les plus marquants prosateurs de son pays. 

SNIADEÇKI (André), savant polonais, né à Znin le 
30 nov. 4768, mort à Vilna le 41 mai 4838. Frère du 
précédent. Elève de l'Université de Cracovie, il étudia en- 
suite à Pavie et à Edimbourg, et devint professeur de chi- 
mie à l'Université de Vilna. 11 fut le promoteur des études 
de cet ordre en Pologne, et ses Eléments de chimie (Vil- 
na, 4800, 2 vol. in-8) sont le premier ouvrage polonais 
sur la matière. Dans sa Théorie des êtres organiques 
(Vilna, 4804-44, 2 vol. in-8; trad. en franc., Paris, 
4825), travail d'une haute valeur scientifique pour l'épo- 
que, il se fit connaître comme l'un des précurseurs de 
l'évolutionisme. G. P-i. 

SNIEDERS (Jean-Renier), littérateur flamand, né à 
Bladel le 24 nov. 4842, mort àTurnhout 1#9 avr. 4888. 
Tout en pratiquant la médecine, il publia un grand nombre 
de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre dans les- 
quelles il fait preuve de réelles qualités d'observation , et qui 
obtinrent beaucoup de succès en Belgique et en Hollande. 
Ses œuvres les plus remarquables sont : Contes villageois 
(en flam., Anvers, 4854, in-8) ; le Docteur Marcus{id. ; 
Turnhout, 4858, in-8) ; A la torture {id., Anvers, 4867, 
2 vol., in-8) ; le Rémouleur {id., Turnhout, 4884, in-8). 
La meilleure comédie de J.-R . Snieders est la Croix d'hon- 
neur, en deux actes (en flam., Wareghem, 4878, in-8). 
Ses œuvres complètes ont été réunies en 6 vol. in-8 
(Turnhout, 4882-87). 



SNIEDERS (Auguste), littérateur flamand, né à Bladel 
le 8 mai 1825, frère du précédent. Il fut d'abord typographe, 
puis journaliste ; il a été depuis 4845 rédacteur, puis di- 
recteur, du Handelsblad d'Anvers, organe du mouvement 
catholique et antimilitariste. Le labeur absorbant de jour- 
naliste ne l'a pas empêché de produire un grand nombre 
d'œuvres littéraires qui lui ont valu une popularité presque 
égale à celle d'H. Conscience (V. ce nom, t. XII, p. 463). Il 
puisa d'abord aux mêmes sources que le grand romancier 
flamand : le passé national et les mœurs des campagnes 
campinoises; ses premiers ouvrages, le Maître d'école 
pauvre (en flam. ; Anvers, 4854, in-8); le Paria {id.; 
ibid., 4856, in-8); Juffer Klepperman, scènes de la 
vie des contrebandiers {id., Haarlem, 4860, in-8), ont 
l'action rapide, le style naturel, même parfois négligé; 
les épisodes abondent plus que les analyses. Vinrent en- 
suite la Sœur hospitalière {en flam.; Anvers, 4864, in-8); 
des romans historiques : l'Incendie d'Anvers (en flam.; 
ibid., 4876, in-42), où l'auteur flétrit avec violence Mar- 
nix et les gueux du xvi® siècle ; les Chauffeurs, scènes 
de l'occupation française (tc^., Bois-le-Duc, 4872), pleines 
d'énergie et d'animation pittoresque ; des études de 
mœurs sur la vie anversoise: Bonheur caché {id.; Ams- 
terdam, i861 , in-8), etc. On constate, dans les dernières 
productions d'A. Snieders, que si le style a gagné et s'est 
assoupli, si la pensée est devenue plus piquante, la puis- 
sance créatrice a diminué ; le journaliste a déteint sur le 
romancier, et ce que celui-ci publie aujourd'hui ressemble 
plus à des chroniques qu'à des romans. 

BiBL.: Uamelivs, Histoire politique et littéraire du mou- 
vement flamand ; Bruxelles, 1897, in-12. 

SNOB. Dandy prétentieux et vide; le snobisme est une 
pose ridicule et vaniteuse. Thackeray, qui n'a pas in- 
venté le mot, lui a donné toute sa portée dans le Livre 
des snobs où il fait défiler avec beaucoup d'humour 
toute une galerie de snobs; mais il paraît donner surtout 
à ce mot le sens de la fausseté vaniteuse et de la poli- 
tesse menteuse. Le Livre des snobs parut en articles dans 
le Punch où il obtint un immense succès ; le côté de 
satire morale du livre de Thackeray s'appliquait essen- 
tiellement à tout ce que cache d'hypocrisie et de ridicule 
le cant britannique. De nos jours, le sens du mot snob 
s'est étendu : il s'applique assez exactement à ces hommes 
dont les préjugés et la sottise faussent le naturel et qui, 
pour avoir la satisfaction puérile de paraître ce qu'ils ne 
sont pas et de toujours être à la mode, s'infligent une 
pose ridicule. 

SNOILSKY (Cari, comte), poète suédois, né à Stock- 
holm le 8 sept. 4844. Il suivit d'abord la carrière admi- 
nistrative, fut, entre temps, attaché à la légation de Suède 
et Norvège à Paris (4865) et chargé d^aff aires à Copen- 
hague (1875). Il se démit de ses fonctions au ministère 
des afl'aires étrangères en 4879 et alla séjourner assez 
longtemps à l'étranger, surtout à Elorence et à Dresde. 
Elu membre de l'Académie suédoise en 4876, il est de- 
puis 1 890 bibliothécaire en chef à la Bibliothèque royale 
de Stockholm. — Encore étudiant, il débutait dans la 
poésie dès 4864 : les volumes intitulés Petites Poésies 
(4864), Orchidées (4862), Tableaux d'Italie (4865), 
Poésies (4869; 5® éd. avec sous-titre : Premier recueil, 
4896), firent sensation en révélant aux Suédois un réa- 
lisme pittoresque et un sensualisme robuste jusqu'alors 
peu connus dans le Nord. Après une crise de désenchan- 
tement que trahissent des Sonnets publiés en 1874 (éd. 
de luxe, 4888) et suivis d'une période improductive, le 
poète réapparut en 4884 avec de Nouvelles Poésies (2® éd. , 
sous-titre : 5® recueil, 4886), mais transformé, devenu 
un idéaliste déterminé. Tel nous le montrent aussi les 
belles séries poétiques qu'il a données depuis lors : Poésies, 
3^ recueil (4883; 2« éd., 1884) ; 4^ recueil (4887; 
2« éd., 4892) ; 5^ recueil (4897). Artiste consommé, d'un 
churme accompli, il est justement regardé comme le pre- 
mier des poètes suédois actuellement vivants. Imagination, 



— il7 — 



SNOILSKY — SOANEN 



sentiment, sympathie universelle marquent son œuvre, 
vraie et noble sympathie notamment pour les petits et les 
souffrants d'aujourd'hui. Préoccupé par le monde contem- 
porain, il est également un magicien du passé : il a su 
ressusciter les hautes figures de l'histoire suédoise, sou- 
verains, généraux, savants, écrivains et penseurs, a ex- 
trait de ses recueils toutes les pièces consacrées à exalter 
ces gloires nationales et en a formé, sous le titre de 
tableaux de Suède (1886 ; éd. illustrée par Alb. Edel- 
felt, 1894 ; 2^ éd. augmentée, 1895), un livre devenu clas- 
sique dans le pays. — Outre des notices et mémoires pu- 
bliés dans les Actes de la Bibliothèque royale et dans les 
Actes de l'Académie suédoise, il a encore donné et fait 
jouer en 1897 une belle traduction en vers de Pour la 
Couronne de Fr. Coppée. Gaston Lévy-Ullmann. 

SNORRI Stubluson ou Sturlâsson, scalde et his- 
torien islandais, né en 1178, mort le 22 sept. 1241. 
Issu de la puissante famille des Sturlunga, déjà orphelin 
à cinq ans, il fut élevé à Oddi parle petit-fils de Saemund 
le Sage, qui lui inspira le goût de la littérature et de 
l'histoire. Vers 1200, il fait un riche mariage et s'établit 
à Reykjaholt. Bientôt il est un des hommes les plus con- 
sidérables de l'île et un de ses premiers magistrats (1215- 
18 et 1222-31). De 1218 à 1220, il visite la Norvège et 
la Suède et reconnaît la suzeraineté du roi Hâkon, dont 
il favorisera, revenu en Islande, les vues ambitieuses. Un 
nouveau voyage en Norvège, en 1237, le brouille avec 
Hâkon. Il est assassiné quelques années après son retour 
dans sa patrie. Il est l'auteur de VEdda en prose ou Nou- 
velle Edda (V. Eddâ), de poèmes en l'honneur de Hâ- 
kon et très problablement aussi de la très remarquable 
collection de Sagas, connue sous le nom de Heimskringla, 
éditée d'abord par Peringskôld (1697), puis par C.-R. Un- 
ger (Christiania, 1868)'. Th. C. 

SNOV. Rivière delà Russie S.-O., affl. de droite de la 
Desna. Direction S.-O., cours environ 210 kil. presque 
entièrement dans le gouvernement de Tchernigov. Lar- 
geur, 4 à 50 m., protondeur rarement au-dessus de 6 m. 
Beaucoup de gués. La rive droite, beaucoup plus élevée 
que la rive gauche, est couverte de forêts, 

SNOW (Sophie) (V. Baddeley [M"^«]). 

SNOWDON (Mont) (V. Grande-Bretagne, t. XIX, 
p. 151). 

SNODERS (Frans), peintre flamand (V. Snyders). 

SNYDERS(Frans),peintre flamand, né à Anvers en nov. 
1579, mort à Anvers le 19 août 1659. Il reçut les leçons 
de Pierre Brueghel le Jeune et de H. van Balen. Franc- 
maître de la gilde en 1602, il vécut en Italie en 1608 et 
1609, puis revint à Anvers, où il épousa, en 1611 , la sœur 
des de Vos. Il entra, en 1619, dans la confrérie des Ro- 
manistes, dont il fut le doyen en 1628. Van Dyck, qui l'ap- 
préciait fort, fit plusieurs fois son portrait et celui de sa^ 
femme. Il fut l'ami et l'assidu collaborateur de Rubens, 
qui le chargeait d'exécuter dans ses tableaux les natures 
mortes et les animaux. Sous l'influence du maître, Sny- 
ders élargit sa manière et dessina très habilement et lar- 
gement les figures qu'il mettait dans ses grandes et fas- 
tueuses compositions de légumes et de victuailles. Ses 
chasses aux fauves sont d'un effet dramatique, d'un mou- 
vement et d'une intensité de vie dignes de son maître, qui 
d'ailleurs, à l'occasion, ne dédaignait pas de peindre des 
figures dans ses tableaux . 

Ce grand coloriste, ce bon dessinateur, ce prestigieux 
exécutant fut très fécond, malgré sa longue collaboration 
avec Rubens. Le roi d'Espagne lui acheta de nombreuses 
toiles, qui ornent le musée du Prado. l\ fut un des trois 
peintres que Rubens chargea de la vente posthume de ses 
œuvres d'art. Il eut pour élèves Jan Fyt, Nicasius Ber- 
narts et Pieter Boel. Ses ouvrages sont dans toutes les 
grandes galeries : Anvers, Bruxelles, La Haye, Amster- 
dam, Berlin (Chasse de Diane en collab. avec Ruben, 
Combat de coqs), Munich, Dresde (cinq natures mortes et 
Chasse du Sanglier), Vienne {Daniel dans la fosse aux 



lions), le Louvre {Chasse au cerf, Chasse au sanglier. 
Entrée des animaux dans V arche, Intérieur de cui- 
sine, Chiens dans un garde-manger. Cheval et autres 
quadrupèdes, lin singe, un écureuil et un perroquet 
avec des fruits), Rennes, Caen, Valenciennes, Lille, Mar- 
seille, Bologne, Londres, Madrid, l'Ermitage {Concert de 
chats et concert d'oiseaux), etc. E. Durand-Gréville. 

SNYERS (Peeter), peintre flamand, né à Anvers en 
1681, mort à Anvers en 1752. R entra à l'atelier d'A- 
lexandre vanBredaelen 1694; reçu à la gilde d'Anvers 
en 1707, il fit beaucoup de portraits, surtout à Londres, 
d'où il revint en 1726 pour être directeur de l'Académie 
d'Anvers. Sa véritable valeur était dans la peinture de 
fleurs et le paysage étoffé de mendiants, de pèlerins, 
d'ermites, etc. Œuvres aux musées d'Anvers, Nurem- 
berg, etc. E. D.-G. 

SO^MIAS (Julia) ouSŒMlS, impératrice romaine, fille 
de Julia Miiesa et mère d'Elagabal (Héliogabale), vécut avec 
sa tante Julia Domna à la cour romaine, fut créée Au- 
giista par son fils qu'elle s'efforça de diriger. Elle fut la 
première femme qui ait siégé au Sénat, constitua un con- 
seil politique de femmes au Quirinal et réglementa par 
édits la vie féminine. On l'accusait d'encourager les dé- 
bauches de son fils avec lequel elle fut égorgée par les 
prétoriens le 11 mars 222. 

SOANA (Val). Vallée du Piémont, au S.-E. du massif 
du grand Paradis et à l'O. d'Ivrée. Longue d'une ving- 
taine de kilomètres, elle est parcourue par la Soana, qui 
se jette à Pont Canavese dans l'Orco, affluent du Pô. Ré- 
gion pittoresque, mais fort pauvre ; ses habitants émi- 
grent temporairement. 

SOANE (Sir John), architecte anglais, né à Reading 
le 10 sept. 1753, mort à Londres le 20 janv. 1837. Fils 
d'un ouvrier briquetier et employé d'abord chez G. Dance, 
puis chez Rolland, auprès desquels il étudia l'architecture, 
John Soane fut, à la suite de succès à l'Académie royale, 
présenté par sir W. Chambers au roi Georges HI, qui lui 
accorda une bourse de voyage de trois ans en Italie. A 
son retour à Londres, John Soane fut successivement at- 
taché, à divers titres, aux travaux de la Banque d'Angle- 
terre, du Palais de Saint-James, des Chambres du Parle- 
ment et autres édifices de Westminster, des bâtiments, des 
parcs, bois et forêts de la Couronne, de l'hôpital royal de 
Chelsea, des bâtiments de la Fraternité unie des Francs- 
maçons, etc., et enfin nommé, en 1815, un des trois archi- 
tectes en chef de la Couronne. Il avait été, dès 1809, nommé 
professeur d'architecture à l'Académie royale de Londres, 
où il donna plusieurs séries de lectures annuelles et s'était 
inscrit le premier, en 1792, à VArchitects' Club, devenu, 
de fait, l'Institut royal des architectes britanniques en 1 837 . 
Le Dictionary of Architecture (part. XXII, pp. 97-98) 
donne une longue Hste des élèves que forma John 5oane, 
des écrits d'une grande variété que publia cet architecte, et 
surtout des nombreux édifices qu'il fit élever de 1784 à 
1831 ; mais il y a lieu de faire une mention spéciale du 
Musée'qn'ïl fonda à Londres, dans sa maison, au prix d'en- 
viron 1 .500.000 fr. ; pour la donation de ce musée à l'Etat, 
il obtint, en 1833, un acte du Parlement. Il existe un 
remarquable portrait de John Soane par sir Thomas 
Lawrence, et un buste par sir F. Chantrey, buste con- 
servé dans le musée Soane. Il a laissé d'intéressants Me- 
moirs (1834). Ch. Lucas. 

SOANEN (Jean), évèque de Senez, né àBiomenl647, 
mort à La Chaise-Dieu en 1740. Fils d'un procureur au 
présidial, petit-neveu du savant jésuite Sirmond, il en- 
tra, en 1661, à l'Oratoire de Paris. Après avoir enseigné 
dans les collèges de province, puis prêché dans diverses 
villes et à la cour, il fut nommé en 1695 évèque de Senez. 
La publication de la bulle Unigenitus le jeta dans la lutte 
janséniste. Deux fois exilé dans son diocèse, il refusa de 
se soumettre ; le concile d'Embrun, en 1726, le déclara 
déchu de l'épiscopat, et le roi le relégua dans l'abbaye de 
La Chaise- Dieu. Il y fut l'objet d'un véritable culte, ho- 



SOANEN — SOBRARBE 



— 118 — 



noré de pèlerinages comme un saint : ses partisans fai- 
saient répandre des gravures le représentant chargé de 
chaînes, et lui attribuaient même des miracles. On a de 
lui des ^^rmons (Paris, 1761) et des Lettres, imprimées 
avec sa Vie (Paris, 1750). Jacques Lahillonne. 

SO ARIA (Bot.) (V. Saoria). 

SOBAT. Rivière d'Afrique (V. Nil, t. XXIV, p. 1113). 

SOBIESKl (Ecu de) (Astr.) (V. Ecu). 

SOBIESKI (Jacques), guerrier, diplomate et historien 
polonais, né en 1579, mort en 1647. Issu d'une famille 
fort ancienne du pal atinat de Lublin et féconde en hommes 
de guerre, il eut pour père Marc Sobieski (né en 1525, 
mort en 1606), grand échanson de la couronne, puis pa- 
latin de Lublin, et général valeureux. Il se distingua lui- 
même dans la carrière des armes, notamment au siège de 
Moscou, et fut l'un des plénipotentiaires pour la conclu- 
sion de la trêve sollicitée aussitôt par les Moscovites à l)i- 
vilino (11 déc. i618). Il participa également à la négo- 
ciation de la paix avec les Turcs (9 oct. 1621) après la 
célèbre victoire remportée sur eux à Chocim, et il écrivit 
l'histoire de cette guerre : Commentariorum Chotinen- 
sis belli libri très (Dantzig, 1646, in-4). Il signa aussi 
avec la Suède les trêves d'Altmark (1629) et de Schtum 
(1685), remplit différentes missions à Vienne, Rome et 
Paris, et pritune large part aux" négociations préliminaires 
pour le traité de W^estphalie. En qualité de maréchal ou 
président élu de quatre diètes (de 1629 à 1632), il se 
rendit célèbre comme défenseur des Hbertés nationales. 
Après avoir été investi de différentes dignités, il fut nommé 
castellan de Cracovie en 1646. Le récit de ses voyages en 
Europe, de 1608 à 1612, offre un intérêt tout particulier 
pour ce qui concerne Henri IV et la France. G. P.-i. 

SOBIESKI (Jean), roi de Pologne sous le nom de 
Jean III, né à Olesko (GaHcie) le 2 juin 1624, mort à 
Willanow, près de Varsovie, le 17 juin 1696. Fils du 
précédent, il voyagea d'abord avec son frère aîné, Marc, 
en Europe et servit même dans les mousquetaires rouges 
à Paris, en 1645. Dès 1648, ils combattirent contre les 
Cosaques révoltés. Marc y perdit la vie (1652) et Jean y 
avait gagné par sa bravoure la charge de porte-enseigne 
de la couronne. Il contribua au gain de la célèbre ba- 
taille deBerestetchko, qui dura dix jours, contre les Co- 
saques etlesTatars réunis (1651). Danstoutes les guerres 
successives contre les Suédois, les Cosaques, les Tatars et 
les Moscovites, qui remplirent le reste du règne de Jean- 
Kazimir (1653-68), Sobieski se signala comme un capi- 
taine habile et intrépide. Il reçut le bâton de grand gé- 
néral de la couronne (connétable) en 1667. Sous le règne 
désastreux de Michel Wisniowieçki, il continua ses bril- 
lants exploits guerriers, et il remporta une victoire écla- 
tante sur les Turcs à Chocim (10 nov. 1673), le jour même 
de la mort du roi Michel. Elu à sa place (21 mai 1674), 
parmi dix-sept candidats, dont sept souverains étrangers, 
• il dut de suite marcher de nouveau contre les Turcs, et, 
parle traité de Zurawno (1676), il fit restituer à la Po- 
logne les deux tiers de l'Ukraine, tandis que l'autre tiers 
resta aux Cosaques. Il fut couronné à Cracovie le 16 oct. 
1676, avec sa femme, Marie-Casimire (V. ce nom). Six 
années se passèrent en paix. Pendant ce temps, la reine, à 
qui son mari obéissait aveuglément, lui fit conclure avec 
l'Autriche un traité d'alliance (31 mars 1683), en haine 
de la France. L'empereur Léopold P^, assailli par les 
Hongrois, les Turcs et autres, au nombre de 300.000 
hommes, implora le secours de Sobieski. Celui-ci infligea 
aux envahisseurs une défaite complète sous les murs de 
Vienne (12 sept^. 1683). Il ne fut payé que d'ingratitude 
par son alhé, et dut f^ncore, à plusieurs reprises, sous son 
instigation, mais sans son concours, guerroyer, avec des 
chances variables, contre l'ennemi commun, de même que 
contre la Moldavie et la Valachie, et cela presque jusqu'à 
sa mort. Préoccupé depuis cette funeste ahiance, grâce aux 
suggestions de l'ambitieuse reine, de rendre la couronne 
héréditaire d^m sa famille, il se courba aussi devwt le 



tsar moscovite et conclut avec lui un traité désastreux 
pour la Pologne (6 mai 1686), qui ne fut pas ratifié par 
les Etats du royaume, et devint le point de départ de 
troubles à l'intérieur. 

Grand guerrier, Sobieski fut un souverain médiocre , en 
raison de la faiblesse de son caractère. Les lettres, pleines 
de tendresse et d'intérêt historique, qu'il adressa à son 
épouse pendant la campagne de Vienne, furent décou- 
vertes et publiées par le comte Raczynski (Varsovie, 1823, 
trad. en franc, Paris, 1826, in-8). — Son fih Jacques- 
Louis (né à Paris le 2 nov. 1667, mort le 19 déc. 1734) 
fut le dernier de sa lignée. Le roi Jean III eut pour succes- 
seur sur le trône, Auguste II, électeur de Saxe. 

G. Pawlowski. 

BiBL. : Dalerac, Anecdofes de Pologne, ou Mémoires 
secrets du règne de Sobieski; Paris, 1699, 2 vol. in-12. — 
L'abbé CoyeIi, Hist. de Jean Sobieski ; Paris, 1761, 3 vol . 
in-12. — De Sai^vandy, Hist. de Pologne sous le 7'oi 
Jean III; Paris, 1829, 3 vol. iii-8 ; 6« éd., 1876, 2 vol. ~ 
K. Waliszewski, Mariede la Grange d'Arquien, reine de 
Pologne ; Pans, 1898, in-8. — Pour les travaujs en polo- 
nais, V. dans Finkkl, Bibliografia histo7'yi polskiej (Cra- 
covie, 1891 et suiv.). 

SOBRANIÉ. Assemblée nationale de Bulgarie (V. ce 
mot et Parlementarisme, t. XXV, pp. 1152 et suiv.). 

SOBRARBE (Le). Ancien comté d'Espagne. Situé au 
N de- r Aragon, dans la province actuelle de Huesca, et à 
peu près dans le territoire du district judiciaire [partido 
judicial) de Roltana. L'étymologie du nom est discutée. 
Quelle qu'elle soit, le mot apparaît de bonne heure, dans 
les chroniques, mêlé avec les premiers mouvements de ré- 
sistance contre les Arabes du côté des Pyrénées aragonaises. 
Un certain Iiiigo Arista ou Garci-Jimenez, peut-être comte 
de Sobrarbe, est cité comme le premier roi ou chef des 
chrétiens qui résistaient à l'invasion musulmane. Il est vrai- 
ment impossible de se reconnaître dans le dédale des lé- 
gendes qui entourent les origines de l'Etat de Sobrarbe, 
puis d'Aragon. Les apparences sont favorables à l'exis- 
tence, dans la région des Pyrénées espagnoles, de quelques 
comtés ou territoires qui se sauvèrent de la conquête mu- 
sulmane ou rejetèrent bientôt les envahisseurs, vraisem- 
blablement avec l'aide des Francs. De ces comtés fut celui 
de Sobrarbe, dont le premier chef connu est peut-être ce 
Garci-Jimenez des chroniques. Le centre navarrais, après 
s'être débarrassé de l'ingérence franque (824), se déve- 
loppa plus rapidement que les autres avec lesquels il fit 
des alliances pour combattre contre les musulmans ; et à 
la fin du X® siècle probablement, Sobrarbe était absorbé 
par le royaume de Navarre qui s'étendait jusqu'à Urgell 
dans la Catalogne. Plus tard, à la mort du roi Sanche 
(1035), la Navarre fut divisée entre les fils de celui-ci, 
dont Gonzale devint seigneur des comtés de Sobrarbe 
et Ribagorza. A la mort de Gonzale, son frère Ramire, roi 
d'Aragon, hérita de Sobrarbe qui, depuis, resta uni à la 
couronne. 

Le nom de Sobrarbe est aussi mêlé à une légende con- 
cernant les origines du droit politique aragonais, sous le 
nom de fuero de Sobrarbe. On a supposé que les nobles 
qui aidèrent Garci-Jimenez ou quelque autre chef primitif 
dans la constitution du royaume de Sobrarbe, débattirent 
avec lui uno espèce de constitution par laquelle la souve- 
raineté du monarque restait dépendante de celle des no- 
bles. La célèbre formule : « Nous qui valons autant que vous 
et tous joints plus que vous » et l'origine du Justicia d'Ara- 
gon appartiennent à la même légende, aujourd'hui détruite 
par la critique. Munoz y Romero et La Fuente, qui ont 
étudié à fond ce sujet, ont aussi mis en lumière que le pré- 
tendu fuero est une mystification 4u xiii® ou du xiv*^ siècle, 
popularisé par le prince de Viana, accueillie et augmen- 
tée par Elanças. R. Altamira. 
BiBL. : ZuRiTA, Anales de Aragon, I. — Torres Cam- 



pos, Estuaios geogrâflcas ; JViadna, isyj). — Munoz y Ro- 
mero, Discours d'entrée à l'Acad. de Vhistoire, pp. 30-31. 
— La Fuente, Estudios sobre la hist. y el derecho de 
Aragon^ vol. II, pp. 88-191. — Marighalar y Manrique, 
Hmiorl^ de la legislaGion esp,, ÏV, pp, ^83 et suiv. 



119 - 



SOBRIER — SOCIALISME 



SOBRIER (Marie- Joseph), révolutionnaire français, né 
à Cahors vers 1825, mort à Paris en 1854. D'une fa- 
mille aisée, il fit partie de la Société des saisons, qui 
conspirait contre Louis-Philippe, participa aux jour- 
nées de févr. 1848, fonda le journal la Commune de 
Paris (9 mars au 8 juin, 87 n"^^ in-foL), par laquelle il 
essaya de centraliser l'action des clubs, prépara un plan 
de dictature socialiste qui fut découvert après Féchec 
de la journée du 15 mai. Précurseur des journées de 
juin, il échappa aux représailles des vainqueurs et mou- 
rut dans l'obscurité. — Il n'a laissé que des pamphlets 
ou des écrits apologétiques, qui n'ont été catalogués 
que par la Bibliothèque nationale (Cat. de Vhist. de 
France, t. IV, pp. 30, 44; Vil, 31 ; XI, T6, 321, 
322, 335). 

SOC (Agric.) (V. Chahrue, t. X, p. 798). 

SOCCIA. Ch.-l. de cant. du dép. de la Corse, arr. 
d'Ajaccio ; 734 hab. 

SOCHAUX. Com. du dép. du Doubs, arr. de Montbé- 
liard, cant. d'Audincourt ; 412 hab. 

SOCIALISME. Le mot socialisme a été employé pour 
la première fois en 1832 par Pierre Leroux, d'une manière 
vague, comme opposé à individualisme ; Owen en 1835 
l'emploie d'une manière plus précise pour désigner la 
transformation communiste de l'organisation économique 
dans l'intérêt des travailleurs. On l'a souvent employé de- 
puis, soit comme synonyme de démocratie, soit pour ca- 
ractériser l'intervention de l'Etat dans la vie économique. 
Mais on s'accorde habituellement aujourd'hui à désigner 
par socialisme la transformation du régime de la pro- 
priété dans le sens du communisme ou du collectivisme, 
c.-à-d. la transformation de toute propriété privée en 
propriété sociale (communisme) ou la socialisation des 
moyens de production, de circulation, d'échange et de cré- 
dit (collectivisme), les objets d'usage et de consommation 
restant pour la plupart propriété individuelle. On trou- 
vera au mot Collectivisme l'exposé des principales théo- 
ries démocratiques socialistes, en particulier celles de 
Marx, de Louis Blanc et de Proudhon; au mot Anarchie, 
des renseignements sur les principales organisations com- 
munistes anarchistes ; au mot Internationale, l'histoire 
de cette association qui a eu une grande influence sur le 
socialisme démocratique. Nous essayerons dans cet article 
de montrer comment se sont constituées graduellement, de- 
puis la fin du xvm® siècle, les théories du socialisme mo- 
derne et comment, dans la seconde moitié du xix® siècle, 
elles ont amené la formation de partis politiques nouveaux 
et agi sur la conduite des gouvernements. Nous insiste- 
rons spécialement sur les parties du sujet qui ne sont 
pas traitées ailleurs. On trouvera des renseignements 
complémentaires, d'abord au nom des principaux théori- 
ciens et hommes politiques que nous citerons, par exemple : 
FouRiER, Lassalle, Proudiion, Saint-Simon, etc. ; puis 
aux articles Communisme, Congrès, Economie politique, 
Etat, Prolétariat, Propriété, Rente, etc. 

Les origines du socialisme contemporain doivent être 
cherchées surtout : 1^ dans la Révolution française et dans 
les théories juridiques qui ont permis à la bourgeoisie 
française d'essayer de légitimer, au nom du droit naturel, 
sa prise de possession du pouvoir politique ; 2^ dans le 
machinisme et dans les théories d'Adam Smith, c.-à-d. 
dans la révolution économique qui a transformé depuis un 
siècle et demi l'industrie et le commerce, d'abord en 
Angleterre, puis en France, et dans les théories par les- 
quelles les bourgeoisies anglaise et française ont essayé d'ex- 
pliquer les faits économiques contemporains, et de justifier 
le régime économique qui correspondait à leurs intérêts. 
Pour comprendre le développement du socialisme d'Etat 
allemand, il faut tenir compte en outre des traditions du 
gouvernement prussien : il a toujours considéré les ques- 
tions économiques comme des questions d'administration 
publique, continuant ainsi les traditions de Colbert et de 
la monarchie de Louis XIV, à l'époque mémo où la France 



les abandonnait ; dans les universités allemandes, la science 
économique est enseignée comme l'une des sciences admi- 
nistratives. Et pour comprendre le socialisme agraire qui 
caractérise un certain nombre de théoriciens anglais, il 
faut tenir compte de la concentration de la grande pro- 
priété foncière qui existait déjà en Angleterre au xviii^ siè- 
cle ; dès 1775, Thomas Spence, maître d'école à Newcastle, 
réclamait, au nom de la justice, la propriété commune du 
sol et du sous-sol pour chaque paroisse ; et, eti 1781, Wil- 
liam Ogilvie, professeur à l'Université d'Aberdeen, de- 
mandait que la communauté s'emparât, au moyen d'un 
impôt, de toute cette partie de la valeur du sol qui ne ré- 
sulte pas des améliorations dues au travail individuel du 
propriétaire. 

Les deux premiers systèmes de communisme intégral 
que nous devions mentionner à la fin du xviu® siècle sont 
celui de Babœuf en France et celui de Godwin en Angle- 
terre ; le premier s'appuie sur les idées de droit naturel 
et d'égahté pour critiquer l'œuvre économique de la 
Révolution française ; le second s'appuie sur les analyses 
d'Adam Smith et sur la conception utilitaire de la morale 
et du droit pour condamner la propriété privée comme 
contraire au plus grand bonheur du plus grand nombre. 
~ La conspiration de Babœuf (1796) est le point de 
départ du socialisme moderne entendu comme un mou- 
vement politique. La Révolution française, d'après lui, 
n'a réalisé que l'égalité politique, elle n'a pas réalisé 
<< l'égalité réelle », « l'égalité de fait », c.-à-d. l'égalité 
économique (V. surtout son journal le Tribun du Peuple), 
Celle-ci a pour condition la suppression de la propriété 
privée. Toute propriété qui dépasse les besoins de l'indi- 
vidu est îe résultat d'un vol fait aux autres citoyens ; au 
nom du droit de propriété, on lèse le droit à l'existence. 
D'après les déclarations mêmes de Babœuf, c'est sous l'in- 
fluence de Mably, d'Helvétius, de Morelly et de Rousseau 
qu'il a formé ses idées. Il doit à Jlelvétius sa concep- 
tion générale du droit comme un ensemble de moyens per- 
mettant d'assurer le bonheur général, en satisfaisant le 
plus complètement possible les besoins des individus ; cette 
conception, au nom de laquelle Helvétius critiquait, en 
même temps que lorganisation juridique de la monarchie, 
l'existence du luxe, conduit Babœuf à critiquer les lois 
établies par la Révolution. Chez Morelly {Code de la Na- 
ture, 1755), chez Mably (Doutes proposés aux philo- 
sophes économistes sur l'ordre naturel et essentiel des 
sociétés politiques, 1768; Principes de la législation, 
1776) et avant eux chez Meslier(mortenl729 ou 1733), 
on trouve de violentes attaques contre la propriété ; mais 
leur point de vue est purement moral ; ils se bornent à 
montrer que la propriété est la cause d'un grand nombre 
de vices. Enfin chez Rousseau on rencontre, à côté de jus- 
tifications du droit de propriété, des passages où la pro- 
priété privée du sol est signalée comme la cause de l'im- 
moralité croissante qui a accompagné les progrès de la 
civihsation. Quant à «l'égaMté de fait », l'égalité de tous 
les hommes en bien-être, Condorcet, en 1794, dans son 
tsquisse d'un tableau historique des progrès de l'es- 
prit Jiumain, y voyait le « dernier but de l'art social », 
c.-à-d. de l'organisation réfléchie de la société par la 
yolopté humaine. Il est certain aussi que Babœuf s'est 
inspiré du spectacle qu'avait présenté la France sous la 
Convention ; grâce à la loi du maximum, au rationnement, 
aux diverses réquisitions d'hommes et de choses, le gou- 
vernement jacobin s'était efforcé d'assurer à tous, par des 
procédés dictatoriaux, le droit à la vie proclamé par Ro- 
bespierre. L'originalité de Babœuf, c'est d'avoir transformé 
' en théorie ce qui n'avait été qu'un expédient de circons- 
tance, d'avoir retourné contre le droit de propriété les 
principes juridiques d'Helvétius et de Condorcet, qui ser- 
vaient avant lui à le légitimer ; et d'avoir tenté de mettre 
au service de ses idées la force révolutionnaire du peuple 
qui venait de substituer la république à la monarchie. Le 
babouvisme, qui est resté sans influence sous l'Empire et 



SOCIALISME — 120 

sous la Restauration, a recommencé à agir sur les socia- 
listes postérieurs à 4830. 

Tandis que Babœuf est un conspirateur révolution- 
naire, Godwin (Political Justice, 4793) est un théori- 
cien, un évolutionniste pacifique, qui croit à la vertu de 
la propagande intellectuelle pour assurer le progrès indé- 
fini de l'humanité. Le fondement du droit de propriété, 
ce n'est pas pour lui un principe de droit naturel, le prin- 
cipe de l'égalité des droits ; c'est, comme pour Hume ou 
pour Bentham, le principe utilitaire, le plus grand bon- 
heur du plus grand nombre. Il distingue trois formes de 
la propriété. La première, c'est « mon droit permanent 
aux choses d'où, l'usage m'en étant attribué, une somme 
plus grande d'avantage ou de plaisir résultera que s'ils 
avaient été appropriés autrement » ; ce qui justifie la pro- 
priété, c'est donc sa correspondance avec le besoin ; cette 
justification résulte directement du principe de l'utilité. 
La deuxième forme de la propriété, c'est le pouvoir ac- 
cordé à chaque homme sur le produit de son travail. La 
troisième forme, c'est « un système par lequel un homme 
obtient le pouvoir de disposer du produit du travail d'un 
autre homme ». C'est le système de la propriété indivi- 
duelle héréditaire, qui existe dans tous les pays civilisés. 
Cette troisième forme de la propriété est en contradiction 
avec les deux premières ; les sociétés actuelles, oîi existe 
la propriété capitaliste, reposent donc sur l'injustice ; c'est 
ce qu'établit Godwin en reprenant et en développant des 
remarques qu'avait déjà faites Adam Smith dans sa Ri- 
chesse des Nations. De T appropriation privée du sol et 
du capital par une minorité, il résulte que les travailleurs, 
c.-à-d. la majorité, se trouvent frustrés par les proprié- 
taires d'une partie du produit de leur travail. Et il en ré- 
sulte, de plus, que les travailleurs se trouvent dans l'im- 
possilDilité de satisfaire à un grand nombre de leurs be- 
soins. « Ceux qui, par la ruse ou la violence, ont usurpé 
le pouvoir d'acheter et de vendre le travail de la grande 
masse de la société, sont assez disposés à prendre garde 
qu'ils ne fassent jamais que subsister. » C'est la théorie 
des salaires qu'on trouve déjà chez Adam Smith et avant 
lui chez Turgot et chez Helvétius (De V Esprit, 4758). Les 
propriétaires d'ailleurs tendent à s'approprier un profit 
injuste, aussi bien comme vendeurs de marchandises que 
comme employeurs de travail. Et le développement du 
machinisme, qu'Adam Smith n'avait pas encore eu le 
temps d'observer, au lieu d'être utile à tous, ne fait, en 
raison de la répartition des richesses, qu'augmenter la 
misère et la souffrance du plus grand nombre. Puisque ce 
sont là les conséquences de la propriété privée, il faut 
condamner la propriété privée du sol et du capital ; elle 
n'est pas d'ailleurs pour Godwin, comme elle l'était pour 
Adam Smith, un phénomène naturel, lié avec la produc- 
tion même des richesses; elle est l'effet de l'héritage, 
c.-à-d. qu'elle est l'œuvre artificielle de la loi, d'une ins- 
titution politique. L'idéal à réaliser, c'est une société com- 
muniste, où personne ne posséderait plus ni le produit du 
travail d 'autrui ni même celui de son propre travail, mais 
où tous jouiraient, conformément à leurs besoins , du 
produit du travail de tous. Il ne faut demander d'ailleurs 
la réalisation de cet idéal ni à la violence, ni même à la 
loi ; Godwin pousse le libéralisme politique à ses dernières 
conséquences ; de même qu'il condamne l'organisation ac- 
tuelle, il condamne et l'emploi révolutionnaire de la force 
et l'organisation d'un Etat cjui dirigerait le travail et en 
répartirait les produits; si son idéal économique est le 
communisme, son idéal politique est une société sans lois 
ni gouvernement ; ce qui peut seul réaliser ce double idéal 
et ce qui d'ailleurs le réalisera nécessairement, c'est le 
progrès illimité de la raison individuelle, qui finira par 
faire agir Hbrementtous les hommes conformément à l'inté- 
rêt général, c.-à-d. à la justice. Le changement des institu- 
tions ne serait rien sans celui des sentiments et des mœurs, 
et la transformation des mœurs à son tour a pour con- 
dition nécessaire et suffisante le progrès de l'intelligence. 



Cette foi dans le progrès intellectuel comme cause du pro- 
grès social, qu'il tenait de Priestley, de Hartley, d'Hel- 
vétius et qu'il partageait avec Condorcet, lui fournit une 
réfutation des objections qu'en 4764, Wallace, dans ses 
Varions Prospects ofMankind, Nature and Providence 
avait adressées au communisme. La meilleure organisa- 
tion sociale, d'après Wallace, serait le communisme; et 
elle n'est pas incompatible avec les passions et les ten- 
dances de l'homme; mais elle l'est avec les conditions 
physiques et biologiques de son existence ; car la popula- 
tion, dans une société communiste, croîtrait indéfiniment 
et la terre ne pourrait plus la nourrir, ni même la loger. 
D'après Godwin, le progrès de la science, la domination 
croissante de l'esprit sur la matière permettront à l'homme 
d'améliorer le rendement des terres d'une manière incal- 
culable ; ils permettront même de prolonger sans limites 
la vie humaine et de supprimer la fonction de reproduc- 
tion, toutes les actions de l'homme finissant par devenir 
volontaires et réfléchies. 

L'ouvrage de Godwin est le premier où la critique de 
la propriété privée s'appuie sur les faits mêmes constatés 
par l'économie politique bourgeoise et libérale. C'est par 
là qu'il diffère des utopistes de la Renaissance, d'un Mo- 
rus, d'un Campanella, comme aussi de Wallace et des 
quakers du xvii^ et du xvni® siècle, d'un John Béliers 
{Proposais forraising a Collège oflndustrij ; Londres, 
4696), d'un John Woolman (4820-4772), qui attaquaient 
la richesse au nom du droit à l'existence. De même que, 
en France, Babœuf retournait contre la bourgeoisie révo- 
lutionnaire ses principes juridiques, Godwin en Angleterre 
retournait contre la bourgeoisie industrielle et commer- 
çante ses théories économiques et sa morale utilitaire ; 
sur les rapports du patron et de l'ouvrier, sur ceux du 
vendeur et de l'acheteur, sur les effets du machinisme, 
il a énoncé le premier les thèses que devaient reprendre 
et développer en Angleterre, en France, en Allemagne, 
les socialistes modernes. Le premier aussi, il a soutenu 
que l'abolition de la propriété privée devait résulter né- 
cessairement du développement naturel et progressif de 
l'humanité. Son communisme est déjà un communisme 
évolutionniste. Sur ces deux points, il ne diffère pas moins 
de Babœuf que des communistes antérieurs. Son évolu- 
tionnisme, d'autre part, est tout intellectuel et moral, et 
il est lié avec l'optimisme intellectualiste et libertaire le 
plus chimérique : le problème économique se résout pour 
lui en un problème pédagogique, en une question d'édu- 
cation et d'instruction. Nous allons retrouver chez Fourier, 
chez Owen avant 4830, chez les saint-simoniens eux- 
mêmes, certaines tendances analogues. — Fourier (V. Fou- 
rier, Fouriérisme, Considérant), dont les théories sont 
un mélange d'analyses pénétrantes et de bizarreries extra- 
vagantes, ne connaissait pas Godwin et ne paraît pas avoir 
subi l'influence de Babœuf. Il était fils d'un marchand de 
drap et fut lui-même commerçant et employé de commerce. 
Aussi son attention se porta-t-elle surtout sur le commerce 
moderne, dont il a fait le premier une critique approfondie. 
Il montra le caractère parasitaire des profits réaUsés par 
les intermédaires, la fréquence des accaparements, et le 
gaspillage qui résulte de la concurrence, de l'anarchie com- 
merciale, de l'absence de toute direction dans la vie éco- 
nomique. La critique du commerce comme parasitaire 
n'était qu'indiquée dans Godwin, elle est beaucoup plus 
complète chez Fourier ; la critique de l'anarchie commer- 
ciale est propre à Fourier, c'est sa découverte la plus im- 
portante. Les droits politiques fondamentaux proclamés 
par la Révolution française lui paraissent de peu de va- 
leur pour le peuple ; il leur oppose les droits économiques 
fondamentaux, le droit au travail et le droit à un mini- 
mum d'existence. Dans l'état social actuel, ces droits ne 
sont pas garantis, et ils ne peuvent pas l'être. Ils le seront 
dans des associations volontaires ou phalanstères y qui se 
suffiront à eux-mêmes. Chaque phalanstère sera composé 
de quelques centaines d'individus (4.620 exactement), à 



121 — 



SOCIALISME 



la fois producteurs et consommateurs ; leur travail sera 
soumis à une direction unique, et on l'organisera de ma- 
nière à le rendre attrayant. Fourier croit pouvoir supprimer 
ainsi, avec le commerce, les intermédiaires, l'anarchie éco- 
nomique et assurer à tous le travail, une subsistance, une 
vie agréable. Il ne cherche pas à exclure tout revenu ca- 
pitaliste ; il partage le produit du travail entre le travail 
(5/12), le talent (3/12) et le capital (4/12). Sa théorie, 
comme celle de Godwin, repose sur l'idée qu'il faut sa- 
tisfaire le plus complètement possible les besoins et les 
tendances de l'homme ; mais elle n'a aucun caractère in- 
tellectualiste, elle ne suppose pas une transformation gra- 
duelle et radicale des sentiments humains due au progrès 
de la raison, et elle donne une beaucoup plus grande im- 
portance à la notion de plaisir égoïste qu'à celle de jus- 
tice. Fourier ne fait appel ni à la révolution, ni à la loi 
pour réaliser son idéal ; mais il ne croit pas non plus que 
l'évolution amènera naturellement la suppression de la 
propriété individuelle. La transformation sociale résultera 
de la fondation de phalanstères ; ils se multiplieront par 
l'attrait de l'exemple jusqu'à ce que toute la société se 
trouve transformée. Pour Fourier, la condition du chan- 
gement social n'est donc ni la révolution poUtique comme 
pour Babœuf, ni l'évolution morale comme pour Godwin ; 
c'est l'organisation économique d'associations libres qui 
seront déjà dans le monde présent une image réduite, mais 
exacte, du monde futur (Théorie des quatî^e mouve- 
ments, 1808 ; Traité d'association domestique agri- 
cole, 1822 ; le Nouveau Monde industriel, 1829). 

Robert Owen (V. ce nom), comme Fourier, voit dans 
Torganisation économique d'associations libres la méthode 
de la transformation sociale ; mais par sa souplesse d'es- 
prit, par son sens pratique, par sa variété de ressources, 
il lui est bien supérieur. Fils d'un artisan, il était devenu 
en 1800, directeur de la fdature de coton de New-La- 
nark. Témoin de la misère qu'entraînait pour les ouvriers 
le développement même du machinisme, de la grande in- 
dustrie et du grand commerce capitalistes, il entreprit 
d'abord de jouer le rôle de patron philanthrope et d'assu- 
rer le bien-être de ses ouvriers ; il diminua leurs jour- 
nées de travail jusqu'à dix heures et demie, maintint leurs 
salaires à un taux fixe, développa une coopérative de con- 
sommation que son prédécesseur avait organisée pour leur 
donner leurs subsistances à meilleur marché ; il tenta de 
les garantir contre les effets des crises industrielles et contre 
le chômage, en continuant à les payer dans les périodes 
mêmes où il ne pouvait les occuper, et en accueillant les 
sans-travail qui venaient lui demander de Touvrage, alors 
môme qu'il n'en avait pas besoin. Il s'efforçait ainsi de 
sauvegarder, dans la mesure de ses moyens, le droit à la 
vie et le droit au travail. Il invitait les industriels à mul- 
tiplier des institutions analogues de patronage, et faisait 
appel à Tinter vention législative des pouvoirs pubHcs, dé- 
mocratiques ou monarchiques, pour assurer l'extension 
légale du système qu'il avait inauguré à New-Lanark. Il 
s'adressait en 1817 aux souverains réunis à Aix-la-Cha- 
pelle pour leur demander d'intervenir en faveur des ou- 
vriers ; c'est la première fois qu'apparaît l'idée d'une législa- 
tion internationale protectrice du travail. Puis il en vint à 
considérer comme insufifisantes la philanthropie patronale 
et l'intervention de l'Etat, et à préconiser le communisme 
et l'émancipation des travailleurs par les travailleurs eux- 
mêmes. Ses idées directrices, l'idée du plus grand bon- 
heur du plus grand nombre, l'idée de liberté, sont emprun- 
tées à la tradition commune des philosophes utilitaires ; 
son idéal communiste et les critiques qu'il adresse au régime 
capitaliste sont dus, en partie sans doute, à son expérience 
personnelle, mais en partie aussi au livre déjà mentionné 
de Wallace et à Holcroft, agitateur révolutionnaire qui 
avait été l'ami de Godwin. L'état moral d'une société n'est 
pas la cause, mais l'effet de son état économique ; ce n'est 
pas le progrès moral qui pourra amener la transformation 
économique^ c'est la réforme économique qui est la con- 



dition du progrès moral. Le travailleur qui produit la ri- 
chesse est misérable parce qu'il est mal rémunéré et parce 
que la nourriture et les vêtements sont trop chers. Sa 
souffrance tient à ce que la production et l'échange sont di- 
rigés par des capitalistes qui possèdent le sol et les ins- 
truments de travail et qui sont maîtres du marché. De là 
les salaires insuffisants, les prix excessifs, la surproduc- 
tion, les crises, les chômages. Les capitalistes exploitent 
les ouvriers à la fois comme producteurs et comme con- 
sommateurs. Pour se soustraire à l'exploitation et à la 
misère, ceux-ci doivent s'organiser en coopératives de pro- 
duction et de consommation. Que les ouvriers se groupent 
pour constituer un capital collectif et acheter les machines, 
que les consommateurs s'associent pour s'adresser directe- 
ment aux producteurs, la production comme la répar- 
tition se feront en vue des besoins de tous, au lieu de se 
faire en vue des profits des capitalistes. Le seul moyen de 
supprimer le profit capitaliste et la misère des ouvriers, 
c'est de transférer la propriété à des associations libres de 
travailleurs organisés. Le succès des premières associa- 
tions de ce genre en multipUera bientôt le nombre, et ainsi 
la transformation sociale se fera pacifiquement, par la 
propagande de l'exemple, par l'initiative et l'éducation 
des travailleurs associés. Les projets d'Ov^en sont à la fois 
plus radicaux et plus pratiques que ceux de Fourier. Car 
d'une part, il vise à supprimer toute espèce de profit 
capitaHste, au lieu de soutenir, comme Fourier, que l'inté- 
rêt du capital et la rente du sol ne sont pas moins légi- 
times que le salaire du travail. Et d'autre part, il accepte 
les conditions de la grande industrie moderne, le machi- 
nisme et la division du travail, au lieu d'imaginer comme 
Fourier une réorganisation fantaisiste du travail, destinée 
à le rendre attrayant. Owen était un homme d'action plus 
qu'un théoricien ; aussi s'efforça-t-il de mettre ses idées en 
pratique ; dès 1823, il fonde une communauté agricole en 
Irlande ; en 1824, il visite aux Etats-Unis les communau- 
tés organisées par des frères moraves et par d'autres 
sectes chrétiennes communistes à la fin du xviii*^ siècle, 
et il organise aux Etats-Unis, en 1825, une colonie commu- 
niste. Non seulement ces tentatives et celles de ses amis 
n'amenèrent pas la transformation sociale espérée, mais 
elles échouèrent au bout de quelques années, comme les 
tentatives analogues que firent plus tard Cabet et Consi- 
dérant, le disciple de Fourier (V. Cabet et Considérant). 
Owen fondait en même temps dès 1824, en Angleterre, des 
coopératives de consommation d'un type plus simple ; mais 
celles-ci répudiaient bientôt sa doctrine (1832), et elles 
disparaissaient aussi après quelques années. Le nouveau 
mouvement coopératif anglais qui commence en 1844, et 
dont Owen a pu voir encore et approuver les débuts, a 
abouti à la création d'un grand nombre de coopératives 
riches et prospères ; mais il n'a nullement un caractère 
socialiste (V. Coopération). 

Tandis qu'Owen s'eff'orçait de combattre les maux du 
régime capitaliste, les économistes tentaient d'en analyser 
de plus en plus exactement la nature, et Sismondi, puis 
les saint-simoniens, en arrivaient à définir le mal et les 
remèdes en des termes que devaient leur emprunter un 
peu plus tard le théoricien du socialisme démocratique 
international, Karl Marx, et celui du socialisme d'Etat 
allemand, Rodbertus. D'après Malthus, la misère des ou- 
vriers n'était pas due à des causes sociales, mais à des 
causes biologiques et physiques, l'accroissement de la 
population plus rapide que celui des subsistances, la fer- 
tilité décroissante des terres cultivables ; il reprenait ainsi, 
en la précisant, pour réfuter Godwin, l'objection de Wal- 
lace, que Godwin s'était faite à lui-même et qu'il avait 
cru pouvoir rejeter. Ricardo (1817), en combinant les 
idées de Malthus avec celles d'Adam Smith, introduit par 
là dans l'économie politique l'idée de lei d'évolution ; ses 
conclusions, qui demeurent libérales, deviennent tout à 
fait pessimistes en ce qui concerne le sens de l'évolution 
économique : les fatalités biologiques et physiques qui la 



SOCIALISME 



122 



dominent n'empêchent pas seulement le salaire des tra- 
vailleurs de s'élever au-dessus de ce qui est nécessaire à 
leur subsistance, elles tendent à amener l'appauvrisse- 
ment et la misère de tous. Il donne en même temps une 
forme très nette à la théorie de Smith qui fondait la va- 
leur sur le travail, dans son opposition avec la théorie de 
Condillac et de Say qui fondait la valeur sur l'utilité. 
En 4819, Sismondi, qui l'année précédente s'était entre- 
tenu avec Owen et qui avait visité l'Angleterre, analyse, 
dans ses Nouveaux Principes d'économie politique, les 
causes de la misère des travailleurs, la séparation du ca- 
pital et du travail et la mieux-value qui résulte de là 
pour le capitaliste, la manière dont le développement du 
machinisme exproprie les ouvriers, retire au travailleur 
de plus en plus la propriété de son instrument de travail, 
la surproduction et les crises qui en sont la conséquence, 
la concentration croissante des capitaux et de la, propriété 
foncière, la formation de deux classes, capitalistes et pro- 
létaires, dont les intérêts sont antagonistes. Ce sont les 
thèses mêmes que reprendront Marx et Rodbertus. La 
mleux-value de Sismondi est la même chose que la 
plus-value de Marx ; elle implique déjà, malgré la dif- 
férence des expressions, la distinction entre le travail et 
la force du travail que fait Marx et que n'avait pas faite 
Ricardo. Sismondi, qui ne conçoit pas que l'on puisse 
supprimer la propriété privée du capital, proteste cepen- 
dant au nom de la justice contre les excès du laisser- 
faire et réclame, comme déjà Owen en Angleterre, l'in- 
tervention de l'Etat pour diminuer les souffrances du 
prolétariat. En 1824, William Thompson {Inquiry into 
the principles of the distribution of wealth mostcon- 
ducive to human happiness), disciple de Bentham, dont il 
acceptait la morale utilitaire, rapproche la théorie de la 
valeur de Ricardo et le principe juridique d'après lequel 
chacun doit jouir du produit intégral de son travail, et il 
conclut à la condamnation du profit capitaliste et de la 
propriété privée; le principe juridique de Thompson et 
l'application de ce principe, la critique de la propriété 
privée, se trouvaient déjà chez Godwin qu'il connaissait; 
mais les analyses de Ricardo lui permettent de donner à 
ses raisonnements une rigueur toute nouvelle. Thompson 
connaissait aussi l'ouvrage de Sismondi, dont l'influence 
sur lui paraît manifeste et chez qui la théorie économique 
du revenu sans travail était déjà plus complètement éla- 
borée qu'elle ne l'est chez lui. Il préconise comme remède 
les coopératives communistes qu'Owen, depuis 1817, 
proposait d'organiser. Chez Hodgskin (en 1825), Gray 
(en 1825), Edmonds (en 1828), nous retrouvons une 
critique de la propriété capitaliste au nom de la justice, 
qui repose sur la théorie ricardienne de la valeur. 

C'est probablement aux analyses de Sismondi qu'il faut 
attribuer le changement que la doctrine saint-simonienne a 
subi en passant du maître aux disciples. Saint-Simon 
n'était pas socialiste ; ses disciples, en 1828, le sont de- 
venus {Doctrine de Saint-Simon, Exposition) (V. Saint- 
Simon et Saint-Simonisme). Saint-Simon considère les 
problèmes industriels comme plus importants que les pro- 
Î3lèmes politiques ; il demande une organisation d'ensemble 
du travail industriel ; il attaque les classes dominantes et 
en particulier les propriétaires oisifs ; mais il comprend 
parmi les membres les plus utiles de la société les « entre- 
preneurs » les plus éminents, industriels, commerçants 
ou banquiers. En 1825 et 1826, Enfantin signale, au 
contraire, l'opposition d'intérêts qu'il y a entre les hommes 
qui vivent de leur travail et ceux qui vivent du travail 
d'autrui ; il appelle les premiers les « travailleurs » et 
les seconds les « oisifs » ; et il considère la rente foncière 
et le profit du capital comme un impôt que les travailleurs 
sont forcés de payer aux propriétaires pour que ceux-ci 
mettent à leur disposition les moyens de production. Dans 
l'exposé de la doctrine de Saint-Simon, que nous devons à 
Bazard, nous trouvons enfin nettement énoncé le nouveau 
principe juridique au nom duquel les saiiit-siinoniens cri- 



tiquent l'organisation actuelle de la propriété et selon les- 
quels les produits du travail devront être répartis dans la 
société future : il est conforme à la justice que chacun soit 
rétribué selon ses œuvres. Il faut donc tendre à « la sup- 
pression graduelle de tous les tributs que le travail paye 
à l'oisiveté sous les noms divers de fermage des terres, 
loyer des usines et des capitaux ». Cette « exploitation de 
l'homme par l'homme », qui est liée à l'existence de la 
propriété héréditaire du capital, est un reste des servitudes 
antiques imposées par la force. Cette exploitation, qui a pris 
dans l'histoire la forme de l'esclavage, puis celle du ser- 
vage, se présente aujourd'hui sous la forme du salariat. Dans 
les théories que nous avons exposées jusqu'ici, là même où 
le droit au produit intégral du travail était un principe 
de critique, ce n'était pas, comme pour les saint-simo- 
niens, un principe positif de répartition ; d'après Godwin, 
Thompson, Owen, la répartition devait se faire suivant les 
besoins; en outre, l'idée d'un droit au produit intégral du 
travail individuel suppose l'absence de services publics et 
une organisation individualiste du travail qui est en con- 
tradiction avec la nature de la grande industrie moderne ; 
la formule saint-simonienne n'a pas cet inconvénient. En 
même temps qu'un nouveau principe juridique, l'exposé 
de Bazard nous fournit une nouvelle théorie de réorgani- 
sation économique, pour permettre d'appliquer ce principe : 
c'est le collectivisme, dans son opposition au communisme. 
Le droit d'héritage doit être transporté des particuliers à 
l'Etat qui perdra son caractère militaire et gouverne- 
mental pour se transformer en une association de travail- 
leurs, en une administration de la production. Une auto- 
rité économique centrale (une banque directrice) assignera 
aux plus capables les moyens de production et leur four- 
nira, en échange de leur travail, un traitement fixe. Le 
collectivisme saint-simonîen nous présente donc l'image 
d'une centralisation rigoureuse ; il est combiné, en outre, 
avec des conceptions relatives à la réorganisation du pou- 
voir spirituel. La transformation économique résultera de 
la propagande des idées et des progrès de la morale 
sociale ; elle sera facilitée par l'évolution économique elle- 
même qui diminue sans cesse le taux de l'intérêt et par 
conséquent les motifs que les capitalistes peuvent avoir 
de maintenir la propriété privée. Nous rencontrons ici, 
pour la première fois, l'idée que l'évolution économique 
tend vers le socialisme. Godwin concevait bien le com- 
munisme comme le terme d'une évolution naturelle, mais 
c'était une évolution tout intellectuelle et morale en son 
principe, (iuant à Ricardo, chez qui nous voyons appa- 
raître la notion d'évolution économique, il était resté 
tout à fait Hbéral. 

Entre 1830 et 1848, le socialisme, en Angleterre et en 
France change de caractère à cause de la Révolution 
de 1830, de la Réforme de 1832, et du développement 
toujours croissant de la grande industrie; il cesse d'être 
la théorie de penseurs isolés pour pénétrer dans le prolé- 
tariat, et il préconise l'emploi de moyens politiques pour 
transformer l'état social. En Allemagne, les idées socia- 
listes se répandent et amènent l'élaboration des deux 
systèmes qui ont eu la plus grande importance pratique : 
celui de Marx et celui de Rodbertus. — En Angleterre, 
Owen, après avoir organisé des coopératives, avait songé 
à créer des Labour E'xchanges,c.-k-à. des bourses du tra- 
vail où les ouvriers pourraient échanger leur travail contre 
des objets de première nécessité, sans être forcés d'accep- 
ter les conditions des capitalistes. Mais ses échecs l'avaient 
convaincu que la réorganisation graduelle économique due 
à l'initiative privée ne conduisait pas plus au but que 
l'appel au sentiment moral des classes dirigeantes ; il 
essaya donc, en 1833, de former un parti ouvrier socia- 
liste, en groupant en une Trades Union les syndicats 
ouvriers qui, depuis les lois de 1824-25, étaient autorisés 
eti Angleterre; il proposait comme moyen d'action la 
grève générale ; les propriétaires se verraient forcés de re- 
noncer d'eUx-mèn^es à leur monopole désormais sans pro- 



— 123 - 



SOCIALISME 



fit, et la révolution sociale serait faite en six mois. En 
quelques mois la Trades Union d'Owen comptait 500.000 
membres. Mais les grèves échouèrent, le gouvernement 
écrasa sous les condamnations les syndicats révolution- 
naires d'Owen, et les ouvriers découragés l'abandonnèrent 
(1834). Owen survécut jusqu'en 1858, mais à partir de 
ce moment son rôle est fmi. Les chartistes qui, de 1838 à 
1848, réclamèrent le suffrage universel, étaient en partie 
des communistes pour lesquels le suffrage universel n'était 
qu'un moyen ; ils constituaient un parti politique composé 
de radicaux, d'Irlandais et d'ouvriers ; un grand nombre 
de chartistes, en particulier les Irlandais, réclamaient la 
nationalisation du sol ; ils continuaient la tradition an- 
glaise dont nous avons signalé l'existence au début de cet 
article, et dont un livre de Charles Hall en 1805 avait 
été une nouvelle manifestation ; d'autres réclamaient même 
la socialisation de tous les biens. Parmi les chartistes, 
les uns voulaient procéder légalement par voie de péti- 
tion ; les autres, qui avaient pour chef l'ancien député 
irlandais O'Connor, en appelaient à la force ; ils tentèrent 
de nouveau de faire la grève générale ; au lieu de rester 
pacifiques, comme en 1834, les grèves dégénérèrent en 
émeutes sanglantes, et leurs chefs furent condamnés à 
mort ou déportés. L'année 1848 marque l'écrasement dé- 
finitif du chartisme. — En France, la tradition babou- 
viste reparait avec Buonarotti, l'un des survivants de la 
conspiration de Babœuf, et il se forme de nombreuses 
sociétés secrètes, républicaines et communistes, composées 
en partie d'ouvriers, qui préparent la révolution politique 
afin de faire la révolution sociale. Les anciennes théories 
subsistent ou reparaissent plus ou moins modifiées. Con- 
sidérant perpétue le fouriérisme. Cabet (V. ce nom) rêve 
aussi, comme Fourier, la régénération de l'humanité par 
l'organisation de petits groupes communistes. Le Belge 
Colms prêche, comme l'avaient fait avant lui les An- 
glais, la nationalisation du sol. Pecqueur (V. ce nom), 
s'inspirant à la fois du saint-simonisme et du fouriérisme, 
conçoit une forme nouvelle du collectivisme, à la fois plus 
compréhensive et plus pratique que la doctrine de ses 
maîtres ; il demande la socialisation du sol et des instru- 
ments de production, mais il n'accepte pas la centralisa- 
tion rigoureuse préconisée par le saint-simonisme, et il 
montre' dans la société actuelle (établissements de crédit, 
de placement, d'assurance) les germes de l'organisation 
économique de l'avenir. Pierre Leroux combine les idées 
essentielles du saint-simonisme avec l'idée de république ; 
c'est ce qu'avait déjà voulu faire Bazard,. mais ce que 
n'avaient pas admis Enfantin et les autres membres de 
l'école, indifférents aux formes politiques et pensant que 
la transformation économique peut se faire aussi bien 
sous un régime monarchique que sous un régime répu- 
blicain. Chez Proudhon et chez Louis Blanc (V. l'exposé 
de leurs doctrines aux articles Collectivisme, Proudiion, 
Louis Blanc) l'influence du çaint-simonisme est mani- 
feste. Mais Proudhon est hostile à la centralisation saint- 
simonienne ; sa doctrine est une doctrine de liberté et de 
fédéralisme, au point de vue économique comme au point 
de vue politique ; par là il est le maître de Bakounine et 
des anarchistes contemporains. Sa critique de la propriété 
actuelle repose sur les mêmes principes que celle des saint- 
simoniens et surtout que celle des socialistes ricardiens 
qu'il ne connaissait cependant pas ; elle repose sur l'idée 
du droit de chacun au produit total de son travail ; quand 
il dit : « la propriété, c'est le vol », cette formule n'a 
pas chez lui le même sens que chez Babœuf et avant lui 
chez Brissot (Sur la propriété et le vol, 1Î80) ; chez 
Babœuf et Brissot, la critique de la propriété reposait sur 
l'idée du droit à la vie. Quant à la réorganisation du cré- 
dit, la doctrine positive de Proudhon, elle fait penser 
aux Labour Exchanges d'Owen ; mais elle procède pro- 
bablement du saint-simonisme auquel Proudhon aurait 
emprunté l'idée d'une réorganisation du crédit, en la trans- 
formant et en rejetant le reste 4e leur théorie collecti- 



viste. Louis Blanc n*accepte pas le principe saint-simo- 
nien de répartition et conserve le vieux principe commu- 
niste : A chacun suivant ses besoins ; et s'il pense, à la 
différence de Proudhon, que « l'organisation du travail » 
(c'est une expression saint-simonienne) ne peut être opérée 
que par l'Etat créant des « ateliers sociaux », des coo- 
pératives de production, Louis Blanc s'écarte des saint- 
simoniens en réclamant le suffrage universel et en dé- 
clarant, comme Pierre Leroux, que, pour devenir le servi- 
teur de tous, au lieu de rester le maître de tous, l'Etat doit 
devenir républicain. Chez Blanqui enfin, on peut recon- 
naître l'influence de Pierre Leroux, c.-à-d. du saint-simo- 
nisme républicain, et celle du babouvisme ; c'est un cons- 
pirateur ; il croit avant tout à la vertu de la force révo- 
lutionnaire pour détruire les survivances du passé, les 
injustices du présent; il en viendra même, après 1848, à 
croire plus à l'action d'une minorité révolutionnaire qu'à 
celle du suffrage universel ; mais d'autre part, c'est aussi 
un évolutionniste ; il conçoit le rôle de la révolution comme 
tout négatif : il n'admet pas, comme Louis Blanc, que la 
Révolution doive avoir pour but de réaliser un programme 
précis de réformes conçu à l'avance; il rejette comme uto- 
pique toute description de la société future, celles des 
saints-simoniens et de Pierre Leroux comme les autres ; 
son communisme n'est qu'une tendance et se définit sur- 
tout par la négation de la propriété individuelle d'au- 
jourd'hui ; il finira par écrire dans la dernière partie de 
sa vie : « L'organisme social ne saurait être l'ouvrage 
d'un seul, ni de quelques-uns » ; il se forme « par le 
temps, les tâtonnements, l'expérience progressive, par un 
courant spontané... » ; il comparera la société à un fleuve: 
« Abaissez les obstacles, créez-lui une pente, mais n'ayez 
pas la prétention de créer le fleuve ». Le vague de son 
communisme tient sans doute en grande partie à ce qu'il 
fut un homme d'action plus qu'un théoricien. 

Le socialisme français de la monarchie de Juillet abou- 
tit à la Révolution de 1848, où il fut écrasé, et qui éclaira 
d'une tragique lumière la force supérieure de la bourgeoi- 
sie possédante et l'antagonisme entre ses intérêts et ceux 
du prolétariat. En France, en Angleterre, dans l'Europe 
entière, le sociaHsme parut à ce moment définitivement 
vaincu. Deux systèmes socialistes cependant venaient d'être 
constitués par des Allemands, qui devaient fournir des 
théories au mouvement socialiste quand celui-ci recom- 
mença une quinzaine d'années plus tard. Marx et Rober- 
tus ont travaillé jusqu'à la fin de leur vie à compléter leur 
doctrine ; mais les traits essentiels en étaient fixés dès 
l'époque à laquelle nous sommes arrivés, et c'est ici le 
lieu de montrer ce qu'ils doivent d'un côté à la philosophie 
allemande du droit et à la tradition administrative de la 
Prusse, d'un autre côté aux premiers socialistes français 
et anglais. L