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Full text of "La Grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts"

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LA 



GRANDE ENCYCLOPÉDIE 



TOURS — IMPRIMERIE DE E. ARRAULT ET C^^ 



LISTE DE MM. LES COLLABORATEURS 



DE 



LA GRANDE ENCYCLOPEDIE 



S, B, — Cette liste sera reproduite avec les modifications nécessaires en tête de chaque volume, et une liste générale 

sera publiée à fa fin de l'ouvrage. 



COMITÉ DE DIRECTION 



MM. BERTHELOT, sénateur, membre de l'Institut. 

Hartwig DERENBOURG, protesseur à l'École spéciale 

des langues orientales vivantes. 
A. GIRY, professeur à l'Ecole des chartes. 
GLASSON, membre de l'Institut, professeur à la Faculté 

de droit de Paris. 
D' h. HAHN, bibliothécaire en chef de la Faculté de 

médecine de Paris. 
G. -A. LAISANT, docteur es sciences mathématiques, 

ancien élève de l'Ecole polytechnique. 



MM. H. LAURENT, docteur es sciences mathématiques, exa- 
minateur à l'Ecole polytechnique. 

E. LE VASSEUR, membre de l'Institut, professeur au 
Collège de France et au Conservatoire des arts et 
métiers. 

H. MARION, professeur à la Faculté des lettres de Paris. 

E. MUNTZ , membre de l'Institut , conservateur de 

l'École nationale des beaux-arts. 
A. WALTZ,profes'-à la Faculté des lettres de Bordeaux, 



Adam, professeur à la Faculté des lettres de Dijon. 

Aguii-lon, ingénieur en chef des mines, professeur à l'Ecole 
nationale supérieure des mines. 

Alglave (Emile), professeur à la Faculté de droit de Paris. 

Ambrésin (Samuel), docteur en médecine. 

André (Louis), procureur de la République à Chartres. 

Armelin (Gaston), homme de lettres. 

Arnavon (Honoré-L.), homme de lettres. 

Arnodin (F.), ingénieur des arts et manufactures. 

AsSE (E.), de la Bibliothèque de l'Arsenal. 

AuLARD (F.-A.), professeur à la Faculté des lettres de 
Paris. 

Babelon (E.) , conservateur du département des médailles 
et antiques de la Bibliothèque nationale. 

Bapst (Germain), membre de la Société nationale des Anti- 
quaires de France. 

Barré (L.), astronome adjoint à l'Observatoire de Paris. 

Barrés (Maurice), homme de lettres. 

Barroux (Marins), archiviste adjoint aux Archives de la 
Seine. 

Baudrillart (André), ancien membre de l'Ecole française 
de Rome, agrégé de l'Université. 

Bayet, recteur de l'Académie de Lille, correspondant de 
l'Institut. 

Bazille, docteur en droit, avocat au Conseil d'Etat. 

Beaudouin (Mondry), professeur à la Faculté des lettres de 
Toulouse. 

Beaulieu, agrégé d'histoire. 

Beauregard, professeur à la Faculté de droit de Paris. 

Beau vois (E.). 

Bechmann (G.), ingénieur en chef, professeur à l'Ecole des 
ponts et chaussées, directeur des travaux de salubrité 
de la ville de Paris. 

Bellet (Daniel), membre de la Société de géographie de 
Paris. 

BÉMONT (Charles), maître de conférences à l'Ecole des Hautes- 
Etudes. 

BENET (A.), archiviste du département du Calvados. 

Bengesgo (M^»* Marie), élève de l'Ecole du Louvre. 

Bérard, directeur de la poudrerie de Saint-Médard-en-Jalles. 

Berger (Philippe), membre de l'Institut, professeur au Col- 
lège de France. 

Berlet (A.), procureur de la République à Mauriac. 

Bernard (Emile), publiciste. 

Bernard (F.), professeur d'économie politique. 

Bernard (Maurice), avocat à la Cour d'appel de Paris. 



Bertaux (Emile), agrégé des lettres, membre de l'Ecole 
française de Rome. 

Berthelé (Joseph), archiviste du déparlement de l'Hérault. 

Berthelot (André), agrégé d'histoire et de géographie 
maître de conférences à l'Ecole des Hautes-Etudes. 

Berthelot (Daniel), assistant au Muséum d'histoire natu- 
relle, professeur d'histoire des sciences physiques à 
l'Hôtel de Ville de Paris. 

Berthelot (Philippe), licencié es lettres et en droit. 

Berthelot (René), agrégé de philosophie. 

Bertrand (Alexandre), membre de l'Institut, directeur du- 
musée de Saint -Germain. 

Bertrand (Al.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 

Besson (Emmanuel), chef à la direction générale de l'Enre- 
gistrement. 

Blanchard ( Raphaël ) , professeur agrégé à la Faculté de 
médecine de Paris. 

Blanchet (Adrien), bibliothécaire au département des mé- 
dailles et antiques de la Bibliothèque nationale. 

Bloch (G.), maître de conférences à l'Ecole normale supé- 
rieure. 

Blogh (Raoul), docteur en droit, juge suppléant au Tribunal 
de la Seine. 

Blondel, professeur à la Faculté de droit de Nancy. 

Blondel (D' R.), docteur es sciences. 

Boehler, docteur en médecine. 

BoiRAG, agrégé de philosophie, prof esseur au lycée Condorcet. 

BONHOURE (Adrien), préfet des Pyrénées-Orientales. 

Bordes (Charles), critique musical. 

BoRNAREL (F.), agrégé de l'Université. 

Bossert (A.), inspecteur général de l'Instruction publique. 

Bouché -Leclercq (A.), professeur à la Faculté des lettres 
de Paris. 

BouGENOT (S.), archiviste-paléographe. 

BouRGOiN (Ed.), membre de l'Académie de médecine, pro- 
fesseur à l'Ecole supérieure de pharmacie. 

Bourne ville, médecin des hôpitaux. 

BouRNON (F.), archiviste-paléographe. 

BouTROux (Emile), professeur à la Faculté des lettres de 
Paris. 

Bovet (Marie-Anne de), publiciste, 

BoYER (G.), préparateur de botanique et de sylviculture à 
l'Ecole d'agriculture de Montpellier. 

Braquehais (Léon), sous-bibliothécaire de la ville du Havre. 

Brenet (Michel). 

Bricon, homme de lettres. 



LISTE DE MM. LES COLLABORATEURS 



Brochard (Victor), professeur à la Faculté des lettres de 

Paris. 
Brunetière (Ferdinand), membre de l'Académie française. 
Brutails, archiviste du département de la Gironde. 
BucHî^F.R, professeur de litlérature étrangère à la Faculté 

des lettres de Caen. 
Cabanes (D»' Aug.), publiciste. 
Gagnât, professeur au Collège de France. 
Caix de Saint-Aymour (vicomte Amédée de), publiciste. 
Camescasse (J.), docteur en médecine. 
Capus (Guillaume), docteur ès sciences. 
Carré de Malberg, docteur en droit. 
Cart (Théophile), prolesseur au lycée Henri IV et à l'Ecole 

libre des sciences politiques. 
Cart (William), agrégé de l'Université, professeur au lycée 

Voltaire. 
Castan (À.), correspondant de l'Institut, conservateur de la 

Bibliothèque de la ville de Besançon. 
CASTAN (Louis), directeur du service de la Garantie, à Paris. 
Cat (E.), prolesseur à l'Ecole des lettres d'Alger. 
Caiiwès (Paul), professeur à la Faculté de droit de Paris. 
Ghabry (L.), docteur en médecine et ès sciences. 
Challamel, conservateur honoraire de la Bibliothèque 

Sainte-Geneviève. 
Champeaux. (de), bibliothécaire de l'Union centrale des arts 

décoratifs. 
Chancel (Jules), docteur en droit. 
Charavay (Etienne), archiviste-paléographe. 
Charlot (Marcel), sous-chef de bureau au Ministère de 

l'instruction publique. 
Charnay (Maurice), publiciste. 
Cha vannes (Ed.), professeur au Collège de France. 
Chavegrin, professeur à la Faculté de droit de Paris. 
Chervin (D'^), membre du Conseil supérieur de statistique, 

directeur de l'Institution des bègues de Paris. 
Chesney, procureur de la République à Avallon. 
Cheuvreux (Casimir), avocat à la Cour d'appel de Paris. 
Ghofardet, licencié en droit. 
Claparède (A. de), docteur en droit, ancien secrétaire du 

Département politique (affaires étrangères) de la Confé- 
dération suisse. 
Clermont, docteur en médecine. 

Colin (Maurice), professeur agrégé des Facultés de droit. 
CoLLiGNON (M.), membre de l'Institut, professeur à la Faculté 

des lettres de Paris. 
CoLLiNEAu, docteur en médecine. 

Colmet d'Aage (Henri), conseiller maître à la Cour des comptes. 
Compayré, recteur de l'Académie de Poitiers. 
CoRDiER (H.), professeur à l'Ecole des langues orientales. 
C08NEAU (E.), prolesseur au lycée Henri IV. 
CouDERC (Camille), sous-bibliothécaire au département des 

manuscrits à la Bibliothèque nationale. 
CoUDREAu (Henri), explorateur de la Guyane. 
Coupa RD. 

CouRTEAULT (Henri), archiviste aux Archives nationales. 
CousTAN ( A.), docteur en médecine. 
CoviLLE (A.-H.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 
Cramaussel, professeur de philosophie au Ivcée de Gap. 
Crozals (J. de), prof, à la Faculté des lettres de Grenoble. 
Dastre (A.), professeur de physiologie à la Faculté des 

sciences de Paris ; 
Dauriac (Lionel), professeur à la Faculté des lettres de 

Montpellier. 
Debidour (A.), inspecteur général de l'Instruction publique. 
Debierre (D' Ch.), professeur à la Faculté de médecine de Lille. 
Declareuil (J.), docteur en droit, chargé de cours à l'école 

de droit d'Alger. 
BÉGLiN (H.), docteur en droit, avocat à la cour d'appel de Nancy 
I>ELAVAUD (Ch.), inspecteur du service de santé de la 

manne, en retraite. 
Delavaud (L.), secrétaire d'ambassade. 
Deniker, docteur ès sciences naturelles, bibliothécaire du 

Muséum. 
Oerenbourg (Joseph), membre de l'Institut. 
Desdouits, ingénieur en chef aux chemins de fer de l'Etat 
DESPRÉS (Armand), chirurgien de l'hôpital de la Charité 

professeur agrégé de la Faculté de médecine. ' 

B1DIERJEAN (Lyonnel), avocat. 
DiEHL, ancien membre de l'Ecole d'Athènes, professeur à 

la Faculté des lettres de Nancy. 
DoLLFus (G.), attaché à la Carte géologique de France. 
DoLLFus (Lucien). 

DoNON (Charles), docteur en médecine. 
Dramard, conseiller à la cour de Limoges. 
Drapeyron (Ludovic), docteur ès lettres, directeur de la 

Revue de Géographie. 
Droogmans (H.), ancien chancelier du Consulat général helse 

aux Etats-Unis. ^ 

Drouin (E.), avocat, membre du conseil de la Soc. asiatique 
BUBOis, secrétaire adjoint du Comité de législation étrangère 

près le ministère de la justice. 
DucRocQ, professeur à la Faculté de droit de Paris. 
BUFouR, chargé du cours de littérature grecque à la Faculté 

des lettres de Lille. 
DUFOURMANTELLE (Maurlcc), avocat à la Cour d'appel de Paris 
DcFouRMANTELLE (Charlcs), ancicn archiviste de la Corse. 
Duhamel (Louis), archiviste du département de Vaucluse. 



Dumoulin (Maurice), professeur au Ivcée de Roanne. 

DupKOix (Paul), professeur à la Faculté des lettres de l'Uni- 
versité de Genève. 

Durand (Maxime), consul suppléant de France à New York. 

Durand ( G. ) , archiviste du département de la Somme. 

Durand-Gréville, publiciste. 

DuREAu(D^A.),biblioth. en chef de l'Académie de médecine. 

DuRiER (Ch.), vice-président du Club alpin français, ancien 
chef de division au Ministère de la justice. 

Dybowski, professeur à l'Institut agronomique. 

Engerand, publiciste. 

Enlaut, ancien membre de l'Ecole française de Rome, sous- 
bibliothécaire de l'Ecole des Beau\-Arts. 

Ernst (Alfred), de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. 

EsciiBAECHER (Emile), ancien chef de bureau au Ministère des 
postes et télégraphes. 

EspiNAS (Alfred), chargé de cours à la Faculté des lettres de 
Paris. 

Faliès (Gustave), publiciste. 

Farges (Louis), chef du bureau historique au Ministère des 
affaires étrangères. 

Faucher (L.),ingen. en chef des poudres et salpêtres à Lille. 

Feer (Léon), bibliothécaire au département des manuscrits 
de la Bibliothèque nationale. 

Flamant (A.), ingénieur en chef des ponts et chaussées. 

Flourac, archiviste du département des Basses-Pvrénées. 

Foncin (Pierre), inspect général de l'Enseignem. secondaire. 

FoNSEGRivE, professeur de philosophie au lycée Buffon. 

FoRESTiF.R, rédacteur a la Préfecture de la Seine. 

FouRNiER (Henri), docteur en médecine. 

FouRNiER (Marcel), professeur à la Faculté de droit de Caen. 

FouRNiER DE Flâix, publicistc. 

France (H.), professeur à l'Académie rovale militaire de 
Woolwich. 

François (G.), chef comptable de banque. 

Fredericq (Paul), professeur à l'Université de Gand. 

FuNCK-liRENTANO (Frantz), sous-bibliothécaire à la Biblio- 
thèque de l'Arsenal. 

Gaignière (Henri), substitut du procureur de la République 
à Châlons-sur-Marne. 

Galbrun, secrétaire de l'Ecole du Louvre. 

Gardeil, professeur à la Faculté de droit de Nancy. 

Garnier (E.), membre du Comité des Sociétés des Beaux-Arts. 

Garnier (L.), rédacteur en chef de la Presse vétérinaire. 

Gasté (Armand), professeur à la Faculté des lettres de Caen. 

Gausseron, professeur au lycée Janson-de-Saillv. 

Gauthiez (Pierre), agrégé de l'Université. 

Gautier (Jules), professeur au Ivcée Michelet. 

Gavet (G.), agrégé à la Faculté de droit de Nancy. 

GÉRARD (Aug.), ministre plénipotentiaire en Chine. 

Gerspach, administrateur honoraire de la manufacture des 
Gobelins. 

GiARD (A.), professeur à la Faculté des sciences de Paris. 

GiDEL, proviseur du lycée Condorcet. 

GiQUEAux (P.), professeur au lycée de Nice. 

GrRARD (Charles), chef du Laboratoire municipal de Paris. 

Girard (Paul), maître de conférences à l'Ecole normale 
supérieure. 

Girard (P. -F.), professeur à la Faculté de droit de Paris. 

GiRODON (F.), docteur en droit. 

Giron, attaché à la Direction générale des Postes et Télé- 
graphes. 

Gley(E.), prof, agrégé à la Faculté de médecine de Paris. 

Gobat(D'), conseiller d'Etat, directeur de l'Education du 
canton de Berne. 

GoGUEL (P.), profes.de filature à l'Institut industriel du Nord. 

GoNSE, membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts, ancien 
directeur de la Gazette des Beaux-Arts, 

GoRCEix (H.), directeur de l'Ecole des mines de Ouro Prelo 
(Brésil). 

GouRDAULT, homme de lettres. 

GouRDON DE Genouillac, du Comité de la Société des gens 
de lettres. 

GouRMONT (Rémy de), publiciste. 

Grand (E.-D.), archiviste-paléographe. 

Grandjean (Charles), secrétaire-rédacteur au Sénat. 

Grandmougin (Charles), homme de lettres. 

GuiGUE (Georges), archiviste du département du Rhône. 

GuiRAUD (Paul), chargé de cours à la Faculté des lettres de Paris. 

Guy (Arthur), élève diplômé de l'Ecole des langues orientales 
vivantes. 

Hahn (J.), médecin-major de 1'^^ classe. 

Hauser (H.), docteur ès lettres, maître de conférences à la 
Faculté des lettres de Clermont. 

Heckel, professeur à la Faculté des sciences de Marseille. 

Heim (D'- Fr.), professeur agrégé à la Faculté de médecine de 
Pans. 

Henneguy (Félix) , publiciste. 

Herr (Lucien), bibliothécaire de l'Ecole normale supérieure. 

Herrmann (DO, professeurà la Faculté de médecine de Lille. 

HiLD (J.-A.), professeur à la Faculté des lettres de Poitiers. 

HoMOLLE, membre de l'Institut, directeur de l'Ecole fran- 
çaise d'Athènes. 

HouDAS, prolesseur à l'Ecole des langues orientales. 

Houssaye (Arsène), homme de lettres. 

Hubert (Eugène), professeur à l'Université de Liège. 

Humbert (G.), ingénieur des ponts et chaussées. 



LISTE DE MM. LES COLLABORATEURS 



Jacquemaire (Numa), avocat à la Cour d'appel de Paris. 

Jeanroy, professeur à la Faculté des lettres de Toulouse. 

JoANNis, docteur es sciences, chargé de cours à la Faculté 
des sciences de Paris. 

JoBBÉ-DuvAL (E.), agrégé à la Faculté de droit de Paris. 

JoBiiN, sous-bibliotliccaire au Muséum d'histoire naturelle. 

JoRGA (N.), professeur à Bucarest. 

JouANNE (G.), ingénieur des arts et manufactures. 

JouBiN (L.), docteur es sciences, maître de conférences à la 
Faculté des sciences de Rennes. 

JuLLiAN (Camille), professeur à la Faculté des lettres de 
Bordeaux. 

KÉRAVAL (P. ), médecin des asiles de la Seine. 

Kerlero du Grano, officier de marine en retraite. 

Knab (L.), ingénieur civil des arts et manufactures. 

Kohler (Gh.), bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-Gene- 
viève. 

KoRZENiowsKi (J.), délégué de TAcadémie des sciences de 
Gracovie. 

Kruger {F.-H.), professeur à l'Institut des missions évangé- 
liques de Paris. 

KuHFF (G.), docteur en médecine. 

KuNCKEL d'HERCULAis,assistant au Muséum d'histoire naturelle. 

KuciNSR[, homme de lettres. 

KuHNE, publiciste. 

KuNSïLER, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux. 

Lacour (P.), attaché à la direction des Beaux-Arts. 

Lacour-Gayet (Georges), docteur es lettres, professeur d'his- 
toire au lycée Saint-Louis. 

Lacroix, docteur es sciences, professeur de minéralogie au 
Muséum d'histoire naturelle. 

Lagrésille (Georges), avocat à la Cour d'appel de Paris. 

Lahilxonne (Jacques), professeur au lycée de Grenoble. 

Lâîné, agrégé à la Faculté de droit de Paris. 

Lambert (Mayer), profeisseur au séminaire israélite de Paris. 

Lambling (D»"), professeur agrégé à la Faculté de médecine 
de Lille. 

Langlois (D"" P.), préparateur au laboratoire de physiologie 
de la Faculté de médecine de Paris. 

Langlois (Ch.-V.M.), chargé de coursa la Faculté des lettres 
de Paris. 

Lanson (G.), professeur de rhétorique au lycée Michelet. 

Lapie (Paul), professeur de philosophie au lycée de Tunis. 

Larbalétrier [A..), professeur à l'Ecole d'agriculture du 
Pas-de-Calais. 

Larivière (Ch. de), receveur particulier à Gien. 

Laur (F.), ingénieur des mines. 

LAzzARi (Silvio), compositeur de musique. 

Lavalley (Gaston), bibliothécaire de la ville de Caen. 

Lavoix (Henri), administrateur de la bibliothèque Sainte- 
Geneviève. 

Lechalas (M.-C.), inspecteur général des ponts et chaussées. 

Lechalas (G.), ingénieur en chef des ponts et chaussées. 

Lecornu (L.), ingénieur en chef des mines, docteur es sciences. 

LÉCRiVAiN (Ch.), chargé de cours à la Faculté des lettres de 
Toulouse. 

Lefèvre (Charles), professeur à la Faculté de droit de Paris. 

Lefèvre (Edouard), ancien président de la Société entomo- 
logique de France. 

Lefort (Paul), inspecteur des Beaux- Arts. 

Lefranc (Abel), secrétaire du Collège de France. 

Léger (L.), professeur au Collège de France. 

Legrand (Emile), professeur à l'Ecole des langues orientales. 

Le Goffig (Charles), agrégé de l'Université. 

Lehr (E.), professeur honorairef'de droit à Lausanne. 

Lehugeur (Paul), professeur au lycée Charlemagne. 

Lemoine (D'- Georges), professeur à la Faculté de médecine 
de Lille. 

Lemonnier, chargé de cours à la Faculté des lettres, pro- 
fesseur à l'Ecole des Beaux-Arts. 

Lemosof (Paul), attaché à la Société de géographie. 

LEON (Xavier), agrégé de philosophie. 

Leprieur (Paul), attaché à la conservation du musée du 
Luxembourg. 

Leriche, drogman-chancelier à Mogador. 

Leroux (Alf.), archiviste du département de la Haute- Vienne. 

Le Sueur (l.), docteur en droit, attaché au ministère de la 
Justice. 

Levasseur, juge suppléant à Provins. 

Léveillé, professeur à la Faculté de droit de Paris. 

LÉvi (Israël), professeur d'histoire juive au séminaire 
israélite de Paris. 

LÉvi (Sylvain), professeur au Collège de France. 

Lex (L.), archiviste du département de Saône-et-Loire. 
Leymarie (C), bibliothécaire de la ville de Limoges. 

LnuiLLiER (fj.), avocat, membre de la Société archéologique 

de Touraine. 
LiARD, directeur de l'enseignement supérieur au Ministère 

de l'instruction publique. 
LiÉTARD, docteur en médecine. 
Loret (Victor), maître de conférences à la Faculté des lettres 

de Lyon. 
Lot (Ferdinand), bibliothécaire a la bibliothèque de TUni- 

versilè de Paris. 
Lucas (Charles), architecte. 
LucipiA (Louis), membre du Conseil municipal de Paris. 



Lyon (Georges), maître de conférences à l'Ecole normale 
supérieure. 

Lyon-Caen (Ch.), membre de l'Institut, professeur à ïa 
Faculté de droit de Paris. 

Mabille (J.), attaché au laboratoire de malacologie du Mu- 
séum d'histoire naturelle. 

Maindron (Maurice), critique d'art. 

Mantz (Paul), directeur général honoraire des Beaux-Arts. 

Marais (Paul), sous-bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine. 

Marcel (Gabriel), bibliothécaire de la section de géographie 
à la Bibliothèque nationale. 

Marcuand, juge suppléant à Meaux. 

Marchand (Louis), inspecteur d'Académie à Avignon. 

Mariéton (Paul), ô'irecteur de \Si Revue fèlibréenne. 

Marin (Paul), ancien élève de l'Ecole polytechnique. 

Marleï (Léon), attaché à la bibliothèque du Sénat. 

Marmonier, docteur en droit. 

Marquet de Yasselot (Jeyn-J ), élève de l'Ecole du Louvre. 

Marre (Aristide), chargé de cours à l'École des langues 
orientales. 

Martel (E.), avocat. 

Martha (Jules), maître de conférences à l'École normale 
supérieure. 

Martha (D»-), secrétaire de la Société de médecine publique 
et d'hygiène professionnelle. 

Martin (â.-J.), ancien préparateur au laboratoire de phy- 
siologie de la Faculté de médecine de Paris. 

Martin (Henry), bibliothécaire à la bibliothèque de l'Arsenal. 

Martinièue (H. -p. de La). 

Martinet (A.), commissaire du gouvernement près le conseil 
de préfecture de la Seine 

Maspero, membre de l'Institut, professeur au Collège de 
France. 

Massebieau (A.), professeur d'histoire au lycée de Rennes. 

Massigli (Ch.), agrégé à la Faculté de droit de Paris. 

Matignon (G.), maître de conférences à la Faculté des 
sciences de Lille. 

Maury (P.), docteur es sciences. 

May (G.), professeur à la Faculté de droit de Nancy. 

Mazade, préparateur du laboratoire des recherches médicales. 

MAZEROLLE(Fernand), bibliothécaire-archiviste de laMonnaie 

Mazon (A.), homme de lettres. 

Mazzoni, professeur de littérature italienne à l'Institut des 
Etudes supérieures de Florence. 

Meillet (A.), maître de conférences à l'Ecole des Hautes- 
Etudes. 

Melani (Alfredo), professeur à l'Ecole supérieure d'art appli- 
qué à l'industrie de Milan. 

Melin (G.), docteur en droit, avocat à la Cour d'appel de Nancy. 

Mély (F. de), correspondant du Comité des Sociétés des 
Beaux-Arts des départements. 

Menant (J.), membre de l'Institut. 

MÉNARD (Louis), docteur en médecine. 

Meynersd'Estrey (comte), docteur en médecine. 

MicHAUD (D'- E.}, professeur à l'Université de Berne. 

MicHAUT (G.), chimiste de la station agronomique de l'Yonne. 

Michel (André), professeur à l'Ecole spéciale d'architecture, 
conservateur adjoint au Musée du Louvre. 

M[CHEL (Emile), membre de l'Institut. 

Michel (Léon), agrégé à la Faculté de droit de Paris. 

Moireau (Aug.), agrégé des lettres. 

MoLiNiER(A.), professeur à l'Ecole des chartes. 

MoLiNiER(Ch.), professeur à la Faculté des lettres de Toulouse. 

MoLiNiER (E.), conservateur au Musée du Louvre. 

Monceaux (P.), docteur es lettres, professeur de rhétorique 
au lycée Henri IV. 

MoNCELON, ancien délégué de la Nouvelle-Calédonie au Con- 
seil supérieur des Colonies. 

MoNiEz (D"^), professeur à la Faculté de médecine de Lille. 

MoNiN (H.), docteur es lettres, professeur au collège Rollin, 
professeur d'Histoire à l'Hôtel de Ville de Paris. 

MoNMiTONNET, prolèsscur à Saint-Pétersbourg. 

MoNOD (Gabriel), maître de conférences à l'Ecole normale 
supérieure, directeur de la Revue histo7Hque. 

MoRER, médecin-major de f® classe. 

MoRTET (Ch.), conservateur à la bibliothèque Sainte Gene- 
viève. 

Mortet (Victor), bibliothécaire à la Sorbonne. 

MoRTiLLET (G. de), ancien conservateur adjoint du musée de 
Saint- Germain. 

Moutard, examinateur à l'École polytechnique. 

Muret, professeur à l'Université de Genève. 

Nachbaur (Paul), avocat à la cour d'appel de Nancy. 

Nénot, architecte de la Sorbonne. 

NoLHAC (Pierre de), conservateur du musée de Versailles. 

Normand (Charles), directeur de la revue VAmi des monu" 
ments et des arts. 

Oltramare, astronome à l'Observatoire de Paris. 

Omont (H.), conservateur au département des manuscrits 
de la Bibliothèque nationale. 

Oppert (Jules), membre de l'Institut, professeur au Collège 

de France. 
Ottavi (P.), chargé du vice-consulat de France à Mascate. 
OuRÉM (Alméida Arèas , vicomte d') , membre de l'Institut 
hist. et géogr. du Brésil, ancien ministre plénipoten- 
tiaire du Brésil à Londres. 



LISTE DE MM. LES COLLABORATEURS 



Ol'stalet(E.), assistant au Muséum d'histoire naturelle. 

Paisa:st, attaché d'ambassade. 

Palustre (Léon), directeur honoraire de la Société française 
d'archéologie. 

PARENT, publiciste, , , ^ , 

Paris, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux. 

Passy (Paul), maître de conférences à l'Ecole des Hautes- 
Etudes, président de l'Association phonétique des pro- 
fesseurs d'anglais. 

Paturet, substitut du procureur de la République, à Toulon. 

Paulian, secrétaire-rédacteur à la Chambre des députés. 

Pawlowski (Gustave), bibliographe. 

PÉAN (D'), ancien chirurgien des hôpitaux. 

PÉLissiER (L.-G.), professeur à la Faculté des lettres de 
Montpellier. 

Pelletan (Camille), député des Bouches-du-Rhone. 

Peraté, ancien membre de l'École française de Rome, atta- 
ché à la conservation du musée de Versailles. 

PÉREZ (Bernard), publiciste. 

Petit (E.), professeur au lycée Janson-de-Sailly. 

Petit (P.), membre de la Société botanique de France. 

Petit (D'L.-H.), bibliothécaire à la Faculté de médecine 
de Paris. 

Petit-Dutaillis (Ch.), professeur agrégé d'histoire au lycée 
de Troves. 

Peytoureau (D'^ a.), préparateur à la Faculté des sciences de 
Bordeaux. 

Pfender (Charles). 

PiAGET (A.), docteur es lettres. 

Picavet, docteur es lettres, proiesseur au collège Rollin, 
maître de conférences à l'Ecole des Hautes-Etudes. 

Picot (Emile), professeur à l'Ecole des langues orientales. 

PiÉCHAUD (Adolphe;, docteur en médecine, médecin du 
Sénat, inspecteur des écoles de Paris. 

Pierre (Constant), commis principal au secrétariat du Con- 
servatoire national de musique. 

Pierret (Paul), conservateur du musée égyptien du Louvre. 

Pignot (A.), préparateur à la Faculté de médecine. 

PiLLET (Jules), professeur au Conservatoire des Arts et 
Métiers, à l'Ecole des beaux-arts et à l'Ecole des ponts 

Pinard (Ad.), professeur à la Faculté de médecine de Paris. 

PiKEL-MAisoNNEuvE, docteur en médecine. 

Planiol, professeur adjoint à la Faculté de droit de Paris. 

Platon (G.), bibliothécaire de la Faculté de droit de Bor- 
deaux. 

Pligque (D--). 

PoiNCARÉ (Kavmond), député. 

PouGiN (Arthur), publiciste. 

Pouzet (Ph.), agrégé d'histoire. 

Prado (Eduardo da Silva), avocat et homme de lettres. 

Preux (J.), ancien secrétaire du Comité de législation étran- 
gère. 

Prou (M.), bibliothécaire au Cabinet des médailles a la 
Bibliothèque nationale. 

Prudhoîvimf, archiviste du département de Tlsère. 

PsicHARi (Jean), directeur ad joint à l'Ecole des Hautes-Etudes. 

PUAUX (Franck), publiciste. 

Quellien (N.), publiciste. 

QuESNEL, professeur à l'Ecole des Hautes-Etudes commer- 
ciales 

QuESNERiE (Gustave de La), professeur au lycée Saint-Louis. 

Radet, maître de conférences à la Faculté des lettres de 
Bordeaux. 

Ravaisse (P.), chargé de cours à l'Ecole des langues orien- 

Ravaisson-Mollien (Charles) , conservateur adjoint au Musée 

du Louvre. 
Regelsperger, docteur en droit. 

REGiSAUD (P.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. 
Renard (Georges), protesseur à la Faculté des lettres de 

Renault (Louis), professeur à la Faculté de droit de Paris. 
Rekoult (René), avocat à la Cour d'appel, ancien chef de 

cabinet du président de la Chambre des députés. 
Reure, professeur à l'Ecole des Hautes-Etudes à Lyon. 
RÉviLLOUT (E.), conservateur adjoint au Musée du Louvre. 
Ribot (Th.), professeur au Collège de France, directeur de 

la Revue philosophique. 
RicHET (Charles), professeur à la Faculté de médecine de 

Paris. 
Riegel (Alfred), ingénieur des manufactures de l'Etat. 
Rio-Brakco (J.-M. da Silva-Paranhos, baron de), membre de 

l'institut historique et géographique du Brésil, ancien 

député. 
RiTTi (D* An t.). médecin de la maison nationale de Charenton. 
RocHEBRUNE (D''de), assjstant au Muséum d'histoire naturelle. 
Rolland, médecin des asiles de Lalorce (Dordogne). 



Rossignol, agrégé d'histoire, professeur à l'Ecole polytech» 

nique de Zurich. 
RouiRE (D'), membre de la mission scientifique de Tunisie, 
Roussel (Félix), avocat à la Cour d'appel de Paris. 
RoussELET (Albin). 

Ruelle (C.-E.), conservateur à la bibliothèque Sainte-Gene- 
viève. 
RussEL (W.), docteur es sciences naturelles. 
Ruyssen (Th.), professeur agrégé de philosophie. 
Sagnet (Léon), attaché au Ministère des travaux publics. 
Sagnier (Henry), rédacteur en chef du Journal de l'agri- 
culture, 
Saint-Marc, prof . agrégé à la Faculté de droit de Toulouse. 
Salone, professeur agrégé d'histoire et de géographie au 

lycée Condorcet. 
Samuel (René), sous-bibliothécaire du Sénat. 
Santi (D"^ L. de), médecin-major de 2® classe. 
Sarrau, membre de l'Institut, ingénieur en chef des poudre? 

et salpêtres. 
Saury (D*^), médecin de l'asile de Suresnes. 
Sauvage (B^), directeur de la station aquicole de Boulogne-suî - 

Mer. 
Saverot (Victor), docteur en droit. 
Sayous, professeur à la Faculté des lettres de Besançon, 

membre correspondant de l'Académie hongroise. 
Schefer (G.), bibliothécaire à la bibliothèque de l'Arsenal. 
ScHMiT (L.), conducteur des ponts et chaussées. 
Sergent (Ed.), commandant de l'armée territoriale. 
Simon (Eugène), ancien président des Sociétés entomologique 

et zoologique de France. 
SouDAY (Paul), rédacteur au journal le Temps. 
SouQUET (Paul), professeur de philosophie au lycée Henri IV. 
Stein (H.), archiviste aux Archives nationales. 
Straus, professeur à la Faculté de médecine de Paris. 
Strauss, avocat à la Cour d'appel de Paris. 
Stroseblin, professeur à l'Université de Genève. 
Stryienski (Casimir), professeur agrégé au lycée Montaigne. 
SwARTE (Victor de), trésorier-payeur général de Seine-ei- 

Marne. 
Tannery (P.), ingénieur des manufactures de l'État. 
Tarde (G.). 
Tausserat-Radel (Alexandre), sous-chef du bureau iusto- 

rique au Ministère des affaires étrangères . 
Thénard, professeur honoraire de l'Université. 
Théry (Edmond), directeur de YEconomîste euro2^éen, 
TniÉBAULD-SissoN, publîciste. 
Thiers (Adolphe), publiciste 

Tholin (G.), archiviste du département du Lot-et-Garonne. 
Thomas (Antoine), chargé de cours à la Faculté des lettre& 

de Paris. 
Thomas (D' L.), bibliothécaire à la Faculté de médecine de 

Paris. 
TiERSOT (Julien), sous-bibliothécaire au Conservatoire de 

musique 
TouRNEUx ( Maurice \publiciste. 
Trawinski, secrétaire des musées nationaux. 
Trouessart, docteur en médecine. 
Vachon (Marins), critique d'art. 
Valabrègue (Antony), critique d'art. 
Varigny (H. de), docteur en médecine, docteur es sciences 

naturelles. 
Vast (Henri), professeur d'histoire et de géographie au lycée 

Condorcet, examinateur d'admission à l'école Saint-Cyr. 
Vayssière (A.), archiviste du département de l'Allier. 
VÉLAiN (Charles), professeur de géographie physique à la 

Faculté des sciences de Paris. 
Vendryès, membre de la Société botanique de France. 
Venukoff (Michel), ancien secrétaire général de la Société 

de géographie de Ruasie. 
Vergniol (C), professeur agrégé d'histoire au lycée de 

Bourges. 
Verneau (D'), assistant au Muséum d'histoire naturelle. 
Vernes (Maurice), directeur adjoint à l'École des Hautes- 
Etudes (section des sciences religieuses). 
Viala (Pierre), professeur de viticulture à l'Institut national 

agronomique de Paris. 
ViLLEDEUiL (Ch. de), astronome. 

ViNsoN (Julien), professeur à l'Ecole des langues orientales, 
VoGEL, publiciste. 

VoLKOv (Th.), membre de la Société impériale russe de géo- 
graphie. 
Vollet ( E.-H. ) , docteur en droit. 
Welschinger (Henri), vice-président de la Société des Etudes 

historiques. 
WiLL (Louis) . . , . , 

Yriarte (Charles), inspecteur gênerai des Beaux-Arts. 
Zaborowski, publiciste, ancien secrétaire de la Société 

d'anihropolofeie de Parib. 



LA GRANDE ENCYCLOPÉDIE 



J 



JANIÇON (François-Michel), publiciste français, né à 
Paris le 24 déc. 1674, mort à La Haye en août 1730. Fils 
de François Janiçon, sieur de Marsin, avocat au conseil et 
huguenot de marque, il faisait ses études à Maastricht au 
moment de la révocation de Fédit de Nantes. Il resta donc 
en Hollande, collabora à la Gazette cV Amsterdam, prit la 
direction de la Gazette de Hotterdam et celle d'un jour- 
nal français fondé parles magistrats d'Utrecht.Il fut aussi 
agent du landgrave de Hesse auprès des Etats-Généraux. 
Il a laissé, outre des traductions : Etat présent de la 
république des Provirices-Unies (La Haye, 1729-1730, 
2 vol. in-'12), ouvrage qui a eu beaucoup de succès et qui 
abonde en renseignements puisés aux meilleures sources. 

JANlCULE(Mont) (V. Rome). 

JANIN (Jules-Gabriel), littérateur français, né à Saint- 
Etienne (Loire) le 16 févr. 1804, mort à Passy le 20 juin 
1874. Fils d'un avoué, il vint terminer à Paris, au collège 
Louis-le- Grand, les études qu'il avait brillamment com- 
mencées dans sa ville natale, et, lorsqu'elles furent ache- 
vées, il vécut fort modestement de répétitions à 2 fr. le 
cachet jusqu'au jour où il débuta dans la petite presse 
libérale. Il abandonna bientôt le Figaro pour la Quoti- 
dienne qu'il ne tarda pas à quitter lorsqu'elle devint 
l'organe de M. de Polignac. Présenté aux frères Bertin, il 
fit d'abord partie de la rédaction politique du Journal des 
Débats; mais, chargé un jour de suppléer Duviquet, suc- 
cesseur de Geotfroy, comme critique dramatique, il apporta 
dans cette tâche nouvelle tant de verve et de fantaisie 
qu'elle lui fut désormais exclusivement confiée. Durant 
quarante et un ans, Janin ne cessa point un seul lundi 
d'entretenir son public, non seulement des pièces nouvelles 
et de leurs interprètes, mais encore de réminiscences ou 
d'affaires personnelles, dont quelques-unes sont demeurées 
célèbres par les polémiques ou les procès dont elles furent 
l'origine. C'est ainsi qu'à l'occasion du Mariage du cri- 
tique (16 oct. 1841), il initia le pubhc, alors peu habitué 
à ces sortes de confidences, aux joies que lui promettait 
son union avec W^^ lluet, fille d'un magistrat, et s'attira 
de la part d'Hipp. Rolle, et sous le même titre, une verte 
riposte; ou bien encore, à propos d'une reprise du Tibère 
de Marie-Joseph Chénier (déc. 1843), Félix Pyat répondit 
dans la Réforme aux critiques des Débats en mêlant à ses 
arguments de telles personnalités que Janin le fit con- 
damner pour diffamation à six mois de prison. Il eut encore 
d'autres démêlés oîi le papier timbré joua son rôle avec 
Alex. Dumas (à propos de M^'^ de Belle-lsle), avec Th. de 
Banville, avec le Figaro de Villemessant. 

GRANDE ENCYCLOPÉDIE. — XXI. 



Si ponctuel qu'il fût à remplir sa tâche hebdomadaire et 
sans parler d'une collaboration assidue à V Artiste et à la 
llevue de Paris (où il rompit des lances contre D. Nisard 
et contre Balzac, à propos de la littérature « facile » et 
à'Un Grand Homme de province à Paris)^ Janin s'était 
révélé comme romancier par : l'Ane mort et la Femme 
guillotinée (1829, 2 vol. in-12) ; la Coîifession (1830, 
2 vol. in-i2) ; Barnave (1831, 4 vol. in-12) ; Contes 
fantastiques et Contes littéraires (1332, 4 vol. in-12); 
Contes nouveaux (1833, 4 vol. in-12) ; le Chemin de 
traverse (1836, 2 vol. in-8) ; Un Cœiir pour deux 
amours {iKdl,, in-8). VAne mort est demeuré fameux 
par la bizarrerie de son titre et de son contenu ; la publi- 
cation de Barnave^ dont Aug. Barbier, Féhx Pyat, Théo- 
dore Burette, Edgar Quinet, avaient fourni leur quote- 
part, fût un événement plus politique encore que httéraire, 
car la préface, rédigée par Etienne Béquet, attaquait avec 
véhémence Philippe-Egalité, et provoqua une réplique inti- 
tulée ta Branche royale d'Orléans ou le Barnave de 
M. J. Janin réfuté par l'histoire (iS3\, in-8). A partir 
de ce moment, Janin, dont jusque-là « l'opposition avait 
été la vie », témoigna en toute occasion le zèle le plus 
bruyant en l'honneur de la branche cadette et garda, 
disons-le à sa louange, la même attitude après l'exil et la 
mort de Louis-Philippe. A considérer non le résultat défi- 
nitif, mais l'effort, on ne saurait contester que Janin n'ait 
été l'un des plus infatigables polygraphes de son temps, 
même en tenant compte de quelques plagiats plus ou moins 
déguisés et de la complaisance avec laquelle il prêtait son 
nom à des éditeurs embarrassés ou peu scrupuleux. Une 
énumération détaillée ne saurait en être tentée ici, et il 
suthra, pour donner une idée de cette activité quelque peu 
stérile, de rappeler les principales excursions du « prince 
de la critique » dans les directions les plus diverses. Il faut 
citer en première ligne : Deburau. histoire du théâtre 
à quatre sous pour faire suite à l'histoire du Théâtre- 
Français (1832, in-8 ; 2^ éd., 2 vol. in-12), pimpante 
fantaisie; Histoire de la littérature dramatique en 
France (1853-58, 6 vol. in-18), choix pratiqué par Fau- 
teur dans ses feuilletons remaniés et modifiés ; Rachel et 
la Tragédie (1859, in-8 et in-4, pi.) ; Béranger et son 
temps (1865, 2 vol. in-18) ; puis de nouveaux romans : 
la Religieuse deToulouse (1850, 2 vol. in-8) ; les Gaités 
champêtres (1851, 2 vol. in-8) ; la Fin d'un monde et 
du neveu de Rameau (1861, in-18) ; Contes du chalet 
(1859, in-18); Contes non estampillés (1862, in-18) ; 
les Oiseaux bleus (1864, in-18); le Talisman (1866' 

1 



JANfN — JANISSAIRE 



2 — 



in-18); les Amours du chevalier àe Fosseuse (d867, 
in-18)-; Circé (1867, in-18) ; Vînterné (1869, in-18) ; 
Petits Romans d'hier et d'aujourd'hui (1869, in- 
18), etc. On retrouve un écho des événements contempo- 
rains dans divers écrits de circonstance : Fontainebleau^ 
Versailles, Paris (1837, in-18), relation des fêtes du 
mariage du duc d'Orléans ; le Prince royal (1842, in-18) ; 
le Roi est mort (1850, in-8); la Muette^ le Château et 
les désastres (1871, in-18), etc. Enfin Janin a écrit ou 
signé le texte de plusieurs publications illustrées, telles 
que : Un Hiver a Paris (184^, in-8) ; la Normandie his- 
torique^ pittoresque et monumentale (1842, in-8), et 
son pendant, la Éretagne historique, pittoresque et mo- 
numentale (1844, in-8); les Petits Bonheurs de la vie 
(1856, in-8) : les Symphonies de l'hiver (1858, in-8) ; 
la Révolution française (1862-65, 2 vol. in-4), etc. 

Janin avait, pour se constituer des titres sérieux au 
fauteuil académique, traduit ou plutôt paraphrasé à sa 
manière Horace (1860, in-12), et réuni, sous le titre de 
la Poésie et r éloquence à Rome (1863, in-8), diverses 
études sur les classiques latins, mais il échoua, en 1865, 
contre Prévost-Paradol et s'en consola en publiant son 
spirituel Discours de réception à la porte de l'Académie 
française. Elu cinq ans plus tard en remplacement de 
Sainte-Beuve, il eut lui-même John Lemoinne pour succes- 
seur. Sa bibliothèque, très vantée de son vivant et qu'il 
dut tour à tour léguer à sa ville natale, à l'Institut et à 
l'Arsenal, a été dispersée en 1877 après la mort de sa 
veuve et causa quelque déception aux amateurs. Sous le 
titre d'OEuvres choisies (1875-78, 12 vol. in-18), A. de 
La Fizelière avait rassemblé quelques-uns des écrits cités 
plus haut, ainsi qu'une partie de la correspondance d'un 
écrivain qui ne méritait peut-être ni les louanges excessives 
que lui ont prodiguées ses contemporains ni l'injurieux 
oubli dont il a payé cette célébrité éphémère. M. Tx. 

BiBL. : A. PiKDAGNEL, JuIgs Jctnin, 1884, in-18, S-^ éd., 
augm. d'une bibliographie. — Sainte-Beuve, Causeries 
du lundi, t. II et V. — G. Planche, Portraits littéraires. 
— Albéric Second, le Tiroir aux souvenirs, 1885, in-12. 

JANIN A (en turc lanina). Nom d'un vilayet turc et de 
sa capitale en Albanie (Epire). Borné au N. par les vilayets 
de Scutari et de Monastir, à l'E. par celui de Selfidjé, 
au S.-E. par les provinces grecques de Trikala et d'Arta, 
au S. et à l'O. par la mer Ionienne, le vilayet de Janina 
comprend six sandjaqs : Bérat, Korétsa, Tépélen, Molista, 
Janina et Prévésa. C'est une contrée couverte des ramifica- 
tions du Pinde. La côte tout entière du sandjaq de Janina 
est masquée par l'île de Corfou . Elle est bordée de dunes 
broussailleuses et d'étangs dont le voisinage est absolu- 
ment nuisible en été pour les villages. Il n'y a pas de port. 
Très à l'E., dans l'intérieur, au pied des monts Mitchikéli 
qui forcent TArta à couler vers le S., et du côté opposé 
à cette rivière, s'étend le lac de Janina, long d'environ 
20 kil. et large de 4 kil., dans une partie de son étendue 
seulement. Cette nappe d'eau peu profonde (jamais plus 
de 10m.), alimentée par plusieurs ruisseaux, se divise en 
deux bassins que réunit un canal marécageux et semé d'îles, 
et n'a pas d'écoulement visible. Mais on lui suppose des 
issues souterraines. Le bassin N. (Laptchista) déverse 
ses eaux dans un gouffre énorme, et donnerait naissance 
au Kalamas. Le bassin du S. laisse couler ses eaux, à 
l'étiage, dans un autre gouffre par un canal étroit, et for- 
merait plus au S. le Louros, Quand le niveau est moins bas, 
quatre trous ouverts dans les rochers reçoivent l'eau et la 
conduisent à l'issue souterraine d'où naît le Louros. La ri- 
vière cachée se révèle par de petits lacs semés à la surface 
du sol. — Sur la rive 0. du lac, en face d'une petite île, 
est bâtie la ville de Janina, par 39^47'' lat. N. et 18°41^ 
long. E., sur un contrefort du Mitchikéli avançant en pres- 
qu'île au milieu des eaux. Janinti est entourée d'une mu- 
raille flanquée de châteaux forts. Les maisons spacieuses 
et bien bâties, à un seul étage, sont distribuées en rues 
étroites et mal pavées, sauf doux artères principales. On y 
remarque le konak du pacha, la mosquée d'Arslân-Aghâ 



qui date de 1712. Il reste 6 églises sur 16 qui existaient 
avant 1720. La ville compte environ 16,000 hab., aux 
deux tiers chrétiens. Il y a une forte proportion de juifs 
(plus de 3,000). Janina est presque entièrement grecque. 
Elle abonde en souvenirs historiques. Elle s'élève au milieu 
d'une contrée couverte de ruines de cités pélasgiques ; à 
quelque distance se trouvent au bord du lac même les restes 
de Hella et à 18 kil. au S.-O. les ruines de Dodone. En 
51, après l'invasion des Goths, la ville déjà construite 
prend le nom de Joannina, sous le patronage de saint 
Jean. En 1181, Boémond, bâtard de Robert Guiscard, l'en- 
lève ; en 1431, les Turcs l'occupent, vingt-deux ans avant 
la prise de Constantinople. Enfin, cette ville est célèbre 
grâce au fameux Ali-Pacha de Tépélen qui y avait établi 
un lycée, une bibliothèque et des écoles. Janina contenait 
alors 40,000 hab. Arthur Guy. 

JANIN ET (Jean-François), graveur français, né à Paris 
en 1732, mort en 1814. Il appliqua un procédé spécial de 
gravure en couleurs (V. Gravure) ; parmi ses œuvres, on 
cite des Vues de Paris, les portraits de Henri /F et de 
Sully d'après Fr, Pourbus, les Comédiens d'après Wat- 
teau, etc. 

JANISLAW (Kotwicz), prélat polonais du xiv^ siècle. Il 
mourut en 1340.11 fut archevêque de Gniezno. Il couronna 
le roi Wladyslaw Lokietek, présida le synode d'Uniejow et 
contribua à introduire l'Inquisition en Pologne. 

JANISSAIRE. Les janissaires formaient en Turquie 
une milice analogue à celle des prétoriens de Rome ou des 
strélitz moscovites. Véritable armée permanente dont la 
création précéda de cent quinze ans le premier essai de ce 
genre qui fut fait dans les Etats européens, elle dura cinq 
siècles, de 1334 à 1826. Son histoire est intimement liée 
à celle de la Turquie ; après avoir été la terreur de l'en- 
nemi du dehors et avoir conduit l'empire ottoman à l'apogée 
de sa puissance, ce corps d'élite, devenu une non-valeur 
militaire et la pierre d'achoppement de toutes les réformes, 
finit par être la terreur des sultans eux-mêmes et une per- 
pétuelle menace de ruine pour le pays. 

Au début de la monarchie ottomane, sous le règne de 
son glorieux fondateur Osman Khân (1281-1326), l'armée 
turque consistait en une horde d'irréguliers, pasteurs à 
l'ordinaire, guerriers quand sonnait l'appel aux armes. Ces 
soldats volontaires ne savaient que combattre à cheval ; 
l'infanterie n'existait pas. Ils n'en étaient pas moins redou- 
tables, grâce à leur intrépidité et à leur admirable disci- 
pline. La seule troupe permanente était la garde particu- 
lière du sultan (qapougouli). Déjà maître d'un territoire 
vaste et peuplé, puis rendu ambitieux par le succès, Or- 
khân (1326-60) songea à organiser ses forces militaires 
sur un pied nouveau. Il enrôla par voie de sélection des 
mercenaires turcs qu'il prit à sa solde et dont il forma 
un corps de fantassins {yaya ou piyadè) . Mais bientôt les 
prétentions insolentes et l'insubordination de cette solda- 
tesque le forcèrent à modifier cette tentative d'organisation 
militaire. C'est pourquoi il résolut, de concert' avec son 
vizir Ala ed-Dîn et le qazi-asker Djândéréli, de créer une 
nouvelle milice qui, ne se recrutant pas parmi le peuple, 
lui fût étrangère, ne pût exciter de séditions, fût enfin 
entièrement dévouée au sultan, dont elle tiendrait tout. La 
loi du devchirmé (recrutement) fut édictée ; elle concluait 
à Tenrôlement, au fur et à mesure que la nécessité se pré- 
senterait et une fois par an, d'un millier de jeunes gens 
chrétiens parmi ceux qui avaient accepté la sujétion otto- 
mane. Ces recrues, cantonnées dans Brousse, furent éle- 
vées dans la religion de l'Islam et reçurent une rapide ins- 
truction militaire ; chaque homme fut habillé d'un vêtement 
d'uniforme en drap grossier et eut pour paye une aspre 
(aqtchè) (0 fr. 08) par jour ; comme ration, deux pains, 
100 drachmes (320 gr.) de riz, 200 de viande et 30 de 
beurre. Le suhan étant considéré comme le père nourricier 
de cette milice, les grades des officiers et des sous-officiers 
empruntèrent leur dénomination aux principaux emplois de 
la cuisine : le commandant fut appelé tchorbadji-hachi 



— 3 



JANISSAIRE 



(premier distributeur de soupe, cantinier), après lui ve- 
naient V achtchi-bachi (premier maître -queux) et lesaqqa- 
èac/iz (premier distributeur d'eau). En raison de ces bizar- 
reries, la marmite du régiment (qazdn) en fut comme le 
drapeau, le centre de ralliement, et Tinsigne de parade fut 
une cuiller de bois fixée au bonnet de feutre blanc. Sur la 
prière d'Orkhân, Finstitution fut solennellement consacrée 
par le fondateur de Tordre des derviches Bektachi, Cheikh 
Hâdji-Bektach, qui bénit la troupe en imposant les mains 
sur la tête de l'un des hommes et en disant : « Cette mi- 
lice aura nom yéni-tchérl (nouvelle milice) ; que la face 
de ces guerriers soit toujours blanche, leurs bras redou- 
tables, leur sabre tranchant, leurs flèches mortelles, et 
qu'eux-mêmes soient toujours victorieux ! » En mémoire 
de cette cérémonie, le bonnet du soldat fut agrémenté par 
derrière d'un morceau d'étoffe représentant la manche pen- 
dante du derviche. Hâdji-Bektach devint naturellement le 
patron spirituel de cette troupe d'élite qui devait se rendre 
si célèbre par sa bravoure, ses crimes et enfin sa lâcheté. 
Tel est l'historique de la création des yéni-tchéri, mot 
dont nous avons fait janissaires. Les commencements 
furent modestes ; le corps ne se composa que de mille 
hommes; mais, chaque année, on enleva un millier d'en- 
fants chrétiens pour l'augmenter. Ce chiffre alla toujours 
croissant et finit par atteindre des proportions formidables : 
Il n'y eut pas d'autre mode de recrutement jusqu'à Moham- 
med IV (1648-87). « C'est le plus épouvantable tribut de 
chair humaine, dit Th. Lavallée, qui ait été levé par une 
religion victorieuse sur une religion vaincue... Par cet 
étrange mode de recrutement, les Ottomans trouvèrent à 
la fois le moyen d'enlever aux populations chrétiennes leur 
partie la plus virile et de doubler leurs troupes sans mettre 
les armes aux mains des vaincus. » (HisL de la Turquie.) 
Mourâd I®"* (1360-89), qui dut aux janissaires d'être 
vainqueur des Serbes à Kossova, dota l'armée créée par 
son père d'un code militaire spécial et en perfectionna l'or- 
ganisation. Après lui Mohammed II (1451-71), le conqué- 
rant de Constantinople, et celui de l'Egypte, Sélim P^ 
(1512-20), complétèrent dans une large mesure les lois 
qui régissaient ce corps et y introduisirent les réformes 
devenues nécessaires avec le temps et le progrès. Or voici 
de quelle façon était constituée l'armée permanente des 
janissaires, à l'époque de sa plus grande gloire, c.~à~d. 
au xvi« siècle, sous Suleïmân le Magnifique. Le corps en- 
tier, désigné sous le nom de odjâq^ comprenait deux caté- 
gories : les stagiaires et l'armée active. Ces deux catégories 
étaient divisées en régiments (orta), chaque orta résidant 
en un local déterminé {oda, chambrée, caserne). 

Les stagiaires n'étaient autres que les enfants chrétiens 
faits esclaves au cours des guerres et les jeunes gens re- 
crutés en vertu de la loi du devchirmé parmi les sujets 
ottomans non musulmans; c'étaient des Albanais, des Bos- 
niaques, des Bulgares, des Grecs, des Serbes ou des 
Arméniens de Roumélie. On les appelait adjémi-oghldn^ 
c.-à-d. « enfants (de troupe) étrangers ». Avant d'entrer 
au service actif, ces novices, ces aspirants janissaires 
avaient à faire un stage de sept années. En conséquence, 
ils étaient envoyés, dès leur inscription aux rôles, les uns 
dans les palais impériaux, les autres aux casernes- écoles 
de Constantinople, ceux-ci au service des gouverneurs de 
province, ceux-là dans les fermes, jardins et vergers du 
sultan. Choisis parmi les plus robustes, sinon les plus in- 
telligents, ils recevaient d'officiers instructeurs, de maîtres 
es arts et métiers rétribués par l'Etat, une éducation aussi 
complète que possible en vue de leur uture carrière. Outre 
la langue turque elle catéchisme musulman, on leur ensei- 
gnait le maniement des armes, les exercices de force et 
d'adresse, les différents arts manuels et industriels, l'agri- 
culture, etc. On rompait leur esprit à la plus sévère disci- 
pline et leurs corps aux plus pénibles travaux. Ils étaient 
employés comme ouvriers dans les différents arsenaux, ate- 
liers et manufactures de l'Etat. Sous le nom de hostandji 
(jardiniers), ils avaient la garde, la police et l'entretien 



des jardins du Sérail, de Scutari, des rives du Bosphore, 
de Gallipoli et d'Andrinople ; sous celui àHlch-oghlân 
(V. Icoglan), ils étaient pages de Sa lîautesse. Six cents 
d'entre eux étaient employés aux travaux de menuiserie et 
de calfatage à bord des galères de l'Etat, tandis que d'autres 
ramaient sur les caïques du sultan. C'est enfin parmi eux 
que se recrutaient les marmitons (djévelek) et les bû- 
cherons (baltadji) de la maison impériale. Après un long 
et dur apprentissage, les adjémi-oghlân, s'ils étaient dignes 
d'entrer dans le rang, étaient admis à combler les vides 
laissés par les janissaires morts ou retraités. Ils étaient 
alors répartis dans les différentes armes du corps suivant 
leurs aptitudes. Djévad Bey relate ce fait curieux qu'à leur 
arrivée à Constantinople, les stagiaires nouvellement pro- 
mus avaient pour tradition de se rendre à leurs quartiers 
respectifs en marchant à la queue leu-leu et en se tenant 
les uns les autres par le pan du vêtement. Ils défilaient en- 
suite devant l'oda-bachi qui, comme symbole de soumis- 
sion, appliquait à chacun d'eux un soufflet et lui tirait les 
oreilles. A quoi l'on répondait par le niyâz ou salut mili- 
taire qui consistait à croiser les bras sur la poitrine en 
inclinant profondément la tète ; puis on recevait son brevet 
(sofa-tezkéré ) aux emblèmes de l'orta. Voilà coïtv- 
ment on devenait janissaire avant l'an 1591, car à partir 
de cette date le corps des adjémi-oghlân perdit complète- 
tement de son prestige, l'habitude ayant été prise de rece- 
voir dans l'odjâq une foule de gens sans aveu. Le corps 
entier était divisé en 30 boulouk (troupe) et 29 djémaat 
(compagnie), autrement dit 59 ortas, comptant chacune 
trois officiers ; le tchorbadji bachi (colonel), le meïdân- 
kiahya (capitaine) et le qàpoudji {== huissier), sorte de 
référendaire du corps près l'agha commandant en chef la 
milice des janissaires. L'odjaq était sous les ordres immé- 
diats de Vistamboul-aghaci et du bostandji-bachi, offi- 
ciers supérieurs relevant eux-mêmes de l'agha. Enfin les 
adjémi-oghlân touchaient une solde et des rations régle- 
mentaires ; ils avaient des costumes spéciaux et une caisse 
de secours. D'après l'historien Aïni Ali Efendi, l'effectif des 
adjémi-oghlân, y compris les officiers, maîtres et instruc- 
teurs, était en 1609 de 9,406 hommes recevant par tri- 
mestre une paye de 2,206,820 aspres; effectif réduit un 
siècle plus tard au chiffre de 6,781 hommes à raison de 
376,164 aspres par trimestre. 

De 1 65 qu'il était sous Mourâd P^, le nombre des ortas 
de la milice active fut porté un peu plus tard à 196, chiffre 
qui ne fut dès lors jamais dépassé. Ces 196 régiments furent 
divisés en trois classes : djémaat comprenant 101 ortas; 
boulouk, 61 ortas; segbân (wnlg. seïmen, piqueurs), 
34 ortas. L'effectif de chaque orta varia à toute époque, 
suivant l'arme et suivant les circonstances; il fut de 100, 
de 400, de 500 hommes et même, sous Abd-ul-Hamid P'' 
et Sélim III, de 2,000 et 3,000 hommes. Conséquem- 
ment, l'effectif total de l'odjaq s'accrut d'année en année 
dans une proportion égale, ainsi que l'indique le tableau 
suivant : 



ANNÉES 


RÈGNES 


EFFECTIF 


1523 


Suleimân 


1.200 


1574 


Mourâd III. 


13.600 


1580 


id. 


27.000 


1593 


id. 


48.688 


1595 


Mohammed III 


45.000 


1609 


Ahmed 1°''. 


37.627 


1623 


Mourâd IV. 


44.858 


1631 


id. 


46.113 


1G78 


Mohammed IV. 


54.896 


1698 


Moustafa IL 


33.389 


1727 


Ahmed m. 


81.000 


1805 


Sélim III. 


110.000 


1824 


Mahmoud II. 


140.000 



Il n'existait pas seulement de différence, entre chaque 
orta de la milice active, pour l'effectif réglementaire, ma's 



JANISSAIRE -- 

encore pour la tenue, le service, les emblèmes, les privi- 
lèges, etc. Les unes tiraient leur nom de l'arme à laquelle 
elles appartenaient, les autres du service spécialCqui leur 
incombait ; la plupart étaient désignées d'après leur classe 
et leur numéro d'ordre. Ainsi il y avait 46 ortas dites de 
chameliers (chuturbân ou déuedji) ; 4 dites des privilé- 
giés {khasséki) ; 4 d'archers appelés solaq (gauchers), 
gardes du corps du sultan ; 2 de fusiliers (tufenghi) ; 
2 de chasseurs (segbân-avdji), sans compter les 3 ortas 
des tournadji^ des zaghardji et des samsoundji^ qui 
étaient censément préposés aux meutes et oiseaux de chasse 
du sultan ; les instructeurs (taalim-khanédji), les canon- 
niers (zembourekdji), les bombardiers (khoumbaradji)^ 
les artificiers (baroudji), les conducteurs du train et des 
équipages (top-arabadji) composaient l'effectif d'un nombre 
équivalent d'ortas. Il va sans dire que l'artillerie était 
montée, et, bien que le corps des janissaires fût un corps 
d'infanterie, il n'en comptait pas moins quelques régi- 
ments de cavalerie, sans doute de lanciers, tels que les 
64« et 65^ djémaat. On formait aussi, au moyen de soldats 
tirés des trois classes mentionnées plus haut, une orta 
forte de 900 hommes qui, sous le nom de qouroudji^ 
étaient spécialement chargés du service des eaux et forêts. 
Bon nombre d'ortas étaient communément désignées d'après 
le titre des officiers supérieurs qui en étaient comme les 
chefs honoraires. Enfin, le 1^^ boulouk avait le privilège 
d'inscrire à son rôle le nom du sultan qui touchait en per- 
sonne la solde du simple néfer, mais était tenu, en re- 
vanche, sous peine de clameurs séditieuses, en sa double 
qualité de père nourricier et de frère d'armes, de payer le 
don de joyeux avènement et autres gratifications onéreuses 
du nom de bakhchich. 

La solde, sous le règne de Suleïmân, fut portée de 3 à 
7 aspres pour les soldats nouveaux, de 8 à 20 pour les 
vétérans, et pour les invalides de 30 à 100 aspres par jour. 
L'aspre, monnaie d'argent, valait alors 40 paras d'aujour- 
d'hui, soit fr. 23, A la fin du xvi® siècle, sous Moham- 
med III, le maximum de la solde était de 43 aspres et le 
minimum de 7 ; mais déjà l'argent avait subi de si fortes 
dépréciations que le taux de l'aspre avait baissé de plus 
de moitié. Une retenue était faite sur le montant de la 
solde ou plutôt du traitement, puisque la paye était faite 
par trimestre. Les sommes ainsi retenues étaient appelées 
tas-paraci (sou de la gamelle) et versées dans la caisse 
du régiment ; elles servaient de fonds de réserve pour l'amé- 
lioration de l'ordinaire, la décoration des casernes, Fha- 
billement de gala des hommes, pour le soulagement des 
camarades infirmes ou nécessiteux et la rançon des prison- 
niers de guerre. On versait aussi dans cette caisse, d'après 
Marsigh, non seulement le montant des biens propres des 
janissaires décédés, mais encore le produit des intérêts du 
capital à raison de 40 et 12 %. Les rations (tain) que 
recevait chaque soldat étaient tellement abondantes qu'elles 
laissaient de beaux profits au vékil-khardj (chef de l'in- 
tendance). L'uniforme était composé, en général, d'un 
bonnet de feutre {uskiuf) et du turban (adar), dont la 
forme variait d'une or(a à l'autre ; d'une tunique de drap 
(dolama); d'un large pantalon bouffant {ichalvar); de 
chaussures appelées yéméni et d'un ceinturon de cuir pla- 
qué de métal. Les jours de parade, on arborait le bonnet 
broché d'or orné, en guise de pompon, de la cuiller de 
bois. La volumineuse coiffure et le reste du costume des 
sous-officiers et officiers était varié à l'infini et d'autant 
plus riche que le grade était plus élevé. En somme, les 
janissaires étaient parfaitement entretenus, mais toujours 
prêts à se révolter quand on ne pourvoyait pas d'une ma- 
nière suffisante à leurs besoins. En temps de pai^, ce 
qui était rare, ils remplissaient, munis d'un long bâton, 
les fonctions de sergents de ville, dont ils abusaient 
d'ailleurs outre mesure; ils étaient commandés par un chef 
de police appelé salma-tchoqadar . A la guerre, ils por- 
taient l'arquebuse à serpentin ; un petit sabre {yataghân)^ 
un coutelas (khandjar) et un pistolet passés dans la cein- 



4 — 



ture ; un fourniment contenant poudre et plomb et la 
mèche roulée autour du bras droit. L'arc (kémâïi) fut leur 
arme jusqu'en 1570, et le mousquet (tufeng), tromblon ou 
canardière, à partir du xiv« siècle. Les janissaires formaient 
ordinairement la réserve de l'armée turque et furent pen- 
dant longtemps célèbres à cause de l'aveugle intrépidité 
avec laquelle ils se ruaient sur l'ennemi ; mais, comme ils 
étaient et, par tradition, restèrent jusqu'à la fin étrangers 
à toute espèce de tactique, ce qu'il y avait d'impétueux et 
de sauvage dans le premier choc ne pouvait être dangereux 
que pour un adversaire aussi peu avancé qu'eux-mêmes 
dans l'art de faire la guerre. C'était pour eux une tache 
que de laisser prendre par l'ennemi la marmite de Porta ; 
mais renverser le qazân ou le briser était le signal des 
séditions. C'est autour de ce révolutionnaire ustensile de 
ménage, qui renfermait le destin des sultans et des chefs 
du corps, que les officiers janissaires se réunissaient en 
conseil. 

On a vu dans quelles proportions s'accrut, de règne en 
règne, l'effectif des janissaires. Sous Orkhân, cette milice, 
encore peu importante, avait la capitale de l'empire pour 
unique résidence. A partir du xvji^ siècle, Constantinople 
abrita dans ses casernes plus de la moitié de l'effectif. Le 
reste était disséminé dans toute l'étendue du territoire 
ottoman. Des régiments entiers ou de simples détachements 
tenaient garnison, suivant le besoin des circonstances, 
dans les capitales de province, dans les forteresses des 
marches frontières ou sur d'autres points stratégiques d'Eu- 
rope et d'Asie ; l'Egypte et la Barbarie étaient générale- 
ment exceptées. Le tableau comparatif ci-dessous, indiquant 
les lieux de garnison les plus considérables et le chiffre 
d'hommes affeclés à la garde de ces places, à trois époques 
différentes, donnera quelque idée d'une répartition en 
grande partie subordonnée aux événements politiques. 



LIEUX 

DE GARNISON 


E F F E G T I !• 

en 1678 

(Mohammed IV) 


EFFECTIF 

en 1723 
(Ahmed III) 


EFFECTIF 

en 1750 
(Mahmoud l«r) 


Bagdad 


3.800 
1.200 

470 
669 
)) 

159 

260 

4.585 

26.000 

» 

227 
626 

3.600 

117 

» 
1.849 

» 

611 


2.981 

341 

» 
1.575 
58 
1.241 

» 

208 

40.000 
810 
436 

» 
71 

)) 
)) 

937 

1.100 

582 

762 

2.284 

99 


4.914 
219 

5.039 

4.134 
961 

1.512 

810 
1.553 
50.000 
482 
722 
668 
259 
» 
» 

667 
1.551 
1.258 
1.379 
5.410 
119 


oasra... . 


Belgrade 


Bender 


Bosna-Sérai 

Braïla 


Bude 


Caffa . . . 


Candie 


Constantinople 

Corinthe 


Damas 


Erziroum 


Jérusalem 

Kaminiecz 

Konyeii 

Mételin 


OtchaJvOv 


SaIoni(]ue 


Van 


Widdin 


Yéni-Kalé 





Le commandement suprême de Fodjaq des janissaires 
était entre les mains deVagha^ nommé par le sultan, sou- 
vent choisi parmi les vizirs, mais plus souvent encore im- 
posé par le choix des janissaires eux-mêmes. Investi dans 
l'ordre militaire des fonctions les plus importantes, géné- 
ralissime de toutes les forces de l'empire, sorte de ministre 
de la guerre, l'agha était un des plus hauts dignitaires de 
l'Etat. En campagne, il était précédé d'un étendard blanc 
surmonté de queues de cheval (tough). Comme janissaire, 
il touchait une solde fixe de 500 aspres par jour. Le pou- 
voir exercé par l'agha sur ses subordonnés était presque 
illimité ; la crainte des révoltes l'empêchait seule d'en pous- 
ser trop loin l'abus. Il avait en effet droit de vie et de mort 
et était la source de toutes les grâces. Toutefois, il n'y 



— 5 — 



JANISSAIRE 



avait pas de poste plus périlleux que le sien ; sa tête était 
l'enjeu de chaque sédition. Sous ses ordres immédiats 
étaient suivant Fimportance du grade: i® le segbân~ha- 
chi, lieutenant de Fagha avec le titre de qaïm-maqdm, 
commandant les 84 ortas de segbân ; — 2^ le goiil-kia- 
hya^ lieutenant en second de Fagha, chef d'état-major de 
l'odjaq, commandant les 61 boulouk ; — 3^ le mouzhir- 
agha, officier chargé des affaires extraordinaires de Fodjaq 
qu'il représentait près le grand vizir ; chef du 25® bou- 
louk ; — 4^ le kiahya-yéri, lieutenant du qoul-kiahya, 
chargé des affaires ordinaires de Fodjaq qu'il représentait 
près l'agha, chef du 33® boulouk ; — 5° le zaghardji- 
bachi, chef de la 64® djémaat (commise à la garde des 
limiers du sultan); — 6® le samsoimdji-bacfû, chef de 
la 7® (dogues) ; 7"* le tournadji-backi, chef de la 63« 
(oiseaux de chasse). Les services confiés à ces trois officiers 
supérieurs furent naturellement supprimés lorsque les sul- 
tans eurent perdu le goût de la chasse ; mais le grade sub- 
sista et les titulaires, toujours membres du conseil de Fagha, 
conservèrent leur commandement respectif à la tête de leur 
régiment transformé en régiment d'infanterie légère ou de 
chasseurs ; — 8^-ii®, leskhasséki, au nombre de quatre, 
membres du conseil, chefs des 14®, 49^ 66^ et 67® djé- 
maat, ordinairement délégués par l'agha dans le comman- 
dement des expéditions peu importantes; — 12° le bach- 
tchaoûch, chef du 5® boulouk, chargé de présenter les 
requêtes au conseil de Fagha, de présider à la réception 
des recrues et de faire exécuter par deux tchaoï^œli assis- 
tants les peines disciplinaires encourues par les hommes de 
Fodjaq; — 13® le kiâtib on éfendi^ chef du 18® segbân, 
secrétaire général chargé de la tenue du registre des rôles 
(kiutuk), ayantsous ses ordres les chefs comptables du corps 
des stagiaires et de la milice active, ainsi que les kiâtib 
particuliers de chaque orta; — 14® Vimdm-agha^ aumô- 
nier en chef de Fodjaq, ayant sous sa direction les 196 
orta-imâm du corps, chef honoraire de la 28® djémaat. 

Ces quatorze officiers généraux constituaient Fétat-major 
de Fodjaq des janissaires. Les officiers de Forta étaient les 
suivants : 1® le tchorbadji^ grade analogue à celui de co- 
lonel ; — ^^Vosta-bachi, lieutenant-colonel ; — 3**Foda- 
bachi, major, logéàla caserne ; — 4® le ?nozim(i;i, capitaine, 
en nombre variable ; — 5° le baraïqdar, porte-drapeau ; 
drapeau mi-partie rouge et jaune, orné de Femblème dis- 
tinctif de chaque régiment: clef ou vaisseau, ancre ou masse 
d'armes, etc., que l'on reproduisait sur les portes du quar- 
tier et des corps de garde, sur les objets ou, tatoués, sur les 
membres des soldats ; — 6® le bach-eski (vétéran) ou qara- 
goidlouqtchi, commandant de corps de garde (qaraqoul) y 
lieutenant; — 7® le tchaoïwh, sorte de sergent, en nombre 
indéterminé; — S'^Vôn-bachi (dizainier), caporal; — 9® le 
vékil-khardj, officier d'intendance ; — 10® Vachtchi- 
bachiy cuisinier en chef et geôlier de Forta, la cuisine 
étant aussi la prison ; des soldats lui servaient d'aides (ya- 
maq) et des stagiaires de marmitons; — 11® le saqqa-ba- 
chi^ officier préposé au ravitaillement de l'eau ; — 1 2® le mu- 
tévelli, administrateur des biens de mmnmortQ (vouqoïif); 
— 13® le beït-îil-maldji, trésorier; — 14<* le mehtei'- 
bachiy chef de la fanfare qui se composait de soixante- 
quatre musiciens et chanteurs : timbaliers, cors, trom- 
pettes, flûtes, hautbois, cymbaliers, chargés de donner des 
aubades aux officiers généraux du corps, aux dignitaires 
de Fempire; — 15® Yorta-imdm^ aumônier. 

Telle était l'organisation de la nouvelle milice sous le 
règne de Suleimân-Khân qui brilla au dedans d'un éclat 
incomparable et fut signalé au dehors par de vastes con- 
quêtes. Cette organisation se trouvait réglée dans les moin- 
dres détails par la « loi fondamentale du corps » ou qa- 
7îoûn, dont les dispositions faisaient l'objet de nombreux 
articles commentés et rangés sous quatorze titres différents. 
En voici Fénumération : I. Les janissaires doivent aux chefs 
exerçant le pouvoir, aux officiers exerçant le commande- 
ment, une soumission et une obéissance absolues. — II. Il 
doit régner entre tous les janissaires une union et un 



accord parfaits ; leurs casernements et lieux de campement 
seront même toujours groupés ensemble et à part. — 
ni. Les janissaires s'abstiendront de toute ctiose qui ne 
saurait convenir aux braves, comme la recherche du luxe 
dans le costume et les armes, etc. — IV. En ce qui concerne 
les devoirs que la religion impose, ils ne s'écarteront ja- 
mais des préceptes du vénérable Cheikh Hâdji-Bektach. — 
V. Ne seront admis dans Fodjaq que les hommes levés en 
vertu de la loi du devchirmé, c.-à-d. qui auront fait 
leurs classes dans le corps des adjémi-oghlân. — VI. Les 
punitions emportant la peine de mort seront, par pri- 
vilège, appliquées d'une manière spéciale. (Rayé préala- 
blement du rôle comme indigne, le janissaire condamné 
à mort par le conseil de Fagha était décapité de nuit 
et à huis clos, le cadavre était jeté à la mer, un coup 
de canon annonçait que la sentence était exécutée). — 
VIL Les janissaires ne pourront être admonestés ni punis 
que par leurs officiers. (Les peines correctionnelles étaient 
la bastonnade, de 40 à 80 coups, administrée devant 
Foda-bachi soit à la caserne, soit en place publique, l'em- 
prisonnement et la mise aux fers dans le local de Fach- 
tchi-bachi.) — VIIÏ. Les promotions en grade auront 
rigoureusement lieu par ordre d'ancienneté. — IX. Les 
janissaires invalides seront mis à la retraite et recevront 
une pension proportionnelle. — X. Les janissaires ne 
laisseront pas croître leur barbe. — XL Ils ne pourront 
se marier avant d'avoir quitté le service actif. (Les fils 
de janissaires furent admis au xvi® siècle à faire par- 
tie des stagiaires. Les enfants en bas âge laissés par les 
hommes décédés étaient élevés aux frais de l'Etat en qua- 
lité de /bw(iow/a-/iownm, jusqu'à ce qu'ils entrassent dans 
le corps.) — XIl. Les janissaires coucheront à la caserne 
et ne s'en éloigneront pas sans autorisation. — XIII. Ils 
ne devront exercer aucun métier. — XIV. Ils feront à 
époques fixes (c'était de juin à novembre) les exercices et 
manœuvres nécessaires à leur instruction militaire. 

Le règlement organique du corps des janissaires, œuvre 
de Mourâd I®^, fut augmenté au fur et à mesure par ses 
successeurs d'un grand nombre d'articles additionnels. 
Mais, si sages qu'en fussent les bases, il devint au bout de 
deux siècles à peu près lettre morte, tant à cause de Faffec- 
tion dont les sultans entouraient les janissaires, que des pri- 
vilèges réclamés et obtenus par ceux-ci, de leur exigences, 
de leur morgue et de leur indiscipline. C'est sous Suleïmân 
que la puissance de cette armée modèle atteignit son apo- 
gée, mais pour commencer presque du même coup à entrer 
dans une voie de décadence. Ce prince, en effet, enleva 
aux janissaires, et ce fut une grande faute politique, le 
privilège qu'ils avaient de n'entrer en campagne que quand 
le sultan commandait Farmée en personne. En outre, il aug- 
menta leur solde, il confia au plus grand nombre la garde 
de Constantinople qui devint leur quartier général et bien- 
tôt le foyer de leurs intrigues ; il en fit la garde d'hon- 
neur des ambassadeurs et des consuls étrangers sous le 
nom de cavas (V. ce mot). Leur nombre devint bientôt 
insuffisant pour tous les services qu'on exigeait d'eux et 
l'on dut appeler des recrues dans leurs rangs non plus seu- 
lement par l'enlèvement des enfants chrétiens, mais par de 
nombreux privilèges qui attirèrent dans ce corps des aven- 
turiers de toute origine. On leur permit de se marier, on 
donna le brevet de janissaire à leurs fils, à leurs parents ; 
on leur fit grâce du régime de la caserne; on leur laissa 
exercer des métiers; on les rendit sédentaires dans les 
garnisons qu'ils occupaient et où, citoyens, pères de fa- 
mille, marchands, industriels, ils n'eurent plus ni disci- 
pline ni vertus guerrières. Après Suleïmân, les troubles 
intérieurs, les revers éprouvés au dehors, le manque de 
soldats, la dégradation des princes, la corruption des 
grands, Famollissement du peuple, Faffaiblissement de 
l'esprit militaire forcèrent les sultans, qui délaissaient 
la tente pour le sérail, à recevoir dans Fodjaq le rebut 
de toutes les classes de la société et de toutes les na- 
tions : ils n'y entra plus de chrétiens, mais des vagabonds 



JANISSAIRE - 6 

et des brigands. Les nègres seuls continuèrent à en être 
exclus. C'est qu'en effet le titre de janissaire était devenu 
une protection suffisante non seulement contre les exac- 
tions des autorités locales, mais contre les poursuites judi- 
ciaires. Alors ce corps qui avait été une armée d'élite, 
brave, disciplinée, exercée, fanatique, toujours mobile, 
campée, en marche, guerroyante, qui avait décidé du sort 
de maintes batailles, devint une sorte de garde nationale 
forte de ses prérogatives, pleine d'insolence, insoumise, 
irréligieuse, avide, inerte enfin et lâche devant l'ennemi. 
L'histoire des janissaires,sauf quelques brillants fait d'armes, 
n'est qu'une suite de révoltes, d'assassinats de vizirs, d'aghas 
et autres dignitaires, d'actes de brigandage, d'affreuses 
atrocités de toutes sortes, à tel point qu'ils avaient fini 
par être bien plus redoutables aux sultans et à la popula- 
tion paisible que l'ennemi extérieur ; ils avaient fini, en 
vrais prétoriens, par s'arroger le droit de détrôner leurs 
maîtres et de les faire périr. Ce fut le sort de Bayézid II 
(1512), de Mourâd III (1595), d'Osman II (1622), 
d'Ibrahim P^ (1648), de Moustafa II (1774), de SélimllI 
et de Moustafa IV (1808). Aussi y eut-il peu de sultans 
qui ne désirèrent se débarrasser d'une soldatesque aussi 
effrénée, constituant une menace journalière pour la sécu- 
rité de l'empire, un Etat dans l'Etat. Mais les tentatives 
faites à différentes reprises soit en vue d'une réforme, soit 
en vue d'une 
dissolution, ou 
n'avaient point 
eu les résultats 
attendus, ou 
avaient complè- 
tement échoué 
et provoqué, au 
contraire , d e 
sanglantes ré- 
volutions . L e 
sultan Mah- 
moud II (1808- 
39) fut le pre- 
mier qui réussit 
à ex terminer les 
janissaires. 

Imbu des 
idées réforma- 
trices de son 
cousin Sé- 
lim III, Mah- 
moud avait compris qu'il ne pourrait jamais réorgani- 
ser l'armée turque tant que les janissaires ne seraient 
pas brisés. Aussi bien l'opinion publique, lasse de leurs 
excès, s'était tournée contre eux, les oulémas eux-mêmes 
les abandonnaient, irrités de leurs railleries, et l'armée les 
méprisait pour leur lâcheté. En 1826, il résolut d'agir. 
Ayant convoqué chez le mufti une assemblée générale de 
tous les hauts fonctionnaires de l'empire et des principaux 
officiers des janissaires, il leur fit lire et approuver un 
projet d'ordonnance qui concluait à la création d'un nou- 
veau corps (nizâm-i-djédid) instruit à l'européenne et com- 
posé de soldats tirés de l'odjaq à raison de 150 hommes 
pour chacune des 51 ortas de Constantinople« Les membres 
de cette assemblée s'engagèrent par écrit à employer toutes 
leurs forces pour faire triompher les projets du sultan. 
L'acte fut lu ensuite aux officiers et sous-officiers des ja- 
nissaires, qui parurent approuver. Le 12 juin commen- 
cèrent sur la place Et-Meidani les leçons d'exercice pour 
les officiers. Cependant ceux-là même qui avaient été les 
premiers à applaudir à ces réformes conspiraient en se- 
cret pour les faire avorter. Une proclamation comminatoire 
du grand vizir hâta l'explosion du complot. Dans la nuit 
du 16, les officiers subalternes et les soldats janissaires 
renversent leurs marmites et se réunissent sur l'At-Meï- 
dani; au point du jour, ils s'ébranlent en réclamant à 
grands cris la tête des principaux fonctionnaires de l'em- 




Groupe de janissaires. 



pire. Mahmoud, qui avait prévu ce mouvement séditieux et 
avait su gagner de longue main les officiers les plus in- 
fluents, fait alors déployer l'étendard sacré du prophète 
{sandjaq-i-chérif} que le mufti plante sur la mosquée 
d'Ahmed. A cette vue, les masses populaires viennent avec 
le plus vif enthousiasme se mettre aux ordres du padichâh. 
Les rebelles sont rapidement refoulés et cernés dans la 
place par Ibrahim-Agha à la tête des canonniers et des 
bostandjis demeurés fidèles au sultan, fanatisés par les pré- 
dications des oulémas et la vue de l'oriflamme sainte. Après 
des sommations inutiles, le feu est ordonné; l'artillerie 
tonne de toutes parts : les janissaires sont impitoyable- 
ment massacrés à coups de boulets. On met le feu aux ca- 
sernes qui bordent la place et dans lesquelles courent se 
réfugier ceux qui échappent à la mitraille ; on en brûle 
plus de 8,000. Le reste fut égorgé partiellement dans les 
rues de la capitale. Un hatti-chérif à la date du 17 juin 
déclara le corps des janissaires à jamais dissous, abolit 
l'ordre des derviches Bektachi, adversaires déclarés de toute 
innovation, et frappa même d'anathème le nom de janis- 
saire. Des commissions militaires furent établies pour 
juger et faire passer par les armes ceux qui avaient pu 
échapper à la boucherie du i6; toutes les tentatives ulté- 
rieures faites en province par les janissaires pour relever 
la tête furent immédiatement étouffées dans le sang. On éva- 
lua à 15,000 le 
nombre d'indi- 
vidus égorgés 
dans ces exé- 
cutions et à 
20,000 ceux 
qui furent ban- 
nis les jours 
suivants. 

De l'ancien 
corps des ja- 
nissaires il ne 
reste plus au- 
jourd'hui qu'un 
vague souvenir 
évoqué par 
quelques - uns 
des cent vingt 
mannequins à 
têtes et à mains 
de bois sculpté, 
revêtus des an- 
ciens costumes turcs si éblouissants de couleur et si 
variés de forme, qui constituent le musée des Elbicè-i- 
atiqa^ ce vestiaire rétrospectif du vieil empire ottoman, 
situé au fond de la place At-Meïdani, à Conslantinoplc. 
La vignette qui accompagne cet article représente, d'après 
ce pandémonium décrit il y a quarante ans par Th. tm- 
tier (Constantinople, p. 311), un janissaire de fac- 
tion à la porte d'un corps de garde, jouant d'une petite 
guitare à trois cordes appelée souta (1) ; près de lui est 
le balai dont chaque passant était obligé de se servir pour 
approprier la rue, à moins qu'il ne préférât se laisser ou 
rançonner ou rosser ; (2) un orta-kiâtib ou officier 
payeur; (3) un orta-tchaoïich ; (4) un bach-qaraqoul- 
louqtchi^ armé d'une gigantesque cuiller à pot qui jouis- 
sait du privilège de certains autels anciens : tout* con- 
damné à mort qui parvenait à la toucher était gracié de 
droit ; (5 et 6) janissaires de corvée portant le qazân ; 
(7) saqqa chargé de l'outre à eau. Paul Ravaisse. 

BiBL. : RicAOT, Etat présent de l'empire ottoman^ trrde 
l'anglais par Briot; Paris, 1670. — Petis de La Croix, 
Canon de Suleyman, tr. du turc; Paris, 1725. — Comte de 
Marsigli, Etat militaire de VEmpii^e ottoman, ses pro- 
grès et sa décadence ; Amsterdam et La Haye, 1732, in-foL, 
avec 44 pi. — Juchereau de Saint-Denys , Révolutions 
de Constantinople ; Paris, 1814,2 vol. — Mouradjea d'Ohs- 
SON, Tableau général de l'empire ottoman; Paris, 1787-90, 
2 vol. in-fol., avec 1.S7 pi. — Von Hammer-Purgstall, 
Staatsverwaltung des osmanischen Reichs ; Vienne, 1813, 



2 vol. — EssAD Efendi, Histoire de la destruction des 
janissaires, tr. du turc parCAussiN de Perceval; Paris, 
1833. — Brindési, Musée des anciens costumes musul- 
mans, 22 planches coloriées; Paris, 1855. — Djévad Bey, 
Etat militaire ottoman depuis la fondation de l'Empire 
jusqu'à nos jours (en turc), tr. en français par G. Ma- 
cRiDÈs ; Paris, 1882, t. 1, avec atlas. 

JANISSAIRE (Le). On appelle ainsi l'auteur de mé- 
moires fort curieux écrits en polonais vers la fin du xv^ ou 
le commencement du xvi® siècle. Ces mémoires, découverts 
à Berdytchev, furent publiés pour la première fois à Var- 
sovie par Galezowski en 1828. Ils ont été depuis plusieurs 
fois réimprimés (Sanok, 4868, 3® éd.). L'auteur n'était 
pas Polonais de naissance ; c'était un Serbe, Michel Kons- 
tantinovitch (né à Ostrovitsa, en pays serbe), qui avait été 
quelque temps janissaire et s'était ensuite établi en Pologne. 
Il fournit des renseignements fort intéressants sur la 
Russie et la Pologne. Ses mémoires sont le premier docu- 
ment historique sérieux en langue polonaise. Ils ont été 
traduits en tchèque, en serbe et en latin. L. L. 

BiBL. : Zeissberg, Polnische Geschichtsschreibung 
des Mittelalters (419-421). 

J AN KO VI es DE Zeszenicze (Antoine-Stanislas-Nicolas- 
Pierre FouRNiER, baron) homme politique français, né à 
Lunéville le 7 juil. 1 763, mort à Versailles le 6 juin 1847. 
Préfet de la Meurthe en 1814, il fut élu député de ce dép. 
le n août 1815, et réélu en 1820, 1824 et 1827. Il 
avait été un des membres les plus ardents de la Chambre 
introuvable, puis il en vint à se créer une situation indé- 
pendante et déplut fort au gouvernement en présentant 
en 1824 sa fameuse proposition obligeant à la réélection 
tout député acceptant une place du pouvoir. Rejetée avec 
indignation, cette mesure finit plus tard par prévaloir. 

JANKOWSKI (Placide) , écrivain polonais, né dans le 
gouvernement de Grodno en 1810, mort à Jérovitse en 
1872. Son père était prêtre uniate; il suivit la même 
carrière tout en se livrant à la littérature. Il s'efforça 
comme nouvelliste d'imiter les humoristes anglais et prit 
même le pseudonyme de Joh7i ofDycalp (Dycalp est l'ana- 
gramme de Placyd).Ses principales œuvres sont: Lettres 
cT avant les fiançailles et avant le spleen (S^'ûn^L, 1841) ; 
la Bourgade (id., 1841); le Dernier Revenant (id., 
1842); Souvenir d\m Elfe (id., 1843); Récits (id.^ 
1843); Nouveaux Récits (Leipzig, 1847 ; Bruxelles, 1862); 
le Docteur Panteusz (Wilna, 1845; Bruxelles, 1862) ; 
Anecdotes (Wilna, 1847) ; les Bons Mots du Staroste 
de Kaniow (Varsovie, 1873). Lors de ses débuts, il avait 
collaboré avec Kraszevvski. On lui doit en outre un certain 
nombre de traductions. 

JAN MAY EN. Ile de l'océan Glacial arctique , entre 
l'Islande et le Spitzberg, à 550 kil. de la première île, à 
l'extrémité du plateau sous-marin qui leur sert de base 
commune ; elle est située entre 70^-9^ et 71^9^ lat. N., 
1045^ et 11 «24^ long. 0. Elle a 413 kil. q., 55 kil. 
de long du S.-O. au N.-E.; elle se divise en deux mas- 
sifs montagneux réunis par une langue de terre basse 
de 3 kil. de large; le massif septentrional renferme le 
Beerenberg, volcan éteint de 2,904 m. d'alt, d'où descen- 
dent plusieurs glaciers ; le massif méridional est un plateau 
de 300 m. d'alt. bordé de falaises escarpées; ses plus hauts 
sommets ont 500 m. ; sur l'isthme sont le Vogelberg 
(150 m.) et la presqu'île faussement appelée île aux (Eufs, 
volcan encore actif. L'île entière est de formation volca- 
nique et récente, contemporaine des dernières laves islan- 
daises. On y remarque à l'E. les baies du Bois flotté et de 
Jamieson, séparées par l'île aux OEufs; à l'O. la baie du 
Nord ou Anglaise et la baie Marie Muss, séparées par le 
cap de la Tour de Brielle ; au N. les deux baies de la 
Croix, au S. les baies du Sud et de Guinée; ces enfonce- 
ments n'offrent aucun abri aux navires. L'île n'est abor- 
dable que par le temps calme, et souvent cachée dans le 
brouillard. Elle appartient nominalement au Danemark, 
mais est inhabitée ; seuls quelques pêcheurs de phoques 
norvégiens et écossais la fréquentent. Elle renferme des 
renards polaires, des oiseaux de mer. 



— JAINISSAIBE ~ JANNEQUIN 

Elle fut aperçue en 1607 par H. Hudson, découverte en 
1611 par le Hollandais Jan Mayen; des colons hollandais 
qui voulurent s'y installer en 1630 y périrent. En 1882-83, 
les Autrichiens y établirent une station météorologique sur 
l'isthme, au bord de la baie Marie Muss. A.-M. B. 

BiBL. : Die œsterreichlsche Polarstation Jan Mayen; 
Vienne, 1886, 3 vol. 

JAN MOT (Louis), peintre lyonnais, né en 1815, mort 
le l^^juin 1892. Elève de l'école Saint-Pierre à Lyon, il 
la quitta pour l'atelier d'Ingres dont l'esthétique devait do- 
miner sa carrière. Il y retrouva son ami et compatriote Hip- 
polyte Flandrin, son rival dans l'art religieux contempo- 
rain pour la suavité de l'expression. Deux des premières 
œuvres de Janmot, un Christ au tombeau et la Résur- 
rection du fils de la veuve de Naïm (1840), furent très 
remarquées à Paris. Mais il ne tardait pas à s'affirmer avec 
une composition magistrale, la Cène, à Lyon, où sont des 
morceaux du plus grand style, et un tableau, Fleur des 
champs (auj. au musée de Lyon) (1845). Vers le milieu 
de sa vie, L. Janmot exposa aux Salons, avec maints sujets 
religieux, des portraits fort estimés. Parmi ses nombreuses 
fresques (à Lyon, à Bordeaux, à Saint-Germain-en-Laye , 
à Toulon, etc.), il faut mentionner le chœur de Saint- 
Polycarpe à Lyon, de sa maturité, et une chapelle à Saint- 
Etienne-du-Mont, de sa dernière manière. Il subissait 
depuis quelque temps l'influence de Delacroix, celle aussi 
du paysagiste dauphinois Ravier. Une importante suite de 
trente-quatre compositions symboliques, le Poème de 
l'dme, que Janmot mettait au premier rang de son œuvre, 
occupa plus de dix années de sa meilleure époque. Il la 
divulgua même en un album photographique accompagné 
de poésies correspondantes (Saint-Etienne, 1881, in-4). 
Très inégale, cette série d'épisodes mystiques lui a néan- 
moins inspiré quelques-unes de ses œuvres parfaites, des 
dessins d'un style souple et serré, enfermant les plus 
chastes inspirations de notre art religieux. Profondément 
pénétré, comme Flandrin, du mysticisme lyonnais, s'il a 
moins constamment que celui-ci la discipline, il a plus que 
lui l'imagination. Leurs œuvres s'associent pour témoigner 
d'un même idéal. Janmot avait publié en 1887 un ouvrage 
important. Opinion d'un artiste sur l'art, pour exposer 
sa doctrine. Paul Mariéton. 

JAN NÉE (Alexandre), roi et grand prêtre juif (V. 
Alexandre, t. II, p. 98). 

J A N N EQ Ul N (Clément) , compositeur français du xvi*^ siè- 
cle. On ne sait rien de sa biographie. Dans la dédicace 
d'un de ses ouvrages, imprimé en 1559, il se dit « en povre 
vieillesse vivant ». Quelques auteurs l'ont désigné sans 
preuves comme élève de Josquin Deprés. Les plus anciennes 
de ses compositions connues sont deux chansons à quatre 
voix imprimées en 1529 dans deux recueils d'Attaingnant ; 
l'une de ces deux compositions est la chanson des Cris de 
Paris, où se révèle pour la première fois le génie descrip- 
tif de Jannequin et sa verve comique. Peu d'années après 
parut chez Attaingnant le recueil : Chansons de maistre 
Clément Jannequin nouvellement et correctement im- 
prinieez. La Bibliothèque nationale en possède un exem- 
plaire complet. On y trouve cinq morceaux : « Reveillez- 
vous, cueurs endormis » (chanson dite le Chant des 
oiseaux) ; « Escoutez tous, gentilz gallois » {la Guerre, 
appelée aussi la Bataille ou la Défaite des Suisses à la 
bataille de Marignan) ; « Gentilz Veneurs » {la Chasse) :; 
« Or sus, vous dormez trop » {le Chant de l'alouette), 
et « Las povre cueur ». Le succès de ces morceaux d'une 
originalité saisissante s'affirma par de nombreuses éditions : 
Tilman Susato imprima la Bataille, la Chasse et le Chant 
des oiseaux dans son Dixiesme Livre des chayisons (An- 
vers, 1545). Nicolas Duchemin, à Paris, en 1551, pu- 
bUa de Jannequin, dans son Cinquiesme Livre durecueil, 
le Chant des oiseaux, le Chant du rossignol, le Chant 
de V alouette, la Guerre (ou la Bataille), la Prise et la 
Rédiiction de Boulogne, la Meunière de Vernon. En 
1555, Duchemin réimprima les mêmes pièces en deux livres 



JANNEQUIN — JANSÉNISME — 

sous le titre à' Inventions musicales de maistre Clément 
Janneqain. Elles reparurent en J559 chez Le Roy et 
Ballard, dans le Verger de musique où figurent, en outre, 
quatre nouveaux morceaux du même genre : « Or sus, 
branles la teste » ou la Bataille de Metz ; le Caquet des 
femmes^ la Jalousie et la Bataille de Benty. De toutes 
ces chansons, la plus estimée semble avoir été celle de la 
Guerre, on la Bataille de Marignan, sur laquelle Janne- 
quin lui-même écrivit une messe insérée en 1530 dans le 
Liber decem missarum de J. Moderne. Tous les luthistes 
du XVI® siècle s'escrimèrent à la jouer sur leur instrument. 
Verdelot y ajouta une cinquième voix facultative. En notre 
siècle, cette célèbre chanson a retrouvé, d'abord dans les 
exercices de l'école de Choron, puis de nos jours dans les 
concerts de l'école Niedermeyer, de la Société Bourgault- 
Ducoudray et des chanteurs de Saint-Gervais, une partie 
de la vogue dont elle avait joui à la cour de François I^''. 
Si les morceaux descriptifs de Jannequin montrent le côté 
le plus personnel, le plus nouveau, le plus intéressant de 
son talent et de son esprit tout français, ils ne représen- 
tent qu'une petite part de son œuvre, qui comprend un 
très grand nombre d'autres chansons à plusieurs voix. On 
cite de lui un recueil de Sacrœ Cantiones seu motectœ 
quatuor vocum (Paris, 1533). Avec sa messe sur la Ba- 
taille, il a écrit une mesi^e super l'aveugle Dieu, imprimée 
en 1554 dans le recueil de Duchemin, Missœ duodecim. 
Vers la fin de sa vie, Jannequin parut abandonner les sujets 
mondains et souvent plus que profanes qu'il avait affec- 
tionnés. Il fit paraître en 1558 chez Le Roy et Ballard un 
livre de Proverbes de Salomon mis en cantiques et 
rymes françoises selon la vérité hébraïque, nouvelle- 
ment composés en musique à quatre parties. Puis, en 
1559, Octante deux Psaumes de David, traduits en 
rhytkme finançais par CL Marot et autres, avec plu- 
sieurs cantiques nouvellement composés en musique à 
quatre ])arties. Ces deux ouvrages ont fait supposer que 
Jannequin avait embrassé le protestantisme. M. Brenet. 

JANNET (Claudio), économiste français, né à Paris le 
22 mars 1844. Avocat à Aix, docteur en droit, il devint 
professeur d'économie politique à l'université catholique de 
Paris. Il appartient à l'école de Le Play. Citons parmi ses 
œuvres : Etude sur la loi Voconia (Paris, 1867, in-8) ; 
De VEtat présent et de V avenir des associations coopé- 
ratives (1867, in-8) ; F Internationale et la question 
sociale (1871, in-8) ; les Résultats du partage forcé des 
successions en Provence (1871, in-8) ; les Institutions 
sociales elle droit civil à Sparte (1874, in-8); les 
Etats-Unis contemporains {\'èl^,m'i^\ 4^ éd., 1888, 
2 vol. in-8); les Sociétés secrètes (1876, in-32) ; le 
Crédit populaire et les Banques e7i Italie (\ 885, in-8) ; 
les Précurseurs de la franc-maçonnerie (1 887, gr. in-8) ; 
les Faits économiques et le mouvement social en Italie 
(1889, in-8); le Socialisme d'Etat et la réforme so- 
ciale (1889, in-8) ; le Capital, la spéculation et la 
finance au xix"^ siècle (1892, in-8). 

JANNEYRIAS. Com. du dép. de l'Isère, arr. de Vienne, 
cant. de Meyzieux; 546 hab. 

JANOCKI (Jean-Daniel), bibliographe polonais, né à 
Birnbaum (Posnanie) en 1729, mort à Bomst le 29 sept. 
1786. Fils d'un Allemand du nom de Janisch, il se 
convertit au catholicisme, devint bibliothécaire d'André 
Zaluski et publia sous le titre de Janociana (Varsovie, 
1776-79, 2 vol. ; suppl. par Linde, 1819) un vaste re- 
cueil renfermant de nombreuses notices sur les anciens 
écrivains polonais. 

JANOV. Nom de deux villes de la Pologne russe: l'^gouv. 
de Lublin, sur la Bjela, 7,000 hab. ; 2» gouv. de Sjedlec, 
sur le Boug, 3,000 hab., haras impérial. 

JANOV (Mathias de), théologien tchèque du xiv« siècle, 
mort en 1394. Il fut l'élève de Milic de Kromèriz, l'un des 
précurseurs de Jean Hus. Après avoir étudié la théologie 
à Prague, il passa à l'université de Paris. Aussi est-il 
souvent désigné sous le nom de magister parisiensis. 



De 1381 à 1394 il fut chanoine à la cathédrale de Prague. 
Il écrivit un certain nombre d'ouvrages de théologie qui 
frayèrent la voie aux doctrines de Hus. 

BiBL. : V. Jean Hus. 

JÂNOWSKI (Jean-Népomucène), publiciste polonais, né 
à Konopisky en 1803, mort en France. Il était bi- 
bliothécaire de la Société des amis des sciences lorsque 
éclata la révolution de 1836, Il rédigea pendant la révo- 
lution la Gazette polonaise,^ émigra ensuite en France et 
appartint au parti démocratique. Outre de nombreux ar- 
ticles et des brochures polonaises, il a écrit en fran- 
çais : Considérations sur la nationalité française au 
wm^ siècle; les Derniers Moments de la Révolution de 
Pologne en i83i. 

JANS. Com. du dép. de la Loire-Inférieure, arr. de 
Châteaubriant, cant. de Derval; 1,741 hab. 

JANS (Jean), tapissier du xvu^ siècle, né à Audenarde 
(Belgique). Cet artiste quitta son pays avec plusieurs 
de ses concitoyens pour venir s'établir à Paris. Il y était 
depuis plusieurs années et s'était fait connaître par son 
habileté textile, quand il fut nommé maître tapissier du 
roi (1654). Il dirigea plus tard, aux Gobelins, l'atelier de 
haute hsse le plus renommé, et il y employait soixante-sept 
ouvriers, sans compter les apprentis, qui tous travaillaient 
sous ses ordres. Lorsque la maison des Gobelins fut trans- 
formée en manufacture royale, les ouvrages de Jans étaient 
payés à un prix supérieur aux sommes allouées aux ateliers 
de ses travaux, et il a inscrit son nom sur les plus belles 
tentures commandées par le roi, notamment sur celles 
qui représentent l'histoire du monarque. Jans fut remplacé 
en 1691 par son fils qui conserva la direction d'un atelier 
de haute lisse aux Gobelins, jusqu'en 1731. On lui doit 
l'exécution des belles portières des Dieux, d'après Audran; 
mais, bien qu'il ait conservé fidèlement les traditions artis- 
tiques de son père, il n'en dut pas moins céder aux exi- 
gences des peintres dont les cartons tendaient à s'éloigner 
des vigoureuses compositions décoratives de Lebrun. 

BiBL. : E, MuNTz, la. Tapisserie. — J.-J. Guiffrey, His- 
toire de la Tapisserie, 

JANSA (Léopold), violoniste et compositeur, né à Wil- 
denschwert (Bohême) en 1797, mort à Vienne le 25 janv. 
1875. Fixé à Vienne en 1825, il fut nommé violoniste de 
la chapelle impériale et directeur de musique à l'université. 
Ses séances de quatuors étaient assidûment fréquentées et 
vantées pour la perfection de l'exécution. En 1849, Jansa 
ayant donné à Londres un concert au bénéfice des exilés 
hongrois, le séjour de Vienne lui fut interdit. Il demeura 
en Angleterre jusqu'à 1868, époque à laquelle une amnis- 
tie lui permit de retourner en Autriche. Jansa a publié 
quatre concertos pour violon et orchestre, huit quatuors, de 
nombreuses fantaisies et sonates, et plusieurs recueils de 
duos pour deux violons. 

JANSAC. Com. du dép. delà Drôme, arr. de Die, cant. 
de Luc-en-Diois ; 107 hab. 

JANSÉNISiVIE. Les théologiens orthodoxes définissent le 
jansénisme : un système hérétique sur la grâce, le libre 
arbitre, la prédestination, le mérite des œuvres et le bien- 
fait de la rédemption. Nous en avons indiqué l'origine aux 
mots Bâius, Du Vergier de Hauranne (Jean), Jânson 
(Jacques), Lessius, Molina. — Dans le célèbre livre que 
ses éditeurs testamentaires intitulèrent Augustinus Cor- 
nelii Jansenii, episcopi, seu doctrina sancti Augustini 
de humanœ naturœ sanitate, œgritudine, medicina, 
adversus Peligianos et Massilienses, tribus tomis com- 
prehensa (Louvain, 1640, in-foL; Paris, 1641; Rouen, 
1652), Jansenius avait entrepris d'exposer la doctrine de 
saint Augustin. Or, comme nous l'avons dit à propos de 
Baius et de Gotteschalk, il y a beaucoup de choses, des 
choses différentes et même contraires, dans saint Augustin, 
qui a rédigé lui-même de nombreuses rétractations de ses 
propres opinions, et dont l'autorité a été alléguée tour à 
tour par les catholiques et parles hérétiques. Quand il com- 
bat les manichéens, qui estimaient essentiellement mau- 



— 9 — 



JANSENISME 



vaise la nature de l'homme, il laisse à la liberté et aux 
iacultés humaines une part qui peut être accommodée à la 
doctrine traditionnelle du catholicisme. Mais, quand il com- 
bat les pélagiens, qui lui opposaient les qualités naturelles 
et la liberté de l'homme, et généralement toutes les fois 
qu'il expose ingénument son propre sentiment, tout en gar- 
dant le nom de hberté, il réduit l'homme à une impuis- 
sance telle, qu'elle rend vains tous les efforts de sa volonté, 
et qu'elle l'asservit à une grâce nécessaire, d'autant plus 
voisine de la fatalité, que dans le système qu'il développa 
en la lutte contre les pélagiens, la prescience divine équivaut 
à la prédestination. En effet, par suite du péché d'Adam, 
l'humanité est devenue une masse corrompue (massa per- 
ditionis)^ absolument incapable par elle-même, non seule- 
ment de faire, mais de vouloir le bien, par des motifs 
agréables à Dieu. Dans cet état, tout ce qu'elle veut est un 
péché. Tous les hommes sont hbres, mais seulement de 
pécher, et dans la manière de pécher : aucun d'eux ne peut 
être sauvé, sinon par le bénéfice d'une disposition spéciale, 
gratuite et irrésistible {insuper abiliter et indeclinabi- 
liter), que nul désir ou nul acte de sa part n'a la vertu 
de mériter ou de provoquer, mais qui, après avoir pré- 
venu la volonté des élus^ les soutient dans leurs résolu- 
tions et les aide à agir, pour achever en eux l'œuvre de 
l'élection. Ne pas comprendre un homme dans ce décret 
d'élection, c'est le mettre hors de la grâce qui, seule, peut 
sauver ; c'est le laisser incurablement réduit à un état per- 
manent du péché, et implicitement le prédestiner à la dam- 
nation. En fait, l'Eglise catholique n'a jamais admis cette 
doctrine, parce qu'elle atténue désastreusement la valeur 
des œuvres, et que cette valeur constitue le plus riche tré- 
sor de l'Eglise. Quand l'augustinisme lui est présenté en la 
personne de saint Augustin, elle s'incline; mais, quand il 
est représenté par des docteurs moins inviolables, elle les 
condamne sévèrement. 

Jansenius avait lu dix fois tous les ouvrages de saint 
Augustin et trente fois ses écrits contre les pélagiens; 
d'ailleurs son ouvrage était dirigé contre le pélagianismeet 
le semi-pélagianisme. Il semble inutile de dire dans quels 
écrits de saint Augustin il avait cherché la doctrine de ce 
Père de l'Eglise, et ce qu'il y avait trouvé. Son gros livre, 
qui résume vingt-deux années de travail, est divisé, comme 
le titre l'indique, en trois parties : I. Historiqne de l'hé- 
résie de Pelage et de ses continuateurs ; IL Exposé de la 
doctrine de saint Augustin sur la nature de Phomme, dans 
son état de pureté primitive, puis dans son état de dégra- 
dation depuis la chute d'Adam ; III. Sentiments du même 
docteur sur la grâce et sur la prédestination des anges et 
des hommes. Dès son apparition, les jésuites l'attaquèrent 
bruyamment, les partisans de Jansenius le défendirent de 
même. Un décret de l'Inquisition (22 mars 1641) prescri- 
vit vainement le silence aux uns et aux autres . Par bulle 
du 6 mars 1642, Urbain VIIÏ condamna VAugustinus^ 
comme ayant été publié sans l'autorisation du saint-siège 
et comme renouvelant des propositions de Baius condam- 
damnées par Pie V et Grégoire XllI. Mais ce fut seulement 
le 2 janv. 1644 que cette bulle fut portée à la faculté de 
théologie de Paris, avec une lettre de cachet du roi, enjoi- 
gnant de la recevoir, selon l'intention du pape. La faculté 
fit défense à tous les bacheliers de soutenir ou d'approuver 
les propositions condamnées; mais elle différa l'enroËfis- 
trement de la bulle, parce qu'elle visait des décrets de l'In- 
quisition, dont l'autorité n'était pas reconnue par l'Eglise 
gallicane. Quelques jours auparavant, Isaac Habert, alors 
théologal de l'Eglise de Paris, depuis évêque de Vabres, 
avait commencé à attaquer VAugmti7ius dans des sermons 
prêches à Notre-Dame. Plusieurs historiens prétendent qu'en 
agissant ainsi, Habert obéissait aux ordres de Richelieu ; 
mais Richelieu était mort depuis un an. Antoine Arnauld 
répondit par une Apologie de M. Jansenius ; Habert ré- 
pliqua par une Défense de la foi^ à laquelle Arnauld op- 
posa une seconde Apologie^ puis une troisième, ayant pour 
litre Apologie pour les saints Pères. Habert ne répondit 



plus, mais il composa un ouvrage dans lequel il établissait, 
d'une manière très pertinente, que la doctrine des Pères 
grecs est unanimement contraire au système de VAugus- 
tinus. 

Le l^^juil. 1649, Nicolas Cornet, docteur delà maison 
de Navarre, syndic de la faculté de théologie, présenta à 
l'assemblée six propositions dont les cinq premières résu- 
maient ce que lui et des docteurs vénérables prétendaient 
avoir trouvé de plus contraire à la foi dans le livre de 
Jansenius. Un autre docteur, Sainte-Beuve, proposa d'y 
ajouter une septième. Les deux dernières propositions con- 
cernaient le sacrement de Pénitence ; il n'en fut plus ques- 
tion dans la suite. Malgré Popposition de Louis de Saint- 
Amour, une commission fut nommée pour examiner les pro- 
positions incriminées. Soixante docteurs appelèrent comme 
d'abus contre cette décision, et obtinrent du parlement 
(5 oct.) un arrêt défendant d'agiter cette matière jus- 
qu'à ce que la cour en eût autrement ordonné. Les commis- 
saires furent intimidés par cette procédure. Après avoir 
désavoué devant le parlement la censure qu'ils avaient 
préparée, ils conclurent, et la faculté résolut qu'on ne pas- 
serait point outre à l'examen des propositions, parce qu'il 
y avait été pourvu par les ordonnances ecclésiastiques et 
qu'il suffisait au syndic de les exécuter. Mais Passemblée 
du clergé (mai 1650) adoptaune lettre qui avait été rédigée 
par Habert et qui fut signée par quatre-vingt-cinq évêques 
auxquels trois autres s'adjoignirent dans la suite. Afin de 
mettre fin aux divisions et aux querelles qui troublaient 
PEglise, les évêques sollicitaient un jugement souverain du 
pape sur les cinq premières propositions dénoncées par Cor- 
net. Ils rappelaient que Jansenius, proche delà mort, avait 
soumis son ouvrage au jugement du saint-siège. En effet, 
le 6 mai 1638, une demi-heure avant de mourir, il avait 
dicté un testament, par lequel il léguait le manuscrit de 
VAugustinus à Réginald, son chapelain, le chargeant de 
le publier conjointement avec deux autres amis. Ce testa- 
ment finissait ainsi : « Je sens que des changements se- 
raient difficiles. Cependant, si le saint-siège exige quelques 
changements, je suis un fils obéissant et soumis à PEglise, 
dans laquelle j'ai vécu jusqu'à mon lit de mort. » Il avait 
même eu la pensée de dédier son livre au pape ; sa lettre, 
supprimée par Calenus et Fromond, fut publiée plus tard 
par Condé, entre les mains duquel elle était tombée. Dans 
son Augustinus (Prœmium, c. xxix ; Epilogus, édition 
de Rotterdam, t. III, p. 445), il avait écrit : « Je veux 
vivre et mourir dans la communion du successeur du prince 
des Apôtres, ce vicaire de Jésus-Christ, ce chef des pas- 
teurs, ce pontife de l'Eglise universelle. J'adopte tout ce 
qu'il prescrit ; je rejette, je condamne, j'anathématise tout 
ce qu'il rejette, condamne et anathématise. Je ne me flatte 
point d'avoir bien saisi partout le sens de saint Augustin. Je 
suis un homme, sujet à Perreur comme les autres hommes, 
et j'abandonne mon ouvrage au jugement du saint-siège et 
de l'Eglise romaine, ma mère. Dès ce moment, j'accepte, 
je rétracte, je condamne et anathématise tout ce qu'elle 
décidera /juc je dois accepter, rétracter, condamner ou ana- 
thématiser. » 

Dès le 12 août 1651, une congrégation spéciale, com- 
posée de cinq cardinaux et de treize consulteurs, fut ins- 
tituée à Rome, pour connaître des cinq propositions soumises 
au jugement du saint-siège. Elle procéda d'abord avec len- 
teur, attendant Parrivée des députés de France. Ceux des 
jansénistes arrivèrent les premiers. Le lOjuil., ilsremirent 
au pape une lettre signée de onze évêques : L.-//. de Gon- 
drin^ archevêque de Sens; B, d'Elbène, évêque d'Agen; 
Gilbert de Choiseul. évêque de Comminges ; Le Baron, 
évêque de Valence et de Die ; A. d'Elbène, évêque d'Or- 
léans; Bernard y évêque de Saint-Papoul ; /.-//. de Sa- 
lette, évêque de Lescar ; Félix , évêque de Châlons ; 
François, évêque d'Amiens; Henry, évêque d'Angers, 
Nicolas, évêque de Beauvais. Ils priaient le pape de dé- 
cliner Pinstance de leurs quatre-vingt-huit collègues ; pour 
trois raisons principales : 1<* parce que les propositions 



JANSENISME 



10 - 



dénoncées ayant été faites à plaisir et composées de termes 
ambigus et équivoques, pour rendre odieuses certaines per- 
sonnes et exciter des troubles, la décision dont elles seraient 
l'objet, n'atteignant pas la réalité des faits, ne mettrait 
point fin aux disputes ; 2^ parce que les questions de la 
grâce et de la prédestination divine sont pleines de diffi- 
cultés, et qu'elles ne s'agitent d'ordinaire qu'avec de vio- 
lentes contestations; 3<* parce que, suivant l'ordre légitime 
des jugements de l'Eglise universelle, joint à la coutume 
observée dans l'Eglise gallicane, les causes concernant la 
foi ne devaient être portées à Rome qu'après avoir été 
examinées et jugées en France par un concile d'évêques. 
Dans tous les cas, ils demandaient qu'on opérât comme 
dans l'ancienne congrégation De auxiliis^ en entendant 
contradictoirement les parties. Malgré cette intervention, 
la congrégation poursuivit son œuvre, admettant les dépu- 
tés des parties à présenter leurs moyens et arguments, 
mais séparément et sans débat contradictoire. L'instruction 
dura deux ans et quelques mois. Le 9 juin 4653, après 
quarante-cinq séances, dont les dix dernières avaient été 
présidées par Innocent X en personne, fut publiée la bulle 
Cum occasione (datée du 31 mai), qui condamnait les 
cinq propositions suivantes, formulées dans les termes 
mêmes que Cornet avait présentés à la faculté de Paris : 
I. Quelques commandements de Dieu sont impossibles 
à des hommes justes qui veulent les accomplir, et qui 
font à cet effet des efforts suivant les forces qu'ils ont 
alors: la grâce qui les leur rendrait possibles leur 
manque. Cette proposition, littéralement extraite du livre 
de Jansenius, était déclarée téméraire, impie, blasphéma- 
toire, frappée d'anathème. IL Dans Vétat de la nature 
corrompue, on ne résiste jamais à la grâce intérieure. 
Cette proposition n'est pas mot pour mot dans VAugus- 
tinus, mais la doctrine qu'elle exprime y est en vingt en- 
droits. Condamnée comme hérétique. III. Pour mériter et 
démériter, dans Vétat de la nature corrompue, on n'a 
pas besoin d'une volonté exempte de la nécessité d'agir ; 
il suffit d'avoir une liberté exempte de contrainte. 
Condamnée comme hérétique. Jansenius avait écrit : « Une 
œuvre est méritoire ou déméritoire lorsqu'on la fait sans 
contrainte, quoiqu'on ne la fasse pas sans nécessité. » 
IV. Les semi-pélagiens admettaient la nécessité d'une 
grâce intérieure et prévenante pour chaque action en 
particulier ; et ils étaient hérétiques en ce qu'ils pré- 
tendaient que cette grâce était de telle nature, que la 
volo7ité de l'homme avait le pouvoir d'y résister ou d'y 
obéir. La première partie de cette proposition fut condam- 
née comme fausse, la seconde comme hérétique. V. C'est une 
erreur des semi-pélagiens de dire que Jésus-Christ est 
mort ou qu'il a répandu son sang pour tous les hommes 
sans exception. La bulle déclare cette proposition fausse, 
téméraire, scandaleuse ; et, si on l'entend en ce sens que 
Jésus-Christ soit mort pour le salut seulement des prédes- 
tinés, elle la condamne comme impie, blasphématoire, in- 
jurieuse, dérogeant à la bonté divine, et hérétique. Janse- 
nius avait écrit que les Pères, bien loin de penser que 
Jésus-Christ soit mort pour le salut de tous les hommes, 
ont regardé cette opinion comme une erreur contraire à la 
foi caholique ; que le sentiment de saint Augustin est que 
JésustChrist n'est mort que pour les prédestinés, et qu'il 
n'a pas plus prié pour le salut des réprouvés que pour le 
salut des démons {De gratia Christi, 1. III, en). 

En France, le nonce remit au roi une copie de la bulle, 
avec un bref du pape. Le 11 juil., Mazarin réunit chez lui 
trente évêques qui se trouvaient à Paris. Il s'en trouvait 
toujours un bon nombre, en ces temps où l'on pratiquait 
fort peu la résidence. Leur sentiment fut unanime pour la 
réception et l'observation de la bulle ; ils écrivirent au pape 
pour le remercier. Quatre jours après, ils adressèrent à tous 
les archevêques et évêques une lettre qui leur fut envoyée 
avec des lettres patentes du roi autorisant la publication de 
la bulle. Ce qui en faisait une loi du royaume. Elle fut reçue 
partout sans résistance. Dans ses assemblées du mois d'août 



et du mois de septembre, la faculté de Paris en vota l'en- 
registrement à l'unanimité; elle députa vingt docteurs pour 
remercier le roi de l'avoir obtenue, et lui répondre des sen- 
timents de toute la compagnie. — Les jansénistes eux- 
mêmes acceptèrent extérieurement la constitution d'Inno- 
centX ; mais, pour en éluder les conséquences, ils se hvrèrent 
à des simulations et dissimulations, évasions et distinctions 
qui auraient fort joliment animé la verve de Pascal, si elles 
avaient été commises par des jésuites. Le Journal de Saint- 
Amour (1662, in-fol.) et leur correspondance intime at- 
testent l'irritation et le mépris que la bulle excitait chez 
eux. Cependant ils protestaient qu'ils se soumettaient sin- 
cèrement à la décision du pape ; qu'ils tenaient comme lui 
les cinq propositions pour de véritables hérésies, et qu'ils 
les condamnaient dans le mauvais sens qu'il y avait con- 
damné. Mais, afin de ne pas renier VAugustinus, ils sou- 
tinrent que les propositions censurées ne se trouvaient point 
dans ce livre ; et, d'ailleurs, qu'elles n'étaient pas condam- 
nées dans le sens de Jansenius, mais dans un sens faux 
qu'on avait mal à propos attribué à ses paroles ; que sur 
ce fait le pape avait pu se tromper. C'est ce qu'on a ap- 
pelé la distinction des sens, la question de fait et la 
question de droit. Ces distinctions ruinaient toute la dis- 
cipline de l'Eglise catholique. En effet, il est étrange de 
reconnaître à une autorité la faculté de définir souveraine- 
ment une doctrine, et de lui contester le discernement né- 
cessaire pour constater que cette doctrine est contredite par 
tel ou tel livre, tel ou tel discours, tel ou tel acte. En ma- 
tière d'hérésie, la question de droit ou de dogme est tou- 
jours inséparablement liée à une question de fait. En matière 
de livres, ce serait inutilement que l'Eglise les condamne- 
rait et en interdirait la lecture, si la distinction janséniste 
était admise ; les fidèles pourraient s'obstiner à les lire, sous 
le prétexte que les erreurs que l'Eglise a cru y découvrir 
n'y sont pas, et que l'auteur a été mal entendu. En toute 
matière, les ordonnances seraient vaines, s'il était permis 
à ceux qui doivent y obéir de ne les accepter que dans un 
sens différent de celui que les mots présentent naturelle- 
ment à l'esprit. Les jansénistes étaient forcés de convenir 
avec leurs adversaires que le sens dans lequel les cinq 
propositions sont condamnées est bien le sens propre, na- 
turel et littéral qu'elles ont suivant la signification ordi- 
naire des termes qui les composent. Eux-mêmes, avant la 
condamnation, les soutenaient en ce sens-là, qu'ils préten- 
daient orthodoxe, l'attribuant à Jansenius. C'est en ce sens 
qu'elles furent défendues dans les congrégations romaines 
par les quatre consulteurs qui avaient pris parti pour elles ; 
et c'est en ce sens aussi que des hommes d'une intelligence 
et d'une sincérité incontestables, comme le savant orato- 
rien Thomassin, confessaient, après avoir abandonné le 
jansénisme, qu'ils avaient entendu et compris la doctrine 
de VAugustinus. 

Le 9 mars 1654, une assemblée des évêques présents à 
Paris, réunie au Louvre, nomma des commissaires afin de 
considérer les diverses interprétations et autres éva- 
sions inventées pour rendre inutile la constitution. 
Cette commission se composait de quatre archevêques : 
B. Bouteillier, de Tours; G. d'Aubusson, ^'Embrun; 
P. de Marca, de Toulouse ; F. de Harlay, de Rouen, et 
des évêques d'Autun, de Montauban, de Rennes et de 
Chartres. Elle examina attentivement les textes de Janse- 
nius se rapportant à chacune des cinq propositions, et elle 
prit connaissance des mémoires présentés par les jansénistes. 
Le 24', dans une séance présidée par le cardinal Mazarin, 
elle présenta son rapport, déclarant que les cinq proposi- 
tions censurées sont comprises, sans aucune supposition, 
dans le livre de Jansenius, et que loin d'altérer ou d'ag- 
graver la doctrine qui y est contenue, elles n'en expri- 
ment pas suffisamment le venin. Ce rapport rappelait que 
les condamnations se font suivant la signification propre des 
paroles et suivant le sens de l'auteur qui a enseigné une 
doctrine incriminée, et non pas en un double sens, dont 
l'un pourrait être catholique et l'autre hérétique. En con- 



— 11 — 



JANSENISME 



séquence, il concluait que les cinq propositions étaient con- 
damnées dans leur sens propre, qui était le sens de Janse- 
nius. Ces conclusions furent adoptées dans une séance tenue 
le 28, en laquelle l'assemblée, statuant, par voie de juge- 
ment, sur les pièces produites de part et d'autre, décida 
que la constitution d'Innocent X avait condamné les cinq 
propositions comme étant de Jansenius et dans le sens de 
Jansenius. Par bref du 29 sept., le pape félicita l'assem- 
blée de sa décision, et déclara formellement qiiHl avait 
condamné la doctrine de Cornélius Jansenius contenue 
dans son livre intitulé Augustinus. L'année suivante 
(20 mai 1655), les évêques, convoqués à Paris pour l'as- 
semblée générale du clergé de France, résolurent d'adres- 
ser à tous les évêques du royaume une lettre commune les 
conviant à faire signer la bulle et le bref par tous les cha- 
pitres, par tous les recteurs des universités et par toutes 
les communautés, tant séculières que régulières, exemptes 
et non exemptes ; par les curés et par ceux qui étaient ou 
seraient pourvus de bénéfices dans leurs diocèses, et géné- 
ralement par toutes les personnes qui étaient sous leur 
charge, de quelque qualité et condition qu'elles fussent. 

Le confesseur du duc de Liancourt, de la paroisse de 
Saint-Sulpice, lui refusant l'absolution à moins qu'il ne don- 
nât des marques d'une soumission parfaite à la bulle, et 
qu'il ne rompît ses liaisons avec les jansénistes, Arnauld 
publia sur ce cas une lettre adressée à une personne de 
condition (24 févr. 1655). Il la fit suivre d'une seconde 
{Lettre de M. Arnauld^ docteur de Sorbonne, à un duc 
et pair de France^ pour servir de réponse à plusieurs 
écrits publiés contre sa première lettre^ sur ce qui est 
arrivé à un seigneur de la cour dans une paroisse de 
Paris). Cette lettre, datée de Port-Royal-des-Champs 
(10 juil. 1655), fut déférée à l'examen de la faculté de 
théologie par Denis Guyard, alors syndic, comme contenant 
deux propositions passibles de censure : I. Les cinq pro- 
positions n'ont été soutenues par personne ; elles ont 
été forgées par les partisans des sentiments contraires 
a saint Augustin. En les attribuant à Jansenius^ on 
impose des hérésies à un évêque catholique qui a été 
très éloigné de les enseigner. Ayant lu avec soin le 
livre de Jansenius et n'y ayant point trouvé ces p7V- 
positions, M. Arnauld et ses amis ne peuvent déclarer 
en conscience qu'elles y sont. — II. La grâce, sans la- 
quelle on ne peut rien, a manqué a un juste, en la 
personne de saint Pierre, dans une occasion oii Von ne 
peut pas dire qu'il n'ait pas péché. Cette dernière pro- 
position renouvelait et aggravait, en la précisant, la pre- 
mière des cinq propositions condamnées par la bulle. Les 
débats de cette affaire, dans laquelle Arnauld et ses amis 
épuisèrent toutes les subtilités de la théologie et de la pro- 
cédure, et usèrent de tous les moyens imaginables d'obs- 
truction, durèrent du 4 nov. 1655 au 29 janv. 1656, et 
occupèrent environ quarante séances de la faculté. Le 
14 janv., la première proposition fut censurée par 130 doc- 
teurs, comme téméraire, scandaleuse, injurieuse au 
pape et aux évêques, et donnant lieu de renouveler la 
doctrine de Jansenius précédemment condamnée. 
76 docteurs avaient émis des avis plus ou moins favorables 
à Arnauld. Le 29 janv., la deuxième proposition fut décla- 
rée, par 127 docteurs, impie, téméraire, blasphématoire., 
frappée d'anathème et hérétique. Avant la fin de cette 
dernière séance, les amis d'Arnauld s'étaient retirés, de 
sorte qu'il n'y eut point d'avis contraire. Un arrêté du même 
jour enjoignit à Arnauld de se soumettre à la censure en 
la souscrivant dans la quinzaine, sous peine d'être retran- 
ché du corps de la faculté et rayé du catalogue de ses doc- 
teurs. On prescrivit cette signature à tous les docteurs et 
officiers de la faculté; ceux qui la refusèrent furent exclus. 
Depuis ce temps jusqu'à la Révolution, la faculté exigea 
cette souscription et celle du formulaire du pape, dont il 
est parlé plus bas, de tous ceux qui se présentaient pour les 
examens du baccalauréat. Au commencement de l'instance, 
Arnauld, après avoir vainement réclamé l'intervention du 



parlement, avait prétexté, pour se soustraire à l'examen de 
la faculté, un appel au pape, contrairement à Popinion pré- 
cédemment émise par les jansénistes, à propos des cinq pro- 
positions, que les causes de ce genre ne devaient êlre por- 
tées à Rome qu'après avoir été jugées en France. Après sa 
condamnation, il se garda bien de donner suite à son appel. 
— Ce fut à l'occasion de cette affaire que Pascal commença 
la publication de ses Lettres à un provincial. Elle est 
présentée dans les trois premières et les quatre dernières, 
avec beaucoup d'esprit et peu d'exactitude. Les autres lettres 
ont trait aux jésuites. En les écrivant, il semble que Pas- 
cal avait pour but d'assurer aux jansénistes l'appui des en- 
nemis des jésuites ; elles eurent pour résultat de procurer 
momentanément aux jésuites la bienveillance ou au moins 
l'indulgence des adversaires, alors très nombreux et très 
puissants, du jansénisme. 

Le 1<^^ et le 2 sept. 1656, l'assemblée générale du clergé, 
composée de 40 évêques et de 17 députés du second ordre, 
trancha la question de fait, en déclarant que, avec la même 
autorité que pour les matières de foi, l Eglise juge des 
questions de fait qui sont hiséparables de ces matières 
ou des mœurs générales de l'Église, Elle adopta un for- 
mulaire pour l'acceptation de la bulle d'Innocent X, et 
l'adressa à tous les évêques du royaume, les invitant à s'en 
servir, afin de rendre l'exécution de la bulle uniforme dans 
tous les diocèses ; puis elle décida que les évêques qui né- 
gligeraient de faire souscrire la bulle et le bref d'Innocent X 
ne seraient plus reçus dans les assemblées générales, pro- 
vinciales ou particulières du clergé. Alexandre YII succé- 
dait à Innocent X depuis le 7 avr. 1655. Informé de ce qui 
se passait en France, il fit une constitution reproduisant et 
confirmant celle d'Innocent X ; il y appelait « perturba- 
teurs du repos public, enfants d'iniquité, ceux qui avaient 
l'audace de soutenir que les propositions censurées ne se 
trouvent point dans le livre de Jansenius, mais qu'elles ont 
été forgées à. plaisir ou qu'elles n'ont point été condamnées 
dans le sens de l'auteur » (16 oct. 1656). Cette constitution 
fut reçue le 17 mars 1657 par l'assemblée générale, à la- 
quelle les prélats présents à Paris et qui n'en faisaient point 
partie avaient été invités à s'adjoindre. Le formulaire qui 
devait être signé dans tous les diocèses fut définitivement 
arrêté en ces termes : Je me soumets sincèrement à la 
constitution du pape Innocent X, du SI mai i653, 
selon le véritable sens qui a été déterminé par la cons- 
titutio7i de notre saint père Alexandre Vil du i6 oct. 
i656. Je reconnais que je suis obligé, en conscience, 
d'obéir à ces constitutions ; et je condamne, de cœur et 
de bouche, la doctrine des cinq propositions de Corné- 
lius Jansenius, contenues dans son livre intitulé Au- 
GusTiNus, que ces deux papes et les évêques ont con- 
damnées : laquelle doctrhie n'est celle de saint Augus- 
tin, que Jansenius a mal expliquée, contre le vrai sens 
de ce saint docteur. 

Ces mesures n'eurent guère d'autre résultat que de sus- 
citer des écrits exprimant les protestations des jansénistes 
sur la question de fait. Les plus importants furent deux ou- 
vrages d'Arnauld : Cas proposé par un docteur touchant 
la constitution d'Alexandre VU et le formulaire du 
clergé; — Réflexions sur l'avis de Mgr d'Aleth (cet 
évêque estimait alors qu'on pouvait et qu'on devait signer 
le formulaire). Deux œuvres latines sous le pseudonyme de 
Paul Irénée et de Guillaume Wendbrock : la première (Dis- 
qîiisitiones Pauli Irenœi) justifiant Jansenius en niant le 
fait ; la seconde, attribuée à Nicole, contenant une traduc- 
tion des Lettres de Pascal, avec notes et mémoires. Le 
13 déc. 1660, le roi fit appeler au Louvre les prélats pré- 
sidents^ de l'assemblée générale du clergé, alors réunie à 
Paris ; il leur dit qu'il désirait qu'ils s'appliquassent à cher- 
cher les moyens les plus propres et les plus prompts 
pour extirper la secte du jansénisme. Il emploierait son 
autorité pour les faire exécuter : résolu d'user de sévérité 
pour réprimer ceux qui n'avaient point pu se gagner par 
la douceur. Pour obéir à ces ordres, l'assemblée décida 



JANSENISME 



12 



qu'on exigerait sans retard la signature du formulaire. Ceux 
qui la refuseraient seraient considérés comme hérétiques et 
poursuivis selon les voies prescrites par le droit canon. 
Ceux qui avaient écrit contre la teneur des constitutions 
devraient faire, en outre, une rétractation formelle de ce 
qu'ils avaient enseigné. Le formulaire fut autorisé par un 
arrêt du conseil du 13 avr. 1661 ; et une lettre du roi fut 
adressée à tous les archevêques et évêques du royaume, pour 
les inviter à le faire signer. Quelques évêques écrivirent 
au roi pour le prier de trouver bon qu'ils n'exécutassent 
point ses ordres ; d'autres, parmi lesquels l'évêque d'Aleth, 
envoyèrent à l'assemblée même des récusations analogues, 
en réponse à sa lettre-circulaire, qui les avait invités à 
signer et à faire signer. 

L'exécution des mesures prescrites par le roi et par l'as- 
semblée du clergé commença par le diocèse de Paris, alors 
administré par les vicaires généraux du cardinal de Retz. 
Dès le 8 juin, ils rendirent, pour réclamer la souscription 
du formulaire, une ordonnance qui fit grand bruit. Elle dis- 
tinguait entre le fait et le droit, demandant croyance pour 
la décision de foi et respect pour la solution de fait. Les 
curés de Paris s'empressèrent de signer et de faire signer 
leurs ecclésiastiques; et dans une assemblée du 29 juin, ils 
tirent dresser par notaire une déclaration attestant que 
l'ordonnance des vicaires généraux les avait fort édifiés, 
eux et les prêtres de leurs paroisses. Trois jours aupara- 
vant, l'assemblée générale du clergé avait porté plainte au 
roi contre ce mandement. Il fut condamné par arrêt du conseil 
(9 juil.), ordonnant qu'Userait sursis à la signature du for- 
mulaire, jusqu'à ce qu'il fût réformé. Les vicaires géné- 
raux furent sévèrement blâmés par un bref d'Alexandre VII 
(1 ^^ août 1661). Après de longues négociations avec le nonce, 
beaucoup de contestations et de résistances, ils publièrent une 
nouvelle ordonnance, conforme au projet qui avait été envoyé 
de Rome et exigeant obéissance et sowmmf on d'esprit sur 
tous les points. — Répondant à l'évêque de Châlons-sur- 
Marne, qui lui avait demandé son avis, l'évêque d'Aleth 
déclara que son sentiment était que les évêques ne devaient 
ni signer ni faire signer le formulaire, en exécution du dé- 
cret et de la déclaration de l'assemblée du clergé. En effet, 
les évêques, députés à cette assemblée, n'avaient nullement, 
selon lui, l'autorité d'un concile général, leur permettant 
d'obliger par décret et ordonnance leurs confrères présents 
et absents, et de les déclarer, en cas de refus, privés de 
l'entrée et de voix délibérative et passivedans toute sorte 
d'assemblées ecclésiastiques. D'autre part, nier la solution 
d'une question de fait peut être un acte de témérité, d'igno- 
rance ou de présomption ; ce n'est point un acte d'hérésie. 
Enfin, ordonner à des confrères même absents, qui ont la 
même autorité qu'eux pour juger de pareilles matières, de 
souscrire que des propositions sont hérétiques en un sens, 
avant de leur expliquer ce sens, constitue une espèce d'in- 
jure ou une marque de peu d'estime ; c'est lestraiter comme 
s'ils étaient incapables de la science ou du discernement 
nécessaires pour juger ces matières. C'est les confondre 
dans le troupeau des simples fidèles. Les évêques d'Angers, 
de Beauvais et de Sens écrivirent pareillement pour pro- 
tester ; et messieurs de Port-Royal prirent soin de faire 
imprimer leurs lettres. 

Les raisons présentées par l'évêque d'Aleth n'avaient 
guère de force qu'à l'égard des évêques. Pour le reste du 
clergé, les théologiens jansénistes étaient divisés en trois 
partis. Les premiers prétendaient qu'on ne devait point 
faire de difificullé de signer le formulaire, sans explication 
ni restriction quelconque, quoiqu'on ne crût pas que Jan- 
senius eût enseigné les hérésies qui lui étaient attribuées. 
Suivant eux, la signature ne tombait que sur le droit, pour 
ce qui était de la créance intérieure. Elle n'emportait, à 
l'égard du fait, qu'un témoignage de déférence et de res- 
pect, qui n'engageait qu'à ne pas contredire pubhquement 
le pape et les évêques, et non à croire intérieurement que 
ce qu'ils avaient décidé sur ce point était conforme à la 
vérité. Les seconds déclaraient que lorsqu'on n'était point 



persuadé que les cinq propositions sont de Jansenius, on 
ne pouvait signer le formulaire simplement et sans quelque 
explication ou restriction verbale, soit en réservant expres- 
sément la question de fait, soit au moins en indiquant qu'on 
ne rendait témoignage que de k pureté de sa propre foi. 
Autrement, la signature renfermerait une restriction men- 
tale, toujours criminelle dans les professions de foi, et de 
plus un faux serment et une calomnie contre le prochain. 
C'est en ce sens que fut conçue la déclaration rédigée pour 
les religieuses de Port-Royal e( qu'on trouvera plus loin. 
Pascal la jugeait équivoque, ambiguë, par conséquent cou- 
pable. Les troisièmes estimaient qu'en condamnant le sens 
de Jansenius, les constitutions avaient condamné la doc- 
trine de la grâce efficace par elle-même. Cette doc- 
trine étant une vérité de foi, qu'il n'est point permis 
d'abandonner, les papes qui l'avaient condamnée s'étaient 
trompés non sur le fait, mais sur le droit ; d'ailleurs eux- 
mêmes déclaraient le fait inséparable du droit en cette ma- 
tière. En conséquence, on ne devait signer qu'en protestant 
expressément de ne point vouloir condamner le sens de Jan- 
senius. 

Pendant l'année 1663, il fui sursis à la signature du 
formulaire, à cause des négociadons entreprises par Gil- 
bert de Choiseul, évêque de Comminges, et le P. Perrier, 
professeur de théologie au collège des jésuites à Toulouse, et 
poursuivies sur l'ordre du roi, pour obtenir la soumission 
des jansénistes, par voie d'accommodement. Les conférences 
n'aboutirent qu'à des récriminations réciproques et à un 
bref d'Alexandre VII (29 juil. 1 663), invitantles archevêques 
et évêques de France à mettre la dernière main à leur œuvre 
et à faire tous leurs efforts pour engager tout le monde à 
se soumettre, de la manière due, aux constitutions, et à 
rejeter et condamner sincèrement les cinq propositions. 
Ils devraient pour cela employer les moyens qui leur sem- 
bleraient les plus propres e't les plus efficaces. Le pape 
louait la piété du roi et déclarait qu'il ne doutait pas qu'il 
emploierait, s'il était besoin, son autorité pour vaincre 
l'opiniâtreté des rebelles. Ce bref* fut reçu le 2 oct. par une 
assemblée des évêques présents a Paris, avec prière au roi 
de faire procéder, dans les deux mois au plus tard, à la 
souscription du formulaire et à Texécution des délibérations 
des précédentes assemblées. Des lettres patentes furent 
expédiées en conséquence. Le 29 avr. 1664, le roi alla en 
personne faire enregistrer au parlement une déclaration 
portant que le formulaire serait signé par tous les ecclé- 
siastiques, séculiers ou réguliers, nonobstant toutes appel- 
lations simples ou comme d'abus; (\m les bénéfices de 
ceux qui auraient manqué de le signer dans le mois de- 
meureraient vacants et impétrables de plein droit ; que 
personne ne pourrait à l'avenir être pourvu de bénéfice, ni 
admis aux degrés dans les universités ou aux charges, 
principautés et régences en dépendant, ni faire profession 
dans aucun monastère ou en exercer les charges et offices, 
sans avoir auparavant souscrit )e formulaire. ~ Le 9 juin 
suivant, pour écarter certains scrupules et répondre aux 
allégations des jansénistes, Pét-efixe, alors archevêque de 
Pans, publia un mandement déclarant qu'à moins d'être 
malicieux ou ignorant, on ne pouvait prendre sujet des 
constitutions des papes et du formulaire, pour dire qu'ils 
exigeaient une soumission de foi divine, à l'égard du fait ; 
ils réclamaient seulement à cet égard une foi humaine et 
ecclésiastique, obligeant à soumettre sincèrement son ju- 
gement à celui des supérieurs ecclésiastiques. Comme les 
jansénistes prétendaient que le pupe n'avait jamais fait men- 
tion expresse du formulaire et qu'il le désapprouvait, non 
seulement par son silence, mais par son exemple, puisqu'il 
n'en faisait pas lui-même pour Rome, on décida dans le 
conseil du roi de demandera Alexandre VII un formulaire, 
avec commandement aux évêques de le publier et de le faire 
signer. Par bulle du 15 févr. l665, le pape envoya, pour 
être souscrit dans les trois mois, le formulaire suivant : Je 
soussigné, me soumets à la constitution apostolique 
d'Innocent X du 3i^ jour de mai 1653 et à celle 



13 — 



JANSÉNISME 



d'Alexandre VU, son siuresseur, du iO oct. i656; je 
rejette et condamne sincèrement les cinq propositions 
extraites du livre de Cornélius Jansenius^ intitulé 
AuGusrmus, dans le propre sens du même auteur, comme 
le siège apostolique les a condamnées par les mêmes 
constitutions , Je jure ainsi. Dieu me soit en aide et 
les saints Evangiles. Cette bulle fut enregistrée, le 29 avr., 
en vertu d'une déclaration, que le roi avait portée lui- 
même au parlement, ordonnnant aux archevêques etévêques, 
sous peine de saisie de leur revenu temporel, de signer et 
faire signer le formulaire, mns user d'aucune distinc- 
tion, interprétation ou 'restriction. 

Tous les évêques, à IVxception de quatre, obéirent et 
firent obéir leur clergé ; lu plupart très sincèrement, car 
eux-mêmes avaient sollicité les mesures adoptées par le 
saint-siège et par le roi ; mais plusieurs avaient toléré les 
interprétations, restrictions et évasions prohibées par la 
déclaration du roi. Les quatre évêques qui restaient franche- 
ment rebelles étaient : Pavillon, évêque d'Aleth ; Buzan- 
val, de Beauvais ; Hefii'i Àrnauld, d'Angers ; Caulet, de 
Pamiers, L'évêque de Noyon s'était d'abord joint à eux ; mais 
il se soumit peu après. Dans son mandement du 1^^ juin. 
Pavillon dit : « Que la soumission qu'on rend aux décisions 
de l'Eglise se renferme dans les vérités révélées, et que 
c'est à celles-là seulement qu'elle assujettit entièrement la 
raison. Les autres vérités n'étant point absolument néces- 
saires, Dieu n'a point laissé d'autorité infaillible pour les 
connaître. Quand l'Eglise lUge si des propositions ou des 
sens hérétiques sont contenus dans un livre, et si un au- 
teur a eu tel ou tel sens, elle n'agit que par une lumière 
humaine ; en quoi tous les théologiens conviennent qu'elle 
peut être surprise. Partant, sa seule autorité ne peut cap- 
tiver notre entendement, quoiqu'il soit vrai de dire qu'il 
n'est point permis de s'élever témérairement contre ses juge- 
ments, vers lesquels on doit témoigner son respect, en res- 
tant dans le silence. » Les trois autres écrivirent dans le 
même sens. Les mandements de ces quatre évêques furent 
cassés par un arrêt du conseil d'Etat (20 juil. 4665), 
comme contraires à la déclaration du roi et aux intentions 
du pape. A Romo^ ils furent mis à V index. — A la suite 
des premiers mandements des vicaires généraux du cardi- 
nal de Retz, les religieuses de Port-Royal avaient signé le 
formulaire, avec une tête et une queue, comme on disait 
alors, c.-à-d. avec des explications destinées à dégager leur 
conscience, sur la question de fait ; néanmoins, avec des 
angoisses telles que la sœur sainte Euphémie (Jacqueline 
Pascal) en mourut, et que la mère Agnès en fît une grave 
maladie. Quand on leur demanda de nouveau leur signa- 
ture, en exécution du mandement rédigé de concert avec 
le nonce, elles l'accompagnèrent de la déclaration suivante : 
« Considérant que dans fignorance où nous sommes de 
toutes les choses qui sont au-dessus de notre profession et 
de notre sexe, tout ce que nous pouvons faire est de rendre 
témoignage à la pureté de notre foi, déclarons très volon- 
tiers par notre signature, qu'étant soumise avec un très 
profond respect à N. S. P. le pape et n'ayant rien de si 
précieux que la foi, nous embrassons sincèrement et de 
cœur tout ce que Sa Sainteté (Alexandre VU) et le pape 
Innocent X en ont décidé, et rejetons toutes les erreurs qu'ils 
ont jugées y être contraires. » Quand on exigea d'elles une 
souscription pure et simple, elles la refusèrent et elles per- 
sistèrent dans leur refus, malgré les subterfuges proposés 
par des personnages réputés vénérables, malgré les dé- 
marches personnelles de l'archevêque de Paris, malgré 
Tenlèvement de seize religieuses, malgré la relégation de 
Port-Royal de Paris à Port-Royal-des-Champs, malgré la 
suspense ipso facto, malgré l'interdit des sacrements, mal- 
gré les pressions de la supérieure qui leur fut imposée, 
malgré une longue lettre à elles adressée par Bossuet : elles 
étaient persuadées que Dieu faisait alors des miracles chez 
elles, pour les encourager à la persévérance; et Nicole les 
fortifiait par ses Lettres sur Vhérésie imaginaire. Onze 
seulement succombèrent, qui se livèrent ensuite à des va- 



riations délirantes, tantôt rétractant leur signature, tantôt 
la renouvelant pour la rétracter encore (V. Port-Royal). 
En présence de l'obstination des quatre évêques, le roi 
pria le pape de déléguer douze prélats de France, pour con- 
naître de leur contumace. Le pape fit difliculté sur le 
nombre douze, afin de ne point autoriser la prétention des 
évêques français, de ne point être jugés par moins de douze 
évêques ; il ne consentit à en commettre que neuf. On avait 
négocié longtemps sur le nombre, puissur le choix desjuges. 
Quand ces négociations furent terminées, Alexandre VU 
mourut et fut remplacé par Clément IX (10 juin 1667). 
Dès le mois de juillet, Clément confirma la commission ins- 
tituée par son prédécesseur. Le nonce qui le représentait 
à Pans, Bergellini, archevêque de Thèbes, obtint du roi 
quelques mesures pour punir ou plutôt intimider les quatre 
évêques; mais il écrivait à Rome qu'il serait fort difficile 
d'en venir à l'exécution, parce que leur parti était devenu 
puissant. Ils avaient, disait-il, gagné la faveur des mi- 
nistres d'Etat et la protection de quelques princesses du 
sang ; attiré à leurs sentiments une grande partie des doc- 
teurs de la Sorbonne, des membres des parlements et même 
des réguliers. — En eifet, quelques princesses s'étaient 
émues des persécutions infligées aux saintes filles de Port- 
Royal ; et l'Eglise gallicane s'était alarmée, se sentant me- 
nacée tout entière par la procédure qui soumettait des 
eveques de France au jugement immédiat des commissaires 
du pape. Dix-neuf évêques, secrètement encouragés par 
vingt autres, prirent hautement la défense de leurs col- 
lègues poursuivis. Le l'^^ déc. 1667, L.-H. de Gondrin, 
archevêque de Sens, et les évêques de Châlons-sur- 
Marne de Boulogne, de Neaux, à'Angoulême, de La 
hochelle, àeComminges,àeCo?îsera?is,àe Saint-Pons, 
de Lodève, de Vence, de Mirepoix, d'Agen, de Saintes, 
de Rennes, de Soissons, d'Amiens, de Tulle et de 
Troyes, écrivirent au pape, pour le prier d'inaugurer son 
pontiticat en rendant la paix à l'Eglise. Après avoir loué 
l'eminente vertu des quatre évêques, qui sont un des orne- 
ments de leur ordre, ils justifient leurs mandements ; et 
comme eux ils déclarent que ce serait un dogme nou- 
veau et inouï, que de prétendre que les décrets par les- 
quels l'Eglise décide des faits qui arrivent de jour en jour 
sont certains et infaillibles, et qu'on doit foi à ces décisions 
de fait, comme aux dogmes révélés de Dieu, dans l'Ecri- 
ture ou dans la Tradition. Il suffit que les fidèles rendent 
aux décrets de ce genre le respect dû à tous les actes de 
1 Eglise. Ils ajoutent : « Ainsi, T. S. P., si c'était un crime 
d être dans ce sentiment, ce ne serait pas leur erreur par- 
ticulière, mais ce serait celle de nous tous, ou plutôt celle 
de toute l'Eglise. C'est pourquoi il y a eu plusieurs évêques 
et des plus célèbres d'entre nous, qui ont fait la même 
chose qu'eux, ou par des mandements publics, quoique non 
imprimés ; ou, ce qui n'a pas moins de poids, dans des 
proces-verbaux qui demeurent dans leurs greff'es, et dans 
lesquels ils ont expliqué tout au long cette doctrine. D'autres 
se sont rendus faciles aux ecclésiastiques qui ont voulu 
faire quelque addition à leur signature, pourvu qu'elle ne 
contînt rien que d'orthodoxe. » Les dix-neuf adressèrent 
au roi une lettre conçue avec une égale fermeté, portant 
témoignage d'estime aux quatre évêques et insistant sur 
1 irrégularité de la procédure instituée contre eux par le 
bref du pape. Cela déplut fort au roi. Sur le réquisitoire 
du procureur générai, le parlement rendit un arrêt ordon- 
nant qu il serait informé des cabales et assemblées illicites 
tendant à troubler la paix de l'Eglise et à affaiblir l'auto- 
rité des déclarations et bulles enregistrées touchant la doc- 
trine de Jansenius (19 mars 1668). L'évêque de Châlons 
comme le plus ancien des signataires, répondit au procureur 
général que le « bref de Rome contenait des clauses extra- 
ordmaires pour faire le procès à quatre évoques, non seu- 
lement contre les lois canoniques, mais au préjudice môme 
de équité naturelle». Lui et ses collègues se seraient crus 
indignes du caractère qu'ils tenaient de Jésus-Christ s'ils 
ne se lussent opposés à l'exécution de ce bref (24 mai) De 



JANSENISME 



— U — 



leur côté, les quatre avaient invité tous les évoques de 
France à prendre leur défense, dans une cause qui était 
commune à tous : « Puisque, écrivaient -ils, il ne s'agit pas 
seulement de notre opposition particulière, mais du ren- 
versement des saints canons, du violement des premiers 
principes de l'équité naturelle et du dernier avilissement de 
notre dignité» C^Savr.lGBB). Un arrêt du conseil d'Etat, 
rendu le 4 juil., le roi présent, ordonna la suppression de 
leur lettre-circulaire et fit défense à tous archevêques et 
évêques d'y avoir égard. 

Ainsi, au-dessus des cinq propositions, du sens de Jan- 
senius, du point de droit et du point de fait, émergeait 
une question de juridiction, intéressant au plus haut degré 
les franchises et les usages de l'Eglise gallicane, et la di- 
gnité du corps épiscopal. Le nonce, qui était informé de 
l'émotion que cette question excitait chez le clergé, dans 
les universités et dans les parlements, estimait que la con- 
tinuation des poursuites provoquerait des conflits, que le 
roi pourrait, sans doute, réprimer par la force, s'il le vou- 
lait ; mais qui exposeraient à des atteintes fâcheuses l'au- 
torité spirituelle du saint-siège. Il accueillit, avec empres- 
sement, les démarches qui furent faites auprès de lui, par 
l'archevêque de Sens et par Félix III Vialart de Herse, 
évêque de Châlons-sur-Marne. Ces évêques s'étaient arrêtés 
à l'expédient suivant : les quatre évêques ne révoqueraient 
pas leurs mandements et ne rétracteraient point ce qu'ils 
avaient avancé ; mais ils ordonneraient une nouvelle signa- 
ture du formulaire, non par d'autres mandements publics, 
mais par des procès-verbaux qui demeureraient dans leurs 
greffes. Par ces procès- verbaux, ils déclareraient à leurs 
ecclésiastiques, qu'au regard du fait, l'Eglise n'obligeait 
qu'à une soumission de respect et de silence ; et ils leur 
feraient signer le formulaire au pied de cette déclaration. 
Ensuite, ils écriraient au pape une lettre pleine de respect, 
pour lui rendre compte de cette signature. Les quatre 
évêques acquiescèrent à ces conditions; mais ils y ajoutè- 
rent qu'on leur laisserait la liberté de dresser leurs pro- 
cès-verbaux et leur lettre au pape comme ils le jugeraient 
à propos, et qu'on ne pourrait les obliger à y mettre au- 
cun terme obscur, ambigu ou équivoque. — Hugues de 
Lionne, alors secrétaire d'Etat à V étranger^ et que Saint- 
Simon appelle le plus grand ministre du règne, recom- 
manda très vivement cette transaction au nonce, qui témoi- 
gna l'approuver, et en référa au pape. On ajouta aux 
stipulations précédentes que les quatre évêques ne subi- 
raient point de peines canoniques pour leur résistance pas- 
sée. Jusqu'alors, le roi était censé ignorer ce qui se faisait. 
Mais Colbert et Le Tellier s'étant joints à M. de Lionne, 
pour approuver, celui-ci montra au roi, qui l'agréa, le 
projet de la lettre que les quatre évêques devaient adresser 
à Rome. On dit que le roi mit pour condition expresse à 
son assentiment que l'on contenterait le pape. Pour ré- 
ponse, le nonce reçut de Clément IX l'ordre de no plus 
parler de rétractation des mandements, mais d'employer 
tous ses efforts à obtenir l'autre point, c.~à-d. une sous- 
cription sincère. Il semble bien résulter de ces termes que 
le pape entendait que la sincérité de la souscription pou- 
vait s'accommoder avec le maintien des mandements. On a 
écrit que, outre la signature que les quatre évêques devaient 
donner dans leurs synodes, publiquement, avec distinction 
du droit et du fait, on leur en demanda une autre, pure 
et simple, qui serait envoyée à Rome, mais qui ne serait 
vue que du pape seul. Tout prouve que cette proposition, 
si vraiment elle a été faite, fut repoussée. 

A part une courte addition insérée par l'évêque d'Aleth 
pour son diocèse, les procès-verbaux des déclarations faites 
par les quatre évêques, en requérant la souscription de 
leur clergé, sont identiques. En voici les dispositions prin- 
cipales : « I. Par cette signature, vous devez vous obliger 
à condamner sincèrement, pleinement, et sous aucune ré- 
serve ni exception, tous les sens que l'Eglise et le pape 
ont condamnés et condamnent dans les cinq propositions : 
en sorte que vous professiez que vous n'avez de doctrine 



sur ce sujet que celle de l'Eglise catholique, apostolique 
et romaine. » C'est vraisemblablement cette première dé- 
claration qui a permis aux évêques médiateurs de donner 
au nonce, et à celui-ci de transmettre à Rome les renseigne- 
ments en conséquence desquels Clément IX énonça dans 
le bref mentionné ci-après, que la souscription avait été 
faite purement et simplement. « II. Nous vous déclarons 
en second lieu, que ce serait faire injure à l'Eglise que de 
comprendre entre les sens condamnés dans ces propositions 
la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas touchant 
la grâce efficace par elle-même, nécessaire à toutes les 
actions de la piété chrétienne, et la prédestination gratuite 
des élus, à laquelle toute l'Eglise convient que les papes 
n'ont donné aucune atteinte, 'comme ils l'ont souvent dé- 
claré eux-mêmes. » L'importance capitale, prépondérante, 
absorbante, attribuée à cette doctrine, constitue le carac- 
tère spécifique du jansénisme. « ÏII. Nous vous déclarons 
en troisième lieu, qu'à l'égard du fait contenu dans le 
dernier formulaire, vous êtes seulement obligés par cette 
signature à une soumission de respect et de discipline, 
qui consiste à ne point vous élever contre la décision qui 
en a été faite, et à demeurer daîis le silence, pour con- 
server l'ordre qui doit régler en cette matière la conduite 
des inférieurs à l'égard des supérieurs ecclésiastiques. » 
L'évêque d'Aleth ajouta : « Parce que l'Eglise n'étant 
point infaillible en ces sortes de faits, qui regardent les 
sentiments des auteurs ou de leurs livres, elle ne prétend 
pas obliger, par la seule autorité de sa décision, ses en- 
fants à les croire. » 

Ces procès-verbaux et le formulaire d'Alexandre VU 
furent signés dans le diocèse de Beau vais, le 14 sept. 
1668; dans celui d'Angers, le 15; à Aleth et à Pamiers, 
le 18. La lettre de soumission des quatre évêques fut ins- 
crite à Rome, dans le registre de la secrétairerie, le 26. 
Le même courrier avait apporté une lettre de Louis XIV, 
exprimant la satisfaction qu'il ressentait de cet accommode- 
ment. Deux jours après, le pape fit expédier un bref 
adressé au roi. H y annonce qu'il a appris avec joie que 
les quatre évêques se sont soumis à la souscription pure 
et simple du formulaire, et qu'il partage la satisfaction 
que le roi s'était empressé de lui exprimer. Antoine Ar- 
nauld se fit présenter au nonce, par les évêques de Châ- 
lons et de Sens, et il attesta avoir signé le formulaire cons- 
ciencieusement. Il fut aussi présenté au roi par Pompone, 
son neveu; et il tourna ce compliment : « Sire, je regarde 
comme le plus grand bonheur qui me soit jamais arrivé, 
l'honneur que Sa Majesté me fait de me souffrir devant 
elle. » Le 23 oct., le roi, étant en son conseil d'Etat, 
ordonna que les bulles et constitutions d'Innocent X et 
d'Alexandre VU continueraient d'être inviolablement obser- 
vées et exécutées dans toute l'étendue du royaume; mais 
que les contraventions et inexécutions faites à ces bulles 
et à la déclaration du mois d'avr. 1655 resteraient comme 
non avenues, sans que les poursuites pussent être renou- 
velées sous quelque prétexte que ce fût. Il fit, en outre, 
défense à tous ses sujets de s'attaquer, sous couleur de ce 
qui s'était passé, usant des termes hérétiques, jansé- 
nistes^ semi-pélagiens ou autres noms de parti; et 
même d'écrire ou publier des Hbelles sur les matières con- 
testées. Le 27, il écrivit aux quatre évêques une lettre bien- 
veillante. Cependant le pape faisait toujours attendre sa 
réponse à leur lettre de soumission. Ils avaient bien remis 
au nonce des certificats attestant sommairement la signa- 
ture du formulaire ; mais leurs adversaires les avaient dé- 
noncés comme ayant usé de duplicité. Clément IX chargea 
le nonce de faire discrètement une enquête. Lorsqu'il eut 
acquis l'assurance que les restrictions énoncées dans les 
procès- verbaux portaient, non sur le sens de la décision 
de droit, mais seulement sur le caractère de la décision de 
fait, et môme qu'une soumission de discipline et de res- 
pect avait été promise à cette décision, il adressa aux 
quatre évoques un bref pour leur donner une marque de 
sa bienveillance paternelle ( 1 9 janv. 1669). Les religieuses 



de Port-Royal ayant pareillement signé le formulaire, l'ar- 
chevêque de Paris leva les censures prononcées contre elles 
(févr.). 

On donne communément le nom de paix de Clément IX 
à cet accommodement. Les jansénistes affectèrent de triom- 
pher ; ils l'appelèrent paix de r Eglise. Pour en perpétuer 
le souvenir, ils firent frapper une médaille contenant d'un 
côté la figure et le nom du roi; de l'autre, sur un autel 
un livre ouvert, sur ce livre les clefs de saint Pierre avec 
le sceptre et la main de justice du roi passés en sautoir; 
au-dessus, un Saint-Esprit rayonnant avec ces mots : Gratia. 
ET PAX A Deo ; sur le devant de l'autel : Ob restitutam 
EccLESLE CONCORDIAM. Sur la plainte du nonce, le roi fit 
rompre le coin de cette médaille. — La suite de l'histoire 
du jansénisme se trouve aux mots : Port-Royâl, Quesné- 
LiSME, Utrecht (Eglise d'), Paris (le diacre François de). 

E.-H. VOLLET. 

BiBL. : A. Arnauld, Considérations sitr l'entreprise de 
M. Nicolas Cornet^ 1649. — Bourzeis, Propositiones de 
Gratta in Sorbonnœ facultatem propediem examinandœ^ 
1649. — Ecrit à trois colonnes ou distinction des sens, 1653. 
— RospiGLiosi, Relation de ce qui s'est passé dans Vaf- 
faire du jansénisme. — Gerberon, Histoire générale du 
jansénisme, 1703, 3 vol, in42. — H. Dumas, Histoire des 
cinq propositions de Jansenius; Liège, lb99, 2 vol. in-12; 
Défense de l'histoire des cinq jpropositions^ 1701, 8 vol. 
in-i2. — QuESNEL, la Paix de Clément JX, 1701. — Colo- 
NiA, Bibliothèque janséniste^ 1735, in-8. — Patouillet, 
Dictionnaire des livres jansénistes ; Anvers, 1752,8 vol. 
iri-12. — Sainte-Beuve, Port-Royal; Paris, 1867, vol. 
in~8. 

JANSENIUS (Cornélius), septième évêque d'Ypres, né à 
Aquoi, près de Leerdam (Hollande méridionale), en 1585, 
mort à Ypres en -1638. Il suivit les cours de philosophie 
et de théologie à Louvain, sous la direction de Jacques Jan- 
son d'Amsterdam, qui avait été formé lui-môme à l'école 
de Baius (V. ce nom). Jansenius paraît avoir subi dès ce 
moment l'influence du baïanisme. Il se lia, semble-t-il, à 
Louvain, avec Du Vergier de Hauranne, célèbre plus tard 
sous le nom d'abbé de Saint-Cyran. Les deux condisciples 
se retrouvèrent à Paris aux leçons de la Sorbonne et y com- 
mencèrent ensemble l'étude approfondie des doctrines de 
saint Augustin sur la grâce et la prédestination. Jansenius 
suivit son ami à son castelde Campiprat, près de Bayonne; 
ils y poursuivirent ensemble leurs travaux durant plusieurs 
années, et le jeune théologien belge devint principal du col- 
lège de Sainte-Pulchérie à Louvain ; il prit cette même 
année le grade de docteur en théologie ; quelques mois plus 
tard, il fut nommé professeur à la ïaculté de théologie, et, 
en 4635, il revêtit l'hermine rectorale. Il avait été envoyé 
en 1624 auprès du roi d' [Espagne pour protester contre 
la fondation du collège des jésuites à Louvain, contraire 
aux privilèges de l'université. Il n'avait encore écrit que 
des opuscules théologiques quand, en 1635, il publia un 
livre qui fit grand bruit : Mars Gallicus seu de justitia 
armorum et fœderum régis Galliœ; c'était une attaque 
véhémente contre la politique du cardinal de Richelieu et 
ses alliances avec les luthériens d'Allemagne. Le reten- 
tissement en fut considérable, et, d'après le P. Rapin(dans 
son Histoire du Janséinsme), Philippe IV en aurait 
été si satisfait qu'il éleva l'auteur à la dignité d'èvéque 
d'Ypres. La vérité est que l'archevêque de Malines,J. Boonen, 
métropolitain des Pays-Bas, présenta Jansenius comme 
candidat au siège vacant, et obtint l'adhésion du conseil 
d'Etat. Le nouvel évêque dirigea son diocèse pendant dix- 
huit mois à peine et mourut de la peste le 6 mai 1638. 
Il fut enterré dans sa cathédrale, la nuit qui suivit son 
décès, sans cérémonie, conformément aux ordonnances du 
magistrat. Jansenius avait consaci'é les vingt-deux der- 
nières années de sa vie à la composition de son Augusti- 
niis^ œuvre capitale, destinée, sans que l'auteur s'en 
doutât, à troubler l'Eglise et à remuer le monde (V. Jan- 
sénisme). 

VAuyustinus, tentative de résurrection du baïanisme 
et attaque directe contre la doctrine des scolastiques et 
des jésuites sur la grâce et la prédestination, parut en 



15 — JANSENISME — JANSON 

1640. Dès 4642, le pape Urbain VIII en défendit la 
lecture parce qu'il avait été publié sans l'autorisation de 
Rome et renouvelait des propositions déjà condamnées par 
le saint-siège. En 1655, sur l'ordre formel du pape et du 
roi d'Espagne, on enleva l'épitaphe élogieuse qui ornait la 
tombe de l'hérésiarque ; les chanoines yprois résistèrent 
et firent rétablir l'inscription en 1671, mais le gouverne- 
ment la fit de nouveau disparaître, et aujourd'hui, au mi- 
lieu des mausolées splendides qui remplissent le chœur de 
la cathédrale, une simple pierre sans inscription, ne por- 
tant qu'une croix et dans chaque angle un chiffre 1-6-3-8 
recouvre la sépulture du célèbre prélat. E. Hubert. 

BiBL. : A. Van den Peereboom, Cornélius Jansenius^ 
Bruges, 1882, in-8. — A. Le Roy, Biographie de Jansenius., 
dans lâBiographie nationale de Belgique. — Callewaert 
Jansenius, évêque d'Ypres, ses derniers moments^ sa sou- 
mission au saint-siège ; Louvain, 1893, in-8. 

J AN SENS Elinga (François), théologien et canoniste, 
né à Bruges, mort en 1715. Il appartenait à l'ordre des do- 
minicains, professa la théologie à Louvain, devint pre- 
mier régent des études à Anvers et fut élu trois fois pro- 
vincial de la Basse-Germanie. (Eu vres principales : Suprema 
Romani pontificis auctoritas^ ejusque extra coneilium 
générale defmieniis infaliibiïitate (Bruges, 1689) ; 
Summa totius doctrinœ de Romani pontificis aucto- 
rilate et infaliibiïitate (Bruges, 1690) ; Forma et Esse 
Ecclesiœ Christi^ quœ diimtaxat est apud romano-ca- 
tholicos (1702) ; Dissertationes XXV î theologicœ se- 
lectœ de principalioribus quœstionibus hoc tempore 
in scolis disputatis (1707). 

J AN SON 5 Jwnsonniiis (Jacques), né à Amsterdam en 
1547, mort en 1625. Professeur en théologie à l'univer- 
sité de Louvain et successeur de Baius, comme doyen de 
l'église collégiale de Saint-Pierre, il représente le trait 
d'union entre le baïanisme et le jansénisme. Il était de 
ceux qui prétendaient que les propositions de Baius, con- 
damnées par le pape, reproduisaient, prises en un certam 
sens, la doctrine de saint Augustin. L'université le chargea 
de la leçon publique de théologie qu'elle avait spécialement 
instituée pour réfuter Lessius. Il le combattit avec ardeur, 
en s' appliquant à opposer à sa doctrine l'autorité de saint 
Augustin. ÇiOmxûQ Lessius (V. ce nom) admettait une grâce 
accordée à tous les hommes pour se sauver, et même un 
secours moral pour les infidèles, afin d'accomplir la loi 
naturelle, il devait se rencontrer parmi les disciples de 
Janson quelqu'un qui souhaitât découvrir, dans les écrits 
de saint Augustin, que Dieu ne veut pas sauver tous les 
hommes et qu'il commande des choses impossibles. Ce dis- 
ciple fut Cornélius Jansenius, qui lut dix fois tous les ou- 
vrages de saint Augustin et trente fois tous ses écrits 
contre les pélagiens, et naturellement y trouva ce qu'il y 
cherchait. — OEuvres: Instructio Catholicœ Ecclesiœ; 

— Enarratio Passionis;— In Sacrum Missœ canonem; 

— des commentaires sur le Cantique des cantiques., sur 
Job et sur V Evangile de saint Jean; des Oraisons fu- 
nèbres, E'.-H. V. 

JANSON (Marquis de) (V. Forbin). 

JANSON (Paul), avocat et homme politique belge, né à 
llerstal en 1810. Inscrit au barreau de Bruxelles en 1862, 
il attira de bonne heure l'attention par une éloquence fou- 
gueuse jointe à un sens juridique remarquable, et il défendit 
les idées républicaines et socialistes dans des réunions tenues 
par les associations ouvrières, notamment à Liège et dans 
le Borinage. En 1877, il brigua un siège à la Chambre des 
représentants et fut élu à Bruxelles contre le comte E, Go- 
blet d'Aluiella (V. ce nom), après avoir déclaré au meeting 
tenu par l'Association libérale « qu'aussi longtemps que la 
Belgique serait gouvernée par un roi honnête homme, il 
ne songerait pas à faire de la propagande républicaine. 
Quant aux progrès sociaux, il fallait les résoudre dans un 
esprit de paix et de conciliation, par la persuasion et la 
liberté. » Il prit une part active aux débats parlementaires 
et prononça notamment plusieurs discours très remarqués 
sur le péril clérical. Lorsque les élections de 1878 eurent 



JANSON -- JANSSEN 



— 16 — 



rendu le pouvoir au parti libéral, Janson appuya d'abord 
loyalement le cabinet Frère-Orban (V. ce nom), mais, 
trouvant insuffisante l'extension du droit de suffrage accor- 
dée par le gouvernement, il forma, avec quelques députés 
de l'extrême gauche, un groupe radical qui battit le minis- 
tère en brèche, et finit par désorganiser le parti libéral au 
bénéfice des catholiques. Battu aux élections de 1884, 
Janson rentra à la Chambre en 1889, grâce à une alliance 
avec les libéraux modérés. Il déposa une proposition de revi- 
sion des articles 47, 53 et 56 de la constitution relatifs à 
l'organisation électorale. Cette proposition ayant été prise 
en considération, il défendit chaleureusement le suffrage 
universel, tandis que le gouvernement se ralliait au sys- 
tème dit de l'habitation. Après de longs débats, qui, à 
certains moments, tombaient dans l'incohérence la plus 
complète, tous les projets furent successivement rejetés. Le 
pays était agité ; le parti socialiste soulevait les masses 
populaires ; des émeutes éclatèrent sur divers points du 
pays et furent réprimées d'une manière sanglante par la 
garde civique et par l'armée. Alors Janson et l'extrême 
gauche se rallièrent au système formulé par A. Nyssens, 
membre de la droite, et la Chambre décréta le suffrage 
universel tempéré par le vote plural. Ce système a fonc- 
tionné pour la première fois au mois d'oct. 1894. Janson 
échoua à Bruxelles avec toute la liste libérale. 

JANSON (Kristoffer), littérateur norvégien, né à Bergen 
le 5 mai 1841. Etudiant en théologie, il prit part au mou- 
vement en faveur de la langue nationale, dit Maalstrœvere^ 
dirigea une école primaire supérieure, publia en patois 
campagnard une série de récits sur la vie des paysans : 
Fi^aa Bygdom (1865); Hang ag ho, Marit Skjelte 
(1868j; lorgrim (1872); Den Bergtekne (1876); des 
poésies lyriques, Norske Dikt (1867) ; une tragédie histo- 
rique, Jon Arason (1867) ; un poème épique, Sigmund 
Bresteson (1872) ; un roman historique (du xvi^ siècle), 
Fraa Dansketidi (1875); un conte, Aufstanfyre sol og 
verstanfyre Maane (1879) ; un drame moderne en langue 
littéraire. En Kuindesjabue (1879). En 1876, le gouver- 
nement lui alloua une pension de 1,600 couronnes; en 
1882, il émigra en Amérique comme pasteur d'une com- 
munauté d'unitariens ; il y a publié plusieurs écrits théolo- 
giques et un beau poème, Prœriens Saga (1885). 

JANSSEN (Pierre-Jules-César), astronome et physicien 
français, né à Paris le 22 févr. 1824. Il étudia d'abord la 
peinture, puis les mathématiques et la physique, passa en 
1852 et en 1855 les licences correspondant à ces deux 
sciences, fit dans l'intervalle quelques suppléances au lycée 
Charlemagne et, en 1857, fut envoyé par le ministre de 
l'instruction publique au Pérou, en compagnie des frères 
Grandidier (V. ce nom), pour y effectuer diverses obser- 
vations relatives à la détermination de Téquateur magné- 
tique; mais une grave dysenterie l'obligea de regagner 
presque aussitôt l'Europe (1858). En 1860, il se fit rece- 
voir docteur es sciences physiques avec une thèse très re- 
marquée : Sur l'Absorption de la chaleur rayonnante 
obscure dans les milieux de l'œil ; il y démontrait ia 
propriété qu'ont les milieux oculaires d'absorber la chaleur 
rayonnante obscure et de ne laisser parvenir à la rétine que 
les rayons lumineux qui doivent déterminer la vision. De 
1865 à 1871, il fut professeur de physique générale à 
l'Ecole spéciale d'architecture. En 1873, il se vit nommer, 
à quelques mois d'intervalle, membre de l'Académie des 
sciences de Paris (section d'astronomie) et membre du Bu- 
reau des longitudes. En 1875, la Société royale de Londres 
se l'associa à son tour. En 1876, il établit rue Labat, à 
Montmartre, aux frais du gouvernement, un observatoire 
d'astronomie physique. Il a encore (1894) la direction de 
cet établissement, qui a été transféré dès 1877 sur les 
ruines du château de Meudon et qui a pris un développe- 
ment considérable. Il s'y est plus spécialement occupé de 
photographie astronomique, contribuant par ses beaux cli- 
chés du soleil à la connaissance de la constitution physique 
de la photosphère. Il a été chargé, entre temps, d'un nombre 



considérable de missions scientifiques : en Italie et dans les 
Alpes, pour l'étude des raies telluriques du spectre solaire 
(1861-62 et 1864) ; à Trani (Italie), pour l'observation 
d'une éclipse de soleil (1867) ; à l'île de Santorin, pour 
l'étude du volcan alors en éruption (1867) ; aux Açores, 
avec Ch. Sainte-Claire Deville, pour des observations ma- 
gnétiques et la reconnaissance topographique de ces îles 
(1867) ; à Guntoor (Inde anglaise), pour l'observation 
d'une seconde échpse de soleil (1868); à Oran, durant le 
siège de Paris, d'où il sortit en ballon, pour l'observation 
d'une troisième éclipse (1870-71); à Shoolor, dans les 
Nil Gherrys (Inde anglaise), pour une quatrième éclipse 
(1871) ; à Nagasaki (Japon), pour l'observation du passage 
de Vénus (1874) ; à Oran, pour le second passage de Vé- 
nus (1882); aux îles Carolines, pour l'observation d'une 
nouvelle éclipse de soleil. Chacun de ces voyages a été 
marqué par quelque nouvelle conquête de la science. C'est 
ainsi qu'à Guntoor, en 1868, l'illustre pliysicien a reconnu 
la nature des protubérances solaires et a en même temps 
indiqué une méthode pour l'étude de ces phénomènes en 
dehors des éclipses : double découverte qui lui a fait dé- 
cer'uer par l'Académie des sciences le prix Lalande, excep- 
tionnellement quintuplé en sa faveur. En 1870, lors de sa 
traversée en ballon des lignes prussiennes, il a inventé un 
nouvel instrument, le compas aéronautique, qui permet de 
fixer à chaque instant sur la carte la position de l'aérostat. 
En 1871, à Shoolor, il a constaté la présence autour du 
soleil d'une nouvelle et dernière enveloppe gazeuse, qu'il a 
dénommée l'atmosphère coronale. Au cours de la même 
mission, il a déterminé la position de l'équateur magné- 
tique au S. del'Indoet il a réuni pour notre Muséum d'his- 
toire naturelle une riche collection d'animaux. Il avait été 
conduit à supposer, dès ses premiers travaux, que les raies 
de l'oxygène observées dans le spectre du soleil, surtout 
lorsque cet astre est à l'horizon, ont une origine exclusive- 
ment terrestre, qu'elles sont produites par l'interposition 
de notre atmosphère et que les enveloppes gazeuses de la 
photosphère solaire sont complètement dépourvues d'oxy- 
gène ; cette hypothèse s'est trouvée confirmée par une série 
d'observations qu'il a faites dans ces dernières années : aux 
Grands-Mulets, à mi-côte du mont Blanc, en 1888 (il était 
alors président du Club alpin) ; à la tour Eiffel, en 1889 ; 
au sommet du mont Blanc, en août 1890. Cette dernière 
ascension, effectuée entièrement en traîneau, lui a fourni, 
en outre, l'occasion d'observations physiologiques des plus 
intéressantes et a eu encore un autre résultat important : 
l'édification, d'après ses indications, d'un observatoire mé- 
téorologique sur la cime même du géant des Alpes. C'est le 
plus élevé du globe (4,810 m.). Commencé en 1891, avec 
le concours pécuniaire de M. Bischoffsheim, il était ter- 
miné dès l'automne de 1893. Un autre (celui-ci astrono- 
mique), dû également à l'initiative de M. Janssen, est en 
voie de construction 300 m. plus bas, au grand Rocher- 
Rouge. 

^ Les écrits de M. Janssen comprennent, outre la thèse déjà 
signalée, une centaine de mémoires, notes ou rapports in- 
sérés pour la plupart dans les Comptes rendus de r Aca- 
démie des sciences de Paris, dans les Archives des 
missions scientifiques, dans les Annales de chimie et 
de physique : Mémoire sur le spectre de la vapeur 
d'eau (1866) ; Etudes sur une éruption volcanique à 
Sanlorin (1867) ; Sur rObservalion de f éclipse an- 
nulaire à Trani (1867) ; Rapport sur l'éclipsé totale 
observée à Guntoor (1 868) ; Mémoire sur les raies 
telluriques du spectre solaire (1871); Sur la Pho- 
lométrie photographique (1881); Note sur V observa- 
tion dupassage de la planète Vénus sur le soleil (1883) ; 
Rapport sur la mission en Océanie pour V observation 
de réclipse totale du 6 maiiSSS (1883); Sur la 
Constitution des taches solaires (1886) ; Sur le Pho- 
nographe d' Edison (1889) ; Compte rendu d\me as- 
cension scientifique au 7nont Blanc, relation détaillée et 
très intéressante de son ascension du 18 août 1890 (1 890) ; 



Note sur radicule placé au sommet du mont Bla^ic 
(1892), etc. Il a donné à part : Rapport sur l'éclipsé du 
12 déc. 1812 observée à Shoolor (Paris, 4878, in~8) ; 
les Méthodes en astronomie physique (Paris, 4882, 
in-8) ; l'Age des étoiles (Paris, 4887, in-8) ; la Photo- 
graphie céleste (Paris, 4888, in-8) ; le Spectre de f oxy- 
gène et V atmosphère terrestre (Paris, 4 889, in-8), etc. 

Léon Sagnet. 
BiBL. : Notice sur les travaux de M. J. Janssen ; Paris, 
1872, in-4. — Revue encyclopédique^ 1891, p. 276, et 1893, 
pp. 978-988. — Liste de ses mémoires dan3 le Catalogue of 
scientific papers de la Société royale de Londres, t. VIII 
et X. 

JANSSEN (Johannes), historien allemand, né à Xanten 
le 10 avr. 1829. Prêtre catholique, il devint professeur 
dans un gymnase de Francfort-sur-le-Main. Bien qu'ami 
de Bœhmer dont il a publié la correspondance et les petits 
ouvrages (Fribourg, 4 868, 3 vol.), il fut le champion du 
parti ultramontain. Ses ouvrages inspirés de cet esprit 
sont : Frankreichs Rheingelûste (Francfort, 1861; 
2^ éd., 1883) ; Schiller als Historiker [Yrihourg, 1863; 
2^ éd., 1879); Zur Genesis der ersten Teilung Polens 
(1865) ; Gustav-Adolphin Deutschland (1865) ; Frank- 
furts Reichskorrespondenx, von 1S16 bis 1519 (Fri- 
bourg, 1863-66, 2 vol.) ; Zeitund Lebensbilder (1875 ; 
3« éd., 1879]r: Fr.-L. Graf %u Stolberg (1876-77, 
2 vol.; nouv. éd., 1 vol. 1882), et surtout sa grande his- 
toire des Allemands depuis la fin du moyen âge (Gesch. des 
deutschen Volkes seit dem Ausgang des Mittelalters 
(Fribourg, 1877-86, 5 vol., 14^ éd.); il s'efforce d'y dé- 
montrer que l'état de l'Allemagne était florissant au début 
du xvi« siècle et que la Réformation a anéanti cette pros- 
périté ; il attaque les réformateurs avec une violence qui le 
fit accuser de dénaturer les documents et l'engagea dans 
une série de polémiques ; il publia en 4882 et 1883 deux 
livres contre ces critiques. 

JANSSEN (Peter-Johann), peintre allemand, né à Dus- 
seldorf le 12 déc. 1844. Fils du graveur F.-W-Thood. 
Janssen, il entra, en 1860, à l'Académie de sa ville natale, 
011 il eut pour maître Ed. Bendemann, et où il devait être 
à son tour professeur en 1877. Après avoir visité Munich, 
Dresde et la Hollande, il débuta, en 1868, par un Pierre 
reniant le Christ qui attira sur lui l'attention, et il se 
vit, en 1869, chargé de décorer la salle de l'hôtel de ville 
de Crefeld d'épisodes tirées de l'histoire à'Hermann le Ché- 
rusgue. Ces fresques, pleines de mouvement et de verve, 
furent suivies, en 1872, d'une ample peinture à la cire, 
Fondation de Riga, pour la Bourse de Brème ; de douze 
autres fresques, relatives à la Légende de Prométhée, 
pour les salles de Cornélius à la Galerie nationale de Ber- 
lin ; d'un Cycle historique, pour la salle des Fêtes de 
l'hôtel de ville d'Erfurt (1880-82) ; d'un tableau représen- 
tant la Bataille de Fehrbellin, pour la salle des Maré- 
chaux à l'arsenal de Berlin. Ajoutons à cela V Enfance de 
Bacchus ; la Prière des Suisses avant le combat de 
Sempach (1874), et, entre autres portraits, celui du feld- 
maréchal Herwarth de Bittenfeld (musée de Berlin). 

JANSSENS ( Victor- llonorius), peintre belge, né à 
Bruxelles en 1664, mort à Bruxelles en 1739. Fils d'un 
tailleur, il alla étudier la peinture à Home, avec une pension 
du duc de Hoîstein, et s'inspira de l'Albane. De retour dans 
sa patrie, il ne s'en absenta plus guère que pour un voyage 
à Londres. On trouve de ses tableaux dans les musées de 
Bruxelles et de Copenhague. Les uns sont tirés de l'anti- 
quité, comme le Sacrifice d'Enée, Didon faisant bâtir 
Carthage, d'autres sont religieux comme le Saint Charles 
Borromée, d'autres enfin rentrent dans le genre fantaisiste 
comme la Bataille grotesque entre sept femmes, G. A. 

JANSSENS (Jean-Guillaume), général hollandais, né à 
Nimègue en 1762, mort à La Haye en 1838. Officier dès 
l'àgc de quinze ans, il fut blessé en 1793 au siège de 
Menin et dut se retirer du service. Plus tard, il devint 
commissaire des troupes françaises à la solde de la Répu- 
blique batave, secrétaire général du dép. de la guerre, et, 

GRANDE ENCYCLOPÉDIE. — XXL 



— 17 - JANSSEN - JANUS 

en 1802, il fut nommé lieutenant général gouverneur de 
la colonie du Cap de Bonne-Espérance, Il s'y défendit avec 
courage et habileté contre les troupes anglaises et obtint 
une capitulation honorable. Rentré en'^Hollande, tt fut 
appelé par le roi Louis à la direction générale des services 
militaires et au conseil d'Etat. Napoléon, après l'annexion, 
l'envoya aux Indes pour remplacer Daendels (V. ce nom) 
comme gouverneur général. Mal secondé par les troupes in- 
digènes, Janssens fut battu par lord Minto et emmené captif 
en Angleterre. Mis en liberté en 1812, il demanda à rendre 
compte de sa gestion devant un conseil de guerre. Napoléon 
s'y refusa et lui conféra le titre de baron. En 1814, Jans- 
sens passa au service du roi Guillaume et réorganisa l'ar- 
mée néerlandaise. Il venait d'être appelé depuis quelques 
mois au rang de secrétaire d'Etat, quand il demanda sa 
retraite en 1815. E. H. 

BiBL. : Van Kampen, Histoire des Hollandais aux co- 
lonies {en holland.); Haarlem, 1831-33, 4 vol. in-8. — 
BosscHA, les Héros néerlandais {id.)\ Leeuwarden, 1886, 
3 vol. in-4. 

JANSSENS (Jean-Hérard), historien belge, né à Mae- 
seyck en 1783, mort à Engis en 1853. Il étudia la théologie 
à Rome et professa l'herméneutique sacrée d'abord au col- 
lège de Fribourg, puis au séminaire de Liège. L'indépen- 
dance d'esprit qu'il manifesta dans son enseignement lui 
attira des diflîcultés avec ses supérieurs ; on lui reprocha 
des tendances fébroniennes et il dut quitter sa chaire pour 
occuper la modeste cure d'Engis. Guillaume P^ (V. ce 
nom), l'appela au collège philosophique de Louvain. Cetéta- 
bhssement ayant été supprimé après la révolution de 1830, 
Janssens vécut dans la retraite et consacra ses loisirs à la 
rédaction d'une Histoire des Pays-Bas (Liège, 1840, 
3 vol. in-8). C'est un ouvrage important. L'auteur connaît 
bien les sources et expose avec beaucoup de talent, notam- 
ment la révolution du xvi^ siècle, celle de 1790 et la pé- 
riode de 1815 à 1830. C'est un partisan décidé des réformes 
de Joseph 11 et de Guillaume P^ ; il apprécie avec une har- 
diesse rare chez un prêtre catholique les hommes et les 
événements. Bien que Janssens n'ait pas connu les docu- 
ments découverts dans les archives de Simancas et de 
Vienne, son livre peut encore être utilement consulté au- 
jourd'hui. E. IL 

BiBL. : Daris, Histoire du diocèse et de la principauté 
de Liège (172^-1852) ; Liège, 1873, 4 vol. in-8. 

JANSSENS Van Nuyssen (Abraham) , peintre flamand, 
né à Anvers en 1569, mort en 1631. Elève de Jean 
Snellinck, bon coloriste, il prétendit, dit-on, égaler Rubens, 
quoiqu'il s'inspirât surtout de l'école italienne. Cette pré- 
tention a-t-elle stimulé son talent, comme on l'a cru? 
Toujours est-il que ses toiles se recommandent autant par 
la couleur que par la correction du dessin. La plupart sont 
demeurées en Hollande et en Belgique. On cite, entre autres, 
r Adoration des Mages, la Vierge soutenant le corps de 
son fils ; la Foi et l'Espérance soutenant la Vieillesse. 

JANSZOON (Laurens), dit Coster (V. ce nom et Impri- 
merie). 

JANTE (Technol.) (V. Charronnâge). 

JANUS. I. Mythologie. — Un des dieux les plus anciens 
et les plus caractéristiques de la rehgion romaine, un de 
ceux qui eurent le plus à souffrir de l'invasion des idées 
grecques et que l'on trouve d'autant plus honoré qu'on 
remonte davantage dans l'histoire de Rome. L*étymologie la 
plus plausible de son nom est celle qui en fait le masculin 
d'une divinité non moins romaine que lui, Diana, et qui les 
rattache tous les deux à dies, c.-à-d. à l'idée de jour et de 
lumière. On rapportait l'institution de son culte au roi Numa; 
dans l'ancien rituel, il était invoqué avant Jupiter lui-même ; 
le roi en personne lui offrait des sacrifices dans la Regia. Il 
fut sans aucun doute, pour les Latins primitifs, le dieu du 
ciel lumineux, ce qui lui valut de devenir le dieu des ori- 
gines et du commencement de toutes choses. Comme tel il 
ouvre le ciel à la lumière ; c'est lui encore qui le ferme, ce 
qui lui confère sa qualité de portier céleste : Patulcius et 

2 



JANUS — JANVIER 



— 18 — 



Clusius. On appelait janua le passage à double façade qui 
est devenu l'arc de triomphe, ce qui fit imaginer le Janus à 
deux fronts, le Janus double, que Fart naïf représenta 




Tête double et barbue de Tas libral romain. 

par une tête double et barbue, particulièrement sur les plus 
anciennes monnaies de la République. Un arc de ce genre, 
sans doute avec la vieille statue du dieu, se trouvait à l'ex- 
trémité N.-E. du forum romain ; le passage n'en était fermé 
qu'aux temps où une paix absolue régnait dans toute l'éten- 
due de l'empire romain, c.-à-d. dans le temps où aucun 
citoyen ne se trouvait hors de sa ville. Le nom et le culte 
de Janus se retrouvent encore à Rome avec le Janicule, 
colline que le roi Ancus Martius avait fortifiée pour pro- 
téger la navigation sur le Tibre et le débarcadère situé en 
face. C'est dans ce fait qu'il faut chercher l'explication de 
la proue de navire qui figure parfois sur les monnaies en 
même temps que la tête double du dieu ; il fut le génie 
protecteur de la navigation commerciale à ses origines. 

Dans la vie privée de chaque Romain, il est le dieu gar- 
dien des portes et, d'une façon plus générale, des ouver- 
tures par lesquelles la lumière pénètre dans les maisons, 
comme Vesta est la déesse du feu qui brûle sur le foyer, 
comme les Pénates senties pourvoyeurs du garde-manger. 
On le représentait avec les insignes propres du portier, c.-à-d. 
avec une clef dans la main gauche et dans la droite un bâ- 
ton. Sa compagne était Cardea^ la déesse qui personnifie 
les gonds (cardines) des portes. Ovide, dans les Fastes^ 
définit en ces termes le ministère du dieu dans le gouver- 
nement du monde : « Tout ce que tu vois, le ciel, la mer, 
les nuages, les terres, ma main le ferme et l'ouvre tour 
à tour. 11 possède tout seul la garde de l'immense univers ; 
le pouvoir de faire rouler les gonds m'appartient sans par- 
tage. » C'est par une conclusion toute naturelle que les 
Romains mettaient Janus au début de l'année en lui consa- 
crant le mois qui porte son nom ; que dans chaque mois ils 
le préposaient aux calendes et pour chaque jour à la lu- 
mière naissante du matin ; ils en faisaient aussi le dieu de 
la génération et de la naissance, celui qui ouvre, aux deux 
périodes capitales, les portes de la vie. De même en l'unis- 
sant à Juturna (V. ce nom) et en faisant naître de cette 
union le dieu Fontus, on lui faisait honneur du jaiUisse- 
ment premier, au sein delà terre, des eaux vives et potables : 
fontes. 

Outre le type du Janus barbu à deux têtes qui figure 
sur les monnaies de la République et particulièrement sur 
l'ancien as libral, nous avons Janus en pied sur des mon- 
naies impériales. Le spécimen le plus intéressant nous est 
offert par une monnaie de Commode où le dieu est debout, 
barbu sur l'une des faces, imberbe sur l'autre, tenant d'une 
main un bâton et appuyant l'autre sur un arc ou passage 
d'où s'échappent les quatre Saisons, tandis qu'un enfant 
avec la corne d'abondance, placé en face, représente l'an- 
née nouvelle. Le Janus prétendu, œuvre de Scopas ou de 
Praxitèle, que l'empereur Auguste fit apporter à Rome, 
était un Hermès double qui pour cette raison fut confondu 
avec le dieu romain. On trouve d'ailleurs d'auires dieux 
encore, notamment Jupiter, représentés avec une face 
double (V, Hermès). J.-A. Hild. 

H. Astronomie. — Nom ancien de la constellation du 
Rouvier. Comme Janus présidait à l'ouverture de Tannée, 
c'était l'âme du monde, l'esprit moteur du ciel, et le Rou- 
vier est une constellation qui se lève à minuit au solstice 



d'hiver. Le Bouvier porte comme Janus le bâton ou le scep- 
tre et la faux des moissons. L. B. 

JANUS CoRNARius (V. Hagenbut). 

JANUS Pannonius, poète latin d'origine slave, né vers 
143*^, mort en 1472. 11 s'appelait de son vrai nom Jean 
Cesinge, H étudia en Italie, puis prit du service dans l'ar- 
mée hongroise. Il se consacra ensuite à la théologie et de- 
vint évêque de Pecs (Funfkircken). En 1465, il fut chargé 
d'une mission près du pape Paul II et accompagna Mathias 
Corvin dans ses expéditions. Ses poésies latines ne furent 
publiées qu'après sa mort et ont eu un grand nombre 
d'éditions. Citons seulement celle de Paré dans les Deliciœ 
Poetarum Ihmgaricorum (Francfort, 1619; Heidelberg, 
1727) ; celle de Conradi (Bade, 1754) et de Samuel Te- 
leki (Utrecht, 1784). L. L. 

JANUSZ, princes de Mazovie (V. ce mot). 

JANVIER (Astron.). Premier mois du calendrier ro- 
main. Les Romains dédiaient ce mois à Janus et célé- 
braient le septième jour de ce mois les J annales (V. Ca- 
lendrier et Fête). 

JANVIER (Saint), en italien San Gennaro, treizième 
évèque de Bénévent, mort en 304 ou 305. Fête le 19 sept. 
Il mourut martyr, sous Dioclétien, à Puteoli (auj. Puzzuoh, 
en franc. Pouzzoles). Dans la cathédrale qui porte son 
nom, à Naples, on conserve sa tête et deux ampoules de 
son sang, qu'une veuve aurait recueilh lors de la décolla- 
tion du saint, pour le remettre ensuite à l'évoque Sévère 
de Naples. Deux fois par an, le l®"* mai et le 19 sept., et 
de plus, en des occasions extraordinaires, on rapproche le 
sang du crâne, et le sang, qui est coagulé, redevient 
liquide. S'il ne se liquéfie pas, c'est que le saint est mé- 
content, et une calamité menace Naples. Le clergé s'est 
parfois servi de ce moyen pour irriter les passions poli- 
tiques de la populace napolitaine, très attachée à son San 
Gennariello, et toujours dans une attente fiévreuse du 
miracle. La cérémonie du sang de saint Janvier est men- 
tionnée par des documents depuis le milieu du xv^ siècle ; 
elle peut dater d'un siècle auparavant, mais non du x^ siècle, 
comme le voudraient certains historiens. F. -H. K. 

I^IBL. : Acta sanctorum (Bolland.) : Anvers, 1757: Sept., 
t. VI, pp. 761-891. 

JANVIER (Antide), horloger français, né à Saint-Claude 
(Jura) le 1«' juil. 1751, mort à Paris le 23 sept. 1835. 
ïl s'étabht d'abord à Besançon, puis à Verdun, fut nommé 
en 1784 horloger-mécanicien du roi, avec logement au 
Louvre, et fit créer, vers la fin de la Révolution, une école 
d'horlogerie, qu'il dirigea quelque temps. Il mourut à l'hô- 
pital. Il était membre des académies de Besançon et de 
Rouen. Instruit, habile et ingénieux, il a produit de véri- 
tables chefs-d'œuvre de mécanique, entre autres plusieurs 
sphères astronomiques mouvantes, un planétaire avec 
les inégalités, les excentricités, la rétrogradation équi- 
noxiale, etc., une petite horloge à équation et à remontoir, 
une autre à secondes et à poids, une pendule planétaire, 
d'autres indiquant les heures des marées de quatre-vingts 
ports, l'heure des chefs-lieux de tous les départements, etc. 
Il a publié de nombreux ouvrages : Manuel chronomé- 
trique (Paris, 1810, in-12; 3®"édit., 1821) ; Essai sur 
les horloges 'publiques (Paris, 18H, in-8) ; Des liévolu- 
lions des corps célestes par le mécanisme des rouages 
(Paris, 1812, in-4) ; Recueil de machines (Paris, 1827, 
in-4 ; 2^ éd., 1828); Manuel de lliorloger, en collab. 
avec Lenormand (coll. Roret, 1831 ; nouv. éd., 1850). 

BiBL. : Notice sur A, Janvier; Paris, 1835, in-4. — C.-F. 
MiRAULT, id. ; Paris, 1840, in-8. — L.-J. Gabriel de Che- 
NiER, Antide Janvier ; Poiigny, 1862, in-8. 

JANVIER (Louis-Joseph), écrivain haïtien, né à Port- 
au-Prince (Haïti) le 7 mai 1855, fils de Joseph Janvier, 
commerçant et administrateur haïtien. Après de bonnes 
études à l'Ecole wesleyenne, au lycée National et à l'Ecole 
de médecine de Port-au-Prince, où il était chargé des ré- 
pétitions de botanique, il fut envoyé par son gouvernement 
suivre les cours de l'Université de Paris, se fit recevoir 
docteur en médecine en 1881 et sa thèse fut couronnée par 



19 



JANVIER - JAPHET 



la Faculté. Après avoir suivi les cours de FEcole des sciences 
politiques dont il obtint les quatre diplômes, il fit des 
conféretices à Paris, à Genève, à Lausanne, à Neuchâtel, 
à Bruxelles, à Anvers sur des questions politi({ues, litté- 
raires, commerciales, scientifiques, relatives à la république 
d'iïaiîi. Le D^ Janvier, pendant son séjour à Paris, de '1875 
à 4889, collabora à un grand nombre de journaux des 
nuances les plus diverses. En sept. 1 889, son gouvernement 
l'envoya à Londres en qualité de premier secrétaire de léga- 
tion, et il fut député en 4894 aux conférences des églises 
vieilles-catholiques qui se tinrent à Lucerno. Nommé en 
nov. 1892 cbargé d'affaires d'Iïaiti à Londres à titre inté- 
rimaire, et en oct. 4893 à titre définitif, il occupe actuel- 
lement ce poste (4894). L'œuvre du l)'' Janvier est déjà 
considérable. Outre sa collaboration dans la presse, il a 
publié à Paris divers voUimes qui dénotent Péiendue et 
la variété de ses connaissances : la Phtisie pulinojiaire, 
thèse couronnée par la Faculté de médecine (4884); les 
Détracteurs de la race noire et la république d Haïti 
(4882) ; Promenades au quartier latin (4882); la Ré- 
publique d'Haïti et ses visiteurs (1882); r Egalité des 
Places 4884) ; le Vieux Piquet (4884) ; l'Evolution lit- 
téraire en Haïti (1884); les liniinationaux (4884); 
Haïti aux Haïtiens (4884): les A jf air es d'Haïti (188't'); 
les Constitutions d'Haïti (488()); Une Qiercheuse, roman 
de mœurs parisiennes (4888). Le D^' Janvier lutte énergi- 
quement par la plume et la parole contre l'invasion de 
l'élément yankoe qui, à son avis, menace d'étouffer non 
seulement la jeune race africano-laiine, mais toutes les 
races latines du Nouveau Monde. Hector France. 

JANVIER DE La Motte (Eugène), homme politique 
français, né à Angers le 27 mars 4823, mort à Paris le 
2() févr. 4884. Fils d'Elie Janvier (4798-4869), créé 
comte par îe pape en 4851, qui fut député au Corps légis- 
latif de 4852 à48G9, il débuta dans l'administration comme 
sous-préfet de Saint-Etienne en 4850. l^réfet de La Lozère 
(4853), puis de l'Eure ('185()), il déploya en ces divers 
postes un faste extravagant qui le rendit extrêmement popu- 
laire, mais endetta fort les départements. Mis on dis[)oni- 
bilité à la suite de voies de fait contre un conseiller général, 
M. Janvier de La Motte menaça le gouvernement de poser 
sa candidature dans l'Eure et se ut ainsi nommer préfet 
du Gard (4869), puis du Morbihan. Remis en disponibilité 
en 4870, il devint un des membres les plus remuants du 
comité plébiscitaire de Paris. Puis il se réfugia en Suisse 
d'où M. Tliiers le fit extrader connue concussionnaire. 
Traduit devant la cour d'assises do la Seiae-ïnferieure en 
1872, il futacquilté grâce à l'intervention du ministre des 
finances Pouyer-Quertier auquel les théories qu'il émit en 
cette occasion relativement aux virements de fonds liront 
perdre son portefeuille. Finalement, l'ancien préfet fut 
condamné par la cour des comptes (1873) à la restitution 
à l'Etat d'une somme de 440,832 fr. Le 20 févr. 4870, 
il était élu député par l'arr. do Bernuy. Meiubre du parti 
de l'Appel au peuple, il vota avec ladroite et soutint le gou- 
vernement du Seize-Mai. Réélu le 14 oct. 1877 et le 
21 août 4881, il combattit la pohtique opportuniste et 
continua de mériter dans l'Assemblée la réputation d'extra- 
vagance qui l'avait rendu célèbre comme administrateur. 
Son fils Louis-Eugène (1849-4894), député bonapartiste 
de Segré (4876), se rallia à la Répubhque en 4879 et ne 
fut pas réélu. On le nomma receveur-percepteur à Paris. 

JÂNVILLE. Gom. du dép. du Calvados, arr. de Caen, 
cant. de Troarn ; 222 hab. 

JANVILLE. Ch.-l. de cant. du dép. d'Eure-et-Loir, arr. 
de Chartres, sur le plateau de la Beauce ; 4 ,263 hab. Car- 
rosserie ; fabriques do billards, de cribles, de bûclies, de 
sabots ; distilleries, moulins, tuilerie, vannerie. Mentionné 
dans les documents depuis le commencement du xu^ siècle, 
Janville a conservé des restes de ses anciennes fortifica- 
tions. 

JANVILLE. Com. du dép. de l'Oise, arr. et cant. de 
Compiègne ; 229 hab. 



JANVILLIERS. Gom. du dép. de la Marne, arr. 
d'Epernay, cant. de Montmirail ; 1 80 hab. 

JANVRY. Gom. du dép. de la Marne, arr. de Reims, 
cant. de Ville-en-Tardenois ; 439 hab. 

JANVRY. Com. du dép. de Seine -et-Oise, arr. de Ram- 
bouillet, cant. de Limours ; 396 hab. 

JANZÉ. Ch.-l. de cant. du dép. d'Ille-et- Vilaine, arr. 
de Rennes ; 4,760 hab. Stat. du ch. de fer de l'Ouest, 
ligne de Rennes à Châteaubriant. Station d'étalons. Brique- 
terie, clouterie, corderies, tanneries, fabrique de sabots, 
commerce de volailles. Eglise en partie romane. Menhir de 
la Pierre des fées ; vestiges d'un camp romain à la butte du 
Chatellier. 

JANZÉ (Charles-Alfred, baron de), omme politique 
français, né à Paris le 45 août 4822, mort à Paris le 
26 avr. 4892. Agronome connu, il fut élu député des 
Côtes-du-Nord au Corps législatit le 4^'' juin 1863, avec 
l'appui du gouvernement. Il se fit bientôt dans l'Assemblée 
une réputation d'orateur d'affaires et prononça, notamment 
contre les grandes compagnies de chemins de fer, des dis- 
cours qui firent sensation. I^ur avoir conçu trop tôt l'idée 
de l'Empire libéral, il fut vivement combattu par l'admi- 
nistration aux élections de 4869 et perdit son siège. En- 
voyé à l'Assemblée nationale par les Côtes-du-Nord le 2 juil. 
4871 , il siégea au centre gauche et combattit le cabinet de 
Broglie. Après plusieurs échecs, il ne fut réélu député 
qu'en 4 878, puis le 29 janv. 4882. Il appuya générale- 
ment la politique opportuniste et continua ses attaques 
contre les compagnies de chemins de fer. Il fit adopter en 
4882 une réforme fort utile concernant les rapports des 
compagnies avec leurs agents commissionnés. On a de lui: 
Accidents de chemins de fer (Paris, 4865, in-8) en 
collaboration avec G. Bisson; Amendement Lesurques, 
Notice historique (1864, in~8) ; la Constitution de 
i852 (4867, in-8); les Finances et le Monopole du 
tabac (4869, in-8) ; la Transformation de Paris (4869, 
in-32); les Huguenots (4885, in-8); le Monopole Ha- 
chette (1887, in-8). 

JAPART (Jean), compositeur du xv^ siècle. On connaît de 
lui quatorze chansons françaises et italiennes à quatre voix, 
imprimées dans les trois livres du célèbre recueil publié 
par Petrucci en 4 504 -4 503, plus deux autres morceaux 
semblables contenus dans un manuscrit de la bibliothèque 
Casanatensis à Rome. Ces compositions montrent en Japart 
un des plus ingénieux musiciens de Fécole franco-néer- 
landaise. Contrepointiste raffiné, il se plaisait aux combi- 
naisons de deux ou trois thèmes simultanés, et aux artifices 
canoniques. M. Br. 

JAPEL (Georges), écrivain slovène, né en Garniole en 
4 7 44, mort en 4 807. 11 collabora à l'édition Slovène de la Rible 
qui parut de 4784 à 1804; il fut l'un des premiers à rêver 
l'union linguistique des peuples slaves et peut être considéré 
comme un des précesseurs de V illyrisme (V. ce mol). L. L. 

JAPET (Astron.). Nom du huitième satellite de Sa- 
lurne (V. ce mot). 

JAPH ET. Le troisième des fils de Noé, second auteur du 
genre humain après la destruction de la génération con- 
temporaine par la catastrophe du déluge, porte lemême nom 
qu'un personnage de la mythologie grecque, Japet ou Ja- 
pétos. Cette assimilation s'impose quand on voit rattacher 
à Japhet les populations grecques désignées sous le nom de 
Javan (Ioniens). Sont-ce les Grecs qui ont emprunté ce 
personnage à la Genèse? Cela est peu probable. A mesure 
que l'on rajeunit la Bible et tout particulièrement les pre- 
mières pages de la Genèse^ la solution inverse prend un 
caractère, tous les jours plus marqué, de vraisemblance. Les 
écrivains juifs vivant au temps de la Restauration (période 
post-exilienne) auraient donc emprunté à la Grèce le per- 
sonnage de Japhet, qui leur sert à désigner l'ensemble des 
peuples suldssant Finfluence de la civilisation hellénique. 
Noé, au moment où il vient de maudire ('hanaan, annonce 
à Japhet le plus brillant avenir et exprime le désir de le 
voir se partager Chanaan, c.-à-d. laPhénicie, avec les des- 



JAPHET — JAPON 



— 20 — 



cendants de Sem, qui sont les Juifs. Il est difficile de com- 
prendre le rôle attribué ici à Japhet, si Ton ne suppose pas 
que les conquêtes d'Alexandre sont déjà un fait accompli 
pour l'époque où l'écrivain de la Genèse (IX et X) tenait la 
plume. M. Vernes. 

JAPON (Bois du) (Techn.). Bois tinctorial provenant 
non seulement du Japon, mais aussi des Indes, du Siam, 
de la Chine, des Antilles et du Brésil ; il se présente sous 
forme de bûches dépouillées de leur aubier, ou encore en 
branches présentant un canal médullaire très apparent, 
quelquefois rempli d'une moelle rouge jaunâtre et souvent 
vide ; il est dur, pesant, compact et peut prendre un beau 
poli. Le bois du Japon est d'un rouge plus pâle que les 
autres bois rouges dont il est une des variétés ; il provient 
du Cœsalpinia sappan; on l'appelle aussi bois de sappan 
ou de sapan. On en distingue deux sortes principales : le 
bois de Siam, d'un rouge vif, en bûches de la grosseur 
d'un bras ordinaire, sans aubier, et le bois de Bimas en 
bâtons de î2 à 3 et jusqu'à 4 centim. de diamètre, jaune à 
l'intérieur et rouge rosé aux parties qui ont subi l'action 
de l'air; traité par l'eau, ce bois donne une liqueur colorée 
en rose ; il cède tout son colorant à l'eau bouillante ; on 
le trouve dans le commerce en bûches, en copeaux, en 
poudre, sous forme d'extrait sec et d'extrait à 30 et 20*^. 
La matière colorante qu'il contient est la brésiline qui, 
sous l'influence des oxydants, se convertit en brésiléine ; 
on en fait, au moyen d'amidon, de craie, d'alun, etc., des 
laques colorées qui servent pour la peinture à la colle et 
pour la peinture à l'huile. On l'essaye par teinture. L. K. 

JAPON. Géographie physique. — Situation et 
SUPERFICIE. — Grand empire et archipel de l'Asie orien- 
tale. On désigne ce pays sous le nom de Dai Nippon 
(Grand-Japon) qui est la transcription chinoise de Ta Je- 
peun, Je-peun Koiio, empire du Soleil-Levant, comparé 
au Tchoung Kouo, empire du Milieu, la Chine. Zipangn 
de Marco Polo n'est qu'une transcription phonétique de 
Je-peun Kouo, Nippon (ou Ni-hon) est la désignation 
officielle depuis 670 ap. J.-C. Le Japon est encore désigné 
sous le nom de Finomoto, équivalent de Nippon, et en 
poésie sous celui de Yaniato^ porte des montagnes ; mais 
de même que le nom de Nippon est généralement restreint 
à la plus grande des îles de l'archipel, Hondo, de même 
Yamato est plutôt réservé à l'une des provinces de cette 
même île (dans la circonscription de Kinai) où se trouvent la 
ville de Nara et les célèbres sanctuaires Shinto. Je citerai 
encore les noms de O-mi-kvni, et à cause de sa longueur, 
Toyo-ashi-wara-no-chi-aki-no-naga-i-ho-aki-no-mizu- 
ho-no-kuni, La superficie totale de l'empire, d'après la 
statistique officielle, est de 38'i,446 kil. q., dont 226,579 
pour Nippon et dépendances, 48,210 pour Sikokou, etc., 
43,615 pour Kiou-siou, etc., 94,012 pour Yesso, etc. On a 
donné d'autres chiffres : Metchnikov dit 401,306 kil. q.. 
Reclus 372,818,62 kil. q., V Atlas des missions catho- 
liques 382,447 kil. q. 

Limites. — L'archipel japonais forme une longue ligne 
se dirigeant d'une façon générale du N.-E. au S.-O., de- 
puis le Kamtchatka jusqu'à l'île Formose. Dans ses limites 
officielles, l'empire japonais est compris à l'E. depuis l'ex- 
trémité E. de l'île Shimoushu, province de Tchi-shima, 
long. E. 154M2'; à l'O. de l'extrémité 0. de l'île 
Yonakouni-shima, dans l'archipel Riou-kiou, ou Liou- 
tchou, long.E. 1200 25'; au S., depuis leS. de l'île Hater- 
mu-shima,dans l'archipel Riou-kiou, lat. N. 24^06^; auN., 
depuis le N. de l'île Araïto-shima, province de Tchi-shima, 
lat. N. 50^ 56^ Par son extrémité septentrionale au N. des 
Kouriles, le Japon est séparé du cap Lopatka, au S. du 
Kamtchatka, par le grand détroit des Kouriles ; par l'île de 
Yesso, il se rapproche de Fîle de Sakhahn, russe depuis 
1875, dont il est séparé par le détroit de La Pérouse; 
Kiou-siou est séparé de la presqu'île coréenne par le dé- 
troit de Corée, enfin les îles Riou-kiou, en se rapprochant 
de Formose, forment en quelque sorte la mer orientale, 
Toung-hai des Chinois. Le Grand Océan, dont les dépen- 



dances baignent la côte occidentale de l'archipel japonais, 
en forme la limite orientale, vaste nappe d'eau qui s'étend 
jusqu'aux côtes de l'Amérique septentrionale. 

Côtes et îles. — Les côtes de l'empire japonais offrent 
un développement total de 27,600 kil. dont 10,600 
pour Nippon et les îles adjacentes; 2,500 pour Siko- 
kou, etc., 9,500 pour Kiou-siou, etc., 5,000 pour 
Yesso, etc. On compte 520 îles adjacentes dont 189 dépen- 
dent de Nippon, 74 de Sikokou, 213 de Kiou-siou et 44 
de Yesso. En réahté, ce ne sont pas seulement 520 îles qu'il 
faudrait compter, mais plus de 3,800 rochers et îlots. La 
côte N.-E. d'Asie, le Kamtchatka, les Kouriles, le N. de 
Yesso, et l'île de Sakhalin forment la mer d'Okhotsk ; si 
l'on passe par le détroit de La Pérouse entre Sakhalin et 
Yesso, on pénètre dans la mer du Japon, formée à l'E. par 
la majeure partie des îles de l'empire japonais, à l'O. par 
la Russie d'Asie et la Corée; enfin, si l'on passe entre la 
Corée et l'île de Kiou-siou par le détroit de la Corée, large 
de 160 milles environ et que franchissent en quatorze ou 
seize heures les vapeurs de Nagasaki à Fou-san, on arrive 
dans la mer orientale qui baigne les côtes de Chine et qui 
est fermée à l'Orient par les îles Riou-kiou et Kiou-siou. 
La côte méridionale et orientale est tiédie par le Kouro- 
shivo, courant chaud, tandis que VOya-shivo^ courant 
froid, baigne les Kouriles et Yesso (Y. Asie et Courant). 

Les principales îles de l'archipel japonais sont l'ensemble 
des Kouriles ou Tchi-shima (mille îles), qui s'étendent du 
Kamtchatka à Yesso, dont elles sont séparées par le Yesso- 
se-to^ détroit de Yesso. La grande île de Y'esso est séparée, 
comme nous l'avons déjà dit, de Sakhalin par le détroit de 
La Pérouse. Au large, on trouve à FO. des îles telles que 
flebun-shiri, Rii-shiri, Tsore-shiri^ Yage-shiri^ Oku- 
shiri^ 0-shima ( Vulcain) .Yesso est séparé de la plus grande 
île, Hondo ou Nippon, par le Tsugaru-seto; au large, à 
l'O., on trouve les îles Tobi-shima, Atuo-shima, la grande 
Sado-skima^ Oki-shima; à l'E., les Sitsi-to (les sept 
îles). Hondo a comme une espèce d'enclave, Sikokou 
(quatre provinces), dont elle est séparée par le Mi-skima- 
nada, le Bingo-nada, le Harima-nada. C'est entre Hondo 
et Sikokou que se trouve également la grande île Awadjij 
qui sépare VHarima-nada de Vldzumi-nada, au fond du- 
quel se trouvent Hiogo et Osaka. Sikokou est séparé de 
Kiou-siou (neuf provinces) par le Bongo-nada. Kiou-siou 
même est séparé de Hondo par le détroit étroit et célèbre : 
le Simonoseki-seto ; la mer entre Hondo et Kiou-siou 
porte les noms de Suo-nada et lyo-nada. Les bâtiments 
qui, venant de la côte de Chine, après avoir fait relâche à 
Nagasaki dans Kiou-siou, s'engagent pour se rendre à 
Yokohama dans cette mer intérieure, formée entre Kiou- 
siou, Hondo et Sikokou, ont un des plus beaux spectacles 
de la nature. Entre Kiou-siou et la Corée, se trouvent les 
grandes îles ïki-shima et Tsou-shima. On désigne sous le 
nom de canal de Krusenstern la partie située entre Kiou- 
siou et Tsou-shima, et canal de Broughton l'autre partie 
comprise entre Tsou-shima et la presqu'île coréenne. Citons 
encore à FO. de Kiou-siou Goto-shima et Kosiki-shima, 
Le S. même de Kiou-siou, Sata-no-misaki ou cap Tchi- 
katchov, est séparé de Tanega-shima par le détroit de 
Van Diémen, et Tanega-shima est relié par Yakou-shima 
et l'archipel de Linschoten au grand groupe des Riou-kiou. 
Les îles Bonin ou Ogasawara-shima s'étendent au S.-E. 
de Kiou-siou en trois groupes principaux : Parry, Beechey 
et Coffin. 

Sur ces côtes, la mer forme de nombreux golfes : je ne 
citerai que Walfisch Bay au N. de Yesso ; la baie du Vol- 
can, au S. de cette même île; Aomori Van^ et Nobeji 
Van au N. de Hondo ; la baie de Yokohama, le Sourouga 
Van, le Oaivari Va7i au S. de cette même île, ainsi qu'à 
FO. le Wakasa Van, Au S. de Kiou-siou, la côte 0. forme 
une foule de golfes, et au S. File deKago-shima se trouve 
dans un renfoncement assez profond pour être appelé mer 
deKago-shima, Kago-shima-nada. Les c\€,]ones(taïfouns), 
fréquentes à la fin de l'été et en automne, créent à la navi- 



(^?aiiàe Encyclopédie— ToTïie XXI. 



JAPON 

Corée 



E . de Gpj^enwicli 126j 



128 



E.dePapisl22 



44^ 



130 



132 



124. 



126 



A^ - Aùa-hiy 

AK. Akihou 

^^"' AzoojTtor'ù- 

ï*^ !• Jfïtkuiy 

^•KA I^uhuufTizrrva^ 

C'A -- &uribay ' 

H.Ô-. -. Sïoffo 

H^ ffù'o^Tttma.- 

IB. JiciT^aÂZy 

X.K.. -- IcihiÂztzoa. 

I.W. Zn?^K& 

Kâu - . SoffOxoeu 

K.G-. ISsegoj-Tùma, 

KM JSjÉmarrvoio 

K.O. JSTottrTtù' 

KN. ^ario^azoa. 



Abjpévations T-elalives aux Ken 
tJAPON 

MI. jfri^e 

T.G-.I . J^oupcJù/ 

r.G-.O. . .Tc%7«^iyï 



128 



Oita. 

Oka^arrun. 

AvUxx/'ux/ 

- Scùldo 

. T<M/corwu 



WIA . Wakayam a. 

Y.C. Yec/drui^ 

"ï M . Yajnt cujui^iy 

Y.MK . .Ycu,-L^^.yz 

Yeiîso I 

S.P fyappono Xcfu , 

H.D. . .BciÂodate,Ke,L. \ 

Corée \- 

H.A.T. .Spxeriff-.J!n'ro L 

H. H .T. IToan^-JJaiy-To I 

H.K.T. Bitm^Mezicf-To \ 
KO. T. Sânç-Ouen-To "ikA 

K S. T. . . Jf^/L^.JWw-r« ! ■"* 

T.L..T. .. .Tckien.~Zo.To , 
T.T.T. . T<A iouj^-2tkien^-To \-j2 



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Kutshi-rto S • \ Yaku-no S 



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— 21 — 



JAPON 



gation de grands périls. Elle est paralysée, surtout en 
hiver, sur la côte inhospitalière de la mer du Japon, par 
le vent du nord. 

Relief du sol. — La direction générale de l'archipel 
japonais, du N.-E. au S.-O., donne également les grandes 
lignes de son système montagneux qui suit les Kouriles, 
puis l'archipel japonais, et enfin par les Riou-kiou, For- 
mose et les îles Philippines, termine cette longue chaîne 
d'îles qui forme la limite extrême de l'Asie vers l'Orient. 
Une autre ligne montagneuse, venant du S. des îles Bonin, 
traverse une partie de lïondo, obliquement à l'autre 
chaîne, qu'elle croise à Yesso, et forme enfin la grande ar- 
rête de Sakhalin ; le point d'intersection de ces deux axes 
montagneux serait, selon la théorie de L. Metchnikov, 
aux abords du Tsugaru-seto, qui sépare llondo de Yesso. 
Presque tous les pics de ces chaînes sont des volcans, soit 
éteints, soit encore en activité. La montagne est tellement 
l'expression même de la nature du pays, que le mot qui 
l'indique, yama^ est devenu pour le Japonais presque l'équi- 
valent du mot paysage. Le point culminant (3,769 m.) est le 
célèbre volcan Fousi-yama (V. ce mot), dans la région la 
plus large de Hondo; non loin est l'On-take (3,004 m.). 
Entre les provinces de Shinano et de Hida s'élèvent les 
montagnes Neigeuses, d'aspect très sauvage ; c'est un mas- 
sif granitique et porphyrique, qui dépasse 3,000 m. (Ya- 
riga-take, 3,139 m.); les cols sont de 1,800 à 2,000 m. 
et obstrués par la neige une grande partie de l'année. On 
trouve dans le centre de l'île beaucoup de cimes de plus de 
2,500 m. ; nous citerons le ïlaku-san, le Tate-yama 
(2,896 m.), le Norikura, l'Asama-yama (2,591 m.), le 
Kimpu-zan, le Komaga-take (2,923 m.), le Shirane-san, le 
Nantai-san (2,541 m.), etc. Dans le N. de Hondo s'élèvent 
les trois grands volcans de Chôkai-san, Ganju-san, ïwaki- 
san. Au centre de Yesso, le Tokachi-dake atteint 2,500 m. 
Le relief est beaucoup moins accentué à l'O. du lac Biwa; 
aucun sommet n'atteint 2,000 m. ; on peut citer l'Omine- 
san (1,880 m.) dans la presqu'île de Yamato et le Daisen 
(1,640 m.). Dansl'ile de Kiou-siou, les volcans Asô-yama 
et Kirishi-yama ont à peu près 1,600 m., ainsi que les 
crêtes schisteuses de l'île de Sikokou. 

Géologie. — La géologie du Japon n'est pas encore bien 
connue ; les études méthodiques ne remontent qu'à une 
vingtaine d'années. Il renferme une grande variété de ter- 
rains sédimentaires et éruptifs, profondément bouleversés. 
Le gneiss ne paraît qu'en peu d'endroits ; les schistes cris- 
tallins sont très développés ; ils forment le noyau et les 
montagnes de Sikokou. Les schistes paléozoïques, les 
grauwackes, les quartzites, les calcaires primitifs forment 
le centre de Hondo. Au-dessus se sont déposés des sédi- 
ments triasiques, jurassiques et crétacés. On n'a pas encore 
signalé de terrains éocènes. Les dépôts miocènes et plio- 
cènes sont développés le long des rivages, mélangés à des 
grès, à des schistes argileux, à des tufs volcaniques, etc. 
Les gr'anites se sont épanchés abondamment à travers les 
schistes cristallins et paléozoïques, altérés par le métamor- 
phisme. Au S.-O. et au centre de Hondo sont de vastes 
massifs granitiques ; ils atteignent 3,000 m. au Komaga- 
take et forment la masse principale d'une grande partie des 
montagnes. Les éruptions ultérieures, porphyriques et sur- 
tout trachytiques et doléritiques, les ont partiellement re- 
couverts. — Le Japon fait partie de la ceinture volcanique 
qui borde le Grand Océan. 11 compte des centaines de vol- 
cans éteints et une vingtaine en activité ; les principaux de 
ceux-ci sont : l'Aso-yama, près de Koumamoto (Kiou-siou) ; 
l'Asama-yama au N.-O. deTokio; le Shirane-yama dans 
les monts de Nikko, au N. de Tokio. 

Après avoir brièvement marqué les principaux carac- 
tères du sol japonais, nous nous contenterons mainte- 
nant d'indiquer quelques-uns des produits qu'il renferme. 
Sa nature volcanique est la cause d'un nombre considé- 
rable de sources thermales (généralement sulfureuses) 
et minérales dont les vertus curatives sont fort bien 
connues des Japonais qui les utilisent; toutefois, sauf 



dans le Tokai-do, leur composition chimique n'a pas été 
suffisamment établie suivant les méthodes rigoureuses 
de la^science européenne. La première mine d'argent fut 
découverte en 674 à Tsu-shima pendant la période" Hakuho 
de Temmu-Tennô. On en trouve en quantité considé- 
rable et on coînpte huit régions argentifères comprenant 
346 mines. — L'or était connu soîis Mommu-Tennô en 
701. Dans un même nombre de régions, on l'exploite dans 
89 mines, dont les plus importantes sont celles de Sado- 
shima. — Le aiivre est d'excellente qualité, facile- 
ment exploitable, et incontestablement une des sources 
de la richesse du Japon ; dans l'ancien temps, les Hollan- 
dais en faisaient un grand commerce à Deshima ; les mines 
les plus prospères sont celles d'Ani (Akita). — Le fer, en 
quantité immense, est le plus souvent de qualité inférieure, 

— La production du plomb ne suffit pas encore à la con- 
sommation'; quant au soufre, il se rencontre partout. Le 
%incGt le mercure font défaut. On dit que les Coréens ap- 
prirent aux Japonais l'usage des métaux lorsque leur pays 
futenvahiàrépoquederim'pératriceZin-gô(200ap.J.-C.). 

— La houille est une des grandes richesses du Japon ; on 
l'exploite surtout à Yesso et à Kiou-siou. Quoique moins 
vaste que le bassin de Yesso, grâce à sa position et à sa 
grande quantité de fer, Kiou-siou fournit les quatre cin- 
quièmes de la production totale du charbon. Pendant long- 
temps, ayant qu'il ne fût question des charbons de Formose 
ou de Chine, les mines de Kagoshima furent exploitées, eî 
je crois que ce furent les premiers charbons indigènes em- 
ployés sur les vaisseaux étrangers. Le charbon de Nagasaki 
est aujourd'hui le meilleur charbon du pays. Hondo a été 
insutïisamment étudié; le bassin houiller du N. de Tokio 
est, jusqu'à présent, le plus grand connu de l'île : il est de 
1 ,820 kil. q., mais donne de mauvais produits. — Le Japon 
manque de rockes de construction, ses calcaires sont trop 
friables, le granit est trop dur à travailler : c'est à cause 
de cette absence de matériaux convenables que les Japonais 
préfèrent construire leurs maisons en bois. 

Régime des eaux. — La configuration même de l'em- 
pire japonais, baigné d'eau de tous côtés, la direction do 
ses arêtes montagneuses, suffisent à faire comprendre qu'il 
ne peut y avoir dans les îles des rivières d'étendue consi- 
dérable. Aussi aucun fleuve n'atteint-il une longueur de 
400 kil. Presque tous ont une pente rapide dans la partie 
supérieure et un lit ensablé dans la partie inférieure dé leur 
cours. Le plus grand fleuve de Hondo est le Kiso-gawa, long 
de 368 kil., qui sort des montagnes du Shinano, et prenant 
une direction méridionale à travers la province de Mino^ 
se jette dans le golfe d'Owari, séparant la province du même 
nom de celle d'ïsé. Citons encore dans la même île VOfio- 
y-gawa, entre ïoutomi et Suruga, le Ten-riu (dragon 
céleste), entre le lac Suva et la mer (Toutomi-nada) , à 
l'une des embouchures duquel se trouve Hamamatsu, C'est 
du lac Suva que sort aussi le Tsi-kuma-gaiva (fleuve du 
sang de l'Ours) ou Sinano-gawa qui, après un parcours 
de 250 kil., se jette dans le delta de la rivière deNiigata, 
où est construite la ville du môme nom. Citons encore le 
Kita-gami-gawa qui, long de 300 kil., se jette après un 
cours N.-S., dans le golfe de Sendaï (Rikuzen). — Dans 
l'île de Sikokou, nous ne marquerons que le Yosino-gawa 
et le Naka-gaïua qui ont plus de 100 kil., et se jettent 
dans le détroit de Linschoten, entre Sikokou et Hondo; e£ 
dans l'île de Kiou-siou, le Tokusi-gawa. — Enfin, si nous 
remontons au N., nous marquerons dans Yesso, le Tecivo- 
gawa, Vîsi-kari-gawa avec son grand affluent VOuyé- 
gawa, enfin le Kousino-gawa qui ont tous plus de 300 kil, 

L'étude des lacs qui forme aujourd'hui une des branches 
les plus importantes de la géographie physique offrirait uo 
vaste et nouveau champ de recherches. Le plus célèbre de 
ces lacs est celui de Biiva, ainsi nommé d'après sa forme 
[Inwa, luth à quatre cordes), long du N. au S. de 85 kil., 
large de l'O. à l'E. de 25 kil., a 290 kil. de tour; il est: 
situé dans la province Omi (To-san-do) ; entouré de collines 
qui, dans le S.-O. deviennent des montagnes que couronne 



JAPON — : 

le célèbre monastère bouddhique de Hi-ye-san. il est extrê- 
mement poissonneux. Nous avons déjà parié du lac Suva; 
nous citerons encore le lac Asino-umi, au sommet du mont 
Hakoné, prov.deSagami, qui est plus grand ; le Tsiii-son- 
%i, au sommet du Nantaï-san (Nikko) ; le Inmva-siro et le 
Ziu-san-kata dans le N. Henri Gordier. 

Climat. — Les climats, au Japon, sont très variés à 
cause de la situation de ce pays. S'étendantdu ^^^ au 54° 
de lat. N., et s'étageant du niveau de la mer à plus de 
3,000 m. d'altitude, l'empire japonais est soumis à des 
températures différentes selon les localités. Le climat est 
plus doux que celui du continent asiatique, à cause du 
Kouro-shivo, grand courant équatorial, qui longe les côtes 
sur une fort grande étendue, entre le 13° au N. et le d6° 
au S., mais il est moins chaud que celui des pays de la 
Méditerranée situés sous la même latitude, et surtout beau- 
coup plus extrême. 11 gèle et neige en hiver à Kiou-siou, 
sous la latitude du delta du Nil. A Tokio (35°40Mat. N.), 
la température moyenne de l'année est seulement de -|-i3o; 
le thermomètre descend à — 40°; il monte en juillet à 
-+- 35^; on a compté jusqu'à 60 nuits de gelée; en hiver, 
de novembre à mars, la température moyenne est de 
-4- 5°, 5. Le climat est soumis au régime des moussons; en 
été souffle le vent du S., humide et chaud; en hiver le 
vent glacé du N.-O. et du N. Il pleut beaucoup, surtout 
durant l'été ; en hiver le temps est plus sec et le ciel serein. 
La chute d'eau annuelle est de 4 ,430 millim. , dans Hondo, et 
pendant l'été, les orages représentent 4/40® de la moyenne 
annuelle. D'après de récentes statistiques, l'humidité de l'air 
est de : 



Saison froide. 
74°, Japon. 
82°, S. de l'Europe. 



Saison chaude, 
84°9, Japon, 
70^ S. de l'Europe. 



C'est en 4660 que le thermomètre fut introduit au Ja- 
pon, mais les premières observations ne datent que du 
4^^' juin 4875, où elles furent relevées par l'ingénieur an- 
glais Henry-B. Joyner. La loi du 3 août 4887 constitua 
un service météorologique. Les principales stations sont au 
nombre de huit : Wakayama, Hiroshima, Osaka, Tokio, 
Nagano, Hakodaté, Sapporo, Némouro. 

Il y a d'autres stations secondaires au nombre de 267 : 
25 de deuxième ordre et 242 de troisième ordre. 

Le bureau central météorologique comprend quatre ser- 
vices : 4° service de climatologie; 2° service d'avertisse- 
ment; 3° service des tremblements de terre; 4° service 
d'administration. Par les soins de l'administration, il est 
publié un bulletin renfermant toutes les observations. 

Flore et Faune. — On trouve dans l'art. Asie (t. iV, 
pp. 442 et 445) des mdications générales sur la flore et la 
faune de Farchipel japonais . Nous nous bornerons à y ajouter 
quelques détails. — La flore du Japon est extraordinairement 
riche et variée. Elle présente de grandes ressemblances 
avec celle de la zone forestière du bassin de l'Atlantique 
(Europe et Amérique du Nord) et avec celle de l'I^urope 
tertiaire. Elle a aussi beaucoup des plantes de la région des 
moussons (Asie orientale), bambous, camphrier, (^f^m^/Zm 
japonica^ diverses Laurinées et Terstromiacées. Les chênes 
verts, les conifères, les hêtres, les ormes, les aunes, les 
mai^nolias sont très répandus. La flore des montagnes su- 
périeures est celle des régions arctiques. On connaît les 
emprunts faits par nos jardiniers au Japon : caméha, ma- 
gnolia, allante, chrysanthèmes, néflier du Japon {Eriobo- 
trya japo7iica, etc.). — La faune japonaise comporte 
50 espèces de mammifères, 360 oiseaux, 30 reptiles et 
batraciens, etc. Les plus caractéristiques ne dépassent pas 
l'île de Hondo. Citons le sarou, singe japonais (Inuus spe- 
ciosus), le couma, l'ours noir (Ursus japonicus), les fai- 
sans versicolor et Sœmmeringi. On remarque encore le 
renard commun, le Nycterentes viverrinus, le Mêles Ana- 
kuma, le sanglier, le cerf sika^ l'antilope ciHspa ; le rat 
pullule et loge sous les toits à défaut de caves ; la souris 
est rare. Il n'y a qu'un seul serpent venimeux. Dans les 



ruisseaux de la province d'Iga, près de Kioto, vit la sala- 
mandre géante {Cryptobranchiis japoniciis). 

Anthropologie et Ethnographie. — A part les 
Aï)ios (V. ce mot) et les indigènes des îles Liou-kiou, les 
habitants de l'empire mikadonal ne forment qu'un seul 
peuple, ou mieux une seule nation. D'ailleurs même dans 
l'île de Yesso et dans l'archipel des Kouriles, l'habitat des 
Aïnos est de plus en plus envahi par les colons japonais. 
Quant aux îles Riou-kiou, les Japonais y forment presque 
la majorité de la population. Notons en passant que les 
indigènes de ces îles diffèrent peu des Japonais ; on les dit 
être^plus velus que ceux-ci, avoir le nez plus proéminent 
et la peau plus foncée. 

Les Japonais offrent, comme la plupart des peuples, cer- 
taines variétés dans leur contiguration physique ; on peut 
réduire ces variétés, avec la plupart des auteurs modernes 
(Dœnitz, Molmike, Siebold, Mage, Metchnikov, Balz, etc.), 
à deux types principaux. Le premier, que l'on peut qua- 
lifier de fin et qui se rencontre surtout parmi les classes 
supérieures de la société, est caractérisé ainsi qu'il suit : 
taille élancée, corps assez grêle, crâne dolichocéphale, face 
allongée, yeux très obhques, nez fin convexe, bouche pe- 
tite. Le second type, que l'on peut désigner sous le nom 
de grossier, est commun à la masse du peuple. Voici sa 
caractéristique : corps trapu, crâne arrondi, face élargie, 
pommettes saillantes, yeux modérément obliques, nez aplati, 
bouche largement fendue (Balz). L'un et l'autre de ces types 
appartiennent à la race mongole ; le premier est presque 
identique à celui que l'on rencontre parmi les nobles Coréens 
et dans le N. de la Chine, tandis que le second se rapproche 
du type commun aux Chinois méridionaux et aux peuples 
indo-chinois : Annamites, Laotiens, etc. ; il offre aussi 
quelques traits malais. L'influence du type aïno sur le peuple 
japonais a été très médiocre; elle ne se manifeste que 
dans le N. de l'île Nippon. Et cependant il est certain que, 
dans les temps protohistoriques, les Aïnos occupaient non 
seulement le N., mais encore le centre de la Grande lie, 
s'étendant au S. peut-être jusqu'au 35® degré de lat. N. Il 
est même probable que les « amas coquilliers» ou « kjœk- 
kenmœddings » et les ruines des remparts que l'on a trouvés 
sur plusieurs points du Japon (aux environs de Tokio, à 
Omori, etc.), sont l'œuvre des Aïnos, car on en trouve de 
tout à fait analogues sur la côte 0. de Yesso, près d'Hako- 
daté, et dans d'autres régions qu'ont habitées dans les 
temps historiques ou qu'habitent encore actuellement les 
Aïnos. 

En confrontant les données de l'histoire avec celles de 
l'anthropologie, on peut supposer que les individus du type 
fin sont les descendants des tribus venues par la Corée et 
les îles Tsou-shima et Iki-shima, dans le S.-O. de Nippon, 
à une époque incertaine, mais très reculée. Quant aux gens 
du type grossier^ ils peuvent bien descendre des envahis- 
seurs qui occupaient, vers le vu® siècle av. J,-C. (d'après 
une chronologie douteuse), la côte ouest de l'île de Kiou- 
siou, et se répandaient de là dans l'île de Nippon. Venus 
soit de la Corée, soit de la Chine méridionale, ces guerriers 
envahirent les royaumes fondés par les premiers immi- 
grants et se sont répandus dans le S. et le centre du 
Nippon, en y fondant le royaume de Yamato. Vers le 
n*^ siècle, ils englobèrent dans cet Etat les Kmaço ou 
Koîimaosi, les indigènes de l'île Kiou-siou, dont l'origine 
est inconnue. A des époques plus reculées, les deux élé- 
ments, fusionnés en un seul, formèrent le peuple japonais 
qui n'a cessé de refouler les aborigènes du Nippon, les 
Aïnos ou Yebis vers le N. Déjà, au vn° siècle de J.-C, 
ceux-ci n'occupaient que la partie tout à fait septentrio- 
nale de l'île (jusqu'au 38^^ parallèle à peu près) ; au 
IX® siècle, ils reculèrent au delà du détroit de Tsougarou, 
dans l'île de Yesso, d'où ils venaient trafiquer avec les Japo- 
nais dans le N. du Nippon encore au xvi*^ siècle. 

D'une façon générale, les Japonais sont petits de taille 
(taille moyenne des hommes, 4 "^59, celle des femmes, 
i'^47), assez robustes et bien proportionnés. La couleur 



23 - 



JAPON 



de la peau varie depuis le jaune pâle, presque blanc, jus- 
qu'au jaune brunâtre, couleur de feuille morte. Fait re- 
marquable, les Japonais ne présentent pas de rougeur aux 
joues, malgré leur teint souvent moins foncé que celui des 
Européens. Par contre, ils ont presque tous une accumu- 
lation du pigment sur la ligne médiane du ventre, et tous 
les nouveau-nés offrent une tache caractéristique bleuâtre 
dans la région sacro-lombaire qui disparaît souvent au 
bout d'un certain nombre d'années (Bâlz). Les cheveux sont 
en général raides, lisses et noirs. Le système pileux est peu 
développé, sauf les cas où on peut présumer les mélanges 
avec les Aïnos. Le crâne est mésocéphale (indice cépb. 
moyen: 78,2 sur le vivant, 79 sur le crâne), avec la ten- 
dance vers la dolichocéphalie dans le type fin, vers la bra- 
chycéphalie dans le type grossier; il est assez haut (indice 
de hauteur-longueur, 79,8), volumineux et offre surtout 
deux particularités : le maxillaire supérieur est très large, 
très bas, dépourvu de fosse canine et sa portion envi- 
ronnant l'ouverture nasale est moins fortement dirigée 
en avant que chez les Européens; l'os malaire est très 
fréquemment divisé en deux parties par une suture 
transversale plus ou moins complète; tandis que dans 
les crânes des autres races, on ne rencontre cette suture 
que 2, 3 ou 5 fois sur 100, on la trouve dans les 
crânes japonais 20 fois sur 100 (Bàlz). Aussi a-t-on appelé 
la portion supérieure du malaire de ces crânes os japoiii- 
cum (flilgendorf). 

Les traits saillants du caractère japonais sont la politesse 
et l'aptitude à dissimuler les émotions ; il ne faut pas en 
conclure que le fond de leur nature soit mauvais ; au con- 
traire, ils sont très honnêtes, laborieux, gais, enjoués, 
bienveillants et très courageux (Mohnike, Metchnikov). La 
civilisation européenne, introduite au Japon depuis un 
quart de siècle, a beaucoup modifié les mœurs et les usages 
du pays, mais les traits essentiels du caractère national 
restent inaltérés. Tel, par exemple, l'esprit chevale- 
resque des classes dirigeantes méprisant tout ce qui touche 
au négoce ou à l'industrie ; cet esprit explique l'ardeur 
avec laquelle les Japonais instruits se lancent dans les 
luttes des partis politiques, comme on l'a pu constater 
maintes fois, depuis que ce peuple se trouve en possession 
du régime parlementaire. J. Deniker. 

Religions. — Au point de vue religieux, les Japonais 
se répartissent en deux croyances : l'une dite nationale, 
le shinto ou culte des Kamis (divinités indigènes de na- 
ture et d'origine diverses) ; l'autre, d'importation étran- 
gère, le bouddhisme. Après s'être disputé avec achar- 
nement la suprématie, après des luttes séculaires où la 
victoire oscilla de l'un à l'autre des adversaires, après des 
persécutions réciproques allant jusqu'à la prise d'assaut, 
l'incendie, le pillage des temples et des monastères et au 
massacre des prêtres et des fidèles, dégénérant parfois en 
de petites guerres civiles où le sang coulait à flots, les 
deux ennemies vivent maintenant dans une paix apparente 
à l'abri d'un compromis de tolérance imposé par les pro- 
grès du scepticisme et de l'indifférence religieuse plutôt 
que librement et sincèrement consenti. Car les vieilles 
haines, les jalousies, les ambitions ardentes, les querelles 
de jadis ne sont pas éteintes entre les deux clergés ; seu- 
lement, au lieu d'armes meurtrières, elles se règlent aujour- 
d'hui avec des mémoires apologétiques et des controverses 
plus ou moins courtoises. Dans cette lutte pour l'existence 
et le pouvoir, l'avantage est jusqu'à présent au bouddhisme, 
qui compte au nombre de ses ouailles plus des deux tiers 
de la population, et, selon toutes probabilités, il lui restera 
en raison de sa supériorité dogmatique et philosophique (si 
quelque nouveau facteur n'entre pas en ligne), malgré 
l'appui que le gouvernement prête au shinto, dont il tend 
à faire une religion d'Etat. 

Le Shinto. — Le nom de shinto, employé pour dési- 
gner la religion nationale du Japon, est relativement mo- 
derne. Emprunté à la langue chinoise, il ne paraît avoir 
été adopté qu'après l'introduction et rétablissement du 



bouddhisme (vi^ siècle.) comme terme de distinction entre 
la nouvelle croyance et l'ancienne qui, sans doute, était 
demeurée innomée tant qu'elle n'avait pas de rivale. 

Les auteurs japonais sont unanimes à affirmer la haute 
antiquité et l'originalité absolue de leur rehgion nationale. 
Elle remonte, prétendent-ils, au temps même de la créa- 
tion du monde et, instituée par les dieux, s'est conservée 
jusqu'à nos jours sans changements et pure de tout em- 
prunt à l'étranger. Ces prétentions, est-il besoin de le 
dire, ne tiennent pas devant l'examen critique des faits 
et des maigres documents que nous fournit la littérature 
religieuse du shinto. 

En dehors des nombreux commentaires qui en ont été 
faits à des époques rapprochées de nous, ces documents 
se résument à trois livres : le Ko-zi-ki, le Nihon-shô-ki 
et le Shiou-i, dont le plus ancien, le Ko-zi-ki^ ne remonte 
pas plus haut que le viii® siècle de notre ère, c.-à-d. à 
un.e époque où les idées et la Uttérature chinoises avaient 
pénétré et s'étaient répandues au Japon, ce qui suffirait 
déjà à nous inspirer une légitime suspicion à l'égard de 
leur originalité. Ce ne sont, ni les uns, ni les autres, des 
livres religieux à proprement parler, car ils ne renferment 
ni exposés de dogmes, ni prières, ni prescriptions rituelles 
ou morales ; ce sont de simples recueils de légendes, de 
traditions populaires historico-mythologiques choisies parmi 
les plus accréditées, ainsi que le reconnaît lui-même, dans 
sa préface, Oho-no-Yasoumarô, l'auteur du Ko-zi-ki, A côté 
d'un fonds de croyances enfantines, naïvement extravagantes 
et souvent obscènes, qui sont indubitablement indigènes 
et fort anciennes, nous y trouvons les traces évidentes 
d'idées mythologiques chinoises (ce qui n'a rien d'étonnant 
étant donnée la grande influence que la Chine a exercée 
sur le développement de la civilisation japonaise), d'inter- 
polations et de remaniements relativement récents, destinés, 
à ce qu'il semble, à corriger ce que la donnée primitive 
avait de trop matériel. 

La mythologie du shinto est très simple. A part les 
cinq grands dieux — qui paraissent avoir été inventés 
après coup — toutes ses divinités, les Kmnis, sont des 
personnifications des forces de la nature ou de ses éléments, 
des génies locaux, des ancêtres, ou bien des héros divinisés. 
Aucune préoccupation philosophique, aucune conception 
rationnelle ne paraissent avoir présidé à leur invention. Ils 
naissent sans trop qu'on sache comment, de quoi, ni pour- 
quoi; et la plupart, une fois nés, ne jouent plus aucun 
rôle dans la fable. Ils ne sont même pas créateurs. Sa 
cosmogonie, tout aussi primitive, est du moins originale 
avec sa légende des Huit lies engendrées par le dieu Izana-gi 
et enfantées par la déesse ïzana-mi. 

« Lorsque le chaos commençait à se condenser », dit 
le Ko-zi~ki, « mais que ni la force, ni la forme ne s'étaient 
encore manifestées, et que rien n'existait qui fût nommé, 
rien qui fût fait, qui pouvait connaître sa nature ? Cepen- 
dant le ciel et la terre d'abord se séparèrent et les trois 
dieux procédèrent au commencement de la création ; 
VEssence active et VEssejice passive se développèrent 
alors et les deux Esprits devinrent les ancêtres de toutes 
choses. » Les trois dieux sont : Amé-no-mi-naka-noushi- 
nO'kami^ « le dieu maître du centre auguste du ciel », 
Taka-mi-mousou~bi-nO'kami^ « le grand et auguste 
dieu merveilleux producteur », et Kami-mousou-bi-no- 
kami, « le dieu merveilleux producteur », nés par une 
sorte de génération spontanée. Quant aux deux Essences, 
il est facile de reconnaître en elles les principes Yang et 
Yin de la cosmologie chinoise. 

A ce moment, la terre flotte dans le chaos « comme une 
tache d'huile » ; elle se condense, devient visqueuse et 
« semblable en quelque sorte à une méduse » ; de cette 
viscosité jaillit « une chose qui devint un scion rouge » 
et de ce scion naissent (ou poussent) deux nouveaux dieux : 
Ou-mashi-ashi-Kabi-hikô-dji-nO'kami, « l'aimable Prince 
aîné du Scion rouge », et Amé-no-tokô-tatchi-no-kami, 
« le dieu résidant éternellement dans le ciel ». 



JAPON 



— !24 



Ces cinq divinités constituent le groupe des grands dieux 
célestes, invisibles, isolés. 

Ensuite apparaissent les Sept Générations divines, 
composées de deux divinités isolées et de cinq couples divins 
mâles et femelles, peut-être créés par la triade primitive 
ou par les deux Producteurs, peut-être formés spontané- 
ment par l'action des deux Essences; ce sont : 1° Kouni- 
no-tokô-tatchi-no-kamiy « dieu résidant éternellement 
sur la terre » ; 2*^ Toyô-koumo-nou-no-kami, « dieu 
maître de toute abondance » ; 3° Ou-hidji-ni-no-kami, 
« dieu du limon de la terre», et Sou-hidji-ni-7io-kami, 
« déesse du limon de la terre » ; 4° Tsounou-gouhi-no- 
kami, < dieu de tout germe », et Ikou-gouhi-no-kami^ 
« déesse de toute vie » ; d^ Oko-to-no-dji-no-kami, 
« dieu aîné du Grand Espace », et Oho-to-no-bé-no- 
kami^ « déesse du Grand Espace » ; 6^ Omo-darou-no- 
kami^ « dieu à Textérieur parfait », et Aya-Kashikô-né- 
no-kami^ « déesse vénérable »; 1° Izana-gi-no-kami, 
« le dieu qui engage », et Izana-mi-no-kami^ « la déesse 
qui engage ». Ces deux derniers paraissent avoir eu un 
corps matériel, d'une nature se rapprochant de celle du 
corps humain, et sont les agents actifs de la création du 
monde terrestre. 

Jusqu'ici la terre n'existe toujours que sous une appa- 
rerce visqueuse, informe. Les dieux engagent Izana-gi et 
Izana-mi à la rendre solide et, à cet effet, donnent à 
Izana-gi la lance céleste de pierre précieuse appelée Nou- 
Kobo. Ces deux dieux se placent alors sur le pont ou 
l'escalier Ama-no-ouki-kashi, qui relie le ciel à l'abîme, et 
agitent avec la lance divine le limon des eaux ; quand ils 
la retirent, la vase restée au bout de la lance dégoutte, 
s'empile et forme l'île d'Onogoro. Curieux de visiter leur 
nouveau domaine, ils descendent dans l'île et, la trouvant 
agréable à habiter, ils y commencent l'œuvre de l'enfante- 
ment du monde. Leur premier-né est le dieu Hirougo^ 
être difforme et chétif qu'ils abandonnent aux flots de 
l'Océan sur une barque de roseaux ; puis ils donnent nais- 
sance à l'île d'Aha, « Ecume ». 

Etonnés et chagrins de la faiblesse et de la laideur de 
cette progéniture, ils remontent au ciel demander con- 
seil aux grands dieux. Ceux-ci déclarent que la mauvaise 
constitution de ces enfants provient de la grave inconve- 
nance commise par Izana-mi en faisant la première des 
avances à son époux. Les deux démiurges redescendent 
donc dans leur île et, cette fois, agissant selon les règles de 
la bienséance, donnent naissance d'abord aux huit îles 
d'Ahadji, de Foutana, de Mitsougô, de Tsoukoushi, d'iki, 
de Tsou, de Sadô et de Yamato, qui constituent le Japon 
proprement dit, puis aux six îles secondaires de Kozhima, 
d'Adzouki, d'Ohoshima, de Himé, de Tchika et de Fouta- 
gô. Après avoir enfanté ces îles, ils engendrent les dix di- 
vinités qui président à l'atmosphère, à la terre, aux eaux 
et à l'automne : Oho-koto-oshi-wo-no-kami^ Iha-tsout- 
chi-biko-no-kami, Iha-dzou-bimé-no-kami , Oho-to- 
bi-waké-no-kami ^ Amé-no-fouki-wo-no-kami, Oho- 
ya-biko-no-kami , Kaza-gétsou-waké-no-oshi-wo-no- 
kami , Oho-wata-tsou-mi-no-kami , Minato-no-kami 
et Haya-aki-dzou-hikô-no-kami ; ensuite naissent les 
dieux du Vent, des Arbres, des Montagnes, la déesse des 
Marais, le dieu du Bateau de camphre céleste, la déesse de 
la Grande Nourriture et enfin le dieu du Feu, Hi-no-haya- 
yagi-wo-no-kami, dont la naissance coûte la vie à Iza- 
na-mi. 

Désolé de la perte de sa compagne, Izana-gi verse d'abon- 
dantes larmes, et de ces larmes naît Naki-saka-mé-7io~ 
kami, « déesse des cris et des pleurs » ; puis il enterre la 
morte au sommet du mont Hiba, et, fou de douleur, d'un 
revers de son terrible sabre, Amé-no-wo-ha-bari, tranche 
la tête du dieu du Feu, cause involontaire de la mort de 
sa mère. Du sang de ce dieu naquirent huit divinités, et 
huit autres de ses divers membres. Après cette exécution, 
l'inconsolable Izana-gi entreprend d'arracher leur proie aux 
enfers et descend au « lieu de putréfaction » ; mais Izana-mi 



a « mangé la nourriture de l'enfer » et ne peut lui être 
rendue. Au moins veut-il la voir une dernière fois ; mais il 
n'aperçoit plus qu'un cadavre en décomposition, pâture de 
vers repoussants, et s'enfuit plein d'horreur poursuivi jusque 
sur la terre par 
Izana-mi et les 
puissances de 
l'enfer, à qui il 
n'échappe qu'en 
fermant avec un 
énorme rocher le 
passage qui con- 
duit au sombre 
séjour. Délivré de 
leur poursuite, le 
dieu s'empresse 
de se plonger dans 
un ruisseau afin 
de se purifier, et 
alors de chaque 
vêtement dont il 
se dépouille, de 
chaque partie de 
son corps que 
touche l'eau pu- 
rifiante, naît une 
divinité ; de son 
œil gauche sort 
la déesse Ama- 
térasou-oho-mi- 
kami à laquelle 
il donne l'empire 
du soleil; de son i 
œil droit, le dieu 
Tsouki - yomi - 
no- kami dont il 
fait le régent de 
la lune; de son 
nez, le dieu Ta/ce'- 
haya-Sousa-no~ 
wo-no-mikoto 
— plus généra- 
lement appelé 
Sousa-no — qui reçoit en partage l'empire de l'Océan. 
A partir de ce moment, il n'est plus question d'Izana-gi ; 
quant à Izana-mi, elle devient la grande déesse de l'enfer, 
sous le nom &^Yomo-tsou-oho-kami, 

L'espace nous manque pour analyser, ainsi qu'il con- 
viendrait, les légendes des démêlés du turbulent Sousa-no 
avec sa sœur Ama-térasou, et de son exil sur la terre, — 
du meurtre de la déesse de la Grande-Nourriture, Oho- 
gé-tsou-himé, du cadavre de laquelle naissent les animaux 
domestiques et les céréales, — de la victoire de Sousa-no 
sur le dragon à huit queues, et résumer les hauts faits 
de la longue série de dieux terrestres qui se succèdent sur 
le sol du Japon, depuis l'établissement de Sousa-no à Sou- 
ga, dans la province d'Idzoumo, jusqu'à l'avènement de 
l'empereur Zim-mou, le premier dieu humain, fondateur 
de la dynastie impériale du Japon. Du reste, ces traditions 
mythologiques, qui appartiennent plutôt au cycle héroïque, 
ne nous apprendraient pas grand'chose au point de vue re- 
ligieux ; elles ont surtout pour objet d'établir la filiation 
divine des daïris ou mikados. 

Il est bien difiicile de se faire, d'après ces documents, 
une idée nette de ce qu'était anciennement la religion des 
Japonais. Le rôle effacé des grands dieux, l'oubli dans le- 
quel on les laisse aussitôt après avoir constaté leur exis- 
tence autorisent à supposer qu'ils ne faisaient pas partie 
du panthéon primitif et ne sont qu'une imitation de la 
Irinité chinoise San-thsing, tandis que l'importance don- 
née à la déesse du soleil, Ama-térasou, semble indiquer 
qu'elle a été — comme elle l'est encore du reste dans la 
croyance populaire — la grande divinité principale. Mais 




Ama-térasoLi-oho-kami {d'après 
dessin japonais). 



il ne faudrait pas conclure de ce fait à l'existence d'un 
monothéisme primitif ; nous sommes ici en présence d'un 
polythéisme, ou, si l'on veut, d'un polydémonisme parfai- 
tement caractérisé. 

Un fait, d'autant plus curieux à constater qu'il est très 
rare, c'est l'absence complète de toute idée de morale et 
de tout culte; en fait de rites, nous ne trouvons dans les 
cent quatre-vingt sections du Ko-zi-ki que celui de la pu- 
rification par l'eau. La notion de l'existence et de l'im- 
mortalité de l'âme paraît absolument inconnue aux anciens 
Japonais, de même que l'idée d'une autre vie et de ré- 
compenses et de châtiments futurs. Le ciel, Takama-no^ 
hara^ est une contrée toute semblable à la terre, avec des 
montagnes, des rivières, des champs, des forêts, des pa- 
lais, résidences des dieux; il est situé à une portée de 
flèche au-dessus du monde terrestre et on y accède par 
un escalier. Les hommes y ont-iis accès après leur mort? 
C'est très douteux. Cependant la tradition populaire y fait 
monter Izana-gi après la mort d'Izana-mi; mais il ne faut 
pas oublier que ce personnage a plus d'un dieu que d'un 
homme. L'enfer, Yomo ou Yomo-tsou-kouni, est sim- 
plement la contrée des morts, un pays ténébreux conçu à 
l'image du monde de la terre, sans qu'il s'y rattache une 
idée quelconque de châtiment ou de supplice ; il est situé 
au-dessous de la terre et communique avec le monde des 
vivants par un passage étroit. 

Un état religieux aussi primitif ne pouvait évidemment 
pas durer bien longtemps ; aussi, dès le vi*^ siècle avant notre 
ère, si nous en croyons les historiens japonais, il se trans- 
forme et un véritable culte s'établit. Les dieux étant con- 
sidérés comme les ancêtres de la dynastie impériale et de 
la nation japonaise, ce culte prit naturellement la forme 
ancestrale et ce fut l'empereur lui-même qui eut la charge 
d'offrir les sacrifices à ses divins ancêtres en son nom per- 
sonnel et pour tout son peuple. Quant aux particuliers, 
chacun honorait ses ancêtres à domicile d'une façon à peu 
près identique au culte ancestral chinois. Les prêtres, dont 
la charge est de bonne heure devenue héréditaire, ne rem- 
plissaient que des fonctions subahernes ; ils entretenaient 
les temples et participaient aux cérémonies solennelles en 
chantant des hymnes avec accompagnement de musique et 
en exécutant les danses sacrées. Les temples, construits en 
bois brut sans autre ornementation que des rameaux verts 
et des bandelettes de papier blanc, consistaient en un sanc- 
tuaire ne renfermant qu'un miroir de métal, un sabre et 
un gohei (bâton de bois blanc décoré de papier blanc dé- 
coupé en losanges) posés sur une table de bois naturel, et 
souvent fermé par un voile blanc, ainsi que l'est encore 
aujourd'hui le sanctuaire célèbre d'Ama-térasou à Isé. U 
était interdit de faire des images des dieux. S'il n'est pas 
certain qu'on ait jamais sacrifié des victimes humaines de- 
vant les autels, par contre les sacrifices humains étaient 
pratiqués à l'occasion des funérailles, et l'usage d'enterrer 
vivants avec les morts illustres non seulement leurs servi- 
teurs, mais encore un certain nombre de leurs amis, se 
conserva d'une façon réguUère jusqu'au i*^** siècle de notre 
ère. Il fut aboli, dit-on, par l'empereur Souinin-Tennô en 
l'an 2 av. J.-C. ; mais il paraît certain qu'il persista acci- 
dentellement jusqu'en 646, c.-à-d. presque jusqu'à l'époque 
(742) où l'auteur du Ko-zi-ki compilait ce recueil à la 
demande de l'impératrice Gem-miyô, veuve de l'empereur 
Temmu. 

Les progrès de la civilisation, l'influence de plus en plus 
grande de la littérature et de la philosophie chinoises, peut- 
être aussi la concurrence redoutable du bouddhisme, ame- 
nèrent peu à peu dans le shinto de nouvelles modifications 
tendant à le rapprocher du niveau des autres religions voi- 
sines. Si le respect de l'antiquité et des choses sacrées ne 
permit pas de toucher au texte même des anciennes tra- 
ditions, de nombreux commentateurs s'efforcèrent de les 
expliquer de façon à en faire disparaître ou à atténuer ce 
qui pouvait paraître trop extravagant ou trop grossier à 
l'esprit moderne, et à présenter le polythéisme du shinto 



25 — JAPON 

sous l'aspect d'une sorte de monothéisme, en sacrifiant les 
dieux secondaires, réduits à l'état de simples esprits ou de 
personnifications des vertus et des énergies du dieu su- 
prême. D'après cette nouvelle école, Amé-no-mi-naka- 
noushi-no-kami, Esprit ou Essence dépourvu de forme ma- 
térielle, est le dieu unique, incréé, éternel, invisible et 
créateur ; conception qui le rapproche beaucoup du Shang- 
ti des Chinois. Taka-mi-mousou-bi-no-kami et Kami-mou- 
sou-bi-no-kami ne sont pas des dieux distincts, mais repré- 
sentent les deux facultés ou pouvoirs essentiels du dieu 
unique : le premier donne la forme matérielle aux êtres et 
aux choses, le second anime la matière. (Cette conception, 
cela va sans dire, est celle des lettrés et des philosophes ; 
le peuple demeure fidèle à ses anciennes croyances et son 
culte se porte presque exclusivement sur la déesse solaire 
Ama-térasou.) L'âme humaine, œuvre de Kami-mousou-bi , 
est immortelle et possède deux principes, ou facultés, in- 
destructibles : Fo2iyou-mi-tama^ principe du bien, et 
Ara~mi-tama, principe du mal; la vertu consiste dans la 
prédominance du bon principe. L'âme est faite de la même 
essence que le dieu suprême ; elle peut s'en rapprocher in- 
définiment par ses mérites et, après la mort, aller se re- 
poser à ses côtés dans le Takama-no-hara, ou monde des 
dieux. L'âme coupable descend dans l'enfer, Néno-kouni 
Soko-no-kouni, pour y subir des supplices incessants. 
L'idée de la transmigration n'est pas admise. 

Au point de vue de la morale, les shintoïstes modernes 
ont tout simplement adopté celle de Confucius ; ils ne pou- 
vaient faire un meilleur choix. 

Actuellement le culte est à peu près dépourvu de céré- 
monial extérieur; comme aux premiers temps, le sacrifice 
consiste en une simple offrande de viandes, de poisson, de 
volailles, de fruits, de riz cuit et d'eau pure, après laquelle 
les prêtres exécutent leurs chants et leurs danses confor- 
mément à l'ancien rituel. L'introduction de la morale dans 
la religion a étendu les charges de ces derniers ; en dehors 
des sacrifices, d'ailleurs peu fréquents, ils enseignent les 
préceptes religieux et moraux et prononcent des sermons, 
entrecoupés de chants sacrés, qui ne sont pas sans quelque 
rapport avec les prêches protestants. 

Enfin, le culte domestique a également été simplifié ; les 
offrandes déposées devant les tablettes ancestrales, qui 
étaient autrefois de véritables repas de plusieurs plats, ne 
se composent plus aujourd'hui que de riz cuit à l'eau et 
sans sel, d'eau pure et de bâtonnets d'encens. 

Le Bouddhisme. — Il existe trois versions relatives à 
l'introduction du bouddhisme au Japon. L'une en attribue 
l'honneur à une mission coréenne venue au Nippon à la 
suite de la conquête de la Corée par la célèbre impératrice 
Zin-gô-Kogô, au iv« siècle de notre ère; une autre le fait 
arriver en 552 dans les bagages d'une ambassade chinoise ; 
la troisième, enfin, donne le mérite de son importation ^u 
prêtre Oô-shin envoyé, à cette même date, par le roi de 
Corée, avec sept autres religieux coréens, pour apporter à 
l'empereur une image du Bouddha en cuivre doré et tous 
les livres bouddhiques qui étaient traduits en chinois à 
cette époque. La première de ces traditions, qu'aucune 
preuve n'accompagne, doit être écartée en raison du ca- 
ractère trop légendaire de la conquête problématique de la 
Corée par Zin-gô. Quant aux deux autres, faute de docu- 
ments suffisants, il est impossible de se prononcer entre 
elles, et nous ne retenons qu'un seul point de leur récit, 
sur lequel presque tous les historiographes du bouddhisme 
japonais sont d'accord, la date de 552. Un autre point 
semble également acquis, c'est que l'image sacrée, apportée 
par l'ambassade chinoise ou coréenne, tut déposée dans la 
maison que le courtisan ïna-mé possédait à Moukawara 
(Yamato), qui, transformée par ses soins pieux, devint 
le premier temple bouddhiste du Japon. 

Ce ne fut pas sans peine que le bouddhisme parvint à 
s'implanter, ayant à lutter non seulement contre une reli- 
gion d'Etat et la superstition populaire, mais encore contre 
la politique d'un gouvernement dont le souverain était 



JAPON — 26 

considéré comme le descendant direct des dieux du pays 
et quelque peu dieu lui-même. Après avoir végété pendant 
plus de 300 ans, il commença à se développer, après 
l'éclosion de ses premières sectes, vers le ix^ siècle, pour 
atteindre son apogée du xni<^ au xvi^, grâce à la protection 
qu'il trouva auprès du gouvernement des shogouns. 

Quand Yori-tomo fonda, au xi^ siècle, cette institution 
du shôgounat si curieusement semblable à la mairie du pa- 
lais de notre dynastie mérovingienne, il jugea de bonne 
guerre de s'appuyer sur le bouddhisme pour faire opposi- 
tion au mikado, chef du shinto, et cette politique habile, 
suivie par ses successeurs, fut très probablement le point 
de départ de la fortune du bouddhisme au Japon, de même 
que, quelques centaines d'années auparavant, la protection 
d'Açoka lui avait donné la suprématie dans l'Inde. Les 
bouddhistes reconnaissants embrassèrent résolument le parti 
des shogouns ; on vit le^s monastères se changer en forte- 
resses, les moines troquer la chape contre la cuirasse, et 
maintes fois un empereur ayant cessé de plaire à son puis- 
sant vassal alla, la tête rasée, méditer à l'ombre d'un cloître 
sur la fragihté de la grandeur humaine. Plus tard, au temps 
du grand Taï~kô et de Yéyas, tous les daimyôs furent con- 
traints de s'affilier à l'une des sectes bouddhiques. 

Le bouddhisme japonais appartient au système Mahâ- 
yâna ou bouddhisme du Nord, et aux écoles dites mâdhya- 
mika ou madhyama-yâna, yogâcârya etkâlâcakra (V. Boud- 
dhisme), bien que deux 
de ses sectes les plus 
anciennes passent pour 
professer la doctrine 
Ilina-yâna ou du boud- 
dhisme du Sud, asser- 
tion douteuse jusqu'à 
plus ample informé. 
Comme celui du Né- 
paul, du Tibet et de 
quelques sectes chi- 
noises, son culte 
s'adresse, outre Çâkya- 
mouni (Shaka), aux 
cinq Dhyâni-Bouddhas, 
Daï'Niichi « Mahâ- 
Vairocana », Ashikou 
« Akshobya », Hô-sliiô 
« Ratna Sambhava», 
Amida « Amitâbha », 
Fokou - djô -djôu 
« Amogha-Siddha », et 
aux mille Bouddhas des 
trois mondes (passé- 
présent - futur ) , qu'il 
désigne par les noms 
génériques de Nio-raï 
« Tathâgata » et Bout- 
sou « Bouddha ». Les 
cinq Dhyâni-Bouddhas 
jouissent d'une importance toute particulière en tant 
qu'essences et origines de tous les autres Bouddhas, — bien 
que les quatre derniers ne soient que des intelligences ou 
qualités de Daï-Nitchi, le Bouddha suprême, existant par 
lui-même, éternel, — et parmi eux celui dont le culte est 
le plus répandu est Amida^ personnification de la Cha- 
rité, régent de la Terre pure (paradis) de Soukhâvatî, ins- 
pirateur et en quelque sorte père spirituel de Shaka-mouni. 
Au contraire, Daï-Nitchi est, en général, assez négligé, 
sauf dans les sectes de Tén-dai et de Shin-gon qui le recon- 
naissent pour leur divinité suprême. Shaka-mouni^ quoique 
reconnu comme le fondateur du bouddhisme actuel, n'oc- 
cupe qu'un rang secondaire (excepté dans la secte de Ni- 
tchirén ou Hokké-shou)ce qui tient à sa situation d'émanation 
d'Amida. Au-dessous des Bouddhas, nous trouvons comme 
objets d'un culte secondaire les Bossatsou ou Bodhisattvas, 
parmi lesquels se distinguent au premier rang Mon-djou, 




Daï-Nitchi-nio-raï (Bouddha su- 
prême, bois du xviii« siècle). 




Rakan {terre cuite du ix° siècle). 



« Manjuçri », Foughéîi, « Samantabhadra », et surtout 
Kouan-on^ « Àvalokitê-çvara », personnification de l'énergie 
charitable d'Amida, qui forme une sorte de triade avec ce 
Bouddha et Shaka- 
mouni. Dans la classe 
des Bodhisattvas figu- 
rent les Seize Ra- 
kans, « Mahâ-Sthavî- 
râs », et les principaux 
fondateurs d'écoles et 
de sectes. En plus des 
Bouddhas et des Bo- 
dhisattvas, les cieux 
bouddhiques sont peu- 
plés d'innombrables 
divinités de puissance 
et de rangs variés, les 
Mio-ô, « Mahâ-dé- 
vas », pour la plu- 
part d'origine çivaï- 
que, les Tén, « Dé- 
vas », ou dieux 
célestes, les Djin ou 
Sfiin, « Esprits », 
les 500 RakanSy 
« Arhats », les Tén- 
gou^ génies des mon- 
tagnes et des forêts. 
Enfin les mondes in- 
férieurs sont habités 
par des légions de 
démons, tels que les 
Ashoura, « Asuras », 
les Yakha, « Yak- 

shas », etc., d'origine indienne et japonaise. Un certain 
nombre de Kamis ont été admis au nombre des divinités 
bouddhistes. 

Sous le rapport des dogmes et des doctrines, il ne s'écarte 
guère des traditions du Mahâyâna indien que sur quelques 
points de minime importance et de pure interprétation, et 
sur la date du Nirvana de Çâkya-mouni, qu'il place en l'an 
4000 avant notre ère. Cependant il est intéressant de signa- 
ler sa conception du Nirvana, Né-han, beaucoup plus pré- 
cise et plus affirmative que celles des autres écoles boud- 
dhiques ; pour lui, le Nirvana n'est ni un lieu (paradis), 
ni le néant ou l'anéantissement; mais une union intime, une 
sorte de fusion du moi de l'être avec le Bouddha, la réali- 
sation parfaite du principe « le Bouddha, les Etres et la 
Matière ne font qu'un », qui fait de l'être un véritable Boud- 
dha parfait et qui s'obtient par « l'acquisition de l'Esprit 
de Bodaï (Bodhi) » et la destruction des passions, état au- 
quel le saint peut parvenir sans quitter la vie terrestre et, 
même, que le prêtre atteint temporairement, selon la doc- 
trine des sectes Tén-daï et Shin-gon, pendant qu'il officie 
dans certaines cérémonies. Cet état devient définitif après 
la mort du saint et le délivre à tout jamais des chaînes de 
la transmigration. 

Toutes les sectes japonaises reconnaissent et professent 
deux degrés d'enseignement appropriés à l'inteBigence et à 
l'état d'âme des disciples : Kén-kiô ou doctrine exotérique, 
pour le commun des fidèles et les novices, et Mi-kiô^ ou 
doctrine ésotérique. Cette dernière, qui, seule, mène à l'ac- 
quisition de l'Esprit de Bodhi, ne peut être enseignée qu'aux 
initiés d'une capacité et d'une ferveur éprouvées. 

Au Japon même on n'est pas d'accord sur le nombre des 
sectes, par la raison qu'elles sont divisées et subdivisées à 
l'infini en sous-sectes plus ou moins importantes dont cer- 
taines ont pris le rang de sectes, et aussi parce que quel- 
ques-unes ont disparu ou se sont fondues avec d'autres 
de doctrines similaires. En les étudiant d'un peu près on 
pourrait peut-être les ramener à cinq ou six types origi- 
naux. En général, on en compte huit, douze ou quinze. C'est 
cette dernière classification, adoptée par la secte Shin- 



— 27 — 



JAPON 



gon, que nous croyons devoir suivre en raison de la répu- 
tation de savoir des prêtres de Shin-gon. De ces quinze 
sectes, neuf sont dites anciennes parce qu'elles ont été fon- 
dées du vil® au ix^ siècle, et six modernes, établies entre le 
xii« et le xvi*^ siècle. 

Sectes anciennes, La première secte japonaise fut ins- 
tituée en 625 par un prêtre coréen, nommé E-kouan, qui 
s'était fixé au temple de Gouangôdji, à Aska (Yamato). Elle 
reçut le nom de San-ron. Sa doctrine repose sur la néga- 
tion des phénomènes extérieurs et intérieurs et fait con- 
sister la vérité en un terme moyen qui n'est ni l'être, ni 
le néant. En même temps E-kouan professait la doctrine 
de la non-réalité du moi et des éléments des cinq agré- 
gats, qui fut adoptée par la secte Djô-djitsou. Actuellement 
ces deux sectes n'ont plus ni disciples, ni représentants. 
En 653, la secte Hossô fut fondée, dans ce même temple 
de Gouangôdji, par Dô-shô, élève du prêtre chinois Géndjô- 
Sanzô. La base de sa doctrine est qu'il n'y a rien de réel 
que la pensée, tout le reste est illusion. Dô-shô enseignait 
aussi le dogme des Quatre Vérités Excellentes et des Huit 
Bons Chemins, qui devint le credo de la secte Kou-sha. Les 
livres de ces deux sectes sont étudiés par toutes les autres 
écoles ; mais le Kou-sha a disparu et la secte Hossô n'a plus 
que 48 temples, desservis par 14 prêtres seulement. 

En 699, le prêtre En-no Shô-kakou fonda la secte Shou- 
ghén, aujourd'hui absorbée dans les sectes Shin-gon et 
Tén-daï. 

La secte Kégon fut instituée en 843 par Ryôbén, dis- 
ciple de Oô-yéi et de Dji-koun ; elle s'est fondue dans les 
autres sectes et ne possède plus en propre que 22 temples 
avec 10 prêtres seulement. 

En 754, le prêtre chinois Gan-djin fonda la secte Hi- 
tsoii^ basée sur l'étude du Vinaya, ou Règles de discipline ; 
ses doctrines sont adoptées par toutes les autres sectes, 
mais maintenant elle n'a plus d'existence propre. 

En 805, le grand prêtre Saitchô, ou Déngyô-daï-shi, 
construisit le temple d'En-ryakou-dji et institua la secte Tén- 
daï, dont l'enseignement, empreint de mysticisme, est basé 
sur le principe de « l'unité de nature du Bouddha, des Etres 
et des Choses », et sur la doctrine ésotérique du Saddharma- 
pundarîka-sûtra ou Lotus de la Bonne Loi. Elle appartient 
à l'école Yogâcârya. Très importante et très prospère, elle 
possède actuellement 4,800 temples et 2,800 prêtres. 

La secte Shin-gon^ « Vraie Parole », fondée en 806 par 
le prêtre Koukaï, plus connu sous le nom de Koô-boô-daï- 




Koù-boô-daï-slii (bois du xvii'' siècle). 

shi, repose également sur le principe de l'unité du Bouddha, 
des Etres et des Choses ; mais elle y a ajouté, comme moyen 
de parvenir à l'état de Bouddha, la récitation des formules 
mystiques, Tantras et Dhâranîs, et l'usage des Mûdras, 



signes cabalistiques faits avec les doigts constituant une for- 
mule magique et une prière muettes. Elle représente au 
Japon l'école de mysticisme ou kâlàcakra. Son enseigne- 
ment est presque entièrement ésotérique. Elle possède 
43,600 temples desservis par 7,060 prêtres. 

Sectes modernes. Pendant à peu près trois cents ans 
aucuiiie nouvelle secte ne se constitua; mais, en 1148, le 
prêtre Ryô-nin fonda dans le temple de Raikôdji, à Ohara 
(Yama-shirô), la secte Youzou-nemboutsou basée sur 
« l'échange de la vertu personnelle avec celle d'autrui, au 
moyen de la récitation du nom d'Amida ou Charité éter- 
nelle». Sans être prospère, elle compte à l'heure actuelle 
357 temples avec plus de 200 prêtres. 

En 4175, la secte Djô-dô, « Terre pure », fut fondée 
par lïô-nen, d'après les principes du prêtre chinois Zén-dô. 
Sa doctrine repose sur « l'acquisition de la Bodhi par la 
contemplation du Bouddha », considérée comme le moyen 
de parvenir à la Terre pure de Soukhâvati, étape de repos 
bienheureux sur le chemin de Nirvana. Avec ses deux 
ordres ou sous-sectes, de Séizan et de Tchinzei, elle 
compte 8,300 temples et 5,500 prêtres. 

La secte Zén, basée sur la méditation abstraite, Dhyâna, 
se compose de trois ordres ou sous-sectes, établis : le pre- 
mier, IHnza'v^ par le prêtre Yéisaï en 4201 ; le second, 
Sôtô, en 4245, parDô-guén; le troisième, Wôbakou, par 
Douguén en 4663. Ses temples, au nombre de 20,780, sont 
desservis par 15,600 prêtres. L'ordre de Sôtô est le plus 
florissant des trois ordres de Zén. 

La secte japonaise la plus importante par le nombre de 
ses adhérents, attirés par la simplicité et la facilité de ses 
doctrines, le Shln-shouon « Vraie Secte», date de 1224 
et a pour fondateur Shin-ran, disciple de Hô-nen. Elle 




Sliin-ran (bois du xvi» siècle). 

enseigne que l'esprit de Bodhi s'acquiert exclusivement par 
la grâce de la Vérité éternelle qui a pris l'engagement de 
délivrer toutes les créatures, et qu'il suffit, pour provoquer 
l'action efficace de cette grâce, d'invoquer le nom sacré 
d'Amida, qui est réellement la Vrrité éternelle. Contraire- 
ment à la règle bouddhique u;;iverselle, qui prescrit le 
célibat des religieux et l'abstinence de toute chair, ceux de 
cette secte sont autorisés à se marier et à se nourrir de 
vianc(e et de poisson. Elle possède 40 grands temples et 
49,100 temples secondaires relevant des premiers, avec 
48,700 prêtres pour les desservir. Grâce à l'autorisation 
du mariage des prêtres, la prêtrise est très fréquemment 
héréditaire dans cette secte. 

Dans le courant du x^^ siècle, vers l'an 949, un prince 
de la famille impériale, fils de l'empereur Téi-gô, se voua 
à la vie religieuse sous le nom de Kouya-Djô-nin et, à 



JAPON — 28 — 

rimitation de Çâkya-mouni, se mit à parcourir le pays en 
prêchant la doctrine de la conquête de la Terre pure au 
moyen de Fillumination produite parla Bodhi, s'acquérant 
par la prière, les actions de grâce et les invocations à la 
Vérité éternelle personnifiée par Amida, c.-à-d. à peu de 
chose près celle de la secte Djô-dô ; mais cette tentative pré- 
maturée n'eut point de succès. Le prêtre Ippen, se disant 
inspiré par l'esprit de Kouya-Djô-nin, la reprit en 1275 et 
donna à la secte qu'il fonda le nom de Dji-shou, Très peu 
suivi, à cause sans doute de sa trop grande similitude 
avec Djô-dô, le Dji-shou a peu de fidèles et possède seule- 
ment 330 temples avec 200 prêtres. 

La secte Nitchi-ren fut fondée en 1261 par le prêtre 
Nitchi-ren, disciple de Tén-daï dont elle est considérée 




Nitchi-ren (bois du xvip siècle). 

comme une sous-secte. On lui donne aussi le nom de Hokké- 
shou. Sa doctrine repose sur l'autorité du Saddharma- 
pundarîka-sûtra, ou Lotus de la Bonne Loi (en japonais, 
Miô-hô-rén-ghé-kiô), et sur l'efficacité exclusive de la 
méditation pour parvenir à la connaissance du Bouddha et 
à l'acquisition de la Bodhi. Elle proclame l'unité de tous 
les Bouddhas passés avec Çâkya-mouni, Bouddha du temps 
présent. Comme adjuvant à la contemplation, elle recom- 
mande la répétition incessante du titre de son sùtra fonda- 
mental précédé de la formule d'adoration iVa-mow. Sur les 
autels de cette secte la formule Na-mou-miô-hâ-rên- 
ghé-kiô, « adoration au Lotus de la Bonne Loi », inscrite 
sur une tahlette, est placée entre deux Bouddhas, Shaka- 
mouni et Ta-hô ; cet ensemble appelé Sam-bô^ « Tri-ratna, 
trois Trésors », représente la trinité bouddhique : « Boud- 
dha, Dharma, Sangha », le Bouddha, la Loi et l'Eglise. Le 
Nitchi-ren-shou possède 3,060 temples et 2,500 prêtres. 
Si nous faisons le compte des temples possédés actuel- 
lement par les 10 survivantes des 15 sectes primitives, nous 
arrivons au total de 70,617 temples desservis par 52,584 
prêtres. Ces chiffres, s'ils sont sincères, donnent une haute 
idée de la prospérité et de la puissance du bouddhisme au 
Japon ; mais ils accusent en même temps une disproportion 
considérable entre le nombre des temples et celui des des- 
servants, d'autant plus étonnante au premier abord qu'elle 
est inverse de ce qu'on pourrait raisonnablement attendre. 
Cette disproportion tient à ce que les petits temples ou 
chapelles, très nombreux dans les villes et les campagnes, 
n'ont pas de desservants attitrés et pas de cérémonies jour- 
nalières ; le service y est fait, quand les circonstances le 
réclament, par des prêtres fournis par les temples princi- 
paux. Le nom de monastères conviendrait mieux que 
celui de temples à ces derniers qui comportent, outre le 



sanctuaire, une bibliothèque, des salles de réunion et des 
maisons pour le logement des prêtres, groupées autour de 
l'habitation du suf>érieur. Sauf ceux de la secte Shin-shou, 
qui se fixent volontiers dans les villages, il est très rare que 
les religieux bouddhistes résident en dehors des temples. 

Les religions étrangères sont faiblement représentées au 
Japon. Le judaïsme et le mahométisme n'ont aucun adhé- 
rent parmi les Japonais ; quant au christianisme catholique 
et protestant, malgré les efforts de ses missionnaires, il 
n'a fait jusqu'à présent qu'un nombre insignifiant de con- 
versions. Le Japonais tient à son individualité ; s'il recon- 
naît la supériorité des Européens au point de vue scienti-- 
fique et industriel et cherche à les égaler, il la nie en ce qui 
concerne la religion et, malgré le scepticisme que lui a 
inculqué le confucianisme, se refuse énergiquement à re- 
nier ses traditions nationales. L. de Milloué. 

Mœurs et coutumes. — Les Japonais sont vifs, gais 
et braves, ayant au plus haut degré le sentiment de la 
patrie. Un de leurs traits les plus caractéristiques est la 
propreté ; et, dans l'ancien temps, ils étaient plongés cons- 
tamment dans les rivières ou dans les piscines, comme des 
canards, hommes et femmes mêlés. Il y a environ huit 
cents bains à Tokio. La femme japonaise est d'un naturel 
aimable, de petite taille, mais gracieuse ; elle doit obéis- 
sance à son père, jeune fille; à son mari, épouse ; à son 
fils aîné, veuve. Quoiqu'elle ne soit pas maltraitée, la femme 
tend maintenant, sous l'influence des idées occidentales, à 
transformer sa situation sociale et à augmenter son indé- 
pendance; sans aucun doute, Fadoption des modes euro- 
péennes contribuera beaucoup à sa transformation. — Les 
Japonais perlent plusieurs noms : le nanori ou jitsumyo^ 
vrai nom ; le zokumyo ou tsusho, nom commun qui corres- 
pond à notre prénom; le uji ou myoji^ surnom, souvent 
tiré du lieu de la résidence; le azana, sobriquet; le go, 
nom de guerre des artistes ; les vieux noms aristocratiques 
comme Tokugawa, Minamoto, sont des kabane o\isei; les 
noms posthumes des empereurs comme Jimmu-Tenno, par 
exemple, sont des okuri-na ; }[iOiir les prêtres bouddhistes, 
le nom posthume est homyo ou kaimyo; les noms de 
femmes, yobi-na^ sont généralement tirés d'un objet gra- 
cieux, d'une fleur par exemple, m faisant précéder ce nom 
d'O, « honorable », ainsi 0-kiku, chrysanthème. — Les céré- 
monies de mariage ressemblent smgulièrement à celles de la 
Chine ; quand un jeune homme est d'âge à se marier, la 
famille s'adresse à un entremetteur (nakodo), souvent un 
ami de la maison, qui, lorsqu'il a trouvé un parti, menasse 
une entrevue (mi-ai) ; si les partis se conviennent, un 
échange de présents (yuino) a lieu. Après le choix d'un jour 
heureux pour le mariage, la fiancée se rend chez le fiancé, 
en blanc, couleur de deuil, pour bien marquer qu'elle est 
morte pour sa famille. Les principales cérémonies du ma- 
riage consistent dans le san-san ku-do (trois l'ois., neuf 
fois), parce que les fiancés boivent trois fois, de 'hacun 
des trois vins qui leur sont offerts. Quelques jours après 
la cérémonie, les nouveaux mariés font une visite {sato- 
gaeri) aux parents de la fiancée. Le divorce est relative- 
ment rare au Japon, et les causes n'en sont pas toujours 
très claires, je crois qu'elles doivent ressembler à celles 
qui existent en Chine. Le deuil consiste principalement 
dans le port de vêtements de deuil et d'abstention de 
viande animale ; sa durée varie suivant le degré de parenté 
et pour le port des vêtements et pour l'abstention de nour- 
riture. Pour le père et la mère, le port des vêtements de 
deuil est de treize mois et pour l'abstention de viande ani- 
male, cinquante jours; pour un rils aîné, vêtements, quatre- 
vingt-dix jours, et nourriture, vingt jours ; les visites pério- 
diques que le Japonais doit faire aux tombes de ses morts 
se nomment haka-mairi. — Je ne puis mieux décrire le cos- 
tume japonais que dans les propres termes de M. Cham- 
berlain : « D'abord une ceinture (shita-obi) de mousseline 
blanchie ; ensuite une chemise (juban) de soie ou de coton, 
à laquelle on ajoute en hiver une jaquette {dogi) en même 
étoffe; puis vient la robe extérieure (,'cimono), ou, en 



hiver, deux robes doublées (shitagi et uwagi), retenues 
par une étroite ceinture (obi). Dans les cérémonies, on 
porte en outre une sorte de large pantalon, nous devrions 
plutôt dire deux basques, appelées hakama^ et un habit 
empesé {haori). Le hakama et le haorisont invariablement 
de soie, et le haori est orné en trois endroits avec les armoiries 
ou mon de son propriétaire. La tète est presque toujours 
nue ; elle est quelquefois couverte d'un large chapeau de paille, 
tandis qu'aux pieds il y a une sorte de chaussettes, appelées 
ta/n, qui atteint seulement jusqu'à la cheville, et qui a un 
compartiment séparé pour- le gros orteil. Il y a deux es- 
pèces de sandales en paille, les zori qui sont libres, et 
employés pour les légers travaux, et le waraji^ qui sont 
attachés étroitement autour des pieds et employés pour les 
grandes marches seulement. Les gens à leur aise portent 
seulement le tabi à l'intérieur et une paire de socques en 
bois, appelés geta, au dehors. Le costume national d'un 
gentleman japonais est complété par un éventail, un parasol, 
et, dans sa ceinture, par une pipe et une blague à tabac. 
Les négociants portent aussi à leur ceinture, ce qui est 
appelé yatate, sorte d'encrier portatif avec une plume 
dedans. Une espèce bon marché de kimono ou robe, est 
le yukata, robe de chambre en coton, destinée à l'origine 
pour aller au bain, mais qui est souvent maintenant portée 
le soir comme déshabillé. ?» Les Japonais aiment le jeu et la 
danse ; les danses ancienntîs et classiques sont dénommées 
sous le nom de mai, le^ danses modernes et populaires 
sous celui à^odori; le kagura est une danse religieuse, 
danse avec des robes de damas et avec des masques sur la 
figure; hbon-odori est une danse d'été, d'origine boud- 
dhiste ; le bugaku était jadis dansé à la cour, et avait un 
caractère symbolique ; le no était moins une danse (ji'nn 
opéra : c'était la seule permise à la cour de Tokugawa. La 
place nous manque pour entrer dans le détail d'autres choses 
intéressantes, concernant le Japon, telles que les lutteurs, 
mais je ne puis ne pas mentionner cette façon spéciale de se 
donner la mort, appelée hara-kirU qui consiste à s'ouvrir 
le ventre avec un sabre. Dans les derniers temps, la victime 
se contentait d'un simulacre en se faisant une simple en- 
taille, pendant qu'un ami le décapitait en môme temps. 

Démographie. — D'après la statistique officielle, la 
population se montait au 31 janv. 4 89 1 à 40,353,461 hab. , 
et le l^»* janv. 1892 on l'évaluait à 40,718,677, dont 
20,563,416 du sexe masculin et 20,155,261 du sexe fé- 
minin. La prépondérance du sexe masculin est assez mar- 
quée : on sait qu'en Europe et particulièrement en France, 
on observe le phénomène inverse. 

La population se répartissait comme suit entre les di- 
verses régions 



29 — JAPON 

Ces chiffres ne comprennent pas les mort-nés. La der- 
nière période quinquennale, du 31 déc. 1 886 au 3 1 déc.l 891 , 
a donné un accroissement de population de 2,211,500, 
dépassant sensiblement celui qui ressortirait de Texcédent 
des naissances. Comme il ne s'explique pas par une immi- 
gration, il s'ensuit que probablement le premier recense- 
ment ou les déclarations de naissances ne sont pas tout à 
fait complets. 

Au 1^"^ janv. 1892, la population se répartissait comme 
suit entre les castes : kwazokoii (nobles), 3,844; sizo-* 
koii (anciens samouraï ou guerriers), 2,009, 396; hei- 
min (simples particuliers), 38,705,437. 

A cette date, on comptait 9,550 étrançfers au Japon : 
5,344 Chinois; 1,708 Anglais; 967 Américains ; 523 Al- 
lemands; 378 Français, etc. Au 31 déc. 1885, cette po- 
pulation n'était que de 6,803. Par contre, le nombre des 
Japonais résidant à l'étranger aurait passé de 11,580 à 
32,146 ; ils sont surtout établis en Corée, en Chine, puis 
aux Etats-Unis. 

Voici la liste des villes avant plus de 50,000 hab. au 
l^'-janv. 1892 : 









Hab. par 


Nippon central ( îles 


Kil. q. 


Habitants 


kil. q. 


Bonin comprises).. . 


94.793 


15.776.841 


166 


Nippon septentrional. . 


78.225 


6.190.028 


79 


— occidental .... 


53.561 


9.279.740 


173 


Sikokou 


18.210 


2.887.397 


159 


Kiou-siou (îles Riou- 








kiou comprises) .... 


43.615 


6.270.863 


144 


Yesso ( îles Kouriles 








comprises) 


94.012 


314.108 


3 


Total 


382.416 


40.718.677 


106 



Dans le vieux Japon, abstraction faite des îles du Nord, 
la densité atteint 140 hab. par kil. carré, le double de 
celle de la France. 

Le mouvement de la population est accusé par les chiffres 
suivants : 

Eïcedentdes 
Naissances Décès Mariages naissances snr 



1887... 
1888... 
1889... 
1890... 
1891... 



1.078.548 
1.186.857 
1.219.783 
1.151.034 

1.086.775 



753.456 
752.834 
808.680 

823.718 
853.139 



334.149 
330.246 
340.445 
325.141 
325.651 



les décès 

325.092 
434.023 
411.103 
327.316 
233.636 



Tokio 


. 1.161.800 


Nagasaki 


60.581 


Osaka 


. 483.600 


Tokoushima . . . 


59.969 


Kioto 


. 297.527 


Toyama 


59.090 


Nagoya 


179.174 


Hakodaté 


57.942 


Kobé 


142.965 


Koumamoto . . . 


56.618 


Yokohama . . 


. 132,627 


Kagoshima. . . . 


56.157 


Kanazawa. . , 


93.531 


Wakayama. . . . 


55.668 


Hiroshima . . 


90.J54 


Foukouoka . . . . 


54.885 


Sendaï 


64.476 







Géographie politique. — Gouvernement. — Au 
Japon, la monarchie est héréditaire et constitutionnelle, 
représentée par un empereur qu'on désigne sous le nom de 
Tennô, qui correspond au Tien-houang des Chinois, c.-à-d. 
empereur céleste. On le désigne également par les appella- 
tions de Tenshi, équivalent du chinois Tien-tseu, fils du 
Ciel, ou encore Shujô, l'Etre suprême ; le terme de Mikado 
qui est employé au Japon dans le sens poétique est celui 
par lequel l'empereur est le plus connu à l'étranger. L'ori- 
gine de l'expression n'est pas exactement connue ; en gé- 
néral, on suppose que Kado, qui veut dire porte^ corres- 
pond au mot chinois men, et que mi veut dire auguste, 
ce qui nous donne, comme lofait remarquerM. Chamberlain, 
un équivalent de la Sublime Porte des Turcs. De même 
qu'en Chine, les périodes impériales (nie n-fiao) sont rei^ré- 
sentées par des nen-go; ainsi, l'empereur actuel, Mutsu- 
hito, né à Yedo le 3 nov. 1852, a le nen-go de mei-dji, 
en chinois ming-tche. L'impératrice actuelle porte le nom 
de Haru-ko (impératrice printemps) ; née le 28 mai i 850, 
elle est la fille du noble Tadaka, de l'illustre maison Fu- 
jiwara llchidjo, de la cour de Kioto. L'impératrice mère, 
Asako, née à Yedo le 23 janv. 1834, vit encore. Quelques 
impératrices se sont rendues illustres dans l'histoire de 
l'empire, mais la constitution du 11 févr. 1889 ayant in- 
troduit la loi salique au Japon, le rôle de ces dernières est 
singulièrement diminué. 

Divisions politiques. — La première répartition du Japon 
en provinces fut faite par Seimu-Tenno en l'an 131 ap. 
J.-C. La di vison, aujourd'hui encore populaire au Japon, 
en régions ou routes (do) remonte à la veuve de Chuai- 
Tennô, l'impératrice Zin-gô-kogô. On comptait avant les mo- 
difications administratives actuelles, neuf régions : I. Kinai 
ou Go-kinai, qai comprenait cinq provinces (Yamashiro, 
Yamato, Kawachi, Idzumi ou Senshiû, Settsu) ; située dans 
File de iïondo, c'était, en réalité, le domaine impérial ; ses 
villes principales étaient Kioto, Osaka, Hiogo, Kobe, etc. 
IL Tokai-do (route de la mer Orientale), Hondo, 15 pro- 
vinces (Iga, Ise ou Seishiil, Shima, Owari ou Bishiù, Mi- 
kawa ou Sanshiii, Tôtùmi ou Enshiù, Suruga ou Sunshiù, 
Kai ou Kôshiù, Idzu, Sagami ou Sôshiû, Musashi on Bu- 
shiù, Awa ou Bôshiû, Kadzusa, Shimôsa, Hitashi); villes 
principales : Tokio, Yokohama, Nagoya, etc. Itl. Toseii-do 



JAPON 



- 30 



(région des montagnes orientales) ou Nakasan-do (région 
des montagnes centrales), Hondo, 43 provinces (Omi ou 
Gôshiù, Mino, iïida, Shinano ou Sinshiû, Kodzuke ou 
lôsliiû, Shitnotzuke ou Yashiû, Iwaki, hvasiiiro, Piikuzen, 
Rikuchiù, Mutsu; cinq provinces auxquelles on applique 
le nom d'Oshiû, les deux suivantes, Uzen et Ugo, recevant 
celui de Devva) ; villes principales : Hikoné, Otsou, Sen- 
daï, etc. IV. Eokourokou-do (région continentale du Nord), 
Hondo, 7 provinces (Wakasa ou Iakushiû, Echizen, Kaga 
ou Kashiû, Noto, Etchiû, Echigo, Sado [île]) ; villes prin- 
cipales : Fou-koui, Kanazawa, Niigata, etc. V. San-yin~ 
do (région des montagnes yin, principe femelle, par con- 
séquent, de l'ombre) , Hondo, 8 provinces (Tamda, Tango, 
Tadjima, Inaba ou [nshiû, lîôki, Idzumo ou Unshiù, Iwami 
ou Sekisliiû, Oki [lie]); villes principales : Tottori, Mat- 
souyé, etc. VI. San'yô-do{rëgmides, montagnes yô, prin- 
cipe mâle, par conséquent du soleil et de la lumière), Hondo, 
8 provinces (iïarima ou Bansliiù, Mimasaka ou Sakushiù, 
Bizen, Bitchiù, Bingo, Aki ou Geibhiù, Suwô, Nagato ou 
Chôshiù); villes principales : tlimedzi, Okayama, Hiro- 
shima, etc. VIL Nankai-do (région de la mer du Sud), 
Hondo et Sikokou, 6 provinces (Kii ou Kishiù, Awaiji [île] ; 
les quatre suivantes forment l'île de Sikokou, Awa ou 
Ashiû, Sanuki, lyo, Tosa ou Toshiû); villes principales : 
Vakayama, Tokou-shima, etc. \i[[. Sai-kai-do (région de 
la mer de l'Ouest), Kiou-siou, 11 provinces (Chikuzen, 
Chikugo, Buzen, Bungo, Hizen, Higo, Hiuga, Osumi, Sat- 
suma ou Sashiû, îki [île], Tsousliima [île]); villes princi- 
pales : Nagasaki, Kago-shima, etc. IX. Hokkai-do (région 
de la mer du Nord), Yesso, considérée connne colonie jus- 
qu'en 1868, divisée alors en 10 provinces auxquelles 
s'ajouta celle des îles Kouriles, soit 11 provinces (Osliima, 
Shlribeshi, Iburi, Ishikari, Hitaka, Tokachi, Teshiwo, 
Kushiro, Nemuro, Kitami et Ghiijma [îles Kouriles]); villes 
principales : Hakodaté et Sapporo. Ces neuf régions for- 
maient ainsi un total de 84 provinces et de 717 districts 
ou kokori^ auxquels il faut ajouter les îles Riou-kiou(Liou- 
kiou ou Lou-tchou) et Ogasawara-shima (Bonin). En 1872, 
ces anciennes divisions furent abolies, et le pays divisé en 
trois fou: Tokio, Saikio (Kioto), Osaka, et 72 ken ou dé- 
partements, non compris la colonie de Yesso et le royaume 
vassal (han) des îles Riou-kiou. Ce dernier fut médiatisé 
et le nombre des autres ken réduit à 35, soit un total de 
36 ; il fut porté ensuite à 43. En voici la liste : Kanazawa, 
Hiogo, Nagasaki, Niigata, Saitama, Chiba, Ibaraki, Gumma, 
Tochigi, Sakai, Mie, Aichi, Shizuoka, Yamanashi, Shiga, 
Gifu, Nagano, Miyagi, Fukushima, Iwate, Aomori, Yama- 
gata, Akita, Ishikawa, Tottori, Shiinane, Okayama, Hiro- 
shima, Yamaguchi, Wakayama, Eliime, Kochi, Eukuoka, 
Saga, Oita, Koumamoto, Kago-shima et Okinawa ; ce dernier 
ken a été formé des îles Riou-kiou. 

Les trois fou ou préfectures des districts da résidence 
sont administrés par des gouverneurs, et les ken, préfec- 
tures des districts ruraux, dont on a récemment porté le 
nombre à 43 (avec Nara, Fou-koui, Toyama, Tokoushima, 
Myasaki), ont à leur tête des chhi, dont dépendent les 
fonctionnaires des sous-divisions kou^ mairies, et goun, 
sous-préfectures, au nombre de plus de 8U0. On peut rat- 
tacher soit à l'administration provinciale, soit pylïus direc- 
tement au cabinet des ministres, l'administration particu- 
lière de Yesso, et des îles Kouriles, dont le bureau est désigné 
sous le nom de Hokkaido-cho (3 ken : Nemuro, Sapporo, 
Hakodaté). 

La capitale du Japon est depuis 1868 Tokio ou Tokei (en 
chinois Tong-king) qui veut dire cour de l'Est, et n'est qu'une 
désignation, comme dans l'empire du Milieu, de Pe-king, 
cour du Nord. Tokio n'est autre que Ycdo (porte de l'es- 
tuaire), l'ancienne capitale des shogouns depuis 1590. L'an- 
cienne capitale des mikados a été, de 794 à 1868, Kioto, 
Kioto, que l'on désigne aussi par le nom do Sai-kio, cour 
de l'Ouest, qui correspond au chinois Si~king . Nous avons 
de même, enCochinchine, Tong-king, cour de l'Est, qui est 
Hanoï et Si-king, cour de l'Ouest, qui est Hué. Parmi les 



anciennes capitales du Japon, je ne citerai que Nara, dans 
la province de Yamato, au vin^ siècle, et Kamakura, près 
de Yokohama, résidence des shogouns au xii® siècle, dé- 
truite en 1455 et 1526. Henri Cordier. 

Budget. — L'année financière va du i^"^ juillet au 
30 juin. Pour simplifier, nous comptons le yen"=: 5 fr. 

Recettes. Dépenses. 

1887-88. , . . 430.294.445 fr. 397.265.180 fr. 
1888-89. . . . 434.418.455 — 407.520.120 — 
1889-90.... 461.695.020 — 398.568.355 — 
1890-91.... 429.353.165 — 410.627.015 -- 
1 891 -92 .... 417. 801 . 345 -- 4 1 7 . 801 . 345 ™ 
1 892-93 .... 430 . 340 . 400 - 430 . 340 . 400 -- 

Voici le détail des recettes et dépenses pour le budi^et do 
1892-93 : 1^ Piécettes : Impôts, 332,115,985 fr. (savoir : 
douanes, 22,395.480 fr. ; impôt foncier, 193,856,695 fr.; 
impôts sur les revenus, 5,292,205 fr,; impôt sur les 
liqueurs fermentées, 77,943,285 fr.; sur le tabac, 
9,224,305 fr. ; timbre, taxes diverses, 23,404,015 fr.) ; 
pj'oduit net des travaux publics et revenu des do- 
maines, 46,313,545 fr. ; recettes judiciaires et licences, 
8,831,970 fr.; recettes diverses, 10,457,825 fr.; recettes 
extraordinaires, 32,621,075 fr. — 2« Dépenses : Service 
de la dette, 106,854,350 fr. ; liste civile, apana<?es et 
temples, 16,034,055 fr.; pensions diverses, 6,307,445 fr.; 
conseil d'Etat et Sénat, 7,209,265 fr.; affaires étran- 
gères, 3,705,485 fr. ; intérieur, 31,127,360 fr.; finances, 
15,208,000 fr. ; guerre, 64,766,825 fr. ; marine, 
28,562,355 fr. ; instruction publique, 4,777,915 fr. ; 
4,154,170 fr.; communications. 24,602,840 fr.; justice, 
18,462,685 fr. ; office de Hokkaido, 8,245,865 fr.; dé- 
penses diverses, 50,177,665 fr. ; dépenses extraordinaires, 
85,144,120 fr. 

La dette publique atteignait au 31 mars 1892 les 
chiffres suivants : 

Dette intérieure 1 . 424 . 787 . 695 fr. 

— - extérieure 72 . 443 .120 — 

Total 1.497.230.815 fr. 

Mais il faut en retrancher un actif de 23,058,575 fr. 
et observer qu'on comprend dans le montant de la 
dette intéri^eure 238,511,920 fr. de papier-monnaie et 
32,918,175 fr. ne portant pas intérêt. D'autre part, la 
guerre engagée contre la Chine en 1894 accroîtra proba- 
blement beaucoup le capital de la dette. 

Armée. ^— L'organisation du système militaire actuel 
date de l'année 1866. Auparavant l'armée japonaise ne 
se composait que de samouraï, aujourd'hui com[)lète- 
ment disparus ou à peu près, k cause des missions étran- 
gères, françaises ou allemandes qui ont créé des troupes 
homogènes et disciplinées, sur le modèle de celles de 
leurs pays. C'est à Yokohama que s'établirent les en- 
voyés du gouvernement français, sous la direction du ca- 
pitaine d'état-major, M. Chanoine. Ils avaient commencé 
à réorganiser ces bandes ép^rses, quand éclata la révolu- 
tion de 1868 qui les empêcha de continuer leur œuvre. 
Cependant, quelques années plus tard, et malgré nos dé- 
sastres, une deuxième mission fut envoyée avec le colonel 
d'état-major M. Marguerie, qui, de 1872 à 1880, établit 
l'organisation de l'armée sur des bases fondamentales. Par 
les lois de recrutement de 1875, 1879, et puis par celles 
du 28 déc. 1883 et 21 janv. 1893, le système militaire 
fonctionne de la façon suivante. Le service est obHgatoire 
et personnel ; il y a très peu d'exemptions (soutiens de 
famille, prêtres, étudiants, professeurs, etc.). H comprend 
trois ans dans l'active, quatre dans la première réserve, 
cinq dans la deuxième, huit dans la territoriale. On pro- 
cède au moyen du tirage au sort. Les premiers numéros 
parient dans l'armée active : les autres forment le dépôt : 
enfin les plus élevés constituent ce qu'on appelle l'armée 
nationale, armée réunie par l'cinporcur en cas d'invasion et 
oii sont appelés les individus de dix-sept à quarante ans. 



Il est cependant possible de se faire exonérer du service 
en versant 270 yen pour Tactive et 135 pour la réserve. 
Le volontariat existe. C'est au mois d'avril que les recrues 
arrivent au régiment après avoir passe devant un conseil 
de revision. Le minimum de la taille a été fixé à 1^50 
pour l'infanterie, l'^59 pour la cavalerie et le génie, i^Qi 
pour l'artillerie. La solde de chaque soldat est de iocent. 
Après quarante-cinq ans, dont vingt-cinq de services, il y a 
une retraite de 210 fr. La tenue se compose d'une tunique 
à deux boutons et d'un pantalon en drap bleu. L'arme se 
reconnaît par la bande du pantalon : rouge pour l'infante- 
rie et la gendarmerie, verte pour la cavalerie, jaune pour 
l'artillerie, blanche pour le génie et bleue pour l'intendance, 
le train, le service de santé. La casquette ressemble à celle 
des soldats russes. L'organisation militaire est ainsi cons- 
tituée : un ministère formant cinq divisions, un état-major 
général distinct du ministère et comprenant : i général de 
division, 1 général de brigade, 1 colonel, 3 lieutenants, 
6 sous-lieutenants (en tout 39 otticiers d'état-major, y 
compris les attachés à l'étranger) ; une inspection générale 
permanente, dirigée par un général de division ayant sous 
ses ordres 24 officiers. Le Japon est partagé en six divi- 
sions territoriales correspondant à une division d'infanterie 
(l'île de Yesso en forme une septième) ; en trois directions 
d'artillerie (Tokio, Osaka, Simonoseki), en trois divisions 
de génie dans les mêmes villes. En outre il existe un ré- 
giment delà garde dont le siège est à Tokio, et des bureaux 
de recrutement. 

Les officiers japonais peuvent être classés en quatre 
catégories : i^ anciens samouraïs ; 2^ anciens élèves des 
écoles; 3° anciens sous-officiers ; 4^ anciens fonctionnaires 
civils. 

Les écoles militaires sont en effet fort nombreuses : 
i^ V Ecole de guerre, dirigée par un colonel et recevant 
60 élèves âgés de moins de trente ans et ayant déjà servi 
deux ans dans l'infanterie ou la cavalerie ou un an dans 
les armes spéciales. Les cours durent deux ans; 2^ V Ecole 
d'application d'artillerie et du génie; 3° V Ecole spé- 
ciale militaire^ sous la direction d'un colonel, admet 
464 élèves, âgés de moins de vingt-quatre ans, et les garde 
pendant trois ou quatre ans selon l'arme; 4*^ V Ecole pré- 
paratoire militaire; 5« les Ecoles d'infanterie et de 
cavalerie; 6° V Ecole de tir de V artillerie; 7° V Ecole 
d'administration militaire (42 élèves) ; 8^ V Ecole de 
77iédecine (23 médecins stagiaires et 49 élèves-médecins) ; 
9° ï Ecole des sous-officiers (1,096 élèves admis par 
concours, étant célibataires et ayant dix-huit ans au mini- 
mum et vingt-cinq ans au maximum). En outre il existe 
des écoles de maréchalerie, de musique, etc., etc. L'ar- 
mée active comprend 28 régiments d'infanterie, dont 4 de 
la garde à 2 bataillons (1,633 hommes, dont 48 officiers, 
125 sous-officiers, 4 médecins, 2 officiers d'administration 
1,440 soldats et 11 chevaux). Le régiment de ligne ren- 
ferme 1,721 hommes. 

Il y a 7 divisions de cavalerie à 3 escadrons, dont un 
de la garde et 6 de la ligne. L'artillerie de campagne 
compte un régiment de la garde et 6 de la ligne, et l'artil- 
lerie de forteresse, 4 régiments à 3 divisions. Le génie est 
composé de 7 bataillons dont un de la garde, et le train de 
7 bataillons y compris un pour la garde. En plus, il a été 
formé, par les missions étrangères, deux corps de musique, 
une milice insulaire de Tsoushima et la colonie militaire 
du Hokkaïdo. Pour assurer le bon ordre de tous ces ser- 
vices, on a créé 6 légions de gendarmerie. Les troupes sont 
armées du fusil Mourata, calibre do 11 millim., qui est du 
genre du Gras, du Beaumont et du Mauser. C'est une très 
bonnearmequivientdela manufacturede Tokio. La cavalerie 
est munie de la carabine du même système, avec une car- 
touche spéciale renfermant moins de poudre. Cette poudre, 
assez médiocre, sort des établissements Itabashi (Tokio) et 
d'iwabana (Takazaki). L'artillerie a adopté les pièces de 
campagne du système Krupp, avec un cahbrede 80 millim. 
Il faut, en effet, que les batteries soient facilement trans- 



31 — JAPON 

portables à travers le sol montagneux du Japon. En 1892, 
l'armée active en temps de paix comprenait : 2,766 officiers 
et 57,036 hommes. Certaines modifications ont eu lieu ; 
avec les services auxiliaires, le total étaitde 71,129 hommes 
et 7,979 chevaux. 

Marine. — La formation de la marine date à peu près 
de la même époque que l'organisation de l'armée. Avant 
la révolution de 1868, il n'existait que quelques navires 
en bois appartenant à de puissants seigneurs, et de nom- 
breuses barques, servaat aux marins japonais, soit pour. ^ 
pêche, soit pour le pillage. Ce sont encore des officiera 
étrangers, français, anglais ou allemands, qui constituèrent 
une tlotte devenue aujourd'hui si importante que les Japo- 
nais se considèrent comme les Anglais de l'extrême Orient. 
Le Japon se divise en deux amirautés dépendant du minis- 
tère de Tokio: 1° Amirauté de l'Est, dont le siège est à 
Yokohama, qui comprend le Hokkaïdo et la partie N.-E. 
de l'empire sur la mer du Japon jusqu'à la pointe de Noto, 
et sur l'océan Pacifique, jusqu'à la pointe de Ooshima; 
2** Amirauté de rOuest^ dont le siège est à Miwora, dans 
la mer intérieure. Le recrutement des marins s'opère ainsi : 
par engagements volontaires de sept ou neuf ans ; par 
choix fait parmi les hommes qui doivent alors servir quatre 
ans. Les rengagements sont autorisés sans limite d'âge. 
L'effectif comprend : 865 sous-officiers, 3,300 marins, 
450 domestiques, 40 employés civils. Il y a, en outre, une 
compagnie d'artillerie de marine (100 hommes, 4 officiers), 
un bataillon d'infanterie de marine (300 hommes). Le re- 
crutement des officiers est réglé sur la loi française de 
1834. La plupart sortent de l'académie de Kulé ou des 
écoles navales étrangères; les autres sont d'anciens pre- 
miers maîtres ou viennent de l'Ecole des capitaines au long 
cours, établie sur un navire dans le fleuve Sumida, à 
Tokio. Les ingénieurs sortent de l'Université de Tokio, 
et les médecins, de l'Ecole de médecine navale. Il existe 
dans la baie de Yedo l'arsenal de Yokoska, qui a été 
fondé par des ingénieurs français en 1867, et la pou- 
drerie de Mita-Mura. Le service à bord s'exécute d'après 
des règlements français. L'uniforme est celui de la marine 
anglaise. La flotte comprend : 31 navires, 26 torpilleurs, 

5 transports; mais, sur ces 31 navires, la plupart sont en 
bois. H n'y a pas de transports. Récemment le gouverne- 
ment japonais a soumis un plan de constructions navales 
représentant une dépense de 235,000,000 de tr. Ce plan 
renferme : 2 cuirassés de 9,500 tonnes, 3 croiseurs cui- 
rassés de 6,0'JO tonnes, 1 croiseur protégé de 4,500 tonnes, 

6 croiseurs de 1,300 à 3,000 tonnes, 7 avisos-torpilleurs 
de 500 tonnes. 

Instructioin. — On a peu de renseignements sur l'his- 
toire de l'éducation dans l'antiquité, mais depuis l'époque 
d'Ojin-Tennô (270 ap. J.-C), les empereurs se sont beau- 
coup occupés de l'instruction de leur peuple. SousTemmu- 
Tennô (673-686), l'Université fut établie à Kioto et des 
écoles furent créées dans diverses parties de l'empire. Les 
écoles, très florissantes au viii® siècle, périchtèrent plus 
tard, et pendant les périodes lio-ge7i (1156) et hei-ji 
(1159) l'éducation tomba entre les mains des soldats. 
C'étaient les prêtres bouddhistes qui étaient plus particu- 
lièrement chargés de l'éducation. L'avènement au pouvoir 
de la maison de Toku-gawa, au commencement du xvii^ siècle, 
en même temps qu'elle donnait une impulsion aux études 
nouvelles, en changea complètement la nature; les grands 
ouvrages de Confucius furent étudiés avec soin et appris 
avec Te même zèle qu'en CJiino même. Toutefois, la révo- 
lution de 1868 modifia l'ancien système. On désigne sous 
le nom de mombu-sho le département de l'éducation et 
de mombu-kiijo le ministre de l'éducation. Après avoir 
fait l'essai de plusieurs collèges, on créa enfin une Uni- 
versité impériale a Tokio {ToJdo-daigaku) ; elle comprend 
six facultés : droit, lettres, sciences, art de l'ingénieur, 
médecine et agriculture, et elle renferme à peu près neuf 
cents étudiants. On compte en outre deux écoles normales 
supérieures pour les garçons et les filles, une école supé- 



JAPON 



32 



rieure du commerce, une école technique, une école des 
nobles (Gakushiu-in) des académies navale et militaire, 
une académie de musique, une école des beaux-arts, une 
école d'aveugles et de sourds-muets, cinq écoles moyennes 
supérieures et, de plus, un grand nombre de collèges par- 
ticuliers. 

Suivant la Gazette officielle, à la fin de 4892, le 
nombre total des périodiques et des journaux était de 
972 : 228 étaient consacrés aux nouvelles, H à la juris- 
prudence et à l'économie politique, 69 à la religion, 251 à 
l'éducation et aux romans, 40 à la médecine, i61 au com- 
merce, à l'agriculture et à l'industrie, et 26 aux rensei- 
gnements officiels. En 1892, 244,203,066 journaux ou 
revues ont été imprimés, c.-à-d. 163 par jour et par 10,000 
hab. ; 460 nouveaux journaux ont paru, et 434 ont arrêté 
leur publication, tandis que 87 ont été interdits par l'au- 
torité. On compte à Tokio 203 revues et journaux ; à 
Osaka, 57 ; à Kioto, 46 ; à Kanazawa, 11 ; à Hiogo, 36; 
à Iwata, 2 seulement. On peut rapprocher de ce chiffre de 
1892 celui de 1891, 766 périodiques, et celui de 1890, 
716. Citons parmi les revues et les journaux étrangers: 
la Revue française du Japon, la Japan Gazette, le 
Japan Directory, le Japan Herald, le Japan Mail, le 
Hiogo News. Une Asiatic Society of Japan, qui publie 
des Transactions fort intéressantes, a été créée en oct. 
1872 ; de même en 1873 a été fondée une Deutsche Ge- 
sellscJiaft fur Natur und Volkerkmide Ostasiens qui 
imprime à Tokio de remarquables Mittheilungen. 

Géographie économique. — Agriculture. — Le 
Japon est un pays essentiellement agricole, d'autant que 
jusqu'à la révolution de 1868, le commerce et la plupart 
des industries étaient méprisés. Le sol est partagé entre les 
paysans, pour lesquels l'impôt en argent payé à l'Etat rem- 
place l'ancien impôt en nature payé aux daïmyos. La 
grande propriété n'existe pas ; la noblesse n'a guère de 
biens fonciers. Les champs, travaillés à la bêche, soigneu- 
sement fumés et débarrassés des mauvaises herbes, sont 
soumis à un régime de rotation des cultures. Les rende- 
ments sont considérables ; les bonnes terres donnent une 
récolte en mai ou juin (blé, orge, pois, fèves), une autre 
à la fin de l'automne (riz). La surface cultivée est très 
faible : moins de 15 *^/o de l'ensemble du Japon, moins de 
12 ares par tête d'habitant. Les principales cultures sont : 
les cinq fruits (Go-koku),riz, blé, gerste, hirse, haricots, 
puis des oignons, une rave, le tare (Colocasia antiquo- 
rum), la patate [Baiatas edulis) ; nos arbres fruitiers 
dégénèrent au Japon, qui ne peut citer que son kaki (Dios- 
pyros) et ses mandarines, La culture du thé a une grande 
extension dans les coUines ; celles du tabac, du coton, du 
chanvre, du Polygonum tinctorium, du ginseng, sont 
considérables. Le mûrier à papier (Broussonetia papyri- 
fera) et le mûrier des vers à soie viennent à l'état sau- 
vage. La production de la soie est concentrée dans le centre 
de Hondo, surtout dans les prov. de Kodzuke, puis dans 
celles de Shinano et Koshiu. L'arbre à laque (Rhus ver- 
nicifera) prospère au centre et au N. de l'île. L'élevage 
est peu développé. Les chevaux sont petits, mais endurants; 
le bœuf n'est employé que comme bête de somme ; le porc 
peu répandu; la volaille (poules, canards, pigeons) abonde. 
Citons encore les abeilles, le chat à courte queue, le chien de 
race naine. Il n'y a ni ânes, ni moutons, ni chèvres, ni oies. 

Industrie. — Des industries japonaises, nous connais- 
sons surtout celles de l'art décoratif, dont les produits 
sont très appréciés en Europe: laques, émaux cloisonnés, 
bronzes, porcelaines et autresproduits céramiques, ivoires, 
bois sculptés, estampes, etc. Le goût et l'adresse des Japo- 
nais sont universellement admirés (V. ci-dessous le § Beaux- 
arts). Les laques se font à Nagasaki et dans les grandes ! 
cités de Nippon ; de même les incrustations; pour les ' 
bronzes, Kioto, Tokio et Kanazawa sont au premier rang; 
pour les émaux cloisonnés, Kioto, Nagoya et Tokio ; pour 
le travail des métaux, Kioto. La porcelaine et les grès se 
font à Arita (prov. Hizen), Satsuma (S. deKiou-siou), 



Kioto, Seto (prov. Owari) et Kanazawa. Les plus belles 
soieries et brocarts viennent de Kioto. 

Les industries européennes implantées dans l'archipel 
ont fait, depuis quelques années, d'énormes progrès. Dans 
un rapport très intéressant, publié par le consul anglais 
Hugh Fraser, nous trouvons qu'en 1892 il n'y avait pas 
moins de 38 filatures de coton, dont 9 à Osaka seule- 
ment, avec 385,990 broches, représentant un capital de 
plus de 50 millions de fr. ; en 1880, il n'y avait qu'une 
seule filature, celle de Kagoshima. En 1890, la produc- 
tion a été de 42,527,042 livres angl., représentant une 
consommation de coton brut de 49,331,368 Kv. angl. 
— Il n'y a en ce moment que 2 ateliers de tissage sur 
le modèle européen, l'un, pour le coton, à Osaka, l'autre, 
pour la laine, à Senjiu, faubourg de Tokio, qui appartient 
au ministère de la guerre. — En dehors des chantiers de 
construction navale appartenant au gouvernement, il y en 
a 3 autres considérables à Tokio, Hiogo et Nagasaki. Ces 
chantiers construisent les vapeurs à hélice et à aube, les 
navires à voiles, les chalands, les dragues, etc.— En dehors 
de la manufacture de papier du gouvernement à Oji, fau- 
bourg de Tokio, il y a seulement 6 moulins à papier au 
Japon : 2 à Tokio, 5<?Mz, établi en 1876, et Yiikosha, 
étabh en 1874; 2 à Osaka, Shimogo, établi en 1876, et 
1 autre appartenant à M. Abe, récemment terminé; 1 à 
Kioto, Umedzu, établi en 1875, et 1 à Kokura, province 
de Buzen, Senjin, établi en 1891. Ces papiers, fabriqués 
soit avec des chiffons, soit avec de la paille de riz, ou avec 
l'écorce de l'Abies firma, sont destinés à la consommation 
intérieure. — Les premières fabriques d'allumettes furent 
installées au Japon en 1876 ; elles sont au nombre de près 
de 70, dont 60 environ dans les villes de Tokio, Osaka et 
Hiogo. Il y a 17 fabriques de savon à Osaka et 1 à Hiogo; 
en 1890, la valeur des produits d'Osaka était de 15,000 
liv. st., dont la moitié a été exportée en Chine; la même 
année, sur 77,160 boîtes fabriquées à Hiogo, 14,249 boîtes 
furent employées seulement dans le pays; le reste fut en- 
voyé en Chine; la plus grande manufacture de savon est 
celle de Yokohama, établie en 1888. — La fabrication du 
verre est une des plus anciennes industries du Japon; 
Osaka, Nagasaki sont des centres, mais la plus grande 
manufacture est celle de Tokio. 

Voies de communication. — Le Japon n'a pas un sys- 
tème de navigation fluviale aussi considérable que celui 
de la Chine; mais, en revanche, il a un grand nombre de 
routes dont quelques-unes fort anciennes et célèbres, telles 
que le To-kai-do, route qui conduisait de Kioto à Yedo, 
sur laquelle était établi un service de 53 relais de porteurs 
{tsugi). Les moyens de transport sont d'ailleurs nom- 
breux : le total de véhicules de toute sorte, qui s'élevait 
dans l'année 1876-77 à 257,200, a atteint, en 1884-85, 
642,775. Ces chiffres ne comprennent pas seulement les 
voitures de maître, les chariots traînés par les chevaux, 
les chariots traînés par les bœufs, mais aussi les jinriki- 
cha ou pousse-pousse, qui figurent dans cette dernière 
année pour 169,908. Le mot àejinrikichayeiû dire litté- 
ralement « homme-force-voiture ». Ces véhicules sont, au 
reste, d'origine relativement récente ; Ils ont été inventés 
vers 1870, et de là, ils ont été transportés naturellement 
en Chine. D'ailleurs, le Japon a un moyen de transport 
autrement important qui n'existe qu'à l'état presque rudi- 
mentaire en Chine : c'est le chemin de fer. 

La première ligne de chemin de fer construite au Japon 
a été celle de Tokio à Yokohama, commencée en avr. 1870 
et terminée en 1872. La distance est courte d'ailleurs : 
28 kil. 1/2. C'est la ligne qui a coûté le plus cher. En dehors 
de cette ligne, l'Etat exploite celles do Kôbé à Otsu, Tsu- 
ruga à Ogaki, Takasaki à Yokogawa, Takétoyo à Atsuta, 
et Témya à Horonaï. Les compagnies particulières n'ont 
commencé leurs travaux qu'en 1888. Au 31 mars 1893, 
le réseau total des chemins de fer au Japon était de 
2,974 kil., dont 898 sur les lignes de l'Etat ; les pro- 
jets en vue pour une trentaine d'années augmenteraient 



33 - 



JAPON 



jusqu'à 7,400 kil. les lignes de chemin de fer. Ces lignes 
sont extrêmement prospères, et on en peut juger par les 
intérêts que les principales payaient à leurs actionnaires à 
la fin de juin 1893 : Nippon, 10 % ; Ryomo, 8 °/o ; 
Kobu^ iO'^lo ; Kwansaiy ^^^/o; Sanyo, 4,5 °/o; Kiou- 
siou, 4,7*^/0; Tanko, 7,5 0/0. 

Lorsque lye-yasu devint shogoun, il établit un système de 
postes un peu primitif, laissé plutôt à Tinitiative privée 
d'agences appelées hikyaku-ya; mais en 1871, suivant 
en cela les conseils américains, une sorte de service à 
Teuropéenne fut créé par rétablissement d'un service pos- 
tal gouvernemental sur le To-kai-do, entre Tokio, Kioto 
et Osaka. Comme en Chine, dans les ports ouverts au 
commerce étranger, les grandes puissances occidentales 
eurent leur bureau de poste spécial jusqu'à ce que le Japon 
fiît entré, le l^*" avr. 1879, dans l'Union postale univer- 
selle. Au 31 déc. 1885, on comptait 4,137 bureaux de 
poste japonais ; les voies postales étaient : territoriales, 
47,366 kil.: fluviales, 405 kil.; maritimes, 23,545 kil. 
La première ligne télégraphique fut une ligne d'essai, ou- 
verte en 1869 pour l'administration ; en 1870, des lignes 
furent établies entre Tokio et Yokohama d'une part, et 
Osaka et Kobé d'une autre. En 1893, la longueur des 
lignes était de 13,576 kil. ; celle des fils, 36,598 kil. ; le 
nombre de bureaux était de 309 contre 280 en 1885-86. 

Marine marchande. — En 1892, la marine marchande 
comprenait 18,70 navires ou jonques de construction ja- 
ponaise, et 1,442 de construction européenne dont 607 
vapeurs, jaugeant 95,588 tonneaux, et 835 voiliers jau- 
geant 50,137 tonneaux. On compte en outre environ 
490,000 bateaux de pêche et 150,000 pour la culture des 
rizières. 

Commerce. — Voici quel était, en 1891, l'état du com- 
merce général d'après les pays (en milliers de yen) : 

PAYS IMPORTATIONS EXPORTATIONS 

Grande-Bretagne 19.996 5.633 

France .' 2.834 15.120 

Allemagne 5.127 1.457 

Suisse 550 259 

Belgique 689 69 

Italie 112 755 

Russie 885 316 

Corée 4.033 1.466 

Chine 8.798 5.826 

Hong-kong 5.090 12.579 

Indes 5.643 989 

Australie 229 757 

Amérique du Nord 6.861 31.138 

Autres pays 2.081 1.551 

Pour les navires » 1 .612 



Totaux 62.927 



79.527 



Voici, pour la même année, les principaux articles des 
importations et des exportations (en milliers de yen) : 

Importations 

Coton 8.199 

Sucre 7.811 

Céréales 6 . 442 

Filés de coton. . . 5.673 

Pétrole 4.536 

Cotonnades 3.428 

Drogues, etc 3 . 352 

Lainages 3.160 



Fer 2.899 

Machines et instru- 
ments 2.447 

Voitures et navires 1 . 536 
Articles en fer. , 

Peaux 

Vêtements 

Armes 



1.214 

942 
843 
793 



Soie 31.882 

Thé 7.033 

Riz 6.214 

Cuivre 4.937 

Houille 4.831 

Soieries 4.782 

Poissons et co- 
quilles 2.299 



Exportations 



Camphre 1.629 

Poterie 1.425 

Articles en bois 

et ouvrages de 

paille 1.286 

Herbes marines. . 1 . 234 

Drogues, etc.. . 877 



grande encyclopédie. — XXL 



D'après le dernier « livre bleu » publié en août 1 894, 
il y a au Japon 1,006 compagnies par actions représentant 
un capital de 101, 762, 349 dollars; 131 banques nationales 
avec un capital de 48,416,000 dol. et diverses compagnies 
de chemins de fer avec 73,124,000 dol. de cap. ; 14 nou- 
velles compagnies sur la vie ont été créées en 1893, mais 
on a remarqué que, sur trois personnes, une seule continue 
à payer sa police d'assurance. Il y a 11 compagnies d'élec- 
tricité au capital nominal de 2,477, 250 doL, dont 1,674,713 
dol. versés. 

Monnaies, poids, mesures. — Les monnaies japonaises 
sont représentées par le yen:=z^ fr., et le sert =: 5 cent.; 
le yen d'argent pèse 26sr,9564 au titre de 900 millièmes; 
le yen d'or pèse 1^%6667 au titre de 900 millièmes (ls%5 
d'or fin). Théoriquement 1 yen r= 100 sen; 1 sen z=z 
10 rin; 1 rin =10 mô;i md = 10 shu ; 1 shu = 
10 kotsu; en pratique ofiTicielle, on ignore les monnaies 
au-dessous du rin; la monnaie impériale a été installée à 
Osaka par des Anglais qui ont été depuis lors remplacés par 
des Japonais. Les monnaies d'argent sont des pièces de 1 yen 
et ses subdivisions ; il y a également des pièces de nickel 
de 5 sen, et pour les sommes plus petites des pièces de 
cuivre ; le papier-monnaie qui est au pair de la monnaie d'ar- 
gent est fabriqué dans la capitale de Tokio à l'établisse- 
ment appelé Insatsu-kyoku. — Les mesures de longueur 
sont le ni=:3,9273 kilom., le nmarm=l,85i8 kil., le 
tchô=zi,0%d hectom. ; le ken= i,S\S^2 m. ; le chakou 
= 3,0303 décim., c.-à-d. le ri =: 36 tchô ; 1 tchô=z 
60 ken ; 1 ken = 6 chakou ou siak ou pied japonais ; 
1 chakou m iO soun ou pouces ; 1 soun = 10 boun (frac- 
tions) ou 100 rin (cheveux). — Les mesures de surface sont 
le ri carré = 15 ,4235 kil. q. ; le tchô carré zr 99,1736 
ares; le tan-=z 9,9174 ares; le ^5owèo zn 3,3058 m. q. 
— Lesmesuresdecapacitésontle /coÂoz^zi: 180,3907 litres; 
le to =: 18,0391 litres ; le chô z= 1 ,8039 litres ; le gô =: 
0, 1804 litres. — Les mesures de poids sont le kwan=: 
3,7565 kilogr.;le kin = 6,0104 hectogr. , le momm^ =1 
3,7565 gr. 

Histoire. — Histoire intérieure. — Les origines de 
l'histoire du Japon et les légendes qui y sont relatives ont 
été exposées dans les §§ Ethnographie et Religions, Le 
premier mikado, le premier empereur homme, du Japon, 
aurait été Kami-yamato-no-Iware-hiko (667 av. J.-C), ori- 
ginaire du S. de Kiou-siou ; après des victoires rempor- 
tées sur ses voisins rivaux et sur les Aïnos, il conquiert 
l'île de Nippon, jusque vers le 30<* lat., devient en 660, 
empereur sous le titre de Zim-mou-Tennô, et il choisit 
pour capitale Yamato (Kashiwabara). Il mourut en 585, 
à l'âge de cent trente-sept ans, et fut remplacé par son troi- 
sième fils, Kami-nuna-gava-mimi-no-mikoto, avec le titre de 
Suisei'Tennô. Le héros le plus célèbre de l'époque an- 
cienne du Japon est Yamato-Daké, fils du 12? mikado, 
l'empereur Keiko (71-130), qui conquiert l'E. du Japon, 
la plaine de Yedo (Kuwanto), et, tantôt déguisé en femme, 
tantôt traversant les flammes, accomplit des merveilles de 
valeur. 

Les premières relations de la Corée avec le Japon re- 
montent à l'an 33 avant notre ère, époque à laquelle une 
ambassade coréenne arriva au Japon sous le règne de Mi- 
mdikïArï-ihïkO'-ni-ymo-mikoto (Sujin-Tennô). C'est l'année 
avant l'ère chrétienne que les sacrifices humains ou même 
d'animaux sur les tombes des empereurs sont abolis. Une 
ambassade japonaise fut envoyée en Chine en 57 après 
notre ère sous les règnes de Iku-me-iri-hiko-isati-no-mikoto 
(Suinin-Tennô) et de Kouang-wu-ti, des Han orientaux. 
Rappelons qu'en 200, la veuve de Chuai-Tennô (le 15® mi- 
kado) fit la guerre à la Corée divisée en trois royaumes, 
Kao-li, Pet-si et Sm-h{Kudara, Koma et Shiraki), dont 
les princes se soumirent l'année suivante. De la Corée 
furent envoyés au Japon des brodeuses (285 ap. J.-C.) et 
les livres sacrés chinois {Rongo et Senjimon). C'était alors 
le règne de Hondano-miko (Oji7i-Tenno),sons lequel égale- 
ment (306 ap. J.-C.) des ouvriers chinois apportèrent le tis- 

3 



JAPON 



— 34 — 



sage au Japon. Les relations delà Corée avec le Japon étaient 
d'ailleurs extrêmement suivies , mais sans parler des 
guerres qui eurent lieu entre ces pays depuis le iii^ siècle 
de notre ère, nous rappellerons qu'en 55^2, le bouddhisme 
fut importé de Corée. Nous arrivons alors à une période 
de l'histoire japonaise beaucoup plus sûre. Les japonistes 
actuels, M. Aston entre autres, considèrent Tannée 461 
de notre ère comme la première date digne de foi de la 
chronologie japonaise. Sous Oho-hasuse-no-mikoto (Yu- 
riaku-Tennô) , fut introduit le mûrier au Japon. 

C'est en 645 de notre ère, 1305 de l'ère japonaise, que 
l'habitude chinoise de compter par période nien-hao, en 
japonais nen-go, fut établie par Ame-yorodu-toho-yino- 
mikoto (Kotoku-Tennô). Le premier nen-go est donc de 
645 et porte le nom de Dai-kwa ou Tai-kwa, en chinois 
Ta-hoa, C'est pendant cette première période que furent, 
d'une part, réorganisée l'administration provinciale (646 
ap. J.-C.) et d'autre part, dans la capitale, établis les 
huit ministères au-dessus desquels se trouvait un conseil 
supérieur, composé d'un (id^jo-tiaz-jm (premier ministre), 
d'un u-dai-jin (ministre de gauche) et d'un sa-dai~jin 
(ministre de droite) (649 ap. J.-C). Notons en 663 ap. J.'-G. 
la défaite des Japonais par les Coréens et les Chinois 
réunis ; le règne important de Ïemmu-Tcnnô (673-686 
ap, J.-C), marqué par des règlements -concernant les vê- 
tements ; l'établissement de barrières, appelées seki-slio, 
pour contrôler les voyageurs aux frontières des provinces ; 
la division des Japonais en huit familles, etc. Celui de 
Kammu Tennô (le 50^ mikado) (782-807), fondateur de 
Kioto, promoteur de progrès agricoles; en 799, le coton- 
nier; en 815, la culture du thé sont introduits au Japon. 
L'introduction du cérémonial chinois écarta les mikados du 
commandement militaire et fit passer le gouvernement aux 
mains de leurs lieutenants. Il s'ensuivit une anarchie de 
plusieurs siècles, durant laquelle se constitua un régime 
comparable à la féodalité européenne, avec une noblesse de 
cour et une classe militaire. La famille de Fujiwara, appar- 
tenant à la noblesse de cour, eut une influence prépondé- 
rante du vii^ au XII® siècle. L'ascendant passa alors à deux 
familles militaires, les Taira et les Minamoto. En 888, 
Mo^atsune, premier ministre (Daïjo-daïjin) de la maison de 
Fujiwara, reçut à titre héréditaire la dignité de kambaku 
(administrateur en chef). Les mikados étaient complètement 
tombés sous la tutelle des Fujiwara, ne prenant d'épouses 
et ne mariant leurs filles et sœurs que dans cette famille. 
— Les Taira se rattachèrent à un petit-fds de Kammu- 
Tennô. Leur splendeur fut courte. Les Minamoto passent 
pour des descendants du 52® mikado, Saga-Tennô. Ils ont 
donné au Japon de brillants généraux. Les familles Ashikaga 
et Tokugawa ne sont que des branches des Minamoto. Un 
de leurs premiers héros fut Yoriyoshi, qui, au milieu du 
XI® siècle, soumit les peuplades Emishi du N. de l'île de 
Hondo. Son fils Yoshiiye éclipsa ses exploits; les légendes 
le célèbrent sous le nom de HachimanTaro. Au xii® siècle, 
les intrigues de palais cèdent la place aux guerres civiles. 
L'usage s'était établi de faire abdiquer les mikados et de 
les cloîtrer lorsqu'ils atteignaient vingt ans, de manière 
que le souverain nominal fût mineur. Le 75® mikado, 
Shutoku-Tennô, avait ainsi régné de trois à vingt ans et 
s'était retiré dans un monastère. Mais à la mort imprévue 
de son jeune beau-frère, Konoyé-Tennô, qui lui avait suc- 
cédé, il voulut assurer le trône à son fils. Ce fut l'occasion 
d'une guerre acharnée ; tandis que le chef de la maison de 
Minamoto, Tametomo, l'appuyait, le Kambaku et les Taïra 
lui opposèrent un fils de son prédécesseur, Toba-Tennô ; 
le chef des Taïra, Kiyomori, fit prévaloir ce dernier, qui 
régna sous le nom de Go-Shirakawa-Tennô (1156). Le frère 
de Tametomo exilé, Yoshilomo, reprit la lutte, mais fut 
battu devant Kioto et tué (1159). Ses fils, Yoritomo et 
Yoshitsune, se soulevèrent à leur tour (1180). La lutte fut 
terrible. Le souvenir des hauts faits de Yoshitsune et de 
von serviteur le géant Benke est encore populaire. Il pré- 
salut dans le Sud, tandis que Yoritomo triomphait dans la 



région de la capitale. Définitivement vainqueur en 1185, 
Yoritomo fut nommé l'année suivante sotsui-hoshi et, 
en 1192, sei-i-tai-shôgoun. Ce mot de shogoun veut dire 
généralissime, et il paraît avoir été employé pour la pre- 
mière fois par un certain Watamaro, dans une guerre 
contre les Aïnos en 813 sous l'empereur Kami-no-sin-wau 
{Saga-Tennô), Le titre de taï-koun donné également au 
shogoun, est d'origine chinoise et n'était pas usité chez les 
Japonais. La victoire de Yori-tomo lui permit d'exercer au 
Japon un pouvoir semblable à celui des chua en Annam, 
c.-à-d. celui d'un maire du palais auprès d'un roi fainéant. 
Tandis que le mikado, roi spirituel, ou roi civil (appelé 
par les Chinois wen-wang) règne et ne gouverne pas, 
le shogoun (wou-wang) est le chef guerrier. Cet état de 
choses a duré jusqu'à la révolution de 1868. Yori-tomo 
ayant fondé une nouvelle capitale, Kama-kura, sa dynastie 
est connue (1192) sous le nom de shogouns de Kama-kura 
ou de Minamoto. Yori-tomo mourut en 1199 et le second 
shogoun fut son fils Yori-iye (1 199-1202) ; il fut lui-même 
remplacé par son frère Sane-tomo (1208-1219), Voici la 
liste de ces shogouns : 

Dynastie Mnamoto: Yori-tomo (1186-1201); Yori-iye 
(1202) ; Sane-tomo (1203-1219). — Dynastie Fujiwara: 
Yori-tsune (1220-1243) ; Yori-tsugu (1244-1251). — 
Dynastie Jimmu-ten-wo : Mune-taka (1252-1265); 
Kore-yasu (1266-1289); Ilisa-akira (1289-1307); Morî- 
kuni (1308-1333); Mori-yosi (1333-1335) ; Nari-yoshi 
(1334-1338). — Dynastie Ashikaga : Taka-udji(1334- 
1357) ; Yoshi-mori 1 (1358-1367) ; Yoshi-mitsu I (1368- 
1393) ; Yoshi-motsi (1394-1422) ; Yoshi-katsu I (1423- 
1425) ; Yoshi-motsi (réétabli en 1425-1428) ; Yoshi-nobu 
(1428-1440); Yoshi-katsu II (1441-1443); Yoshi-nari 
(1449-1471) ; Yoshi-nao (1473-1489) ; Yoshi-mura 
(1490-1493) ; Yoshi-mitsu II (1494-1507) ; Yoshi-mura 
(réétabh, 1508-1521) ; Yoshi-naru (1521-1545); Yoshi- 
fusa (1546-1565); Matu-naga (usurpateur, 1565-1568); 
Yoshi-sùsa (1568) ; Yoshi-aki (1568-1573). — Dynastie 
Taïrano: Taïra-nobu-naga (1574-1582); Aketi-mitu- 
hide (usurpateur, 1582); San-bau-si (1582-1586).— 
Dynastie Toyo-tomi: Hide-yoshi ou Taï-ko-sama (1586- 
1590); Hide-tugu (1591-1595); Hide-yori (1600-1615). 
— Dynastie Toku-gawa : Mina-moto-no-iye-yasù-kô 
(1603-1605); Hide-tada-kô (1605-1622) ; lye-mitu-ko 
(1623-1649); lye-tuna-kô (1650-1680); Tuna-yosi-kô 
(1681-1709); lye-nobu-kô (1709-1712); lye-tugu-kô 
(1713-1715) ; Yoshi-mune-kô (1716-1745); lye-sige-kô 
(1745-1762); lye-haru-kô (1762-1786); lye-nari-kô 
(1787-1837); lye-yohi-kô (1838-1853) ; lye-sada-kô 
(1853-1858); lye-motsi-kô (1858-1866); Yoshi-hisa-kô 
(1866-1867). 

Dans leur première période, presque aussitôt après leur 
avènement, les shogouns subirent le sort des mikados et 
furent réduits à une autorité nominale ; le pouvoir réel fut 
exercé par des shukkens ou régents appartenant à la 
famille de Hojo, descendant du beau-père de Yori-iye. Des 
enfants détenaient à Kioto et à Kamakura le titre de mikado 
et de shogoun. Cette situation dura de 1199 à 1334; le 
plus célèbre des douze régents est Hojo Tokimune qui re- 
poussa l'invasion des Mongols (1281). La puissance des 
Hojo fut détruite à Kamakura par le héros Nitta Yoshisada, 
de la famille de Minamoto, et à Kioto par Ashikaga Taka- 
udji, lequel restaura le pouvoir effectif des shogouns. 

En 1331 , Taka.-haru (Go-Daïgo), cherchant à secouer le 
joug de la famille de Hôjô, avait été battu et remplacé sur 
le trône par Kogon-Tennô. Néanmoins», Daïgo ayant été 
réinstallé en 1334, les successeurs de Kogon continuèrent 
de régner à Miako {Kioto), en sorte qu'il y eut deux dynas- 
ties de mikados : dynastie du Nord et dynastie du Sud. 
D'ailleurs, la dynastie de Kogon, composée de six princes, 
dont le dernier, Moto-hito {Go-Komatsu) , par suite de l'abdi- 
cation de l'empereur du Sud, devint, en 1392, seul mikado, 
régnajusqu'à 1412. La division du Japon en deux empires 
n'a donc duré que soixante ans, de 1332 à 1392. 



- 35 - 



JAPON 



C'est au XVI® siècle que recommencèrent les grandes 
luttes, favorisées par la faiblesse des shogouns d'Ashikaga. 
Membre de la famille Ota (maison de Taïra), petits dai- 
mios d'Owari, Nobu-naga commença à lutter contre les 
shogouns, peu de temps après Tarrivée des Portugais au 
Japon. Son courage, qui lui avait valu de grandes acqui- 
sitions de territoire, lui suscita de nombreuses jalou- 
sies ; il n'en eut pas moins assez d'influence pour faire 
nommer en 4 568 Yoshi-aki comme shogoun ; ce devait être 
le dernier de la maison Ashikaga. Après avoir détruit, en 
457*'», le monastère de Hiyeizan, Nobu-naga déposait Yoshi- 
aki, se substituait à lui, restaurait l'autorité du mikado, 
favorisait le christianisme, combattait vigoureusement les 
bonzes qui s'étaient déclarés contre lui, les soumettait, 
mais, trahi ensuite, il se suicidait (kara-kiri) à l'âge de 
quarante-neuf ans, en 4582. L'œuvre de Nobu-naga fut 
continuée par son élève et lieutenant Hide-yoshi, fils d'un 
paysan, qui réussit à pacifier le Japon, troublé à la mort 
du grand chef. Vainqueur des ennemis qui avaient causé 
la mort de Nobu-naga, Hide-yoshi fit la guerre à la Corée, 
et persécuta les chrétiens qui avaient été jadis protégés 
par son prédécesseur. Hide-yoshi , qui était un des 
hommes les plus remarquables du Japon, est également 
connu sous son nom de dynastie, de famille, Toyo-torai, 
ou par son titre de Tai-ko (Tai-ko-sama). Tai-ko-sama 
mourut le 15 sept. 4598 ; sa succession fut disputée entre 
son fi^ls et Toku-g2L\\ei-Iye-îjasù. seigneur de Mikawa, qui 
gouvernait le Kuwanto et résidait à Yedo. La querelle fut 
résolue par la sanglante bataille de Sekighara (1600), la 
plus meurtrière et la plus décisive des annales japonaises, 
lye-yasù, s'étant emparé du pouvoir, continua l'œuvre de 
ses deux devanciers et prit, en 4603, le titre de shogoun. 
Quoique, deux ans plus tard, il ait abdiqué en faveur de 
son fils, il conserva ce titre jusqu'à sa mort, arrivée en 
4646. Le shôgounat devait durer dans cette famille de 
lye-yasû, ou deToku-gawa,qui n'était elle-même qu'une 
branche des Minamoto, jusqu'à la Révolution de 4868, 
époque à laquelle cette fonction fut abolie; l'empereur 
Mutsu-hito étant monté sur le trône en 4867, le dernier 
titulaire, le quinzième shogoun de la maison de Toku-gawa, 
fut Yoshi-hisa-ko, fils du prince de Mito, Nari-akira, qui 
avait été adopté par le prince de Hitotsubashi. 

On désigne généralement sous le nom de période féodale 
les siècles pendant lesquels le Japon fut administré par 
es shogouns. On donnait le nom de ckï?ni(? (grand nom), 
titre qui était déjà connu sous Yori-tomo, aux chefs prin- 
cipaux militaires de l'empire dont lye-yasù assura la stabi- 
lité aux dépens de leur puissance réelle en les déclarant 
tous ses vassaux. lye-yasù divisa les daimios en fudaï, qui 
appartenaient à la famille de Toku-gawa ou tout au moins 
à leurs vassaux et en tozama^ daimios n'appartenant pas 
à la famille du shogoun, qui ne reconnurent son autorité 
qu'en 4600. Ceux-ci furent les principaux fauteurs de la 
révolution de 4868, avec les kuge, la vieille noblesse ja- 
ponaise, mécontente de l'aristocratie militaire des fudaï. 
Ces kuge, presque tous de sang impérial, appartenaient 
aux neuf familles : Fujiwara, Sugawara^ Taira^ Mina- 
motOj Kiowara, Abe, Onakadomi, Urahe et Tamba, 
Comme le vrai souverain, le mikado, ces kuge vivaient 
dans la plus grande oisiveté, et la plupart d'entre eux 
dans la plus profonde misère. — Les soldats formaient 
une classe à part, les buke; mais, depuis Yori-tomo, on les 
appelait plus souvent samurai ou gardes. Ils avaient les 
classes inférieures {hei-min)^^ dont ils étaient la terreur, 
en quelque sorte à leur merci. Vivant chez leur daimio, 
un peu à la façon de nos hommes d'armes du moyen âge, 
ils avaient le droit de porter deux épées, se mariaient 
entre eux, et leur fils aîné recevait une pension de leur 
chef. Beaucoup de ces pensions furent rachetées par le 
gouvernement impérial à partir de déc. 4873; elles le 
furent toutes à partir d'août 4876. En 4878, le mot de 
samurai fut changé en celui de shi%okii, qui a le même 
sens. On désignait sous le nom de rônin, vagabonds, les 



samurai qui avaient cessé d'être attachés à la personne 
d'un daimio, soit librement, soit par renvoi, soit enfin 
par le fait de la condamnation de leur chef; le rônin, 
n'ayant pas de paye, comme le samurai, vivait souvent de 
rapine, mais aussi se montrait fort dévoué à celui qui 
l'employait, ainsi qu'en témoigne l'histoire célèbre des 
Quarante-sept RdninSj qui furent tous condamnés au 
hara-kiri pour avoir (avr. 4704) vengé la mort de leur 
patron, Asano, seigneur de Ako. 

L'arrivée des étrangers au xvi^ siècle, la politique des 
shogouns à leur égard, aussi bien, sinon plus, que le sys- 
tème féodal protégé par ces derniers, amenèrent la révolu- 
tion de 4868. Nous continuerons donc l'histoire du Japon 
dans le chapitre suivant, relatif aux relations étrangères. 
Relations étrangères. -- Temps anciens et moyen 
âge. Les anciens ne connaissaient pas le Japon ; les mar- 
chands arabes, au contraire, l'ont connu et l'on pourra 
consulter à ce sujet le mémoire de M. deGoeje : Arabische 
Berichten over Japan (Amsterdam, 4883). Doit-on dési- 
gner les îles de Sila comme Yule, par le Japon, ou comme 
de Goeje, par la Corée? Aboulféda écrit: « Sîla ou Sîlâest 
située au plus haut de la Chine, à l'E. Ceux qui voyagent 
sur mer ne s'y rendent pas souvent. C'est une des îles delà 
mer Orientale qui font pendant, par leur situation, aux îles 
Eternelles et Fortunées de la mer Occidentale ; seulement 
celles-ci sont cultivées et remplies de tous les biens, contrai- 
rement à celles-là. » — Dans l'histoire des Mongols, Youen, 
Youen-chi, le Japon, Je-peun, est décrit dans le chap. ccviii 
de la quatrième section. C'est le pays Je-peim Kouo, trans- 
crit phonétiquement et décrit par Marco Polo sous le nom 
de Zipangu : « Sypangu est une isle en Levant qui est en 
la haulte mer, loings de la terre ferme mille cinq cens 
milles; et est moult grandisme isle. Les gens sont blans 
et de belle manière. Hz sont idolastres, et se tiennent par 
eux ; et si vous dy qu'il ont tant d'or que c'est sans fin ; 
car ilz le treuvent en leurs isles. Hz sont pou de marchans 
qui là voisent, pour ce que c'est si loings de la terre ferme. 
Si que pour ceste raison leur habonde î'or oultre mesure. » 
Rachid-eddin emploie également ce mot modifié de Zipangu. 
Le mot de Nippon se trouve déjà au x^ siècle de notre ère 
sous la forme Al-Ndftm, dans le Ikfiwdn-dlSdfd. En 
réalité, le Japon, qui a été connu des Occidentaux par la 
relation de Marco Polo, avait été oublié par eux et l'on 
peut considérer le Portugal comme l'ayant découvert à 
nouveau. 

Portugal Dans une lettre adressée en 4505 par le 
ro] de Portugal, Emmanuel, au roi de Castille, il est parlé 
d'un navire du roi de Calicut, qui fut saisi par les Portu- 
gais et à bord duquel on trouva trois instruments astrono- 
miques en argent qu'il avait été chercher dans l'île Sapo- 
nin (Japon). — Le Japon se retrouve sous son ancienne 
forme de Zipangu, ou ses variantes, dans le globe de Mar- 
tin Behaim (4492) et dans la relation de voyage de Ma- 
gellan, par Pigafetta (4524). Mais on peut dire que le 
Japon n'a été connu que par le voyage de Fernâo Mendez 
Pinto (4545). Les Portugais avaient débarqué à Ta-ne-^a 
shima en 4542 ; dès l'année suivante, le daimio de Bungo 
envoyait une ambassade en Portugal. L'arrivée de saint 
François-Xavier à Kago-shima le 45 août 4549 allait don- 
ner une grande extension au christianisme dans le Japon. 
Nobu-naga protégea les chrétiens au détriment des bonzes. 
Une ambassade envoyée par les daimios de Bungo, d'Arima 
et d'Omura, qui quitta le Japon en 4582, l'année de la 
mort de Nobunaga, arriva en 4585 à Rome, où elle fut 
reçue par le pape Grégoire XIIL L'ère de Hide-yoshi 
(Taiko-sama) amena une forte réaction contre les chrétiens ; 
en 4587, un arrêté d'expulsion fut pris contre eux, et ils 
ne tardèrent pas à être persécutés (4596). En 4597 furent 
crucifiés à Nagasaki 9 missionnaires et 47 catholiques 
indigènes. lye-Yasù s'était d'abord appuvé sur les catho- 
liques, mais, prévenu par les Hollandais et les Anglais 
contre eux, il leur devint hostile. Son fils et son petit-fils 
les exterminèrent. 



JAPON 



86 — 



Hollaiidais et Anglais, Une expédition partie en 
i 607 sous les ordres de l'amiral général Pieter Willemsz 
Verhœven qui avait pour mission spéciale d'enlever aux 
Portugais les îles Moluques, arriva à Bantam enfévr. d609, 
après avoir envoyé au Japon deux navires, le Leeuw et le 
Brack. Les Hollandais construisirent en 4609 une facto- 
rerie à Firando (Hirado), île du Saï-kai-do, dépendant de 
Kiou-siou, à la pointe de la province Hizen, non loin de 
l'île Ikki, et y installèrent comme agent Jacques Speckx. 
Ce voyage a été raconté par Reynier Diecksz. Le port de 
Firando était sûr, mais l'accès en était difficile. Les Hol- 
landais eurent de telles difficultés dans leur établissement 
qu'ils songèrent même en 4617 à l'abandonner, mais ils le 
maintinrent néanmoins. Ils avaient d'ailleurs rendu de 
grands services aux Japonais en leur apprenant à fondre 
des pièces d'artillerie. En 1624, Speckx fut remplacé 
comme résident par Cornelis van Nyenrode. Le 9 nov. 
4640, les Japonais donnèrent l'ordre aux Hollandais de dé- 
molir tous leurs magasms nouveaux, ainsi que les établis- 
sements qui porteraient des emblèmes chrétiens. François 
Caron céda à cette injonction, mais le 44 mai 4644, les 
Japonais forcèrent les Hollandais d'abandonner Firando 
pour s'installer dans la petite île de Deshima, sous la sur- 
veillance de Tautorité de Nagasaki. Cet ordre, qui était en 
quelque sorte l'expulsion des étrangers du Japon, fut exé- 
cuté, et, le 24 mai 4644, les Hollandais quittaient Fi- 
rando. La factorerie de T^irando n'avait pas été pour les 
Hollandais une possession incontestée. Le capitaine anglais, 
Saris, commandant le « huitième voyage » de VOld Com- 
pany, parti en 4644, établit en 4643 une agence à Firando 
dont R. Wickham fut le premier agent. C'est dans une 
lettre de Wickham, du 27 juin 4645, adressée à M. Eaton, 
à Miaco, et conservée dans les archives de la Compagnie, que 
se trouve la mention la plus ancienne du thé (chaw). En 
4646, le privilège accordé aux Anglais de faire le com- 
merce au Japon fut modifié et limité au seul port de Fi- 
rando. Les Hollandais, jaloux de leurs rivaux, et infiniment 
supérieurs en nombre, les attaquèrent en 4648 et les au- 
raient certainement massacrés sans la médiation des Japo- 
nais. Malgré cet incident, l'année suivante, Anglais et 
Hollandais, reconnaissant la nécessité d'une entente, réu- 
nirent leurs deux factoreries en une seule. L'arrangement 
dura peu, car, dès 4624, les Hollandais continuèrent seuls 
leurs opérations. — Firando a toujours été noté pour l'hos- 
tilité de ses princes contre le christianisme. Quoique les 
chrétiens fussent très nombreux dès 4606, le Père Augus- 
tin Hernando de Saint-Joseph fit en 4646 de vains efforts 
pour établir une mission et construire une éghse à Firando, 
et l'année 4624 fut marquée par une grande persécution. 
— On peut dire que depuis que les Hollandais furent relé- 
gués à Deshima jusqu'à l'arrivée du commodore américain 
Perry, en 4833, la situation des étrangers au Japon ne 
changea guère. Vainement en 4807 les Russes essayèrent- 
ils de débarquer à Yesso, vainement les bateaux français 
ou anglais tentèrent-ils, soit aux îles Lieou-kieou, soit 
dans l'archipel japonais proprement dit, d'établir des rela- 
tions. Nous devons nos connaissances sur l'empire du 
Soleil-Levant à quelques rares voyageurs : Engelbert 
Kempfer, qui séjourna au Japon de 4690 à 4692, dont 
l'Histoire, quoiqu'il fût Westphalien, parut en anglais en 
4727 ; le Suédois Charles-Pierre Thunberg, élève de Linné, 
envoyé au Japon en 4772; Philippe Franz, baron de Sie- 
hold, qui a publié le grand ouvrage Nippon, Archiv %ur 
Beschreibung von Japan (Leyde, 4832-4854). 

Le commodore Perry, Les grands intérêts commer- 
ciaux des Etats-Unis dans l'Extrême-Orient décidèrent le 
président Fillimore à envoyer au Japon une escadre suffi- 
sante pour obtenir la signature d'un traité. Le commodore 
Matthew Calbraith Perry, mis à la tête de l'escadre, arri- 
vait en juil. 4853 à Uraga, à l'entrée delà baie de Yedo, 
porteur de ses instructions. Il visitait après les îles Lieou- 
kieou et la Chine, et l'année suivante, malgré l'hos- 
tilité du prince de Mito et les ennemis des shogouns de la 



maison de Toku-gawa, le bakufu, c.-à-d. le gouverne- 
ment shogounal, consentit à signer un traité à Kanazawa, 
le 34 mars 4854. Ce traité signé pour les Etats-Unis par 
le commodore M. C. Perry, l'était pour le Japon par 
Hayashi, Dai-gaku-no-kami, Ido, prince de Tsoushima, 
Iza-wa, prince de Mimasaka, et Udono, membre du minis- 
tère des finances, et comprend douze articles, dont le plus 
important est le dixième qui ouvrait aux Américains les 
ports de Shimoda dans la province d'Idzu, et d'Hakodaté, 
dans l'île de Yesso. Ratifié par le président des Etats-Unis 
en 4854, les ratifications de ce traité furent échangées à 
Shimoda le 24 févr. 4855. Ces dates sont le point de dé- 
part d'une ère nouvelle : le 14 oct. de la même année, 
l'amiral anglais, sir James Stirling, signait à Nagasaki 
un traité qui ouvrait les ports de Nagasaki (Hizen) et 
d'Hakodaté (Matsmai); venaient ensuite le vice-amiral 
russe Euphimius Poutiatine (traité de Shimoda, 7 févr. 
4855), le chevalier hollandais Jan Hendrik Donker Cur- 
tius (traité de Nagasaki, 30 janv. 4836). Un nouveau 
traité fut signé à Yedo, le 29 juil. 4858, par le consul 
général américain Townsend Harris qui permettait d'éta- 
blir un agent diplomatique à Yedo, et qui amena la signa- 
ture d'un nouveau traité avec la Hollande le 48 août 4858, 
avec la Russie le 7 août, avec la Grande-Bretagne le 
26 août, et enfin, avec la France, le 9 oct. 4858. La 
France, représentée par le baron Gros, obtenait l'ouver- 
ture pour le commerce français de Hakodaté, Kanazawa et 
Nagasaki, à partir du 43 août 4859, de Ni-i-gata, à par- 
tir du 4^'* janv. 4860, et d'Hiogo, à partir du 4*^^ janv. 

4863. A partir du 4®^ janv. 4862, les sujets français 
étaient autorisés à résider dans la ville de Yedo, et à dater 
du 4^"^ janv. 4863, dans la ville d'Osaka, mais seulement 
pour y faire le commerce. Cependant, l'agitation contre 
les étrangers augmentait; le 5 juil. 4864, la légation d'An- 
gleterre était attaquée; l'année suivante, un Anglais, 
M. Richardson, était assassiné près de Yokohama le 44 sept. 
4862 par les gens du daimio de Satsuma. Enfin, le 5 sept. 

4864, les flottes combinées anglaises, françaises, hollan- 
daises et américaines, détruisent les forts de Shimonoseki. 
En 4867, Mutsu-hito devient mikado; immédiatement 
la révolution éclate, et la première année du nouveau règne 
(4 868), qui prend le nom de mei-dji, le shôgounat est aboli ; 
les partisans des anciens shogouns de la maison de Toku- 
gawa sont battus, les traités avec les puissances étran- 
gères sont ratifiés, les ports de Kobe, Osaka, puis (4869) 
Ni-i-gata et Yedo sont ouverts aux étranger? la capitale 
du mikado est transportée de Kioto à Yedo, ^i' prend le 
nom de Tokio. 

Epoque contemporaine. — En peu de temps, on voit 
se transformer non seulement le gouvernement, mais les 
mœurs du pays. Dès 4874, les fiefs {han) des daimios 
sont pris par le gouvernement central ; par suite, le régime 
féodal est aboli, et les classes inférieures (eta), parias 
chargés des métiers vils, et heïmin, population d'indus- 
triels, d'agriculteurs et de commerçants, trouvent l'égalité 
dans la société. En même temps, le bouddhisme cessait 
j d'être religion officielle ; on établissait des postes et des 
télégraphes; à Osaka, une monnaie d'Etat était installée 
pour fabriquer des monnaies sur le modèle européen ; 
enfin on commençait la rédaction d'un nouveau code pénal ; 
l'année suivante (4872) le Japon construisait, avant la 
Chine, le premier chemin de fer de l'Extrême-Orient : 
de Tokio à Yokohama ; l'adoption du calendrier grégorien, 
des lois sur la conscription et contre la nudité dans les 
villes, marquèrent de plus en plus le désir d'entrer dans 
une voie absolument neuve ; en 4873, nous voyons le mou- 
vement s'accentuer encore par l'introduction de la vaccine 
et de la photographie, et l'adoption des uniformes officiels 
européens. Mais toutes ces réformes devaient fatalement 
aboutir à une réaction, dont la première (4874) est la ré- 
bellion de Saga, district de la province de Hizen, dan 
Kiou-siou, qui fut rapidement écrasée par le général Nodzu 
cette même année, des pêcheurs des îles Riou-kiou, ayan 



— 37 — 



JAPON 



fait naufrage sur la côte de Formose, furent massacrés; 
les Chinois ayant refusé de donner satisfaction au Japon 
pour l'attaque dont cet équipage avait été l'objet de la 
part des sauvages de l'île, une expédition sous les 
ordres du général Saigo-Tsugumitsu débarqua sur la côte 
sud-est : la guerre était inévitable entre les deux empires 
de rExtrême-Orient, si les puissances occidentales, et l'An- 
gleterre en particulier, n'avaient servi de médiatrices. 
Un traité donnant pleine satisfaction au Japon fut signé 
le 34 oct. 4874; Tannée 4875 fut moins heureuse au point 
de vue extérieur, car le Japon cédait à la Russie toute l'île 
de Sakhalin, dont elle occupait jusqu'alors le S., en échange 
de l'archipel stérile des Kouriles. Un édit promulgué en 

4876, qui devait avoir force de loi à partir du 4^^^ janv. 

4877, défendit dorénavant aux anciens samurai de porter 
les deux épées. Cet édit et la politique extérieure du gou- 
vernement amenèrent une nouvelle grande rébellion, cette 
fois, du clan de Satsuma, dirigée par le frère même du 
général Saigo-Tsugumichi, Saigo-Takamori, qui se mit à la 
tête d'une force de 44,000 hommes au milieu de févr. 
4877. Battue le 49 août, la révolution fut complètement 
anéantie le 24 sept. 4877, et Saigo se suicida l'année sui- 
vante. Cette mort, l'écrasement des rebelles, le triomphe 
des nouvelles idées furent la cause, le 44 mai 4878, de 
l'assassinat à Tokio, par des gens de Kaga, du célèbre mi- 
nistre de l'intérieur Okubo-toshimitsu. 

Nous rappellerons gue les années suivantes furent mar- 
quées par la promulgation des codes pénal et criminel (4 884 ), 
l'établissement de différents rouages administratifs et judi- 
ciaires, la fondation d'une nouvelle constitution (4889), 
toutes choses dont nous parlons au reste ailleurs. Signa- 
lons toutefois les visites au Japon de l'ancien président 
des Etats-Unis, Grant (4879), et celle du tsarévitch, 
actuellement l'empereur Nicolas 11, qui faillit être assassiné 
à coups de sabre à Otsu, sur les bords du lacBiwa (1891). 

Guerre de Corée. — Nous avons déjà, au cours de 
cet article, fait mention des difficultés qui ont existé pen- 
dant des siècles entre la Corée et le Japon. Dès l'année 
4872, les Coréens avaient refusé de faire droit aux de- 
mandes que les Japonais faisaient remonter à l'impératrice 
Zingo (V. Corée); aussi, après le règlement des affaires 
de Formose avec la Chine, une flotte, sous les ordres du 
général Kuroda, avec une nouvelle ambassade, fut-elle 
envoyée à Fou-san, où elle arriva le 45 janv. 4876. Le 
mois suivant, le 26 févr. 4876, un traité fut signé à 
Kang-hoa, en chinois et en japonais, par Kuroda-Kiyotaka 
et Inouye-Kaoru pour le Japon, et Sin-Hôn et In-Jâ-syng 
pour la Corée. Par ce traité extrêmement important, 
était affirmée l'indépendance de la Corée ; l'ouverture 
de ports au commerce était accordée. Les Japonais obte- 
naient donc du premier coup ce que tour à tour la France 
et les Etats-Unis avaient exigé en vain. Des arrangements 
et des règlements en 4877, en 4882, en 4883 complé- 
taient ou modifiaient le traité de 4876. Entre temps, la 
Chine ou au moins ses employés prenaient la direction des 
douanes dans les trois ports ouverts au commerce : Jen- 
tchuan, Yuen-san et Fou-san. Il était évident que la Chine, 
se considérant comme suzeraine de la Corée, ne se laisse- 
rait pas supplanter dans ses droits par sa jeune rivale; 
depuis 4882, une double garnison chinoise et japonaise, 
casernée à Séoul ; amenait beaucoup de désordres par suite 
de leurs jalousies. Le 4 déc. 4884, des troubles sérieux 
éclataient à Séoul ; sept des ministres furent assassinés ; le 
lendemain, la lutte se déclarait entre la garnison chinoise 
et la garnison japonaise. La légation japonaise était brûlée, 
un grand nombre de Japonais étaient massacrés et les sur- 
vivants forcés de fuir vers la côte. Les auteurs de cette 
révolution étaient : Palk-keum-moun-youi, Kim-ok-kyoum, 
Saye-koum-pou, Hong-yeng-syetri. Ils paraissent avoir agi 
pour le compte des Japonais, mais le résultat fat con- 
traire à leurs espérances, .puisque ce furent les Chinois, 
qui, aidés du peuple, eurent le dessus. Il faudrait connaître 
peu les Japonais pour supposer qu'ils accepteraient longtemps 



cette situation, Kim-ok-kyoum, réfugié au Japon, était induit 
par un de ses compatriotes, Hong-tjyong-ou à se rendre 
avec lui à Chang-haï ; il fut assassiné dans cette ville, à 
coups de revolver, par son compatriote, qui déclara avoir 
agi par ordre du roi de Corée (28 mars 1894). Le corps 
de Kim-ok-kyoum, transporté en Corée, y fut coupé en 
huit morceaux, répartis entre les huit provinces du royaume. 
La guerre à laquelle le Japon se préparait depuis longtemps 
ne pouvait tarder à éclater. 

Avant même la déclaration officielle de la guerre, les 
hostilités commencèrent. Le 20 juil. le navire anglais Kow- 
shing, capitaine Galsworthy, partait de Takou, pour trans- 
porter des troupes à Asan, en Corée. Il fut coulé près des 
îles Shup-sinto et, sur 4,500 hommes, 40 seulement, y com- 
pris le capitaine Galsworthy et le capitaine allemand von 
llannecken, furent sauvés. Les premières luttes importantes 
eurent heu sur terre : une première attaque, les 27 et 
28 juil., des Japonais sur les troupes chinoises fortifiées à 
Asan, ne paraît pas avoir eu de résultats importants, car 
les Japonais, sous la direction du général comte Yamagata, 
s'engagèrent résolument sur la grande route qui conduit 
de Séoul à Péking par la Mandchourie. Ils prenaient con- 
tact le 45 sept, à Ping-yang : les généraux chinois Yeh et 
VVei, ayant jugé la retraite nécessaire, laissèrent seul le 
général Tso ; le 46, les Japonais emportaient la position et 
les Chinois, en débandade, se repliaient vers Yi-tcheou (Wi- 
ju) sur le Yalou, fleuve frontière entre la Corée et la 
Mandchourie. Deux jours plus tard, le 47 sept., l'amiral 
chinois Ting, chargé d'accompagner des troupes à desti- 
nation de Wi-ju, était attaqué à l'entrée du Yalou parla 
flotte japonaise, qui remportait une grande victoire. Les 
débris de la flotte chinoise gagnèrent péniblement Port- 
Arthur. Cependant, les Japonais s'emparaient de Wi-ju le 
8 oct., puis, remontant la rive gauche du Yalou, leur gé- 
néral Nodzu franchissait (24 oct.) ce fleuve, et il arrivait 
après quelques combats à Foung-houang-tcheng, point d'in- 
tersection des trois routes de Moukden, de Niou-tchouang 
et de Port-Arthur. D'autre part, le comte Oyama quittait 
Hiroshima le 26 sept, et débarquait à Ta^-lien-ouan, au- 
dessus de Port-Arthur. Un troisième corps japonais, sui- 
vant la côte depuis Wi-ju, était venu renforcer ses troupes 
par terre. On peut prévoir toutes les éventualités mili- 
taires ; rien que la paix — que la Chine demande déjà 
— pourra empêcher, après la prise de Port-Arthur, la 
marche des Japonais sur Chan-hai-kouan, au pied de la 
Grande Muraille, et de là sur Tien-tsin et Péking. Quant 
aux troupes, sous le commandement du maréchal Yama- 
gata et du général Nodzu, elles ont dû déjà quitter Foung- 
houang-tcheng, et avoir pris en grande partie la route 
de Moukden, capitale de la Mandchourie, berceau de la 
famille actuellement régnante à Péking, par conséquent 
ville sainte (Cheng-king). Les quelques difficultés que les 
Japonais laissent derrière eux dans le Sud de la Corée, oii 
le « parti national », les Tong-hak, lutte contre eux, ne sont 
rien à comparer avec les terribles embarras des Chinois. 

Langue. — La vraie langue japonaise, c.-à-d. leyamatOj 
est une langue agglutinative, polysyllabique ; elle ne res- 
semble en rien au chinois, mais se rapproche du coréen, 
des langues tartares mandchoue et mongole. D'une façon 
générale, le qualificatif précède le substantif ; ainsi l'ad- 
jectif ou le génitif précède le nom ; l'adverbe, le verbe, etc. 
Le nombre, comme en chinois, ne se rapporte pas directe- 
ment à l'objet; un mot spécial intervient pour établir leurs 
rapports. Ainsi on ne dit pas : dix chevaux, mais dix 
têtes de chevaux, etc. Le yamato n'a pas de vraies con- 
jugaisons, les formes verbales étant impersonnelles. « Le 
verbe s'y produit, dit Metchnikov, sous une forme rudi- 
mentaire et se confond souvent avec les autres parties du 
discours : narou (devenir), sourou (être), arou (avoir ou 
être), que l'on serait porté à considérer comme des verbes 
par excellence, ne sont que des radicaux amphibologiques 
dont la signification varie suivant leur rôle dans la phrase. 
Ils se suffixent à d'autres radicaux et les transforment en 



JAPON 



38 - 



verbes ou à peu près. Les temps peuvent être indiqués par 
des changements de terminaisons. Le pluriel qui n est que 
rarement énoncé pour les substantifs par la répétition du 
mot ou par le suffixe d'un radical signifiant classe, caté- 
gorie ou pluralité, ne l'est jamais pour les verbes. L'ac- 
tif se change en passif, l'affirmatif en négatif, et, de plus, 
l'on obtient le désidératif, le causatif, le concessif, etc., en 
intercalant ou en suffixant des radicaux uniformes et qui 
peuvent se suffixer à même titre aux autres parties du dis- 
cours. — Il existe en japonais des pronoms pour la pre- 
mière (i;â^, <2, onvare) et pour la deuxième (nanzi, imaci) 
personne, mais l'on ne s'en sert jamais dans la langue parlée. 
Ils y sont remplacés par des locutions honorifiques, géné- 
ralement imitées du chinois. Les pronoms possessifs, qui 
jouent un rôle très important dans les langues turco-tar- 
tares, font défaut au yamato. » Autres traits : absence de 
diphtongues, la consonne / manque et est remplacée par r; 
les sons y, ch^ tchet dj du Sud se prononcent dans le Nord 
z^ s^ ts et dz. — Les relations des Japonais avec les Chi- 
nois ont amené l'introduction dans la langue d'un grand 
nombre de mots chinois, formant un idiome corrompu 
sinico-japonais appelé vakan. 

On place généralement vers l'an 400 de notre ère l'in- 
troduction du système idéographique de l'écriture de Chine 
au Japon ; en plus de ces caractères chinois, on inventa, 
d'après les caractères chinois les plus employés, un système 
d'écriture appelé kana, dont il existe deux variétés, le 
kata-kana, inventé, dit-on, parKibi-no-mabi, mort en 776, 
et le fiira-gana, inventé par le saint bouddhiste, Koô- 
boô-daïshi en 835. Le kata-kana est ainsi nommé (écri- 
ture de côté) parce qu'il est placé à côté de caractères 
chinois ; le hiragana est une cursive qui sert à la corres- 
pondance, pour les romans populaires, etc. 

L'étude de la langue japonaise par les Européens est 
d'origine relativement récente : une des premières chaires 
créées, sinon la première chaire de la langue japonaise, est 
celle du D"^ J.-J. Hoffmann à Leyde; depuis sa mort, elle 
est occupée par M. L. Serrurier ; la première chaire de japo- 
nais créée à Paris a été celle de l'Ecole des langues orien- 
tales (juin 1868) que son premier titulaire, M. Léon de 
Piosny, occupe encore ; M. Rudolf Lange occupe la chaire 
de japonais dans le séminaire, nouvellement installé, des 
langues orientales de Berlin. Dans les autres villes, comme 
Florence, avec MM. Antelmo Severini et Carlo Puini, le 
japonais n'est qu'une des branches d'un enseignement plus 
général, quelquefois un auxiliaire du chinois ; mais incon- 
testablement les grands progrès de la langue japonaise sont 
dus aux savants européens établis au Japon, tels que le 
missionnaire américain J.-C. Hepburn, et les Anglais Ernest 
M. Satow, W.-G. Aston, Basil Hall Chamberlain. Dans les 
temps plus anciens, on ne se servait guère que des ou- 
vrages des PP. Collado et Rodrigues ; ce dernier nous re- 
met sous la plume le nom de M. Léon Pages quia édité la 
grammaire de ce missionnaire ; enfin, comme travailleur 
indépendant contemporain ^ M. François Turrettini, de 
Genève, éditeur de VAtsume-gusa et du Ban-zai-sau. 

Littérature. — M. Ernest Satow, qui suit en cela les 
bibliographes indigènes, divise la littérature japonaise en 
seize classes : I. Grandes histoires : outre le Kozi-ki et le 
Mhoîi'Shô-ki dont nous avons parlé au chapitre Religions ^ 
citons le Dai-Nihonshi^ du xvii® siècle. — IL Divers ou- 
vrages historiques : Mitsu Kagami, Gempei Seisuiki, 
Heike Monogatari, qui a été traduit par Turrettini, 
Taiheiki^ Mhon Gioaishi, dont les cinq premiers livres 
ont été traduits par M. Satow. — III. Droit : Hyô no Gige 
et Engi-shikL — IV. Biographie. — V. Poésie. Les Ja- 
ponais aiment à chanter les choses gracieuses, les ileurs, 
les oiseaux, les choses de la nature ; presque toute la poésie 
japonaise est lyrique, sauf les drames classiques. Nous ne 
citerons parmi les recueils de poésie que le Man-yo-sliu 
(collection d'une myriade de feuilles) et le Kokinshû 
(chants anciens et modernes). — VI. Les romans clas- 
siques : le .plus connu peut-être est Je Taketori Monoga- 



tari, l'histoire du coupeur de bambou, qui a été traduit 
dans plusieurs langues européennes, le Genji Monogatari 
(1004 ap. J.-C), remarquable par son style. — VIL 
Mélanges : Makura no Sôshi et Tsurezure-Gusa. — 
VllL Journaux personnels : Hôjoki, Murasaki, Shikibu 
Niki. — IX. Voyages : Tosa Niki. — X. Théâtre. On 
désigne sous le nom de Nô le théâtre des hautes classes 
et sous celui de Shibai ou Kabuki le théâtre des classes 
inférieures ; quant aux pièces, on les divise en deux 
classes : pièces historiques, jidai-mono; comédies de 
mœurs, sewa-mono. Le théâtre du Japon remonte à la 
plus haute antiquité; on y trouve son origine dans les 
danses religieuses; au v® siècle, ces danses améliorées, 
jointes à une action théâtrale, formèrent les premiers nô; 
c'est encore au théâtre qu'on peut encore le mieux étudier 
les mœurs et les coutumes de l'ancien Japon, qui tendent 
si vite à disparaître. Le plus célèbre auteur dramatique du 
Japon est Chikamatsu Monzaemon qui a écrit un drame 
sur la conquête de Formose sur les Hollandais par Koxinga 
et mis au théâtre l'histoire des quarante-sept rônins; cette 
dernière histoire a été également l'objet d'une pièce par un 
dramaturge non moins connu : Takeda Izumo. Les théâtres 
de Yedo étaient réputés les meilleurs depuis que Tokugawa 
lyeyas avait invité Saruvaka-Kan-Saburo, célèbre acteur 
de Suruga, à venir jouer dans sa capitale. Le plus célèbre 
acteur actuel est Ichikawa Danjurô, de Tokio. — XL Dic- 
tionnaires et ouvrages de philologie : Wakun no Sliiori, 
Gagen Shûran, principaux dictionnaires classiques ; Gen- 
kai, dictionnaire récent^ plus complet que les précédents ; 
la meilleure grammaire est Kotoba no Chikamichi, par 
Minamoto-no-Shigetane. — Xll. Topographie : on désigne 
sous le nom de Meishô Zue les guides dans les différentes 
parties de l'empire; il y a, comme en Chine, des ouvrages 
topographiques qui ont perdu leur valeur pratique, mais 
ont conservé un grand intérêt historique. — Xlll. Litté- 
rature shintoïste : Kojiki Den, Koshi Den sont les prin- 
cipaux ouvrages. — XIV. Littérature bouddhiste : les deux 
meilleurs livres de cette section sont des recueils de morale 
Jitsit-Go Kyô et dôji Kyô. — XV. Romans modernes : 
le plus célèbre romancier moderne du Japon est Bakin 
(1767-1848) dont le roman le plus populaire est Hakken- 
den, conte des huit chiens. Citons encore le Hiza-Kurige 
et, parmi les romans historiques, le /-ro-/ia Bimko et le Yiiki 
no Akebono, qui donnent la vie des quarante-sept rônins. 
— XVI. Mélanges : ouvrages sur les sciences, les arts, les 
antiquités, le confucianisme, etc. — A ces seize divisions de 
M. Satow, M. Chamberlain ajoute une dix-septième qui 
comprend la littérature européenne du Japon, c.-à-d. les 
ouvrages écrits par les Japonais sous l'influence étrangère, 
Beaux- Arts. — L'art japonais dérive de l'art chinois, 
probablement par l'intermédiaire de la Corée, mais l'origi- 
nalité, l'imagination, ladéhcatesse de ses artistes ont donné 
aux productions de l'empire du Soleil Levant un cachet tout 
à fait particulier qui leur a valu l'admiration, non seule- 
ment des indigènes, mais encore celle des Occidentaux. Il 
n'est personne en Europe aujourd'hui qui ne sache ce qu'est 
un kakémono (chose suspendue), c.-à-d. un dessin, une 
aquarelle, un autographe, destiné à être pendu au mur 
comme un tableau; ou un surimono (chose imprimée), 
carte sur laquelle les poètes inscrivaient leurs vers, les 
artistes faisaient imprimer leurs dessins, et qui circulait au 
nouvel an entre les parents et les amis. On peut diviser en 
huit périodes l'histoire de la peinture au Japon : L Ecole 
bouddhique : l'école la plus ancienne qui fut introduite au 
vio siècle par des pèlerins, dont le plus célèbre représen- 
tant est considéré comme le créateur de l'art de peindre, 
est Kose Kanoaka, qui vivait au ix^ siècle et dont on ne 
connaît qu'une demi-douzaine d'œuvres authentiques. — 
IL Ecole de Tosa: ainsi nommée de Tsunetaka, peintre 
fameux, sous -gouverneur de la province de Tosa, au 
xiii« siècle, dont la réputation était si grande que le 
nom de Tosa fut substitué à celui de Yamato, ^ae portait 
l'Ecole, dont la plus nm'imne branche, celle do fiasuga^ 



avait été fondée vers Tan 1000 par Motomitsu, de la famille 
de Fujiwara, élève de Kose ; cette école peut-être consi- 



39 - JAPON 

dérée, comme celle deKioto, nationale par excellence ; outre 
la branche de Kasuga, ainsi nommée d'un temple près de 




Le Fousi-yama, montagne sacrée du Japon (dessin de Hokousaï). 



Nara, on notait également la branche de Takuma, d'après 
son fondateur Takuma Taraenji (vers 4038), et la branche 




Dessin d'Outamaro. 

de Sumiyoshi^ fondée par Keiou (vers 4200), dans l'école 
de Tosa, dont la décadence commence au xv« siècle. — 



III. Ecole chinoise dont l'artiste le plus célèbre fut Ses- 
A'/ifw (4420-4506); après avoir étudié en Chine (4460), il 
vint se fixer en 4469 dans le temple à'Unkoju-ji; on peut 
dire qu'il est le précurseur de l'école de Kano, dont le fon- 
dateur fat un de ses élèves.-— - IV. Ecole de Kano, fondée 
au xv^ siècle par Kano Masanobu (4453-90), élève de 
Sesshiu ; d'abord soumise à l'influence chinoise, grâce aux 
rapports [entre les shogouns Ashikaga et les Ming, cette 
école s'en affranchit avec Tanyu ou Morinobu (1604-75) 
et Naonobu (4607-54). •— V. Ecole de Korin: Korin 
(Ogata) (4640-4746), élève de Sumiyoshi Hirozumi, 
avec ses élèves Kenzan (1663-4744), et Hoitsu (1764- 
4828), furent de grands travailleurs, surtout pour les 
laqueurs et les ciseleurs. — VI. Ecole de Shijo: ainsi nom- 
mée d'après le quartier de Kioto oti Okio Maruyama (1732- 
85) avait installé son atelier; là, étudiant d'après nature, 
il était en quelque sorte le fondateur d'une école natura- 
liste. — VIL Ecole de Toba, fondée par Toba no Sôjô, 
ou Gakuyu au xii^ siècle, est celle de la caricature qui 
atteint son apogée au xvii^ siècle, avec Hanabusa Itcho 
(4652-4724) et Ippo. — VIII. Ecole Ukiyo-ye, Cette école 
célèbre, populaire, réaliste, a été créée au commencement 
du xvii® siècle par Iwasa Matahei ; j'emprunte, avec quel- 
ques changements, au catalogue de la vente de Taigny, la 
classification suivante des ateliers des artistes de cette 
école : Première période (xvii^ siècle et première moitié 
du xviii® siècle). Gravure en noir. Gravure en couleurs 
à deux ou trois tons: Moronobu^ mort vers 4745; les 
Tori-i, Kyonobu, Kyomasu, Kyotada, Kyomitsu, Kyohiro, 
Kyotsuné ; les Ôkumura, Massanobu, Toshinobu ; les 
Niskîinura^ Shighénaga, Shighenobu ; les JSishikawa^ 
Sukenobu, Sukenori, Tsukioka Massanobu, Tatshibana Mo- 
rikuni; les Hishikawa^ Toyonobu, mort en 1789, Toyo- 
masa ; les Hanabusa, Itcho, Ippo. — Deuxième période 
(seconde moitié du xvin® siècle) : Haronobu^ élève de Shi- 
ghénaga, florissait entre 1764 et 4779, remarquable par 
sa grâce ; les derniers Tori-i, Kyonaga, Kyominé ; Ippi- 
tsusai Buntscho, florissait entre 4760 et 1780 ; Koriusai, 
contemporain du précédent, un peu de maniérisme ; les pre- 
miers Ustagaïua, Toyoharu, Toyohiro ; les Katoukawa, 




Garde de sabre, dite « à la lune ». 

nités et particulièrement de Bouddha ; la plus célèbre de 
ces statues est le colossal Grand Bouddha {Daibutsu) de 
Kamakura qui date du xm*^ siècle. Mais c'est dans la cise- 
lure plutôt que dans la grande sculpture qu'excellent les 
Japonais ; tout le monde admire ces breloques qui servent 
à rattacher à la ceinture la blague à tabac, inséparable du 
Japonais, ces netsuke en bois, en corne, en os, en métal, 
en laque, en ivoire; les fermetures des blagues à tabac 
{kanémonos)^ les petites plaques en métal ciselé, les poi- 
gnées de sabre [menuki)^ les gardes de sabre^ les petits 
couteaux qui accompagnent le grand sabre (A:(?c?;^î*A;a), etc., 
les masques si bizarres qui arrivèrent à la perfection au 
commencement du xvii"^ siècle avec Z)^m^' Jioman. La sculp- 
ture sur bois est représentée par deux magnifiques spéci- 
mens à Nara et au temple de Nikko ; le plus célèbre sculp- 
teur sur bois fut Hidari Jingorô, né en i 594. 

La fabrication de la porcelaine est introduite de Chine 
vers 4520 par Gorodayu Shonsui; un grand centre de la 
production est la province de Hizen ; Tapogée de sa fabri- 



JAPON — 40 

Shunsho, le fondateur, seconde moitié du xviii^ siècle, 
Shunyei, Shunko, etc., Yeishi, Yeisho, Yeishin, Shuontscho ; 
lesiff-to, Shighémasa (d739-i819), Massanobu, Kiku- 
gawa Yeizan ; Sharaku (Toshiu-sai), fin du xvin^ siècle, 
le meilleur p^nntre de portraits du Japon; Tchoki; Outa- 
maro (1754-97), peintre de femmes; E. de Concourt lui 
a consacré un livre; ses élèves, Shikimaro, Hidémaro, 
Shiko.— Troisième période (xix^ siècle) : les Utagawa, 
Toyokuni (1769-48:25), peintre d'acteurs et de scènes de 
théâtre; Kunisada (1785-1864), élève du précédent; Ku- 
niyoshi (1796-1861), peintre historique; Kunitora {Ichiyo- 
sai); on désigne, sous le nom d'écoled'OsflA;^, les élèves 
des Utagawa, peintres d'acteurs et des scènes de théâtre, 
tels que Kunimitsu, Kunimassa, Kuniyasu, Kuniakira, Ho- 
kukei,Hokushiu, Riukosaï; Hiroshighé Motonaga(ildl- 
1858), le plus grand paysagiste du Japon, et l'école paysa- 
giste de Meïshos; Hokoiisaï (1760-1849), débuta sous le 
nom de Shunrô, dans l'atelier de Shunsho, a cultivé tous 
les genres et illustré tous les sujets, le plus grand, le plus 
fécond, le plus varié des artistes japonais ; notons parmi 
ses élèves son gendre YanagawaShighénobu (1787-1842), 
Hokkei, son meilleur élève, Gakutei, Shinsaï, Keisaï Yei- 
zen, Hokube, Hokujiu, Riusai, Rintei, etc. ; les peintres 
de Surimonos, qui comprenaient presque tous ces derniers 
noms; enfin les humoristes et caricaturistes contempo- 
rains, Kiàsai, élève de Kano, né en 1832; beaucoup de 
ses dessins sont reproduits sur les lanternes {uchiwa) ; on 
l'a surnommé shôjô, le grand buveur ; Keisaï, etc. 

La sculpture est, comme la peinture, d'origine bouddhi- 
que. Elle se montre sous forme de vastes objets de bronze, 
brûle-parfums, gongs, etc., et surtout de statues de divi- 




Bonze chantant (terre cuite du 
xiP siècle). 



cation est entre 1750 et 1830 (V. Porcelaine). Le vieux 
Satsuma a atteint son maximum de perfection dans la pre- 
mière moitié de ce siècle.— C'est également aux Chinois que 
les Japonais doivent leur première bonne poterie ; quoiqu'ils 
en fassent remonter la fa- 
brication à une époque 
antérieure à 660 av. 
J.-C, ce n'est qu'en 
1230, que la première 
bonne poterie vernissée 
japonaise fut faite à Seto 
par Tôshiro, qui avait 
étudié en Chine. 

La fabrication des la- 
ques est plus encore une 
branche de l'art qu'une 
industrie au Japon, elle 
est faite avec le suc de 
l'arbre appelé Rhiis ver- 
nicifera qui s'échappe 
lorsqu'on lui fait des in- 
cisions. On applique la 
laque sur du métal, mais 
surtout sur du bois ; les 
meilleurs bois sont le 
hinoki (Chamœcyparis 
obtusa) et le kiri {Pau- 
lownia imperialis) ; 
pour des objets com- 
muns, on emploie les 

bois du suji {Cryptomeria japonica) et du keyaki (Pla- 
nera japonica). L'application de la laque est extrêmement 
délicate et longue ; après plusieurs couches de laque ordi- 
naire, on peut faire des applications avec des laques 
d'or (hirama- 
kiye et taka 
makiye). L'art 
de la laque est 
indigène (V. La- 
que). 

Nous avons 
déjà dit que l'ab- 
sence de roches 
de construction 
avait eu une in- 
fluence directe 
sur la construc- 
tion des mai- 
sons ; il est très 
certain que les 
tremblements de 
terre si terribles 
et si nombreux 
dans l'archipel 
japonais sontune 
autre cause. Les 
maisons japo- 
naises sont de 
légères char- 
pentes posées 
sur terre sans 
caves, couvertes 
de chaume ou de 
tuiles ; de murs, 
il n'y en a pas à 
vrai dire, la 
maison est fermée par des portes de bois (amado)^ glis- 
sant sur des rainures pendant l'été ; en hiver, ces portes 
en bois sont remplacées par d'autres portes en papier semi- 
transparentes appelées 5/10 /z; les chambres sont fermées 
par d'autres portes en papier et leur dimension peut être 
agrandie, leur nombre diminué ou augmenté, suivant qu'on 
laisse en place ou qu'on enlève ces portes. 




[Aigle et sin; 



41 - 



JAPON 



La musique est d'origine chinoise et bouddhique; sui- 
vant le docteur Mùller, Féchelle musicale se compose de cinq 
notes de la gamme harmonique mineure; M. Piggott pense 
que la gamme japonaise est notre gamme mineure pure et 
simple. « L'instrument le plus parfait des Japonais, dit 
Metchnikov, est le koto, espèce de zitter, dont on tire à 
Taide d'un crochet des sons assez mélodieux ; mais l'on 




Les Grues (laque du xvhq siècle). 

a rarement l'occasion de l'entendre ; anciennement l'on ne 
jouait du koto qu'à la cour des empereurs. Le biwa^ man- 
doline à quatre cordes, est l'instrument des aveugles ; il 
sert d'accompagnement aux improvisations et surtout au 
récit de Heiké Mono-gatari. Les hommes jouent aussi 
parfois de la flûte (fouyé) et du tambour {taiko et tsud- 
zumi). Le sami-sen (guitare à trois cordes) est l'instru- 
ment de prédilection des deux sexes. Il est accordé en 
trois tons : hon-tsio (ton naturel), ni-agari (seconde 
majeure) et sansagavi (tierce mineure). Lorsque plusieurs 
sami sert sont joués à la fois, l'on donne à celui qui sert 
pour la mélodie un accord particulier, nommé taka-né. 
Il existe une grande variété de sami-sen et de riu-ghei, 
styles ou méthodes de musique. Le style le plus usité au- 
jourd'hui est le zioruri qui sert d'accompagnement aux 
chansons erotiques. Naga~uta est le style d'accompagne- 
ment pour les déclamations ; ghi-dai-yu-bu-ci est le style 
martial : hayari-uta est la musique des danses. » 

Henri Cordier. 
Législation. — Ancien t)roit. — Les lois les plus 
anciennes dont on ait gardé le souvenir datent d'une 
époque relativement récente. Pendant longtemps, en effet, 
le Japon a été gouverné suivant le régime patriarcal, 
sans loi écrite. Ce n'est qu'en 604 ap. J.-C. que le prince 
impérial Shotoku fit la compilation des Dix-sept Lois fort- 
damenlales, œuvre bientôt suivie de la Codification des 
lois et ordonnances et de la Compilation des règle- 
ments et règles supplémentaires. En 4232, fut promul- 
guée la Constitution de Hojo, qui subit ultérieurement 
des modifications et additions nombreuses, dont la plus 
authentique porte le nom de Nouvelle Co7istitufion sup- 
plémentaire. En 1746, Yoshi-mitsu, surnommé le Législa- 
teur de Tokugawa, fit réunir en un recueil unique tous les 
décrets et ordonnances des shogouns; les Documents légis- 
latifs contiennent le droit civil. En 1742 parurent les 
Cent Articles de Tokugawa, reidermant les Jois crimi- 



nelles. Ces lois ne furent distribuées que parmi les minis- 
tres et les juges, la nmxime du gouvernement de Toku- 
gawa étant que « le peufde ne doit pas connaître la loi, 
mais seulement obéir ». 

Droit public et administratif. — En 1867, lorsque le 
mikado (souverain légitime qui siégeait à Kioto) eut recon- 
quis l'exercice effectif de son autorité contre le shogoun ou 
taïcoun (dictateur militaire et souverain de fait qui siégeait 
à Yedo), l'histoire du Japon entra dans une phase nouvelle. 
La dénomination de l'ère qui allait s'ouvrir (mei-dji, 
gouverner clairement) étuil à elle seule une promesse et 
un programme. Dans la formule du serment prêté en 1867, 
lors de son avènement, par l'empereur actuel, Mutsuhito, 
ce souverain prenait l'engagement « de gouverner d'accord 
avec l'opinion publique et 'la délibération populaire ». En 
1868, une sorte de Parlement, composé de 276 membres 
de la noblesse feudataire fut convoqué à Yedo, mais cette 
assemblée, imbue des anciens préjugés, hostile aux ré- 
formes projetées, dut être dissoute! Pour vaincre cette 
opposition et trouver un appui dans les classes populaires, 
le nouveau gouvernement s'attaqua au régime féodal et 
militaire (hoken-seiji), dont l'impopularité était d'ailleurs 
devenue extrême. Les fian ou provinces des daimios furent 
abolis, leurs noms mêmes changés, et Ton organisa des 
divisions territoriales nouvelles, les fou (villes) au nombre 
de trois, les ken (préfectures) au nombre de quarante- 
trois, à la tête desquelles furent placés des gouverneurs 
dévoués au nouveau pouvoir (1871). Un Sénat fut créé en 
1872, mais il se composait exclusivement de fonction- 
naires et n'avait (ju'un rôle purement consultatif. En 1875, 
l'empereur prit l'initiative de convoquer à Tokio les fonc- 
tionnaires des provinces « pour s'enquérir des sentiments 
du peuple et consulter l'intérêt public ». Le rescrit impé- 
rial annonçait la mise à l'étude d'une « forme constitution- 
nelle à donner au gouvernement ». Une insurrectien san- 
glante, réprimée en 1877, l'etarda la convocation de cette 
assemblée jusqu'en 1878. Sa première œuvre fut l'élabo- 
ration, sous la présidence du comte Ito, de lois relatives à 
la création d'assemblées municipales et provinciales issues 
de l'élection. Ces corps représentatifs devaient servir de 
base à l'édifice ultérieur de la constitution. Ces lois, con- 
nues sous le nom des trois grandes lois, furent mises 
en vigueur en 1879 et re visées sur quelques points en 
1880. Les assemblées qu'elh^s organisent sont chargées de 
fixer le montant des impositions" locales, sous le contrôle 
des gouverneurs et du ministre de l'intérieur. Sont éligibles 
tous les citoyens mâles âgés de vingt-cinq ans résidant 
dans la circoiiscription depuis trois années consécutives au 
moins et payant comme impôt foncier annuel plus de 10 yen 
(le yen vaut nominalement 5 fr. 15 environ : sa valeur 
réelle n'est plus guère aujourd'hui que de 4 fr. 30). Sont 
électeurs tous les citoyens mâles âgés de vingt ans rési- 
dant dans le district et payant plus de 5 yen. Chaque année 
ou tous les deux ans au moins, les gouverneurs sont con- 
voqués au ministère de l'intérieur pour discuter les ques- 
tions se rattachant à l'administration locale. Chaque cir- 
conscription est partagée en villes (kou) et en cantons 
(gun) administrés par un fonctionnaire (cho) qui gère les 
affaires locales. 

Un édit impérial du 17 avr. 1888, entré en vigueur le 
l^^avr. 1889, a poussé jdus loin le principe de la décen- 
tralisation, en organisant un nouveau système d'adminis- 
tration locale dans les shi (municipalités), cho (villes) et 
5072 (villages). Cette réforme est destinée à recevoir une 
application graduelle, suivant les circonstances et les 
besoins des localités. 

Par un édit en date du 12 oct. 1881, l'empereur avait 
promis pour Tannée 1890 l'institution d'un nouveau Par- 
lement. En attendant que cette création, qui était présentée 
comme le couronnement de l'œuvre entreprise, à savoir 
« l'établissement graduel d'une forme constitutionnelle de 
gouvernement », pût être rculisée, une première étape fut 
franchie par tout un ensemble de réformes administratives 



JAPON 



- 4-2 



et politiques, dont la dernière porte la date du 22 nov. 
1885. Les postes de premier ministre, de ministre de 
gauche et de ministre de droite, dont la création remon- 
tait à plus d*un millier d'années et qui étaient toujours 
occupés par des nobles de la cour, furent alors supprimés. 
En même temps, le cabinet ou conseil des ministres est 
constitué sur des bases entièrement nouvelles. Il com- 
prend un président à portefeuille et neuf autres ministres 
(affaires étrangères, intérieur, finances, guerre, marine, 
justice, instruction, agriculture et commerce, communica- 
tions). Les membres du conseil ne s'intitulent plus sanguis, 
ils sont devenus daï-dzin (grands ministres). Chacun d'eux 
dirige sous sa responsabilité les affaires de son départe- 
ment, mais les questions d'intérêt général doivent être dé- 
libérées en conseil. Le président du conseil remplit en 
outre les fonctions dévolues auparavant au premier grand 
ministre, c.-à-d. à l'ancien daï-dzio daï-dzin. C'est lui 
qui présente à l'approbation du mikado les projets de noti- 
fication et qui les signe, lorsqu'ils sont approuvés par Sa 
Majesté. L'empereur assiste aux délibérations du conseil. 

Quelques modifications ont été introduites dans' les attri- 
butions respectives des ministres. Ainsi le ministère des 
travaux publics est supprimé et remplacé par le ministère 
des communications, de qui relèvent les télégraphes, les 
phares et la navigation commerciale. Les mines et les ma- 
nufactures de l'Etat passent au ministère de l'agriculture et 
du commerce. L'école des ingénieurs est rattachée au mi- 
nistère de l'instruction publique. Quant aux chemins de fer, 
ils restent provisoirement sous la surveillance du cabinet. 
Le comte Ito fut nommé président du conseil et ministre 
de la maison de l'empereur. 

A côté de ce conseil des ministres et pour créer des si- 
tuations aux hauts personnages dépossédés par l'etFet de 
cette réforme, on a institué un conseil du palais, dont les 
attributions ne s'étendent qu'aux choses mêmes du palais et 
n'ont absolument rien de politique. Dans ce conseil entrè- 
rent : comme président et gardien des sceaux, le prince 
Sandjo, ancien premier grand ministre, et comme conseil- 
lers : l'ancien ministre de la marine, l'ancien président du 
conseil d'Etat, l'ancien ministre des travaux publics, l'an- 
cien président du Sénat, etc. Le prince Arisougava, pre- 
mier prince du sang, était, en compensation de la perte de 
son poste de grand ministre de gauche, nommé grand chef 
de l'état-major général. Le conseil d'Etat fut supprimé et 
remplacé par un conseil de jurisprudence, dépendant du 
cabinet et comprenant trois sections : administration, légis- 
lation, justice. Enfin le Sénat fut conservé et ouvrit même 
ses rangs à quelques-uns des membres du conseil d'Etat 
supprimé. Le comte Oki, privé du portefeuille de l'instruc- 
tion publique, obtint ainsi la présidence du Sénat. 

La promesse faite parle mikado, le 12 oct. 1881, reçut 
son exécution à la date fixée. La nouvelle constitution de 
l'empire japonais a été solennellement promulguée le d 1 févr. 
1889 (onzième jour du deuxième mois de la vingt-deuxième 
année de l'ère de mei-dji). Le comte Ito, président du 
conseil privé, a pris à la rédaction de cette charte, comme 
d'ailleurs à toutes les autres réformes antérieurement exé- 
cutées, une part prépondérante. Cette constitution com- 
prend 76 articles. Le chap. I traite des pouvoirs de 
l'empereur ; le chap. II, des droits et devoirs des sujets; 
le chap. III, de la Diète impériale; le chap. IV, des mi- 
nistres d'Etat et du conseil privé ; le chap. V, de la jus- 
tice; le chap. VI, des finances; le chap. VII, de quelques 
règles supplémentaires. 

Chapitre I. — L'empereur exerce le pouvoir législatif 
avec l'assentiment de la Diète. Deux ordonnances, l'une 
de 1881 et l'autre de 1886, ont réglé les formes de la 
promulgation des lois. Le souverain a le droit de disso- 
lution. Il déclare la guerre, fait la paix et conclut les 
traités. Il promulgue l'état de siège, lorsque les circons- 
tances l'exigent. Il a le droit d'amnistie, de grâce, de com- 
mutation dejpeine et de réhabilitation. 

Chap. IL — Les sujets japonais peuvent être, tous sans 



distinction, nommés aux divers emplois. Ils sont égaux 
devant la loi. Le droit de propriété, la liberté de conscience 
et de culte, la fiberté de parole, de réunion et d'associa- 
tion, le secret des correspondances privées sont protégés. 
La loi du 28 nov. 1872, complétée par celle du 21 janv. 
1888, astreint tous les Japonais au service miUtaire. 

Chap. III. — La Diète est composée de deux Chambres : 
la Chambre des pairs, composée des membres de la famille 
impériale, des ordres de noblesse et des personnes dési- 
gnées par l'empereur; la Chambre des représentants, com- 
posée de membres élus par le peuple. En même temps que 
la constitution, ont été promulguées : une ordonnance im- 
périale sur la Chambre des pairs, une loi sur les Chambres, 
une loi sur l'élection des membres de la Chambre des re- 
présentants. L'ordonnance concernant la Chambre des 
pairs comprend 13 articles. Les membres de la famille im- 
périale âgés de plus de vingt ans, les princes et marquis 
âgés de plus de vingt-cinq, sont membres de droit. Les 
comtes, vicomtes et barons, élisent leurs représentants, qui 
doivent être âgés d'au moins vingt-cinq ans, et dont le 
nombre ne doit pas dépasser le cinquième des membres de 
leur ordre respectif : leur mandat dure sept ans. Les pairs 
choisis par l'empereur en raison de leurs services ou de 
leur science, sont nommés à vie : ils doivent avoir au 
moins trente ans. Dans chaque ville (fou) et dans chaque 
préfecture (ken), les quinze plus imposés, âgés de plus de 
trente ans, élisent un représentant : si l'empereur con- 
firme l'élection, le pair ainsi désigné siège pendant sept 
ans. La loi électorale pour l'élection des membres de la 
Chambre des représentants compte 111 articles et contient 
en appendice un tableau des circonscriptions. La ville de 
Tokio élit 12 députés, la ville de Kioto 7, la ville d'Osaka 
10 ; les 42 cantons élisent ensemble 271 députés : au total, 
300 représentants, soit environ un représentant pour 
128,000 habitants. Le mandat des représentants est de 
quatre ans. Pour être électeur, il faut avoir vingt-cinq ans, 
être domicilié depuis un an au jour de la confection des 
listes dans la ville ou préfecture, y résider, payer depuis 
un an au moins des impôts directs d'au moins 1 5 yen ou 
depuis trois ans au moins un chiffre égal d'impôt sur le 
revenu. Tout électeur est éligible après l'âge de trente ans. 
Le vote a lieu par bulletins sur lesquels l'électeur écrit ou 
fait écrire : 1 ° le nom du candidat pour lequel il vote ; 
2^ son propre nom et sa résidence. Les incapacités élec- 
torales et les incompatibilités ne diffèrent point de ce 
qu'elles sont chez les autres nations. Les fous, les ban- 
queroutiers, les individus privés de leurs droits civiques, 
ceux qui sont détenus à l'occasion d'une poursuite crimi- 
nelle, les soldats et marins en activité de service ne peu- 
vent ni voter ni être élus. Il y a incompatibilité absolue 
entre le mandat de député et celui de membre de la Chambre 
des pairs ; de même avec les fonctions de ministre de la 
maison impériale, d'oflicier de police, de justice ou de 
finance et de prêtre. Les fonctionnaires départementaux, 
dans le ressort de leur circonscription et, quand ils se sont 
occupés d'une élection, les fonctionnaires municipaux sont 
inéligibles. La loi sur les Chambres comprend 99 articles. 
Elle règle tout ce qui concerne les convocations, la prési- 
dence, le secrétariat , les indemnités, les comités, séances, 
questions, adresses, les rapports des deux Chambres, les 
pétitions, la discipline, etc. 

Chap. IV. — Les attributions des ministres d'Etat res- 
tent telles qu'elles avaient été établies par la réforme de 
1885. Ils donnent leur avis à l'empereur et sont respon- 
sables devant lui. Ils contresignent les lois, ordonnances 
et rescrits impériaux : la forme de ce contreseing a été 
déterminée en 1886. Le conseil privé est appelé à déli- 
bérer sur les matières publiques importantes, dont l'exa- 
men lui est confié par l'empereur. 

Chap. V. — Les magistrats qui rendent la justice sont 
inamovibles, sauf lorsqu'ils sont frappés par une sentence 
criminelle ou une punition disciplinaire. Des justices de 
paix {kou-saïbansho)^ au nombre de 299, ont été établies 



- 43 - 



JAPON 



dans les villes et villages. Il y a 48 tribunaux de première 
insiânœ (tchihô-saïbansho), qui jouissent au civil d'une 
compétence illimitée et. au criminel, jugent eux-mêmes 
certaines affaires de peu d'importance et instruisent les 
autres. Des cours d'appel {kôso-in)^ au nombre de 7, 
jugent les appels portés contre les sentences rendues par 
les tribunaux de première instance. Tous les trimestres, 
on constitue près des cours d'appel et parfois près des tri- 
bunaux de première instance, des cours criminelles com- 
posées d'un président et de quatre juges, pour juger les 
crimes importants. Les affaires criminelles, d'après les 
statistiques, se décomposaient ainsi : 



Crimes sérieux 

Infractions légères. . . . 

Total 



1887 1891 

4.397 3.591 

79,723 154.087 



84.120 157.678 



Une cour de cassation (daïshin-in) a été crééje en 
1875 à Tokio; elle juge les pourvois tant civils que cri- 
minels. Une loi sur l'organisation judiciaire, complément 
du nouveau code de procédure civile, a été promulguée le 
2 févr. 1890; on en trouvera plus loin l'analyse. La cons- 
titution prévoyait la fondation d'une cour des litiges admi- 
nistratifs, qui n'a pas pu encore être organisée. 

Chap. VI. — Ce chapitre, ainsi que nous l'avons dit, 
traite des finances. En même temps que la constitution, a 
été promulguée une loi sur les finances en 33 articles, 
réglant principalement les questions budgétaires. 

Chap. VII. — Ce chapitre détermine le mode de revision 
de la constitution et du statut de la famille impériale. 

Le 11 févr. 1889, c.-à-d. le jour même où il octroyait 
à son peuple une constitution, le mikado, par une déclara- 
tion qui n'a été ni contresignée par les ministres ni pu- 
bliée dans le journal officiel, mais qui a cependant toute 
la valeur d'une loi fondamentale de l'empire, réglait l'ordre 
de succession au trône et arrêtait l'oi'ganisation de la fa- 
mille impériale. L'art. 74 de la constitution soustrait 
d'ailleurs aux délibérations de la Diète toutes les mo- 
difications au statut de la famille impériale. Ce document, 
intéressant à plus d'un titre, établit tout d'abord que la 
dignité impériale est héréditaire par droit de primogéni- 
ture et de mâle en mâle, et détermine l'ordre dans lequel 
les princes issus de l'épouse légitime et ceux nés de me- 
kake (concubines) pourront être appelés au trône. Mais ces 
prévisions, quelque minutieuses qu'elles soient, se trouvent 
presque annulées en fait par la disposition de l'art. 9, où 
il est dit qu'au cas où le prince ayant par sa naissance 
droit au trône ne serait pas sain de corps et d'esprit ou 
encore si quelque raison d'importance majeure l'exigeait, 
l'ordre de succession pourrait, sur l'avis du conseil de 
famille et du conseil privé, subir des modifications. De 
même, toutes les prescriptions relatives au choix du régent 
n'ont, pour ainsi dire, qu'une valeur documentaire, puisque 
Fart, 25 laisse au conseil privé et au conseil de famille la 
faculté de n'en tenir aucun compte. Or, les membres du 
conseil de famille n'ayant aucune influence poHtîque, alors 
que le conseil privé est composé d'anciens ministres ou 
hauts fonctionnaires, c'est bien ce conseil privé qui décide 
en définitive à quel prince doit appartenir le pouvoir su- 
prême, de même que c'est à lui encore qu'il faut attribuer, 
du moins en grande partie, toutes les mesures que le mi- 
kado semble prendre de sa propre autorité. Il est en outre 
à remarquer que l'hérédité dans la descendance adoptive, 
qui était d'un usage constant dans le passé, est virtuelle- 
ment abolie par la déclaration du 11 févr. Ce fait est d'au- 
tant plus grave qu'il implique la suppression complète du 
droit d'adoption, c.-à-d. d'un droit passé à ce point dans 
les mœurs japonaises qu'on peut le considérer aujourd'hui 
encore commet constituant la base même de la famille. 

Droit privé. — Quelque intérêt que présente cette ré- 
volution accomplie par le gouvernement japonais dans l'or- 
ganisation administrative et politique du pays, la réforme 



du droit privé, poursuivie simultanément, a pour nous un 
intérêt encore plus direct. 

Parmi les hommes qui ont eu la plus grande part dans 
cette œuvre législative, il faut signaler au premier rang 
M. Boissonade, professeur à la Faculté de droit de Paris, 
actuellement conseiller légiste du gouvernement japonais, 
qui, chargé d'abord par le ministre du Japon à Paris de 
faire des conférences de droit constitutionnel et droit com- 
mercial à sept délégués du ministère de la justice venus à 
Paris pour étudier la législation française, fut ensuite 
appelé au Japon, où une œuvre importante de codification 
allait être entreprise sous sa direction. 

Code pénal. De toutes les parties de la législation, la 
loi pénale est assurément celle qui a le plus immédiate- 
ment pour objet la conservation de l'ordre social, puisqu'elle 
tend à défendre contre toute atteinte venant de l'intérieur 
« l'organisation politique de l'Etat, le fonctionnement ré- 
gulier des autorités, la vie des particuliers, leur honneur, 
leurs biens et, généralement tous les droits publics et 
privés » (Boissonade, Projet revisé de code pénal pour 
l'empire du Japon, p. 2; Tokio, 1886). 

Aussitôt après la Restauration, en 4868, le nouveau 
gouvernement avait publié une circulaire officielle, par 
laquelle il ordonnait que provisoirement, jusqu'à ce qu'une 
loi définitive fût mise en vigueur,* la loi pénale de Toku- 
gawa continuerait à être appliquée. Pour mettre cette loi 
en harmonie avec les principes de la Restauration, le gou- 
vernement élabora une première loi pénale temporaire. 
Préoccupé de rendre la législation pénale uniforme pour 
toutes les parties de Fempire, en même temps que pour toutes 
les classes de la population, il promulgua, la 3® année de 
mei-dji (janvier 1871), un nouveau code pénal en six livres, 
qui puisait une partie de ses éléments dans la loi nouvelle 
de Taiko et les lois féodales de Hojo, Ashikaga et Toku- 
gawa et faisait de notables emprunts au code chinois, dont 
il adoucissait la rigueur. Le nouveau code était applicable 
à tout Fempire, mais ne supprimait pas toutes les diffé- 
rences existant entre les diverses classes de sujets. Ce code 
fut bientôt suivi (5^ année de mei-dji, mai 4873) d'une loi 
réformée, en trois livres, adoucissant encore les peines, 
mais prévoyant et punissant des infractions qui, n'ayant 
pas été spécialement visées par le précé^îent code, n'étaient 
réprimées par les tribunaux que par voie d'analogie et d'in- 
terprétation de la loi, ce qui n'allait pas sans un peu 
d'arbitraire. Le gouvernement ne crut pas encore devoir 
s'arrêter là. Désireux d'acquérir sur tous les habitants du 
territoire japonais la plénitude de juridiction et de retirer 
aux étrangers le privilège d'extraterritorialité, qui les main- 
tient sous la juridiction de leurs consuls et sous la législa- 
tion pénale de leur pays, le gouvernement devait tout 
d'abord s'appliquer à mettre sa législation pénale en har- 
monie avec l'esprit général des lois étrangères les plus 
estimées. Dès 4874, M. Boissonade fut chargé de rédiger 
un projet de code pénal et un projet de code de procédure 
criminelle. Une commission fut instituée au ministère de 
la justice, sous la présidence même du ministre Oghi 
Takato, et composée du général Yamada, alors vice-ministre 
de la justice, de MM. Tsourouda, Namoura et Sakaia. 
secrétaires au même ministère, et de M. Boissonade, chargé 
de rédiger Favant-projet et d'établir le texte français du 
projet adopté. Le travail, commencé en sept. 1875, fut ter- 
miné en juil. 1877 et transmis au gouvernement, qui le 
soumit à une commission nouvelle, où entrèrent des secré- 
taires du conseil dû gouvernement, des membres du Sénat 
et des membres de la commission formée au ministère de 
la justice, chargés de soutenir le projet. M. Boissonade 
n'en faisait pas partie. Le premier projet, inspiré surtout 
par les dispositions du code pénal français et, à un degré 
moindre, par celles des codes belge, allemand, du projet 
italien, etc., s'attachait à adoucir encore les peines et à 
les proportionner plus exactement à la gravité des infrac- 
tions. Il comprenait quatre livres. Le premier, consacré aux 
dispositions générales., expose les principes généraux, le^. 



JAPON — 44 ~ 

règles communes à la punition des diverses infractions ; 
le livre II traite des crimes et délits contre la chose pu- 
blique, c.-à-d. contre l'Etat et la société; le livre III traite 
des crimes et délits contre les particuliers, soit contre les 
personnes, soit contre les propriétés ; le dernier livre est 
consacré aux contraventions. La commission mixte, dont 
nous avons indiqué la composition, fit subir à ce projet de 
nombreuses retouches et aussi de fâcheuses mutilations. 
Le texte, après ce travail de remaniement, fut approuvé 
par le gouvernement et promulgué au mois de juil. 1880; 
il a force de loi depuis le 1^'' janv. 4882. Bientôt néan- 
moins on reconnut que les modifications et suppressions 
apportées au projet du ministère de la justice par la nou- 
velle commission n'avaient pas toujours été heureuses, et 
le gouvernement lui-même songea à entreprendre une nou- 
velle revision. Avant la promulgation du texte officiel du 
code de 4882, M. Boissonade avait commencé à publier un 
commentaire de son projet primitif et l'avait poussé jusqu'à 
l'art. 373. Quand la promulgation du nouveau texte fut 
faite, M. Boissonade crut devoir suspendre un travail 
« dont on n'avait pas tenu compte et qui, ne pouvant plus 
s'appliquer au nouveau texte, aurait paru en être la cri- 
tique, sans avoir désormais d'utilité au moins présente ». 
Cependant, sur l'invitation même du ministre de la jus- 
tice, M. Boissonade, dès Tannée 4882, dut reprendre ce 
commentaire resté inachevé, et il le publia en 4886 sous 
le titre de Projet revisé de code pénal pour V empire du 
Japon : ce projet peut être considéré comme nouveau, en 
ce sens que non seulement il reprend dans l'ancien projet 
presque tout ce qui en avait été retranché par la commis- 
sion mixte de 4877, mais encore qu'il contient un grand 
nombre de dispositions entièrement nouvelles, étrangères 
même au projet primitif. 

Code de procédure criminelle. Le projet du code pénal 
était terminé depuis un an déjà, lorsque le projet de code 
de procédure criminelle fut entrepris. Antérieurement, 
pendant son court passage au ministère de la justice, 
M. Ito avait déjà apporté un changement radical dans les 
pouvoirs et les fonctions du ministère public et dans tout 
le système des poursuites criminelles. Deux lois importantes 
avaient été alors promulguées : celle de 4873, sur les prin- 
cipes de la procédure pénale, et celle de 4874, sur les 
règles de la police judiciaire. La préparation du code de 
procédure criminelle, commencée au ministère de la justice 
en juil. 4877 (7® mois de la 40^ année de mei-dji) était 
terminée à la fin de l'année 4878. Ce fut l'œuvre d'une 
commission instituée au ministère de la justice sous la 
présidence d'honneur du ministre, M. Oghi Takato, et 
composée de M. Kichira, procureur général à la cour de 
cassation, président, de six secrétaires du ministère de la 
justice, et de M. Boissonade. Le projet, imprimé en fran- 
çais et en japonais, fut alors présenté (sept. \ 879) par le 
ministre de la justice, en même temps que le premier pro- 
jet du code pénal dont nous avons parlé, au conseil su- 
prême du gouvernement et bientôt transmis par celui-ci au 
Sénat. Les deux projets furent soumis à une même com- 
mission, composée, ainsi que nous l'avons dit, de secré- 
taires généraux du conseil du gouvernement, de membres 
du Sénat et des membres de la commission primitive ins- 
tituée au ministère de la justice, à l'exception de M. Bois- 
sonade. Le projet du code de procédure criminelle eut à 
subir les mêmes mutilations que le projet du code pénal. 
Le nouveau texte fut approuvé par le gouvernement et 
promulgué le 7® mois de la 43^ année de mei-dji (juil. 4880) : 
il a force de loi depuis le 4^"^ janv. 4882. Le chap. I 
pose les principes généraux; le chap, II traite des tribu- 
naux : le chap. III, de l'arrestation, de la procédure et de 
l'instruction préliminaire concernant les infractions; le 
chap. IV, des poursuites ; le chap. V, des recours ; le cliap. VI, 
de la revision ; le chap. VII, des attributions spéciales de 
la cour suprême. Sur l'invitation même du ministre, 
M. Boissonade entreprit de publier le projet primitif et le 
commentaire qu'il avait rédigé à l'origine pour lui servir 



d'exposé de motifs. Cette publication parut en 4882, sous 
le titre de Projet de code de procédure criminelle pour 
r empire du Japon, accompagné d'un commentaire. 
Ce projet est divisé en cinq livres, traitant : le premier, de 
l'organisation et de la compétence des tribunaux de repres- 
sion ; le deuxième, de l'instruction préparatoire ; le troisième, 
des juridictions de jugement ; le quatrième, des attribu- 
tions de la cour de cassation ; le cinquième, de l'exécution 
des jugements. 

Code civil. Aussitôt après la restauration de 4867, le 
gouvernement avait remis provisoirement en vigueur les 
vieilles lois de Tokugawa. En 4870, il créa \q Bureau 
d'enquête sur les lois et les institutions, avec mission de 
simplifier et d'harmoniser les lois devenues incertaines et 
contradictoires. A la tête de ce bureau fut placé M. Yto, 
nommé un peu plus tard, en 4872, ministre de la justice. 
Cet homme d'Etat se rendit compte que le seul moyen 
d'amener les gouvernements étrangers à renoncer à l'ex- 
traterritorialité de leur nationaux et au régime des capi- 
tulations, source de nombreuses difficultés et aussi, on 
peut l'avouer, de fréquentes injustices, était d'élaborer un 
code civil qui pût être applicable aux étrangers aussi bien 
qu'aux Japonais. L'œuvre de codification entamée par 
M. Yto ne fut pas interrompue par son départ du minis- 
tère en 4873 : son successeur, M. Oghi Takato, se consacra 
tout entier à cette grande tâche. Au mois de mars 1879 
(42^^ année de mei-dji), le ministre chargea M. Boissonade 
de rédiger un projet de code civil, en lui laissant liberté 
complète tant pour le fond que pour le plan et la méthode 
de son travail. Les diverses parties du projet devaient être, 
au fur et à mesure de leur rédaction, discutées d'abord au 
sein d'une commission préparatoire composée des premiers 
présidents des cours et tribunaux siégeant à Tokio et 
d'officiers du ministère de la justice; après quoi, le projet, 
avec les corrections qui auraient pu y être apportées, 
devait être soumis à une commission supérieure, composée 
de membres du bureau de législation générale (tiô-sei- 
kioku), de membres du conseil d'Etat (san-ji-in), de 
membres du Sénat (gen-ro-in). Les principaux membres 
de la commission préparatoire devaient entrer dans la nou- 
velle pour soutenir le projet. Enfin le texte du nouveau 
code, définitivement arrêté par la commission supérieure, 
devait être soumis dans son ensemble au cabinet (daï-jo- 
kivan, naï-kakou), présenté par ce dernier au Sénat, et 
revêtu ensuite de la sanction impériale. 

A l'origine de son travail, M. Boissonade se contentait 
de soutenir verbalement devant la commission les articles 
de son projet. Bientôt on décida qu'un commentaire écrit 
accompagnerait le texte des articles et serait traduit en 
japonais, imprimé et distribué à la commission. Les t. I 
et II du projet furent ainsi imprimés en 4880 pour l'usage 
exclusif de cette dernière. Ce commentaire, d'abord très 
réduit, prit peu à peu, surtout à partir du t. III, plus d'ex- 
tension. Il fallut donc reprendre la matière contenue dans 
les deux premiers tomes pour en faire un exposé des mo- 
tifs complet ; la seconde édition de ces deux volumes a été 
publiée en 4882 etI883, les t. IV et V parurent en 4889. 

Le projet, tel qu'il subsistait après les diverses modifi- 
cations subies dans les commissions, reçut, au commence- 
ment de l'année 4890, l'approbation du cabinet, du Sénat 
et du conseil privé de l'empereur (su-mitsu-in) ; il a 
enfin été sanctionné et promulgué par l'empereur au mois 
d'avr. 4890 (23« année de mei-ji). Il devait commencer 
à s'appliquer à partir du 4«'' janv. 4893. Ce code ce- 
pendant, pas plus que le code de commerce, dont nous 
parlerons tout à l'heure, n'est encore actuellement en 
vigueur; par suite de circonstances sur lesquelles nous 
reviendrons, son apphcation se trouve aujourd'hui indéfi- 
niment ajournée. Une traduction française du texte officiel, 
accompagnée d'un exposé des motifs, a été (commencée : un 
premier Volume parut en 4894 , qui contient les livres rela- 
tifs aux biens, à l'acquisition des biens, aux garanties des 
créances et aux preuves. Peu après que le texte officiel fut 



45 — 



JAPON 



promulgué, M. Boissonade fut autorisé à réimprimer son 
projet personnel, texte et commentaire, avec les modifica- 
tions et additions qu'il jugeait utiles. Cette nouvelle édition, 
qui comporte quatre volumes, a été publiée en 4890. 
L'œuvre de M. Boissonade n'embrasse que les livres II 
(biens, droits réels et droits personnels), III (manières 
d'acquérir les biens), IV (sûretés ou garanties des créances) 
et V (preuves). Le livre 1, consacré aux personnes, a été 
réservé. Pour légiférer sur la constitution de la famille et 
le droit de succession, on a pensé qu'une profonde connais- 
sance des mœurs et des coutumes séculaires du Japon 
était nécessaire : la rédaction de cette partie du code a 
été confiée exclusivement h des légistes japonais, auxquels on 
donna mission de recueillir préalablement les coutumes des 
principales provinces de l'empire. Une traduction officielle 
anglaise du livre des personnes a paru à Tokio en 4892. 

Code de procédure civile. Dans les premiers temps qui 
suivirent la Restauration, la procédure civile fut laissée 
telle qu'elle avait été organisée sous le régime des lois de 
Tokugawa. En 4870, le gouvernement fit un Règlement 
de procédure^ qu'on modifia ultérieurement pour le rendre 
applicable à tout l'empire. Le Règlement de l'action lé- 
gale et le Formulaire de la procédure furent promulgués 
en 4872 et en 4873. En 4884, le gouvernement institua 
un comité chargé d'élaborer un projet de code. Ce projet, 
à la rédaction duquel un légiste anglais, M. Montagne Kirk- 
wood, prit une part notable, fut terminé en 4887. Approuvé 
par le gouvernement et par le Sénat, le code de procédure 
civile a été promulgué en 4890 et est en vigueur depuis 
le d®^ janv. 4891. Il comprend huit chapitres : chap. I, 
principes généraux; chap. II, procédure en première ins- 
tance ; chap. III, recours ; chap. IV, renouvellement de la 
procédure ; chap. V, requêtes sur pièces et sur lettres de 
change et promesses; chap. VI, exécutions; chap. VII, 
procédure de l'assignation publique ; chap. VIII, procé- 
dure de l'arbitrage. 

Ce code a été complété, le 2 févr. 4890, par une loi 
organique des cours et tribunaux, entrée en vigueur dès 
l'année même de sa promulgation. Elle comprend près de 
150 articles et est divisée en quatre chapitres : chap. I, 
tribunaux et cours de justice (saïbansho) et ministère 
public (kenji-kioku) ; chap. II, membres des cours de 
justices et officiers du ministère public; chap. III, exercice 
des fonctions judiciaires ; chap. IV, devoirs administratifs 
des tribunaux et pouvoirs de revision des sentences judi- 
ciaires. 

Code de commerce. L'ancienne loi japonaise ne faisait 
pas de distinction entre les lois civiles et les lois commer- 
ciales. C'est en 4881 que le gouvernement jugea néces- 
saire de compléter le projet de code civil par un projet de 
code de commerce. Il institua une commission composée de 
fonctionnaires particulièrement au courant des questions 
commerciales et chargea un jurisconsulte allemand, con- 
seiller du gouvernement japonais, le D^ Hermann Rœsler, 
de rédiger un projet (Entwurf eines Handelsgesetzbuches 
fur Japan^ mit Commentar, 3 vol.; Tokio, 4884). Le 
gouvernement confia ensuite l'examen de ce projet à une 
commission spéciale, qui termina son œuvre en 1887. Le 
nouveau code ne comportait qu'un seul livre, divisé en 
trois chapitres: chap. I, du commerce en général ; chap. II, 
du commerce maritime; chap. III, de la failUte. 

Approuvé par le Sénat, le code de commerce fut, comme 
le code civil, promulgué le 27 mars 4890, c.-à-d. à une 
époque où le régime constitionnel , établi en principe, 
n'existait pas encore en fait. Une traduction officielle en 
anglais fut publiée à Tokio en 4892. Le nouveau code de 
commerce devait être obligatoire à partir du 4*^"^ janv. 1894, 
alors que le code civil ne devait recevoir son application 
qu'à partir du 4^^ janv. 1893. Mais, dès sa première ses- 
sion, la Diète vota l'ajournement du code de commerce au 
l^^janv. 4893, invoquant comme prétexte l'utilité qu'il 
y avait à fixer une date uniforme pour l'apolication des 
deux codes. Puis, dans la session de mai-juin 4892, les deux 



Chambres votèrent un nouvel ajournement au 4«^ janv. 
4897. Les ministres protestèrent et conseillèrent d'abord 
à l'empereur de ne pas sanctionner ce vote. Ils finirent 
cependant par céder, et la loi fut promulguée le 22 nov. 
4892, peu de jours avant l'ouverture de la session. En 
voici la traduction : « La mise en vigueur des codes, des 
parties de codes, des dispositions et des règlements ci- 
dessous désignés est ajournée jusqu'au 3 1^ jour du 42® mois 
de la 29« année de mei-dji (34 déc. 4896), afin de per- 
mettre d'y apporter les corrections nécessaires : Les 
livres suivants du code civil : le livre des biens, le 
livre des moyens d'acquérir les biens (moins le chapitre 
des successions), le livre des sûretés ou garanties des 
créances ou droits personnels, et le livre des preuves et 
de la prescription, promulgués par la loi n** 28, le 3® 
mois de la 23® année 'de mei-dji (mars 4890) ; le 
code de commerce, promulgué par la loi n'^ 59, le 
8® mois de la même année (août 4890) ; les dispositions 
préliminaires relatives aux lois, promulguées par la loi 
n°97, le 40® mois de la même année (oct. 4890) et les 
livres suivants du code civil : le livre des moyens d'ac- 
quérir les biens (chapitre des successions), et le livre de- 
personnes, promulgués parla loi n^98, le 40® mois de la 
même année (oct. 4890). Toutefois, lorsque les correc- 
tions de telle ou telle partie auront été terminées, celle-ci 
pourra être mise en vigueur, même durant la période pré- 
vue par la présente loi. » Par application de cette dernière 
disposition, d'après laquelle certaines parties des nouveaux 
codes pouvaient être rendues exécutoires avant le 34 déc. 
1896, si elles parvenaient à être amendées avant cette 
date, la Diète, dans les derniers jours de la session de 
4892-93, consentit à voter la mise en vigueur, à partir du 
4®^ juil. 1893, des hvres duéode de commerce relatifs aux 
associations et sociétés commerciales, aux efiéts de com- 
merce et aux faillites. Le 25 mars 4893, la Gazette offi- 
cielle du gouvernement japonais a publié une ordonnance 
impériale faisant connaître la composition et le mode de 
fonctionnement de la commission chargée d'examiner le 
code civil, le code de commerce, ainsi que les lois annexes, 
dont la mise en vigueur a été ajournée. 

La Gazette officielle du 44 avr. 4893 donne la com- 
position des membres de cette commission. C'est le comte 
Ito, président du conseil des ministres, qui en est nommé 
président. Les noms des membres délibérant furent publiés 
dans la Gazette officielle du 24 avril. Ils furent choisis 
équitablement parmi les partisans et les adversaires des 
nouveaux codes. Ces derniers paraissent cependant devoir 
être en majorité. Ils se recrutent principalement parmi les 
légistes soumis à l'influence anglaise, hostiles à l'idée de co- 
dification, et parmi cette catégorie de patriotes intransi- 
geants qui, à la Diète, ont voté contre les codes, sous 
prétexte qu'ils étaient en contradiction avec les anciennes 
coutumes, les usages et les lois de leurs ancêtres. M. Bois- 
sonade n'a cessé de protester contre cette allégation (V. no- 
tamment sa brochure sur les Nouveaux Codes japonais, 
Tokio, 4892). Un juge impartial autant qu'autorisé, 
M. Wigmore, professeur américain, dià^moUvé {Materials 
for study of private law ~- New Codes and Old Cus- 
toms) que le nouveau code ne faisait en réalité que déve- 
lopper des principes admis au Japon depuis les temps les 
plus anciens, et qu'en outre la législation française, dont 
il s'inspire, se rapproche beaucoup plus des vieilles cou- 
tumes japonaises que la loi anglaise- 

Droit international. C'est dans la période qui va de 
1855 à 1860 que le shogoun se décida à conclure avec les 
puissances étrangères des traités de commerce et d'amitié. 
Ces traités qui, exploités contre lui, furent une des causes 
de son renversement, furent cependant, après la Restaura- 
tion, confirmés par le mikado. Voici la date des princi- 
paux d'entre eux : avec la France, traité du 9 oct. 4858, 
complété par la convention du 25 juin 1866 (consulter 
également : édit de juin 1778, lois du 28 mai 1836, du 
8 juil. 4852, du 49 mars 1862, du 28 avr. 4869, décret 



- 46 — 



du 45 nov. 1887); — avec l'Autriche-Hongrie, 18 oct. 
1869 ; — avec la Belgique, d^'^août 1866 ; — r avec le Dane- 
mark, 12 janv. 1867; — avec l'Allemagne (Prusse), 
24 janv. 1861 ; — avec la Grande-Bretagne, 14 oct. 1854, 
26 août 1858, etc. ; — avec l'Italie, 25 août 1866; — 
avec les Pays-Bas, 30 janv. 1856 ; — avec le Portugal, 
3 août 1860 ; — avec la Russie, 7 févr. 1855, 19 août 
1858; — avec l'Espagne, 1 2 nov. 1868; — avec la Suède et 
la Norvège, 11 nov. 1868; — avec la Suisse, 6 févr. 1864; 
— avec les Etats-Unis d'Amérique, 31 mars 1854, 29 juil. 
1858, etc. 

D'après ces traités, les étrangers ont en général le droit 
d'immigrer et de s'établir 'au Japon, mais seulement dans 
certaines localités et .leur banlieue (Tokio ou Yedo, Hako- 
daté, Kanazawa, Nagasaki, Niigata, Osaka, Yokohama, 
Kobe ou Hiogo, Shimoda). Ils y jouissent des droits civils 
et commerciauxen général. En ce qui concerne la juridic- 
tion, il faut distinguer : 1° au criminel, l'étranger n a pour 
juge que l'autorité consulaire de son pays, et celle-ci juge 
d'après sa loi nationale ; 2° au civil, l'étranger a pour 
juge l'autorité consulaire dans toutes les contestations qu'il 
a avec ses propres nationaux ; 3^ l'étranger est soumis à 
la règle : Actor sequitur forum rei, dans toute contes- 
tation avec d'autres étrangers ou avec des Japonais. 

Le Japon poursuit la revision de ces traités. De son 
côté, l'Institut de droit international avait, dès 1874, mis 
cette question à l'étude, et en 1879, sir Travers Twiss avait 
rédigé à ce sujet un rapport qui fut justement remarqué. 
En 1887 eurent lieu à Yokohama des conférences entre les 
représentants de toutes les puissances ayant des traités avec 
le Japon et les délégués du gouvernement iaponais. Voici 
quelles seraient, d'après le Journal du droit interna- 
tional (1887, pp. 252, 693 etsuiv.) les bases de l'accord 
projeté : l'intérieur du Japon sera ouvert au commerce 
étranger dans une période de deux ans après la signature 
des traités ; à l'intérieur, les étrangers seront soumis à la 
juridiction japonaise ; les concessions de Yokohama et 
autres ports ouverts seront placés sous la même juridiction 
trois ans après la signature du traité, à condition tou- 
tefois que le Japon ait constitué à cette époque des tribu- 
naux dans tous les centres où sont établis les étrangers. 

Cet accord a déjà reçu un commencement de réalisation. 
En 1888, le Mexique conclut avec le Japon un traité par 
lequel il renonçait, en ce qui le concernait, au bénéfice de 
l'extraterritorialité, moyennant le droit, accordé à ses na- 
tionaux, de s'établir et de commercer à l'intérieur. Par 
suite d'une convention tout récemment conclue (1894) 
entre le Japon et le gouvernement provisoire d'ilawai, les 
clauses de l'ancien traité, signé en 1871, deviennent abro- 
gées. Les sujets hawaïens pourront, à l'avenir, en se con- 
formant aux lois et règlements en vigueur, ou qui pourraient 
être établis par la suite, circuler librement dans tout le 
pays, y résider, louer des maisons ou des magasins et se 
livrer à leur profession. En revanche, le gouvernement 
d'Hawaï a renoncé formellement à son droit de juridiction 
sur ses nationaux résidant au Japon. Enfin l'Angleterre 
vient de signer, à la date du 15 août 1894, un nouveau 
traité avec le Japon. Le traité porte sur deux points prin- 
cipaux. D'une part, les Anglais acquièrent le droit de s'éta- 
blir et de commercer Ubrement à Fintérieur du pays; 
mais, en revanche, les Japonais Recouvrent la liberté (qui 
leur était refusée par les anciens traités) d'adopter telle 
politique douanière qu'il leur plaît. Les négociateurs an- 
glais ont accepté une légère augmentation de tarifs. Pour 
prévenir de nouvelles augmentations dans un terme trop 
rapproché, ils auraient désiré que le nouveau traité fût 
conclu pour une période de vingt ans. Finalement on est 
tombé d'accord pour lui assigner une durée de douze ans. 
Sur le second point, celui de l'extraterritorialité, les né- 
gociateurs anglais se sont montrés prudents. Ils ont voulu 
attendre que la justice indigène ait achevé de faire ses 
preuves et que les nouveaux codes aient été promulgués. 
Un délai de cinq années a été déterminé, après lequel le 



; nouveau traité doit entrer en vigueur : les sujets britan- 
niques établis au Japon deviendront alors justiciables des 
1 tribunaux japonais. En outre, les dispositions du traité qui 
' concernent le tarif douanier ne pourront être appliquées 
que lorsque des conventions analogues auront été signées 
entre le Japon et toutes les autres puissances : autrement 
le commerce anglais se trouverait placé dans un état d'in- 
fériorité. En résumé, ce traité n'a pas l'importance immé- 
diate qu'on avait été tenté de lui attribuer tout d'abord. Il 
ne diffère que sur un point des traités qui avaient été 
signés en 1889 avec les Etats-Unis, la Russie et l'Alle- 
magne et qui n'avaient pu être ratifiés par suite de l'oppo- 
sition populaire : l'adjonction de juges européens aux mem- 
bres des hautes cours de justice japonaises. L'Angleterre 
a cru pouvoir renoncer à cette garantie, qui avait paru 
injurieuse aux Japonais. 

La question de la revision des traités reste donc, en 
définitive, posée dans les mêmes termes qu'il y a vingt ans, 
lorsqu'en 1872 l'ambassade du prince Ivvakura fut chargée 
d'aller aux Etats-Unis pressentir sur ce point les disposi- 
tions du cabinet de Washington : elle reste indissoluble- 
ment hée à la question de codification. Le Japon a fait 
beaucoup, nous l'avons vu, pour opérer la réforme de ses 
institutions et de sa législation : il lui reste à achever 
l'œuvre entreprise en promulguant, dans leur intégralité, 
le code civil et le code de commerce. Le gouvernement ja- 
ponais poursuit, dit-on, des négociations parallèles avec 
les autres nations, notamment avec la France, l'Allemagne 
et la Russie. Ces nations n'ont aucun motif de précipiter 
leur adhésion, puisqu'on vertu de la clause de la nation la 
plus favorisée, toutes les autres puissances, lorsqu'elles 
jugeront le moment favorable, pourront, à l'avenir, en 
acceptant la juridiction japonaise pour leurs nationaux, ré- 
clamer les mêmes avantages que ceux qui ont été concédés 
à l'Angleterre. Si elles croient devoir s'engager dès main- 
tenant, elles ne pourront signer, comme l'Angleterre elle- 
même, qu'un traité conditionnel, subordonné, quant à sa 
mise en vigueur, à l'achèvement de la réforme législative 
et judiciaire au Japon. Joseph Dubois. 

BiBL. : Pages, Bibliographie japonaise; Paris, 1859, 
in-4. — H. CoRDiER (en préparation), Bibliotheca Ja- 
ponica, pour faire suite à la Bibliotheca Sinica. — Léon 
Metchnikoff, l'Empire japon^tis ; Paris, 1882, in-4. — 
B.-H. ChAxMoerlain, Things Japanese; Yokohama, 1891, 
in-8. — G. Appert, Ancien Japon; Tokio, 1888, in-12(avec 
ces trois ouvrages on aura une connaissance fort exacte 
et fort suffisante du sujet). — E. Karmpfer, History of 
Japan; Londres, 1727-1728, 2 vol. in-fol. — C.-P. Thun- 
BERG, Resa; Upsal, 1789-93, 4 voL in-8; ail., Berlin, 1792, 
in-8 ; franc., Paris, 1796, 2 vol. in-4. — P. -F. von Siebold, 
Archiv^ 1832 et suiv., 9 vol. in-fol. — D'une façon générale, 
consulter les livres de Satow, d'AsTON et de Chamber- 
lain. — Les ouvrages les plus importants sont: E. de Vil- 
laret, Dai Nippon ; Paris, s. d.,in-8. — Rein, Japan, et 
The Industries of Japan, très important (latrad. anglaise 
préférable à roriginal allemand). — W.-E. Griffis, The 
Mikado's Empire. — Richard Hildreth, Japan as it was 
and is. — Rutherford Alcock, The Capital of the Tycoon, 
2 vol. in-8. — F. Régamey, le Japon pratique; Paris, in-12. 

— J.-R. Black, Young Japan. — Bousquet, le Japon de 
nos jours; Paris, 2 vol. in-8. —A. Humbert, le Japon et 
les Japonais ; Paris, in-4. — W. Bramsen, Chronologi- 
cal Tables. — Adams, History of Japan ; Londres, 2 vol. 
in-8. — D. Murray, Japan; Londres, 1894, in-8. — H. Nor- 
man, The Real Japan, 1892, in-8. — Léon de Rosny, le 
Livre canonique de l'antiquité japonaise ; Paris , in-8. 
-— A.-B. MiTFORD, Taies of Old Japan; Londres, in-8. 

— Audsley et Bowes, Keramic Art of Japan, etc., 
Londres, in4. — Anderson, Pictorial Art of Japan. — 
Gonse, Art japonais; Paris, 2 vol. gr. in-4 et in-8. — 
A.- W. Franks, Japanese Pottery ; Londres, in-8. — P. Gran- 
didier, Porcelaine ; Paris, 1894, in-4. — Geerts, Pro- 
duits de la nature japonaise; Yokohama, 2 vol. in-8. — 
J.-C. Hepburn, Dictionary ; Yokohama, gr. in-8. — Hoff- 
mann, Japanese Grammar; Leyde, 1877, in-8. — W.-G. 
Aston, Grammar ; Londres, 1877, in-8. — Résumé statis- 
tique de l'Empire du Japon (publication japonaise offi- 
cielle). — Rapports consulaires français et anglais. — 
Transactions of the Asiatic Society of Japan. — Mitth, 
Deutsche Ges. f, Natur u. Vœlkerkunde Ostasiens. 

Religion. — A. von Knobloch, Die Begrsebniss-ge- 
brœuche der Shintoisten ; Mittheilungen der Deut. Gesell. 
fur Natur und Vœlkerkunde Ostasiens, 1874, vol. I, p. 39. 

— Emile Burnouf, la Mythologie des Japonais, d'après 



47 - 



JAPON - JARD 



le « Kohou-si-ryakou », ou Abrégé des historiens du Japon ; 
Paris, 1875, in-8. — P. Kempermann, Ueber die Kn" 
milehre ; Mittheilungen der Deut, Gesell. fur Natuv und 
Vœlherkunde Ostasiens, 1874, vol. ï, p. 30. — G. Bous- 
quet, la Religion au Japon^ dans Revue des Deux Mondes, 
1876, 2«trim., p. 297. — Du môme, le Japon de nos jours ; 
Paris, 1877, 2 vol. in-8. — A. Severini, Notizie di astro- 
logia Giapponcse ; Genève, in-4. — Léon Metchnikofp, 
Extraits du « Ko-zi-ki », ou Cosmogonie japonaise ; Ge- 
nève, in-8. — Emile Guimet, Promenades japonaises ; Paris, 
1879-80, 2 vol. in-4. — J.-J. Rein, Japan nach Reisen und 
Studien; Leipzig, 1881, vol. I. — E. Satow, Ancient Ja- 
panese rituals, dans Transactions of the As. Soc. of Ja- 
pan, 1881, vol. IX, p. 183. — Basil Hall Chamberlain, 
Translation ofthe Ko-zi-ki, dans Transactions of the As. 
Soc.ofJapan^ vol. X, suppl. — Léon deHosny, la Grande 
Déesse solaire Ama-térasou-oho-Kami., et les origines du 
sintauisme ; dans Revue de Vhist. des rel., 1884, t. IX, 
p. 202. — L. Bastide, l'Histoire des dynasties divines du 
Japon., dans Muséon., 1886, vol. V, p. 260. — G.-H. Schills, 
Kô-hô'Wô-raï ^ la Voie de la piété filiale, dans Muséon., 
1886, vol. V, pp. 143, 317. — M.-A. Tomm, le Shintôisme, 
sa mythologie et sa morale., dans Annales du musée 
Guimet, t. X, p. 307. — Perceival Lowell, Esoteric iShin- 
iô, dans Transactions ofthe As. Soc. of Japan, vol. XXI, 
pp. 106, 152, 204. — Romyn Hitchcock, Shinto., or the 
Mythology of the Japanese, dans Annual Report ofthe 
U. S. National Muséum for the year 1891 , p. 489. — 
Ymaïzoumi, Questions et Répoiises. Conférence entre les 
prêtres de la secte Sinsiou et la mission scientifique fran- 
çaise, dans Annales du musée Guimet., t. I. — Bunyu 
Nanjio, a Catalogue of the chinese translations of the 
Buddhist Tripitaka^ the Sacred Canon of the Buddhisfs 
in China and Japan; OxCord, 1883, in-4. — Du môme, 
A Short History of the Tvoelve Japanese Buddhist Sects ; 
Tokio, ^1887. — 'F,-Max Mûller, Pragnâ-pâramitâ-hri~ 
daya sûtra, edited and translated from the ancient Japa- 
nese palm-leaves ; Oxford, 1884, in-4. — P. Regnaud et 
Y. Ymaïzoumi, 0-mi~to-King^ ouSukhavâti-vyûha-sûtra^ 
dans Annales du musée Guimet., t. 11. — James Troup, 
On the Tenets ofShinshiuor True Sect of Buddhism., dans 
Transactions of the As. Soc. of Japan., 1886, vol. XIV, 
p. 1. — James Summers, Buddhism and the traditions 
concerning its introduction into Japan, dans Transac- 
tions ofthe As. Soc. of Japan, 1886, vol. XIV, p. 73. — 
Ryauon Fusishima, le Bouddhisme japonais Doctrines 
et histoire des douze grandes sectes bouddhistes du Ja- 
pon; Paris, 1889, in-8. — Sir Monier Williams, Bud- 
dhism; Londres, 1890, in-8. —Alfred Millioud, Esquisse 
des huit sectes bouddhistes du Japon, dans Revue de 
Vhist. des rel., 1892, vol. XXV, p. 218 et vol. XXVI, p. 201. 

JAPY (Frédéric-Benoît), général français, né à Badevel 
(Doubs) le23févr. 18^26. Il entra à Saint-Cyr en 1844 et 
en sortit en 1846 comme sous-lieutenanf d'infanterie. 
Promu lieutenant en 1850, capitaine en 1855, il était co- 
lonel depuis 1869 lorsque éclata la guerre entre la France 
et la Prusse. Il fut promu général de brigade en 1874, 
général de division en 1881 et reçut en 1886 le comman- 
dement du 15® corps d'armée. Il fut admis au cadre de 
réserve en 1891 et fut alors élu sénateur par le dép. du 
Doubs. Le général Japy s'y est occupé activement des ques- 
tions d'organisation militaire. Paul Marin. 

JAQUELOT (Isaac), pasteur protestant, né à Wassy le 
16 déc. 1647, mort à Berlin le 20 oct. 1708. La révo- 
cation de Fédit de Nantes l'exila ; il fut pasteur français 
à La Haye en 1686 et à partir de 1702 à Berlin. Parmi 
ses écrits, sa Dissertation sur l'existence de Dieu (La 
Haye, 1647, in-4; Paris, 1744, 3 vol. in-12) fut em- 
ployée même parles catholiques ; là, comme dans ses œuvres 
polémiques (liste complète dans Haag, la France protest,, 
Paris, 1856, t. VI, pp. 37 etsuiv.), il lutte contre le cal- 
vinisme intransigeant de ^rieu et contre le scepticisme de 
Bayle. Son Traité de la vérité.,, des livres du F. et du 
N, Testament (Botterdam, 1715, in-12;3^éd., Amster- 
dam, 1752, in-12) passe pour un chef-d'œuvre; mais, pour 
ses contemporains, Jaquelot était surtout un orateur; ses 
Sermons ont été réunis en 2 vol. (Amsterdam, 1710, 
in-12; Genève, 1721 ; 1724 et 1774, 2 vol. in-12). 

JAQUEMART (Techn.). Statue mécanique en fer, en 
fonte ou en plomb, que l'on plaçait au moyen ûge sur les 
tours munies d'une horloge publique et à proximité de la 
cloche de cette horloge. Cette statue représentait en général 
un homme armé tenant un niarteau. Quand l'heure devait 
sonner, les bras de la statue se soulevaient et le marteau 
allait frapper sur la cloche. Dans plusieurs de nos villes 




Jaquemart do Notre- 
Dame de Dijon. 



du Nord, le beffroi a conservé son jaquemart. Celui de Fhôtel 
de ville de Compiègne est encore surmonté de trois jaque- 
marts qui jouissent dans la 
contrée d'une grande popula- 
rité. Un des jaquemarts les 
plus anciens est celui qui ac- 
compagne l'horloge de l'église 
Notre-Dame de Dijon. A côté 
de lui se trouvent sa femme 
et ses enfants, qui prennent 
part aux sonneries. L. K. 
JAQUET (V. Costume, 
t. XII, p. 1160). 

JAQUETTE. I. Costume 
(V. Costume, t. XH, p. 1160). 
H. Artillerie. — On nomme 
ainsi, dans certaines bouches 
à feu en acier, un tube de 
même métal entourant la par- 
tie postérieure du canon et 
destiné à renforcer celle-ci. 
La jaquette porte quelquefois 
les tourillons de la pièce. 
Dans ce cas, l'organe de 
fermeture de la culasse peut 
être logé dans la partie pos- 
térieure de la jaquette dé- 
bordant le canon à l'arriére : 
il prend ainsi appui direc- 
tement sur la jaquette pen- 
dant le tir; il peut également 
être logé dans le canon lui-même, ce dernier prenant appui 
sur un épaulement postérieur de la jaquette. Quel que soit 
le système de construction de la bouche à feu, la jaquette 
concourt, dans ce cas, à supporter les efforts longitudi- 
naux du tir. La jaquette peut aussi être dépourvue de tou- 
rillons. Dans ce cas, elle sert uniquement à renforcer le 
tonnerre dans le sens transversal; on peut d'ailleurs, par 
un agrafage convenable de la jaquette placée à chaud sur 
le canon, faire concourir la jaquette à renforcer en même 
temps le canon dans le sens longitudinal. Les canons 
réglementaires en France ne portent' pas de jaquette. 

JARA (La). Région d'Espagne, qui s'étend de la rive 
gauche du Tage aux monts de Tolède et est couverte de 
broussailles oti dominent le ciste (jara, en espagnol), les 
bruyères, le sparte et les lentisques ; elle est presque dé- 
serte, ne renferuie que 20,000 hab, sur une grande sur- 
face et n'est propre qu'au pâturage des moutons. E. Cat. 
JARACZEWSKA (Elisabeth, née Krâsinska), femme de 
lettres polonaise, née en 1792, morte à Cracovie en 1832. 
On lui doit un certain nombre de romans remarquables 
par la fidélité avec laquelle ils retracent les types et les 
mœurs de l'époque : Sopfiie et Emilie (Varsovie, 1827 ; 
2^^ éd., 1862) ; le Soir de VAvent (Varsovie, 1828, 
réimpr. en 1862) ; Première Jeunesse (Varsovie, 1829) ; 
Nouvelles morales (1828). Ses œuvres ont été réunies en 
4 vol. (Breslau, 1845). Cette édition est précédée d'une 
biographie de l'auteur par Victorine Ossohnska. 
JARAMA. Affluent du Tage (y, ce mot). 
JARANDILLA. Ville d'Espagne, ch.-l. de district de la 
prov. de Cacérès (Estrémadure), dans la vallée du Jaranda 
(affluent du Tietar), fertile en fruits et en pâturages, que 
l'on appelle la Vera de Plasencia; 2,000 hab. Palais 
des comtes d'Oropesa, couvent fondé par eux en 1582. 
A 10 kil. à rO. se trouve le monastère de Yuste, fameux 
par la retraite de Charles-(juint en 1557. 

JARGIEU. Corn, du dép. de l'Isère, arr. de Vienne, 
cant. de Bcaurepaire; 672 hab. 

JARD (Constr.), Les jards sont des galets ou grosgra- 
viers que l'on tire du lit des fleuves et des rivières et que 
l'on emploie dans les empierrements de chaussées et dans 
la confection des bétons. 



JARD - JARDIN 



- 48 — 



JARD (La). Com. du dép. de la Charente-Inférieure, 
arr. et cant. de Saintes; 348 liab. 

JARD. Com. du dép. de la Vendée, arr. des Sables- 
d'Olonne, cant. de Talmont; 1,204 hab. 

JARD-Panvillier (Louis-Alexandre), homme politique 
français, né à Aigonnay (Deux-Sèvres) le 7 nov. 4757, 
mort à Paris le 14 avr. 1822. Médecin à Niort, maire de 
cette ville en 1790, puis procureur général syndic du dé- 
partement, il fut député à la Législative et à la Conven- 
tion. Il vota, dans le procès do Louis XVI, pour la déten- 
tion, le bannissement à la paix et le sursis. Envoyé le 
10 mai 1793 à l'armée de La Rochelle, il n'y resta qu'un 
mois et fut rappelé comme modéré. Très effacé à la Con- 
vention, il se fit, au conseil des Cinq-Cents, le défenseur 
des émigrés et des prêtres réfractaires, et combattit en 
juil. 1799 la motion de déclarer la patrie en danger. Il 
se montra favorable au coup d'Etat du 18 brumaire, et 
fut, le 29, délégué par les consuls provisoires dans la 
9® division militaire, pour y rallier les esprits. Nommé 
membre du Tribunat, il en fut successivement le secrétaire, 
le questeur et le président. C'est Jard-Panvillier qui fut 
le rapporteur de la proposition (iurée (mai 1804) tendant 
à décerner à Bonaparte le titre d'empereur. Il en fut ré- 
compensé par le titre de chevalier en 1808 et par celui de 
baron en 1813. A la suppression du Tribunat en 1808, il 
devint président à la cour des comptes. Il fut l'un des pre- 
miers à adhérer en 1814 à la déchéance de l'empereur, le 
servit de nouveau pendant les Cent-Jours et se rallia 
néanmoins à la seconde Restaurai ion. Il entra à la Chambre 
des députés et y siégea jusqu'à sa mort. A. Kuscinski. 

JARDIN. I. Archéologie. — Jardins suspendus 
(V. Babylone, t. IV, p. 1047, et Architecture des jar- 
dins). 

II. Architecture (V. Architixture des jardins). 

III. Horticulture. — Presque partout, le jardin est 
destiné à produire à la fois des léy,umes, des plantes d'or- 
nement et des arbres fruitiers. Il est clos d'un mur sur 
lequel on palisse les arbres fruitiers et au-devant de ce mur 
régnent une plate-bande et une aPée. Au milieu du jardin, 
un ou plusieurs carrés séparés par des allées et divisés en 
planches reçoivent les légumes et, sur leur pourtour, des 
arbres fruitiers conduits en cordon, en candélabre, en que- 
nouille, etc. Tout autour des allées, en bordure, des fleurs, 
du persil, du cerfeuil, de l'oseille, etc. Cette disposition du 
jardin plaît au plus grand nombre. Elle semble à ceux qui en 
jouissent réaliser la meilleure utilisation du terrain. Pour- 
tant, ce mélange des cultures est défavorable à leur succès 
et nuit à l'effet ornemental. Aussi on cultivera séparément 
les diverses catégories de plantes du jardin, lorsque son 
étendue le permettra, en réservant à chacune d'elles l'espace 
proportionné à l'importance qu'on lui accorde. Une clôture, 
haie ou mur de préférence, un sol perméable et profond, 
le voisinage de l'habitation et de l'eau, sont les conditions 
essentielles à réaliser ou à rechercher pour l'établissement 
du jardin. Les jardins spécialement destinés à la produc- 
tion des fruits ou jardins fruitiers sont divisés en carrés 
par une allée de ceinture à 1 m. 50 des murs et des allées 
tracées intérieurement à angle droit. L'intervalle à laisser 
entre les arbres varie avec leur nature, les formes qu'on 
leur fait prendre, la fertiHté du sol. On cultive les arbres 
en espalier contre les murs. Dans les carrés, on les plante 
en lignes et on les conduit en contre-espalier, en gobelet, en 
pyramide, etc. Les jardins consacrés aux plantes d'orne- 
ment ou jardins d'agrément sont disposés selon leur éten- 
due, le relief du terrain, le paysage environnant, la pré- 
sence d'un cours d'eau, etc., en jardin français ou en jardin 
paysager. Des allées droites, bordées de plates-bandes de 
fleurs entourant des gazons plaîis ou des bassins, des ave- 
nues, des bosquets, caractérisent le jardin français, dont 
le parc de Versailles est en grand la splendide expression. 
Dans les jardins paysagers appelés aussi jardins anglais, 
très à la mode de nos jours, les allées sinueuses, les con- 
tours gracieux, les gazons vallonnés semés de corbeilles de 



fleurs, de bosquets, de grandes plantes d'ornement isolées 
ou groupées, remplacent le tracé raide mais souvent ma- 
jestueux du jardin français. Citons enfin les jardins créés 
en vue de l'étude des plantes : les jardins botaniques et les 
jardins dendrologiques. Dans les premiers, les espèces, 
groupées en genres et en familles, sont disposées sur les 
côtés de plates-bandes parallèles. Cette disposition exprime 
incomplètement les affinités que ces plantes ont entre 
elles. Mais les arrangements moins imparfaits auxquels 
on a pensé ou que l'on a appliqués pour représenter sur 
le terrain les atîinités des plantes, sont, en même temps, 
moins simples et moins commodes en pratique. L'avan- 
tage scientifique de grouper les plantes d'après leurs affi- 
nités naturelles n'exclut, pour les jardins dendrologiques, 
spécialement réservés aux végétaux ligneux, ni l'harmonie, 
ni le pittoresque de la disposition. Tandis qu'on établit le 
jardin botanique sur un terrain plat de préférence, le 
jardin dendrologique peut être avantageusement installé sur 
une surface mamelonnée . On y trace des allées sinueuses 
dont les bords sont plantés des buissons les plus bas et, 
derrière eux, s'étagent les arbustes et les arbres élevés. 

G. Boyer. 

Jardin DES Plantes (V. Muséum d'histoire naturelle). 

IV. Pédagogie. — Jardin d'enfants (en allemand, Kin- 
dergarten), — Nom donné par Frœbel à ses écoles de petits 
enfants, « soit parce qu'il entrait dans ses vues d'annexer 
toujours un jardin à l'école, soit qu'il considérât l'enfant 
comme une plante frêle et délicate, ayant besoin d'une cul- 
ture persévérante et attentive ». Le but étant de tirer parti 
des dispositions naturelles de l'enfant, — besoin d'activité, 
amour du jeu, curiosité, esprit d'imitation, — pour régler 
son développement physique, intellectuel et moral, on l'at- 
teint par quatre groupes d'exercices : {""jeux gymnastiques 
accompagnés de chants (histoires mimées en même temps 
que chantées, représentation d'actes de la vie champêtre, 
ou de certains métiers) ; i^ culture des jardinets ; l'en- 
fant y acquiert des notions sommaires sur les plantes, 
apprend à les aimer, exerce ses forces ; 3^ gymnastique 
de r œil et de la main ; 4^ causeries, poésies et chants. 
Le troisième groupe est le plus intéressant. Frœbel, par 
une gradation savante, veut à la fois apprendre à l'enfant 
l'usage de ses doigts, le rendre adroit, lui donner des con- 
naissances précises sur les nombres, les lignes, les vo- 
lumes, etc. C'est dans l'usage du matériel affecté à ce groupe 
qu'apparaissent ces règles minutieuses souvent reprochées 
à Frœbel, ces petits travaux, trop ingénieux ou trop jolis, 
remarqués à toutes les expositions et qui dénotent une 
intervention étrangère ou une habileté trop précoce. Le 
matériel comporte des solides en bois, divisés en six séries; 
des surfaces en bois ou en papier ; des bâtonnets, bandes 
de papier, petits pois, anneaux, pour l'étude des lignes ; 
du papier quadrillé, des perles, des boutons, des poinçons, 
pour l'étude du dessin ; de l'argile, pour l'étude du mode- 
lage. La pratique de cette méthode exige de la part des 
maîtresses une patience sans bornes ; de leur habileté à se 
faire aimer par les enfants dépend le succès, surtout le 
progrès moral, but principal de Frœbel. Le premier jardin 
d'enfants fut fondé par lui à Blankenburg en \ 836, et ainsi 
dénommé à partir de 1840 ; outre les petits enfants, il y 
recevait les personnes qui voulaient se former à la pro- 
fession de jardinières. En 4850, grâce àpfla générosité 
du duc de Saxe-Meiningen, il put ouvrir un jardin modèle 
à Marienthal. Après sa mort, sa femme continua son œuvre, 
à Marienthal, puis à Keilhau, à Dresde, à Hambourg. Le 
véritable apôtre de la méthode fut W^ de Marenholz, qui, 
à partir de 1853, parcourut l'Europe pour gagner l'opinion 
publique à sa cause. En Angleterre, en "Autriche, en 
Belgique, en Italie, en Russie, en Espagne, en Portugal, 
aux Etats-Unis, les principes de Frœbel ont été adoptés 
soit complètement, soit avec des modifications. En France, 
où les salles d'asile, dès 1833, employaient déjà des mé- 
thodes analogues, celle de Frœbel fut propagée en 1835, 
et surtout à partir de 1871, après la fondation de la 



49 — 



JARDIN — JARGEAU 



Société Frœbel. Mais nos écoles maternelles ont leur ca- 
ractère original (V. Frcebel, Ecoles maternelles). J. G. 

V. Marine. — On appelle jardins les surfaces qui ser- 
vent à raccorder d'une façon continue les tambours (V. ce 
mot) des roues dans les navires à aubes, à la muraille du 
bâtiment. Leur but est d'éviter sur les tambours des roues 
les coups de mer directs qui, s'engouffrant dans une surface 
rectangulaire en dièdre droit, arracheraient tout. Par ex- 
tension, on nomme aussi jardins, dans les cuirassés d'es- 
cadre, les surfaces, en dehors des bastingages, qui relient 
sans ressaut brusque les demi-tourelles de certaines pièces 
de canon du pont à la muraille. 

BiBL. ; PÉDAGOGIE.— Frœbel, Muttev und Kose-Lieder. 
Ein Familienbuch^ 1843. — F. Buisson, Dictionnaire de 
pédagogie. — Octavie Masson, VEcole Frœbel, j histoire 
d'un jardin d'enfants ; Bruxelles, 1880. — Cours normal 
donné à l'Ecole primaire supérieure d'Ixelles, d'après la 
méthode de F. Frœbel ; Bruxelles, 1860. 

JARDIN (Le). Corn, du dép. de la Corrèze, arr. de 
Tulle, cant. d'Egletons; 307 hab. 

JARDIN. Com. du dép. de l'Isère, arr. et cant. (S.) 
de Vienne; 536 hab. 

JARDIN (Suzanne Habert, dame du) (V. Habert). 

JARDIN (Nicolas-Henri), architecte français, né à Saint- 
Germain-des-Noyers le 22 mars 1720, mort en 1802. 
Ayant obtenu le grand prix d'architecture en 1741 sur un 
projet de chœur pour une église cathédrale. Jardin voyagea 
en Italie de 1744 à 1748 et entra, à son retour en France, 
dans le service des bâtiments royaux. Il fut appelé en 1754 
à Copenhague par le roi de Danemark Frédéric V avec le 
titre de professeur d'architecture à l'Académie royale et 
d'intendant des bâtiments royaux, et fit élever, dans cette 
ville, le palais de Moltke et l'église royale commémorative 
de la dynastie d'Oldenbourg, vaste rotonde de marbre blanc 
avec ornements en bronze doré dont la construction, long- 
temps interrompue, a été reprise de nos jours; la salle des 
chevaliers au château de Christianbourg, et à Jœgensdorf, 
le château de Bernsdorf et le palais d'Araelitgade. Revenu 
en France en 1771, Jardin entra à l'Académie d'architec- 
ture et fut nommé architecte du roi et chevalier de Saint- 
Michel. Entre autres travaux, il construisit en France l'hô- 
pital de Lagny et donna, en collaboration avec Antoine, les 
dessins de la nouvelle façade de l'Hôtel de ville de Cambrai 
dont les travaux furent conduits par Richard. On doit à 
cet architecte les Plans^ Coupes et Elévations de l'église 
royale de Frédéric V, à Copenhague (Varïs, 1765, in-fol.). 
— Louis-Honoré Jardin, frère du précédent, né en 1730 
et mort à Copenhague en 1759, fut, lui aussi, appelé en 
Danemark comme professeur d'architecture et aida son frère 
dans ses premiers ouvrages. Charles Lucas. 

JARDINAGE (Sylvie). Mode de traitement des forêts 
apphqué surtout aux résineux, consistant à enlever çà et 
là, sur toute l'étendue de la forêt, un certain nombre des 
plus beaux arbres réclamés par la consommation et en outre 
les arbres dépérissants. Ce nombre variait suivant la 
durée de la révolution. On a reproché au jardinage de 
rendre l'abatage difficile, la vidange dangereuse pour les 
arbres restés debout, la surveillance très imparfaite ; de 
donner des produits en matière inférieurs en qualité et en 
quantité, pour une même révolution, à ceux fournis par 
la méthode dite naturelle, etc. Le jardinage a cependant 
laissé de belles forêts. Du reste on surveille mieux l'ex- 
ploitation, on la rend plus facile et plus économique, en 
établissant des divisions dans la forêt, en introduisant 
dans la méthode les coupes d'éclaircie et de nettoiement. 
Avec le jardinage, le sol, toujours couvert, reste frais, 
meuble, et le réensemencement naturel s'y fait facilement 
sur les petits vides que laissent les coupes ; tous les arbres 
se soutiennent ; il y a peu de chablis ; le régime des eaux 
est assuré. G. Boyer. 

JARDINE (David), compilateur et historien anglais, né 

en 1794, mort le 13 sept. 1860. xivocat, puis recorder 

de Bath, enfin magistrat de police au tribunal de Bow 

Street, à Londres, il a composé l'index de la Collection 

grande encyclopédie. — XXI. 



of State trials de Howells. Son livre le plus connu est 
intitulé A Narrative of the Gunpowder plot (Londres, 
1857, in-8). 

JARDINES. Nom donné par les navigateurs espagnols 
à des archipels d'îlots et de cayes qui sont parsemés au- 
tour de l'île de Cuba (Amérique, possessions espagnoles). 
On distingue les Jardines del Hey, qui s'étendent le long 
de la côte N.-E. de l'ile, sur une longueur de près de 
450 kil. (entre le Puerto de Nuevitas à FË. et le cap Hi- 
cacos, à l'O.) ; les Jardines de la Reyna, le long de la 
côte S. de l'Ile, entre le cap Cruz et le port de Trinidad ; 
les Jardines y Jardinillos le long de la côte S. Ces noms 
rappellent l'aspect verdoyant de ces îles coralliques, qui 
sont de vrais jardins emplis d'oiseaux. Quelques-unes, 
dans lesqueHes il jaillit de l'eau douce, sont habitées; la 
plus importante est celle de Pinos^ dans le groupe des Jar- 
dines y Jardinillos. E. Cat. 

JARDINIÈRE (Ameubl.). Ce meuble ne commença à 
être en usage que vers le commencement de notre siècle. 
Auparavant, les vases et les caisses de fleurs étaient placés 
sur des tables ordinaires ou sur des piédestaux. Les pre- 
miers modèles de jardinières ont été dessinés par Percier, 
dans le goût pseudo-antique du premier Empire. De nos 
jours, le goût des fleurs, comme décoration d'appartement, 
a pris une grande extension et on a multiplié le nombre 
et la forme des jardinières qui les supportent. Il en existe 
qui sont des tables dont la partie supérieure est évidée 
pour contenir les plantes ; d'autres sont des vases à pied 
unique ou formant trépied. Le bois, le laque, la marque- 
terie, le métal et la faïence y sont employés concur- 
remment ou mélangés pour la décoration de leurs motifs. 

JARDON (Henri- Antoine), général belge, né à Verviers 
en 1768, tué à Negrellos en 1809. Issu d'une famille très 
pauvre, il ne reçut que les éléments de l'instruction pri- 
maire, et, quand éclata la révolution liégeoise de 1789, il 
s'engagea dans l'armée des patriotes. Après la victoire des 
Autrichiens, il passa dans l'armée française avec le grade 
de lieutenant. Sa brillante conduite à Wattignies lui valut 
d'être promu général de brigade. H refusa ce grade en 
faisant observer que son instruction était insuffisante. Mais 
le comité de Salut public lui enjoignit de le garder. Jardon 
contribua à la prise de Courtrai, prit une part considérable 
à la campagne de Hollande sous les ordres de Pichegru, et 
eut l'audace d'entrer presque seul dans Kampen qui se 
rendit sans coup férir; quelques jours plus tard, il réussit 
dans une expédition aussi audacieuse contre Hasselt. Lorsque 
la paix de Bâle eut mis fin aux hostilités, Jardon fut chargé 
de réprimer la révolte qui avait éclaté en Belgique quand 
le Directoire avait voulu faire exécuter la loi sur la 
conscription. H battit les rebelles à Diest et à Hasselt et 
rétablit l'ordre, non sans recourir à de cruelles exécutions 
militaires. Il passa ensuite à l'armée du Danube, puis à 
celle du Rhin et commanda ensuite le dép. des Deux-Nèthes 
jusqu'en 1808. A cette époque, il fut envoyé en Espagne, 
contribua à la victoire d'Elvina, à celle de Lanhozo, en 
Portugal, et fut tué à la tête de sa brigade, en attaquant le 
pont de Negrellos défendu par les troupes anglaises. E. H. 
BiBL. : A. Orts, la Guerre des Paysans; Bruxelles, 
1863, in-8, — ïhil-Lorain, Histoire du général belge 
Henri Jardon ; Verviers, 1881, in-8. 

JARDRES. Com. du dép. de la Vienne, arr. de Poitiers, 
cant. de Saint-Julien-Lars; 581 hab. 

JARGAN (Mont) (V.Gargan). 

JARGEAU. Ch.-l. de cant. du dép. du Loiret, arr. d'Or- 
léans, sur la rive gauche de la Loire; 2,522 hab. Fabrique 
de chaux, plâtre; corderies, corroiries, tanneries, vanne- 
ries, taillanderies, distillerie ; fabrique de meubles, de fleurs 
artificielles ; pépinières. Ancien oppidum gaulois du nom de 
Gergoyia, Jargeau fut au moyen âge le chef-lieu d'une sei- 
gneurie possédée par les évêques d'Orléans. Prise par les 
Anglais en 1427, elle leur fut enlevée le 22 mai 1419 à 
la suite d'une brillante victoire de Jeanne d'Arc. Eglise 
(mon. hist.) en partie romane avec refaçons postérieures 



JARGEAU - JAROCHOWSKI 



— so- 



dés xni^, XVI® et XVII® siècles. Pont suspendu sur la Loire 
reliant Jargeau à Saint-Denis-de-l'Hôtel, stat. du ch. de 
J'er d'Orléans. 

JARGON (V. Argot). 

JARJAYES. Com. du dép. des Hautes-Alpes, arr. de 
Gap, cant. de Tallard; M6 hab. 

JARJAYES (François-Augustin Régnier de), gênerai 
français, né dans les Hautes-Alpes en 1745, mort à Pans 
en 1822. Aide de camp du général Bourcet, son oncle, 
de 1770 à 1775, il passa ensuite dans Fétat-major. En 
1791, il obtint le grade de maréchal de camp et les 
fonctions de directeur adjoint au dépôt de la guerre. Etant 
maréchal de camp, Jarjayes se maria avec une des femmes 
de chambre de la reine, ce qui le mit dans son intimité et 
lui fournit l'occasion d'être chargé de missions de confiance, 
n fut envoyé à Turin par Marie-Antoinette, après le voyage 
de Varennes, dans le but d'empêcher le prince de Condé 
de faire l'acte de belligérant qu'il se proposait de consommer 
en pénétrant en France par Lyon. U réussit dans sa mis- 
sion et fut ensuite l'intermédiaire des relations établies entre 
la reine Marie-Antoinette et les trois représentants Barnave, 
Lameth, Duport. Après la mort du roi, Jarjayes resta à Pans, 
s'efforça de délivrer la reine et ses enfants, se mit en relations 
avecLepître et Toulan, qui étaient chargés de la garde des 
prisonniers du Temple, pénétra dans la prison de la reine sous 
des vêtements de Savoyard, et arrêta avec la reme un plan 
d'évasion qui échoua à cause de l'irrésolution de Lepître. 
A la fin de mars 1793, la reine lui remit le cachet 
et l'anneau de Louis XYI, avec ordre de les porter au 
comte de Provence. Jarjayes devint ensuite aide de camp 
du roi de Sardaigne, rentra en France sous le Consulat 
et reçut en 1815 le grade de lieutenant général. P. Marin. 

BiBL : Mémoire de M. le baron de Goguelat, lieutenant 
général sur les événements relatifs au voyage de 
Louis XVI à Varennes, suivi d'un Précis des tentatives 
qui ont été faites pour arracher la Reine à la captivité du 
Temple; Paris, 1823, in-8. - Paul Gaulot Un Complot 
sous la Terreur (Marie- Antoinette, Toulan, Jarydijes) ; 
Paris, 1889, in-8. 

JARMÉNIL. Corn, du dép. des Vosges, arr. et cant. de 
Remiremont, en partie dans la vallée de la Moselle, en 
partie dans celle de la Yologne, à 14 kil. S.-E. d'Epmal; 
600 hab. Filature et tissage de coton; feculeries ; mou- 
lins ; carrière. Le village de Jarménil, jusqu'en 1655, por- 
tait le nom de Chaméry, A proximité, antiquités romaines. 

JARNAG. Ch.-l. de cant. du dép. de la Charente, arr. 
de Coenac sur la rive droite de la Charente; 4,880 hab. 
Stat. de la ligne de chem. de fer de Nantes à Angoulême. 
Jarnac a été une baronnie qui a appartenu à la famille des 
Taillefer, puis, en 1 217, à celle des Lusignan, plus tard aux 
Craon et aux Chabot ; ces derniers prirent le titre de 
comtes. L'un d'eux, René Chabot, y fit construire un châ- 
teau aujourd'hui détruit. C'est près de Jarnac, dans la 
plaine comprise entre Bassac, la Charente et Triac que se 
livra le 12 mars 1569, une bataille entre catholiques et 
protestants, dans laquelle le prince de Condé trouva la 
mort • une pyramide commémorative en marque l empla- 
cement. L'égUse de Jarnac possède une crypte romano~go- 
thique. Une promenade occupe l'emplacement de l ancien 
château. Commerce de vins et d'eaux-de-vie. 

JARNAC-Châmpagne. Corn, du dép. de la Charente-in- 
férieure, arr. de Jonzac, cant. d'Archiac; 906 hab. _ 

JARNAG (Guy Chabot, baron de), capitaine français. 
On le trouve, dès 4 539, pourvu d'une compagnie des ordon- 
nances du roi. Le 28 févr. suiv., il épousa Louise de 
Pisseleu, sœur de la toute-puissante duchesse d Ltampes. 
Ce mariage, qui semblait le destiner à une haute tortune, 
lui valut au contraire une demi-disgrâce sous le règne sui- 
vant à la suite d'une rencontre célèbre où il tut comme 
le prête-nom de sa belle-sœur contre La Châtaigneraye, 
prête-nom du roi et surtout de sa maîtresse Diane de Poi-- 
tiers (V. La Châtaigneraye). Dans la suite du règne, il 
est mentionné sans nul éclat avec son même grade de 
simple capitaine. H fut en 1557 l'un des héroïques défen- 



seurs de Saint-Quentin. L'avènement de Charles ÏX lui valut 
des compensations à cette longue obscurité. 11 fut fait pre- 
mier gentilhomme de la chambre de ce prince et gouverneur 
de La Rochelle. Il vivait encore en 1572. L. M. 

BiBL. P. Anselme, Histoire généalogique des grands 
officiers de la couronne, t. IV, p. 5o7. 

JARNAC (Philippe de Rohân-Châbot, comte de), né le 
2 juin 1815, mort le 22 mars 1875. Fils du général aide 
de camp du roi Louis-Philippe, il entra, en 1834, au minis- 
tère des affaires étrangères, accompagna en Allemagne le 
duc de Broglie, chargé d'aller négocier le mariage du duc 
d'Orléans, puis fut envoyé à Londres comme second secré- 
taire. En 1840, il remplit les fonctions de commissaire du 
roi sur la Belle-Poule^ qui allait chercher à Sainte-Hélène 
les cendres de Napoléon, et fut nommé, à son retour, agent 
et consul général à Alexandrie. Le 28 févr. 1848, il donna 
sa démission et resta dans la vie privée jusqu'en 1874, date 
à laquelle le duc de Decazes lui confia l'ambassade de 
Londres ; il mourut peu après. Ecrivain de talent, M. de 
Jarnac a publié une série d'études sur les élections an- 
glaises de 1874, sur la déclaration des droits de 1689, sur 
lord Byron, sur M"^® Elliot, etc. ; il a écrit une petite pièce, 
Rien qu'un œillet, et fait paraître un roman : le Dernier 
d'Egmont, 

JARNA6ES et mieux JARNAGE. Ch.-l. de cant. du 
dép. de la Creuse, arr. de Boussac ; 835 hab. Jarnage 
possédait un prieuré dépendant de l'abbaye de Cluse, au 
diocèse de Turin, au moins dès le xiii® siècle. La ville fut 
fortifiée au xv^ siècle, peut-être même plus tôt ; les comtes 
de la Marche y établirent une châtelienie, démembrée de 
celle d'Ahun. 

JARNE (La). Corn, du dép. de la Charente-Inférieure, 
arr. de La Rochelle, cant. de La Jarrie; 523 hab. Eglise 
du xii® siècle. 

JARNIOUX. Corn, du dép. du Rhône, arr. de Ville- 
franche-sur-Saône, cant. du Bois-d'Oingt ; 604 hab. 

JARNOSSE. Com. du dép. de la Loire, arr. de Roanne, 
cant. de Charlieu; 1,323 hab. Fabriques de soierie et de 
colonne. 

JARNOWICK (Giovanni Giornovicchi, dit), violoniste 
italien, né à Paîerme en 1745, mort à Saint-Pétersbourg 
le 21 nov. 1804. Elève de LoUi, il débuta à Paris au Con- 
cert spirituel en 1770, avec un succès brillant qui se pro- 
longea pendant près de dix ans. Depuis 1779, Jarnowick 
voyagea presque continuellement, et se fit entendre dans 
presque toutes les grandes villes d'Europe, mêlant à ses 
succès de virtuose des aventures et des querelles qui l'obli- 
geaient sans cesse à changer brusquement de résidence. 
Son talent ne put rivaliser à Londres avec celui de Viotti, 
ni à Saint-Pétersbourg avec celui de Rode. Vers la fin de 
sa vie, il tirait autant de vanité et de profits de son adrese 
au jeu de billard que de son habileté de violoniste. Il a 
publié quinze concertos, trois quatuors, des sonates et des 
symphonies qui ne lui ont pas survécu. 

JARNY {Garniacum, 936). Com. du dép. de Meurthe- 
et-Moselle, arr. de Briey, cant. de Conflans, sur FYron, 
à 2 kil. au S.-E. de Conflans ; 702 hab. Sucrerie ; mou- 
lins ; tuileries. Eglise gothique remarquable, autrefois 
fortifiée. Jarny fut fondé en 1200 par Hugues II, comte 
de Vaudémont. 

JARO. Village de l'île de Panay (Océame, archipel des 
Philippines espagnoles), prov. d'Iloilo, centre d'une com. 
étendue peuplée de 14,000 hab., la plupart de race visaya. 
Siège d'un évêché relevant de l'archevêché de Manille. 

JAROCHOWSKI (Kazimir), historien polonais, né à So- 
kolniki Maie, dans le grand-duché de Poznan, le 12 sept. 
1829, mort le 24 mars 1888. Après avoir étudié le droit 
à Berlin il entra dans la magistrature. On lui doit d'im- 
portantes publications historiques : le Portefeuille de 
Gabriel Junosza Podoski (Poznan, 1856-61, 6 vol.); 
Histoire du règne d'Auguste II jusqu'à V invasion de 
Charles XII (id., 1856) ; Récits historiques {id,^ 1860) ; 
Pierre Z^'' et Je tsarévitch Alexis (Cracovie, 1862) ; 



- 51 - 



oAROCiïOWSKI — JARRET 



Récits et études historiques (Poznan, 1863, 2 vol.) ; 
la Grande-Pologne de i655 à J657 {id,, 1864) ; His- 
toire du règne d'Auguste H de il 02 à il 04 (id,, 
1874); Récits et études (Varsovie, 1877, 3 voL). Il a 
collaboré à un grand nombre de recueils ; au moment de 
sa mort il venait d'être nommé député à la Diète de Prusse. 
M. Kraushaar lui a consacré une étude dans le premier 
volume de ses Mélanges historiques (Drobiazgi histo- 
ryczne; Saint-Pétersbourg, 1891). L. L. 

JAROWIER (en allem. Jaromierz), Ville de Bohême, 
cercle de Kralovedvor (Kœniginhof), sur la ligne Por- 
dubice-Reichenberg ; 7,000 hab. On y remarque l'église de 
Saint-Nicolas qui renferme le tombeau du prince Dmitri 
Sanguszko, assassiné dans cette ville en 15S4. Jaromer 
remonte au xiv® siècle. Elle fut prise par les hussites en 
1421 et devint un des principaux centres de la secte des 
utraquistes. C'est aux environs de Jaromer, à Herzmanitz, 
que naquit Wallenstein, 

JAROMIR, prince de Bohême, fils de Boleslav II. Il fut 
appelé à régner en 1803, fut chassé de Prague par Boleslav 
le Vaillant, roi de Pologne ; il y rentra l'année sui- 
vante. En 1012, il fut détrôné par son frère Oldrich et 
périt assassiné en 1038. — Un autre Jaromir, fils de Brze- 
tislav P'^, devint évêque de Prague en 1068. Il mourut 
en 1089. 

JÂROSLAW(en allem. Jaroslau). Ville de Galicie (em- 
pire d'Autriche), chef-lieu de capitainerie de cercle, située 
sur le San et le chemin de fer Karl Ludwig ; plus de 
12,000 hab. (dont un tiers d'Israéhtes). Commerce de bois 
et de céréales. 

JAROSLAW BoGORYJA, prélat polonais, né dans les der- 
nières années du xm® siècle, mort en 1376. Vers 1320 il 
fut recteur de l'université de Bologne. Il devint ensuite ar- 
chevêque de Gniezno. 

JAROSSE (Agric). La jarosse ou petite gesse {La- 
thyrus cicera) est une plante légumineuse haute de 50 à 
70 centim., à fleurs solitaires d'un rouge brique, donnant 
des gousses oblongues et comprimées, renfermant des 
graines anguleuses d'un gris cendré. C'est une plante four- 
ragère très rustique, qui résiste aux froids rigoureux et aux 
grandes sécheresses. On la sème généralement en sep- 
tembre, parfois seule, plus souvent avec du seigle ou une 
avoine d'hiver pour ramer ses tiges, qui sont grimpantes. 
On répand de 230 à 300 litres de graines par hectare. On 
fauche vers le mois de juin ; le fourrage vert ainsi obtenu 
convient à tous les animaux ; le foin est également de bonne 
qualité, mais les graines constituent un aliment dangereux 
ayant des propriétés toxiques manifestes non seulement 
sur le bétail, mais sur l'homme. M. G. lleuzé rapporte à 
ce sujet qu'en 1840 le tribunal correctionnel de Niort a 
condamné le fermier Lucas, en vertu des art. 317 et 319 
du C. pén., à faire une pension viagère à quatre de ses 
domestiques qu'il avait rendus complètement paralytiques 
en les nourrissant avec du pain fabriqué avec ^le la farine 
de froment à laquelle il avait ajouté de la farine de jarosse. 
Jarosse d'Auvergne (V. Lentille), 
JAROSZEWICZ (Joseph), historien polonais, né en Li- 
thuanie en 1793, mort à Bielsk en 1860. Il fut professeur 
au lycée de Krzemieniec (Kremenets) et à l'université de 
Wilna. Outre un certain nombre de mémoires sur des 
questions historiques, il a laissé un travail considérable : 
Tableau de la Lithuanie au point de vue de la culture 
intellectuelle et de la civilisation (V^ilna, 1844-45, 
3voL), L. L. 

JAROUSSEAU (Jean), pasteur protestant, né à Mainxe 
(Angoumois) en 1729,mortàChenaumoine,lel8juinl819. 
Sa vie simple, son ministère agité et caractéristique pour 
l'état d'une partie de la société française durant la seconde 
moitié du xviu^ siècle ont été décrits par son petit-fils Eug. 
Pelletan, dans le Pasteur du désert (Paris, 1855,in-12; 
2«éd., 1877). 
JARRAS (Hugues-Louis), général français, né à Nîmes 



le27mars 1811, mort en 1890. Admis à l'Ecole de Saint- 
Cyr en 1829, sous-lieutenant-élève à l'Ecole d'état-major 
en 1832, lieutenant en 1834, capitaine en 1838, chef d'es- 
cadrons en 1847, il fit presque toute cette partie de sa 
carrière à l'armée d'Afrique. Cavaignae, qui l'y avait 
connu, l'appela auprès de lui en 1848 comme premier aide 
de camp. Jarras lui rendit de grands services durant les 
journées de Juin. Lieutenant-colonel en 1852, colonel en 
1854, il pritpart^ à l'expédition de Crimée, puis en 1859 
à la campagne d'Italie, au cours de laquelle il fut fait 
général de brigade. Le 31 juil. 1867, il devenait divi- 
sionnaire et quelques semaines après il recevait du maréchal 
Niel la direction du Dépôt de la guerre, avec la mission de 
préparer un plan de concentration de l'armée en vue d'un 
conflit possible avec l'Allemagne. Il occupait encore ce poste 
en 1870 lorsque la guerre éclata. Le peu qu'on avait fait 
dans l'intervalle, pour assurer le transport des troupes sur 
la frontière, était dû en grande partie à son initiative. 
Malheureusement la plupart de ses avis n'avaient pas été 
suivis. Dès le début des hostilités on l'appela au grand 
état-major, pour y remplir avec le général Lebrun et sous 
les ordres de Lebœuf les fonctions d'aide-major général de 
l'armée. Il exerça ces fonctions jusqu'au 12 août, jour oii 
Napoléon III céda le commandement en chef à Bazaine. Ce 
même jour l'état-major fut réorganisé, et Jarras, prenant la 
place de Lebœuf et de Lebrun, en devint le chef unique. 
N'ayant aucune confiance dans Bazaine et regardant un dé- 
sastre comme inévitable, il n'avait accepté cette situation 
que contraint et forcé. Six jours après ses pronostics étaient 
vérifiés ; les troupes françaises se voyaient rejetées et 
bloquées sous les murs de Metz. Alors commença pour 
lui une rude épreuve. Il s'était brouillé tout de suite avec 
Bazaine qu'il n'aimait pas et qui le lui rendait. Pendant le 
siège, celui-ci le tint systématiquement à l'écart, le combla 
de mauvais procédés. Jarras assista ainsi, les bras croisés, 
aux intrigues politico-militaires qui aboutirent à la capitu- 
lation du 27 oct. Par une ironie du sort ce fut lui qui 
dut négocier et signer cet acte. Ce qu'il avait vu durant ces 
tristes jours lui inspira un ressentiment profond contre 
Bazaine. Aussi, dès que la paix fut faite, se montra-t-il l'un 
des plus ardents parmi les accusateurs du maréchal. Cité 
en témoignage devant le conseil de guerre de Trianon, il 
fit contre son ancien chef des dépositions enflammées, dont 
l'une provoqua en pleine audience une pénible alterca- 
tion entre l'accusé et lui (déc. 1873). En mars 1876,. il 
quitta le service actif. — Pendant sa captivité en Alle- 
magne, il aval*, rédigé sur les opérations de l'armée de Metz 
un travail où il relatait les faits dont il avait été témoin. 
Le ministre de la guerre lui ayant refusé l'autorisation de 
publier ce travail, il chargea sa femme de le faire paraître 
après sa mort. L'ouvrage a été imprimé en 1892 sous le 
titre : Souvenirs du général Jarras^ chef d' état-major 
de r armée du Rhin (Paris, in-8). C'est un document de 
premier ordre pour l'histoire de la guerre de 1870 et le 
livre d'un honnête homme. Ch. Grandjean. 

JARRE (Techn.). Gros vase en terre vernissée à deux 
anses (V. Poterie). — On donne aussi le nom de jarres à 
des poils raides qui sont écartés lors de la fabrication du 
feutre (V. ce mot). 

JARRET. I. Anatomie. — C'est la partie du membre 
pelvien qui est située derrière l'articulation du genou, et oïl 
s'opère la flexion de la jambe sur la cuisse (V. Poplité). 
Chez les quadrupèdes, le jarret correspond aux articulations 
radio-carpiennes et tibio-tarsiennes, à celles du carpe et 
du tarse. C'est l'analogue des articulations du poignet et 
du cou-de-pied chez l'homme. On peut y ajouter encore les 
os métacarpiens et métatarsiens (V. Canon). 

IL Art culinaire. — Le jarret de bœuf, mais préfé-* 
rablement le jarret de veau, est employé dans la confection 
du bouillon, avec carotte, sel, etc. 

m. Ameublement. — Motif d'ébénisterie qui rappelle le 
jarret d'un animal. On a fait à l'époque de la Restauration 
des sièges et des tables à jarret. 



JARRET — JARRY 



— 52 — 




JARRET. Coni. du dép. des Hautes-Pyrénées, arr. 
d'Argelès, cant. de Lourdes; 242 hab. 

JARRETIÈRE. I. Costume. — Ruban ou lien qui sert 
à attacher les bas au-dessus ou au-dessous du genou. 
Comme les bas (abréviation de bas-de-chausses), les'^jarre- 
tières parurent vers le milieu du xvi^ siècle. D'abord fort 
simples, elles ne tardèrent pas à être très ornées ; on pos- 
sède encore des jarretières anciennes assez nombreuses, 
réunies en collections par quelques curieux. Sous Louis XIV, 
la jarretière consistait en un galon d'or que retenait une 
boucle de prix ; au xviii^ siècle, les hommes les employaient 
couramment. Ph. B. 

Ordre de la. Jarretière. — Fondé en Angleterre le 
d9 janv. 1350, par le roi Edouard III, à la suite d'un in- 
cident qui se produisit dans un bal où se trouvait la com- 
tesse de Sahs- 

laissa tomber la 
jarretière de sa 
jambe gauche. 
Edouard se 
baissa rapide- 
ment pour la 
ramasser et la 
rendre à la com- 
tesse. Cette ac- 
tion toute natu- 
relle donna lieu 
à des plaisante- 
ries qui furent 
désagréables à 
la comtesse et 
l'obligèrent à 
quitter le bal; 
ce que voyant, 
le roi impa- 
tienté s'écria 

tout haut : «lïoni soit qui mal y pense », et il ajouta qu'il 
donnerait un tel éclat à ce ruban bleu que ceux des cour- 
tisans qui s'étaient permis de plaisanter à son sujet s'es- 
timeraient trop heureux de l'obtenir. Ce fut donc pour 
tenir cette parole que Edouard fonda l'ordre de la Jarre- 
tière. Bien que cette légende soit accréditée comme vé- 
rité, quelques historiens ont prétendu qu'il fallait attri- 
buer la création de l'ordre à la commémoration de la ba- 
taille de Crécy, le roi s'étant servi pendant le combat du 
mot déraillement: garter (jarretière), mais rien n'appuie 
cette version. L'ordre est destiné à la haute noblesse bri- 
tannique et aux souverains étrangers. La grande maîtrise 
appartient à la couronne d'Angleterre. Les statuts ont été 
modifiés et réformés par Henri VIII, le 23 avr. 1522. 
Tous les membres sont chevaliers. L'ordre, qui est consi- 
déré comme le plus illustre de l'Europe, se compose, non 
compris les princes descendants de Georges P^ et les étran- 
gers, du souverain régnant, du prince de Galles et de vingt- 
cinq gentilshommes. Dix -huit chevaliers militaires de 
vVindsor sont attachés à l'ordre qui a de nombreux digni- 
taires. Jarretière de velours bleu foncé, ruban bleu. 

H. GOURDON DE GeNOUILLAC. 

IL Artillerie. — Cordage de 16 niillim. de diamètre, 
servant, dans l'embarquement en chemin de fer du matériel 
d'artillerie, à assujettir entre elles certaines parties du 
matériel, notamment les timons et les roues, pour les em- 
pêcher de se déplacer sur le truc. 

III. Marine. — Tresses plates cousues sur l'arrière 
des voiles, le long de la ralingue d'envergure, terminées 
par une boucle en fer d'un côté, de l'autre par un bout de 
ligne. Quand la voile est serrée sur la vergue, elle est en- 
tourée par les jarretières. Le bout de ligne qui se trouve 
sur l'avant de la voile vient passer par-dessus la filière 
dans la boucle; on l'amarre ensuite sur lui-même et la 
voile est alors soutenue et fixée tout le long de la vergue. 



Insigne de Tordre de la Jarretière. 



JARRIC (Pierre du), écrivain français, né à Toulouse 
en 1567, mort à Saintes en 1616. Jésuite, professeur de 
théologie morale à Bordeaux, on cite son Histoire des 
choses mémorables advenues tant es Indes orientales 
qu'antres pays de la découverte des Portugais (Bor- 
deaux, 1608-14, 3 vol. in-4), écrite d'après les relations 
des missionnaires. 

JARRIE (La). Ch.-L de cant. du dép. de la Charente- 
Inférieure, arr. de La Rochelle; 968 hab. Stat. du chem. 
de fer de l'Etat, ligne de Niort à La Rochelle. Important 
commerce de beurre, distillerie de betteraves, carrosserie, 
corderie, moulins. Eglise (mon. hist.) en grande partie ro- 
mane avec des remaniements du xvi« siècle. Le portail 
principal, accosté de deux grandes colonnes à chapiteaux 
historiés, est particulièrement curieux. 

JARRIE. Com. du dép. de l'Isère, arr. de Grenoble, 
cant. de Vizille ; 991 hab. 

JARRIE-AuDomN (La). Com. du dép. de la Charente- 
Inférieure, arr. de Saint-Jean-d'Angély, cant. de Loulay ; 
510 hab. 

JARRIER. Com. du dép. de la Savoie, arr. et cant. de 
Saint-Jean-de-Maurienne ; 937 hab. 

JARRIGE (Pierre de), magistrat, chroniqueur français, 
né à Saint-Yrieix le 1^^ mars 1539, mort à Saint Yrieix 
le 25 mars 1574. H fut juge-viguier de sa ville et a laissé 
des mémoires intéressants commençant avec l'année 1558. 
— Son fils, Pardoux de Jarrige, né à Saint-Yrieix le 
26 janv. 1561, mort à Saint-Yrieix en 1630, succéda à 
son père dans la charge de viguier et continua ses Mé- 
moires jusqu'à l'année 1591, date oii Saint-Yrieix sup- 
porta un long siège; des fragments en ont été publiés 
dans le Bulletin de la Société archéologique et histo- 
rique de Limoges (année 1858). 

JARRIGE (Pierre) , publicistefrançais, né à Tulle en 1 605, 
mort à Tulle le 26 sept. 1670. D'abord jésuite, il se con- 
vertit au protestantisme et passa en Hollande. Condamné 
à œort par contumace (17 juin 1648), il se mit à publier 
des pamphlets très violents contre la Société de Jésus, 
entre autres les jésuites mis sur Uéchafaud (Leyde, 
'1649,in-12). Ce livre, dans lequel les jésuites sont accusés 
des crimes les plus odieux, fit un bruit considérable. Cepen- 
dant Jarrige, qui n'était au fond qu'un ambitieux incapable, 
mécontent de no recevoir des Etats-Généraux qu'une pen- 
sion de 400 livres, rentra en France en 1650 après avoir 
écrit une amende honorable des plus plates : Rétractation 
du P, Pierre Jarrige (Anvers, 1650, in-12). 

JARRY (Nicolas); le plus célèbre des calligraphes fran- 
çais du xvii« siècle. On ne connaît ni la date de sa nais- 
sance, ni celle de sa mort. On n'a d'ailleurs que très peu 
de renseignements sur sa vie. H était marié à Françoise 
Lescuillon, dont W eut un fils, en 1637. H est qualifié, dans 
l'acte de baptên;e de ce fils, de noteur de la musique du 
roi. La dernière date qu'on trouve sur ses œuvres est celle 
de 1665. H reçut néanmoins, en \m^, du trésor du 
roi, une certaine somme « pour des escriptures et filets 
d'or mis sur des feuilles de vélin ». C'est la mention la 
plus récente qu'on ait relevée sur lui. Son écriture est 
d'une beauté remarquable. On ne cite pas de calligraphe 
qui puisse lui être préféré. Les manuscrits écrits par lui 
sont cependant d'inégale valeur. Ils n'en atteignent pas 
moins tous dans les ventes des prix élevés. On ne doit pas 
lui attribuer sans examen tous ceux qui portent son nom. 
D'habiles faussaires ont, en effet, signé pour lui des pro- 
ductions calligraphiques anonymes, dont il n'est certaine- 
ment pas l'auteur. Ch. Brunet lui a exceptionnellement 
consacré un long article, dans son Manuel du libraire 
(1862, t. m, col. 511-515) et Supplément (1878, 1. 1, 
col. 692-693). La bibliographie qu'il a dressée de ses 
œuvres est à peu près complète. Elle ne comprend pas 
moins de 46 numéros. Nous nous contenterons de signaler 
ici les volumes qui sont maintenant conservés à la Biblio- 
thèque nationale et ceux qui présentent un intérêt de pro- 
venance : Prœparatio ad missam (1633, petit in-8), 



53 - 



JARRY — JAS 



exécuté pour Dominique Séguier, évêque de Meaux ; Missale 
(1639, in-foL) , relié aux armes du cardinal de Richelieu, 
acheté 2,320 fr. par M. de Ruble, enfévr. 1894, à la vente 
du comte de Lignerolles ; laGuir lande de Julie, exécutée 
pouriW^® de Rambouillet (lCil,in-fol.), aujourd'hui chez 
M"^^ la duchesse d'Uzès (Jarry tit deux autres copies de 
la Guirlande, mais aucune d'elle ne présente le même in- 
térêt que celle de l'exemplaire précédent qui est l'exemplaire 
même offert à Julie d'Angennes) ; Preces hiblicœ (1641, 
in-4), exécuté pour H.-L. Habert de Monmort, relié par 
Le Gascon, aujourd'hui à Chantilly; Livre de prières 
(1649-51, in-32), exécuté, semble-t-il, pour M^^^ de Mont- 
pensier, relié par Le Gascon, vendu 9,800 fr. à la vente 
La Roche-Lacarelle, en 1888, et 7,620 fr. à une vente 
faite par la librairie Paul, etc., en 1891 ; Office de la 
Vierge (1651, petit in-8), exécuté pour Andrée de 
Vivonne, femme de François V de La Rochefoucauld, l'au- 
teur des Maximes, appartient au comte Aimery de La 
Rochefoucauld; Adonis, poème de La Fontaine, dédié à 
Fouquet (1658, gr. in-4), appartient à M. Dutuit; Office 
de la Vierge (1664, in-12), écrit pour Louis Fouquet, 
fils du surintendant, et pour Madeleine de Lévis ; Officium 
beatœ Mariœ Virginis (1648,in-16), exécuté pour CL de 
Rebé, archevêque de Narbonne, aujourd'hui à la biblio- 
thèque de Resançon; le Psaultier de Jésus, fait à Paris, 
en 1641, parle commandement de M"^® de Lorraine (in-8), 
aujourd'hui ms. français 14851; la Prigione di Fillindo 
il costante (1643, in-foL), aujourd'hui ms, italien 578; 
les Sept Offices de la semaine (1663, in-32), aujour- 
d'hui ms. latin 10570; Prœparatio ad missam- (s. d., 
in-32), exécuté pour Michel Le Masle, chantre de l'église 
de Paris, aujourd'hui ms. latin 16315. C. Couderc. 

JARS. I. Zootechnie (V. Oie). 

IL Rlâson. — Mâle de Foie ; il est toujours représenté 
passant. 

JARS. Com. du dép. du Cher, arr. de Sancerre, cant. 
deVailly; 1,682 hab. 

JARS (François de Rochechouart, chevalier de), mort 
le 10 avr. 1670. Grand favori à la cour d'Anne d'Autriche, 
il fut exilé en Angleterre après la journée des Dupes. Re- 
venu en France en 1631, il participa à l'intrigue nouée 
entre M"^^ de Chevreuse, le garde des sceaux Châteauneuf 
et Henriette de France pour attirer la reine mère à Londres 
et ruiner le crédit du cardinal de Richelieu sur le roi. Ar- 
rêté (1632), A\ fut d'abord enfermé à la Rastille, puis 
transféré à Troyes oti il fut condamné à mort. Le cardinal 
lui envoya sa grâce au pied de Féchafaud. Le chevalier 
de Jars remis en liberté passa en Italie. Il en revint à la 
mort de Louis XllI, servit d'intermédiaire, au début de la 
Fronde, entre Mazarin et Châteauneuf, et mourut dans 
Fobscurité. R. S, 

JARS (Gabriel) VAîné, ingénieur des mines et métal- 
lurgiste français, né à Lyon le 17 déc. 1 729, mort à Ecully 
(Rhône)le 2oct. 1808. Son père était directeur des mines 
de Saint-Rel et de Chessy. Il Faida dans son exploitation, 
accompagna son frère, avec lequel on le confond souvent 
(V. le suivant) dans son voyage de 1766, fut l'un des quatre 
inspecteurs généraux des mines créés en 1790 et passa assez 
obscurément les dernières années de sa vie à Lyon et à 
Saint-Rel. C'est lui qui a édité le grand ouvrage de son 
frère cadet : Voyages métallurgiques, etc. 

BiBL.: PoTiQUET,rJnsfiiut de France ; Paris, 1871, in-8. 

JARS (Gabriel) le Jeune, ingénieur des mines et métal- 
lurgiste français, frère du précédent, né à Lyonle26janv. 
1732, mort à Clermont-Ferrand le 20 août 1769. Elève 
de l'Ecole des ponts et chaussées, il fut choisi avec Guil- 
lot-Duhamel (V. ce nom) par Trudaine pour former le 
premier noyau de notre corps des mines, visita d'abord les 
exploitations et établissements métallurgiques de diverses 
provinces françaises, puis consacra trois années (1757-59) 
à explorer et à étudier, avec Guillot-Duhamel, ceux de la 
Saxe, de FAutriche, de la Rohême, de la Hongrie, du 
Tirol, de la Carinthie et de la Styrie. En 1765, il alla en 



Angleterre ; en 1766, avec son frère aîné (V, le précé- 
dent), en Hollande, dans le Hartz, en Norvège et en Suède. 
Il fut frappé d'un coup de soleil, en 1769, au cours d'une 
excursion minéralogique dans les environs de Langeac. 
Cette mort prématurée ne lui permit pas de rendre à' Fart 
des mines et à la métallurgie tous les services que l'on eût 
été en droit d'attendre de l'auteur des Voyages métallur- 
giques, remarquable relation éditée par son frère aîné 
(Lyon, 1774-81, 3 vol. in-4). On a encore de lui : VAri 
de fabriquer la tuile et la brique en Hollande (Paris, 
1767, in-foL), et quatre mémoires insérés dans les recueils 
de l'Académie des sciences de Paris, dont il avait été nommé 
correspondant en 1761 et membre en 1768. L. S. 

BiBL. : L. Aguillon, l'Ecole des Mines de Paris, dans les 
Annales des Mines, année 1889, 8« sér., t. XV, pp. 442 et 452. 

JARS de GomiNAY (Marie) (V. Gournay). 

JARSY. Com. du dép. de la Savoie, arr. de Chambéry, 
cant. du Châtelard; 810 hab. 

JARVES (James-Jackson), écrivain américain, né à Bos- 
ton en 1818. Nommé consul à Honolulu, il y fonda le 
premier journal, The Polynesian (1840) et fut nommé par 
le gouvernement des Sandwich directeur de la presse. Plus 
tard, le roi le chargea de négocier des traités avec sa pa- 
trie, la France et 'l'Angleterre. On a de lui, outre des 
ouvrages sur les îles Sandwich : Parisian Sights and 
French Principles (1852), livre qui fut interdit en France 
par le gouvernement d'alors ; îtalian Sights and Papal 
Principles (1855), Confessions of an Inspirer (1857) 
et plusieurs oeuvres de critique d'art, se rapportant le plus 
souvent à l'Italie où il fixa de bonne heure sa résidence. 

JARVILLE {Jarvilla, 1519). Com. du dép. de Meurthe- 
et-Moselle, arr. et cant. (0.) de Nancy, sur la Meurthe 
et le chem. de fer de Paris à Strasbourg; 2,577 hab. 
Forges ; hauts fourneaux ; ateliers de constructions en fer; 
fabriques d'outils, de potasse et de chaux ; construction de 
bateaux ; arboriculture. Sur le territoire de la commune, 
les Petites-Malgranges {la Neuve-Mallegrange , 1574), 
château aujourd'hui converti en maison de santé, et la 
Grande-Malgrange {la Valgrange, 1401), dès le xvi^ siè- 
cle maison de plaisance des ducs de Lorraine, qui y avaient 
un haras dans le siècle suivant ; au xviii^ siècle, le roi 
Stanislas y construisit un château aujourd'hui transformé 
en pensionnat et collège Hbre. 

JARVIS (Charles), peintre (V. Jervas). 

JARZÉ. Com. du dép. de Maine-et-Loire, arr. de Baugé, 
com. de Seiches; 1,745 hab. Commerce de bestiaux ; hui- 
lerie^ Dolmen de La Roche-Thibaut. Château construit en 
1475 par Jean Bourré, familier de Louis XI, incendié en 
1794 et restauré depuis. Eglise de la Renaissance. Chapelle 
de Montplacé (xvii^ siècle),' lieu de pèlerinage. 

JAS (Mar.). Le jas est la pièce ordinairement en bois 
pour les grosses ancres, en fer pour les petites, placée à 
la culasse de l'ancre, sous la cigale, perpendiculairement 
au plan des 

pattes. Sa Cot^ve su/,.' /t-A' X 

longueur doit ^ 

être égale à 
celle de la 
verge. Il a 
pour but de 
guider l'ancre 
et de forcer 
les pattes, au 
moment d u 
mouillage, à 
se poser nor- 
malement au 
sol , ce qui 
leur permet 
d'y pénétrer. 
Le jas se 

compose de deux parties en bois réunies par des cercles en 
fer. La culasse de l'ancre porte des tenons sur lesquels se fixe 




Jas en bois. 



JAS -« JASMIN 



U — 



îe jas, et qui l'empêchent de se déplacer. Au-dessous d^e 
2,000 kilogr., les jas sont en fer. C'est alors une barre 
ronde passant au-dessous de la cigale dans un autre trou 
perce dans la verge. Le jas est maintenu en place par un 
épaulernent de métal d'un côté, de l'autre par une clavette. 
L'extrémité de ce côté est recourbée, ce qui permet, une fois 
Isl clavette enlevée, d'appliquer le jas le long de la verge ; 
Tancre tient par suite bien moins d'espace et peut se pla* 
cer où l'on veut. Jaler consiste à redresser le jas perpen- 
diculairement à la verge, et à mettre la clavette en place. 
JAS. Corn, du dép. de la Loire, arr. de Montbris^n) 
cant. de Feurs ; 404 hab. 

JASEUR (Ornith.). Les Jaseurs {Ampdis L. ; Bomby- 
civora Temminck ; Bomby cilla Vieillot) sont classés mainte- 
nant dans une petite famille {Ampélidés [V. ce mot]), T|ue 
l'on range à côté de la famille des Hirundinidés (V. Hiron- 
delle) et dans laquelle M. Sharpe fait entrer également 
quatre genres de Passereaux américains (Dulus, Phaino- 
ptila^ Phainopepla et Ptilogonys). Par leurs formes 
ramassées, les Jaseurs ressemblent un peu à certaines 
Hirondelles, telles que l'Hirondelle de rochers et l'Hiron- 
delle de fenêtres, mais ils ont le bec conformé d'une toute 
autre façon, les mandibules étant beaucoup moins aplaties 
et moins larges, et celle du haut présentant une forte dent 
à l'extrémité, tandis que son antagoniste est retroussée et 
un peu échancrée à l'extrémité. Les narines s'ouvrent en 
avant du front sur deux parties arrondies. Les pattes sont 
plus hautes et plus robustes que chez les Hirondelles ; les 

ailes sont larges et poin- 
tues ; la queue est courte 
et coupée carrément; le 
plumage , toujours bien 
fourni, offre des teintes 
douces et agréables à l'œil : 
du gris plus ou moins lavé 
de roux vineux, du brun 
marron , du noir et du 
blanc. Cette livrée est re- 
haussée d'abord par une 
bordure d'un jaune clair 
ou d'un rouge vif, occu- 
pant l'extrémité des pennes 
caudales, ensuite par des 
taches blanches ou rouges 
situées à l'extrémité des 
pennes secondaires et de 
quelques-unes des rémi- 
ges; enfin, au moins dans 
certaines espèces, par des ornements fort singuliers qui sont 
particuhers au genre Ampelis, et qui consistent en de 
petits prolongements cornés de Taxe des pennes secon- 
daires, prolongements colorés en rouge vermillon et sem- 
blables à des gouttes de cire à cacheter. Une longue huppe 
de plumes soyeuses et érectiles achève de donner aux Ja- 
seurs une physionomie tout à fait caractérisée. 

Les Jaseurs fréquentent surtout les grandes forêts de 
pins et de bouleaux où ils se nourrissent pendant l'été de 
menus insectes, en automne et en hiver de baies sauvages 
et de graines. La disette les force, de temps en temps, à 
entreprendre, en petites bandes, de lointains voyages. 
C'est ainsi qu'on voit apparaître, à des époques irrégu- 
lières, dans notre pays, les Jaseurs de Bohême (Ampelis 
garrula L.), dont la véritable patrie se trouve dans les 
les régions boréales des deux mondes. Parfois même on a 
signalé en Angleterre l'arrivée de quelques Jaseurs des 
cèdres (Ampelis cedrorum V.) qui habitent d'ordinaire le 
N. de l'Amérique et descendent en hiver jusque dans 
l'Amérique centrale et aux Antilles. Une troisième espèce 
de Jaseurs, V Ampelis japonica Sieb., vit en Sibérie, 
dans le N. de la Chine, ainsi qu'au Japon, où se trouve 
aussi une quatrième espèce, récemment décrite, V Ampelis 
Maësi Oust. E. Oustalet. 

BiBL. : Degland et Gerbe, Ornithologie européenne, 




Jaseur de Bohême. 



ï%é, i i, p. 577, 2« éd. — David Oustalet, Oiseaux 
de la Chine, 1877, p. 130.— Dresser, A History of the Birds 
of Europe, 1813, t. III, p. 429 et pi. 155. — R.-B. Sharpe, 
Cat. D. Brit. Mus,, 1885, t. X, p. 212. - Brehm, Vie deê 
animaux, ôdit. franc., Oiseaux^ par Z, Gerbe, 1. 1, p. 620. 

JASIÊNSKI (Jakob), général polonais, né à Wihia, 
mort à Praga en HPI. 11 fut officier d'artillerie et se 
distingua, en lt92, à Zieience et à Dubonka. En it94-, il 
commandait une division. Il fiit tué en défendant Pragà 
contre les Russes. C'était uïl poète distingué ; la plupart de 
ses poésies n^ont paru qu'après sa mort. Elles ont été ré=^ 
fumées par K.-W. Wojcicki (Cracovie, 4869). 

JASIONE (Jasione L,)(Ëoto). Genre de Lampanulacées, 
comprenant d^s herbes vivaces, bisannuelles ou annuelles, à 
fe'Jîiiles alternes ou en rosette, à fleurs pentamères, presque 
régulières, nombreuses, rapprochées en capitules ou en 
ombelles ; la corolle est à tube court et à divisioiis pt'o^ 
fondes ; les étamines ont des anthères solîdées à là basé 
ou sont Hfores ; te fruit est valvicide. Tous les Jasione sont 
européens ou de la région méditerranéenne. Le /. mon- 
tana L., à fleurs bleues, est commun sur les pelouses arideSj 
sablonneuses ; il a été préconisé comme astriiigent et vul^ 
néraire, sous les noms û'Eerb'e à fnidi et de Fausse Scâ- 
bieuse: D^' L. Hn. 

JâSMIN. î. Botanique, — {Jasminum T.). Genre de 
Dicotylédones qui a donné son nom à la famille des Jasmi- 
nacées, que Bâillon rapporte, comme tribu sous, le nbp m 
Jasminées, aux Oléacées. Les fleurs soht tétramères, irré- 
gulières, le calice d^nt'é bu divisé, la corolle hypocratéri- 
morphie^ avec normalement deux étamines insérées sur le 
tube. Le gynécée supère a un ovaire à deux loges, avec 
généralement deux ovules. Le fruit est charnu , souvent 
didyme, et les graines ont un embryon charnu, exalbuminé, 
à radicule infère. Les espèces, au nombre de 80 à 100, ^oht 
des arbustes à feuilles opposées ou alternes, à fleurs dispo- 
sées en cymes. On les trouve dans toutes les parties du 
monde ; il en existe une dans le midi de l'Europe et plu- 
sieurs ont été introduites en Amérique. — Les fleurs 
répandent une odeur suave ; elles servent à préparer une 
essence très volatile, l'essence de Jasmin, que l'on fixe h 
l'aide deThuile de Ben et qui est d'un grand usage en par^ 
fumerie. On emploie surtout dans ce but les fleurs du 
/. Sambac Vahl ou Jasmin d'Arabie, du /. gra7idifloru7i% 
L. ou Jasmin d'Espagne et du J, officinale L. ou Jasmiq 
blanc. Celles de cette dernière espèce ont servi comme émolr: 
lientes, résolutives et emménagogues; les graines sont véné^ 
neuses. Les feuilles du /. floribundum\. B. ou Jîabbh 
Tsalmo des Abyssins et celles des/, abyssinicum HochsL 
sont employées comme anthelminthiques. 

Jasmin d'Amérique (V. Gaïac). — J. bâtard (V. Lyciet), 
— J. DE Virginie ou J. Trompette (V.Tecoma).— J. du Cap 
(V. Gardénia). — J. jaune, J. de la Caroline ou J. sau^ 

VAGE (V. GeLSEMIUM). — J. DE PeRSE (V. SyRINGA). -^ 

J. vénéneux. C'est V Acocanthera venenata Don [Ces^ 
trum venenatum Thunb.), Solanacée dont les fruits, 
très vénéneux, sont employés par les Hottentots pour em- 
poisonner les animaux féroces. — J. de Virginie (V. Bi- 
gnonia). D* L. Hn. 

IL Horticulture. — Le jasmin blanc (Jasminum 
officinale L.) est l'espèce la plus répandue dans les jardins. 
On le cultive et on le palisse contre les murs au midi. Il 
repousse du pied lorsque le froid tue ses tiges, mais dans 
le Nord il est bon de couvrir le pied d'une couche de li- 
tière durant l'hiver. Multiplication facile de boutures et 
de marcottes. Le jasmin blanc sert souvent de porte-greffe 
pour les autres espèces à fleurs blanches : /. Sambac Ait., 
moins rustique que le précédent et ne venant en plein air 
que dans le S., J. multi florum Axidr,, /. azoricum L., 
joli buisson à feuillage dense, d'une belle verdure et à 
fleurs parfumées, et J. grandiflorum L. à demi rustiques^ 
sous le climat de Paris. Deux espèces de jasmins à fleurs 
jaunes : J. fruticans L. et J. nudiftorum L. (J. d'hiver), 
réussissent partout en plein air. Le J. revolutum^ Sims- 
(J. triomphant), très beau buisson à fleurs en lars^a cymes,,, 



- 55 



JASMIN 



est aussi très résistant. Le J. odoratissimum L. réclame 
un abri pendant l'hiver. Les jasmins à port dressé se cul- 
tivent généralement en buissons isolés d'un bel effet ou 
en haies ornementales. Ils supportent bien la taille. On 
greffe souvent sur le /. fruticans les espèces à Heurs 
jaunes. Les jasmins demandent une exposition chaude. Ils 
ne sont pas exigeants sur la qualité du sol. On les multi- 
plie de greffes, de boutures et de marcottes. G. Boyer. 

JASMIN (Jacques BoÉ, dit), poète agenais, le plus cé- 
lèbre précurseur des Félibres, né le 6 mars d 798, mort le 
4 oct. d864. Fils d'un pauvre tailleur bossu et d'une mère 
boiteuse, il vint au monde dans le bruit d'un charivari de car- 
naval dont son père avait fait les couplets. L'enfance du poète 
ne soupçonnait pas la misère des siens : son grand-père allait 
mendier dans les métairies et la maison manquait souvent 
de pain. Jasmin a chanté avec infiniment de naturel et 
d'émotion les Souve^iirs de ses joies et tristesses premières. 
Cette libre enfance, qu'il a faite ainsi légendaire, ne sau- 
rait être négligée : elle a décidé de sa vocation. Le tou- 
chant épisode de la mort de l'aïeul avait « plombé sa pen- 
sée » pour la vie. L'enfant songeur entra vers douze ans 
à l'école, chez un « régent » de sa famille, puis au sémi- 
naire d'Agen. Sa facilité et son goût de l'étude l'y distin- 
guaient, quand une peccadille le fit renvoyer à ses parents. 
Occupé quelque temps, à d'humbles besognes, Jasmin fut 
enfin mis en apprentissage chez un coiffeur qui avait 
été soldat de Bonaparte. Là son goût des contes et de la 
causerie fut à l'aise. Il y trouva du temps pour la lecture. 
Mais de quels livres ! Florian et Ducray-Duminil lui révé- 
lèrent son imagination. A dix-huit ans, rêvant toujours et 
rimant en français, il devenait perruquier lui-même, et 
bientôt se mariait. Son esprit et ses goûts littéraires acha- 
landaient, « argentaient » sa boutique. Parmi les vers pa- 
tois qu'il composait pour le carnaval, comme son père, il 
lui advint un jour de trouver une romance qui devint popu- 
laire, la Fidelitat ageneso (Me cal mouri!) (4822), et son 
penchant, sans plus de réticences, se déclara tout entier 
pour la muse indigène. 

Son premier ouvrage important, Lou Chalibary^ poème 
héroïco-burlesque (Agen, 1825), fut très bien accueilli. C'est 
un de ces petits chefs-d'œuvre patois, spirituels, mordants, 
qui doivent aux tours piquants de l'idiome leur plus sûre 
originalité. Jasmin ne devait pas mentir à ses promesses. 
Après quelques chansons politiques dans le faux goût d'alors, 
il se révéla tout à fait dans une ode magistrale, Lou Très de 
May (1830). La Société littéraire d'Agen avait mis au con- 
cours un dithyrambe (français) à Henri IV, pour l'inau- 
guration de sa statue à Nérac. Le poète languedocien fut 
couronné avec le lauréat français, l'Académie agenaise 
reconnaissant ainsi les droits de la langue vulgaire. C'était 
sans exemple, depuis deux cents ans. Déjà célèbre, Jasmin 
osa chercher son inspiration dans ses souvenirs. Pour être 
descendu en lui-même, il y rencontra son génie. Son poème, 
Mous Soubenis, où la tristesse résignée alterne avec la 
gaieté saine, exaltait la sainte pauvreté et la bonté du 
peuple. Le nom de Jasmin symbolisa dès lors pour son Midi 
la poésie sincère et la muse attendrie des humbles. 

11 commençait d'aller de ville en ville, récitant ses com- 
positions. Une ode lue devant la statue du maréchal Lannes 
(1834) acheva de le consacrer dans sa région. Alors il 
réunit ses premières œuvres sous ce titre, Las Papillotos 
(1835). nie conserva pour ses trois recueils suivants (1842, 
1851, 1863). La popularité de Jasmin dans le Midi s'atta- 
chait déjà autant au diseur qu'au poète. Son génie cependant 
grandissait. La récitation à 13ordeaux, d'un nouvel ouvrage, 
CAbuglo de Castel Cullié (1836), retentit jusqu'à Paris 
et lui valut tousles hommages de la critique. Après Nodier, 
Sainte-Beuve salua le « troubadour » d'Agen comme un 
grand poète. La marque de son génie se retrouve, avec 
moins de sobriété peut-être dans l'émotion, mais plus de 
variété de ton comme de style, dans un grand poème auquel 
il travailla sept ans et qui mit le sceau à sa gloire. Françou- 
neto, poème en quatre pauses (lu à Bordeaux, 1840; pu- 



blié en 1842), est l'épopée touchante et dramatique de 
l'amour contrarié, parmi les superstitions et les préjugés 
du village. Puis vint cette admirable et courte idylle de 
proportions plus harmonieuses, de perfection plus consom- 
mée, Maliro rinnoucento (1847), qui fut unanimement 
saluée comme un chef-d'œuvre. Devant un tel idéal de la 
poésie, il est regrettable que Jasmin n'ait pas produit 
davantage. Parmi les pièces de circonstance où le reléguait 
sa vie désormais dispersée, il produisit encore deux courts 
poèmes dignes de leurs aînés, Lous dus Frays Dessous (les 
Deux Jumeaux, 1846) et la Semmano d'un fil (1849). 
Les trois dernières œuvres notables de Jasmin furent un 
médiocre poème français, Hélène, une éloquente épître, 
Lou Poeto del puple à Moussu Renan et Mous Noiibels 
Soubenis (1863), secondes remembrances de sa jeunesse, 
inférieures aux premières, mais où éclate encore sa verve 
attristée ou riante. 

Depuis 1840, la vie littéraire du poète se dispersait par 
tous les chemins du Midi. Pour répandre ses poésies, la 
langue vulgaire étant si peu écrite, il avait résolu de bonne 
heure de les réciter lui-même en laissant le profit à des 
œuvres de bienfaisance. Il récoltait les hommages du plus 
reconnaissant enthousiasme, et il les chantait ingénument, 
en amoureux delà gloire et de la poésie. Le « Rameau d'or 
de Toulouse » (1840), « la Coupe d'or d'Auch » (1842), 
« la Bague d'Albi » (1852), ainsi que les présents du roi 
Louis-Philippe et de la duchesse d'Orléans, n'étaient ce- 
pendant rien auprès des ovations spontanées de populations 
entières, comme il en rencontra plus d'une fois, au cours 
de sa campagne pour la reconstruction de l'église de Vergt, 
par exemple (1840-44), qui passionna tout le Périgord. 
On estime à plus de douze mille les séances que donna Jas- 
min pendant trente ans, et à plus de 1,500,000 fr. les 
sommes ainsi recueillies pour les pauvres. Tant de gloire 
et de charité devaient faire estimer haut et loin le poète. 
Son premier voyage à Paris fut sa consécration littéraire 
(1840). Il reçut la croix de la Légion d'honneur et une 
pension qui, avec ses livres, lui permit de renoncer à son 
état de coiffeur, qu'il reprenait modestement au lendemain 
de ses tournées triomobaîes. Enfin, l'Académie française 
attribua un prix extraordinaire de 5,000 fr. « au poète 
moral et populaire » (1851). Mais la plus souhaitée et la 
plus douce de ses couronnes fut celle que sa ville natale 
lui décerna solennellement en 1856. 

A tous les heureux dons de Jasmin, l'amour passionné 
du sol patrial et de la poésie, le vif instinct populaire, le 
goût du naturel, la simplicité dans l'expression, il manqua 
une qualité primordiale chez un grand écrivain. Sa langue 
s'est ressentie toujours de son défaut de culture. S'il Fa 
constamment épurée, à force de recherches dans le voca- 
bulaire du peuple, il n'a pu suppléer au sens philologique 
que seule une éducation classique peut donner. Sa muse 
resta « la muse des prairies, des guérets, des bergers ». 
Le rôle de Jasmin fut-il bien, cependant, celui que le patrio- 
tisme méridional pouvait attendre de son génie ? Pendant 
quarante ans, le saint Vincent de Paul de la Lyre fit vibrer 
de l'Océan au Rhône et de la Loire aux Pyrénées, le 
sentiment confus d'une communauté de langage entre les 
populations du Midi. Mais l'action d'un précurseur d'une 
renaissance nationale, du réveil d'une race dans sa suprême 
expression, son idiome, était au-dessus de ses forces et de 
son idéal. II entrevit, à ses débuts, cette noble tâche de 
représentant d'un peuple et de défenseur d'un passé qui 
n'abdique jamais. 

Cette fière ardeur du poète devait se tempérer aux sou- 
rires de Paris. Un réveil des énergies provinciales semblait 
alors s'annoncer de toutes parts. L'année de Françouneto 
(1840) voyait surgir les premiers livres de Gelu, de Béné- 
dit à Marseille et de Peyrottes en Languedoc. Jasmin pou- 
vait mettre sa jeune gloire à la tête du mouvement nouveau. 
Le succès de ses récitations poétiques dispersa son prosély- 
tisme, l'orientant, il est vrai, \ners la charité. Son rôle de 
précurseur était fini. Toujours il se sentait l'orgueil d'avoir 



JASMIN — JATIVA — 56 

maintenu le parler des aïeux. Mais satisfait d'avoir ressus- 
cité pour un temps « l'honneur de la langue aimée », d'ail- 
leurs insoucieux de lui rendre entière dignité en remontant 
à ses traditions, il n'admettait pas de disciples à son œuvre, 
ni de successeurs à sa gloire. II s'était abstenu de parti- 
ciper aux deux premiers congrès des poètes provençaux 
(Arles, 4852 ; Aix, 1853), d'où devait sortir le Félibrige. 
Il entrait dans la vieillesse comblé de lauriers personnels, 
mais indifférent au mouvement dont son œuvre et sa re- 
nommée avaient favorisé l'éclosion. A ce titre, l'Aquitaine 
peut revendiquer pour le plus génial précurseur d'une Re- 
naissance affirmée désormais, ce Jasmin dont la poésie es^ 
à celle des troubadours et des chanteurs patois du dernier 
siècle ce qu'est à l'aubépine ou à l'églantine sauvage la 
rose épanouie. — La ville d'Agen a élevé une statue à 
Jasmin, le 12 mai 1870. Mistral l'a saluée d'un magnifique 
sirvente. Une commémoration du poète a été célébrée 
depuis par les Félibres et les Cigaliers, dans sa ville natale 
(1891). Paul Mariéton. 

JASNEY (Gesniacus, Gisneyum). Com. du dép. de la 
Haute-Saône, cant. de Vauvillers, arr. de Lure, sur le ruis- 
seau du Breuil ; 458 hab. Moulin, tannerie. Découvertes 
de monnaies romaines. Restes de châteaux anciens. Eglise 
du xvm^ siècle (tabernacle richement sculpté). Prieuré de 
l'ordre de Saint-Benoît supprimé à la Révolution. Seigneu- 
rie qui, après avoir donné son nom à une ancienne maison 
de chevalerie franc-comtoise, fut divisée et appartint suc- 
cessivement aux de Saint-Mauris, de Mathay, de Jacquehn 
et de Mongenet. L-x. 

JASON (V. Argonautes). 

JASON DE Phères, célèbre tyran grec du iv^ siècle av. 
J.-C, précurseur de Philippe de Macédoine. Fils de Lyco- 
phron, tyran de Phères (Thessalie), allié des Spartiates, il 
continua la poHtique de son père, tendant à s'emparer de 
la Thessalie entière et à l'unifier en un Etat puissant. En 
378, il aide Néogène à s'emparer de la tyrannie à Histiée 
(Eubée). En 375, Jason était maître de presque toute la 
Thessalie ; les Dolopes et le roi d'Epire, Alcétas, étaient ses 
vassaux. La soumission de Polydamas, de Pharsale, le fit 
reconnaître comme chef (Taydç) de la Thessalie. Il forma 
une armée régulière de 20,000 hoplites et 6,000 cavaliers, 
avec l'intention formelle d'imposer sa suzeraineté aux Grecs 
et de les conduire à la conquête de l'empire perse. Il sut 
régler ses finances de manière à entretenir cette armée et 
une marine sans grever ses sujets. Il s'allia aux Thébains 
contre Sparte, profita de leur victoire de Leuctres pour 
vaincre les Phocéens, démanteler Hyampolis et Héraclée. Il 
s'allia aussi à Amyntas de Macédoine. Il préparait une im- 
mense fête à Delphes lorsqu'il fut assassiné (370). Les hon- 
neurs rendus à ses meurtriers par les cités grecques té- 
moignent de la crainte qu'inspirait Jason. A. -M. B. 

JASPE. Variété de quartz qui est d'un usage courant 
dans l'art décoratif. C'est un anhydride cryptocristallin qui 
se trouve sous forme sphérique. Il est ordinairement jaune, 
rouge ou brun, soit mat, soit luisant, opaque. On distingue 
plusieurs variétés; les principales sont : le jaspe égyptien, 
jaune d'ocre, brun ou rouge, qu'on trouve dans le désert 
ou dans les alluvions du Nil, près du Caire, dans un con- 
glomérat tertiaire; le jaspe rouge qu'on trouve à Mulheim 
en Brisgau ; le jaspe commun, rouge brun, jaune ou noir, 
(ju'on trouve dans des minerais de fer ; le jaspe gris, vert, 
jaune, rouge, brun, qu'on trouve en Sibérie (Okhotsk, 
lekaterinenbourg), dans le Tirol, le Harz, en Sicile, en 
Corse, etc. Très apprécié des Romains, le jaspe sert à faire 
des mosaïques, des marqueteries, des vases, des coffrets, 
des cachets, etc. 

JASPÉ (Filât.). Nom donné à des fils retors formés par 
la réunion de deux fils de couleurs différentes. 

JASSANS-RioTTiER. Com. du dép. de l'Ain, arr. et 
cant. de Trévoux ; 417 hab. 

JASSEINES. Com. du dép. de l'Aube, arr. d'Arcis-sur- 
Aube, cant. de Chavanges ; 375 hab. 



JASSERON. Com. du dép. de l'Ain, arr. de Bourg, 
cant. do Ceyzériat; 660 hab. Ruines d'un château féodal. 

BiBL. : RiBAUD, Notice sur le château de Jasseron, dans 
1 Annuaire de l'Ain pour 1885. 

JASSES. Com. du dép. des Basses-Pyrénées, arr. d'Or- 
thez, cant. de Navarrenx ; 327 hab. 

JASSY (V. Iassy). 

J A SI R E S ( Ardèche) . Ro cher supportant un large plateau 
qui domine la rivière d'Ardèche, en face de la ville d'Au- 
benas. Son nom lui vient d'un castnim qu'y avaient établi 
les Romains à'Alba Helviorum pour surveiller les défilés 
des Céyennes. Outre la trace partout reconnaissable du mur 
circulaire, d'environ 4 kil. de longueur, qui marquait 
l'emplacement du camp retranché, on y voit, à peu de 
distance, les débris d'un fort, muni de quatre tours 
(environ 200 m. de long sur 100 de large) qui formait le 
principal ouvrage avancé d'Alba à FO. On a trouvé dans 
cette région beaucoup d'ossements, de médailles, de mon- 
naies et de débris d'armes. A. Mazon. 

BiBL.: Voyage le long de la rivière d'Ardèche; Privas, 
18bo. 

JASTROW. Ville de Prusse, district de Marienwerder ; 
5,000 hab. ; foire aux chevaux (à la Saint-Michel). La 
ville reçut une charte urbaine en 1603. 

JASTRZEBSKI ou JASTRZEIVIBSKI (Louis-Corvin) , 
paléographe polonais, né en Galicie en 1805. Il acheva 
ses études à Paris à l'Ecole des chartes. En 1839, il fut 
chargé d'une mission par M. de Salvandy à l'effet d'étu- 
dier le célèbre manuscrit slave de Reims, connu sous le 
nom de Texte du Sacre (V. ce mot). Il en déchiffra le 
premier la partie glagolitique et publia dans le Journal 
général de Vînstruction publique un rapport qui fit 
grand bruit dans les pays slaves. Il le réimprima à Rome 
en 1 845 . On lui doit encore un Mémoire sur r histoire 
du couvent des Visitandines de Varsovie. Il se tua à 
Rome dans un accès de folie. L. L. 

JASZ (en latin lazyges). Nom d'une population hon- 
groise, qui a prêté à certains malentendus, et qui a formé 
plusieurs expressions géographiques. Cette désignation 
s'appliquait, dans les diplômes des anciens rois de Hongrie, 
à une population à' archers magyars, jouissant, moyen- 
nant un service militaire spécial, de privilèges spéciaux, 
et établie, à côté des colonies cumanes, entre le Danube et 
la Theiss. Leur nom devint, dans le latin officiel, tantôt 
Philistœi, à cause de la traduction allemande {Pfeil, flèche ; 
Pfeilschîltzer, archers), tantôt et plus souvent lazyges, 
en copiant a peu près le mot hongrois. Aussi les érudits 
fantaisistes leur ont-ils trouvé des ancêtres dans Hérodote. 
Leur district, comprenant 68,000 hab., a été réuni en 
un seul comitat avec le district de la Grande-Cumanie et 
celui de Szôlnok lors de la réorganisation de 1876. Deux 
villes de cette région conservent le nom de cette peu- 
plade : Jâsz-Berény qui a 24,000 hab., Jâsz-Apathi 
10,000 hab., la plupart magyars, catholiques et agricul- 
teurs. E. S. 

JÂSZAY (Paul), historien hongrois, né à Szântô en 
1809, mort en 1852. Secrétaire de la chancellerie hon- 
groise, il fit des recherches dans les archives et entreprit 
un grand ouvrage dont le premier volume seulement a été 
achevé : la Nation hongroise après le désastre de 
Mohdcs (Pest, 1846). Il publia aussi quelques monogra- 
phies sur le xvii^ siècle. Après sa mort, François Toldy a 
édité un autre ouvrage de Jàszay : la Nation hongroise 
depuis les temps les plus reculés jusqu'à la Bulle 
d Or (Pest, 1855). Le tout est en langue magyare. 

JATAMANSl (Bot.) (V. Sumbol). 

JATIVA. Ville d'Espagne, ch.-l. de district de la prov. 
de Valence, au pied du mont Bernisa et dominant une 
vaste plaine qui s'étend vers le N. et que l'on appelle la 
huerta de Valence ; 15,000 hab. environ. La ville, entourée 
d'une magnifique verdure, a gardé de vieilles murailles de 
l'époque moresque, une assez belle église, de nombreux 



-. 57 — 



JATIVA - JAUBERT 



couvents, des rues en général escarpées, tortueuses et 
étroites. Elle a une assez grande animation; station du 
chemin de fer de Madrid à Valence, elle a une bourse pour 
la soie {Lonja de seda), des moulins à riz, des papeteries, 
des filatures de lin dont les produits sont estimés. Dans 
l'antiquité, la ville de Satabis était en cet emplacement : 
elle fut appelée Jativa par les Arabes qui y introduisirent, 
dit-on, la fabrication du papier. Conquise par D. JaimeP*^ 
d'Aragon en 42^24, elle prit partit en 1705 contre Phi- 
lippe V ; conquise par lui, elle reçut le nom de San Felipe, 
mais dans l'usage il n'a pas prévalu et est même tout à 
fait oublié. E. Cat. 

JATROPHA(Ja^rop/iaL.) (Bot.). Genre de plantes de la 
famille des Euphorbiacées, qui a donné son nom au groupe 
des Jatrophées (Bâillon). Les fleurs sontunisexuées, penta- 
mères ; chez les Jatropha proprement dits , il y a cinq 
pétales libres et tordus, dix étamines bisériées, monadelphes, 
cinq glandes alternant avec les pétales. Dans les fleurs 
femelles, le gynécée est supère, à ovaire triloculaire por- 
tant un style à trois branches bifides. Le fruit est une 
capsule tricoque et les graines sont celles des Euphorbes, 
arillées et albuminées (Bâillon). Dans la section Cnidos- 
colus les pétales disparaissent dans les fleurs des deux 
sexes dont le calice devient souvent pétaloïde. Dans la sec- 
tion Curcas(l , ce mot), les fleurs sont gamopétales. La 
gamopétalie n'est qu'apparente chez le J. Heudelotii, de 
l'Afrique tropicale. Le J. Manihot est devenu le type d'un 
genre spécial (V MAmnoT). — Le genre ainsi déUmité ren- 
ferme environ 70 espèces originaires des régions chaudes. 
Elles sont frutescentes ou en partie herbacées, avec des 
feuilles alternes ; les fleurs, rarement dioïques, forment 
des grappes de cymes. La plupart des espèces sont laiteuses; 
leurs graines sont riches en huile purgative. D'' L. Hn. 

JATTE (ArchéoL). Sorte de grande écuellede bois dans 
laquelle on pouvait manger et boire. L'orfèvrerie se plut 
bientôt à embeUir cet ustensile primitif, et les jattes d'ar- 
gent firent bientôt partie des buffets d'apparat que les 
princes du moyen âge et de la Renaissance aimaient à étaler 
dans les salles de banquet. On en tailla également dans des 
matières dures et on les garnit de montures d'orfèvrerie 
ornées de perles et de pierreries. La jatte se tranforma en 
cuvette pour recevoir le pot à l'eau. Les manufactures de 
porcelaine établies en Saxe et à Sèvres, de même que les 
faïenceries de Rouen et de Moustiers ont exécuté une 
grande quantité de jattes, dont le travail et la forme sont 
remarquables, et soutiennent la comparaison avec les spé- 
cimens de l'Extrême-Orient. Les jattes sont employées de 
nos jours, dansl'intérieur des ménages, principalement pour 
la conservation du lait. 

JATXOU. Com. du dép. des Basses-Pyrénées, arr. de 
Rayonne, cant. d'Ustarits; 339 hab. 

JAU-DfGNAc-ET-LoïRAC. Com. du dép. de la Gironde, 
arr. de Lesparre, cant. de Saint-Vivien ; i ,826 hab. Vins 
de Médoc estimés. Cette commune est formée de trois vil- 
lages, éloignés l'un de l'autre de 2 kil. et formant un 
triangle au centre duquel se trouve l'église. Au lieu dit 
Richard^ sur la rive gauche de la Gironde, existe un petit 
port d'embarquement. 

JAUBERDAT (Vitic.) (V. Cottis). 

JAUBERT (Aimeri de) (V. Rarraut [Comte de]). 

JAUBERT (François, comte), homme politique français, 
né à Condom le 3 oct. 1758, mort à Paris le 17 mars 
1822. Avocat et professeur de droit à Bordeaux, il devint 
membre de la municipalité de cette ville en 1790 et fit 
partie en 1793 de la commission fédérahste organisée 
pour résister à la Convention. Mis hors la loi par décret 
du 6 août 1793, il fut sauvé par le 9 thermidor et reprit 
sa place au barreau. Le 9 germinal an X, il était nommé 
membre du Tribunat, devenait en 1804 président de cette 
assemblée, et entrait au conseil d'Etat en 1806. 11 prit 
une part considérable à la rédaction du code civil, du code 
de procédure civile et du code de commerce. Gouverneur 
de la Banque de France en 1807, créé comte de l'Empire 



en 1808, il perdit la faveur de Napoléon en s*associant à 
l'opposition des régents de la Banque. Nommé conseiller à 
la cour de cassation le 15 févr. 1815 en remplacement de 
Sieyès, il fut pendant les Cent-Jours directeur général des 
contributions indirectes. Aussi la seconde Restauration lui 
enleva-l-elle son siège de conseiller à la cour de cassation 
qu'il ne reprit que le 23 déc. 1818, grâce à l'influence du 
comte d'Artois, et qu'il garda jusqu'à sa mort. 

JAUBERT (Guillaume-Auguste), évêque et homme po- 
litique français, né à Condom le 9 janv. 1762, mort le 
2 mars 1825, frère du précédent. Curé de Notre-Dame de 
Bordeaux (1801), il fut nommé en 1809 évêque de Saint- 
Flour et créé baron de l'Empire. Il était imbu de principes 
gallicans qui déplaisaient fort au pape, et celui-ci profita de 
ses dissentiments avec Napoléon pour refuser l'institution 
canonique. Mgr Jaubert finit par l'obtenir en 1811 et as- 
sista au concile national, mais il ne put jamais se faire 
sacrer, ce qui l'obligea à démissionner en 1819. Il fut 
désigné en 1813 par le Sénat comme député du Cantal au 
Corps législatif et y siégea jusqu'à 1815. 

JAUBERT (Le chevalier Amédée), orientaliste français, 
né à Aix (Provence) le 3 juinl779,mort le28janv. 1847. 
D'abord compositeur à l'imprimerie Didot, pour faire vivre 
sa famille ruinée et proscrite paria Révolution, il entra à 
l'Ecole des langues orientales où il se distingua si vite qu'il 
obtint à l'âge de dix-neuf ans de faire partie en qualité 
d'interprète de l'expédition d'Egypte. Il fut nommé pendant 
la campagne interprète en chef du corps d'occupation et 
gagna la confiance de Bonaparte. Revenu avec lui en France, 
il fut nommé secrétaire interprète du gouvernement et pro- 
fesseur à l'Ecole des langues orientales (1800-1801). Il 
fut chargé de mission dans les Etats barbaresques (1 802) 
et à Constantinople pour notifier l'avènement de l'empereur 
(1804). Napoléon lui confia en 1805 la tâche de se rendre 
à Téhéran auprès du chah de Perse pour étudier les moyens 
d'action de ce pays contre l'Angleterre et la Russie. Jau- 
bert s'acquitta de sa mission avec succès, mais eut pour 
l'accomplir à courir de grands dangers. H fut notamment 
retenu longtemps prisonnier dans un souterrain par l'ordre 
du pacha de Bayazid. Il ne rentra en France que dans l'été 
de 1807. En 1815, il accepta à la veille de la chute de 
Napoléon d'aller le représenter comme chargé d'affaires à 
Constantinople, ce qui lui assura la disgrâce du régime 
suivant. Depuis il se consacra à l'étude des langues orien- 
tales et fit en 1818 un nouveau voyage en Asie pour ra- 
mener en France des chèvres du Tibet. Il entra à l'Institut en 
1830 et à la Chambre des pairs en 1841. Il était professeur 
au Collège de France et directeur de l'Ecole des langues 
orientales. Parmi ses œuvres, on peut citer : Voyage en 
Arménie et en Perse (Paris, 1821); Eléments de la 
grammaire turque (Paris, 1823-34). On a aussi de 
Jaubert de nombreux articles dans le Journal asiatique 
et la Revue encyclopédique. 

J A U B E RT ( Hippoly te-François, comte) , homme politique 
français, né à Paris le 8 oct. 1798, mort à Montpellier 
le 5 déc. 1874. Neveu de Jean-François-Jérôme Jaubert, 
procureur impérial et représentant de Céret à la Chambre 
des r.ent-Jours, qui lui laissa une fortune considérable, il 
s'établit comme maître de forges dans le Cher où il conquit 
une situation prépondérante. Elu député de Saint-Amand 
sans interruption de 1831 à 1842, il ne tarda pas à se 
faire connaître comme un brillant orateur d'affaires et de- 
vint ministre des travaux pubhcs dans le cabinet du l^*" mars 
1840. Il se retira avec ses collègues le 28 oct. 1840 et 
fut créé pair de France le 27 nov. 1844. A la révolution 
de 1848 il se retira tout à fait de la politique. Adminis- 
trateur des usines de Fourchambault, il fut élu député du 
Cher à l'Assemblée nationale le 8 févr. 1871 et siégea au 
centre droit. On a de lui : Vocabulaire du Berry et des 
provinces voisines (Paris, 1838, in-8) dont la troisième 
édition a été publiée sous le titre de Glossaire du centre 
de la France (1856-58, 2 vol. in-8); lllustrationes 
plantarum orientalium, encoUab. avec Ed.Spach (1842- 



JAUBERT -- JAUGEAGE 



- 58 



1857, 5 vol. in-4); Etude sur le traité de commerce 
avec l'Aîiçleterre (4869, in-lS). Le comte Jaubert avait 
été élu membre libre de l'Académie des sciences en i 8o8 
et il démissionna en 4872 parce qu'un projet de réorga- 
nisiition de l'Institut qu'il avait rédigé fut repoussé. 

JAUCOURT. Corn, du dép. de l'Aube, arr. et cant. de 
Bar-sur-Aube ; 224 hab. Cette localité, située sur la rive 
gauche de l'Aube, au pied d'une côte fort escarpée, au con- 
fluent du Landion, fut jadis le siège d'une importante ba- 
ronnie et possédait un vaste château fort, construit au 
XIV® siècle, qui fut démantelé en 4632 par ordre de 
Louis XIIL II en subsiste encore de belles ruines, ainsi 
qu'une chapelle romane dédiée à saint Jean (xii® siècle). 
L'église, en partie du xii® siècle, possède un curieux re- 
liquaire byzantin en vermeil, du xiv^ siècle. A. T.-R. 

JAUCOURT (Louis, chevalier de), philosophe français, 
né à Paris en 4704, mort à Compiègne en 4779. Il étudia 
la théologie à Genève, les sciences exactes et naturelles à 
Cambridge, la médecine à Leyde où il connut Tronchin. 
Rentré à Paris en 4736, il vécut dans une société mon- 
daine et philosophique. Il fut l'un des principaux rédac- 
teurs de V Encyclopédie^ oii il écrivait, avec Buffon, les 
articles scientitiques. Doué d'un grand esprit de modéra- 
tion, il fut plutôt du parti philosophique de Montesquieu 
que de celui de La Mettrie et de d'Holbach. Les qualités 
de son caractère lui attirèrent partout l'estime et l'amitié. 
Il a laissé un grand nombre de mémoires adressés à di- 
verses académies ou sociétés savantes et une Vie de Leib- 
niz, mais pas une grande œuvre. Ce fut un homme 
d'esprit et de savoir que la renommée ne tenta point. 

JAUCOURT (Arnail-François de), homme pohtique fran- 
çais, né à Tournan (Seine-et-Marne) le 14 nov. 4757, 
mort à Prestes (Seine-et-Marne) le 5 févr. 4852. D'une 
famille protestante, il entra au service comme sous-lieute- 
nant au régiment de Languedoc-dragons le 28 juil. 4773 ; 
il fut promu capitaine le 24 avr. 4777, mestre de camp au 
2® régiment de Condé-dragons le 44 nov. 4780, fit la 
campagne de Genève en 1782 sous les ordres du prince de 
Condé et devint colonel de son régiment le 10 mars 1788. 
Membre de la société des Feuillants, président de l'adminis^ 
tration de Seine-et-Marne, il fut, le 31 août 1791, élu par 
ce département député à l'Assemblée législative. Il entra dans 
le comité militaire et s'occupa d*es questions de son métier. 
Il vota presque constamment avec la droite, tout en appuyant 
les mesures prises contre les émigrés et les prêtres réfrac- 
taires.Jaucourt fut promu maréchal de camp le 6 févr. 1792. 
Voyant qu'il n'était pas d'accord avec la majorité de l'As- 
semblée, accusé de trahison par ses parents qui avaient 
émigré, il donna sa démission le 31 juil. et fut remplacé 
le 7 août. Arrêté le 10 août 4792 par ordre de la Com- 
mune et enfermé à l'Abbaye, il réclama l'inviolabilité des 
députés, qui ne cesse, disait-il, qu'un mois après qu'ils 
ont abandonné les fonctions législatives. Remis en liberté 
à la fin d'août sur les instances de M"^^ de Staël, il échappa 
ainsi aux massacres, et le 2 sept, demanda au ministre de 
la guerre et obtint un congé pour aller aux eaux rétablir 
sa santé. Il en profita pour accompagner Talleyrand dans 
sa mission à Londres. Rentré en France après l'exécution 
de Louis XVI, il èmigra en Suisse. Il fut remplacé comme 
maréchal de camp le 4^^^ févr. 4793. Mêlé aux intrigues des 
émigrés, il revint à Paris après le 48 brumaire et, sur la 
recommandation de Talleyrand, il fut, le 25 déc. 4799, 
nommé membre du Tribunat. En avr. 4802, il défendit, 
avec Lucien Bonaparte, le concordat devant le Corps légis- 
latif et, le 22 oct. suivant^ le Tribunat le nomma prési- 
dent. Jaucourt entra au Sénat le 34 oct. 4803. Devenu un 
des familiers de Joseph Bonaparte, il l'accompagna à Naples 
et reçut le titre de comte en mai 4808. Le 20 mars4842, 
il fut désigné pour organiser les cohortes du premier ban 
de la garde nationale à Marseille. Ses sentiments royalistes 
se réveillèrent lors des désastres de 4814 et il fit partie, 
le 4^^ avr., du gouvernement provisoire qui rappela les 
Bourbons. Louis XVIII combla Jaucourt de faveurs; il le 



nomma ministre d'Etat et pair de France le 43 mai 4844, 
lui confia, le 4 juin, l'intérim du ministère des affaires étran- 
gères et réleva, le 25 oct., au grade de lieutenant général 
honoraire. Aussi, lors du retour de Napoléon de l'île d'Elbe, 
Jaucourt accompagna Louis XVIII à Gand, tandis que l'em- 
pereur mettait hors la loi son ancien serviteur. Waterloo 
le ramena en France et le roi le nomma, le 9 juil. 4815, 
ministre de la marine. Il abandonna ces fonctions le 23 sept., 
mais reçut en échange le titre de membre du conseil privé. 
Jaucourt, qui descendait de Du Plessis-Mornay par les 
femmes, se consacra dès lors aux intérêts du protestan- 
tisme. Il se rallia un des premiers à la monarchie de Juillet 
et fut rendu à la vie privée par la révolution de 1848. Il 
vota pour la présidence de Napoléon et donna son appro- 
bation au coup d'Etat de déc. 4 854 . Etienne Charavay. 

JAUDONNIÈRE (La). Com. du dép. de la Vendée, arr. 
de Fontenay-le-Comte, cant. de Saint-Hermine ; 756 hab. 

JAUDRAIS. Com. du dép. d'Eure-et-Loir, arr. de 
Dreux, cant. de Senonches; 294 hab. 

JAUDY, Rivière du dép. des Côtes-dii-Nord (V. ce mot, 
t. XIII, p. 4). 

JAUER. Ville de Prusse, district de Liegnitz (Silésie), 
sur la Neisse furieuse (Wiitende Neisse), affluent de la 
Katzbach; 42,000 hab. Saucisses renommées, toiles, lai- 
nages, etc. Elle reçut une charte urbaine en 4461, et fut 
la capitale de la principauté de Jauer (3,200 kil. q. en- 
viron). 

JAUFFRET (Gaspard- Jean- André- Joseph) , archevêque 
d'Aix, né à La Roque-Brussane (Provence) le 43 déc. 
4759, mort à Paris le 43 mai 4823. Il se fit remarquer 
par sa lutte contre la constitution civile du clergé, dans 
les Annales de la religion et du sentiment, qu'il avait 
fondées en 4794 ; plus tard, il fut l'un des principaux col- 
laborateurs des Annales religieuses. Sous l'Empire, déjà, 
il travailla à la réorganisation et au rétablissement de nom- 
breuses congrégations, entre autres de la Société des Mis- 
sions étrangères, en 4805. Le cardinal Fesch l'avait chargé 
de l'administration du diocèse de Lyon pendant son ab- 
sence ; puis il l'avait fait appeler au secrétariat de la 
grande aumônerie. En 4806, Jauffret fut nommé évêque 
de Metz et, en 4844, archevêque d'Aix. Parmi ses nom- 
breuses puljlications, il suffit de citer Du Culte public... 
(Paris, 4795, 2 vol.; 3« éd. ,4845). 

JAUFFRET (Pierre), agronome français, né à Venta- 
breu, près d'Aix (Provence), en 4776, mort à Bordeaux 
en 4837. 11 est surtout connu par la préparation d'un en- 
grais qui porte son nom, avec toutes sortes de plantes 
herbacées et d'arbustes mis à fermenter avec une lessive 
fortement alcaline ou caustique. Cette méthode est décrite 
dans une brochure publiée à Paris (4838, 2® éd.),. 

JAUFFRET (Joseph), conseiller d'Etat, né à LaRoque- 
Brusane (Provence) en 4784, mort en 4836. Il n'était 
guère âgé que de vingt-un ans lorsque Portails se l'ad- 
joignit comme chef du secrétariat à la direction des cultes. 
OEuvres principales : Mémoires historiques sur les affaires 
ecclésiastiques de France au xix^ siècle (Paris, 4828, 
3 vol. in-8) ; Examen des articles organiques publiés à 
la suite du concordat de 1801^ dans leurs rapports 
avec nos libertés, les règles générales de V Eglise et la 
police de l'Etat (Paris, 4847, in-8) ; De la Juridiction 
épiscopale (Paris^ 4824 et 4827, in-8) ; Du Célibat des 
prêtres (Paris, 4828, in-8). 

JAUFFRET (François-Antoine), évêque français, né à 
La Ciotat le 4 déc. 4833. Ordonné prêtre en 4859, pro- 
fesseur de rhétorique à l'école de Belsunce, puis directeur 
de cet établissement jusqu'en 4888, il devint à cette date 
chanoine de Marseille. Il fut nommé évêque de Bayonne le 
7 déc. 4889. H a écrit : M^** de Belsunce et le Jansé- 
nisme, nouvelle (Marseille, 4882, in-8). 

JAUGEAGE. I. Physique. — Jauge Mac Leod. — On 
désigne ainsi un petit appareil qui permet d'apprécier la 
pression des gaz très raréfiés et, si on admet que la loi de 



Mariotte est vraie pour ces pressions, de mesurer la terisîdïî 
de ces gaz. La plupart des appareils qui servent à faire le 
vide par récoulement du mercure, comme la trompe de 
Sprengel, sont munis d'un appareil de ce genre. Il se com- 
pose d'une partie renflée V, surmontée d'un tube tenné à sa 
partie supérieure et divisé depuis le trait p jusqu'au som- 
met en iO parties d^égal volume* Par la partie inférieure 
le ballon V communique en a d'utle part avec un tube à 
t-obinet R et latéralement à un tube gradué en milli- 
Inêtres à& d eu b par lequel il communique avec l'appareil 
où se trouve le gaz dans lequel on veut mesurer la pres- 
sion. L'appareil communique par le robinet R avec un tube 
contenant du mercure. Tout d'abord le mercure â'élève 
dans l'appareil un peu au-dessous de a, de sorte que la 
jauge V est pleine du gaz dont on veut mesurer la pres- 
sion. Au moment où l'on veut faire cette mesure, on 
Ouvre lentement le robinet R. Le mercure pénètre dans 
l'appareil et arrive aussitôt m trait a où il intercepte la 
communication entre la jauge et l'appat-eil A. Le mercure 
continuant à arriver comprime de plus m plus le gaz dans 
y et monte dans le tube gradué. Lorsque le mercure eit 
arrivé en p dans la jauge, il est dans 
Vmtte tube entre a et b plus ou 
moins haut suivant la pression; 
on continue à laisser monter le 
mercure dans le tube ^y, mais en 
faisant attention qu'il ne dépasse 
pas la partie graduée dans le tube 
a b. Supposons qu'on puisse le lais- 
ser monter jusqu'à la division i , 
et que dans le tube ab le mercure 
arrive alors en c. Soit R le rap- 
port entre le volume total de la 
jauge (tube gradué Py compris) jus- 
qu'en a et une des divisions py. Le 
gaz aura été comprimé dans ce 
rapport R, sa pression sera deve- 
nue R fois plus grande que la pres- 
sion X qu'on veut mesurer. Or sa 
pression est celle qui est dans 
l'appareil A augmentée de la co- 
lonne de mercure c d que l'on lit 
sur l'appareil. On peut sans erreur 
sensible négliger la pression dans 
A devant la pression c d. La pres- 
sion primitive était donc, en ap- 

c d 
pliquant la loi de Mariotte, a?=: -— 

en colonne de mercure. Le rap- 
port R est choisi assez grand (500 
par exemple) , de sorte que lorsque 
la colonne c d est de 4 millim . , la 
pression primitive équivalait (tou- 
jours en admettant la loi de Ma- 
riotte) à i/e^>00 do millim. de mer- 
cure. Même si l'on n'admet pas la 
loi de Mariotte, cet appareil reste 
d'un usage précieux, car il sert 
toujours à indiquer, sans la me- 
surer, la pression sous laquelle 
une expérience a été faite et il permet dans des expériences 
ultérieures de se remettre à la même pression. 

Jauge Thomson (V. Electromètre Thomson, t. "XV, 
p. 795). A. JoANNis. 

II. Technologie.— On désigne particulièrement sous 
cette dénomination diverses opérations qui ont pour but de 
déterminer : la capacité d'un vase, d'un récipient quelcon- 
que, tonneau ou réservoir, destiné à contenir des liquides; 
le volume d'eau qui s'écoule, pendant un temps donné, par 
un orifice d'une section déterminée ; le débit d'un cours 
d'eau ou d'une source qu'on se propose d'appliquer à des 
usages industriels ou à l'alimentation d'une ville ; la mesure 
ou la capacité d'un navire ou d'une embarcation quelconque, 




89 — JAUGEAGE 

(ï.-à-d. le volume qu'offre le bâtiment sous le rapport de 
sa longueur, de sa largeur et de sa profondeur. Le jau- 
geage d'une capacité quelconque renfermant un liquide se 
fait par le calcul du volume intérieur du récipient. Le cal- 
cul est très simple quand il se rapporte aux formes géo- 
métriques d'un parallélépipède ou d'un cylindre ; mais, pour 
les futailles et les tonneaux, la courbure des parois rend le 
calcul beaucoup plus complexe. L'octroi de Paris emploie, 
à cet effet, la formule suivante : 

V=:|:ï/ ("(^ + (0 — (^)0,56l2 

dans laquelle V représente le volume, l la longueur inté- 
rieure du tonneau, D et d les valeurs du plus grand et du 
plus petit diamètre. Dans le commerce, le jaugeage des 
tonneaux peut se faire en appliquant les formules ci-après : 
1^ Si la courbure est très prononcée : 

2^* Si la courbure est d'une dimension moyenne : 

3° Si le tonneau est presque cylindrique : 

On peut enfin, dans la plupart des cas, employer la formule 
moyenne : 

V = 0,0875 / (^ -h 2 D)^. L. Knab. 

III. Marine. — Jauger un navire, c'est en mesurer le 
volume intérieur d'après certaines règles que nous allons 
faire connaître. Il ne faut pas confondre la jauge et la ca- 
pacité utilisable du navire. Cette dernière est en général 
plus forte que le volume servant de base au payement des 
droits, taxes, etc. Cette remarque est importante à rete- 
nir. La loi sur la marine marchande, du 3 janv. 4893, 
fixe que la jauge totale, brute, d'après laquelle sont cal- 
culées les primes à la navigation, sera établie conformé- 
ment aux décrets du 24 mai 4873, art. de 4 à 12, et du 
7 mai 1883. Ce décret prescrit que la méthode employée 
sera la méthode anglaise Moorson. Voici en deux mots ea 
quoi elle consiste. 




Pour un navire vide, on divise la longueur du premier 
pont au-dessus de la cale en 4, 6, 8, 40 ou 42 divisions, 
suivant que le navire appartient comme longueur aux 4^®, 
2^, 3<^, 4®, 5« classes et au-dessus. Par les points de divi- 
sion, on mène des verticales qui sont elles aussi divisées 
en plusieurs parties. On obtient ainsi une série de volumes 
tels que aa^ b¥ qu'on cube. On fait la somme de tous ces 
volumes. De plus on cube l'espace entre les ponts, en y 
ajoutant dunettes, chambres de pont. On somme tous ces 
volumes et on divise la somme S ainsi obtenue par l'unité 
de volume adoptée qui représente 400 pieds cubes anglais, 
ou 2"^o,83. Le résultat est le tonnage brut du navire (gros 
tonnage en anglais). 

Si le navire est chargé, on mesure au moyen d'une chaîne 
le périmètre au maître couple /?, la longueur L du pont 
supérieur et sa largeur /, on applique la formule ; 

L(^-±^yx0,i8 

pour les navires en fer, et 

L('-t^yx.,n 



JAUGEAGE — JAUNE 



— 60 



pour les navires en bois. Cette formule donne le tonnage 
jusqu'au pont supérieur ; on complète comme précédemment. 
Pour avoir le tonnage légal, net, au Registered Tonnage, 
on déduit l'espace consacré au logement de l'équipage, qui 
ne doit pas aller au delà du 1/20 du tonnage brut, puis le 
logement de l'appareil moteur et des soutes à charbon. 
Cette déduction ne peut dépasser 50 % du tonnage brut. 
Pour les bateaux de plaisance, yachts de course, on a 
adopté la formule suivante : 



Tzz 



©"x-: 



B 



5,5 

dans laquelle T donne la valeur en mètres cubes et frac- 
tions ; P, la longueur du périmètre mesuré au maître couple, 
en mètres et fractions; L, la longueur du yacht en mètres 
et fractions ; B, la largeur au maître couple en mètres et 
en fractions. Ajoutons, à titre de renseignements, que les 
chargements des navires sont évalués suivant les circons- 
tances, en trois unités : le tonneau-poids ou tonne de 
i ,000 kiiogr. ; le tonneau de jauge ou 2"^«,83 ; le ton- 
neau d'affrètement ou vol. de 4"'^,44 employé pour établir 
les conditions du fret de marchandises encombrantes, mais 
légères. A. Kerlero du Crano. 

JAUJA. Ville du Pérou, dép. de Junin, sur le fleuve de 
ce nom ; 3,000 hab. 

JAUJAC (Gaudlacum). Com. du dép. de l'Ardèche, 
arr. de Largentière, cant. de Thueyts ; 2,533 hab. Le vol- 
can de Jaujac, un des cratères les mieux conservés de 
Vrance, a couvert de ses laves la vallée de l'Alignon jus- 
qu'à l'Ardèche. Les eaux, en se creusant un passage, ont 
mis à jour de magnifiques colonnades basaltiques décrites 
par Faujas de Saint-Fond. Au pied du volcan coule la fon- 
taine minérale du Péchier. A. Mâzon. 

JAULDES. Com. du dép. de la Charente, arr. d'An- 
goulême, cant. de La Rochefoucauld ; 843 hab. 

JAULGES. Com. du dép. de l'Yonne, arr. d'Auxerre, 
cant. de Saint-Florentin ; 408 hab. 

JAULGONNE.Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Château- 
Thierry, cant. de Condé-en-Brie ; 535 hab. Station dite 
de Varennes-Jaulgonne, du chemin de fer de l'Est. 

JAULNAY. Com. du dép. d'Indre-et-Loire, arr. de Chi- 
non, cant. de Richelieu ; 421 hab. 

JAULNAY. Com. du dép, de la Vienne, arr. de Poitiers, 
cant. de Saint-Georges ; 2,067 hab. Commerce de vins, 
vinaigreries, minoteries, scierie mécanique. Eglise desxii^, 
xni® et xvi® siècles ; châteaux Couvert et de JPerre, datant 
tous deux de la Renaissance; à 3 kil. auN.-O., grand don- 
jon carré du xv^ siècle, la Tour de Brin. 

JAULNES. Com. du dép. de Seine-et-Marne, arr. de 
Provins, cant. de Bray-sur-Seine ; 345 hab. 

JAULNY. Com. du dép. de Meurthe-et-Moselle, arr. de 
Toul, cant. de Thiaucourt; 480 hab. 

JAULZY. Com. du dép. de l'Oise, arr. de Compiègne, 
cant. d'Attichy ; 367 hab. 

JAUMIÈRE (Trou de) (Mar.). Espace circulaire percé 
à l'arrière du navire, au-dessus du dernier étambot, et 
permettant à la mèche du gouvernail de pénétrer dans 
l'intérieur du bâtiment. Un presse-étoupe, placé sur la 
mèche à son entrée, empêche l'accès de l'eau à l'intérieur. 
Avec les anciens gouvernails en bois, le même but était 
atteint au moyen d'un morceau de cuir cloué sur la mèche 
et sur la muraille, qu'on appelait la braie du gouvernail. 

JAUNAC. Com. du dép. de l'Ardèche, arr. de Tournon, 
cant. du Cheylard ; 230 hab. 

JAUNE. I. Chimie industrielle. — Les matières colo- 
rantes jaunes employées dans l'industrie peuvent être ré- 
parties en trois groupes, suivant leur origine : les ma- 
tières minérales^ les matières végétales, les matières 
artificielles. 



Jaunes minéraux. — Le jaune minéral le plus important 
est le jaune de chrome (V. Chromate, t. XI, pp. 287-289). 

Le jaune de Naples est un anlimoniate de plomb plus 
ou moins mélangé d'oxyde de plomb, préparé généralement 
en chauffant de l'acide antimonique avec de f oxyde et du 
carbonate de plomb, ou de l'antimoine pulvérisé mélangé 
d'azotate de potasse et d'oxyde de plomb, ou des alliages 
de plomb et d'antimoine avec des substances oxydantes. 

Le jaune minéral^ connu aussi sous les noms de jaune 
de Turner, de Cassel, de Kassler, de Vérone, de Paris, de 
Montpellier, etc., a pour base des oxychiorures de plomb. 
On le prépare en mélangeant 4 parties de litharge broyée 
et tamisée avec une solution de 4 parties de sel marin 
dans 4 parties d'eau. Le mélange se gonfle et il se forme de 
l'oxychlorure de plomb qui lui donne une couleur blanche ; 
il deviendrait dur et sec si on ne le broyait de nouveau 
avec de l'eau salée, jusqu'à ce qu'on ait employé la quantité 
indiquée. On ajoute de l'eau pure et on calcine au rouge 
sombre la pâte dans un creuset. On peut aussi préparer le 
jaune minéral en calcinant du minium ou de la litharge 
avec une certame quantité de chlorhydrate d'ammoniaque 
jusqu'à ce que l'oxychlorure de plomb formé entre en fusion. 
Le produit obtenu ainsi est d'un jaune plus éclatant. Le 
jaune minéral sert surtout pour la peinture des décors. 

Le jaune minéral fin ou jaune d'antimoine est une 
combinaison d'antimoniate et d'oxychlorure de plomb. L'in- 
venteur, Mérimée, le préparait en fondant dans un creuset 
un mélange de 3 parties de bismuth avec 24 parties de 
sulfure d'antimoine et 64 de nitre. La masse fondue était 
versée peu à peu dans l'eau froide et pulvérisée. La poudre 
desséchée est mélangée avec son poids de chlorhydrate 
d'ammoniaque et seize fois son poids de litharge aussi pure 
que possible, et fondue dans un creuset. La matière fondue 
est bronzée et lavée. On peut aussi opérer de la manière 
suivante : on chauffe à une température convenable un 
mélange intime d'acide antimonique et d'oxychlorure de 
plomb, ou d'antimoniate de potasse et de chlorure de plomb. 

Le sulfate de plomb basique est d'un jaune clair et 
sert dans la peinture sous le nom de jaunepaille minéral. 
Ce produit est préparé en fondant parties égales de sulfate 
de plomb et de litharge bien broyée; on coule la masse 
dans l'eau froide et on la pulvérise. On emploie aussi comme 
couleur jaune le massicot, Varsénite de plomb, Viodure 
de plomb. 

Le trisiilfure d'arsenic ou orpiment, matière d'une 
belle couleur jaune d'or, sert dans la peinture depuis la plus 
haute antiquité. On la rencontre à l'état naturel en Perse 
et en Chine et on le prépare artificiellement en chavffant un 
mélange de 1 kiiogr. de fleur de soufre et de 7 kiiogr. 
d'acide arsénieux en poudre très fine. 

Le jaune de cadmium est une très belle couleur pré- 
parée avec du sulfure de cadmium, malheureusement son 
prix très élevé en restreint l'emploi. 

On trouvera, à l'art. Brun (t. VIII, p. 233), tout ce qui 
concerne les ocres jaunes . 

Jaunes végétaux. — Les principales matières colo- 
rantes jaunes d'origine végétale sont : 

Noms Origine 

Xanthopurpurine. Racine de garance. 

Xanthine. id. 

Mungistine. Mungeet ou garance des Indes. 

Cureumine. Racine de curcuma. 

Rhéine ou acide chryso- Racine de rhubarbe, de rha- 

phanique, jaune de pontic, de patience, lichen 

rhubarbe. des murailles. 

Gentianine. Racine de gentiane. 

Morindine. Racine du mûrier d'Inde (Mo- 

rinda citrifolia), 
Rhamnoxanthine. Racine de bourdaine (Rham- 

nus fraiigula). 
Berbérine. Racine d'épine-vinette (Berbe- 

rish 



Noms 




Origine 


Plumbagine. 




Racine de dentelaire (Plum- 
bago europœa). 


Chélidoxanthine 




Racme, fleurs et feuilles de la 
grande chélidoine. 


Quercitrine ou 


querci- 


Ecorcedequercitron, bourgeons 


trin. 




floraux du cappaiis, du so~ 
phora^ feuilles, fleurs et 
fruits du marronnier d'Inde. 


Quercitréine. 




Produit de l'oxydation de la 

quercitrine. 
Bois jaune ou mûrier des tein- 


Morin blanc ou acide mo- 


rique. 




turiers. 


Morin jaune ou morésine 


Oxydation du morin blanc. 


(acide niorintannique). 




Fusdne. 




Bois de fustet. 


Lutéoline. 




Tiges de gaude (Reseda luteola) . 


Calluxanthine. 




Tiges de bruyère (Calluna vul- 
^garis). 


Rodoxanthine. 




Tiges du Rhododendron fer- 


Xanthopicrite. 




Ecorce du clavelier des Antilles. 


Datiscine. 




Jeunes tiges et feuilles du Da- 

tisca. 


Scoparine. 




Spartium scoparium. 


Thujine. 




Parties vertes du Thuya occi- 

de7îtalis. 
Feuilles de houx, de rue, de 


lUxanthine ou 


acide ru~ 


ténique. 




sarrasin. 


Xanthine des fleurs. 


Fleurs jaunes. 


Xan théine. 




Fleurs jaunes de dahlia. 


Phylioxanthine. 




Matière jaune contenue dans la 
matière verte des feuilles. 


Xantholéine ou 


jaune de 


Glumes du sorgho sucré. 


llUUv- LlD. 

Jaune de carthame. 


Fleurs de carthame. 


Spiréine. 




Fleurs d'ulmaire (Spirœa ul- 



Antirrhine. 

Crocoxanthine (crocine, 
safranine, polychroïte). 



Acide lutéique. 
Chrysorhamnine. 
Xanthorhamnine. 
Xantinocarpine. 



maria). 
Fleurs de linaire (Antirrhium 

linaria). 
Fleurs de safran et autres 

crocus, fruits du Gardeiiia 

grandiflora^ du Fabiana 

indica. 
Fleurs de VEuphorbia cypa- 

rinia. 
Graines vertes de Perse et 

d'Avignon. 
Graines brunes de Perse et 

d'Avignon. 
Ecorce et fruits verts du mapé 

de Taïti. 
Principe jaune du rocou. 
Suc de cachou. 
Résine dite gomme-gutte. 
Noix de galle. 
Purrlice ou jaune indien. 



Orelline, 

Jaune de cachou. 
Jaune de gomme-gutte. 
Acide lutéogallique. 
Acide purrlîéique ou 

cuxantique. 

Le curcuma (V. ce mot) ou safran des Indes est une 
plante dont les tiges souterraines contiennent une matière 
colorante jaune à laquelle on a donné le nom de curcu- 
mille, et que l'on est parvenu à obtenir cristallisée ; sa 
formule est C^^II^^O^. Cette matière a tous les caractères 
d'une résine ; elle est peu soluble dans l'eau bouillante, 
qu'elle colore cependant en jaune ; elle est très soluble 
dans l'alcool, l'éther, les huiles fixes et volatiles, la glycé- 
rine, l'acide acétique. Les acides concentrés la dissolvent 
en la faisant virer au rouge cramoisi ; les alcalis la colo- 
rent en rouge brun, ainsi que les sels de plomb, d'urane, 
l'acide borique et le borax. Pour obtenir les bains de tein- 
ture avec le curcuma, on fait infuser la matière dans de 
Peau rendue alcaline. On en fait usage pour teindre le 



— 61 ~ JAUNE 

papier, le bois, le cuir, les pommades, certains vernis, 
comme couleur de fond pour les dorures. Le principe colo- 
rant du curcuma est peu solide ; il se fixe mieux sur la 
laine et la soie que sur le lin et le coton. Les principales 
réactions du curcuma, obtenues avec les solutions alcoo- 
liques, sont les suivantes ; les alcalis, l'eau de chaux et 
les sels calcaires, l'acide borique et les borates le font 
virer au rouge brun ; le sous-acétate de plomb produit un 
précipité châtain ; l'azotate de plomb, un précipité jaune 
clair ; l'azotate d'argent et l'azotate de mercure, un préci- 
pité jaune rougeâtre; le chlorure d'étain, un précipité 
rouge brun ; la gélatine, un précipité jaune ; le chlorure 
et le sulfate de fer rendent la liqueur brune; le sel marin 
et le sel ammoniaque brunissent la liqueur et produisent 
un précipité jaune. 

Le quercitron (V. ce mot) ou chêne jaune (Quercus 
tinctoria) possède une ecorce riche en tanin, qui contient, 
en outre, un principe colorant rouge, un principe brun et 
une matière colorante jaune soluble dans l'eau, le querci- 
trin ou acide quercitrique, cristallisable en aiguilles inco- 
lores, qui, sous l'action de Pair ou des agents oxydants, 
prennent une belle couleur jaune ; sous l'action de l'acide 
sulfurique étendu, le quercitrin {C^*^W^O^^) fixe deux 
équivalents d'eau et se dédouble en glucose et en une nou- 
velle matière colorante, le quercitréiii, qui se présente sous 
Paspect d'une poudre jaune citron, avec un léger reflet 
vert. La décoction de quercitron est rouge orangé brun ; 
elle se trouble rapidement et laisse déposer une matière 
jaune cristallisée ; à la longue, elle se colore en rouge brun 
et se prend en caillots. Ses principales réactions sont : les 
alcalis solubles foncent la couleur; la chaux fonce la cou- 
leur et produit un précipité floconneux, jaune roux ; l'alun 
éclaircit la couleur et ne forme qu'un léger précipité ; le 
chlorure d'étain donne un précipité roux ; le bichlorure 
d'étain, un précipité jaunâtre; Pacétate de plomb produit 
des flocons épais, jaune roux ; la gélatine, un précipité 
floconneux rougeâtre ; les sels de fer colorent la liqueur 
en vert et précipitent ensuite des flocons d'un brun olive; 
les acides éclaircissent la liqueur et font naître des flocons 
roux. Le quercitron est employé pour la teinture en 
jaune du coton mordancé à l'alun ou au sel d'étain, ra- 
rement pour la soie. La nuance n'est malheureusement pas 
solide et passe assez rapidement au roux. Ce sont les fa- 
briques d'indiennes qui font le plus grand usage du quer- 
citron. 

Le bois jaune, miirier des teinturiers, bois du Brésil, 
est fourni par le 3Iorus tinctoria, arbre qui croît au 
Brésil, au Mexique et dans les Antilies. Il renferme deux 
principes colorants capables de teindre en jaune les étoffes 
et que M. Chevreul a nommé morin jaune et morin 
blanc ; Wagner les considère comme des acides et les dé- 
signe sous le nom d'acide morintannique (morin jaune) 
et d'acide morique (morin blanc) ; ils sont isomères. La 
décoction de bois jaune est légèrement amère et astrin- 
gente ; elle n'a pas d'odeur et se comporte de la manière 
«vivante avec les réactifs : les alcalis solubles font virer la 
couleur au jaune orangé brun verdâtre ; la chaux agit de 
même ; les acides sulfurique, azotique et oxalique produi- 
sent un léger précipité ; Pacide acétique affaiblit la teinte 
et éclaircit la liqueur ; le sulfate ferrique colore la liqueur 
en brun olivâtre et y détermine un précipité noir olive ; 
l'alun produit un précipité jaune serin ; le sulfate de fer, 
un précipité vert foncé; le chlorure d'étain, un précipité 
jaune ; le perchlorure d'étain, un précipité jaune doré ; 
Pacétate de plomb, un précipité jaune orangé ; Pacétate 
de cuivre, un précipité jaune brun ; la gélatine, un préci- 
pité floconneux, jaune orangé. Le bois jaune agit en tein- 
ture par ses deux principes colorants qui donnent les 
mêmes nuances avec les mordants d'alumine et de fer ; on 
Pemploie principalement pour teindre la laine en jaune ou 
en vert avec le sulfate d'indigo, le bleu de cuve. Les cou- 
leurs jaunes sont très belles ; mais elles passent peu à peu 
au roux sous l'influence de Pair et de la chaleur 



JAUNE - e^2 

Le fustet ou fustel est un arbrisseau nommé par les 
botanistes Rhus cotinus^ de la famille du sumac. Il croît 
dans les Antilles et dans l'Europe méridionale; son bois, 
utilisé pour la teinture, renferme une matière colorante 
jaune, une matière rouge et une matière brune. M. Clievreul 
a donné le nom de fustine au principe jaune, qui est so- 
luble dans Teau, dans l'alcool et dans l'éther. La solution 
de bois de fustet présente les réactions suivantes : la les- 
sive de potasse, d'eau de chaux et de baryte, l'ammoniaque 
la font passer au rouge ; la chaux et la baryte y produisent 
en même temps un précipité ; le sel d'étain donne un pré- 
cipité floconneux orangé rougeâtre ; l'alun affaiblit la cou- 
leur et la précipite légèrement ; l'acétate de plomb produit 
des flocons orangés ; le chlorure de baryum donne des flo- 
cons roux verdâtres, peu solubles dans l'acide azotique. 
Le fustet sert en teinture pour les laines ; il donne des 
teintes peu solides. Les peaussiers et les fabricants d'in- 
diennes en font grand usage. 

La gaude (Reseda luteola) fournit une belle couleur 
jaune, déjà utilisée dans l'antiquité comme nous l'appren- 
nent les auteurs anciens et particulièrement Virgile. On la 
cultive dans le midi de la France et en Normandie ; dans 
la Thuringe, la Saxe, le Wurttemberg et l'Angleterre. Le 
principe actif de la gaude a été nommé lutéoli7ie par 
M. Chevreul qui l'a obtenu cristallisé en aiguilles trans- 
parentes, jaunâtres ; pur, il est complètement incolore, et 
sa coloration est due à une oxydation produite par l'oxygène 
de l'air ou des corps oxydants. La décoction de gaude est 
jaune intense et laisse déposer des flocons bruns olivâtres 
qui sont un mélange de lutéoline impure et d'oxyde de fer. 
La décoction filtrée donne les réactions suivantes : alcalis 
solubles: font virer la couleur au jaune d'or verdâtre; 
eau de chaux : fonce la couleur ; eau de baryte : précipité 
floconneux, jaune ; alun : léger précipité jaune ; chlorure 
d'étain et acétate de plomb : précipité jaune abondant ; 
sulfate ferrique: coloration brun olivâtre, formation d'un 
précipité brun; acétate de cuivre: précipité jaune roux. 
La gaude donne de belles teintes jaunes très solides ; 
elle sert à préparer une laque jaune employée en peinture. 
Sous le nom de graines jaunes, on comprend les baies 
d'un certain nombre d'arbrisseaux de la famille des Rham- 
nées, tels que le Rhamnus infectorius^ le Rhanmus 
amygdalinus, le Rhamnus alcoides, le Rhamnus saxa- 
tilis, nommés aussi plus communément nerprun des tein- 
turiers. Ces végétaux croissent dans le midi de la France, 
en Espagne, en Perse, en Turquie. Dans le commerce, on 
distingue les graines jaunes par le nom de leurs pays d'ori- 
gine ; ainsi on trouve les graines d'Avignon^ produites 
par le Rhamnus infectorius; les graines d'Espagne, pro- 
duites par le Rhamnus saxatilis; les graines de Morée, 
les graines de Turquie, les graines de Perse. Les graines 
jaunes renferment deux matières colorantes jaune citron, 
que M. Leforta nommé rhamnigine et rhamnine; ces 
principes sont isomères et ont pour formule Ci2H^''0^.2H0. 
La rhamnigine est soluble dans l'eau, ce qui la distingue 
de la rhamnine, qui est fort peu soluble. Les caractères 
des décoctions des graines jaunes sont les suivants : alcalis: 
virent à l'orangé ; acides : les troublent un peu ; eau de 
chaux : vire au jaune verdâtre ; alun : affaiblit la couleur, 
sans précipiter; chlorure d'étain: afi'aiblit la couleur, léger 
précipité. La couleur obtenue avec ces matières est d'un beau 
jaune, mais peu solide. On l'emploie dans les fabriques 
d'indiennes et pour colorer les liqueurs. 

Rocou, Sous le nom de rocou, on désigne une matière 
tinctoriale produite par la pulpe qui entoure la graine du 
rocouyer {Bixa orelana ) , arbrisseau qui croît dans 
l'Amérique méridionale, au Mexique, au Brésil, aux An- 
tilles. Le rocou renferme deux principes colorants : un 
principe jaune, l'or^//m^, soluble dans l'alcool et dans l'eau, 
peu soluble dans l'éther ; un principe rouge, la bixine, 
soluble dans l'alcool et dans l'éther, en rouge orangé. La 
dissolution alcaline de rocou présente les réactions sui- 
vantes : les acides produisent un précipité orange, soluble 



dans un excès d'alcali, en jaune pâle ; l'alun donne un 
précipité orange ; le sulfate de cuivre, un précipité jaune 
brun ; le chlorure d'étain, un précipité jaune citron. Le 
rocou est peu e:;iployé dans la teinture, car sa couleur 
s'altère à l'air ; il sert surtout pour colorer les vernis et les 
matières grasses. 

^ Safran. Dans le commerce et dans l'industrie on dé- 
signe sous le nom de safran les stigmates de la fleur du 
Crocus sativus. Le safran est cultivé principalement en 
France, dans le Gâtinais, et en Espagne, dans l'Aragon ; le 
premier est le plus apprécié. 

Le safran renferme une matière colorante jaune, la sa- 
franine ou crocine, qui passe au bleu et au lilas sous l'ac- 
tion de l'acide sulfuriqueet au vert sous l'action de l'acide 
azotique. Le safran n'est plus guère employé que pour la 
coloration des bonbons et des liqueurs. 

Racine d'épine-vi7iette. La racine de l'épine-vinette 
{Rerberis vulgaris) renferme dans son écorce une ma- 
tière colorante jaune, la berbërine, donnant les réactions 
suivantes : les alcalis la font virer au rouge ; les acides 
affaiblissent la couleur ; l'alun, les sels d'étam, le tartrate 
et l'acétate de potasse, lui donnent une couleur jaune citron 
sans former de précipité sensible; le sulfate de cuivre lui 
donne une nuance vert pré. La décoction de racine d'épine- 
vinette est utihsée pour teindre les cuirs et quelques étoffes. 

Jaune de rhubarbe (V. Chrysophanique [Acide]). 

Jaunes artificiels. — • Les matières colorantes artifi- 
cielles jaunes sont excessivement nombreuses. Voici, d'après 
les tableaux de G. Schultz et P. Julius, les principales et 
leurs réactions. 

Acide picrique. Préparation : action de l'acide azotique 
sur le phénol; aspect de la matière : cristaux jaune pâle, so- 
lubles dans l'eau, à froid, plus facilement à chaud; solubles 
dans l'alcool, la benzine, etc. ; fondant à 122%5; saveur 
trèsamère. Chauffés avec du cyanure de potassium, ils se co- 
lorent en brun. L'acide picrique colore la laine ou la soie, 
en bain acide, en jaune. 

Jaune Victoria. Mélange des sels alcalins (sels de po- 
tasse ou ammoniacaux) du dinitro-o-crésol et du dinitro- 
p-crésol. Préparation : action de l'acide azotique sur un 
mélange d'acide o et p-crésolsulfonique ou sur le diazoto- 
luol. Aspect de la matière : poudre jaune rouge. Le sel de 
potasse décrépite ; le sel ammoniacal brûle sans décrépiter. 
Soluble dans l'eau en jaune orangé; par addition d'acide 
chlorhydrique à la solution aqueuse, la solution donne un 
précipité blanc de dinitro-crésol. Par addition de soude, 
aucun changement de couleur; les sels ammoniacaux lais- 
sent dégager de l'ammoniaque. Dans l'acide sulfurique 
concentré, solution jaune faible. La matière sert à colorer 
les liqueurs, etc.; elle colore la soie et la laine en orangé. 
^ Jaune de Martius, jaune d'or, jaune de naphtol. 
Sel ammoniacal, sel sodique ou sel de "chaux du dinitro-a- 
naphtol. Préparation : action de l'acide nitrique sur l'a- 
naphtilamine, sur les sels de l'a-diazonaphtaline ou sur 
l'acide a-naphtolsulfonique, ou sur l'acide nitroso-a- 
naphtolsulfonique ou a-naphtoldisulfonique. Aspt^. "^ la 
matière : sel de soude ou sel ammoniacal, petits cristaux 
jaune orangé; sel de chaux, cristaux rouge jaune; les pre- 
miers sont solubles dans l'eau; le sel ammoniacal est 
soluble dans l'eau et dans l'alcool. Le sel de soude dé- 
crépite ; le sel ammoniacal brûle. L'acide chlorhydrique 
produit dans la solution aqueuse un précipité de dinitro-a- 
naphtol qui fond àl38«. Le jaune de Martius teint la laine 
en jaune, en bain acide. 

Jaune de naphtol S; jaune acide S; citronine A. 
Sel de soude ou de potasse de l'acide dinitro-a-naphto- 
sulfonique. Préparation : action de l'acide nitrique sur 
l'acide a-naphtoltrisulfonique. Aspect de la matière : poudre 
jaune orangé, facilement soluble dans l'eau. La lessive de 
potasse dans les solutions même étendues donne un préci- 
pité floconneux. Cette matière colorante teint la laine et 
la soie, en jaune, en bain acide. 
Jaune brillant. Sel de soude de Facide dinitro-a-naph- 



tolmonosulfonique. Préparation : action de Facide azotique 
sur l'acide a~naphtoldisulfonique ou sur l'acide nitroso- 
a-naphtoidisulfonique. Aspect de la matière : poudre jaune 
soluble en jaune brun dans l'eau. Par addition d'acide 
chlorhydrique à la solution aqueuse, la coloration devient 
jaune clair: par addition de soude, on obtient un précipité 
jaune orangé, soluble à chaud. Dans l'acide sulfurique con- 
eentré, solution jaune faible. Le jaune brillant colore la 
laine et la soie en jaune, en bain acide. 

Tartrazine. Sel de soude de l'acide diphényl-p-sulfo- 
nique-osazonedioxytartrique. Préparation : action de l'acide 
phénylhydrazinemonosultbnique sur l'acide dioxytar trique. 
Aspect de la matière : belle poudre jaune orangé, soluble 
dans Peau. Par addition d'acide chlorhydrique à la solu- 
tion aqueuse, aucun changement ; par addition de soude, 
coloration rouge. Solution jaune dans l'acide sulfurique 
concentré. Teint la laine en jaune, en bain acide. 

Jaune d'aniline. Chlorhydrate d'amidoazobenzol. Pré- 
paration : diazoamidobenzol chauffé avec du chlorhydrate 
d'aniline dans une solution d'aniline. Aspect de la matière : 
cristaux bleu métallique, solubles dans l'eau en jaune, so- 
lution brune dans l'acide sulfurique, devenant rouge lors- 
qu'on retend dans l'eau. Le jaune d'aniline ne se trouve 
plus dans le commerce comme matière colorante ; il sert 
pour la préparation du jaune acide et de l'induline. 

Jaune acide, jaune solide. Mélange du sel de soude de 
Pacide amidoazobenzoidisulfonique avec un peu de sel de 
soude de l'acide amidoazobenzoimonosulfonique. Prépara- 
ration : action de l'acide sulfurique fumant sur le chlorhy- 
drate d'amidoazobenzol. Aspect de la matière : poudre 
jaune, soluble dans l'eau. Coloration orangée par addition 
d'acide chlorhydrique à la solution aqueuse. Solution jaune 
brun dans l'acide sulfurique concentré. La solution sulfu- 
rique étendue d'eau devient jaune orangé. Le jaune acide 
teint la laine et la soie en jaune, en bain acide; il sert pour 
la préparation des matières colorantes diazoïques. 

Jaune fin, jaune W. Sel de soude de l'acide amido- 
azotoluoldisulfonique. Préparation: action de l'acide sulfu- 
rique fumant sur Famidoazotoluol. Aspect de la matière : 
poudre jaune brun, soluble dans l'eau en jaune. Par addi- 
tion d'acide chlorhydrique à la solution aqueuse, coloration 
rouge fuchsine. Solution dans l'acide sulfurique concentré, 
brun jaune ; diluée avec de l'eau, rouge fuchsine. Teint la 
laine en jaune rougeâtre, en bain acide. 

Soudan G» M-dioxyazobenzol, aniline-azo-^-résorcine ; 
combinaison diazoïque d'anihne combinée avec la résor- 
cine. Aspect de la matière : poudre brune, en partie soluble 
dans l'eau chaude, en jaune. Par addition d'acide chlorhy- 
drique à la solution aqueuse, précipité brun clair. L'addi- 
tion de soude donne une hqueur brun clair. Solution jaune 
brun dans l'acide sulfurique concentré; par addition d'eau, 
la liqueur précipite en brun clair. La matière colorante est 
soluble en jaune dans l'alcool ; elle sert pour colorer les 
liqueurs, les matières grasses, etc. 

Jaune d'alizarine G. G. Acide m-nitraniline-azosalicy- 
lique; combinaison diazoïque de m-nitraniline avec l'acide 
salicylique. Aspect de la matière : pâte jaune, insoluble 
dans l'eau ; soluble en jaune dans l'alcool. Par addition de 
soude à la pâte, coloration jaune orangé. Solution orangée 
dans l'acide sulfurique concentrée, donnant un précipité 
jaune clair par addition d'eau. Cette matière colorante teint 
la laine mordancée au chrome, en jaune. 

Jaune de résorcine, tropéolvne 0, tropëoline i?, 
chrysoïne. Sel de soude de l'acide sulfanilique-azorésorcine, 
qui s'obtient par la combinaison de l'acide sulfanilique 
avec la résorcine. Aspect de la matière : poudre brune, 
soluble dans Peau en jaune rougeâtre. La solution aqueuse 
ne subit aucun changement par addition d'acide chlorhy- 
drique ; la soude la fait passer au brun rougeâtre. Solu- 
tion jaune dans l'acide sulfurique concentré, qui passe au 
jaune rougeâtre par addition d'eau. Le jaune de résorcine 
teint la laine en jaune rougeâtre, en bain acide. 

Jaune brillant S. Sel de soude de l'acide sulfanilique- 



-- 63 - JAUNE 

azodiphénylaminsulfoné, obtenu en sulfurant l'orangé IV. 
Aspect de la matière : poudre jaune orangé, soluble dans 



1 eau en jaune. La solution aqueuse passe au rouge violet 
par addition d'acide chlorhydrique et par addition d'un excès 
de soude. Le jaune brillant se dissout en rouge bleu dans 
l'acide sulfurique concentré ; cette solution devient rouge 
fuchsine par addition d'eau. Cette matière colorante teint 
la soie et la laine en jaune en bam acide. 

Azoflavine, jaune indien. Mélange d'orangé ae di- 
phénylamine nitré et de nitrodiphénylamine préparé par 
l'action de l'acide azotique sur l'orangé de diphénylamine. 
Aspect de la matière : poudre jaune ocre, peu soluble dans 
l'eau, à froid, plus soluble à chaud ; la solution est jaune 
citron; celle-ci, additionnée d'acide chlorhydrique, prend 
une teinte plus intense ; elle passe au brun jaune par ad- 
dition de soude. Le jaune indien est soluble en rouge 
fuchsine dans l'acide sulfurique concentré ; cette solution 
étendue d'eau devient rouge jaune et laisse déposer un 
précipité brun jaune. Le jaune indien teint la laine, en 
bain acide, en jaune. 

Jaune brillant, Tétrazostilbènedisulfophénate de so- 
dium, produit par la combinaison d'une molécule de dia- 
midostilbène avec deux molécules de phénol. Aspect de la 
matière : poudre brun clair, soluble en jaune rouge dans 
Peau. La solution aqueuse laisse déposer un précipité vio- 
let par addition d'acide chlorhydrique; l'acide acétique 
étendu lui donne une teinte plus claire ; on obtient une 
coloration rouge jaune, par addition de soude. La solution 
dans Pacide sulfurique concentré est violet rouge ; étendue 
d'eau, elle laisse déposer un précipité violet. Le jaune 
brillant teint le coton en jaune, au bain de savon. 

Jaune de Hesse, Tétrazostilbènedisulfosalicylate de 
sodium obtenu en combinant une molécule de tétrazo- 
distilbène avec deux molécules d'acide salicylique. Aspect 
de la matière : poudre jaune d'ocre, soluble en brun dans 
l'eau. La solution aqueuse donne un précipité noir, par ad- 
dition d'acide chlorhydrique, et devient rouge cerise par 
addition de soude. La solution dans Pacide sulfurique con- 
centré est violet rouge; Peau y produit un précipité noir. 
Le jaune de Hesse teint la laine en jaune, au bain de 
savon. 

Jaune Congo. Tétrazodiphényl-phénol-sulfanilate de 
sodium résultant de la combinaison d'une molécule de tétra- 
zodiphényle avec une molécule de phénol et une molécule 
de sulfanilate de soude. Aspect de la matière : pâte jaune 
brun, soluble dans l'eau en jaune. L'addition d'acide chlo 
rhydrique à la solution aqueuse produit un précipité brun; 
l'acide acétique étendu donne un précipité brun, la seconde 
une coloration brun jaune. La solution dans l'acide sul- 
furique est brun rouge, et précipite en brun par addition 
d'eau. Le jaune teint le coton en jaune, au bain de savon. 

Chrysamine G, (V. Flavophénine, t. XVII, p. 582). 

Jaune^ de carbazoL Sel de soude du diamidocarbazol- 
diazo-salicylique-salicyle, obtenu en combinant une molé- 
cule de diamidocarbazol avec une molécule d'acide salicy- 
lique. Aspect de la matière : poudre brun soluble en brun 
jaune dans l'eau. La solution aqueuse précipite en brun 
par addition d'acide chlorhydrique et prend une teinte jaune 
orangé par addition de soude. Soluble en violet dans 
l'acide sulfurique concentré ; cette solution précipite en 
brun par adddition d'eau. Le jaune de carbazol teint le 
coton non mordancé en jaune, en bain alcalin bouillant. 

Jaune d'alizarine A, Tryoxybenzophénone, condensa- 
tion de l'acide benzoïque ou du benzotrichloride avec le 
pyrogallol. Aspect de la matière : pâte jaune gris, soluble 
dans l'eau bouillante. La solution aqueuse ne subit aucun 
changement par addition d'acide chlorhvdrique ; elle de- 
vient rouge sombre et se transforme rapidement en un 
produit d'oxydation vert, par addition de soude. La solu- 
tion dans l'acide sulfurique est verte et donne un précipité 
blanc par addition d'eau. Le jaune d'alizarine A teint le 
coton mordancé à l'alumine en jaune d'or. 

Jaune d'alizarine C. Gallacétophénone, produit par 



JAUNE 



— 64 — 



l'action de l'acide acétique cristallisable et du chlorure de 
zinc sur le pyrogallol. Aspect de la matière : petits feuillets 
jaunâtres ou blancs, ou pâte jaunâtre, peu soluble dans 
l'eau froide, facilement dans l'eau chaude ; facilement so- 
luble dans l'alcool ; soluble dans la lessive de soude en 
brunâtre, dans l'acide sulfurique en jaune clair. Le jaune C 
teint la laine mordancée au chrome et le coton mordancé 
à l'alumine en jaune. Ch. Girard. 

Jaune de cobalt (V. Cobalt). 

Jaune mars (V. Brun, t. VIIÏ, p. 233). 

II. Pathologie. — Fièvre jaune. — La fièvre jaune, 
encore appelée typhus ictérode ou typhus amaril ou ty- 
phus d Amérique ^\q> vomito negro des Espagnols, est une 
maladie infectieuse endémo-épidémique, qui a pour foyer 
principal le golfe du Mexique. On en trouve les premières 
traces au xv® siècle. Christophe Colomb, en débarquant à 
Saint-Domingue, en 1493, y perdit de cette maladie la plus 
grande partie de son équipage. D'abord cantonnée sur le 
littoral du golfe et aux grandes Antilles, elle s'est répandue 
sur la côte orientale, puis sur la côte occidentale de l'Amé- 
rique, et a créé des foyers secondantes sur la côte occiden- 
tale d'Afrique (Sierra Leone, Sénégal). Au début du 
xviii® siècle, elle atteignit New York ; depuis, elle a été 
amenée à plusieurs reprises dans les ports européens (Lis- 
bonne, Cadix, Carthagène, etc. ; Saint-Nazaire, Brest, 
Southampton, Falmouth, Svs^ansea). Par les voies commer- 
ciales rapides, elle a gagné même les parties élevées du 
continent américain. Mais elle est restée toujours circons- 
crite entre 44<> lat. N. en Amérique, 51^ lat. N. en Eu- 
rope, 35^ lat. S. en Amérique, 9° lat. S. en Afrique. Elle 
n'a jamais été vue ni dans les Indes orientales, ni en Chine. 
Elle règne principalement dans la région intertropicale et 
présente la plus grande mortalité de mai à août. 

En moyenne, l'incubation est de trois à six jours, mais 
dans les cas extrêmes elle peut être de vingt-quatre heures 
à plusieurs mois ; en cela elle se rapproche de la malaria. 
On la considère, du reste, souvent comme une forme de 
fièvre pernicieuse intermittente ou récurrente, ce que ten- 
drait à prouver l'immunité des individus atteints une pre- 
mière fois. Son origine miasmatique ne parait pas douteuse ; 
on l'observe souvent en même temps que les fièvres pa- 
lustres. Elle fait toujours plus de victimes dans les parties 
basses, les plus malsaines, des villes, en particulier des 
ports de mer. Les grands vents et les pluies froides l'ar- 
rêtent. Plusieurs auteurs ont cru avoir découvert un mi- 
crobe spécifique de la fièvre jaune. De Lacerda [C. Pi. 
Acad. des se, Paris, 4887) décrit une bactérie ovoïde 
formant des chaînettes ou torulas ramifiées (Fungus febris 
flavœ), dont la germination coïnciderait avec les épidémies 
de fièvre jaune. Des expériences ont été faites au Mexique 
par Carmona y Valle, puis par Doraingos Freire au Brésil ; 
tous deux ont fait des cultures avec un coccus trouvé dans 
le sang et se sont servis du virus atténué par des cultures 
successives pour faire des inoculations préventives. Après 
ces inoculations, supportées même par les petits enfants, 
on observe, d'après Freire, delà fièvre, de la douleur orbi- 
taire, des vomissements et un ictère léger ; tout est fini 
au bout de deux à trois jours et alors l'immunité est à peu 
près complète ; Domingos Freire a observé dans l'épidémie 
de Rio de Janeiro de 1885-86 une mortalité de 1 «/o chez 
les personnes non vaccinées, de 1 p. 1000 chez les vacci- 
nées. D'après une statistique plus complète du même au- 
teur, embrassant la période de 1883 à 1890, la mortalité 
des vaccinés serait de 4 p. 1000. Freire admet la sécrétion 
par son coccus d'une ptomaïne très toxique, Alvarado la 
production de phosphate acide de soude toxique aux dépens 
de la Iccithine. Tous ces résultats sont encore fortement con- 
testés. La réceptivité pour la fièvre jaune est variable ; elle 
est transmissible au fœtus. Elle frappe de préférence les 
étrangers et semble épargner les nègres ; il y a peut-être là 
une question de régime, les nègres étant plus végétariens que 
les blancs ; il paraîtrait que les nègres qui suivent le même 
régime que les blancs seraient atteints comme eux (Maurel). 



Autopsie, A l'autopsie, on constate la teinte ictérique 
du tégument, un état congestif de presque tous les viscères 
qui peut aller jusqu'à l'extravasation sanguine, en parti- 
culier dans les poumons et l'estomac, enfin une dégéné- 
rescence graisseuse du cœur et de l'aorte, et des capillaires 
de presque tous les organes, ainsi que du foie ; la dégéné- 
rescence graisseuse du foie et des autres viscères rappelle 
celle qu'on observe dans l'intoxication par le phosphore et 
l'arsenic et dans d'autres maladies infectieuses. Le rein, 
brunâtre, est le siège d'une desquamation épithéliale ; l'urine 
renferme de l'albumine. La rate est rarement tuméfiée, ce 
qui distingue nettement la fièvre jaune de la malaria. 

Symptômes. La fièvre jaune présente deux périodes 
principales, une période fébrile très accusée et une période 
de dépression physique et psychique qui se termine quel- 
quefois par une nouvelle phase fébrile à type typhoïdique. 
La première période, caractérisée par une température très 
élevée et l'accélération du pouls, dure de trente-six à cent 
cinquante heures ; la deuxième période, qui peut être beau- 
coup plus longue, est caractérisée par la lenteur et l'inter- 
mittence du pouls, l'ictère, l'anurie, l'albuminurie, la 
diminution de la plasticité du sang, les congestions capil- 
laires, les hémorragies passives des muqueuses et les vo- 
missements noirs, parfois par des convulsions, du délire 
et du coma. Examinons de plus près quelques-uns de ces 
symptômes. 

La fièvre jaune s'annonce généralement par de la cépha- 
lalgie et de la rachialgie {coup de barre), de l'inappétence, 
des nausées et des vomissements ; puis viennent des fris- 
sons suivis d'une chaleur fébrile qui fait monter le ther- 
momètre à 39^o-42'> C. et au delà; la température des 
organes internes peut atteindre 44° C. Du troisième au 
cinquième jour, la température s'abaisse pour se relever 
peu après dans les cas mortels. Le pouls présente quelque- 
fois une allure anormale qui contraste avec l'état fébrile 
et qui est due probablement à l'action sur le cœur d'une 
toxine spéciale ; ce caractère, quand il existe, distingue bien 
la fièvre jaune de la malaria. Le rein est pris de bonne 
heure; il se congestionne, devient le siège d'une desqua- 
mation épithéliale et laisse passer l'albumine dans l'urine 
dès les premiers jours (du deuxième au cinquième) ; cette 
albuminurie persiste souvent longtemps, même après la 
guérison. A la période aiguè, la perte d'albumine peut être 
de 30 gr. par jour, ce qui correspond presque aux albu- 
minoides d'une livre de sang. L'albuminurie a pour cause 
principale l'altération chimique du sang par le principe 
toxique qu'il renferme. Il se coagule difficilement ; les ma- 
tières extractiyes s'y accumulent: urée, carbonate d'ammo- 
niaque, etc., ainsi que les produits delà sécrétion biliaire; 
les globules deviennent inaptes à fixer l'oxygène. L'excré- 
tion d'urée par l'urine peut atteindre 64 gr. par jour ; 
une autre portion s'excrète par les muqueuses gastrique et 
intestinale qu'elle irrite. Les vomissements noirs de cette 
période sont dus précisément à cette irritation de la mu- 
queuse gastrique. L'urémie est considérablement augmentée 
par l'anurie qui survient à un moment donné et qui est la 
conséquence de la surcharge graisseuse du rein. Dans ce 
cas, la mort est certaine, et il n'est pas étonnant qu'elle 
soit alors précédée de convulsions, de délire et de coma. 
Signalons encore les infections secondaires qui peuvent 
compliquer cette maladie, telles que : abcès, parotidite, 
paraplégie, néphrite, gangrènes locales, etc. 

Marche. La fièvre jaune est de durée très variable ; dans 
les cas légers , tout est fini après la période fébrile du 
début. Dans les cas graves, la mort peut survenir au bout 
de deux à trois jours ; lorsque la température axillaire 
atteint 43^,5, le pronostic est mortel. La mort peut encore 
survenir par hémorragie, par urémie, par afî"aiblissement 
générai, par abcès métastatique, etc. En général, il est rare 
que la deuxième période se termine par la guérison. Quoi 
qu'il en soit, la convalescence peut être rapide, comme 
elle peut être très prolongée. Un écart de régime peut 
déterminer une rechute. 



65 — 



JAUNE - JAURÉGUIBERRY 



Traitement et prophylaxie. Il n'existe pas de traite- 
ment spécifique de la fièvre jaune. On se borne à donner 
un purgatif léger et un vomitif au début : on combat la 
fièvre par l'aconit, la varaire, le gelsemium, les injections 
glacées dans le rectum, Falcool, etc.; la quinine n'a ^uère 
d'action que comme tonique du cœur ; contre les vomisse- 
ments, on donne des pilules de glace et on met une vessie 
de glace sur l'épigastre; enfin, on active par tous les 
moyens appropriés les fonctions de la peau et des reins. 
Comme mesures hygiéniques, on favorise la ventilation, on 
désinfecte les selles et on change et désinfecte souvent la 
literie. Il y a toujours lieu de tonifier et de nourrir le ma- 
lade ; mais le régime doit être léger en même temps que 
fortifiant ; de même dans la convalescence. Quant à la pro- 
phylaxie, on met en quarantaine les navires suspects et on 
les désinfecte ainsi que la cargaison. D'^ L. Hn. 

III. Géographie. — Fleuve Jaune (V. Hoâng-ho). 

Mer Jaune (V. Asie, t. IV, p. 94). 

BiBL. : Pathologik. — Carmona y Valle, Leçons sur 
Véiiologie et la prophylaxie de la fièvre jaune ; Mexico, 
1885, in-8. — Domingos FRp:iRr':, Statistique des vaccina- 
tions^ etc.; Berlin, 1891, in-8. — J.-B. de Lacerda, 
Microbio pathogenico da febre amarella; Rio de Janeiro, 
18'J3, in-8. 

J AU N EAU (Bot.). Nom vulgaire du RammciUus acris L. 
(V. Renoncule) et du Ficaria ranunciiloides L. (V. Fi- 
caire). 

JAUNISSE. I. Pathologie (V. Ictère). 

IL Viticulture (V. Chlorose). 

JAUR (Le). Uivière du dép. de VHérault (V. ce mot, 
t. .XIX, p. 1141). 

JAURE. Corn, du dép. de la Dordogne, arr, de Péri- 
gueux, cant. de Saint-Astier; 353 hab. 

JÂUREGUI (Juan), fanatique espagnol, né à Bilbao 
vers io57 ou 1562, mort à Anvers le 18 mars 1582. Il 
était employé chez un banquier espagnol d'Anvers, Anastro, 
quand il conçut le projet de tuer Guillaume d'Orange, sur- 
nommé le Taciturne, « ayant esté presché et persuadé par 
quelques-uns, ou plustost charmé et ensorcelle », dit Bran- 
tôme. Suivant Pierre de L'Estoile, un jésuite lui aurait 
affirmé qu'il occuperait au ciel, où l'emporteraient les 
anges, un siège auprès de Jésus-Christ, au-dessous du trône 
où siégeait la Vierge Marie, s'il délivrait l'Eglise d'un prince 
hérétique et vengeait Philippe II. Jduregui se présenta 
devant Guillaume d'Orange pendant un festin, le suivit 
hors de la salle et lui tira un coup de pistolet dans l'an- 
tichambre, comme il contemplait une tapisserie avec divers 
seigneurs français et flamands. Deux balles traversèrent 
les joues du prince de part en part, sans atteindre la 
langue, mais l'arme, trop fortement chargée, fit explosion, 
enlevant au meurtrier le pouce de la main droite. Malgré 
cette blessure, il saisit un poignard dont il était muni, et 
se précipitait vers sa victime quand les gentilshommes 
présents le massacrèrent sur la place avec leurs dagues et 
leurs épées. Le sire de Bonnivet le frappa le premier. 
Jâuregui, paraît-il, comptait qu'un miracle le rendrait invi- 
sible, « ce qui fust cause qu'il entreprist ce coup ». Un 
serviteur d' Anastro, Antonio Venero, et un dominicain, 
Antonin Timmermann, accusés d'être ses complices, périrent 
sur l'échafaud . Timmermann fut plus tard mis au nombre 
des martyrs de son ordre. Le peuple soupçonna d'abord le 
duc d'Anjou d'avoir poussé l'assassin ; il courut aux armes 
en tumulte et faillit massacrer les Français. On sut ensuite 
que Jâuregui était Espagnol et l'émeute se calma. Deux 
ans après cette tentative, un émule du Basque illuminé, 
Balthazar Gérard, tuait le prince d'Orange à Dclft, le 
10 juil. Lucien Dollfus. 

JÂUREGUI Y Aguilâr (Juan de), poète et peintre espa- 
gnol, né à Séville aux. environs de 1570, mort à Madrid 
en 1640 ou 1641. Sa famille était originaire de Biscaye, 
Dans sa jeunesse, Jâuregui partit pour l'Italie et étudia 
le dessin et la peinture à Rome, d'après l'antique et les 
maîtres italiens. Suivant Pacheco, il excellait surtout dans 
le portrait. Jâuregui fit les illustrations du livre du jésuite 
grande encyclopédie. — XXI. 



Luis Alcâzar : Investigatio arcani sensus in Apocalypsï 
(Anvers, 1619, in-fol.). « Elles représentent les princi- 
pales visions qu'eut l'Evangéhste saint Jean, pleines de 
figures d'hommes et d'animaux, grandement dessinées en 
la manière florentine. » (Cean Bérmudez.) C'est à Rome 
qu'il traduisit en vers castillans VAminta de Torquato 
Tasse (1607). Cette traduction, devenue classique, est 
un chef-d'œuvre par la fidélité de la version et la magis- 
trale élégance du style. Le poète ne cessait d'ailleurs de 
la corriger, souvent, du reste, sans l'améliorer. Il en donna 
une seconde édition, entièrement modifiée, accompagnée 
de poésies lyriques (Rimas; Séville, 1618). De retour en 
Espagne, et avant 1613, Jâuregui peignit un remarquable 
portrait de Cervantes avec lequel il était lié. L'auteur de 
Don Quichotte en parle élogieusement dans le prologue 
de ses Nouvelles. Cette toile n'est point parvenue jusqu'à 
nous. Jâuregui s'établit à ^Madrid, fut nommé chevalier de 
Calatrava et grand écuyer de la première femme de Phi- 
lippe IV, Isabelle de Bourbon. Quoique hostile au cultisme 
contre lequel il écrivit même une satire : Discurso poético 
contra el hablar culto y estilo oscui^o, il finit par en 
subir l'influence, notamment dans son poème d'Orfeo 
(1624), admirable parfois, et plus encore dans une imita- 
tion de la Pharsale de Lucain, en octaves sonores et gon- 
gori(|ues, publiée seulement en 1684. Parmi les œuvres 
originales de Jâuregui, on peut citer quelques bons sonnets, 
une ode sur la mort de la reine Marguerite et V Aventura 
amorosa. poème exquis, tout imprégné de renaissance 
italienne. VAminta a été réimprimée dans le Parnaso 
de Sedano et dans celui de Quintana. Cette dernière col- 
lection donne, outre de longs extraits de VOrfeo, la bataille 
navale de César devant Marseille librement traduite d'après 
Lucain. Lope de Vega fait l'éloge du peintre-poète en un 
sonnet dans lequel il loue le fondu parfait de ses ombres 
et le tableau de Judith qu'il égale à l'admirable traduction 
deVAminta. Lucien Dollfus. 

JAURÉGUIBERRY (Jean-Bernard), amiral français, né à 
Bayonne le 26 août 1815, mort à Paris le 21 oct. 1887. 
Admis à l'école navale en 1850, aspirant le 15 oct. 1832, 
enseigne le 10 févr. 1839, il prit part en cette qualité aux 
expéditions du Parana et de l'Uruguay, à la suite des- 
quelles il devint lieutenant de vaisseau (23 déc. 1845). Il 
servit ensuite en Crimée où il se distingua à l'attaque de 
Kinburn, puis en Cochinchine où lors de la conquête il 
dirigea d'importantes opérations (prise de Tourane, défense 
de Saigon, prise des forts de Ki-hoa), enfin en Chine où, 
après le bombardement des fortifications du Pei-ho, il prit 
le commandement des marins débarqués et entra à leur 
tête dans Pékin. Dans l'intervalle il était devenu capitaine 
de frégate (29 nov. 1856), puis capitaine de vaisseau 
(11 juil. 1860). Revenu en France avec ce dernier grade 
à l'issue de la campagne de Chine, il alla gouverner le 
Sénégal jusqu'en 1863. On l'employa alors dans les ports 
et à l'escadre d'évolutions où il se fit remarquer comme 
officier extrêmement vigoureux. Il y commandait la Re- 
vaiiche, quand le 24 mai 1869 il fut nommé contre- 
amiral. L'année suivante, au moment où la guerre éclata 
avec l'Allemagne, il était major-général de la flotte à 
Toulon. Nommé aussitôt à un commandement en sous-ordre 
dans l'escadre de l'amiral Fourichon,il participa à l'inutile 
campagne de cette escadre dans la mer du Nord ; puis, 
quand la marine fut appelée à concourir à la défense du 
territoire envahi, il reçut la mission d'organiser la défense 
des lignes de Carentan. Peu après il passait à l'armée de 
la Loire pour y commander, sous Chanzy, la 1^« divi- 
sion du 16« corps (3 nov. 1870). Le surlendemain de 
son arrivée, ce marin improvisé général assistait à la 
bataille de Coulmiers et pour ses débuts à la tête d'une 
troupe de terre décidait la victoire (6 nov.). Il se distin- 
gua de nouveau aux combats de Villepion et de Patay 
(l*^''-2 déc), ce qui lui valut simultanément le grade de 
vice-amiral (6 déc.) et le commandement en chef du 16^ 
corps, que Chanzy abandonnait pour prendre la direction 

5 



JÂUREGUIBERRY — JAURÈS 



— 66 



suprême de la 2 « armée de la Loire. Chanzy n'eut pas de 
meilleur lieutenant. Durant les pénibles opérations qui se 
terminèrent par le désastre du Mans, le corps de Jauré- 
guiberry fut toujours en première ligne les jours de 
Bataille, à l'arrière-garde les jours de retraite. Il était 
comme le noyau de cette malheureuse armée ; il y main- 
tenait seul un peu de cohésion. Après la bataille du Mans, 
et quoiqu'il y eût supporté le principal effort de l'ennemi 
(10-12 janv. 1871), ce fut encore lui qui protégea la 
marche rétrograde sur Laval (combats de Chassillé et de 
Saint-Jean-sur-Evre (14 et 15 janv.). Dans ces circons- 
tances extraordinaires, son chef s'était montré à la hauteur 
de toutes les tâches. 

La paix conclue, Jauréguiberry fut nommé préfet maritime 
à Toulon (29 mai 1871), poste qu'il occupa jusqu'au 13 sept. 
1873. Il exerça ensuite successivement les fonctions de vice- 
président du conseil d'amirauté (1875-76), do comman- 
dant en chef de l'escadre d'évolutions (1876-77) et de 
président du conseil des travaux (1877-79). Enfin le 
4 févr. 1879 il fut appelé à faire partie du cabinet Wad- 
dington en qualité de ministre de la marine. Elu bientôt 
après sénateur inamovible (27 mai), il se consacra tout 
entier à partir de ce moment à la vie politique. Son âge 
l'éloignait en effet du service actif, bien qu'il eût été 
maintenu dans la 1^^ section du cadre des officiers géné- 
raux comme ayant commandé en chef devant l'ennenn. Le 
23 sept. 1880 il résigna son portefeuille, mais il le reprit 
dans le deuxième cabinet Freycinet (30 janv. 1882), et le 
garda jusqu'au 21 févr. 1883. Ch. Grândjean. 

JAURE6UY Y Jaureguy (Gaspar), àhEl Paslor, gué- 
rillero espagnol, né à Villareal vers 1780, mort à Vittoria 
en déc. 1844. C'était un berger qui forma une guérilla 
contre les Français, leur infligea des pertes sérieuses en 
Biscaye, où il opérait do concert avec Acedo. Promu briga- 
dier par Ferdinand YII, il reprit les armes contre les Fran- 
çais en 1820. Chassé d'Espagne, il y rentra à la mort de 
Ferdinand Vil et fut promu major général. 

JAURÈS (Constant-LoLiis-Jean-Benjamin), amiral fran- 
çais, né à Paris le 3 févr. 1823, mort à Paris le 13 mars 
1889. Admisà l'Ecole navale en 1839, aspirant le 1^^ sept. 
1841, enseigne le l^*' nov, 1845, lieutenant de vaisseau 
le 8 mai 1850, il fit dans ces divers grades, de 1841 
à 1853, une série de campagnes dans le Pacifique, les mers 
du Sud et le Levant. Il servit ensuite de 1854 à 1855 à 
Fescadre de la mer Noire pendant l'expédition de Crimée, 
puis en 1859 à Fescadre de l'Adriatique durant la guerre 
d'Italie, enfin de 1860 à 1861 à l'escadre d'iîlxtrème-Orient 
avec laquelle il prit part aux opérations contre la Chine et 
l'Annam. Sa conduite lors de la conquête de la Cochin- 
chine lui valut alors le grade do capitaine de frégate 
(26 août 1861). De retour en France, il fut employé dans 
\Qi ports et au ministère, puis aprèsune nouvelle campagne 
dans le Levant nommé capitaine de vaisseau (22 mai 1869). 
Sur ces entrefaites éclata la guerre avec l'Allemagne. Jaurès 
reçut aussitôt le commandement de Vlléroïne dans Fes- 
cadre de l'amiral Fourichon et participa avec ce navire à la 
croisière de la mer du Nord. iVÎcis l'esca Iro ayant été dis- 
loquée en septembre, il se vit rappelé à terre et désigné pour 
servir comme chef d'état-major auprès de l'amiral Jauré- 
guiberry, chargé de mettre en état de défense les lignes 
dô Carentan. C'était un emploi bien nouveau pour lui. 11 
y fit preuve d'une telle activité cfue Gambetta ne voulut 
point le laisser dans un poste aussi secondaire. Le 10 nov. 
1870, Jaurès était appelé au commandement de la subdi- 
vision de Maine-et-Loire; le 18, il devenait général de 
brigade à titre auxiliaire ; le 20, il était promu général de 
division. En même temps, il recevait la mission d'orga- 
niser le 21® corps d'armée. (Quelques jours lui suffirent 
pour rassembler 45,000 hommes, avec lesquels il se porta 
vers la forêt de Marchenoir, au secours de Chanzy vive- 
ment pressé par Frédéric-Charles. Ses troupes, à peine 
armées et manquant de tout, firent néanmoins une hono- 
rable contenance à Lorges, Josnes, Fréteval, Bloret, Mont- I 



fort, Savigné et au Mans. A la suite de cette dernière 
affaire, Jaurès fut promu général de division à titre défi- 
nitif. La paix faite, il demanda vainement à passer dans 
l'armée de terre. On le rétablit purement et simplement 
sur les contrôles de la marine comme capitaine de vais- 
seau, mais le 16 oct. 1871 il reçut en dédoiumagement 
les étoiles de contre-amiral. (^)uelques mois auparavant, il 
avait été élu par le Tarn à FAssemblée nationale. Il y prit 
place au centre gauche et se consacra pendant toute la législa- 
ture à ses devoirs parlementaires. Devenu en mars 1876 
sénateur inamovible, il rechercha des emplois plus actifs. 
Après avoir obtenu en 1877 un commandement en sous- 
ordre dans l'escadre d'évolutions, il fut nommé le 11 déc. 
1878 à Fambassade de Madrid, qu'il échangea le i6 févr. 
1882 contre celle de Pétersbourg. Dans "^l'intervalle, \[ 
avait été promu vice-amiral (31 oct. 1878). Rappelé de 
Russie en 1883, il fut mis à la tèfe de l'escadre dYH'olu- 
tions (23 oct.) ; après ((uoi il reprit son siège au Sénat vers 
la fin de 1884. Le 22 févr. 1889, il entrait dans le cabinet 
Tirard comme ministre de la marine, en remplacement de 
l'amiral Krautz. Mais moins d'un mois après, il était em- 
porté par une attaque d'apopiexie. Ch. Grândjean. 

JAURÈS (Jean), honnne politique, professeur et phi- 
losophe, né à Castres (Tarn) le 3 sepi. 1859. H fit toutes 
ses études au collège de sa ville natale, puis, à dix-sept 
ans, vint les compléter à Paris, connue élève de Sainte- 
Barbe suivant les cours du lycée Louis-le-Grand. Reçu à 
l'Fcole normale avec le a** l,en 1878, il en sortit agrégé 
de philosophie en 1881, et enseigna la philosophie deux ans 
au lycée d'Albi, puis deux ans comme maître de confé- 
rences à la faculté des lettres de Toulouse. En 1885, il 
fut nommé député par le dép. du Tarn. Durant cette légis- 
lature, il siégea sur les bancs de la gauche et prit 
part à plusieurs débats, où il montra déjà ses dons ora- 
toires, mais sans les mettre encore au service ni d'un 
parti ni d'une cause bien déterminée. Non réélu en 1889, 
il rentra à la faculté de Toulouse comme chargé d'un cours 
complémentaire. Le succès de ce cours le fit presque aus- 
sitôt nommer conseiller municipal de cette ville et il fut 
trois ans adjoint au maire pour l'instruction publique. En 
cette ([ualilé, il porta la parole avec éclat lors de la récep- 
tion du président de la République, en mai 1891. Il con- 
courut à la création de la faculté de médecine de Toulouse 
et remit à l'Etat au nom de la ville les bâtiments neufs de 
la faculté de médecine et de la faculté des lettres. Entre 
temps, il préparait ses thèses de doctorat : De Primis So- 
cialismi Ger maniai lineamentis apiid Liitherum, 
liant, Fichte et Hegel (Paris, 1891, in-8), et De la Réa- 
lité du monde sensible (1891, in-8). 

Aux élections générales d'août 1893, il fut de nouveau 
élu député, par la deuxième circonscription d'Albi, sur 
un programme résolument socialiste. Les ouvriers de 
la région minière du Tarn récompensaient de leurs 
votes l'appui moral que M. Jaurès n'avait cessé de 
leur prêter durant la longue et mémorable grève de Car- 
maux, soit par sa présence même et son ardente parole, 
soit par la plume dans la Dépêche de Toulouse. Les grèves 
du Nord, aussitôt après les élections, lui donnèrent l'occa- 
sion de prendre de plus en plus la tète du mouvement so- 
cialiste, et, dès la rentrée du Parlement, une interpellation 
retentissante sur les grèves acheva de le mettre en relief 
comme chef du groupe socialiste à la Chambre, surtout 
comme l'orateur de ce groupe. L'éloquence de M. Jaurès a 
ceci de particulier, qu'elle est à la fois vibrante, colorée, 
sonore, en un mot essentiellement populaire, —ses adver- 
saires disent méridionale, — et châtiée, pure, harmonieuse, 
du meilleur aloi littéraire. Personne n'est plus écouté 
que lui, même de ceux que choquent ses opinions. Sa doc- 
trine repose-t-elle sur une science suffisamment sûre des 
faits sociaux? Beaucoup en doutent, et les économistes le 
nient; mais tous ceux qui connaissent M. Jaurès s'accordent 
à dire qu'elle traduit un état de conscience où les calculs de 
l'intérêt et les préoccupations personnelles n'entrent pour 



— 67 - 



JAURÈS — JAVA 



rien, disparaissent dans les élans sincères d'un idéalisme 
panthéistique, dont témoignent ses écrits philosophiques et 
qui a gardé quelque chose de la ferveur chrétienne de son 
enfance. H. M. 

J AU SI ERS. Com. du dép. des Basses-Alpes, arr. et cant. 
de Barcelonnette, sur la rive droite de TUbaye ; i,58B hab. 
Fabrique de draps ; mouiinage et dévidage de soie. Gypse 
et schiste ardoisier. Ruines d'une ancienne forteresse arabe. 

JAUX. Com. du dép. de FOise, arr. et cant. de Com- 
piégne ; 719 hab. 

JAUZÉ. Com. du dép. de la Sarthe, arr. de Mamers, 
cant. de Bonnétable ; 291 hab. 

JAVA. Généralités. — Grande île de l'archipel malais, 
colonie hollandaise. 

Situation, Limites, Superficie. — L'Ile de Java est une 
des îles de la Sonde, la quatrième pour l'étendue (après 
Bornéo, Sumatra, Célèbes), mais la première pour la po- 
pulation et la richesse. Elle est placée entre l'océan Indien 
au S., la mer de Java qui la sépare de Bornéo au N., le 
détroit de Bali qui la sépare de Bali à l'E., le détroit de 
la Sonde qui la sépare de Sumatra à l'O. Elle est comprise 
entre 5^52' et 8'' W lat. S., '102« 5o^ et il2« 'U^ong. E. 
Elle s'allonge de l'O. à l'E. sur une longueur de 4 ,000 kil. ; 
sa largeur varie de 75 à 195 kil. entre Djokjakar ta au S. et 
le cap Bœgel au N. Elle a une superficie de 131,733 kil. q. 
en y comprenant les îlots voisins et Tîle de Madoura 
(5,286 kil. q.) qui s'y rattache. 

Géographie physique. — La côte septentrionale est 
basse, plate, précédée d'îlots nombreux, creusée d'anses 
peu profondes ; l'ancre mord aisément sur la vase du fond ; 
elle renferme plusieurs bons mouillages et a une importance 
prépondérante au point de vue conim rcial. La côte méri- 
dionale est abrupte et d'accès diiïicile, avec deux ports 
seulement. Les principaux accidents du littoral sont à 
partir du détroit de la Sonde : la rade d'Andjer, puis au 
N. le cap Saint-Nicolas, les rades de Bantam, de Batavia, 
de Tjiassem, d'Iudramayou, deChéiibon, de Samarang (obs- 
truée par une barre), de Djavana, de Bembang et la belle 
baie de Sourabaya , derrière l'ile Madoura; à LE., la 
profonde baie de Pampang ; au S. les baies de Wijnkoops 
(Balabouna Rouna) et Duck de Vries; à l'O., la pointe 
Eerste, les baies Meeuwen (des Mouettes), derrière l'ile du 
Prince, Welkomst et Peper (du Poivre). Les principaux 
îlots voisins de Java sont : à PO., Pile du Prince, celles de 
Krakatoa effondrée en 1883, de Dwars-in-den-Weg ; Soun- 
gian et Merack ; auN., les îles Pandjang, Bali (ou Tounda), 
Lanjang (ouKombouis), Ontong-Java, Boompjes, Karimon, 
Bavian, Rahas; au S., les îles Barung, Kambangan avec 
ses grottes vénérées, etc. 

Java est très montueux, surtout à l'O. et au centre. Le 
long du rivage septentrional s'étend une large plaine d'al- 
luvions ; au S. de celle-ci se dressent les montagnes, offrant 
d'admirables paysages très variés et embellis par la végé- 
tation tropicale. Cette région montagneuse est formée de 
calcaires tertiaires percés d'un grand nombre de volcans 
éteints ou en activité. Les massifs, les calcaires forment au 
S. une muraille qui n'est interrompue qu'en peu d'endroits 
par des dépressions (baie Wijnkoops, extrémité orientale); 
on les appelle, dans la partie orientale GunongKidul, mont 
du Sud. Dans la région septentrionale de Java, les montagnes 
sont généralement isolées, sauf dans la chaîne de Pandang. 
Les massifs trachytiques, porphyriques et les volcans en- 
core actifs constituent les plus hautes montagnes de l'île et 
en déterminent la physionomie. Ils sont tantôt isolés, tan- 
tôt groupés, séparés par des cols et des plaines d'altitude 
variable, dont leurs déjections ont recouvert le sol. Jung- 
huhn a compté 45 volcans. Deux groupes principaux se 
rencontrent: l'un à PC, comprenant 14 cratères, l'autre à 
l'E., renfermant le point culminant de l'ile. Nous résumons, 
d'après Laugel, la description de Junghuhn. On rencontre 
d'abord à 60 kil. S. de Batavia le Saîak (2,000 m.), puis 
vers PE., le Ghedek surmonté de trois cônes (3,030 m.), 
le Tikoraï (2,808 m.), le Papandayang, près de la côte S., 



dominant la fameuse Vallée de la Mort jonchée d'osse- 
ments d'animaux asphyxiés par ses exhalaisons d'acide car- 
bonique; à l'E., le Galoungoung, terrible par la fréquence 
de ses éruptions ; entre celui-ci et le Gountour (1,982 m.) 
au N., également actif, dort au fond d'un cratère de 
2,000 ra. de tour le lac Blanc (Telaga Rodas) aux eaux 
blanchies par l'alun et le soufre ; plus loin le Slamat ou 
Gédé (;i,427m.) dont les deux cratères fument sans cesse, 
le plateau de Dieng (1,850 m.), le Soumbing (3,328 m.), 
le Merbabou (3, 106 m.), le Merapi (2,860 m.) encore ac- 
tifs; plus à l'E., le Lawou (3,236 m.), le Walisang 
(3,367 m.), le Kawi (2,920 m.), l'Ardjouno (3,333 m.), 
leBromo ou Tanggher (2,577 m.), éteint aujourd'hui avec 
son cirque de 25 kil. de tour et de 2,000 m. d'alt. Sur 
ses pentes, on récolte le meilleur tabac de Java ; le Sme- 
rou est le plus haut de tous (3,666 m.). « L'île entière 
est pour ainsi dire criblée de passages par lesquels les va- 
peurs souterraines peuvent se dégager; aussi la pression 
de ces vapeurs ne devient jamais assez forte pour amener 
jusqu'à la bouche des volcans des laves en fusion qui 
puissent s'écouler par les cratères ou par des fissures ou- 
vertes dans le flanc de la montagne. On ne trouve actuel- 
lement dans Java aucune coulée de cette nature comparable 
à celles du Vésuve, de l'Etna et des volcans de l'Islande. 
Les volcans n'y rejettent, avec une quantité incroyable de 
vapeur d'eau et de vapeurs acides, que des débris fragmen- 
taires et des cendres. C'est sans doute parce que les appa- 
reils volcaniques sont si rapprochés qu'à Java les tremble- 
ments de terre sont purement locaux. » Ils sont fréqnents, 
mais sans rapport avec les éruptions volcaniques ; sur 
143 catalogués par Junghuhn, 109 se sont produits tout à 
fait isolément. Les volcans les plus dangereux sont le Ga- 
loungoung, le Gountour et le Merapi ; le plus actif est le 
Lamongan. Les lacs sulfureux sont assez nombreux au 
fond d'anciens cratères ; de même les solfatares, les vol- 
cans de boue, les moffettes. Les plus fameux cataclysmes 
furent l'efiondrement du Ringghit (1556), qui fit périr 
10,000 personnes; l'éruption du Papandayang en 1772 
(3,000 morts), celle du Galoungoung en 1822(4,000 morts, 
115 villages détruits), le tremblement de terre de 1867 et 
surtout l'engloutissement du Krakatoa (V. ce mot) qui 
fit périr plus de 50,000 Javanais. Les principales plaines 
sont celles de Bandong à PO., Sourakarta au centre, Ma- 
diyoun, Kediri, Malang à PE. 

L'humidité de Patmosphère explique l'abondance des cours 
d'eau. Ils n'ont pas grand développement et ne sont guère 
navigables, mais Pîle est admirablement arrosée. La chaîne 
méridionale ne laisse de place aux vallées que du côté N. 
Le principal fleuve est le Bengawan, descendu du Merapi, 
qui coule vers PE., passe à Sourakarta et finit en face de 
l'île de Madoura ; il a 260 kil. de long et se grossit du 
Madioun. Il faut encore citer : le Brantas qui naît à PO. 
du Smerou, traverse la plaine de Malang, Kediri et finit 
près de Sourabaya ; le Taroun près de Batavia ; le Manok 
dans le Lunbagan ; sur le versant méridional on peut nom- 
mer le Tandoui, le Progo et le Serayou. Il n'y a pas de lac 
considérable. On compte plus de 80 sources minérales, 
généralement sulfureuses ; plusieurs renferment de l'iode, 
du pétrole, etc. 

Le climat est tropical, mais la différence d'altitude y 
introduit une grande variété. Le trait fondamental est 
l'alternance régulière de la saison des pluies et de la saison 
sèche, suivant le régime des moussons. La saison pluvieuse 
dure de novembre à avril ; les pluies sont amenées par la 
mousson d'O. et du N.-O. qui commence vers la fin d'oc- 
tobre ; elles débutent par de terribles orages et s'abattent 
en véritables trombes durant les mois de janvier et février. 
La saison sèche dure de mai à octobre et est soumise au 
régime des vents du S. et du S.-E. ; les pluies et orages y 
sont rares et de faible importance ; le mois d'août est le 
plus sec. La saison humide est la plus agréable et la plus 
saine à cause de la moindre chaleur et de la pureté de 
l'air ; durant la saison sèche, on souffre de la chaleur, des 



JAVA — 6S 

vents desséchants et du malaise de la végétation ; les ma- 
ladies y sont beaucoup plus fréquentes, mais il n'y a 
d'époque réellement insalubre que celle du changement des 
moussons. La température décroît naturellement avec l'al- 
titude ; on distingue quatre zones. La zone inférieure ou 
torride de la mer, à 650 m. d'alt., a une température 
moyenne annuelle de 27^,5 ; dans la plaine maritime, de 
23*^ vers 600 m. d'alt. ; à Batavia, la température est à 
peu près constante (+ 25° à + 26^) ; il n'y a guère plus 
d'un degré de différence entre la moyenne du mois le plus 
chaud (mai) et celle du plus froid (janvier) ; la plus haute 
température n'atteint pas + 34^^, la plus basse ne descend 
pas au-dessous de -|- d9^. La chute d'eau annuelle dépasse 
2 m. La température est plus élevée à Samarang qu'à Ba- 
tavia; la moyenne est de -j- 28° à Buitenzog ; un peu plus 
haut, elle est de + 25°. L'alternance des moussons et celle 
des brises de terre et de mer est régulière dans la zone 
torride : c'est aussi dans celle-là que sévissent les miasmes 
paludéens. — La zone moyenne ou tempérée s'étend de 
650 m. à 1,450 m., et la température moyenne y décroît 
avec l'altitude depuis + 23° jusqu'à + 18°. Les hautes 
plaines de Preang sont la région type pour cette zone ; 
leur température moyenne est un peu supérieure à + 20°. 
Les changements de saisons sont moins marqués que dans 
la plaine. — La troisième zone est celle des nuages, qu'on 
appelle aussi zone fraîche ; on y comprend les pays situés 
entre 4,450 m. et 2,400 m., notamment le plateau de 
Dieng; la température décroît de + 18° à + '13° ; à Dieng 
elle est de + 15°. Cette zone est baignée par les nuages 
qui l'enveloppent d'un épais brouillard et y déposent une 
abondante humidité ; le vent du S.-E. y souffle d'un bout 
à l'autre de l'année. — Au-dessus s'étend la zone des hauts 
sommets ou zone froide, où la moyenne varie de -h 13° à 
4- 8° ; la température peut s'abaisser au-dessous de zéro 
sur les sommets déboisés, à cause du rayonnement noc- 
turne, mais il ne neige jamais. La pluie est très rare, les 
nuages s'élevant rarement jusqu'à cette zone. 

La splendeur de la végétation tropicale s'étale aussi bien 
sur les pentes des volcans que dans les plaines alluviales ; 
elle recouvre tout jusqu'aux pointes extrêmes. « Le navi- 
gateur qui côtoie le rivage de Java, écrit Temminck, a sous 
les yeux les palmiers aux cimes élevées qui bordent la 
côte dans presque toute son étendue ; derrière ces parasols 
de verdure, le sol de la plaine monte par un plan douce- 
ment incliné jusqu'au pied de la chaîne de montagnes dont 
est couronné le centre de l'île. Ces campagnes sont parfai- 
tement cultivées et embellies de jolis villages, où les mai- 
sons, construites en bambous et en rotang, sont entourées 
d'une haie et ombragées de bouquets d'arbres fruitiers 
étalant leur sombre verdure. Ces teintes présentent un 
agréable contraste avec la végétation vive et gaie des vastes 
champs de riz distribués en amphithéâtre sur le flanc des 
collines ; de celles-ci s'échappent par intervalles des cours 
d'eau et des cascades, auxquels les terres doivent leur 
surprenante fécondité. » Aucun pays du monde n'offre, sur 
une surface aussi restreinte, une plus grande exubérance 
de vie végétale ou animale. 

Flore et Faune. — La flore et la faune de Java sont 
extrêmement riches. On peut, au point de vue de la végé- 
tation, distinguer des étages successifs correspondant à peu 
près aux quatre zones climatériques. La première, de à 
400 m. d'alt., est celle de la plaine côtière avec ses vastes 
champs de riz, de mais, de canne à sucre, de cannelliers, 
les bananiers, le poivre et la vanille, les njagnifiques fleurs 
qui rémaillent ; elle est caractérisée par les palmiers, le 
musa (pisang), les arums, les aramantacées, les euphor- 
biacées, les légumineuses. Au-dessus de 400 m. commence 
la région des tiguiers qui dominent dans les forêts vierges, 
les bambous, les orchidées, les méliées y pullulent ; les 
palmiers et les légumineuses sont de moins en moins 
nombreux à mesure qu'on s'élève. On peut signaler le 
koundang, figuier sauvage, dont le suc fournit une cire 
blanche ; le manguier, dont les fruits nourrissent les indi- 



gènes. En s'élevant un peu, on rencontre les rasamalas 
(Liquidambar Altingiana), aux troncs droits et blancs, 
de 45 m. de haut, des acacias, des fougères arborescentes, 
des lianes; dans cette zone, on cultive le caféier et aussi 
l'arbre à thé. Dans la zone tempérée, on trouve, outre les 
plantes que nous venons d'énuinérer, les mélastomacées, 
lorenthacées, nepenthes ; au centre de l'île, les angring 
(Parasponia parviflora) ; à l'E. les forêts de tchemoros 
(CasuarinaJunghukniana) sont caractéristiques ; les cul- 
tures du cinchona et du tabac réussissent bien de 500 à 
1,000 m. ; de même le mais, les légumes et les arbres 
fruitiers d'Europe, le palmier areng. Ils cessent, ainsi que 
les figuiers, vers 1,600 m.; les rasamalas deviennent 
rares; ils sont remplacés par les chênes, les tecks {Tectona 
grandis), les lauriers, les érables, les châtaigniers, les 
sourens (Cedrela febrifuga), les agathisantes, arbres 
géants, au pied desquels se pressent des rhododendrons, 
des azalées, des rubiacées, des Calamus parmi lesquels 
le rotang ; le sol est revêtu de mousses et de fougères ; les 
orchidées sont encore nombreuses; sur les hauts plateaux 
sont quelques marais et des prairies. A partir de 2,000 m. 
la végétation s'appauvrit, la taille des arbres diminue pro- 
gressivement jusqu'aux dimensions de simples buissons; 
les tecks se trouvent encore, ainsi que des fougères arbo- 
rescentes, de 10 à 15 m. de haut, quelques conifères, des 
rhododendrons, des myrtes, des sureaux, des berbéris, des 
acacias, des chèvrefeuilles, des rubiacées; la végétation 
se rapproche de celle de l'Europe ; les fleurs de renoncules, 
pensées, pâquerettes, tapissent le sol ; les plantes caracté- 
ristiques sont les éricacées (Agapetes) et les Gnaphalium 
ligneux qui montent à plus de 3,000 m. ; il est difficile 
de savoir si les plantes européennes {Plantago major, 
Souchus oleraceus, Artemisia vulgaris^ Rumex cris- 
pus, Stellaria média, Solanum nigrum, etc.) ont été 
nnportées accidentellement par les Européens ou sont venues 
par l'Asie ; dans cette zone supérieure ou froide, on cul- 
tive comme en Europe les oignons, les pommes de terre, etc. 
La faune est très riche, comme la flore. Java possède 
une centaine de mammifères, dont plusieurs lui sont parti- 
culiers et d'autres communs avec Sumatra et Bornéo ; on 
compte six espèces de singes ; les plus abondants sont le 
loutoung (Semnopitliecus maurus), le monyet (Cerco- 
pithecus cynomolgus) et le wauwau [Xylobates leu- 
ciscus). Les chauves-souris sont extrêmement nombreuses 
dans les cavernes, et on utilise leurs excréments pour en 
tirer du nitrate. Il existe seize espèces de rongeurs, sur- 
tout des écureuils, un porc-épic {Acanthica jauanica) et 
un lièvre (Lepus nigricoUis). Le chien sauvage {Canis 
rutilans) vit dans les forêts du S. ; le tigre royal, la pan- 
thère, le léopard, le chat sauvage {Felis minuta) sont 
abondants, de même le chiii-i\gre(Linsang gracilis). Les 
sangliers elles rhinocéros bicornes {Rhinocéros sundaicus) 
sont nombreux jusque sur les sommets où les sentiers 
qu'ils frayent sont souvent utilisés. L'île possède, surtout 
àl'O., plusieurs espèces de cerfs, un bœuf sauvage (Bos 
sundaicus) et un buffle. Citons encore un Galeopithecus, 
voisin des insectivores et qui vole à l'aide d'une membrane 
tendue entre ses membres, et le teladou (Mydans meli- 
ceps), intermédiaire entre le blaireau et le putois. Java n'a 
ni tapirs ni éléphants, abondants pourtant à Sumatra. Le 
chameau, l'âne, le cheval n'existent qu'à l'état domestique; 
le chameau, amené d'Arabie, a rapetissé ; le porc chinois, 
la chèvre, le bœuf européen prospèrent. Les oiseaux sont 
très nombreux et très beaux ; leur nombre décroît avec 
l'altitude ; on n'en rencontre pas sur les sommets ; en re- 
vanche, les oiseaux chanteurs ne se trouvent que dans la 
montagne. Il faut indiquer une quantité de perroquets 
propres à l'île, le kakatoès blanc à aigrette jaune, le lori 
rouge, des pies, des buceros, des alcedos, des pigeons, la 
Fringilla oryziuora, qui se nourrit de riz ; la Gracula 
religiosa, la Muscipa cantatrix, le Fatco peregrinus, 
venu d'Europe ; l'aigle blanc, la célèbre hirondelle salan- 
gane [Collocallia esculenta) dont les nids sont si appré- 



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JAVA 



ciés en Chine ; on les récolte trois fois par an dans les 
cavernes et les crevasses des falaises du rivage (surtout à 
Rangkop etKorang-Bolong)etdans celles des montagnes ; 
indiquons encore deux espèces de paons, plusieurs espèces 
de coqs sauvages, dont le bankiva, ancêtre de notre coq 
de basse-cour ; le casoar casqué (Casuarius galeatiis). 
Les oiseaux de basse-cour d'Europe ont été acclimatés; on 
peut chasser dans les bois et marais les faisans, les grèbes, 
les bécassines, les canards, les oies, les cailles, etc. Les 
reptiles sont extrêmement abondants : les tortues, mais 
aussi les crocodiles, les lézards, les grenouilles, les dra- 
gons (lézard volant), les caméléons, iguanes, geckos et 
par-dessus tout les serpents, dont un tiers des espèces sont 
venimeuses : le python améthyste {outar saiva)^ couleuvre 
de dO m. de long, et le naja ou serpent à lunettes sont 
particulièrement à craindre. On doit compter un millier 
d'espèces de poissons ; insectes et mollusques sont aussi 
en quantité et variété prodigieuse. 

Ethnographie. — La population indigène appartient 
à la race malaise, au groupe occidental de cette race. Elle 
se divise en deux peuples distincts par leur aspect phy- 
sique et leur langage : à TE., les Javanais proprement dits 
forment plus des trois quarts des habitants de l'ile ; à TO. 
les Soundanais au nombre de 5 millions environ. 

Les Javanais sont très brachycéphales, de taille moyenne 
(1"^65 env.), élancée et souple; les femmes sont très gra- 
cieuses ; la peau brun foncé est parfois très claire dans 
les montagnes, particulièrement chez les femmes ; les ex- 
trémités sont fines ; le nez petit est moins applati que chez 
les autres Malais, la figure est ovale, les pommettes peu 
saillantes, l'œil noir bien fendu, les cheveux noirs, la 
barbe peu développée ; les hommes portent volontiers la 
moustache. Aux Javanais se rattachent les Madouriens 
(2 millions env.), habitant l'île de Madoura et les petites 
îles voisines jusqu'à Sourabaya et Kediri; ils leur res- 
semblent, mais sont moins bien découplés, ont les mains et 
les pieds et l'aspect général plus grossiers. On regarde 
comme représentant le type javanais le plus pur deux tri- 
bus de montagnards qui sont restés fidèles à la religion 
brahmanique: les Tengghers dans les forêts de la mon- 
tagne de ce nom, les Badouiou Djelmadans celles du dis- 
trict de Sebak (résidence de Bantam). — Les Soundanais 
paraissent être intermédiaires entre les Javanais, les autres 
Malais et les Battas; ils sont petits (1^57 env.), trapus et 
vigoureux, ont les pommettes plus saillantes, la bouche 
plus grande, les lèvres plus épaisses, le nez plus épaté, la 
peau un peu plus claire, quoique les nuances varient beau- 
coup selon les classes; ils ont l'aspect de montagnards 
robustes et énergiques et se rapprochent du type mongo- 
liqiie. — Les Javanais et Soundanais ont succédé dans l'île 
de Java à une population primitive dont on retrouve quel- 
ques débris dans les forêts des monts orientaux ; on les 
appelle Kalangs; ils vénèrent le chien roux; àSourakarta 
ils formaient une caste inférieure, travaillant le cuir; ce sont 
des N/'gritos à peau noire et cheveux crépus, analogues à 
ceux des îles Philippines et de la presqu'île de Malacca. 

La fertilité du pays rend la vie facile aux habitants. La 
masse du peuple vit sinipiement et aisément. Le riz est la 
base de la nourriture; on mange peu de viande, surtout sé- 
chée (dendeng), beaucoup de poisson sec, des bananes et 
toutes sortes de fruits; on assaisonne avec le sel etlepiment 
{capsicum) ; on extrait du sucre et du vin du suc du pal- 
mier arenga, horassus.ete. ; on boit aussi le lait de coco 
frais. L'usage de mâcher le bétel est universel ; on fume 
beaucoup le tabac et l'opium. Le paysan habite une chau- 
mière {oumah) ou hutte de bambou, posée à même le sol 
et non pas sur plate-forme comme dans les îles voisines ; 
les murs sont formés de claies de bambous aplatis ; de 
même les cloisons; le toit est formé de feuilles de palmier 
nipas. Les huttes ne sont jamais isolées, mais groupées en 
villages plus ou moins grands et entourés d'arbres frui- 
tiers ; un village moyen a de 50 à 200 liab . Les gens 
aisés ont des maisons de pierre à l'européenne. L'habille- 



ment est plus complet que dans l'Inde ; en effet, dans les 
provinces intérieures, l'altitude abaisse la température au 
point d'imposer des vêtements chauds. Les Javanais ont 
heureusement conservé la préférence pour les étoffes tissées 
par eux. La pièce principale du costume est le sarong, large 
pièce d'étoffé à rayures multicolores entre-croisées, de 2 m. 
à 2'^50 de long sur 1 m. environ de large, dont on coud 
les deux bouts ; ce sac sans fond est passé sur l'épaule en 
écharpe ou fixé aux branches ; il couvre les jambes jusqu'à 
la cheville; on y ajoute un pantalon court ou un tablier 
avec ceinture, parfois aussi des chemises ou des jaquettes; 
les femmes ont à peu près le même costume que les hommes; 
les enfants vont nus jusqu'à six ou sept ans, sauf ceux des 
riches; presque tout le monde marche pieds nus. La tête 
est couverte d'un turban ou d'un serre-tête. La vie de fa- 
mille est très régulière; seuls les grands ont plusieurs 
femmes ; on pratique le mariage par achat (V. Famille) ; 
les enfants sont très respectueux envers leurs parents. La 
circoncision, qui existait avant l'introduction de l'islamisme, 
se pratique dans la dixième année. A l'époque de la virilité 
on lime en pointe les dents des adolescents et on les auto- 
rise à mâcher le bétel. Les Javanais ont le goût des 
meubles et petits ustensiles; leurs vases, tasses, cuillers 
sont sculptés dans des noix de coco ; les rotangs, les bam- 
bous, les herbes se tressent en tapis, sacs, chapeaux; 
on découpe en minces lanières la peau de buffle. Voici 
le tableau que Van Leent trace des mœurs javanaises 
(Archives de médecine navale, 1868). D'une nature 
douce, qui dégénère facilement en apathie, le Javanais 
aime son lieu natal, est très fidèle à sa coutume (adat) ; 
sobre, travaillant volontiers pour sa famille, il a peu de 
goût pour le labeur qu'on lui impose pour des cultures in- 
dustrielles dont il n'apprécie pas l'utilité. Très attaché à sa 
famille, hospitalier, poli, il est fort honnête, pacifique, 
d'intelligence affinée et capable d'une culture supérieure, 
mais dénué d'énergie. Il est très docile, obéissant à ses su- 
périeurs et particulièrement à ses prêtres musulmans qui 
excitent son courage par les talismans qu'ils lui confient. 
C'est un bon soldat, dur à la fatigue quand ses chefs lui 
donnent l'exemple; le fanatisme, la jalousie, l'exaspéra- 
tion provoquée par une injustice ou une offense le rendent 
féroce. L'aristocratie a développé surtout les défauts de la 
race ; courtoise, mais hautaine, elle s'adonne à la volupté, 
et ne recule pas devant des crimes pour satisfaire ses pas- 
sions ; la domination néerlandaise en la comprimant pro- 
tège les classes inférieures. Les chefs se ruinent à entre- 
tenir dans leurs palais (kraton) des orchestres {g amel an) 
et des troupes de bayadères, à organiser des combats de 
tigres ou de taureaux, combats de coqs, jeux de cartes qui 
donnent lieu à de gros paris. Le peuple partage cette pas- 
sion du jeu et des spectacles, danses, marionnettes, ombres 
chinoises. Les Soundanais, d'allure plus indépendante, 
sont beaucoup moins joueurs, de même qu'ils sont peu fu- 
meurs d'opium. Les Madouriens plus fiers, plus belliqueux 
que les Javanais, sont plus marins et commerçants qu'agri- 
culteurs; ils ne peuvent plus s'adonner à la piraterie, mais 
recrutent la majeure partie de la milice indigène. 

La religion dominante est l'islam, rite sunnite ou or- 
thodoxe. Elle fut introduite à la fin du xiv^ siècle par des 
religieux arabes ou hindous et supplanta après des luttes 
sanglantes les religions hindoues (brahmanisme et boud- 
dhisme) qui prévalaient auparavant. Le triomphe des 
musulmans fut fatal à l'art javanais dont ils ont détruit la 
plupart des monuments et, d'une manière générale, para- 
lysa la civilisation indigène qui déclina depuis lors. Les 
Javanais sont de zélés musulmans ; ils font en grand nombre 
le j)èlerinage de La Mecque, où ils possèdent d'ailleurs une 
nombreuse colonie. Ils ont cependant conservé beaucoup 
de croyances et de pratiques brahmaniques et même féti- 
chistes; dans les cavernes où l'on recueille les nids d'oi- 
seaux se trouvent des idoles de Loro Dpinggrand, d'ori- 
gine hindoue ; le fétichisme est encore très vi vace ; on vénère 
tel arbre, tel volcan, un vieux canon abandonné dans un 



JAVA 



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champ, etc. Il n'y a presque pas de chrétiens, à peine 
9,000 parmi les indigènes, le gouvernement ayant eu grand 
soin de ne pas favoriser les missionnaires qui eussent su- 
rexcité le fanatisme musulman. Il reste à peine 4,000 indi- 
gènes fidèles de l'hindouisme; encore les 3,000 Tenggher, 
qui n'ont ni écoles ni temples, ont-ils mélangé leur culte 
de coutumes qui le défigurent complètement. 

Les Chinois (243,000) répandus dans toutes les villes 
pratiquent surtout le petit commerce et l'industrie, ex- 
ploitent les indigènes et se retirent chez eux après fortune 
faite. Les Arabes (44,000) sont généralement très consi- 
dérés; ce sont de bons marins, d'habiles commerçants, des 
prêtres. On compte environ 3,000 Hindous, ouvriers sur- 
tout. Les Européens, au nombre de 42,500, sont, outre 
les soldats et les fonctionnaires, des planteurs, des fabri- 
cants de sucre, des commerçants. Ils ne représentent pas 
plus que les Arabes ou les Chinois un élément sédentaire de 
la population. A.-M. B. 

Langue. — Le javanais est une langue océanienne 
mêlée d'un grand nombre de mots sanscrits. L'ancienne 
langue, le kawi, qui est restée langue religieuse et littéraire, 
est surtout riche en mots sanscrits, et par là, elle se rattache 
aux autres idiomes de l'Inde, comme le pâli, le birman, le 
siamois, l'ancien cambodgien, tous dérivés du sanscrit. Le 
kawi a eu une littérature importante et il a exercé à son 
tour une grande influence sur la littérature javanaise mo- 
derne. Il s'est formé vers le i®^ siècle, à l'époque de l'intro- 
duction du bouddhisme à Java. Comme le disent Crawford 
et Friederich, lorsque les missionnaires hindous arrivèrent 
dans l'archipel indien, ils apprirent la langue des indigènes; 
mais, pour enseigner et donner l'instruction religieuse au 
peuple, ils furent dans la nécessité d'employer le sanscrit, 
et c'est ainsi que se forma une sorte de langue mixte dont 
la base était l'océanien, mais dont toute la partie littéraire 
et scientifique était indo-européenne. Le Brata-yuda^ le 
Ramayana et la plupart des livres de la littér;iture java- 
naise sont des imitations ou des traductions des ouvrages 
hindous, ou basés sur la mythologie indienne. Toutefois 
dans ces ouvrages le javanais a toujours su conserver son 
originalité en leur associant des légendes nationales qui leur 
donnent une physionomie propre. Les mots sanscrits ont 
été sans doute traités suivant les règles de la grammaire 
javanaise, mais l'orthographe est restée en quelque sorte 
sanscrite : ainsi le sandangan correspond au groupe de 
deux ou trois consonnes réunies comme en sanscrit : le 
paten est le virama, le tcheichak est Vanusvara, les 
règles du sandi sont presque les mêmes. Outre le sanscrit, 
l'arabe a fourni aussi au javanais un assez grand nombre 
de mots à partir du xii® siècle, mais ils sont la plupart très 
déformes, surtout lorsque ces mots contiennent des sons 
étrangers à la langue javanaise. Il faut citer aussi les em- 
prunts faits au portugais et au hollandais. 

Outre le javanais proprement dit qui vient du kawi, il 
existe une langue populaire indigène qui est le ngoko ; il y 
a de plus une sorte de langage officiel ou cérémoniel {kra- 
ma) que l'on parle quand on s'adresse aux souverains, aux 
princes et aux grands personnages. On s'en sert aussi dans 
certains ouvrages. 11 est formé de mots ngoko, sanscrits, 
malais et étrangers. Il existe quatre dialectes parlés, soit 
dans l'île de Java, soit dans les îles voisines, savoir : le 
javanais proprement dit, le sunda parlé dans l'O. de l'île, 
le madura parlé dans l'ile de ce nom et le bali qui est la 
langue parlée de l'île du même nom. A côté de ces dialectes 
populaires, le kawi reste partout la langue religieuse et 
sacrée. Le javanais s'écrit de gauche à droite comme toutes 
les langues de l'Inde, l'alphabet (atcharakan) se compose 
de vingt lettres principales (aksara) et de plusieurs lettres 
accessoires ou signes orthographiques. Il y a deux sortes 
d'écriture : la droite {djedjeg) et l'écriture penchée ou 
cursive (miring). L'alphabet javanais moderne est dérivé 
de l'alphabet kawi lequel était lui-même formé de l'écri- 
ture sanscrite du vi® ou vu® siècle. E. Drouin. 

Les meilleures grammaires javanaises sont celles de 



Roorda (néerl., Amsterdam, 4855; abrégé, 1874) et de 
Favre (Paris, i 866) ; les meilleurs dictionnaires, ceux de 
Favre (javanais-français, Vienne, 4870) et de Roorda 
achevé par de Vreede (javanais-néerlandais, Amsterdam, 
4875;2«éd., 4883 et suiv.). 

Littérature. — La littérature javanaise est très riche; 
en premier lieu, il faut citer les poèmes traduits du kawi 
et récrits : Bharata'Yuddha(}di\\ Brata-yuda), éd. ettrad. 
par Cohen Stuart (Batavia, 4860); Ardjuna-Sasrabahu, 
éd. par Palmer VandenBroek (1872); Ardjuna-Wiwaha 
dont P. Van den Broek (4868) et Gericke (1849) ont édité 
deux versions : le Râmâyana, récrit en prose sous le titre 
de Rama, éd. par Winter (Amsterdam, 1845) ; Marrik- 
Maya, poème cosmogonique, éd. par de Hollander (Bata- 
via, 1852). Les fables d'animaux sont très goûtées ; la plus 
célèbre est le Kantjil, éditée par P. Van den Broek (La 
Haye, 1878). Les pièces de théâtre {wayang) empruntent 
leur sujet aux poèmes épiques hindous ou javanais ; 
quelques-unes sont de vrais drames, la plupart des canevas 
pour marionnettes ou ombres chinoises ; beaucoup ne sont 
pas écrites. On en a cependant publié un bon nombre : 
Pregi7ia(êd, par Wilkens; Batavia, 1846), Palasara, 
Pandu(êd. par Roorda, La Haye, 1869), six Purwa{éd, 
par te Mechelen et de Vreede dans les Comptes rendus de 
la Société de Batavia), Abiasa (éd. par Humme, La Haye, 
1878), etc.; on a aussi publié des résumés en prose : Raden 
Pandji (éd. Roorda, La Haye, 1869) et 23 canevas de 
wayang (éd. par te Mechelen, Batavia, 1879). — Un 
des principaux monuments de la littérature javanaise est 
formé par les Babads, chroniques. Il existe aussi des ro- 
mans historiques, parmi lesquels on peut nommer Damar 
Wulan (Samarang, 1873), Acyi-5a/cra(1844), Angling- 
Darma (1853), Radji-Pirangou, récit musulman des 
aventures de Moïse et Pharaon (éd. par Roorda, La Haye, 
1844). Les recueils de lois (Augger) ont été publiés par 
Roorda (1844) et Kayser (1853). Le récent récit de voyage 
de Purwa Lelana (Batavia, 1865) est fort remarquable. 

Géographie politique. — L'île de Java (y compris 
Madoura) est une possession directe du royaume des Pays- 
Bas, à l'exception de deux petits Etats vassaux gouvernés 
par des sultans, Djokjakarta et Sourakarta. 

D'après le recensement de 1891, la population totale 
était de 23,862,280 hab., soit 181 par kil, q. Sur ce 
chiffre, on comptait : 23,559,727 indigènes, 42,504 Eu- 
ropéens, 243,006 Chinois, 14,047 Arabes et 3,536 divers, 
principalement Hindous. La population s'accroît rapidement, 
car, au 31 déc. 1880,elle n'était quede 19,129,075 hab. 
(19,166,700 avec l'armée et la flotte), ce qui représente 
un accroissement de près de 25 Vo et de 36 hab. par kil. q. 
en dix années. Cette progression ne semble pas près de 
s'arrêter, attendu qu'il y a encore une grande partie de^ 
terres cultivables qui sont vacantes. 

L'île est divisée en 22 résidences : à l'O., Bantam, 
Batavia, Kravang, Cheribon, Preang ; au centre, sur la 
côte N., Tagal, Pekalongan, Samarang, Japara ; sur la 
côte S., Banjoumas, Bagelen, DjOkjakarta ; à l'intérieur, 
sur la côte S., Madioun, Kediri ; sur (e littoral E., Pasou- 
rouan, Probolingo, Besouki ; enfin l'île de Madoura. — Les 
principales villes sont la capitale Batavia (104,590 hab.), 
qui progresse; Sourabaya (117,986 hab.) et Sourakarta 
(100,291 hab.) qui diminuent, Samarang, MasterCorneelis, 
Djokjakarta, Pasarouan, Pekalongan, Touban, Bangkalan. 

L'armée recrutée exclusivement par voie d'engagement 
comprend (en 1893) pour toutes les Indes orientales néer- 
landaises : 13,593 Européens, 57 Africains, 19,753 indi- 
gènes répartis comme suit : 

Officiers Soldats 

Etat-major 537 2 . 5^^ 

Infanterie 707 26.715 

Cavalerie 33 853 

Artillerie 90 2.707 

Génie 10 584 



Total , 



1.377 33.403 



71 ™ 



lAVA 



Il y faut ajouter une réserve coloniale de îS compagnies, 
des gardes civils {schidierijcn) et des corps d'arnice indiens 
(pràdjœrits, légions, barissans, etc.), d' un effectif total de 
8,775 hommes, dont 4,780 indi^fènes. — La flotte des 
Indes orientales comprend (en '1893) 1 corvette protégée, 
16 vapeurs à hélice, 5 vapeurs à roue, \ torpilleur, soit 

23 bâtiments d'une force de 17,768 tonneaux, 16,450 che- 
vaux-vapeur, portant 79 canons de plus et 77 de moins de 
iO centim., et 2,238 hommes d'équipage. Le personnel 
total de la marine était de 627 officiers et élèves, 557 em- 
ployés (médecins, mécaniciens, etc.), 5,939 sous-officiers 
et matelots, plus 2,921 miliciens de mer et 1,204 matelots 
indigènes. Il faut encore ajouter pour l'infanterie de ma- 
rine 55 officiers et 2,106 sous-officiers et soldats. L'en- 
semble des forces, armées de terre et de mer, comporte 
donc un peu moins de 57,000 hommes. C'est, en face des 

24 millions de Javanais, à peu près la même proportion 
que celle des forces anglaises dans Flnde ; mais cette armée 
a de plus à contenir 8 millions de sujets ou de vassaux des 
autres îles de l'archipel malais et les belliqueuses popula- 
tions de Sumatra, Bali, Lombok, Célèbes, etc. Pour Java, 
un chiffre bien moindre suffirait, car la domination néer- 
landaise y est tout à fait acceptée et, depuis 1830, aucune 
résistance, aucun trouble ne s'est produit. 

Ces résultats font honneur à l'habileté des gouvernants ; 
leur politique et leur administration peuvent servir de mo- 
dèle (V. Colonisation, t. XI, pp. 1091-1096). Le principe 
fondamental est de respecter les idées et l'organisation 
auxquelles la population est habituée et attachée. On utilise 
la hiérarchie politique et sociale existante en tenant les 
chefs par le désir des fonctions dont dispose le conquérant. 
Chaque village forme une dcssa ou communauté autonome, 
administrée par un chef élu. La propriété y est collective 
et chaque année on procède à une nouvelle répartition des 
terres entre les villageois. Chacun de ceux-ci paye un impôt 
foncier et est astreint à certaines corvées. Toutefois, le 
collectivisme n'est complet que dans le centre de l'île; à 
TE. et à rO., la propriété individuelle existe souvent. 

Le budget de Java n'est pas distinct de celui des autres 
colonies néerlandaises. Nous en donnons le tableau pour 
l'année 1893. Les recettes atteignaient 130,464,898 flo- 
rins; les dépenses, 136,588,058, soit un déficit de 
6,123,160 florins. Voici le détail des recettes: . 

Aux Pays-Bas Aux Indes 

Vente du café 20.861.024 9.021.500 

— quinquina 178.200 » 

— de rétain 5 . 643 . 462 » 

Ferme de l'opium » 18 . 567 . 000 

Douanes » 12.836.000 

Dimes ou impôt foncier. . » 16.157.000 

Gabelle du sel.. » 8.297.000 

Postes et télégraphes » 1 . 738 . 000 

Chemins de fer 990.000 7.398.000 

Divers 1 .165.192 27.612.520 

Total des recettes 28.837.878 101.627.020 

Dépenses 25.489.592 111 .098.466 

Géographie économique. — Les richesses minières 
sont médiocres. Le minerai de fer est assez ahondant, mais 
de faible teneur et ne léniunère pas l'exploitation ; non plus 
que les sables légèrement aurifères de quelques rivières. 
On trouve beaucoup denaphte et d'asphalte dans les régions 
volcaniques ; du lignite près de Bantam ; du sel en plu- 
sieurs endroits, surtout à Kouwon,près de Samarang ; des 
pierres à bâtir à Kedon ; beaucoup de sources thermales, 
ordinairement sulfureuses ; enfin on exploite dans les pro- 
vinces de Kediîi, Bagelen et Chéribon une terre argileuse 
(silicate d'alumine mêlé d'oxyde de fer, de chaux, etc.) qui 
constitue un aliment très apprécié, particulièrement des 
femmes ; on la fait griller. Les salines maritimes sont mo- 
nopolisées par le gouvernement. 

L'agriculture est ia ressource essentielle de l'île. En 1881 , 



les champs occupaient 3,283,819 hect., dont 2,145,762 
soumis au système de culture officiel, dont on trouvera la 
description à l'art. Colonisa.? ion. La principale culture ali- 
mentaire est celle du riz. On le produit soit dans des rizières 
inondées artificiellement (sawa) ^^oii dans des terres labou- 
rées arrosées par la pluie (tipar) ou simplement fumées 
par des cendres de bois et travaillées {gaga). Les sawa 
sont naturellement plus productifs ; on appelle slokan 
leurs canaux d'irrigation; on y produit, après le riz, 
une seconde récolte de plantes oléagineuses (Imollen) 
ou de coton. Les tipar sont laissés en jachère au bout de 
trois ou quatre récoltes. Le café est cultivé soit sur injonc- 
tion officielle, soit librement par les paysans, surtout à l'O. 
de l'île. Les cultures de la canne à sucre, de l'indigo, du 
thé, sont libres. Celles du nopal à cochenille, du poivre et 
du quinquina (Cinchona succirubra et ledgeriana), in- 
troduites en 1854, sont faites soit pour le compte du gou- 
vernement, soit à l'entreprise. La vente de tous ces pro- 
duits est monopolisée par le gouvernement qui achète natu- 
rellement à bas prix. L'exploitation des bois de teck si pré- 
cieux pour les constructions navales est monopolisée. On 
comptait (en 1885) 517,629 chevaux, 2,046,111 bœufs et 
2,483,991 buffles. — La pêche est active, surtout sur la 
côte septentrionale ; les Madouriens s'y adonnent spéciale- 
ment. Lâchasse est aussi une ressource importante dans les 
montagnes. La récolte des nids d'hirondelles est monopo- 
lisée au profit du gouvernement. 

L'industrie est peu développée, mais quelques branches 
sont remarquables : la tannerie, la joaillerie, le travail du 
fer, du cuivre et du bronze (instruments à musique, kriss 
ou poignards, etc.). Les étoffes tissées et teintes par les 
femmes sont très belles ; on cite, en particulier, les battiks^ 
cotonnades à dessins variés, qu'on fabrique surtout à Sa- 
marang, Badou, Djokjakarta et Sourakarta. 

Les voies de communication sont nombreuses. Un réseau 
de larges routes relie les principales villes. Le gouvernement 
y entretient un service de chevaux qui sont mis à la dispo- 
sition des fonctionnaires civils et militaires, et aussi, moyen- 
nant rétribution, à celle des particuliers. Les transports se 
font dans des charrettes attelées de buffles, et en montagne 
à dos de cheval. — L'île de Java possédait en 1892 un ré- 
seau de 1,258 kil. de chem. de fer, plus 173 kil. en cons- 
truction. Les voies ferrées ont été établies soit par le gou- 
vernement, soit par une compagnie (Nederlandsch Indische 
Spoorweg Maatschappij) ; les principales lignes sont celles 
de Sourabaya à Pasourouan par Sidoardjo et Bangil avec 
embranchements de Bangil à Malang et de Sidoardjo par 
Kertosono à Paron et à Touloung Agoung et Blitar, de Ba- 
tavia à son port de Tandjong Priok ; de Batavia à Buiten- 
zorg ; de Buitenzorg à Tchiandjour, Bandoung, Tchitcha- 
lenga ; de Pasourouan à Probolingo ; de Samarang à Fort 
Willem I et Djokjakarta. — Il faut ajouter qu'une partie 
des transports se font par mer; le cabotage est actif; il 
est fait en partie par les navires de la Nederlandsch In- 
dische Stoomvaart Maatschappij. Celle-ci fait aussi le ser- 
vice de Melbourne et de Hong-kong. Les relations avec 
l'Europe sont assurées par trois compagnies néerlandaises 
(Stoomvart Maatschappij , iNederland , Rotterdamsche Lloyd) ; 
les Messageries maritimes, la compagnie Rubattino, la Pe- 
ninsular and Oriental, grâce à un service côtier, relient 
Java à la grande escale de Singapour. — Les lignes télé- 
graphiques ont une longueur de plus de 6,000 kil. Pour 
l'ensemble des Indes orientales, on comptait (à la fin de 
1891) 7,852kil.(9,095kil. de fils), plus 9i0kil.de câbles; 
233 bureaux, 350,702 dépèches intérieures, 147,342 dé- 
pêches internationales et 31,633 dépêches de service. Un 
câble relie Java à Sumatra et par là à FEurope ; un autre 
à Port-Darwin, au N. de l'xVustrahe. — On comptait à la 
fin de 1891, aux Indes orientales, 193 bureaux de poste 
ayant distribué 5,584,000 lettres intérieures et 1 ,475,000 
extérieures, 1,357,000 cartes postales (dont 79,000 pour 
le service extérieur) et 6,662,000 imprimés et échantil- 
lons (dont 5,600,000 pour le service extérieur). Les recettes 



JAVA 



n — 



se montaient à 4 ,958,879 florins, les dépenses à 3,583,484 
florins, y compris une partie de celles des télégraphes. 

Le commerce de Java est extrêmement important ; il se 
fait surtout avec les Pays-Bas, puis viennent Flnde an- 
glaise, la Chine (Hong-kong), l'Australie, les Etats- 
Unis, etc. Quelques chiffres feront juger de son importance. 
La flotte marchande des Indes orientales à la fin de 4891 
comprenait 4,874 navires jaugeant 2,331,427 tonnes. Le 
mouvement des ports pour le commerce général (non com- 
pris le cabotage d'île à île) accusait aux entrées 3,258 va- 
peurs jaugeant 3,673,000 tonnes et 498 voiliers jaugeant 
400,000 tonnes, soit un mouvement total (entrées et sor- 
ties) de plus de 8 millions de tonnes. Le commerce des 
Indes orientales s'est beaucoup accru depuis le début du 
siècle. En 4825, les exportations se montaient à 49 mil- 
lions de florins et les importations à 44 millions et demi. En 
4864, la seule île de Java exportait pour 407,834,495 flo- 
rins de marchandises et en importait pour 39,740,900. 
En 4884', les exportations se montaient à 449,838,000 
et les importations à 422,446,000. En 4894, pour l'en- 
semble des Indes orientales, on trouve 224,464,000 flo- 
rins aux exportations et 477,434,000 aux importations. 
Les principaux articles d'exportation sont : le sucre 
(54,500,000 fl.), le café (36,600,000 fl.), le tabac 
(32,300,000 fl.); ces deux derniers progressent, le pre- 
mier diminue ; puis viennent l'étain (des îles Banca et Bil- 
liton, 9,200,000 fl.), la gutta-percha (4,600,000 fl.), 
le poivre (4,200,000 fl.), l'indigo (3,200,000 fl.), le riz 
(2,900,000 fl.), la résine de damonar (2,600,000 fl.), 
le gambir (2,600,000 fl.), le thé (2,200,000 fl.), le co- 
pra (2,000,000 fl.), les peaux (2,000,000 fl.). Les ex- 
portations faites pour le compte du gouvernement se mon- 
taienl en 4894 à 22,460,000 florins, les importations à 
9,448,000 florins. 

Histoire. — L'histoire de Java est un peu mieux con- 
nue que celle du reste de l'archipel Malais, dont ce fut la 
partie la plus anciennement et la mieux civilisée, mais 
cette histoire est néanmoins fort obscure. La civihsation 
javanaise vient de l'Inde; pas plus que celle-ci elle n'a de 
chronologie. On peut admettre que la grande immigration 
hindoue se place au ii® ou au i^'^ siècle av. J.-C. et se pro- 
pagea par rindo-Chine et Sumatra. Cependant ces régions 
étaient déjà gagnées par la propagande bouddhiste, et les 
missionnaires hindous qui débarquèrent à Java semblent 
avoir été des brahmanes; du moins, en 414 ap. J.-C, le 
bouddhisme était à peu près inconnu dans l'île au témoi- 
gnage du pèlerin bouddhiste chinois Fa-hian. Le boud- 
dhiste s'est répandu ultérieurement, et les monuments attes- 
tent qu'il y eut une extension comparable à celle du 
brahmanisme. Le nom de Java est d'origine hindoue; c'est 
c'est celui d'une céréale, le panicum italicum^ dont le 
nom sanscrit est cljava; Ptolémée l'applique déjà à l'île. 
Les annales javanaises ont conservé le souvenir d'un grand 
nombre de souverains ou de dynasties bouddhiques, mé- 
langé à des mythes hindous. L'île était divisée en plusieurs 
royaumes dont les capitales sont aujourd'hui ruinées. Les 
principales de ces cités dont on voit encore les restes 
furent :Doho (résid. deKediri), Brambanan, Madang-Ka- 
molan (près de Virosobo), Djenggolo (résid. de Sourabaya), 
Singhasari (près de Malang), Padjedjaran (65 kil. de Ba- 
tavia) et surtout Madjapahit (près de la rivière Kediri, au 
S.-O. de Sourabaya) dont les immenses ruines attestent 
l'antique splendeur; il faut citer aussi le colossal temple 
de Boro-Boudor, dans la plaine de Progo (résid. de Ke- 
don), entre quatre volcans. C'est une pyramide de 457 m. 
de côté et 36 m. de haut, avec six terrasses successi\es, 
bordées de balustrades que surmontent 400 niches, voû- 
tées en coupole et renfermant 400 statues colossales de 
Bouddha. La terrasse supérieure porte trois terrasses cir- 
culaires concentriques avec 78 chapelles (dagops) en forme 
de cloche; un dernier dagop et un Bouddha de 4 m. de 
haut couronnent l'édifice. Il est bâti en trachyte et décoré 
de 2,000 grands bas-reliefs. 



Ces difierents royaumes guerroyaient les uns contre les 
autres. Les deux principaux étaient: Padjedjaran et Mad- 
japahit. A la fin du xiu^ siècle, le vaillant Ôuttou Gadéva 
réunit l'île entière sous sa domination. Son empire se dis- 
loqua après sa mort. En 4304, le sultan de Ternate s'em- 
para de Madjapahit; mais en 4359 les indigènes y repri- 
rent le dessus. Au milieu du xv^ siècle, Ankavidjaya fonda 
le grand empire de Madjapahit. Il conquit non seulement 
l'île de Java, mais presque toute la Malaisie ; 25 grandes 
îles lui obéissaient : les Moluques, presque tout Bornéo, 
toutes les îles de la Sonde, Sumatra, la presqu'île de Ma- 
lacca. Cet empire fut détruit par les musulmans en 4478. 
Maîtres de l'Inde, ils s'attaquèrent au dernier pouvoir po- 
litique qui représentait les religions hindoues. Leur pre- 
mière invasion date de 4405. Les vaincus résistèrent à 
l'E. de Java et trouvèrent un refuge dans l'île de Bali où 
ils se sont maintenus. Java fut entièrement conquise par 
l'islamisme et de nouveau morcelée. A côté des Etats fondés 
par les envahisseurs arabes, il se reconstitua des Etats 
malais. La prédominance politique sur l'archipel appartint 
quelque temps aux souverains de Malacca, jusqu'au jour 
où les Portugais s'emparèrent de la ville (4544). Les prin- 
cipautés entre lesquelles fut divisée Java furent celles de 
Demak à TE., Chéribon à l'O., celles de Bantam et Mata- 
ram, auxquelles s'ajoutèrent celles de Djakatra, Kalinia- 
mot, Kedon, Madoura, etc. Au xvi« siècle, il ne subsistait 
que quatre principautés : Mataram, la plus importante, 
Djakatra, Chéribon et Bantam. En 4579, les Portugais 
nouèrent avec les Javanais des relations régulières. Mais 
dès 4594 parurent les Hollandais. En 1640, ils s'emparè- 
rent de Djakatra; en 4619, ils y fondèrent Batavia; en 
4682, ils se substituèrent aux Anglais à Bantam ; au milieu 
du xviii^ siècle ils profitèrent de ce que le sultan de Ma- 
taram les appelait contre les Madourans et les gens de 
Macassar, pour lui imposer leur protectorat, diviser son 
royaume en deux parties, celle de l'O., qui demeura à son 
héritier avec le titre de soushounan et celle de l'L. attri- 
buée à un parent avec le titre de sultan. Après l'occupa- 
tion anglaise (4841-15), les grandes insurrections s'ache- 
vèrent par l'annexion directe de l'île entière, sauf deux 
principautés insignifiantes. On trouvera dans l'art. Colo- 
nisation une histoire complète de l'installation des Hollan- 
dais à Java, de la conquête et de l'organisation de l'île. 

A.-M. B. 

BiBL. : Van der Chus adi-essé une bibliographie com- 
plète des ouvrages relatifs a Java publiés d'e 1659 à 1870 
dans le 2« fasc. du t. XXXIX des Mém. de la Soc. des arts 
et sciences de Batavia {Verh. Baiav. Gen. van Kunster en 
Wetenschappen); Batavia, 1880, in-4. — Kas, Geogr. bi- 
bliogr. van Nederl. Oost Indie; Uirecht, 1881, a donné une 
bonne bibl. des ouvrages publiés de 1865 à 1880. — Nviioff 
en a donné une autre en 1883. 

Il faut citer parmi les ouvrages d'ensemble : Fr. Valen- 
TYN, Oud euNieuw Oost-Indieh; ûordrecht et Amsterdam, 
1721-26, 9 vol. gr. in-fol. ; ouvrage capital, rédigé par un 
missionnaire. — TEMMiNCK,Cowpci"œi/ sur les possessions 
néerlandaises dans l'Inde archlpélagique ; Leyde, 1816-19, 
3 vol. in-8. — Verhandelingen over denatuurlijke geschie- 
denis der Nederlandsche ôverzeesche Bentzungen; Leyde, 
1837-47,3 vol. in-fol. av.ûg:. — Roord a, H andboek der L and 
en Volkenkunde van Nederlandsche Indie; Amsterdam, 
1841, 4 vol. in-8. — Siebold et Melvill van Carnbee, le 
Moniteur des Indes orientales et occidentales; La Haye, 
1846-50, 4 vol. in-8 av. cartes. ~ Veth, Catalogue de la 
section des colonies néerlandaises à Vexposiliorî coloniale 
Internationale d'Amsterdam de iS83; Leyde, 1883, m-8. — 
On trouvera d'abondants matériaux dans les Mém. de la 
Soc. de Batavia (en holL), quia publié depuis 1781 une cen- 
tame de volumes, et dans les contributions à l'étude de la 
langue, la géographie et l'ethnographie des Indes néer- 
landaises {Bijdragen tôt de Taal, Land en Volkenkunde 
van Nederlandsche Indie) qui se publient depuis 1853 à La 
Haye. 

Les meilleurs atlas sont ceux de Hinderstein (1812, 
8 feuilles au 2,250,000% et surtout Melvill et Versteeg 
qui embrassent toutes les Indes néerlandaises, et celui de 
HoLLANUER ct DoRNEiSEN rjui accompagne Texcellent ira- 
nuel du premier [Handleiding van Ned. Indie; l':'82, 
2 vol., 4" éd.). — Serne a donné une carte d'ensemblo au 
4,000,000» (Amsterdam, 1878, 4 fouilles). — Pour Vile de 
Java, Valentyn a donné dès 1726 une carte en 7 feuilles 
au 625,000% — L'atlas de Melvill comprend une carte de 



Java en 23 feuilles; 2« éd. par Versteeg, 1870.— Jungeiuhx 
a donné une carte au 350,000% 2« éd., La Flaye, 1878; repro- 
duite dans les Mitth. de Petermann en 1860. — Enfin le 
ministère des colonies publie à La Haye dos cartes topo- 
graphiques au 100,000«. 

Parmi les nombreux ouvrages spéciaux publiés sur l'île 
de Java, on peut citer : Junghuhh, Java (néerl.); Amster- 
dam, 1850-55 (trad. ail., Leip/ig, 1852-54, 3 vol. — Kussen- 
DRAGGER, Natuuv en Àardryhsk^uidige Beschrijving van 
Java; Groningue, 18-11, in-8. — iMoney, Java /^ow ta ma- 
riage a colony ; Londres, 1861, 2 vol. ~ W. Barringtoin: 
D'ALMEiDA^Life in Java ; Londres, 18G4, 2 vol. in-8. — Brum 
et Van Hœvell, Alterthinner des Ostindischen Archipels ; 
Berlin, 1864, in-8. — De Molins , Voyage à Java^ dans le 
Tour du monde, 1864, t. X, pp. 231-289. — Java, dans Re- 
vue maritime et coloniale, t. XIV-XVII, 1865-66. — Van 
Leent, Java, Géographie médicale, dans Arch. de méd. 
navale, avr.-oct. 1868. — Veth, Java; Haarlem, 1875-81, 
in-8. — Leemans, Boro Boudour; Leyde, 1874, in-8. — 
Meister, Bilder aus Java; Zurich, 1874. — Winckel, 
Esai sur Vadmin. de la justice aux Indes orientales; Ams- 
terdam, 1880, in-8. — Charnay, Miss, dans Vile de Java, 
dans Arc/i. mlss.^ t. VIL— HoFDijK,/n'^ llarlje van Java; 
Amsterdam, 1882. — Van den B[':rg, De Handel van Java; 
1883. — K.-W. Van Gorkom, De Oostlndische Cultuure; 
1883. — Kan, Histoire des découvertes dans l'archipel in- 
dien; Leyde, 1883. — Raifle, Hlslory of Java; Londres, 
1817, 2 vol. in-4; 2« éd., 1830. — Dulaurier, Empire de 
Madjapahit, dans Nouv. Journal asiat., 1846, t. Vil, p- 544, 
et t. XIII, p. 523. — Lassen, Indische AUerthumskunde^ 
t. IV, p. 506. — Van D éventer, Gtschledenis der Neder- 
landers op Java ; Haarlem, 1886 et suiv. 
JAVAES. Rivière du Brésil (V. Chavàistes). 
JAVAL (Léopold), homme politique français, né à 
Mulhouse le 4^^ déc. 1804, mort à Paris le 28 mars 4872. 
Fils d'un riche industriel israélite, il fit comme volontaire 
l'expédition des gorges de l'Atlas. Il avait été nommé 
sous-lieutenant de cavalerie lorsque sa famille l'obligea à 
rentrer en France. Il coopéra à la fondation des premiers 
omnibus de Paris, connus sous le nom d'Orléanaises 
et de Favorites, dirigea la banque paternelle, et s'associa 
à la plupart d- s grandes affaires industrielles du moment, 
entre autres l'établissement des chemins de fer en Alsace, 
Le 22 juin 4857 il était élu député au Corps législatif par 
le dép. de l'Yonne on il avait créé la ferme-école de Vau- 
luisant. Membre du tiers-parti, il prit une part considérable 
aux débats d'atfaires et se montra libre-échangiste cou- 
vaincu et éloquent. Réélu en 4863 et 4869, ircombattit 
le plébiscite et, avec Thiers et E. Picard, ses amis, pro- 
clama la République. Il fut élu représentant de l'Yonne à 
l'Assemblée nationale le 8 févr. 4 874 . 

JAVAL (Louis-Euiile), ocuMste et homme politique fran- 
çais, fils du précédent, né à Paris le 5 mai 4839. Sorti de 
l'Ecole des mines de Paris en 4864, avec le diplôme d'in- 
génieur civil, il se fit recevoir docteur en médecine en 1 868. 
Il s'est, depuis lors, à peu près exclusivement consacré à 
des travaux d'oculistique. Ils ont spécialement porté sur 
l'astigmatisme, pour la détermination duquel il a inventé 
un ingénieux appareil, d'une très grande précision, l'op- 
tomètre binoculaire (Y. Astigmatisme, t. IV, pp. 362 et 
363), et sur le strabisme, dont il a beaucoup contribué à 
perfectionner les méthodes de guérison. Il s'est aussi pré- 
occupé de l'hygiène de la vue dans les établissements d'ins- 
truction et a proposé de nombreuses réformes (jréventives. 
Il a été nommé en 4877 directeur du laboratoire d'ophtal- 
mologie de la Sorbonne, et il est depuis 4885 membre de 
PAcadémie de médecine. A une élection partielle de 4885 
et, quelques mois après, aux élections générales, le dép. 
de l'Yonne l'a envoyé à la Chambre des députés, oii il a 
siégé parmi les républicains opportunistes et où il a pro- 
noncé plusieurs discours très remarqués sur la question de 
la dépopulation de la France, contre l'entreprise de Panama, 
en faveur de l'assurance ouvrière, etc. Il a été l'un des pro- 
moteurs de la candidature Carnot à la présidence de la Ré- 
publique. Il ue s'est pas représenté en 4889. Il est Fauteur 
de plus de deux cents mémoires originaux et articles parus 
dans divers recueils et journaux {Annales d'ocidistigue^ 
Hevue d'hygiène, Compte rendu de la Soc. de hiolo- 
yie.eic). Ù a, en outre, donné à part : Du Strabisme dans 
ses applications à la physiologie de la vision (Paris, 
4808, in-8) ; Hygiène des écoles primaires et des écoles 



— 73 — JAVA — JAVELAGE 

maternelles (Paris, 4884, in-8) ; Mémoires d'ophtal- 
mométrie^ édités en quatre langues ; Manuel du stra- 
bisme (Paris, 4894, in-8), etc. Il a enfin traduit de VdS.- 
hmmAV Optique physiologique d'Helmholtz (Paris, 4867, 
in-8). ' L. S. 

BiBL. : Exposé des travaux scientifiques du D"" Javal ; 
Paris, 1882, in-4. 

JAVALAMBRE (Penade). Massif montagneux d'Espagne 
qui couvre de ses épais rameaux les confins des anciennes 
provinces d'Aragon et de Valence ; les pentes couvertes de 
bois de pins et de chênes envoient leurs eaux au Mijarès, 
au Palencia et surtout au Guadalaviar. Le point culminant 
est le Pico Javalambre, avec 2,002 m. E. Cât. 

JAVAN ou YAVAN est, d'après la table généalogique de 
la Genèse^ le nom de l'un des fils de Noé, par lequel est 
désignée la Grèce (lonie, Ioniens). C'est dans le même ordre 
d'idées que le livre de Daniel désigne Alexandre comme 
étant le ^< roi de Javan ». 
JAVARI (V. Yâvâiu). 

JAVART(Art. vétér.). Le javart est une nécrose partielle 
de la peau, des tendons, des ligaments et des fibro-cartilages. 
Lejavart cutané est un furoncle et consiste essentiellement 
dans la nécrose du derme et dans l'élimination de la partie né- 
crosée. Le javart tendineux, sorte de panaris, se caractérise 
par une fistule persistante, qui est l'expression de la né- 
crose partielle soit des tendons, soit des Ugaments. Le javart 
cartilagineux a son siège sur les fibro-cartilages complé- 
mentaires de l'os du pied. Le froid, la neige, le séjour dans 
des écuries humides et malpropres, des heurts, des coups, 
des blessures, telles sont les causes principales des javarts. 
Des cataplasmes émollients, des bains d'eau de lin ou de 
son, favorisent l'élimination du bourbillon s'il s'agit de 
javart cutané ou tendineux ; les pansements stimulants, 
excitants, antiseptiques, faciliteront et hâteront la cicatri- 
sation des plaies. Quant au javart cartilagineux caractérisé 
par la nécrose du cartilage et la fistule qui en est la con- 
séquence, les injections excitantes d'alcool, de liqueur de 
Villate peuvent en avoir raison au début. Si, malgré ce trai- 
tement, la fistule persiste, s'il y a claudication, il y aura né- 
cessité de recourir à l'opération, c.-à-d. à l'extirpation du 
fibro-cartilage. L. Garnier. 

JAVâUGÛES. Corn, du dép. de la Haute-Loire, arr. et 
cant. de Brioude; 331 hab. 

JAVEA. Ville d'Espagne, prov. d'vVlicante, sur la rive 
gauche du Jalon et à 2 kil. de la mer ; 7,000 hab. 
Le littoral près de là est très découpé et présente un grand 
nombre de grottes curieuses. La ville, abritée contre les 
vents du N., a un climat très doux ; elle a de vieilles mu- 
railles, garnies de tours, des rues étroites et en pente, 
mais bien entretenues. Commerce de raisins secs ; tissus. 
Le port est fréquenté par des navires anglais qui viennent 
charger des fruits et par des balancelles espagnoles. Javea 
est en relations fréquentes avec l'Algérie, et est le point 
d'atterrissement du câble qui relie les Baléares à l'Espagne. 
JAVEL (Eau de) (V. Chlorure décolorant). 
JAVELAGE (Agric). Cette pratique consiste à laisser 
quelque temps les céréales sur le sol après les avoir cou- 
pées, avant de les mettre en gerbes (V. ce mot). Le javet 
lage est nécessaire pour que les plantes nuisibles puissen- 
sécher avant la mise en gerbes et pour que la céréale, qui 
toujours doit être fauchée un peu prématurément, puisse 
achever sa maturation. C'est surtout dans les régions sep- 
tentrionales qu'on pratique le javclage ; dans le Midi, il est 
beaucoup moins nécessaire, car le temps y étant sec, les 
mauvaises herbes se fanent pendant la coupe et la matura- 
tion s'achève en gerbes. Il n'en est pas moins vrai que le 
javelage doit être surveillé ; il est de la plus haute impor- 
tance qu'il ne dure pas trop longtemps, surtout si le temps 
est humide; autrement les grains germent et l'herbe pousse 
à travers les javelles ; ceci est surtout vrai pour le seigle 
et l'orge. Quant au blé, il peut rester en javelles quatre à 
six jours sans souffrir ; si on est obligé d'aller au delà, il 
faut retourner les javelles dès que leur face supérieure est 



JA VELAGE -- JAY 



sèche. L'avoine peut rester huit jours; quelquefois on la laisse 
douze ou quinze jours, mais alors son grain augmente de 
volume au détriment du poids, ce qui nuit à sa valeur mar- 
chande (V. Moisson). Alb. L. 

JAVELINE, JAVELOT (Arm. anc). Il convient de 
donner ce noiu à toutes les armes de jet, aux traits qu'on 
lançait à la main, comme aujourd'hui encore les sauvages de 
l'Afrique et de l'Océanie jettent leurs sagaies. Le type de 
ces armes dans l'antiquité est le pilum romain qui, en se 
modifiant, devint l'angon des Francs. Au moyen âge, ces 
armes furent peu employées sinon par les peuples orien- 
taux, mais les Catalans et autres Européens méridionaux, 
qui avaient de fréquents rapports avec les Turcs, en adop- 
tèrent l'usage sous le nom de dardes. 

Plus tard, ces cavaliers grecs, albanais ou épirotes qui, 
sous le nom de stradiots, servirent de cavalerie légère en 
France, en Italie et ailleurs, étaient munis d'une longue 
javeline dont ils se servaient comme d'une lance. Cette 
javeline, d'origine turque, atteignait une longueur de 7 à 
8 pieds, et c'est d'elle que dérive la lance moderne dont les 
pandours autrichiens ramenèrent l'emploi sur les champs 
de bataille au xviu^ siècle (V. Pilum, Sagaie, Lange et 
Hast [Armes d']). On doit laisser le nom de javelot aux 
traits longs de moins de 4 pieds, souvent faits entièrement 
d'acier, que les Indiens, les Turcs, les Persans maniaient 
avec tant d'adresse, il y a peu de temps encore, et qu'ils 
lançaient à de grandes distances. Maurice Mâindron. 

JAVENÉ. Com. dudép. de l'Ille-et-Vilaine, arr. et cant. 
de Fougères ; 973 hab. 

JAVÈBCY (Sieur de) (V. Félibien). 

JAVERDAT. Com. du dép. de la Haute-Vienne, arr. de 
Rochechouart, cant. de Saint-Junien ; i.l49 hab. 

JAVERLHAC. Com. du dép. de la Dordogne, arr. et 
cant.deNontron,sur leBandiat; 1,535 hab. Stat. du chem. 
de fer d'Orléans, ligne du Quéroy àNontron. Colonie agri- 
cole pénitentiaire privée à Jommeîières. Forges ; minerai 
de fer. Monument mégalithique connu sous le nom de Pierre 
Virade. Château des xin^, xv^ etxviii^ siècles. 

JAVERNANT. Com. du dép. de l'Aube, arr. de Troyes, 
cant. de Bouilly; 214 hab. 

JAVIE (La). Ch.-l. de cant. du dép. des Basses-Alpes, 
arr. de Digne, au confinent de la Bléone et de l'Arigeol ; 
AQ6 hab. Forêt communale. Commerce de prunes. Châ- 
teau en ruines. 

JAVOGUES (Claude), homme politique français, né à 
Bellegarde le 19 août 1759, mort à Paris le 10 oct. 1796. 
Fils d'un notaire, il servit d'abord dans l'armée, devint 
ensuite élève de procureur et s'établit à Montbrison en 
1789. Administrateur du district de Montbrison, il fut élu 
député du Rhône-et-Loire à la Convention, siégea à la 
Montagne et vota la mort de Louis XVL Envoyé le 20 juil. 
1793 dans Sanne-et-Loire, sa mission fut ensuite étendue 
aux dép. de Rhône-et-Loire et de l'Ain. Il se montra 
très rigoureux, surtout contre les riches. Couthon, qu'il ac- 
cusait de modérantisme, le fit rappeler. Décrété d'arresta- 
tion, il bénéficia de l'amnistie votée dans la dernière séance 
de la Convention. Pris dans l'affaire du camp de Grenelle, 
le 25 fructidor an IV, il fut condamné à mort et fusillé. 

JAVOLS (Gabales). Com. du dép. de la Lozère, arr. 
de Marvéjols, cant. d'Aumont; 1,154 hab. Ancien chef- 
lieu de la civitas Gabalum, on l'identifie avec Anderitum^ 
station romaine citée par les itinéraires. Javols paraît avoir 
été assez important à l'époque impériale. Des fouilles effec- 
tuées dans ce siècle ont amené la découverte de monuments 
considérables, d'inscriptions et de nombreuses monnaies; 
Anderitum fut en grande partie détruit par des Barbares, 
probablement dès le m^ siècle, date d'une première inva- 
sion; il ne s'est jamais complètement relevé de cette ca- 
tastrophe. Toutefois il resta pendant longtemps encore la 
capitale du pays, et les évêques y résidèrent probablement 
jusqu'au milieu du x® siècle, date de leur établissement 
définitif à Mende. Au x\m^ siècle la seigneurie appartenait 
au comte de Peyre, Les habitants vivaient des produits du 



sol et de la fabrique de draps grossiers. Source thermale 
fréquentée par les gens du pays. A. Molinier. 

liiBL. : Congrès archéologique de France (séances de 
1857); Cacn, 1858, in-8, pp. 99-110. 

JAVORZNO. Bourg d'Autriche, prov. (}e Galicie, district 
de Chrzanov; 5,500 hab. Mines de houille; fonderie de 
zinc ; verrerie. 

JAVREZAC. Com. du dép. de la Charente, arr. et cant. 
de Cognac; 080 hab. 

JAVRON. Com. du dép. delà Mayenne, arr. de Mayenne, 
cant. de Couptrain; 2,195 hab. Stat. du chem. de fer de 
l'Ouest, ligne de Mayenne à Pré-en-Pail. Fabriques de ma- 
chines agricoles, de clous, de sabots. Eglise (mon. hist.) 
des xii*' et xv^ siècles. 

JAVUREK. Peintre tchèque, né à Prague en 1810. H fit 
ses études à Vienne et à Prague et les compléta par des 
séjours à Anvers, à Dresde et à Paris. On lui doit un cer- 
tain nombre de tableaux historiques, notamment : la Mort 
de r empereur Alhrecht ; l'Assassinat du dernier Pré- 
myslide ; le Meurtre des officiers de Waldstein ; les 
Adieux de Jean Hus, des portraits, etc. 

JAX. Com. du dép. de la Haute-Loire, arr. de Brioude, 
cant. de Paulhaguet; 547 hab. 

JAXU. Com. du dép. des Basses-Pyrénées, arr. deMau- 
léon, cant. de Saint-Jean-Pied-de-Port ; 329 hab. 

JAY (John), homme d'Etat nord-américain, né à New 
York le 12 déc. 1745, mort à Bedford (Massachusetts) 
le 17 mai 1829. Descendant d'Auguste Jay, protestant 
français de La Rochelle, il prit part aux pourparlers préli- 
minaires de l'insurrection des colonies américaines, con- 
seilla la réunion d'un congrès général et y fut délégué 
(sept. 1774). Il rédigea l'adresse au peuple de Grande- 
Bretagne, une autre aux Canadiens, fut un des commis- 
saires chargés de correspondre avec les libéraux euro- 
péens, de s'entendre avec la France, etc. En 1779, il fut 
nommé ambassadeur en Espagne, n'y obtint rien et se 
rendit à Paris où il négocia avec Franklin le traité de paix 
avec la Grande-Bretagne (1782-84). En 1788,11 décida 
l'Etat de New York à accepter la constitution fédérale. 11 
fut nommé président de la cour suprême (1789). En 
1794, il fut chargé d'une mission en Angleterre pour la 
délimitation des frontières et l'estimation des indemnités 
dues aux Américains pour les prises illégales faites par les 
croiseurs britanniques. Il conclut un traité qui fut mal 
accueilh aux Etats-Unis, mais ratifié. Il fut six ans gou- 
verneur de l'E^tat de New York, se retira en 1800 et 
acheva sa vie dans sa propriété paternelle. Jay était d'un 
caractère très élevé et très pur dans sa vie privée et pu- 
blique, humanitaire, imbu d'idées de justice ; très pieux il 
appartenait à l'Eglise épiscopale. La solidité et la rectitude 
de son jugement, sa vigueur logique lui valurent l'estime 
générale. Ce fut un des plus marquants parmi les fonda- 
teurs des Etats-Unis. — Son fils William (1789-1868) 
prit une part active aux mouvements religieux, antiescla- 
vagiste et antimilitaire. Son livre : War and Peace ; 
the evils of tlie first^ with a plan for supporting the 
last (1848), eut un grand succès. — Son fils John, né en 
1817, fut ambassadeur à Vienne. A. -M. B. 

JAy(Antoine),littérateurfrançais, né à Guîtres (Gironde) 
le 20 oct. 1770, mort à Chaberville (Gironde) le 9 avr. 
1854. Elève des oratoriens de Niort, où il compta parmi 
ses maîtres Fouché,plus tard duc d'Otrante, il termina ses 
études à Toulouse, où il s'inscrivit au barreau, puis, do 
1795 à 1802, parcourut l'Amérique du Nord. Précepteur 
pendant six ans des fils du duc d'Otrante, il débuta, en 
1808, par un Eloge de Corneille. Directeur du Journal 
de Paris, professeur à l'Athénée, membre de la Chambre 
des représentants pendant les Cent-Jours, collaborateur du 
Constitutionnel, de la Minerve, fondateur avec Jouy, 
Arnault et de Norvins de la Biographie nouvelle des 
contemporains, Jay fit preuve à la fois en politique d'un 
libéralisme sincère et en littérature de l'opposition la plus 
intransigeante. Membre de la Chambre des députés de 



- 75 ^ 



JAY — JEAN 



1821 à 1837, il remplaça, en 1832, le duc de Montes- 
quiou-Fezensac à FAcadénue française et il eut lui-même 
pour successeur Silvestre de Sacy. 

Outre une relation de ses pérégrinations en Amérique, 
insérée dans le Nouveau Journal des voyages (1803) et 
sa collaboration aux journaux et recueils cités plus haut, 
Jay a publié un choix de ses articles intitulé le Glaneur 
ou Essais de Nicolas Freeman (1812, in-8) ; Histoire 
du ministère du cardinal de Richelieu (1815, 2 vol. 
in-8); la Conversion d'un romantique (1830, in-8), 
pamphlet en prose spécialement dirigé contre les Poésies 
de Joseph Delorme de Sainte-Beuve ; enfin un recueil de 
ses OEuvres littéraires (183i, 4 vol, in-8). Une condam- 
nation à trois mois de prison, provoquée par une notice 
sur Boyer-Fonfrède dans la Biographie nouvelle^ lui donna 
Jouy (V. ce nom) pour compagnon de captivité à Samte- 
Pélagie et fut l'origine de sa collaboration aux Hermites 
en prison, ainsi qu'au Salon d'Horace Vernet^ analyse 
pittoresque de quarante-cinq tableaux exposés chez lui 
(1822, in-8). M. Tx. 

JAYâC. Com. du dép. de la Dordogne, arr. de Sarlat, 
cant. de Salignac ; 621 hab. 

JAY AT. Com. du dép. de l'Ain, arr. de Bourg, cant. de 
Montrevel; 1,104 hab. Stat. du chem. de fer de Chaion 
à Bourg. 

JAYET (Miner.) (V. Jais). 

JAY ME, rois d'Aragon et de Majorque (V. Jacques et 
Aragon). 

JAYR (Hippoiyte-Paul), homme politique français, né à 
Bourg le 25 déc. 1801. Préfet de l'Ain (183^^), de la Loire 
(1837), de la Moselle (1838) et du Rhône (1839), il fut 
créé pair de France le 9 juil. 1845. Le 9 mai 1847, il 
remplaça dans le cabinet Soult le ministre des travaux 
publics Teste et se signala par un remarquable travail sur 
î'orga'nisation du corps des mines et des ponts et chaussées. 
Il conserva ces fonctions dans le cabinet Guizot du 19 sept. 
1847 et rentra dans la vie privée lors de la Révolution de 
1848. Il a longtemps fait partie du conseil d'administration 
des chemins de fer de l'Est. 

JAZENEUIL. Com. du dép. de la Vienne, arr. de Poi- 
tiers, cant. deLusignan, sur la Yonne ; 1,182 hab. Eglise 
(mon. hist.) du xu^ siècle. 

JAZENNES. Com. du dép. de la Charente-Inférieure, arr. 
de Saintes, cant. de Gémozac ; 530 hab. Stat. du chem. de 
fer de Paris à Royan. 

JAZLOWICKI. Ancienne famille polonaise établie en 
Podolie. Elle doit son nom à la petite ville de Jazlowiec 
(Galicie). Ses principaux représentants ont été : Wacslav 
Jazlowicki (xvi® siècle), grand hetman de la couronne, 
castellan de Kamenets, voiévode de Podolie et de Ruthénie, 
commandant des troupes de frontières de ces provinces ; 
il mourut en 1575. — Nicolas Jazlowicki, fils du précé- 
dent, occupa ^Xixûmvs starosties ; en 1576, il fut envoyé 
auprès d'Etienne Batory pour lui annoncer son élection ; 
dans une expédition contre les Valaques il fit prisonnier 
le fameux chef janku. Il avait rêvé de conquérir la Crimée 
avec une armée cosaque, mais il échoua dans cette entre- 
prise. Il mourut en 1594. L. L. 

JEAN (Feu de la Saint-) (V. Feu, t.XVII, p. 369). 

JEAN-DE-DiEU (Saint) (V. Charité [Frères de la]). 

JEAN-le-Blanc (Ornith.).Nom vulgaire du Circaète de 
Yrance (Circaetus gallicus) (V. Circaète). 

JEAN-MAYEN(Ile de) (V. Jan Mayen). 

JEAN. Nous avons classé les personnages de ce nom 
dans l'ordre suivant : i^ les saints; 2^ les papes; 
S° les empereurs, rois et princes^ classés par pays^ 
selon l'ordre alphabétique : Angleterre, empire byzan- 
tin, etc. ; sous chacune de ces rubriques, on trouvera 
d'abord les empereurs^ les rois, puis les priiices ; P les 
personnages divers. 

saints 

JEAN (Saint), apôtre. Jean, fils d'un pêcheur du lac de 
Génésareth, du nom de Zébédée, fut, ainsi que son frère 



Jacques, une des premières personnes qui s'attachèrent à 
la fortune de Jésus de Nazareth. Les deux frères forment 
avec Pierre un cercle plus intime, auquel Jésus confie vo- 
lontiers ses plus secrètes pensées; les membres de ce pe- 
tit groupe se mettent volontiers en avaîit et manifestent 
leurs anibitions avec une intempérance qui leur vaut de sé- 
vères avertissements. Dans les premiers temps de l'Eglise 
chrétienne, Jean continue de faire partie du triumvirat 
apostolique qui prétend décider souverainement de l'orien- 
tation de la jeune communauté. De son côté, le quatrième 
évangile nous représente Jean comine le disciple bien-aimé 
de Jésus, que celui-ci initie aux raffinements d'un mysti- 
cisme singulièrement complexe. D'autre part, la tradition 
ecclésiastique veut que Jean se soit, quelque temps avant 
la destruction de Jérusalem, fixé en Asie Mineure ; il aurait, 
au cours de sa longue vieillesse, imprimé aux communautés 
chrétiennes de ce pays, la marque de sa conception particu- 
lière du christianisme. En somme, la personne de raf)ôtre 
Jean reste entourée d'une i fort grande obscurité; elle ne 
peut prendre corps que pour ceux qui lui attribuent la 
composition soit de V Apocalypse, soit de l'Evangile et des 
Epîtres johanniques; mais aucun de ces cinq ouvrages ne 
saurait être attril3ué à l'un des disciples immédiats de Jésus . 
Evangile et épltres de saint Jean. — Le Nouveau 
Testament et la tradition ecclésiastique attribuent à l'apôtre 
Jean la composition de cinq des livres qui figurent au canon 
des Ecritures, à savoir l'Apocalypse, le quatrième évan- 
gile et trois épîtres. On a donné toutes les indications né- 
cessaires à l'intelligence du premier de ces ouvrages dans 
un article spécial (V. Apocalypse) et l'on a établi que 
V Apocalypse canonique ne pouvait être attribuée à Jean, 
fils de Zébédée, ni dans son inspiration première, ni dans 
sa forme primitive. En ce qui touche l'Evangile, nous avons 
fait voir également (V. Evangile) que l'écrit attribué à 
saint Jean est un remaniement des trois premiers évangiles, 
inspiré par une pensée systématique absolument étrangère 
aux manières de voir et de sentir du prerier cercle des 
apôtres. Ce mysticisme subtil qui enlève à la figure de Jé- 
sus tous les traits d'une personnalité vivante et le réduit à 
l'état d'une abstraction impersonnelle, n'a pu prendre corps 
qu'à un moment où l'Eglise sacrifiait les souvenirs réels 
et matériels de son fondateur aux illusions d'une savante 
métaphysique. Cette métaphysique théologique plonge elle- 
même ses racines dans le philonisme et, d'une manière plus 
générale, dans les spéculations judéo-alexandrines. Attribuer 
une oeuvre d'analyse raffinée à Tun des compagnons immé- 
diats de Jésus, c'est commettre un non-sens historique et 
littéraire, c'est faire violence à la psychologie. Cependant 
quelques écrivains distingués ont entrepris récemment de 
soutenir que, si la doctrine du quatrième évangile est visi- 
blement étrangère à la sphère où se mouvait la pensée des 
premiers chrétiens, l'auteur avait en sa possession des sou- 
venirs d'un prix inestimable sur le cadre de la vie de Jésus, 
ce que M. Sabatier ne craint pas d'appeler « une tradition 
positive et originale sur la vie de Jésus ». On arrive ainsi 
à une formule faite pour ménager certaines susceptibilités, 
mais qui ne donne point satisfaction aux exigences d'iuie 
démonstration rigoureuse : « Le quatrième évangile peut et 
doit être ramené à l'apôtre Jean, mais d'une façon médiate 
et indirecte. Il représente la forme qu'avait revêtue l'his- 
toire évangélique en Asie Mineure dans les cercles où s'était 
exercé son long ministère. C'est une solution moyenne ré- 
sultant du double caractère de cet écrit, où il est aussi 
difficile de méconnaître la préoccu[>ation du théologien et 
du commentateur que la tradition positive et précieuse d'un 
témoin de Jésus. » Ces efforts désespérés pour sauvegarder 
en quelque mesure l'historicité de l'évangile johannique, 
après qu'on a sacrifié son contenu dogmatique, ne nous 
semblent pas devoir renciintrer beaucoiip d'écho en dehors 
.des cercles où des considérations officielles rendent néces- 
saires de gazer les résultats purement négatifs d'une cri- 
tique fondée sur des principes rationnels. Nous nous bor- 
nerons à rappeler quelle déformation le quatrième évangile 



JEAN — 

fait subir aux miracles rapportés dans les synoptiques, dé- 
formation qui s'explique toujours par des motifs systéma- 
tiques, des faits tels que la purification du Temple rapportée 
aux débuts de la carrière de Jésus, la lourde et pénible in- 
venûon qui se montre dans le miracle des noces de Cana et 
de la résurrection de Lazare, deux prodiges qui sont la la- 
borieuse mise en œuvre de propositions purement dogma- 
tiques. M. Renan s'était placé à un autre point de vue 
quand il retenait quelques-unes des indications du quatrième 
évangile; il se préoccupait de ne pas trop dégarnir ses 
sources et sacrifiait les exigences de la critique au souci de 
la composition littéraire. L'évangile attribué à l'apôtre saint 
Jean n'a rien de commun avec ce personnage. 

Nous en devons dire autant des épîtres, qui appartiennent 
au même cercle d'idées que le quatrième évangile. La pre- 
mière et la plus importante rappelle la théologie de l'Evangile 
dont elle est l'application pratique. M. Sabatier l'a carac- 
térisée avec exactitude en disant que « nul écrit du Nou- 
veau Testament ne se prête moins à l'analyse que celui-là. 
On peut même se demander si nous sommes en présence 
d'une lettre s'adressant à des lecteurs particuliers avec un 
but spécial. On dirait plutôt une homélie famihère, pleine 
sans cloute d'une idée dominante, mais où les pensées de 
détail se succèdent sans ordre logique, appelées par les in- 
cidents du discours, par le dernier mot qui vient d'être 
écrit. Aussi renoncerons-nous à les distribuer dans un cadre 
quelconque. Il suffira de noter l'idée inspiratrice et le sen- 
timent particulier qui résonnent sous toutes les lignes et en 
font l'unité, pour ne pas dire la monotonie. Cette idée, ex- 
primée dans le premier verset, c'est la réalité et l'incar- 
nation de la parole de vie dans la personne du Christ, qui 
se communique et se propage par la foi dans tous les 
croyants. D'un autre côté, toute la richesse de cette com- 
munion et de cette foi vivante se manifeste dans l'amour, 
le commandement nouveau qui résume et accomplit tous les 
autres. C'est cette prédication répétée qui a valu à son au- 
teur le surnom d'apôtre de l'amour. — A quels lecteurs 
l'épître est-elle adressée? Ils restent aussi mystérieux que 
l'auteur lui-même. Aucune circonstance historique ou géo- 
graphique ne permet de les deviner. » La seconde et la 
troisième épître placées sousle nom de Jean sont fort courtes; 
elles se donnent comme l'œuvre d'un « presbytre » ou 
« ancien » et ont des destinataires particuliers, un certain 
Caïus et une femme, ou plutôt une communauté spéciale. — 
L'Evangile et les épîtres constituent les documents de la 
théologie «johannique », titre purement conventionnel qui 
désigne des vues en faveur à la fin du i®^ siècle et au com- 
mencement du second de notre ère. M. Vernes. 

BiBL. : Pour la bibliographie générale, V. Nouveau 
Testament; à consulter toutes les Introductions au Nou- 
veau Testament et les dictionnaires bibliques. 

JEAN-Bâptiste (Saint), personnage juif qui joue un rôle 
considérable aux débuts du christianisme, mais dont la per- 
sonne et l'action restent entourées d'une grande obscurité. 
Du témoignage réuni de l'historien Josèphe et des Evan- 
giles, il résulte que, au temps d'iïérode Antipas, un ascète 
de ce nom s'était établi dans la région du bas Jourdain aux 
environs de Jéricho ; ce Jean, couvert d'un vêtement étrange 
qui rappelait celui des anciens prophètes, afi'ectant de se 
nourrir des produits spontanés du sol, annonçait la venue 
du Dieu tout-puissant et faisait retentir de terribles im- 
précations à l'adresse des riches, des puissants, des gens 
en place. A ceux qui écoutaient ses instructions, il admi- 
nistrait le baptême, — d'où son surnom, — c.-à-d. qu'il 
les plongeait dans les eaux du Jourdain après qu'ils eussent 
fait pleine et entière confession de leurs péchés. Cette im- 
mersion signifiait que le pénitent se débarrassait des souil- 
lures du passé et inaugurait une vie de vertu et de piété 
qui lui vaudrait l'indulgence et le pardon du juge suprême. 
Josèphe déclare que, cette prédication semblant de nature 
à ébranler le prestige des autorités constituées, Hérode 
Antipas fit enfermer Jean-Baptiste dans la forteresse de 
Machérus et, bientôt après, lui ôta la vie. La mort du bap- 



76 - 

tiseur pourrait tomber aux environs de l'an 30 de l'ère 
chrétienne. Les Evangiles prétendent que Jean s'attira le 
ressentiment d'Antipas par les observations qu'il ne crai- 
gnit pas de lui adresser sur sa vie privée, mais que ce 
prince ne se décida à le sacrifier entièrement que sur les 
sollicitations de sa femme Hérodiade et d'une fille que celle-ci 
avait de son précédent mariage. Jean-Baptiste nous apparaît 
donc comme un de ces agitateurs au rôle à la fois religieux 
et politique, dont les circonstances troublées que traversait 
le judaïsme exphquentle succès. Son action fut, en effet, as- 
sez profonde pour survivre à sa personne, et un groupe de 
disciples entretint pendant quelques générations le souvenir 
de ses menaces et de sa rude prédication. Ce groupe était 
destiné à se fondre dans les rangs de l'Eglise chrétienne. 

En suite de cette fusion, les Evangiles nous présentent 
le rôle de Jean-Baptiste sous un jour qui n'est certainement 
pas celui de la réalité. Au lieu de constater que le chris- 
tianisme a accaparé à son profit le mouvement considérable 
provoqué par le Baptiste, ils prétendent que Jean s'est donné 
dès le premier jour comme le précurseur et le héraut de 
Jésus de Nazareth, d'abord qu'il a annoncé sa venue, puis 
qu'il lui a administré le baptême, ce qui a été l'occasion 
d'une manifestation céleste proclamant la dignité messia- 
nique de Jésus; ils ne vont pourtant pas jusqu'à prétendre 
que Jean ait volontairement disparu de la scène après avoir 
désigné Jésus comme le Messie attendu. On peut, en re- 
vanche, se demander si Jésus n'a pas commencé par être 
un disciple de Jean, dont il se serait séparé par la suite ; 
la pauvreté des documents ne nous permet pas de trancher 
la question et nous hésiterions à nous engager dans cette 
voie. Nous penserions plutôt que les mouvements provo- 
qués successivement par Jean et par Jésus ont été entière- 
ment indépendants l'un de l'autre et que l'absorption du 
premier par le second n'a été que le produit des circons- 
tances. La théologie chrétienne ne pouvait se résoudre à expli- 
quer cette fusion par des raisons tirées de la nature des 
choses. Aussi les Evangiles nous mettent-ils en présence 
d'un système, soigneusement élaboré : d'un côté, Jean an- 
nonce la venue imminente du Messie et déclare le recon- 
naître dans Jésus; de l'autre, Jésus, appliquant au Bap- 
tiste plusieurs textes de la Bible, le désigne comme étant le 
prophète Elie, dont l'apparition devait précéder immédia- 
tement la venue du Messie. Des critiques même qui s'ef- 
forcent de sauvegarder l'historicité de l'histoire évangélique, 
sont contraints toutefois par l'évidence à aboutir à des con- 
clusions singulièrement voisines des nôtres. Ainsi M. A. 
Sabatier s'exprime ainsi : « On est habitué à faire aboutir 
toute l'œuvre de Jean-Baptiste à celle de Jésus comme à 
son but et à son terme et à l'y absorber entièrement. L'his- 
toire nous présente autrement les choses. Elle nous a mon- 
tré Jean-Baptiste gardant son indépendance et poursuivant 
sa mission parallèlement à celle de Jésus. Elle nous montre 
ses disciples gardant la même attitude vis-à-vis des dis- 
ciples du Christ, assez longtemps encore après sa mort. Le 
livre des Actes meaiionne un groupe de douze disciples de 
Jean à Ephèse, qui ne savaient pas encore qu'il y eût un 
baptême d'esprit, et que Paul fait entrer définitivement dans 
l'Eglise. Le quatrième évangile, sans pouvoir être expli- 
qué tout entier par une intention polémique contre les dis- 
ciples de Jean, vise pourtant bien dans plusieurs passages, 
des groupes où l'on était tenté de voir dans Jean le Messie 
lui-même. Epiphane mentionne parmi les sept hérésies juives 
et après celle des pharisiens, celle des héméro-baptistes qui 
paraît s'être rattachée à Jean. » En gros, les Evangiles acca- 
parent Jean-Baptiste, mais en le maintenant volontairement 
à un rang inférieur; il représente l'eau par opposition à 
l'esprit, le règne de la loi en contraste avec l'Evangile. — 
Le troisième Evangile rapporte avec quel accompasmement 
de circonstances merveilleuses se serait produite la nais- 
sance de Jean ; c'est un pastiche agréable de plusieurs pas- 
sages de l'Ancien Testament, en aucune façon l'écho de 
souvenirs authentiques. M. Vernes. 

BiBL. : Sabatier, art. Jean-Baptiste, dans Encyclo- 



77 



JEAN 



péàie des sciences religieuses^ t. VIL— Vernes, Histoire 
des idées messianiques. — Renan, Vie de Jésus. — Havet, 
le Christianisme et ses origines^ t. IV. 

JEAN Chrysostome (Saint), célèbre Père de l'Eglise 
(V. Chrysostome). 

JEAN Climàque (Saint), Père de l'Eglise, mort vers 605 
(fête le 3 août). On sait très peu de choses certaines sur sa 
vie ; car tout ce que rapporte son biographe, le rnoine Da- 
niel, est sujet à caution. Il entra très jeune au monastère 
du mont Sinaï, dont il devint ensuite abbé. On le surnomme 
quelquefois Sinaïte ou Scolastique, mais plus souvent 
Climàque, à cause d'un de ses ouvrages intitulé échelle 
(■/.Ai[jLa^) du Paradis {Scala paradisi). Il y enseigne les 
voies pour parvenir au plus haut point de perfection reli- 
gieuse. On a encore de lui un Libei' ad pastorem, qui 
renferme d'intéressantes comparaisons entre un supérieur 
de couvent et un berger, un professeur, un médecin, un 
capitaine. Ces deux ouvrages, surtout le premier, ont joui 
d'une grande vogue au moyen âge, Beaulieu. 

BiBL. : Vie de Jean Cliniaque, par le moine Daniel de 
Raïthu (en latin), dans Ltppomam, t. III, p. 401 ; dans 
MiGNE, Pair, grœca^ LXXXVlîI. -— Pour les œuvres de 
Jean, V. Fabricius, Bibliotheca grœca. 

JEAN CoLOMBiNi (Saint) (V. Colombini). 

JEAN Damascène (Saint), savant religieux de la pre- 
mière moitié du vin® siècle, mort après 754. C'est un des 
hommes les plus remarquables de son temps et parla dignité 
de son caractère et par l'étendue de ses connaissances. Ori- 
ginaire de Damas, il sortait d'une famille du nom de Man- 
sour, qui était au service du khalife. Il reçut une très 
bonne éducation et, entre autres maîtres, eut un moine 
nommé Kosmas, qui était venu de Sicile à Damas comme 
prisonnier de guerre. 11 entra ensuite dans les conseils du 
khalite; mais il ne tarda pas à en sortir pour se faire ordon- 
ner prêtre. Il fut mêlé à toutes les controverses religieuses 
de son temps et joua un rôle actif dans la querelle des ico- 
noclastes. Du fond du monastère de Saint-Sabas, à Jéru- 
salem, où il s'était retiré, il défendit l'orthodoxie avec 
toutes les ressources d'une dialectique infatigable. Toute- 
fois son biographe Jean semble avoir beaucoup exagéré 
et poétisé son rôle, A l'en croire, le khalife lui avait fait 
couper la main, pour avoir défendu les images et quitté son 
service, et Jean l'aurait recouvrée grâce à l'intervention 
miraculeuse de la Vierge. Or ni Jean ni les chroniqueurs 
ne font mention de ce miracle. On sait seulement que Jean 
fut, au concile de 754, frappé d'anathème avec Germain et 
Georges. Jean a laissé un nombre considérable d'ouvrages : 
des écrits de polémique, des traités dogmatiques, des 
œuvres poétiques et des épîtres. On en trouvera une liste, 
incomplète toutefois, chez Lequien, le meilleur éditeur des 
œuvres de Jean (Lequien, Sancti J.-D. Opéra omnia^ 
1712. Patrologia grœca, XCIV-VI). Un de ses princi- 
paux titres de gloire est d'avoir été, avec Kosmas, le plus 
important représentant de la troisième période de la poésie 
religieuse grecque. On lui attribue généralement un traité 
de musique liturgique; toutefois, cette paternité a été 
contestée récemment. Il est plus probable que Jean n'en 
fit qu'une revision. Comme poète, Jean imite Grégoire 
de Nazianze. A la simplicité d'un Romanos il préfère les 
artifices compliqués de la versification et de la composition. 
Il se complaît dans les tours de force poétiques, au détri- 
ment de la chaleur des sentiments et de la clarté de l'ex- 
pression. L'intelligence de ses poésies en souffre constam- 
ment ; il en est qui sont aussi obscures que les chœurs des 
tragiques grecs. Son originalité consiste à avoir substitué, 
dans ses poésies religieuses, la quantité à l'accentuation. 
Toutefois Jean montre une préoccupation constante do faire 
sentir, dans ses trimètres iambiques, les syllabes accen- 
tuées, qui reviennent d'une mani'^'re régulière. Beallteu. 
BiBL. : Jean, patriarche de Jérusalem, Vie de Saint 
Jean, éd. Lippomani, t. V ; Surius, 6 mai. — Phil. Labbe, 
Conspectus novae edlt. omnium oper. S' J. D. in iv part, 
distrib. ; Paris, 1052. ■— Lwquien, Conspectus operura J. 
D. ; Paris, 1700.— F. Nève, Saint Jean de Damas et son in- 
fluence en Orient, dans Revue belge, 1861. -— Perrier, 
J ean Damascène, sa vie et ses écrits; Strasbourg, 1863. — 



Grundlehner, Johannes D. ; Utrecht, 1877. — Langen, 
J.von Damaskus; Gotha, 187y. ~ Lupton, S. John of 
Dam. father of english readers ; Londres, 1883. — Karl 
Krumbacher, Gesch. der byzant. Litteratur ; Munich, 

JEAN DE Capistran (Saint) (V. Capistrano). 

JEAN DE Damas (Saint) (V. Jean Damascène [Saint]). 

JEAN DE DuKLA (Saint), religieux polonais, né à Dukla 
en 1414, mort en 1484. Il fît ses études à l'université de 
Cracovie et entra dans l'ordre des bernardins. L'Eglise lui 
a conféré le titre de bienheureux. 

JEAN DE LA Croix (Saint), religieux, de son nom de 
famille : Jean de Yep,ez, né à Ontiveros, près d'Avila 
(Vieille Castille),en 1542, mort en 1591 ; béatitié en 1675, 
canonisé en 17:26 par Benoit Xlll. Fôte le 24 nov. — 
Après la mort de sa mère, il entra, très jeune encore, 
dans un hôpital pour soigner les malades ; il le fit avec 
un dévouement au-dessus de son âge. Il résolut ensuite de 
se vouer à la vie monastique. Son goiît pour la solitude 
l'attirait vers les chartreux, mais son'ardente dévotion pour 
la sainte Vierge le détermina à préférer les carmes. Vers 
l'âge de vinot et un ans, il prit l'habit dans leur monas- 
tère de Médina del Campo. Bientôt après, il entreprit avec 
sainte Thérèse l'œuvre que nous avons relatée au mot 
Carmes (t. IX, p. 454), et qui aboutit à l'institution des 
carmes 'déchaussés. Les carmes, qui s'opposaient à cette 
réforme, l'accubèrent de rébellion à leur ordre et le firent 
emprisonner a Tolède comme fugitif et apostat. Sainte 
Thérèse parvint à le faire mettre en liberté, après neuf 
mois de détention. Il dirigea ensuite divers couvents adhé- 
rents à la réforme et en fonda d'autres. En 1585, il fut 
élu provincial d'Andalousie ; en 1588, définiteur de l'ordre. 
Mais en 1591, dans un chapitre tenu à Madrid, s'étant 
élevé contre les décisions des supérieurs, qui voulaient 
qu'on abandonnât la conduite des carmélites, il fut dé- 
pouillé de ses fonctions et confiné dans le monastère de 
Pegnuela, sur la sierra Morena. 11 y tomba malade et fut 
transféré dans un autre couvent, où il mourut, privé de 
soins et accablé d'outrages. — Ses œuvres expriment la 
quintessence du mysticisme et ne peuvent guère être com- 
prises que par les adeptes : Nuit obscure de l'âme; — 
Mo7itée du Carmel; — Cantique du divin amour entre 
rame et Jésus-Christ, son divin époux;— Vive flamme 
d'amoîir; — Lettres spirituelles; — Conseils spiri- 
tuels. — Edition: Barcelone, 1619, in-4. — • Traductions 
en fran<;ais : le P. Cyprien (Paris, 1641 , in-4) ; le P. Louis 
de Sainte-Thérèse (Paris, 1665, in-4) ; le P. Maillard 
(Paris, 1694, in-4). E.-H. Vollet. 

BiBL. : Joseph de Jesu Maria, Vie de Jean de la Croix; 
Bruxelles, 1632, in-4, traduite par le P. Dosithée de Saint- 
Alexis; Paris, 1727, '2 vol. in-4. 

JEAN DE Matera (Saint), né à Matera (Potenza, Italie) 
vers 1070, mort au Mont-Gargan le 20 juin 1139. Après 
avoir vécu de longues années dans la retraite en des lieux 
déserts, il revint prêcher dans sa province natale, y fut 
méchamment accusé d'hérésie, et fonda, vers 11 iS, un 
ordre particulier, dit de Pulsano, du nom du principal 
monastère, au S. de Tarente. On y suivit la règle de Saint- 
Benoît, avec quelques prescriptions spéciales. L'ordre 
s'éteignit au xiv« siècle. 

BiBL. : Acta Sanctorum (Bolland.) ; Anvers, 1707 Juin, 
t. III, pp. 37-58. ' 

^ JEAN DE Matha (Saint), instituteur d'ordre, né à 
Faucon, dans la vallée de Barcelonnette (Provence), en 
1160, mort en l^il3. Fête le 8 févr. Il fit ses études à 
Aix, puis à Paris, oîi il fut reçu docteur en théologie et 
ordonné prêtre. En la première messe qu'il dit, au moment 
où il élevait l'hostie, un ange apparut, sous la forme d'un 
jeune homme vêtu d'une robe blanche, avec une croix 
rouge et bleue sur la poitrine : il avait les bras croisés et 
les mains posées sur deux captifs, comme s'il eût voulu 
en faire l'échange. Jean se retira auprès d'un saint ermite, 
Félix de Valois, qui vivait au diocèse de Meaux, afin de 
prier avec lui, pour connaître le sens de cette apparition. 
Un jour qu'ils s'entretenaient près d'une fontaine, ils 



JEAN 

aperçurent un cerf d'une grande blancheur, qui portait 
entre ses bois une croix rouge et bleue ; et en trois songes 
difierents, un ange vint leur dire d'aller à Home demander 
au pape ce qu'ils devaient faire. IL y ai river eut au (ooi- 
mtncemenl de i'arnée 11 98. Conm'e ils assistoient à la 
messe que le pape céîébiail jour apprendre la volonté de 
Dieu, Fapparition de la pjtmière messe se renouvela. Le 
2févr.,jour de la Purification, le pape les revêtit de 
l'habit qu'ils avaient vu à i'an^e, et il les envoya à Paiis 
avec des lettres ordonnant à Eudes, évêque de cette ville, 
et à Absalon, abbé de Saint-Victor, de leur donner une 
règle et un couvent. Gauthier ou* Gaucher de Chatillon 
leur céda, entre Gandeleu et La Ferté-Milon, le terrain où 
avait eu lieu la vision du cerf, d'où le nom de Cerfioy 
donné au couvent qui y fut construit. Jusqu'à la fm du 
xviii« siècle, ce couvent resta le chef de l'orc/r^ de la 
Sainte-Trinité, qui avait été ainsi fondé et voué à la 
rédemption des captifs. La règle avait été approuvée et 
l'ordre confirmé, avec octroi de grands privilèges, par 
bulle d'Innocent Ilï (47 déc. 4198). Les religieux devaient 
réserver un tiers de leurs biens pour le rachat des captifs, 
et, suivant leur première règle, ils étaient astreints à une 
extrême austérité. Les supérieurs de leurs couvents étaient 
appelés ministres. Quarante ans après sa fondation, cet 
ordre possédait six cents maisons en divers pays. On a 
évalué à neuf cent mille le nombre des captifs et esclaves 
rachetés par lui avant la fin du xviu^ siècle. Ils avaient 
aussi servi les croisades avec un grand zèle, accompagnant 
les croisés dans leurs expéditions, les exhortant à combattre 
vaillamment pour la gloire de Jésus-Christ, soignant les 
blessés et les malades. 

A l'époque de la Révolution, les trinilaires ne comp- 
taient plus guère que cent cinquante couvents, répartis en 
treize provinces, dont six pour la France. Urbain IV avait 
commis Lévêque de Paris et les abbés de Saint-Victor et 
de Sainte-Geneviève pour tempérer leur règle ; cette miti- 
gation fut approuvée par Clément ÏV (1267). Mais le relâ- 
chement dépassa souvent et de beaucoup les adoucissements 
permis, et nécessita diverses réformes. La plus importante 
fut opérée en Espagne, vers 4594, par le P. Jean-Baptiste 
de la Conception, qui institua les trinitaires déchaussés. 
En 4636, ils obtinrent de Urbain VIII l'autorisation d'avoir 
leur propre général. Cette réforme fut imitée en Fi'ance 
par le P. Jérôme de Halies, dit du Saint-Sacrement ; auto- 
risée par Clément VIII (4601), elle fut confirmée par 
Urbain VIII (4629), qui lui donna Aix pour centre. Au- 
jourd'hui, l'ordre de la Sainte-ïrinité, est compté tout 
entier parmi les ordres mendiants ; et chacune des deux 
branches a son supérieur général à Rome : vicaire gé- 
néral pour les trinitaires chaussés, ministre général 
pour les déchaussés. — Dès 4204, des femmes s'étaient 
adjointes en Espagne à l'œuvre des trinitaires, mais comme 
oblates ou béates, sans prononcer de vœux. En 4236, leur 
maison devint un véritable couvent, avec des religieuses 
de chœur et des sœurs converses. Il se fonda dans la suite 
un grand nombre d'étabhssements de religieuses de cet 
ordre. — Les trinitaires ont aussi un tiers-ordre. — En 
France, ces religieux portaient le nom de Mathurins, à 
cause d'une chapelle dédiée à saint Mathurin (rue Saint- 
Jacques), qui leur avait été donnée par l'évêque de Paris 
et le chapitre de la cathédrale, et auprès de laquelle ils 
avaient construit un monastère. Comme c'était dans cette 
maison que se tenaient ordinairement les assemblées de 
l'université, on l'appelait Primaria sedes Universitatis. 
— Le recensement spécial de 4864 mentionne 3 religieux 
trinitaires, 4 maison ; 625 religieuses trinitaires, 39 mai- 
sons (3 maisons mères); 62 Irinitaiies déchaussées, 7 mai- 
sons. E.-H. VOLLET. 

BiBL. : HÉLYOT continué par Bullot, Histoire des 
ordres monastiques, religieux et militaires; Paris, 1714- 
21, 8 vol. in-4, fig. — Prat, Vie de saint Jean de Mathaet 
de saint Félix de Valois, 1846. 

JEAN DE Salerne (Saint), dominicain, né à Salerne en 
4194, mort en 1242. Supérieur de la maison des frères 



78 - 

prêcheurs à Florence, il fut chargé par Grégoire IX de 
combattre les patarins (V. ce mot), et, pour ses succès, il 
fut canonisé le 2 avr. 4783. 

JEAN GuALBERï (Saint) iV. Gualbert). 
JEAN Kenty (Saint), théologien polonais, né à Kentv 
en 4397, mort en 4473. Il fit ses études à l'Académie de 
Cracovie où il prit le titre de docteur en théologie. Il fut 
célèbre comme professeur et comme prédicateur. H a été 
canonisé en 4707. L'Eglise romaine célèbre sa fête le 
20 nov. 

JEAN l'Aumônjer (Saint), patriarche d'Alexandrie de 
606 à 646 (Pagi) ou 620 (Lequien), Il n'embrassa la vie 
religieuse qu'à la mort de sa femme. Devenu patriarche 
d'Alexandrie, il se voua tout entier aux bonnes œuvres et 
laissa dans tout l'Orient une réputation d'inépuisable bonté. 
Il avait organisé un service d'assistance publique qui ren- 
dit les plus grands services quand les chrétiens de Palestine, 
fuyant devant les Perses après la prise de Jérusalem (juin 
614), accoururent en foule en Egypte. Sa liste d'assistés 
ne comprenait pas moins de 7,5U0 pauvres. Ce fut aussi 
un prélat réformateur qui fit une rude guerre à la simonie 
et chercha à combattre les progrès des hérésies, en déve- 
loppant l'instruction religieuse "des fidèles. Quand les Perses 
s'emparèrent de l'Egypte en 646, Jean dut quitter son 
siège d'Alexandrie. Il se réfugia dans son pays natal, où il 
mourut peu après. Beaulieu. 

BiBL. : On a plusieurs biographies de Jean dont deux 
principales ; celle de Leontius, évêque de Neapolis en 
Chypre (Migne, Patr. graec, XCIII); celle de Siméon Me- 
TAPHRASTK (MiGNE,Pah\ grœc, CXIV).-Bruni, Vita del 
gl s. Giovanni, etc.; Venise, 1610. — Palafox y Mendoza, 
Vida de S. J. ; Madrid, 1650. - Lezzi, Vita di S. Giou., 

lool. 

JEAN le Silencieux (Saint), évêque de Colonia (Armé- 
nie), né à Nicopolis (Arménie) en 454, mort à Saint-Sabas, 
près de Jérusalem, vers o58. Fête le 43 mai. Né de pa- 
rents chrétiens et riches, il construisit, dès 472, une église 
en l'honneur de la Vierge. Vers 481, il fut sacré évêque 
de Colonia à son corps défendant, car il aimait la solitude 
et le silence. Il avait horreur des bains et ne se lavait ja- 
mais ; il s'était promis de ne jamais se laisser voir ni se 
regarder lui-même, sans vêtement. Il dut aller à Constan- 
tinople, vers 491, pour affaires de son diocèse; au lieu de 
retourner à Colonia, il se sauva à Jérusalem et se fit rece- 
voir au couvent que Sabas venait de fonder. Il y fut chargé 
des plus humbles services et ne dit à personne, sauf au pV 
triarche, sous le sceau de secret, qui il était. Quand des 
dissensions éclatèrent au couvent, vers 503, Jean se retira 
au désert; en 540, il revint au couvent pacifié et y vécut 
dans le silence le plus complet, une vie angélique, suivant 
l'opinion de ses contemporains. F. -H. K. 

BiBL. : ActaSanctorum {Bolland.); Anvers, Mai 1680, 
t. 111, pp. 2o2-2o8. 

JEAN iNépomucène, patron de la Bohême. Il vivait 
sous le roi Vacslav IV. Il s'appelait Jean de Pomuk et fut 
tué par l'ordre de Vacslav tout simplement pour avoir encou- 
ragé l'évêque Jean de Jenstein dans sa résistance aux 
volontés royales (iO mars 4393). La statue de ce saint 
s'élève sur le fameux pont de Prague et est l'objet de la 
dévotion des pèlerins. On la rencontre aussi sur des 
ponts de beaucoup de villes de la Bohême. On montre 
son tombeau à la cathédrale de Prague, et, le 46 mai, il 
est visité par de nombreux pèlerins venus de toutes les 
parties de la Bohême et de la Moravie. La légende qui fait 
de Jean de Pomuk le martyr de la confession auriculaire, 
ne se forma qu'au xv« siècle et prit naissance en dehors 
de la Bohême. Elle fut développée au xvi^ siècle dans la 
Chronique de Hajek et devint rapidement populaire. Le 
culte de Jean Népomucène se développa surtout au xvii« siè- 
cle sous l'influence des jésuites. On lui attribua des mi- 
racles; la légende s'élargit et le jésuite Babin lui donna 
une rédaction définitive {Acta sanctorum, t. III, mai). 
En 4683, fut érigée la statue qu'on voit encore sur le pont 
de Prague. Jean de Pomuk fut déclaré bienheureux en 
4724 et canonisé en 4729. Mais la canonisation s'appliqua 



à un personnage qui n'a point existé, qui aurait péri en 
1383, tandis que le vrai Jean de Pomuk mourut en 1393. 
Dobrovsky fut le premier à signaler cette erreur singulière 
(Litterarisches Mayaz-in von Uœhmen; Prague, 1787). 
Quoi qu'il en soit des efforts de la critique moderne, la lé- 
gende du prétendu saint est encore très vivace en Bohènie. 
Toutefois, il esta remarquer que, ni en 1883, anniversaire 
de la mort du faux Jean Népomucène, ni en 1893, anniver- 
saire de la mort du vrai, on n'a osé célébrer le 5® cente- 
naire du martyre. L. Léger. 

BiBL. : Abel, Die Légende vom helligen Johann von 
Nepomiik, 1855. — Sybel's Ilistorische Z'eitschrift^ 1873. — 
Jean Herber, Jnn Nepomucky (en tchèque) ; Prague, 1893. 

PAPES 

JEAN I^^ (martyr), 55« pape, élu le 13 août 523, mort 
le 18 mai 526. Fête le 27 mai. Le fait principal de ce 
pontificat consiste dans les négociations que Jean entreprit 
auprès de l'empereur Justin, sur l'ordre de Theodoric, roi 
des Ostrogoths. Justin, ardent persécuteur des hérétiques, 
avait ménagé les ariens dans ses premiers édits ; mais il 
finit par ordonner de prendre leurs églises et de les re- 
mettre aux catholiques, après les avoir consacrées de nou- 
veau. Theodoric envoya le pape à Constantinople, avec 
menaces de représailles, afin de réclamer, non seulement 
la tolérance pour les ariens qui avaient persévéré, mais le 
droit pour ceux qui avaient abjuré de revenir à leur pre- 
mière foi. Jean fut reçu à Constantinople avec de grands 
honneurs; il officia à la fête de Pâque, suivant le rit latin, 
et il exigea qu'on lui donnât dans l'église un trône plus 
élevé que celui du patriarche. L'empereur, qui régnait déjà 
depuis huit ans, se fit couronner par lui. Mais les histo- 
riens sont en désaccord sur la manière dont il s'acquitta 
de sa mission. Les uns, invoquant des témoignages authen- 
tiques, affirment qu'il présenta, avec de vives instances, la 
double demande dont il était chargé ; d'autres, qu'il la 
divisa, sollicitant la tolérance pour les ariens, mais con- 
seillant de refuser à ceux qui en étaient sortis la faculté 
de rentrer dans leur ancienne Eglise. D'autres, s'appuyant 
sur une lettre de Jean, dont l'authenticité est fort con- 
testée, prétendent qu'il proposa à Justin de repousser 
pareillement les deux parties du message de Theodoric. 
Quoi qu'il en soit, il fut emprisonné à Ravenne, dès son 
retour, et il y mourut. E.-Il. Vollet. 

BiRL. : Liber Pontifîcalis. — GREGOROviuft, Geschichie 
der Stadt Rom im Mittelalter ; Stuttgart, 1859-73, 8 vol. 
in-8. — J. Barmby, dans le DicLionary of Christian biogra- 
phy de W. Smith et H. Wace ; Londres, 1877-87, 4 vol. 
in-8. 

JEAN il, surnommé Mercuriiis^ 58® pape, élu le 31 déc. 
532, mort le 27 mai 535. 11 était né à Rome, et avant 
son élection, il y était prêtre, au titre de Saint-Clément. 
Sur les instances du Defensor Ecclesiœ, agissant vraisem- 
blablement de concert avec le pape, Athalaric, roi des 
Ostrogoths, confirma, au commencement de ce pontificat, 
un décret rendu en 530 par le Sénat romain, pour ré- 
primer les promesses et les dons d'argent faits, à l'occasion 
des élections, par les prétendants à la papauté, et la dila- 
pidation des biens de l'Eglise, qui en était la conséquence. 
— Le 25 mars 534, Jean approuva un édit de Justinien 
déclarant que le Verbe divin et le Christ sont un et le 
même, et que les souffrances qu'il a endurées en sa 
chair sont, comme ses miracles, de cet un et même. 
Dans une lettre adressée au pape en lui communiquant son 
édit, l'empereur expliquait que le Verbe et Christ, un et 
le même, consubstantiel au Père quant à sa divinité, 
consubstantiel à nous quant à son humanité, avait pu 
souffrir dans sa chair, quoique cet un et môme lut im- 
passible dans sa divinité. Les acémètes, qui soutenaient 
l'opinion contraire, se prévalaient dîme lettre du pape 
Hormisdas condamnant des moines qui avaient prétendu 
qu'une personne de la Trinité avait souffert dans la 
chair. Plusieurs écrivains argumentent de ce fait, pour 
établir qu'un pape a approuvé ce qu'un autre avait con- 
damné. E.41. V. 

BiBL. : V, Jean l''^. 



79 — JEAN 

JEAN m, 63« pape, élulelB juil. 560, mortlel2juiL 
573. Le seul fait quelque peu mémorable de ce pontificat 
se rapporte à la juridiction ecclésiastique. Deux évêques 
de la Gaule déposés par un synode tenu sur l'ordre du roi 
Gontt'an, ayant fait appel à Kome, furent rétablis par le 
pape ; mais, ayant commis de nouveaux méfaits, ils furent 
définitivement destitués par un autre synode. — 568-569 
conquête de la plus grande partie de l'Italie par les Lom- 
bards. E.-H. V. 
^ JEAN IV, 74® pape, élu le 24 déc. 640, mort le H oct. 
642. R repoussa énergiquement et fit condamner par un 
synode romain ÏEcthesis (V. ce mot et Monothélisme) de 
l'empereur Héraclius. Comme on objectait que le pape lio- 
norius s'était déclaré contre la coexistence de deux volontés 
en Jésus-Christ, il prit la défense d'IIonorius et soutint 
que le pape avait nié non deux volontés distinctes, mais 
deux volontés contraires en Jésus-Christ. — Répondant 
à une lettre que les évêques et les prêtres d'Ecosse avaient 
adressée à Séverin, son prédécesseur, il réprouva leur 
usage relativement à la célébration de la fête de Pâques, 
et il les mit en garde contre le pélagianisme. E.-lL V. 

JEAN V, 84e'pape, élu le 23 juil. 685, mort le 2 août 
685. Ne à Antioche en Syrie, il commence une série do 
papes provenant de l'Eglise d'Orient. Il est aussi le premier 
pape dont la consécration se fit sans attendre la confirma- 
tion de l'empereur. Cette dispense avait été accordée sous 
le pontificat de Benoit II, par un mandat de l'empereur 
Constantin Pogonat. — Au VP concile œcuménique (681) 
Jean avait été un des trois représentants du pape Agathon. 

JEAN VI, 87«pape, élu le 20 oct. 701, mortle9janv. 
705. Il était d'origine grecque. Il apaisa une sédition des 
soldats mutinés à Rome contre l'exarque dltalie. Il racheta 
les captifs pris par Gisulphe, duc de Bénévent, qui avait 
envahi et ravagé la Campanie ; et il traita avec lui pour 
qu'il se retirât de cette [)rovince. Il reçut et fit juger favo- 
rablement par un synode romain l'appel de Wilfrid, évêque 
d'York, déposé par un synode anglais. E.-H. V. 

JEAN VII, 88- pape,' élu le 1«^ mars 705, mort le 
17 oct. 707. n était Grec : son père s'appelait Platon. 
Aussitôt après son élection, Justinien 11 lui envoya les ca- 
nons du concile Quinisecte (692), appelé aussi concile in 
Trullo (V. Constantinople, t. XR, p. 628, col. 2), le 
priant de les communiquer à un synode romain qui en 
confirmerait ceux qui auraient obtenu son approbation, et 
qui pourrait repousser les autres. Ils avaient été rejetés pré- 
cédemment dans leur ensemble par le pape Sergius, comme 
contenant des dispositions contraires aux prérogatives et 
aux usages du siège de Rome. Jean les remit à Justinien 
sans protestation ni modification aucune. Un biographe de 
ce pape, reproduit par le Liber Pontifîcalis, attribue cet 
acquiescement tacite « à la lâcheté et à la fragiUté humaine », 
et il suppose que 1a prompte njort de Jean fut le châtiment 
de sa faii)lesse; Baronius, au contraire, estime qu'il agit 
avec dignité, le silence étant la seule réponse que méritât 
la demande de l'empereur. E.~lï. V. 

JEAN VIII, papesse (V. Jeanne [La papessej). 

JEAN Vlll, 110« pape, élu le 14 déc. 872, mort le 
15 déc. 882. Il était né à Rome et était archidiacre de 
l'Eglise romaine lorsqu'il fut élu. Le 25 déc. 875, il cou- 
ronna comme empereur Charles le Chauve, qui était venu 
à Rome et avait gagné la faveur du Sénat et du peuple par 
ses libéralités, et celle du pape par des promesses de secours 
contre les Sarrasins, vraisemblablement aussi par des pro- 
messes de concoiirs pour l'extension de l'autorité du saint- 
siège sur les Eglises de l'Empire. Ce prince se rendit ensuite 
à Pavie, pour y recevoir la couronne de Lombardie. Les 
dix-huit évêques assemblés en concile, à l'occasion de ce 
couronnement, déclarèrent qu'ils l'élisaient unanimement 
seigneur et protecteur, mais en lui rappelant que c'était la 
bonté divine qui l'avait, par l'intercession de saint Pierre 
et do saint Paul, et par le ministère du pape Jean, leur 
vicaire, élevé à la dignité impériale, pour l'utilité de l'Eglise. 
Le 21 juin 876, deux légats siégeaient avec cinquante 



JEAN — 

évêques français au concile de Pontion, convoqué par ordre 
de Charles le Chauve : on y confirma l'élection de l'empe- 
reur et les actes du concile de Pavie ci-dehsus mentionnés ; 
on y agita plusieurs fois l'affaire d'Ansegise, archevêque de 
Sens, que le pape venait d'instituer primat des Gaules et 
de la Germanie, et vicaire du saint-siège en ces contrées, 
soit pour la convocation des conciles, soit pour toutes autres 
affaires ecclésiastiques. Il devait notifier aux évêques les 
décrets du pape, lui faire rapport sur l'exécution, et lui 
référer les causes majeures. Les évêques répondirent qu'ils 
respectaient le seigneur Jean, leur père spirituel, souverain 
pontife et pape universel ; tous recevaient avec vénération 
grande les choses que, selon son sacré ministère, il avait 
décidé dans son autorité apostolique, et ils lui rendaient 
sur toutes choses l'obéissance qui lui était due. Mais, con- 
formément à l'avis de Hincmar, ils réservèrent expressé- 
ment les droits des métropolitains. Malgré les instances de 
l'empereur et des légats, Ansegise ne put obtenir rien de 
plus. Le titre de primat attribué depuis lors à Tarchevêque 
de Sens n'a jamais été considéré dans l'Eglise gallicane 
comme conférant juridiction. 

Les Sarrasins tenaient alors quelques fortes positions 
dans le sud et le centre de l'Italie, et leurs flottes, venant de 
la Corse, de la Sardaigne et de l'Afrique, dominaient et 
ravageaient les côtes occidentales. La plupart des villes et 
des princes avaient renoncé à les combattre; plusieurs 
même avaient fait alliance avec eux. Jean seul essaya avec 
constance de leur résister. Mais tous ses efforts restèrent 
vains, ainsi que toutes ses instances pour obtenir le secours 
des princes chrétiens. Lorsque la Campanie fut envahie 
et dévastée, il dut se soumettre à un tribut annuel de 
25,000 marcs d'argent. — Il avait soutenu jusqu'à la fin 
le parti de Charles le Chauve. Après la mort de cet empe- 
reur (13 oct. 877), Lambert, duc de Spolète, et Adalbert, 
marquis de Tuscie, occupèrent Rome, et forcèrent les prin- 
cipaux habitants à jurer fidéUté à Carloman. Le pape, sé- 
questré dans Saint-Pierre, parvint à s'échapper et à gagner 
la France par mer (avr. 878). Il tint à Troyes (août-sept.) 
un concile, auquel assistèrent trente évêques et le roi Louis 
le Bègue, qui y fut couronné. On y excommunia Lambert 
et ses complices, et on condamna, par anathème sans espoir 
d'absolution, Formose, évêque de Porto (plus tard pape), 
et Grégoire, maître de la milice de Rome. A la fin du con- 
cile, Jean pria les évêques de le suivre pour la défense de 
l'EgUse romaine, avec tous leurs vassaux armés. L'année 
suivante, il rentra a Rome. Malgré son aversion contre 
Carloman, il dut se résigner à couronner son fils, Charles 
le Gros (12 fév. 881). 

Dans l'ordre religieux, les faits les plus importants de ce 
pontificat se rapportent aux actes de Jean à l'égard de 
Photius et de l'Eglise grecque. Ces actes ont provoqué des 
controverses qui s'agitent encore passionnément aujour- 
d'hui, et où se produisent avec une singulière abondance 
les accusations réciproques de falsification et de suppres- 
sion de documents si communes dans l'histoire ecclésias- 
tique. Au concile tenu en 869 à Constantinople après la 
disgrâce de Photius (VHP concile général des Latins), Jean 
avait été le principal rapporteur, et il avait conclu à l'an- 
nulation de l'élection de Photius, comme absolument illé- 
gitime. Mais Photius fut rappelé plus tard par l'empereur 
Basile, qui lui confia l'éducation de ses enfants, et après 
la mort du patriarche Ignace (23 oct. 878), il fut rétabli 
sur le siège de Constantinople. Un concile général fut con- 
voqué à Constantinople pour restaurer la paix de l'Eglise. 
C'est le VHP concile œcuménique des Orientaux (nov. 879- 
mars 880), l'assemblée ecclésiastique la plus nombreuse 
depuis le grand concile de Chalcédoine : 383 évêques. Jean 
sollicitait alors le secours de Basile contre les Sarrasins ; 
il reconnut Photius, mais en essayant de profiter de cette 
occasion pour renouveler et faire prévaloir les prétentions 
de Rome à une suprême juridiction sur toute l'Eghse, et 
sa revendication de l'Eglise de Bulgarie. 11 n'obtint de l'em- 
pereur qu'une assistance navale insuffisante contre les agres- 



80 - 

sions des Sarrasins, et échoua misérablement dans ses deux 
autres entreprises. Les légats qui le représentaient au con- 
cile étaient Paul, évêque d'Ancône ; Eugène d'Ostie et Pierre, 
cardinal-prêtre. Ils prétendirent qu'ils avaient été envovés 
pour confirmer Photius dans sa charge et ses dignités ; 
mais on leur fit bientôt comprendre que le patriarche n'avait 
nul besoin de la confirmation du pape. Dans les lettres 
qu'ils devaient lire au nom de Jean, ils omirent, avec ou 
sans son consentement, les énonciations qui imposaient à 
Photius l'obligation de demander au pape pardon d'occu- 
per illégalement le trône patriarcal, et de reconnaître qu'il 
devait sa confirmation à la grâce du pape. Ils finirent par 
dire qu'ils avaient été envoyés pour rétablir l'union dans 
l'Eglise de Constantinople; mais puisque cette union était 
déjà rétablie et Photius accepté comme patriarche, ils 
n'avaient plus qu'à remercier Dieu, le dispensateur de la 
paix ; et ils signèrent en ces termes la réprobation du con- 
cile de 869, qui avait condamné Photius : « Je reconnais 
Photius patriarche légalement élu, j'entre en commu- 
nion avec lui conformément aux instructions du pape. Je 
regrette et j'anathématise le concile qui a été convoqué 
contre Photius, ainsi que tout ce qui a été fait contre lui 
à l'époque du pape Adrien, de bien heureuse mémoire, et 
je ne compte pas ce concile au nombre des véritables. » 
Les instructions écrites qu'ils avaient reçues de Jean (Com- 
monitorium, § 10) comprenaient cette déclaration de nul- 
lité : ... Synodus qiiœ fada est contra Pliotium,., ex 
nunc sit regecta, irrita et sine robore, et non connu- 
mer etur cum altéra sancta Synodo. — Lorsque les 
légats réclamèrent la restitution des Eglises de Bulgarie, 
on leur répondit que cette question ne concernait que des 
limites, et qu'il n'était pas opportun de la traiter, — Dans 
le P"* canon de la V^ séance, le concile décréta l'égalité 
entre les patriarches de Rome et de Constantinople, et il 
interdit d'accorder de nouvelles prérogatives au siège de 
Rome. 

L'empereur ayant proposé au concile de formuler et de 
promulguer un modèle de foi pour tous les chrétiens, le 
représentant du patriarche d'Antioche, les autres métropo- 
litains et les légats répondirent qu'il était préférable de s'en 
tenir à l'ancien symbole, déjà accepté par tous les chrétiens 
et confirmé par les précédents synodes œcuméniques. On 
lut solennellement le symbole de'^Nicée-Constantinople, le- 
quel fait procéder le Saint-Esprit du Père seulement, et 
par conséquent ne contient pas le Filioque ajouté par les 
Latins. Par une décision unanime, on condamna tous ceux 
qui se permettraient de retrancher, d'ajouter ou de modi- 
fier quoi que ce fût à ce symbole. En la séance de clôture, 
le concile déclara, avec la même unanimité, ennemis de 
Dieu ceux qui pensaient autrement. Répondant à une lettre 
que Photius lui avait envoyée dès son rétablissement (878), 
Jean avait écrit : « Votre envoyé s'est expliqué avec nous ; 
il trouve que nous observons la forme primitive du sym- 
bole, que nous n'y ajoutons ni n'en retranchons rien... 
Non seulement nous ne prononçons pas le symbole avec 
Paddition Filioque, mais nous condamnons ceux qui le 
font, comme des gens qui défigurent l'enseignement du 
Christ, qui violent la parole divine. Mais votre sagesse 
n'ignore pas qu'il est difficile de faire accepter cette ma- 
nière^ de voir à nos autres évêques, de modifier un usage 
qui s'est enraciné depuis des années. Il nous paraît donc 
préférable de ne forcer personne à abandonner l'addition, 
mais d'agir sur eux par la modération et la prudence, en 
amenant peu à peu à abandonner ce blasphème. » La plu- 
part des écrivains occidentaux contestent l'authenticité de 
cette lettre. Les Orientaux répondent qu'à l'époque où 
elle fut écrite, le Filioque, ajouté par le concile de Tolède 
dès 589, n'avait point encore été accepté par l'Eglise de 
Rome, bien qu'il le fût par d'autres Eglises occidentales. 
Moins d'un siècle auparavant, Léon III (795-816), avait 
refusé à Charlemagne de l'insérer dans le Credo. Une lettre 
de Jean (Ad Sfendopvlcrnm, comitem), dont l'authenti- 
cité n'est pas douteuse, montre que personnellement il 



n'était pas favorable au Filioque. D'ailleurs, entrant en 
communion avec Photius, qui en était l'adversaire déclaré, 
il indiquait à tous qu'il ne condamnait pas cette réproba- 
tion. On vient de voir que ses légats agirent en conséquence 
au concile de Constantinople. En refusant de reconnaître 
les actes de ce concile, Jean ne motiva son refus ni sur 
les décisions relatives au Filioque, ni sur la condamnation 
du concile de 869, mais sur ce que Pholius n'avait point 
demandé pardon de ses torts envers Rome, ni remercié le 
pape du bienfait qu'il lui avait accordé, en reconnaissant 
la légitimité de son élection, et sur ce qu'il n'avait point 
cédé la Bulgarie. — Plusieurs historiens reprochent à ce 
pape d'avoir abusé des armes spirituelles et d'avoir prodi- 
gué les excommunications au point d'en avilir la valeur. 11 
reste de lui 326 lettres, reproduites dans la collection des 
conciles de Labbe. On a prétendu que les trois dernières 
sont apocryphes. E.-ïï. Vollet. 

BiBL. : WATTERicri, Pontificum Romanorura ab exeunte 
sœculo IX ad finem sœcuti XIIJ ab œqualibus conscriptœ ; 
Leipzig, 1862. — Hefele, Conciliengeschichte; Fribourg, 
1873. -— Grkgorovius, Geschichte der SladtRom im Mit- 
telalter ; Stuttgart, 1859-73, 8 vol. in-8. — De Reumunt, Rom 
im Mittelalter ; Berlin, 1867-70^ 3 vol. in-8. — Hergenro- 
THER, Photiiis ; Ratisbonne, 1807, 2 vol. in-8. — Jager, 
Histoire de Photius ; Paris, 1864, in-8. — Revue interna- 
tionnle de théologie : le Patrvirche Photius; Berne, janv.- 
mar8 1894. 

JEAN !X, 119*^ pape, consacré le 15 juil. 898, mort le 
12 mars 900, suivant plusieurs historiens; le 30 nov. 
suivant d'autres; au mois d'août, suivant Papencordt. 
Aussitôt après la mort de Théodore, un parti avait élu le 
diacre Sergius; mais avant que celui-ci fût consacré, Jean, 
natif de Tibur, fils de Rampoald, fut éhi par un autre 
parti. Sergius, chassé de Rome, se réfugia auprès d'Adal- 
bert, marquis de Tuscie. Dès son avènement, Jean s'em- 
pressa de convoquer un concile qui condamna les actes in- 
famants commis par le pape Etienne YI, contre la mémoire 
et sur le cadavre du pape Formose. Mais ceux qui avaient 
participé à ces actes furent absous, comme ayant agi par 
contrainte. Renouvelant une ordonnance d'Etienne V, ce 
concile statua que l'élection des papes serait faite par 
l'assemblée des évêques et de tout le clergé, sur la demande 
du peuple, et que la consécration aurait lieu en présence 
des commissaires de l'empereur, pour éviter les désordres, 
afin que l'Eglise ne fût point scandalisée ni la dignité de 
l'empereur diminuée. 11 défendit aussi d'exiger de l'élu les 
serments nouvellement inventés. Le canon XI se réfère à un 
fait intéressant pour l'histoire des mœurs de ce temps-là : 
« Il s'est aussi introduit une détestable coutume: à la mort 
du pape, on pille le palais patriarcal ; et le pillage s'étend 
par toute la ville de Rome et les faubourgs. On traite de 
même les maisons épiscopales, à la mort de l'évèque. C'est 
pourquoi nous défendons cela à Pavenir, sous peine non 
seulement des censures ecclésiastiques, mais aussi de l'in- 
dignation de l'empereur. » Deux autres décisions décla- 
rèrent légitime le couronnement de Lambert et annulèrent 
celui d'Arnulte. Lambert rendit au pape les biens enlevés 
à l'Eglise et invalida les aliénations qui en avaient été 
faites. E.-H. Vollet. 

JEAN X, XI, Xll. — Jean X, 126^ pape, élu fin avr. 914, 
mort en mai 928. Il avait été prêtre à Ravenne, évêque de 
Bologne, puis archevêque de Ravenne, ce qui rendait son 
élection contraire aux lois canoniques alors établies. C'est 
pourquoi Raronius lui-même l'appelle psetidopape. Un 
Catalogue des papes^ dressé au monastère duMont-Cassin, 
peu de temps après son pontificat, l'accuse d'avoir été 
intrus (invasor) et attribue la mort qu'il subit à un juste 
jugement de Dieu. Il devait sa nomination à la faction qui 
dominait à Rome depuis 903. 

Cette faction, composée du parti du duc de Spolète et 
des Romains qui s'y étaient ralliés, fut longtemps dirigée 
par des femmes, dont Fhistoire, écrite d'après les témoi- 
gnages de leurs ennemis, vante la beauté et l'habileté, mais 
condamne sévèrement les mœurs. Pendant près d'un demi- 
siècle, le siège apostolique a été occupé par leurs amants, 

GRANDE ENCYCLOPÉDIE — XXL 



81 — JEAN 

leurs fils ou leurs petits-fils. D'où le nom de Pornocratie 
donné à cette période de l'histoire de l'Eglise romaine, 
laquelle est inséparable de l'histoire de ces femmes. Il nous 
semble d'autant plus nécessaire de la résumer ici, que 
parmi les douze papes qui furent élus sous cette influence, 
plusieurs sont appelés Jean. Théodora était la femme de 
Théophilacte, que les documents anciens désignent sous le 
titre de consul romain. Il est vraisemblable que dès 903 
elle occupait le château Saint-Ange; quoi qu'il en soit, 
elle tenait Rome et la gouvernait virilement. Luitprand dit : 
Theodora^ scortum impudens^ Romance civitatis non 
invirililer monarchiam obtinebat. Après la mort de son 
mari, elle devint la maîtresse d'Albéric, marquis de Tos- 
cane ; mais on raconte qu'elle était passionnément éprise 
du prêtre qui devint le pape Jean X, et que c'est à elle 
qu'il dut l'évêché de Bologne, puis l'archevêché de Ravenne 
et enfin la papauté. Elle eut deux filles: Maroziâ {Maria 
Marmccia) et Théodorà, qu'on surnomma la Jeune, pour 
la distinguer de sa mère. Marozia, qu'on dit avoir été la 
maîtresse du pape Sergius III, épousa un seigneur romain, 
Albéric, consul, patrice et marquis de Camerino et de 
Spolète. Elle en eut deux fils. L'aîné fut le pape Jean XI ; 
Albéric, le second, exerça de 932 à 954, comme sénateur 
et patrice, le pouvoir temporel à Rome, ne laissant aux 
papes que la direction des aftaires spirituelles. 

Au commencement de son pontificat, Jean X avait agi 
de concert avec Albéric pour combattre les Sarrazins, et, 
avec l'aide des Grecs et de quelques princes italiens, ils 
avaient remporté ensemble une victoire décisive près du 
Garigliano (916). Albéric mourut en 924, et Marozia 
épousa Gui, marquis de Toscane. Il se prit de haine contre 
Pierre, frère du pape, qu'il soupçonnait de travailler à 
former à Rome un parti d'opposition; il s'empara du 
palais de Latran, fit tuer Pierre, sous les yeux du pape, et 
enfermer celui-ci dans une prison, où on le laissa mourir 
de faim (juin 928). Le Catalogue des papes, mentionné 
au commencement de cette notice, porte qu'il fut étranglé: 
Jusle laqueo confectus, Léon YI (928-29) et Etienne VII 
(929-31) lui succédèrent ; puis Jean XI, fils de Marozia 
et d'Albéric (129« pape, élu le 30 mars 931, mort en 
janv. 936). Le second mari de Marozia étant mort, elle en 
prit un troisième (932), Hugues de Provence, qui avait été 
élu roi d'Italie en 926, et avec qui Jean X semble avoir 
cherché alors à s'allier contre elle. Hugues vint s'établir 
avec Marozia au château Saint-Ange. Son arrivée avait été 
acclamée par les Romains, mais ses procédés envers eux 
les indisposèrent bientôt. Albéric, second fils de Marozia 
et de son premier mari, souffleté par lui, excita le peuple 
à se révolter contre la tyrannie,d'une femme et d'un 
barbare. L'assaut fut donné au château Saint-Ange ; 
Hugues s'enfuit par la partie du château qui donnait issue 
sur les murs de la ville ; Marozia tomba au pouvoir de son 
fils, qui la tint enfermée jusqu'à sa mort (dont on ignore 
l'année). Les Romains proclamèrent Albéric sénateur et 
prince, senator et pr inceps omnium Romanorum {9?)''2) 
et, suivant Frodoard, patrice. Son frère était alors pape, 
de sorte que toutes les puissances étaient réunies entre les 
mains des deux fils de Marozia, ou plutôt d'Albéric, car il 
gardait étroitement son frère, ne le laissant sortir que 
pour les cérémonies religieuses, et il exerçait lui-même le 
gouvernement ecclésiastique. Hugues essaya plusieurs fois 
de se venger, mais ses attaques restèrent sans succès, et 
il se résigna à conclure avec Albéric un traité d'alliance et 
d'amitié (936), qui fut renouvelé définitivement en 946 
après d'autres agressions pareillement malheureuses de 
Hugues. Jean XI était mort dans les premiers jours de 
l'année 936. Après lui furent élus Léon VII (936-39), 
Etienne VHI (939-42|, Martin HI (942-46), Àgapet II 
(946-55), tous sous le protectorat d'Albéric, qui resta si 
fortement établi à Rome, qu'à sa mort (954), son fils Octa- 
vien, qui était dans les ordres, put lui succéder comme 
sénateur, et, moins de deux années après, se faire pro- 
clamer pape. 





JEAN 



Octavien était alors âgé de dix-huit ans. Dans l'exercice 
du pouvoir temporel, il garda son nom ; mais, le trouvant 
d'une consonnance trop païenne pour le chef de l'Eglise, il 
s'appela Jean XII (134® pape, élu en janv. 9ob', mort le 
44 mai 964). Tous les historiens s'accordent pour pré- 
senter ce petit-fils de Marozia comme le pape le plus mépri- 
sable qui ait occupé le siège de saint Pierre, et pour lui 
attribuer tous les vices : luxure de la pire espèce, impu- 
demment étalée, cruauté, avarice, trafic éhonté des offices 
ecclésiastiques, dérision sacrilège de la religion dont il 
était le pontife suprême. Deux vieux historiens disent, l'un 
qu'il aimait collectio fœminarum^ l'autre que le palais 
pontifical était devenu prostibidum meretricum. En 960, 
pour se défendre contre Bérenger II, roi d'Italie, il soli- 
cita le secours du roi de Saxe, Otton P^*. Ce prince vint 
en Italie et fut couronné roi des Lombards. En 962, il 
reçut à Rome la couronne impériale, après avoir juré de 
respecter tout ce qui appartenait à l'Eglise romaine et de 
ne rien entreprendre dans la ville contre la volonté du 
pape, celui-ci jurant, de son côté, de ne rien entreprendre 
contre Otton ; il renouvela, en outre, les donations de 
Pépin et de Charlemagne, à la condition que l'élection des 
papes restât soumise à la confirmation impériale (43 févr.). 
Mais, bientôt après, Jean s'unit aux ennemis de l'empereur, 
Bérenger et Adalbert, son fils, et il s'efforça d'exciter 
contre lui les Grecs et les Hongrois. Otton revint en armes 
et entra à Rome (3 nov. 963), tandis que le pape, qui 
avait pris le heaume et la cuirasse, campait avec ses 
troupes de Tautre côté du Tibre. Le clergé et le peuple 
jurèrent fidélité à l'empereur, et s'engagèrent à ne plus 
élire ni consacrer de pape désormais, sinon avec son appro- 
bation et celle de son fils, et d'après le propre choix de 
l'un et de l'autre. Trois jours après, un concile fut ass^'m- 
Mé pour juger le pape. Il y fut accusé d'avoir fait du palais 
sacré un lieu de débauche, d'avoir commis des meurtres 
et des sévices odieux, d'avoir simoniaquement élevé à un 
évèché un garçon de dix ans, d'avoir consacré un diacre 
dans une écurie, d'avoir, jouant aux dés, invoqué Jupiter 
et Vénus, d'avoir bu à la santé du diable. Tout le clergé 
et les Romains attestèrent solennellement la vérité de ces 
accusations. Il fut condamné et déposé comme impudique, 
homicide et sacrilège. Le protonotaire de l'Eglise romaine 
fut élu pour le remplacer et prit le nom de Léon VIll 
(22 nov.). Il reconnut la légitimité du serment prêté à 
l'empereur, et son droit de donner l'investiture aux évêques 
et aux archevêques. Jean, sommé de comparaître devant 
le concile, menaça d'excommunication tous ceux qui ose- 
raient le juger. Lorsque Otton était encore à Rome, ses 
partisans tentèrent une première insurrection, qui fut éner- 
giquement réprimée (janv. 964). Mais dès que l'empereur 
eut quitté l'Italie, Léon fut chassé de Rome, et Jean y 
rentra, exerçant de cruelles vengeances contre ses adver- 
saires, faisant couper aux uns le nez, aux autres la main, 
la langue ou d'autres membres. Le 26 févr., il tint un 
concile qui condamna Léon et annula tous les actes de son 
administration spirituelle. Comme Otton marchait sur Rome 
pour le châtier, Jean mourut, après une maladie de huit 
jours, selon quelques historiens, ou, suivant d'autres, tué 
par un mari qui l'avait surpris avec sa femme. 

E.-H. VOLLET. 
BiBL. : Watterich, Gregorovius, de Reumont, He- 
FELE, ouvrages mentionnés dans les précédentes notices. 
— Papencordt, Geschichte der Stadt Hom im Mittel- 
alter ; Paderborn, 1857, in-8. — Duret, Geschichisbloetter 
aus der Schweiz, 1854. 

JEAN XIII, 136^ pape, élu le i^'' oct. 965, mort le 
6 sept, 972. Il était Romain, fils d'un nommé Jean, qui fut 
évêque. Lorsqu'il fut élu, il occupait le siège épiscopal de 
Narni. Quelques semaines après son avènement, les Ro- 
mains, qu'il avait voulu soumettre à une stricte obéissance, 
se soulevèrent contre lui, l'enfermèrent dans le château 
Saint-Ange (15 déc. 965), puis le tinrent emprisonné 
dans la Campanie. L'année suivante (automne 966), Otton 
entreprit une expédition en Italie. A la nouvelle de son ap- 



proche, il se fit à Rome une contre-révolution suscitée par 
un descendant deThéodora la Jeune (V. Jean X), Jean, fils 
de Crescentius. Le pape fut rappelé (sept. ^66). Il sévit, 
avec les raffinements d'une cruauté férocement ingénieuse, 
contre les chefs de la révolte, que l'empereur lui avait li- 
vrés. E.-H. V. 

JEAN XIV, 140° pape, élu en nov. 983, mort le 9août 
984. Pierre, évêque de Pavie, chancelier de Otton II. 
Quelques semaines après son élection, il fut renversé par 
le parti sabin, allié aux Grecs. Boniface VU (Y. ce nom), 
revenu de Constantinople, où il s'était réfugié, le fit mou- 
rir de faim dans sa prison ou étrangler. Lui-même mourut 
quatre, six ou kuit mois après (les historiens diffèrent sur 
ces nombres) et fut remplacé par Jean, fils de Robert. Ce 
Jean XV, à qui on attribue un pontificat d'environ quatre 
mois, est ordinairement compté dans la série des papes de 
ce nom ; mais il ne figure pas sur la liste officielle, soit 
que le parti qui l'avait élu ait été impuissant à l'établir au 
pouvoir, soit qu'il n'ait point été consacré. E.-H. V. 

JEAN XV ou XVI, 142« pape, élu en juil. 985, mort 
en 996. H était Romain, fils de Jean, prêtre de la région 
Gallinœ^ albœ. Il fut tenu dans une étroite dépendance par 
Crescentius, chef du parti sabin, qui exploitait, à son profit, 
même l'exercice de la puissance spirituelle. Jean lui-même 
était cupide et vénal en tous ses actes : Turpis lucri cu- 
pidwn atque in omnibus suis actibus venalem, ainsi 
qu'il est écrit en la Vie d'Abbon, abbé de Fleury. Il se 
décida enfin à se délivrer de ce joug ou de ce partage, 
s'enfuit de Rome (995) et appela Otton en Italie. Crescen- 
tius, effrayé, traita avec le pape, qui promit le pardon et 
rentra à Rome, avec une grande solennité. E.-H. V. 

JEAN XVI ou XVII, antipape, 997-998 (V. Grégoire V). 

JEAN XVII ou XVIII, Ul^ pape, élu le 9 mai 1003, 
mort le 31 oct., même année. Fils de Sicco et de Columba, 
né au château de Repugnano (Marche d'Ancône). Sa 
science et sa piété l'avaient fait élire à l'unanimité. 

JEAN XVIII ou XIX, 148^ pape, élu le 26 déc. 1003, 
mort le 18 juil. 1009. Fasanus, cardinal au titre de 
Saint-Pierre, avant son élection. 

JEAN XIX ou XX, 151« pape, élu en août 1024, mort 
fin mai 1032. Romanus, de la famille des comtes de Tus- 
culum, et frère de Benoît VIH; avant son élection, consul 
et sénateur de Rome. Comme il était laïque, on dut lui 
conférer précipitamment les ordres pour les consacrer pape : 
Vno el eodem dieprœfectus fuit et papa. De même que 
sa famdle, il resta fidèle au parti des princes allemands. 
Rappela à Rome et protégea Guido d'Arezzo, à qui on a 
attribué l'invention de la gamme et la substitution des 
notes aux lettres, pour écrire la musique. E.-H. V. 

JEAN, 1044-46, antipape ou pape, sous le nom de Gré- 
goire VI (V. ce nom). 

JEAN XX ou XXI, Petrus Miani, 192« pape, élu le 
15 sept. 1276, mort le 16 ou le 17 mai 1277, écrasé par 
la chute du plafond de sa chambre. Il était Portugais, fils 
de Julien : d'où le nom inscrit ci-dessus. Il avait été ar- 
chevêque de Braga, et cardinal-évêque de Tusculum, puis 
de Viterbe. Sa grande science le fit accuser de sorcellerie 
par les moines, auxquels il était peu favorable. Martin le 
Polonais écrit de lui : Magtis, in omnibus disciplinis 
instructus, religiosis infestus, contemnens décréta 
concilii generalis. l\ annula la constitution que Gré- 
goire X avait publiée au concile général de Lyon, mettant 
en conclave les cardinaux assemblés pour l'élection des 
papes. E.-H. V. 

^ BiBL. : KÔHLER, Nachvicht von Papst Johannes; Gœt- 
tmgue, 1760. 

JEAN XXI ou XXII, Jacques Duèze, 201^ pape, élu le 
7 août 1316, par les cardinaux assemblés à Lyon, mort 
le 4 déc. 1334. H était né à Cahors, fils d'un savetier, 
suivant la plupart des historiens, ou d'un notable bour- 
geois, suivant quelques autres, qui semblent plus exacte- 
ment informés. Elevé par Jacques Ferrier, archevêque 



83 - 



JEAN 



d'Arles, il avait succédé à son prolecteur comme chance- 
lier du roi de Naples, Robert d'Anjou. Celui-ci le fit nom- 
mer successivement archevêque d'\vignon et cardinal- 
évêque de Porto. Dans l'affaire des templiers, il avait été le 
conseiller de Philippe le Bel. — En 1314, Louis, duc de 
Bavière, avait été élu empereur à Francfort, et couronné à 
Aix-la-Chapelle, pendant que son compétiteur, Frédéric 
le Bel, archiduc d'Autriche, était couronné à Cologne. 
Jean profita de cette rivalité pour revendiquer la supréma- 
tie à laquelle les papes prétendaient. Par bulle de 1317, il 
statua qu'en cas de vacance de PEmpire, le pouvoir était 
dévolu au saint-siège ; il ordonna, en conséquence, aux 
officiers impériaux en Italie de résigner leurs fonctions, et 
il transmit à Robert de Naples le titre de vicaire. Lorsque 
Louis eut vaincu son rival (1322) et qu'il eut rétabH en 
Loffibardie les ofïiciers de l'Empire, Jean lui infligea une 
censure pour avoir exercé le pouvoir, avant d'avoir obtenu 
la confirmation pontificale. Dans une bulle du 8oct.l323, 
il affirma que le jugement de l'élection appartenait au pape 
et que, jusqu'à ce qu'il eût statué, l'élu ne devait point 
prendre le titre de roi ; il somma Louis, sous peine d'ex- 
communication, de s'abstenir de tout acte de gouverne- 
ment. Par acte public du 8 déc, le roi contesta ces pré- 
tentions, appela du pape présent au pape futur, et réclama 
la convocation d'un concile général. Cette résistance fut 
punie d'excommunication (23 mars 1324). Louis répliqua 
par un nouvel appel à un concile général, dirigé cette fois 
contre le pape personnellement, l'accusant d'être un per- 
turbateur de la paix, un contempteur du droit et un hé- 
rétique, parce qu'il condamnait la pauvreté évangélique 
professée par les franciscains rigides (V. François d'As- 
sise, t. XVIII, p. 47, col. 2). Ce conflit provoqua de 
nombreux écrits, dans lesquels on discuta avec grande har- 
diesse sur ce que nous appellerions aujourd'hui la nature, 
l'étendue et les rapports réciproques des deux puissances. 
Non seulement la plupart des légistes, mais aussi des théo- 
logiens renommés, parmi lesquels des religieux, tels que 
Occam, Marsile de Padoue (V. ces noms) et Jemi de 
Jandun, soutinrent les droits des princes et même des 
peuples. 

Jean mit en interdit tous les lieux où résideraient le roi 
et ses partisans ; mais Louis, réconcilié avec son ancien 
rival, passa en Italie pour abattre la puissance du pape. 11 
marcha sur Rome, et le M janv. 1328, il s'y fit procla- 
mer empereur, par une assemblée populaire réunie au Ca- 
pitole. Une autre assemblée décida que le pape devait rési- 
der à Rome, et ne pas quitter la ville sans la permission 
du peuple. Le 12 mai, un antipape fut élu, le franciscain 
Pierre Rainalucci de Corbara {Pierre de Corbière)^ qui 
prit le nom de Nicolas V, et mena un train de vie somp- 
tueux, peu conforme à la doctrine de la sainte pauvreté. 
Quand Louis eut quitté l'Italie, où il sentait son pouvoir 
chanceler, Nicolas fut abandonné des Romains et hvré à 
Jean, qui lui imposa une soumission solennellement accom- 
phe, la corde au cou (15 août 1330), et le fit enfermer 
dans une prison honnête, où il était traité en ami et 
gardé en ennemi. Mais, vers le même temps, Jean s'alié- 
nait les cardinaux itahens, en nommant un trop grand 
nombre de cardinaux français ; et d'autre part, son auto- 
rité spirituelle se trouva périlleusement atteinte, à l'occa- 
sion de sermons prononcés par lui sur la Vision bêatifique 
(Avent, 1331). La doctrine qui lui était attribuée fut dé- 
férée par le roi de France à la faculté de Paris, qui la 
condamna (2 janv. 1333), mais dans des termes qui ten- 
daient à dégager la responsabilité du pape. Le roi lui com- 
muniqua cette sentence, en le pressant d'y souscrire. On 
dit même qu'il le menaça de le faire ardre., s'il ne se ré- 
voquait. La réponse du pape fut hautaine. Néanmoins, la 
veille de sa mort, il accomplit la satisfaction demandée; il 
assembla ses cardinaux, et fit lire une bulle, mise en 
grosse, où il disait : « Nous confessons et nous croyons 
que les âmes séparées des corps et purifiées, sont au ciel 
dans le paradis, avec Jésus-Christ et en la compagnie des 



anges, et qu'elles voient Dieu et l'essence divine, claire- 
ment et face à face, autant que le comporte l'état d'une 
âme séparée. Que si nous avons prêché, dit ou écrit quelque 
chose de contraire, nous le révoquons expressément. » 
Quand il mourut, la résistance de Louis de Bavière conti- 
nuait, et l'interdit jeté sur l'Allemagne n'était pas levé, — 
Jean développa avec une habileté, une audace et un succès 
merveilleux la fiscalité apostohque ; il en tira de telles 
sommes qu'il laissa un trésor de 25 millions de florins 
(300 millions). Pour la part qu'il prit à la promulgation 
officielle du recueil des Clémentines et l'attribution de 
son nom à une collection à' Extravagantes , V. Canon, 
t. IX, p. 64, col. 2. Léon XÏII a ordonné la publication 
des registres des papes d'Avignon, d'après les archives du 
Vatican. Les bulles de Jean XXII y forment 70 volumes 
manuscrits. E.-H. Vollet. 

BiBL. : Baluze, Vitœ papavum Avenionensium ; Paris, 
1693, 2 vol in-4. — André, Histoire politique de la mo- 
narchie pontificale au xiv siècle ou la papauté ^'Avi- 
gnon; Paris, 1845, in-8. — Christophe, Histoire de la 
papauté pendant le xiv« siècle; Paris, 1852, 3 vol. in-8. — 
Bertrand Y, Recherches historiques sur l'origine^ l'élec- 
tion et le couronnement de Jean XXII ; Paris, 1854, in- 
8. — Verlaque, Jean XXII^ sa vie et ses œuvres ; Pa- 
ris, 1883, in-8. — MuLLER, Der Kampf Ludwigs der Baiern 
mit der rœmischen Curie; Tubingue, 1879, 2 vol. in-8. — 
RiEZLER, Die litterarischen Widersacher der Pàpste zur 
Zeit Ludwigs des Baiers; Leipzig, 1874, in-8. —P. Meyer, 
Marsile de Padoue., Strasbourg, 1870, in-8. — Ch. Schmidt, 
Histoire de l'Eglise d'Occident au moyen âge; Paris, 
1885, in-8. 

JEAN XXII ou XXIH, Balthasar Cossa, 212« pape, 
élu le 17 mai 1410, déposé le 29 mai 1415, mort le 
22 nov. 1449. Il était né à Naples de iamille noble. Après 
une jeunesse désordonnée, où il avait été corsaire et avait 
commis tout ce que cette profession comporte, il se mit au 
service de l'Eglise (1395) et devint successivement archi- 
diacre à Bologne, cardinal-diacre au titre de Saint-Eustache, 
légat de Bologne et de la Romagne. Il contribua puissam- 
nient à l'élection d'Alexandre V. Après la mort de ce pape, 
il fut lui-même élu par seize cardinaux réunis à Bologne. 
La plupart des Etats de l'Europe le reconnurent. Prétex- 
tant le hesoin d'argent pour réduire ses deux rivaux (Gré- 
goire XII et Benoît XIII), il recommença le système des 
exactions et publia des règles de chancellerie qui confir- 
maient les anciens abus et en introduisaient de nouveaux. 
On demanda de toutes' parts un concile général ; l'université 
de Paris et l'empereur Sigismond se firent les organes de 
ce vœu. Jean essaya d'y résister; mais poursuivi parTar- 
mée de Ladislas, roi de Naples, et ayant besoin de la pro- 
tection de Sigismond, il fut contraint de s'y soumettre 
(1413) et convoqua un concile à Constance pour le 1®^ nov. 
1414. Il en présida les premières séances ; mais bientôt il 
s'éleva tant de plaintes sur les scandales de sa vie que la 
pensée d'en délivrer l'Eglise s'imposa à la majorité des mem- 
bres du concile. On lui demanda son abdication, et on le me- 
naça, s'il s'obitinait à la refuser, d'employer contre lui le 
bras séculier, au nom de l'Eglise. Il s'enfuit, déguisé en pale- 
frenier, et se mit sous la protection de Frédéric d'Autriche. 
Vainement, il écrivit aux princes que la convocation du 
copcile avait été extorquée de lui par violence ; le concile 
persévéra dans son entreprise d'épuration et de réforme. 
Le duc d'Autriche, mis au ban de l'Empire pour avoir aidé 
Jean à s'évader, promit de le livrer ; il s'empara de M et 
le retint prisonnier. Le 29 mai 1415, Jean fut déposé 
« comme notoirement simoniaque, dissipateur des biens et 
des droits de l'Eglise romaine et des autres Eglises, ayant 
mal administré le temporel et le spirituel, scandalisé le 
peuple chrétien par ses mœurs malhonnêtes et persévéré 
dans cette conduite mauvaise, de manière à se montrer in- 
corrigible ». Il fut, en outre, condamné à être enfermé, 
sous la garde de l'empereur, aussi longtemps que le concile 
le jugerait nécessaire. On lui donna pour prison le château 
de Gotlieben, où quelques mois auparavant il avait fait dé- 
tenir Jean Hus. Ce fut là que cinq cardinaux lui notifièrent 
la sentence du concile ; il Paccepta avec une entière sou- 



JEAN 



— 84 



mission. Transféré à Heidelberg, il se consola en écrivant 
des vers sur les vicissitudes de la fortune. En déc. 1418, 
il obtint sa liberté, moyennant 35,000 florins d'or payés 
au palatin. Il se rendit en Italie, ou il fut accueilli avec sym- 
pathie par les Florentins, ses anciens alliés. Ayant reconnu 
Martin V comme son successeur et le seul chef de l'Eglise, 
il reçut de lui le titre de doyen du Collège des cardinaux. 
Six mois après, il mourut. Pour le détail des faits sommai- 
rement relatés ici, V. Constance (Concile de), Gerson, 
Schisme d'Occident. E.-ïl. Vollet. 

BiBL. : Théodore DE Niem, VitaJohannis XXIII ; Franc- 
fort, 1620. — Aebi, Sigmunds Stelliing zu Papst Johannes^ 
dans les Geschitsblsetter ans cler Schv^eiz. — Christophe, 
Histoire de la papauté au xv« siècle ; Lyon, 1863, 2 vol. 
in-8. — ScHMiDT, Histoire de VEglisè d'Occident au 
moyen âge ; Paris, 1885, in-8. 

empereurs, rois et princes 
Allemagne 
JEAN (Nepomuk-Maria-Josepli) , roi deSaxe(18o4-73), 
né à Dresde le 12 déc. 1801, mort à Pillnitzle 29 oct. 
1873. Fils cadet du prince Maximilien et de Caroline de 
Parme, il manifesta un goût très vif pour la poésie, la mu- 
sique et pour la littérature italienne, pubha sous le pseu- 
donyme de Philaletfies une traduction annotée de la 
Divine Comédie (Leipzig, 1839-49, 3 yoI.). Son frère 
aîné étant devenu corégent (1830), il siégea dans divers 
conseils et commissions. Assez populaire, il fut cependant 
insulté lors des troubles de Leipzig (1845). Il succéda à 
son père Frédéric-Auguste le i^*" août 1854, prêta son 
concours aux réformes de la justice et de la législation 
économique, fut hostile à la politique prussienne jusqu'en 
1866 ; à la guerre, il fut obligé d'évacuer son royaume et, 
quand il y fut rentré, devint le fidèle allié du roi de Prusse, 
très estimé pour son caractère personnel. Il est né de son 
mariage avec Amélie-Auguste de Bavière, trois fils, dont 
l'aîné Albert lui succéda, et six filles. 

JEAN (Baptiste- Joseph- Fabian-Sebastian), archiduc 
d'Autriche, né le 20 janv. 1782, inart à Gratz le 11 mai 
1859. Sixième fils de l'empereur Léopold II et de l'infante 
Marie-Louise, il fut placé en 1800 à la tête de l'armée que 
Kray avait laissé battre ; Moreau lui infligea la grande dé- 
faite de Hohenlinden et le battit encore à Salzbourg. Durant 
la paix il dirigea et releva l'école d'ingénieurs de Vienne. 
En 1805, il fut préposé à l'armée qui gardait le Tirol contre 
les Bavarois et Ney, eut l'avantage au col Strub (3 nov. 
1805), fut rappelé par son frère Charles pour se joindre 
en Carinthie à l'armée d'Italie qu'ensemble ils ramenèrent 
vers Vienne. Il s'occupa ensuite d'organiser les provinces 
alpestres en vue d'une nouvelle guerre. En 1809, il appela 
aux armes les Tiroliens et marcha contre le vice-roi d'Ita- 
lie, Eugène, qu'il vainquit à Pordenone et Sacile (16 avr. 
1809) et parvint à Vérone. Rappelé au N. après les dé- 
faites de son frère, il fut lui-même battu à Raab (14 juin) ; 
chargé de garder Comorn, il fut invité à accourir sur le 
champ de bataille de Wagram ; il n'arriva qu'au moment 
où la bataille était perdue ; l'archiduc Charles en rejeta la 
responsabilité sur lui, ce qui engagea entre les deux frères 
une violente polémique. Jean voulait continuer la guerre. 
Il ne joua plus de rôle actif et s'occupa de développer l'agri- 
culture et l'industrie en Styrie. Son humanité, son libéra- 
lisme, son amour pour le peuple lui valurent une grande 
popularité. On s'adressa à lui en 1848; l'empereur quittant 
Vienne l'y laissa pour le suppléer ; il ouvrit l'Assemblée 
constituante, fut nommé par le Parlement de Francfort 
administrateur général de l'Empire et vint y former un 
ministère. Mais il agit dans les intérêts de l'Autriche et 
fit échouer les projets de constitution. Il avait conclu en 
1827 un mariage morganatique avec la fille d'un maître 
de poste, Anna Plochef, d'Aussee (1804-85) qu'il fit com- 
tesse deMeran (1845). Il en eut un fils François (1839), 
qui porte ce titre. A. -M. B. 

BiBL. : Biographies par Schniîidawind (1810), Leitiner 
(1860), ScHLOSSAR (1878 et 1880). 

JEAN DE Luxembourg, roi de Bohême, né vers 1293, 



mort en 1346. Il était fils de Henri de Luxembourg et de 
Marguerite de Brabant. Son père, empereur sous le nom de 
Henri VII, saisit bientôt l'occasion de lui donner un royaume 
en profitant des offres d'un parti puissant, qui refusait de 
reconnaître H. de Carinthie, devenu roi de Bohême en 
1306, par son mariage avec une sœur de Venceslas Hï, 
le dernier des Prémyslides. Henri VII déposa H. de Carin- 
thie, qui n'avait pas demandé l'investiture impériale, maria 
son fils Jean à la plus jeune sœur de Venceslas III, Elisa- 
beth, le proclama roi de Bohême (1^^ sept. 1310) et lui 
donna le comté de Luxembourg. Après avoir obligé H. de 
Carinthie à (quitter Prague, Jean de Luxembourg s'y fit 
couronner roi de Bohême, le 7 févr. 1311. Dès lors il mena 
une vie très agitée, promenant de tous côtés son activité 
turbulente et belliqueuse. Vicaire de l'Empire en 1313, il 
marchait vers l'Italie au secours de son frère, quand celui-ci 
mourut (24 août). Trop jeune encore pour obtenir la cou- 
ronne impériale, il prit d'abord parti pour Louis de Bavière, 
élu empereur en 1314, contre son compétiteur Frédéric 
d'Autriche, et gagna ses éperons de chevaUer à la bataille 
d'Essling. En Bohême, il eut à lutter contre les grands et à 
réprimer les excès des Bégards et des Béguines. En 1318, 
il maria sa plus jeune sœur, Béatrix, à Charles-Robert, roi 
de Hongrie, en 1322 sa sœur cadette, Marie, à Charles le 
Bel, roi de France, et obtint pour son fils, Jean-Henri, qui 
venait de naître, la main de Maulstach, fille aînée de son 
rival, Henri, duc de Carinthie et de TiroL Après avoir 
combattu pour Louis V de Bavière à Mûhldorf, où Frédé- 
ric d'Autriche fut battu et pris (28 sept. 1322), il seconda 
le pape Jean XXII , qui voulait faire élire empereur 
Charles IV le Bel. On voit ensuite le roi de Bohême en 
1326 devant Metz; en 1329 en Bohême et en Silésie, où 
plusieurs princes reconnaissent sa suzeraineté; en 1328 
en France, au sacre de Philippe VI (29 mai) et à la bataille 
de Cassel (23 août) ; en Autriche, guerroyant contre Fré- 
déric le Bel, réconcilié avec Louis de Bavière; en Lithua- 
nie et en Poméranie, combattant, avec l'Ordre teutonique, 
contre les barbares du Nord ; en 1329 à Amiens, où 
Edouard IH venait rendre hommage à Philippe VI (6 juin) 
puis dans les électorals de Trêves et de Mayence, dans le 
Tirol et enfin dans l'Italie du Nord, où nombre de villes 
se donnent à lui. Pendant les années suivantes, il défend 
la Bohême contre le roi de Hongrie et Otton d'Autriche, 
il intervient contre Robert d'Artois et le duc de Brabant 
en faveur de Philippe VI et marie sa sœur. Bonne de 
Luxembourg, à Jean, duc de Normandie, héritier de la 
couronne de France (août 1322) ; il se rend à Avignon 
auprès de Jean XXII, qu'il essaye vainement de réconcilier 
avec Louis de Bavière (nov. 1332), retourne en Italie 
(décembre) où il échoue contre une coalition puissante 
(1333), se brouille encore avec l'empereur, va soutenir 
contre lui et contre Otton d'Autriche, frère de Frédéric, 
son fils Jean-Henri, fait une seconde expédition en Lithua- 
nie, marie son autre fils Charles avec Blanche, fille de 
Charles de Valois (1333) et sa fille Anne avec Otton d'Au- 
triche (1335) et accourt en France (1336) pour seconder 
Philippe VI, qui lui donne le gouvernement du Languedoc 
(1338). Il combattes Anglais en Guyenne (1339-40), puis 
va négocier avec eux la trêve de Notre-Dame d'Espléchin, 
près de Tournai (15 sept. 1340). Devenu aveugle, il n'en 
continue pas moins de guerroyer, soit en Lithuanie, soit 
contre Louis de Bavière, ligué avec les rois de Hongrie et 
de Bohème, et vamêmeassiégerCracovie (1343). Clément VI, 
qui soutenait les maisons de Valois et de Luxembourg, 
ayant excommunié Louis de Bavière (avr. 1346), le roi 
Jean fit élire empereur son fils Charles. Il revint aussitôt 
avec lui en France, voulut combattre à Crécy et mourut 
là comme il avait vécu, en preux chevalier (26 août 1346). 
Nul prince, à cette époque, ne fut plus populaire que Jean 
l'Aveugle. Son courage héroïque, ses goûts artistiques et 
littéraires lui valurent une réputation sans égale. Il ne 
faut pourtant pas ignorer que ce piince « courtois, preux 
et vaillant » ruina son royaume et se ruina lui-même par 



85 — 



JEAN 



ses prodigalités, que, si le Luxembourg profita de sa pré- 
dilection, la Bohême eut beaucoup à souifrir de ses conti- 
nuelles absences et do ses guerres. Néanmoins, il agrandit 
ce royaume en mettant la Silésie et la Moravie sous sa 
dépendance. En somme, il fut plulôt uu héros qu'un bon 
roi. Après la mort de sa femme Elisabeth (1330), qui vé- 
cut longtemps séparée de lui, il avait épousé une fille de 
Louis P^' de Bourbon, Béatrix, dont il eut un fils, Ven- 
ceslas, né en 1338. E. C. 

BiBL. : Lentz, Jean L'Aveugle, roi de Bohême ; Gand, 
1839, in-8. — Schœtter, Johann, Graf von Luxemhurg 
und Kœiiig von Bœhmen; Luxembourg, 1865, 2 vol. in-8. 

JEAN LE Parricide, né en 1290, fils du duc Rodol- 
phe Il de Souabe et d'Agnès, fille d'Ottocar de Bohème. 
Exclu par son oncle l'empereur Albert F-'' de toute part à 
l'héritage des Habsbourg, il conspira contre sa vie avec 
l'archevêque de Mayence, Pierre d'Aspelt ; le i^^^ mai 1 308, 
il le surprit au passage de la Keuss à Rheinfelden, avec 
Rod. de Wart, Walter d'Eschenbach et Ulrich de Balm ; 
ils regorgèrent. Mis au ban de l'Empire et traqué parla 
veuve de sa victime, Jean disparut ; on raconte qu'il se 
serait montré à Pise à l'empereur Henri Vil en 4313, re- 
vêtu de l'habit monastique. A. -M. B. 

Pour les hA^, princes cVAnhalt^ margraves de Bran- 
debourg^ ducs de Hanovre^ princes de Nassau, comtes 
palatins, électeurs ou ducs de Saxe, etc., V. Anhâlï, 
Brandebourg, Hanovre, Nassau, Palatinat, Saxe, etc. 

Angleterre 
JEAN SANS Terre, roi d'Angleterre, né vers 4167, 
mort le 49 oct. 1216. Dernier fils de Henri II et d'Eîéo- 
nore, il reçut dans son enfance le surnom de Lackland 
ou Sans Terre parce que Henri 11 avait partagé tous ses 
domaines entre ses aînés. Son père le préférait cependant 
à tous les autres. Le 28 sept. 1176, William, comte de 
Gloucester, lui donna en mariage sa fille Avice. En mai 
1177, à Oxford, il fut nommé roi d'Irlande. Après avoir 
guerroyé, de concert avec son frère Geolfroi de Bretagne, 
contre son frère Richard d'Aquitaine, il fut fait chevalier, 
à Windsor (31 mars 1175). En Irlande, où il se rendit 
ensuite, son insolence le fit détester; il s'amusait, dit-on, 
à tirer les longues barbes des Irlandais. Pendant l'année 
1187, il coopéra avec son père et son frère Richard, en 
Normandie, en Berry, à la campagne contre Philippe-Au- 
guste. Richard, jaloux de la préférence de leur père pour 
Jean, s'entendit avec le roi do France; et Henri II mou- 
rut, dit-on, de la douleur qu'il eut d'apprendre que le 
fils auquel il avait tout sacrifié le trahissait aussi pour se 
reconcilier avec son aîné (6 juil. 1189). Richard, devenu 
roi, donna à Jean le comté de Mortain en Normandie, celui 
de Derby en Angleterre, et différents domaines. Le mariage 
depuis longtemps convenu entre le jeune prince et Avice 
de Gloucester eut lieu à Marlborough le 29 août. En 
octobre, Richard lui conféra encore les comtés de Dorset, 
Somerset, Devon et Cornwall; c'était lui constituer dans 
rO. de l'Angleterre une sorte de principauté et une grande 
autorité, dangereuse en l'absence du roi. Jean dirigea, en 
effet, l'opposition des barons contre Guillaume Longchamp 
(V. ce nom), évêque d'EIy, le chancelier du royaume, 
qu'il réussit à expulser. Quand il apprit la captivité de 
Richard Cœur de Lion, il descendit en Normandie, sur 
l'invitation de PhiUppe-Auguste, et fit hommage à ce 
prince des domaines continentaux de la couronne d'Angle- 
terre (févr. 1193). Mais il répandit en vain le bruit de la 
mort du héros ; on ne le crut pas ; il trouva, en Angle- 
terre même, des résistances. Quand Philippe-Auguste 
l'avertit que« le diable était déchaîné », il n'osa l'attendre 
de pied ferme, et s'enfuit à la cour de France. Le 31 mars 
1194, Richard, de retour, et maître de tous les châteaux 
de Jean en Angleterre, le condamna, s'il ne comparaissait 
pas dans les quarante jours, à perdre ses droits à la cou- 
ronne et tous ses fiefs anglais. Au mois de mai, cependant, 
l'intervention de la reine mère procura une réconciliation 
entre les deux frères. Afin de rentrer en grâce, Jean guer- 



roya en Normandie contre les Français (prise d'Evreux, 
déroute de Vaudreuil). Il obtint en récompense la restitu- 
tion des comtés de Mortain et de Gloucester, et une pen- 
sion de 8,000 1. angevines. En 1196, il prit Gamaches, 
captura l'évêque de Beauvais; en 1 198, il brûla le Neu- 
bourg. On dit qu'à son Ut de mort Richard Cœur de Lion, 
touché par ces services et sa soumission, le désigna comme 
son successeur (avr. 1199). — A son avènement, Jean 
sans Terre était âgé de trente et un ans. Il s'était déjà fait 
connaître comme un personnage sans foi, cruel, vindicatif, 
comme un tyran extravagant et comme un lâche. Ses dé- 
bauches dépassaient la mesure commune. Il n'avait ni re- 
ligion, ni gravité naturelle. R fut reconnu sans difficulté 
en Normandie, mais les anciens domaines des Plantagenets 
(Anjou, Maine, Touraine) se déclarèrent pour Arthur, son 
neveu. Après avoir châtié les habitants du Mans (mai), il 
fut couronné à Westminster. Le 24 juin, il conclut avec 
Philippe-Auguste une trêve jusqu'au mois d'août; en sept, 
les Français furent obligés d'évacuer le Maine, et Guillaume 
des Roches livra Arthur et sa mère Constance au roi 
Jean. A la conférence des Andelys (janv. 1200), Jean et 
Philippe se mirent d'accord, moyennant le mariage de 
Louis de France avec Blanche de Castille, nièce de Jean : 
Blanche de Castille aurait comme dot Evreux et tous les 
châteaux de Normandie que les Français possédaient au 
moment de la mort de Richard, plus 3,000 marcs. Par le 
traité du Goulet (22 mai) Philippe reconnut de son côté 
Jean comme roi d'iingleterre, duc de Normandie et suze- 
rain de Bretagne; celui-ci renonçait à l'alliance du comte 
de Flandre et de l'empereur Othon. — En paix avec la 
France, Jean, qui n'avait pas eu d'enfants de sa femme 
Avice, obtint de divorcer avec elle, pour cause de consan- 
guinité; elle se remaria plus tard avec Geoffroi de Mande- 
ville. Le 30 juil. 1200, il épousa à Chinon Isabelle, fille 
d'Adhémar, comte d'Angoulème, fiancée d'Hugues le Brun, 
l'héritier du comte de la Marche. Ce mariage réveilla la 
guerre : Hugues le Brun, pendant un voyage du roi en 
Angleterre, souleva contre lui les seigneurs du Poitou; 
Jean, parti de Portsmouth avec une armée considérable, 
fut reçu honorablement à Paris (l^** juil. 1201), et, de 
Chinon, seinonça les Poitevins à comparaître devant lui. 
A la requête des Poitevins, il fut invité lui-même à com- 
paraître devant la cour de France. 11 ne comparut pas ; et, 
en punition de cette désobéissance, ses fiefs furent for- 
faits. Le 8 juil. 1202, Philippe assiégea Radepont; re- 
poussé, il s'empara de Gournay, où il accorda au jeune 
Arthur la main de sa fille, en même temps qu'il l'investit 
de toutes les possessions continentales des Plantagenets, la 
Normandie exceptée. Mais, le l®"* août, Jean surprit l'armée 
qui assiégeait sa mère dans Mirebeau ; et il s'empara, d'un 
seul coup de filet, d'Arthur, de sa sœur Eléonore de Bre- 
tagne, d'Hugues le Brun et de deux cents chevaliers fran- 
çais : Eléonore fut gardée jusqu'à sa mort dans la prison de 
Bristol ; quant à Arthur, enfermé à Falaise, où, dit-on, 
Jean essaya vainement de le faire aveugler, puis à Rouen, 
il mourut le 3 avr. 1203, probablement tué de la main de 
son oncle ; son corps fut jeté à la Seine. C'est une vieille 
tradition que, convoqué pour ce fait devant les pairs de 
France, Jean fut dépouillé de ses fiefs, par contumace, à 
cette occasion. Louis do France, en 1216, se prévalut de 
cette prétendue sentence, mais il y a là une confusion : 
Jean, condamné et dépouillé par la cour de France en 1202, 
pour la raison ci-dessus indiquée, tua son neveu en 1203; 
on s'imagina plus tard, et dès 1216, qu'il avait été frappé 
à cause de son crime (V. sur ce point Ch. Bémont, dans 
la Revue historique, XXXll, pp. 33-74, 290-311). Cepen- 
dant Philippe faisait des progrès en Normandie. On raconte 
que Jean sans Terre, négligent à son ordinaire, répondait 
à toutes les demandes de secours de ses partisans en 
disant : « Laissez-le faire ; quoi qu'il prenne, je le repren- 
drai en un jour. » Le Château-Gaillard succomba le 6 mars 
1204. En juil., tout le duché était tombé aux mains des 
Français sans que Jean eût fait autre chose que de près- 



JEAN 



— 86 - 



surer ses sujets anglais en vue d'une expédition future. 
L'année 4205 \it les Français s'emparer du Poitou et de 
Chinon (23 juin). Le 8 juil. 1206, Jean débarqua enfin à 
La Rochelle, et, avec l'aide du vicomte de Thouars, prit 
Angers; mais il consentit à concluie, le 26 oct., une trêve 
par laquelle il abandonnait toutes ses anciennes provinces 
au N. de la Loire. — Hubert, archevêque de Canterbury, 
mourut le 42 juil. 4205, et cet événement jeta le roi Jean 
dans une querelle fatale avec le clergé anglais et avec 
Rome. Il fît élire, contre le candidat d'une partie des élec- 
teurs, le sous-prieur Reginald, son favori John de Grey, 
évêque de Norwich ; mais le pape Innocent cassa ces deux 
élections et sanctionna celle, qu'il procura, du cardinal 
Etienne Langton. Jean répondit par des actes de violence, 
qui attirèrent l'interdit pontifical sur son royaume. Bien 
qu'il eût juré « par les dents de Dieu » de couper le nez 
de quiconque promulguerait l'interdit, les évêques de Lon- 
dres, d'Ely et de Worcester, après s'être convaincus de 
son obstination, publièrent la sentence du pape, le 24 mars 

4208. Il céda, négocia, offrit de se soumettre, à condition 
que la personne de Langton lui serait épargnée. Le 42 janv. 

4209, il fut menacé de l'excommunication, s'il ne cédait 
point sans réserves dans les trois mois. Cette fois, il ne mé- 
nagea plus rien : il confisqua les revenus des évêques qui 
avaient quitté le royaume; pour s'assurer de la fidélité des 
barons, il exigea d'eux des otages ; personne n'osa lui noti- 
fier officiellement son excommunication ; en même temps, il 
obtenait la soumission de William, roi d'Ecosse, et il ap- 
puyait Othon IV, son neveu, contre le pape. Avec les dé- 
pouilles du clergé (particuhèrement de l'ordre de Cîteaux), 
qui le dispensèrent de recourir à une taxation sur les laïques, 
il entreprit, au mois de juin 42 1 0, une expédition en Irlande. 
Il réussit à abattre la puissance de la famille de Lacy, à 
introduire dans l'île sœur le régime administratif en vigueur 
en Angleterre, et à imposer, comme gouverneur, son ami, 
l'évêque de Norwich. Au retour, il arracha 66,000 marcs 
aux juifs, arrêtés en masse. Sa campagne de 4241 dans le 
N. du pays de Galles fut également heureuse. Mais, en 
4212, Innocent III, à bout de patience et de délais, se dé- 
cida enfin à prendre la mesure extrême de le déposer ; il 
confia à Philippe de France l'exécution de cet arrêt. On 
constate que le roi Jean déploya alors quelque activité : 
tous ses ennemis ayant profité de l'incident pour relever 
la tête, et quelques-uns de ses amis pour le trahir, il 
infligea une nouvelle correction aux Gallois, exigea de nou- 
veaux otages des barons, s'allia aux comtes de Boulogne 
et de Flandre contre Philippe, lança dans la Manche une 
flotte qui brûla Dieppe, et réunit une grosse armée pour 
repousser l'invasion. Néanmoins, il avait peur ; de sinistres 
prophéties circulaient sur son compte, et l'on disait que, 
dans son entourage môme, le roi de France avait des 
partisans. Le 15 mai 4243, à Douvres, il se soumit entre 
les mains du légat Pandolf, s'engageant à accueillir Lang- 
ton et tous les ecclésiastiques bannis, à leur restituer leurs 
biens, à placer l'Angleterre et l'Irlande sous la suzeraineté 
du pape, enfin à payer chaque année un tribut de mille 
marcs au siège romain. — Une assemblée se réunit à 
Saint-Albans le 4 août 4243 pour fixer les compensations 
dues aux prélats OKilés. Le roi n'y assista point : il était dans 
le Nord, à la poursuite des seigneurs qui avaient refusé de 
l'accompagner dans une expédition qu'il méditait en Poi- 
tou ; mais beaucoup d'évêques, de barons, et de représen- 
tants des townships du domaine royal y figurèrent. Cette 
assemblée ne se contenta pas d'évaluer les pertes subies 
par le clergé; elle discuta des questions de politique gé- 
nérale. Jean avait promis d'observer désormais « les lois 
de Henri l^^ »; l'archevêque lut ces lois, et les barons s'en- 
gagèrent à exiger que le texte en fût respecté. Pour échap- 
per à l'odieuse présence des évoques, ses adversaires triom- 
phants, et aux barons qui paraissaient résolus à lui arracher 
des réformes ou dés garanties, Jean résolut, sur ces entre- 
faites, de pousser sérieusement la guerre contre Philippe : 
déjà, une armée anglaise, sous Guillaume Longue-Epée, 



comte de SaUsbury, agissait en Flandre contre les Français ; 
il accueillit l'hommage de Raymond VI de Toulouse, banni 
de ses Etats, et débarqua, le 15 févr. 4244, à La Rochelle. 
Les Lusignans, le comte de la Marche, ses anciens enne- 
mis du Poitou, se joignirent à lui. Le 47 juin, il prit An- 
gers. Mais la bataille de Bouvines anéantit les forces com- 
binées de Flandre, de Lorraine et d'Angleterre, d'une 
part ; et, d'autre part, Louis de France "reconquit aisé- 
ment, en juillet, les places de l'Anjou. Jean fut heureux, 
le 44 sept., d'obtenir une trêve de cinq ans. — L'issue de 
la campagne de 4244 n'avait pas augmenté son prestige : 
battu, ruiné, il se trouva en présence d une coalition de 
barons qui, pendant son absence, avait décidé, dans une 
assemblée tenue à Saint-Edmonds, de lui arracher une 
« charte de libertés ». Il était au Temple de Londres 
quand, le 6 janv. 1245, les barons de Saint-Edmonds pro- 
duisirent, en armes, leurs exigences; ils ne consentirent à 
lui accorder un délai (jusqu'au 26 avr.) que sur la ga- 
rantie formelle de l'archevêque, de l'évêque d'Ely et du 
comte Maréchal qu'il leur donnerait satisfaction. Ce délai, 
Jean le mit à profit pour se croiser et pour informer le 
pape du complot tramé contre lui. Le 26 avr., il refusa 
nettement de contre-sceller la cédule que les barons lui pré- 
sentèrent ; et la guerre fut déclarée. Londres, Lincoln 
lui échappèrent. Terrifié, il consentit à s'aboucher avec les 
rebelles, le 45 juin, à Runnymede, entre Stains et Wind- 
sor. Là fut scellée la Grande Charte (V. ce mot), véritable 
traité de paix entre ses sujets et lui. — Dès lors, le roi 
humilié, excité par les capitaines des mercenaires à son 
service, ne vécut que pour se venger et pour recouvrer la 
plénitude de son ancienne autorité. Le 46 août, il refusa 
de paraître à l'assemblée de Brackley. Il fit publier l'ex- 
communication prononcée par le pape contre ses ennemis, 
fauteurs de désordres. Alors le baronnage se divisa en deux 
partis : l'un se rapprocha de lui; l'autre, décidément révo- 
lutionnaire, le déposa, et élut Louis de France, fils de 
Philippe-Auguste, en sa place. Le 30 oct., Jean s'empara 
du château de Rochester, l'une des principales forteresses 
de ses adversaires; en mars 4246, de Colchester, le légat 
Guala interdit à Louis de répondre à l'appel des barons 
excommuniés. Mais Louis (V. Louis VIII, roi de France) 
n'obéit pas : le 21 mai 4246, il débarqua à Stonor, près 
de Sandwich. Winchester se rendit à lui le 44 juin, et les 
désertions se multiplièrent dès lors dans le camp opposé. 
Au cours de la campagne, Jean, saisi de la dysenterie, 
mourut à Newark, peut-être empoisonné. Il fut enterré 
dans la cathédrale de Worcester. — De sa femme Isa- 
belle, dont Mathieu de Paris dit qu'il fut obligé de pendre 
les galants au-dessus de son lit, et qu'il fit enfermer, à 
partir de 4214, à Gloucester, il eut cinq enfants : Henri III, 
Richard de Cornouailles, Jeanne, reine d'Ecosse (morte 
en 4238), Isabelle, femme de l'empereur Frédéric II (morte 
en 4241), Eléonore, qui épousa successivement Guillaume 
le Maréchal, comte de Pembroke, et Simon de Montfort, 
comte de Leicester (morte à Montargis en 4274). L. 

Arménie 
JEAN, prince d'Arménie (V. Ivané). 

Bulgarie 
JEAN AssEN, prince de Bulgarie (V, Assen). 

Danemark 
JEAN 1^^, roi de Danemark, de Suède et de Norvège 
(4484-1513), néàAalborgen4455,mort le 20fév. 4513. 
Accepté comme héritier de l'Union Scandinave en 4458, il 
succéda à son père Christian P^'. La Norvège ne l'accepta 
qu'en 4483, après qu'il eut signé une capitulation assu- 
rant les privilèges des ordres; en Suède, l'administrateur 
Sten Sture lui résista jusqu'en 4497 ; il fallut une expé- 
dition et une victoire devant Stockholm pour que Jean pût 
s'y faire couronner (28 nov. 4497). Il donna à son frère 
Frédéric, favorisé par leur mère Dorothée, les duchés de 
Holstein et de Slesvig, scission qui fut l'origine de con- 
flits séculaires (V. Slesvig et Danemark). Le duc et le roi 



— 87 — 



JEAN 



furent complètement battus par les Dithm arches (1500), et 
Sten Sture reprit Stockholm vainement défendu par la 
reine. Ils s'allièrent à Lubeck et à la Ligue hanséatique. Le 
roi acheva son règne en guerroyant contre les Suédois et 
les Hanséates. En 1542, les uns et les autres traitèrent. Il 
avait réprimé sévèrement les insurrections de la noblesse 
norvégienne. A. -M. B. 

Empire byzantin 
J EAN l^% TziMiTzÈs, empereur de Constantinople (V. Tzi- 

MITZÈS) . 

JEAN II CoMNÈNE Calojeanou JEAN le Bon, empereur 
d'Orient, né en 1088, mort le 8 avr. 1443. Fiis aîné 
d'Alexis P^, il succéda à son père malgré les intrigues de 
sa mère Irène et de sa sœur Anne (15 août 1148). Cette 
dernière et son mari Bryenne formèrent même contre lui 
une conspiration, qui échoua. Les conjurés eurent leurs 
biens confisqués. Jean fut surtout un guerrier infatigable. 
L'abolition de la peine de mort signafe pourtant son gou- 
vernement intérieur qui, à côté de l'activité législative 
d'Alexis et de Manuel, semble un peu vide. D'autre part, 
au point de vue économique, Jean essaya de supprimer les 
privilèges accordés aux Vénitiens par la bulle d'or de 4082. 
Il en refusa la confirmation au doge Domenico Michel, 
chassa les Vénitiens de leurs quartiers ou échelles. La 
lutte économique se compliqua d'une guerre; Jean s'allia 
aux Génois et tenta d'enlever la Dalmatie aux Vénitiens 
(4449-20). Mais ceux-ci sont victorieux dans les Sporades 
et les Cyclades qu'ils pillent, ravagent les côtes du Pélopo- 
nèse, s'établissent dans les îles Ioniennes. Cette guerre 
gênait beaucoup la lutte contre les barbares; Jean, pour 
s'en débarrasser, rétablit la bulle de 1082. Jean, à l'inté- 
rieur, fut habilement secondé par son ministre Axuch, 
d'origine turque. Aux frontières, il passa sa vie à guerroyer : 
en Europe, dans la première période de son règne; en Asie, 
dans la seconde. Il achève, au N. du cours inférieur du 
Danube, de briser la puissance des Petchénègues, déjà 
bien affaiblis depuis leur invasion de 1047. En 1122, il les 
bat près de Berrhœa. Dans les années suivantes, ce sont 
les Serbes (1123) et les Hongrois (1124), coalisés sous 
Bêla Ouroch et Etienne II, qui sont vaincus. Le péril 
serbo-hongrois écarté, Jean court en Asie contre les Turcs 
Seldjoukides. Déjà en 1149-20 il avait pris Laodicée et So- 
zopolis; pas à pas, de 4426 à 4437, il les refoule et leur 
reprend leurs conquêtes. En 4437, il enlève aux Armé- 
niens la quatrième Arménie, qu'il réunit à l'Empire. Par 
l'Arménie il se trouva en contact avec Raymond, prince 
d'Antioche. Il fit une entrée solennelle à Antioche, et, de 
concert avec Raymond, dirigea une expédition contre les 
Turcs Atabecks de Syrie. Il mourut dans une campagne en 
Cilicie, à Anazarba, après avoir disposé de la couronne 
en faveur de son fils puîné. Manuel, au détriment de son 
fils aîné, Isaac. Manuel devait encore exagérer les qua- 
lités militaires, qui sont la marque principale du caractère 
de Jean. Beâulieu. 

BiBL, : Dans le Corpus Script, hist. byzRntinœ; Honn. 
1828-1878, V. NiGÉTAS, Cinname, — Histoires générales 
byzantines (V. bibl. au mot Isaac 1''=^ Comnéne)- — Wil- 
KEN, Rerum ah Alexio /'"■, Joanne^ etc., gestarum libri 
quatuor; Ileidelberg, 1811. 

JEAN II! Vatatzès, empereur de Nicée, né à Didymo- 
tique (Thrace) en 4493, mortle 30 oct. 4255. Jean appar- 
tenait à la famille des Ducas; son mariage avec Irène, 
fille aînée de Théodore Lascaris, en fit le successeur de ce 
dernier au trône de Nicée (4222). Mais les deux frères de 
Théodore, Alexis et Isaac, sa fille cadette Eudoxie protes- 
tèrent contre l'avènement de Jean. Ils se réfugièrent au- 
près des Latins de Robert de Namur, qu'ils poussèrent à 
la guerre. Jean leur infligea une défaite sanglante àPœme- 
nenon (4223) ; les deux frères furent faits prisonniers et 
eurent les yeux crevés. Jean enleva aux Latins leurs pos- 
sessions asiatiques ; sa flotte parcourut en maîtresse le 
bassin oriental de la x^léditerranée, s'empara de Lesbos et 
de Rhodes et resserra de jour en jour le blocus autour de 
Constantinople. Il est un instant tenu en échec par Jean de 



Brienne, qui entre à Lampsaque (4233); de plus, sa flotte 
échoue par deux fois dans une tentative contre Candie et 
est dispersée par une tempête. Jean trouva heureusement 
des alliés dans Asan II, roi de Bulgarie, dont la fille épouse 
son fils Théodore, et dans le despote d'Epire. Fort de cet 
appui, Jean enlève Gallipoli (4235) et bâtit un fort à l'en- 
trée des Dardanelles. Constantinople est assiégée par terre 
et par mer ; mais Jean de Brienne infligea aux Grecs une 
série d'échecs, qui délivrèrent la capitale. En même temps 
les Bulgares abandonnent Jean. Leur aUiance est rempla- 
cée par celle de Frédéric II, empereur d'Allemagne, qui 
vint aux Grecs parce qu'il haïssait, en Jean de Brienne, le 
protégé des papes. La mort de Jean de Brienne arrive sur 
ces entrefaites (4237) et Vatatzès, malgré ses échecs sous 
Constantinople, se trouve de nouveau menaçant pour les 
Latins. Ceux-ci tentent contre lui un vigoureux effort : 
Baudouin II met en gage ses reliques, va mendier des se- 
cours en Europe ; le pape fait en sa faveur d'activés démar- 
ches dans l'Europe centrale, gagne les princes de Hongrie 
et maintient les Bulgares dans FaUiance de Constantinople. 
En Orient, même les Latins trouvent de précieux auxiliaires 
dans lesKoumans. Le vicaire de l'Empire, Narjaud de Toucy, 
épouse la fille de leur chef Jonas. Le résultat de tous ces 
eiforts fut désastreux pour Vatatzès qui, battu, perd Tsu- 
rulon, la clef de Byzance, et abandonne ses conquêtes d'Eu- 
rope (4240), Les quinze dernières années de Vatatzès 
furent très occupées ; mais il renonce à prendre Constan- 
tinople et ne fait plus que des conquêtes préparatoires et 
de détail. Il intervint en Epire. La guerre civile y régnait 
entre le despote Théodore, son frère et son fils. Vatatzès 
s'empara de la capitale épirote, Thessalonique, et y main- 
tint comme despote l'empereur associé, Jean, fils do Théo- 
dore, qui devint son client (4246). Il intervint aussi en 
Bulgarie, après la mort d'Asan II (4244) et s'empara d'une 
partie de la Macédoine, deSkopia et de Melnik. Il cherche 
à isoler Constantinople par sa diplomatie : il conclut un 
traité d'alliance avec le sultan d'Iconium et fait rompre un 
projet d'union entre une fille du sultan et Baudouin II ; il 
entre en pourparlers avec le pape, moins dans l'intention 
de réunir l'Eglise d'Orient à Rome que pour détacher le 
pape de Baudouin. Cette politique porte ses fruits ; il re- 
prend Tsurulon et peut-être allait-il tenter l'assaut de 
Constantinople quand il mourut. — Jean Vatatzès avait 
mis sa maison à deux doigts de refaire l'empire de Byzance 
à son profit ; l'usurpateur Michel Paléologue devait lui en 
dérober l'honneur. Beâulieu. 

Bibl. : Histoires générales byzantines (V. au mot Isaac I"^' 
Comnène). 

JEAN IV Lascaris, empereur de Nicée, né en 4250, 
mort à une date indéterminée, après 4264. Fils de Théo- 
dore Lascaris et d'Hélène, fille d'Asan II, roi des Bulgares, 
il succéda en 4258 à son père, sous la tutelle de Georges 
Mouzalon et du patriarche Arsène. Mais Michel Paléologue, 
connétable des mercenaires latins, se soulève contre Mou- 
zalon, qui est tué. 11 devient tuteur du jeune Jean, associé 
à l'Empire et finalement se fait couronner seul à Nicée 
(24 déc. 4258). Le patriarche Arsène se retire dans un 
monastère. La surprise de Constantinople par le césar Alexis 
Stratégopoulos a lieu encore aux cris de : « Victoire aux 
deux empereurs Michel et Jean! » (4264). Mais Michel, 
après son entrée solennelle dans la capitale de l'Empire 
restauré, se hâte de se débarrasser de Jean et le relègue 
au château de Dacityze. Beâulieu. 

BiHL. : Histoires générales byzantines (V. au mot Isaac I«^" 
Comnène). 

JEAN V Paléologue, empereur d'Orient, né en 4332, 
mort le 46 févr. 4390. Fils d'Andronic III, il succéda en 
4344 à son père, sous la régence de sa mère, Anna de Sa- 
voie. La régence fut troublée par les entreprises du grand 
domestique Cantacuzène. D'abord favorable à Anna, Canta- 
cuzène, en proie aux vexations des familiers de la régente 
qui le trouvent trop puissant, se tourne contre ^ elle et se 
fait proclamer empereur sous le nom de Jean VI. Une hor- 



JEAN 



— 88 



rible guerre civile commence : Cantacuzène s'allie au kral 
de Serbie ; Anna au sultan des Osmanlis. Les sujets byzan- 
tins sont molestés, enlevés et vendus en Asie ; les provinces 
et les villes sont conquises par les Serbes et les Génois. 
Enfin Cantacuzène entra par surprise à Constantinople. 
Anna dut traiter (1345). On convint que Cantacuzène se- 
rait empereur en premier jusqu'à la majorité de Jean V, 
c.-à-d. pendant dix ans, jusqu'en 1355. Mais à l'expira- 
tion des dix années, Cantacuzène se montra peu disposé à 
céder la première place à Jean V. La guerre civile recom- 
mença. Cantacuzène confisqua les biens de Jean, le dépouilla 
du pouvoir et le remplaça par son propre fils Mathieu 
(1354). Jean V trouva un appui auprès des Génois. Il s'em- 
para des portes de Constantinople. Comme en d345, un 
traité fut conclu. Jean V et Jean VI devaient être empe- 
reurs à titres égaux ; Mathieu conserva le titre d'empereur 
avec Andrinople. Bientôt Cantacuzène se retira dans un 
monastère et son fils Mathieu, sur ses prières et ses me- 
naces, abdiqua aussi : Jean V était seul empereur (4355). 
Il se trouva aussitôt aux prises avec les Osmanlis qui sous 
Mourad, en 1360, conquièrent Andrinople. Jean V, sans 
hommes et sans argent, vint implorer la pitié de l'Occi- 
dent et pousser à la croisade. On le vit à Rome s'agenouiller 
devant Urbain V (1369) et abjurer le schisme, dans le 
midi de la France, à Venise, où il emprunte à gros intérêt, 
ne peut rembourser et est mis en prison pour dettes. Jean 
demande de l'argent à ses deux fils : Andronic, associé à 
l'Empire, et Manuel, gouverneur de Thessalonique. Andro- 
nic, qui se souciait peu de voir revenir son père, refuse 
tout secours; Manuel, au contraire, envoya l'argent néces- 
saire. De retour en Orient, Jean destitua Andronic et le 
remplaça par Manuel. Andronic mécontent passe à l'ennemi 
s'associe avec le fils de Mourad : tous deux forment un com- 
plot ayant pour but de se débarrasserde leurs pères (1374). 
Mourad découvre le projet et fait crever les yeux à son fils. 
Andronic faillit subir le même traitement de la part de son 
père. Il trouva des protecteurs dans les Génois qui, le 
11 juil. 1375, entrent à Constantinople et installent An- 
dronic à la place de Jean, qui est enfermé. Jean, soutenu 
parles Vénitiens, tente en vain de provoquer un mouve- 
ment en sa faveur ; il peut néanmoins s'enfuir auprès du 
sultan. Grâce à l'appui de Mourad, il entre à Constanti- 
nople. Andronic reçoit en apanage le reste de l'Empire en 
Europe (1379). Dès lors Jean est à la merci du sultan. Il 
lui paye tribut, promet de lui fournir un contingent mili- 
taire et de lui donner un de ses fils en otage. Le succes- 
seur de Mourad, Bayézid I^*", emmène le fils de Jean, le 
jeune empereur associé Manuel, dans toutes ses campagnes. 
Il le force à assiéger Philadelphie, promise à Mourad par 
Jean et qui ne voulait pas se donner aux Osmanlis. Jean 
subit sans protester toutes les humiliations ; il renonce à 
réparer les fortifications de Constantinople, devant les ordres 
de Bayézid. Il laisse à son fils Manuel un empire mourant. 
— Jean eut des défauts : il manqua d'énergie et sa vie pri- 
vée fut loin d'être irréprochable ; mais les faiblesses de son 
règne doivent aussi être imputées aux circonstances et sur- 
tout aux hommes de l'Occident, qui ne voulurent pas le 
soutenir contre les Osmanlis. Beâulieu. 

BiBL. : Histoires générales byzantines (V. au mot Isaac I*''" 
Comnène). 

JEAN VI Cantacuzène (V. Cantacuzène). 

JEAN VII Paléologue, empereur d'Orient, né en 1360, 
mort en 1410 (20 nov.). Petit-fils de Jean V par son fils 
Andronic. Quand Andronic se révolta en 1375, le jeune 
Jean subit le sort de son père. Il fut enfermé et défiguré 
à la suite d'une opération maladroite pour le priver de la 
vue. Sous le règne de son oncle Manuel, le jeune Jean fut 
protégé par les Osmanlis. Bayézid l'opposa à l'empereur, 
lui donna 10,000 hommes, avec lesquels il marcha sur 
Constantinople. Manuel effrayé consentit à partager l'Em- 
pire avec son neveu (déc. 1398). Peu après il partit pour 
l'Occident afin de trouver des secours contre les Osmanlis. 
Jean VII, seul maître de l'Empire, paya l'appui de Bayézid 



en consentant à un honteux traité. Il s'engagea à payer 
un tribut aux Osmanlis, à leur ouvrir un quartier de Cons- 
tantinople, où Bayézid mit un cadi, un iman et fit élever 
une quatrième mosquée. A son retour à Constantinople, Ma- 
nuel désavoua le traité. L'empire osmanli était alors en 
conflit avec l'empire mongol, le sultan Bayézid venait d'être 
fait prisonnier sur le champ de bataille d'Angora. Manuel 
se sentait fort, il déposa Jean VII et le relégua à Lemnos. 
Jean prit le froc et se retira dans un monastère. 

BiBL. : Histoires générales byzantines (V.au mot Isaac I^^' 
Comnène). 

JEAN VMI, empereur d'Orient, né en 1390, mort en 
1448. Des six fils de Manuel II, qui mourut en 1425, ce 
fut Jean, déjà associé à l'Empire, qui succéda à son père. 
A son avènement Jean VU paya tribut aux Osmanlis et leur 
céda plusieurs villes sur la mer Noire, moyennant quoi 
l'Empire jouit d'un calme relatif jusqu'en 1435. A cette 
date les Osmanlis de Mourad H étaient de plus en plus me- 
naçants. Jean se décida à implorer les secours de l'Occi- 
dent. Il fit des ouvertures au pape Eugène IV et laissa 
entrevoir sa soumission complète et sincère à l'Eglise ro- 
maine. Eugène IV envoya à Constantinople le légat Nicolas 
de Cusa. Celui-ci s'aboucha avec le patriarche Joseph et 
l'archevêque de Nicée, Bessarion. On convint de réunir un 
concile à Ferrare pour traiter de l'union des deux Eglises. 
L'empereur, avec une suite de 700 Grecs, dont Joseph et 
Bessarion, s'embarqua pour l'Italie le 27 nov. 1437. Le 
concile de Ferrare se passa en disputes de préséance ; 
transféré à Florence, en 1439, il aborda enfin les diver- 
gences de doctrine. L'union des deux Eglises fut définitive- 
ment scellée le 6 juil. 1439 par un symbole arrêté en 
commun. Mais le concile de Florence eut moins de résul- 
tats politiques que littéraires. Le pape ne réussit pas à 
entraîner l'Occident au secours des Byzantins. Jean Hunyade 
ne reçut que quelques croisés de bonne volonté, le cardinal 
Condolmieri, neveu du pape et le légat Julien Césarini. La 
défaite de Varna ruina les espérances du pape et de Jean VII 
(1444); celle de Kossovo (1448) jeta Jean dans le plus 
profond découragement. Il mourut quatorze jours après. 
Jean VIII n'avait pu réussir à imposer l'union religieuse à 
ses sujets. Marc Evgenikos avait protesté contre cette union 
au concile de Florence. De retour à Constantinople, il la 
combattit encore, et Jean mourut avant de l'avoir opérée. 
L'historien Doucas appelle avec raison Jean VIII le deimier 
empereur. L'empire d'Orient n'a plus, après lui, que quel- 
ques années à vivre. Beâulieu. 

BiBL.: Histoires générales byzantines (V. au mot Isaac I^'" 
Comnène). — H. Vast, le Cardinal Bessarion, 1878. 

JEAN, empereur de Thessalonique, mort après 1246. Son 
père, Théodore- Ange, frère et successeur du despote d'Epire, 
Michel, s'était fait couronner empereur de Thessalonique 
quand il eut conquis cette ville sur les Latins (1223). Au 
cours d'une guerre contre Asan II de Bulgarie, il fut battu 
et eut les yeux crevés (1230). C'est alors que, remis en 
liberté, il associa à l'Empire son fils Jean. Jean et Théo- 
dore guerroyèrent contre leur oncle et frère. Manuel ; la 
guerre civile commença en Epire. Jean III Vatatzès en pro- 
fita pour envahir la Macédoine et s'emparer de Thessalo- 
nique. L'empire épirote de Thessalonique avait duré vingt- 
trois ans (1223-16). Jean reconnut l'empereur de Nicée et 
conserva Thessalonique avec le titre de despote. 
BiBL. : DucANGE, FamiHdB byzantinœ, 1680. 

JEAN-Ange-Dukas-Comnène, prince épirote, mort en 
1290. C'était le fils naturel de Michel II, mort en 1267. 
Au partage que Michel fit de ses Etats, Jean obtint le S., 
la Thessalie, la Locride, et établit le siège de son despotat 
à Patras. Dans sa petite sphère d'action, Jean n'eut pas un 
gouvernement sans gloire : il s'usa à guerroyer contre son 
frère Nicéphore, qui avait eu l'Epire, et lui enleva une à 
une un grand nombre de villes. Il fut aussi souvent en 
lutte avec Michel Paléologue, qui l'avait nommé sébasto- 
cratôr. Une question religieuse les divisait surtout ; en face 
de Michel, qui essayait de se rapprocher de Bome pour se 



taire pardonner la prise de Constantinople, Jean se pose en 
champion de Forlhodoxie. Quand les envoyés de l'empereur 
eurent, au concile de Lyon (1274), reconnu la suprématie 
papale, Jean assembla un concile dans ses Etats, qui dé- 
clara hérétique la croyance de TEglise romaine. Jean fut le 
dernier, en importance, des despotes d'Epire de sa race, 
qui devait s'éteindre en 1318. Beaulieu. 

BiBL. : DucANGE, FamUise byzantinœ, 1680, p. 210. 

JEAN DE Brienne (V. Brienne). 

JEAN DuKÂS César (V. Dukas). 
Espagne 

JEAN ou JUAN l^'", roi d'Aragon, mort le 19 mai 
1395. Il était fils de Pedro IV, surnommé le Cérémo- 
nieux, et de Leonor de Sicile. Brouillé avec son père pour 
avoir épousé secrètement Yolande, fille du duc de Berry 
(1384), il se réconcilia dans la suite, mais dut quitter la 
cour en 1385. A la mort de Pedro IV (5 janv. 1387), 
Juan hérita de la couronne d'Aragon. Le premier acte du 
règne fut le procès de Sybil deForcia, belle-mère du nou- 
veau roi, dénoncée par un juif et accusée par la voix pu- 
blique de l'avoir ensorcelé au moyen de breuvages magiques 
(suivant une autre version, il s'agissait de Pedro IV). Sy- 
bil put échapper à la torture, mais perdit titres et biens ; 
on ne lui laissa qu'une très faible rente. Deux de ses pré- 
tendus complices subirent la question et furent décapités. 
Ensuite Juan P"^ s'occupa du schisme de l'Eglise. Une 
assemblée de prêtres et de chevaliers, réunie à Barcelone, 
reconnut Clément VII d'Avignon pour seul pape légitime- 
ment élu, grâce aux eiforts du cardinal aragonais Pedro 
de Luna, plus tard Benoit Xlll (4 févr. 1387). D'un ca- 
ractère doux, mais indolent, Juan l^^ négligeait les affaires 
sérieuses pour ses plaisirs favoris : la fauconnerie, la chasse, 
les fêtes, la poésie, la musique. La reine encourageait ces 
goûts. Tous deux attiraient les troubadours el récompen- 
saient par des dons magnifiques la moindre chanson limou- 
sine rimée en leur honneur. Prodigalité pareille eut bien- 
tôt épuisé le trésor de l'Aragon. Pendant que le roi prési- 
dait les Certes, en la ville de Monzon, la noblesse 
mécontente se réunissait à Calasanz. Elle adressa par écrit 
ses griefs au souverain. Devant une menace de guerre ci- 
vile, don Juan consentit à restreindre les dépenses et 
bannit de la cour une favorite de la reine Yolande, Carroza 
de Vilaragur (1390). La même année, des bandes d'aven- 
turiers français, conduits par Bernard d'Armagnac, rava- 
gèrent le N. de la Catalogne. Vaincus à deux reprises, les 
pillards repassèrent la frontière à l'approche de l'armée 
royale, en saccageant le Roussillon dans leur retraite. 
Juan P^ eut ensuite à combattre les Sardes, soulevés contre 
la domination aragonaise à la voix de Brancaleone Doria 
(1391). Son neveu, Martin d'Exerica, avait épousé Marie, 
reine de Sicile. Juan I®^ l'aida à s'emparer de cette île. 
Bernardo de Cabrera vainquit les Siciliens et les soumit à 
la couronne d'Aragon (1393). Juan P^' mourut deux ans 
après d'une chute de cheval, chassant le loup dans la forêt 
de Foxa. Comme il ne laissait que deux filles, il eut pour 
successeur son frère don Martin, duc de Momblanc. L'an- 
née de sa mort avait été signalée par une nouvelle incur- 
sion des Français. Lucien Dollfus. 

JEAN ou JUAN 11, roi d'Aragon et de Navarre, mort 
à Barcelone le 19 janv- 1479. Il était fils de Ferdi- 
nand 1*^^, surnommé le Juste, et de Leonor d'Albuquerque. 
Quand mourut son père (1416), il eut le titie de duc avec 
la seigneurie de Lara et les villes de Momblanc et de Mé- 
dina del Campo. Son aîné, Alphonse V, était roi d'Ara- 
gon. A la mort de Carlos ïll le Noble (1425), dont il 
avait épousé la fille, dofiaBlanca, l'infant don Juan devint 
roi de Navarre. Il suivit son frère Alphonse V le Magna- 
nime à la conquête de Naples et fut pris avec lui à la*^ ba- 
taille navale de Ponzia, gagnée par les Génois (25 août 
1435). Remis en liberté, Alphonse le chargea de gouver- 
ner l'Aragon en son absence. Ayant attaqué Juan II de 
Castille, il essuya une défaite complète à Olmedo, ainsi que 
les seigneurs castillans révoltés contre le roi (19 mai 1445). 



89 — JEAN 

Le 27 juin 1458, Alphonse V mourut à Naples, laissant 
à Juan II la couronne d'Aragon. Excité par sa seconde 
femme, Juana Enriquez, fille de Fadrique Enriquez, almi- 
rante de Castille, il avait persécuté avec acharnement son 
fils Carlos, prince de Viana. Il le vainquit et le prit à 
Ayvar (1452), lui rendit la liberté à la demande des Cer- 
tes, se vit forcé de le reconnaître héritier d'Aragon, de 
lui céder le gouvernement de la Catalogne, et finit, dit-on, 
parle faire empoisonner, en 1461 (V. l'art. Carlos de 
Viana). Aussitôt le peuple de Barcelone s'arma contre le 
roi qu'il accusait de ce crime. Juan II eut recours à 
Louis XL Le roi de France lui fournit 700 lances et de 
plus 200,000 ducats. Cerdagne et Roussillon furent remis 
entre ses mains jusqu'au payement de la dette. La reine 
Juana Enriquez et l'infant Ferdinand, assiégés dans Girona 
par les Catalans, n'échappèrent que grâce à l'arrivée des 
hommes d'armes français (1462). La Catalogne insurgée 
se donna d'abord au faible Enrique IV de Castille qui 
l'abandonna bientôt, puis au connétable de Portugal, dom 
Pedro, proclamé par les rebelles comte de Barcelone et roi 
d'Aragon (1464). Le prince Ferdinand, plus tard Ferdi- 
nand le Catholique, âgé de treize ans seulement, vainquit 
les Catalans et les Portugais à Los Prados del Rey (1465). 
Après la mort du connétable, les révoltés appelèrent René 
d'Anjou (1466) qui, trop vieux pour venir en personne, 
leur envoya son fils Jean, duc de Lorraine. En 1468, 
Juan II, devenu aveugle, fut guéri par un astrologue et 
médecin juif nommé Abiabar. Enfin, Jean de Lorraine 
étant mort, Barcelone se rendit au roi, après une résis- 
tance acharnée (1472). La guerre de Catalogne avait duré 
dix ans. Cette lutte était à peine terminée que les villes 
du Roussillon, cédées jadis à Louis XI et aceablées d'im- 
pôts par leur nouveau maître, se soulevèrent à la fois et 
massacrèrent les garnisons françaises. A cette nouvelle, 
le vieux Juan II accourut s'enfermer dans Perpignan avec 
sa noblesse et le connétable de Navarre, Pedro de Peralta. 
Philippe de Savoie dut lever le siège en grand désordre 
à l'approche de Ferdinand qui conduisait une armée ara- 
gonaise et castillane au secours de son père. Louis XI 
traita. Le 17 sept. 1473, il fut convenu entre lui et 
Juan II que le Roussillon serait restitué à l'Aragon le jour 
où les 200,000 ducats, prêtés en 1462, seraient entière- 
ment payés. Malgré cela, la guerre reprit. Les Français 
s'emparèrent d'EIne (1474), de Perpignan (1475) et péné- 
trèrent dans Ampurias (1476). Juan II mourut âgé de 
quatre-vingt-un ans et demi, sans avoir vu la fin de la 
longue lutte engagée contre Louis XL II eut pour succes- 
seur son fils Ferdmand V le Catholique (en Aragon Ferdi- 
nand II), époux de l'infante Isabelle depuis 1469 et roi de 
Castille depuis 1475 (V. Ferdinand V). Lucien Dollfus. 
JEAN l^»-, roi de Castille, né le 24 août 1358, mort le 
9 oct. 1390. Fils de Henri II, de Trastamare, il lui suc- 
céda en 1379. Son caractère doux et affable promettait à 
la Castille un règne heureux. Il resserra l'alliance avec la 
France et envoya une flotte pour aider le roi Charles V dans 
sa lutte contre Jean de Montfort, duc de Bretagne, et les 
Anglais. Son fils aîné, à peine âgé de quelques mois, ayant 
été fiancé (1380) avec la fille unique de Ferdinand (V. ce 
nom), roi de Portugal, lequel se ligua ensuite avec Jean, 
duc de Lancastre, prétendant à la couronne de Castille, le 
roi Jean porta la guerre chez son voisin inconstant, qui se 
soumit en 1382 et accorda la main de sa fille au second 
fils de son vainqueur. Il l'offrit ensuite en mariage à Jean P"^ 
lui-même, devenu veuf récemment, qui l'accepta, et qui, 
dès l'année suivante, envahit de nouveau le Portugal pour 
s'en faire reconnaître roi après la mort de son beau-père. 
Soutenu par une grande partie de la noblesse portugaise, 
il allait réussir dans ses plans sans l'intervention de la 
fièvre jaune, qui l'obligea de rebrousser chemin. Le frère 
consanguin de Ferdinand, le grand maître d'Aviz, Jean 
(V. ce nom), ayant été élu roi de Portugal en 1385, Jean P' 
de Castille se porta contre lui à la tête d'une forte armée, 
qui subit une défaite complète à Aljubarotta (14 août 1386). 



JEAN 



- 90 



Il eut ensuite à combattre le duc de Lancastre, et cette 
guerre de deux ans se termina par un accommodement, de 
même que celle avec le Portugal aboutit à une trêve de 
six ans (1389). Ce prince, plein de sagesse et de modéra- 
tion, mourut à trente-deux ans d'une chute de cheval. De son 
premier mariage avec Eléonore d'Aragon, il eut plusieurs 
enfants ; son fils aîné, Henri III, lui succéda. G. P-i. 
BiBL. : P. LoPEZ DE Ayala, Coronica ; Pampelune, 1591. 

JEAN II, roi de Castille, né le 6 mars 1403, -mort à 
Yalladolid le 21 juil. 1434. Petit-fils du précédent et fils 
de Henri IIÏ, il succéda à celui-ci le 23 déc, 1406, sous la 
tutelle de sa mère, Catherine, et de son oncle, Ferdinand 
de Castille, qui, devenu en 1412 roi d'Aragon, abandonna 
tout le pouvoir à la régente. Après la mort de celle-ci en 
1418, les rênes du gouvernement passèrent à l'archevêque 
de Tolède et à Alvaro de Luna. Le jeune roi, renversé du 
trône et emprisonné en 1420 par son beau-frère, Henri 
d'Aragon, grand-maître de l'ordre de Saint-Jacques, fut 
rétabli avec l'aide de son autre beau-frère, Jean II, roi 
d'Aragon. Dès lors, son règne se partage entre les intrigues 
de Jean et de Henri de Navarre contre lui et surtout contre 
son puissant favori, Alvaro de Luna (V. ce nom), élevé à 
la dignité de connétable, et entre les faveurs ou les rigueurs 
exercées contre lui, sous la pression des révoltes des 
nobles castillans. Jean de Navarre fut complètement défait 
à la bataille d'Olmedo (1445), et Alvaro de Luna finit par 
être injustement décapité (4433). De sorte que ce monarque 
sans caractère, quoique doué d'excellentes qualités, n'a à 
son avoir que des succès sur les Maures de Grenade et la 
haute protection qu'il accordait aux poètes et aux littéra- 
teurs. Le fils qu'il eut de son mariage (1418) avec Marie 
d'Aragon, lui succéda sous le nom de Henri IV. De sa 
seconde union (1447), avec Isabelle de Portugal, il eut un 
fils, Alphonse^ et une fille. G. P-i. 

J EAN, connu sous le nom de don Juan d'Autriche^ né à 
Ratisbonnele24févr. 1347,mortàNamurlel^'* oct.1578. 
Il était fils naturel de Charles-Quint et de Barbara Blom- 
berg de Ratisbonne. Il fut élevé en Espagne par les soins de 
don Luis (iuijada, sous le nom de Geronimo. Son origine fut 
révélée après la mort de son père par une lettre de celui-ci 
à Philippe II. Le roi témoigna une grande faveur à son frère, 
lui fit prendre le nom de Juan, lui donna un bel étaWisse- 
ment et lui fit achever son éducation à Alcala. Très beau 
et cavalier accompli, le jeune prince manifesta sa prédilec- 
tion pour la vie militaire. Il fit, avec Requesens, une ex- 
pédition contre les Barbaresques (juin 1368), puis reçut le 
commandement de l'armée opposée aux Morisques révoltés 
de Grenade. Il n'eut l'autorité réelle qu'en 1370 et se 
signala par de brillants exploits (prise de Galera, etc.) 
qui mirent fin à la résistance. H fut alors mis à la tête de 
la flotte envoyée par la Sainte Ligue contre les Turcs et 
remporta la victoire ..de Lépante (7 oct. 1371). Il n'en put 
tirer parti à cause des dissensions entre les alliés. En sept. 
1373, il s'empara de Tunis et s'y fortifia, contre l'ordre 
de Philippe II, rêvant de s'y créer un royaume; son frère 
ne s'y prêta pas. En 1374, il fut chargé de pacifier Gênes. 
En 1373, il reçut le titre de vicaire général des possessions 
espagnoles d'Italie. Il forma alors le projet de délivrer Ma- 
rie Stuart, avec l'idée d'acquérir les couronnes d'Ecosse et 
d'Angleterre. En 1576, il fut nommé gouverneur des Pays- 
Bas, traversa la France déguisé en esclave maure d'un des 
gens de sa suite et arriva à Luxembourg le 4 nov. 1376, 
jour de la tuerie d'Anvers. Il avait pour instructions de 
réconcilier sans rien concéder. Il s'y employa avec une du- 
plicité semblable à celle de Phihppe II, signa pour se faire 
reconnaître l'Edit perpétuel, renvoya ses mercenaires es- 
pagnols ; mais il était hostile à la tolérance qu'il promet- 
tait, et ni Guillaume d'Orange, ni les Etats de Hollande et 
de Zéiande n'en furent dupes. Le gouverneur fit revenir 
ses troupes par petits paquets et occupa le château de Na- 
mur. Les Etats des Pays-Bas appelèrent comme gouver- 
neur l'archiduc autrichien Mathias, sous le nom duquel 
Guillaume eut tout le pouvoir, et déposèrent don Juan 



d'Autriche (7 déc. 1377). L'armée des Etats fut mise en 
déroute à Gembloux par Alex. Farnèse (31 janv. 1378); 
mais Philippe II laissait son frère sans renforts ; il semble 
qu'à cette époque Antonio Perez ait réussi à éveiller l'in- 
quiétude du soupçonneux monarque contre le romanesque 
et aventureux Jean. Le confident de celui-ci, Escovedo, 
envoyé à Madrid pour porter ses déclarations, fut assas- 
siné, par ordre du roi. Miné par la fièvre, le jeune gou- 
neur succom.ba. On a parlé de poison que Phihppe II lui 
aurait fait donner, mais rien n'autorise cette conjecture. 
Après de pompeuses funérailles, le corps fut embaumé et, 
par mesure d'économie, sur l'ordre du roi, coupé en trois 
morceaux que des cavaliers transportèrent secrètement à 
travers la France, emballés au pommeau de leur selle. En 
Espagne, on les réunit, on célébra de nouveau un somp- 
tueux convoi et on déposa la dépouille du héros de Lépante 
à l'Escurial. A.-M. B. 

BiBL. : V. la bibl. de l'art. Philippe II et Stirling- 
IvIaxwell, Don Juan of Ausiria; Londres, 1883, 2 vol. 

JEAN ou DON Juan d'Autriche, général espagnol, né 
le 7 avr. 1629, mort le 17 sept. 1679. Fils naturel du roi 
d'Espagne Philippe ÏV et d'une actrice. Maria Calderon, il 
fut nommé grand prieur de Castille, prit part à la guerre 
de Portugal en 1642, réprima en 1647 la révolte de Masa- 
niello à Naples, et fut investi ensuite des fonctions de gou- 
verneur d'Italie. En 1632, il étouifa l'insurrection de Ca- 
talogne, et se distingua ensuite dans la guerre contre la 
France. Vice-roi des Pays-Bas espagnols en 1636, il y 
fut chargé de la direction des opérations militaires. La for- 
tune lui sourit un moment, mais il perdit contre Turenne 
la bataille des Dunes (14 juin 1638), et le reste de 
son armée fut anéanti près d'Audenarde, Après la paix 
des Pyrénées, il commanda en chef l'expédition contre le 
Portugal (1660). Battu à Estremoz (8 juin 1663), il quitta 
l'armée l'année suivante. Après une période de disgrâce, 
il devint vice-roi d'Aragon, puis premier ministre de 
Charles IL ' G. P-i. 

Bibl. : F. -F. Bremundano, Uîstoria. de la, vida, y hechos 
de D. Juan d'Austria; Saragosse, 1673,in-fol. — Gr. Leti, 
Vita di D. Giovanni dAustria ; Cologne, 1686, in-12. — jRe- 
lation des différends arrivés en Espagne entre D. Juan 
d Autriche et le cardinal Nitard; Paris, 1677, 2 vol. in-12, 

France 

JEAN 1®^' LE Posthume, roi de France, né le 13 nov. 
1316, mort le 20 nov. suiv. Il était fils de Louis X et de sa 
deuxième femme, Clémence de Hongrie. Il naquit cinq mois 
et demi après la mort de son père. De sa première femme, 
Marie de Bourgogne, Louis X laissait une fille, mais elle 
n'eut pas la couronne, et un frère du roi défunt, Phihppe, 
comte de Poitiers, prit la régence, en attendant les couches 
de la reine (juin 1316). D'après divers témoignages Jean 
le Posthume ne vécut que cinq jours, mais, à en croire cer- 
tains documents, comme le Diario de Sienne et une charte 
de Nie. Rienzi, le comte de Poitiers, aidé par sa belle- 
mère, Mahaut, comtesse d'Artois, aurait, pour s'emparer 
du trône, substitué au petit roi l'enfant qui mourut alors. 
Quant au véritable fils de Louis X, il aurait été élevé par 
un négociant de Sienne, Guiccio de Mini, dont il porta le 
nom. îl est certain qu'un faux roi Jean I^"^ parut en Italie 
et dans le midi de la France pendant le règne de Jean le 
Bon. Pris en Provence, il aurait été enfermé au château de 
rOEuf , à Naples, et y serait mort. Quoi qu'il en soit, l'en- 
fant qui mourut au Louvre le vendredi 20 nov. 1316 figure 
parmi les rois de France sous le nom de Jean P^. E. C. 

Bibl. : Guill. de Nangis (le continuateur de), I, 430- 
431. — Les Grandes Chroniques de France^ édit. P. Paris; 
Paris, 1836, col. 1226 et 1232, in-fol. — D. Devic et D. Vais- 
SETE, Hisi. du Languedoc; Toulouse, 1886, t. IX, 361, 723, 
in-4. — Bull, de la Soc. de Vhist. de Fr.., année 1844, p. 122. 
— Mém. de l'Acad. des Insc. eiB.-L.,XIV, 114-115. 

JEAN 11 LE Bon, roi de France, né le 16 avr. 1319, 
mort le 8 avr. 1364. Il était fils du roi Philippe VI de 
Valois et de sa première femme, Jeanne de Bourgogne. Ha- 
bitué à guerroyer contre les Anglais dans le lïainaut (1340), 
en Bretagne (1341-42), en Guyenne (1346), il avait pris 



~ 91 — 



JEAN 



pour modèJe son beau-père, le roi cheyàim Jean P Aveugle 
(V. ce nom) dont il avait épousé la deuxième fille, Bonne 
de Luxembourg, en 1332. Jean le Bon, c.-à-d. le prodigue, 
le généreux, fut aussi un chevalier sans peur, mais il ne 
fut pas toujours sans reproches. 11 prit le pouvoir (241 août 
4350) dans les circonstances les plus difficiles. Ses pre- 
miers actes montrent bien ses qualités et ses défauts. Il 
rend la liberté aux fils de Robert d'Artois, innocents de la 
trahison de leur père, mais, sur de simples soupçons, il 
fait exécuter, sans jugement, Raoul d'Eu, connétable de 
France (19 nov. 1350), et donne sa charge à son favori, 
Charles de La Cerda; il prodigue, pour les fêtes du sacre 
(sept. 1350), For qu'il arrache au royaume épuisé et il a 
pour principale ressource l'altération des monnaies ; il fonde 
l'ordre de l'Etoile, dont tous les membres juraient de ne ja- 
mais reculer dans le combat ; il marie sa fille aînée, Jeanne, 
à Charles le Mauvais, roi de Navarre (fév. 1352), et il ir- 
rite aussitôt ce prince vindicatif en ne lui cédant pas les 
domaines promis en échange du comté d'Angoulême qu'il 
accorde à La Cerda. Le 8 janv. 1354, Charles le Mauvais fit 
assassiner le connétable, entra en relations avec Edouard III 
et, malgré plusieurs réconciliations apparentes avec son 
beau-père, chercha tous les moyens de lui nuire. Jean II 
essaya vainement de faire la paix avec Edouard III (1354), 
qui poussa plus activement les hostilités. Il attaqua lui- 
même la France au Nord sans grand succès ; le duc de 
Lancastre alla secourir Jean de Montfort en Bretagne ; le 
prince Noir, qui était à Bordeaux, ravagea impunément le 
Languedoc et Jean dut convoquer les Etats de langue d'oil 
à Paris, vers la fin de 1355. Déjà les Etats de 1351 et di- 
vers Etats provinciaux s'étaient plaints des prodigalités du 
roi, des variations continuelles des monnaies; ils n'avaient 
obtenu que des garanties illusoires. Ceux de 1355 ne sont 
guère connus que par une ordonnance du 28 déc, mais elle 
suffit à montrer leur importance. Le roi fut obligé de leur 
abandonner l'administration financière. Ils se réunirent de 
nouveau en mars 1356 et remplacèrent les taxes votées 
dans la session précédente par un impôt sur le revenu, dont 
personne n'était exempt. Il y eut des protestations dans 
plusieurs provinces, surtout en Normandie, où Charles le 
Mauvais et ses partisans, comme J. d'IIarcourt, encoura- 
geaient la résistance et cherchaient à entraîner dans leur 
parti le jeune dauphin Charles. Jean 11 vint lui-même à 
Rouen, où il fit décapiter J. d'IIarcourt et arrêter le roi 
de Navarre, qui fut jeté en prison (avr. 1356). Aussitôt 
God. d'IIarcourt et les frères de Charles le Mauvais appe- 
lèrent les Anglais en Normandie. Tandis que Jean II allait 
les y combattre, le prince Noir ravageait les provinces du 
centre et s'avançait auprès de la Loire. Alors le roi de 
France marcha contre lui, mais il fut défait et pris à la 
bataille de Poitiers (19 sept. 1356), emmené à Bordeaux, 
puis en Angleterre. On trouvera dans l'art. Charles V 
(V. aussi Marcel [Etienne]) le récit des événements ac- 
complis pendant sa captivité et le règne de son fils. Le roi 
prisonnier intervint pour conclure une trêve avec l'Angle- 
terre (23 mars 1357) et annuler ce qui avait été fait sans 
son autorisation. Puis au moment où la trêve de 1357 allait 
expirer, Jean II conclut à Londres une nouvelle convention 
qui devait lui rendre la liberté au prix des sacrifices les plus 
ruineux (24 mars 1359). Des Etats réunis à Paris déclarèrent 
que ce traité n'était « passable ne faisable » et votèrent des 
subsides pour continuer la guerre (25 mai). Alors p]douard 111 
passa en France, marcha sur Reims et sur Paris (mars 1360), 
s'avança jusqu'auprès de Chartres, en subissant de grandes 
pertes, et conclut le traité de Brétigny, moins désastreux 
pour la France que celui de Londres (8 mai). Amené à 
Calais (8 juil.), Jean II y ratifia le traité de Brétigny le 
24 oct. et fut mis en liberté le lendemain. Il confirma les 
actes de son fils et, tout en reprenant le pouvoir, lui laissa 
une certaine part dans le gouvernement. Malgré quelques 
bonnes mesures, ce triste règne se termina au milieu de 
nouvelles calamités, la peste, la famine, les brigandages 
des compagnies de routiers. En 1362, le comte de Tancar- 



ville, envoyé contre ces brigands, fut vaincu, avec J. de 
Bourbon, à la bataille de Briguais, près de Lyon (6 avr.). 
La réunion de la Bourgogne au domaine royal (nov. 1361) 
ne profita pas à la France, car le roi donna bientôt ce fief 
à Philippe le Hardi,, son plus jeune fils (6 sept. 1363). Un 
autre de ses fils laissés en otage, le duc d'Anjou, s'étant 
évadé, Jean II crut devoir prendre sa place. Il alla se re- 
mettre entre les mains d'Edouard III (janv. 1364) et mou- 
rut à Londres. E. Cosneau. 

BiriL. : Froissârt, édit. S. Luge, IV, V, VI; édit. Ker- 
VYN, XXI, 302 et stiiv. — P. Villani, dans Muratori, 
XIII. — G. DE Nangis (le continuateur de). — Les Grandes 
Chroniques de France^ édit. P. Paris. — U. Chevalier, 
Répert. des sources du M. A., col. 1192. — E. Lavisse et 
A. Rambaud, Hist. gén., III, 122-123 (bibliogr.). — E. Cos- 
neau, les Grands frailés de ha guerre de Cent ans, pp. 1 
et suiv. 

JEAN sans Peur, duc de Bourgogne, né à Dijon le 
28 mai 1371, mort à Montereau' le 10 sept. 1419. 
Fils de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, il 
porta d'abord le titre de comte de Nevers et épousa en 
138o Marguerite de Bavière, En 1396, il fut nommé chef 
de la croisade de Hongrie dans laquelle il sut jouer un 
beau rôle ; fait prisonnier à Nicopolis (sept.), racheté après 
neuf mois de captivité à Brousse, il rentra triomphalement 
dans Dijon en févr. 1398, ayant pris à sa charge la ran- 
çon de ses compagnons et sauvé Boucicaut. Il est dès lors 
populaire. Duc à la mort de son père le 27 avr. 1404, 
comte de Flandre à la mort de sa mère en 1405, il est le 
rival du duc d'Orléans, Louis, et s'appuie sur l'université 
et sur le peuple de Paris qui lui sait gré de s'opposer à la 
levée d'impôts. Il ramène de force à Paris le dauphin que 
l'on conduisait à Melun (sept. 1405) et, faisant le justi- 
cier, publie tout un plan de réformes. Comme il cherche à 
reprendre Calais, le duc d'Orléans lui fait enjoindre par le 
roi d'abandonner son entreprise (1406). Le 23 nov. 1407 
ce duc, son cousin, auquel il avait trois jours auparavant 
juré une amitié éternelle, était assassiné par ses ordres. 
Après une absence momentanée, il revient à Paris, est ac- 
clamé (mars 1408) et fait prononcer l'apologie de son crime 
par Jean Petit, puis va porter secours à l'évêque de Liège 
dont les sujets sont révoltés, et par une sanglante victoire 
à Othée gagne son surnom de Sans Peur (1408). Le roi 
lui accorde son pardon et le nomme gouverneur du dau- 
phin (1409). Comte de Flandre, Jean est l'allié naturel 
des Anglais. En 1411, pour lutter contre le parti des d'Or- 
léans ou Armagnacs, il installe à Paris des soldats anglais 
et s'entend aussi avec la corporation devenue politique des 
bouchers ; la guerre civile et la révolution cabochienne 
commencent; tout-puissant, il ordonne des exécutions san- 
glantes et conduit Charles VI contre le duc de Berry 
(1412); mais les Cabochiens se font violents et dans la 
journée du 22 mai 1413 il ne peut plus les contenir. 
Après que la paix de Pontoise a été signée avec les Arma- 
gnacs, il croit devoir quitter Paris (août 1413) et, lors- 
qu'il revient en armes, le roi marche contre lui. La paix 
d'Arras n'est acceptée par lui qu'en juil. 1415. Il n'en 
trame pas moins une conspiration contre la famiUe royale. 
Malgré ses dénégations, c'est alors l'allié secret des Anglais 
avec qui il s'était engagé en 1412 à ne jamais traiter. Le 
lendemain de la bataille d'Azincourt, à laquelle il n'avait 
pas pris part, il envoie bien son gantelet à Henri V, mais 
il a une entrevue avec lui à Calais (1416) et, s'il n'y con- 
clut pas une alliance ouverte, ce n'est que par prudence. 
Privé par la mort prématurée du dauphin Jean d'un ins- 
trument qu'il espérait faire servir à ses desseins, il a re- 
cours aux armes et adresse aux villes un manifeste où il se 
donne comme le sauveur de la chose publique (25 avr. 
1417). Pendant l'invasion anglaise, il marche sur Paris 
qui cette fois lui ferme ses portes et se retire à Montlhéry 
d'où il publie un autre manifeste. Avec l'aide de la reine 
Isabeau, il organise un nouveau pouvoir à Chartres, puis, 
après une tentative infructueuse contre Paris, àïroyes, et 
se rend encore populaire en supprimant les impôts. La con- 
juration de Perrinet Le Clerc lui ouvre les portes de Paris 



JEAN 



92 



(mai 1418) ; il n'y entre que le 14 juil. ; la terreur y règne 
et il se trouve réduit à faire exécuter des chefs du mou- 
vement populaire; comme ses efforts pour faire revenir le 
dauphin ont échoué, il le calomnie, laisse Rouen se rendre 
aux Anglais et abandonne Paris menacé (nov.). Alors, 
sans doute parce qu'il voit Henri V garder pour lui ses 
conquêtes, et aussi afin d'avoir à sa discrétion le dauphin, 
comme il a déjà le roi, il se rapproche du prince Charles 
qui de son côté désire une réconciliation; mais, à cause des 
exigences du duc, un traité n'est signé à Pouilly près de 
Melun qu'après de longs pourparlers et deux entrevues 
(juil. 1419). Il entame néanmoins de nouvelles négocia- 
tions avec les Anglais, laisse prendre Pontoise, ne porte 
pas secours à Paris et paraît hésiter beaucoup à se rendre 
de Troyes à Montereau oii il devait avoir une autre entre- 
vue avec le dauphin. Le 10 sept., sur le pont de Monte- 
reau entièrement palissade où avait été construite une en- 
ceinte réservée, une dispute s'élève entre lui et le dauphin 
qui avaient amené chacun dix hommes d'armes et il tombe 
frappé sous les coups de chevaliers du prince dont il tentait 
peut-être de s'emparer. 

Possédant peu d'avantages physiques, mais de l'esprit, 
ambitieux à ce point qu'on l'a soupçonné d'aspirer à la cou- 
ronne, disposant d'immenses ressources, Jean sans Peur 
a véritablement été le premier personnage de son temps. 
Il a recherché partout des alliances ; ayant déjà celles de 
la Savoie et de la Navarre, il s'allie en 1417 avec l'empe- 
reur Sigismond et entre en relations avec l'Espagne, le Por- 
tugal et l'Ecosse. Violent et audacieux à l'occasion, rempli 
d'impudence, ne reculant, pour être maître absolu, devant 
aucun moyen, il a cependant toujours suivi une politique 
tortueuse et défiante. D'un caractère despotique, il s'est 
attiré en Flandre de grandes difficultés. Dans ses rapports 
avec les Anglais, il a osé ne réserver tout au plus que les 
questions relatives aux personnes du roi et du dauphin. 
Vis-à-vis de la royauté, sa conduite a consisté « en alter- 
natives de soumission intéressée et de révolte hautaine ». 
Une grande part de responsabilité lui revient dans les 
tristes événements du règne de Charles VI. M. Barroux. 
BiBL. : De Barante, ifis^ des ducs de Bourgogne, éd. 
Gachard, 1838, t. L — De Beaugourt, Hist. deClmrles VII, 
partie. 1881, t. 1 ; cf. Rev. des quest. hist., 1868, V, pp. 189- 
237. — Delaville Le Roulx, la France en Orient au 
xiY» siècle; Paris, 1885, 2 vol. in-8. — B, Zeller, Louis 
de France et J. s. P. ; Paris, 1886, in-16. — E. Jarry, la 
Vie politique de Louis de France; Paris et Rouen, 1889, 
in-8. — A. GoviLLE, les Cabochiens ; Paris, 1888, in-8. — 
De Pétigny, Charte de la reine Isabelle en Bavière, dans 
BibL de l'Ec. des Ch., série B, t. IV, p. 329. — P. Frede- 
RicQ, Essai sur le rôle politique des ducs de Bourgogne 
dans les Pays-Bas ; Gand, 1875, in-8. — De La Chauve- 
LAYS, les Armées des ducs de Bourgogne; Paris, 1881, 
pp. 108-248, in-8. — E. Petit, Itinéraire de Philippe le 
Hardi et de J. s. P.; Paris, 1888, — P. Durrieu, 
J. s. P... procureur général du diable...; Nogent-le-Ro- 
trou, 1887, in-8 (extr. de l'Ann. Bull, de la Soc. de l'hist. 
de Fr.). 

JEAN DE Grailly, comte de Foix et vicomte de Béarn 
(1412-36), né en 1382 ou 1383, mort à Mazères le 
4 mai 1436. Il était fils d'Archambaud de Grailly, captai 
de Buch, et d'Isabelle de Foix-Castelbon. Le dernier comte 
de Foix, Mathieu, étant mort sans enfants, en 1398, Ar- 
chambaud s'empare de la succession au nom de sa femme, 
sœur du prince défunt. Les officiers royaux s'opposent vai- 
nement à l'envahisseur qui après trois ans d'efforts obtient 
gain de cause, renonce à Falliance anglaise et entre en pos- 
session des vastes domaines de la maison de Foix (1401). 
Jean, fils aîné du nouveau comte, épouse peu après (1402), 
Jeanne, infante de Navarre, déclarée héritière du royaume 
au cas où son père Charles Ht le Noble mourrait sans 
enfants ; en même temps, il est investi de la vicomte de 
Castelbon au S. des Pyrénées, vicomte que le roi d'Aragon 
venait de restituer à Archambaud ; le jeune prince n'en 
prendra d'ailleurs possession qu'en 1406. Il sert en France 
sous les ordres de Louis d'Orléans (1406), en Sardaigne 
sous ceux du roi d'Aragon (1407), hérite des domaines de 
son père (1412), s'attache en France au parti bourguignon 



et guerroie contrôles Armagnacs, obtient en 1418 et 1419 
de chacun des deux partis l'office de lieutenant et capi- 
taine général en Languedoc et Guyenne, se le fait enlever 
par le dauphin (1420), rendre par Henri V (1422), puis 
de nouveau par Charles VU (1425), qui lui donne le 
comté de Bigorre et la vicomte de Lautrec, se mêle active- 
ment aux affaires d'Aragon, tente de conquérir le Comtat- 
Venaissin (1433). Après la mort de Jeanne de Navarre 
(1413), il épouse Jeanne d'Albret (1423), dont il eut deux 
fils, puis Jeanne d'Urgel (1436). 

BiBL. : D. Vaissete, Hist. du Languedoc, nouv. édit., 
t. IX, passim, et surtout L. Flourac, Jean /«■■, comte de 
Foix., vicomte souverain de Béarn, lieutenant du roi en 
Languedoc ; Paris, 1884, in-8. 

JEAN, vicomte de Narbonne, fils puîné de Gaston IV, 
comte de Foix (mort en 1472). Il avait reçu sa vicomte 
de Narbonne de son père par avance d'hoirie dès 1468 et 
il était au moment de la mort de Gaston premier cham- 
bellan du roi et gouverneur de Guyenne; en 1475, 
Louis XI lai donne le comté d'Etampes, deux ans plus tard 
le comté de Pardiac; en même temps, il devient gouverneur 
du Dauphiné et reçoit le collier de Saint-Michel. Il avait 
épousé Marie d'Orléans, fille du duc-poète et sœur du fu- 
tur roi Louis XII. En 1483, son neveu, François Phœbus, 
roi de Navarre, comte de Foix et vicomte de Béarn, étant 
mort sans enfants, il dispute la succession à la sœur du 
défunt, Catherine, qui devait épouser l'année suivante Jean 
d'Albret. Les deux parties profitent de la minorité de 
Charles VIII et en viennent à des hostilités ouvertes. Cette 
guerre désole le Midi pendant plusieurs années. Eu 1484, 
le conseil de régence fait mettre sous la main du roi les 
places contestées et les adversaires conviennent d'une trêve 
bientôt rompue. Dix ans plus tard, en 1494, le vicomte 
de Narbonne suit le roi en Italie. Un peu plus tard, en 
1497, il s'accorde définitivement avec ses parents de Na- 
varre et renonce à toutes ses prétentions moyennant une 
rente perpétuelle de 4,000 livres et la cession à titre via- 
ger de quelques places du pays de Foix. L'avènement de 
Louis XH, son beau-frère, ranime ses espérances, et il 
léguera ses prétentions à son fils, Gaston de Foix-Nemours. 
Il meurt peu après (son testament est daté du 27 août 
1500), laissant deux enfants, Gaston^ si célèbre sous le 
le nom de Gaston de Foix, et Germaine, qui épousa 
Ferdinand le Catholique. A. Molinier. 

BiBL, : D. Vaissete, Histoire de Languedoc, nouv. éd., 
XI, passim,. — Boissonnade, Histoire de la réunion du 
royaume de Navarre à l'Espagne; Paris, 1893, in-8. 

Pour les princes féodaux du nom de Jean, V. Alen- 
çoN, Armagnac, Auvergne, Berry, Brienne, Dauphiné, 
Forez, Joinville, Lorraine, Nevers, Orange, San- 
cerre, etc. 

Géorgie 

JEAN, prince de Géorgie (V. Ivané). 
Pays-Bas 

JEAN l^*", duc de Brabant, mort en 1294. Il monta 
sur le trône en 1267 et épousa successivement Marguerite 
de France, fille du roi Louis IX, puis Marguerite de 
Flandre, fille de Guy de Dampierre. En 1276, il passa 
les Pyrénées avec son beau-frère, Philippe de France, 
pour combattre le roi d'Aragon, et contribua à la prise de 
Girone, en Catalogne. Il intervint aussi en faveur des 
Liégeois, brouillés avec leur prince-évêque Henri de Guel- 
dre, et plus tard il s'interposa entre l'archevêque de 
Cologne et le comte de Juliers, dont les querelles entra- 
vaient le commerce des Brabançons dans les contrées arro- 
sées par la Meuse et le Rhin. Mais l'acte le plus important 
de son règne fut la conquête du duché de Limbourg 
(V. Bradant, t. VU, p. 923). La possession de cette riche 
province était disputée pnr Renaud de Gueldre et Adolphe 
de Berg. Celui-ci, se sentant trop faible, céda ses droits à 
Jean de Brabant, tandis que son rival vendait les siens à 
Henri IV de Luxembourg. Jean de Brabant fut victorieux 
à Wœringen (5 juin 1288) et, depuis cette époque, le Lim- 



bourg demeura uni au Brabant. Jean I®"^ accorda de nom- 
breux privilèges à ses sujets, se montra le protecteur 
éclairé des lettres, et attira à sa cour le trouvère Adenès 
H Rois (V. ce nom, t, I, p. 559), les chroniqueurs Boen- 
dale (V. ce nom, t. Vfl, p. 41), Van Velthem, etc. Il était 
lui-même poète, et l'on a conservé neuf de ses œuvres, 
espèces de pastourelles écrites en haut allemand. E. iï. 

BiBL. : A. Wauters, le Duc Jean !«'' et le Brabant sous 
le règne de ce prince \ Bi-uxelles, 1859, in-8. 

JEAN, comte de Hollande (V. Hollande). 

JEAN (Maurice de Nassau) (Y. Nassau). 

Pologne 
J EAN -Albert, roi de Pologne, troisième fils de KazimirlV 
et d'Elisabeth d'Autriche, né en \ 459, mort à Thorn le 1 5 juin 
1504. Avant son arrivée au pouvoir, il avait acquis une 
renommée de bravoure militaire dans quelques batailles 
gagnées contre les Tatares et avait révélé un caractère 
entreprenant et énergique. Après la mort de Matthias 
Corvin, roi de Hongrie (avr. 1490), Jean-Albert fut invité 
par une partie de la noblesse de ce pays à lui succéder au 
trône, pendant qu'un autre parti élisait son frère Vladislav 
roi de Bohème. Leur père, Kazimir de Pologne, soutint 
Jean-Albert et l'envoya en Hongrie avec une armée. Vaincu 
à la bataille de Kassa (allem. Kaschau) en 1491, Jean- 
Albert reçut de son frère les duchés de Glogow, Kosel, 
Bytom, etc., en Silésie, avec le titre de duc de Silésio, mais 
il s'en démit l'année suivante, lorsque la mort de son père 
(7 juil. 1492) l'appela en Pologne. Son entrée sur la scène 
politique ne fut pas heureuse. Le roi Kazimir IV avait réglé 
d'avance sa succession : il léguait la monarchie polono- 
lithuanienne à son quatrième fils Alexandre, tandis que son 
fils aîné Vladislav devait garder le trône de Bohême et Jean- 
Albert devait occuper celui de Hongrie. Mais la double élec- 
tion hongroise et l'échec subi par Jean-Albert changeaient 
évidemment ces plans. Les Lithuaniens, jaloux de la supré- 
matie polonaise, appelèrent au trône grand-ducal Alexandre, 
les Polonais élurent Jean-Albert, qui fut couronné (sept. 
1492). Il fut forcé de renoncer à la Lithuanie. Il commen- 
çait son règne sous les meilleurs auspices. C'était l'époque 
de la plus grande puissance de la dynastie des Jagellons ; 
trois frères se partageaient l'immense étendue des royaumes 
de Bohême, de Hongrie, de Pologne et de Lithuanie. Le 
premier acte de Jean-Albert fut un traité avec son frère 
Vladislav de Bohème et Hongrie, conclu à Buda (déc. 1492), 
par lequel les frères se donnaient des garanties réciproques 
et des promesses d'intervention au cas d 'inobéissance de 
leurs sujets ou de troubles intérieurs. Les deux diètes de 
Piotrkow (1493-96) accrurent la compétence du pouvoir 
royal. Jean-Albert s'inspirait évidemment des conseils de 
l'Italien Callimaque (V. ce nom), partisan décidé de l'ab- 
solutisme. En 1493, Jean- Albert reçut à Poznan les am- 
bassadeurs du doge Marco Dandolo, qui le poussaient à la 
guerre contre les Turcs et en môme temps les ambassadeurs 
de Bayezid H qui lui offrait une paix perpétuelle ; le grand 
maître de FordieTeutonique lui avait fait hommage comme 
vassal ; son frcy-o, le cardinal Frédéric, était archevêque 
de Gniezno et p; imat-métropolitain du royaume; le grand- 
duc de Lithuanie, Alexandre, se mariait avec Hélène, fille 
d'Ivan IH, grani!-duc de Moscou, et finissait ainsi cette 
interminable guérilla de frontières; le roi avait réuni à la 
couronne le duché de Plock après la mort du dernier duc 
Janusz de la branc'ic de Mazovie ; il acheta au prix de 
80,000 florins d'or le duché de Zator. L'expédition contre 
le sultan ne fut pas heureuse. Les Polonais traversèrent la 
Pokucie, qui appartenait à un vassal de la Pologne, Etienne, 
hospodar de Valachie. Ils furent attaqués par les Valaques 
et défaits dans la Bukovine. En 1498, la Russie-Rouge fut 
envahie par les Turcs, Tatares et Valaques. Jean-Albert 
entreprit de résister. Une ligue réunit en 1499 les trois 
princes Jagellons, Jean-Albert, Vladislav et Alexandre, et 
Etienne de Valachie ; le pape Alexandre VI promit des 
secours financiers et une bulle de croisade en envoyant en 
1500 son légat en Pologne. Les Tatares de Mengli-Giray- 



— 93 — JEAN 

iian envahirent la Lithuanie et les terres russes ; cependant 
Jean-Albert ne voulut pas conclure une paix oiferte par 
Bayezid, mais négocia avec Louis XH de France et son 
frère Vladislav cJe Hongrie contre les musulmans. Mais il 
n'était pas donné à Jean-Albert de mettre ses plans à exé- 
cution. Après la mort de Jean de TiefFen, l'ordre Teuto- 
nique avait élu comme grand maître le landgrave de Saxe, 
Frédéric, en 1498. Quoique cité par le roi, le nouveau 
vassal ne vint pas rendre hommage à son suzerain; il 
était sûr du secours de l'empereur Maximilien I^"*. Jean- 
Albert dut conclure un armistice en 1501 avec le sultan 
Bayezid II, et forcer le grand maître à la soumission. Il se 
trouvait avec son armée à Thorn, lorsqu'il mourut subite- 
ment d'apoplexie. 11 n'était pas marié ; son frère Alexandre, 
grand-duc de Lithuanie, lui succéda. J. Korzeniov^ski. 
BiBL. : Consultez, outre les livres d'histoire générale de 
Pologne (BoBRZYNSKi, Caro, Szujski), les' études de 
BoBRZYNSKi, le Parlement polonais sous Jean- Albert (en 
polon.); PuLASKi, Mengli'Giray (enpolon.), et les sources 
indiquées dans Finkel, Bibliographie de l'histoire de Po- 
logne, n"» 2375-2456 et 6814-6908. 

JEAN 11 OU KASIMIRV (1609-1672) (V. liksmm). 
JEAN 111 SoBiESKt, roi de Pologne (V. Sobieski). 

Portugal 

JEAN l«»^ (Joâo), dixième roi de Portugal et fondateur 
de la dynastie d'Aviz, surnommé de son vivant le Père de 
la Patrie, et le Grand, ensuite le Roi de bonne mémoire, 
né à Lisbonne le 11 avr. 1358, mort à Lisbonne le 14 août 
1433. Il était fils naturel du roi Pierre l''^ et de Thérèse 
Lourenço, noble Galicienne, issue, dit-on, de la maison 
d'Andrada. Elu, dès Tûge de sept ans, grand maître de 
l'ordre religieux et mihtaire d'Aviz, il resta confiné dans 
l'exercice de sa haute charge jusqu'à la mort de son frère 
consanguin, le roi Ferdinand (1383). A défaut d'héritier 
mâle, la couronne revenait alors au gendre de celui-ci, au 
roi Jean I^'" de Castille, contrairement aux vœux de la na- 
tion. La conduite scandaleuse de la reine douairière Eléo- 
nore (V. ce nom), régente du royaume, augmentait encore 
l'effervescence populaire. Le grand maître se décida alors 
à frapper un grand coup : il tua de sa propre main, au 
palais même de la reine, son amant, Andeiro, comte d'Ou- 
rem(6 déc. 1383). Proclamé aussitôt, par le peuple, régent 
et défenseur du royaume, il se trouva bientôt aux prises 
avec les troupes de la Castille. Il soutint efficacement un 
siège de cinq mois à Lisbonne, et, avec l'aide de son jeune 
ami, Nuno Alvarez Pereira, devenu plus tard connétable 
de Portugal, il fit perdre à l'envahisseur un terrain consi- 
dérable. Proclamé roi de Portugal, le 6 avr. 1385, par les 
Etats généraux réunis à Coïmbre, il continua avec vigueur 
la lutte contre les Castillans, et les défit entièrement à la 
célèbre bataille d'Aljubarotta (14 août 1386). En commé- 
moration de cette victoire décisive qui maintint l'indépen- 
dance du Portugal, on éleva bientôt après, sur le terrain 
même de la bataille, le couvent de Batalha, qui servit de 
lieu de sépulture royale. Le roi Jean envahit à son tour 
la Castille, échoua devant Coria, guerroya encore quelque 
temps avec le concours du duc de Lancastre, puis continua 
seul la lutte, avec des chances diverses, jusqu'à la conclu- 
sion d'une trêve de six ans (29 nov. 1389), prorogée pour 
quinze ans en 1393. Interrompue, en 1396, par la faute 
du roi Henri III de Castille, cette trêve fut renouvelée en 
1401 , puis en 1411 et en 1423, et confirmée par une paix 
solennelle en 1431, sous le règne de Jean II de Castille. A 
la faveur de cette tranquillité, le roi de Portugal alla s'em- 
parer de Ceuta, en Afrique (1415). Quelques années plus 
tard, les Portugais découvrirent l'île de Porto Santo, puis 
Madère (1421). ^ 

Jean y^" fit de nombreuses réformes à l'intérieur : il fut 
le premier auteur des lois du gouvernement, qu'il ordonna 
de rédiger en langue vulgaire ; il aboht (1422) l'usage de 
compter les années par l'ère de Jules-César, et il créa les 
premiers ducs en la personne de ses deux fils. On lui doit 
la construction de nombreux édifices religieux et civils, et 
son règne de quarante-huit ans fut bienfaisant à tous les 



JEAN 



— 94 — 



égards. Il avait épousé une femme de haute valeur inîel- 
lectuelle et morale, Philippe de Lancastre (2 févr. 4387), 
sçeur de Henri IV, roi d'Angleterre, et il eut d'elle six fils 
et deux filles, parmi lesquels : Edouard^ qui lui succéda ; 
Pierre, duc de Coïmbre (V. ce mot); Henri^ duc de Viseu 
(1394-1460), qui contribua puissamment aux découvertes 
géographiques de ses compatriotes ; Ferdinand (Y. ce mot), 
dit le Prince Constant, célèbre par sa grandeur d'âme du- 
rant sa captivité chez les Maures, et Isabelle (V. ce nom), 
femme de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. G. P-i. 

BiBL. : Damiâo de Goes, Chronica do principe D. Joào; 
Lisbonne, 1567, 1724, 1790. — F. Lopes, Chronica, 1644, 
3 vol.— Duarte Nunez do LiÂo, Chronica del Rey D.Joào, 
1645 et 1780.— Fr. de MexNezes, comte cI'Ericeira, Vida 
y acçoès del Rey Joào J", 1674.— M. Monteiro, Joannes, 
Portugalliœ Reges, 1742, in-i'ol.— Les historiens modernes 
(V. Portugal). 

J EAN 11, treizième roi de Portugal, surnommé le Prince 
Parfait, né à Lisbonne le 3 mai 1435, mort à Alvor 
(Algarves) le 25 oct. 1495. Fils d'Alphonse V et d'Eléo- 
nore de Portugal, il reçut une excellente instruction, se 
montra un guerrier brillant à la prise d'Arzila, en Bar- 
barie (1471), et exerça avec talent la régence pendant l'ex- 
pédition de son père en Castille (1475-76), puis pendant 
le voyage de celui-ci en France (1477). Roi de fait d'abord, 
avant de succéder à son père le 31 août 1481, il se mon- 
tra toujours sévère et n'hésita point à faire tomber des 
têtes de conspirateurs, fussent-ils de sa propre famille ; 
mais, en même temps, il fut scrupuleux à récompenser tous 
les services réels. La tranquillité intérieure une fois réta- 
blie, il prépara lentement et sûrement les moyens d'étendre 
son pouvoir ou ses relations dans l'Extrême-Orient. Il réu- 
nit autour de lui tous les géographes, cosmographes ou 
mathématiciens renommés ; il envoya Covilhào et Paiva 
(V. ces noms) en explorateurs dans l'Abyssinie et dans 
l'Inde ; ses flottes découvrirent successivement la Côte d'Or, 
dans la Guinée, le Congo et le cap de Bonne-Espérance. 
S'il ne sut pas deviner le génie de Christophe Colomb, qui 
lui avait fait part de ses vastes projets, il prépara les grandes 
découvertes de Vasco da Gama. 11 étendit aussi les con- 
quêtes de ses devanciers chez les Maures d'Afrique. Grand 
politique, savant dans l'art de régner, il fit preuve d'un 
large esprit de tolérance en accueillant dans ses Etats les 
juifs chassés de Castille. Il s'appliqua aussi à y faire fleu- 
rir les beaux-arts, le commerce et l'agriculture. Sa mort 
prématurée a été attribuée à l'action d'un poison lent. — 
De son mariage (1471) avec Eiéonore de Portugal, sa 
cousine, fille aînée de Ferdinand, duc de Viseu, il n'eut 
qu'un fils, Alphonse (1475-91), marié avec Isabelle, fille 
aînée de Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon et de Cas- 
tille, et mort d'une chute de cheval. Son successeur au 
trône fut Emmanuel, petit-fils du roi Edouard. G. P-i. 

BiBL.: Garcia de Resende, D. Joào o segundo; Lisbonne, 
1536. — D. de Goes, Chronica do principe Joào W, 1567. 

— A.-M. DE Vasconcellos, Vida y acciones del rey 
D. Juan II; Madrid, 1639, in-4, et trad. fr., Paris, 1641, in-8. 

— M. Tellez da Sylva, De Rébus gestis Joannis II ; Lis- 
bonne, 1689, in-4. — Ruy de Pina, Chronica del rey 
D. Joào II, 1792. 

JEAN Ml, quinzième roi de Portugal, né à Lisbonne le 
6 juin 1502, mort à Lisbonne le l^'^ juin 1557. Fils aîné 
du roi Emmanuel et de sa seconde femme, Marie d'Aragon- 
Castille, il succéda à son père le 19 déc. 1521. Il marcha 
sur les traces de ce glorieux monarque, s'appliqua à aff'er- 
mir ses conquêtes dans le Nouveau-Monde et en fit de nou- 
velles ; mais il abonna une partie de celles faites en Afrique, 
ne gardant que Ceuta, Tanger et Mazagan. 11 établit l'In- 
quisition dans ses Etats en 1533 et accueillit les jésuites 
en 1540. Il se servit de ces derniers pour les missions des 
Indes, surtout de saint François-Xavier, et il leur confia 
l'éducation de la jeunesse. L'université de Coïmbre, qu'il 
dota richement, lui fut redevable d'un éclat exceptionnel, 
grâce à des maîtres illustres que le roi fit venir de France 
et des autres pays. C'est à lui qu'on doit l'achèvement du 
célèbre couvent de Belem, l'aqueduc d'Evora, l'arsenal na- 
val, etc. De son mariage (1525) avec Catherine d'Autriche, 



sœur puînée de Charles-(}uint, il eut neuf enfants: six fils, 
dont aucun ne lui survécut, et trois filles, dont deux mortes 
jeunes, et Marie de Portugal, épouse de Philippe II d'Es- 
pagne. Il eut pour successeur son petit-fils, Sébastien. 

BiBL. : Fr. de Andrada, Chronica del rey Joào III, 1613. 
— • Luiz de Souza, Anîiaes de D. Joào III. 

JEAN IV, vingt et unième roi de Portugal et premier de 
la dynastie de Bragance, né au château de Villa Viçosa le 
19 mars 1604, mort à Lisbonne le 6 nov. 1636. Fils aîné 
de Théodose II, duc de Bragance et de Barcellos, et d'Anne 
de Velasco y Giron. A l'époque de sa naissance, le Portugal 
était déjà depuis vingt-quatre ans sous le joug de l'Espagne. 
Le jeune prince, partagé entre sa passion pour la musique 
et les exercices du corps, ne semblait point destiné à déli- 
vrer sa patrie de la captivité. A vingt-neuf ans, il épousa 
une Espagnole de grande maison, très ambitieuse et très 
énergique, qui le poussa, dit-on, vers la conquête du trône. 
La haine de plus en plus vive contre l'administration cor- 
rompue des Espagnols et l'appui secret du cardinal de lii- 
cheheu lui en facilitèrent l'accès. Quarante patriotes de 
haut parage organisèrent un complot savamment combiné, 
qui réussit sans effusion de sang, et le duc de Bragance 
fut proclamé par eux roi de Portugal, aux acclamations du 
peuple (1«^ déc. 1640). Les Cortès ratifièrent ce choix le 
29 janv. suivant. Le nouveau souverain se montra à la 
hauteur de sa tâche : il constitua des forces armées, refit 
les finances, conclut des traités avec plusieurs puissances, 
et fit avorter des conspirations contre lui et la liberté de 
la patrie. Les Espagnols, qui s'étaient tenus tranquilles 
pendant plusieurs années, furent complètement battus à 
Montijo, près de Badajoz, le 26 mai 1 644. Ses flottes eurent 
plusieurs avantages sur les Hollandais au Brésil en 1649 
et 1654. Le roi Jean IV demeura toujours fidèle à son 
goût passionné pour la musique: on lui doit différenfes 
compositions et plusieurs opuscules, en espagnol et en por- 
tugais, sur la théorie de cet art, où il fit preuve d'un re- 
marquable sens critique. — De son mariage (1632) avec 
Louise de Guzman, tille du duc de Médina Sidonia, il eut 
sept enfants, parmi lesquels Alphonse VI et Pierre II, 
rois de Portugal, et Catherine, épouse de Charles II, roi 
de Grande-Bretagne. G. P-i. 

BiBL.: J. PiNTO Ribeiro, Usurpaçào, retençao, resiau- 
raçào de Portugal, 1642. — J. de Vasconcellos, Restau- 
raçào de Portugal, 1643. 

JEAN V, vingt-quatrième roi de Portugal, né à Lisbonne 
le 22 oct. 1689, mort le 31 juil. 1750. Fils de Pierre II 
et de Marie-Sophie-Elisabeth de Bavière-Neubourg, il suc- 
céda à son père le 1^^ janv. 1707, et malgré lui, "il conti- 
nua, avec peu de chance d'ailleurs, la lutte contre la France 
dans la succession d'Espagne. Ses troupes furent défaites 
à Almanza(27 avr. 1707), aux environs de Campo Mayor 
(7 mai 1709), etc. ; le Portugal perdit successivement plu- 
sieurs places importantes, entre autres Miranda de Duero 
(juil. 1710), et Duguay-Trouin s'empara de Rio-de-Janeiro, 
au Brésil (13 sept. 1711). La paix d'Utrecht le rendit libre 
de suivre ses penchants pour les pompes religieuses, et 
tous ses efforts politiques ne tendirent qu'à obtenir à cet 
égard du saint-siège des privilèges particuliers, ainsi que 
le titre de « Majesté Très-Fidèle ». Son action au dehors ne 
se traduisit qu'en envoi d'une flotte de secours d'abord aux 
Vénitiens contrôles Turcs (1716), ensuite au roi de Perse 
contre les Arabes (1 719) . Ce monarque d'une rare bigoterie, 
qui confia le gouvernement à un moine ignare, frère Gas- 
pard, fut cependant un zélé protecteur des études et un 
bibliophile ; on lui doit la fondation de l'Académie d'his- 
toire (1720) et de plusieurs autres, ainsi que l'enrichisse- 
ment considérable de la bibliothèque royale. — De son 
mariage (1708) avec Marie- Anne d'Autriche, fille de l'em- 
pereur Léopold 1«^, il eut six enfants; son second fils, 
Joseph,\m succéda. G. P-i. 

BiBL.: Vida, successos e fallecimento do reu Joào V; 
Lisbonne, 1750. 

Russie 
JEAN l«^ et JEAN il (V. Ivan). 



95 - 



JEAN 



Suède 

JEAN l®% roi de Suède, mort en 1222. Fils de Sverker 
et d'Ingierd, il succéda à Eric X, laissa gouverner le clergé 
sous son nom et fit des expéditions peu heureuses en 
Ehstonie. 

JEAN II (V. Jean P% roi de Danemark). 

JEAN lll,roideSuède(do68-92),néle2l déc.1537, 
mort le 17 nov. 1592. Fils de Gustave Vasa, son père 
qui le préférait lui donna le grand-duché de Finlande. Son 
frère aîné, Eric XiV, le soupçonnant de comploter avec son 
beau-père, Sigismond, roi de Pologne, une restauration 
catholique en Suède, se saisit de lui par trahison à Abo et 
l'emprisonna avec sa femme à Gripsholm (1563). Pris de 
remords, il le relâcha en 1567. Jean s'entendit alors avec 
leur autre frère, Charles de Scedermanland,et les mécon- 
tents pour détrôner Eric, acheta par de larges concessions 
l'agrément des Etats et monta sur le trône. Plus tard, il 
fit empoisonner Eric, par précaution. Il mit fin à la guerre 
contre le Danemark par le traité de Stettin (déc. 1570) 
conservant la Norvège. Il fit la guerre au tsar Ivan, pour 
TEhstonie (1572-83)*, l'emporta à partir de 1579 ; l'aUiance 
de la Pologne (1580), lui permit de conquérir i'Ingrie et 
la Garélie, qu'il garda à la trêve de 1583. Sa femme obtint 
sa conversion personnelle au catholicisme, mais il la tint 
secrète. Leur fils, Sigismond, élevé dans la foi catholique, 
y gagna d'être élu roi de Pologne (1587), mais il n'en 
résulta que des difficultés. Jean lll dut faire une large place 
à son frère Charles, zélé luthérien ; lui-même se remaria 
en 1585 avec une luthérienne, Gunnila Bielke. A. -M. B. 

PERSONNAGES DIVERS 

JEAN, nom de plusieurs patriarches de Constantinople. 

— SamtJean Chrysostome (V. Chrysostome), patriarche, 
de 397 à 402. — Jeaîi II de Cappadoce, patriarche de 
517 à 520. — Jean III, dit le Scolastique ^ patriarche 
de 564 à 577, remplaça Eutychès lors de sa première dé- 
position. Il accomplit, en matière de législation religieuse, 
une œuvre identique à celle de Justinien en matière de 
législation civile. Il forma une collection de canons, puis 
fit rassembler les lois civiles de Justinien répondant aux 
canons et y ajouta les constitutions impériales ayant traita 
des affaires ecclésiastiques. C'est le 7iomocano7i. Ces deux 
recueils se trouvent dans la Bibliotkecajuris canonici ve~ 
teris de Justel (1661). Ils formèrent, durant tout le moyen 
âge, les bases du droit canon chez les Grecs. — Jean IV 
le Jeûneur, patriarche de 582 à 595. Ancien diacre de 
la grande église de Constantinople, il succéda à Eutychès, 
déposé pour la deuxième fois le 12 avr. 582. Imitant ses 
prédécesseurs Jean II et Mennas, il prit le titre de patriarche 
œcuménique au concile de 582, réuni pour juger l'inceste 
de Grégoire, patriarche d'Antioche. Il fut soutenu dans ses 
prétentions par l'empereur Maurice et conserva son titre 
nouveau malgré les vives observations des papes Pelage II 
et Grégoire le Grand. Sa grande abstinence lui a fait don- 
ner le surnom de Jeûneur. On lui attribue plusieurs ou- 
vrages d'authenticité douteuse : un Traité de la pénitence, 
un Manuel à V usage du confesseur^ un Discours sur 
la pénitence, la continence et la virginité, un Ecrit 
sur les pseiido-propliètes, les faux docteurs, etc. (ces 
deux derniers ouvrages sont d'ordinaire imprimés sous le 
nom de saint Jean Chrysostome), des Préceptes à un 
moine ; enfin ïrithème rapporte comme étant de lui un 
livre de L^^^r^s à divers personnages, et Isidorus un Traité 
sur le baptême. — Jean V, patriarche de 669 à 675. 

— Jean VI, patriarche, de 712 à 715, favorisa la poli- 
tique monothélite de l'empereur Philippique et chercha à 
détruire l'œuvre du sixième concile œcuménique de Chal- 
cédoine (680). — Jean VII Léconomante, patriarche de 
832 à 842. Issu d'une noble famille, il fut le favori de 
l'empereur Michel, qui en fit le précepteur de son fils Théo- 
phile. Elevé au patriarcat grâce à ce dernier, il soutint sa 
politique iconoclasique. Lors de la réaction qui signala en 
842 la mort de Théophile et Favènement de Théodora, Jean 



fut ciiassé de son siège. Il tenta en vain de provoquer un 
mouvement populaire contre Théodora, et fut exilé dans un 
monastère. Jean a été trop calomnié par ses ennemis, qui 
l'ont représenté prédisant Favenir au fond d'un plat (d'où 
son surnom) ; en réalité il voulut tenter un dernier effort 
contre le monachisme et reprendre l'œuvre réformatrice de 
Léon III FIsaurien. — Jean VIII Xiphilin, patriarche de 
1064 à 1075 (V. XiPHiLiN). — Jean IK lîiéromnémon, 
patriarche de 1111 à 1134. •— Jean X, dit Camatère, 
patriarche de 1199 à 1206. — Jean XI Bekkos, pa- 
triarche de 1275 à 1282. — Jean XII, patriarche de 
1294 à 1304. — Jean XIII, dit Glyciis, patriarche de 
1316 à 1320. — Jean XIV dWpri, \Mvhvche de 1333 
à 1347. 

BiBL. : Fabricius, Biblioth. grœca. — Lequien, Oriens 
christiamis ; Paris, 1740. 

JEAN, dit Exarque (V. ce mot). 

JEAN, chroniqueur français de la fin du xn© siècle, 
moine de l'abbaye de Marmoutiers vers 1170. Il a remanié 
à cette époque la compilation connue sous le nom de Gesta 
consulum Andegauorum, (ju'il dédia au roi d'Angleterre 
Henri II, et a écrit une histoire ae Geoffroy V le Bel {His- 
toria Gaufredi comitis Andegauorum). Ces œuvres ont 
été plusieurs fois publiées et notamment par Marchegay, 
Salmon et Mabille dans les Chroniques des comtes 
d'Anjou (Paris, 1856-1871, in-8; ColL de la Soc, de 
riiist. de France). 

JEAN, prélat tchèque, né au xiv« siècle, mort àEsztergom, 
(Gram) en Hongrie en 1430. H fut l'un des adversaires les 
plus énergiques de Jean Hus. Il devint évêque de Litomysl, 
près d'Olomouce, puis archevêque de Vacs en Hongrie et 
cardinal. On l'appelle quelquefois Jean de Fer à cause de 
l'armure qu'il portait habituellement. 

J EAN d'Antioche, historien byzantin, vivait au comment 
cément du vi« siècle, de 500 à 530. Il avait composé une 
histoire universelle, Xpovr/.r) laiop^a, allant d'Adam jusqu'à 
la mort d'Anastase (518). Jean s'était servi de sources an- 
ciennes, où il avait puisé avec goût et intelligence. Il ne 
nous reste malheureusement plus de cette œuvre qu'un 
certain nombre de fragments. 

BiBL. : G. Satiriadis, Zuv Kritik des Joh. von Antlo- 
chia, dans Jahrb. f. class. PhiL; Leipzig, 1887. — Karl 
Krumbagher, Gesc/i. der by z. Litt. ;18QI. 

JEAN d'Arras, romancier français du xiv® siècle. Se- 
crétaire de Jean, duc de Berry, il composa vers 1390, à 
la demande de ce prince et de sa sœur, la duchesse de Bar, 
le roman de Mélusine, où il recueillit plus ou moins fidè- 
lement les légendes qui couraient alors sur la célèbre fée. 
Un certain Coudrette a composé vers 1440 un poème sur 
Mélusine où Fœuvre de Jean d'Arras a été largement uti- 
lisée ; mais ce remaniement ne fit pas oublier l'original en 
prose et tandis que l'œuvre de Coudrette est restée inédite, 
celle de Jean d'Arras a été imprimée au moins cinq fois avant 
le xvi« siècle. La plus ancienne édition, très rare, a paru 
à Genève en 1478. A la même époque elle a été traduite en 
flamand, en allemand et en espagnol. De nos jours, le 
roman de Mélusine a été réimprimé par Brunet dans la 
Bibliotlièque eUévirienne (Paris, 1854) ; l'édition laisse 
beaucoup à désirer. 

JEAN DE Bâsynstoke, savant anglais du xin^ siècle, 
mort en 1252. Après avoir fait ses études à Oxford, il 
visita la Grèce (1240) et séjourna longtemps à Athènes, 
où la fille de l'évêque lui apprit la langue. De retour en 
Angleterre, il traduisit divers manuscrits grecs. 

JEAN DE Bologne (V. Bologne). 

JEAN de Candel ou de Chandelles, chancelier de l'Eglise 
de Paris, mort dans la première moitié du xiii® siècle. Il 
fut nommé chancelier de Notre-Dame vers 1209 et voulut 
interdire l'enseignement de la théologie et du droit canon 
dans toutes les écoles qui n'étaient pas épiscopales ou 
claustrales ; il prétendait de même exiger des professeurs 
un serment d'obéissance. De là ses démêlés avec l'univer- 
sité qui finit par obtenir raison par l'intervention d'Inno- 
cent III. 



JEAN 



96 — 



JEAN DE Châlânçon, dit Saint Jean (V. Dortiâl). j 
JEAN DE Cologne, architecte espagnol de la fin du xv^ ' 
siècle. Originaire de Cologne et de son vrai nom Johann 
von Kœln, cet architecte, que les Espagnols appellent 
Juan de Colonia, fut amené en 1442, de Bâle à Burgos, 
par l'évêque Alonso de Carthagène qui le fit travailler à la 
cathédrale de cette ville et notamment élever les deux 
flèches des tours du portail occidental, lesquelles constituent 
par la légèreté de leur construction et la délicatesse de 
leur ornementation un des plus heaux spécimens de l'art 
gothique allemand en Espagne. Jean de Cologne donna 
aussi les plans de l'église de la Chartreuse de Miraflores, 
près de Burgos, église destinée à servir de lieu de sépulture 
à la famille royale de Castille et qui fut terminée par son 
fils Simon de Colonia. Ce dernier fut aussi architecte de 
la cathédrale de Burgos dont il fit élever en style gothique 
deux admirables chapelles absidales, Tune pour le conné- 
table P. Fernandez de Velasco et l'autre dite de la Concep- 
tion. Simon de Colonia fut, de plus, le chef d'une école 
de grands artistes qui florit pendant plus d'un siècle, mais 
dont les derniers représentants, Alonso de Covarrubias et 
Diego de Siloe, abandonnèrent les traditions de leur maître 
pour commencer en Espagne la restauration de l'architec- 
ture gréco-romaine. Charles Lucas. 

BiBL.: J. J.MERho^ Nachrichlen Kœlnischer Kûnstler; 
Cologne, 1850, in-8. — C. Bermudez, Noticias de Los Ar- 
quitectos; Madrid, 1829, 4 vol, in-8. 

JEAN DE Croi, théologien protestant, né à Uzès, mort 
à Uzès le 31 août 1659. Fils du controversiste François 
de Croiy il professa à l'Académie protestante de Nîmes. 

JEAN d'Ephèse , évêque monophysite d'Ephèse du 
vi^ siècle. Jean fut aussi historien, mais il ne nous reste 
rien de lui. Michel le Syrien (mort en 1199) nous apprend 
seulement, dans la préface de sa chronique, que Jean a été 
une de ses sources principales. 

BiBL. : CuRETON, Eccles. hist. of John bishop of Eph.^ 
1853. — Land, Joh. bischof. von Eph.; Leyde, 1859. — 
G. Hertzsch. De Script. Rerum imperatoris fiberli Cons- 
tantinU 1881. — Karl Krumbaoher, Gescli. der byz. 
LUI., 1891. 

JEAN d'Epiphanie, historien byzantin, mort vers 591. 
Nous savons par Euagrios {Eist. eccles,^ liv. V) qu'il 
vivait de son temps et était son parent. Le même Euagrios 
nous fait connaître le sujet de son ouvrage. Il racontait 
les révolutions qui portèrent sur le trône le roi de Perse 
Khosroès II et allait de l'année 572 à 590 environ. On 
avait longtemps cru cette œuvre perdue. Le commencement 
se trouvait heureusement dans un manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale. Il a été publié dans les Notices et 
extraits des manuscrits (iSiO). hsiU avait composé avec 
soin son ouvrage, qui a, sans doute, servi à Théophylacte 
Simocatta et à Anne Comnène. 

BiBL. : Karl Krumbacher, Gesch. der byz. Litt.., 1891, 
pp. 52-53. 

JEAN d'Euchaïta, poète grec du xi® siècle. Il fut d'abord 
moine, puis évêque d'Euchaïta. Nous avons de lui : 1^ des 
Poèmes iambiques sur les principales fêtes, sortes de 
pièces de circonstance, dont l'exécution et le choix des 
thèmes offrent une grande ressemblance avec les pièces de 
Christophoros de Mytilène et deProdromos; ^^ des Homé- 
ties; 3^ des Lettres au nombre de 72 ; 4<* un important 
discours historique qu'il prononça lors du siège de Cons- 
tantinople sous Constantin Monomaque. 

BiBL. : Karl Krumbacher, Gesch. der byz. LUI.., 1891, 
p. 355. 

JEAN DE Fidanza (V. Bonaventure) . 

JEAN de Hauteseille, écrivain latin du moyen âge, 
moine à l'abbaye de Hauteseille, au diocèse de Toul, à la 
fin du xii^ siècle. Il est connu comme auteur d'un roman 
intitulé Dolopatkos, qu'il dédia à Bertrand, évêque de Metz 
(1179-1212), et dans lequel il a recueilli et habilement 
mis en œuvre des légendes d'origine orientale, échos plus 
ou moins altérés du roman indien de Sindibdd, ou roman 
des Sept Sages. Traduit librement en vers français par 
Herbert (V. ce nom), l'ouvrage du moine de Hauteseille 



a été longtemps considéré comme perdu dans sa forme 
latine. MM. Mussafia et OEsterley en ont récemment dé- 
couvert plusieurs manuscrits, notamment un manuscrit 
de l'abbaye d'Orval, connu au siècle dernier par D. Mar- 
tène et aujourd'hui conservé à la bibUothèque de VAthe- 
nœum de Luxembourg : c'est d'après ce manuscrit que 
M. OEsterley a publié la première édition du texte latin du 
Dolopathos (Johannis de Alta Silva Dolopatkos^ sive de 
rege et septem sapientibus ; Strasbourg, 1873, in-S). 

JEAN de Hauteville, poète latin du xn^ siècle. On ne 
sait rien de sa vie, si ce n'est que, Normand, il a résidé en 
Angleterre. Son nom même est incertain ; on l'écrit Haute- 
ville, Anville, Hanteville, Hauville, etc. Il a dédié son ou- 
vrage à Gautier de Coutances, au moment où ce prélat ve- 
nait d'être transféré de l'évèché de Lincoln à l'archevêché 
de Rouen (1184). — Cet ouvrage est intitulé Archi- 
threnius, è.Qyj. Oprîvioç, c.-à-d. princeps lamentationum . 
Le héros du poème porte ce smgulier nom parce qu'il se 
lamente perpétuellement sur les misères et sur les vices de 
la société. Archithrenius est un jeune homme qui fait 
d'abord une confession générale de ses fautes, gémit sur 
l'indignité de la nature humaine et déclare qu'il va se 
mettre à la recherche de la Nature pour lui demander con- 
seil. H commence son voyage, et visite d'abord le palais de 
Vénus (l. ï), puis le pays de la Gourmandise (1. II). Après 
avoir pris congé des Ventricoles, il arrive à Paris où il 
espère ne trouver que des sujets de joie ; mais son attente 
est trompée, et le 1. III est tout entier consacré à la des- 
cription des misères de la vie d'écolier dans l'Université 
de Paris. Au commencement du 1. IV, Archithrenius, tou- 
jours désolé, est sur la montagne de l'Ambition, séjour des 
rois; il y rencontre le luxe, l'avidité, la corruption, la 
bassesse. Mais il aperçoit tout à coup un monstre horrible, 
dont la tête s'élève jusqu'aux cieux : c'est la Cupidité; il 
disserte sur ce vice, particulièrement sur l'avarice des 
prélats (l. V). Au VP livre, le pleureur est transporté 
subitement dans l'île de Thulé, séjour des anciens philo- 
sophes, qui passent leur temps à déclamer contre les 
vices; il entame avec eux une conversation pessimiste qui 
dure jusqu'au IX^ livre. Il ne se consolerait pas s'il n'avait, 
enfin, une vision : la vision d'une jeune déesse charmante, 
la Nature, qui lui apparaît au milieu d'une plaine fleurie, 
entourée d'un nombreux cortège. Il tombe à ses pieds. Elle 
lui débite, pour commencer, plus de cinq cents vers sur la 
philosophie naturelle; ayant ensuite écouté sa requête, elle 
prend pitié de lui et lui fait épouser une jolie femme, qui 
s'appelle la Modération. Archithrenius cesse de pleurer, et 
il écoute avec componction les conseils que la Nature lui 
prodigue au sujet de ses devoirs conjugaux. — Tel est le 
meilleur des grand poèmes moraux du xii® siècle ; car Jean 
de Hauteville écrivait mieux que Bernard de Morlas et Henri 
de Settimello. Archithrenius eut un grand succès. On le 
commentait encore au xv® siècle. Au xvi®, il fut imprimé 
par les soins de Jodocus Badius Ascensius (Paris, 1517, 
pet. in-4, très rare). La dernière édition est celle de 
M. Th. Wright, au t. I de son recueil intitulé Latin Sati- 
rical Poets of the twelfth century (Londres, 1872, in-8 
[Rolls Séries]). Cf. Histoire littéraire de la France, 
XIV, pp. 569-79. L. 

JEAN de La Rochelle (Johannes de Rupella), philo- 
sophe scolastique, né à La Rochelle au commencement du 
xm*^ siècle, mort à Paris en 1271. Il entra de bonne heure 
dans Tordre des franciscains. Son maître, Alexandre de 
Ilalès, de l'université de Poris, lui confia la traduction de 
ses leçons. Il lui succéda en 1253 et occupa sa chaire jus- 
qu'en 1271. Tous ses ouvrages sont restés manuscrits. 
L'un des plus importants, conservé à la Bibliothèque na- 
tionale, est un De Anima, commentaire du traité d'Aris- 
tote, suivant la doctrine d'Alex, de Halès. Il distingue dans 
l'esprit humain cinq facultés : les sens et V imagination, 
qui se rapportent aux formes corporelles ; la raison, qui 
connaît des genres et des espèces des choses corporelles; 
Ventendement, qui se rapporte aux êtres spirituels ; Vin- 



- 97 - 



JEâN 



telligence, qui saisit Dieu considéré comme la vérité éter- 
nelle. Il admet la théorie des idées-images, qu'il attribue 
à saint Augustin, et que reprendront saint Thomas et 
Duns Scot. Il avait aussi écrit un Commentaire aux Seii- 
tences de Pierre Lombard. C-el. 

JEAN DE HoLYwooD (V. Sacro Bosco [Johannes de]). 

JEAN DE Leyde, ou JEAN Bockelsonou Bockold, sec- 
taire anabaptiste, né à La Haye vers 4510, mort à Munster 
le 23 janv. 1536. On ne sait rien de sa première jeunesse ; 
il paraît avoir été tailleur et aubergiste à Leyde. S'étant 
lié avec le boulanger Jan Mathys de Haarlera, Tapôtre de 
l'anabaptisme, il le suivit à Munster et lui succéda, en 1534, 
comme chef de parti et prophète. Il établit alors à Munster 
une théocratie terroriste, se proclama roi apocalyptique du 
nouvel Israël, et établit la polygamie et la communauté de 
biens. Mais son règne fut de courte durée. En 1535, Muns- 
ter fut pris; Jean de Leyde tomba entre les mains de 
révèque, qui le fit d'abord exposer dans une cage de fer, 
puis mourir dans de cruels supplices (V. Anabaptistes). 

BiBL. : H. JocHMus, Gesc/îic/ïfe der Kirchenreformation 
zu Munster; Munster, 1825. — J.-C. Wallmanin, Joh. von 
Leyden ; Quedlimburg, 1844, — K. Hase, Das Reich der 
Wiederlœul'er ; Leipzig, 1860. — Cornélius, Bericlite der 
Augenzeugen ûber das mûnstersche Wledertœuferreich; 
Munster, 1853. — Du même, Geschichte des mûnsterschen 
Au fruhrs ; Leipzig, 1855-60, 2 vol. — Ra^ke, Deutsche Ge- 
schichte im Zeitaiter der Reformations 1881.— Félix Kuiin, 
Luther, sa vie et son œuvre ; Paris, 1883-84, 3 vol. in-8. 

JEAN de Luna (V. Jean de Se ville). 

JEAN de Lyon, évéque vaudois de la fin du xif siècle. 
On ne sait rien de sa vie. Ses écrits que nous connaissons 
par Keynier, théologien du xiii^ siècle, ont eu une grande 
célébrité et se sont répandus surtout en Lombardie. Il pro- 
fessait le manichéisme, niait la Trinité et enseignait la 
transmigration des âmes. Il fut le chef de la branche la 
plus audacieuse de la secte des Vaudois (V. ce mot). 

BiBL. : Dauinou, Jean de Lyon etArnold^ dans Histoire 
littéraire de la France^ t. XV. — Fabricius, Bibliotheca 
mediœ œtatis t. IV. — La Croix du Maine, BibL franc., 
1772, t. I, ' 

JEAN de Mérîcour (Johannes de Mercuria), philosophe 
scolastique du milieu du xiv® siècle. Il appartenait à l'ordre 
de Cîteaux et était disciple de Guillaume d'Occam. D'un 
esprit naturellement hardi et paradoxal, il formula des 
propositions qui furent censurées par l'université de Paris, 
condamnées par l'Eglise, et qu'il dut rétracter publique- 
ment. Il disait, par exemple, que le péché vient de Dieu, 
qu'il est un bien, que nul ne peut résister à ses passions 
sans le concours de Dieu ,et qu'un homme qui cède à une 
passion irrésistible n'est pas coupable de péché. 

J EAN DE Meun ou de Meung (Jean Clopinel, dit), célèbre 
écrivain français, né à Meung sur-Loire (Loiret) vers 1250, 
mort au commencement du xiv® siècle. On sait peu de chose 
de sa biographie. Venu sans doute comme étudiant à 
l'université de Paris, il paraît avoir passé la plus grande 
partie de sa vie dans cette ville, oti il habitait en dernier 
lieu une maison de la rue Saint-Jacques (à peu près au 
numéro actuel 21 8), qui fut donnée après sa mort, en 1305, 
aux frères prêcheurs par maître Adam d'Andeli. Le premier 
et le plus célèbre de ses ouvrages est la fin du Romani de 
la Rose : laissé interrompu, vers 1237, par Guillaume de 
Lorris qui n'en avait écrit que 4,070 vers, le Roman de 
la Rose n'aurait probablement pas laissé de traces sans la 
continuation de Jean de Meun qui compte près de 
19,000 vers : c'est vers 1280 que Jean de Meun paraît 
avoir terminé cet immense poème. En 1282, à la demande 
de Jean de Brienne, comte d'Eu, il mit en prose française 
le traité De Re militari de Végèce; un peu plus tard, il 
traduisit les épltres d'iléloïse et d'Abailard, la Topographia 
hibernica de Giraud de Barry et le De Amicitia spiri- 
luali de saint Ailred : ces deux dernières traductions ne 
nous ont été conservées par aucun manuscrit connu. Plus 
tard encore, à la demande du roi de France Philippe le Bel, 
il traduisit la Consolatio Philosophiœ de Boèce, en vers 
et en prose, d'après le modèle du latin. Enfin, sur la fin de 
sa vie, à une date qui peut être fixée entre 1291 et 1296, 
grande encyclopédie. — XXL 



il écrivit en quatrains monorimes son Testament, œuvre 
intéressante où sont prodigués à la fois les témoignages de 
piété et les sarcasmes contre les moines. Là s'arrête la liste 
des œuvres authentiques de Jean de Meun; la réputation 
dont il a joui lui a valu l'attribution d'un grand nombre 
d'ouvrages apocryphes qu'il est inutile de mentionner. 

Le Testament de Jean de Meun et sa traduction de 
Boèce ont eu beaucoup de vogue au xiv® et au xv® siècle, 
à en juger par le nombre des manuscrits qui nous les ont 
conservés plus ou moins fidèlement, mais cette vogue n'a 
pas dépassé le moyen âge, et c'est surtout comme principal 
auteur du Rom.an de la Rose que Jean de Meun a été et 
reste célèbre. En acceptant le cadre imaginé par son de- 
vancier, le continuateur de Guillaume de Lorris l'a rempli 
d'un esprit tout différent. Autant le premier auteur du Ro- 
man de la Rose est délicat, autant le second est grossier, 
et il y a entre eux une antithèse presque aussi violente 
que celle qui existe entre la poésie lyrique courtoise du 
temps de Philippe-Auguste et les fabliaux : Guillaume de 
Lorris est l'humble serviteur des dames et Jean de Meun 
les accable des plus sanglantes injures ; le premier réprouve 
sévèrement la fausseté dans l'amour, le second traite la 
loyauté de niaiserie. Comme œuvre d'art et de morale, la 
seconde partie du Roman de la Rose est inférieure à la 
première, mais elle est aussi beaucoup plus personnelle et 
plus vivante, et l'on y sent un tempérament vigoureux 
servi par une robuste érudition chez cet homme que l'on 
se représentait, dans les générations qui l'ont immédiate- 
ment suivi, comme « solennel maistre et docteur en sainte 
théologie, philosophe très profond, sachant tout ce qui à 
entendement humain est scible ». Il y a du Rabelais chez 
Jean de Meun; on peut même dire, avec M. G. Paris, qu'il 
fut « le Voltaire du moyen âge, avec toutes les restrictions 
que comporte ce compliment ». 

Le succès du Roman de la Rose a dépassé celui de 
toutes les œuvres httéraires du moyen âge : on en con- 
naît plus de 200 manuscrits, dispersés dans toutes les 
bibhothèques de l'Europe ; il a été imprimé à plusieurs 
reprises sous sa forme primitive dès les débuts de l'impri- 
merie, et jusqu'au commencement du xvi« siècle, où Marot 
en fit un rajeunissement qui retrouva presque chez ses con- 
temporains la vogue que l'original avait eu chez ceux de 
Jean de Meun. Son influence a pesé lourdement sur la lit- 
térature française du xiv® et du xv^ siècle et peut se com- 
parer à celle de Pétrarque sur la littérature italienne du 
xv*^ siècle : c'est dire qu'elle n'a pas été très heureuse. Ce 
n'est pas que Jean de Meun n'ait été vivement attaqué 
pendant la période dominatrice du Roman de la Rose : 
Guillaume de Digulleville, Christine de Pisan, Gerson ont 
fulminé contre lui, mais ils se plaçaient sur le terrain de la 
morale et de la religion et non sur celui de la littérature. 
A l'étranger, le Roman de la Rose a pénétré presque par- 
tout dès la fin du xiii® siècle : il a été mis en vers flamands 
par Henri van Aken, en sonnets italiens par un certain Du- 
rante, contemporain de Dante, en anglais par Chaucer, etc. 
Des trois éditions qui ont été publiées dans ce siècle de ce 
célèbre poème par Méon (Paris, 1813,4 vol. in-8), par 
Francisque Michel (Paris, 1864, 2 vol. in-12) et par 
M. Croissandeau (Orléans, 1879, 5 vol. in-12, avec une 
traduction en vers en français moderne), aucune ne fournit 
un texte sûr dressé d'après les meilleurs manuscrits. 
M. Ernest Langlois, auteur d'une bonne étude critique sur 
les sources du poème, en a annoncé une nouvelle édition 
qui répondra sans doute à l'état actuel de la philologie 
française. A. Thomas. 

BiBL. : P. Paris, Jean de Meung^ clans l'Histoire litté- 
raire de la France, t. XXVIII, pp. 391-429. — J. Quiciie- 
RAT, Jean de Meung et sa maison à Paris, dans BibL de 
VEcole des chartes, 1880, pp. 46-52. — Ernest Langlois, 
Origines et sources du Roman de la Rose; Paris, 1890. 

JEAN DE NiKiu, écrivain grec du commencement du 
vii^ siècle. Evêque de Nikiu, dans la Basse-Egypte, il com- 
posa une histoire universelle, dans le genre de celle des 
Malalas, qui commence à Adam pour aller jusqu'au début 

7 



JEAN 



- 98 



du VII® siècle. L'auteur y traite de l'histoire orientale, grecque 
et romaine. Très succinct au début, il déyeloppe de plus en 
plus sa matière avec Tépoque byzantine. La dernière partie 
est fort importante. L'original grec fut, à une date incer- 
taine, traduit en arabe et de l'arabe en éthiopien. Nous n'en 
avons plus que la traduction éthiopienne. Beaulieu. 
BiBL. : Karl Krumbacher, Gesch. der byz. Litt., 1891. 
JEAN DE Paris, dominicain, docteur de l'université de 
Paris, mort à Bordeaux en 1306. On vantait ses vives 
reparties, qui lui ont valu le surnom de Pungens asinos, 
« Pique-ânes ». De deux traités qu'il a publiés, le premier, 
Determinatio de modo existendi corporis CÂristi in 
sacramento (Londres, 1686), cherche un moyen terme 
entre le symbolisme dont on accusait l'université de Paris 
et la transsubstantiation formulée par Innocent Ilï. Accusé 
d'hérésie, Jean en appela à Rome et mourut avant la fin 
du procès. Le second de ses ouvrages appartient à la lutte 
entre Philippe le Bel et Boniface VIII ; c'est le De Poles- 
tate regia et papali (dans Goldast, Monarchia romani 
imperii^ Hanovre, 1611-1614, t. II). Moins hardi que 
P. Dubois (V. ce nom, t. XIV, p. 1155), Jean procède de 
Thomas d'Aquin, mais ne craint pas les conséquences ; il 
limite l'Etat et l'Eglise, chacun à sa sphère, et, comme les 
deux pouvoirs dérivent tous deux directement de Dieu, la 
position prise par Innocent III et par Boniface VIII est con- 
damnée. Il réclame aussi une autonomie théorique de 
l'évêque et de tout prêtre à l'égard du pape. F.-H. K. 
JEAN T)E Paris, peintre français (V. Perréal). 
JEAN dePise (V. Pisani). 
JEAN DE Procida (V. Procida). 
JEAN DE RoYE, auteur présumé d'une chronique de 
Louis XI, dite la Chronique scandaleuse, attribuée jus- 
qu'ici à un personnage inconnu nommé Jean de Troyes, dont 
M. B. de Mandrot a trouvé le nom à la fin d'un manuscrit de 
la Chronique scandaleuse (man. fr. 506^2, à la Bibl. nat.). 
Ce manuscrit s'arrête à l'année 1479 (mars). Or, à cette 
époque, le duc de Bourbon, Jean II, avait un secrétaire 
nommé J. de Roye, qui était aussi garde de son hôtel; en 
outre, la Chronique scandaleuse parle beaucoup de la 
maison de Bourbon. Il est donc vraisemblable que J. de 
Roye est l'auteur de cette chronique, dite scandaleuse, qui, 
d'ailleurs, ne justifie nullement ce titre. E. C. 

Bibl. : BihL de l'Ecole des chartes, vol. LU, année 1891, 
p. 129 (article de M. B. de Mandrot, qui va publier une 
nouvelle édition de la Chron. scarîd. dans la Collection de 
la Soc. de VHist. de Fr. 
JEAN DE RuYSRROEK (V. Ruysbroek). 
JEAN DE Saint- Victor, chroniqueur, mort en 1351. 
On a cru à tort qu'il était Anglais. Il était Parisien, cha- 
noine de Saint-Victor. Lelong a cru pouvoir l'identifier 
avec un nommé J. Boivin. Sa chronique, qui s'étend 
jusqu'en 1326, est originale à dater de 1300. La plus 
grande partie en fut rédigée dans le deuxième quart du 
XIV® siècle. L'œuvre de Jean de Saint- Victor se distingue 
par une grande indépendance, voire une grande hardiesse 
d'appréciation. C'est le mieux informé des chroniqueurs de 
l'Ile-de-France sur les événements de Flandre. 

Bibl. : D. Bouquet, t. XXI, édition et notices par Gui- 
gnaut et de Wailly. 

J EAN DE Salisbury (Johannes Sarinsberiensis ou Parvus 
ou Leverianus), né à Salisbury au commencement du 
xii® siècle, mort à Chartres en 1180. Il vint en 1136 étu- 
dier à Paris, où il fut l'élève d'Abailard. Sa pauvreté le 
força à quitter Paris et à se retirer à l'abbaye de Montier- 
la-Celle, où il continua ses études. En 1148, l'archevêque 
Theobald de Ganterbury l'emmena en Angleterre, et fit de 
lui son secrétaire. Il fut ensuite celui de Thomas Becket, 
dont il partagea la fortune et la disgrâce. Rentré en 
France en 1176, il fut, grâce à Thibaut, comte de Cham- 
pagne, nommé évêque de Chartres, où il mourut. Le 
principal ouvrage de Jean de Salisbury, intitulé Poli- 
craticus sive de nugis curialium et vestigiis philo- 
sophorum, est du plus haut intérêt pour l'histoire de la 
scolastique. Les dix premiers livres sont une sorte d'his- 



toire de la philosophie. La philosophie grecque est une 
tour de Babel, pleine de l'orgueil de la raison. Le stoïcisme et 
l'épicurisme ont si bien corrompu la vérité qu'il n'est resté 
de place que pour le doute de la Nouvelle Académie. Les 
deux derniers livres contiennent les idées rehgieuses et 
morales persoùnclles à l'auteur. L'humilité chrétienne est 
une meilleure préparation à la philosophie que l'insensibilité 
stoïcienne. Le but de la philosophie est le bonheur, où l'on 
arrive par la vertu, et pour lequel il faut réunir toutes 
les méthodes proposées par les écoles, afin que l'homme 
soit uni à Dieu par des liens multiples d'intelligence et 
d'anaour. A cet ouvrage il faut joindre le Metalogicus, 
écrit de logique et de polémique. On y trouve une connais- 
sance très suffisante de la logique d'Aristote. L'auteur lui 
reproche des subtibilités, et le juge plus fort pour détruire 
que pour fonder. Le fondement de toute connaissance est 
la sensibilité, d'où se dégagent la pensée et l'imagination. 
L'abstraction fait du sensible la science, grâce à laquelle 
l'entendement aperçoit les formes substantielles. Mais ce 
progrès ne peut se faire qu'avec l'aide de la grâce. Les 
universaux ne sont ni des noms ni des réalités indépen- 
dantes de Dieu : ce sont des concepts abstraits par l'en- 
tendement et qui reproduisent les formes ou qualités inhé- 
rentes aux choses. Ces deux ouvrages ont été publiés 
séparément : le Policraticus en 1476 à Bruxelles, le Me- 
talogicus en 1610 à Paris ; et ensemble, à Lyon (1613), 
Leyde (1639), Amsterdam (1666), Oxford (1648, éd. 
Miles). Le Policraticus a été traduit en 1640 par Mé- 
zerai. — On a encore de lui un poème: De Membris cous- 
pira7itibus, une Vie de saint Anselme de Ganter bury 
{Anglia Sacra, II, 14) ; Vie de Thomas Becket, dans le 
Quadrilogue (149o); un Comment, de saint Paul 
(1646), et des Lettres, C-el. 

Bibl. : Reuter, J. von Salisbury, 1842. ~ Schaar- 
scHMiDT, J. Saresberensis nach Leben und Studien, Schrif- 
ten und Philosophie, 1862. 

JEAN DE Séville ou de Luna, savant juif du xii^ siècle. 
Il fut occupé par l'archevêque de Tolède Raimond (1130- 
1150) à des traductions d'ouvrages arabes sur la philo- 
sophie et les mathématiques. Il faisait la version en 
castillan et elle était mise en latin par Dominicus Gondi- 
salvi. Le prince Boncompagni a publié (Trattati d'arit- 
metica) le texte d'un livre : Alghoarismi de practica 
arismetrice, de Johannes Hispalensis, qui est un des 
plus anciens traités concernant le calcul avec nos chiffres 
et le zéro. L'original arabe ne paraît pas, malgré le titre, 
être dû à Mohammed Alkhwarismi. Il était beaucoup plus 
développé que le traité arithmétique de ce dernier, dont le 
prince Boncompagni a également publié une traduction, 
probablement due à Adelhard de Bath. T. 

JEAN DE SoissoNS, maître d'œuvre (V. Damas [JeanJ). 

JEAN DE Stavelot, chroniqueur belge, né à Stavelot 
en 1388, mort à Liège en 1449. 11 entra à l'abbaye de 
Saint-Laurent, à Liège, accompagna l'évêque Jean de 
Heinsberg dans la croisade contre les hussites, et assista 
au couronnement de l'empereur Frédéric III en 1442. Il 
rédigea une volumineuse chronique qui forme la suite de 
l'œuvre de Jean d'Outre-Meuse (V. Desprez), Elle contient 
les renseignements les plus complets sur l'histoire des 
Pays-Bas pendant la première moitié du xv^ siècle, et des 
appréciations quelquefois très hardies sur les événements 
dont l'historien a été témoin. L'œuvre de Jean de Stavelot 
a^ été publiée par la commission royale d'histoire de Bel- 
gique en 1861, sous la direction de J. Borgnet. E. H. 
Bibl. : Journez, Biographie de Jean de Stavelot, dans 
la Biographie nationale de Belgique, X, 419-431. 

JEAN de Troyes (V. Jean de Roye). 

JEAN DE Venette (V. Venette). 

JEAN de Vicence, dominicain italien, né vers la fin du 
xii« siècle, mort à Bologne après 1260. Il débuta en 1233 
à Bologne, où il prêcha avec tant de puissance la paix qu'il 
réussit à faire cesser les guerres civiles qui ruinaient la 
cité. Il parcourut ensuite tout le nord de Tllalie et tra- 
vailla à la pacification du pays. Dans une grande assemblée 



97 - 



LESSEPS 



de Lesseps se multiplia, Napoléon III intervint, et, Tannée 
suivante, les travaux purent reprendre. L'inauguration 
officielle eut lieu le 47 nov, 1869. Ce fut par le monde 
entier un enthousiasme indescriptible. Ferdinand de Les- 
seps fut mis au rang des plus illustres célébrités ; les 
souverains, accourus à Port-Saïd pourleféliciter,lui confé- 
rèrent les plus hautes dignités de leurs ordres les plus hono- 
rifiques ; le gouvernement français, notamment, le nomma 
grand-croix de laLégion d'honneur (4869) sans qu'il eût passé 
par le grade de grand officier; les Anglais eux-mêmes ne 
voulurent pas demeurer en arrière, et Londres lui accorda sa 
faveur la plus recherchée, le droit de bourgeoisie (4870). 
Pendant quinze années, il fut certainement le citoyen du 
monde le plus populaire, en même temps que le plus ad- 
miré et le plus respecté ; on ne l'appela plus que « le 
grand Français », et sa vie devint comme une longue et 
glorieuse apothéose. Il payait de mine, du reste, avec sa 
physionomie martiale, sa taille bien prise et esthétique- 
ment serrée dans sa redingote noire, ses épaules larges, sa 
démarche aisée et cette auréole de triomphateur qui ne 
quittait guère son large front. C'était en outre un cavalier 
d'élite, et il dut en grande partie à cette qualité son ascen- 
dant sur les Egyptiens. Il n'y eut qu'en politique qu'il ne 
fut pas heureux. Aux élections de 4869, l'Empire le porta 
candidat oflSciel contre Gambetta dans la deuxième circon- 
scription de Marseille : il échoua. 11 échoua également le 
^o maï's 4876, par 8i voix contre 474 données à Ricard, 
comme candidat de la droite sénatoriale à un siège de séna- 
teur inamovible. Il ne professa jamais, du reste, des opinions 
bion extrêmes. Sa conduite dans les affaires de Rome en 
4849 et les mesures prises alors contre lui avaient fait 
guelque temps supposer qu'il était républicain. Mais il s'était 
incontestablement réconcilié avec Napoléon IIÏ, et il entrete- 
nait les meilleures relations avec l'impératrice, qui était sa 
coqsinô (V. Lesseps [M.-l.-P., comte dej). Ce fut même 
lui qui la fit évader des Tuileries le 4 sept. 4870 et qui 
la conduisit en lieu sûr. 

Dès 4873, il étudia un autre gran4 projet. Il s'agissait, 
cette fois, d'une voie ferrée qui, allant d'Orenbourg à 
Pechaver, à travers l'Asie centrale, devait relier les ré- 
seaux russe et angio-^indien. Ce fut l'un de ses fils, Victor, 
attaché d'ambassade, qui se rendit dans l'Inde pour examiner 
sur place la question, mais elle resta sans solution. Quelques 
années plus tard, à la suite d'une visite qu'il fit lui-même 
aux chotts algériens et tunisiens, il se déclara hautement 
pour la création, sur leur emplacement, d'une mer intérieure 
africaine dont les eaux seraient amenées de la Méditerranée 
par un canal de 460 kil. partant de Gabès. Les clans 
avaient été dressés par le commandant Roudaire. Des ingé- 
nieurs refirent les études et Constatèrent que les parties à 
submerger étaient au-dessus du niveau de la mer. Ferdi- 
nand de Lesseps fut aussi l'un des promoteurs du canal de 
l'isthme de Corinthe. 11 ne s'en occupa toutefois qu'en 
passant. D'autres idées le hantaient. Il voulait un digne 
pendant à l'isthme de Suez. Il ambitionnait de faire plus 
grand encore. 

Le percement de la longue langue de terre qui sépare 
les deux Amériques avait, à maintes reprises, depuis le 
comnieucement du siècle, obsédé les rêves de marins et 
d'ingénieurs. Deux officiers de notre flotte, MM. Wyse et 
Reclus, avaient plus récemment recherché le tracé d'un 
canal entre Panama, sur î'océan Pacifique, et Coînn, sur 
l'Atlantique. Ferdinand de Lesseps se mit à la tète d'un 
comité chargé d'étudier leur avant-projet. Un congrès in- 
ternational d'ingénieurs se réunit à Paris au mois de mai 
4879. Plusieurs plans, tous insuffisamment préparés d'ail- 
leurs, lui furent soumis. Mais de Lesseps avait son idée 
arrêtée. Le canal de Panama devait être, comme son frère 
d'Egypte, à niveau constant et sans écluses; il n'en admet- 
tait pas d'autre. La situation était pourtant bien différente. 
Au lieu d'un long ruban de sable à draguer, c'était toute une 
montagiie de roche dure dans laquelle ïi allait falloir creuser 
une gigantesque cuvette. De Lesseps ne voulut pas prendre 

GRANDE ENCYCLOPÉDIE, — XXIL 



en considération les observations réitérées que lui firent à 
cet égard deux sous-commissions techniques. Il avait en son 
étoile une confiance absolue. « Si l'on demande, disait-il, 
à un général qui a gagné une première bataille s'il veut en 
gagner une autre, il ne peut refuser. »Ilse contenta, pour 
l'évaluation des dépenses et de la durée des travaux, de don- 
nées vagues et incertaines, et il entraîna assez facilement la 
majorité du congrès, qu'hypnotisait le sticcèsde Sdez. Une 
première tentative d'émission publique échoua (août 4889). 
Malgré ses soixante-quinze ans, il paya de sa personne, comme 
vingt ans plus tôt pour son premier canal, organisa toute 
une campagne de conférences, fonda le Bulletin du canal 
interocéanique et, au mois de décembre, partit pour Panama 
avec sa femme, deux de ses enfants et toute une escorte 
d'ingénieurs,_ d'économistes et de journalistes. Le 4®'janv. 
4880,' la |)étite Ferdinand^ de Lesseps donna le premier 
coup de pioche. On resta vingt jours. L'observation des 
difiicultés fut forcément très superficielle. On alla ensuite 
aux Etats-^Unis, où l'opposition était fort vive et on revint 
en Europe. Au niois de déc, une nouvelle émission fut 
lancée. Elle fut couverte plusieurs fois. Le 3 mars 4884, 
la Compagnie du canal interocéanique fut définitivement 
constituée. L'inauguration devait avoir lieu le 4^'* oct. 4887 ! 
(V. Panama). 

Cependant, Ferdinand de Lesseps n'en avait pas fini avec 
le canal de Suez et avec les Anglais. En 4875, le gouver- 
nement de la reine avait acheté au khédive pour une valeur 
de 400 millions de fr. les 476,602 actions dont il était 
propriétaire. En 1884, il mit à profit la révolte d'Arabi 
Pacha pour débarquer en Egypte et tenter de s'emparer 
du canal, que l'amiral Hoskins, excité aux plus violentes 
mesures par le Times et par quelques autres journaux 
anglais, ne craignit pas d'occuper militairement. Vaine- 
ment, Ferdinand de Lesseps, accouru immédiatement à 
Ismaïlia, protesta-t-il contre cette atteinte à la propriété 
privée. Son attitude énergique sauva néanmoins la situa- 
tion. Arabi Pacha lui promit de respecter (a neutralité du 
canal, et l'amiral anglais lui demanda spontanément d'en 
reprendre l'exploitation normale. Les attaques des jour- 
naux d'outfe-lanche n'en furent que pluS acharnées. Ils 
alléguèrent d'abord les allures insolentes du président de 
la Compagnie, puis l'insufiisance du canal, et ils réclamèrent 
le percement d*une seconde voie pour le service spécial de 
l'Angleterre. De Lesseps sut tenir tête à tous les orages. 
Trois ans après un nouveau et dernier voyage en Egypte 
(4884), il remporta une victoire décisive par la signature 
de la convention franco-anglaise du Si3 oct. 4887, qui 
a&sure, soûs la garantie des principales puissances, la neu- 
tralité du canal et qui reconnaît le privilège exclusif de la 
compagnie concessionnaire (V. Suez). 

« Le grand Français » jouissait encore à cette époque 
de toute sa popularité et de tout son prestige. Membre fibre 
de l'Académie des sciences de Paris depuis 1873, il avait 
été choisi en 4884 par l'Académie française pour succéder 
à Henri Martin, bien que ni la nature de ses écrits, qui ne 
sont en général que des recueils de documents, ni son style 
fort relâché ne parussent devoir le désigner aux suffrages 
d'une compagnie littéraire. La plupart des sociétés savantes 
de l'étranger s'étaient fait également un honneur de s'at- 
cher à des titres divers le « perceur d'isthmes », et il pré- 
sidait, plus ou moins effectivement, une multitude d'asso- 
ciations, de cercles, de congrès, etc. Au mois de mars 
1887, il fut envoyé par le gouvernement français à Beriin, 
sans qu'on ait jamais su exactement si cette mission était 
relative à une invitation secrète de l'Allemagne à l'expo- 
sition universelle de 4889 ou à quelque démarche tendant 
à la révision du traité de Francfort. Il reçut en tous cas 
de l'empereur, du prince de Bismarck et de toute la cour 
les marques les plus ostensibles de sympathie et de défé- 
rence. Malheureusement, l'œuvre de Panama marchait rapi- 
dement à la ruine, et la considération de Ferdinand de 
Lesseps allait bientôt sombrer dans ce cataclysme financier» 
En 4885, la situation de la Compagnie était déjà critique» 

7 



LESSEPS -• LESSING ^ 

En 1886, son président effectua un nouveau voyage dans 
Tisthme, au cours duquel il consentit à reconnaître que le ca- 
nal à niveau était pour le moment impossible et qu'il fallait 
se contenter, temporairement au moins, d\in canal a écluses. 
Mais de toute façon il fallait beaucoup d'argent : or les 
caisses étaient vides, plus d'un milliard avait déjà été dépensé 
et la défiance grandissait. 11 y eut alors une àérie d'émissions 
infructueuses, entremêlées d'enquêtes gouvernementales et 
de vifs débats parlementaires (Y. Panama). Seul Ferdinand 
de Lesseps ne désespérait pas et, dans une nouvelle cam- 
pagne de publications et de conférences, il annonçait contre 
toute évidence l'ouverture du canal avant la fin de 4890. 
Il dut pourtant, le 11 déc. 1888, abandonner la lutte. Le 
4 févr. 1889, la liquidation judiciaire de h Compagnie fut 
prononcée. Les bruits les plus graves commencèrent , à cir- 
culer : les travaux réellement utiles ne représentaient, di- 
sait-on, qu'une faible part des sommes dépensées; des tra- 
vaux incohérents et un gaspillage éhonté avaient absorbé 
le reste. Sous la pression de Topimon publique, la Cbâmbro 
des députés vota, le 4 janv. 1892, à l'unanimité de §09 vo- 
tants, un ordre du jour réclamant « une répt'ession éner- 
gique ». Le 9 févr. 1893, la cour de Paris condamna Fer- 
dinand de Lesseps et son fils aîné, Charles, qui avait été 
depuis le début des études du canal de Panama son colla- 
borateur de tous les instants, à cinq années d'emprisonne- 
ment et à 3,000 fr. d'amende. Charles avait seul comparu. 
Son père, littéralement écrasé par la ruine de son èuvre, 
vivait depuis le commencement de l'année 1889 au fond de 
sa propriété de La Chênaie, dans un état de somnolence 
sénile qui avait permis àj sa famille de tout lui cacher : le 
procès et l'arrestation de son fils. Il ne connut pas davan- 
tagesa condamnation. Ellene lui fut du reste jamais, notifiée 
et on n'eut pas ainsi à le rayer des cadres de la Légion 
d'honneur. Il mourut à La Chênaie à quatre-viflgt-neuf ans. 
Son corps fut ramené à Paris, où les honneurs militaires ne 
lui étaient pas régulièrement dus, et un silencieux cortège 
de fidèles admirateurs le conduisit à sa dernière demeure. 

Le désastre avait fait trop de victimes et trop de dupes, 
lui-même y avait trop directement contribué par des fautes 
et par une légèreté indiscutables, pour qti'ii pût éviter le 
ressentiment populaire. Mais l'histoire oubliera certainement 
les égarements de sa vieillesse trop présomptueuse et trop 
confiante pour se souvenir seulement qu'il fit Suez, qu'à 
l'âge de soixante-dix ans encore sa gloire ét^it intacte et 
que, s'il laissa commettre de honteuses dilapidations, il ne 
fut lui-même, entre les mains d'industriels et de financiers 
sans scrupules, qu'un instrument à peu près inconscient ; 
elle ne verra plus en lui que « Fincariiatiop de l'esprit 
d'entreprise dans sa plus haute acception, que Finitiateur 
de la plus grande révolution matérielle qui ait eu lieu dans 
ce monde (Francis Charmes) ». Il ne r<?cueilîit du reste 
que bien peu de chose du maniement de tous ces millions. 
Il semble même plutôt avoir compromis sa fortune dans 
cette affaire, car le 5 juin 1894 l'Assem()lée générale des 
actionnaires de la Compagnie du canal de Suez dut voter 
à sa femme et à ses enfants, pour assurer leur avenir, une 
pension viagère de 120,000 francs. 

Ferdinand de Lesseps $'était marié, alors qu'il était con- 
sul en Egypte, avec M^^® Mamaile, morte en i8^4:. Elle M 
laissa deux fils : Charles- Aimé-Marie^ né en 1849, et 
Victor, Fun et F autre cités dans le cours de cet article. 
Le 23 nov. 1869, il épousa à îsmaïlia une créole de l'île 
Maurice qu'il avait rmcontrée dans un salon parisien, 
W^ Hélène Autard de Bragard. Elle avait alors dix-huit 
ans. Elle lui donna à son tour neuf charmants enfants bien 
connus des Parisiens, qui ont vu si souvent leur joyeuse 
cavalcade remonter à poney l'avenue des Champs-Elysées. 

Ferdinand de Lesseps a publié : Ma Mission à Rome en 
mai i849 (Paris, 1849, în~8) ; Percem^ent de Fisthme 
de Suez (Paris, 4855-61, 5 vol. in-8 et atlas) ; Question 
du canal de Suez (Paris, 1860, in-8); Conférences 
sur le canal de Suez (Paris, 1862, 2 vol. in-8); le Per- 
cement de V isthme de Suez (Paris, 1868, in-12) ; Egypte 



98 



et Turquie (Paris, 1869, in-8) ; Lettres, journal et 
documents pour servir à Vhistoire du canal de Suez 
(Paris, 1875-84, 5 vol. in-S) ; Souvenirs de quarante 
ans, dédiés à mes enfants, autobiographie remplie 
d'intéressantes anecdotes (Paris, 1887, 2 vol. in-8) ; Ori* 
ginesdu canal de Suez (Paris, 1890, in-16). Il a com- 
muniqué en outre à l'Académie des sciences une vingtaine 
de mémoires qui ont paru dans ses Comptes rendus et qui 
ont tous trait aux isthmes de Panama et de Suez ou à la 
mer intérieure africaine. Léon Sâgnet. 

BiBL.: V..., M. de Lesseps à Grenoble; Grenoble, 1867, 
m-8. — S. Bebteaut, F. de Lesseps et son œuxtre ; Mar- 
seille, 1875, m-8. — A. Pinard, F. de Lesseps ; Paris, 1883, 
m-12. — V. aussi ses Souvenirs de quarante uns et les bibl. 
des art. Panama et Suez. 

LESSEPS (Jules, baron de), diplomate et financier fran- 
çais, né en 4809, mort à Paris le 20 oct. 1887, frère du. 
précédent. Il fut longtemps chargé d'affaires du bey de 
Tuïlis à Paris. Il prit une grande part à la direction et à 
l'administration du canal de Suez et fut membre du conseil 
d'administration du Canal interocéanique. L. S. 

Bibl. : Banq^et offert aU baron J. de Lesseps leiô mars 
1869 ; Paris, 1869, in-8. 

LESSER (Credzé, baron de) (V. Creozé de Lesser). 

LESSEB (Alexandre), peintre polonais, né à Varsovie 
en 1814. Il étudia d'abord son art à Varsovie, puis à 
Dresde et à Munich, sous la direction de Cornélius et de 
Schnorr. De ses longs voyages en Allemagne, en France, 
en Belgique et en Angleterre, il rapporta un bagage con- 
sidérable de connaissances sur l'histoire de Pologne au 
point de vue artistique. Plusieurs de ses tableaux : Vin- 
cent Kadluhek, la Défense de Trembowla, Skarbek 
Habdank, Sainte Eedvige sur le champ^ de bataille, etc., 
sont devenus célèbres dans son pays. Mais son oeuvre prin- 
cipale, c'est la série des portraits des rois de Pologne 
publiés par Dzwonkowski (Varsovie, 4860). Lesser est 
aussi Fauteur de critiques d'art très estimées parues dans 
les Klosy et d'un livre sur le sculpteur Wit Stvposz (Weit 
Stoss). ^. F. Trawinskï. 

LESSEBT (De). Famille de banquiers (V, Delessert). 

LESSEUX, Com. du dép. des Vos^-es, arr. et cant. de 
Saint-Dié; 475 hab. 

LESSIVES. Ville de Belgique, prov. de Hainaut, arr. 
de Soignies, sur la Dendre; 8,600 hab. Stat. des ch. de 
fer de Mons à Alost et de Tournai à Braine-le-Gomte. Exploi- 
tations de carrières (600,000 tonnes par aii) ; fabriques de 
tuyaux de grès, de toiles, de chicorée. La possession de Les- 
sines et de sa banlieue fut disputée pendant des siècles entre 
la Flandre et le Brabant ; on l'appelait la terre de débat, 

LESSl?l@ (Gotthold-Ephraïm), écrivain allemand, né à 
Kamenz, dans la Haute-Lusace, le 22 janv. 4729, mort à 
Wolfenbiittel le 45 fév. 4784. Son père, pasteur protes- 
tant, était estimé dans le monde théologique pour quelques 
dissertations savantes et une traduction des sermons de Til- 
lotson. Ephraïm était Fainé de dix fils, pestiné à Fétat 
ecclésiastique, il reçut sa première instruction dans la mai- 
son paternelle et dans l'école communale de Kamenz. A l'âge 
de douze ans, il fut admis, à la suite d'un examen, à VAfra- 
neurn de Meissen, gymnase fondé autrefois par Félecteur 
Maurice de Saxe dans les bâtiments sécularjlsés du couvent 
de Sainte-Afre. L'instruction y était à peu près gratuite, 
les études très fortes, la discipline sévère. Le jeune Les- 
sing se distingua par son ardeur au travail, en même 
temps que par un esprit d'indépendance qui inquiétait par- 
fois ses directeurs. Ses lectures favorites étaient Plaute, 
Térence et Théophraste. 11 écrivit, au gymnase même, 
quelques poésies anacréontiques et didactiques, et il esquissa 
une comédie, Der junge Gelehrte, « Le savant, disait-il 
plus tard, c'était la seule espèce do fou qui me fût alors 
connue, et, en écrivant cette pièce, j'apprenais à me con- 
naître moi-même. » Il gagna une année sur le stage sco- 
laire, et, au mois de sept. 1746, il entra i l'université de 
Leipzig, lais il quitta bientôt la théologie, et, pendant 
trois ans, il fut inscrit sur les registres do la faculté de 



médecine. îl s'occupait de sciences naturelles, mais sur- 
tout de littérature et de philologie. Il avait rencontré à 
Leipzig un parent, Christlob Myîius, auteur de cotoédies 
médiocres, mais qui eut de l'influence par les revijies qu'il 
fonda successivement. Mylius rédigeait alors simuUaué- 
ment une feuille scientifique, Der Naturforscker, et ^nQ 
feuille littéraire, Ermunterungen mm Vergiïng$:ri des 
Gemûths^qm Fune et l'autre darèrent deux ans (iWt- 
48). Lessing fut son collaborateur, et il fut mis par lui 
en rapport avec le théâtre. Il s'associa avec Félix Weisse 
pour la traduction de pièces françaises. Enfin il fit repré- 
senter, après l'avoir fortement remanié, le Jeune Savant 
(4747, 8 actes), qui réussit devant le public de Leipzig, 
mais dont le succès ne s'étendit guère plus loin. C'était, 
en somme, une œuvre peu originale, et qui ne déuQtait en 
rien le futur réformateur de la scène allemande. On peut 
en dire autant des pièces qui^'suivirent : Der Misogyn 
(4748, 3 actes); Die alte Jungfer (4749, 3 actes); Die 
Juden (4749, 4 acte); X)^r Freigeist (4749, 5 actes), 
toutes comédies de caractères dans le goût de Destouches, 
que Lessing a toujours mis trop près de Molière. Les per- 
sonnages sont invariablement les Oamis et les Léandr^s (lu 
vieux répertoire ; Fintrigue est menée par un valet ou par 
une soubrette; les trois unités sont scrupuleusement 
observées. La comédie Die Juden offre cependant un cer- 
tain intérêt, parce qu'on peut y voir le premier germe du 
poème de Nathan le Sage. 

Les comédiens avaient alors, en Allemagne, une exis- 
tence fort instable ; la troupe de Leipzig se dispersa en 
4748; Mylius se rendit à Berlin, et Lessing, après un 
séjour de quelques mois (août-décembre) à Wittenberg, 
alla le rejoindre. Mylius fut chargé du supplément litté- 
raire de la Gazette de Voss (alors encore entre les 
mains de Rudiger, beau-père de Voss), et ils publièrent 
ensemble, en 47.^0, les Beytrœge zur Historié und 
Aufnahme des Theaters. Les sujets traités dans ce re- 
cueil montrent dans quelle sphère d'idées on vivait alors 
en Allemagne. On y trouve, de la main de Lessing, une 
traduction des discours de Corneille sur la tragédie, une 
dissertation sur la vie et les ouvrages de Plaute, suivie 
d'une traduction et d'une critique des Captifs. Mylius, de 
son côté, donne des extraits des Lettres de Voltaire sur 
l'Angleterre. Déjà cependant l'horizon commençait à 
s'étendre ; on a conservé des fragments d'autres traductions 
de Lessing, notamment de la Vie est un songe de Calde- 
ron (4750), à'Agamemnon et de Tancrède et Sigis- 
monde de Thomson (4754). Il entra, en 4754, à la Ga- 
zette de Voss^ succédant à Mylius, qui mourut trois ans 
après, et dont il publia les OEuvres mêlées (Berlin, 4754). 

Jusque-là, les articles qu'il insérait dans les journaux, les 
traductions qu'il faisait pour les théâtres, étaient ses prin- 
cipaux moyens d^existence. C'est sans doute dans l'espoir 
de voir s'ouvrir un jour devant lui la carrière de l'ensei- 
gnement qu'il reprit ses études universitaires à W^itten- 
berg (déc. 4754), o(i il retrouva un de ses frères. Pendant 
un an, il s'occupa surtout de philologie classique, et il com- 
mença ses Rettungen^ ou Réhabilitations, celle de Car- 
dan, mathématicien el philosophe du temps de la Renais- 
sance, accusé d'athéisme, surtout celle d'Horace, dont on 
accusait lourdement les amours poétiques ou réelles. Il eut 
encore à défendre Borace, un peu plus tard, contre un 
mauvais traducteur, le pasteur Sumuel-Gotthold Lange, 
contre lequel il écrivit son Vade mecum (Berlin, 4754), 
le premier de ces pamphlets où il excellait et pour lesquels 
il créa un style à part. Lorsqu'il revint à Berlin (nov, 
4752), il était magister honarum artium^ un titre qui 
ne lui fut jamais d'aucune utilité. Ce qui est plus impor- 
tant pour la suite de sa carrière, ce sont les relations nou- 
velles où il entra avec Frédéric Nicolaï, fils d'un libraire 
de Berlin, esprit sec, mais curieux et pénétrant, et l'aus- 
tère philosophe Moïse Mendelssohn. Il fut confirmé par 
eux dans sa prédilection de plus en plus marquée pour la 
littérature anglaise, et il écrivit Miss Sarah Sampson.qm 



99'-^ LEASING 

fut pour le théâtre ce que la Clarisse de Richardson avait 
été pour le roïfian, i|né tent|itive pour chercher l'intérêt 
non pliis dansjle choc des passions Wroïques, mais dan^ les 
joies et les douleurs de Ija vie brdinaire. Cett^ p^èce, le pre- 
mier exemple; de la tragédie Bourgeoise en Allemagne, fut 
jouée à Franc^ort-sur-VOder, en présence de l'auteur, le 
40 juil, 475;5:,, ' 

Lessing ne 'demeurait jamais longtemps au même en- 
droit, pas plus qu'il ne savait se cantonner dans un ordre 
de travaux quelconque; il était d'humeur essentiellement 
voyageuse. Vers la fin de la même année, on le retrouve 
à Leipzig, attiré sans doute par les représentations de 
la troupe dô ICoch. Jl étudia les comédies de Goldoni, 
et arrangea îueme poi^r le théâtre VElrede fortunata 
(4756). En liiêrhe temps, il collaborait à la Bibliothek 
der schœneriWim7}sc}iaften und freien Kûnste, quQ 
venait de fon(|ér rjficolaï. On lui proposa d'accompagner un 
jeune ï^égociant de Leipzig, nomme W!inc|ler, dans un 
grand ^oyage [k. travers Jj'Europe. Ûuelle occasion inatten- 
due de connaître :1a vie moderne autrenie^t que par les 
livres 1 II acçej^k avec empressemeut- Les deux voyageurs 
parcoururent à; petites jpurnées le N. de 1^ Allemagne, et 
arrivèrent just|u^à Amsterdam, où ils devaient s'embar- 
quer pour r Angleterre. Mais \k ils apprirent l'entrée des 
troupes prussiennes à Leipziî^ (sept. 4756) : c'était la 
guerre de Sept ans qui eommençait. Winckler dut rentrer 
pour garder sa r^iaison. tessïng Gùnmt encore,i pendant les 
dernier^ temp^ de son séjoui; à Leipzig, le poète Ewald de 
Kleist, qui faisait partie (lu corps d occupation, et, au mois 
de mai 47^8, il était de retour à Berlin. 

Il avait trente ans ; il avait dirigé jusque-là ses investiga- 
tions en tous $eps; il s'était tourné successivement du côté 
de la France, de l'Ang'leterre, de l'Espagne, de l'Italie ; il 
s'était occupé de littérature, de philologie, même de sciences 
naturelles, sans savoir aU juste sut-j quel point spécial il por- 
terait son effort : pour uil esprit ^iiitique, la maturité arrive 
tard. En 4 759, il commença, en collaboration avec Nicolaï et 
Mendelssohn, les Bnefe aie neueste Littèratur betreffend^ 
appelées communément titteratfiiçbriefe. Ce fut son vrai 
début dans la littérature, sa prenjiere œuvre réellement ori- 
ginale. Les Lit leràtur brie fe^idiX^x^i surtout (^irigés contre 
une feuille hebdomadaire^ Der mr^ische Ausfseher, que le 
théologien Cramer publiait à C|)pehhague sous les auspices 
de Klopstock, et dont le but était dé soumettre les écrivains 
au contrôle de la religion et d^ la; morale. Le principe de 
Lessing fut de reconnaître le méij'ite^ sous quelque ban- 
nière qu'il se rencontrât : il créa la critique ijodépendante. 

Il est difficile à un Allemand (fe ne pas chercher d'abord, 
dans une œuvre d'art, un but ihprfil: Lessing lui-même en 
donna la preuve dans ses Abhc^ndlungen iiber die Fabel 
(4759). Il soutient que Ja fable appartient noï^ à la poésie, 
mais à la philosophie, et il reproche à La. Fontaine d'avoir 
méconnu les règles du genre. La f'ontaine disait, dans sa 
préface, que, n'ayant pu atteincfre k la brièveté de Phèdre, 
il avait cru en revanche devoir « égayer l'ouvrage plus que 
Phèdre ne l'avait fait ». Lessing explique le mot égayer k 
contre-sens, ta Fontaine a beà^ lui dire : « Je n'appelle 
pas gaieté ce qui excite le rire,|ipais un certain charme, un 
air agréable qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, 
même les plus sérieux. » Les#^g s^obstine à prendre le 
mot dans son sens le plu^ vulgaire : « Les Français, dit-il, 
ne mettent-ils pas la gaieté au-deSsùs de tout? La gaieté n'est- 
elle pas le contraire' de îagrâ^cç? » Au tort de n'avoir pas 
compris La Fontaine, Lessing^ajouta: celui de ^vouloir faire 
mieux que lui ; il composa trois livrer de fables, telles qu'il 
les entendait, courtes, morale^ et^ enisomrne, insignifiantes. 

C'est encore un besoin oùW dé coricision qui lui fit 
écrire la tragédie en un act^ , et en prose intitulée Phi-- 
lotas (4759); Oleito, à qui là jpièce fut communiquée sans 
nom d'auteur, la remania saps penser à iïial, dans sa ver- 
sification fluide (Berlin, 4760)^ et Lessing ne lui en garda 
pas rancune. Philotas est antique pai^ le sujet ; Lessing étu- 
diait alors assidûment les tragiques grecs, et il publia, 



LESSING 



— 100 



peu après, sa dissertation sur Sophocle (1760), vrai tra- 
vail d'érudit, pour lequel il avait patiemment compulsé 
tous les anciens commentaires. Il cherchait encore la forme 
classique de la tragédie allemande, qu'il ne trouva que bien 
plus tard dans Nathan le Sage, 

Les Litieraturbriefe continuèrent de paraître jusqu'en 
1765, mais la collaboration de Lessing ne fut réellement 
active (jue pendant la première année. En 1 760, il fut nommé 
secrétaire du général de Tauenîzien, gouverneur de Breslau. 
Il se trouva transporté tout d'un coup dans des relations 
nouvelles et en partie fort banales. « J'aurais dû et j'aurais 
pu prévoir, dit-il après quelques mois dans une lettre à Men- 
delssohn (30 mars 1761), que des occupations insignifiantes ~ 
finiraient par me fatiguer plus qu'une étude sérieuse et inin- 
terrompue, que, dans le cercle où je me suis laissé brusque- 
ment introduire, de? plaisirs mensongers et des distractions 
sans nombre ébranleraient enfin tous les ressorts de mon 
âme. Ah ! mon cher ami, votre Lessing est perdu ! En peu 
de temps vous ne le reconnaîtrez plus, lui-même ne se recon- 
naîtra plus. mon temps, mon temps, qui est tout et que 
je possède, le sacrifier ainsi à je ne sais quels motifs ! » Ces 
motifs étaient sans doute le repos inatériel, la subsistance 
assurée. Le fait est que, tout en se plaignant parfois de 
ses fonctions nouvelles, il les garda jusqu'en 1765. C^est 
la période la moins féconde de sa vie, si Ton ne considère 
que le nombre des travaux, surtout de ces travaux de pu- 
bliciste et de traducteur sur lesquels il dispersait son acti- 
vité. Mais il ne faut pas oublier que c'est à Breslau qu'il 
prépara deux ouvrages qui parurent immédiatement après 
son retour à Berlin, et qui comptent parmi les plus injpor- 
tants : \q Laocoori {ilm) et la comédie de Minnavon 
Barnhelm (1767). Le sous-titre de Laocoon, Ueber die 
Grenzen der Malerei und Poésie j en indique la pensée 
générale .Xhaque art a ses limites qu'il ne franchit pas impu- 
nément : la peinture et la sculpture représentent des attitudes 
fixes, tandis que la poésie vit de mouvement. C'était la 
condamnation du genre descriptif, qui était alors trop en 
honneur parmi les imitateurs de Élopstock et surtout chez 
les disciples attardés de l'école suisse. Minna de Barnhelm 
futia première comédie allemande originale ; elle est en- 
core aujourd'hui à peu près la seule dont le succès se soit 
maintenu à travers toutes les révolutions du goût. Elle 
fut représentée à Hambourg le 30 sept» 1767.' Lessing 
avait été appelé à la direction littéraire du théâtre de cette 
ville. Il eut l'idée de rendre compte des représentations 
dans une feuille spéciale xlont le premier numéro parut 
le 1^^ mai 1767 : ce fut l'origine de la Hamburgische 
Dramaturgie. 

Les deux tiers des pièces dont se composait alors le 
répertoire allemand étaient traduites du français : c'était 
donc surtout la France que Lessing avait à juger. Il y a, 
dans sa critique du théâtre français, quelques défauts de 
perspective, même des partis pris^ mais aussi beaucoup 
d'observations justes. Il semble, dans un passage, mettre 
Destouches au même rang que Molière; évidemment Molière, 
aussi bien que La Fontaine, lui échappe. 11 insiste trop sur 
l'invraisemblance des plans de Corneille, sans tenir assez 
compte delà grandeur des situations. Il parie peu de Ra- 
cine, qui était pourtant reconnu comme le représentant le 
pins parfait de la tragédie française. Contre Voltaire, il a 
presque toujours raison. Le but-principal de la Drama- 
turgie est de détruire l'autorité d^s tragiques français. 
Lessing leur oppose d'abord Shakespeare ; puis il cherche 
à les mettre en contradiction avec eux-mêmes, en montrant 
qu'ils ont mal interprété les principes des anciens, sur 
lesquels ils prétendent se fonder. 11 reprend donc, après 
Corneille, la Poétique d'Aristote ; il examine à nouveau, 
le texte en main, les deux grands ressorts de la tragédie, 
la crainte et la pitié; il précise les termes, déduit les 
conséquences. Mais ensuite il introduit à son tour dans la 
définition d'Aristote un élément étranger, tout à fait ger- 
manique, lorsqu'il déclare que le résultat du spectacle tra- 
gique doit être de transformer nos passions en dispositions 



vertueuses (tugendhafte Fertigkeiten), C'est ainsi qu'il 
explique la fameuse Catharsis d'Aristote, la purgation 
des passions, cette sorte de soulagement que nous éprou- 
vons à satisfaire le besoin d'émotion qjii est en nous, par 
la contemplation d'un malheur fictif^' soulagement sem- 
blable à celui que nous procure une musique sacrée, « qui 
nous jette d'abord dans un religieux délire, et nous laisse 
ensuite dans un état de calme qui est comme la guérison 
de l'âme ». Aristote sent et parle comme un homme qui 
vit au milieu des merveilles de l'art ; Lessing glisse encore 
une fois, comme il l'avait déjà fait à propos de la fable, sur 
la pente morahsante qui était celle de son siècle. Voltaire, 
quelques années auparavant, en commentant Corneille, 
s'était borné à plaisanter la purgatîon. « Je lie sais pas ce 
que c'est que cette médecine, disait-il ; je n'entends pas 
comment la crainte et la pitié purgent, selon Aristote; 
mais j'entends fort bien comment la crainte et la pitié agitent 
notre âme pendant deux heures, selon la nature, et com- 
ment il en résulte un plaisir très noble et très délicats » 
On voit par les derniers mots que la plaisaûterie de Vol- 
taire était, au fond, plus près de la vérité que la docte 
argumentation de Lessing. Schiller dira plus tard, avec 
plus de sens esthétique que Leasing et avec plus de sé- 
rieux que Voltaire, que ce qui affecte péniblement- dans la 
réalité peut devenir une source de plaisir dans le jeu de 
la fiction. 

Quelle que fût d'ailleurs la valeur des arguments de . 
Lessing, sa cause était gagnée d'avance auprès de ses com- 
patriotes, destinés à devenir shakespeariens par leur 
nature même et par la conformité de leur génie avec celui 
de l'Angleterre. Un seul homme tenait, dans les études de 
Lessing', autant de place que Shakespeare, c'était Diderot. 
Comme 'Diderot, il voulait rapprocher le théâtre de la réa- 
lité, le metti;*e en contact plus immédiat avec la vie. Il 
avait déjà traduit le Fils naturel et le Père de famille 
(Berlin, 1760). Il travaillait depuis longtemps à une tra- 
gédie bourgeoise qui lui causait beaucoup de tourments, 
parce qu'il voulait, tout en lui laissant le caractère d'un 
drame de famille, lui faire produire tous les effets de la 
grande tragédie. La première idée à^Emilia Galotti est de 
1756 ; mais, dans une lettre à Nicolaï (du 27 janv. 1758|, 
Lessing, en parlant à son ami d'un jeune poète qui n'était 
autre que lui-même, disait : « Il écrit huit lignes tous les 
huit jours ; il ne cesse d'agrandir son plan, et il ne cesse 
d'effacer ce qui est déjà fait. Son sujet actuel est une Vir- 
ginie bourgeoise qu'ila appelée Emilîa Galotti. Il a dé- 
pouillé, en effet, la Virginie romaine de tout ce 'qui la ren- 
dait intéressante au point de vue politique ; il a pensé que 
le destin d'une fille immolée par un père à qui sa vertu 
est plus chère que sa vie, était assez tragique par lui-même 
et suffisait à remuer les profondeurs de l'âme. » On a re- 
proché à Lessing d'avoir diminué l'importance du sujet en 
le sortant de son cadre historique, et même d'avoir rendu 
le dénouement invraisemblable; mais l'action, paît cela 
même qu'elle est réduite à ses éléments essentiels, est si 
rapide, si entraînante, que le spectateur ri'a pas le temps 
de raisonner son émotion. Le dialogue est vif et serré ; 
parfois même trop concis ; nulle tirade, nulle digression ; 
tout se hâte vers la catastrophe finale. 

Emilia Galotti ne fut représentée qu'en 1772, à Bruns- 
w^ick. Le théâtre allemand de Hambourg ne dura que deux 
ans. Dès la fin de la premièïte année, l'arrivée d'une troupe 
française le priva d'une partie de son public. Les auteurs 
allèrent jouer pendant l'hiver, à Hanovre, et revinrent an 
printemps de 1 768 ; la dernière représentation eut lieu le 
25 nov. Lessing resta encore une année à Hambourg, èccupé 
de sa polémique contre Klotz, dont le résultât fut la ïon^ue 
suite de ses Briefe antiquarischen Inhalts 0^er\ïn^ 
1868-69, 2 parties). Klo(z était professeqr d'éloquence à 
l'université de Halle. Après avoir longtemps! collab6i|é à la 
Bibliothèque de Nicolaï, il avait fondé une reVue rivale sous 
un titre pareil, et il s'était retourné en maint^ occasion contre 
ses anciens amis. C'était un homme d'un talent ordinaire, 



- lOB - 



JEANNE - JEANROY 



à la suite de conflits malheureux avec Charles-Quint, fut 
sans retour perdu pour l'alliance française, sa protestation 
de 4541 servit de base à l'instance en cour de Rome que 
dénoua une bulle d'annulation du mariage, pour défaut de 
consentement. En 4548, elle épousa, de plein gré, cette 
fois, et pour tout de bon, Antoine de Bourbon, duc de 
Vendôme. Deux ans plus tard, la mort de son père mettait 
la couronne souveraine sur sa tète. 

D'aigres démêlés avec licnri 11, qui aurait bien voulu 
réunir la Navarre à ses Etats, des intrigues périlleuses 
avec Philippe II, au sujet des territoires conquis en 1512 
par Ferdinand le Catholique, emplirent les dix années sui- 
vantes. Quoique agitée et anxieuse, cette période n'en est 
pas moins la plus heureuse de son existence. Brave homme 
au fond, son mari était sans la moindre consistance. Il fut 
en tout ce qu'il fut en religion, à cette époque de foi ar- 
dente, s'engageant étourdiment dans le protestantisme, 
qu'il devait bientôt renier avec éclat, tandis que Jeanne n'y 
faisait adhésion que par étapes timides, mais dès lors pour 
toujours. Quoi qu'il en fût, leur bonheur intime fut sans 
nuage tant qu'ils vécurent hors de la sphère des grands 
intérêts sociaux dont Paris était le centre. Il fut détruit 
du jour où Antoine se fixa à la cour de France, surtout 
du jour où Catherine de Médicis, proclamée régente à l'avè- 
nement de Charles IX, crut avoir besoin de lui comme contre- 
poids à l'ambition des Guises. Pour le détacher du parti cal- 
viniste, elle lâcha sur lui iVF^ de Roué, l'une des plus expertes 
recrues de son fameux Escadron volant (V. ce mot). Cepen- 
dant les choses ne tournèrent pas tout à fait au gré de la reine 
mère : il abandonna « la cause », il est vrai, mais au profit 
des Guises, non au sien. En butte à d'odieux traitements à 
leur instigation, Jeanne regagna péniblement la Navarre 
(mars 1562). La nouvelle delà mort de son mari, frappé 
sous les murs de Rouen défendu par le comtedeMontgomery 
(47 nov. 4562), ne tarda pas à l'y rejoindre. 

C'est ici le lieu de réfuter la calomnie suivant laquelle 
Jeanne d'Albret proscrivit le catholicisme dans ses Etats. 
La vérité est qu'elle institua la liberté de conscience : la 
coexistence des deux cultes est un fait reconnu par les 
meilleures autorités. Elle craignait par-dessus tout l'émeute, 
désirait par-dessus tout la paix : nobles sentiments que son 
époque n'était point en état de comprendre. Aussi bien les 
convoitises de Charles IX et de Philippe II, déguisées sous 
le masque de la foi, s'entendaient-elles en secret, — quitte à 
se choquer violemment, lorsque viendrait l'heure du partage 
— pour lui créer mille ditficultés. Sentant le sol trembler sous 
ses pieds, elle gagna La Rochelle en sept. 4568, au début 
de la troisième guerre civile. Derrière elle, le pays se sou- 
leva. Mais, à son appel, le comte de Montgomery pénétra 
en Navarre, chassa les officiers partisans du roi de France 
de place en place et y raifermit son autorité. La paix de 
Saint -Germain (4 août 4570) ouvrit à son activité un 
champ plus vaste : il fut question, pour sceller la réconci- 
liation des deux confessions, de marier son fils Henri, 
avec la princesse Marguerite, sœur de Charles IX. A la fois 
éblouie et défiante, elle accourut à la cour. Mais le malheur 
la guettait, dès qu'elle sortait de son royaume. Paris qui, 
en 4561-62, lui avait pris son mari, allait lui prendre la 
vie : arrivée le 44 févr, 4572, elle tomba malade le 3 juin 
et s'éteignit deux jours après. « Ainsi mourut, dit d'Au- 
bigné, cette reine qui n'avait de femme que le sexe, l'âme 
entière aux choses viriles, invincible aux adversités. » — 
Outre deux fils, morts en bas âge, elle avait eu deux enfants 
qui lui survécurent : Henri de Bourbon, destiné à régner 
sur la France sous le nom de Henri IV, et Catherine 
(V. ce nom), la future duchesse de Bar. Léon Marlet. 

Bi.iL. : Baron de Ruble, le Mariage de Jeanne d'Al- 
bret ; Paris, 1877, in-8. — Du même, Antoine de Bourbon et 
Jeanne dAlbret; Paris, 1881-1886, 4 vol. in-8. — Lettres 
de Catherine de Médicis, t. I-IV(sans omettre les copieuses 
introductions du savant éditeur, le comte de La Perrière). 
— N. Weiss, l'Intolérance de Jeanne d'Albret, dans le 
Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme 
français^ année 1891. — Léon Marlet, le Comte de Mont' 
gomery ; Paris, 1890, in-8 ; ch. vi et vu. 



Personnages divers 

JEANNE d'Arc (V. Arc [Jeanne d']). 

JEANNE DE Chantal (Sainte) (V. Chantâl). 

JEANNE Grey(V. Dudley). 

JEANNE Hachette (V. Hachette). 

JEANNE Seymour (V. Seymour). 

JEANNETTE (Ile de la). île de l'océan Glacial arctique, 
au N.-E. de l'archipel de la Nouvelle-Sibérie, par 76M'7' 
lat. N. et 156''36'' long. E. Découverte par le capitaine de 
Long, elle reçut le nom de la Jeannette, qui sombra à 
quelque distance. 

JEANNIN (Pierre), homme d'Etat français, né à Autun 
en 4540, mort à Paris en 1622. Elève de Cujasà Bourges, 
il fut avocat à Dijon en 1569. Il devint conseiller en 1572, 
président au parlement de Bourgogne en 1579 ; il fut en- 
suite conseiller du duc de Mayenne, premier président 
au parlement de Paris, intendant en 1602 et contrôleur 
général des finances en 1610. D'abord partisan de la 
Ligue, il se rallia ensuite à Henri IV. Son volume, iVe- 
gociatio7is, a eu plusieurs éditions (1656, in-fol. ; 1659, 
2 vol. în-12; 1819, 3 vol. in-8 ; 1837, gr. in-8). Cet 
ouvrage se trouve aussi dans la Nouvelle Collection des 
mémoires pour servir à l'histoire de Finance, par Mi- 
chaud et Poujoulat (1887, 2« série, t. IV). 

BiBL. : Eloge par Saumaise, 1623, in4 ; par Guyton de 
Morveau, 1766, in-8 ; par Foisset, dans Revue des Deux 
Bourgognes, iiiin et juiL 1836. — Mongis, Discours de ren- 
trée de la cour de Dijon^ 4 nov. 1856. — Moniteur, 8, 15 -et 
22 mai 1854 (art. de Sainte-Beuve). 

JEANNIN DE Castille (Pierre) (V. Castille). 

JEANNIOT (Pierre-Georges), peintre et officier fran- 
çais, né à Genève en 1848, de parents français. Elève de 
A. Jeanniot, il a peint des toiles, et surtout des aquarelles. 
Citons : les Bords du Lignon^ le soir (1887); la Pièce 
d'eau (iSS9). 

JEANNOTTE-BozÉRiAN (V. Bozérian). 

JEAN BON (Philippe -Auguste), peintre et littérateur 
français, né à Boulogne-sur-Mer le 10 mai 1808, mort au 
château de Comborn (Corrèze) le 8 avr. 1877. Il se lia tout 
jeune encore avec Sigalon et avec Godefroy Cavaignac. Après 
juil. 1830, il fonda et présida la Société libre de peinture 
et de sculpture, fit des conférences publiques, écrivit dans 
plusieurs journaux et revues, notamment dans la France 
littéraire. Après le 24 févr. 1848, Ledru-Rollin le fit nom- 
mer directeur des musées nationaux, et il organisa l'ex- 
position Hbre qui eut lieu, la même année, aux Tuileries. Il 
fonda le musée du Luxembourg, restaura le Louvre et la ga- 
lerie d'Apollon, acheva le salon des Sept-Cheminées, s'occupa 
activement du musée ethnologique, organisa la chalcogra- 
phie, et créa une imprimerie en taille-douce à l'usage du 
musée. Le sculpteur Nieuwerkerke le remplaça en 1849. 
En 1863, ayant repris ses pinceaux, il succéda à Loubon, 
qui dirigeait l'Ecole des beaux-arts de Marseille, et fut 
nommé membre correspondant de l'Institut. Il a écrit, entre 
autres articles, des Commentaires sur la Vie des peintres 
de Vasari, avec Léopold Leclanché. Ses tableaux sont nom- 
breux, mais quelques-uns seulement attestent un talent sé- 
rieux, sinon original. Citons : les Petits Patriotes (1830, 
au musée de Caen) ; les Forgerons de la Corrèze (1836) ; 
Criminels cueillant le poison de Tupas (1840); le Port 
abandonné d' A mhleteuse ; le Camp d'Equihem (1855); 
le Phénicien et V Esclave (1859) ; Vue de Notre-Dame de 
la Garde et du château d'If (1865), etc. Parmi ses por- 
traits, notons ceux de la famille Odier, de Subervie et de 
Cavaignac. Challamel. 

JEAN ROY (Marie-Henri-Gustave- Alfred), littérateur 
français, né à Mangiennes (Meuse) le 5 juil. 1859. Elève 
de l'Ecole normale (promotion de 1878), il fut professeur 
de rhétorique à Troyes (1881), à Besançon (1883), au 
collège Stanislas (1885) et fut nommé en 1889 chargé de 
cours et en 1893 professeur de langue et littérature du 
Midi de la France à la faculté des lettres de Toulouse. 
M. Jeanroy s'est fait connaître par de remarquables études 
sur l'histoire de notre littérature éparses dans la Romania, 



JEANROY — JEPFERSON 



— 404 



la Revue critique, la Grande Encyclopédie et autres re- 
cueils. Il a publié : les Origines de la poésie lyrique en 
Fraiîceau moyen âge (Paris, 4889, in-8); Extraits des 
chroniqueurs français du moyen âge (Paris, 4894, in-8), 
en collaboration avec M. G. Paris; Mystères provençaux 
du xv^ 5fè(:î/(? (Toulouse, 4893, in-8), en collaboration avec 
M. H. Teulié, etc. 

JEANSA6NIÈRE. Corn, du dép. de la Loire, arr. de 
Montbrison, cant. de Saint-Georges-en-Couzan ; 430 hab. 

JEANTES. Com. du dép. de l'Aisne, arr. de Vervins, 
cant. d'Aubenton; 740 hab. 

J EAU RAT (Edme-Sébastien), astronome français, né à 
Paris le 44 sept. 4725, mort à Paris le 7 mars 4803. 
Professeur à l'Ecole militaire (47S3), il était membre de 
l'Académie des sciences (classe d'astronomie, puis de géo- 
métrie) depuis 4763 ; en 4796, un an après la réorga- 
nisation de l'Institut, il succéda à Cassini dans la section 
d'astronomie. Sauf un Traité de perspective (Paris, 4750, 
in-4) , tous ses écrits ont trait à l'astronomie ; ils parurent 
àdiX\s> \q Recueil des savants étrangers (4763) et dans 
les Mémoires de V Académie des sciences de Paris 
(4763-88). Jeaurat écrivit douze volumes de la Connais- 
sance des temps, dont Lalande lui laissa la rédaction de 
4776 à 4790. Il est, d'autre part, l'inventeur d'une lunette 
à double image, dite diplanlidienne, dont la description 
se. trouve dans les Mémoires de V Académie (i 779 et 4786). 

BiBL. : E.-S. Jeaurat, Indication succincte de ses tra- 
vaux scientifiques ; Paris, s. d., in-4. — J.-F. Moistucla, 
Hist. des mathém. ; Paris, an VII, t. I, p. 712. 

JEBUS (V. Jérusalem). 

JÉCHIEL, rabbin français, mort en Syrie en 4268. 
Il dirigea une école à Paris, écrivit des commentaires du 
Talmud et soutint les 25-26 juin 4240, avec un collègue 
converti au christianisme, une controverse publique dans 
le palais de saint Louis; en 4257, il passa en Syrie. 

JÉCHONIAS ou JOACHIM, roi de Juda, Pun des der- 
niers princes de la dynastie davidique. Sous son règne de 
quelques mois (599 av. J.-C), Jérusalem fut prise une 
première fois et il se produisit une première déportation 
des Israélites sur la terre étrangère. Jéchonias fut emmené 
à Babylone par le vainqueur, qui plaçait sur le trône de 
Jérusalem Sédécias, oncle du roi dépossédé. 

JECKEL ou J EK EL (Franz-Joseph), publiciste polonais, 
né à Vienne en 4762, mort à Vienne le 44nov. 4844. Il 
remplit les fonctions d'avocat en Galicie. Il a écrit en alle- 
mand un certain nombre d'ouvrages relatifs à l'histoire de 
la Pologne : Polens Siaatsverœnderungen und letzte 
Verfassung (Vienne, 1800-4840, 6 part.); Galiziens 
Strassen {id., 4809). Il a en outre écrit l'histoire de la 
littérature polonaise dans l'ouvrage intitulé Geschichte der 
Kunste und Wissenschaften (Gœttingue, t. XL). 

JECKER (Jean-Baptiste), banquier suisse, né à Porren- 
truy vers 4840, mort à Paris le 26 mai 4874. D'une bonne 
famille du cant. de Berne, il était vers 4836 à Paris em- 
ployé dans la maison de banque Hottinguer. Son frère, le 
docteur Jecker, médecin renommé de Mexico, qui a laissé 
à notre Académie de médecine un legs de 300,000 fr., le 
fit venir au Mexique et le commandita. Très intelligent, 
doué d'un véritable génie pour les affaires, J.-B. Jecker 
devint rapidement un des plus grands industriels du pays 
et y fonda la banque la plus importante. En ^1859, le pré- 
sident Miramon lui confia la conversion de la dette inté- 
rieure dont le résultat se traduisit par une émission de 
75,000,000 de bons de la maison Jecker qui prélevait 
sur l'opération une commission énorme. Le président Jua- 
rez refusa de reconnaître ce traité. D'autre part, Jecker 
avait obtenu du gouvernement mexicain l'autorisation de 
reconnaître les terrains de la Sonora et de la Basse-Cali- 
fornie (49 déc. 4856) et manquant à ce traité le gouver- 
nement avait fait expulser le 47 mai 4859 les membres 
des commissions scientifiques qui opéraient le lever des 
plans. Aussi, dès que l'intervention armée de la France au 
Mexique eut été décidée (V. Mexique), Jecker, qui avait des 



intelligences dans l'entourage de Napoléon III et qui se fit na- 
turaliser Français, céda-t-il à la France tous ses droits et ac- 
tions dans la question de la Sonora contre 40,000,000 de fr. 
environ. On a longtemps prétendu que l'affaire Jecker était 
la cause de l'expédition du Mexique ; elle ne fut en réahté 
qu'une spéculation accessoire greffée sur l'intervention. En 
4861, le gouvernement mexicain reconnaissait la créance 
Jecker, fixée à 27,703,770 fr. Pour se faire payer plus 
vite le banquier conclut un arrangement avec le ministre 
des finances. Il réduisit sa créance à 22,660,000 fr. et 
se fit remettre trois traites, l'une de 7,660,000 fr. à 
Féchéance du 45 oct. 4865, l'autre de 5,000,000 à 
l'échéance du 45 déc. Ces valeurs furent payées. Mais Maxi- 
milien refusa de solder la troisième valeur de 40,000,000 
à échéance du 45 févr. 4866, et révoqua son ministre des 
finances, car cet arrangement était aussi désastreux pour le 
trésor mexicain que compromettant pour le trésor français. 
Le maréchal Bazaine fut un instant accusé d'y avoir prêté 
les mains. Il réussit à prouver que toute cette scandaleuse 
affaire avait été conduite par la mission française, d'ac- 
cord avec la légation de France et traitée en dernière ana- 
lyse par le cabinet même de Maximilien. Quoi qu'il en 
soit, Jecker revint en France à peu près ruiné. Le 40 mai 
4874, il fut arrêté dans les bureaux de la préfecture de 
police de la Commune au moment où il demandait un pas- 
seport. Emprisonné avec les otages à la Grande-Roquette, 
il fut fusillé le 26 dans les terrains vagues de la rue de la 
Chine. 

JEDBURGH. Ville de l'Ecosse méridionale, chef-lieu du 
comté de Roxburgh, à 6Q kil. S.-E. d'Edimbourg, sur le 
Jed, affluent du Teviot; 6,245 hab. Stat. du chemin de 
fer d'Edimbourg à Berwick. Fabriques de lainages. Ruines 
d'une célèbre abbaye du moyen âge. 

JEDLERSDORF. Faubourg de Vienne, dans le March- 
feld; 7,000 hab. — Non loin est l'importante gare de 
Jedlersee, avec de grands ateliers de chemins de fer. 

JEEZE. Rivière d'i\.llemagne, affluent gauche de l'Elbe; 
80 kil. de long, arrose les districts de Magdebourg et Lu- 
nebourg, passe à Salzwedel, Dannenberg et finit à Hil- 
zacker. 

JEFFERIES (Richard), littérateur anglais, né près de 
Swindon (Wiltshire) le 6 nov. 4848, mort à Goring (Sus- 
sex) le 44 août 4887.11 débuta dans la littérature par une 
collaboration assidue à deux journaux provinciaux {VAdver- 
tiser et V Herald du Wiltshire), écrivit des poésies, puis 
des romans. La notoriété lui vint tout à coup en 4877, lors- 
qu'il eut donné son Gamekeeper at Home, recueil d'études 
parues d'abord dans la Pall Mail Gazette, remarquables 
par un vif sentiment de la nature, la poésie des descrip- 
tions et une science très sûre de la vie et des mœurs des 
animaux. Bientôt parurent : Wild Life hi a Southern 
County (4879), son chef-d'œuvre ; Round about a Great 
Esiate, The Open Air, Red Deer (4884), etc., et des 
œuvres d'imagination, de tout premier ordre, Wood ma- 
gie (1884) et Bevis (1882) ; The Story of my Ecart 
(1883) et After London (4885). Jefferies était célèbre, 
mais une longue et douloureuse maladie l'entraîna à des 
dépenses considérables. Il était chargé de famille et trop 
indépendant et, trop fier pour recourir aux fonds des gens 
de lettres, il passa ses dernières années à écrire sans re- 
lâche, pour vivre, des études sur les scènes et les agré- 
ments de la vie de province qui sont loin de valoir ses 
autres œuvres. R. S. 

JEPFERSON. Ville des Etats-Unis, capitale du Texas, 
sur le lac Caddo, tributaire de la rivière Rouge ; 5,000 hab. 
Fondée en 4843. 

JEFFERSON City. Ville des Etats-Unis, capitale de 
l'Etat de Missouri, à droite du Missouri ; 40,000 hab. Mi- 
noteries, fonderies, construction de voitures ; auprès sont 
des mines de houille. 

JEFFERSON (Thomas), troisième président des Etats- 
Unis, né à Shadwell (Virginie) le 2 avr. 4743, mort à 
Monticello (Virginie) le 4 juiL 4826. Fils du colonel Peter 



105 



JEFFERSON 



JefFerson, riche planteur, et de Jane Randolph, il perdit 
son père en 4757. Il fit de fortes études classiques et prit 
une grande influence sur ses camarades. Il exerça à partir 
de 1767 la profession d'a\'ocat avec un rapide succès et, 
dès 4769, fut élu pour représenter son comté dans la 
Chambre de la colonie. 11 devint aussitôt un des chefs de 
l'opposition. A cette époque, il construisit sa résidence de 
Monticello et épousa Martha Skelton, belle et riche veuve. 
En 1774, il accentua le conflit contre la métropole et le 
gouverneur. Après la seconde dissolution du parlement 
virginien, il joua un rôle prépondérant à la convention 
libre, formée par les députés spontanément réunis. Il rédigea 
sous le titre de Summary View of the rights of British 
America un énoncé des revendications américaines, qui 
fut le prélude de la déclaration d'indépendance. Il parut 
alors trop avancé et ne fut pas adopté par le congrès des 
délégués des colonies. Jefferson fut considéré en Amérique 
et en Angleterre, où son manifeste eut un grand retentis- 
sement, comme un des chefs du parti national américain. 
Il fut élu au congrès de 1775 comme suppléant de Ran- 
dolph, retenu en Virginie par ses fonctions de président 
de la Chambre. Il rédigea la riposte des Virginiens aux 
propositions de lord North, laquelle fut accueillie avec 
enthousiasme au congrès qui en adopta les termes. En 
mai 1776, il reçut de la Viri^inie mandat de proposer la 
déclaration d'indépendance. Il fut nommé président de la 
commission chargée de rédiger cet acte, et son texte fut 
adopté, sauf de légères modifications (4 juii. 1776). 

Jefterson consacra les années suivantes à la réforme 
radicale des institutions de la Virginie : suppression des 
substitutions; abolition du droit d'aînesse remplacé par le 
partage égal entre les enfants; liberté religieuse; suppres- 
sion de la rémunération officielle de l'Eglise. Il fallut une 
lutte de plusieurs années pour faire accepter à l'aristo- 
cratie virginienne ces principes ; par là Jetferson fit pré- 
valoir aux Etats-Unis un esprit tout à fait différent de 
celui de l'Angleterre et conforme aux principes philoso- 
phiques qu'allait promulguer la Révolution française. Il fit 
également passer un bill prohibant toute importation d'es- 
claves. Il eut moins de succès lorsque, élu gouverneur de 
son Etat' (1779-81), il dut résister à l'attaque des armées 
anglaises, mais ce fut parce qu'il avait mis toutes ses res- 
sources au service de l'armée fédérale. Malgré de vives 
attaques, l'assemblée locale lui vota des remerciements. Il 
rentra au congrès, y fut rapporteur de la paix définitive 
avec l'Angleterre, fit adopter le système actuel de monnaie, 
remplaçant la livre sterling par le dollar, fit régler l'orga- 
nisation des vastes territoires de l'Ouest, cédés par la Vir- 
ginie à la Confédération. En mai 1784, il fut envoyé en 
Europe pour négocier avec John Adams et Benj. Franklin 
les traités de commerce. En 1785, le congrès le nomma 
ministre plénipotentiaire eu France, à la place de Franklin, 
démissionnaire. Il vécut à Paris très heureux, dans l'in- 
timité de ses amis d'Alembert, Condorcet, Destutt de 
Tracy, etc. Il préféra toujours la France à l'Angleterre. 
Rentré en Amérique en 1789, il reçut le poste de secré- 
taire d'Etat dans le cabinet de Washington (mars 1790). 
Il y fut l'adversaire résolu d'Al. Hamilton et devint contre 
le chef des fédéralistes le champion des républicains. 
Les premiers étaient unitaires, les autres décentralisateurs. 
Adversaire résolu du système anglais, Jeff'erson défendit 
l'autonomie des Etats contre son rival qu'il accusait de 
velléités monarchiques. Il ne put empêcher Hamilton de 
prévaloir dans l'organisation des finances, de la Banque des 
Etats-Unis, etc. Partisan de la France, tandis que Hamil- 
ton l'était de l'Angleterre, il voulait autoriser l'armement 
de croiseurs américains donnant la chasse aux navires an- 
glais. Washington imposa une stricte neutralité, mais 
Jeff'erson obtint la reconnaissance officielle de la République 
française. Le ministre français Cenest fit armer des navires 
privés contre l'Angleterre ; il s'ensuivit un violent débat 
entre Jefferson et Hamilton auquel le président donna rai- 
son. Genest fut rappelé et bientôt Jefferson donna sa dé- 



mission. Quand Washington se retira, la lutte électorale 
des deux grands partis se concentra entre Adams, candidat 
des fédéralistes, et Jeff'erson, candidat des républicains. 
Le premier eut la majorité ; le second, ayant obtenu le 
plus de voix après lui, fut élu vice-président. Il combattit 
la rupture avec la France en 1798 et fit déclarer par la 
Virginie et le Kentucky qu'ils s'y opposeraient par la force. 
En 1800, les républicains l'emportèrent dans l'Etat de 
New York, grâce à l'habileté d'Aaron Burr. Celui-ci fut 
porté par eux aux élections présidentielles [de 1801 pour 
le poste de vice-président, Jefferson l'étant pour celui de 
président. Ils eurent la majorité, mais obtinrent le même 
nombre de suffrages ; de sorte que, comme on n'avait pas 
spécifié pour quel poste les votants désignaient chacun 
d'eux, Burr revendiqua la présidence. Le congrès des re- 
présentants dut statuer, et Jefferson ne fut élu qu'au 
trente-sixième tour de scrutin, son compétiteur demeurant 
vice-président. Il administra avec beaucoup de sagesse, 
changea peu de fonctionnaires, substitua au cérémonial de 
Washington une simplicité démocratique qui accrut sa 
popularité. Il obtint de la France la cession de la Loui- 
siane (1803), fit explorer ses nouvelles acquisitions par 
Lewis et Clarke (1803-06), mit à la raison les Marocains 
et les Trij)olitains. Il fut réélu président, avec G. Clinton 
pour vice-président, par 148 voix sur 176 (1805). L'achar- 
nement qu'il déploya contre Burr, inculpé de trahison 
(1806), excita une vive opposition. Jefferson revendiqua 
énergiquement les droits des Etats-Unis dans le conflit 
an glo- français. Le blocus général, proclamé par les deux 
adversaires, privait l'Amérique des bénéfices que lui avait 
jusqu'alors procuré sa neutralité. En 1807, après l'inci- 
dent du Chesapeake^ il interdit aux navires de guerre 
britannique les eaux américaines, puis il mit l'embargo sur 
les navires nationaux (déc. 1807), afin d'éviter les consé- 
quences des blocus européens. En févr. 1809, on adoucit 
cette prohibition, se contentant d'interdire l'intercourse 
entre les belligérants. Jetferson refusa un troisième mandat 
présidentiel et se retira à Monticello où il acheva sa vie. Il 
s'occupa de la création de l'université de Virginie. Ruiné 
par sa fastueuse hospitalité, il fut autorisé par la législa- 
ture à mettre ses biens en loterie (18^26). Ce projet ne fut 
pas exécuté ; l'ancien président mourut peu après, le 
même jour que John Adams. 

Jefferson est un des fondateurs de la nation américaine, 
le représentant le plus marquant de ses tendances démo- 
cratiques. Cet homme à cheveux roux, aux larges yeux gris, 
à l'aspect rude, au tempérament ardent, imbu de la cul- 
ture française, fut un logicien disciple des philosophes pa- 
risiens et représentant leur esprit en face de l'esprit anglais 
de tradition. Rationaliste décidé, il niait la divinité du Christ, 
proclamait le droit naturel, n'admettant pas que l'antiquité 
d'un droit suppléât à sa justice. Après dix ans de luttes 
contre les autoritaires qui marquèrent la constitution fédé- 
rale à leur empreinte, Jefferson eut à son tour le dessus. 11 
fit passer dans les mœurs ses habitudes de simpficité et 
délivra la jeune république de tout le cérémonial européen. 
Il ne fut pas seulement le théoricien de la démocratie, il en 
fut le modèle. Il n'a jamais parlé en public, mais il entre- 
tint une correspondance étendue et jusqu'à sa mort exerça 
ainsi, de Monticello, une influence considérable. Son pres- 
tige dure encore et ses écrits font encore autorité. Les prin- 
cipaux sont : le code virginien (1779), Notes on Virgi-^ 
nia (1782, rééd. avec notes originales en 1853), un 
projet de constitution (1783), un manuel de pratique par- 
lementaire. On a publié ses œuvres complètes aux frais 
du congrès : The Writvngs of Th. Jefferson, being his 
aiitobiography , correspondence , reports, messages, 
addr esses and other writings officiai and private (Wa- 
shington, 1853-55, 9 vol. in-8). A. -M. B. 

BiBL. : Les principales biographies de Jefferson sont 
celles de G. Tuoker (Philadelphie, 1837, 2 vol.); de H. -S. 
RANDALL(New York, 1858, 3 vol.); de sa petite-fille Sarah 
N. Randolph (New York, 1871); de J.Parton (Boston,1874) 
et de Morse (Boston, 1886). 



JEFFERSONVILLE — JEHOVAH 



406 - 



JEFFERSONVILLE. Ville des Etats-Unis, Etat d'In- 
diana, sur l'Ohio, en face de Louisville; 12,000 hab. Ate- 
liers pour les chemins de fer; construction de machines à 
vapeur, etc. 

JEFFREY (Francis, lord), écrivain anglais, né à Edim- 
bourg le23oct. 1773,mortà Edimbourg le 26janv. 1830. 
il fit de fortes études à Glasgow, à Edimbourg, à Oxford et 
se fit inscrire au barreau. Un des membres les plus bril- 
lants de la Spéculative Society où il connut Scott, Jeffrey 
commença à publier des critiques littéraires qui furent 
remarquées. Il se lança aussi avec ardeur dans la poli- 
tique et écrivit, dans l'esprit whig, un essai sur la poli- 
tique (1793). Venu à Londres, il fit partie avec Brougham, 
Brown, Horner, de l'Academy of Physicks; avec eux et 
Sidney Smith, il fonda VEdinburgh Reuiew, dont il fut le 
premier directeur. Cette revue obtint un succès immédiat 
dû à son libéralisme et à son indépendance. Son premier 
numéro, paru le 10 oct. 1802, était vendu à 2,500 exem- 
plaires en 4803 ; on atteignit un tirage de 9,000 en 1808, 
de 13,000 en 1814. La vie de Jeffrey est dès lors liée à 
l'histoire de la revue. Il eut en 1806 un duel retentissant 
avec Moore, offensé par un article. Puis en 1812, étant 
tombé amoureux d'une Américaine, miss Wilkes, il la sui- 
vit en Amérique en 1813, l'épousa et reprit ses fonctions 
de directeur qu'il avait brusquement abandonnée^ à la suite 
de ce coup de passion. Au reste, ayant été élu en 1829 à 
l'unanimité doyen de la faculté des avocats, il les céda à 
Macvey Napier. A l'avènement des whigs au pouvoir (1830), 
il fut nommé lord avocat. Elu membre du Parlement par 
les bourgs du Forfarshire, puis par Malton, enfin par Edim- 
bourg (1832), il défendit le Scottish Reform Bill de 1831- 
32 et le Burgh Bill de 1833 et devint en 1834 juge à 
la cour de sessions. Il se consacra avec ardeur à ses devoirs 
judiciaires. Mais toujours passionné pour la littérature et 
l'art, il fit de sa maison un des cercles les plus brillants 
d'Edimbourg. Il était en termes très amicaux avec Dickens 
et Macaulay auxquels il donna d'excellents conseils. Carlyle 
écrit que Jeffrey fut le prince des critiques anglais et il le 
compare à Voltaire. C'est un jugement qu'on ne peut accep- 
ter sans réserves. Jeffrey, quoique toujours poli et réservé, 
fut un critique généralement froid et malveillant. Il ignora 
l'importance de la révolution romantique et mystique ac- 
complie par W. Scott, Coleridge, Shelley, Wordsworth et 
ne reconnut le mérite de Byron et de Moore qu'après que 
le succès populaire l'eût consacré. Ses articles ont été réu- 
nis en quatre volumes (Edimbourg, 1844-53). On a de 
Jeffrey un portrait par Colvin Smith et un beau buste en 
marbre par Patrick Park qui est à la National Portrait 
Gallery. R. S. 

BiBL. : Lord Cockburn, Life of lord Jeffrey^ with a sé- 
lection from his correspondence, 1852, 2 vol. 

JEFFREYS (George, baron), célèbre magistrat anglais, 
né à Acton (Denbi^hshire) en 1648, mort à Londres le 
48 avr. 1689. Ambitieux et remuant, il eut, fort jeune, 
l'idée de se faire un nom dans la magistrature ; pourtant, 
lorsqu'il débuta au barreau en 1668, il avait plus fré- 
quenté les cabarets que les écoles de droit. Il avait eu 
toutefois le talent de se créer des relations ayantageuses. 
Comme avocat, il obtint un succès rapide. En 1678, il était 
nommé recorder de la Cité. Le complot papiste le mit tout 
à fait en lumière. II y prit le parti du gouvernement avec 
un tel zèle qu'il fut nommé, en 1680, chief justice de Ches- 
ter et conseiller de la couronne. Il joua un rôle identique 
en d'autres procès politiques, notamment lors de la pour- 
suite de lord William Russell impliqué dans le complot de 
la Rye House. Il fut récompensé de ces nouveaux services 
par le poste de chief justice d'Angleterre (29 sept. 4683) 
et l'entrée au conseil privé (4 oct.). Il présida en cette 
qualité au procès de Titus Oates, et sa conduite en cette 
affaire lui valut le titre de baron Jeffreys de Wem (15 mai 
4685) ; il fut un des membres les plus actifs de la fameuse 
commission de justice instituée après la bataille de Sedge- 
moor, qui prononça tant d'iniques condamnations. Non seu- 



lement Jeffreys gagna une fortune importante aux Assises 
sanglantes, mais il y ramassa les fonctions de lord chan- 
celier (28 mai 168.5). Arrogant, grossier, de mœurs cra- 
puleuses, il n'était rien moins que populaire; aussi, lors de 
la révolution de 1688,s'empressa-t~il de prendre la fuite, 
déguisé en matelot. Reconnu, il fut entouré par une foule 
qui menaça de lui faire un mauvais parti. Conduit sous 
bonne escorte à la Tour, il essaya de se sauver en promet- 
tant à Guillaume d'Orange d'importantes révélations rela- 
tives à la succession au trône ; mais il mourut avant que 
son procès n'eût commencé. Intelligent, spirituel, mais dé- 
nué de tout principe et d'une versatdité politique choquante, 
Jeffreys a été peut-être l'homme le plus connu et le plus 
exécré de son temps. On a de lui de nombreux portraits, 
dont l'un figure à la National Gallery. R. S. 

BiBL. : WooLRYGH, Memoivs ofthe life ofjudge Jeffreys, 
1827. ~ Western Marlyrology or Bloody Assizes, toqether 
with the life and deatfi of George lord Jeffreys, 1705. — 
Life and character of the late lord chancellor Jeffreys, 1725. 

JEGUN. Ch.-l. de cant. du dép. du Gers, arr. d'Auch; 
1,646 hab. 

JEHAN DE SoissoNS ou de Damas (V. Damas). 

JEHANNIN (François-Claude), jurisconsulte français, né 
à Louhans en 1630, mort à Dijon le 22 nov. 1698. Avocat 
au parlement de Bourgogne (1649), substitut du procureur 
général (1652), il jouissait d'une telle réputation qu'on 
l'avait surnommé le Papinien de la Bourgogne. Ses œuvres 
ne sont certainement pas de nature à justifier une telle 
renommée. Citons : Remontrance des états de Bourgogne 
touchant le franc-alleu (1692) ; Coutume générale des 
pays et duché de Bourgogne, avec des notes (Dijon, 
1736). — Son petit-fils, François-Jean-Baptiste, sieur de 
Chamblanc, né à Dijon le 2 févr. 1722, mort vers 4791, 
fort lié avec Jussieu et Buffon, s'occupa passionnément 
d'histoire naturelle et fut le premier fondateur du cabinet 
minéralogique de Dijon, dispersé pendant la Révolution. 

JEHOTTE (Louis), statuaire belge, né à Liège en 1803, 
mort à Bruxelles le 3 févr. 4885. Fils de Léonard 
Jehotte, qui fut le dernier graveur des monnaies duprince- 
évèque de Liège, il vint de b)nne heure à Florence, puis à 
Rome où il reçut les leçons deMathias Kessels et de Thor- 
waldsen, au collège Liégeois, fondé par Lambert Darchès. 
Dès 1824, il était récompensé par l'Académie de San Luca. 
De retour à Liège, il exécuta le monument de M. de Méan, 
prince-évêque de Liège, qui fut élevé dans l'église métro- 
pohtaine de Saint-Rombaut, puis une statue du Prince 
Charles de Lorraine érigée, en 1848, devant le Palais 
de l'Industrie à Bruxelles, et, par la suite, une Baigneuse, 
un Caïn qui figura à l'Exposition universelle de Paris en 
1855, les bustes du Roi Léopold, du Général Desprez, 
de V Archevêque Ch. d'Argenteau,^ etc. Il fut nommé de 
bonne heure membre de l'Académie royale des beaux- 
arts de Belgique. G. A. 

JÉHOVAH. Appellation de la divinité propre au peuple 
d'Israël. Cette appellation elle-même doit être corrigée, les 
Juifs s'étant interdit de bonne heure de prononcer le nom 
sacré et le remplaçant dans la lecture par des termes gé- 
nériques, tels que Dieu ou le Seigneur. Cependant on a 
laissé subsister dans le texte hébreu les quatre consonnes 
yod, hé, mi;,/i(?quiconstituentlacharpentedutétragramme 
ineffable, et on les a entourées des voyelles du mot Ado- 
naï, Seigneur; cela a donné naissance à la fausse lecture 
Jéhovah. Si on restitue par conjecture les voyelles qui con- 
viennent au tétragramme yhvh, on obtient, selon toutes les 
vraisemblances, la forme Ya/iy^Vi, désormais adoptée (sauf 
des nuances tout à fait secondaires) par la littérature scien- 
tifique en Allemagne, en France et en Angleterre. On peut 
donc admettre que, à partir de l'époque oîi il apparaît pour 
la première fois à la lumière de l'histoire, c.-à-d. vers 
1100 avant notre ère, Yahvéhkiaiit le nom par excellence 
du dieu d'Israël. Ce nom avait-il été emprunté au dehors? 
Rien ne nous autorise à le croire. Ce qu'on peut affirmer 
sans hésitation, c'est que la théologie juive, représentée 



107 



JÉHOVAH — JÉLIOTTE 



tout particulièrement par le Deutéronome et les écrits 
prophétiques, tient l'appellation Yahvék pour la désigna- 
tion expresse de la divinité en tant que protectrice spéciale 
d'Israël, ce qui est résumé dans les formules bien connues : 
«Je suis Yahvéh, ton dieu, qui t'ai lire du pays d'Egypte» 
et « Je suis Yahvéh, ton dieu à partir du pays d'Egypte. » 
On a fait de grands efforts pour préciser le sens qui s'at- 
tachait originairement au mot Yahvéh, mais ces tentatives 
n'ont pas été couronnées de succès. On ne peut pas tenir 
pour valable l'explication souvent proposée : il est, ou : il 
fait être, c.-à-d. . il crée. Yakvéh^ dont la prononciation 
serait peut-être plus exactement reproduite en écrivant 
Yahouéh, se présente à nous dans un très grand nombre 
de noms propres portés par les Israélites, avec des formes 
abrégées telles que Yahou, Yeho, Yo, Yah. M. Vernes. 

JÉHU, roi d'Israël (royaume des Dix-Tribus) dans la 
première moitié du ix® siècle avant notre ère. Joram, roi 
d'Israël, fils et successeur d'Achab, avait été blessé devant 
la place forte de Ramothdu Galaad, qu'il se proposait d'en- 
lever aux Syriens et était retourné à Jezrahel pour s'y gué- 
rir. Un de ses officiers, du nom de Jéhu, profita de cette 
circonstance pour se substituer à lui ; après avoir obtenu 
l'assentiment de l'armée, il marcha vivement sur Jezrahel, 
où il mit à mort Joram et tous les membres de la famille 
royale. Son règne de vingt-huit ans ne semble pas avoir 
été fort brillant, au moins en ce qui touche le conflit avec 
les Syriens, qui maintinrent et fortifièrent contre lui les po- 
sitions qu'ils occupaient sur la rive orientale du Jourdain. 
Le nom de Jéhu se trouve mêlé à la légende du prophète 
Elisée ; les livres bibliques assurent que c'est à l'instigation 
de ce dernier qu'il aurait renversé Joram, afin de venger 
l'outrage fait au culte national par la faveur accordée aux 
divinités phéniciennes. On nous le représente, en consé- 
quence, dans des scènes pittoresques, faisant piétiner et 
jeter aux chiens le corps de la vieille Jézabel, veuve d'Achab, 
et réunissant tous les adhérents de Baal sous un faux pré- 
texte dans le temple érigé en l'honneur du dieu phénicien, 
de manière à les exterminer d'un seul coup. M. Vernes. 

JÉJ UN 0-1 LÉON (V. Intestin). 

JÉJUNUM (V. Intestin). 

JEJUY. Rivière du Paraguay, affluent gauche du Para- 
guay. 11 reçoit à droite l'Aguarey (cascade de 125 m. de 
haut), et traverse la région où croît le yerba mate^ dont 
on transporte de grandes quantités par son cours. Il ar- 
rose San Pedro. 

JEKYLL (Joseph), homme politique anglais, né en 1753, 
mort à Londres le 8 mars 1837. Avocat sans causes, il se 
fit une grande réputation par sa collaboration au Morning 
Chronicle et à VEvening Statesman, où il donna notam- 
ment une satire extrêmement spirituelle contre la taxe sur 
le sel imposée par Pitt. Elu au Parlement par Calne en 4787, 
il représenta cette circonscription jusqu'en 4816. Il y réus- 
sit peu, quoiqu'il parlât beaucoup ; mais, fort connu, il jouis- 
sait d'un autre genre de célébrité, étant l'objet de prédi- 
lection des caricatures des feuilles satiriques. Favori du 
prince de Galles, il fut nommé, en 1805, soliciter général 
et conseiller du roi, en 1815 maître à la chancellerie. Il 
a laissé : Letters ofthe late îgnatius Sancho, an Afri- 
can who knew many celebrities (1782, 2 vol.) ou du 
moins le mémoire anonyme qui précède cet ouvrage, qui 
obtint un grand succès, et Facts and observations rela- 
ting to the Temple Church (1811). R. S. 

JELACIC (Joseph) (on écrit aussi Jellâchich), général 
croate, né à Petrovaradin (Pcterwardein) en 1801, mort à 
Agram en 1859. Il était fils d'un général qui avait servi 
dans les guerres de Turquie et d'Italie. Il entra à l'âge de 
dix-huit ans dans l'armée autrichienne. En 1842, il était 
colonel. En 1845, il se distingua dans la campagne de 
Bosnie; sympathique au mouvement national de l'illyrisme, 
son nom devint populaire chez les Slaves méridionaux. En 
4848, sur la demande de ses compatriotes, les Croates, 
l'empereur le nomma (le 22 mars) général, ban de Croatie- 
Slavonie et commandant d'une partie de la frontière mili- 



taire. Il résista en cette qualité aux prétentions du minis- 
tère hongrois qui voulait mettre la main sur la frontière 
militaire. L'empereur Ferdinand le manda à Innsbruck 
pour s'expliquer sur ce conflit et le destituer. Mais Jeiacic 
ne tint pas compte de cette destitution, se fit installer ban 
par l'archevêque de Karlovtsi et le 11 sept, il prit l'offen- 
sive contre les Hongrois, puis il marcha sur Vienne qui 
était en révolution et entra dans cette ville après avoir 
refoulé les Hongrois au combat de Schwechat. Il pénétra 
ensuite en Hongrie et le 5 janv. 1849 il entra avec Wen- 
dischgratz dans Buda et dans Pest. Au mois de mars 1849 
il fut nommé feldzeugmeister. Au mois de juille il fut battu 
près de Hegyes par les Hongrois. La campagne finie, 
Jeiacic reprit sa place dans l'armée autrichienne. En 1854, 
il reçut le titre de comte. En vertu d'un ordre impérial un 
régiment croate porte le nom de régiment Jeiacic. Dans sa 
jeunesse le futur général avait publié des poésies alle- 
mandes (Gedichte ; Vienne, 1851) qui ne sont pas sans 
valeur, et qui ont été retraduites en croate. Sa statue 
s'élève sur une des places de la ville d'Agram. L. L. 

JELENSKY (V. Hrubt z Jeleni). 

JELINEK ou GELINEK, nom de plusieurs musiciens 
tchèques. — Herïnann, né en 1709, mort en 1779, a 
italianisé son nom qui veut dire Cerf sous la forme Cer- 
veiti. Après avoir été moine, il quitta son monastère et 
parcourut le monde ; il résida notamment en France et en 
Italie. Il a publié des concerti et des sonates. Ses œuvres 
inédites sont encore aujourd'hui conservées au monastère 
de Zeliv (Seelau). — Joseph^ né à Jedlice en 1758, mort 
à Vienne en 1825, fut élève de Segert; remarqué par 
Mozart et par Haydn pour son talent sur Torgue et le 
piano, il fut attaché comme musicien à diverses grandes 
familles, notamment aux Kinsky et aux Esterhazy. Ses 
compositions sont fort nombreuses : on en compte une cen- 
taine. Elles ont été publiées à Vienne, à Berlin, à Mayence, 
à Paris. — Vilem\ né à Paris en 1667, mort en 1735, 
était aussi, comme son nom l'indique, d'origine tchèque. 
Il fut maître de chapelle de Napoléon, de Louis XVIII et 
de Charles X, inventa une harpe nouvelle et écrivit quel- 
ques ouvrages. L. L. 

J ELIN EK (Karl), météorologiste autrichien, né à Brunn 
le 23 oct. 1822, mort à Vienne le 19 oct. 1876. H étudia 
d'abord le droit, puis les mathématiques et la physique, 
fut successivement attaché aux observatoires de Vienne 
(1843) et de Prague (1847), enseigna ensuite les mathé- 
matiques supérieures à l'Institut polytechnique de Prague 
(1852-62) et succéda en 1863 à Kreil comme direc- 
teur du Bureau central météorologique et magnétique de 
Vienne, auquel il donna une très grande extension. Il 
fut nommé en 1874 membre de l'Académie de Vienne. 
Les résultats de ses importants travaux sur la météorolo- 
gie et le magnétisme terrestre se trouvent consignés dans 
une cinquantaine de mémoires originaux publiés principa- 
lement par le recueil de l'Académie de Vienne et par la 
Meteorolog. Zeitschrift, Il a, en outre, donné à part : 
Psychrometer-Tafebi fur das hunderttheilige Thermo- 
meter^ en collab. avec H. Wild (Vienne, 1871 , in-4 ; 3® éd., 
Leipzig, 1887) ; Anleilimg zur Anstellung meteoroL 
BeobaMungen (Vienne, 1876, in-8), etc. Il a aussi in- 
venté plusieurs instruments très ingénieux. L. S. 

BiRL. : Catalogue of scientif. papers de la Soc. roy. de 
Londres, t. III et VIII. 

JELINEK (Edvard), littérateur tchèque, né à Prague en 
1855. Il entra dans l'administration. Comme écrivain, il s'est 
surtout occupé de la littérature des peuples slaves, a publié 
de 1881 à 1886 un recueil fort important, la Revue slave, 
et collaboré à des revues tchèques et polonaises. On lui 
doit, en outre, un certain nombre d'ouvrages en langue 
tchèque, notamment des Etudes sur la société polo- 
naise, sur la Lithuanie et sur les Cosaques, etc. 

JÉLIOTTE ou JÉLYOTTE (Pierre), chanteur scénique 
français, né à Lasseube (Basses-Pyrénées) le 13 avr. 1 713, 
mort vers 1790. II fut l'un des artistes les plus renommés 



JELIOTTË - JEMTLAND 



~ 108 



et les plus justement célèbres de notre Académie royale de 
musique, où ses succès sont restés légendaires. Il reçut 
une excellente éducation musicale à la maîtrise de la cathé- 
rale de Toulouse, où il apprit à jouer de divers instru- 
ments, entre autres de la guitare et du théorbe, sur les- 
quels il devint fort liabile. Après avoir été enfant de chœur 
dans cette église, il faisait partie de ses musiciens en qua- 
lité de haute-contre, lorsque TOpéra le fit venir à Paris. 
Jéliotte était à peine âgé de vingt ans lorsqu'il débuta à ce 
théâtre, à la réouverture de Pâques de l'année 1733. Il y 
connut aussitôt le succès, grâce à une voix délicieuse, dont 
il savait tirer le parti le plus heureux, et fut bien- 
tôt une des gloires de l'Opéra, où sa seule présence 
suffisait pour enchanter les spectateurs. Jéliotte et l'ado- 
rable M^^^ Fel firent pendant de longues années les délices 
du public, et les triomphes qu'ils obtinrent ensemble dans 
divers opéras, particulièrement le Devin du village et 
Daphnis et Alcimadure^ sont demeurés célèbres. En 
dehors des rôles nombreux qu'il reprit dans les ouvrages 
du répertoire, Jéliotte en créa plus de quarante dans 
des opéras de Rameau, Mouret, Mondonville, Dauvergne, 
Campra et autres compositeurs. Jéliotte prit sa retraite de 
l'Opéra au plus fort de ses succès, dès 1755 ; il reçut une 
pension de 1,500 livres et continua déjouer sur les théâtres 
de la cour jusqu'en 1765 ; il avait été pourvu d'une charge 
de maître de guitare du roi et avait obtenu, en survivance 
de son camarade Tribou, la place de théorbe de la 
chambre; enfin, en 1780, le roi lui accorda une pension 
de 8,516 livres, en qualité de vétéran de sa musique. 
Excellent musicien, Jéliotte avait écrit, pour le service de 
la cour, la musique d'une comédie lyrique de La Noue, 
Zélisca^ qui y fut représentée en 1746. On lui doit aussi 
un certain nombre de chansons agréables. Cet artiste fort 
remarquable était aussi un homme accompli ; recherché 
de toutes parts pour son talent et ses qualités, il était reçu 
jusque chez les grands, qui le tenaient en haute estime. -— 
Le musée du Louvre possède un tableau d'Olivier représen- 
tant Un Thé chez le prince de Conti^ au Temple, dans 
lequel on voit Jéliotte accompagnant sur sa guitare Mozart 
enfant, jouant du clavecin. Un autre tableau du Louvre, 
celui-ci de Charles Coypel, offre un curieux portrait de 
Jéliotte sous des habits de femme, peut-être dans un de 
ses rôles de l'Opéra. Arthur Pougin. 

JELLACHICH(V. Jelacic). 

JELLETT (John-Hewitt), mathématicien et ecclésias- 
tique irlandais, né à Cashel (Tipperary) le 25 déc. 1817, 
mort à Dublin le 19 févi'. 1888. Il entra dans les ordres 

à 
président de la Royal 
Irish Academy, et en 1881, par le ministère Gladstone, 
proviseur du Trinity Collège de Dublin. Après la sépara- 
tion de l'Eglise irlandaise, il prit une part active aux tra- 
vaux du synode général. Il s'est acquis la réputation d'un 
savant de premier ordre par de nombreux mémoires de 
mathématiques pures et appliquées et de physique, insérés 
dans les Transactions et les Proceedings de l'Académie 
irlandaise, dans le Journal de Liouville, dans les Reports 
de la British Association, etc., et par deux excellents ou- 
vrages de mathématiques : A Treatise of the Calculus of 
Variations (Dublin, 1850); A Treatise on the Théo ri/ 
of friction (Londres, 4 872, in-8 ; 2« édit., [1876). Il "a 
aussi publié quelques écrits religieux, entre autres : An 
Examination of some of the moral difficullies of the 
0kl Testament (Dublin, 1875, in-8) ; The Ejficacity o/ 
Frayer (Londres, 1878, in-8 ; 2«éd., 1880). L. S. 

BiBL. : Times, 21 et 24 févr. 1888. ~ Gravhic, 10 mars 
1888. — Catalogue of scientlficpapersof the Royal Society ; 
Londres, 1869 et 1879, t. III et VIII. 

JELOWICKI (Alexandre), prédicateur polonais, né en 
Podolie en 1804, mort à Rome en 1877. Il quitta la Po- 
logne après l'insurrection de 1830 et s'établit à Paris. Il 
y fonda d'abord une librairie, puis se fit prêtre et entra dans 
l'ordre des résurrectionnistes dont il devint plus tard 



en 1846, fut nommé en 1848 professeur de physique à 
l'université de Dublin, en 1869 président de la Royal 



supérieur. Il a publié de d835 à 1857 un recueil intitulé 

Nouvelles du pays et de rémigration, un Recueil de ser- 
mons (Leipzig, 1864), des Oraisons funèbres (Paris, 
1869). On lui doit aussi deux volumes de Souvenirs 
(Paris, 1839, 2« édit., Poznan, 1878). Il fut lié avec 
Mickiewicz et contribua à la publication de quelques-unes 
de ses œuvres. L. L. 

BiBL.: EsTREiCHER, Bibliographie polonaise clii xix» siè- 
cle. — Notice dans VAnnuaire (tiocznik) de la Société 
littéraire polonaise de Paris ; Poznan, 1879. 

JEMÂPPES (Belgique) (V. Jemmapes). 

JEMEPPE. Com. de Belgique, prov. et arr. de Liège, 
sur la Meuse ; 9,000 hab. Stat. du chem. de fer de Liège 
à Paris. Exploitations de charbonnages et de carrières ; 
fabriques de cuivre, de chaudières; forges. Jemeppe est le 
lieu de naissance de Renkin-Sualem (1644-1708), créateur 
de la machine de Marly. 

JEIVIMAPES. Com. belge de la prov. de Hainaut, arr. 
de Mons, sur la Haine et sur le canal de Mons à Condé ; 
12,000 hab. Stat. du chem. de fer de Mons à Valen- 
ciennes. Importantes exploitations de charbonnages, fonde- 
ries, fabriques de machines à vapeur, cristalleries, lami- 
noirs; commerce agricole. — Jemmapes est célèbre par 
la sanglante bataille qui fut livrée sur son territoire le 
6 nov. 1792. Dumouriez, à la tête de 50,000 hommes, 
battit complètement l'armée autrichienne, forte de 30,000 
soldats, commandée par le duc Albert de Saxe-Teschen. 
Les conséquences de cette défaite étaient incalculables : 
les impériaux perdaient 4,000 hommes tués ou blessés et 
devaient battre en retraite jusqu'à la Meuse. Ce succès était 
l'œuvre de Dumouriez et de ses trois lieutenants, Thouve- 
not, Dampierre et le duc de Chartres, qui devint plus tard 
roi des Français. E. H. 

BiBL. : Chuquet, Jeynmapes et la conquête de la Bel- 
gique; Paris, 1890, in-18. 

JElViaiÂPES (Dép. de). L'un des huit départements 
français formés des Pays-Bas en 1801, après le traité de 
Lunéville. Il avait Mons pour chef-lieu. Il fut enlevé à la 
France en 1814. 

JEMMAPES. Ville d'Algérie, dép. de Constantine, arr. 
de Phihppeville, à 30 kil. de Philippeville, à 117 kil. de 
Constantine, dans une belle plaine arrosée par l'oued Fen- 
dek. Elle a pour annexes les villages d'Ahmed-ben-Ali et 
de Sidi-Nassar, et est le chef-heu d'une commune de plein 
exercice de 3,027 hab. dont 1,014 Français et d'une com- 
mune mixte de 27,340 hab. dont 440 Français. Centre 
créé en 1848 et peuplé de familles parisiennes, c'est une 
des communes les plus riches du département et un centre 
agricole assez animé. Alentour il y a de beaux vignobles, 
des cultures de tabacs et céréales, des exploitations de 
liège et d'écorce à tan ; à Ras-el-Ma, il y a une mine de 
mercure, du minerai de plomb à l'Oued-Moukhal et une 
source thermale exploitée à l'Oued-Hamimine. 

JEMTCHOUJNIKOV, poète russe, né en 1822. Il fit ses 
études à Pétersbourg, servit au Sénat et au conseil de l'em- 
pire. Il publia un certain nombre de poèmes satiriques sous 
le pseudonyme de Kouzma Proutkov et deux comédies en 
vers: Une Nuit terrible {iSoO) et la Folie (1854) qui ob- 
tinrent un grand succès. On loue particulièrement l'humour 
de ses satires. 

JEMTLAND et Ostersund. La;n de la Suède septen- 
trionale, compris entre la Norvège àl'0.,'le Westerbotten 
au N., le Westernorrland et Gefleborg à l'E., le Koppar- 
berg au S.; 52,219 kil. q. ; 80,000 hab. Il comprend 
le Jemtland, le S. d'Ilerjeâdalen et le diocèse d'Yytterhog- 
dal. s'étendant sur les bassins supérieurs du Ljusne, de 
rindals et du Storse. Ses froides vallées, avec leurs lacs et 
leurs tourbières entourés de vastes forêts, laissent peu de 
place aux champs. On élève beaucoup de chevaux ; on vend 
le cuir des troupeaux, les produits forestiers, le cuivre, le 
plomb, le cristal de roche, le poisson des lacs, etc. La seule 
ville est Ostersund. Le chem. de fer de Stockholm à Throndh- 
jem traverse le pays. 



109 — 



JENATSGH — JENSEN 



JENATSCH (Georges), militaire grisou, né à Samaden 
(Flaute-Engadine) en 1596, mort assassiné à Coire le 

24 janv. 1639. Il étudia la théologie à Zurich et Bàle et 
fut pasteur à Scharans (Grisons), mais à vingt-quatre ans 
il jeta le froc aux orties et se fit soldat. A cette époque, 
(guerre de Trente ans), les Grisons étaient divisés en deux 
partis: les catlioliques soudoyés par FEspagne-Autricho et 
dirigés par les Planta, et les protestants, le parti français, 
conduit par les Salis ; il s'enrôla dans ce dernier groupe 
et se distingua promptement. On lui doit Fassaul du châ- 
teau deRietbergoù Pompée Plantafut tué (1621). Plus tard, 
devenu chef de parti, il joua le premier rôle dans l'expul- 
sion des Français et du duc de Rohan qui occupaient les 
Grisons; son changement de politique finit par amener 
pour peu de temps la restitution de la Valteline aux ligues 
grisonnes. Cette histoire nécessiterait de 1-ongs développe- 
ments dans lesquels nous ne pouvons entrer. Gouverneur de 
la Valteline, il vint à Coire le 24 janv. 1639; il banquetait 
joyeusement lorsque des hommes masqués entrèrent dans la 
salie du festin et le tuèrent. On assure que Rodolphe Planta, 
fils de Pompée, était parmi les assassins. Il fut inhumé 
dans la cathédrale de Coire. La vie agitée de Jenatsch en a 
fait le héros de plusieurs drames, entre autres d'un drame 
historique de M. Théodore de Saussure (Genève, 1868), 
dont la version allemande a été jouée plusieurs fois en 
1 893 dans les Grisons. E. Kuhne. 

JENIL (V. Genil). 

JENISCH (Bernard, baron de), orientaliste allemand, 
né à Vienne le 10 nov. 1734, mort à Vienne le 23 févr. 
1807. Envoyé à Constantinople en qualité de « jeune de 
langues » (1755), puis à Temesvar comme interprète de 
la frontière, chargé d'affaires auprès du sultan (1772), 
directeur de la chancellerie italienne (1791), l'empereur 
le nomma baron en 1800. Il est Fauteur de : Anthologia 
Persica (Vienne, 1778, in-4) ; De Fatis linguanim 
orientaliiimnimirumpersicœ et Iwxicœ (Vienne, 1780, 
in-fol.) ; Ilistoria priorum regum Pei^sarum post fir- 
maium in regno islamismum, tirée de Mirkhond avec 
une version latine (Vienne, 1782, in-4). Il a donné une 
édition du grand dictionnaire arabe-persan-turc deMe- 
ninski (Vienne, 1780-1802, 4 vol. in-fol.). Arthur Guy. 
BiBL.-.GRŒFFER.OsterreichisckeNalional-Eneyclopœdie. 

JENKIN (îïenrietta-Camilla), femme auteur anglaise, 
né à la Jamaïque en 1807, morte à Edimbourg le 8 févr. 
1885. Fille de Robert Jackson, custos rotulorum de Kings- 
ton, elle épousa, en 1832, un midshipman, Charles Jenkin. 
Peu fortunée, elle écrivit pour vivre. Ses romans les plus 
connus sont : Cousin Stella (1859) et Wlio Breaks Pays 
(1861), jolie étude de coquette anglaise. On peut mention- 
ner encore : Once and again (1865); Two French Mar- 
riages (1868) ; A Psyché of to day (1868) ; Jupitefs 
Daughters (1874). Intelligente, aimable et jolie, M"^^ Jen- 
kin tint à Gênes un salon brillant, très fréquenté par les 
libéraux. — Son fils, Henri-Charles- Fleeming^ né le 

25 mars 1833, mort à Edimbourg le 12 juin 1885, fut un 
ingénieur et un électricien de talent. Il a laissé des travaux 
remarquables sur la résistance de la gutta-percha, sur la 
transmission par câbles sous-marins, sur les transports par 
l'électricité, et des œuvres littéraires qui ne manquent pas 
de mérite. On a publié ses Papers^ literary scientific, etc. 
(Londres, 1887, 2 vol.). R. S. 

JENKINSON (Charles) (1727-1808), premier comte de 
Liverpool (V. ce nom). 

JENKINSON (Robert Banks) (1770-1828), second 
comte de Liverpool (V. ce nom). 

JENKINSON (Charles-Cecil Cope) (1784-1851), troi- 
sième comte de Liverpool (V. ce nom). 

JEN LAIN. Com. du dép. du Nord, arr. d'Avesnes, cant. 
(0.) duQuesnoy; 1,016 hab. 

JENNER (Edward), médecin anglais, né à Berkeley le 
17 mai 1749, mort à Berkeley le 26 janv. 1823. Il étudia 
la chirurgie à Londres sous Hunter, son compatriote, puis 
en 1772 retourna dans sa ville natale. Dès 1775, il com- 



mença ses remarquables recherches sur la vaccine (V. ce 
mot), puis, en 1796, pratiqua sa première inoculation. Le 
Parlement lui vota en 1 802 une récompense nationale de 
10,000 livres, une autre de 20,000 en 1807 ; une statue 
lui a été élevée à Londres (Trafalgar Square) en 1857. 
Son ouvrage unique est : An Inquiry into the causes and 
effects of the variolœ vaccinre, etc. (Londres, 1798, 
in-4; 1800, 1801, in-8; nombr. trad.). D^ L. Hn. 

JENNE8S0N (Les). Famille d'architectes lorrains des 
xvii^ et xvni^ siècles. Des deux plus anciennement connus, 
Jean /*'" et Jean //, maîtres maçons à Nancy, le second, 
Jean lî, fils du premier, né à Nancy le 7 févr. 1646, 
mort à Nancy le 27 janv. 1713, travailla aux fortifications, 
devint architecte de Nancy et membre de l'Académie de 
cette ville dès la fondation de cette académie en 1702. Le 
troisième, Jean-Nicolas, probablement fils du précédent, 
né vers 1685 et mort à Nancy le 12 mai 1755, fut archi- 
tecte de la ville et des ducs de Lorraine François III et 
Stanislas Leczinski. Le nom de cet architecte est attaché 
à un grand nombre de constructions de Nancy, hôtels, 
maisons particulières, fontaines et travaux de voirie, ainsi 
qu'aux édifices publics suivants : la cathédrale, dont il 
commença la construction avec Jacques Beteau, Thomas 
Gentillàtre et Louis-François Guesnon ; la caserne de la 
rue Saint-Nicolas, le bâtiment du Refuge, le Palais ducal, 
dont Jennesson fit abattre ou modifier certaines parties an- 
ciennes dites la Galerie d'entrelacs et le Louvre qu'il re- 
construisit ou restaura dans le style classique; l'église 
Saint-Sébastien et enfin la chapelle Saint- Pierre, cette 
dernière construite à ses frais et où il fut inhumé, mais 
que plus tard la ville de Nancy loua et enfin acheta. A 
Remiremont, Jennesson fit reconstruire le palais abbatial 
du fameux chapitre des dames nobles, lequel palais, incendié 
en 1871, mais réédifié en grande partie dans les données 
mômes de l'œuvre de Jennesson, abrite encore, dans ses 
salles grandioses, la mairie, le tribunal civil et la biblio- 
thèque municipale. Charles Lucas. 

JENNINGS (Louis-John), écrivain anglais, né à Lon- 
dres en 1837. Envoyé comme correspondant spécial du 
Times aux Indes et "aux Etats-Unis de 1863 à 1868, il 
publia à son retour en Angleterre : Eighty Years of Re- 
publican Government in the United States; Field 
Paths; Rambles among the Hills; The Croker Paper s; 
The Millionaire, etc. H est membre du Parlement pour 
le parti conservateur depuis 1885. H. France. 

JENSEN (Adolphe), compositeur allemand, né à Kœ- 
nigsberg le 12 janv. 1837, mort à Baden-Baden le 
23 janv. 1879. Il étudia d'abord seul, puis fut élève de L. 
Ehlert et de F. Marburg; il composa tout jeune encore des 
lieder et de la musique de chambre et d'orchestre. Après 
plusieurs voyages en Russie et en Danemark, il revint en 
1859 dans sa ville natale où il fut bientôt un des profes- 
seurs les plus recherchés, tandis que sa réputation comme 
compositeur se répandait de plus en plus. En 1866, il fut 
appelé à Berhn comme professeur à l'école des virtuoses 
de Tausig. En 1 868, il se fixa à Dresde, et en 1870, à Gratz 
enStyrie. Une mort prématurée a empêché cet artiste de don- 
ner toute la mesure de son grand talent. Mais on peut 
affirmer que ses nombreux lieder et morceaux de piano 
sont Fœuvre d'un musicien exceptionnellement doué, et 
que, dans ce genre, on n'a rien publié en Allemagne, de- 
puis Schumann, de plus distingué et de plus personnel. 
Voici la liste de ces œuvres principales : la Fille de Jephtë^ 
avec soli et chœurs; les Peler i7is d'Emaûs; Voix 
intérieures, Etudes romantiques, 17 pièces; Tableaux 
de voyage, 12 pièces ; Scherzo, Berceuse et Pastorale à 
4 mains; Première Sonate en fa mineur; Chants et 
danses, 20 pièces; Six Suites allemandes et de très 
nombreux lieder sur des textes de Chamisso, Geibel, R. 
Burns, Hœmmerling, etc. ^ S. L. 

JENSEN (Wdhelm), journaliste et romancier allemand, 
né à lleiiigenhufen, dans le llolstein, le 15 févr. 1837. 
Il fut élevé à Kiel et à Lubeck et après avoir commencé 



JENSEN - JEPHTE 



4dO 



ses études de médecine, il prépara le doctorat en philosophie, 
qu'il obtint en 4860. Après un séjour à Munich, Jensen 
s'établit à Stuttgart (d868) où il rédigea, pendant quel- 
ques années, la Gazette populabr. de Souabe, organe du 
parti allemand, puis à Fiensbourg, où il fut rédacteur de 
la Gazette de F Allemagne du Nord; il vécut de 1872 à 
4876 à Kiel, qu'il quitta pour aller à Fribourg-en- 
Brisgau, où il se trouve encore maintenant (1894). Jensen 
avait débuté en 4866 dans la littérature par une nouvelle, 
Maître Timothée^ et dès lors il n'a cessé de produire, 
écrivant surtout des romans et des nouvelles ; il a toujours 
montré une imagination très puissante et un grand talent 
de description que gâte parfois un style un peu maniéré et 
prétentieux. On regarde comme ses chefs-d'œuvre les nou- 
velles: Sous un soleil plus ardent (4869) ; Eddystone 
(1872), et le roman Minatka (4874) ; parmi ses'autres 
œuvres très nombreuses, on peut encore citer les romans 
et nouvelles: Aurore boréale (4872); Trois Soleils 
(4873) ; Soleil et ombre (4873) ; les Sans Nom (4873); 
Cent Ans après (4873) ; Autour du trône impérial 
(4878) ; les tragédies : Didon (4870) ; Jeanne de Cas- 
tille (4874) ; un poème épique : llle (4874) ; les poésies 
lyriques: Poésies (iSQ9) ; Chants de France (4874); 
Autour du midi de ma vie (4876) ; les Voix de la vie 
(4881), etc. ^ L.-W. C. 

J EN SON (Nicolas), graveur et imprimeur français, né 
à Sommevoire (Haute-Marne), à une date qu'on ne connaît 
pas, mort à Venise, probablement dans les quatre derniers 
mois de 4480 et certainement avant le 25 mars 4484. On 
n'a que très peu de renseignements sur sa vie. Son lieu 
d'origine a été ignoré jusqu'à ces dernières années, l.es 
uns le disaient de Tours, les autres de Langres et quel- 
ques-uns de Paris. Le premier témoignage précis qu'on ait 
sur lui est tiré d'un recueil manuscrit formé par un savant 
du xvi^ siècle, appelé Hautin, et conservé aujourd'hui à la 
bibHothèque de l'Arsenal, sous le n^ 4074 (ancien iï. F. 
467). On ne sait pas autre chose de cette mission 
et on en est réduit à faire des hypothèses sur les causes de 
l'insuccès de Jenson et de son départ pour Venise. C'est, 
en elTet, dans cette ville qu'il s'installa. Son premier vo- 
lume porte la date de 4470. L'étabhssement qu'il fonda 
prospéra rapidement. Les legs nombreux qu'il put inscrire 
dans son testament (7 sept. 4480), publié récemment par 
M. H. Stein, prouvent que son exploitation fut très 
rémunératrice. Il n'est pas, comme on le dit quelquefois, 
l'inventeur des caractères romains, mais il réalisa par 
l'étude des manuscrits italiens les plus parfaits, un type pîus 
harmonieux que celui dont on avait fait usage avant lui 
(V. Impkimerie) . Sa réputation devint si grande que le pape 
Sixte IV lui conféra, en 1475,1e titre de comte palatin. La 
liste de ses publications a été donnée par G. Sardini, dans 
le consciencieux travail qu'il lui a consacré : Esame sui 
principi délia francese ed ilaliana tipografia ouvero 
storia critica di Nicolas Jenson (Lucca, 4796-4798, 
3 parties, in-fol.). En 4480, Jenson sentant sans doute sa 
fin approcher, s'associa avec quelques imprimeurs et en 
particulier avec Jean de Cologne. Sa marque artistique 
figura, jusqu'en 4487, sur les volumes que publia cette 
association. C. Couderg. 

BiBL. : H. Stein, l'Origine champenoise de Nicolas 
Jenson; Paris, 1887, in-8, extrait de la Bibliothèq^ie de 
l'Ecole des Chartes, 1887, t. XLVIII, pp. 566-579. On trou- 
vera, dans cet article, l'indication de tous les travaux 
dont N. Jenson a été Tobjet. 

J EN STEIN (Jean de), prélat tchèque du xiv® siècle, 
mort à Romeen i400. Il devint en 4376 évêque de Misnie 
et en 4380 archevêque de Prague. Ami du luxe et du 
plaisir, il fut bien accueilli à la cour du roi Vacslav IV. 
Revenu à des sentiments plus chrétiens, il entra bientôt en 
lutte avec lui. C'est à cette occasion qu'eut lieu le meurtre 
du chanoine Jean de Pomuk connu plus tard sous celui de 
Jean Népomucène. A la suite de ce contlit l'archevêque 
se rendit à Rome pour porter plainte contre le roi. Mais 
ses démarches n'aboutirent pas. En 4396, il donna sa 



démission. Le pape lui conféra le titre in partibus de 
patriarche d'Alexandrie. L. L. 

J ENTY (Charles), publiciste et homme politique français, 
né à Sucy-en-Brie le 27 févr. 4826, mort à Paris le 
26 ayr. 4882. Il acquit une grosse fortune dans la cons- 
truction de chemins de fer en France (notamment ceux des 
Charcutes) et à l'étranger (Italie, Russie) et devint en 
4869 directeur du journal la France où il mena cam- 
pagne en faveur de l'Empire libéral. En 1870, il céda sa 
direction h Girardin et prit en 1873 celle du Petit Journal 
dont il fut bientôt président du conseil d'administration. 
Le 20 févr. 4876, il était élu député par l'arr. de La Roche- 
sur- Yon. Membre des 363, il fut battu le 44 oct. 4877 
par le candidat ofîiciel de Puiberneau ; mais, celui-ci ayant 
été invalidé, M. Jenty fut réélu le 7 avr. 4878. Il appuya 
la politique opportuniste et échoua aux élections générales 
de 4881. Il perdit presque toute sa fortune à la suite de 
la mise en faillite de la Compagnie du chemin de fer de 
Vendée qu'il avait créée. 

JENTZCH (Karl-Alfred), géologue allemand, né à 
Dresde le 29 mars 4850. Reçu docteur en 'J 872 et nommé 
en 4875 directeur du nouveau muséum de Kœnigsberg, il 
est en outre professeur à l'université de cette ville. Il est 
l'auteur d'excellents travaux de géologie qui ont notamment 
porté sur les terrains diluviens, sur les marécages et sur 
les dépôts d'ambre de la Prusse orientale et occidentale. Il 
a publié, outre plusieurs cartes géologiques de grande va- 
leur (entre autres celle de la Prusse proprement dite au 
4/100.000®) et un nombre considérable de mémoires ori- 
ginaux, de notes, d'articles, etc., les ouvrages suivants : 
Die geologisch-mineralogische Litteratur Sachsens 
(Leipzig, 4874, in-8); ^Bericht ueber die geolog. 
Durchforschung der Provinz Preussen (Kœnigsberg, 
4877-78, 2 vol. in-4); die Zusammensetzung des ait- 
preuss. Bodens (Kœnigsberg, 1879, in-4); Berichte 
ueber die geolog, Durchforschung des norddeutschen 
Flachlandes (Kœnigsberg, \ 88d , in-4) ; Ueber die neue- 
ren Fortschritte der Géologie Westpreussens (Leipzig, 
4888, in-8), etc. L. S.^ 

JENYNS (Soame), écrivain anglais, né en 4704, mort 
en 4787. Il débuta en 4727 parla publication d'un poème 
anonyme : The Art of Dancing. En 4742, le comté de 
Cambridge l'envoya au Parlement, où il siégea jusqu'en 
4754. L'année suivante, il était nommé commissaire du 
« Roard of Trade and Plantations ». Il écrivit beaucoup 
dans les revues et journaux du temps. Parmi ses livres, 
F7re Enquiry into the Nature and Origin of Evil 
(4757), et surtout View of the internai Evidence of 
the Christian B.eligion eurent un grand retentissement. 
Ses œuvres, en vers et en prose, ont été réunies en 4 vol. 
in-8 (4790 et 4793). Jenyns compte parmi les prosateurs 
les plus élégants de son temps, et, si sa philosophie n'était 
pas bien profonde, elle n'avait, du moins, rien de gourmé. 
JENZAT. Com. du dép. de l'Allier, arr. et cant. de 
Gannat ; 975 hab. 

JEPHSON (Robert), poète et auteur dramatique irlan- 
dais, né en 4736, mort en 4803. Après avoir servi dans 
un régiment irlandais, il vécut à Londres dans la société 
des littérateurs et des acteurs du temps, puis il se fixa à 
Dublin où il occupa longtemps une charge importante dans 
la maison du vice-roi et siégea au Parlement d'Irlande. 
Il excellait dans la poésie comique et satirique ; à son 
poème en vers héroïques sur les grands hommes de Rome 
(Roman Portraits), on préfère, à juste titre, les Spé- 
culations of Jeoffry Wagstoffe et même sa longue sa- 
tire sur les excès de la Révolution française, intitulée 
The Confessions of Jacques Baptiste Couteau. Il écrivit 
plusieurs pièces de théâtre, dans tous les genres, dont 
quelques-unes, comme les tragédies de Braganza, du 
Count of Narbonne et de Julia, or the Italian Lever ^ 
furent représentées avec un grand succès. B.-H. G. 

JEPHTÉ. Personnage plus ou moins mythique de l'an- 
cienne histoire juive, que l'on fait figurer dans la série des 



m — 



JEPIITÉ -- JERÉMIE 



« juges », antérieurs à l'établissement de la royauté. 
C'était une sorte d'aventurier, appartenant aux groupes 
israélites qui, ayant établi leur domicile sur la rive gauche 
du Jourdain, y étaient constamment vexés et molestés par 
de retoutables voisins, notamment les Ammonites, Un jour 
Jeplité, ayant pris le commandement d'une bande, rem- 
porta un succès signalé sur l'ennemi et s'attira ainsi la 
reconnaissance de ses concitoyens. Mais cette victoire fut 
gâtée par un incident assez étrange ; Jephté avait fait, avant 
de partir, le vœu d'offrir à la divinité la première per- 
sonne de sa maison qui sortirait à sa rencontre. Cette per- 
sonne se trouva être sa fille. Il n'hésita pas à la sacrifier 
et ses compagnes célébrèrent sa mémoire par une fête 
annuelle. Dans un conflit qui s'éleva, par la suite, entre 
les gens du Oalaad (région transjordanique) et la tribu 
d'Ephraïm, Jephté fait massacrer impitoyablement les Ephraï- 
mites, que Ton discerne au moyen d'une différence dialectale 
quand ils essayent de dissimuler leur nationalité. Ils pro- 
nonçaient s au lieu de sh, sibboleth au lieu de shibbo- 
leih; delà l'expression sc/wèèo/(?//i dans le sens démarque 
de reconnaissance, de symbole. Les incidents relatifs à 
Jephté participent de la suspicion qui s'atta(;lie aux débuts 
de l'histoire juive. M. Vernes. 

BîBL. : Vernes, Précis d'histoire juive. — Renan, His- 
toire du peuple d'Israél^ t. I. 

JEQUIRITY. L Botanique (V. Abre). 

II. Thérapeutique. — Les graines de VAbrus preca- 
torius (V. Abre), qui jusqu'ici n'avaient guère été em- 
ployées que pour faire des colliers ou des ornements di- 
vers, sont entrés dans la thérapeutique oculaire, il y a une 
dizaine d'années, en Europe du moins, car au Brésil on em- 
ploie depuis longtemps l'infusion de jequirity contre la con- 
jonctivite granuleuse. Weckor et Stattler ont étudié avec 
méthode ce procédé de traitement et ils ont vu que la macé- 
ration de la graine instillée dans l'œil déterminait une 
inflammation purulente de la conjonctive, substitutive do 
la conjonctivite granuleuse. Quant au mécanisme d'action, 
il est encore discuté ; Stattler, puis Cornil admettent que 
l'action irritante est déterminée par des microorganismes, 
qui, en se développant dans la macération de jequirity, 
trouvent là des éléments qui font naitre ou exaltent sa 
virulence. Toujours est-il que si l'on injecte ce liquide sur 
des animaux, on détermine assez rapidement la mort et 
l'on trouve dans le sang la même bactérie arrondie avec 
quelques bâtonnets remplis de spores. Pour Vanneman, il 
ne s'agit pas d'un ferment figuré, mais d'une véritable 
diastase existant dans la grame et qu'il désigne sous le 
nom de jequirytine ; Dujardin-Beaumetz et Bechamps 
adoptent, en partie du moins, cette manière de voir, puis- 
qu'ils considèrent la jequirityne comme un mélange de 
légumine inactive et d'une zymase, la jequirityzymase. 
Shemœker a utilisé les propriétés inflammatoires du jequi- 
rity pour traiter certaines affections de la peau ou des 
plaies n'ayant aucune tendance à se cicatriser ; il employait 
une macération de grains, mis sous forme de pulpe. 
Ohleyer a essayé la macération de jequirity chez des lapins 
tuberculeux en injections intrapulmonaires, pratiquées au 
niveau des cavernes ; les lapins ont succombé, mais on a 
constaté un travail de réparation aux lieux d'infection. 
Dans le traitement de la conjonctivite, on emploie une ma- 
cération de 5 à 10 gr. de graines pour oOO gr. d'eau pen- 
dant vingt-quatre heures, et on fait des lotions ou des 
applications au pinceau trois fois par jour. Au bout d'une 
semaine, la guérison peut être obtenue. D'^ P. Langlois. 

J EQ U m N H N H A. Fleuve du Brésil, qui naît dans l'Etat 
de Minas Geraes et finit dans celui de Bahia, sous le nom 
de Belmonte; il a 800 kil., dont 100 navigables. Né dans 
le massif d'Itambé, il coule vers le N., reçoit à gauche 
ritacambirassu (200 kil.), le Vacaria (loO kil.), le Sali- 
nos (125 kil.), à droite l'Arassuahy qui coule parallèlement 
depuis la source. Le fleuve descend par des rapides et des 
cascades les terrasses de Minas ùeraes ; les plus belles , 
sont le Caxoeira do Inferno et le Salto Grande^ large de 



15 m. à peine, avec une chute de 150 m. sur 1,500 m. de 
parcours. Il perd une partie de ses eaux dans la plaine de 
Bahia, détache un bras qui rejoint le Pardo et finit à Bel- 
monte où une barre obstrue son embouchure. 

JERABEK (François), écrivain tchèque, né à Sobotku 
(Bohème) en 1836. On lui doit des poésies lyriques et des 
œuvres dramatiques : le Serviteur de son maître^ la Co- 
médie^ le Fils de r Homme, les Voies de l'opinion pîi- 
blique^ etc. 

JÉRABEK (Points, droite, hyperbole de) (Géom.). Les 
points de Jérabek sont ceux qui ont pour coordonnées nor- 
males dans un triangle, è, c^ a, et c, a, b. Le premier est 
le point direct et le second le point rétrograde. La droite 
de Jérabek est celle qui joint les deux points ci-dessus. On 
appelle hyperbole de Jérabek, une hyperbole équilatèredont 
tous les points sont points inverses de la droite d'Euler ; 
cette dernière joint le centre de gravité du triangle au centre 
du cercle circonscrit. Elle a pour équation en coordonnées 

, v^ ib^ — c'^) cos A 

normales : > ^^ zno. 

^ X 



A. L. 



JERDAN (William), publiciste écossais, né à Kelso en 
1782, mort en 1869. Après avoir tenté à plusieurs re- 
prises la carrière du droit à Londres et à Edimbourg, il 
se consacra au journalisme. A partir de 1806, on le voit 
collaborer à un grand nombre de journaux ou de revues, 
avec des succès divers, jusqu'en 1817, oîi il devint rédac- 
teur en chef, puis propriétaire de la Literary Gazette, 
fondée par Henry Colburn, qu'il maintint pendant trente- 
trois ans, avec une phalange d'écrivains, comme Crabbe, 
Barry Cornwal, Alaric WaUs, Th. Campbell, miss Mit- 
fort, xMrs. Hemans, etc. Mais un journal rival, fondé en- 
core par Colburn, The Athe?iœum, porta à la Literary 
Gazette un coup dont elle ne se releva pas, et Jerdan la 
quitta en 1850. Parmi les publications en volumes de ce 
laborieux et prolifique écrivain, ont peut citer Six Weeks 
in Paris (1818, 3 vol.), toute une série de biographies, 
sous ce titre général : The National Portrait Gallery 
of the Nineteenth Century (5 vol. in-4) et cinq volumes 
d'autobiographie (1852-53). Jerdan fut un des fondateurs 
de la « Boyal Society of Literature », de la « Royal Geo- 
graphical Society » et du « Garrick Club ». B.-iï. G. 

JEREA (Paléont.) (V. Lithistides). 

JEREBTSOV ou GEREBTZOFF (Nicolas-Arsenievitch) , 
écrivain russe, mort en 1860. Il fit ses études au corps 
des ingénieurs et s'occupa particulièrement des questions 
économiques. Il a publié en russe : Remarques sur l'éco- 
nomie rurale de l'Angleterre et de l'Ecosse (Saint-Pé- 
tersbourg, 1862) ; en français. Essai sur l'histoire de la 
civilisation en Russie (Paris, 1858, 2 vol.); De l'Eman- 
cipation des Serfs en Piussie, etc. 

JÉRÉMIE. Ville maritime de la république d'Haïti, au 
N. de la presqu'île méridionale. Elle doit son nom à un 
pêcheur qui y forma en 1756 son établissement; le mouil- 
lage est mal abrité. A peu de distance est la propriété de 
Guinaudraie où naquit le général Alexandre Dumas. 

JE RÉ MIE. L'un des plus importants recueils de pro- 
phéties contenu en la Bible se donne pour l'tBuvre d'un 
certain Jérémie (Yrmyahou), « fils de Helcias, l'un des 
prêtres d'Anatoth, dans le pays de Benjamin». Il s'agirait 
donc d'un prophète ayant appartenu à une classe du clergé 
résidant dans la banlieue de Jérusalem ; l'époque de l'acti- 
vité prophétique de ce personnage est déterminée dans les 
lignes suivantes : « La parole de Yahvéh lui fut adressée 
au temps de Josias, fils d'Amon, roi de Juda, la treizième 
année de son règne, et au temps de Joachim, fils de Josias, 
roi de Juda, jusqu'à la fin de la onzième année de Sédé- 
cias, fils de Josias, roi de Juda, jusqu'à l'époque où Jéru- 
salem fut emmenée en captivité au cinquième mois. » 
Jérémie aurait donc assisté aux convulsions suprêmes du 
royaume de Juda et aurait été mêlé à tous les incidents de 
cette période profondément troublée. Le prophète résume 
lui-même très nettement son rôle, en se déclarant chargé 



JEREMIE 



— 112 — 



par la divinité de lancer l'anathème contre un peuple re- 
belle et idolâtre, « contre les rois de Juda, contre ses 
chefs, contre ses prêtres et contre le peuple du pays ». 
Une pareille attitude ne pouvait manquer de soulever de 
vives protestations et, à mesure que le prophète multiplie 
ses avertissements et ses menaces, l'opposition grandit. 
La persistance de Jérémie à annoncer à ses concitoyens les 
effroyables châtiments qui seront la peine de son apostasie 
à la fois religieuse et morale, lui attire d'incessantes per- 
sécutions et jusqu'aux plus graves dangers. C'est dans son 
livre qu'il faut chercher les détails des périls auxquels il 
n'échappe momentanément que pour en courir de nouveaux, 
que lui valent ses mfatigables protestations. Non content 
de flétrir le mal, il s'est tellement convaincu de l'inutilité 
de la résistance anx Chaldéens, considérés comme les ins- 
truments du châtiment divin, qu'il décourage la défense et 
se donne toutes les apparences de la trahison à l'endroit 
de la cause nationale. Cependant, il ne se rebute point. Il 
charge son secrétaire Baruch de donner lecture publique 
du recueil où il a réuni la série de ses censures enflam- 
mées, proclamant les désastres suspendus sur la tête du 
peuple, l'avertissant pour la dernière fois d'y échapper par 
une prompte capitulation. Le rouleau, déchiré et mis en 
pièces par la main propre du souverain, est immédiatement 
reconstitué, et Jérémie continue de s'acquitter de son in- 
grate mission jusqu'à ce que l'événement lui ait donné trop 
complètement raison. Resté en Judée après la ruine su- 
prême de la cité, on finit par nous le montrer entraîné en 
Egypte dans le mouvement tumultuaire qui suivit le meurtre 
du gouverneur Godolias, que le vainqueur avait installé 
pour assurer un peu d'ordre à la portion épargnée du 
peuple israélite. 

L'intérêt religieux et littéraire qui s'attachait au livre 
de Jérémie a donc semblé se doubler d'un intérêt purement 
historique ; c'est là un jugement qui a été exprimé par bon 
nombre d'exégètes du temps présent. « De tous les livres 
qui ont été compris dans la collection prophétique, dit 
M. Reuss, il est le plus intéressant pour l'histoire. C'est 
que nous n'y rencontrons pas seulement des discours... ; 
une partie notable du volume contient ce que nous appelle- 
rions aujourd'hui des mémoires, soit une relation de faits 
composée par un témoin oculaire. Aucun des prophètes 
dont il nous est parvenu des écrits ne paraît avoir été 
mêlé aux affaires publiques au même degré que le fils du 
prêtre Helcias, et si nous ne craignions pas de donner une 
fausse couleur aux choses en ne tenant pas assez compte 
de la différence :'es conditions sociales et politiques, nous 
dirions volontiers qu'il nous apparaît comme un orateur de 
l'opposition dans les graves conflits intérieurs qui précé- 
dèrent et hâtèrent la ruine de la ville et de la dynastie. » 
Cependant, quand on y regarde de près, on ne tarde pas 
à s'apercevoir que le livre de Jérémie répond médiocre- 
ment aux espérances qu'un premier examen avait fait 
naître. Sans parler de pages décidément inauthentiques, 
telles que le grand oracle sur Babylone (ch. l-li), sans 
insister sur une série de morceaux du caractère le plus 
invraisemblable ou qui reposent sur de vraies impossibilités 
(ainsi les voyages de Jérémie jusqu'à l'Euphrate et ses 
communications régulières avec les victimes de la première 
déportation, sa connaissance précise de la durée de la cap- 
tivité de Babylone et un grand nombre d'épisodes qui sup- 
posent cette connaissance), sans relever la présence d'élé- 
ments qui font double emploi et s'excluent mutuellement, 
il faut convenir que la composition du recueil est singuhè- 
rement incohérente ; ainsi en ont jugé les auteurs de la 
traduction grecque (Septante), qui l'ont profondément 
modifié, soit en ce qui touche l'ordre des textes, soit à 
l'égard de leur contenu. Une fois l'attention mise en éveil, 
les motifs les plus graves de doute se pressent dans l'es- 
prit. Voilà un homme qui aurait joué un rôle considérable 
dans les quarante dernières années du royaume de Juda, 
intervenant, — c'est le livre mis sous son nom qui le 
prétend, — dans toutes les circonstances décisives par le 



conseil et par Faction. Eh bien ! ce personnage du pro- 
phète-prêtre Jérémie, les livres des Rois n'en soupçonnent 
même pas l'existence pour les temps de Josias, de Joachim 
et de Sédécias; son nom n'y est pas prononcé, ce qui ferait 
penser qu'il ne figurait pas dans les sources qui étaient à 
la disposition du rédacteur des livres historiques et qu'il a 
dû être emprunté, comme c'a été le cas pour le prophète 
Daniel, à un cycle de récits et d'anecdotes de moindre au- 
torité, concernant les derniers temps de la royauté juive. 
Voici maintenant une seconde réflexion, de plus de portée 
encore : le rôle de Jérémie est éminemment paradoxal ; c'est, 
quand on y regarde de près, un personnage absurde, im- 
possible. En pleine guerre, il déclare que' les ennemis de 
son peuple sont les instruments des vengeances divines sur 
Israël et qu'il ne faut leur opposer aucune résistance. Non 
seulement il décourage et énerve la défense, mais il prêche 
la trahison. Ses compatriotes sont furieux, mais, en dépit 
de quelques mauvais procédés dont ils usent à son égard, 
lui laissent poursuivre jusqu'au bout une campagne détes- 
table. La question qui se pose ici est : N'est-ce pas là un 
rôle tout artificiel ; n'est-ce pas là l'expression des vues 
auxquelles sont arrivés les docteurs du second Temple 
quand ils ont cherché à se rendre compte des raisons pro- 
fondes, c.-à-d. théologiques, qui ont déterminé la victoire 
des Chaldéens ? Voilà des questions qu'il est indispensable 
de se poser, et il n'est plus permis de les écarter dédai- 
gneusement par l'affirmation, un peu puérile, que le rôle 
de Jérémie présente un caractère de vérité et d'authenti- 
cité incontestables. On l'a dit assez longtemps d'un per- 
sonnage plus important encore que Jérémie, à savoir de 
Moïse, avant d'être amené à rajeunir d'abord de cinq, puis 
de dix siècles, la législation mise sous son nom. Ou Jéré- 
mie a joué, dans les convulsions suprêmes de Jérusalem, 
le rôle d'un fou malfaisant, — rôle que M. Renan a bien 
fait ressortir, mais sans vouloir en tirer la conséquence 
logique, -r- ou bien il exprime, sous une forme vive et 
pénétrante, la philosophie de l'histoire, qui est, d'un bout 
à l'autre, la doctrine de la Bible et qui est sortie des écoles 
du second temple. 

On arrive à ce même résultat d'une composition pseu- 
dé pi graphe du Livre de Jérémie, si l'on discute les rap- 
ports de cette œuvre soit avec le Deutéronome, soit avec 
la prétendue réforme de Josias, comme nous l'avons fait 
dans notre étude intitulée la Question du deutéronome 
d'après une récente hypothèse {Essais bibliques, Paris, 
1891). Pour l'analyse du contenu de Jérémie, V. notre 
Examen de V authenticité des écrits prophétiques (Du 
Prétendu Polythéisme des Hébreux ;l^ms, 1891, t. II). 
A consulter aussi E. Havet, t. III du Christianisme et 
ses origines, et le t. III de V Histoire du peuple d'Israël 
de Renan. On trouvera la traduction de Jérémie, accompa- 
gnée des éclaircissements indispensables, dans la Bible de 
Reuss {les Prophètes). M. Havet a soutenu la thèse de 
la composition pseudépigraphique dans la Modernité des 
prophètes (Paris, 1891). — (^uel que soit le parti auquel 
la critique juge à propos de s'arrêter après un nouvel et 
scrupuleux examen des documents, soit l'hypothèse d'un 
fonds ancien fortement remanié, soit la thèse d'une com- 
position pseudonyme qu'on pourrait rapporter au m® siècle 
avant notre ère, le Livre de Jérémie conserve sa place au 
premier rang des grandes œuvres bibliques. Son inspira- 
tion, tour à tour tendre et passionnée, la large envolée de 
ses développements oratoires, la spiritualité singuUèrement 
hardie de certains passages, dont le christianisme s'est 
emparé pour leur donner une forme définitive, tout cela 
contribue à maintenir sa situation traditionnelle. Quant à 
la personnahté de l'auteur, nous croyons qu'elle n'a rien 
à gagner aux essais récemment faits pour la dégager ; un 
Jérémie, qui aurait été réellement le héros du livre de ce 
nom, serait un personnage éminemment paradoxal auquel, 
à défaut de notre admiration, nous pourrions tout au plus 
accorder notre indulgence. En revanche, le livre contient, 
'sous la forme arrangée et artificielle que les écrivains juifs 



113 - 



JERÉMÏE - JERMYN 



de l'époque grecque pratiquaient de préférence, l'expression 
de sentiments très délicats et de vues de la plus grande 
élévation, — document inestimable pour l'histoire des idées 
morales et religieuses. M. Vernes. 

JÉRÉMIE, patriarche de Constantinople, né à Anchia- 
los en 1536, mort à Constantinople en 1594. Assez jeune, 
il fut nommé métropolite de Larisse; puis, le 5 mai 
1572, un synode de Constantinople l'éleva au patriarcat, 
qui lui fut d'abord contesté par son prédécesseur démis- 
sionnaire, Métrophane (mort en '1580). Il fut ensuite, 
comme la plupart des patriarches, en butte aux accusations 
de trahison et de crime de lèse-majesté ; il fut emprisonné, 
relâché, exilé et rappelé. En 4589, on le trouve en Russie, 
où il confère au métropohte Job de Moscou la dignité de 
cinquième patriarche, ce qui rendit l'Eglise russe indépen- 
dante de Constantinople. Jéréraie est connu pour avoir été 
amené, par une longue correspondance avec des théologiens 
de Tubingue, à définir avec assez de précision les princi- 
pales doctrines distinctives de l'Eglise orthodoxe. On trouve 
cette correspondance, importante pour l'étude de la doc- 
trine grecque, dans les Ada et scripta theologorum Wir- 
temberg. et patriarchœ Constantinop...ab an. i576 ad 
an, i58i, grœce et latine (Wittenberg, 1584). F.-H. K. 
JEREMIE (James -Amiraux), historien ecclésiastique 
anglais, né à Guernesey en 1802. Descendant d'une vieille 
famille huguenote établie depuis longtemps dans les îles 
Anglo-Normandes, il entra dans les ordres, professa la théo- 
logie à l'université de Cambridge, où il avait étudié, et devint 
doyen (dean) de Lincoln. On a de lui une History of the 
Christian Church in the Second and Third centuries 
(1852), pour laquelle il a utilisé les articles qu'il avait 
fournis à VEncyclopredia Metropolitana. B.-H. G. 

J ER EZ ou XÉ R ES DE la Fronterà. Ville d'Espagne, ch.-l. 
de district, prov. de Cadix (Andalousie), stat. du ch. de 
fer de Madrid à Cadix et tête de l'embranchement sur San 
Lucar; 49,000 hab. La ville, dans la plaine du Guadalete, 
a un vieil alcazar avec deux tours et quelques rues du moyen 
âge bien conservées, mais aussi des quartiers très neufs 
et très vivants. C'est là que s'entassent en de vastes cel- 
liers les vins si fameux cultivés sur les coteaux d'alentour, 
le Pajarete, au goût sucré, fabriqué avec des raisins 
presque secs, le Tintilla elle Manzanilla, plus secs. Les 
principaux négociants sont des étrangers, des Anglais (le 
xérès est appelé par eux sherry) et des Français. Le trafic 
des vins, qui a fait la fortune de ce pays, est des plus ac- 
tifs ; outre ce qui en est écoulé vers l'Espagne, il en sort 
par le port de Santa Maria, à l'embouchure du Guadalete, 
de 300 à 400,000 hectol. chaque année. Près de là est 
une Cartuja ou chartreuse célèbre. C'est dans les envi- 
rons, sur les bords du Guadalete, que se livra en 7H la 
légendaire bataille de six jours qui mit fin au royaume des 
Visigoths et ouvrit l'Espagne aux Arabes. E. Cat. 

JEREZ DE LOS Caballeros. Ville d'Espagne, ch.-l. de 
district de la prov. de Badajoz (Estrémadure), au pied de 
deux coUines peu élevées; 8,000 hab. Elle est entourée de 
murailles très anciennes, mais s'étend au delà par des fau- 
bourgs; une forteresse la domine avec trois grosses tours, 
dont une, à ce que l'on dit, est la Tour sanglante où furent 
décapités les templiers. Les rues sont étroites, mais les 
bâtiments publics et les maisons sont bien construits, en- 
tourés de beaux jardins d'orangers. Le pays alentour est 
très fertile et produit des céréales, des légumes, des fruits, 
du vin, de l'huile ; on élève des chevaux de trait et de la- 
bour, des moutons, des chèvres, des bœufs, mais princi- 
palement des porcs d'une race très estimée. La ville est 
par suite un marché agricole important ; elle a aussi un 
peu d'industrie, tissus, fabriques de savon, poteries, etc. 
La ville de Jerez, fondée en 1229 par le roi Alphonse, fut 
agrandie par saint Fernand en 1232 et donnée par lui à 
l'ordre des temphers; elle changea alors son nom de Jerez 
de Badajoz en celui de Jerez le los Caballeros. Patrie d'un 
grand nombre d'hommes célèbres comme 1). Juan de Bazan 
et Nuiîez de Baboal. E. Cat. 

GRANDE ENCYCLOPÉDIE. — XXI. 



JERICHAU (Jens-Adolf), sculpteur danois, né à Assens 
(Fionie) le 7 avr. 1816. Elève de Thorwaldsen, il se fit con- 
naître par un groupe d'Hercule et Hébe; ses autres 
œuvres les plus connues sont : Pénélope, Chasseur de 
panthères, Adam et Eve après le péché, les Anges de 
la mort et de la résurrection, le monument d'OÉrsted. 
Il professa à l'Académie des beaux-arts de Copenhague à 
partir de 1849. — Sa femme, Anna-Marie-Elisabeih 
Baumann, née à Varsovie en 1819, qui l'épousa à Rome en 
1845, s'est fait un nom comme peintre de scènes de la 
vie populaire des Polonais, Romains, Danois, etc. — Leur 
fils Harald, né le 17 août 1852, mort à Rome le 6 mars 
1878, élève de Bénouville, peignit de beaux paysages : le 
Ponte Molle, Vue de Velletri, Rivage de Sorrente, Ca- 
ravane près de Sardes, etc. A.-M. B. 

JÉRICHO. Ville de la Palestine ancienne, à six heures 
à l'E. de Jérusalem, dans une situation singulièrement 
privilégiée. Elle se dressait, en effet, au débouché de la 
montagne judéenne, dans la plaine du bas Jourdain. Jéricho 
commandait ainsi, d'une part, les communications de la 
capitale avec le Jourdain et la région inférieure du Galaad, 
ainsi que le pays d'Ammon et de Moab ; de l'autre, les 
voies qui assuraient l'écoulement des produits de la région 
transjordanique sur Jérusalem et la côte philistine. La 
richesse des terrains d'alluvion, qui constituent la vallée 
basse du Jourdain, l'abondance des eaux fournies par la 
montagne de Judée, la température exceptionnellement 
élevée du climat due à la dépression de la vallée du Jour- 
dain et permettant de cultiver les essences propres aux 
pays les plus chauds, toutes ces conditions favorisèrent le 
développement de Jéricho. Même après avoir écarté la 
fameuse légende qui montre les murailles de la ville s'effon- 
drant au son des trompettes sacrées au temps de Josué, 
le rôle de Jéricho reste considérable. Elle est nommée, à 
bien des reprises, dans l'histoire juive, se couvre de mo- 
numents magnifiques au temps d'Hérode, connaît encore 
des jours de prospérité dans les premiers temps du chris- 
tianisme et au moyen âge. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un 
.misérable hameau, dans les environs duquel se voient 
d'intéressantes ruines. Une administration intelligente, 
secondée par l'initiative privée, pourrait transformer de 
nouveau cette région et substituer à la désolation actuelle 
la richesse et l'abondance. M. Vernes. 

J ERLICZ (Joachim), historien polonais, né à Kolenka en 
1598, mort dans la seconde partie du xvii« siècle. Il prit 
part aux campagnes contre les Turcs et les Cosaques, ser- 
vit sous Zolkiewski et Czarniecki. Il a écrit une Chronique 
des événements du temps présent qui a été publiée par 
K.-W. Wojcicki (Saint-Pétersbourg, 1853). Elle va de 
1620 à 1673, et est surtout relative aux événements 
dont l'Ukraine fut le théâtre. L'auteur n'affiche aucune 
prétention littéraire et se contente de noter les faits au 
jour le jour. 

JERMYN (Henry), homme d'Etat anglais, mort à Londres 
en janv. 1684. Attaché à l'ambassade de Paris en 1624, il 
fut élu au Parlement par Liverpool en 1628, et, la même 
année, fut nommé vice-chambellan de la reine. Habile et 
prudent, il fit à la cour une rapide fortune que ne put en- 
tamer le scandale qu'il excita en 1634, en séduisant Eleo- 
nor Villiers, une des demoiselles d'honneur de la reine, 
qu'il refusa d'épouser. En 1639, il était grand écuyer ; en 
1640, il représentait CorfeCastle au Parlement; en 1641, 
il prenait une part prépondérante au complot de l'armée 
pour enlever la Chambre des communes. Obligé de s'enfuir 
en France, il revint en Angleterre en 1643, et, à la tête 
d'un petit corps de troupes, il escorta la reine à Oxford et 
s'empara de Burton-on-Trent. Créé baron Jermyn de Saint- 
Edmundsbury, il essaya de détacher du Parlenient le comte 
de Rolland et fut chargé d'une foule de négociations à 
l'étranger, notamment celles relatives à l'intervention ar- 
mée de la France. Il accompagnait la reine en France en 
1644. Il était l'adversaire déterminé du parti des royalistes 
constitutionnels, et il chercha à exclure des conseils de 



JERMYN — JÉRÔME 



— lU -~ 



Charles ïï, Hyde et Nicholas. Mais Hyde finit par rempor- 
ter sur lui et il perdit beaucoup de son influence sur le roi. 
A la Restauration, il fut pourtant comblé de faveurs. Il 
avait déjà été créé comte de Saint-Albans le 27 avr. 1660, 
et il fut nommé lord chambellan en 1671. Persona grata à 
la cour de France, il fut à plusieurs reprises ambassadeur 
à Paris et prépara, notamment, le traité secret de Douvres 
de 1669 ei le traité de 1667 dirigé contre la Hollande. 
Personne ne contribua mieux que lui à établir une entente 
complète entre les deux pays, et Charles II disait souvent : 
« Jermyn est plus Français qu'Anglais. » Aussi était-il peu 
aimé de ses compatriotes, qui ne lui ont pas ménagé les 
attaques et qui ont été jusqu'à exphquer par un mariage 
secret la faveur constante dont il jouit auprès d'Henriette- 
Marie. R. S. 

BiBL. : Mémoires de Grammont. -- Ranke, History of 
England, t. III. — Mignet, Négociations relatives à la suc- 
cession d'Espagne^ t. II. — Green, Letters of Henrietta 
Maria. 

JERMYN (Henry), homme d'Etat anglais, né en 1636, 
mort à Cheveley le 6 avr. 1708, neveu du précédent. Il 
suivit à Saint-Germain les souverains exilés et devint, à la 
Restauration, grand écuyerduduc d'York. Adopté par son 
oncle, il fit, comme lui, grande figure à la cour ; comme 
lui, il jouissait d'une réputation de joueur et de débauché. 
Amant de lady Shrewsbury, amoureux éconduit de la belle 
Ilamilton, il eut, en 1662, un duel retentissant avec Tho- 
mas Howard, qui le blessa grièvement. Catholique, il de- 
meura éloigné des affaires jusqu'à l'avènement de Jacques II, 
qui réleva à la pairie le 13 mai 1685, avec le titre de baron 
Dover, le fit entrer au conseil privé et le nomma lord lieu- 
tenant du Cambridgeshire. Membre de la cabale cathoHque, 
il devint commissaire à la trésorerie en 1687, et, à la révo- 
lution, il accompagna le prince de Galles à Portsmouth 
(1688). Il dirigea, en 1689, une expédition en Irlande et 
manqua d'être pris dans les parages des Sorlingues. A la ba- 
taille de la Boyne, il commandait un corps de troupes. Il 
se rallia à Guillaume d'Orange (1690), mais passa le reste 
de sa vie hors des affaires publiques, se plaisant au milieu 
d'un cercle de lettrés, d'artistes et d'hommes de plaisir, 
entre autres Evelyn, Hamilton, Saint-Evremond. R. S. 

JERNBERG (Auguste), peintre suédois, né à Stock- 
holm le 16 sept. 1826. Il débuta par la peinture d'histoire 
et passa à celle de genre. On cite son Clarinettiste^ 
rOurs au marché^ C Âprès-Midi du dimanche .> le 
Marché de Diisseldorf. — Son fils Olaf est un paysa- 
giste connu. 

JERNINGHAM (Edward), poète anglais, né en 1727, 
mort en 1812. Il fit ses études en France, au collège an- 
glais de Douai, d'abord, puis à Paris. Plus tard il se con- 
vertit au protestantisme. Ami des lords Chesterfield, Har- 
courtetCarlisle et de Horace Walpole, il vécut non seulement 
comme un grand seigneur ami des lettres, mais comme 
un producteur littéraire infatigable. Il serait fastidieux de 
donner la liste de ses poésies, dont un grand nombre se 
trouvent réunies dans la neuvième édition de ses Poems 
on Varions Subjects, en 4 vol. (1806). Walpole regardait 
son poème sur l'Origine et les Progrès de la Poésie 
Scandinave (1784) comme son meilleur ouvrage: ce n'est 
pas à dire que ce soit un chef-d'œuvre, loin de là. Des 
tragédies très médiocres, comme The Siège of Berwick 
(1794), des biographies, des essais moraux, augmentent 
encore l'encombrant et lourd bagage littéraire de Jern- 
ingham. Il en avait bien d'autres en manuscrits, qu'il 
légua à l'éditeur Clarke ; mais celui-ci, soigneux de ses 
propres intérêts, fit à la mémoire du poète la charité de 
les garder inédits. B.-H. G. 

JÉROBAAL (V. Gédéon). 

JÉROBOAM l®% fils d'un certain Nebat et d'origine 
éphraïmite, se mit à la tête des mécontents au moment où 
Roboam, fils et successeur de Salomon, venait réclamer à 
Sichem le gouvernement dos tribus du centre et du Nord. 
Ainsi se consomma la séparation, assez improprement dite 
schisme des Dix-Tribus. 11 serait plus exact de dire que 



l'immense majorité des Israélites refusa de supporter plus 
longtemps le joug que la petite dynastie établie à Jérusa- 
lem prétendait faire peser sur l'ensemble de la nation. 
Jéroboam devint, dans ces circonstances, le véritable roi 
d'Israël, tandis que Roboam n'était plus que le roi de Juda 
et se trouvait hors d'état de réduire ceux qui avaient fait 
sécession. Jéroboam, dans un règne de vingt-deux ans 
(environs de l'an 950 av. J.-C), semble avoir entrepris 
d'importantes constructions, notamment des travaux de 
fortification. Les écrivains bibliques l'accusent d'avoir favo- 
risé l'apostasie religieuse en installant des « veaux d'or » 
à Dân et à Béthel ; ce reproche est sans fondement, la cou- 
tume ancienne en Israël ayant été d'adorer Yahvéh sous 
des formes animales et aucune initiative ne devant être 
attribuée à Jéroboam sous ce rapport. M. Vernes. 

JÉROBOAiVI II, roi d'Israël, fils de Joas, arrière-petit- 
fils de l'usurpateur Jéhu, qu'on dit avoir été favorisé par 
les prophètes, règne soit quarante et un ans, soit cinquante 
et un ans, aux environs de l'an 800. Ce long règne semble 
avoir été des plus brillants et des plus prospères. Les 
Syriens, dont les entreprises contre Israël étaient le plus 
gros danger du moment, paraissent avoir été refoulés dans 
leurs anciennes Umites. Le royaume de Juda, singulière- 
ment affaibh, ne causait aucune inquiétude à ses voisins 
du Nord. La dynastie de Jéhu, après une phase de prospé- 
rité, ne devait pas tarder à succomber à son tour sous 
l'efïbrt d'une de ces conspirations que favorisait une orga- 
nisation essentiellement militaire et oligarchique. 

JÉRÔME (Saint), en latin Eusebius ïïieronymus , le 
plus érudit des pères de l'Eglise, né à Stridon entre 340 
et 346, mort à Bethléem le 20 sept. 420. Quoique né de 
parents catholiques sur les confins de la Dalmatie et de la 
Pannonie, il ne fut baptisé qu'à Rome sur sa demande et 
après une vie assez légère, durant l'épiscopat de Libère, 
donc avant 366. Il était allé à Rome pour y poursuivre ses 
études littéraires. Puis il voyagea en Gaule, séjourna à 
Trêves, revint vers le sud et finit par se fixer non loin de 
sa patrie, à Aquilée. Là il se lia avec Rufin, Héliodore et 
quelques autres jeunes gens. Les récits d'Evagre d'An- 
tioche les enthousiasmaient pour les ermites d'Orient; cela 
fut décisif pour la tournure d'esprit de Jérôme ; les germes 
déposés alors dans son àme se développèrent et firent de 
lui le grand promoteur de l'ascétisme monastique en Occi- 
dent. Vers 373, Jérôme et queljues-uns de ses amis ac- 
compagnèrent Evagre en Palestine. H est caractéristique 
pour Jérôme qu'il emporta en voyage une bibliothèque as- 
sez volumineuse, réunie jadis pendant son séjour à Rome. 
A Antioche, il tomba malade ; dans un songe qu'il eut, il 
se targuait de son titre de chrétien; le Christ lui répon- 
dit : Mentiris, Ciceronia7iiis es, non Christiamis ! Sur 
cela, Jérôme se retira dans le désert de Chalcis pour y 
mener la vie parfaite d'un ermite, priant, jeûnant, se ma- 
cérant, apprenant finalement l'hébreu pour vaincre les 
obsessions de la chair. On le retrouve à Antioche, au prin- 
temps de 379; puis il va entendre Grégoire de Nazianze à 
Constantinople (381), et débute dans sa carrière d'érudit 
en traduisant en latin l'histoire d'Eusèbe et en y ajoutant 
la chronique des années 330 à 380, puis en traduisant 
quelques ouvrages d'Origène et en exprimant la nécessité de 
recourir pour l'intelligence de l'Ancien Testament à l'original 
hébreu.— Le pape Damase, avec lequel il correspondait", lui 
demanda de venir à Rome en 382. Les trois années qu'il 
y passa furent décisives pour sa vie; il s'y fit quelques 
amis et de nombreux ennemis tant par ses publications 
savantes que par sa propagande en faveur de l'ascétisme. 
Ces deux activités devinrent le but de sa vie. Entre autres 
travaux, il revisa la version latine du Nouveau Testament, 
traduisit les psaumes et se prépara à mettre en latin l'An- 
cien Testament par une étude minutieuse des diverses tra- 
ductions grecques comparées avec le texte hébreu. D'autre 
part, il groupa autour de lui un cercle de dames apparte- 
nant aux plus anciennes familles patriciennes : Paule qui 
descendait des Scipions, sa fille Julie Eustochium, Marcelle 



dont le palais sur l'Avenlin leur servait de lieu de réunion, 
Léa, Sophronic, Fabiola et d'autres, toutes blasées et 
fuyant les corvées de la vie sociale. Il leur expliquait les 
Ecritures, élucidait pour eiles des sujets d'archéologie bi- 
blique, mais surtout il leur inculquait ses principes ascé- 
tiques dont l'exposé se trouve dans son De Custodia vir- 
ginitalis^ une diatribe acerbe contre le mariage. Le pape 
Damase mourut en déc. 384; on avait parlé de Jérôme 
pour lui succéder (Ep. XLV, 3) ; mais soij extrême irri- 
tabilité, son manque de tact, sa critique amère de îa vie 
mondaine du clergé, l'ascétisme exalté qu'il propageait et 
qui le singularisait, lui et ses adhérents, les calomnies qui 
circulaient sur ses nombreuses entrées dans la maison de 
Marcelle, tout cela l'avait rendu fort impopulaire. Quand 
un de ses adversaires, Sirico, fut élevé à Fépiscopat rotnain, 
Jérôme, ne voulant plus vainement « chanter les louanges 
du Seigneur dans un pays étranger » (Ep, XLV, 6), 
c.-à-d. au milieu d'une société hostile au monachisme, 
quitta pour toujours Rome en août 385, et alla en Pales- 
tine. — Il emportait sa bibliothèque, et Paule avec sa fille 
Eustochium le suivirent bientôt. D'autres amis et amies de 
Jérôme étaient déjà en Palestine ou s'y rendirent dans la 
suite. Ce fut comme un exode de quelques déhcats, fati- 
gués de l'agitation mondaine, pressentant les catastrophes 
prochaines, hypnotisés par un faux idéal moral, cherchant 
dans le désert une satisfaction égoïste. Après avoir visité 
les lieux saints et fait un séjour en Egypte, le berceau du 
monachisme, Jérôme se fixa à Bethléem. Avec les res- 
sources financières de Paule, un couvent fut construit ; à 
côté s'éleva un hospice où les femmes exerçaient l'hospita- 
lité. Pour Jérôme, la première période (386-392) de son 
séjour à Bethléem fut, en somme, une retraite scientifique 
plutôt qu'autre chose ; il continua ses recherches érudites 
sur l'archéologie biblique et sur le texte des livres saints, 
ainsi que sur l'histoire ecclésiastique. La seconde période 
(393-404) est marquée par plusieurs controverses reten- 
tissantes, en particulier contre Jovinien (Y. ce nom), un 
adversaire du monachisme ; contre Vigilance, « nouvelle 
incarnation de Jovinien », que Jérôme combattit par une 
polémique passionnée où les insultes remplacent les argu- 
ments ; contre l'origénisme, ce qui le brouilla avec son vieil 
ami Fiufin et dévoila l'étroitesse de son esprit, en même 
temps qu'un manque de générosité, de courage et de droi- 
ture. Enfin, les quinze dernières années de sa vie (404- 
420) furent troublées par les événements et [>ar les atteintes 
de la vieillesse. Les barbares qui pillaient Rome (409) 
passaient aussi par la Palestine. Jérôme, malade, dut fuir 
plusieurs fois ; la mort de ses amis l'isolait ; son opposi- 
tion contre le pélagianisme le brouillait avec la plupart 
des évoques palestiniens ; mais, jusqu'à sa mort, il persé- 
véra dans ses travaux d'érudition biblique. 

L'œuvre littéraire de Jérôme est considérable. Erasme 
en prépara la première édition complète à Bâle (1516- 
4520, en 9 vol. in-foL); avant cela les lettres et quelques 
trahés seulement avaient été publiés par Massimo, à Rome, 
en 1468. Les éditions complètes, postérieures à celles 
d'Erasme, n'y ajoutèrent pas grand'chose; celle des béné- 
dictins J. Martianay et A. Pouget (Paris, 1706, 5 vol. in- 
fol.) est même fort défectueuse ; la meilleure est toujours 
celle de D. Vallarsi et Scip. Maifei (Vérone, 4734-1742; 
2® éd., 1762-1766, 11 vol. gr. in-4); elle a été réimpri- 
mée par Mîgne dans sa Patrologie (Paris, 1845, t. XXill- 
XXXUI). Parmi les nombreuses traductions de Jérôme, 
celle de la Bible est d'une importance capitale ; elle est 
encore en usage sous le nom de Vulgate (V. ce mot). Les 
nombreux commentaires de Jérôme sur des écrits bibliques 
sont plutôt des compilations de l'opinion des autres ; ils n'ont 
une valeur réelle que pour la critique textuelle qui inté- 
ressait Jérôme et sur laquelle il avait des documents perdus 
aujourd'hui. En théologie proprement dite, il manque d'es- 
prit philosophique; d'ailleurs, il évite le plus possible les 
définitions doctrinales et se soumet d'avance et servilement 
à l'autorité qui prévaudra. Dans ses écrits de controverse, 



li^> -" JÉRÔME — JERROLD 

il prend Fopinion de l'Eglise pour la vérité absolue et 
dénigre ou même dénature tout ce qui y est contraire. Ses 
contributions à l'histoire de l'Eglise, surtout son De Viris 
illmtribus seu de scriptoribus ecclesiasticis, fournissent 
des données précieuses, quoique l'auteur s'y montre dénué 
d'esprit critique. Les 148 lettres (t. 1 de Vallarsi) sont 
incontestablement ce que Jérôme a laissé de plus intéres- 
sant, abstraction faite de la Vulgate, Le style est correct, 
vif, éclairé par des images justes et des tournures ou des 
mots heureux. Quelques-unes de ces épîtres sont des chefs- 
d'œuvre, et plusieurs montrent, prises sur le fait, la vie 
sociale et ecclésiastique du temps de Jérôme; elles sont 
indispensables à celui qui veut comprendre les origines du 
monachisme. Il ne peut être question d'exposer le système 
théologique d'un penseur aussi médiocre ; une vue d'en- 
semble était ce qui lui manquait le plus, F.-H. Krûger. 
Btbl. : Les préfaces des principales éditions des œuvres 
de Jérôme, surtout celles d'ERA^ME et de MarttAis'ay (V. 
ci-dessus).- Acia Sanctorum, t. VIII, pp. 418 et suiv.™ J. 
Engelstoft, Hieronymiis Stridonensls, interpres^ criti- 
ciis, exegota, etc.; Copenhague, 1799, in-8. -- O. Zœcklkr, 
Ifleronymus, sein Lehen u. sein Werhen ; Gotha, 1865. — 
Aniédée Thierry, Saint Jérôme, la société chrétienne à 
Rome et l'émigration romaine en Terre sainte ; Paris, 
18G7, 2 vol. ~ E.-L. Cutts, Saint Jérôme ; Londres, 1877. 
— IL GoELZER, Etude lexicographique et grammaticale 
de la latinité de saint Jérôme ; Paris, 1836. — G. Martin, 
Life pf Saint Jérôme ; Londres, 1888. 
JÉRÔME, roi de Westphalie (V. Bonaparte). 
JEROME (Ida pka-Jerome), écrivain anglais, né à Wal- 
sall le 2 mai 1861. Appartenant à une bonne famille de 
rO. de l'Angleterre, il vint tout jeune à Londres où il eut 
une existence des plus mouvementées et où il exerça tous 
les métiers : clerc, maître d'école, sténographe, reporter, 
acteur, journaliste. Il débuta dans la littérature par un 
volume de critiques très tines et très personnelles : On the 
Stage and o^' (Londres, 1885). Il conquit une véritable 
renommée par la publication d'études fort humoristiques, 
îdde Tlioiights of an idle fellow (1886), et Three Men 
in a Uoat (1889). Il a fait jouer quelques pièces qui ont 
eu du succès. Mentionnons: Barbara (1886); Sunset 
(i 888), comédies en un acte ; Wood Barrow Farm (1888) 
et New Lamps for old (1890), comédies en trois actes. 

JÉRÔME DE. Prague, théologien tchèque, né à Prague 
dans la seconde moitié du xiv^ siècle, mort à Constance 
le 30 mai 1416. Il avait fait ses études à Prague et à 
Oxford d'où il rapporta les livres de Wykleff; il prit en 
l'i98 le titre de bachelier à l'université de Prague et le 
titre de maître dans quelque université allemande. Il visita 
aussi celle de Paris et alla jusqu'en Palestine. De retour 
à Prague il enseigna à l'université et adhéra aux doc- 
rines de Jean llus. Jeté en prison, il réussit à s'échapper. 
En 1412, il prêcha contre les indulgences. En 1413, il 
se rendit en Pologne et en Russie, prêcha les nouvelles 
doctrines et entra en rapport avec le clergé orthodoxe. 
En 1415, il alla à Constance pour défendre Jean llus; 
emprisonné, il abjura d'abord ses doctrines, puis il les con- 
fessa ensuite avec enthousiasme et fut condamné à être 
brûlé. Il monta sur le bûcher le 30 mai 1416. Les hu- 
sites le vénérèrent comme un martyr et célébrèrent sa 
fête le 6 juin. 
BiiîL.^: V. Jean Hus. 

JÉRÔME deTrévise (V. GmoLAMo da Treviso). 
JERONYMITES (V. Hiéronymites). 
JÉROSE(Bot.). Nom vulgaire de VAnastatica hiero- 
chuniicaL. (V. Rose de Jéricho). 
I JERROLD (Douglas- Wilham), littérateur anglais, né à 
Londres le 3 janv. 1803, mort à Londres le 8 juin 1857. 
Fils de l'acteur Samuel Jerrold, il figura sur la scène dès 
l'àoe le plus tendre, mais ayant appris lui-même le latin, 
le français et l'italien, il fut pris en amitié par le capitaine 
Austen qui le fit entrer dans la marine. Il quitta le ser- 
vice en 1815 et débuta dans la littérature par de petits 
vers et des critiques dramatiques. En 1818, il écrivait un 
drame The Duellists qui échoua sous ce titre, mais qui, 
' rebaptisé 3lore frightened ihan hiirt (1821), obtint un 



JERROLD — JERSEY 



— H6 



grand succès et fut même traduit en français et joué à 
Paris. Collaborateur de nombreux journaux et revues, il 
conquit la renommée par sa comédie Black-eyed Susan 
(i 829) qui eut plus de 400 représentations. Il continua 
d'écrire pour le théâtre et prit, en 4836, la direction du 
Strand Théâtre qui ne Ihi procura que des déboires, ce qui 
le dégoûta pour un temps de la littérature dramatique. Il 
devint un des collaborateurs les plus assidus du Punch dès 
son apparition (4841) et lui donna notamment ses Mrs. 
Caudle's Curtain Lectures qui obtint un succès considé- 
rable (1846). Il gagnait beaucoup d'argent et il le perdait 
en fondant des journaux sans lendemain ; en 4845, le 
Douglas Jerrold' s Shilling Magazine; en 4846, le Dou- 
glas Jerrold' s Weekly Newspaper. A partir de 4852, il 
dirigea avec beaucoup d'habileté le Lloyd's Weekly Neivs- 
paper. Les OEuures de Jerrold ont été publiées en 4854- 
54 , 8 vol. ; elles comprennent un grand nombre de 
pièces de théâtre, des critiques, essais et esquisses, sous 
les titres de Other Times et de The Brownrigg Pa- 
pers, etc. R. S. 

BiBL. : Blanchard Jerrold, Life and remains of Dou- 
glas Jerrold ; Londres, 1859, in-8. 

JERROLD (William-Blanchard), littérateur anglais, né 
à Londres le 23 déc. 4826, mort à Westminster le 40 mars 
4884, fils du précédent. Il avait de grandes dispositions 
pour le dessin et à seize ans il illustra avec goût certains 
journaux de son père, mais il abandonna bientôt l'art pour 
la littérature. Il débuta au Weekly Newspaper de son 
père par une série d'études sur l'émigration intitulée The 
OUI Woman jvho lived in a Shoe, 11 fut un des pre- 
miers collaborateurs du Daily Neivs pour lequel décrivit, 
en 4855, un compte rendu de l'Exposition universelle de 
Paris. Il prit tant de goût pour la France qu'à partir de 
cette date et jusqu'à sa mort il habita la moitié de l'année 
à Paris. Fort répandu dans le monde littéraire et politique, 
il connut intimement Gustave Doré et fut reçu avec affabi- 
lité à la cour des Tuileries. A la mort de son père, il prit 
la direction du Lloyd's Weekly London News, auquel il 
donna une couleur libérale très marquée. Il fut un des 
fondateurs de la branche anglaise de l'association interna- 
tionale pour la protection de la propriété httéraire. Jerrold 
a écrit des pièces de théâtre qui ont eu du succès, entre 
autres : Cool as a Cucwnber (4854); Beau Brummel 
the king of Calais (4859); Cupid iîi wailing (4874); 
des opuscules gastronomiques, la plupart sous le pseudo- 
nyme de Fin-Bec, et il était en effet un fin gourmet ; de 
nombreuses œuvres de vulgarisation; son chef-d'œuvre est 
The Life of Napoléon III (4874-82, 4 vol. in-8), pour 
lequel l'impératrice Eugénie lui avait fourni de nombreux 
documents. R. S. 

BiBL. : Charles Kent, Life of W.-B. Jerrold, dans II- 
luslrated Review de mars 1873. 

JERSEY. Géographie. ~ La principale des îles Nor- 
mandes, au S. de cet archipel, à 25 kil. 0. de la presqu'île 
du Cotentin et à 440 kil. S. de la côte d'Angleterre; 
446 kil. q.; 22 kil. de long du S.-E. au N.-O.,' 40 kil. 
de large; 55,000 hab. La forme de File est celle d'un qua- 
drilatère dont les côtés se coupent à angle droit selon les 
points cardinaux. La côte N. est formée de falaises de 
400 m. où se creusent de nombreuses grottes, des criques, 
mais point de port; on y remarque le cap Gros-Nez au 
N.-O., auprès duquel se dressent les falaises de Piémont, 
la pointe Sorel; la côte orientale comprend les baies de 
Sainte-Catherine et de Grouville entre lesquelles s'élève 
le roc de Montorgueil; la côte méridionale, profondément 
rongée par la mer et bordée à 3 kil. de rochers submergés 
qui représentent l'ancien rivage, comprend les baies de 
Saint-Clément, Saint-Aubin et Sainte-Brelade; la seconde 
est lu principale de File dont elle recueille presque toutes 
les eaux. La côte occidentale comprend la pointe de la Cor- 
bière, déchiquetée en cavernes, piliers, etc., la pointe de la 
Moye, la triste grève de Saint-Ouen, le cap Gros-Nez. 

Le chmat est très doux. Le sol est très fertile, creusé 
de vallons ravissants. Les prairies, plantées de pommiers, 



occupent la plus grande partie du sol; dans les jardins 
poussent en pleme terre les végétaux des pays méridio- 
naux. On cite les poires de Jer'sey, le chou cavalier qui 
dépasse 2 m. Les yaches laitières sont petites, mais excel- 
lentes. Les chevaux, issus d'un croisement de normands et 
de cosaques, sont très vigoureux. Jersey est une villégia- 
ture très goûtée des Anglais qui y vivenfen grand nombre. 
Les 9/10 des habitants sont protestants. La seule ville no- 
table est Saint-Hélier, la capitale. — Il existe plus de 
400 kil. de route, et deux chemins de fer rehent Saint- 
Héher à Saint-Aubin et Sainte-Brelade (42 kil ) et à 
Gorey (9 kil.). a.-M. B. 

^législation. — Droit coNSTrruTioNNEL et adminis- 
tratif. ™ L'île de Jersey, ainsi que les autres îles Anglo- 
Normandes, est placée sous la souveraineté de la couronne 
d'Angleterre : elle ne fait pas partie du royaume (realm) 
proprement dit. Ces lies appartiennent au roi d'Angleterre, 
non pas comme souverain du Royaume-Uni, mais comme 
duc de Normandie. En d'autres termes, elles ne sont pas 
régies par la constitution anglaise, mais par des coutumes 
séculaires qui, du temps du roi Edouard II, étaient déjà 
qualifiées d'immémoriales. En 4769, dans des remontrances 
qui furent écoutées du gouvernement anglais, William Le 
Marchant exposait en ces termes, d'une grande précision, 
le régime pohtique de ces îles : « Nous formons un Etat 
dis